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ESPACE VECTORIEL NORMÉ

B. Landelle

Table des matières

I Normes et espace vectoriel normé 2


1 Dénitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
2 Normes classiques en dimension nie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
3 Normes classiques en dimension innie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

II Suites d'un espace vectoriel normé 6


1 Dénitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2 Convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3 Valeur d'adhérence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

III Comparaison de normes 9


1 Normes équivalentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2 Cas de la dimension nie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3 Comparaisons de normes classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

1
Dans ce chapitre, l'ensemble E désigne un K-ev avec K = R ou C et I un intervalle non vide
de R.

I Normes et espace vectoriel normé

1 Dénitions
Dénition 1. On appelle norme sur E une application N : E → R+ vériant :
1. ∀(λ, x) ∈ K × E N(λx) = |λ| N(x) [Homogénéité]
2. ∀(x, y) ∈ E 2
N(x + y) ⩽ N(x) + N(y) [Inégalité triangulaire]
3. ∀x ∈ E N(x) = 0 =⇒ x = 0E [Séparation]
Un espace vectoriel E muni d'une norme N est dit espace vectoriel normé.

Notations : On note habituellement ∥ · ∥ une norme sur E.

x
x+y

Figure 1  Inégalité triangulaire

Remarque : Pour (x, y) ∈ E2 , on a ∥x − y∥ = ∥x + (−y)∥ ⩽ ∥x∥ + ∥y∥ (un signe + dans le


majorant !).

Vocabulaire : Un vecteur de norme égale à 1 est dit unitaire.


Exemples : 1. |·| est une norme sur R et sur C.
2. Soit E = C 0 ([ 0 ; 1 ] , R) muni ∥f ∥∞ = Sup |f (t)| pour f ∈ E, quantité bien dénie puis-
t∈[ 0 ;1 ]
qu'une fonction continue sur [ 0 ; 1 ] y est bornée. C'est une norme sur E. La séparation est
immédiate. Pour (f, g) ∈ E2 , on a
∀t ∈ [ 0 ; 1 ] |(f + g)(t)| ⩽ |f (t)| + |g(t)| ⩽ ∥f ∥∞ + ∥g∥∞
et par passage à la borne supérieure
∥f + g∥∞ ⩽ ∥f ∥∞ + ∥g∥∞
Soit λ un scalaire et f ∈ E. D'après le théorème des bornes atteintes, on dispose de t0 ∈ [ 0 ; 1 ]
tel que ∥f ∥∞ = |f (t0 )|. Ainsi
∀t ∈ [ 0 ; 1 ] |λf (t)| = |λ| |f (t)| ⩽ |λ| ∥f ∥∞ et |λf (t0 )| = |λ| ∥f ∥∞

d'où ∥λf ∥∞ = |λ| ∥f ∥∞

Dénition 2. Soit E un espace préhilbertien réel. On appelle norme euclidienne sur E l'appli-
cation dénie par
p
E → R+ , x 7→ ⟨x, x⟩

B. Landelle 2 ISM MP
Proposition 1. Soit E un espace préhilbertien réel. La norme euclidienne sur E est une norme.
Démonstration. L'homogénéité et la séparation sont immédiates. L'inégalité triangulaire résulte
de l'inégalité de Cauchy-Schwarz.
Dénition 3. Soit E un espace vectoriel normé. On appelle distance associée à la norme ∥ · ∥
l'application notée d dénie par
E2 → R+ , (x, y) 7→ d(x, y) = ∥x − y∥
Proposition 2. Soit d la distance associée à la norme ∥ · ∥ sur E un espace vectoriel normé.
On a
1. ∀(x, y) ∈ E2 d(x, y) = d(y, x)
2. ∀(x, y) ∈ E2 d(x, y) = 0 ⇐⇒ x = y
3. ∀(x, y, z) ∈ E3 d(x, z) ⩽ d(x, y) + d(y, z)
Démonstration. Immédiate.

