Déterminants de l’inflation en République Démocratique
du Congo de 2000 à 2022
Par
NGOMBA KAYEMBE Jordy et NGOY KUMWIMBA Vieirra
Licenciés en économie et développement, UCC
Sous la supervision du Professeur SUMATA Claude
Et de l’assistant BANDI BISELELE Joseph
Résumé
L’objectif poursuivis par cette étude est d’identifier les principaux facteurs qui contribuent à
l’explication de l’inflation au sein de l’économie congolaise durant la période allant de 2000 à
2022. Ainsi donc, cette recherche repose sur l’estimation d’un modèle économétrique linéaire
multiple utilisant le taux d’inflation comme variable dépendante, et le taux d’inflation
retardée, le taux de croissance du PIB, le taux de croissance de la masse monétaire, le taux de
baril de brent et le taux de change comme variables explicatives.
Ainsi, l’inflation est toujours considérée comme l’ennemi numéro un de la croissance
économique, comme ce fut le cas au cours des trente dernières années. Sans doute, les
banques centrales ont acquis à travers leurs expériences, une réputation d’expert incontesté
dans le traitement de ce fléau, en tout cas ressenti comme tel dans une économie.
I. Introduction
Les chiffres publiés par les différents organismes tant locaux qu’internationaux pendant les
vingt dernières années démontrent que l’économie congolaise a été marqué par diverses
cycles économiques.
En effet, il y a eu des temps forts caractérisés par des ralentissements importants de la
croissance et des tensions haussières de l’inflation ne laissant aucun individu indifférent, ainsi
que des périodes caractérisées par des indicateurs macroéconomiques fleurissant améliorant
les conditions de vie de tous.
Encore faut-il ajouter que très récemment le rythme de l’inflation mondiale a connu une
accélération suite à la guerre Russo-ukrainienne se traduisant par des fluctuations importantes
des prix du pétrole et des produits alimentaires, ainsi que des taux de change dans certaines
économies. Ces facteurs sont généralement considérés comme des déterminants à court terme
de l'inflation.
Parallèlement, l'inflation, en excluant les prix de l'alimentation et de l'énergie, reste
relativement faible depuis un certain temps, soulevant des questions sur les effets d'autres
facteurs explicatifs à moyen et long terme. Malgré des décennies de recherche, l'impact de ces
déterminants sur l'économie reste moins évident que celui des facteurs immédiats.
Ainsi, une inflation non contrôlée affichant des fortes fluctuations est toujours considérée
comme l’ennemi numéro un de la croissance économique, comme ce fut le cas au cours des
trente dernières années. Sans doute, les banques centrales ont acquis à travers leurs
expériences, une réputation d’expert incontesté dans le traitement de ce fléau, en tout cas
ressenti comme tel dans une économie.
Devenue un véritable point de fixation de l’action monétaire, l’atteinte de cet objectif de
maîtrise de l’inflation s’est installée comme l’indiscutable mesure de réussite de toute
politique monétaire. Effet, les pics d’inflation risquent de ralentir la croissance économique et
d’élever les niveaux de pauvreté, compte tenu des répercussions sur le plan fiscal. Pour les
monétaristes, l’inflation n’est rien d’autre qu’un phénomène monétaire de par son origine, ses
manifestations, ses conséquences et sa propagation. Des prolongements de la théorie
monétariste signalent que l’inflation provient d’une augmentation continue de l’offre de
monnaie due aux modes de formation des anticipations. Aussi, l’approche monétaire de la
balance des paiements en économie ouverte stipule que l’inflation se traduit par des
fluctuations du taux de change
La République Démocratique du Congo durant les années 1980 et 2000, a subi une dépression
économique en raison des guerres civiles qui ont dévasté son économie.
Depuis lors, la politique monétaire de la RDC s'est concentrée sur la stabilité des prix, en
s'alignant sur les principes monétaristes qui mettent en avant le risque d'inflation lié à
l'expansion de la masse monétaire.
Sur ce, compte tenue de ce qui précède, notre travail est subdivisé en quatre principales
phases :
- Phase en diminution, 2000-2001 ;
- Phase de reprise, 2002-2009 ;
- Phase de stabilité, 2010-2016
- Phase des chocs exogènes 2017-2022
Cette étude vise à identifier les facteurs qui ont contribué aux fluctuations des taux d’inflation
en République Démocratique du Congo.
Nous cherchons à établir une relation économique en analysant les taux d’inflation passées et
divers facteurs macroéconomiques influençant l’inflation en utilisant le modèle de régression
multiple qui prendra en compte le contexte macroéconomique de la RDC. Les estimations
économétriques seront réalisées sur une période étendue pour garantir la solidité des résultats.
