LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES ET LA COUR
PÉNALE INTERNATIONALE DANS LA RÉPRESSION DES CRIMES
INTERNATIONAUX : UN COUPLE TUMULTUEUX?
Roméo Tembo Ngoudzo*
RÉSUMÉ
Le 17 juillet 1998, la Communauté internationale s’est dotée d’une juridiction pénale permanente
et indépendante du système des Nations Unies. Indépendance néanmoins relative au regard du
rapport que la Cour pénale internationale (CPI) entretient avec le Conseil de sécurité des Nations
Unies. Si le Conseil de sécurité peut positivement activer la compétence de la CPI, intervenir à
titre principal en matière de crime d’agression ; celui-ci peut aussi, et de manière négative,
suspendre l’activité de la Cour ou encore s’abstenir lors de la commission des crimes les plus
graves menaçants la paix, la sécurité et le bien-être du monde. C’est pourquoi, plus que jamais, il
est nécessaire de rationaliser les rapports de forces entre Conseil de sécurité et Cour pénale
internationale, au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies mais encore et surtout au sein de
la Cour pénale internationale.
Mots clés: Communauté internationale, Cour pénale internationale, Conseil de sécurité, crimes
les plus graves.
ABSTRACT
On 17 July 1998, the international community created a permanent criminal court independent
of the United Nations system. However, this independence is relative in terms of the relationship
between the International Criminal Court (ICC) and the United Nations Security Council. While
the Security Council can positively activate the jurisdiction of the ICC and intervene primarily
in cases of crimes of aggression, it can also negatively suspend the Court's activities or refrain
from committing the most serious crimes that threaten peace, security and the well-being of the
world. This is why, more than ever, it is seems necessary to rationalize the balance of power within
the United Nations Security Council and, above all, within the International Criminal Court.
Key words: International community, International Criminal Court, Security Council, most
serious crimes.
*Doctorant en Droit Public à l’Université de Yaoundé II (Cameroun), Chercheur au Laboratoire Pratiques
des Droits et Contentieux Public (LAPDCOP), Membre de la Société Québécoise de Droit Internationale
(SQDI). Pour correspondance: <
[email protected]>.
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RESUMEN
El 17 de julio de 1998, la comunidad internacional creó un tribunal penal permanente
independiente del sistema de las Naciones Unidas. Sin embargo, esta independencia es relativa en
cuanto a la relación entre la Corte Penal Internacional (CPI) y el Consejo de Seguridad de las
Naciones Unidas. Si bien el Consejo de Seguridad puede activar positivamente la jurisdicción de
la CPI e intervenir principalmente en casos de crímenes de agresión, también puede suspender
negativamente las actividades de la Corte o abstenerse de cometer los crímenes más graves que
amenazan la paz, la seguridad y el bienestar del mundo. Por eso, más que nunca, parece necesario
racionalizar el equilibrio de poder en el seno del Consejo de Seguridad de las Naciones Unidas y,
sobre todo, en el seno de la Corte Penal Internacional.
Palabras clave: Comunidad internacional, Corte Penal Internacional, Consejo de Seguridad,
crímenes más graves.
Introduction
Au cours des conflits qui ont émaillé le XXème siècle, certains des crimes les plus odieux
ont été commis1. Nombre de ces violations du droit international sont malheureusement
restées impunies. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les alliés ont institués
les tribunaux ad hoc de Nuremberg et de Tokyo pour juger les criminels de guerres de
l’Axe. En 1948, lors de l’adoption de la Convention pour la prévention et la répression
du crime de génocide, l’Assemblée générale des Nations Unies a reconnu la nécessité de
créer une cour internationale permanente, appelée à se prononcer sur des atrocités
semblables à celles qui venaient d’être commises. Après la guerre froide, le système de
sécurité collective des Nations Unies a connu une nouvelle saison marquée par la
réactivation du Chapitre VII de la Charte de l’ONU2. Par le biais des résolutions 808
(1993) et 827 (1993)3, le Conseil de sécurité a reconnu que la violation du droit
international humanitaire commise sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis 1991
constituait une réelle menace à la paix et à la sécurité internationales. En réaction, le
Conseil de sécurité décide de créer une juridiction spéciale, le Tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), pour juger les personnes présumées
1 L’expression « crimes contre l’humanité » est apparue en 1915 pour qualifier le massacre des Arméniens
par le gouvernement turc et fut reprise à l’article 6 de l’Accord de Londres portant Statut du tribunal
militaire international de Nuremberg du 8 août 1945. Quant au « génocide », confère LEMKIN Raphael,
Axis rule in occupied Europe, Whashington, Carnegie Endowment for World Peace, 1944.
2 La guerre froide faisait barrage à la réalisation de l’idée de créer une juridiction pénale internationale. Il
fallut attendre la fin de cette guerre pour que les travaux préparatoires de la rédaction d’une convention
internationale servant de base juridique à l’établissement d’une Cour pénale internationale reprennent
au sein de la commission de Droit international de l’ONU. Ainsi, en 1994, la commission de Droit
international de l’ONU présentait un projet de statut portant création de la Cour pénale internationale.
3 Résolutions respectivement adoptées à l’unanimité le 22 février 1993 et 25 mai 1993 : S/PV.3175 et
S/PV.3217.
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responsables de ces crimes graves4. Un an plus tard, afin de juger les actes de génocide
et autres violations graves du droit international humanitaire commis au Rwanda, le
Conseil de sécurité crée le Tribunal pénal international pour le Rwanda à travers la
résolution 955 (1994) du 8 novembre 1994.
Ces précédents ont ainsi alimentés l’établissement de la Cour pénale internationale,
répondant alors à une nécessité à la fois historique et sociale de juger les crimes les plus
graves5 qui choquent les consciences humaines. À cet effet, « Le Conseil de sécurité des
Nations Unies a joué un rôle important, sinon fondamental, dans le processus qui a porté soit à
la consolidation des règles matérielles du droit pénal international, soit à la création des
mécanismes de mise en œuvre de ce droit »6. Dès lors, une liaison semble donc être établie
entre menace à la paix et à la sécurité internationales et les crimes internationaux
individuels résultants de la violation du droit international humanitaire et des droits de
l’homme7.
La Cour pénale internationale (« la CPI » ou « la Cour »), est une juridiction pénale
internationale permanente, qui a été créée en vue d’ouvrir des enquêtes, de poursuivre
et de juger des personnes accusées d’avoir commis les crimes les plus graves touchant
l’ensemble de la Communauté internationale8, à savoir le crime de génocide, les crimes
contre l’humanité, les crimes de guerre et le crime d’agression9. Adopté le 17 juillet 1998,
le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale est entré en vigueur le 1 er juillet 2002.
La criminalisation du droit international, en sus d’être mis en exergue par la création de
Cour, a été confortée par la création des juridictions pénales internationales10. Cela étant,
la justice pénale internationale a ainsi mis l’individu au centre des répressions des crimes
internationaux ce d’autant plus que ce dernier est resté longtemps caché derrière le voile
étatique. Par crimes internationaux, on entend « certaines violations particulièrement
graves du droit international dont découle la responsabilité pénale individuelle de ceux
qui les ont commises »11. Un crime international subodore une violation des règles du
droit international coutumier, il se rapporte aussi à des normes qui visent la protection
des valeurs fondamentales de la Communauté internationale dans son ensemble. C’est
pourquoi leur répression s’organise sur le fondement de la compétence universelle, et
4 Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, par le biais de la résolution 827 (1993)
le Conseil de sécurité décide de créer le Tribunal pénal international pour 1'ex-Yougoslavie (TPIY) et
adopte le Statut du Tribunal annexé au rapport établi par le Secrétaire général (doc. S/25704 du 3 mai
1993) en application de la résolution 808 (1993).
5 BERKOVICZ Grégory, La place de la Cour pénale internationale dans la société des Etats, Paris, L’Harmattan,
2005, p. 15.
6 ARCARI Maurizio, « Quelques remarques à propos de l’action du Conseil de sécurité dans le domaine
de la justice pénale internationale », Annuaire espagnol de droit, Latindex, n° 18, 2002, p. 207.
7 Cf. Les sixième et septième paragraphes du préambule de la résolution 808 (1993), les troisième et
quatrième paragraphes du préambule de la résolution 827 (1993), les quatrième et cinquième paragraphes
du préambule de la résolution 955 (1994).
8 Cf. Statut de Rome de la CPI, Préambule, Paragraphe 4.
9 Ibid., Article 5.
10 CASSESE Antonio, Crimes internationaux et juridictions internationales, Paris, PU., 2002, 272 p.
11 SALVATORE Zappala, La justice pénale internationale, Paris, LGDJ,éd. Montchrétien, 2007, p. 19.
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l’individu coupable d’un tel crime ne peut se soustraire de la juridiction pénale
internationale même s’il a agi en tant qu’organe de l’État12. La définition des crimes
internationaux n’a pas manqué de soulever certaines réticences étatiques et controverses.
La question s’est particulièrement posée pour les crimes qui forment le champ de
compétence matérielle de la CPI en raison de la vocation universelle du Statut de Rome.
Quoi qu’il en soit, en vertu de son article 5, la Cour est compétente pour juger les crimes
les plus graves qui sont le crime de génocide13 ; les crimes contre l’humanité14 ; les crimes
de guerres15 ; et le crime d’agression16.
12 Cf. CASSESE Antonio, International Criminal Law, Oxford University Press, 2008, 512 p.
13 Selon l’article 6 du Statut de Rome, « […] on entend par crime de génocide l'un quelconque des actes
ci-après commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou
religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe ; b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou
mentale de membres du groupe ; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence
devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; d) Mesures visant à entraver les naissances
au sein du groupe ; e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe ».
14 Ils renvoient à l’un des actes ci-après : « […] a) Meurtre ; b) Extermination ; c) Réduction en esclavage
; d) Déportation ou transfert forcé de population ; e) Emprisonnement ou autre forme de privation grave
de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ; f) Torture ; g)
Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de
violence sexuelle de gravité comparable ; h) Persécution de tout groupe ou de toute collectivité
identifiable pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste au
sens du paragraphe 3, ou en fonction d'autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en
droit international, en corrélation avec tout acte visé dans le présent paragraphe ou tout crime relevant
de la compétence de la Cour ; i) Disparitions forcées de personnes ; j) Crime d'apartheid ; k) Autres actes
inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes
graves à l'intégrité physique ou à la santé physique ou mentale. […] », Cf. Article 7 du Statut de Rome.