y •z

x•

Figure 2  Inégalité triangulaire

Remarque : On peut dénir une distance vériant ces trois propriétés indépendamment du
choix d'une norme. On parle dans ce cas d'espace métrique. Un espace métrique n'est pas
nécessairement issu d'un espace normé : on munit E de la distance discrète dénie par d(x, y) =
1 − δx,y pour (x, y) ∈ E2 . C'est une distance et on a clairement d(λx, 0) ̸= |λ| d(x, 0) pour λ ∈ K
avec |λ| ≠ 0, 1.
Proposition 3 (Inégalité triangulaire inverse). Soit E un espace vectoriel normé. On a
1. ∀(x, y) ∈ E2 |∥x∥ − ∥y∥| ⩽ ∥x − y∥
2. ∀(x, y, z) ∈ E3 |d(x, z) − d(y, z)| ⩽ d(x, y)

y−x d(y, z) •z
y

x d(x, y) d(x, z)
y
x•

Figure 3  Inégalité triangulaire inverse

B. Landelle 3 ISM MP
Démonstration. 1. Par inégalité triangulaire, on a ∥x∥ ⩽ ∥x−y∥+∥y∥ d'où ∥x∥−∥y∥ ⩽ ∥x−y∥
et on conclut par symétrie des rôles.
2. On applique le résultat précédent en remplaçant x par x − z et y par y − z .

Dénition 4. Soit E un espace vectoriel normé et A une partie non vide de E. Pour x ∈ E,
on dénit la distance de x à A notée d(x, A) par
d(x, A) = Inf d(x, a) = Inf ∥x − a∥
a∈A a∈A

Remarque : L'ensemble {d(x, a), a ∈ A} est une partie non vide de R minorée (par zéro) et
admet donc une borne inférieure nie.

d(x, A)

x
A

Figure 4  Distance à une partie

Dénition 5. Soit E un espace vectoriel normé. Une partie A de E est dite bornée s'il existe
M ⩾ 0 tel que
∀x ∈ A ∥x∥ ⩽ M
Une fonction f : X → E est dite bornée si son image est bornée, c'est-à-dire s'il existe M ⩾ 0
tel que
∀x ∈ X ∥f (x)∥ ⩽ M

2 Normes classiques en dimension nie


Dénition 6. Sur Kn , on dénit les applications ∥ ∥1 , ∥ ∥2 , ∥ ∥∞ respectivement par
n n
∀x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Kn |xk |2
P P
∥x∥1 = |xk | ∥x∥2 = ∥x∥∞ = Max |xk |
k=1 k=1 k∈[[ 1 ; n ]]

Exemples : Si E = Mn (K) (isomorphe à Kn2 ), on a


… P
|ai,j |2
P
∥A∥1 = |ai,j | ∥A∥2 = ∥A∥∞ = Max |ai,j |
1⩽i,j⩽n 1⩽i,j⩽n 1⩽i,j⩽n

Théorème 1. Les applications ∥ ∥1 , ∥ ∥2 et ∥ ∥∞ sont des normes sur Kn .


Démonstration. Pour ∥ ∥1 , l'homogénéité est immédiate, la séparation résulte du fait qu'une
somme de termes positifs est nulle si et seulement si chaque terme est nul et l'inégalité trian-
gulaire résulte de l'inégalité de triangulaire de la valeur absolue ou du module.
Pour ∥ ∥2 , si K = R, c'est la norme euclidienne canonique. Si K = C, pour x ∈ Kn , on note
|x| = (|xi |)i . On observe sans diculté que ∥x∥2 = ∥ |x| ∥2 . On déduit du cas réel l'homogénéité
et la séparation. Pour l'inégalité triangulaire, avec |a + b| ⩽ |a| + |b| pour (a, b) ∈ C2 , il vient
pour x, y dans Kn
n
∥x + y∥22 = |xk + yk |2 ⩽ ∥x∥22 + ∥y∥22 + 2 ⟨|x| , |y|⟩ = ∥ |x| + |y| ∥2
P
k=1

