0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
659 vues73 pages

Secteur Informel à Madagascar: Défis et Perspectives

Le mémoire examine le rôle du secteur informel dans l'économie malgache, en analysant ses caractéristiques, ses défis et ses perspectives pour le développement économique. Il aborde les impacts de l'informalité sur la croissance, les inégalités et la stabilité économique, tout en proposant des recommandations pour une meilleure intégration de ce secteur dans l'économie formelle. L'étude se structure en trois parties, incluant une compréhension générale du secteur informel, une analyse contextuelle à Madagascar et une appréciation critique des impacts et des perspectives.

Transféré par

miantsanomenjanahary44
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
659 vues73 pages

Secteur Informel à Madagascar: Défis et Perspectives

Le mémoire examine le rôle du secteur informel dans l'économie malgache, en analysant ses caractéristiques, ses défis et ses perspectives pour le développement économique. Il aborde les impacts de l'informalité sur la croissance, les inégalités et la stabilité économique, tout en proposant des recommandations pour une meilleure intégration de ce secteur dans l'économie formelle. L'étude se structure en trois parties, incluant une compréhension générale du secteur informel, une analyse contextuelle à Madagascar et une appréciation critique des impacts et des perspectives.

Transféré par

miantsanomenjanahary44
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

UNIVERSITÉ D’ANTANANARIVO

Domaine - Sciences de la Société

MENTION - ÉCONOMIE
Grade : LICENCE
Parcours : Économie Générale
PROMOTION : KINTANA

Mémoire en vue de l’obtention du diplôme de Licence


ès-Sciences Economiques

LE SECTEUR INFORMEL : DÉFIS ET PERSPECTIVES


POUR LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE À
MADAGASCAR

Par: ANDRIANOMENJANAHARY Miantsa Tiana


Soutenue publiquement le : 20 Novembre 2024

Membres de Jury
Encadrant : Monsieur FANJAVA Rudy
Enseignant chercheur à l’Université d’Antananarivo
Examinateur : Docteur RAZAFINDRAKOTO Jean Lucien
Maître de conférence et enseignant chercheur à
l’Université d’Antananarivo

Novembre 2024
REMERCIEMENTS

Tout d’abord, nous tenons à exprimer ici toutes nos sincères reconnaissances à notre
Dieu Tout Puissant qui sans Lui tous nos efforts pour la réalisation de ce mémoire auraient
été vains.
Ensuite, nous adressons nos plus profondes et affectueuses reconnaissances aux
personnes citées ci-après :
- Monsieur le Professeur Mamy RAVELOMANANA, Président de l’Université
d’Antananarivo ;
- Monsieur le Professeur RAMAROMANANA ANDRIAMAHEFAZAFY
Fanomezantsoa, Doyen de la faculté d’Economie, de Gestion, de Sociologie de
l’Université d’Antananarivo ;
- Madame le Professeur RANDRIAMANAMPISOA Holimalala, Chef du
Département Economie ;
- Monsieur FANJAVA Rudy Karl i Bond, notre encadrant; malgré les lourdes
responsabilités qu’il exerce, a su sacrifier sacrifier son temps et nous a apporté
tout l’ appuis nécessaire à notre mémoire
- Monsieur le Docteur RAZANAKOTO Georges François Thierry, Responsable
d’Année du niveau L3 dans le Département Economie ;
- Mes chers parents qui m’ont soutenu tout au long de mes années études ;
- Toutes personnes qui, de près ou de loin, ont contribué à l’accomplissement du
présent mémoire.

i
SOMMAIRE

INTRODUCTION
PARTIE I: COMPRÉHENSION GÉNÉRALE DU SECTEUR INFORMEL
CHAPITRE 1 : DÉFINITION, CARACTÉRISTIQUES ET DYNAMIQUES DU
SECTEUR INFORMEL
Section 1 : Notion du secteur informel
Section 2 : Les caractéristiques et les acteurs du secteur informel
Section 3 : Facteurs expliquant la croissance de l’informalité
CHAPITRE 2 : HYPOTHÈSES THÉORIQUES SUR L’IMPACT DU SECTEUR
INFORMEL
Section 1 : Le secteur informel comme frein à la croissance économique
Section 2 : Le secteur informel comme mécanisme de survie
Section 3 : Théories économiques autour de la formalisation
PARTIE II : ANALYSE DU SECTEUR INFORMEL À MADAGASCAR
CHAPITRE 3: CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE MADAGASCAR ET
PRÉVALENCE DE L’INFORMALITÉ
Section 1: Structure de l’économie malgache et importance de l’informalité
Section 2 : Les secteurs les plus touchés par l'informalité à Madagascar
Section 3 : Les politiques publiques et la gestion de l’économie informelle à
Madagascar
CHAPITRE 4 : VÉRIFICATION DES HYPOTHÈSES THÉORIQUES DANS LE
CONTEXTE MALGACHE
Section 1 : L’impact du secteur informel sur les recettes fiscales et la gouvernance
Section 2 : L’informalité comme obstacle à la croissance durable et aux investissements
Section 3 : Le rôle de l’informalité dans la création d’emplois et le soutien aux ménages
PARTIE III: APPRÉCIATION CRITIQUE ET PERSPECTIVES DU SECTEUR
INFORMEL À MADAGASCAR
CHAPITRE 5 : ANALYSE CRITIQUE DES IMPACTS DU SECTEUR INFORMEL
Section 1 : Points positifs du secteur informel : résilience, flexibilité et innovation
Section 2 : Points négatifs : Vulnérabilité, manque de protection sociale et précarité
Section 3 : Comparaison avec d’autres pays en développement et enseignements pour
Madagascar

CHAPITRE 6 : RECOMMANDATIONS ET PERSPECTIVES POUR UNE MEILLEURE


INTÉGRATION DE L’ÉCONOMIE INFORMELLE
Section 1 : Stratégies de formalisation adaptées au contexte malgache
Section 2 : Politiques publiques pour réduire les barrières à la formalisation
Section 3 : Perspectives pour une intégration harmonieuse entre économie formelle et
informelle

CONCLUSION

ii
LISTE DES ABRÉVIATIONS

 AFD: Agence Française pour le développement


 BIT : Bureau International du Travail
 BM :Banque Mondiale
 CIST : Centre d’Information Statistique et Technique
 CNUCED: Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le
Développement
 ETVA : Enquête sur la Transition des jeunes vers la Vie Active
 FIAS : Foreign Investment Advisory Service
 IDE : Investissements Directs Étrangers
 INSTAT : Institut National de la Statistique
 M-PESA : Mobile Payment System (utilisé pour les transactions mobiles en
Afrique)
 OIT : Organisation Internationale du Travail
 PED : Pays en Développement
 PIB : Produit Intérieur Brut
 PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
 PME : Petites et Moyennes Entreprises
 SNC : Système de Comptabilité National
 UPI : Unité de Production Informelle

iii
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Critères de définition des entreprises du secteur informel
Tableau 2 : Le secteur informel comme pourvoyeur d’emplois
Tableau 3 : Les raisons de non-enregistrement fiscal invoqué par les micro-
entrepreneurs
Tableau 4 : Résultat de l’étude mené par le FIAS en 2006
Tableau 5 : Le secteur informel en chiffres à Madagascar

LISTE DES FIGURES


Figure 1 : L’emploi informel dans le monde
Figure 2 : Le flux des investissements directs étrangers à Madagascar 2003-2023

iv
INTRODUCTION

Le secteur informel représente une réalité omniprésente dans la plupart des pays en
développement, et Madagascar n’y fait pas exception. Loin d’être un phénomène marginal, il
constitue un pilier essentiel pour une grande partie de la population. Selon les statistiques
récentes, une majorité des travailleurs malgaches opère dans l’informalité, que ce soit dans le
commerce, l’agriculture, ou les services. Cette économie parallèle, bien qu’invisible pour les
institutions officielles, opère crucialement dans la survie quotidienne de nombreux ménages,
offrant des revenus et des opportunités d’emploi. Cependant, sa prédominance pose également de
sérieux défis en matière de développement économique.

La présence massive de l’informalité dans l’économie malgache suscite cette


problématique : Le secteur informel, tout en étant un espace de résilience pour une population
vulnérable, constitue-t-il à maintenir Madagascar dans un cycle de sous-développement ou
contribue-t-il au développement du pays ?
L’objectif de ce mémoire est donc d’analyser le rôle du secteur informel dans l’économie
malgache, en examinant à la fois ses aspects positifs et négatifs. Nous chercherons à comprendre
comment ce secteur influence la croissance, les inégalités, et la stabilité économique du pays. Ce
travail mettra en lumière les enjeux liés à la formalisation, les défis que celle-ci présente et les
stratégies possibles pour une meilleure intégration de l’informalité dans une économie en quête
de développement durable.

Pour structurer cette réflexion, nous diviserons notre analyse en trois grandes parties. La
première partie portera sur une synthèse des théories et des hypothèses principales concernant
l’économie informelle, en s’appuyant sur les travaux existants. La deuxième partie se
concentrera sur le contexte malgache, avec une analyse comparative permettant de vérifier les
hypothèses théoriques dans la réalité locale. Enfin, la dernière partie offrira une critique des
perspectives actuelles, tout en proposant des pistes de réflexion et des recommandations pour une
gestion plus efficace de l’informalité à Madagascar.

1
PARTIE I : COMPRÉHENSION GÉNÉRALE DU
SECTEUR INFORMEL

2
CHAPITRE 1 : DÉFINITION, CARACTÉRISTIQUES ET
DYNAMIQUES DU SECTEUR INFORMEL

Section 1 : Notion du secteur informel

Les notions primitives sont comme des originaux sur le patron desquelles nous formons
toutes nos autres connaissances. Pour avoir donc la connaissance de base, nécessaire pour
comprendre la notion du secteur informel, nous allons voir dans cette section l’historique et
l’origine du concept « Secteur informel ».

1- Historique
Durant les années 50, l’Exode Rurale a émergé dans les pays du Tiers Monde. C’est-à-dire
qu’une masse de la population quitte les milieux ruraux pour s’installer dans le centre urbain.
Les théoriciens marxistes affirment que cette masse rurale constitue une armée industrielle
de réserve, qui sera absorbée par le « formel » et procurera des ouvriers salariés à l’industrie.
Gaspard B. MUHEME 1(1995) souligne qu’entre 1960 et 1972, les approches du secteur
informel aboutissent à l’expression « chômage déguisé ». Cette expression englobe l’ensemble
des petits commerces, artisans et petites exploitations familiales.
Dès 1972, le rapport du BIT sur la situation de l’emploi urbain de Kenya, dans le Cadre du
Programme mondial de l’emploi lancé en 1969, évoque un sujet percutant qui fait l’objet d’étude
des spécialistes en développement. Ainsi, la notion de l’économie informelle prend naissance. Ce
concept enveloppe les salariés pauvres, exerçant des travaux pénibles dont les activités
économiques ne sont ni reconnues, ni enregistrées, ni réglementées par le pouvoir public.
Jusqu’au milieu des années 80, la définition de l’économie informelle se confond avec
celle du secteur informel. On peut alors analyser l’informelle de deux manières. La première
analyse se concentre sur le ménage et ses ressources. La seconde porte sur l’unité de production.

1
Gaspard B. MUHEME, « Poids économique non-officiel », ACADEMIA, 03 novembre 1995

3
Les Politiques d’Ajustement Structurel accroissent, depuis les années 80, le taux de
chômage dans les pays en développement, et, par conséquent, les activités informelles urbain. Si
tel est l’historique de l’économie informelle, quel en est de son origine ?

2- Origines
La définition du secteur informel a évolué au fil des années. Le concept a été introduit pour
la première fois par Keith Hart en 1971 durant la conférence sur le chômage urbain en Afrique. Il
a analysé l’informalité comme un secteur de « petites activités indépendantes qui ne sont pas
organisées de manière formelle »2
Mais le BIT a vulgarisé ce concept dans son rapport sur le Kenya en 1972, celui-ci à son
tour a utilisé le terme « Secteur informel » pour désigner les activités économiques informelles.
C’est-à-dire que dans un langage courant, le secteur informel englobe les activités illicites,
illégales d’un individu qui agissent dans un but d’évasion fiscale ou évitement de la législation.
Ce terme se réfère aussi aux petites entreprises qui ont recours à des modes de production et de
gestion peu sophistiqués et fonctionne sans statut légal.

Certains livres ou débats, certains auteurs utilisent divers termes pour désigner l’informel.
E. Archambault utilise le terme économie non officielle, Lewis3 l’appelle économie souterraine.

3- Différentes définitions
Selon TREILLET S. « Le secteur informel est un ensemble très hétérogène désignant
toutes les activités économiques de survie qui ne se rattache pas au champ des entreprises
structurées ».4
Le terme « informel » renvoie à l’idée de l’absence de forme précise. C’est-à-dire qu’il
n’existe pas de caractère officiel dans l’informel. C’est pourquoi certaines approches préfèrent

2
HART Keith W., « Informal income opportunities and urban employement in Ghana”, 1972, Journal of modern
African Studies, Vol ii
3
Lewis A, Prix Nobel 1979 sur l’économie du développement, « The slowing down of the engine of growth »,
Nobel lecture, AERT70, n°4,555-64, Decembre 1980
4
TREILLET S., « L’économie de développement : de Bandoeng à la mondialisation », Paris 2005, Ed. Armand
Colin, [Link], p.210

4
parles de secteur « non structuré », comme par exemple celle de B.I.T et de Sethuraman5, ou
celle de Jacques CHARMES6.
Le BIT a utilisé le terme « Secteur informel »pour désigner les activités économiques
informelles. C’est-à-dire que dans un langage courant, le secteur informel inclut les activités
productives légales mais non régulées, excluant ainsi les activités criminelles ou illicites comme
le trafic de drogue mais englobe les petits commerces non déclarés, les emplois précaires sans
contrats, et les entreprises non enregistrées.
Pour le système de comptabilité national (SNC 93), le secteur informel est vu comme un
ensemble d’unité produisant des biens ou des services dans le but de créer des emplois et revenus
pour les personnes concernées. Les Unités de production du secteur informel (UPI) ont les
caractéristiques particulières des entreprises individuelles.
Et pour Courbis le secteur informel est défini comme « une partie cachée de l’économie,
qui, bien que licite, échappe au contrôle et à la régulation de l’État »7.

On peut donc le définir comme étant l’ensemble des activités économiques qui échappent
aux régulations étatiques, aux contrôles fiscaux et aux protections sociales. Il se distingue du
secteur formel par l’absence d’enregistrement des entreprises auprès des autorités compétentes et
par l’absence de cadre juridique officiel. Ces activités informelles englobent une grande variété
de secteurs, allant du commerce de rue à la production artisanale, en passant par les services
domestiques et l’agriculture de subsistance.