II. Méthodologie du travail
Dans cette étude, divers indicateurs économiques tels que le taux de croissance économique,
le taux d’inflation, le taux de change, la variation de la masse monétaire etc…, sont utilisées
dans notre analyse.
Les données proviennent de rapports de la Banque centrale du Congo et des politiques
monétaires pour la période de 2000 à 2022, complétées par la technique de recherche
documentaire.
Un modèle économétrique utilisant le logiciel Eviews est appliqué pour identifier les variables
influençant l’inflation en RDC, en se basant sur un cadre de modélisation. L’objectif est de
déterminer les indicateurs qui impactent le processus inflationniste, en se concentrant sur une
régression multiple avec le taux d’inflation comme variable expliquée.
III. Cadre macroéconomique
L’analyse graphique présentée par la figure suivante confirme en effet que l’évolution de
l’inflation dans l’économie congolaise entre 2000 et 2022 a été marqué par quatre principales
phases que nous exposons de la manière suivante :
Evolution du taux d'inflation
12
10
0
0 2 4 6 8 10 12
Source : Auteurs, sur base des rapports annuels de la BCC de 2000 à 2022
a) La phase de ralentissement (2000-2001)
Cette phase se caractérise par la décélération du niveau général des prix au sein de l’économie
congolaise. En effet, le taux d’inflation annuel est passé de 511,2% en 2000 à 135,1% l’année
suivante. Cette baisse du rythme de l’inflation s’explique par la mise en œuvre d’un
programme de stabilisation macroéconomique dénommé « Programme Intérimaire
Renforcé », en sigle PIR. Concernant les produits miniers, en 2001 l’indice des prix des
produits miniers d’est amélioré de 1,0 % passant d’une année a l’autre de 94,1 points à 95,0
points à la suite d’une bonne de tenue des cours de diamant et du pétrole qui a compensé la
chute des cours du cobalt, du cuivre et du zinc. Sur ce, le prix du diamant et du pétrole a
enregistré des augmentations respectives de 48,2% et 31,5% passant de 11,0 USD le carat et
21,9% USD le baril en 2000 a 16,3 et 28,8 USD en 2001.
Le produit intérieur brut a reculé, de 1,1% en 2001, alors qu’il avait chuté de 6,9% en 2000.
Dans l’ensemble, le secteur des biens a baissé de 4,1% et celui de services de 3,5% en 2001.
La masse monétaire s’est chiffrée à 76.094,6 millions de CDF alors qu’elle se situait à
23.558,1 millions à la fin de l’année précédente, traduisant ainsi une progression de 223,0%
contre 501,7% à la période correspondante de l’année 2000. Il s’agit de noter que cette
décélération du rythme de création monétaire est imputable à la diminution des créances
nettes sur l’Etat.
Le taux de change est demeuré figé a 50,0 CDF pour dollar américain de fin 2000 jusqu’au 25
mai 2001, avant l’entrée en vigueur de la mesure d’unification des taux de change décidée
dans le cadre du PIR. Par contre, le taux de change parallèle est passé de 141,0 CDF le dollar
US a fin décembre 2000 à 352,5 CDF au 25 mai 2001, accusant ainsi une dépréciation de
60,0%. Le différentiel des taux entre les marchés parallèle et officiel qui s’établissait a
182,0% a fin décembre 2000 est ainsi monté a 605,0%. Et vers la fin décembre 2001, le taux
de change est passé de 313,5 CDF le dollar américain a 311,6% CDF, soit une appréciation de
6,4%. Cette évolution est consécutive aux politiques prudentes menées au plan budgétaire et
monétaire ainsi qu’a la libéralisation du marché des changes, et le différentiel entre les taux
officiel et parallèle s’est sensiblement contracté, tombant a 1,4% a fin décembre 2001.
b) Phase de reprise (2002-2009)
Cette phase se caractérise par la reprise de la croissance marquée par la poursuite des
reformes amorcées dans le cadre du Programme Economique du Gouvernement après
plusieurs décennies de recul, et la décélération du rythme de formation des prix intérieurs
En 2002, la situation économique a été caractérisée par la reprise de la croissance, le taux de
croissance économique a été de 3,5% et le taux d’inflation de 15,8%, les industries
d’extraction, l’agriculture, etc… ont contribuée à l’amélioration de la croissance. En 2003
l’inflation a fléchi à 4,4% a la suite de l’appréciation du franc congolais par rapport au dollar
américain, mais aussi le taux de croissance du PIB s’est situé a 5,8%, cette croissance a été
impulsée principalement par les branches telles que : extraction minière et industries
métallurgique, le bâtiment et travaux publics, le transport et communication, le commerce de
gros et de détail, l’agriculture, sylviculture, élevage, pèche et chasse. En 2004, la monnaie
nationale s’est dépréciée de 16,1% par rapport au dollar américain, en raison de
l’augmentation plus importante de la demande de devises par rapport à celle de l’offre d’une
année à l’autre. En indicatif le taux de change s’est situé à 444,1 CDF le dollar contre 372,5
CDF à fin décembre 2003. Sur le marché parallèle, le franc congolais a connu une
dépréciation de 17,7% passant de 372,8 CDF le dollar en 2003 et 453,1 CDF a fin 2004. En
2007 on observe la stabilisation macroéconomique, la baisse de l’inflation intérieur, la
maitrise du taux de change. Le taux d’inflation s’est établi à 9,9% contre 18,2% en 2006, le
taux de change est passé de 503 CDF dollar américain 2006 à 502,9 en 2007… En 2008,
l'économie congolaise a été affectée significativement par trois grands événements exogènes.