15 on entend par crimes de guerre, « […] a) Les infractions graves aux Conventions de Genève du 12 août
1949, à savoir l'un quelconque des actes ci-après lorsqu'ils visent des personnes ou des biens protégés par
les dispositions des Conventions de Genève : i) L'homicide intentionnel ; ii) La torture ou les traitements
inhumains, y compris les expériences biologiques ; iii) Le fait de causer intentionnellement de grandes
souffrances ou de porter gravement atteinte à l'intégrité physique ou à la santé ; iv) La destruction et
l'appropriation de biens, non justifiées par des nécessités militaires et exécutées sur une grande échelle
de façon illicite et arbitraire ; v) Le fait de contraindre un prisonnier de guerre ou une personne protégée
à servir dans les forces d'une puissance ennemie ; vi) Le fait de priver intentionnellement un prisonnier
de guerre ou toute autre personne protégée de son droit d'être jugé régulièrement et impartialement ; vii)
La déportation ou le transfert illégal ou la détention illégale ; viii) La prise d'otages ; […] » Cf. Article 8
du Statut de la CPI.
16 D’après l’article 8 bis du Statut de la CPI, « […] on entend par «crime d’agression» la planification, la
préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de
diriger l’action politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son
ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies. 2. Aux fins du paragraphe 1,
on entend par «acte d’agression» l’emploi par un État de la force armée contre la souveraineté, l’intégrité
territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la
Charte des Nations Unies. Qu’il y ait ou non déclaration de guerre, les actes suivants sont des actes
d’agression au regard de la résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale des Nations Unies en date du
14 décembre 1974 : a) L’invasion ou l’attaque par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État
ou l’occupation militaire, même temporaire, résultant d’une telle invasion ou d’une telle attaque, ou
l’annexion par la force de la totalité ou d’une partie du territoire d’un autre État ; b) Le bombardement
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Le Conseil de sécurité quant à lui est l’un des six principaux organes créés par la Charte
des Nations Unies17. Il constitue à cet effet le maillon le plus puissant de la Charte en
matière du maintien de la paix et de la sécurité internationale car, il en assure la
responsabilité principale18. C’est un organe politique hiérarchisé composé de quinze (15)
membres, dont cinq (5) membres permanents et dix (10) membres non permanents. Les
membres permanents sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-
Uni de Grande Bretagne. Les membres non permanents quant à eux sont élus de manière
rotative par l’Assemblée générale de l’ONU pour un mandat de deux (2) ans 19.
En dehors du fait que la CPI n’a pas été instituée par le Conseil de sécurité, elle ne dispose
d’aucun moyen lui permettant d’agir sur le Conseil de sécurité. Cependant, le Statut de
Rome réserve une place de choix au Conseil de sécurité des Nations Unies. En effet, bien
que « privé d’une maîtrise institutionnelle et organique sur la Cour pénale internationale,
il s’attribue une maitrise fonctionnelle sur la procédure devant la Cour »20. Il est donc
évident que les relations que le Conseil de sécurité et la Cour entretiennent ne sont pas
équitables. Le jeu serait donc à un seul sens et le Conseil aurait donc tendance à prendre
le dessus et à influencer considérablement l’activité de la CPI. Cette relation a-t-elle
réellement besoin d’être équitable? Quoi qu’il en soit, La CPI en vertu d’une dévolution
conventionnelle de compétence, est habilitée à connaître des infractions les plus graves
en droit international, c’est dans ce sens que la Chambre préliminaire II de la CPI a émis
un mandat d’arrêt contre le Président russe VLADIMIR Poutine, pour les exactions dont
il serait le commanditaire dans le cadre de son « opération militaire spéciale » en Ukraine,
depuis le 24 février 2022.
A tout prendre, cette contribution scientifique revêt plusieurs aspects particuliers. Elle a
en effet un intérêt scientifique dans la mesure où plusieurs auteurs ont certes abordé les
rapports entre les deux organes, mais très peu ont eu à se pencher sur l’appréciation de
ce rapport. Dès lors, la question qui sous-tend cette analyse est la suivante : quelle
par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État, ou l’utilisation d’une arme quelconque par
un État contre le territoire d’un autre État ; c) Le blocus des ports ou des côtes d’un État par les forces
armées d’un autre État ; d) L’attaque par les forces armées d’un État des forces terrestres, maritimes ou
aériennes, ou des flottes aériennes et maritimes d’un autre État ; e) L’emploi des forces armées d’un État
qui se trouvent dans le territoire d’un autre État avec l’agrément de celui-ci en contravention avec les
conditions fixées dans l’accord pertinent, ou la prolongation de la présence de ces forces sur ce territoire
après l’échéance de l’accord pertinent ; f) Le fait pour un État de permettre que son territoire, qu’il a mis
à la disposition d’un autre État, serve à la commission par cet autre État d’un acte d’agression contre un
État tiers ; g) L’envoi par un État ou au nom d’un État de bandes, groupes, troupes irrégulières ou
mercenaires armés qui exécutent contre un autre État des actes assimilables à ceux de forces armées d’une
gravité égale à celle des actes énumérés ci-dessus, ou qui apportent un concours substantiel à de tels actes
».
17 Outre le Conseil de sécurité, les cinq autres organes créés par la Charte sont : Le Conseil économique et
social, le Conseil de tutelle, le Secrétariat général, la Cour internationale de justice et l’Assemblée générale.
18 Cf. Charte des Nations Unies, Article 24, Paragraphe 1.
19 Ibid., Article 23.
20 NDIAYE Sidy Alpha, Le Conseil de sécurité et les juridictions pénales internationales, Thèse, Université
d’Orléans, 2011, p. 29.
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appréciation peut-on faire du lien qui existe entre le Conseil de sécurité des Nations
Unies et la Cour pénale internationale dans la répression des crimes internationaux?
À la vérité, le lien entre un organe judiciaire chargé de juger des personnes en appliquant
le droit, et un organe politique résolvant les situations menaçant la paix et la sécurité
internationale semble être au premier abord très faible. Quoi qu’il en soit, ce lien existe
et inscrit la présente thématique dans le cadre d’une interdisciplinarité. Il fait ainsi appel
à une approche méthodologique consistant à s’assurer de la compréhension de l’ordre
juridique positif, notamment en interprétant les règles juridiques existantes et en mettant
en évidence les relations juridiques entre ces règles. Il s’agira en outre de convoquer et
d’examiner les positions doctrinales ainsi que les différents instruments juridiques
conventionnels et unilatéraux sur le Conseil de sécurité et sur la Cour en l’occurrence la
Charte des Nations Unies et le Traité de Rome de 1998. En adoptant une démarche
fonctionnelle, le Statut de Rome établit une relation entre le Conseil et la Cour pénale
internationale en vue de réprimer les auteurs présumés coupables des crimes
internationaux qui touchent l’ensemble de la Communauté internationale. Toutefois,
l’action du Conseil de sécurité dans le domaine de la justice pénale internationale souffre
d’objectivité dans la pratique et semble à cet effet ambigüe. Quoi qu’il en soit, du fait de
l’influence à la fois positive et négative du Conseil de sécurité sur la Cour pénale
internationale, l’activisme du Conseil dans le fonctionnement de la Cour est certes utile
(I) mais problématique (II).
I. Une action utile du Conseil de sécurité dans le fonctionnement de la CPI
L’action du Conseil de sécurité dans le fonctionnement de la Cour met en exergue
l’interdépendance entre le maintien de la paix et la répression pénale internationale. S’il
est vrai que le Conseil de sécurité a la responsabilité principale du maintien de la paix et
de la sécurité internationales21, il faut cependant reconnaître que la poursuite des auteurs
des crimes internationaux par la Cour pénale internationale participe au maintien de la
paix. Ce d’autant plus que la Cour entend contribuer « à prévenir les conflits armés, à
préserver la paix et à renforcer la sécurité internationale et à promouvoir la consolidation
de la paix et la réconciliation en vue d’assurer une paix durable » 22. L’action du Conseil
de sécurité serait alors perçue comme positive dans la mesure où elle va participer à
lutter contre l’impunité sur la scène internationale, objectif cher à la CPI23. Un
« partenariat constructif »24 serait alors établi entre le Conseil de sécurité et la Cour en
vertu de l’article 13 alinéa b) du Statut de Rome. Lequel article dispose que « La Cour peut
exercer sa compétence à l’égard des crimes visés à l’article 5, conformément aux dispositions du
présent Statut : […] si une situation dans laquelle un ou plusieurs de ces crimes paraissent avoir
été commis est déférée au procureur par le Conseil de sécurité agissant en vertu du chapitre VII
de la Charte des Nations Unies […] ». Le Conseil de sécurité a donc le pouvoir d’activer la
21 Cf. Article 24 paragraphe 1 de la Charte des Nations Unies.
22Cf. Assemblée des Etats Parties, 9ème session, Résolution ICC–ASP/9/Res.3, Renforcement de la Cour pénale
internationale et de l’Assemblée des Etats parties, adoptée par consensus le 10 décembre 2010.
23 Cf. Statut de Rome de la CPI, Préambule, paragraphe 4.
24 NDIAYE Sidy Alpha, Le Conseil de sécurité et les juridictions pénales internationales, op. cit, p. 243.
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compétence de la Cour (A). Tout de même, En matière d’agression, le Conseil de sécurité
joue un rôle principal et prépondérant d’autant plus que les obligations découlant d’une
condamnation pénale de l’individu doivent être compatibles avec la détermination de
l’existence de l’acte étatique d’agression qualifié comme tel par le Conseil de sécurité (B).
A. L’influence positive du Conseil dans l’activation de la compétence de la CPI
L’article 13 b) du Statut de Rome permet au Conseil de sécurité de renvoyer une situation
au Procureur de la CPI. Cependant, le pouvoir de saisine du Conseil de sécurité doit
s’inscrire dans le cadre de son mandat de garant de la paix et sécurité internationales. Il
doit donc agir en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Un tel pouvoir
s’inscrit inéluctablement dans la lignée de la création par le Conseil de sécurité des
juridictions ad hoc car elles aussi, découlaient de la mise en branle du Chapitre VII de la
Charte25. « Les auteurs du Statut ont entendu mettre la Cour à la disposition du Conseil,
reconnaissant ainsi le lien étroit entre l’activité judicaire de la première et la
responsabilité principale du second dans le maintien de la paix et de la sécurité
internationales »26. On va alors assister à un élargissement de la compétence de la Cour
du fait de l’action du Conseil (1), ce qui n’est cependant pas le cas sans l’implication du
Conseil (2). Dans cette dernière hypothèse, le pouvoir de la Cour connaît une certaine
restriction.
1. L’élargissement de la compétence de la CPI avec le concours du Conseil
« Tout traité en vigueur lie les parties et doit être exécuté par elles de bonne foi »27. Cette
disposition de la Convention de Vienne sur le droit des traités met ainsi en exergue l’effet
relatif des traités résultant de la volonté des États à être partie ou non aux conventions
internationales. C’est donc dire que tout État non partie à un traité ne saurait se voir
soumis aux exigences dudit traité. À cet effet, le Statut de Rome est un traité international
qui ne lie que les États qui l’ont accepté soit par le biais de la ratification 28, soit par le biais
de la reconnaissance expresse à travers une déclaration ad hoc29.
