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Manioc : Bienfaits et Risques Pathologiques

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LE MANIOC ET SA PATHOLOGIE

P. HOVETTE*, S. MOLINIER**, J.M. DEBONNE***, B. DELMARRE****, J.E. TOUZE****, R. LAROCHE*

RESUME élevé (5 tonnes à l’hectare), sa récolte débute au 7ème mois


et se poursuit 2 à 3 ans (12).
Le manioc est cultivé dans toutes les régions intertro-
picales. Sa culture aisée à rendement élevé en a fait la 1) Principaux constituants
principale source de calories de 200-300 millions de
personnes. Le tubercule est pauvre en protéines (1,5 %) mais riche en
Les tubercules pauvres en protéines et riches en ami- amidon (84 %). A l’inverse, les feuilles contiennent 7 % de
don contiennent des glucosides cyanogéniques incri- protéines et 10 % de glucides.
minés dans la génèse de l’ataxie chronique et de la Tubercules et feuilles recèlent deux toxiques : le linama-
paraparésie spasdique épidémique, du goître endémi- raside, et en moindre concentration l’autostralaside.
que et de la pancréatite chronique tropicale.
Ces affections sont en fait l’indicateur de carences : Ces deux glucosides cyanogéniques vont se transformer en
nutritionnelles et d’alimentation quasi exclusive en acide cyanhydrique : ils sont concentrés dans le cortex des
manioc. tubercules. La teneur en toxiques est fonction de : la variété
douce ou amère (concentration inférieure ou supérieure à 5
Mots clés : Manioc, ataxie chronique, paraparésie mg/kg), l’altitude, la température, la sécheresse, et l’âge de
spastique épidémique, goître endémique, pancréatique la plante (12).
chronique calcifiante tropicale, diabète tropical.
2) Modes de consommation
Les tubercules de manioc constituent la principale source
de calories pour 200 à 300 Millions de personnes vivant De nombreuses préparations visent à rendre cette plante
dans les régions inter-tropicales. Cette plante, qualifiée de consommable. Toutes ont en commun l’écorçage du
providentielle par certains agronomes, est incriminée dans tubercule. Les racines des variétés douces se mangent en
plusieurs affections tropicales. légumes. Les variétés amères après détoxification par
rouissage et broyage se consomment sous forme de pâte,
Originaire du Nord Est du Brésil, elle a été introduite au de farine, de fécule ou de tapioca. Les Améridiens en font
XVIème et au XVIIème siècles en Afrique et en Asie par un alcool, le cachiri.
les Portugais.
Les feuilles, sans transformation, se mangent comme les
I. CARACTERISTIQUES DU MANIOC épinards. La cendre des tiges est utilisée dans certaines
régions comme sel.
Le manioc (Manihot utilissima) est un arbrisseau de 2 à 5
mètres de haut, à feuilles pétiolées et à fleurs jaunes en 3) Mécanismes de détoxification dans l'organisme
grappes. Les racines tubérisées sont variables en taille et en
nombre. Il est cultivé entre les isohyetes 750 mm d’eau/an La détoxification est complexe : elle fait intervenir des
soit entre les 30° de latitude Nord et Sud. Cette plante composés souffrés (thiocyanates), des acides aminés
rustique est de culture aisée : elle se contente de sol pauvre, (cystine et leucine), des vitamines du groupe B et le cobalt.
résiste aux maladies parasitaires, ne nécessite que peu L'acide cyanhydrique est éliminé sous forme de sulfo-
d’entretien (2 à 3 sarclages par an). Son rendement est cyanures dans les urines et accessoirement par la salive.
* - Médecin Principal - Service de Pathologie Infectieuse et Tropicale * - Professeur - Service de Pathologie Infectieuse et Tropicale
** - Médecin - Service de Médecine Interne Hôpital d’Instruction des Armées Laveran
*** - Médecin Principal - Service de gastro-entérologie Boulevard A. Laveran
**** - Médecin - Service de Pathologie Cardio-vasculaire 13998 - MARSEILLE ARMEES

Médecine d'Afrique Noire : 1992, 39 (3)