Il s'agit, au premier semestre, de la crise alimentaire induite par une forte expansion de la
demande mondiale émanant des pays émergents et la persistance de la flambée des prix des
produits pétroliers ainsi que, au second semestre, de la crise financière internationale ayant
conduit à une crise économique sans précédent depuis 1929, mais aussi par un déficit des
opérations financières de l’Etat, ayant induit une dépréciation de la monnaie nationale de 21,3
% à fin décembre à la suite de la persistance du niveau des liquidités excédentaires et ce, bien
que la Banque Centrale ait mené une politique monétaire globalement restrictive. Le taux
d'inflation s'est situé à 27,6 % contre une projection de 12,0 % alors que la réalisation a été de
9,9 % à fin 2007. Concernant le taux de change, le franc congolais a enregistré une
dépréciation de 21,3 % à l’indicatif et de 23,2 % sur le marché libre. En effet, le taux de
change s’est établit à 639,3 CDF le dollar au 31 décembre 2008 contre 502,9 CDF le 31
décembre 2007. Sur le marché parallèle, le taux de change est passé de 504,7 CDF le dollar à
657,5 CDF d’une année à l’autre. En 2009, L’économie congolaise s’est ressentie des effets
pervers de la crise financière internationale. Ainsi, la croissance du PIB réel s’est repliée de
6,2 % en 2008 à 2,8 % en 2009, à la suite du ralentissement des activités dans les secteurs
miniers et des services. L'inflation s’est accélérée, passant de 27,6 % en 2008 à 53,4 % en
2009, cette situation est consécutive notamment aux chocs endogènes tenant au financement
monétaire du déficit du secteur public., en dépit du resserrement de la politique monétaire
marqué par la révision à la hausse du taux de base et du coefficient de la réserve obligatoire,
lesquels sont passés respectivement de 65,0 % à 70,0 % et de 5,0 % à 7,0 % l’an.
c) Phase de la stabilité (2010-2016)
Cette phase se caractérise par la consolidation de la reprise économique mondiale suites aux
mesures prises par les institutions tant politiques que financière. La croissance économique
mondiale a été de 3,6 % en 2010 contre un recul de 2,1 % en 2009. La croissance des pays
avancés s’est située à 3,0 % alors qu’elle a atteint 7,1 % dans les pays émergents et en
développement. La situation économique de la RDC à travers sa croissance économique s’est
nettement améliorée en 2010, se situant à 7,2% contre 2,8%, cette accélération de la
croissance a été rendue possible grâce principalement au dynamisme affiché par les industries
extractives. Concernant l’inflation, l’évolution du niveau général des prix a été marquée
globalement par une tendance désinflationniste au cours de l’année 2010. En effet, le taux
d’inflation annuel s’est situé à 9,8 % contre une cible de 9,9 %. S’agissant du rythme de
formation des prix intérieurs sur le marché des biens et services, l’année 2011 a connu une
inflation de 15,4 % contre 9,8 % en 2010 et une cible annuelle de 17,0 % dans le cadre du
Programme Economique du Gouvernement (PEG II). L’accélération de l’inflation enregistrée
en 2011 est due essentiellement aux chocs extérieurs liés à l’envolée des prix mondiaux des
produits alimentaires et énergétiques. Concernant l’activité économique intérieure est
demeurée vigoureuse en 2011, en dépit de son léger ralentissement par rapport à l’année 2010.
En effet, le taux de croissance du PIB réel s’est établi à 6,9 % contre 7,1 % une année avant,
stimulé essentiellement par le regain dans les secteurs des mines, de la construction, de
l’agriculture ainsi que du commerce de gros et de détail. En ce qui concerne le taux de change
Au cours de l’année 2011, l’évolution du taux de change a été globalement stable. En effet,
par rapport à décembre 2010, il a été noté des appréciations de la monnaie nationale de 0,5 %
à l’indicatif et de 1,9 % au parallèle ainsi qu’une dépréciation de 0,4 % au marché libre.