Cependant, l’action du Conseil de sécurité qui consiste à saisir la Cour, lorsqu’il agit en
vertu du Chapitre VII de la Charte tant à réduire cette marge de liberté reconnue aux
25 WECKEL Philippe, « La Cour pénale internationale : Présentation générale », RGDIP, 1998, p. 989.
26 CONDORELLI Luigi, VILLALPANDO Santiago, « Les Nations Unies et les juridictions pénales
internationales, in COT Jen-Pierre, FORTEAU Mathias, PELLET Alain (dir), La Charte des Nations Unies.
Commentaire article par article, Paris, Economica, 3ème éd., 2005, p. 228.
27 Article 26 de la Convention de vienne sur le droit des traités, 23 mai 1969.
28 Cf. Article 14 du Statut de Rome de la CPI.
29 Cf. Article 12 Paragraphe 3 du Statut de Rome. C’est la démarche que la Cote d’Ivoire avait adopté. Le
18 Avril 2003, le Gouvernement de Laurent Gbagbo avait déclaré accepter la compétence de la CPI. Le
Gouvernement d’Alassane Ouattara a renouvelé cette acceptation à travers les requetés du 14 décembre
2010 et du 3 mai 2011. C’est dans ce sens que la Chambre préliminaire III a autorisé le Procureur à ouvrir
une enquête pour les crimes présumés relevant de la compétence de la Cour et commis dans ce pays. Ce
qui conduit à l’émission d’un mandat d’arrêt contre Laurent Gbagbo le 23 novembre 2011 pour crimes
contre l’humanité.
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États non parties au Statut et élargit conséquemment le champs de compétence de la
Cour. Autrement dit, le ressortissant d’un État n’ayant pas ratifié le Statut et ayant
commis un crime grave peut être traduit devant la CPI du fait des impératifs du Chapitre
VII de la Charte des Nations Unies. Le Conseil agissant en vertu du Chapitre VII pourrait
donc obliger un État à accepter la compétence de la Cour, en dérogeant ainsi au principe
du consentement dudit État30.
Dans la pratique, l’article 13 b) du Statut de Rome a permis au Conseil de Sécurité de
renvoyer la situation du Darfour devant le Procureur de la CPI par le biais de la
Résolution 1593(2005) alors que le Soudan n’a pas ratifié le Statut de Rome. Agissant en
vertu du Chapitre VII, ayant constaté que la situation au Soudan continuait de faire peser
une menace sur la paix et la sécurité internationales, le Conseil de sécurité « décide de
déférer au Procureur de la Cour pénale internationale la situation au Darfour depuis le
1er juillet 2002 »31. Dans la même logique, c’est par ce même procédé que la situation en
Libye a été renvoyée devant la CPI avec l’adoption de la Résolution 1970 (2011), votée à
l’unanimité32, et qui a notamment donné lieu à ce qu’un mandat d’arrêt soit délivré à
l’encontre de Mouammar Kadhafi pour crimes contre l’humanité. On assiste donc à un
élargissement de la compétence ratione personae et ratione loci de la Cour pénale
internationale. Toute chose qui permet de lutter contre l’impunité sur la scène
internationale.
En effet, l’élargissement de la compétence de la Cour vis-à-vis des États tiers permet
« d’atténuer les angles morts, sinon les zones d’incompétence éventuelles de la CPI du
fait de la souveraineté des États »33. À la vérité, il participe à « l’extension significative
des compétences de la CPI, en excluant tout risque d’impunité des auteurs de crimes
agissant dans un État ou étant titulaire de la nationalité d’un État ayant rejeté la
juridiction de la CPI »34. Cet élargissement confère ainsi à la CPI positivement, une
compétence universelle dans la répression des crimes internationaux graves menaçants
la paix et la sécurité internationales. À cet effet, les autres États sont appelés à coopérer
avec la Cour. En effet, « si un État Partie n'accède pas à une demande de coopération de la Cour
contrairement à ce que prévoit le présent Statut, et l'empêche ainsi d'exercer les fonctions et les
pouvoirs que lui confère le présent Statut, la Cour peut en prendre acte et en référer à l'Assemblée
des États Parties ou au Conseil de sécurité lorsque c'est celui-ci qui l'a saisie »35. En vue
d’appliquer cette disposition du Statut de Rome, la résolution 1593 du Conseil de sécurité
déférant la situation du Darfour devant la Cour « décide que le gouvernement soudanais
et toutes les autres parties au conflit du Darfour doivent coopérer pleinement avec la
30 LATTANZI Flavia, Compétence de la Cour Pénale Internationale et consentement des Etats, RGDIP, n° 2,
1999, p. 442.
31 Cf. Résolution 1593 (2005) du Conseil de sécurité des Nations Unies, 31 mars 2005, paragraphe 1.
32 Cf. Résolution 1970 du Conseil de sécurité adoptée le 26 février 2011.
33 SIMMALA Di Gore, « Le pouvoir de saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité
des Nations Unies : entre nécessité et légitimité », RDP, 2013/2, p. 436.
34 TAI Julie, « La saisine de la Cour pénale internationale », in MOREILLON Laurent et al (dir), Droit pénal
humanitaire, Genève, Bruylant, 2009, p. 231.
35 Statut de Rome de la CPI, Article 87, Paragraphe 7.
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Cour et le procureur et leur apporter toute l’assistance nécessaire conformément à la
présente résolution »36.
Sans l’implication du Conseil de sécurité, le pouvoir de la Cour connaît une certaine
restriction. Ce d’autant plus que les magistrats de la CPI ne peuvent s’auto saisir.
2. La restriction de la compétence de la CPI sans le concours du Conseil
Conformément à l’article 13 du Statut de Rome, la saisine de la CPI est exclusivement
réservée aux États parties, au Procureur près de ladite Cour et au Conseil de sécurité des
Nations Unies. C’est dire que toute saisine par un autre sujet sera frappée
d’irrecevabilité. Néanmoins, les individus peuvent stimuler l’action du Procureur pour
une saisine propio mutu. Sans le concours du Conseil de sécurité, on assiste alors à une
« quasi-dépendance de la CPI à la volonté des Etats »37 ce qui restreint le pouvoir de
décision de la Cour. Caractérisé par sa souveraineté, l’État canalise ainsi le
fonctionnement de la Cour en fonction de ses intérêts, des opportunités politique et des
possibilités que lui offre le droit international38. D’autant plus que « la reconnaissance et
la saisine par l’État d’une juridiction internationale tiennent très souvent à des
considérations politiques qui surpassent et minorent parfois l’éthique juridique »39.
À la vérité, l’action de la CPI dans la répression des crimes internationaux est
complémentaire à celle des États. La Cour est « complémentaire des juridictions
criminelles nationales »40. Cette précision du Statut de Rome met en évidence le fait que
la CPI n’a qu’une compétence subsidiaire qui à vrai dire dépend essentiellement de celle
des États. cependant, il faut reconnaître que l’État dans lequel l’infraction graves a été
commise doit traduire et juger le délinquant ou à défaut le renvoyer devant la justice
d’un État ou devant la CPI afin que ce dernier réponde de ses actes. C’est donc dire que
le juge répressif national ne dispose pas d’un total pouvoir discrétionnaire en matière de
crimes graves. Finalement, en l’absence d’une saisine de la cour par le Conseil, l’État
influence considérablement le pouvoir de décision de la Cour pénale internationale. Ce
d’autant plus que l’État concerné peut décider de reconnaître ou méconnaître la
compétence de la Cour en fonction de ses intérêts.
Bien plus, l’État peut aussi opposer aux magistrats de la Cour une obligation de
confidentialité, qui s’impose au juge pénal international41. En effet, lorsque la divulgation
de renseignements ou des documents d’un État porterait atteinte aux intérêts de la
36 Cf. Résolution 1593 (2005) du Conseil de sécurité, 31 mars 2005, Paragraphe 3.
37 MANA MAMOSE Gustave, Pouvoir de décision de la CPI et prérogatives du Conseil de sécurité dans la
répression des crimes internationaux : une étude à la lumière des crises humanitaires de Libye et de Syrie, Thèse,
Université de Yaoundé II, 2014, p. 55.
38 Ibid.
39 Ibid., p. 54.
40 Cf. Article premier du Statut de Rome.
41 MEHDI Rostane, « La preuve devant les juridictions communautaires », in RUIZ Fabri et SOREL Jean-
Marc (dir), La preuve devant les juridictions internationales, Paris, Pedone, 2007, p. 171.
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sécurité nationale, cet État peut décider de ne pas fournir de renseignements à la Cour42.
Un tel argument peut facilement être évoqué par les États qui ne veulent pas coopérer
avec la Cour. Par conséquent, l’activité de la Cour se trouve donc influencée
négativement par l’action étatique. Tout de même, en ce qui concerne les renseignements
ou documents émanant des tiers, le Statut de Rome précise que « Si un État Partie est
requis par la Cour de fournir un document ou un renseignement en sa possession, sous sa garde
ou sous son contrôle qui lui a été communiqué à titre confidentiel par un État, une organisation
intergouvernementale ou une organisation internationale, il demande à celui dont il tient le
renseignement ou le document l'autorisation de le divulguer. Si celui qui a communiqué le
renseignement ou le document est un État Partie, il consent à la divulgation du renseignement
ou du document, ou s'efforce de régler la question avec la Cour, sous réserve des dispositions de
l'article 72. Si celui qui a communiqué le renseignement ou le document n'est pas un État Partie
et refuse de consentir à la divulgation, l'État requis informe la Cour qu'il n'est pas en mesure de
fournir le document ou le renseignement en raison d'une obligation préexistante de confidentialité
à l'égard de celui dont il le tient »43. Un tel verrou juridique peut donc avoir un impact sur
le fonctionnement de la Cour pénale permanente surtout lorsque cette dernière ne fait
pas l’objet d’une saisine par le Conseil de sécurité et en vertu du Chapitre VII de la Charte
des Nations Unies.
La marge de manœuvre de la Cour se trouve ainsi limitée par la volonté des États qui,
en sus de l’obligation de confidentialité, peut mettre en branle le règlement amiable du
différend par le biais des Commissions vérité et réconciliations. Un tel moyen est
observable dans la pratique des États. Ce fut notamment le cas observé au Burundi, en
Côte d’Ivoire et même en Afrique du Sud. Le recours à de tels moyens, dont l’argument
souvent évoqué par les États est d’éviter la commission d’autres crimes odieux, démontre
à suffisance la mise au banc de touche de l’activité de la Cour par des volontés étatiques.
Stratégie pérennisant donc l’impunité sur la scène internationale.
