Mastering : Quelle Chaîne d’Effets Utiliser ?
DERNIÈRE MISE À JOUR LE 25/10/22 PAR ADRIEN - 23
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Si vous avez déjà lu des articles sur le mastering, vous avez sans doute
compris qu’il fallait utiliser des égaliseurs, des compresseurs, et des
limiteurs.
Mais dans quel ordre faut-il mettre les plugins ?
Faut-il mettre le compresseur en premier ? Ou le limiteur ?
Tout simplement, quelle est la chaîne d’effet idéale en mastering ?
Eh bien, je vous propose de voir ce sujet en détail à travers cet article,
illustré par quelques exemples audio que je vous invite à écouter sur un
bon casque ou de bonnes enceintes de façon à percevoir plus facilement
les subtilités (parce que le mastering, mine de rien, ça peut être très
subtil).
Mais dans quel ordre mettre ces plugins de mastering ?
Qu’est-ce qu’une chaîne mastering ?
Commençons par nous mettre d’accord sur la définition de ce qu’est une
chaîne mastering.
Le mastering, c’est l’étape qui suit directement la phase de mixage.
On la compare souvent au vernis que l’on passe sur un tableau qui vient
d’être finalisé : c’est le dernier moment où l’on peut corriger quoi que ce
soit au son, mais aussi le moment où l’on vient sublimer le mix pour le
faire sonner encore mieux et/ou encore plus fort.
Encore plus “pro”, si vous voulez.
Dans ce contexte, une “chaîne mastering”, c’est tout simplement la
série d’effets (plugins ou hardware) utilisée pour masteriser le
morceau.
Par exemple, vous pourriez avoir l’enchaînement de plugins suivants :
1. Un égaliseur FabFilter Pro-Q 3
2. Un compresseur Overloud Comp G
3. Un élargisseur stéréo comme celui d’iZotope Ozone
4. Un limiteur FabFilter Pro-L 2
Ou n’importe quelle autre série d’effets.
Existe-t-il vraiment une chaîne de
traitement standard pour le mastering ?
Je suis sûr que vous me voyez venir avec cette question :
“Il va nous dire que c’est toujours différent, que ça n’existe pas, bref j’ai
cliqué pour rien sur cet article…”
Bon, non, rassurez-vous, il y a certaines généralités que l’on peut décrire
et la réponse au titre de ce chapitre n’est pas un “non” catégorique.
Cependant, il est important de clarifier certaines choses avant que je vous
donne des conseils pratico-pratiques.
Pas un processus créatif…
Le mastering (ou pré-mastering, pour être précis) , sur le principe, n’est
pas censé être vraiment un processus créatif.
C’est juste un processus de finalisation du morceau.
Le mix est censé être “parfait”, en fait.
Du moins, il est censé sonner le mieux possible.
Le mastering, c’est vraiment le vernis : c’est une étape qui est
censée finaliser le morceau en faisant peut-être quelques corrections mais
sans que ça soit trop marqué.
On parle d’égalisations de +/- 0.5 dB, de compressions avec 1 dB de
réduction de gain, etc.
Du moins, dans la théorie c’est ça.
Des améliorations très dépendantes du contexte
Il est donc important d’avoir cela en tête : lorsque vous masterisez un
morceau, vous allez surtout chercher à faire de petites améliorations.
Et ces améliorations, elles dépendent nécessairement du mix de base.
Si vous avez un mix qui est trop sombre, vous allez sans doute utiliser un
égaliseur pour rajouter des aigus.
Mais si vous avez un mix déjà équilibré en termes de fréquences, vous
n’allez surtout pas égaliser quoi que ce soit : ça sonne déjà bien, donc il
n’y a pas besoin d’EQ.
Et je vais peut-être vous surprendre :
Si le mix est parfait, il n’y a potentiellement aucun effet à ajouter
lors du mastering, sauf peut-être un petit limiteur pour remonter
légèrement le niveau.
Et notre chaîne de traitement du coup ?
En conséquence, la chaîne de traitement que vous allez appliquer est
nécessairement contextuelle : suivant à quoi ressemble le mix de
base, vous n’allez pas utiliser les mêmes effets.