L’année 2012 globalement marquée par une relative par une stabilité du taux de change La
valeur du Franc congolais a enregistré, au terme de cette année, une dépréciation de 0,5 % par
rapport à fin décembre 2011, l’inflation enregistrée en 2012 sur l’étendue du territoire national
s’est située à 2,72 % contre 10,35 % l’année précédente. Le taux d’inflation réalisé en 2012
est, à plus de 7 points de pourcentage, inférieur à celui de l’objectif fixé à 9,90 %, le taux de
croissance du PIB s’est établi à 7,2 % contre 6,9 % l’année précédente et la masse monétaire
s’est établie à 2.956,7 milliards de CDF, soit un accroissement de 21,0 %, supérieur à une
hausse programmée de 18,8 %. Le ralentissement de la croissance économique mondiale
observée en 2012 s’est poursuivi en 2013. En effet, le taux de croissance s’est situé à 3,0 %
contre 3,2 % et 3,9 % respectivement en 2012 et 2011 en raison de la poursuite des mesures
d’austérité budgétaire dans la plupart des économies avancées, en dépit des signes d’une
reprise soutenue dans la plupart des économies mondiales, lesquels présageaient d’une
croissance de 3,3 %, le taux de change indicatif s’est établi à 925,5 CDF/USD à fin décembre
2013 contre 915,2 CDF en 2012. Toutefois, il s’est observé, entre août et décembre 2013,
concernant la masse monétaire a fin 2013, la masse monétaire s’est établie à 3.493,5 milliards
de CDF, soit une augmentation de 18,3 % contre 20,8 % en 2012. En 2014, la masse
monétaire s’est accrue de 13,6 % par rapport à son niveau de 3.493,2 milliards, d’une année
auparavant. Cette création monétaire est l’effet conjugué des avoirs extérieurs net et des
avoirs intérieurs nets, l’augmentation de la masse monétaire est localisée principalement au
niveau des dépôts en devises, avec une hausse de 15,5 %, concernant le taux de change Le
marché des changes est resté globalement stable en 2014. En effet, les taux de change, à
l’interbancaire et au parallèle, ont fluctué dans l’intervalle de 921,0 CDF à 938,0 CDF le
dollar américain, Il convient d’indiquer que le taux moyen annuel, à l’indicatif, a été de 925,2
CDF le dollar en 2014 contre 919,8 CDF une année plus tôt. Sur le marché parallèle, il a été
enregistré un taux moyen de 932,9 CDF le dollar américain contre 927,0 CDF en 2013.
L’inflation en RDC a poursuivi sa tendance baissière en 2014, en s’établissant à 1,03 %, après
1,07 % en 2013 et 2,72 % en 2012, par rapport à un objectif annuel de 3,7 %. Ce résultat a été
réalisé en dépit de quelques pressions observées dans l’offre de certains produits, notamment
ceux des fonctions « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » ainsi que «
Logement, Eau, Gaz, Electricité et autres combustibles ». En 2015, l’inflation calculée par la
BCC est demeurée sous contrôle, s’établissant à 1,60 % contre 1,26 % en 2014 et un niveau
programmé de 3,5 %. Cette situation tient principalement de la faiblesse de l’inflation
importée, couplée à la stabilité du taux de change. Le marché de change est resté globalement
stable en 2015, le taux de change ayant fluctué dans la fourchette de 924,0 CDF le dollar
américain à 928,0 CDF. Aussi, comparativement à l’année précédente, une dépréciation de 0,4
% contre une appréciation de 0,1 % en 2014, a-t-elle été observée à l’indicatif. Sur le marché
parallèle, la même tendance a été notée, en dépit d’un léger relèvement observé à la fin de
l’année 2015. En effet, le taux parallèle à fluctuer, en moyenne, dans la fourchette de 932,0
CDF le dollar américain à 937,0 CDF au cours de l’année sous analyse. En outre,
comparativement à l’année 2014, il a été noté une dépréciation de 0,4 % en 2015 contre une
appréciation de 0,6 %, une année auparavant.
En 2016, l’activité économique en RDC a continué à subir les effets néfastes de
l’environnement économique extérieur, dans un contexte de la baisse des cours des produits
de base mais aussi sur les effets de l’inflation importée, Sur le marché interbancaire, le franc
congolais s’est déprécié de 23,6 % selon les données à fin période et de 8,4 %, en considérant
les données moyennes annuelles contre respectivement de légères dépréciations de 0,4 % et
0,08 % en 2015, l’inflation mesurée par l’IPC global en RDC a largement été à la hausse,
atteignant 23,60 % après 0,82 % en 2015 et 1,03 % en 2014, contre un objectif annuel de 4,20
%, soit un écart négatif de 19,40 points. Cette évolution est consécutive notamment à la
dépréciation de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères. De même, l’inflation
annuelle moyenne s’est établie à 3,69 % contre 0,63 % en 2015.