À la vérité, la Cour pénale internationale a été « instituée sur la base d’un principe
classique du droit international, le volontarisme des États, la Cour restait soumise à l’aléa
des adhésions et des ratifications de ces États »44. Dès lors, l’activisme de la Cour
dépendrait du bon vouloir des États. Afin d’éviter cette incertitude, l’action du Conseil
de sécurité dans le fonctionnement de la Cour serait fondamentale et importante. En
qualifiant une situation de menace à la paix, la saisine de la Cour par le Conseil suffit à
contraindre l’État en cause à reconnaître la compétence de la Cour. Cette même saisine
fait également obligation aux autres États tiers de coopérer avec la Cour. La saisine de la
Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité est donc importante à plus d’un
titre. En effet, elle permet de mettre en branle l’exigence d’une répression universelle des
crimes internationaux et la « mise en échec la souveraineté juridiquement et
42 Cf. Article 72 du Statut de Rome de la CPI.
43 Article 73 du Statut de Rome de la CPI.
44 SIMMALA Di Gore, « Le pouvoir de saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité
des Nations Unies : entre nécessité et légitimité », op. cit., note 29, p. 435.
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politiquement acceptable » des États45. Par ailleurs, en matière de crime d’agression, la
compétence préalable du Conseil est requise. Dès lors, l’influence du Conseil de sécurité
est tout aussi perceptible dans la répression du crime le plus grave.
B. L’influence du Conseil dans la répression des crimes d’agression
Le Conseil de sécurité est appelé à constater les « actes d’agression »46 et le « crime
d’agression » fait partie des quatre crimes engageant la compétence matérielle de Cour
pénale internationale47. C’est donc dire que la répression du crime d’agression nécessite
une convergence d’action entre les deux organes. En effet, l’agression est une « infraction
internationale par nature » qui résulte d’un comportement illicite qui porte atteinte aux
fondements de la société internationale. Il s’agit donc d’un crime d’une « extrême
gravité »48 qui viole les obligations erga omnes de la Communauté internationale dans son
ensemble49.
À cet effet, « l’inculpation selon laquelle les accusés auraient préparé et poursuivi des guerres
d’agressions est capitale. La guerre est un mal dont les conséquences ne se limitent pas aux seuls
États belligérants, mais affectent le monde tout entier. Déclencher une guerre d’agression n’est
donc pas seulement un crime international : c’est un crime international suprême […] »50.
L’adoption du Statut de la CPI le 17 juillet 2002 n’a pas donné lieu à une définition de
l’agression. C’est par ailleurs le seul des quatre crimes relevant de la compétence de la
Cour qui n’a pas fait l’objet d’une définition dès l’adoption dudit Statut51. Il faudra alors
attendre la Conférence de Kampala de 2010 pour que ce crime international soit définit
et pour que les conditions d’exercices de la compétence de la Cour à l’égard de ce crime
soit fixées. Dès lors, on va donc assister à une consécration évolutive du crime
d’agression (1) et l’action du Conseil de sécurité dans la répression dudit crime est
prééminente (2).
1. La consécration évolutive du crime d’agression
Considéré comme la mère des crimes internationaux52, le « crime d’agression » s’est
toujours révélé controversé53 car l’agression est « l’un des mots qui font peur »54. D’abord
45 Ibid.
46 Cf. Article 39 de la Charte des Nations Unies.
47 Cf. Article 5 paragraphe 1 d) du Statut de Rome de la CPI.
48 Cf. Annuaire CDI, 1976, Vol. II, Partie I, p. 57.
49 Cf. Annuaire CDI, 1994, Vol. I, p. 107.
50 Cf. Jugement du Tribunal international de Nuremberg, 30 septembre 1946.
51 En effet, comme le précise l’Article 5 § 2 du Statut de Rome, « La Cour exercera sa compétence à l’égard
du crime d’agression quand une disposition aura été adoptée conformément aux articles 121 et 123, qui
définira ce crime et fixera les conditions de l’exercice de la compétence de la Cour à son égard. Cette
disposition devra être compatible avec les dispositions pertinentes de la Charte des Nations Unies ».
52 KAMTO Maurice, L’agression en droit international, Paris, Pedone, 2010, p. 9.
53 BERKOVICZ Grégory, La place de la Cour pénale internationale dans la société des Etats, L’Harmattan, 2005,
p. 129.
54 DUPUY R J, « L’impossible agression : Les Malouines entre l’ONU et l’OEA », AFDI, Vol. 28, 1982, p.
342.
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appréhendé comme « le crime contre la paix et la sécurité de l’humanité » par le Statut
du Tribunal international de Nuremberg55, il sera par la suite considéré comme le « crime
ultime au regard du droit international » par le Groupe de Travail Spécial sur le Crime
d’agression (ci-après GTSCA). L’Assemblée générale des Nations Unies par le biais de la
résolution 3314 (XXIX) du 14 décembre 1974 parlera quant à elle de « guerre
d’agression ».
Le 28 juin 1919, est signé le Traité de Versailles qui marque la fin de la première guerre
mondiale. Ce traité condamne alors les « crimes contre la paix », pour ainsi dire les
guerres d’agression déclenchées par les Nazi. D’ailleurs, l’article 227 dudit traité
prévoyait une mise en accusation de Guillaume II56 « pour offense suprême contre la
morale internationale et l’autorité sacrée des traités »57. Le 8 août 1945, l’Accord de
Londres auquel est annexé le Statut du Tribunal de Nuremberg est signé. Cet Accord
prévoit en son article 6 que « les crimes contre la paix » subodorent « la direction, la
préparation, le déclenchement ou la poursuite d’une guerre d’agression, ou d’une guerre
en violation des traités, assurances ou accords internationaux, ou la participation à un
plan concerté ou à un complot pour l’accomplissement de l’un quelconque des actes
(prohibés) ». Cette définition a par ailleurs été reprise in extenso par le Statut du Tribunal
Militaire de Tokyo en 1946 en son article 5 alinéa a).
Les « crimes contre la paix » faisant polémique avec les crimes comme le génocide ou
encore les crimes contre l’humanité avaient ainsi amené les Nations Unies à envisager
une définition universellement admise du « crime d’agression ». C’est en tout cas ce qui
ressort de la résolution 377 (V) qualifiée de résolution « Dean Acheson » ou « résolution
pour le maintien de la paix » de 1951. Par le biais de cette résolution, l’Assemblée
générale se reconnaît le pouvoir de qualifier une situation d’agression. Ensuite,
l’Assemblée générale va confier à la Commission de Droit international58, la mission
d’articuler la définition du terme « agression » même si finalement au sein de ladite
Commission le consensus n’est pas trouvé entre ses membres.
En 1991 la Commission de Droit international a repris la définition de l’agression donnée
par l’assemblée générale dans la résolution 3314 (XXIX) de 1974. Alors, dans le cadre de
l’élaboration du Statut de la Cour pénale internationale le débat sur la définition de crime
sera toujours d’actualité. Ce d’autant plus qu’ « une personne n'est responsable
pénalement en vertu du présent Statut que si son comportement constitue, au moment
où il se produit, un crime relevant de la compétence de la Cour »59. Et que « la définition
d'un crime est d'interprétation stricte et ne peut être étendue par analogie. En cas
d'ambiguïté, elle est interprétée en faveur de la personne qui fait l'objet d'une enquête,
55 Cf. Article 6 alinéa a) du Statut du tribunal international de Nuremberg.
56 Empereur Allemand et Roi des Prusse de 1888 à 1918.
57 Cf. ASCENSIO Hervé, DECAUX Emmanuel et PELLET Alain, Droit international pénal, Paris, Pedone,
2000, p.184.
58 Cf. Résolution 378 B du 17 novembre 1950 de l’Assemblée générale des Nations Unies.
59 Statut de Rome de la CPI, Article 22, paragraphe 1
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de poursuites ou d'une condamnation »60. C’est finalement la Conférence de Kampala
qui s’est tenue du 31 mai au 11 juin 2010 en Ouganda que l’Assemblée des États parties
et les membres du GTSCA préciseront le contenu et les contours de ce crime. On entend
alors par crime d’agression « […] la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution
par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou militaire
d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une
violation manifeste de la Charte des Nations Unies »61. Et l’« acte d’agression » renvoie pour
sa part à « l’emploi par un État de la force armée contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou
l’indépendance politique d’un autre État, ou de toute autre manière incompatible avec la Charte
des Nations Unies. Qu’il y ait ou non déclaration de guerre, les actes suivants sont des actes
d’agression au regard de la résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale des Nations Unies
en date du 14 décembre 1974[…] »62. À titre de rappel, l’article 5 § 2 du Statut de Rome
prévoit les conditions d’exercice de la compétence de la CPI à l’égard du crime
d’agression qui devraient en tout cas être compatibles avec les dispositions de la Charte
des Nations Unies. Cela laisse subodorer que le Conseil de sécurité occupe une place de
choix dans le Statut de Rome, ce d’autant plus qu’en vertu de l’article 39 de la Charte 63,
il a le pouvoir de constater l’agression. Quoi qu’il en soit, par le biais de cette constatation,
le Conseil joue un rôle important dans la répression de ce crime odieux.
2. La prééminence du Conseil dans la répression du crime d’agression
L’action du Conseil de sécurité dans la répression du Crime d’agression est une
préoccupation qui avait été mise en exergue pendant la révision du Statut de Rome en
2010. Face à cette problématique, deux camps s’opposaient.
Pour les uns, en vertu de l’article 39 de la Charte, le Conseil de sécurité a une compétence
exclusive en matière de constatation de l’existence d’une agression armée. À cet effet, la
Cour pénale internationale ne pourrait ouvrir une enquête pour crime d’agression si et
seulement si le Conseil de sécurité des Nations Unies a constaté un acte d’agression et a
à cet effet fait une demande explicite à la Cour d’engager des poursuites. Il est donc clair
que ce camp, représentant une partie de la délégation de la Conférence de révision du
Statut de Rome « voulait maintenir l’exercice de la compétence de la CPI sous l’emprise
du Conseil de sécurité »64.
Pour les autres membres de la délégation à la Conférence de révision, le Conseil de
sécurité ne saurait avoir l’exclusivité dans l’activation de la Compétence de la Cour en
matière d’agression. Pour ce camp, un équilibre nécessaire devrait être aménagé afin que
60 Ibid., Paragraphe 2.
61 Cf. Amendements au Statut de Rome de la Cour pénale internationale relatifs au crime d’agression,
Kampala 11 juin 2010, Article 8 bis, Paragraphe 1.
62 Ibid., Paragraphe 2.
63 D’ARGENT Pierre et al., « Article 39 », in COT Jen-Pierre, FORTEAU Mathias, PELLET Alain (dir), La
Charte des Nations Unies. Commentaire article par article, op. cit., pp. 1131-1170.
64 GBEMOUDJI Aurlus, Le Conseil de sécurité des Nations Unies et la Cour pénale internationale, Mémoire,
Université D’Abomey-Calavi (Benin), 2016, p. 44.