C’est pour cela qu’il est toujours compliqué de dire quelque chose du style
“pour faire du mastering, il faut d’abord utiliser un égaliseur, ensuite un
compresseur, ensuite encore un égaliseur, et enfin un limiteur”.
Ce n’est jamais une vérité absolue.
Remarque : parfois, vous allez faire des corrections qui vont faire
ressortir d’autres problèmes.
Par exemple, vous allez soulever les aigus du morceau avec un égaliseur,
et cela va faire ressortir la sibilance.
Il faut alors ajouter un deuxième effet (de-esser, compresseur
multibande…) pour corriger ce nouveau problème.
Comme quoi, il est impossible de définir une chaîne de traitement
standard qui serait toujours adéquate.
Cependant, il existe tout de même certaines généralités, certaines
approches courantes qui peuvent être un peu théorisées.
C’est ce que nous allons voir dans la suite de l’article. 🙂
La chaîne de plugins classique pour le
mastering
Une approche assez classique est celle représentée sur le schéma
suivant :
D’abord on traite la balance fréquentielle, ensuite on contrôle la
dynamique du signal, puis on corrige si besoin l’image stéréo, pour enfin
remonter le niveau avec un limiteur.
Mais à nouveau, il s’agit d’une approche théorique et dans les faits il y a
souvent plus de plugins utilisés : par exemple, on va parfois avoir
tendance à égaliser avant et après l’ajustement de la dynamique…
Je vous propose toutefois de rentrer un peu dans le détail de cette chaîne
de traitement mastering en nous appuyant sur un passage du morceau
“The River” de Chris Finegan, issu de son album Pillars.
Voici le fichier audio brut :
Etape n°1 : Correction de la balance fréquentielle
La toute première chose que j’ai tendance à faire lorsque je masterise un
morceau, c’est ajouter un égaliseur.
Il y a en effet presque toujours des choses à nettoyer sur le
mix, par exemple un surplus d’énergie dans les basses, des aigus trop en
retrait ou encore une voix pouvant gagner en intelligibilité.
Il existe bien entendu toutes sortes de techniques d’égalisation en
mastering, pour corriger toutes sortes de problèmes.
Mais ce qui est important, c’est de ne corriger que ce que vous entendez :
n’allez pas, par habitude ou parce que vous l’avez lu sur Internet, égaliser
des fréquences sur lesquelles vous n’entendez pas de problème.
Une approche intéressante mais un peu avancée consiste à
utiliser un égaliseur mid/side, comme je l’ai fait sur le morceau de
Chris Finegan, pour traiter de façon séparée le signal au centre de l’image
stéréo et le signal positionné sur les côtés.
Ainsi, sur notre exemple, j’ai notamment :
ouvert les aigus un peu plus sur les sides que sur les mids,
puisque le mix était trop sombre
coupé les basses dans le side pour gagner en précision ;
corrigé une petite résonance résiduelle dans le mix vers 450 Hz ;
soulevé légèrement vers 1700 Hz pour faire ressortir plus
clairement la voix.
(vous voyez tout sur la capture d’écran de FabFilter Pro-Q 3 un peu plus
haut).
Voici donc le résultat :
Déjà, on a quelque chose de plus agréable, mais ce n’est pas fini.
Etape n°2 : Correction de la dynamique
Souvent, la deuxième phase du mastering va consister à ajouter un
compresseur pour rendre le master plus dense, lui faire gagner en
cohésion, ajouter ce qu’on appelle “la glue sonore”.
Ca fait partie de ce qui aide à donner un son “professionnel” à un master,
même si parfois ça peut sembler subtil au premier abord si l’on ne sait pas
ce qu’il faut entendre.
On peut aussi utiliser un compresseur pour aller contrôler les crêtes du
signal, par exemple si vous avez des percussions qui ressortent un peu
trop : ça aidera à faire rentrer les instruments dans le mix, mais aussi ça
simplifiera le travail du limiteur qui arrivera un peu plus tard.
