PROFESSEUR CAMARA EIB
SUJET 3. A l’aide de vos connaissances vous analysez que la croissance et
développement sont donc deux notions différentes mais intimement liées ?
INTRODUCTION
Dans un monde en constante évolution, le lien indissociable entre la croissance économique
et le développement suscite des questionnements cruciaux.
La croissance économique correspond à une longue période d’augmentation de la production
et c’est une notion uniquement quantitative. Contrairement à la croissance, le développement
est une notion aussi bien quantitative que qualitative, il correspond non seulement à une
augmentation du pouvoir d’achat mais aussi à des transformations structurelles de l’économie
comme l’industrialisation, la tertiairisation, l’urbanisation ou la salarisation.
De ce fait, il s'avère fondamental de poser la question de savoir : si la croissance et
développement sont deux notions différentes mais intimement liées ? Pour une prise en charge
sérieuse de cette question, nous allons d'une part analyser que toute croissance ne permet pas
le développement et d'autre part la croissance économique est une condition du
développement.
I. TOUTE CROISSANCE NE PERMET PAS LE DEVELOPEMENT
A. Les croissances ne sont pas toutes progressives
Toute croissance économique ne conduit pas à un accroissement du revenu : lorsque la
croissance de la population est supérieure à celle de la production, le phénomène inverse se
produit (cas de nombreux pays en développement). A. Barrère propose de différencier ≪ la
croissance progressive ≫ (croissance économique supérieure à la croissance
démographique) de ≪ la croissance régressive ≫ (croissance économique inférieure à la
croissance démographique).
Mais une croissance, même progressive, n’enrichit pas forcément le pays, ainsi une croissance
peut être appauvrissante. Selon J. Bhagwati « la croissance appauvrissante » correspond au
cas où une dégradation des termes de l’échange (la hausse des prix des produits exportés étant
inférieure à celle des prix des produits importés) oblige le pays à produire et à exporter
davantage sans pouvoir acheter plus.
B. La croissance n’est pas une condition suffisante au développement
Certains économistes tiers-mondistes prônent un développement sans croissance, cela signifie
qu’ils pensent qu’il est d’abord nécessaire de modifier la société de l’intérieur et de répondre à
ses besoins avant de songer à développer la production. En réalité, seule la croissance
économique peut enrichir un pays.
Les fruits de la croissance peuvent être mal répartis, la croissance peut ne profiter qu’à une
minorité de la population et échapper au grand nombre. La croissance ne peut pas être
généralisée : c’est le cas des économies du tiers-monde, économies désarticulées dans
lesquelles deux secteurs différents se juxtaposent, n secteur moderne profitant des possibilités
de croissance et un secteur archaïque sans perspectives de développement.
La croissance peut aussi ne pas être source d’un développement immédiat lorsque la
production est exportée et non offerte sur le marché intérieur. Le cas des pays d’Asie du sud-
Est montre que ce type de croissance conduit tout de même, à terme, à une dynamique de
développement social
II. LA CROISSANCE ECONOMIQUE EST UNE CONDITION DU
DEVELOPPEMENT
Les étapes de la croissance Rostow considère que dans chaque société, la croissance passe par
cinq étapes déterminées :
_ La société traditionnelle correspond à la première étape, la production est limitée et
surtout agricole, les échanges sont rares, la société est très hiérarchisée.
_ Les préalables du développement constituent la deuxième phase, l’agriculture
permet de dégager un profit, les mentalités évoluent et les individus cherchent de plus
en plus à s’enrichir.
_ Le take off ou décollage est une période très brève (moins de 30 ans) pendant laquelle
des taux d’investissement très élevés (plus de 10% de la production) et des industries
pivots (textile, métallurgie) permettent une forte croissance économique. Cette période
s’accompagne d’un accroissement des inégalités sociales.
_ La marche vers la maturité permet d’établir les bases du développement
économique, démographique et social. Le progrès technique se diffuse dans tous les
secteurs de l’économie, la plupart des couches sociales en profitent.
_ L’ère de la consommation de masse correspond à la dernière période, la
consommation de masse de biens durables apparaît, les services se développent, la
pauvreté se marginalise, l’Etat intervient de plus en plus dans la société et dans
l’économie, c’est un Etat-providence, c’est-à-dire soucieux du bien-être collectif.
Ces cinq étapes de la croissance auraient aussi bien pu être nommées les cinq étapes du
développement ; à chaque étape, il existe une grande corrélation entre les phénomènes ne
relevant que du domaine de la croissance et ceux relevant du domaine du développement. La
théorie de Rostow a été critiquée parce qu’elle conduit à une vision linéaire du développement
excluant toute possibilité de voie originale de développement.
CONCLUSION
En somme, croissance et développement sont deux notions dépendantes. Ces concepts
s’influent mutuellement. Tout développement suppose une croissance mais il peut exister une
croissance déséquilibrée dont les gains sont mal répartis, ne conduit pas nécessairement au
développement : elle constitue une amorce de développement. La croissance est nécessaire
mais toute croissance n’est pas profitable. ?