Interpolation et Polynômes
Interpolation et Polynômes
Interpolation
5.1 Introduction
Ce chapitre ainsi que le chapitre suivant qui porte sur la dérivation et l’in-
tégration numériques sont très étroitement reliés puisqu’ils tendent à répondre
à diverses facettes d’un même problème. Ce problème est le suivant : à partir
d’une fonction f (x) connue seulement en (n + 1) points de la forme ((xi , f (xi ))
pour i = 0, 1, 2, · · · , n), peut-on construire une approximation de f (x), et ce,
pour tout x ? Les xi sont appelés abscisses ou nœuds d’interpolation tandis
que les couples ((xi , f (xi )) pour i = 0, 1, 2, · · · , n) sont les points de colloca-
tion ou points d’interpolation et peuvent provenir de données expérimentales
ou d’une table. En d’autres termes, si l’on ne connaît que les points de collo-
cation (xi , f (xi )) d’une fonction, peut-on obtenir une approximation de f (x)
pour une valeur de x différente des xi ? La figure 5.1 résume la situation.
Sur la base des mêmes hypothèses, nous verrons, au chapitre suivant, com-
ment évaluer les dérivées f ′ (x), f ′′ (x) · · · de même que :
! xn
f (x)dx
x0
Théorème 5.1
Un polynôme de degré n dont la forme générale est :
pn (x) = a0 + a1 x + a2 x2 + a3 x3 + · · · + an xn (5.1)
avec an ̸= 0 possède, tenant compte des multiplicités, très exactement n racines
qui peuvent être réelles ou complexes conjuguées. Rappelons que r est une
racine de pn (x) si pn (r) = 0. ⋆
208 Chapitre 5
x0 x1 x x 2 x3 xn−1 xn
Corollaire 5.2
Par (n + 1) points de collocation d’abscisses distinctes ((xi , f (xi )) pour i =
0, 1, 2, · · · , n), on ne peut faire correspondre qu’un et un seul polynôme de
degré n.
Démonstration :
On procède par l’absurde et l’on suppose l’existence de 2 polynômes de degré
n, notés p(x) et q(x), et qui passent tous les deux par les (n + 1) points de
collocation donnés. On considère ensuite la différence P (x) = p(x) − q(x) qui
est également un polynôme de degré au plus n. Ce polynôme vérifie :
Définition 5.3
L’unique polynôme de degré n passant par les points (xi , f (xi )) pour
i = 0, 1, 2, · · · , n, est appelé l’interpolant de f (x) de degré n aux abscisses
(nœuds) x0 , x1 , · · · , xn .
Remarque 5.4
Rien n’oblige à ce que le coefficient an de l’interpolant soit différent de 0. L’in-
terpolant passant par les n + 1 points d’interpolation peut donc être de degré
inférieur à n. Si on choisit par exemple 10 points sur une droite, l’interpolant
sera quand même de degré 1. "
Interpolation 209
Remarque 5.5
La matrice de ce système linéaire porte le nom de matrice de Vandermonde.
On peut montrer que le conditionnement de cette matrice augmente fortement
avec la taille (n + 1) du système. De plus, comme le révèlent les sections qui
suivent, il n’est pas nécessaire de résoudre un système linéaire pour calculer un
polynôme d’interpolation. Cette méthode est donc rarement utilisée. "
Exemple 5.6
On doit calculer le polynôme passant par les points (0 , 1), (1 , 2), (2 , 9) et
(3 , 28). Étant donné ces 4 points, le polynôme recherché est tout au plus de
degré 3. Ses coefficients ai sont solution de :
⎡ ⎤⎡ ⎤ ⎡ ⎤
1 0 0 0 a0 1
⎢ 1 1 1 1 ⎥ ⎢ a1 ⎥ ⎢ 2 ⎥
⎣ 1 2 4 8 ⎦⎣ a ⎦ = ⎣ 9 ⎦
2
1 3 9 27 a3 28
dont la solution (obtenue par décomposition LU ) est [1 0 0 1]T . Le polynôme
recherché est donc p3 (x) = 1 + x3 . #
est un polynôme de degré n, car chacun des Li (x) est de degré n. De plus, ce
polynôme passe par les (n + 1) points de collocation et est donc le polynôme
recherché. En effet, il est facile de montrer que selon les conditions 5.3 :
n
)
L(xj ) = f (xj )Lj (xj ) + f (xi )Li (xj )
i=0,i̸=j
= f (xj ) + 0 = f (xj ) ∀j
Le polynôme L(x) passe donc par tous les points de collocation. Puisque ce
polynôme est unique, L(x) est bien le polynôme recherché. Il reste à construire
les fonctions Li (x). Suivons une démarche progressive.