Cette situation a été observée principalement au niveau de la fonction « Produits alimentaires
et boissons non alcoolisées » ainsi qu’au niveau de celle de « Logement, Eau, Gaz, Electricité
et autres combustibles, A l’instar de la base monétaire, la masse monétaire s’est accrue de
21,8 %, s’établissant à 5.304,6 milliards de CDF. Cette hausse de l’offre provient
principalement de l’accroissement des avoirs intérieurs nets, impulsé par les créances sur le
secteur privé. Cette hausse de la masse monétaire. La tendance baissière du cours du baril,
observée depuis 2015, s’est estompée au début de l’année 2016. En effet, le prix du baril
(Brent) a régressé, en moyenne, de 16,0 % en 2016 après près de 50,0 % une année plus tôt.
Cependant, cette baisse du baril, qui aurait dû entrainer la réduction des coûts d’importation
de ce produit, n’a pas été répercutée sur les prix intérieurs, en raison de l’administration des
prix du litre à la pompe par le Gouvernement. 6,2 points de pourcentage par rapport à 2015,
ont été au-delà de la croissance projetée de 7,7 %.
d) Phase des chocs exogènes 2017-2022
Cette phase se caractérise principalement par l’infiltration dans l’économie congolaise des
chocs provenant de l’échelle international tels que la crise sanitaire de Covid-19 et la guerre
Russo-ukrainienne, causant ainsi des perturbations de l’évolution de certains indicateurs du
pays et se traduisant principalement par une inflation importée. En effet, l’activité
économique en 2017 a connu une progression de 3,7%, croissance soutenue principalement
par le secteur primaire expliqué par le regain de dynamisme dans la branche extraction suite à
l’entrée en phase de production et la reprise des activités de certaines entreprises, dans un
contexte d’embellie des cours des principaux métaux d’exportations dont le cuivre et le
cobalt. Le rythme de formation des prix s’est traduit par l’accentuation des pressions
inflationnistes sur le marché des biens et services, suite notamment à la dépréciation de la
monnaie nationale ainsi qu’à la hausse des prix des denrées alimentaires importées et du
pétrole sur le marché international, ainsi, le taux d’inflation s’est situé à 54,71% en 2017
contre 23,60% l’année d’avant. En 2018 l’activité économique a poursuivi son trend haussier,
après la reprise observée l’année précédente. En effet, l’économie congolaise a enregistré une
croissance de 5,8% due essentiellement au bon comportement affiché par le secteur primaire
et à l’amélioration de la demande extérieure nette. L’inflation en cette période s’est traduite
par un ralentissement sensible du rythme de formation des prix intérieurs, en dépit de
différentes modifications des prix de carburant à la pompe. Ainsi, le taux d’inflation est
descendu à 7,23%, grâce notamment d’une part, à la stabilité du taux de change et, d’autre
part, au renforcement de la coordination des politiques budgétaire et monétaire. En 2019
intervient ainsi la première apparition des chocs exogènes se traduisant par un ralentissement
de la croissance économique, expliqué par la morosité de l’environnement économique
international, attestée notamment par la faiblesse du commerce international. Le taux de
croissance économique a donc chuté à 4,4% après s’être situé à 5,8% l’année d’avant. Une
poursuite de la baisse de l’inflation s’est manifestée, et le taux d’inflation a baissé à 4,59%
contre 7,23% en 2018. Cette décélération du niveau général des prix est expliquée notamment
par la bonne coordination des politiques monétaire et budgétaire, la stabilité du taux de
change et l’amélioration de l’offre des biens et services. En 2020, l’économie congolaise a été
victime de l’apparition du deuxième choc exogène. En effet, l’activité économique a été
marquée par le ralentissement de la croissance économique, expliqué principalement par les
effets étouffants de la propagation de la pandémie de covid-19. Ainsi, après un taux de
croissance de 4,4% réalisé en 2019, le PIB réel n’a progressé que de 1,7% en 2020. En outre,
le rythme de formation des prix a connu une accélération situant l’inflation à 15,76%. Cette
accélération a concerné toutes les fonctions de consommation, et en particulier celle des
produits alimentaires et boissons non alcoolisées, en raison de la désarticulation des chaînes
d’approvisionnement, qui a réduit l’offre des biens et services sur le marché, et de la
dépréciation du Franc Congolais face aux principales devises étrangères dans un contexte
marqué par la pandémie de Covid-19. L’année 2021 s’est traduit par un embelli de l’évolution
de la croissance du PIB réel après le ralentissement de celle-ci observé une année avant, et
induit par les effets nocifs de la pandémie de Covid-19. Ainsi, le taux de croissance
économique a rebondi à 6,2% après s’être situé à 1,7% l’année d’avant et cette bonne
évolution tient compte du bon comportement des activités primaires, notamment la branche
extraction, consécutivement à la hausse de la demande des produits miniers. En outre,
l’inflation a connu une baisse situant son taux annuel à 5,3% après un taux de 15,8% l’année
précédente. Ce ralentissement du rythme de formation des prix intérieurs a résulté du
renforcement de la coordination des politiques budgétaire et monétaire, suite à la poursuite de
la mise en œuvre du pacte de stabilité signé entre le gouvernement et la Banque Centrale en
août 2020. En 2022, bien que l’économie congolaise ait affiché une progression de l’activité
économique, situant ainsi son taux de croissance à 8,9%, elle a également été marqué par un
troisième choc exogène causant ainsi la réapparition des pressions inflationnistes expliquées
par une inflation importée. Comme toujours, la croissance du PIB réel a été porté par
l’impulsion du secteur extractif, dans un contexte extérieur marqué par une demande soutenue
des principaux métaux et le rythme de formation des prix a été marqué par des fortes tensions
inflationnistes émanant de la guerre Russo-ukrainienne qui a débuté le 24 février. En effet,
l’inflation calculée par la BCC s’est établie à 13,1%, étant principalement d’origine externe et
occasionnée par le renchérissement des prix des produits alimentaires et pétroliers, induit par
la perturbation des canaux d’approvisionnement provoquée par la crise Russo-ukrainienne.