B. Landelle 4 ISM MP
Le résultat suit d'après l'inégalité triangulaire dans le cas réel.
Pour ∥ ∥∞ , la séparation est immédiate. Pour x, y dans Kn , on a
∀k ∈ [[ 1 ; n ]] |xk + yk | ⩽ |xk | + |yk | ⩽ ∥x∥∞ + ∥y∥∞
Soit λ un scalaire et x ∈ Kn . On note k0 ∈ [[ 1 ; n ]] tel que |xk0 | = ∥x∥∞ . On a
∀k ∈ [[ 1 ; n ]] |λxk | = |λ| |xk | ⩽ |λ| ∥x∥∞ et |λxk0 | = |λ| ∥x∥∞

d'où ∥λx∥∞ = |λ| ∥x∥∞

p
Dénition 7. Soit (Ei )i∈[[ 1 ; p ]] une famille nie de K-ev. On munit l'ensemble E = Ei des
Q
i=1
opérations
∀(x, y, λ) ∈ E2 × K λ · x + y = (λ · xi + yi )i∈[[ 1 ; p ]]
On dit que E est l'espace produit des espaces vectoriels Ei .

Proposition 4. Soit (Ei )i∈[[ 1 ; p ]] une famille nie de K-ev et E l'espace produit des Ei . L'en-
semble E est un K-ev.
Démonstration. Héritage des structures d'espace vectoriel des Ei .

Proposition 5. Soit (Ei , ∥ ∥)i∈[[ 1 ; p ]] une famille nie de K-ev normés et E l'espace produit des
Ei . On peut dénir les normes dites normes produits sur E par
p p
∥xi ∥2
P P
∀x = (xi )i∈[[ 1 ; p ]] ∈ E N1 (x) = ∥xi ∥ N2 (x) = N∞ (x) = Max ∥xi ∥
i=1 i=1 i∈[[ 1 ; p ]]

Démonstration. Vérication identique au normes ∥ ∥1 , ∥ ∥2 et ∥ ∥∞ sur Rn .


Remarque : On note ∥ ∥ indiéremment de l'espace Ei considéré, l'ambiguïté se levant d'elle-
même lors du calcul d'une norme.

3 Normes classiques en dimension innie


Soit X un ensemble non vide.

Dénition 8. On note B(X, K) l'ensemble des fonctions bornées de X dans K.

Proposition 6. L'ensemble B(X, K) est un K-ev.


Démonstration. Sans diculté, on vérie que c'est un sev de F (X, K).

Dénition 9. On dénit l'application ∥ ∥∞ sur l'espace B(X, K) par


∀f ∈ B(X, K) ∥f ∥∞ = Sup |f (t)|
t∈X

Sur C 0 ([ a ; b ] , K) avec a < b, on dénit les applications norme de la convergence en moyenne


notée ∥ ∥1 et norme de la convergence en moyenne quadratique notée ∥ ∥2 par
Z b Z b
∀f ∈ C ([ a ; b ] , K)
0
∥f ∥1 = |f (t)| dt ∥f ∥2 = |f (t)|2 dt
a a

B. Landelle 5 ISM MP
Remarque : Pour f ∈ B(X, K), l'ensemble {|f (t)| , t ∈ X} est une partie non vide bornée de
R et admet donc une borne supérieure nie.

Théorème 2. L'application ∥ ∥∞ est une norme sur B(X, K). Les applications ∥ ∥1 , ∥ ∥2 sont
des normes sur C 0 ([ a ; b ] , K).

Démonstration. Pour ∥ · ∥∞ , preuve immédiate pour la séparation. Soit (f, λ) ∈ B(X, K) × K,


on a
1 1
∥λf ∥∞ ⩽ |λ| ∥f ∥∞ et si λ ̸= 0 ∥f ∥∞ = ∥ λf ∥∞ ⩽ ∥λf ∥∞
λ |λ|
d'où l'homogénéité. Puis
∀t ∈ X |f (t) + g(t)| ⩽ |f (t)| + |g(t)| ⩽ ∥f ∥∞ + ∥g∥∞
L'inégalité triangulaire en découle.
Pour ∥ · ∥1 , séparation par séparation de l'intégrale car |f | est continue positive. Les autres
propriétés sont immédiates. Z b
Si K = R, la norme ∥ · ∥2 est euclidienne associée au produit scalaire (f, g) 7→ f (t)g(t) dt.
a
Pour K = C, on a |f + g| ⩽ |f | + |g| et on conclut avec l'inégalité triangulaire dans le cas réel.
Les autres propriétés sont immédiates.