Polynômes de degré 1
Il s’agit de déterminer le polynôme de degré 1 dont la courbe (une droite)
passe par les deux points (x0 , f (x0 )) et (x1 , f (x1 )). On doit donc construire
deux polynômes L0 (x) et L1 (x) de degré 1 qui vérifient :
( (
L0 (x0 ) = 1 L1 (x0 ) = 0
L0 (x1 ) = 0 L1 (x1 ) = 1
(x − x1 )
L0 (x) =
(x0 − x1 )
(x − x0 )
L1 (x) =
(x1 − x0 )
Interpolation 211
L0 (x)
L1 (x)
x0 x1
Ces deux fonctions sont illustrées à la figure 5.2. Le polynôme de degré 1 est
donc :
p1 (x) = f (x0 )L0 (x) + f (x1 )L1 (x)
Exemple 5.7
L’équation de la droite passant par les points (2 , 3) et (5 , − 6) est :
(x − 5) (x − 2)
3 + (−6) = −(x − 5) − 2(x − 2) = −3x + 9
(2 − 5) (5 − 2)
#
Polynômes de degré 2
Si l’on cherche le polynôme de degré 2 passant par les points (x0 , f (x0 )),
(x1 , f (x1 )) et (x2 , f (x2 )), on doit construire trois fonctions Li (x). Le raisonne-
ment est toujours le même. La fonction L0 (x) s’annule cette fois en x = x1 et
en x = x2 . On doit forcément avoir un coefficient de la forme :
(x − x1 )(x − x2 )
qui vaut (x0 − x1 )(x0 − x2 ) en x = x0 . Pour satisfaire la condition L0 (x0 ) = 1,
il suffit alors de diviser le coefficient par cette valeur et de poser :
(x − x1 )(x − x2 )
L0 (x) =
(x0 − x1 )(x0 − x2 )
Cette fonction vaut bien 1 en x0 et 0 en x1 et x2 . De la même manière, on
obtient les fonctions L1 (x) et L2 (x) définies par :
(x − x0 )(x − x2 ) (x − x0 )(x − x1 )
L1 (x) = et L2 (x) =
(x1 − x0 )(x1 − x2 ) (x2 − x0 )(x2 − x1 )
212 Chapitre 5
L0 (x) L1 (x)
L2 (x)
x0 x1 x2
Exemple 5.8
La parabole passant par les points (1 , 2), (3 , 7), (4 , − 1) est donnée par :
(x − 3)(x − 4) (x − 1)(x − 4) (x − 1)(x − 3)
p2 (x) = 2 +7 + (−1)
(1 − 3)(1 − 4) (3 − 1)(3 − 4) (4 − 1)(4 − 3)
Polynômes de degré n
On analyse le cas général de la même façon. La fonction L0 (x) doit s’annuler
en x = x1 , x2 , x3 , · · · , xn . Il faut donc introduire la fonction :
(x − x1 )(x − x2 )(x − x3 ) · · · (x − xn )
qui vaut :
(x0 − x1 )(x0 − x2 )(x0 − x3 ) · · · (x0 − xn )
en x = x0 . On a alors, après division :
(x − x1 )(x − x2 )(x − x3 ) · · · (x − xn )
L0 (x) =
(x0 − x1 )(x0 − x2 )(x0 − x3 ) · · · (x0 − xn )
On remarque qu’il y a n facteurs de la forme (x − xi ) dans cette expression et
qu’il s’agit bien d’un polynôme de degré n. Pour la fonction L1 (x), on pose :
(x − x0 )(x − x2 )(x − x3 ) · · · (x − xn )
L1 (x) =
(x1 − x0 )(x1 − x2 )(x1 − x3 ) · · · (x1 − xn )
Interpolation 213
Théorème 5.9
Étant donné (n + 1) points d’interpolation ((xi , f (xi )) pour i = 0, 1, · · · , n),
l’unique polynôme d’interpolation de degré n passant par tous ces points peut
s’écrire :
)n
pn (x) = f (xi )Li (x) (5.5)
i=0
où les (n + 1) fonctions Li (x) sont définies par la relation 5.4. C’est la formule
de Lagrange. ⋆
Exemple 5.10
Reprenons les points (0 , 1), (1 , 2), (2 , 9) et (3 , 28), pour lesquels nous avons
obtenu le polynôme p3 (x) = x3 + 1 à l’aide de la matrice de Vandermonde.