IV. RESULTATS
Dans ce point, nous présentons et discutons les résultats qui découlent de notre modèle. Nous
présentons le modèle de l’analyse économétrique des déterminants de clés de l’inflation dans
l’économie congolaise durant la période sous-examen. Sur ce, nous élaborons un modèle
explicatif en nous basant sur un certain nombre de variables susceptibles d’influencer le
processus inflationniste dans l’économie congolaise.
Le modèle économétrique se présente comme suit :
𝑻𝑿𝑰𝑵𝑭 = 𝜶𝟎 + 𝜶𝟏∆TXCRM +𝜶𝟐∆TXCRPIB +𝜶𝟑∆TXCRCH +𝜶𝟒𝑻𝑿𝑰−𝟏
+𝜶5𝑻XB+ 𝜺𝒕
Le TXINF est le taux d’inflation, TXCRM est le taux de croissance de la masse monétaire,
TXCRPIB est le taux de croissance économique, 𝑻𝑿𝑰−𝟏, le taux d’inflation décalé,
TXCRCH représente le taux de change, et le TXB représente le taux de baril de brent, 𝜶i
sont les paramètres à estimer mais aussi 𝜺𝒕 désigne la marge d’erreur ou encore terme
aléatoire, autrement appelé stochastique, tout en sachant que le modèle présente des limites
car d’autres facteurs peuvent influencer le processus inflationniste.
IV.1. Statistique descriptives des données
Tableau n° 1 : Statistiques descriptives des données
TXI_1 TXI TXCRPIB TXCRM TXCRCH TXBBRENT
Mean 40.78826 41.35783 5.039130 30.54478 75.94816 66.26087
Median 9.960000 10.35000 6.200000 29.40000 2.255690 62.00000
Maximum 511.2000 511.2000 9.500000 58.10000 1011.111 112.0000
Minimum 0.000000 1.080000 -6.900000 -1.600000 -2.886737 24.00000
Std. Dev. 106.5051 106.3119 3.610558 17.73521 230.5835 29.91232
Skewness 4.011534 4.018813 -1.732433 0.047000 3.413929 0.259430
Kurtosis 18.12263 18.16567 6.388471 1.972010 13.53720 1.806515
Jarque-Bera 280.8526 282.3259 22.50840 1.021200 151.0834 1.623055
Probability 0.000000 0.000000 0.000013 0.600135 0.000000 0.444179
Sum 938.1300 951.2300 115.9000 702.5300 1746.808 1524.000
Sum Sq. Dev. 249553.5 248649.0 286.7948 6919.829 1169712. 19684.43
Observations 23 23 23 23 23 23
L’observation d’une moyenne du taux d’inflation autour de 41.35783 avec un écart type de
106.3119 indique une grande volatilité de cette variable. Cette situation est préoccupante car
l’inflation nuit à la valeur de la monnaie en augmentant les couts de la vie e en réduisant le
pouvoir d’achat des détenteurs d’actifs monétaires. Mais aussi une grande volatilité de la
variable taux de change de 75.94816 avec un écart type de 230.5835, au premier regard le
taux de change étant que variable explicatif dans notre modèle a une forte corrélation ave la
variable a expliquée. Il est donc nécessaire au pays d’assurer Le cadre macroéconomique en
visant la stabilité.
IV.2. Corrélation des variables
Tableau n° 2 : Matrice de corrélation des variables
TXI_1 TXI TXCRPIB TXCRM TXCRCH TXBBRENT
TXI_1 1 0.15059961... -0.3697873... 0.08685845... 0.37454650... -0.3461385...