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le Conseil ne puisse pas totalement contrôler la Cour. C’est pourquoi il a été convenu
que le Conseil de sécurité devra constater préalablement l’acte d’agression avant
l’ouverture d’une enquête par le Procureur de la CPI. Cependant, en vue de garantir
l’indépendance de la Cour, le Statut révisé de Rome a rejeté le rôle exclusif du Conseil de
sécurité en matière d’acte d’agression. En effet, l’analyse des articles 15 bis et 15 ter du
Statut de Rome est forte illustrative. À la vérité, lorsque le Procureur estime « qu’il y a
une base raisonnable pour mener une enquête pour crime d’agression »65, il doit
préalablement vérifier si le Conseil de sécurité a constaté l’existence d’un acte
d’agression et aviser le Secrétaire général des Nations Unies concernant la situation. Si le
conseil de sécurité effectue donc un tel constat, le Procureur peut mener des enquêtes66.
Il apparaît donc clairement que le Conseil de sécurité participe positivement par son
action de constatation à la répression des crimes d’agression et par ricochet à la lutte
contre l’impunité sur la scène internationale. Conformément à l’article 13 du Statut de
Rome, la saisine du Procureur de la CPI se fait soit sur renvoi d’un État ou du Conseil de
sécurité, soit sur initiative du Procureur. En vertu du régime en vigueur, le renvoi vaut
autorisation d’enquêter, la Chambre préliminaire n’intervenant que dans le contexte de
l’article 13 c). Par contre, en ce qui concerne le crime d’agression, le Procureur doit
nécessairement s’assurer, avant d’ouvrir les enquêtes, d’une détermination de l’existence
ou non d’un acte d’agression effectuée par le Conseil de sécurité. Cependant, il est assez
étonnant que le Conseil de Sécurité, en plus de soixante-dix-sept années d’existence, n’a
considéré que rarement l’existence d’un acte d’agression même lorsque cela fut
manifeste67.
Par ailleurs, « lorsqu’un tel constat n’est pas fait dans les six mois suivant la date de l’avis
adressé au Secrétaire général, le procureur peut mener une enquête pour crime
d’agression »68. Cette disposition démontre à suffisance le fait que le Conseil de sécurité
n’a pas l’exclusivité dans la répression du crime d’agression, ce d’autant plus qu’une
possibilité est offerte au Procureur de poursuivre la procédure en l’absence de l’acte de
constatation du Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette coordination
institutionnelle69 du système international permet en tout cas d’établir un certain
65 Cf. Statut de Rome de la CPI, Article 15 bis, Paragraphe 6.
66 Cf. Statut de Rome de la CPI, Article 15 bis, Paragraphe 7.
67 L’emploi unilatéral de la force contre l’Irak de Saddam Hussein par la coalition américano-britannique
constituait manifestement un crime d’agression. En effet, le 20 mars 2003, le gouvernement américain,
soutenue par la grande Bretagne déclare la guerre à l’Irak après l’expiration de l’ultimatum lancé par
George W. Bush à Saddam Hussein, lui ordonnant de quitter l’Irak dans les 48. Cependant, l’ONU qui
avait refusé d’intervenir n’est pas parvenue à qualifier cette intervention d’agression armée. Dans cette
même logique, en 1980, la République Islamique d’Iran bombarde l’Irak. Par le biais de la résolution 479
(1980) du 27 septembre 1980, le Conseil de sécurité parle de « recours à la force » (Cf. Paragraphe 1 de
ladite résolution) alors même que l’agression de l’Irak était évidente et patente.
68 Cf. Statut de Rome de la CPI, Article 15 bis, Paragraphe 8.
69 LAFONTAINE Fannie et TACHOU-SIPOWO Alain-Guy, « Tous les chemins ne s’arrêtent pas à Rome :
la révision du Statut de la Cour pénale internationale à l’égard du crime d’agression ou la difficile
conciliation entre justice pénale internationale et sécurité internationale », RBDI, 2009/1, p. 95.
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équilibre. En effet, cette coordination permet de ne pas avoir de discordance entre
position du Conseil de sécurité et celle de la Cour sur un même crime.
En matière d’agression, le Conseil de sécurité joue donc un rôle principal, important et
prépondérant mais pas exclusif. Les obligations découlant d’une condamnation pénale
de l’individu doivent être compatibles avec la détermination de l’existence de l’acte
étatique d’agression par le Conseil de sécurité des Nations unies70. Alors, « le Conseil de
sécurité s’occupe des mesures nécessaires en cas d’agression armée contre un État tandis
que la CPI se penche sur la responsabilité pénale individuelle, il s’agit d’un tout autre
aspect de l’agression »71. Aussi convient-il de rappeler que le Procureur peut mener une
enquête pour crime d’agression, à condition que la Section préliminaire de la CPI ait
autorisé l’ouverture d’une enquête pour crime d’agression et que le Conseil de sécurité
n’en décide autrement, conformément à l’article 16 du Statut de Rome72.
En réalité, la prise en compte de l’avis du Conseil de sécurité dans la qualification
préalable d’une situation d’acte agressif permet alors à la CPI de bénéficier du concours
du Conseil et par ricochet de l’ONU dans l’application des mesures prises à l’encontre
des accusés. Cette constatation du Conseil profite donc à la Cour dans la mesure où elle
renforce son pouvoir de décision. En fin de compte, Le Conseil de sécurité joue, ainsi, un
rôle important dans le cadre de la saisine et de la compétence de la CPI pour le crime
d’agression car celui-ci peut déclencher la procédure et permettre de mener une enquête
immédiate. Il reste donc « un pivot central, possédant des attributions plus importantes
que celles qu’il connaît pour les autres crimes relevant de la compétence de la CPI »73.
En sus, l’acte du Conseil permet de déterminer le caractère préjudiciel d’une situation.
En effet, « les droits du défendeur [...] devaient être garantis en toute circonstance, y
compris lors d’un examen préalable par un organe autre que la Cour »74. À cet effet, l’acte
de constatation du Conseil est un atout pour le Procureur de la CPI, dans la mesure où
ce dernier doit impérativement prouver l’acte d’agression afin que le principe du
contradictoire soit mis en action75. Il s’agit alors pour le Conseil de procéder à un
allégement du fardeau lié à la détermination de la preuve car, l’acte de constatation du
Conseil subodore « affirmation irréfutable de la commission de l’agression »76. Il s’agit
donc d’« un filtre de compétence et un déclencheur de procédure », car « l’accusé garde
son droit de contester l’existence de l’agression ». Le Procureur devra alors « prouver le
70 Ibid., p. 96.
71 GBEMOUDJI Aurlus, Le Conseil de sécurité des Nations Unies et la Cour pénale internationale, op. cit., p. 46.
72 Cf. Statut de Rome de la CPI, Article 15 bis, Paragraphe 8.
73 CESONI Luisa Maria et SCALIA Damien, « Juridictions pénales internationales et Conseil de sécurité :
une justice politisée », RQDI, Vol. 25/2, 2012 p. 66.
74 Cf. Rapport sur la réunion informelle intersession du Groupe de travail spécial sur le crime d’agression,
tenue du 13 au 15 juin 2005 (extrait), Doc. ICC-ASP/4/32, par. 60.
75 Idem., par. 61.
76 LAFONTAINE Fannie et TACHOU-SIPOWO Alain-Guy, « Tous les chemins ne s’arrêtent pas à Rome :
la révision du Statut de la Cour pénale internationale à l’égard du crime d’agression ou la difficile
conciliation entre justice pénale internationale et sécurité internationale », op. cit., p. 106.
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troisième élément du crime d’agression selon lequel on peut être tenu pour responsable
si «[l]’acte d’agression […] a été commis» »77.
À tout prendre, L’action du Conseil de sécurité sur le fonctionnement de la Cour pénale
internationale s’avère utile au regard de l’influence positive que joue le Conseil sur la
Cour. À cet effet, l’action du Conseil participe à l’élargissement de la compétence de la
Cour ce qui permet de lutter contre l’impunité. Aussi, l’activisme du Conseil dans la
constatation de l’acte d’agression vient encore conforter cette idée d’autant plus que le
crime d’agression résulte d’un acte d’agression. Alors, la répression du crime d’agression
serait un vœu pieux sans l’implication du Conseil de sécurité. Malheureusement,
l’organe permanent des Nations Unies en charge du maintien de la paix dans la pratique
peut tout aussi influencer négativement la Cour dans l’exercice de ses fonctions. C’est la
raison pour laquelle son action à l’égard de cette dernière demeure problématique.
II. Une action problématique du Conseil de sécurité dans le fonctionnement de
la CPI
« Aucune enquête ni aucune poursuite ne peuvent être engagées ni menées en vertu du présent
Statut pendant les douze mois qui suivent la date à laquelle le Conseil de sécurité a fait une
demande en ce sens à la Cour dans une résolution adoptée en vertu du Chapitre VII de la Charte
des Nations Unies ; la demande peut être renouvelée par le Conseil dans les mêmes conditions »78.
Cette disposition du Statut de la CPI est l’une des dispositions les plus problématiques
car elle suscite de nombreuses interrogations. En effet, par le biais de cet article, le Conseil
est capable de perturber le fonctionnement de la Cour79. Il s’agit du dispositif le plus
redouté du Statut de Rome80 car, il permet au Conseil de sécurité de suspendre
négativement l’activité de la Cour (A). Aussi, la saisine sélective du Conseil de sécurité
dans la pratique à une incidence sur l’activité et la perception de la CPI (B).
A. La suspension négative de l’activité de la CPI par le Conseil de sécurité
Conformément à l’article 16 du Statut de Rome, le Conseil de sécurité peut demander à
la CPI de ne pas engager des enquêtes ou des poursuites pendant une période de douze
mois et renouvelable contre un auteur de crimes lorsque l’action de la Cour est
susceptible de menacer la paix et la sécurité internationales. Parce que le Conseil peut
renouveler sa demande ou son injonction, l’article 16 du statut de Rome apparaît alors
comme un dispositif ne permettant pas de lutter contre l’impunité mais bien au contraire,
il la favorise sur la scène internationale81. On dirait qu’ « en adoptant le Statut de la cour
pénale internationale les participants à la conférence ont ainsi écarté l’idée d’un pouvoir
77 Ibid.
78 Statut de Rome de la CPI, Article 16.
79 SUR Serge, « Vers une Cour pénale internationale/ La Convention de Rome entre ONG et le Conseil de
sécurité », RGDIP, 1999/1, p. 44.
80 EKOUE Kangni, La saisine de la Cour pénale internationale, Thèse, Université de Potiers, 2012, p. 330.
81 VILMER Jeangène, Pas de paix sans justice ? Le dilemme de la paix et de la justice en sortie de conflit armé,
Paris, Science Po. -Les presses, 2011, p. 213.