II Suites d'un espace vectoriel normé

Dans ce qui suit, l'espace E est un K-evn.

1 Dénitions
Dénition 10. Une suite à valeurs dans E est une application u : N 7→ E, n 7→ u(n) que l'on
note u, (un ), (un )n ou (un )n∈N et où un désigne u(n).

Exemple : un = (n, sin n) suite à valeur dans R2 .


Proposition 7. L'ensemble des suite à valeurs dans E noté EN est un K-ev.
Démonstration. Immédiate (structure héritée de celle de E).

Dénition 11. La suite (un )n à valeurs dans E est dite bornée si {un , n ∈ N} est une partie
bornée de E ou de manière équivalente si
∃M ⩾ 0 | ∀n ∈ N ∥un ∥ ⩽ M

Dénition 12. Soient (un )n et (vn )n des suites à valeurs dans des K-evn. On dit que (un )n
est dominée par (vn )n que l'on note un = O(vn ) si ∥un ∥ = O(∥vn ∥). On dit que (un )n est
négligeable devant (vn )n que l'on note vn = o(vn ) si ∥un ∥ = o(∥vn ∥).

Remarques : 1. Il s'agit évidemment de relations asymptotiques, c'est-à-dire pour n → +∞


(implicite dans la notation).
2. Comme pour des suites scalaires, la relation un = O(1) signie que la suite (un )n est bornée.

B. Landelle 6 ISM MP
Dénition 13. Soit E un K-ev de dimension nie et B = (ei )i∈[[ 1 ; p ]] une base de E. Soit (un )n
p
suite à valeurs dans E. Pour n entier, le terme un s'écrit un = ui,n ei . Les suite réelles ou
P
i=1
complexes (ui,n )n sont appelées suites coordonnées de la suite (un )n relatives à la base B .

Dénition 14. Soit (Ei , ∥ · ∥)i∈[[ 1 ; p ]] une famille de K-ev normés et E l'espace produit des Ei .
Soit (un )n ∈ EN . Pour n entier, le terme un s'écrit un = (ui,n )i∈[[ 1 ; p ]] . Les suites vectorielles
(ui,n )n sont appelées suites coordonnées de la suite (un )n .

2 Convergence
Dénition 15. On dit qu'une suite (un )n de E converge (ou est convergente) s'il existe ℓ ∈ E
tel que
∥un − ℓ∥ −−−→ 0
n→∞

c'est-à-dire ∀ε > 0 ∃p ∈ N | ∀n ∈ N n ⩾ p =⇒ ∥un − ℓ∥ ⩽ ε

Remarque : Dénition identique avec la dernière inégalité stricte car ε est quelconque > 0.
Vocabulaire : Une suite qui n'est pas convergente est dite divergente.
Proposition 8. Soit (un )n une suite à valeurs dans E convergente. Alors sa limite est unique.
Démonstration. Soient ℓ1 , ℓ2 des limites de (un )n . Pour n entier, on a ∥ℓ1 − ℓ2 ∥ ⩽ ∥ℓ1 − un ∥ +
∥un − ℓ2 ∥ = o(1) d'où ∥ℓ1 − ℓ2 ∥ = 0 et le résultat suit par séparation.
Notations : On note n→
lim un = ℓ ou un −−−→ ℓ.
+∞ n→∞

Remarque : Comme pour les suites scalaires, la relation un = o(1) signie un −n→∞
−−→ 0E .

Proposition 9. Soit (un )n une suite à valeurs dans E convergente. Alors la suite (un )n est
bornée.
Démonstration. Il existe N ∈ N tel que ∥un ∥ ⩽ ∥un − ℓ∥ + ∥ℓ∥ ⩽ 1 + ∥ℓ∥ pour n > N et on
prend C = max(∥uk ∥, k ∈ [[ 0 ; N ]], 1 + ∥ℓ∥).