Section 2 : Les caractéristiques et les acteurs du secteur informel

1- Les caractéristiques générales


S’il n’y a pas de définition commune du secteur informel, les chercheurs semblent être
d’accord sur les particularités de ce secteur qui est en général, constitué de petites entreprises

5
SETHURAMAN S., « Le secteur urbain non structuré : concept, mesure et action », in Revue internationale du
travail, p.114, 1976
6
CHARMES J., « Le secteur informel, un concept contesté, des modèles d’évolution inadaptés, une réalité inconnue
», in Revue Tiers-Monde, p.112, 1987
7
COURBIS R. « Économie souterraine et développement » , Paris : Éditions du seuil, p. 40,1969

5
employant au maximum 10 travailleurs et qui échappent à toutes contrôle administrative et
juridique. Le document de travail de l’AFD, la formation en secteur informel, en mars 2006,
permis de spécifier ces critères, selon les notes de problématique de Richard WALTHER8. Dans
ces micro-entreprises, les mains d’œuvre offertes ne sont pas proportionnelles aux salaires et
bénéfices perçus. Le secteur informel, utilise beaucoup de ressources locales. Ce secteur a
tendance à recourir à l’usage intensif de main d’œuvre, plutôt que de recourir à des technologies
coûteuses. Or, l’absence de qualification des ouvriers est aussi une généralité au sein du secteur
informel. Ainsi, le secteur informel est défini selon sept (07) critères bien connu parmi lesquels
les conditions du marché dont la facilité d’entrée dans un marché concurrentiel non réglementé,
le statut des entreprises qui revêt une forme familiale, l’échelle des opérations d’une grandeur
minimale, l’utilisation des ressources locales limitées, le niveau technologique adapté et à forte
intensité de travail, des formations acquises en dehors du système scolaire et les sources de
financements qui sortent du circuit bancaire. Mais cette définition multicritère semble de moins
en moins apparente avec la réalité, surtout dans les pays en développement où les deux secteurs
constituent une structure dualiste de l’économie à cause des liens interdépendants des activités.
Bref, cette définition multicritère du secteur informel revête une forme d’irrégularité. Une
irrégularité qui se manifeste à travers, d’une part le mode de reconnaissance sociale et d’autre
part, le mode d’organisation des activités du secteur informel. Ces débats théoriques sur le
secteur informel mènent vers un consensus sur la définition international du concept adopté en
2003 lors de la 15ème conférence international des statisticiens du travail (CIST). D’abord, le
secteur informel n’est plus vu comme secteur illégal ou d’activités souterraines parce que ces
activités informelles peuvent être aperçues sans être cachés. Ensuite, il y a aussi le fait que pour
mieux appréhender l’analyse des données statistiques du secteur informel, le secteur d’activités
agricoles et non-agricoles doivent être traité de manière séparé. Après, les activités hors-marchés
est exclus du secteur informel. On entend par activités hors marché, la production de biens et
services non marchandes destinée à des usages propre. Enfin, les activités secondaires et
multiples sont inclues comme activités informelles. Ainsi, la conférence définie le secteur
informel comme un ensemble d’unités produisant des biens et des services en vue principalement
de créer des emplois et des revenus pour les personnes concernés. Ces unités, ayant un faible
niveau d’organisation, opèrent à petite échelles et de manière spécifique. Il n’y a pas de division
8
AFD « La formation en secteur informel », mars 2006, note de problématique, Richard WALTHER

6
entre le travail et la capitale entant que facteur de production. Les relations de travails lors
qu’elles existent, sont surtout fondées sur l’emploi occasionnel, les relations de parenté ou les
relations personnelles et sociales plutôt que sur des accords contractuel comportant des garantie
en bonne et due forme. Une définition du BIT, tirée dans les origines du concept de secteur
informel et la récente définition de l’emploi informel, Jacques Charmes, Directeur de recherche à
l’institut de recherche pour le développement.
La CIST a également proposé une définition statistique-opérationnel dans lequel le secteur
informel se caractérise comme un ensemble d’unité de production de biens et de services qui
constitue un élément constitutif de la comptabilité national du secteur institutionnel des ménages
entant qu’entreprises individuelles. A l’inverse des sociétés qui disposent d’un statut légal et
d’un type de comptabilité, les entreprises individuelles sont rattachées aux membres de la famille
et ne tiennent pas de comptabilité pour distinguer les activités de production de l’entreprise et les
activités de production du propriétaire. Ainsi, le secteur informel est identifié d’une part, comme
des entreprises informelles à compte propre avec des salaires occasionnels dont ils ne sont pas
enregistrés selon la législation nationale concernant les entreprises. D’autre part, les entreprises
avec des employeurs informels sur une base de salaire permanent dont le nombre d’employé ne
correspond pas à la taille de l’entreprise. Le tableau ci-après illustre les critères de définition des
entreprises du secteur informel selon la CIST.

Selon la B.M, le secteur informel se caractérise par :


 Le salaire médian d’un travailleur est de 17 USD par mois.
 95% de la population occupée ne bénéficie pas d’une couverture sociale formelle
(seulement 520 000 travailleurs sont inscrits à la caisse de Sécurité Sociale).
 Un travailleur sur quatre est employé à temps partiel.
 2/3 de la population en âge de travailler est sous-occupée ou à la recherche d’un
emploi.9
Mais même si le secteur informel existe partout dans le monde, il peut avoir ces
propres caractéristiques selon les pays dont il est question. Ainsi, par exemple le secteur
informel latino-américain se caractérise par sa colonisation, par sa pauvreté, par son
9
SOTO H. « Le mystere du capital : pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et echoue partout ailleurs »,
Paris : Flammarion, p.24, 2000

7
développement économique et technologique et par son importante urbanisation. En effet, les
2/3 des habitants de l’Amérique Latine vivent et travaillent dans le secteur informel10 .

Tableau 01 : critères de définition des entreprises du secteur informel


CRITÈRES OBJECTIFS
Organisation juridique : Entreprise non Identification des entreprises non
constituée comme entité légal séparé des constituées en Société
propriétaires
Propriété : Entreprise créée et gérée par Identification des entreprises familiales
des membres des ménages ou individuelles non constituées en Société
Type de comptabilité : pas de dispositif Exclusion des quasi-sociétés des
comptable complet comprenant des bilans entreprises familiales ou individuelles non
comptables constituées en Société
Destination de la production : au moins Identification des entreprises non
certains des produits marchands constituées en Société produisant des biens et
services marchands
Type d’activité économique Exclusion des ménages utilisant
employant du personnel domestique rémunéré.
Exclusion possible des entreprises
engagées dans l’agriculture et des activités
connexes
Effectifs des ménages engagés Identification des entreprises du secteur
/employés /employés permanents inférieur à informel comme un sous-groupe d’entreprises
un nombre n et/ou familiales ou individuelles non constituées en
Non enregistrement de l’entreprise et/ou Société
Non enregistrement des employés de
l’entreprise

10
Inbid

8
Source : Évolution internationale dans la mesure du secteur informel et de l’emploi
informel, février 2010

Ce tableau illustre les caractéristiques selon la CIST qui a également proposé une
définition statistique-opérationnel dans lequel le secteur informel est défini comme un ensemble
d’unité de production de biens et de services qui constitue un élément constitutif de la
comptabilité national du secteur institutionnel des ménages entant qu’entreprises individuelles.

À l’inverse des sociétés qui disposent d’un statut légal et d’un type de comptabilité, les
entreprises individuelles sont rattachées aux membres de la famille et ne tiennent pas de
comptabilité pour distinguer les activités de production de l’entreprise et les activités de
production du propriétaire.

Ainsi, le secteur informel est identifié d’une part, comme des entreprises informelles à
compte propre avec des salaires occasionnels dont ils ne sont pas enregistrés selon la législation
nationale concernant les entreprises. D’autre part, les entreprises avec des employeurs informels
sur une base de salaire permanent dont le nombre d’employé ne correspond pas à la taille de
l’entreprise. Le tableau ci-après illustre les critères de définition des entreprises du secteur
informel selon la CIST.

9
Acteurs du secteur informel

Le secteur informel est caractérisé par une diversité d’acteurs ayant des profils variés et
motivés par différentes raisons. Ces acteurs opèrent dans des secteurs multiples, allant des petits
commerces de rue aux services domestiques, en passant par l’artisanat et l’agriculture de
subsistance. Cette diversité reflète non seulement la nature complexe de l’informalité, mais aussi
les contraintes et opportunités spécifiques rencontrées par chaque acteur. Cette section explore
les profils des principaux acteurs du secteur informel, les motivations qui les poussent à opérer
en dehors du secteur formel, ainsi que les stratégies qu’ils adoptent pour maximiser leurs revenus
et minimiser les risques.

Les acteurs du secteur informel se regroupent en plusieurs catégories selon leur activité,
leur statut professionnel et leur niveau de vulnérabilité. On distingue principalement trois
groupes : les travailleurs indépendants (vendeurs ambulants, artisans, agriculteurs), les employés
non déclarés (domestiques, ouvriers dans les petites entreprises), et les micro-entrepreneurs
(petits commerçants, propriétaires de kiosques, etc.). Dans les pays sous-développés, une grande
partie de la population active opère dans l’informalité, notamment dans le secteur agricole et le
petit commerce. Ces acteurs sont majoritairement des individus ayant un faible niveau
d’éducation, un accès limité aux services financiers, et peu de perspectives dans le secteur
formel. Les femmes représentent une proportion importante des travailleurs informels, souvent
dans des activités à faible valeur ajoutée, comme le commerce de détail ou les services
domestiques.

Les motivations à rejoindre l’économie informelle sont diverses et varient en fonction des
contextes individuels et socio-économiques. L’un des principaux facteurs est la nécessité de
survie. En l’absence d’emplois formels accessibles et d’un filet de sécurité sociale, de
nombreuses personnes se tournent vers l’informalité pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
Cette réalité est particulièrement visible à Madagascar, où le taux de chômage élevé, la pauvreté,
et l’insuffisance des programmes d’aide sociale poussent une grande partie de la population à
trouver des solutions de rechange dans l’informalité. Pour certains, l’informalité offre également

10
une forme de flexibilité : l’absence de régulation permet d’ajuster les horaires de travail et de
diversifier les sources de revenus.
D’autres motivations sont liées aux coûts et aux barrières administratives du secteur
formel. Le coût élevé de l’enregistrement d’une entreprise, les taxes et les cotisations sociales
dissuadent de nombreux entrepreneurs de formaliser leurs activités. De plus, l’administration
souvent inefficace et corrompue crée un environnement où l’informalité est perçue comme une
solution plus pratique et rentable. Enfin, pour certains micro-entrepreneurs, l’informalité est une
stratégie délibérée pour maximiser les profits en évitant les charges fiscales et les obligations
légales.

Les acteurs de l’économie informelle développent diverses stratégies pour s’adapter aux
contraintes de leur environnement et assurer la pérennité de leurs activités. Parmi ces stratégies,
l’innovation et la flexibilité sont centrales. Les petits commerçants, par exemple, ajustent
constamment leur offre en fonction des tendances du marché local et des préférences des clients.
Les vendeurs ambulants adaptent leurs emplacements en fonction de l’affluence et des
opportunités quotidiennes.
De plus, la solidarité sociale joue un rôle clé dans le maintien des activités informelles. Les
réseaux communautaires et familiaux fournissent un soutien mutuel, que ce soit en termes de
financement, de partage des risques ou de promotion des activités. Ces réseaux, souvent basés
sur la confiance, compensent le manque d’accès aux services financiers formels comme les prêts
bancaires ou les assurances. À Madagascar, cette solidarité se manifeste notamment à travers des
tontines (associations d’épargne informelle) qui permettent aux membres d’accumuler des fonds
et d’investir dans de petites entreprises.
Enfin, pour minimiser les risques de répression ou de sanctions de la part des autorités, les
acteurs informels développent des stratégies d’évasion et de négociation. Ils peuvent, par
exemple, limiter la taille de leurs opérations pour éviter d’attirer l’attention ou s’appuyer sur des
relations avec des agents locaux pour obtenir une certaine tolérance. Cette capacité d’adaptation
leur permet de naviguer dans un environnement incertain tout en tirant parti des opportunités
disponibles.

11
En somme, les acteurs du secteur informel à Madagascar, tout comme ailleurs, adoptent
des profils, des motivations et des stratégies variés, façonnés par un environnement socio-
économique difficile. Loin d’être homogènes, ces acteurs révèlent une grande diversité, ce qui
rend l’analyse de l’informalité complexe mais indispensable pour comprendre les dynamiques
économiques locales.

Section 3 : Facteurs expliquant la croissance de l’informalité

L’expansion du secteur informel dans les pays en développement, et notamment à


Madagascar, résulte de plusieurs facteurs économiques, sociaux, et institutionnels. Ces facteurs
se renforcent mutuellement pour créer un environnement favorable à l’informalité, qui devient
alors une alternative pour une grande partie de la population exclue du secteur formel. Dans ce
chapitre, nous explorerons les principales causes de la croissance de l’informalité à travers trois
dimensions : les contraintes économiques, les faiblesses institutionnelles, et les dynamiques
sociales.

1- Contraintes économiques et insuffisance des opportunités formelles

L’une des raisons principales de l’essor de l’informalité est le manque d’opportunités dans
le secteur formel. Dans les pays en développement, le marché du travail est limité, et les offres
d'emplois sont insuffisantes pour absorber toute la main-d'œuvre disponible. La faible
industrialisation, la stagnation économique, et l’insuffisance des infrastructures constituent des
obstacles majeurs à la création d'emplois formels. Du fait que le taux de chômage est élevé, de
nombreuses personnes se tournent vers le secteur informel pour générer un revenu. L'informalité
devient ainsi un choix par défaut, dicté par l'absence d'alternatives dans le secteur formel.

12
Figure 1 : L’emploi informel dans le monde

L'emploi informel dans le monde

EMPLOI
FORMEL
40%

EMPLOI
INFORMEL
60%

Source : L’emploi informel dans les pays en développement, Centre de Développement de


l’OCDE, 2009 ; base de données LABORSTA, OIT ; Global Employment Trends, OIT, janvier
2009

Selon Lewis , « l’économie informelle sert souvent de réservoir de main-d'œuvre, une sorte
de secteur de refuge où les travailleurs se replient lorsque le secteur formel ne parvient pas à
offrir suffisamment d’emplois »11. Ce constat est particulièrement vrai à Madagascar, où les
secteurs formels tels que l'industrie et les services structurés offrent peu d’opportunités d'emploi.
Les personnes sans qualifications spécifiques ou disposant de peu de ressources financières n’ont
souvent pas d’autre option que de s’engager dans des activités informelles telles que le
commerce ambulant, les petits services ou l’agriculture de subsistance.
Une analyse croisée du secteur informel dans sept pays montre que le secteur informel
constitue un poste-tremplin pour le marché du travail et de l’ emploi pour la majorité des jeunes
et des adultes en Afrique.

11
LEWIS W. A. « Economic development with unlimited supplies of labour », Manchester School of Economic
and Social Studies , p.139, 1954

13
Tableau 2 : Le secteur informel comme pourvoyeur d’emplois
Pays Proportion de Proportion de Proportion de
l’emploi dans le l’emploi dans les l’emploi dans l’
secteur informel compagnies admnistration
Afrique du sud 31 % ( tous les 69
secteurs )
Angola 66% (secteur 24 10
urbain)
Bénin 95% 5
(administration
comprise)
Cameroun 90,4 (tous les 4,7 4,9
secteurs)
Ethiopie 90 (tous les 6,2 2,6
secteurs)
Sénégal 77,5( secteur 16,8 5,7
urbain)
Source : R .Walther :2007

En plus des faibles opportunités d’emploi formel, les coûts et les risques associés à l'entrée
dans le secteur formel découragent de nombreux acteurs. L'accès difficile aux financements, la
fiscalité lourde et les charges sociales élevées rendent le secteur informel plus attractif pour de
nombreuses petites entreprises et entrepreneurs. D’après Portes , « le secteur informel prospère
lorsque les coûts d'entrée dans l'économie formelle sont perçus comme excessivement élevés par
les petits entrepreneurs et les travailleurs indépendants »12. Cette observation souligne
l'importance des contraintes économiques dans le choix de l'informalité pour des acteurs souvent
exclus des systèmes financiers formels.