L’interpolation de Lagrange donne dans ce cas :
(x − 1)(x − 2)(x − 3) (x − 0)(x − 2)(x − 3)
p3 (x) = 1 +2
(0 − 1)(0 − 2)(0 − 3) (1 − 0)(1 − 2)(1 − 3)
c’est-à-dire :
(x − 1)(x − 2)(x − 3)
p3 (x) = − + x(x − 2)(x − 3)
6
x(x − 1)(x − 3) x(x − 1)(x − 2)
−9 + 14
2 3
qui est l’expression du polynôme de degré 3 passant par les 4 points donnés.
Cette expression n’est autre que p3 (x) = x3 + 1. Il n’y a qu’à en faire le déve-
loppement pour s’en assurer. Cela n’est pas surprenant, puisque l’on sait qu’il
n’existe qu’un seul polynôme de degré 3 passant par 4 points donnés. L’inter-
polation de Lagrange ne fait qu’exprimer le même polynôme différemment.
Enfin, le polynôme calculé permet d’obtenir une approximation de la fonc-
tion inconnue f (x) partout dans l’intervalle contenant les points de collocation,
c’est-à-dire [0 , 3]. Ainsi, on a :
f (2,5) ≃ p3 (2,5) = 16,625
avec une précision qui sera discutée plus loin lorsque nous aborderons la ques-
tion de l’erreur d’interpolation.#
214 Chapitre 5
Remarque 5.11
La méthode d’interpolation de Lagrange présente un inconvénient majeur : elle
n’est pas récursive. En effet, si l’on souhaite passer d’un polynôme de degré
n à un polynôme de degré (n + 1) (en ajoutant un point de collocation), on
doit reprendre pratiquement tout le processus à zéro. Dans l’exemple précé-
dent, si l’on souhaite obtenir le polynôme de degré 4 correspondant aux points
(0 , 1), (1 , 2), (2 , 9), (3 , 28) et (5 , 54), on ne peut que difficilement récupérer
le polynôme de degré 3 déjà calculé et le modifier pour obtenir p4 (x). C’est en
revanche ce que permet la méthode d’interpolation de Newton. "
Définition 5.12
On définit les premières différences divisées de la fonction f (x) par :
f (xi+1 ) − f (xi )
f [xi , xi+1 ] = (5.8)
xi+1 − xi
Remarque 5.13
Il est facile de démontrer que le polynôme de degré 1 :
p1 (x) = f (x0 ) + f [x0 , x1 ](x − x0 )
obtenu en ne considérant que les deux premiers coefficients de 5.6 et les ex-
pressions 5.7 et 5.9, passe par les points (x0 , f (x0 )) et (x1 , f (x1 )). Il représente
donc l’unique polynôme de collocation de degré 1 passant par ces deux points.
"
1
= (f [x1 , x2 ] − f [x0 , x1 ])
(x2 − x0 )
216 Chapitre 5
On en arrive donc à une expression qui fait intervenir une différence divisée de
différences divisées.
Définition 5.14
Les deuxièmes différences divisées de la fonction f (x) sont définies à partir
des premières différences divisées par la relation :
Notons que les toutes premières différences divisées de f (x) (soit les 0es dif-
férences) sont tout simplement définies par f (xi ).