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judiciaire international indépendant »82 sinon, comment donc expliquer le fait que le
Conseil de sécurité possèderait autant de pouvoir à l’égard d’une juridiction
internationale ne relevant pas du système de l’ONU alors que son action serait plus
limitée s’agissant des attributions d’un organe qu’il a institué 83? Dès lors, l’injonction
d’enquête ou de poursuite dans la pratique du Conseil de sécurité (1), a des incidences
négatives sur le fonctionnement de la Cour pénale internationale (2).
1. L’injonction d’enquêtes ou de poursuites dans la pratique du Conseil
Un Conseil de sécurité-Procureur84, tel est le sentiment que laisse entrevoir l’injonction
d’enquêtes ou de poursuites du Conseil de sécurité pour une période de 12 mois
éventuellement renouvelable. Parce que l’action de la Cour pénale internationale est
susceptible d'avoir pour effet de prolonger les hostilités et de nuire aux efforts de paix85,
les parties à la conférence de Rome ont bien voulu retenir cette solution d’interrompre
l’activité de la Cour tant que le processus de paix n’a pas abouti. Il faut alors choisir soit
d’établir la responsabilité d’un individu pour des crimes commis ou alors éviter que
d’autres crimes ne soient perpétrés dans l’immédiat86. Il s’agit dès lors d’une mesure
probablement légitime, mais préjudiciable pour la justice pénale internationale. Quoi
qu’il en soit, l’article 16 du Statut de Rome a des contours et des enjeux qu’il conviendrait
de mettre en exergue. Tout comme son application dans la pratique du Conseil suscite
plusieurs interrogations.
L’action du Conseil, agissant en vertu de l’article 16 du Statut de Rome doit remplir un
certain nombre de conditions. La première condition est que la résolution suspensive du
Conseil doit avoir comme fondement le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,
c’est-à-dire l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture à la paix ou d’un acte
d’agression. La deuxième condition est que le Conseil de sécurité doit suspendre c’est-à-
dire geler l’activité de la Cour, ce qui n’implique pas automatiquement l’impunité des
acteurs concernés sur la scène internationale87. Il ne s’agit donc pas pour le Conseil de
sécurité de bloquer définitivement ad vitam aeternam l’activité de la Cour. Dès lors, une
limite temporelle serait donc nécessaire et souhaitable88. Tel est en tout cas la
quintessence de l’article 16 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
82 WECKEL Philippe, « La Cour pénale internationale. Présentation générale », RGDIP, 1998/4, p. 986.
83 PREZAS Ioannis, « La justice pénale internationale à l’épreuve du maintien de la paix : à propos de la
relation entre la Cour pénale internationale et le Conseil de sécurité », RQDI, 2006/1, p. 82.
84 CESONI Luisa Maria et SCALIA Damien, « Juridictions pénales internationales et Conseil de sécurité :
une justice politisée », RQDI, Vol. 25/2, 2012 p. 37.
85 DELLA Morte, « Les frontières de la compétence de la Cour pénale internationale : observations
critiques », R.I.D.P., 2002, p. 48.
86 SAROOSHI Dan, « The peace and justice paradox : the International Criminal Court and the UN
Security Council », in The Permanent International Criminal Court Legal and Policy issues, Oregon, Hart
Publishing, 2004, p. 105.
87 SUR Serge, « Vers une Cour pénale internationale : la Convention de Rome entre les ONG et le Conseil
de sécurité », RGDIP, 1998, p. 44.
88 BECHERAOUI Doreid, « L’exercice des compétences de la Cour pénale internationale », RIDP, 2005/3-
4, Vol. 76, p. 371.
eRIDP 2024 / Available online at http://www.penal.org/ A-02:17
Cependant, force est de constater que la lettre et l’esprit de l’article 16 du statut de Rome
n’est pas appliqué dans la pratique du Conseil de sécurité.
Sur le fondement de l’article 16 du Statut de Rome et du Chapitre VII de la Charte, le
Conseil de sécurité a respectivement adopté une série de résolutions remarquables. Il
s’agit de la résolution 1422 (2002) du 12 juillet 2002 ; de la résolution 1487 (2003) du 12
juin 2003 et de la résolution 1497 (2003) du 1 er Aout 2003.
En ce qui concerne les résolutions 1422 (2002) et 1487 (2003), il faut dire qu’elles offrent
un affrontement direct entre Conseil de sécurité et Cour pénale internationale dans la
mesure où l’action du Conseil tant à court-circuiter celle de la Cour. Sous initiative
américaine, la résolution 1422 (2002) utilise l’article 16 du Statut de Rome afin de protéger
les soldats américains participant aux missions onusiennes d’une sanction de la CPI. En
effet, après le dépôt du 60ème instrument de ratification marquant l’entrée en vigueur du
Statut de Rome, Washington a en date du 19 juin 2002 demandé au Conseil de sécurité
de garantir formellement l’immunité au bénéfice des personnels militaires engagés dans
la Mission d’Appui des Nations Unies au Timor-Oriental. Après échec de cette demande,
le Gouvernement américain va en faveur de la crise en Bosnie-Herzégovine et le
renouvellement subséquent du mandat de la MINUBH89, forcer la main aux membres du
Conseil de sécurité pour obtenir le compromis, ce qui donna lieu à l’adoption de la
résolution 1422 (2002) du 12 juillet 2002. Cette résolution autorise alors la suspension
pendant une période de douze mois toute enquête et poursuite de la CPI à l’encontre du
personnel ressortissant d’États non parties au Statut de Rome qui seraient mis en cause
à l’occasion des opérations de maintien de la paix autorisées par les Nations Unies. Dans
la même logique, une seconde résolution (1487) fut adoptée un an plus tard renouvelant
ainsi la première. À la vérité, ces deux résolutions violent l’esprit du Statut de Rome du
fait qu’elles ne remplissent pas les conditions de l’activation de l’article 16 du Statut, en
l’occurrence une existence réelle d’une menace à la paix et le fait que l’activité de la CPI
pourrait aggraver la situation. Alors, il est légitime de se demander : en quoi la poursuite
et le jugement des ressortissants américains menaçaient-ils la paix et la sécurité
internationales ? À l’évidence en rien. C’est pourquoi, ces résolutions ont fait l’objet de
vives critiques ce d’autant plus que la justice doit être alliée à la paix et non constituer un
obstacle à son rétablissement90. Dès lors, ces résolutions violent sans nul doute l’esprit et
la lettre du Statut de Rome91 et celui de la Charte de l’ONU. C’est en tout cas ce qu’affirme
Maurizio ARCARI en ces termes : « la résolution 1422 (2002) du Conseil pose de sérieux
problèmes de légalité tant du point de vue de sa compatibilité avec l’art. 16 du Statut de
89 Mission des Nations Unies en Bosnie Herzégovine…
90 Idée défendue par Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU dans son Discours à l’occasion de
l’ouverture de la Conférence de révision du Statut de Rome à Kampala, le 31 mai 2010.
91 Cf. Articles 40 § 1 et 42 § 1 du statut de Rome qui confèrent à la Cour une indépendance or l’injonction
d’enquête ou de poursuite s’arroge mal à ce principe.
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Rome, qu’à la lumière des dispositions du Chapitre VII de la Charte des Nations
Unies »92.
Bien plus, par le biais de la résolution 1497 (2003) adoptée le 1er Aout 2003, Le Conseil de
sécurité autorise une force multinationale au Libéria. Cette résolution prévoit que les
auteurs des crimes graves, ressortissants des États tiers au Statut de Rome ne seront pas
poursuivis par la CPI mais par leur juridiction nationale. Elle affirme ainsi
l’incompétence de la Cour pour juger les crimes commis par les citoyens des États qui
n’ont pas ratifié le Statut. En sus, elle exclut la compétence personnelle passive des États
dont les nationaux auraient été victimes des crimes graves commis par les personnes
dont les États ne sont pas parties au Statut de Rome. Cette négation extensive93 de l’action
du Conseil paralyse la justice pénale internationale et nationale. C’est la raison pour
laquelle l’injonction d’enquête ou de poursuite du Conseil de sécurité a des incidences
négatives considérables.
2. Les incidences de l’injonction d’enquêtes ou de poursuites
Le caractère éminemment politique de l’appréciation de l’opportunité de la mise en
branle de l’article 16 du Statut de Rome laisse subodorer que l’activisme du Conseil porte
atteinte à l’indépendance de la justice pénale internationale 94. D’autant plus qu’il n’y a
pas de limite quant au nombre de renouvellement possible de l’injonction d’enquête ou
de poursuite. Cela signifie donc que la Cour pourrait être empêchée de facto d’exercer sa
juridiction ad vitam aeternam95. L’une des conséquences de l’injonction du Conseil est
donc que son action porte atteinte à l’indépendance de la justice pénale internationale. À
cet effet, il est donc légitime de se poser la question de savoir si un organe politique peut
ou doit empiéter sur un organe judiciaire dont l’activité consiste à dire le droit
conformément au droit ? Quoi qu’il en soit, la question mérite d’être posée. D’ailleurs,
selon Maurizio ARCARI, « ce que la résolution 1422 (2002) du 12 juillet 2002 remet en
question c'est le principe de l’indépendance d'un organe judiciaire face aux interventions
de l’organe politique - Conseil de sécurité »96. La Cour pénale internationale semble donc
handicapée depuis la naissance car, si le Conseil de sécurité peut renvoyer devant elle
une affaire, il peut négativement interrompre ses enquêtes. Dès lors, le Statut de Rome
« confère au Conseil de sécurité la prérogative exceptionnelle d’empêcher la Cour
92 ARCARI Maurizio, « Quelques remarques à propos du Conseil de sécurité dans le domaine de la justice
pénale internationale », op. cit., p. 226.
93 MANA MAMOSE Gustave, Pouvoir de décision de la CPI et prérogatives du Conseil de sécurité dans la
répression des crimes internationaux : une étude à la lumière des crises humanitaires de Libye et de Syrie, op. cit.,
p. 271.
94 CONDORELLI Luigi et VILLALPANDO Santiago, « Referral and deferral by the Security Council », in
The Rome Statute of International Criminal Court: A commentary, Oxford University Press, 2002, p. 648.
95 ELARABY Nabil, « The Role of the Security Council and the independence of the International Criminal
Court: Some reflections », in The Rome statute of the International Criminal Court: a challenge to impunity,
Aldershot, Ashgate, 2001, p. 45.
96 ARCARI Maurizio, « Quelques remarques à propos du Conseil de sécurité dans le domaine de la justice
pénale internationale », op. cit., p. 227.
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d’exercer sa compétence »97. Doreid BECHERAOUI quant à lui pense que « le pouvoir
donné, en vertu de l’article 16 du Statut de Rome, au Conseil de sécurité de surseoir à
enquêter ou à poursuivre tend à reconnaître à un organe politique un droit de contrôle
sur les activités d’un organe judiciaire »98. La conséquence qu’il faut donc tirer est que ce
pouvoir pourrait empêcher la Cour d’exercer librement sa compétence, ce qui constitue
sans nul doute une entrave à la justice pénale internationale99. L’action du Conseil de
sécurité, agissant en vertu de l’article 16 du Statut de Rome, porte donc atteinte à
l’indépendance de la Cour pénale internationale.
