Points et polynômes de Tchebychev
Pour tout n P N, nous définissons le polynôme de Tchebychev de première espèce par
Tn pxq “ cospn arccospxqq, x P r´1, 1s.
I - Montrer que les fonctions Tn satisfont la formule de récurrence
"
T0 pxq “ 1, T1 pxq “ x,
Tn`1 pxq “ 2xTn pxq ´ Tn´1 pxq.
Pour tout x P r´1, 1s, on a T0 pxq “ cosp0q “ 1, et T1 pxq “ cosparccospxqq “ x. Soit n P N˚ et
x P r´1, 1s. En utilisant la formule cospa ` bq “ 2 cospaq cospbq ´ cospa ´ bq :
Tn`1 pxq “ cos ppn ` 1q arccospxqq “ cos pn arccospxq ` arccospxqq
“ 2 cos pn arccospxqq cos parccospxqq ´ cos pn arccospxq ´ arccospxqq
“ 2xTn pxq ´ Tn´1 pxq .
II - Montrer que Tn est un polynôme de degré n dont le coefficient de xn est 2n´1 .
Montrons par récurrence que pour tout n P N˚ , Tn est un polynôme de degré n dont le coefficient
dominant est 2n´1 .
Pour n “ 1, on a T1 pxq “ x. Ainsi T1 est bien de degré 1 et son coefficient dominant est
21´1 “ 1.
Supposons la propriété vraie jusqu’au rang n. On a, pour tout x P r´1, 1s : 2xTn pxq ´ Tn´1 pxq.
Par hypothèse de récurrence, Tn´1 est un polynôme de degré n ´ 1 et Tn est un polynôme de
degré n dont le terme de plus haut degré est 2n´1 xn . On en déduit que le terme de plus haut
degré de Tn`1 est 2x ˆ 2n xn , c’est à dire 2n xn`1 , ce qui permet de conclure que la propriété
est héréditaire.
La propriété est ainsi démontrée par récurrence.
III - Montrer ensuite que les polynômes Tn sont orthogonaux par rapport à la fonction poids p1 ´
x2 q´1{2 , c’est à dire :
$
ż1 & π, si n “ m “ 0,
dx
Tn pxq Tm pxq ? “ π{2, si n “ m ‰ 0,
´1 1 ´ x2 % 0, si n ‰ m.
Soit m, n P N. Tn et Tm étant deux polynômes, la fonction
f :s ´ 1, 1r ÝÑ R,
Tn pxqTm pxq
x ÞÝÑ ?
1 ´ x2
1
est continue, donc localement intégrable sur s ´ 1, 1r. Soit 0 ă ε ă 1. On a :
ż 1´ε ż arccosp1´εq
Tn pxqTm pxq cospnuq cospmuq
? dx “ a p´ sinpuqqdu
1´x 2 x“cospuq arccosp´1`εq 1 ´ cos2 puq
´1`ε
ż arccosp1´εq
sinpuq
“ cospnuq cospmuq du
arccosp´1`εq | sinpuq|
looomooon
“1 car uPr0,πs
ż arccosp1´εq ż arccosp1´εq
1 1
“ cos ppn ` mquq du ` cos ppn ´ mquq du .
2 arccosp´1`εq 2 arccosp´1`εq
Or, on a, pour tout p P Zz t0u :
1 sinppuq arccosp1´εq
ż arccosp1´εq „
1
cosppuqdu “ ÝÑ rsinppπq ´ sinp0qs “ 0,
arccosp´1`εq p p arccosp´1`εq εÑ0 p
ż arccosp1´εq
et pour p “ 0 : cosppuqdu “ arccosp1 ´ εq ´ arccosp´1 ` εq ÝÑ π.
arccosp´1`εq εÑ0
ż1
Tn pxqTm pxq
On en déduit que l’intégrale ? dx converge, avec :
´1 1 ´ x2
$
ż1 & π, si n “ m “ 0,
dx
Tn pxq Tm pxq ? “ π{2, si n “ m ‰ 0,
´1 1 ´ x2 % 0, si n ‰ m.
ˆ ˙
kπ
IV - On pose tn pxq “ 21´n Tn pxq pour tout x P r´1, 1s et yk “ cos pour k “ 0, ..., n. Calculer
n
1
tn pyk q pour tout k “ 0, ..., n. En déduire que }tn }8 “ n´1 .
ˆ ˆ ˆ ˙˙˙ 2 ˆ ˆ ˙˙
kπ kπ
Soit k P J0, nK. Tn pyk q “ cos n arccos cos “ cos n “ cospkπq “ p´1qk .
n n
p´1qk
On obtient donc tn pyk q “ n´1 .