12
PORTES A. «The informal economy and its paradoxes » , Baltimore: Johns Hopkins University, p. 231,1994

14
2- Faiblesses institutionnelles et régulation inefficace
Le cadre institutionnel joue un rôle déterminant dans l’ampleur de l’économie informelle.
Dans un environnement où les institutions sont faibles, la réglementation est souvent inadaptée,
lourde, et coûteuse à respecter. Les procédures administratives complexes, les coûts élevés
d’enregistrement, et l’insécurité juridique découragent de nombreuses entreprises de formaliser
leurs activités. De plus, l’insuffisance des infrastructures et des services publics (comme l’accès
à l’électricité, aux transports, ou aux services financiers) pousse les acteurs économiques à
opérer en dehors du cadre formel, car ils n’y voient aucun avantage. L'inefficacité de
l’administration fiscale et la faible capacité de l'État à imposer et percevoir des taxes contribuent
également à l’expansion de l’informalité. Beaucoup d'entrepreneurs préfèrent éviter les charges
fiscales en restant dans l'informalité, ce qui perpétue un cercle vicieux d'évasion fiscale et de
faibles revenus publics.

Tableau 3 : Les raisons de non-enregistrement fiscal invoqué par les micro-entrepreneurs

Coût Démarche Refus/pas Non En cours Autres(dont Total


élevé compliqué de informé exonéré)
contrôle
Algérie 30.1 14.4 36.7 28.5 - 15.5 125.2

Cameroun 3.6 1.1 - 81.6 0.2 7.2 100

Madagascar 22.6 12.8 4.1 50 3.8 0.6 100


Niger 4.3 1.1 18.5 62.4 - 11.8 100
Swaziland 1.8 - 0.1 93.8 - 2.7 100
Thaïlande 7.1 1.5 43.9 43.9 - 3.5 100
Tunisie 0.0 3.2 4.4 92.5 - 0.0 100
Sources : MADIO (1995) , DIAL-DSCN, (1993) , Morrisson et al (1994-OCDE) : « impôt
sur le revenu réponses multiple »

15
3- Dynamiques sociales et culturelles
Les dynamiques sociales et culturelles jouent également un rôle crucial dans la
prolifération de l’économie informelle. Dans de nombreuses sociétés, l’informalité est une norme
sociale profondément ancrée. À Madagascar, les réseaux sociaux, familiaux et communautaires
structurent souvent les relations économiques. Le commerce informel de proximité, par exemple,
repose sur des relations de confiance et des transactions informelles qui échappent aux
régulations étatiques. De plus, dans les zones rurales, où les infrastructures sont limitées et l'État
absent, les activités informelles sont souvent la seule option pour les populations locales.
L’adhésion à des pratiques traditionnelles non formalisées, comme les échanges de biens et
services basés sur le troc ou la réciprocité, renforce la persistance de l’informalité.

En résumé, la croissance du secteur informel est le résultat de multiples facteurs


interconnectés. Les contraintes économiques, les insuffisances institutionnelles, et les
dynamiques sociales créent un environnement où l’informalité devient une réponse rationnelle
face à l’incertitude et à l’exclusion du secteur formel. Ces facteurs, bien présents à Madagascar,
rendent l'informalité difficile à éradiquer sans une réforme profonde des structures économiques
et institutionnelles. La compréhension de ces causes est essentielle pour envisager des solutions
efficaces visant à intégrer l’économie informelle dans une dynamique de développement durable.

16
CHAPITRE 2 : HYPOTHÈSES THÉORIQUES SUR L’IMPACT DU
SECTEUR INFORMEL

Le secteur informel, souvent perçu comme un secteur marginalisé, tient une place
importante dans les dynamiques économiques, particulièrement dans les pays en développement.
Ce chapitre explore les hypothèses théoriques concernant l'impact du secteur informel, en
soulignant son potentiel à la fois en tant qu'obstacle à la croissance économique et en tant que
mécanisme de survie. Chaque section est subdivisée en deux sous-sections pour offrir une
analyse approfondie.

Section 1 : Le secteur informel comme frein à la croissance économique

1- Perte de recettes fiscales

Une des critiques majeures du secteur informel porte sur les pertes fiscales qu'il engendre.
Selon une étude de la Banque mondiale en 2018, le secteur informel représente environ 70 % de
l'emploi en Afrique subsaharienne. Cette situation entraîne une érosion significative des recettes
fiscales. Les gouvernements peinent à collecter des impôts sur les revenus générés dans ce
secteur, ce qui réduit leur capacité à financer des services publics essentiels tels que l'éducation
et la santé. Par exemple, l'Organisation internationale du travail (OIT, 2019) estime que les
pertes fiscales dues à l'informalité peuvent atteindre 30 à 40 % des recettes fiscales potentielles
dans certains pays. Ces pertes limitent les investissements publics, entravant ainsi la croissance
économique et le développement des infrastructures.

17
Les économistes comme Schneider et Enste13 notent que les gouvernements devraient
mettre en place des politiques incitatives pour intégrer le secteur informel dans l'économie
formelle. Cela pourrait inclure des allégements fiscaux temporaires pour les entreprises qui
choisissent de se formaliser. Cependant, la difficulté réside dans la mise en œuvre de ces
politiques, car l'informalité est souvent associée à la corruption et à des pratiques administratives
opaques.

4- Faible productivité et innovation

Outre les pertes fiscales, le secteur informel est souvent associé à une faible productivité.
De nombreux économistes , notent que les entreprises informelles manquent souvent des
ressources nécessaires pour innover et se développer. Selon Maloney14, une étude menée en
Amérique latine a révélé que les entreprises formelles sont 50 % plus productives que leurs
homologues informels. Ce manque de productivité peut s'expliquer par l'absence de formation et
de soutien technique pour les travailleurs du secteur informel. Par conséquent, le potentiel de
croissance économique est considérablement limité, ce qui constitue un frein au développement.
Il est également important de mentionner que la crise économique actuelle a exacerbé la
situation. Avec la pandémie de COVID-19, de nombreuses entreprises informelles ont été
incapables de survivre aux confinements, soulignant leur vulnérabilité. En 2020, l'OIT a reporté
que près de 81 % des travailleurs informels dans le monde ont été directement touchés par la
crise, mettant en évidence la nécessité d'améliorer les conditions de travail et d'augmenter la
productivité dans ce secteur.

13
SCHNEIDER F. , & ENSTE D.H. « Shadows Economies : sizes ,causes and consequences », Journal of economic
literature,volume 38 , p.77- 114,2000
14
Maloney W. F. « Informality revisited » , World development, volume 32, 2004

18
Section 2 : Le secteur informel comme mécanisme de survie

1- Emplois précaires mais essentiels


Malgré les critiques, le secteur informel peut être perçu comme un mécanisme de survie,
en particulier dans les contextes de crise économique. De Soto (1989) soutient que l'informalité
permet aux individus de générer des revenus dans des environnements où les opportunités
d'emploi formel sont rares15. Par exemple, une étude de la CNUCED (2018) montre que dans des
pays comme Madagascar, près de 80 % des emplois sont informels. Ces emplois, bien qu'ils
soient précaires, sont cruciaux pour la subsistance des ménages. Les familles dépendent souvent
de ces revenus pour couvrir leurs besoins fondamentaux, tels que la nourriture, le logement et
l'éducation des enfants.

Les travailleurs informels, souvent exclus des systèmes de protection sociale, doivent faire
face à des défis majeurs. Cependant, des études montrent que ces travailleurs développent des
stratégies de résilience, comme la diversification de leurs activités économiques. Cela leur
permet de s'adapter aux défis économiques et de maintenir leur niveau de vie. Par exemple, dans
plusieurs pays d'Afrique, les vendeurs de rue ont réussi à tirer parti de leur réseau social pour
obtenir des financements, ce qui leur a permis de surmonter des périodes de crise.

2- Résilience sociale et adaptation

Le secteur informel joue également un rôle essentiel dans la résilience sociale des
communautés. Selon le rapport de l'OIT en 2020, les travailleurs informels adaptent souvent
leurs activités en réponse aux fluctuations économiques, ce qui leur permet de rester à flot même
en période de crise. Cette capacité d'adaptation est particulièrement importante dans les pays en
développement, où les systèmes de protection sociale sont souvent insuffisants. De nombreux
économistes affirment que l'informalité peut offrir une flexibilité qui permet aux individus de
naviguer à travers les incertitudes économiques. Ainsi, le secteur informel peut être considérée
comme un filet de sécurité pour les plus vulnérables.

15
De Soto, Hernando. The Other Path: The Economic Answer to Terrorism. New York: Harper & Row,
1989.

19
De plus, la solidarité entre les travailleurs informels est un aspect souvent sous-estimé. Des
études montrent que les travailleurs informels forment souvent des coopératives ou des groupes
d'entraide pour partager des ressources et des informations. Cela leur permet de renforcer leur
pouvoir de négociation et d'améliorer leurs conditions de travail. Par exemple, dans certaines
régions d'Asie, des groupes de femmes travaillant dans le secteur informel ont réussi à obtenir
des microcrédits grâce à des initiatives communautaires, ce qui leur a permis de développer leurs
activités.

Section 3 : Théories économiques autour de la formalisation : dilemmes


et défis

1- Perspective du formalisation du secteur informel chez les libérales , les Keynésiens et


les Marxistes

La formalisation du secteur informel est un sujet complexe, abordé différemment par


les économistes libéraux, keynésiens et marxistes. Voici une comparaison succincte de leurs
perspectives :
 Les économistes libéraux considèrent le secteur informel comme un obstacle à la
croissance économique. Ils plaident pour la formalisation afin d'accroître l'efficacité,
d'améliorer la régulation et de faciliter l'accès au crédit. Ils recommandent des réformes
législatives simplifiées pour encourager les travailleurs et les entreprises informelles à
rejoindre le secteur formel, ce qui pourrait accroître les recettes fiscales et améliorer la
protection des travailleurs.

 Les keynésiens voient le secteur informel comme une réponse à des défaillances du
marché et à des périodes de crise. Ils reconnaissent que ce secteur peut fournir des
emplois en l'absence d'opportunités formelles. Ils préconisent des politiques de soutien,
telles que des programmes d'assistance et de formation, pour intégrer progressivement les
travailleurs informels dans le secteur formel, tout en tenant compte des cycles
économiques.

20
 Les marxistes considèrent le secteur informel comme le résultat de l'exploitation et de la
précarisation des travailleurs dans un système capitaliste. Ils y voient une forme de
résistance à la domination capitaliste. Ils soutiennent que la simple formalisation ne suffit
pas ; il est nécessaire de changer les structures économiques sous-jacentes. Ils prônent
une réorganisation radicale du système économique, qui inclut des droits et protections
plus forts pour les travailleurs.

2- Les avantages de la formalisation


La question de la formalisation du secteur informel soulève de nombreux dilemmes. Les
partisans de la formalisation, comme La Porta et Shleifer16, soutiennent qu'elle peut offrir des
avantages significatifs, tels que l'accès aux financements, aux protections sociales et à des
marchés plus larges. En devenant formelles, les entreprises peuvent bénéficier d'un cadre
juridique qui leur permet de se développer et d'innover. Par exemple, des études montrent que les
entreprises formelles ont un accès beaucoup plus facile aux crédits bancaires, ce qui les aide à
investir dans leur croissance.
La formalisation peut également conduire à une meilleure qualité des emplois. Des
recherches indiquent que les travailleurs formels bénéficient de conditions de travail plus sûres et
d'un salaire plus élevé (OIT, 2019). Cela a un impact positif sur le bien-être des travailleurs et de
leurs familles. Toutefois, cette transition n'est pas toujours facile à réaliser, car elle nécessite des
changements structurels au sein de l'économie.

3- Coûts et obstacles à la formalisation


Cependant, la formalisation peut également engendrer des coûts et des obstacles pour les
travailleurs et les entreprises informelles. De nombreux économistes, dont Parker17, soulignent
que la formalisation peut entraîner une augmentation des charges fiscales et des réglementations,
ce qui peut dissuader les travailleurs de passer au secteur formel. Par ailleurs, l'absence de
soutien institutionnel et la corruption peuvent rendre le processus de formalisation

16
La Porta R. & Shleifer A. « Informality and development », Journal of Economic Perspectives , volume 28, p.109-
126,2014
17
Parker S.C. « The E conomics of Self-Employment and Entrepreneurship », New York : Cambridge University
Press, p.136-150, 2004

21
particulièrement difficile. Les travailleurs peuvent craindre de perdre leur emploi ou de devoir
payer des frais élevés pour se conformer aux réglementations, ce qui complique encore la
transition vers le secteur formel. Une étude menée en Afrique par le FIAS en 2006 a montré que
les PME paient beaucoup plus d’impôts que les grandes firmes.

Les taux effectifs marginaux d’imposition est l’indicateur synthétique mesurant la fiscalité
supportée par une firme.

Tableau 4 : Résultat de l’étude mené par le FIAS en 2006


Taux marginaux effectifs d’imposition dans une sélection de pays Africains

Pays/Secteur Manufactures Tourisme Agriculture Finances Mines PME(hors


TVA)

Zambie 5 5 10 30 0 25

Rwanda 29 14 7 38 15 34-51

Madagascar 24 14 15 29 11 60

Tanzanie 15 15 20 29 23 30-32

Afrique du 27 28 23 31 10 22-32
sud

Source : Stern et Loeprick (2007)

Ce tableau montre que les PME paient beaucoup plus d’impôts que les grandes firmes.
Cette situation les rend réticent à la formalisation .
D’après les enquêtes quantitatives auprès de ces entrepreneurs, 80 % des PME au Liberia
ne sont pas prêts à formaliser leurs activités.

22
Il est crucial d'explorer des modèles de formalisation adaptés aux réalités des travailleurs
informels. Des initiatives basées sur la sensibilisation et l'éducation peuvent jouer un rôle clé en
aidant les travailleurs à comprendre les bénéfices de la formalisation et les démarches à suivre
pour y parvenir. Par exemple, des programmes de formation peuvent être mis en place pour
équiper les travailleurs informels des compétences nécessaires pour naviguer dans le système
économique formel.

23
PARTIE II: ANALYSE DU SECTEUR INFORMEL
À MADAGASCAR

24
CHAPITRE 3 : CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE
MADAGASCAR ET PRÉVALENCE DE L’INFORMALITÉ

Ce chapitre explore le cadre socio-économique actuel de Madagascar pour mieux


comprendre les conditions qui ont favorisé le développement et la persistance de l’économie
informelle dans le pays. En raison d’une croissance économique instable et d’un marché de
l’emploi restreint, une grande partie de la population active se tourne vers des activités
informelles pour subvenir à ses besoins. Nous analyserons d’abord la structure de l’économie
malgache et l’importance de l’informalité. Ensuite, nous examinerons les secteurs les plus
touchés par l’informalité à Madagascar, en insistant sur les facteurs d’attraction et de persistance
de cela. Et enfin, nous allons étudier les politiques publiques et la gestion de l’économie
informelle à Madagascar.
Cette analyse fournira un éclairage essentiel pour comprendre comment le secteur informel
s’inscrit dans le tissu socio-économique du pays.

Section 1 : Structure de l’économie malgache et importance de l’informalité.

L’économie de Madagascar est caractérisée par une forte prédominance du secteur


informel, comme dans la plupart des pays en développement. Ce secteur occupe une place
centrale dans la dynamique économique du pays, en fournissant des emplois et des revenus à une
majorité de la population. Toutefois, il est important d’analyser en profondeur la structure de
cette économie informelle, ainsi que ses causes et conséquences sur le développement
économique de Madagascar.