En sus, l’action suspensive du Conseil compromet la mise en œuvre du droit à un procès
équitable, qui permet à un accusé d’être jugé dans un délai raisonnable, sans retard
excessif par une juridiction à la fois compétente et impartiale100. Cependant, en cas de
renouvellement de l’article 16 du Statut de Rome, comment ce droit sera-t-il mis en
œuvre ? Il est clair que le Statut de Rome de la CPI n’a pas de réponse à cette question. Il
en est de même de la problématique relative à la sauvegarde des éléments de preuve
obtenu par la Cour en cas de suspension de son activité. Le Statut de Rome ne prévoit
rien dans ces circonstances. Or tout juriste sérieux sait combien est utile la preuve en
matière de procès. Sans les éléments de preuve, parce que le Procureur devra attendre la
fin de la suspension pour reprendre son travail, la Cour pourrait donc se retrouver en
difficulté pour tenir un bon procès.
Bien plus, cette suspension viole les principes qui fondent la Charte des Nations unies
en l’occurrence les « principes de la justice et du droit international »101, force est donc de
constater qu’en suspendant l’activité de la Cour, le Conseil n’agit pas comme il est sensé
agir c’est-à-dire « conformément aux buts et principes des Nations Unies »102. Il en est de
même lorsque dans la pratique celui-ci fait de saisine sélective de la Cour pénale
internationale, une politique du « deux poids, deux mesures ».
B. La saisine sélective du Conseil de sécurité et son incidence sur la CPI
La saisine sélective du Conseil de sécurité part de la non entente entre les membres
permanents du Conseil de sécurité devant une situation donnée. Dans certaine situation,
le Conseil va activer promptement la compétence de la Cour, et dans d’autre situation,
l’entente des « cinq grands » ne se fera pas. Cette pratique découle généralement des
intérêts stratégiques, politiques voire même économiques que les membres permanents
du Conseil de sécurité essayent de préserver au détriment de la paix et de la sécurité
97 EKOUE Kangni, La saisine de la Cour pénale internationale, op. cit., p. 330.
98 BECHERAOUI Doreid, « L’exercice des compétences de la Cour pénale internationale », RIDP, Vol. 76,
2005/3, p. 370.
99 Ibid., p. 371.
100 Cf. Article 67 du Statut de Rome de la CPI.
101 Cf. Article 1 § 1 de la Charte des Nations Unies.
102 Cf. Article 24 § 2 de la Charte des Nations Unies.
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internationales. Cette mise en branle de la saine sélective (1), positionne la CPI dans une
posture d’instance judiciaire passive sur la scène internationale (2).
1. L’affirmation de saisine sélective du Conseil de sécurité
Lorsqu’un État fait l’objet d’attaque ou alors est victime de désastre humain et de crimes
odieux, il se peut qu’il soit en incapacité de poursuivre et de juger les auteurs des crimes
internationaux commis sur son territoire. À cet effet, il faut que cet État coopère avec le
Conseil de sécurité afin d’envisager une éventuelle saisine de la CPI par le Conseil. La
crise syrienne de 2011 et plus récemment, la guerre en Ukraine déclenché par le Kremlin
le 24 février 2022 et la guerre Israël-Hamas ayant débuté le 7 octobre 2023 correspondent
à n’en point douter à ce type de situation d’urgence nécessitant l’intervention du Conseil
de sécurité afin de mettre en branle la compétence matérielle de la Cour pénale
internationale.
Dans les faits de la crise syrienne, on assiste à un acharnement sur la population civile et
au recours des moyens et méthodes de combats irréguliers. En effet, la crise syrienne est
vraisemblablement la plus ravageuse de la période post-deuxième guerre mondiale. Dès
février 2015, le bilan humain de la crise était estimé à 220 000 morts103 et en 2016 le nombre
montait à 300 000 morts104. Dans leurs affrontement, le régime de Bachard Al-Assad et
ses adversaires ciblaient donc les populations civils, tuaient, violaient les femmes,
torturaient, emprisonnaient et faisaient disparaître des personnes. C’est en tout cas ce
qui ressort du Rapport de la Commission d’enquête de l’ONU rendu public en 2016 105.
Alors qu’il est clairement établit en droit internationale humanitaire que les populations
civiles ne doivent pas être visées lors des conflits armés106.
Pour ce qui est des méthodes de combats, l’article 8 § 2 alinéa b) du Statut de Rome
considère comme « crime de guerre », et relevant par ricochet de la compétence de la
Cour, « le fait d’employer des gaz asphyxiants, toxiques ou similaires, ainsi que tous
liquides, matières ou procédés analogues ». Or, les belligérants dans le cadre de la crise
syrienne de 2011 ont eu recours aux armes chimiques en l’occurrence le gaz sarin,
hautement toxique. C’est ce qui ressort du Rapports de Human Rigth Watch du 10
septembre 2013107, du Rapport de l’ONU du 18 décembre 2013, et du Rapport de la
Commission française des affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
103 Cf. Rapport de la Mission d’information de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée
nationale française sur le Proche-Orient constitué le 11 décembre 2013. Selon cette même source, on
enregistre 3,8 millions de réfugiés établies dans les pays voisins comme la Turquie, le Liban, la Jordanie,
l’Egypte et l’Irak.
104 Cf. Rapport 2015/2016 d’Amnesty international sur la Syrie. Rapport rendu public le 24 février 2016.
105 Commission créée le 23 Aout 2011 par la résolution n° S-17 du Conseil des droits de l’homme de l’ONU
et dirigé à cette époque par Paulo PINHEIRO et Carla DEL PONTE.
106 Cf. Les Conventions de Genèves de 1949 ainsi que leurs Protocoles additionnels.
107 Disponible sur http://www.hrw.org/reports. Consulté le 4 juillet 2023.
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Dans un tel contexte de violation grave et systématique des droits de l’homme et du
droit international humanitaire108, et de menace à la paix et à la sécurité internationales,
le Conseil de sécurité est appelé à mettre en œuvre les mesures qu’il juge nécessaire 109.
Dans le cas d’espèce le Conseil n’a pas agi. Or, il est un truisme que dans le cadre de
cette crise, il était difficile pour le Procureur de la CPI d’engager des poursuites contre
un ressortissant de cet État qui n’a pas ratifié le Statut de Rome. Dès lors, l’abstention du
Conseil de sécurité dans une telle situation paralyse la Cour qui ne saurait alors affirmer
son pouvoir en matière de répression des crimes qui menacent la paix et la sécurité
internationales.
Aussi convient-il de rappeler que la Cour pénale internationale n’a pas pu intervenir du
fait de l’impasse observé au sein du Conseil de sécurité. C’est également le cas avec le
conflit russo-ukrainien et la guerre Israël-Hamas. En effet, le Veto russe et chinois
prouve que les membres permanents du Conseil de sécurité instrumentalisent la norme
internationale en fonction de leurs intérêts et parfois de manière assez contraire aux buts
et principes des Nations Unies. Ces intérêts fluctuants rendent ainsi l’application de la
législation internationale incertaine110. Si l’abstention d’un membre permanent ne
constitue pas en elle-même une violation du droit international, il faut dire que cette
abstention participe néanmoins à la non application de la norme internationale. C’est
pourquoi, les actions des cinq grands en matière de maintien de la paix et de la sécurité
internationale doivent être rationnalisées, y intégrer de la morale et l’éthique dans du
politique et du juridique.
Étonnamment, en ce qui concernait la crise libyenne de 2011, on a plutôt assisté à une
prompte réaction de la part du Conseil de sécurité, une saisine expéditive de la Cour
pénale internationale alors que les atrocités vécues en Syrie sembles bien plus
supérieures de celles vécues en Libye. En effet, préoccupé par la situation en Jamahiriya
arabe libyenne, du fait de l’usage de la force contre les populations civiles, et au regard
de la violation systématique des droits de l’homme par le Gouvernement libyen, le
Conseil de sécurité adopte le 26 février 2011 la résolution 1970 (2011)111 par laquelle il
saisit la Cour pénale internationale. Du 15 février au 26 février 2011, c’est-à-dire en moins
de deux semaines après le début du conflit libyen, le Conseil de sécurité saisissait la CPI
en vue de réprimer les individus ayant violé les droits de l’homme en Libye.
Comparativement à la crise syrienne, à la guerre en Ukraine du 24 février 2022 et à
l’offensive déclenché par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, il s’agit à n’en point
douter d’une saisine expéditive de la Cour pénale internationale traduisant une politique
du « deux poids, deux mesures » du Conseil de sécurité des Nations unies. Saisine
rendue possible grâce à la non entente de l’ensemble des membres permanents du
Conseil de sécurité. Si l’entente a été perceptible dans le cadre de la crise en Libye, un tel
consensus n’a cependant pas été observé dans le cadre de la crise en Syrie, en Ukraine et
108 ABDELWAHAD Biad, Droit international humanitaire, Ellipse, 1999, p. 80.
109 Ibid.
110 CASSESE Antonio, « Le droit international dans un monde divisé », op. cit., p. 24……. ???
111 Résolution 1970 (2011) du Conseil de sécurité adoptée à sa 6491 ème séance, 26 février 2011.
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dans le cadre du conflit israélo-palestinien. La Cour reste donc bloquée et passive malgré
l’augmentation quasi permanente des victimes des conflits.
2. La posture passive de la CPI
La saisine de la Cour pénale internationale passe soit par les États parties, le Conseil de
sécurité ou encore soit par le Procureur près de ladite Cour par le biais d’une action propio
mutu112. Cependant, la non activation de la compétence de la CPI par le Conseil en cas de
crime menaçant la paix et la sécurité internationales rend très difficile la poursuite et
l’arrestation du criminel de guerre lorsque ce dernier est un ressortissant d’un État non
partie au Statut de Rome et surtout que cet État n’a pas l’obligation de coopérer avec la
Cour113. C’est en tout cas ce qui est perceptible avec le mandat d’arrêt international émis
le 17 mars 2023 par la CPI à l’encontre du Président russe Vladimir POUTINE et Maria
LVOVA BELOVA, Commissaire aux droits des enfants auprès du Cabinet du Président
de la Fédération de Russie114. Un mandat qui traduit certes l’audace de la CPI, mais pas
l’effectivité des arrestations encore moins la fin des hostilités. Poursuivies pour crime
contre l’humanité conformément à l’article 7 du Statut de Rome, ces derniers sont
suspectés de « déportation et transferts illégaux d’enfants ukrainiens vers la Russie »115.
