WS Antigone
WS Antigone
SOMMAIRE :
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p.10 1 Comment les gardes se comportent-ils avec Antigone ? Et Antigone se
laisse-t-elle faire ?
2 Pourquoi est-elle emmenée devant le roi ?
3 Dès son arrivée, Créon parle directement à Antigone, mais qui répond à sa
place ? Pourquoi Créon fait-il sortir les gardes ? Peut-on deviner son
intention ?
p.11 1 Dans la scène qui suit Créon cherche à trouver les motifs qui ont poussé sa
nièce à lui désobéir. Que pense-t-il ? A quelle conclusion arrive-t-il à la fin de
cette page ?
2 D´après Créon, Polynice n´a pas mérité que sa sœur se sacrifie pour lui.
Pourquoi ?
3 Comment Créon essaie-t-il de faire comprendre à Antigone qu´il doit agir
d´une certaine manière et pas d´une autre ? Quels sont ses arguments ?
4 Créon reproche à Antigone d’avoir « l´orgueil d´ Œdipe ». Pourquoi fait-il
cette allusion au père de sa nièce ? Que savez-vous du destin d´ Œdipe ?
Créon est-il arrivé à convaincre Antigone ?
p.14 1 Antigone peut-elle faire comprendre à Créon pourquoi elle s´obstine à enterrer
son frère ? Quelle est son explication ?
2 Pour quelle raison Créon n´a-t-il pas fait enterrer Polynice ?
p.17 1 Antigone refuse le bonheur que Créon lui dépeint. Expliquez pourquoi.
2 Créon compare Antigone encore une fois à Œdipe. Savez-vous pourquoi ?
Quel trait de caractère leur est commun ?
3 Pourquoi Antigone passe-t-elle du « vous » au « tu » en parlant à son oncle ?
4 Antigone s´oppose avec violence à son oncle. Résumez brièvement cette scène.
p.19 1 Hémon essaie de faire changer l´opinion de Créon. Quels sont ses arguments ?
Peut-il persuader son père ?
2 Avec quelle intention le Chœur s´adresse-t-il une deuxième fois à Créon ? A-t-
il du succès ?
3 Pourquoi Créon est-il obligé de confier Antigone à un garde ?
4 Antigone est-elle vraiment intéressée par les informations que le garde lui
donne ? Pourquoi l´écoute-t-elle ? Quelles sont les informations qu´il lui
donne ?
3
p.20 1 Elle lui parle de sa mort prochaine. Quelle est la réaction du garde ? Qu´est-ce
que cela nous révèle sur son caractère ?
2 L´insensibilité du garde est évidente quand il parle de la mort d´Antigone.
Expliquez. Faites le portrait du garde, prouvez qu´il ne pense qu`à lui même et
que le sort tragique d´Antigone ne l´intéresse pas.
3 Quel est le dernier souhait d´Antigone ? Que promet-elle au garde quand il
exauce son souhait? Celui-ci refuse de remettre une lettre d´Antigone, mais il
trouve une solution. Laquelle ?
p.21 1 Pourquoi veut-elle écrire une lettre à Hémon ? La présence du garde l´irrite et
elle raccourcit sa lettre. Alors quel est le message qu´elle veut faire parvenir à
son fiancé ? Pourquoi lui demande-t-elle pardon ? Qu´a-t-elle compris ?
Hémon aura-t-il sa lettre ? Cette scène avec la lettre n´était-ce pas seulement
un subterfuge de la part d´Anouilh pour faire connaître les états d´âmes
d´Antigone ?
2 Résumez le rapport du messager avec vos propres mots. (Quels personnages
meurent à la fin de la pièce ? Comment ? Comment Créon a-t-il essayé
d´empêcher le suicide de son fils ? )
p.22 1 A la fin de cette tragédie, Créon explique encore une fois pourquoi il a agi de
cette façon. Que dit-il ? Comment se voit-il par rapport aux autres qui ont
préféré la mort ? Peut-on dire qu´il est indifférent à l´égard de la tragédie qui
vient de se dérouler devant lui ?
2 Quelle est la fonction du Chœur dans cette scène ?
1. Partez du titre de la pièce. A quoi est-ce que les élèves s´attendent ? Le nom
d´Antigone leur dit-il quelque chose ? C´est un prénom courant ? Savent-ils ce qu’est
une tragédie ?