Remarque 5.15
Il est facile de démontrer que le polynôme :
p2 (x) = f (x0 ) + f [x0 , x1 ](x − x0 ) + f [x0 , x1 , x2 ](x − x0 )(x − x1 )
passe par les trois premiers points de collocation. On remarque de plus que ce
polynôme de degré 2 s’obtient simplement par l’ajout d’un terme de degré 2
au polynôme p1 (x) déjà calculé. En raison de cette propriété, cette méthode
est dite récursive. "
Théorème 5.16
L’unique polynôme de degré n passant par les (n + 1) points de collocation
((xi , f (xi )) pour i = 0, 1, 2, · · · , n) peut s’écrire selon la formule d’interpolation
de Newton 5.6 ou encore sous la forme récursive :
pn (x) = pn−1 (x) + an (x − x0 )(x − x1 ) · · · (x − xn−1 ) (5.13)
Les coefficients de ce polynôme sont les différences divisées :
ai = f [x0 , x1 , x2 , · · · , xi ] pour 0 ≤ i ≤ n (5.14)
⋆
Interpolation 217
Démonstration (facultative) :
On démontre le résultat par induction. On a déjà établi le résultat pour n = 1
et n = 2. On suppose que ce résultat est vrai pour les polynômes de degré
(n−1). Il s’agit de montrer qu’il est également vrai pour les polynômes de degré
n. Pour ce faire, on introduit les polynômes pn−1 (x) et qn−1 (x) de degré (n−1)
et passant respectivement par les points ((xi , f (xi )) pour i = 0, 1, 2, · · · , n − 1)
et ((xi , f (xi )) pour i = 1, 2, 3, · · · , n). On note immédiatement que ces deux
polynômes passent respectivement par les n premiers et les n derniers points
d’interpolation. Les coefficients ai étant définis par la relation 5.14, on pose
également :
bi = f [x1 , x2 , · · · , xi+1 ] pour 1 ≤ i ≤ n − 1
Les ai et les bi sont les différences divisées relatives aux n premiers et aux n
derniers points, respectivement. Suivant la définition des différences divisées,
on observe que :
et que :
Lemme 5.17
L’unique polynôme pn (x) passant par les points ((xi , f (xi )) pour
i = 0, 1, 2, · · · , n) s’écrit :
(x − x0 )
pn (x) = pn−1 (x) + (qn−1 (x) − pn−1 (x)) (5.18)
(xn − x0 )
Preuve du lemme :
Il suffit de s’assurer que ce polynôme (qui est bien de degré n) passe par
les points ((xi , f (xi )) pour i = 0, 1, 2, · · · , n). Le résultat suivra par unicité
du polynôme d’interpolation. Suivant la définition des polynômes pn−1 (x) et
qn−1 (x), on a :
pn (x0 ) = pn−1 (x0 ) = f (x0 )
et à l’autre extrémité :
pn (xn ) = pn−1 (xn ) + (qn−1 (xn ) − pn−1 (xn )) = qn−1 (xn ) = f (xn )
218 Chapitre 5
(xi − x0 )
pn (xi ) = pn−1 (xi ) + (qn−1 (xi ) − pn−1 (xi ))
(xn − x0 )
(xi − x0 )
= f (xi ) + (f (xi ) − f (xi )) = f (xi )
(xn − x0 )
On a donc :
(x − x0 )
pn (x) − pn−1 (x) = (qn−1 (x) − pn−1 (x)) (5.19)
(xn − x0 )
bn−1 − an−1
xn − x 0
qui est an en vertu de la relation 5.15. La formule 5.19 permet aussi de trouver
les racines de pn (x) − pn−1 (x), qui sont x0 , x1 , · · · , xn−1 . Ce polynôme s’écrit
donc :
pn (x) − pn−1 (x) = an (x − x0 )(x − x1 ) · · · (x − xn−1 )
Remarque 5.18
Une fois les coefficients ai connus, on peut évaluer le polynôme de Newton au
moyen d’un algorithme similaire au schéma de Horner (voir la section 1.5.3).
On écrit alors le polynôme 5.6 sous la forme :
x0 f (x0 )
f [x0 , x1 ]
x1 f (x1 ) f [x0 , x1 , x2 ]
f [x1 , x2 ] f [x0 , x1 , x2 , x3 ]
x2 f (x2 ) f [x1 , x2 , x3 ]
f [x2 , x3 ]
x3 f (x3 )
La construction de cette table est simple. Nous nous sommes arrêtés aux troi-
sièmes différences divisées, mais les autres s’obtiendraient de la même manière.
Les premières différences divisées découlent de la définition. Par la suite, pour
obtenir par exemple f [x0 , x1 , x2 ], il suffit de soustraire les 2 termes adjacents
f [x1 , x2 ] − f [x0 , x1 ] et de diviser le résultat par (x2 − x0 ). De même, pour
obtenir f [x0 , x1 , x2 , x3 ], on soustrait f [x0 , x1 , x2 ] de f [x1 , x2 , x3 ] et l’on divise
le résultat par (x3 − x0 ). La formule de Newton utilise la diagonale principale
de cette table.
