Cours2 : La méthodologie
INTRODUCTION
Le chercheur doit planifier soigneusement sa recherche en tenant compte de chaque étape du processus.
Cela implique de définir les objectifs, de formuler les hypothèses, et de choisir les outils et les techniques
qui permettront de répondre au mieux aux questions posées. Ce processus structuré est ce qu’on appelle la
méthodologie. Une méthodologie bien pensée garantit non seulement que les résultats obtenus soient
fiables et reproductibles, mais aussi qu’ils puissent être validés par la communauté scientifique. Elle
constitue à la fois une boussole pour le chercheur et une garantie de la qualité de sa démarche.
1- LA MÉTHODE ET LES MÉTHODES
1-1- Qu’est-ce qu’une méthode ?
Étymologiquement, la méthode désigne un chemin, une voie, un cheminement à suivre pour parvenir à un
but, un objectif, une destination. En sciences humaines et sociales, elle est définie comme « l'ensemble des
démarches que suit l'esprit humain pour découvrir et démontrer un fait scientifique. S'interroger sur la «
méthode », c'est s'interroger sur la « voie » (odos en grec) suivie pour mener à bien une recherche. »
(Guidère, 2004, p. 4). Il s’agit donc de différentes procédures adoptées par le chercheur pour en arriver à
un résultat.
1-2- Les méthodes quantitatives et qualitatives
En sciences humaines, il est utile de différencier les recherches qui mesurent des phénomènes de celles qui
collectent des données non chiffrées et non mesurables. On parle ici des méthodes quantitatives et
qualitatives, qui reposent sur des approches et des procédures distinctes.
Les méthodes quantitatives cherchent à mesurer précisément les phénomènes étudiés. Ces
mesures peuvent être simples, comme comparer des grandeurs (« plus grand ou plus petit »), ou
complexes, en utilisant des chiffres et des calculs. La statistique joue un rôle central dans ce type
de recherche.
Les méthodes qualitatives, quant à elles, visent à comprendre et interpréter les phénomènes.
Elles se concentrent sur le sens des paroles recueillies ou des comportements observés, souvent à
travers l’étude de cas ou de petits groupes.
Pendant longtemps, les méthodes quantitatives ont été considérées comme plus scientifiques que les
qualitatives, car elles reposent sur des calculs et des mesures. C’est pourquoi certaines disciplines des
sciences humaines telles que la sociologie, la psychologie et ont rapidement adopté ces méthodes.
Cependant, les phénomènes humains ne se prêtent pas toujours à une quantification rigoureuse. Il faut
alors se servir de méthodes qualitatives qui font davantage appel au jugement, à la finesse de l’observation
ou à la compréhension du vécu des personnes.
1-3- Trois méthodes types en sciences humaines
En sciences humaines, plusieurs méthodes sont utilisées pour organiser la recherche. Parmi elles, trois se
distinguent par leur approche unique : la méthode expérimentale, la méthode historique et la méthode
d’enquête.
La méthode expérimentale
La méthode expérimentale permet d’établir des liens de cause à effet entre différents phénomènes. Pour
cela, on modifie une variable, appelée variable indépendante, afin d’observer son impact sur une autre
variable, appelée variable dépendante. Par exemple, on pourrait introduire une nouvelle technique
pédagogique (variable indépendante), comme l’apprentissage par projet, pour évaluer son impact sur la
motivation des élèves (variable dépendante).
Les participants sont généralement répartis en deux groupes : un groupe expérimental qui utilise la
nouvelle technique pédagogique et un groupe témoin qui continue avec la méthode traditionnelle. À la fin
de l’expérience, on compare les performances ou la motivation des deux groupes pour déterminer si la
différence est liée à la technique employée. L’expérimentation doit respecter l’éthique : il est important
que les élèves, parents et enseignants soient informés et donnent leur consentement avant de participer.
La méthode historique
La méthode historique sert à reconstituer le passé en étudiant les événements à partir de documents et
d’archives. Elle suit un processus précis. D’abord, il faut rassembler les documents disponibles, puis les
analyser à travers une double critique : externe et interne.
La critique externe, aussi appelée critique d’authenticité, consiste à vérifier l’origine d’un document.
Cela inclut sa date, son ou ses auteurs, son lieu d’origine, et son état. On vérifie s’il est complet, altéré ou
lisible. Cette étape aide à repérer les faux, les copies ou les erreurs éventuelles.
La critique interne, ou critique de crédibilité, se concentre sur le contenu du document. On analyse ce qui
est dit, pourquoi, dans quel contexte, et ce que cela signifiait à l’époque. On vérifie si d’autres sources
confirment les faits rapportés, si le récit est cohérent et si l’auteur a été témoin direct ou s’est appuyé sur
d’autres informations. Cette critique réduit le risque de mal interpréter un document.