Ce d’autant plus que le Procureur Général de la CPI Karim KHAN dit avoir des preuves
que le Président russe est impliqué dans des transferts illégaux d’enfants depuis le
territoire occupé vers la Russie116. Malgré cette gymnastique juridique de la Cour, elle
reste néanmoins passive, incapable d’agir et dont spectatrice car elle ne dispose pas de
moyens de coercition pour assurer la présence des accusés au procès.
Par ailleurs, bloqué par le veto russe, le Conseil dans le cadre du conflit russo-ukrainien
ne saurait non plus déclencher l’article 16 b) du Statut de Rome de la Cour pénale
internationale. Alors que l’activisme de cet organe permanent des Nations dans ces
circonstances viendrait alors palier à l’invocation des exceptions de procédures117
comprises entre le fait que le ressortissant de l’État en cause ne soit pas partie au Traité
et la mise en branle par le dit État de l’argument de l’immunité118, d’autant plus que « le
mandat d’arrêt émis à l’encontre du Président russe met les États parties au Statut de
Rome dans une situation délicate en vertu d’obligations contradictoires »119. Finalement,
112 Cf. Article 13 du statut de Rome.
113 Cf. Article 86 du Statut de Rome qui dispose : « Conformément aux dispositions du présent Statut, les
États Parties coopèrent pleinement avec la Cour dans les enquêtes et poursuites qu'elle mène pour les
crimes relevant de sa compétence ».
114 Mandat émis par La Chambre préliminaire II de la CPI, pour les exactions commis dans le cadre de l’«
opération militaire spéciale » en Ukraine, depuis le 24 février 2022.
115 Déclaration du Procureur Karim Khan à la suite de la délivrance des mandats. Cf. https://www.icc-
cpi.int. Consulté le 5 juillet 2023.
116 Ibid.
117 NGAMBEKET Emmanuel, « Le mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale à l’encontre de
VLADIMIR Poutine : Entre marteau de Thor et pistolet noué », RRJP, n° 4, Mars-Avril 2023, p. 12.
118 Cf. Article 34 du la Convention de Vienne sur le droit des traités, 23 mai 1969.
119 FOMBA Joris, « Mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine : la CPI peut-elle réellement juger le président
russe ? », Blogue SQDI, 9 mai 2023, p. 2.
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« Si la compétence de la CPI est indiscutablement établie pour connaître des infractions alléguées,
fort est de reconnaître que les chances que prospère cette procédure sont minces. Tant il est vrai
que les obstacles insécables à l’exécution de ses demandes d’arrestation de Hauts responsables
d’États souverains sont ostensibles »120. Cette faible représentation du droit internationale
perceptible dans le conflit russo-ukrainien121 démontre un certain malaise dans la
répression des crimes graves. C’est en tout cas ce qu’a démontré autre fois le mandat
d’arrêt international lancé contre Omar El-Bashir.
Bien plus, l’abstention du Conseil de sécurité face à l’obligation d’agir, entrainant
conséquemment la passivité de la Cour dans la répression des crimes internationaux
graves n’est point une attitude permettant de lutter contre l’impunité et par ricochet de
maintenir la paix et la sécurité internationales. En effet, lorsqu’un consensus n’est pas
trouvé au sein des membres détenteurs du véto, il se peut que le pouvoir de décision de
la Cour subisse des coups. Par conséquent, les victimes des atrocités ne peuvent se
prévaloir d’une quelconque action réparatrice de la Cour. Concrètement, la volonté de la
France, du Royaume-Uni et des États-Unis pour une intervention armée à Damas avec
une possibilité de saisir la CPI par l’action du Conseil122 s’est confrontée au refus de la
Chine et de la Russie. Parce que non partie au Statut de Rome, la juridiction de la CPI
n’était donc pas opposable à la Syrie. À moins que le Conseil de sécurité par le biais d’une
action publique internationale, initie la compétence de la Cour. Par défaut de l’action du
Conseil de sécurité, la Cour est donc restée passive, incapable de se saisir de l’affaire afin
de poursuivre et juger les auteurs des crimes commis en Syrie.
Dès lors, les sanctions pour violation du droit international humanitaire se trouvent
ainsi relayées à un rang mineur alors qu’il est un truisme que la justice pénale
internationale « vise à faire expier, à intimider, amender, éliminer ou soigner, voir
surveiller ou aider l’auteur d’un acte considéré comme contraire aux normes divines,
naturelles ou sociales »123. En effet, la justice pénale internationale vise à intimider, elle a
également une fonction de rétribution voire de réinsertion. Le TPIR précisait à cet effet
que « les peines qui sont infligées aux accusés déclarés coupables par le Tribunal doivent
avoir la finalité, non seulement la rétribution desdits accusés, […] mais aussi la
dissuasion »124. C’est donc dire que la passivité ou l’inaction du Conseil et par ricochet
120 NGAMBEKET Emmanuel, « Le mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale à l’encontre de
VLADIMIR Poutine : Entre marteau de Thor et pistolet noué », op. cit., p. 15.
121 NGOUDZO TEMBO Roméo, « Le Conflit russo-ukrainien : le droit international en état végétatif ? »,
IMJST, Vol. 7 Issue 7, July – 2022, p. 5232.
122 Ces pays ont formulé plusieurs projets de résolutions favorables à l’intervention du Conseil de sécurité
et de la CPI en Syrie. Il s’agit notamment des projets du 04 octobre 2011, du 04 février 2012, du 19 juillet
2012 et du 12 mai 2014.
123 HENZELIN Marc, « Le droit international pénal et droits pénaux étatiques. Le choc des cultures », pp.
103- 104, Sur http://www.lalive.ch.data.PDF. Consulté le 05 juillet 2023.
124 Cf. TPIR en sa Chambre de préliminaire I, Affaire le Procureur contre AKEYESU, Jugement du 2 octobre
1998.
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de la Cour lorsque les crimes graves sont commis est un véritable obstacle à un retour
réel et durable de la paix.
Conclusion
Somme toute, l’action du Conseil de sécurité dans le fonctionnement de la CPI est utile
mais problématique. Il est vrai que le Conseil en saisissant la Cour pénale internationale
élargit positivement la compétence de la Cour, toute chose qui permet de lutter contre
l’impunité sur la scène internationale. Il en est de même du rôle que joue le Conseil dans
la répression du crime d’agression. Cependant, il ne faut pas ignorer que ce même
Conseil en vertu de l’article 16 du Statut de Rome peut et a même eu l’occasion dans la
pratique de suspendre l’activité de la Cour. Article souvent mis en branle de manière
illégitime, cet activisme du Conseil démontre en tout cas, une incursion négative du
Conseil dans le domaine de la justice pénale internationale en dépit du principe de
l’indépendance de la justice. À ceci, il faut ajouter l’abstention ou la saisine sélective du
Conseil qui, du fait de certains intérêts confine la CPI à une instance judiciaire passive
dans la répression des crimes internationaux. À tout prendre, cette influence à la fois
positive et négative du Conseil de sécurité sur la Cour pénale internationale incite à
entrevoir une rationalisation des rapports de force non seulement au sein du Conseil de
sécurité mais également au sein de la CPI.
Au sein du Conseil de sécurité, il faut alors envisager une suspension du véto en cas de
crime de masse afin que le Conseil de sécurité puisse rapidement déclencher l’article 13
b) du Statut de Rome. Il faut également faire recours bien souvent aux Commissions
d’enquêtes indépendantes pour éclairer le Conseil et la Cour sur la véracité de la
commission des crimes menaçant la paix et la sécurité internationales afin de pallier
l’inaction du Conseil et par ricochet de la Cour lors de la commission de crimes odieux
et avérés.
Au sein de la CPI, pour éviter que la Cour ne dépende des caprices des « cinq grands »,
il faut alors inciter les États à adhérer davantage au Statut de Rome afin de réduire le rôle
du Conseil de sécurité des Nations Unies dans le fonctionnement de la Cour125. C’est dans
ce sens que LATTANZI affirmait que si les États « […] veulent éviter que la Cour agisse
sur l’initiative du Conseil de sécurité et contre leur volonté spécifique, les États – surtout
ceux qui vivent des situations de crise à l’intérieur de leurs frontières n’ont qu’à entrer
dans le système en ratifiant le Statut de la Cour »126. Cette action qui doit être mise en
branle par l’Assemblée des États parties au Statut de Rome peut être confortée par celles
des magistrats de la Cour. En effet, « La Cour s’assure qu’elle est compétente pour
connaître de toute affaire portée devant elle. Elle peut d’office se prononcer sur la
recevabilité de l’affaire conformément à l’article 17 »127. Cette disposition du Statut de
Rome est fort éloquente au sujet d’un éventuel contrôle de l’action du Conseil par la CPI.
125 GBEMOUDJI Aurlus, Le Conseil de sécurité des Nations Unies et la Cour pénale internationale, op. cit., p. 75.
126 LATTANZI Flavia, « Compétence de la Cour pénale internationale et consentement des Etats »,
RGDIP, 1992/2, p. 442.
127 Article 19 § 1 du Statut de Rome de la CPI.
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L’audace des juges de la Cour devrait les conduire à envisager un éventuel contrôle de
l’activité du Conseil. Dans le cadre de l’arrêt Tadic par exemple, le TPIY a reconnu le
pouvoir discrétionnaire du Conseil128. Le TPIY contrôlait ainsi par ricochet la légalité de
l’acte du Conseil de sécurité. Les juges de la CPI peuvent se servir de ce précédent pour
s’assurer que l’action ou l’inaction du conseil de sécurité respecte la légalité
internationale, lorsqu’il est question des crimes graves.
À tout prendre, l’analyse appréciative du lien qui existe entre le Conseil de sécurité des
Nations Unies et la Cour pénale internationale permet de faire un constat évident : les
membres permanents du Conseil de Sécurité jouissent d’un pouvoir considérable pour
se prémunir de la compétence de la Cour à l’égard de leurs ressortissants ou de ceux
d’États amis. Ceci en dépit du principe d’égalité des citoyens devant la loi et devant la
loi pénale internationale. Dès lors, « le droit international, même pénal, demeure
profondément soumis aux contradictions des relations internationales »129. À cet effet, la
justice pénale internationale se présente alors comme une justice politisée. Finalement,
parce que paix et justice vont de pair, les membres permanents du Conseil de sécurité ne
doivent pas abuser de leurs pouvoirs au nom de la paix et ceci au détriment de la justice.
En effet, paix et justice n’en font qu’un et aucune véritable paix ne peut être acquise sans
la justice.
128Cf. Tribunal pénal international pour l’Ex- Yougoslavie, Procureur contre Tadic, 2 octobre 1995.
129LAFONTAINE Fannie et TACHOU-SIPOWO Alain-Guy, « Tous les chemins ne s’arrêtent pas à Rome :
la révision du Statut de la Cour pénale internationale à l’égard du crime d’agression ou la difficile
conciliation entre justice pénale internationale et sécurité internationale », RBDI, 2009/1, p. 110.
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