Théorème 3. L'ensemble des suites convergentes à valeurs dans E est un K-ev et l'application
qui à une suite convergente associe sa limite est linéaire, i.e. pour (un )n , (vn )n dans EN telles
que un −−−→ ℓ, vn −−−→ ℓ′ et λ ∈ K, on a
n→∞ n→∞

λun + vn −−−→ λℓ + ℓ′
n→∞

Démonstration. Par inégalité triangulaire, on a


∥λun + vn − (λℓ + ℓ′ )∥ ⩽ |λ| ∥un − ℓ∥ + ∥vn − ℓ′ ∥ = o(1)
La suite nulle étant évidemment convergente, ceci prouve que l'ensemble des suites convergentes
à valeurs dans E est un sev de EN et que l'application limite est linéaire.

Proposition 10. Soient (un )n ∈ EN et (αn )n ∈ KN deux suites convergentes avec un −n→∞
−−→ ℓ
et αn −−−→ α. On a
n→∞

αn un −−−→ αℓ
n→∞

B. Landelle 7 ISM MP
Démonstration. On clone la preuve pour le produit des limites. Notons un −−−→ ℓ et αn −−−→ λ.
n→∞ n→∞
On a
∥αn un − αℓ∥ ⩽ ∥αn un − αn ℓ∥ + ∥αn ℓ − αℓ∥ ⩽ |αn | ∥un − ℓ∥ + |αn − α| ∥ℓ∥ = o(1)
O
|{z}
= (1)

Le résultat suit.

3 Valeur d'adhérence
Dénition 16. Soit (un )n suite à valeurs dans E et φ : N → N une extractrice, c'est-à-dire
une injection strictement croissante. La suite (uφ(n) )n est dite suite extraite ou sous-suite de
(un )n .
Notation : On note aussi nk = φ(k) et (unk )k une suite extraite.

Proposition 11. Toute suite extraite d'une suite (un )n ∈ EN convergente est convergente de
même limite. S'il existe une suite divergente extraite de (un )n , alors (un )n est divergente.
Démonstration. Soit (un )n convergente de limite ℓ ∈ E et soit ε > 0. On dispose d'un seuil p
entier tel que pour n ⩾ p, on a ∥un − ℓ∥ ⩽ ε. Soit φ une extractrice. On a φ(n) ⩾ n d'où
∥uφ(n) − ℓ∥ ⩽ ε pour n ⩾ p. En particulier, on a l'implication
(un )n convergente =⇒ (uφ(n) )n convergente
La contraposée donne la dernière assertion.
Dénition 17. Soit (un )n suite à valeurs dans E. On appelle valeur d'adhérence de (un )n toute
limite d'une suite convergente extraite de (un )n .
Exemples : 1. La suite ((−1)n )n admet 1 et −1 pour valeurs d'adhérence.
2. Soit R2 muni de la norme innie. On pose un = (cos(πn), cos(2πn/3)) + 1/n(1, 1) pour n
entier non nul. On a
1 1
u6n = (1, 1) + (1, 1) u6n+1 = (−1, −1/2) + (1, 1) etc.
6n 6n + 1
Les valeurs (1, 1), (−1, −1/2), etc. sont valeurs d'adhérence de (un )n .

1.5

1.0

0.5

0.0

−0.5
−1.0 −0.5 0.0 0.5 1.0 1.5

Figure 5  Suites des points (un )n

B. Landelle 8 ISM MP
On observe nettement la présence de 4 points valeurs d'adhérence de la suite (un )n .

III Comparaison de normes

1 Normes équivalentes
Dénition 18. Soient N1 , N2 deux normes sur E. On dit que N2 est plus ne que N1 s'il existe
β > 0 tel que
∀x ∈ E N1 (x) ⩽ βN2 (x)

Remarque : Cette notion n'est pas ociellement au programme bien qu'elle soit naturellement
utilisée en pratique. Ce n'est pas une relation d'ordre (pas antisymétrique).