La méthode historique ne se limite pas à chercher des documents : elle implique aussi leur
authentification, leur codification et leur conservation. Elle s’applique à toutes sortes de documents –
écrits, sonores, visuels ou audiovisuels – qu’ils soient anciens ou récents. Grâce au travail des historiens,
cette méthode est devenue une ressource précieuse pour toutes les sciences humaines.
La méthode d’enquête
La méthode d’enquête se concentre généralement sur le présent et s’applique souvent à de larges
populations dont on peut vouloir connaître à peu près tout ce qu’elles veulent bien confier (Festinger et
Katz 1974). Elle permet d’étudier les façons de faire, de penser ou de sentir de ces populations. En raison
de cette diversité d’intérêts, on peut utiliser la plupart des techniques de recherche. Selon les objectifs, on
peut utiliser différentes techniques de recherche. Par exemple, une enquête peut être descriptive (comme
les sondages d’opinion), classificatrice (comme les recensements), explicative (avec des questionnaires)
ou compréhensive (grâce aux entrevues ou à l’observation). Les informations recueillies peuvent être
variées : opinions, habitudes, émotions, comportements, ou encore les liens entre ces éléments.
2- LES TECHNIQUES DE RECHERCHE ET LEURS CRITÈRES DE CLASSIFICATION
Les techniques de recherche sont les moyens qui permettent d’aller recueillir des données dans la réalité.
Si les méthodes types impliquent des orientations générales quant aux façons d’aborder un objet d’étude,
les techniques indiquent comment accéder aux informations que cet objet est susceptible de fournir. Ces
techniques représentent les principaux moyens d’investigation de la réalité sociale qu’on peut classer selon
sept critères : le contact ou l’absence de contact, le type de contact, la forme des productions, la source des
informations, le degré de liberté des informateurs, le contenu des documents et le genre de prélèvement.
2-1- Le contact ou l’absence de contact
Les techniques de recherche se divisent en deux groupes selon la présence de contact avec la population
étudiée :
Techniques directes : Impliquent un contact avec les informateurs (en personne, par courrier, téléphone,
etc.).
Techniques indirectes : Utilisent des productions liées aux informateurs (documents, objets) sans
interaction directe.
Le choix dépend des circonstances. Par exemple, en cas d’impossibilité de joindre des informateurs
(décès, inaccessibilité), les techniques indirectes sont nécessaires. À l’inverse, certains phénomènes ne
peuvent être étudiés qu’en interagissant directement avec des informateurs.
2-2- Le type de contact
Pour les techniques directes, le type de contact détermine trois approches possibles :
Observation : Observer sans intervenir.
Interrogation : Poser des questions aux informateurs.
Expérimentation : Créer une situation spécifique pour étudier un phénomène.
Ces choix dépendent des caractéristiques des informateurs, de leur contexte et des objectifs de la
recherche.
2-3- La forme de productions
Pour les techniques indirectes, les productions étudiées se divisent en deux formes :
Documents : Écrits, sonores, visuels ou audiovisuels.
Objets : Vestiges du passé ou objets de la vie quotidienne.
L'archéologie s'appuie sur des vestiges pour étudier les civilisations anciennes, tandis que d'autres
disciplines analysent les objets modernes pour comprendre notre mode de vie. Bien que les documents
écrits soient les plus couramment utilisés, les supports comme la radio, la télévision ou les films
deviennent aussi des sources importantes d'information.
2-4- La source des informations
Pour recueillir des informations, on distingue entre deux approches selon la source : les individus isolés
ou les groupes constitués. Les opinions individuelles se récoltent généralement auprès de personnes
prises une à une, tandis que les positions collectives émanent de groupes. Dans certains cas, il est possible
de combiner ces approches pour étudier une même réalité, comme interroger individuellement les
membres d'une classe sur leur intérêt pour une matière, puis analyser les tendances globales au niveau du
groupe.
Avec les techniques indirectes, l'origine des productions peut être individuelle (documents personnels
comme romans ou lettres) ou collective (productions identifiées comme celles d’un groupe, par exemple,
un programme scolaire). Certaines œuvres individuelles peuvent néanmoins compiler des informations sur
plusieurs personnes, telles que des recensements.
2-5- Le degré de liberté des informations
Dans les techniques directes de collecte d’informations, le degré de liberté laissé aux informateurs varie
selon l’approche adoptée :
Non-directivité : L’intervenant minimise son influence, permettant aux informateurs une liberté totale
d’action ou d’expression, comme en se contentant d’être présent discrètement sur le terrain.