1- Un secteur informel prépondérant


Avec la crise, le secteur informel ne cesse de gagner du terrain à Madagascar. A l’heure
actuelle, il représenterait 90% des activités économiques de l’île18.
Actuellement, le secteur informel envahit la quasi-totalité des domaines d’activité à
Madagascar. La présence du phénomène est constatée dans le pays et touche gravement presque

18
BANQUE MONDIALE 2019 « Madagascar Economic Update : Unleashing the Potential of the Private Sector »
Washington,DC : World Bank Group

25
tous les domaines d’activités tels que l’hôtellerie, le secteur aurifère, le secteur artisanal, le
secteur commerce…, au point de concurrencer, à son avantage, le secteur formel. Le secteur
informel s’est hyper-développé. Selon les chiffres de l’Institut national de la Statistique
(INSTAT), 80% des créations d’emplois au cours de 2013 se sont fait dans l’informel,
notamment dans l’élevage et l’agriculture. Les Malgaches préfèrent évoluer dans le secteur
informel parce que c’est une stratégie de survie pour la population pauvre.

L’économiste Hernando de Soto a largement étudié la question de l’informalité et explique


que dans les pays en développement, « l'informalité est le produit d'un système juridique
complexe, inaccessible et onéreux qui empêche les pauvres d'accéder aux ressources formelles
»19 (De Soto, 1989, p. 43). À Madagascar, ce phénomène est amplifié par des barrières
administratives et bureaucratiques qui découragent les petites entreprises d'entrer dans
l'économie formelle. En conséquence, la majorité des entrepreneurs malgaches préfèrent opérer
dans l’informalité pour éviter les coûts élevés d’enregistrement et de taxation.

Tableau 5 : Le secteur informel en chiffres à Madagascar

Province Primaire Secondaire Commerce Services Total en %


Antananarivo 1,9 38,2 34,4 25,5 100
Fianarantsoa 6,2 53,4 30,1 10,3 100
Toamasina 4,8 45,4 29,3 20,5 100
Mahajanga 10,6 46,7 31,4 11,3 100
Toliara 2,1 36,8 46,7 14,4 100
Antsiranana 6,7 45,7 37,8 9,8 100
Total 4,2 43,1 34,4 18,3 100
Source : INSTAT/DSM - PNUD - BIT IRD/DIAL - ENEMPSI,2020

19
De Soto H., The Other Path: The Economic Answer to Terrorism, New York, Harper & Row, p. 43, 1989.

26
2- Les caractéristiques du secteur informel malgache
Le secteur informel à Madagascar se manifeste dans diverses domaines , notamment
l’agriculture, le commerce, l’artisanat, et les services. L’agriculture, qui emploie plus de 60 % de
la population active, est largement dominée par de petites exploitations non régulées. Ces
exploitations informelles n’ont généralement pas accès aux marchés formels ni aux financements
institutionnels, ce qui limite leur productivité et leur capacité d’expansion.

En milieu urbain, le commerce de détail et les services, tels que les transports ou les
services domestiques, sont majoritairement informels. Selon une étude menée par Cling et al., «
l'économie informelle est le principal moteur de l'emploi dans les grandes villes africaines, où
elle permet de combler les lacunes laissées par le secteur formel »20. À Antananarivo, capitale de
Madagascar, les vendeurs ambulants, les petits commerçants et les travailleurs indépendants
représentent une part considérable de l’activité économique. Ces acteurs sont souvent
marginalisés, car ils ne bénéficient ni de protections sociales ni de droits légaux.

Cette caractéristique informelle de l’économie malgache s’étend aussi aux petites


industries manufacturières et artisanales. Ces micro-entreprises, non enregistrées, opèrent en
dehors des systèmes de régulation économique, ce qui les empêche de bénéficier de services
publics essentiels tels que l'accès à l'eau et à l'électricité. Ainsi, même si l'économie informelle
contribue de manière significative à la création d'emplois, elle reste fragilisée par son isolement
du secteur formel.

Les femmes sont des participantes très actives dans les secteurs informels urbains et ruraux
; d’après l’enquête sur l’emploi de l’INSTAT en 2012 qui stipule qu’en milieu rural 21,4% des
emplois dans les entreprises informelles hors agriculture sont occupés par des femmes et 14,6%
par des hommes. Elles réalisent les activités intensives en main-d’œuvre, moins rémunérées ou
qui sont assimilées aux activités reproductives. Dans le cas des activités visant à offrir des
services, les femmes sont souvent rattachées à ces différentes tâches comme par exemple les
métiers de vendeuses, de petites commerçantes, de femmes de chambre, de coiffeuses, de

20
Cling J.-P. et al., « L'économie informelle en Afrique : Une réalité à connaître », Paris, Karthala, p. 45, 2010

27
personnel de service domestique. Les femmes sont de plus en plus actives dans certaines
activités comme le tricot, la préparation des produits alimentaires destinés à la vente. Dans le
secteur agricole, la participation des femmes est très importante. Elles peuvent même y devenir
majoritaires comme dans certains pays, où elles combinent les activités d'autres secteurs comme
la vente et la transformation artisanale avec les travaux agricoles. Les femmes occupent donc une
place essentielle dans le secteur informel pourtant elles sont moins rémunérées que les hommes,
cette distinction leur étant défavorable est difficile à corriger.
Il ne faut pas oublier que la majorité des micros entrepreneurs n’ont finis leurs études mais
acquirent de l’expérience au fil du temps. La pratique de leur activité tous les jours permettent
leur amélioration dans leur propre domaine d’activité afin d’améliorer la qualité de leurs produits
et services.

3- Les causes profondes de la prépondérance de l’informalité à Madagascar


L’informalité à Madagascar trouve ses racines dans plusieurs facteurs économiques,
sociaux et institutionnels. D’une part, la pauvreté généralisée et le manque d’opportunités dans le
secteur formel poussent les individus à se tourner vers des activités informelles pour subvenir à
leurs besoins. Selon un article publié par [Link] en Mars 2014, 80% de la population active
ont basculé dans l’informel à Madagascar21. D’autre part, les politiques publiques et les cadres
législatifs inadaptés constituent des obstacles à la formalisation. Les charges fiscales élevées et la
complexité des procédures d’enregistrement freinent les petites entreprises qui préfèrent rester
dans l’informalité.

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, a souligné que « dans les pays en développement,
la faible capacité de l'État à offrir des services publics adéquats et à percevoir les taxes de
manière équitable renforce le recours à l'informalité »22. Ce constat est pertinent à Madagascar,
où l’État est souvent perçu comme inefficace et corrompu, ce qui dissuade les entrepreneurs
d’intégrer le secteur formel. En conséquence, l’informalité devient une réponse rationnelle pour
contourner ces barrières institutionnelles.

21
[Link], Madagascar : « le secteur informel favorisé par le chômage », 7 Mars 2024
22
Stiglitz J., « La Grande Désillusion », Paris, Fayard, p. 89, 2002.

28
Le manque de services publics de base, comme l’accès à l’électricité, aux infrastructures
routières ou aux soins de santé, empêche également le développement de l'économie formelle.
Dans les zones rurales de Madagascar, où ces services sont quasi inexistants, l’informalité est
pratiquement la seule option pour les agriculteurs et les commerçants. Ces acteurs évoluent donc
dans un environnement informel par nécessité, et non par choix.

Section 2 : Les secteurs les plus touchés par l’informalité à Madagascar

Le secteur informel à Madagascar se manifeste de manière omniprésente dans plusieurs


secteurs clés, tels que l’agriculture, le commerce de détail, les services domestiques, et la
construction. Cette section examine en profondeur les secteurs les plus touchés par l’informalité,
en analysant les facteurs sous-jacents qui poussent les travailleurs et les entrepreneurs à opérer en
dehors du cadre formel, ainsi que les conséquences économiques de cette informalité.

1- L’agriculture : un secteur informel dominant


Le secteur agricole est le pilier de l’économie malgache, employant environ 60 % de la
population active23. Pourtant, il est largement informel. La plupart des agriculteurs à Madagascar
exploitent de petites parcelles de terres non enregistrées et opèrent en dehors des structures
économiques formelles. Ils n’ont ni accès aux crédits formels ni aux services de modernisation
agricoles. Selon un rapport de l’OIT, « la forte prépondérance de l'informalité dans le secteur
agricole est typique des économies en développement, où la majorité des travailleurs ruraux sont
exclus des systèmes de protection sociale et des marchés formels »24.

À Madagascar, l'informalité dans le secteur agricole s'explique principalement par le


manque d'infrastructures et de soutien technique de la part de l’État. Les exploitations agricoles
informelles sont souvent de petites entreprises familiales qui survivent grâce à des échanges

23
BANQUE MONDIALE « Madagascar- Rapport sur la situation économique : Priorités pour une reprise
résiliente » Washington, DC : Groupe de la Banque Mondiale, 2023
24
OIT, « Rapport mondial sur le travail 2014 : Produire des emplois décents pour les jeunes », Genève, OIT, p. 150,
2014.
.

29
locaux et à des réseaux communautaires. Cette dépendance à l’égard de l’économie informelle
perpétue la faible productivité et la précarité dans les zones rurales . De plus, l'absence d'accès
aux ressources institutionnelles, telles que le crédit bancaire ou les subventions agricoles, limite
les possibilités d'investissement et d'amélioration des techniques agricoles.

2- Le commerce de détail et les services : moteurs de l’informalité urbaine


Le commerce de détail est un autre secteur où l'informalité est particulièrement prononcée.
Dans les grandes villes comme Antananarivo, les marchés informels et les vendeurs ambulants
dominent l’activité économique. Ces acteurs sont principalement de petits commerçants opérant
sans licence ni enregistrement officiel. Ils bénéficient d’une grande flexibilité et d’une relative
autonomie, mais sont vulnérables à des interruptions imprévues, comme les saisies ou les
déguerpissements orchestrés par les autorités locales.

L'économiste Hart, dans son étude sur l'économie informelle, souligne que « les petits
commerçants informels répondent à la demande des consommateurs à faible revenu en leur
offrant des produits à bas coût et en ajustant rapidement leurs offres en fonction des tendances du
marché local »25. Ce constat est particulièrement pertinent à Madagascar, où les marchés
informels jouent un rôle crucial dans la satisfaction des besoins des populations à faible revenu.
Toutefois, cette dynamique empêche également la régulation de ces activités et limite leur
contribution aux recettes fiscales de l'État.

Les services domestiques et de transport sont aussi largement informels. À Antananarivo,


le transport informel, notamment les taxis et pousse-pousse, est très développé. Ce secteur est
dominé par des travailleurs indépendants qui ne bénéficient ni de contrats de travail ni de
protection sociale. Selon une étude de l’Institut National de la Statistique de Madagascar
(INSTAT, 2019), « environ 80 % des travailleurs dans les services urbains sont des travailleurs
informels, souvent dans des conditions de travail précaires et sans protection légale »26. Cela

25
Hart K., «Money in an Unequal World », Londres, International African Institute, p. 72, 2000.
26
INSTAT, « Enquête sur les conditions de travail et l'emploi des travailleurs informels à Madagascar »,
Antananarivo, INSTAT, p. 35, 2019

30
pose des problèmes non seulement en termes de droits des travailleurs, mais aussi de sécurité
pour les consommateurs.

3- Le secteur de la construction : un secteur à haut risque dans l’informalité


Le secteur de la construction est également fortement marqué par l’informalité à
Madagascar. Les petits entrepreneurs de la construction, souvent non enregistrés, embauchent
des ouvriers sans contrats ni protection sociale. Ce phénomène est particulièrement accentué
dans les zones urbaines en expansion, où la demande pour de nouvelles infrastructures est élevée,
mais où les ressources et la régulation du secteur sont insuffisantes.

Les économistes Chen et Carré expliquent que « dans le secteur de la construction


informelle, les travailleurs sont souvent exposés à des conditions de travail dangereuses, avec
peu ou pas de formation professionnelle ni d'équipements de sécurité »27. Cette analyse est
pertinente pour Madagascar, où les ouvriers de la construction travaillent souvent dans des
environnements risqués, sans normes de sécurité ni accès à des protections sociales ou des
assurances en cas d'accident.

L’informalité dans la construction a des répercussions à long terme sur la qualité des
infrastructures et sur le développement durable. En l’absence de régulation, les constructions
réalisées par des entrepreneurs informels peuvent ne pas respecter les normes techniques, ce qui
pose des risques pour la sécurité publique. De plus, comme ces travailleurs ne cotisent pas aux
systèmes de retraite ou de sécurité sociale, ils demeurent vulnérables tout au long de leur vie
professionnelle, avec peu de perspectives d’amélioration de leurs conditions de travail.

Section 3 : Les politiques publiques et la gestion de l’économie informelle à


Madagascar

27
Chen M. A. et Carré P., « The Informal Economy: Definitions, Theories and Policies », Genève, OIT, p. 48,
2004.

31
La gestion du secteur informel à Madagascar représente un défi majeur pour les pouvoirs
publics. Depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs ont tenté de réduire l’ampleur
de l’informalité par des politiques de formalisation et de régulation. Cependant, ces tentatives se
sont souvent heurtées à des obstacles institutionnels, économiques et sociaux, ce qui a limité leur
efficacité. Cette section analyse les politiques publiques mises en place pour gérer l’informalité,
en identifiant leurs forces et leurs faiblesses, et en proposant des pistes pour une meilleure
intégration de l’informalité dans l’économie nationale.

1- Politiques de formalisation : initiatives et limites


La formalisation des activités informelles est un objectif central des politiques publiques à
Madagascar, car elle permettrait d'accroître les recettes fiscales et d’offrir des protections
sociales aux travailleurs. Depuis les années 2000, plusieurs programmes ont été mis en place
pour faciliter la transition des micro-entrepreneurs informels vers le secteur formel. Ces
initiatives incluent la simplification des procédures d'enregistrement des entreprises, la réduction
des charges fiscales pour les petites entreprises, et la création de guichets uniques pour
l’enregistrement.

Cependant, ces efforts de formalisation n'ont pas atteint les résultats escomptés. Une étude
réalisée par le PNUD révèle que « seulement 10 à 15 % des entreprises informelles à Madagascar
ont tenté de se formaliser, principalement en raison de la complexité des procédures
administratives et du manque de confiance envers les institutions publiques »28. La formalisation
est souvent perçue comme une charge supplémentaire par les entrepreneurs informels, qui
craignent une augmentation des coûts d’exploitation (impôts, cotisations sociales) sans pour
autant bénéficier de services ou d'avantages significatifs en retour.

De plus, le manque de sensibilisation aux bénéfices de la formalisation constitue un autre


frein majeur. De nombreux petits entrepreneurs n'ont pas connaissance des avantages potentiels
du statut formel, comme l'accès à des financements institutionnels, la protection juridique ou la
possibilité d’élargir leur marché. En conséquence, l’économie informelle reste perçue comme

28
PNUD, « Rapport sur le développement humain 2017 : Madagascar », Antananarivo, PNUD, p. 45, 2017

32
une solution plus flexible et moins risquée, même si elle limite les opportunités de croissance à
long terme.

2- L'inefficacité de la régulation et le rôle de la corruption


L’un des principaux obstacles à la formalisation et à la régulation de l’économie informelle
à Madagascar est l'inefficacité de l'administration publique. Les lourdeurs bureaucratiques,
combinées à une corruption endémique, freinent les efforts pour mieux réguler l’informalité. De
nombreux acteurs informels, en particulier les petits commerçants et les agriculteurs, sont
dissuadés de se formaliser en raison des coûts cachés liés à la corruption. Ils doivent souvent
payer des pots-de-vin pour accéder aux services administratifs, ce qui augmente les coûts déjà
élevés de l'enregistrement.

L’économiste A. M. Jansen souligne que « la corruption affaiblit l’efficacité des réformes


économiques en créant des obstacles supplémentaires à l’entrée dans le secteur formel, ce qui
encourage les petites entreprises à rester informelles »29. À Madagascar, cette réalité est
particulièrement visible dans les zones urbaines, où les micro-entrepreneurs sont confrontés à des
régulateurs locaux corrompus, qui exigent des paiements en échange de la tolérance de leurs
activités informelles.