Sur notre morceau-exemple, j’ai donc compressé légèrement le signal
pour rapprocher la voix de la guitare, tout en colorant un peu le son
puisque j’ai sélectionné le plugin Novatron de chez Kush Audio qui ajoute
des harmoniques de façon généreuse moyennant des simulations de
circuit de saturation :
Etape n°3 : Contrôle de l’image stéréo
Une fois que vous avez géré la dynamique et la balance fréquentielle, il
est souvent utile d’ajouter un plugin permettant d’ajuster l’image stéréo
de votre master.
Par exemple un stereo imager comme celui inclus dans iZotope Ozone (cf.
image ci-dessus), ou pourquoi pas un égaliseur mid/side.
Avec ce type d’outils, vous allez pouvoir rendre votre master plus
large si c’est nécessaire, ou au contraire le rendre un peu plus
mono s’il a été mixé de façon un peu trop extrême.
Ce n’est toutefois absolument pas un traitement indispensable : bien
souvent, la largeur de l’image stéréo à l’issue du mix peut être correcte et
ne pas nécessiter d’ajustements.
Ici dans notre morceau-exemple, je trouve la guitare beaucoup trop
centrale, ce qui donne nécessairement un son un peu mono puisque la
voix est elle-même centrée dans le mix et qu’il n’y a pas d’autres
instruments.
Du coup, jai utilisé Ozone 10 pour élargir progressivement les bandes de
fréquences aigues, ce qui donne un effet plus naturel (que l’on entendra
surtout sur des enceintes plutôt que sur un casque) :
Etape n°4 : Gestion du niveau sonore final
La dernière étape du mastering, pour le coup, ne change jamais : on
ajoute un plugin de type limiteur (ou maximizer, c’est la même chose)
pour remonter le niveau sonore de l’ensemble du morceau.
Et là, à vous de juger :
soit vous voulez quelque chose qui sonne très fort, mais du
coup vous allez beaucoup limiter (= compresser) le signal et avoir
de la distorsion ;
soit vous voulez quelque chose qui respire, et dans ce cas là
vous allez juste remonter un peu le niveau et le limiteur ne
réagira que subtilement pour contrôler quelques crêtes ici et là.
Sur notre exemple, jai fait un choix un peu intermédiaire : le limiteur se
déclenche de façon assez marquée sur les passages où la voix est forte,
mais ne compresse pas le signal sur les passages les moins forts.
Ce qui nous amène à un rendu plus finalisé (attention à vos oreilles,
l’exemple est du coup plus fort que les précédents) :
Et voilà, nous avons masterisé notre morceau !
Le dernier maillon de la chaîne de traitement
Dans une chaîne de mastering, il y a toutefois un dernier plugin que je
vous conseille d’ajouter dès le début du processus de traitement : un outil
de metering, c’est-à-dire un outil de mesure.
Autrement dit, un plugin qui vous permettra de suivre différents
indicateurs de niveau sonore, comme la Loudness en LUFS, qui
peuvent être pertinents pour garder un œil critique sur ce que vous êtes
en train de faire et vous assurer, par exemple, que vous n’êtes pas en
train de trop compresser ou trop limiter votre master.
De fait, ce type de plugin n’a aucun effet sonore sur le son : il vous
apporte juste des informations objectives qui peuvent être utiles durant le
mastering.
Et maintenant ?
Voilà, vous connaissez désormais ce à quoi ressemble “une chaîne de
traitement standard de mastering”.
A vous de jouer 🙂 !
Ceci dit, si vous débutez, je ne peux que vous conseiller d’avoir une
approche simple lors du mastering. Justement avec seulement 3 ou 4
plugins, dans l’idée de la chaîne proposée dans cet article : plus vous
ajouterez d’effets, plus vous risquerez de faire des erreurs.
Gardez donc les choses simples, et vous verrez que vos résultats seront
meilleurs.
Pour aller plus loin cependant, si par exemple vous voulez
apprendre en détail des techniques de mastering basiques ou
avancées, sachez que je sortirai prochainement une formation complète
dédiée au mastering en contexte home studio. Suivez ce lien pour laisser
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