Directivité : L’intervenant contrôle strictement la situation, jusqu’à limiter les types de réponses
possibles, par exemple en imposant des choix fermés.
Semi-directivité : Une approche intermédiaire où des questions ou thèmes sont préétablis, mais
l’informateur conserve la liberté de répondre selon ses propres termes dans les limites définies.
Ces degrés permettent d’ajuster l’intervention en fonction des objectifs de l’étude et de la nature des
informations recherchées.
2-6- Le contenu des documents
Dans les techniques indirectes, la méthode varie selon que les documents analysés contiennent des
données chiffrées ou non.
Documents à contenu chiffré : Utilisés principalement dans des disciplines comme l'économie ou
l'administration, ces documents impliquent la recherche et l'analyse de nombres compilés pour résoudre
des problèmes définis.
Documents à contenu non chiffré : Privilégiés en histoire et en anthropologie, ils incluent des textes
descriptifs ou qualitatifs, comme des mémoires ou des témoignages, même si certaines mesures peuvent
être extraites.
2-7- Le genre de prélèvement
Le type de traitement prévu pour les données guide le genre de prélèvement à effectuer, qu’il s’agisse de
techniques directes ou indirectes :
Traitement quantitatif : Si l’objectif est de mesurer des fréquences, des taux ou d’autres indicateurs
numériques, les données doivent être adaptées à des analyses quantitatives.
Traitement qualitatif : Si le but est de relater, classifier ou comprendre des phénomènes, les données
doivent permettre une analyse qualitative.
D’une façon générale, les techniques sont, un peu comme les méthodes, des moyens de recherche, mais à
un niveau plus concret. On sélectionne telle ou telle technique après avoir choisi sa méthode type. La
méthode permet de concevoir la recherche, et la technique, de mettre en œuvre son déroulement.
3- L’ÉVALUATION SCIENTIFIQUE
Pour mener une recherche, il est essentiel d'utiliser une méthodologie appropriée. Une recherche est
considérée scientifique si sa méthodologie et ses résultats sont partagés avec d'autres scientifiques,
permettant ainsi une vérification par les pairs. Pour garantir une évaluation favorable par la communauté
scientifique, il est nécessaire de vérifier la validité de la recherche et, dans certains cas, d'assurer sa
rigueur à l'aide de la triangulation.
3-1- La validité
La validité d’une recherche repose sur la correspondance entre ce qui est défini au départ et ce qui
effectivement rapporté de la réalité observée.
3-2- La triangulation
La triangulation est une méthode pour renforcer la rigueur scientifique, surtout en recherche qualitative.
Elle consiste à utiliser plusieurs moyens pour comparer et valider les données, augmentant ainsi la valeur
scientifique du travail (Pourtois et Desmet 1988). On peut établir des comparaisons de sept façons :
La triangulation des sources : Comparer les témoignages de plusieurs informateurs pour mieux
comprendre un événement.
La triangulation des observateurs : Faire évaluer le matériel par différents analystes pour vérifier ou
corriger les interprétations.
La triangulation méthodologique : Utiliser différentes méthodes ou techniques pour étudier un même
sujet et obtenir une vision plus complète.
La triangulation théorique : Interpréter les résultats à l’aide de plusieurs théories.
La triangulation interne : Prendre en compte les particularités (origine sociale, culture, etc.) de chaque
informateur pour mieux comprendre les résultats.
La triangulation temporelle : Analyser les variations des résultats dans le temps.
La triangulation spatiale : Considérer les lieux, cultures et circonstances qui influencent les données.
CONCLUSION
Les sciences humaines disposent d’une grande variété de méthodes et techniques pour mener leurs
recherches, mais leur utilité dépend de leur application réfléchie. Ces outils ne produisent des résultats que
si les chercheurs définissent clairement leurs objectifs, comparent les différentes approches disponibles et
choisissent celles qui sont les plus adaptées. Chaque méthode a ses forces et ses limites : les méthodes
expérimentales, ambitieuses par leur recherche de causalité, les méthodes historiques, prudentes par leur
critique des documents, ou encore les enquêtes, impressionnantes par leur large champ d’action.
Cependant, toutes se heurtent aux mêmes défis d’objectivité, car le lien entre le chercheur et son objet
d’étude demeure central. L’objectif est d’utiliser ces méthodes pour contourner ces limites de la manière
la plus efficace possible. En outre, ces outils, qui sont transdisciplinaires, servent à enrichir l’ensemble des
sciences humaines. Parfois, l’adoption ou le retour à des techniques oubliées ou peu familières peut même
conduire à un renouveau des paradigmes dans certaines disciplines.