En outre, l'inefficacité des services publics rend la formalisation peu attrayante. Les
entrepreneurs informels ne voient pas d'incitation à rejoindre le secteur formel, car l'État
malgache offre peu de services en retour, tels que l'accès à des infrastructures, à des
financements, ou à une protection sociale adéquate. Ainsi, la majorité des acteurs économiques
préfère rester en dehors du cadre réglementaire, ce qui perpétue le cycle de l’informalité.

3- Vers une approche inclusive et flexible de la gestion de l’informalité


Les politiques publiques actuelles à Madagascar n'ont pas encore réussi à réduire de
manière significative l'ampleur de l'informalité. Une nouvelle approche, plus inclusive et
flexible, est nécessaire pour mieux gérer ce secteur essentiel de l'économie. Au lieu de se
concentrer uniquement sur la formalisation comme objectif principal, les autorités pourraient

29
Jansen E., « L'impact de la corruption sur l'économie formelle et informelle », Paris, Économiste, p. 78, 2003

33
explorer des solutions intermédiaires, telles que la création de statuts juridiques hybrides pour les
petites entreprises informelles. Il est alors nécessaire de trouver une approche inclusive aui
consiste à développer des politiques adaptées aux réalités locales , visant à intégrer
progressivement les travailleurs informels dans le tissu économique formel tout en réconnaissant
la diversité et leur résilience.

L'économiste Maloney suggère que « plutôt que de chercher à formaliser l'ensemble de


l'économie informelle, il pourrait être plus efficace de créer des statuts transitoires pour les
micro-entreprises, leur permettant de bénéficier de certains avantages du secteur formel sans
subir l'intégralité des charges administratives et fiscales »30.
Il est alors crucial de chercher des accords pertinents pour résoudre le probleme. Ce type
d’approche pourrait s'avérer pertinent à Madagascar, où les petits entrepreneurs ont besoin d'un
soutien progressif pour accéder aux marchés formels.

Par ailleurs, la mise en place de politiques de soutien plus directes, telles que des
programmes de formation professionnelle, des subventions aux petites entreprises et un accès
facilité aux micro-crédits, pourrait aider les acteurs informels à améliorer leur productivité et à se
développer de manière durable. Une attention particulière doit également être accordée à la
protection sociale des travailleurs informels. Aujourd’hui, la majorité de ces travailleurs n’ont ni
assurance maladie ni couverture en cas d’accidents de travail. Ils font face à des conditions de
travails médiocre qui prouvent les inégalités rencontrés dans ce secteur . Le renforcement des
filets de sécurité sociale pour les travailleurs informels serait alors une étape importante pour
améliorer leurs conditions de vie et encourager leur intégration progressive dans l’économie
formelle.

En conclusion, la gestion de l’économie informelle à Madagascar nécessite des réformes


plus inclusives et adaptées aux réalités locales. Les politiques publiques doivent s'éloigner des
approches rigides de formalisation et adopter des solutions plus flexibles qui reconnaissent la
diversité des acteurs informels. Plusieurs situations devraient être mises en priorité tel que le

30
Maloney W. F., “Informality Revisited”, Washington, DC, Banque mondiale, p. 115, 2004.

34
renforcement des services publics, la lutte contre la corruption et la mise en place de statuts
intermédiaires sont des pistes qui pourraient améliorer la gestion de l’informalité et encourager
une intégration plus harmonieuse de ce secteur dans l’économie nationale.

35
CHAPITRE 4 : VÉRIFICATION DES HYPOTHÈSES THÉORIQUES
DANS LE CONTEXTE MALGACHE

Le secteur informel à Madagascar présente une réalité complexe, à la fois indispensable et


problématique pour le développement économique. Difficile à cerner, elle rassemble des
activités variées qui échappent aux structures formelles de régulation et de fiscalité, ce qui en fait
un phénomène ambivalent. D’un côté, elle est souvent perçue comme une barrière à la
modernisation économique, entravant la collecte de revenus fiscaux et limitant la compétitivité.
De l’autre, elle constitue une réponse spontanée aux insuffisances du secteur formel, en
permettant à une large partie de la population de participer à l’économie, bien que dans des
conditions précaires et non réglementées.
Ce chapitre propose alors d’explorer cette ambiguïté en vérifiant les deux hypothèses
opposées. Nous explorerons en premier l’impact du secteur informel sur les recettes fiscales et la
gouvernance, puis nous étudierons comment l’informalité apparait comme obstacle à la
croissance durable et aux investissements et enfin nous analyserons le rôle de l’informalité dans
la création d’emplois et le soutien aux ménages.

Section 1 : L’impact du secteur informel sur les recettes fiscales et la


gouvernance.

Le secteur informel à Madagascar a un impact significatif sur les recettes fiscales de l’État
et sur la gouvernance globale du pays. En opérant en dehors des cadres légaux et fiscaux, les
acteurs informels échappent à l’impôt, privant ainsi l’État de ressources importantes qui
pourraient être utilisées pour financer les infrastructures et les services publics. Selon
l’économiste Feige (1990, p. 13), « l’économie souterraine est souvent le reflet d’une faible
gouvernance et d’un système fiscal inefficace qui échoue à capter les revenus générés par une

36
part importante de l’activité économique »31. Cette analyse est particulièrement pertinente à
Madagascar, où l’informalité est largement répandue.

1- L’importance du recette fiscale dans le développement d’un pays


Les recettes fiscales jouent un rôle essentiel au développement d'un pays, car elles
constituent la pierre angulaire du financement des services publics, de la stabilité économique, de
la réduction des inégalités, de l'attraction des investissements et du renforcement de la
gouvernance.
 Financement des services publics : Selon Amartya Sen, prix Nobel d'économie, « le
développement doit être évalué par la façon dont les citoyens vivent leur vie, ce qui
implique des services publics de qualité »32. Les recettes fiscales permettent de financer
des infrastructures et des services essentiels, contribuant ainsi au bien-être général
 Stabilité économique : Joseph Stiglitz, également lauréat du prix Nobel, note que « les
recettes fiscales stables sont cruciales pour la gestion des cycles économiques »33. Un
système fiscal robuste permet aux gouvernements de réagir aux crises et d’investir dans
des projets à long terme, favorisant une croissance durable.
 Réduction des inégalités : Thomas Piketty, dans son ouvrage « Le Capital au XXIe
Siècle » , insiste sur le fait que « la fiscalité progressiste est un outil fondamental pour
lutter contre les inégalités »34. Une fiscalité équitable peut redistribuer les richesses et
financer des programmes sociaux qui bénéficient aux plus défavorisés.
 Attraction des investissements : Daron Acemoglu et James A. Robinson, dans « Why
Nations Fail », soulignent que « des institutions fiscales solides attirent les
investisseurs »35. Un système fiscal transparent et prévisible est un facteur clé pour
encourager l’investissement étranger, stimulant ainsi la croissance économique

31
Feige, Edgar L. «Defining and Estimating Underground and Informal Economies: The New Institutional
Economics Approach." World Development», vol. 18, no. 7, pp. 989–1002, 1990
32
. Sen, Amartya. Development as Freedom. New York: Alfred A. Knopf, p. 14, 1999
33
Stiglitz, Joseph E. Economics of the Public Sector. New York: W.W. Norton & Company, p. 62, 2000
34
Piketty, Thomas. Le Capital au XXIe siècle. Paris : Seuil, p. 25, 2013
35
Acemoglu, Daron, et Robinson, James A. Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity, and Poverty. New
York: Crown Business, p. 111, 2012
35
North, Douglass C. 1990. Institutions, Institutional Change, and Economic Performance. Cambridge: Cambridge
University Press, p. 4.

37
 Renforcement de la gouvernance : Douglass North, lauréat du prix Nobel, affirme que
« la qualité des institutions politiques et fiscales détermine la performance
économique»36. Une collecte fiscale efficace incite les citoyens à exiger plus de
responsabilité de la part de leurs dirigeants, renforçant ainsi la démocratie et la
gouvernance.

En somme, comme le démontrent ces économistes, les recettes fiscales sont vitales pour
soutenir le développement économique, social et institutionnel, jouant un rôle central dans la
construction d'une société prospère et équitable.

2- Les problèmes engendrés par le secteur informel sur les recettes fiscales et la
gouvernance
Il est évident que l’informel donne lieu à l’évasion fiscale généralisée, le mépris des lois.
Ceci fausse la légitimité de l’Etat et la morale politique et participe à la baisse de l’efficacité de
l’action administrative. Lorsque dans un pays, le secteur formel est moi ns développé que le
secteur informel, cela indique sinon la faillite de l’Etat, ou du moins son incapacité à assurer la
promotion des activités économiques et donc le développement du pays. C’est le cas de
Madagascar qui selon la Banque Mondiale détient 45% d’informalité dans son économie37.
L’économie souterraine cherche à maximiser leur profit par des pratiques délictueuses (sous-
déclaration, fausses factures, etc.) alors que le secteur informel se présente comme un secteur de
développement spontané des activités économiques des ménages. Pourtant, le secteur informel a
ouvert le chemin vers l’économie souterraine. Aussi, l'informel a conduit sur le plan économique
au développement du marché de change non officiel avec son corollaire le non rapatriement des
devises provenant des activités d'exploitations frauduleuses, la thésaurisation, l'inaccessibilité au
système bancaire pour la distribution de crédit à l'économie, la non-maitrise des stocks de
production qui conduit à la fixation des prix fantaisistes. Le financement : au vu de leur taille et
de leur spécificité fonctionnelle, les activités informelles sont exclues des systèmes
institutionnels de financement et se trouvant ainsi privées des moyens d'évolutions. La critique la
plus fondamentale de l’économie informelle est sans doute le fait de priver les pouvoirs publics

37
Rapport de la Banque Mondiale en 2018

38
des sources de revenus importantes. Les recettes fiscales de Madagascar représentent environ 10
à 11% du PIB, un taux bien inférieur à celui des autres pays africains, ou la moyenne se situe
autour de 15%. Cette situation met en évidence le défis de financer les services publics et les
investissements nécessaires au développement du pays. Il existe donc un manque à gagner pour
l’Etat en termes de ressources fiscaux. En effet, le secteur informel échappe à la régularisation
de l’Etat. C’est pourquoi il est très difficile de mettre en œuvre une politique de lutte contre la
pauvreté. La présence du secteur informel limite l'engagement civique et la responsabilité
gouvernementale. À Madagascar, l'informalité réduit la capacité des citoyens à exiger des
comptes de leurs dirigeants, ce qui nuit à la démocratie et à la gouvernance. Cela peut alors
fausser la légitimité de l'Etat et la morale politique contribuant à la baisse de l'efficacité de
l'action administrative.

Section 2 :L’informalité comme obstacle à la croissance durable et aux


investissements

L'informalité, ou secteur informel, constitue un obstacle majeur à la croissance durable à


Madagascar, où cette problématique est particulièrement aiguë.

1- Instabilité économique
L'informalité contribue à la volatilité économique de Madagascar, rendant difficile pour le
gouvernement de gérer les cycles économiques. La prédominance du secteur informel complique
la prévision et la gestion des ressources, affectant ainsi la stabilité économique. De plus, un
niveau élevé d’informalité rime avec une faible productivité. C’est généralement le cas dans les
pays en développement comme Madagascar ou la productivité du travail dans les entreprises
informelles n’atteint qu’un quart en moyenne de celle que connaissent les structures déclarées.
La nature informelle des entreprises entraîne une faible productivité et une absence de régulation,
ce qui empêche une meilleure intégration économique dans les circuits formels. Selon une étude
du PNUD , le secteur informel emploie environ 9 personnes actives sur 10 à Madagascar alors
qu’il ne contribue que pour près de 24 dans la formation du PIB38

38
PNUD, Productivité du travail et creations d’emplois productifs: Priorité Strategiaue 3 ,
Madagascar 2024

39
2- Inégalités renforcées
Le secteur informel à Madagascar est souvent synonyme de conditions de travail précaires
et de salaires bas, exacerbant les inégalités sociales. L'absence de régulations et de protections
sociales dans ce secteur empêche une redistribution équitable des richesses.

3- Attraction des investissements


La prévalence de l'informalité peut dissuader les investisseurs étrangers. Il est évident que
des institutions solides attirent les investisseurs. À Madagascar, l'incertitude liée à un secteur
informel étendu crée un climat peu attrayant pour les investisseurs, qui recherchent des
environnements stables et prévisibles.

Figure 2 : Le flux des investissements directs étrangers (IDE) à Madagascar 2003-2023

1400
1169
1200
1066

1000
808 810 812
777
800
567
600
474 468
436 451 415
389
353 358
400 294
351
258

200 95 95 86

0
2003

2022
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021

2023(estim.)

Sources : Rapport sur l’investissement dans le monde (2004-2024) - Conférence des


Nations unies sur le commerce et le développement

40
Cela montre l’instabilité de ce flux causé par la situation de l’informalité à Madagascar .Or
que les investissements favorisent le développement d’un pays en apportant des capitaux
essentiels qui stimulent la croissance, permettent la création d’emplois , et favorisent le transfert
de technologie et de compétences.

Section 3 : Le rôle de l’informalité dans la création d’emplois et le soutien


aux ménages

Le secteur informel à Madagascar, bien que souvent perçu comme un frein à la croissance,
contribue de manière significative au développement économique et social du pays. Son
importance ne peut être sous-estimée, notamment dans un contexte où le secteur formel reste
limité et où les infrastructures économiques sont insuffisantes. Voici trois arguments qui
montrent l’impact crucial du secteur informel à Madagascar.

1- Création massive d'emplois et lutte contre le chômage


Bien que l’informalité ait des conséquences négatives sur les recettes fiscales et la
gouvernance, elle tient un rôle fondamental dans la création d’emplois et le soutien aux ménages
les plus vulnérables. À Madagascar, où le taux de chômage formel est élevé, l’informalité
constitue une source essentielle de revenus pour une grande partie de la population.
À Madagascar, il n’existe pas de véritable marché de travail unifié comme dans les pays
développés. Le marché de travail est caractérisé par la superposition de segments de marché,
c’est-à-dire l’emploi rural (traditionnel et agro-industrie), l’emploi moderne (public et privé),
l’emploi informel et l’emploi temporaire.
D’après les études effectuées par l’INSTAT, le taux d’activité globale de la population
active à Madagascar est de 63%, avec un taux de chômage global de 3,8%39. Le secteur informel
créé un grand nombre d’emplois par la création de micro entreprises. En effet, une enquête a
montré que le nombre de petites entreprises à Madagascar est passé de 5000 en 2008 à 7253 en

39
INSTAT. Résumé exécutif des résultats de l’enquête MICS Madagascar 2018. Antananarivo : Institut National de
la Statistique, 2019

41
2014 dans la région d’Analamanga seulement40. La majorité des étudiants à Madagascar ont
déclaré vouloir travailler dans des professions intellectuelles et scientifiques, notamment
64,1%23, dans leur vie future. Toujours, le résultat de cette étude ont permis d’estimer que
72,7% des jeunes étudiants aimeraient travailler pour le secteur public.
Pour le cas de Madagascar, il est difficile, pour ne pas dire que c’est impossible, que le
secteur public puisse avoir la capacité d’absorber un tel nombre de jeunes diplômés. Ainsi, cela
montre une grande inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché de travail. Ainsi, pour
pouvoir faire face à la vie et pouvoir continuer à survivre, les jeunes actifs Malgache sont
contraints de travailler pour leur propre compte.
Les données de l’ETVA ont montré que plus de 8 travailleurs sur 10, c’est-à-dire 83,8%
occupaient un emploi vulnérable ; il y a ceux qui travaillent pour leur propre compte et ceux qui
participent à des activités familiales non rémunérés. Seulement 31% des jeunes salariés ont un
contrat de travail écrit en 201541. L’emploi informel à Madagascar a atteint un taux presque
universel. En effet, le taux d’emploi informel est passé de 94,8% en 2013 à 97,2% en 201542.
Le secteur informel agit alors comme un amortisseur social en absorbant la main-d'œuvre
excédentaire qui ne trouve pas d’emplois dans le secteur formel. Comme l’indique Tokman
(1992, p. 55), « dans les pays en développement, le secteur informel remplit souvent une
fonction de stabilisateur social en offrant des opportunités d'emploi à ceux qui sont exclus du
secteur formel »43. À Madagascar, cette dynamique est particulièrement forte dans les zones
urbaines, où le commerce informel, les services domestiques, et le transport absorbent une
grande partie de la main-d'œuvre.
Comme le souligne l’économiste malgache Alain Rasolofo (2019), « l’économie
informelle à Madagascar agit comme un amortisseur de crise économique et sociale en offrant
des opportunités d'emploi aux populations exclues du marché formel, notamment les jeunes et
les femmes, qui sont souvent les plus touchés par le chômage »44. En effet, face à une économie
formelle incapable d’absorber la croissance démographique, le secteur informel est devenu un

40
FLASH COMPTA N°25, Juin 2015, page 11
41
Source : ETVA 2015, site du projet W4Y : [Link]/w4y.
42
Source : ETVA 2015, site du projet W4Y : [Link]/w4y.
43
Tokman, V. E. . Beyond Regulation: The Informal Economy in Latin America. Boulder: Lynne Rienner
Publishers ,1992
44
Rasolofo, A. L'économie informelle à Madagascar : un amortisseur de crise économique et sociale. Antananarivo :
Institut de Recherche sur le Développement de Madagascar, 2019

42
levier essentiel pour maintenir un certain niveau d'activité économique et de survie pour des
millions de familles.