TXI 0.15059961... 1 -0.8299002... -0.3110426... 0.96767411... -0.3831108...
TXCRPIB -0.3697873... -0.8299002... 1 0.04330561... -0.8486513... 0.62536319...
TXCRM 0.08685845... -0.3110426... 0.04330561... 1 -0.2830665... -0.1461549...
TXCRCH 0.37454650... 0.96767411... -0.8486513... -0.2830665... 1 -0.4211386...
TXBB... -0.3461385... -0.3831108... 0.62536319... -0.1461549... -0.4211386... 1
L'analyse des données du tableau ci-haut montre qu'il existe une forte relation entre le taux
d’inflation et le taux de change avec une corrélation positive de 0,96 proche de 1 c’est-à-dire
il existe une attraction entre ces deux variables. Par contre, l’on constate une corrélation
négative entre le taux d’inflation et la croissance du PIB à l’ordre de 0,82. Ce comportement
montre manifestement que le taux de croissance économique élevés permet de réduire les taux
d’inflation. Le taux d’inflation décalé fournit une corrélation faiblement positive au taux
d’inflation de 0,15, mais aussi une corrélation négative du taux d’inflation par rapport à la
masse monétaire de 0.31. Ce phénomène se justifie par rapport à la dépréciation fréquente de
la monnaie ayant cours légale par rapport aux devises étrangères principalement le dollar
américain avec comme conséquence le phénomène de la dollarisation financière.
IV.3. Résultats de l’estimation du modèle
Tableau n° 3 : Résultat de l’estimation
Dependent Variable: TXI
Method: Least Squares
Date: 04/18/24 Time: 17:25
Sample: 1 23
Included observations: 23
Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.
C 30.33850 12.59496 2.408781 0.0276
TXCRM -0.033511 0.165675 -0.202271 0.8421
TXCRPIB -2.276694 1.672778 -1.361026 0.1913
TXCRCH 0.457626 0.024640 18.57229 0.0000
TXI_1 -0.250326 0.026813 -9.336130 0.0000
TXBBRENT -0.015545 0.115598 -0.134472 0.8946
R-squared 0.990291 Mean dependent var 41.35783
Adjusted R-squared 0.987435 S.D. dependent var 106.3119
S.E. of regression 11.91696 Akaike info criterion 8.013261
Sum squared resid 2414.238 Schwarz criterion 8.309477
Log likelihood -86.15250 Hannan-Quinn criter. 8.087759
F-statistic 346.7753 Durbin-Watson stat 1.715305
Prob(F-statistic) 0.000000
Les résultats de l’analyse indiquent que ce modèle de régression multiple est significatif, avec
des coefficients de détermination (R2 et R2 ajusté) dépassants 50%, démontrant ainsi la
capacité explicative du modèle. En effet, le modèle a une valeur R 2 de 0,990291, soit 99,02%,
ce qui indique un bon ajustement.
Les coefficients pour la variable TXCRCH et la variable TXI_1 sont statistiquement
significatif à un niveau de 5%, les autres variables ne semblent pas être statistiquement
significatives en fonction de leurs valeurs p.
La statistique F est élevée, ce qui indique que le modèle global est statistiquement significatif.
La statistique de Durbin-Watson de 1,715305 suggère qu’une certaine autocorrélation peut
être présente, concernant le t-statistic du TXCRCH est de 18.57229, ce qui est élevé,
suggérant que la variable TXCRCH a un impact positif sur la variable dépendante. En
d’autres termes, si le TXCRCH augmente de 1%, alors le taux d’inflation augmentera de
0,457626.
En ce qui concerne la variable TXBBRENT, nous constatons qu’elle n’a pas d’effet
significatif avec un t-statistic de -0,134472.
La valeur de Prob est inferieure a 0,05 ce qui indique que l’ensemble des variables inclusses
dans le modèle ont un effet significatif sur la variable dépendante.
Le sum squared resid est de 2414.238, ce qui indique que l’erreur de régression du modèle est
relativement est faible, les valeurs prédites par le modèle sont assez proche des valeurs
observées pour la variable à expliquée.
Le SD. Dependent Var (écart –type de la variable dépendante) est de 106.3119 cela signifie
que, en moyenne, la valeur de la variable dépendante TXI s’écartent d’environ 106 unités de
sa moyenne
IV.4. Discussion des résultats
Les conclusions de l’étude révèlent que le taux d’inflation est influencé à la fois par des
facteurs monétaires et réels. En particulier, les chocs négatifs d’origine monétaire ont un
impact significatif sur l’économie de la RDC. Ainsi, cette étude confirme l’hypothèse
monétariste selon laquelle l’inflation est principalement due à des facteurs monétaires.