LE MANIOC ET SA PATHOLOGIE 205

II. LE MANIOC ET SA PATHOLOGIE ont été observés. L'un survenant immédiatement après le
repas associait vomissements, tremblements parkinso-
1) Intoxication aiguë niens, et syndrome extrapyramidal avec parfois des trou-
bles de la vigilance allant jusqu'au coma. Moins souvent, il
Elles ont été décrites chez des enfants (4) ou des adultes s'agissait de paraparésie ou de paraplégie spastique de
(8) carencés ayant absorbé des quantités massives de tuber- début brutal, accompagné d'une dysarthrie et d'une baisse
cules non préparés, à forte concentration en glucosides de l'acuité visuelle.
cyanogéniques. La dose léthale 50 est estimée à 0,5/l mg Le contexte et les concentrations sanguines élevées en
d'acide cyanhydrique par kilogramme de poids corporel. Le acide cyanhydrique sont en faveur du rôle du manioc.
tableau clinique comprend des vomissements, une Cependant, le portage du HTLV1/2 n'a pas été étudié.
tachypnée, des convulsions, une altération de la conscience
pouvant aller jusqu'au coma. b) Manioc et goitre endémique
Le traitement repose sur le tétracémat de cobalt (kélo- Dans le goitre endémique d'Afrique Centrale, la carence en
cyanor®), l'hyposulfite de sodium à 25 % et l'hydroxy- iode est majorée par plusieurs facteurs adjuvants (3).
cobalamine. La comparaison des profils biologiques et des modes d'ali-
mentation entre différentes régions a permis de mettre en
2) Intoxication chronique évidence une diminution de la captation de l'iode par la thy-
roïde dans les régions de forte consommation de manioc (5).
a) Les manifestations neurologiques Le manioc comme le choux contient une goitrine à l'origine
Les neuropathies au manioc surviennent dans un contexte de la formation de complexes thiocyanates qui fixe l'iode.
de carence alimentaire et entrent dans le cadre plus général La prévention du goitre endémique passe par la sup-
des neuromyélopathies tropicales. Le manioc amèr plémentation en iode et la diversification de l'alimentation.
consommé non détoxifié, constitue l'essentiel de l'alimen- Elle n'est possible, comme l'a montré l'expérience sud-
tation. Elles sont favorisées par l'alcoolisme et les carences américaine et asiatique qu'une fois assurée l'autosuffisance
en vitamine B. Le traitement est décevant, les séquelles alimentaire.
fréquentes.
c) Manioc et pancréatite tropicale
. L'ataxie chronique La consommation de manioc a été incriminée dans la
Elle a été rapportée en Afrique Occidentale et Orientale génèse de la pancréatite chronique calcifiante tropicale et
(9). Le mécanisme physiopathologique serait une démyéli- du diabète juvénile tropical en Afrique et aux Indes Occi-
nisation périphérique touchant les cordons postérieurs et dentales (10).
latéraux de la moëlle. Des récentes études mettent en évidence le rôle de l'alcoo-
Les observations de cas sporadiques mettent en évidence : lisme dès le plus jeune âge et de malnutritions protéinoli-
un syndrome sensitif profond, pseudotabétique, respon- pidiques (2, 6, 7).
sable de l'ataxie auquel s'ajoute, une névrite optique Le manioc n'aurait qu'un rôle indirect en favorisant les
rétrobulbaire, une surdité par atteinte du nerf cochléaire et carences protéiques et lipidiques (11).
parfois un syndrome extrapyramidal.
CONCLUSION
. La paraparésie spastique épidémique
Plusieurs épidémies ont été observées au Zaïre entre 1927 Le manioc n'est certes pas la plante providentielle de cer-
et 1937 et au Mozambique en 1981 (8, 13). Cette dernière tains auteurs, mais son rôle pathogène est comparable à
épidémie est survenue dans un contexte de famine liée à la celui du choux en France.
sécheresse. Le manioc constituait l'essentiel de l'alimen-
tation. La concentration en glucosides cyanogénqiues des La prévention du goitre endémique et des neuropathies
tubercules étaient très élevées de l'ordre de 85 mg/kg. reposent sur l'autosuffisance alimentaire et la sélection de
Parmi les 1102 malades carencés, 90 % étaient des enfants variétés de manioc plus riches en protéines et exemptes de
et des femmes en âge de procréer. Deux tableaux cliniques glucosides cyanogéniques (1).

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