Dénition 19. Deux normes N1 , N2 sur E sont dites équivalentes s'il existe α, β > 0 tels que
∀x ∈ E αN2 (x) ⩽ N1 (x) ⩽ βN2 (x)

Remarque : Deux normes sont équivalentes si et seulement si chacune est plus ne que l'autre.
Exemple : Soit E = C 1 ([ 0 ; 1 ] , R) muni de N1 (f ) = ∥f ∥∞ + ∥f ′ ∥∞ et N2 (f ) = |f (0)| + ∥f ′ ∥∞ .
Ce sont bien des normes (l'homogénéité découle de celle de ∥ · ∥∞ sur C 0 ([ 0 ; 1 ] , R), séparation
et inégalité triangulaire sont immédiates). On a clairement N2 (f ) ⩽ N1 (f ). Puis
Z x
∀x ∈ [ 0 ; 1 ] f (x) = f (0) + f ′ (t) dt =⇒ |f (x)| ⩽ |f (0)| + x∥f ′ ∥∞ ⩽ N2 (f )
0

Par suite N1 (f ) ⩽ 2N2 (f )


Les normes N1 et N2 sont équivalentes. En considérant f = t 7→ t et f = t 7→ 1, on peut établir
que les constantes obtenues sont optimales.

Proposition 12. L'équivalence de normes est une relation d'équivalence.


Démonstration. Immédiate (symétrique, réexive, transitive).

Proposition 13. Deux normes équivalentes dénissent les mêmes parties bornées de E.
Démonstration. Immédiate.
Proposition 14. Soient N1 , N2 des normes sur E. On a
N1 N2
N1 , N2 équivalentes ⇐⇒ et bornées sur E ∖ {0E }
N2 N1

Démonstration. Immédiate.
Proposition 15. Soient N1 , N2 deux normes sur E. On a
N1
N1 , N2 non équivalentes ⇐⇒ ∃(xn )n ∈ (E ∖ {0E })N | (xn ) −−−→ 0 ou +∞
N2 n→∞

Démonstration. Immédiate par négation du résultat précédent.

B. Landelle 9 ISM MP
+∞
Exemple : Soit E = K[X], pour P = an Xn (les an sont nuls à partir d'un certain rang), on
P
n=0
+∞ n
pose N1 (P) = Sup |an | et N2 (P) = |an |. Notant Pn = Xk , on a
P P
n∈N n=0 k=0
N2
N1 (Pn ) = 1 et N2 (Pn ) = n + 1 =⇒ (Pn ) −−−→ +∞
N1 n→∞

Ainsi, les normes N1 et N2 ne sont pas équivalentes.

Remarque : En pratique, pour comparer des normes sur K[X], il faut au moins tester pour la
suite (Xn )n et de même pour des normes sur C 0 ([ 0 ; 1 ] , K) avec (t 7→ tn )n .

Proposition 16. Deux normes équivalentes dénissent les mêmes suites convergentes et celles-
ci ont même limite pour les deux normes.
Démonstration. Immédiate.
Remarque : On dispose en fait de l'équivalence
Deux normes sont équivalentes ⇐⇒ elles dénissent les mêmes suites convergentes
N1 N1
Supposons que n'est pas borné sur E ∖ {0E }. Considérons (xn )n une suite telle (xn ) ⩾ n
N2 N2
pour tout n entier non nul. On pose
√ xn
∀n ∈ N∗ yn = n
N1 (xn )
√ 1
Alors N1 (yn ) = n −−−→ +∞ et 0 ⩽ N2 (yn ) ⩽ √ −−−→ 0
n→∞ n n→∞
Ainsi, la suite (yn )n est de limite nulle pour N2 mais non bornée donc non convergente pour
N2
N1 . Le cas non borné sur E ∖ {0E } vient par symétrie des rôles. Par contraposition, on en
N1
déduit le sens indirect.

2 Cas de la dimension nie


Théorème 4. En dimension nie, toutes les normes sont équivalentes.
Démonstration. Plus tard (requiert de la compacité).

