Fin de l’introduction générale
III. INDIVIDU ET COMMUNAUTÉ : COMPLÉMENTARITÉ ET
RÉCIPROCITÉ
Communauté souvent critiquée, parfois stigmatisée, notamment quand on parle, dans les débats
actuels, de communautarisme : définition du Robert « Tendance à faire prévaloir les spécificités
d'une communauté, des communautés (ethniques, religieuses, culturelles, sociales…) au sein d'un
ensemble social plus vaste. » Elle présente des avantages pourtant.
1. La communauté indispensable à l’individu
Les normes, les valeurs, les pratiques, les institutions sociales jouent un rôle crucial dans la
formation de l’individu. La norme sociale (la langue parlée, la monnaie en vigueur, l’ensemble
des croyances, etc.) est ainsi à la fois transcendante (elle dépasse les individus), mais
intériorisée > Ce sont des manières d’agir, de penser et de sentir internes au sujet, qui croit les
choisir alors qu’elles ne viennent pas de lui.
Plus spécifiquement, notre classe sociale par exemple s'inscrit dans notre corps et dans notre
esprit, par des goûts spécifiques, des attitudes, des conduites, des façons de parler, des lieux
fréquentés, des références culturelles. Ces manières d'être inscrites profondément en nous, que
Pierre Bourdieu appelle « ethos » (« habitude » en grec), nous assimilent, sans que nous en ayons
forcément conscience, à des communautés.
Plus encore, l’individu a besoin de la communauté. L’organisation en communautés relève
pour un certain nombre de penseurs d’une nécessité indispensable à la survie, mais aussi au
progrès et au développement de l’espèce humaine
> Texte de Hume
1. Pourquoi selon Hume l’homme est-il le plus « déficient » des animaux ?
L’homme est un animal « déficient », « infirme » car ses besoins et ses nécessités dépassent
largement ses capacités pour y répondre > « union monstrueuse de la faiblesse et du besoin ».
2. Qu’est-ce qui selon lui rend la société indispensable à l’individu ?
L’organisation en société permet l’union des forces > accroissement du pouvoir ; la division des
tâches > augmentation de capacité ; l’aide mutuelle, la solidarité > renforcement de la sécurité.
La question de la division du travail apparaît déjà chez Platon > Texte Platon
1. Qu’est-ce qui explique l’origine de la cité selon Socrate ?
Insuffisance des hommes > nécessité d’entraide // Hume
2. Comment le travail doit-il être organisé pour être le plus profitable à tous ?
Nécessité de la division sociale du travail = spécialisation des tâches au sein d’une société entre
des individus, des métiers différents > plus grande efficacité dans la production.
Rappel : Émile Durkheim montre dans De la division du travail social que cette division du travail
est une question d’efficacité (utilité économique) mais aussi de cohésion sociale > elle est à
l’origine de la solidarité sociale (dite organique) dans nos sociétés modernes. Ce n’est plus la
similarité qui relie les individus mais leur différenciation : chacun, en se spécialisant dans sa
tâche, devient nécessaire aux autres et les autres lui deviennent nécessaires > plus l'individu est
autonome, plus il est dépendant des autres !
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Fin de l’introduction générale
2. Les bienfaits du contrat social selon Rousseau
Les théoriciens du contrat social fondent la communauté politique (ou société civile) sur un
contrat ou un pacte passé entre des individus originairement indépendants les uns des autres
(fiction théorique de l’état de nature) > l’individu est le fondement de tout édifice social et
politique = prémisses individualistes.
Chez Rousseau au contraire de Hobbes, l’homme à l’état de nature, qui est bon et pacifique,
vit isolé de manière autosuffisante, et la liberté est le cœur de la nature humaine. L’introduction de
la propriété privée conduit néanmoins aux rivalités et aux inégalités sociales, d’où la nécessité de
refonder la société. Mais la communauté fondée par le pacte de soumission de Hobbes ne peut
convenir à ces individus qui ne peuvent aliéner leur liberté, sous peine de renoncer à leur humanité.
Le contrat social rousseauiste est donc un pacte d'association qui a pour but de créer une
volonté générale = volonté de la communauté dans son ensemble qui émerge des délibérations
communes, et qui vise toujours le bien commun. Cette volonté générale du peuple souverain dicte
la loi au sein de cette communauté politique que Rousseau appelle la République.
Chaque individu doit se soumettre à la République, mais cette soumission n'est pas une perte de
liberté comme chez Hobbes, car le contrat assure l’égalité et la réciprocité des contractants :
chacun s’unit à tous. Ainsi, la volonté générale de la communauté est aussi la volonté de chaque
individu puisqu'il est, par le pacte d'association, citoyen de la République. De sorte que chaque
citoyen ne se soumet qu'à sa propre volonté ; il est ainsi libre > « l'obéissance à la loi qu'on s'est
prescrite est liberté. »
Lire le texte de Rousseau.
➔ Il s’agit de protéger les droits imprescriptibles de l’individu tout en protégeant le bien
commun et l’intérêt général contre les dérives de l’individualisme.
3. Théorie de la justice (1971) selon Rawls
Selon l’article de l’Encyclopédie Universalis par Samuel Ferey (je n’en reprends que quelques
remarques) :
En publiant Théorie de la Justice en 1971, John Rawls (1921-2002) entend porter « à un plus haut
niveau d'abstraction la théorie bien connue du contrat social ».
C'est d'abord pour lutter contre l'utilitarisme dominant (utilitarisme qui dé nit le juste par rapport à
une conception particulière du bien – à savoir la maximisation de l'utilité globale), que Rawls
ressuscite le contractualisme.
Mais, par rapport aux œuvres de ses illustres prédécesseurs comme John Locke, Jean-Jacques
Rousseau ou Emmanuel Kant, la théorie rawlsienne est marquée d'originalité.
D’abord, l'objet du contrat est moins de fonder la souveraineté politique que les principes de
justice d'une « société bien ordonnée ».
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Fin de l’introduction générale
Le contrat social procède du choix d'institutions justes, qui fonctionnent le plus justement :
comment ces institutions – juridiques, politiques et économiques – doivent attribuer les droits
individuels et répartir les fruits de la coopération sociale.
La première partie de l'ouvrage fournit alors une première formulation des deux principes qui
doivent guider les règles de la coopération sociale.
D'une part, chaque individu doit avoir un accès égal au système le plus étendu possible de libertés
(principe de liberté).
D'autre part, les inégalités économiques et sociales ne sont légitimes que si elles béné cient aux
plus désavantagés (principe de différence) et respectent une juste égalité des chances.
Ces deux principes sont eux-mêmes ordonnés : il existe une priorité absolue du principe de liberté
et, de plus, le principe de différence l'emporte sur toute considération d'ef cacité ou de bien-être.
Le dernier temps de l'argumentaire, le plus original de l'ouvrage, justi e alors ces principes en
montrant qu'ils seraient choisis par des individus rationnels lors d'un contrat social.
Ce contrat doit respecter un certain nombre de contraintes morales minimales a n d'assurer
l'impartialité du choix des contractants. C'est pourquoi Rawls place les individus sous un
« voile d'ignorance » : les individus ne savent rien de leur position, de leurs talents ou encore
de leurs goûts dans la société.
Dès lors, chaque individu, craignant d'être dans la pire situation sociale, choisira la société qui
maximise le sort du plus défavorisé.
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