Exemple 5.19
La table de différences divisées pour les points (0 , 1), (1 , 2), (2 , 9) et (3 , 28)
est :
Table de différences divisées
xi f (xi ) f [xi , xi+1 ] f [xi , · · · , xi+2 ] f [xi , · · · , xi+3 ]
0 1
1
1 2 3
7 1
2 9 6
19
3 28
qui est le même polynôme (en vertu de l’unicité) que celui obtenu par la mé-
thode de Lagrange. On remarque de plus que le polynôme :
passe quant à lui par les trois premiers points de collocation. Si l’on souhaite
ajouter un point de collocation et calculer un polynôme de degré 4, il n’est
pas nécessaire de tout recommencer. Par exemple, si l’on veut inclure le point
(5 , 54), on peut compléter la table de différences divisées déjà utilisée.
220 Chapitre 5
Table de différences divisées
xi f (xi ) f [xi , xi+1 ] f [xi , · · · , xi+2 ] f [xi , · · · , xi+3 ] f [xi , · · · , xi+4 ]
0 1
1
1 2 3
7 1
2 9 6 − 35
19 −2
3 28 −2
13
5 54
Exemple 5.20
Il est bon de remarquer que les points de collocation ne doivent pas forcément
être placés par abscisses croissantes. Considérons par exemple la table suivante :
Table de différences divisées
xi f (xi ) f [xi , xi+1 ] f [xi , · · · , xi+2 ] f [xi , · · · , xi+3 ]
2 1
1
0 −1 0,4
2,2 1,2
5 10 1,6
7
3 −4
On note que les abscisses xi ne sont pas par ordre croissant. Le polynôme
passant par ces points est :
p3 (x) = 1 + 1(x − 2) + 0,4(x − 2)(x − 0) + 1,2(x − 2)(x − 0)(x − 5)
que l’on obtient de la relation 5.6 en prenant x0 = 2. Si l’on souhaite évaluer
ce polynôme en x = 1, on peut se servir de la méthode de Horner. On réécrit
alors le polynôme sous la forme :
p3 (x) = 1 + (x − 2)(1 + (x − 0)(0,4 + 1,2(x − 5)))
La fonction inconnue f (x) peut alors être estimée par ce polynôme. Ainsi :
f (1) ≃ p3 (1) = 1 + (−1)(1 + (1)(0,4 + 1,2(−4)))
= 1 + (−1)(1 − 4,4) = 4,4
Pour l’instant, nous n’avons aucune indication quant à la précision de cette
approximation. Cette question est l’objet de la section suivante.#
Interpolation 221
Exemple 5.22
Soit les valeurs expérimentales suivantes, que l’on a obtenues en mesurant la
vitesse (en km/h) d’un véhicule toutes les 5 secondes :
t(s) 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
v(km/h) 55 60 58 54 55 60 54 57 52 49
Vitesse 70
(km/h) 65
60
55
50
45
40
35
30
25
20
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
Temps (s)
Remarque 5.23
L’expression analytique du terme d’erreur nous impose de choisir les points
d’interpolation les plus près du point x où l’on veut interpoler. Cela s’est révélé
souhaitable dans l’exemple précédent et est en fait une règle générale. "
Exemple 5.24
Soit les points (1 , 1), (3 , 1,732 051), (7,5 , 2,738 613), (9,1 , 3,016 621) et
(12 , 3,464 102). Si l’on veut interpoler la fonction inconnue f (x) en x = 8, il
est utile de construire une table de différences divisées.
224 Chapitre 5
On remarque que les abscisses xi ont été ordonnées en fonction de leur distance
par rapport à x = 8. Cela permet d’effectuer d’abord l’interpolation avec les
valeurs les plus proches de x et également de diminuer plus rapidement l’erreur
d’interpolation. En effet, en prenant des polynômes de degré de plus en plus
élevé, la formule de Newton donne les résultats suivants.
Il faut dans ce cas attendre le degré 3 avant d’avoir une précision acceptable.
On obtient bien sûr le même résultat dans les deux cas lorsque tous les points
d’interpolation sont utilisés, c’est-à-dire lorsqu’on recourt au polynôme de de-
gré 4. On voit donc l’importance d’utiliser les points de collocation les plus
Interpolation 225
En effet, on a :
′ f ′′ (x0 )h
= f (x0 ) + + O(h2 ) = f ′ (x0 ) + O(h)
2
De même, on peut montrer qu’à une constante près la n-ième différence divisée
de f (x) est une approximation d’ordre 1 de la dérivée n-ième de f (x) en x = x0 .
On peut en effet démontrer que :
f (n) (x0 )
f [x0 , x1 , x2 · · · , xn ] = + O(h) (5.22)
n!