Corollaire 1. Soit E un K-ev normé de dimension nie et B = (ei )i∈[[ 1 ; p ]] une base de E. Soit
(un )n suite à valeurs dans E. On a
(un )n convergente ⇐⇒ ∀i ∈ [[ 1 ; p ]] (ui,n )n converge
p
Dans ce cas
P
un −−−→ lim ui,n ei
n→∞ i=1 n→+∞

Démonstration. On suppose que (ui,n )n converge pour tout i ∈ [[ 1 ; p ]]. Ainsi, pour tout i ∈
p
[[ 1 ; p ]], il existe ℓi ∈ K tel que ui,n −−−→ ℓi . On pose ℓ = ℓi ei . Par inégalité triangulaire, on
P
n→∞ i=1
a
Pp Pp
∥un − ℓ∥ = ∥ (ui,n − ℓi )ei ∥ ⩽ |ui,n − ℓi | ∥ei ∥
i=1 i=1

B. Landelle 10 ISM MP
Le résultat suit.
On suppose (un )n convergente. On dispose donc de ℓ ∈ E tel que ∥un − ℓ∥ −−−→ 0. Les normes
n→∞
sur E étant équivalentes, on munit l'espace E de la norme ∥ · ∥∞,B et on a ∥un − ℓ∥∞,B −−−→ 0.
n→∞
p
On note ℓ = ℓi ei . Pour k ∈ [[ 1 ; p ]], il vient
P
i=1

∥un − ℓ∥∞,B = Max |ui,n − ℓi | ⩾ |uk,n − ℓk |


i∈[[ 1 ; p ]]

Le résultat suit.

Exemples : 1. (e −n , cos (1/n)) −−−→ (0, 1)


n→∞
Ç Å ãi+j−2 å
1
Å ã
1 n k
2. −−−→
P
An =
n k=1 n 1⩽i,j⩽p
n→∞ i + j − 1 1⩽i,j⩽p

Corollaire 2. Soit E un K-ev normé de dimension nie et B = (ei )i∈[[ 1 ; p ]] une base de E. Soit
(un )n suite à valeurs dans E. On a
(un )n = O(1) ⇐⇒ ∀i ∈ [[ 1 ; p ]] (ui,n )n = O(1)

Démonstration. Supposons les suites coordonnées bornées. Pour n entier, on a


p
|ui,n | ∥ei ∥ = O(1)
P
∥un ∥ ⩽
i=1

Supposons un = O(1), c'est-à-dire ∥un ∥ = O(1). Les normes sur E étant équivalentes, on munit
l'espace E de la norme ∥ · ∥∞,B et on a ∥un ∥∞,B = O(1). Puis
∀k ∈ [[ 1 ; p ]] |uk,n | ⩽ Max |ui,n | = ∥un ∥∞,B = O(1)
i∈[[ 1 ; p ]]

Proposition 17. Soit (Ei , ∥ · ∥)i∈[[ 1 ; p ]] une famille de K-ev normés et E l'espace produit des Ei .
Les normes produits sur E sont équivalentes.
p
Démonstration. Pour x = (xi )i∈[[ 1 ; p ]] ∈ Ei , on pose u = (∥xi ∥)i∈[[ 1 ; p ]] et on utilise l'équiva-
Q
i=1
lence des ∥ · ∥1 , ∥ · ∥2 et ∥ · ∥∞ sur Rp .

Corollaire 3. Soit (Ei , ∥ · ∥)i∈[[ 1 ; p ]] une famille de K-ev normés et E l'espace produit des Ei .
Soit (un )n suite à valeurs dans E. On a
(un )n convergente ⇐⇒ ∀i ∈ [[ 1 ; p ]] (ui,n )n converge
 
Dans ce cas un −−−→ lim ui,n
n→∞ n→+∞ i∈[[ 1 ; p ]]

Démonstration. Les normes produits sur E étant équivalentes, on munit E de ∥ · ∥∞ . La preuve


est alors identique à celle du corollaire 1.

Remarque : On peut aussi décliner le résultat sur le caractère borné dans un espace produit.