2- Résilience face aux crises économiques et politiques


Le secteur informel à Madagascar a démontré une grande résilience face aux multiples
crises économiques, politiques et sanitaires qui ont affecté le pays. Contrairement au secteur
formel, souvent limité par des contraintes institutionnelles et une réglementation rigide,
l'informel se distingue par sa capacité à s'adapter rapidement à des environnements instables.
Selon une étude de l’Organisation internationale du travail (OIT, 2020), cette flexibilité permet
aux acteurs informels de maintenir une activité, même en période de crise.
L’économiste malgache Mireille Razafindrakoto (2020) explique que « le secteur informel,
en raison de son caractère moins institutionnalisé, réagit plus vite aux chocs économiques,
offrant ainsi aux travailleurs une alternative en l'absence d'opportunités dans le secteur formel » .
Cette résilience a été particulièrement visible lors de la crise politique de 2009, au cours de
laquelle le secteur informel a absorbé une grande partie de la population active affectée par la
fermeture des entreprises formelles.

Pendant la pandémie de COVID-19, cette adaptabilité a encore une fois été démontrée.
Alors que de nombreuses entreprises du secteur formel ont été contraintes de suspendre leurs
activités en raison des mesures de confinement, le secteur informel a rapidement repris ses
activités, permettant à de nombreux ménages de continuer à générer des revenus. Une étude de la
Banque mondiale (2021) a estimé que le secteur informel a permis à près de 1,5 million de
personnes de maintenir un revenu pendant la crise sanitaire, alors que l’économie formelle
peinait à se redresser.

3- Dynamisation de la consommation locale et innovation


Le secteur informel soutient une grande partie de la consommation locale et stimule le
dynamisme entrepreneurial dans des secteurs variés tels que l’artisanat, le commerce de rue et les
services domestiques. Jacques Morisset, économiste à la Banque mondiale (2020), affirme que «
l’économie informelle est le principal moteur de l’entrepreneuriat dans de nombreux pays en

43
développement, Madagascar inclus, où la faiblesse des infrastructures financières et
administratives limite l'essor du secteur formel »45.

De plus, le secteur informel est souvent le premier à répondre aux besoins immédiats de la
population, notamment en termes d’accès à des biens et services de base à des prix abordables.
Une étude réalisée par l’Institut national de la statistique de Madagascar (INSTAT, 2019) révèle
que 80 % des biens consommés par les ménages malgaches proviennent du secteur informel, ce
qui témoigne de l’importance de ce secteur pour la demande intérieure et la survie économique
de millions de foyers.

45
Morisset, Jacques “Madagascar Economic Update : Navigating Through the Pandemic” Banque mondiale,
Washington, DC, 2020

44
PARTIE III : APPRECIATION CRITIQUE ET PERSPECTIVES DU
SECTEUR INFORMEL À MADAGASCAR

45
CHAPITRE 5 : ANALYSE CRITIQUE DES IMPACTS DU SECTEUR
INFORMEL

Section 1 : Points positifs du secteur informel : résilience, flexibilité et


innovation

Le secteur informel, bien qu’il soit souvent perçu comme un obstacle au développement,
présente également des aspects positifs non négligeables. Comme le souligne François Bouraud
(2018), l’économie informelle joue un rôle central dans les pays en développement en assurant la
survie économique de millions de personnes. À Madagascar, elle constitue une véritable soupape
de sécurité face aux crises économiques et sociales. Dans cette section, nous examinerons les
trois principales qualités de l'économie informelle : sa résilience, sa flexibilité et sa capacité
d'innovation.

1- Résilience du secteur informel face aux crises

La résilience de l’économie informelle est l’un de ses traits les plus remarquables. En effet,
dans des contextes de crises économiques, politiques ou climatiques, le secteur informel se
révèle être un refuge pour les travailleurs, leur offrant des opportunités d’emploi lorsque le
secteur formel est en déclin. Bouraud met en avant le fait que l'économie informelle permet une
réactivité rapide face à des conditions économiques défavorables, car elle ne nécessite pas les
mêmes infrastructures institutionnelles et administratives que le secteur formel46.

À Madagascar, cette résilience est particulièrement marquée. Par exemple, lors des crises
politiques de 2009, le secteur informel a absorbé une grande partie des travailleurs licenciés du
secteur formel, évitant ainsi une hausse encore plus marquée du chômage. Selon une étude de
l’Organisation internationale du travail (OIT, 2020), environ 90 % des nouveaux emplois créés à
46
ROUBAUD,F. “ L’L'économie informelle est-elle un frein au développement et à la croissance économiques ?”
Institut de recherche pour le développement, p. 109-121,2014, Site de l'article:[Link]
francois-roubaud--261?lang=fr

46
Madagascar entre 2005 et 2015 se situaient dans l’économie informelle47. Ce phénomène illustre
la capacité du secteur à s’adapter rapidement à des chocs économiques externes.

2- Flexibilité et capacité d’adaptation


La flexibilité est une autre qualité essentielle de l’économie informelle. Contrairement au
secteur formel, le secteur informel est moins contraint par des réglementations rigides et des
structures de production complexes. Cette absence de rigidité permet aux acteurs informels de
s’adapter rapidement aux fluctuations de la demande et à des conditions de marché changeantes.
François Bouraud (2018) explique que cette flexibilité permet aux travailleurs informels de
diversifier leurs sources de revenus et d'explorer plusieurs niches économiques avec une grande
agilité.

Dans le contexte malgache, cette capacité d’adaptation est particulièrement visible dans les
secteurs du commerce de rue et de l’artisanat, où les acteurs informels ajustent rapidement leurs
activités en fonction des besoins du marché local. Par exemple, durant la période de la pandémie
de COVID-19, les petits commerçants et artisans informels ont rapidement changé de production
pour répondre à la demande croissante de produits essentiels tels que les masques et les solutions
désinfectantes. Une étude de la Banque mondiale (2021) montre que cette réactivité a permis à
de nombreuses familles malgaches de maintenir des revenus, malgré la contraction de l'économie
formelle.

3- L’innovation dans le seteur informel


Enfin, le secteur informel est souvent une source d’innovation, notamment dans les
contextes où l’accès aux ressources et aux infrastructures est limité. Les acteurs informels, par
nécessité, développent des solutions créatives pour surmonter les contraintes économiques et
institutionnelles. Bouraud souligne que cette forme d'innovation, bien qu’elle ne corresponde

47
Organisation internationale du Travail (OIT). (2020). Programme pays pour le travail décent 2021-2023
Madagascar. Bureau international du Travail. Lien du source : [Link]

47
pas aux standards de l'innovation technologique formelle, est cruciale pour le développement
local, notamment dans les économies en développement48.

À Madagascar, des innovations informelles se manifestent par la création de nouveaux


services adaptés aux besoins des populations locales. Par exemple, les « taxis-brousse » et les
services de transport informels répondent aux carences du réseau de transport public formel. De
même, dans l’artisanat, de nombreux entrepreneurs informels utilisent des matériaux recyclés
pour produire des biens de consommation à faible coût, en réponse à une demande croissante
pour des solutions économiques. Ces innovations locales contribuent à la dynamique
économique des communautés et renforcent l’impact positif de l’économie informelle sur le
développement local.

Section 2 : Points négatifs : vulnérabilité, manque de protection sociale et


précarité

Bien que le secteur informel présente des avantages indéniables en termes de résilience,
flexibilité et innovation, il est aussi caractérisé par plusieurs aspects négatifs qui limitent son
potentiel à contribuer au développement durable. À Madagascar, l'ampleur de l'économie
informelle expose une grande partie de la population active à des conditions précaires, sans filet
de sécurité sociale, aggravant ainsi les inégalités et l'exclusion sociale. Dans cette section, nous
explorerons trois points négatifs majeurs de ce secteur : la vulnérabilité économique, le manque
de protection sociale, et la précarité des conditions de travail.

1- Vulnérabilité économique des acteurs informels


Les travailleurs du secteur informel sont particulièrement vulnérables aux fluctuations
économiques et aux crises. Cette vulnérabilité s’explique par l’absence de stabilité contractuelle
et de régulation. À Madagascar, la majorité des acteurs informels opèrent dans des secteurs à
faible valeur ajoutée, tels que le commerce de rue, l’artisanat ou les services domestiques, qui

48
ROUBAUD,F. “ L’L'économie informelle est-elle un frein au développement et à la croissance économiques ?”
Institut de recherche pour le développement, p. 109-121,2014,Site de l'article:[Link]
francois-roubaud--261?lang=fr

48
sont sensibles aux variations de la demande. Cette précarité expose les travailleurs à des revenus
irréguliers et souvent insuffisants pour subvenir à leurs besoins de base.

Par ailleurs, la vulnérabilité économique du secteur informel se manifeste également par


l'incapacité des entrepreneurs informels à accéder aux ressources financières formelles. En raison
de l'absence de garanties et de la nature non régulée de leurs activités, ils sont exclus du système
bancaire traditionnel et ont souvent recours à des sources de financement informelles coûteuses
et risquées. Une étude menée par la Banque mondiale (2021) montre que seulement 15 % des
micro-entrepreneurs malgaches ont accès à des services financiers formels, aggravant ainsi leur
vulnérabilité face aux chocs économiques49.

2- Manque de protection sociale


Le manque de protection sociale est un des problèmes les plus graves rencontrés par les
travailleurs informels à Madagascar. Selon l'Organisation internationale du travail (OIT, 2022),
près de 90 % des travailleurs informels à Madagascar n'ont accès ni à l’assurance maladie, ni à
un régime de retraite, ni à une indemnité de chômage50. Cette absence de protection sociale
signifie que les travailleurs sont extrêmement vulnérables face aux risques liés à la maladie, aux
accidents du travail ou à la vieillesse, ce qui perpétue la pauvreté et l’exclusion.

Comme le souligne Bouraud (2018), l’absence de cadre légal et institutionnel pour protéger
les travailleurs informels renforce cette vulnérabilité. À Madagascar, la majorité des travailleurs
informels n’ont pas de contrat formel, ce qui les prive de tout droit aux prestations sociales. Ce
problème est particulièrement critique dans les secteurs comme l’agriculture informelle ou le
travail domestique, où les conditions de travail sont souvent précaires et les risques élevés.
L’absence de protection sociale constitue donc un frein majeur à la formalisation et à
l’amélioration des conditions de vie des travailleurs informels.

3- Précarité des conditions de travail


49
Banque Mondiale. (2021). Les Impacts de la COVID-19 sur les Activités des Entreprises à Madagascar
50
Organisation internationale du Travail (OIT). (2022). Profil national de sécurité et santé au travail Madagascar.
Bureau international du Travail. Lien : [Link]
abidjan/@ilo-antananarivo/documents/publication/

49
La précarité des conditions de travail dans le secteur informel est un autre aspect négatif
qui limite son potentiel à favoriser un développement inclusif. François Bouraud souligne que les
conditions de travail dans le secteur informel sont souvent dangereuses et peu rémunératrices51.
En l'absence de régulation, les travailleurs sont exposés à de longues heures de travail, à des
salaires très bas et à des environnements de travail souvent insalubres ou dangereux.

À Madagascar, cette précarité est particulièrement visible dans les marchés urbains, les
ateliers artisanaux et le secteur agricole. Selon une étude de l’OIT (2020), les travailleurs
informels gagnent en moyenne 40 % de moins que leurs homologues du secteur formel, tout en
travaillant dans des conditions plus difficiles et sans aucune sécurité d'emploi. En outre, la
précarité est exacerbée par l'absence de normes de santé et de sécurité au travail, ce qui expose
les travailleurs à des risques accrus d’accidents et de maladies professionnelles.

Section 3 : Comparaison avec d’autres pays en développement et enseignements pour


Madagascar

L’économie informelle est un phénomène commun à de nombreux pays en développement,


où elle joue un rôle crucial dans l’emploi et la production. Cependant, les formes et les
dynamiques de cette économie varient selon les contextes nationaux. En comparant Madagascar
à d’autres pays en développement, nous pouvons identifier des leçons importantes pour
améliorer la gestion de l’économie informelle dans le pays. Dans cette section, nous analyserons
trois exemples comparatifs : l’Afrique du Sud, le Pérou et le Sénégal, avant de tirer des
enseignements spécifiques pour Madagascar.

1- Comparaison avec l’Afrique du Sud : Gestion des inégalités et inclusion sociale


En Afrique du Sud, l’économie informelle est fortement influencée par les inégalités socio-
économiques héritées de l’apartheid. Le secteur informel représente environ 17 % de l’emploi
total, selon l’Organisation internationale du travail (OIT, 2022), mais il est particulièrement

51
ROUBAUD,F. “ L’L'économie informelle est-elle un frein au développement et à la croissance économiques ?”
Institut de recherche pour le développement, p. 109-121,2014 ,Site de l'article:[Link]
francois-roubaud--261?lang=fr

50
concentré dans les zones urbaines et marginalisées52. Le gouvernement sud-africain a tenté de
formaliser ce secteur en introduisant des mesures de protection sociale, telles que l’assurance
chômage pour les travailleurs indépendants, ainsi que des programmes de formation pour
améliorer les compétences des travailleurs informels.

Cependant, malgré ces efforts, les inégalités structurelles demeurent un obstacle à la


formalisation complète. Pour Madagascar, l'exemple sud-africain montre l'importance d'un cadre
légal inclusif qui intègre les populations marginalisées, notamment en leur offrant un accès à la
protection sociale et à des programmes de formation. En outre, l’Afrique du Sud démontre que la
lutte contre les inégalités économiques est une condition préalable à la réduction de la
dépendance à l’économie informelle.

2- Leçons du Pérou : Politiques de formalisation et rôle de l’entrepreneuriat


Le Pérou est souvent cité comme un exemple réussi de formalisation de l’économie
informelle. Dans les années 1990, l’économiste Hernando De Soto a souligné l’importance de la
formalisation pour le développement économique, en insistant sur la nécessité de simplifier les
processus administratifs afin d'encourager les entrepreneurs informels à rejoindre le secteur
formel53 (De Soto, 2000). En réponse, le gouvernement péruvien a introduit plusieurs réformes
visant à réduire les obstacles à la formalisation, notamment la simplification des procédures
d'enregistrement d'entreprises et la réduction des coûts administratifs.