Nous reviendrons sur l’approximation 5.22 au chapitre 6 sur la dérivation
numérique. Pour le moment, servons-nous de ce résultat. On suppose que la
dérivée (n + 1)-ième de f (x) varie peu dans l’intervalle [x0 , xn ]. On a alors
l’approximation suivante :
Remarque 5.25
On remarque immédiatement que l’approximation 5.23 (ou 5.24) n’est rien
d’autre que le terme nécessaire au calcul du polynôme de degré (n + 1) dans
la formule de Newton 5.6. En d’autres termes, il est possible d’évaluer l’erreur
d’interpolation liée à un polynôme de degré n en calculant le terme suivant
dans la formule de Newton.
L’approximation 5.23 (ou 5.24) n’est pas toujours d’une grande précision,
mais c’est généralement la seule disponible. "
Cela nous amène à suggérer le critère d’arrêt suivant dans le cas de l’inter-
polation à l’aide de la formule de Newton. On considère que l’approximation
pn (x) est suffisamment précise si :
|pn+1 (x) − pn (x)|
< ϵa
|pn+1 (x)|
où ϵa est une valeur de tolérance fixée à l’avance. Il est généralement recom-
mandé de fixer également le degré maximal N des polynômes utilisés.
Exemple 5.26 √
Soit une table de la fonction x. Puisqu’on connaît la fonction (ce qui n’est
bien sûr pas le cas en pratique), on est donc en mesure d’évaluer l’erreur exacte
et de la comparer avec son approximation obtenue à l’aide de la relation 5.23.
Table de différences divisées
xi f (xi ) f [xi , xi+1 ] f [xi , · · · , xi+2 ] f [xi , · · · , xi+3 ] f [xi , · · · , xi+4 ]
7 2,645 751
0,177 124
9 3,000 000 −0,004 702 99
0,158 312 0,000 206 783
11 3,316 625 −0,003 462 29 −0,9692 × 10−5
0,144 463 0,000 129 248
13 3,605 551 −0,002 686 80
0,133 716
15 3,872 983
√
On tente d’obtenir une approximation de 8 à l’aide de cette table. En se
basant sur un polynôme de degré 1 et en prenant x0 = 7, on obtient facilement :
p1 (x) = 2,645 751 + 0,177 124(x − 7)
de telle sorte que p1 (8) = 2,822 875. L’erreur exacte en x = 8 est alors :
√
E1 (8) = f (8) − p1 (8) = 8 − 2,822 875 = 0,005 552 125
Interpolation 227
Selon l’expression 5.23, on peut estimer cette erreur par le terme suivant dans
la formule de Newton 5.6, c’est-à-dire :
E1 (8) ≃ −0,004 702 99(8 − 7)(8 − 9) = 0,004 702 99
On constate donc que l’erreur approximative est assez près de l’erreur exacte.
Considérons maintenant le polynôme de degré 2 :
p2 (x) = p1 (x) − 0,004 702 99(x − 7)(x − 9)
qui prend la valeur :
p2 (8) = 2,822 875 + 0,004 702 99 = 2,827 577 990
soit une erreur exacte de 0,000 849 135. Encore ici, cette erreur peut être ap-
prochée à l’aide du terme suivant dans la formule de Newton :
E2 (8) ≃ 0,000 206 783(8 − 7)(8 − 9)(8 − 11) = 0,000 620 349
Enfin, en passant au polynôme de degré 3, on trouve :
p3 (x) = p2 (x) + 0,000 206 783(x − 7)(x − 9)(x − 11)
ce qui entraîne que :
p3 (8) = 2,827 578 301 + 0,000 620 349 = 2,828 198 339
L’erreur exacte est alors 0,000 228 786, ce qui est près de la valeur obtenue au
moyen de l’équation 5.23 :
E3 (8) ≃ −0,9692 × 10−5 (8 − 7)(8 − 9)(8 − 11)(8 − 13) = 0,000 145 380
qui montre que cette approximation possède 4 chiffres significatifs.
On remarque par ailleurs dans la table que les premières différences divisées
sont négatives et que le signe alterne d’une colonne à une autre. Cela s’explique
par la relation 5.22, qui établit un lien entre les différences divisées et les
dérivées de la fonction f (x). Dans cet exemple, on a :
√ 1 −1 3
f (x) = x, f ′ (x) = √ , f ′′ (x) = ′′′
3 , f (x) = 5 , etc.
2 x 4x 2 8x 2
Le signe des dérivées alterne, tout comme le signe des différentes colonnes de
la table de différences divisées. #