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3 Comparaisons de normes classiques
Proposition 18. On a pour tout x ∈ Kn
∥x∥∞ ⩽ ∥x∥1 ⩽ n∥x∥∞

∥x∥∞ ⩽ ∥x∥2 ⩽ n∥x∥∞

∥x∥2 ⩽ ∥x∥1 ⩽ n∥x∥2
et ces inégalités sont optimales.
Démonstration. Soit x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Kn et i0 ∈ [[ 1 ; n ]] tel que |xi0 | = ∥x∥∞ . On a
n
P n
P
∥x∥∞ = |xi0 | ⩽ |xk | = ∥x∥1 ⩽ |xi0 | = n∥x∥∞
k=1 k=1

» n n √
Puis |xi0 |2 ⩽ |xk |2 = ∥x∥2 ⩽ |xi0 |2 =
P P
∥x∥∞ = n∥x∥∞
k=1 k=1

Å n
ã2 n n
On a ∥x∥21 |xk |2 + 2 |xk |2 = ∥x∥22
P P P P
= |xk | = |xi | |xj | ⩾
k=1 k=1 1⩽i<j⩽n k=1

D'après l'inégalité de Cauchy-Schwarz, on a


n n n √
|xk |2 12 =
P P P
∥x∥1 = |xk | ⩽ n∥x∥2
k=1 k=1 k=1

Enn, on prend x = (1, 0, . . . , 0) pour chaque inégalité de gauche et x = (1, . . . , 1) pour chaque
inégalité de droite pour vérier l'optimalité des constantes.

Proposition 19. Sur E = C 0 ([ 0 ; 1 ] , R). Les normes ∥ · ∥1 , ∥ · ∥2 et ∥ · ∥∞ ne sont pas deux à


deux équivalentes.
Démonstration. Considérons fn : t 7→ tn pour n entier. On a
Z 1 Z 1
n 1 1
∀n ∈ N ∥fn ∥1 = t dt = ∥fn ∥2 = t2n dt = √ ∥fn ∥∞ = 1
0 n+1 0 2n + 1

∥fn ∥∞ ∥fn ∥∞ ∥fn ∥2



n
Ainsi −−−→ ∞ −−−→ +∞ ∼ −−−→ +∞
∥fn ∥1 n→∞ ∥fn ∥2 n→∞ ∥fn ∥1 n→+∞ 2 n→∞
Le résultat suit.
Remarques : (1) L'espace E est de dimension innie puisque la famille (fn )n est libre innie
en tant que famille de fonctions polynomiales non nulles échelonnées en degré.

(2) On peut compléter l'étude de comparaison de ces normes. Soit f ∈ E. On a clairement


∥f ∥1 ⩽ ∥f ∥∞ et ∥f ∥2 ⩽ ∥f ∥∞ ce qui prouve que ∥ · ∥∞ est plus ne que ∥ · ∥1 et ∥ · ∥2 . D'après
l'inégalité de Cauchy-Schwarz, on trouve
Z 1 Z 1 Z 1
∥f ∥1 = |f (t)| dt ⩽ 2
f (t) dt dt = ∥f ∥2
0 0 0

ce qui prouve que ∥ · ∥2 est plus ne que ∥ · ∥1 . Mais il n'y a pas d'autre relation de nesse entre
ces trois normes d'après la preuve de la proposition précédente.

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(3) Pour des normes non équivalentes, on peut observer des comportements asymptotiques
diérents. Considérant la situation de la proposition précédente, supposons que la suite (fn )n
admette une valeur d'adhérence f dans E muni de ∥ · ∥∞ . On a ∥ · ∥1 ⩽ ∥ · ∥∞ d'où, pour une
certaine extractrice φ,
∥·∥1
fφ(n) −−−→ f
n→∞

D'après les calculs précédents, on en déduit f = 0 puis ∥fφ(n) − f ∥∞ = ∥fφ(n) ∥∞ = 1 pour n


entier, ce qui est absurde. Ainsi, la suite (fn )n est de limite nulle pour la norme ∥ · ∥1 alors
qu'elle n'admet pas de valeur d'adhérence pour la norme ∥ · ∥∞ .

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