Ces réformes ont permis une formalisation progressive de certaines activités informelles,
notamment dans les secteurs du commerce et des services. Toutefois, des défis persistent,
notamment en matière d’accès au financement et à la protection sociale. Pour Madagascar, le
modèle péruvien montre que la simplification administrative et la réduction des coûts de
formalisation peuvent être des leviers importants pour inciter les entrepreneurs à s’engager dans
le secteur formel. Cependant, il souligne aussi la nécessité de compléter ces réformes par des
politiques d’accompagnement, telles que l’accès au crédit et aux infrastructures.
52
Organisation internationale du Travail (OIT). (2022). L'économie informelle en Afrique : Quelle voie suivre ?
Bureau international du Travail. Lien : [Link]
quelle-voie-suivre-rendre-les-politiques .
53
De Soto H. The Mystery of Capital: Why Capitalism Triumphs in the West and Fails Everywhere Else. New
York: Basic Books,p. 224,2000

51
3- L’exemple du Sénégal : Intégration progressive et soutien aux micro-entreprises
Au Sénégal, l’économie informelle représente environ 41 % du PIB et emploie plus de 90
% de la population active54 (Banque mondiale, 2021). Pour faire face à cette réalité, le
gouvernement a développé des politiques ciblées visant à soutenir les micro-entreprises
informelles, notamment par des programmes de microfinance et des incitations fiscales pour les
petites entreprises. Une initiative notable est la création de l’Agence nationale de la
microfinance, qui a pour objectif de faciliter l’accès des entrepreneurs informels à des services
financiers abordables.

Cette approche progressive d’intégration, qui met l’accent sur le soutien financier et
technique aux micro-entrepreneurs, a contribué à améliorer la situation des travailleurs informels
tout en favorisant leur transition vers la formalisation. Pour Madagascar, l’expérience
sénégalaise montre l’importance de développer des infrastructures de microfinance adaptées aux
besoins des entrepreneurs informels. De plus, la mise en place de politiques fiscales incitatives
pour les petites entreprises pourrait encourager une plus grande participation au secteur formel.

4- Enseignements pour Madagascar


En tirant des leçons des exemples de l’Afrique du Sud, du Pérou et du Sénégal, il apparaît
que la formalisation et l’intégration de l’économie informelle à Madagascar nécessitent une
approche multisectorielle et progressive. Parmi les principales recommandations, on peut citer :

 Simplification administrative : Réduire les obstacles bureaucratiques à l'enregistrement


des entreprises, à l’image des réformes menées au Pérou, pour faciliter la transition vers
la formalisation.

54
Banque mondiale. (2021). Informalité et emploi au Sénégal : État des lieux et perspectives. Rapport de la Banque
mondiale.

52
 Protection sociale inclusive : Établir des systèmes de protection sociale adaptés aux
travailleurs informels, comme en Afrique du Sud, afin de réduire la précarité et de
protéger contre les risques sociaux.

 Soutien aux micro-entreprises : Favoriser l’accès au crédit et à la formation pour les


micro-entrepreneurs, en s’inspirant de l’expérience sénégalaise, pour renforcer la
viabilité des petites entreprises informelles.

 Réduction des inégalités : Lutter contre les disparités économiques et sociales qui
freinent la formalisation, comme le montre l'exemple sud-africain, en promouvant une
croissance inclusive.

En adoptant ces mesures, Madagascar peut s’appuyer sur les expériences internationales
pour mieux gérer et intégrer son économie informelle, tout en tenant compte des spécificités
locales et des besoins de la population active.

53
CHAPITRE 6 : RECOMMANDATIONS ET PERSPECTIVES POUR
UNE MEILLEURE INTÉGRATION DE L’ÉCONOMIE INFORMELLE

L’existence d’un grand nombre d’unité de production informelle est l’une des
caractéristiques communes des pays en développements ou PED et Madagascar n’en est pas
exclu. En fait, on dénombre près de 700 000 UPI sur tout le territoire malgache et qui emploie
plus d’un million de personnes dans les branches marchandes non agricoles55. Qu’il résulte ou
non d’une explosion démographique, à une telle situation doit s’attribuer une prise en compte et
une mesure adéquate. C’est dans cette optique que nous avançons les propositions suivantes tout
en gardant à l’esprit comme objectif le développement et l’expansion de l’économie malgache.
On constate ces Vderniers mois que les autorités choisissent la chasse aux acteurs du secteur
informel comme alternative notamment à Tananarive. Ainsi, des opérations de déguerpissement
sont organisées pour détruire les boutiques installées au bord des rues ou pour chasser les
vendeurs à la sauvette. En dépit de ces opérations ponctuelles, la capitale est toujours occupée
par un nombre de plus en plus important de travailleurs du secteur informel. Que faire alors face
à cette situation ? En fait, la question à se poser n’est pas comment devons-nous abolir l’informel
ni comment faire pour améliorer le secteur informel, la bonne question à se poser est : « Que
faire face au secteur informel pour une économie sereine ?».

Section 1 : Stratégies de formalisation adaptées au contexte malgache

L'économie informelle occupe une place prépondérante dans le tissu économique


malgache, représentant environ 80% de l'emploi total dans le pays56. Dans ce contexte, une
stratégie de formalisation réussie doit tenir compte des réalités socio-économiques du pays,
notamment la faible capacité administrative et la vulnérabilité des acteurs de l’informel. Les
causes de l’informalité sont trop diverses pour que les solutions conviennent à toutes les

55
Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). (2021). Productivité du travail et création
d'emplois productifs à Madagascar.
56
Organisation internationale du travail (OIT). (2022). L'économie informelle dans le monde : tendances et défis.

54
situations, il faut par conséquent des reformes globales et adaptées au contexte national.
L’objectif est donc d’encourager une transition progressive vers l’économie formelle sans
perturber l’activité économique ni accroître la pauvreté.

1- Approche graduelle et incitative de la formalisation


La formalisation de l’économie informelle à Madagascar nécessite une approche graduelle
qui respecte la complexité du secteur. Une stratégie efficace est de proposer des incitations plutôt
que des contraintes, en réduisant les coûts associés à la formalisation et en augmentant les
bénéfices perçus. Comme le souligne De Soto (1989), la simplification des processus
administratifs et la réduction des barrières légales sont des leviers essentiels pour attirer les
acteurs informels vers la légalité57.

Par exemple, l’accès aux microcrédits ou à des régimes fiscaux allégés pourrait encourager
les petits entrepreneurs à régulariser leur activité. Une étude réalisée par la Banque mondiale
(2021) montre que les pays ayant adopté une approche incitative, notamment en offrant des
avantages financiers et un meilleur accès aux services publics pour les entreprises formelles, ont
vu une augmentation du taux de formalisation de 20 % sur une période de cinq ans. À
Madagascar, une telle politique pourrait être facilitée par une collaboration étroite entre l'État et
les associations de commerçants informels, qui sont bien placées pour informer et sensibiliser les
acteurs concernés.

2- Renforcement des capacités institutionnelles et locales


Le succès de toute politique de formalisation repose également sur la capacité des
institutions à la mettre en œuvre. À Madagascar, les administrations locales, souvent confrontées
à un manque de ressources, jouent un rôle clé dans l'application des lois et dans le soutien aux
micro-entreprises58. Il est donc essentiel de renforcer ces capacités institutionnelles, en

57
De Soto, H. The Other Path: The Economic Answer to Terrorism. New York: Harper & Row, [Link] 30-45
58
Rakotoarisoa, Jean. (2019). Le rôle des administrations locales dans le soutien aux micro-entreprises à
Madagascar.

55
investissant dans la formation des agents administratifs et en améliorant les infrastructures
numériques pour simplifier les démarches de formalisation.

Une stratégie décentralisée pourrait également être envisagée, en permettant aux


collectivités locales de mieux adapter les procédures de formalisation aux spécificités régionales.
Le rapport du FMI (2020) souligne que dans les pays en développement, les programmes de
formalisation les plus réussis sont ceux qui impliquent activement les gouvernements locaux et
intègrent des mécanismes de suivi efficaces, permettant de réduire la fraude et d’augmenter la
confiance entre l’État et les acteurs économiques59.

Section 2 : Politiques publiques pour réduire les barrières à la formalisation

L’une des principales raisons de la persistance du secteur informel à Madagascar réside


dans les nombreuses barrières à la formalisation, notamment les coûts administratifs élevés, la
complexité des procédures bureaucratiques, et la méfiance à l'égard des institutions publiques.
Les politiques publiques doivent donc cibler ces obstacles de manière spécifique afin de rendre la
formalisation plus accessible et attractive pour les acteurs informels.

1- Réduction des coûts et simplification des procédures administratives


À Madagascar, les coûts liés à la formalisation – qu’ils soient financiers ou temporels –
constituent un frein majeur pour les entrepreneurs informels. Le rapport de l’Organisation
internationale du travail (OIT, 2020) souligne que les coûts administratifs peuvent représenter
jusqu’à 50 % des revenus annuels d’une petite entreprise informelle60. Face à cela, une des
premières actions politiques consiste à réduire ces coûts.

Une solution pourrait être la mise en place d'un guichet unique permettant de simplifier
l'enregistrement des entreprises. Ce type de structure, adopté par des pays comme le Rwanda, a

59
Fonds monétaire international (FMI). (2020). Rapport sur le Sénégal : Première revue du programme appuyé par
l’instrument de coordination de la politique économique
60
Organisation internationale du travail (OIT). (2020). Formalisation des entreprises : exigences en matière
d’enregistrement, de fiscalité et de sécurité sociale pour les TPE

56
permis de réduire de 70 % le temps nécessaire pour créer une entreprise61 (World Bank, 2022).
En outre, il serait bénéfique d'adopter un régime fiscal simplifié pour les micro-entrepreneurs, où
des impôts forfaitaires adaptés à la taille et au chiffre d'affaires de l'entreprise remplaceraient les
impôts sur le revenu et les taxes complexes qui sont souvent perçues comme des barrières.

En 2021, la Banque mondiale indique que la digitalisation des services publics peut jouer
un rôle clé dans la simplification des procédures. En digitalisant les démarches administratives,
l’État peut réduire à la fois les délais et les coûts liés à la création d’une entreprise, tout en
améliorant la transparence et en réduisant la corruption.

2- Amélioration de l'accès aux services financiers et sociaux


Les acteurs du secteur informel sont souvent exclus des services financiers traditionnels, ce
qui limite leur capacité à investir et à se développer. Une politique publique efficace doit donc
inclure une amélioration de l'accès aux services financiers, notamment par le développement de
services bancaires mobiles et de micro financements adaptés.

Le cas du Kenya avec le service M-PESA est souvent cité comme une référence. En
facilitant l'accès à des services financiers via des plateformes mobiles, M-PESA a permis à des
millions de petits entrepreneurs d’accéder à des capitaux de départ, réduisant ainsi leur
dépendance à l’économie informelle62 (Jack & Suri, 2014). Madagascar, où l’utilisation du
mobile est en forte croissance, pourrait s’inspirer de cette expérience pour démocratiser l’accès
au crédit et à l’épargne pour les acteurs de l’informel.

En parallèle, il est crucial de développer des politiques d’accès aux services sociaux,
notamment la couverture santé et les systèmes de retraite, pour les travailleurs informels. Une
étude de l’OIT (2019) montre que l’intégration des travailleurs informels dans des systèmes de

61
Banque mondiale. (2022). Doing Business 2022: Comparing Business Regulation in 190 Economies
62
Jack, W., & Suri, T. (2014). "Mobile Money: The Economics of M-PESA." NBER Working Paper No. 19796.
National Bureau of Economic Research.
[Link]

57
protection sociale adaptés incite à la formalisation, car elle augmente la sécurité financière et la
confiance envers les institutions publiques63.

Section 3 : Perspectives pour une intégration harmonieuse entre économie


formelle et informelle

La cohabitation entre l’économie formelle et l’économie informelle à Madagascar présente


à la fois des défis et des opportunités. Une meilleure intégration entre ces deux sphères
économiques pourrait non seulement stimuler la croissance, mais aussi promouvoir un
développement inclusif et durable. Cette section explore les perspectives d’une telle intégration,
en mettant l’accent sur la complémentarité des deux secteurs et sur les actions à mener pour
encourager la coopération.

1- Valorisation des complémentarités entre secteur formel et informel


L’économie formelle et l’économie informelle, bien que souvent perçues comme opposées,
sont profondément interconnectées. De nombreuses entreprises du secteur formel dépendent du
secteur informel pour leurs approvisionnements ou leurs services à faible coût, tandis que le
secteur informel s’appuie sur les infrastructures et les marchés formels pour accéder à ses clients
et à ses ressources64 (Chen, 2012). La valorisation de ces synergies pourrait être une voie
efficace pour améliorer l'intégration.

Une perspective d’intégration harmonieuse réside dans la mise en place de chaînes de


valeur hybrides, où des partenariats stratégiques sont encouragés entre les entreprises formelles
et informelles. Par exemple, des entreprises du secteur formel pourraient sous-traiter certains
services ou produits au secteur informel, tout en s’assurant que ces partenariats bénéficient aux
deux parties en termes de productivité et de qualité. À Madagascar, cette approche pourrait
s’appliquer dans des secteurs tels que l’agriculture ou l’artisanat, où le secteur informel est

63
Organisation internationale du Travail (OIT). (2019). Extending social security to workers in the informal
economy: Lessons from international experience. Genève : OIT.
64
Chen, Martha Alter. (2012). "The Informal Economy: Definitions, Theories and Policies." In The Informal
Economy: Studies in the 21st Century, edited by R. A. S. M. M. Chen, 1-20.

58
particulièrement dynamique et joue un rôle clé dans la chaîne de production65(Rakotomalala,
2020).

En intégrant des acteurs informels dans des chaînes de valeur plus structurées, ces derniers
pourraient bénéficier d’un accès élargi aux marchés formels, à des technologies modernes, et à
des formations. Selon l’étude de Chen (2012), dans plusieurs pays en développement, les
entreprises formelles qui ont coopéré avec des unités de production informelles ont observé une
réduction des coûts de production de 15 % à 25 %, tout en augmentant la qualité de leurs
produits66.

2- Renforcement des mécanismes institutionnels de coopération

Pour réussir une intégration harmonieuse entre les secteurs formel et informel, il est
indispensable de mettre en place des mécanismes institutionnels qui facilitent la coopération
entre les deux secteurs. Cela peut inclure des plateformes de dialogue, des programmes
d’incubation pour les petites entreprises informelles, et des politiques qui reconnaissent et
protègent les droits des travailleurs informels.

À Madagascar, un cadre institutionnel renforcé pourrait passer par la création d’une


Agence nationale pour l’intégration de l’économie informelle, dédiée à la coordination des
actions entre les différents acteurs économiques. Cette agence jouerait un rôle crucial en
facilitant la transition des acteurs informels vers la formalisation, tout en valorisant leurs
contributions à l'économie nationale. Une telle approche a été couronnée de succès au Pérou, où
l’agence de formalisation des micro-entrepreneurs a permis d’augmenter le taux de formalisation
de 30 % en cinq ans67 (De Soto, 2000).

65
Rakotomalala, Lantosoa. (2020). Rapport sur le développement des secteurs informels à Madagascar
66
Chen, Martha Alter. (2012). "The Informal Economy: Definitions, Theories and Policies." Dans The Informal
Economy: Studies in the 21st Century.
67
De Soto, Hernando. The Mystery of Capital: Why Capitalism Triumphs in the West and Fails Everywhere Else.
Basic Books, 2000, p. 137.