Sur ce, il existe une corrélation négative importante entre le taux de croissance économique et
le taux d’inflation. Lorsque la croissance économique augmente, l’inflation diminue. Cela se
traduit par une baisse de 2% du taux d’inflation pour chaque augmentation de 1% du taux de
croissance.
Suite à la lecture des résultats de l’estimation du modèle nous retenons que l’inflation en RDC
a comme source principale le taux de change. Il se dégage de cette étude que pour contenir
l’inflation en RDC, il est exigeant de contrôler l’offre de la monnaie à travers une forte
dollarisation.
En suivant notre modèle les périodes de dépréciation de la monnaie nationale par rapport aux
devises étrangères, notamment le dollar Américain entre 2000 et 2022, ont généralement été
associés à des tensions inflationnistes, car le prix des biens et services ont tendances à
augmenter avec la chute de la valeur de la monnaie nationale.
La corrélation positive entre le taux de change et l’inflation ce qui fait que lorsqu’il y a une
variation du taux de change de la monnaie locale (CDF) par rapport à la devise étrangère
(USD), ceci aboutit à une variation des niveaux de l’indice des prix à la consommation
(inflation) et vice versa. Face à l’impact négatif de la croissance économique, la stabilité de
l’inflation implique que les autorités monétaires doivent mettre une politique appropriée
concernant le régime de change.
V. CONCLUSION
L’objectif de notre analyse était d’identifier les facteurs qui influencent l’inflation dans
l’économie de la RD Congo. En utilisant un modèle économétrique linéaire multiple avec le
taux d’inflation comme variable expliquée, nous avons obtenu des résultats significatifs grâce
aux données de la Banque Centrale pour la période de 2000 à 2022.
Le taux d’inflation élevé observé pendant la période étudiée est attribuable au désordre
d’ordre monétaire partant par le mouvement du taux de change dans l’économie du pays.
En effet, la monnaie nationale a subi une dépréciation répétée qui à augmenter le cout
d’importation des biens et services mais aussi a eu un impact sur le coûts d’exportation,
l’investissement étranger et la compétitivité des entreprises sur les marchés internationaux.
Cela a donc entrainé une augmentation des prix des produits importés, et a contribué à une
augmentation de l’inflation dans l’économie de la RDC.
Partant de nos analyses, nous pouvons remarquer un déséquilibre dans la prise de décision
appropriée entre la politique monétaire et la politique budgétaire, occasionné par des déficits
budgétaires dû aux politiques inadaptées.
D’autre part, il existe une relation négative entre la croissance économique et le taux de
d’inflation. Aussi, avec la planche à billet, il y’aurai eu moyen de financer le déficit
budgétaire à travers l’offre de la monnaie, et cela pourrait avoir un impact positif sur la
monnaie nationale qui a son tour pourrai s’apprécier vis-à-vis de la monnaie étrangère (USD),
mais par rapport à nos résultat, compte tenu de la négativité entre le taux de croissance
économique et le taux de d’inflation, une forte croissance économique étant associée à une
inflation faible, nous pouvons ainsi dire que la planche à billet n’est point une solution dans
l’économie de la RDC car son utilisation peut occasionner une hyperinflation.
Sur ce, nous suggérons aux autorités de l’économie congolaise ce qui suit :
A la Banque Centrale du Congo
En tant qu’autorité monétaire en charge de la conduite de la politique monétaire et de la
politique de change du pays, nous lui recommandons ce qui suit :
- Prendre de mesures pour stabiliser l’économie en incluant des politiques monétaires
appropriées afin d’assurer le lissage des prix sur le marché, et non pas une déflation
qui pourrait occasionner l’hyperinflation, moins encore l’hyperinflation mais une
inflation stable ;
- Contrôler la croissance de la masse monétaire en limitant la quantité de monnaie en
circulation ;
- Assurer une communication transparente en informant régulièrement le public de sa
politique monétaire et des mesures prises pour contrôler l’inflation
Au gouvernement congolais
En tant qu’autorité principale chargée de la conduite de la politique budgétaire du pays, nous
lui suggérons ce qui suit :
- Contrôler les dépenses publiques en les limitant pour réduire la demande globale ;
- Mettre en place des politiques fiscales appropriées en ajustant les taxes et les impôts
pour influencer la demande globale ;
- Encourager la concurrence sur les marchés pour maintenir les prix bas ;
- Investir dans les infrastructures pour stimuler la production et répondre à la demande
En dernier lieu, nous recommandons une bonne coordination entre la Banque Centrale du
Congo et le gouvernement en ce qui concerne l’application de leurs politiques monétaire et
budgétaire.
Bibliographie
Bourbonnais, R. (2003). Econométrie. 5ème édition. Paris : Dunod.
Banque Centrale du Congo (2018). Rapports annuels de la Banque Centrale du Congo 2000
à 2022