Transformations de l’électorat
et abstentionnisme (2/2)
Mots-clés : Abstention, abstentionnisme social, abstentionnisme
protestataire, abstentionnisme stratégique, abstentionnisme
intermittent, non-inscription, mal-inscription
Lucas Belaunde (IRISSO – Université Paris-Dauphine, PSL)
Introduction : les facettes de la
démobilisation électorale
• Inscrits : Personnes qui ont le droit de vote et qui sont inscrits sur les listes. Environ
47.9 millions d’inscrits en France en 2021 (94%)
• Non-inscrits : Personnes qui ont le droit de vote, mais ne sont pas inscrits sur les listes.
L’inscription sur les listes est automatique à 18 ans
• Mal inscrits : personnes qui ne sont pas inscrites dans leur commune de résidence (ex :
étudiants)
• Personnes frappées par une condamnation à la privation de droits civiques (environ 300
000 personnes)
• Personnes sous tutelle
Quand on donne les chiffres de l’abstention, on parle donc de la part des inscrits qui n’ont
pas voté, en oubliant tous les non-inscrits.
Le continuum de la « démobilisation électorale »
Non-vote Vote
Non-inscrits Mal inscrits Inscrits
Abstention Vote
systématique ou blanc
intermittente ou nul
Abstention systématique et intermittente
En 2017 (2 tours de présidentielles et législatives soit 4 votes)
▪ 14% des inscrits n’ont voté à aucun scrutin
▪ 35% des inscrits ont voté à tous les tours des deux scrutins
▪ 51% des inscrits ont voté à certains tours d’un scrutin, mais pas à tous.
➔ L’abstention intermittente est le comportement majoritaire, des votants comme
des abstentionnistes
Question 2 : En quoi l’expression « parti des abstentionnistes » n’est-elle pas
pertinente selon Céline Braconnier ?
I. La démobilisation électorale
comme fait social
A) La mesure d’un comportement illégitime
Question 3 : Pour connaître les causes d’un comportement abstentionniste, suffit-il
de poser la question aux personnes concernées ?
B) Les variables « lourdes » de la participation électorale
Stabilité dans le temps des caractéristiques socio-démographiques associées à
l’abstention
▪ Âge : l’abstention est à son minimum autour de 50 ans, très forte après 85 ans, et assez
forte chez les plus jeunes
▪ Niveau d’études : plus on est diplômé, moins on s’abstient, et inversement.
En 2017
37% d’abstention chez les non-diplômés, 11% à bac+5.
Toutes choses égales par ailleurs, c’est la variable la plus prédictive de la participation
électorale
▪ Classe sociale : l’abstention des ouvriers est deux fois plus élevée que celle des cadres
« Les chances de participation sont parfaitement ordonnées selon le volume de
ressources économiques, sociales et culturelles dont disposent les électeurs »
Question 4 : Pourquoi la participation varie-t-elle avec l’âge ?
Capital Politisation / Vote /
culturel + / - indifférence abstention
Cens caché : Formes cachées d’exclusion politique qui témoignent de l’inégale
maîtrise, par les citoyens, des instruments de la participation politique et des
connaissances propres au champ politique
C) Le rôle de l’intégration sociale
La participation dépend du degré de mobilisation électorale du groupe dans lequel
l’individu est inséré (cf le paradigme de Columbia)
• L’intégration professionnelle : la déstructuration du groupe ouvrier conduit à une
baisse de la participation. Autre exemple : forte participation des agriculteurs
• Le couple : les personnes célibataires votent moins que les personnes en couple.
Le « vote désinvesti » : un vote de conformisme, dépourvu de conviction politique
intime, influence de la norme sociale de vote
II. Les abstentionnismes
conjoncturels
A) Abstentionnisme stratégique
« Paradoxe de l’électeur » (A. Downs)
Françoise Subileau et Mariette Toinet : c’est la nature des élections, l’enjeu des
scrutins, donc l’offre électorale, qui influencent le niveau de participation
Multiplication des scrutins sous la Vème République (présidentielles, législatives,
européennes, régionales, référendums…)
Abstention intermittente : les électeurs votent en général à au moins un scrutin,
selon leur perception de la hiérarchie des institutions (cf présidentialisation)
Autre aspect : le cadrage médiatique et politique des enjeux
Question 1 : Pourquoi l’existence de clivages politiques marqués favorise-t-elle la
participation électorale ?
B) L’abstentionnisme protestataire
Jaffré et Muxel : abstention « dans le jeu » / « hors du jeu »
De même que le vote peut être désinvesti, le non-vote peut avoir une signification
politique
Abstentionnistes « dans le jeu » :
jeunes, étudiants, professions
intellectuelles supérieures, avec un
degré élevé de compétence politique
C) Le rôle des campagnes électorales dans l’activation du
vote Propagande
politique (médias)
« Climat électoral » : tout ce qui peut affecter la perception
de monde au moment d’un scrutin et encourager ou
décourager la participation
Lazarsfeld : Théorie de la communication à deux étages Leaders d’opinion
(individus très
politisés)
Population
générale, groupes
d’appartenance
des leaders
Conclusion
▪ Abstentionnisme « social » ou sociologique : inégalités de politisation liées aux
caractéristiques socio-démographiques ; inégal degré d’intégration sociale de
l’individu à des groupes. Abstention « hors du jeu »
▪ Abstentionnisme stratégique : vote sur enjeux, abstentionnisme intermittent
▪ Abstentionnisme protestataire : rejet de l’offre politique ou du principe
représentatif dans son ensemble. Abstention « dans le jeu »
L’érosion de la norme de vote et de la participation électorale affaiblit la légitimité
des gouvernants, élus par une minorité de la population en droit de voter
Le vote reste le comportement politique le plus répandu et le plus légitime