2
1
Ainsi, }tn }8 ě n´1 . D’autre part, d’après la définition de Tn , on a aussi }Tn }8 ď 1, d’où l’on
2
1
dire }tn }8 ď n´1 , ce qui permet de conclure.
2
V - Soient x1 , ..., xn , n points quelconques de r´1, 1s. Nous posons wn pxq “ px ´ x1 q...px ´ xn q.
Supposons par l’absurde que }wn }8 ă }tn }8 .
1 - On pose d “ tn ´ wn . Montrer que d est un polynôme de degré au plus n ´ 1.
Notons que wn est un polynôme unitaire de degré n. D’autre part, Tn est un polynôme de
Tn
degré n dont le coefficient dominant est 2n´1 . Ainsi, tn “ n´1 est aussi un polynôme
2
unitaire de degré n. On en déduit que le polynôme d, défini par d “ tn ´ wn est de degré
n ´ 1 (les termes de plus haut degré de tn et wn sont les mêmes - à savoir xn ).
2 - Montrer que
"
tn pyk q ´ wn pyk q ą 0, si k est pair,
tn pyk q ´ wn pyk q ă 0, si k est impair.
Soit k P J0, nK.
Si k est pair, tn pyk q “ }tn }8 ą }wn }8 ě wn pyk q, donc dpyk q ą 0.
1
Si k est impair, tn pyk q “ ´ n´1 “ ´}tn }8 ă ´}wn }8 ď wn pyk q, donc dpyk q ă 0.
2
2
3 - En déduire que }wn }8 ě }tn }8 .
On déduit de ce qui précède que d est un polynôme de degré au plus n ´ 1 qui change n fois
de signe. Il s’agit donc du polynôme nul. Par suite tn “ wn , et donc }tn }8 “ }wn }8 , ce
qui rentre en contradiction avec l’assertion }wn }8 ă }tn }8 qui a été supposée au départ.
On en déduit que }wn }8 ě }tn }8 .
VI - Pour tout n P N, nous notons η0 , ¨ ¨ ¨ , ηn´1 les racines de Tn , appelés points de Tchebychev.
1 - Déterminer les points
ˆ de Tchebychev
˙ du polynôme Tn .
p2k ` 1qπ
Posons ηk “ cos pour k “ 0, ¨ ¨ ¨ , n. Notons que pour k “ 0, ¨ ¨ ¨ , n, on a
2n
p2k ` 1qπ
0ď ď π, et :
2n
ˆ ˆ ˆ ˙˙˙ ˆ ˙
p2k ` 1qπ p2k ` 1qπ
Tn pηk q “ cos n arccos cos “ cos “ 0.
2n 2
Tn étant de degré n, on en déduit que les pηk qk“1,¨¨¨ ,n sont les n racines distinctes de Tn .
2 - En déduire l’expression de tn en fonction des points de Tchebychev.
tn “ Tn {2n´1 , donc tn et Tn ont les mêmes racines. tn étant unitaire, on a immédiatement
n´1
ź
tn pxq “ px ´ ηk q , @x P r´1, 1s .
k“0
VII - Application - Soit n P N˚ , Pn´1 le polynôme d’interpolation de Lagrange de la fonction f
définie pour tout x ą ´2 par f pxq “ lnpx ` 2q aux points de Tchebychev. Déterminer un n tel
que
max | lnpx ` 2q ´ Pn´1 pxq| ď 2´10 .
´1ďxď1
Notons Pn´1 le polynôme d’interpolation de f aux points de Tchebychev. D’après la formule
générale de l’estimation d’erreur, on a :
Mn
}f ´ Pn´1 }8 ď }πn }8 ,
n!
n´1
ź
où Mn “ supξPr´1,1s |f pnq pξq| et πn pxq “ tn pxq “ px ´ ηk q pour tout x P r´1, 1s. D’après ce
k“0
1
qui précède, }πn }8 “ .
2n´1
1
D’autre part, on a f 1 pxq “ pour tout x P r´1, 1s, et on montre par récurrence que pour
x`2
pp ´ 1q!
tout p P N˚ , f ppq pxq “ p´1qp´1 pour tout x P r´1, 1s. On en déduit l’estimation
px ` 2qp
suivante :
pp ´ 1q!
Mn “ sup |f pnq pξq| “ sup ď pp ´ 1q! .
ξPr´1,1s ξPr´1,1s px ` 2qp
Par suite, on a, pour tout n P N˚ :
1
}f ´ Pn´1 }8 ď .
n2n´1
1 1
Notons que n´1
ď n pour n ě 2, ce qui permet de conclure que n “ 10 convient (bien que
n2 2
ce ne soit pas nécessairement la valeur optimale).