59
De plus, il est essentiel de garantir la reconnaissance légale et institutionnelle du travail
informel, en particulier dans des secteurs où il joue un rôle fondamental. Cela pourrait se traduire
par la création de régimes de protection sociale adaptés aux travailleurs informels, ou encore par
la reconnaissance des diplômes et compétences acquises de manière non formelle

60
CONCLUSION
Dans le contexte du développement économique, l'économie informelle joue un rôle complexe et
ambivalent. D'un côté, elle offre une source vitale d'emplois et de revenus pour de nombreuses
personnes, en particulier dans des pays en développement comme Madagascar, où les
opportunités de travail formel restent limitées. Elle permet aux ménages d'améliorer leur niveau
de vie malgré les difficultés économiques et contribue à l'économie nationale par sa capacité de
résilience et d'adaptation face aux crises. Toutefois, l'absence de régulation dans ce secteur
engendre des conditions de travail précaires, une faible protection sociale, et des risques accrus
de pauvreté pour les travailleurs. Ces éléments soulignent la vulnérabilité de ce secteur, ainsi que
l'absence de bénéfices sociaux et économiques pour l'État, qui perd des recettes fiscales
importantes.

L'analyse du cas de Madagascar illustre les défis et les opportunités propres à l'informalité
dans un contexte où la majorité de la population active dépend de ce secteur pour subvenir à ses
besoins. Cette situation reflète à la fois les insuffisances structurelles de l'économie malgache et
la capacité des individus à s'adapter face aux limites du marché du travail [Link] sous cet
angle, le secteur informel apparaît pour la population malgache davantage comme une
opportunité qu’un obstacle. Toutefois, il reste un domaine fragile dont l’avenir est incertain.
C’est pourquoi il est essentiel de réguler ces activités pour assurer de meilleures perspec. Doté de
nombreux atouts pour répondre à ces défis, le gouvernement devrait favoriser des programmes
adaptés aux réalités locales, en s’appuyant particulièrement sur ceux qui ont déjà prouvé leur
efficacité. La formalisation de ce secteur, bien que complexe, pourrait renforcer la protection
sociale des travailleurs, accroître les revenus fiscaux et améliorer la croissance économique du
pays. Cependant, cette transition nécessite des politiques adaptées au contexte local,
reconnaissant la diversité des activités informelles et les besoins spécifiques de la population.

En somme, pour les pays comme Madagascar, le secteur informel représente un défi mais
aussi une opportunité pour le développement. La mise en œuvre de politiques de formalisation
inclusives et progressives pourrait favoriser une meilleure intégration de l'informalité dans
l'économie nationale, contribuant ainsi au développement durable du pays tout en garantissant
une meilleure qualité de vie aux travailleurs.

61
BIBLIOGRAPHIE
Manuels et ouvrages
 ACEMOGLU D., et ROBINSON J.A. Why Nations Fail: The Origins of Power,
Prosperity, and Poverty. New York: Crown Business, 2012.
 CHEN M.A. The Informal Economy: Definitions, Theories and Policies. Genève:
OIT, 2004.
 CHARMES J. Le secteur informel, un concept contesté, des modèles d’évolution
inadaptés, une réalité inconnue. In Revue Tiers-Monde, 1987.
 CLING J.-P. et al. L'économie informelle en Afrique : Une réalité à connaître. Paris:
Karthala, 2010.
 COURBIS R. Économie souterraine et développement. Paris: Éditions du seuil, 1969.
 De Soto H. The Mystery of Capital: Why Capitalism Triumphs in the West and Fails
Everywhere Else. New York: Basic Books, 2000.
 De Soto H. The Other Path: The Economic Answer to Terrorism. New York: Harper
& Row, 1989.
 FEIGE Edgar L. Defining and Estimating Underground and Informal Economies: The
New Institutional Economics Approach." World Development, 1990.
 HART K., Money in an Unequal World. Londres: International African Institute,
2000.
 HART K., Informal income opportunities and urban employment in Ghana. Journal of
Modern African Studies, 1972.
 INSTAT. Enquête sur les conditions de travail et l'emploi des travailleurs informels à
Madagascar. Antananarivo: INSTAT, 2019.
 JANSEN E., L'impact de la corruption sur l'économie formelle et informelle. Paris:
Économiste, 2003.
 LA PORTA R., & Shleifer A. Informality and development. Journal of Economic
Perspectives, 2014.
 LEWIS A., Prix Nobel 1979 sur l’économie du développement, « The slowing down
of the engine of growth », Nobel lecture, AERT70, n°4, 1980.
 LEWIS W.A., Economic development with unlimited supplies of labour. Manchester
School of Economic and Social Studies, 1954.
 Maloney W.F., Informality revisited. Washington DC: Banque mondiale, 2004.

v
 NORTH DOUGLASS C., Institutions, Institutional Change, and Economic
Performance. Cambridge: Cambridge University Press, 1990.
 PARKER S.C., The Economics of Self-Employment and Entrepreneurship. New
York: Cambridge University Press, 2004.
 PIKETTY Thomas., Le Capital au XXIe siècle. Paris : Seuil , 2013.
 PORTES A., The informal economy and its paradoxes . Baltimore : Johns Hopkins
University , 1994.
 RASOLOFO A., L'économie informelle à Madagascar : un amortisseur de crise
économique et sociale . Antananarivo : Institut de Recherche sur le Développement de
Madagascar , 2019 .
 ROUBAUD F., “L’économie informelle est-elle un frein au développement et à la
croissance économiques ?” Institut de recherche pour le développement , 2014 .
 SCHNEIDER F., & ENSTE D.H., Shadows Economies : sizes ,causes and
consequences . Journal of Economic Literature, 2000 .
 SEN A., Development as Freedom . New York : Alfred A . Knopf , 1999 .
Publications et revues
 AFD. La formation en secteur informel. Mars 2006, note de problématique, Richard
WALTHERBANQUE MONDIALE. Madagascar Economic Update: Unleashing the
Potential of the Private Sector. Washington, DC: World Bank Group, 2019.
 BANQUE MONDIALE. Madagascar - Rapport sur la situation économique : Priorités
pour une reprise résiliente. Washington, DC: Groupe de la Banque Mondiale, 2023.
 BANQUE MONDIALE. Les Impacts de la COVID-19 sur les Activités des
Entreprises à Madagascar. 2021.
 FLASH COMPTA N°25, Juin 2015.
 INSTAT. Résumé exécutif des résultats de l’enquête MICS Madagascar 2018.
Antananarivo: Institut National de la Statistique, 2019.
 Jack, W., & Suri, T. "Mobile Money: The Economics of M-PESA." NBER Working
Paper No. 19796. National Bureau of Economic Research, 2014.
 [Link], Madagascar. « Le secteur informel favorisé par le chômage. 7 Mars 2024.
 Organisation internationale du Travail (OIT). Rapport mondial sur le travail 2014 :
Produire des emplois décents pour les jeunes. Genève: OIT, 2014.
 Organisation internationale du Travail (OIT). Programme pays pour le travail décent
2021-2023 Madagascar. Bureau international du Travail, 2020.

vi
 Organisation internationale du Travail (OIT). Profil national de sécurité et santé au
travail Madagascar. Bureau international du Travail, 2022.
 Organisation internationale du Travail (OIT). L'économie informelle en Afrique :
Quelle voie suivre ? Bureau international du Travail, 2022.
 Organisation internationale du Travail (OIT). L'économie informelle dans le monde :
tendances et défis. 2022.
 Rakotoarisoa, Jean. Le rôle des administrations locales dans le soutien aux micro-
entreprises à Madagascar. 2019.
 Rakotomalala, Lantosoa. Rapport sur le développement des secteurs informels à
Madagascar. 2020.

Webographie

[Link]
suivre-rendre-les-politique

[Link]

[Link]
antananarivo/documents/publication

[Link]

[Link]/w4y

vii
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS……......................................................................................................... i
 Liste des abréviations................................................................................................... iii
 Liste des tableaux et des figures................................................................................... iv
 Bibliographie ................................................................................................................ v
INTRODUCTION……............................................................................................................. 1
o PARTIE I: COMPRÉHENSION GÉNÉRALE DU SECTEUR INFORMEL.............. 2
CHAPITRE 1: DÉFINITION, CARACTÉRISTIQUES ET DYNAMIQUES DU SECTEUR
INFORMEL ............................................................................................................................. 3
- Section 1: Notion du secteur informel .................................................................... 3
1- Historique........................................................................................................... 3
2- Origines.............................................................................................................. 4
1. Différentes définitions.......................................................................................... 4
- Section 2 : Les caractéristiques et les acteurs du secteur informel.......................... 5
1- Les caractéristiques générales............................................................................. 5
2- Acteurs du secteur informel...............................................................................10
- Section 3: Facteurs expliquant la croissance de l’informalité.................................12
1- Contraintes économiques et insuffisance des opportunités formelles.................12
2- Faiblesses institutionnelles et régulation inefficace............................................15
3- Dynamiques sociales et culturelles.....................................................................16

CHAPITRE 2 : HYPOTHÈSES THÉORIQUES SUR L’IMPACT DU SECTEUR


INFORMEL..............................................................................................................................17
- Section 1 : Le secteur informel comme frein à la croissance économique.............17
1- Perte de recettes fiscales.....................................................................................17
2- Faible productivité et innovation........................................................................18
- Section 2 : Le secteur informel comme mécanisme de survie................................19
1- Emplois précaires mais essentiels.......................................................................19
2- Résilience sociale et adaptation..........................................................................19
- Section 3 : Théories économiques autour de la formalisation................................20
1- Perspectives du formalisation du secteur informel chez les libérales, les
Keynésiens et les Marxistes................................................................................20
2- Les avantages de la formalisation.......................................................................21

viii
3- Coûts et obstacles à la formalisation...................................................................21

o PARTIE II : ANALYSE DU SECTEUR INFORMEL À MADAGASCAR ..............24


CHAPITRE 3: CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE DE MADAGASCAR ET
PRÉVALENCE DE L’INFORMALITÉ................................................................................ 25
- Section 1: Structure de l’économie malgache et importance de
l’informalité..................25
1- Un secteur informel prépondérant.......................................................................................25
2- Les caractéristiques du secteur informel malgache.............................................................27
3- Les causes profondes de la prépondérance de l’informalité à Madagascar........................28

- Section 2: Les secteurs les plus touchés par l'informalité à Madagascar.................29


1- L’agriculture : un secteur informel dominant.....................................................................29
2- Le commerce de détail et les services : moteur de l’ informalité urbaine…..................... 30
3- Le secteur de la construction : un secteur à haut risque dans l’informalité........................31
- Section 3 : Les politiques publiques et la gestion de l’économie informelle à
Madagascar..............................................................................................................32
1- Politiques de formalisation : initiatives et limites...............................................................32
2- L’inefficacité de la régulation et le rôle de la corruption....................................................33
3- Vers une approche inclusive et flexible de la gestion de l’informalité...............................34
CHAPITRE 4 : VÉRIFICATION DES HYPOTHÈSES THÉORIQUES DANS LE
CONTEXTE MALGACHE................................................................................................ 36
- Section 1 : L’impact du secteur informel sur les recettes fiscales et la
gouvernance.............................................................................................................37
1- L’importance de la recette fiscale dans le développement d’un pays.................................37
2- Les problèmes engendrés par les secteur informel sur les recettes fiscales et la
gouvernance...................................................................................................................... 38
- Section 2 : L’informalité comme obstacle à la croissance durable et aux
investissements........................................................................................................ 39
1- Instabilité économique .......................................................................................................39
2- Inégalités renforcées ..........................................................................................................40
3- Attraction des investissements............................................................................................40
- Section 3: Le rôle de l’informalité dans la création d’emplois et le soutien aux
ménages....................................................................................................................41

ix
1- Création massive d’emplois et lutte contre le chômage .....................................................41
2- Résilience face aux crises économiques et politiques.........................................................43
3- Dynamisation de la consommation locale et innovation....................................................44
o PARTIE III: APPRÉCIATION CRITIQUE ET PERSPECTIVES DU SECTEUR
INFORMEL À MADAGASCAR.................................................................................45
CHAPITRE 5 : ANALYSE CRITIQUE DES IMPACTS DU SECTEUR INFORMEL...46
- Section 1: Points positifs du secteur informel : résilience, flexibilité et innovation.........46
1. Résilience du secteur informel face aux crises ...................................................46
2. Flexibilité et capacité d’ adaptation.....................................................................47
3. L’innovation dans le secteur informel.................................................................47
- Section 2 : Points négatifs : Vulnérabilité, manque de protection sociale et précarité......48
1- Vulnérabilité économique des acteurs informels............................................................48
2- Manque de protection sociale ........................................................................................49
3- Précarité des conditions de travail..................................................................................50
- Section 3 : Comparaison avec d’autres pays en développement et enseignements pour
Madagascar....................................................................................................................... 50
1. Comparaison avec l’ Afrique du Sud : gestion des inégalités et inclusion sociale.......50
2. Leçons du Pérou : Politiques de formalisation et rôle de l’ entrepreneuriat.................51
3. L’exemple du Sénégal : Intégration progressive et soutien aux micro-entreprises.....52
4. Enseignements pour Madagascar................................................................................53
CHAPITRE 6: RECOMMANDATIONS ET PERSPECTIVES POUR UNE MEILLEURE
INTÉGRATION DE L’ÉCONOMIE INFORMELLE..................................................................54
- Section 1: Stratégies de formalisation adaptées au contexte malgache....................55
1- Approche graduelle et incitative de la formalisation...................................................... 55
2- Renforcement des capacités institutionnelles et locales.................................................55
- Section 2: Politiques publiques pour réduire les barrières à la formalisation.............56
1- Réduction des coûts et simplification des procédures administratives.......................... 56
2- Amélioration de l’accès aux services financiers et sociaux............................................57
- Section 3: Perspectives pour une intégration harmonieuse entre économie formelle
et informelle..................................................................................................................58
1- Valorisation des complémentarités entre secteur formel et informel................................58
2- Renforcement des mécanismes institutionnels de coopération.......................................59
CONCLUSION......................................................................................................................60

x
Auteur : ANDRIANOMENJANAHARY Miantsa Tiana
Titre : Le secteur informel : Défis et perspectives pour le développement économique à
Madagascar
Nombre de pages : 60
Tableaux:5 Figures: 2 Annexe: 00
Contact : miantsanomenjanahary44@[Link] 038 17 550 32
Adresse : Lot III U 152 CNX Anosizato Est I

Résumé
Les activités du secteur informel a une place indéniable dans l'économie des pays en
développement, comme à Madagascar. Ce mémoire interroge si ce secteur représente un
levier ou un obstacle pour le développement de Madagascar. D'un côté, le secteur informel
apporte des avantages pour la population : il agit comme un amortisseur en période de crise,
réduisant la pauvreté des plus vulnérables et offrant des opportunités de professionnalisation
et de créativité, notamment pour les jeunes. Cependant, il a aussi des effets négatifs pour
l'économie, en raison du manque de recettes fiscales et de la faible productivité de ce secteur.
Une régularisation et un soutien au secteur informel sont donc nécessaires pour atteindre les
objectifs de développement. Néanmoins, cette démarche reste complexe en raison de la
diversité de ce secteur et du manque de données précises. L'État entreprend diverses
initiatives pour accompagner la formalisation de ce secteur, telles que la reconnaissance
légale, les aides financières, et la simplification des procédures de formalisation.

Mots clés : Secteur informel, développement, fiscalité, productivité, formalisation.


Encadrant : Mr FANJAVA Rudy

xi

Vous aimerez peut-être aussi