2. Faites avec vos élèves un travail sur Internet. Voilà les questions auxquelles ils
doivent répondre :
a) Qui est Antigone ? Quelle est l´histoire tragique de sa famille, les Labdacides ?
b) Trouvez quelques écrivains qui ont traité ce thème. Qui était le premier et
quand a-t-il vécu ?
c) Quel est le rôle du chœur dans les tragédies grecques ?
d) Rédigez une courte biographie d´Anouilh, l´auteur de la pièce que nous allons
lire. Retrouvez les éléments d´informations suivants : sa date de naissance, sa
date de decès, trois titres de pièces, la polémique autour d´Antigone.
e) En quelle année a-t-il écrit « Antigone » ? Quelle était la situation politique en
France à cette époque ? « Antigone » était-ce une de ses meilleures pièces ?
Quelles sont les informations que vous trouvez ?
3. Si vous préférez un travail de groupe, donnez à vos élèves ces quelques lignes
énigmatiques tirées du Prologue et dites-leur qu´il s´agit d´une tragédie grecque :
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Faites les travailler à deux ou à trois. Ils devront répondre aux questions suivantes :
a) De quoi s´agit-il ?
b) A vous d´imaginer et de donner votre version de l´histoire. Présentez le résultat
de votre travail devant la classe.
4. Une autre possibilité pour entrer dans l´histoire serait de lire tout le Prologue et de
faire travailler vos élèves après cette lecture. Organisez un travail en tandem et
donnez-leur une grille de lecture avec les grandes questions :
QUI (Quels sont les personnages de la pièce, trouvez leurs liens de parenté, quel sera leur rôle
dans la pièce ?)
OÙ
QUAND
POURQUOI
5. Faites lire à vos élèves les trois premiers paragraphes de la Préface et profitez-en pour
habituer vos élèves à l´exercice suivant :
oui non on
ne
sait
pas
1 « Antigone » a été jouée la première fois en 1942 à Paris.
Justifiez votre réponse :
5
III.) Pour analyser et résumer la pièce.
1.Le Prologue
a) Faites le résumé en complétant le texte avec les mots que vous trouverez ci-dessus :
cadavre de Polynice.
b) Mise en scène du début de la pièce selon la « technique du souffleur ». Après avoir lu
le Prologue, dites à vos élèves de faire leur propre mise en scène. Cette fois-ci les
personnages ne sont pas présentés par Le Prologue mais se présentent eux-mêmes.
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4. Quelle était la situation du spectateur de l'Antiquité face à l'histoire mise en scène ?
Retrouve-t-on cette situation dans le Prologue d'Antigone ?
Pour analyser cette première discussion entre Antigone et Ismène, organisez un travail de
groupe. Dans le Documentaire vous trouverez une analyse de ce passage.
...Nous ne pouvons pas. ... Écoute, j’ai bien réfléchi. Je suis l’aînée, je réfléchis plus que toi. Je suis
plus pondérée. .... j’ai pitié moi aussi de mon frère, mais je comprends un peu notre oncle. ...
Il est plus fort que nous. Il est le roi. Et ils pensent tous comme lui dans la ville. Ils sont des milliers
et des milliers autour de nous, grouillant dans toutes les rues de Thèbes. ... Ils nous hueront. Ils nous
prendront avec leurs mille bras, leurs mille visages et leur unique regard. Ils nous cracheront à la
figure. ... Oh! je ne peux pas, je ne peux pas ...Ton bonheur est là devant toi et tu n’as qu’à le prendre.
Tu es jeune, tu es fiancée ...
3. Antigone – Hémon
a) Imaginez un Hémon plus courageux qui n´accepte pas le refus d´Antigone, qui lui demande
des explications, qui devient furieux, qui essaie de la sauver ...
Réécrivez cette scène.
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7 Hémon sort sans comprendre pour lui plaire et parce qu´elle avait
souhaité se donner à lui.
8 Ismène supplie encore une fois qu´Antigone pense déjà à sa mort
prochaine.
9 Mais Antigone lui révèle qu´elle ne sera jamais sa femme sans
donner d´explication.
10 Ismène est choquée il ne comprenait pas.
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1) Pouvez-vous commenter les points de divergence (les différences) qui existent entre les deux
sœurs ?
Sur le plan physique :
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Sur le plan psychologique :
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a) Qu´apprend-on dans ces deux scènes ? Cochez les bonnes réponses. Après ce travail,
écrivez un résumé.
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fatalité.
15 Anouilh a une conception optimiste de l´action humaine.
16 Dans le drame il y a encore de l´espérance, dans la tragédie il n´y en a pas.
b) Le Chœur : Avec quels adjectifs Anouilh qualifie-t-il la tragédie ? Cochez les bonnes
réponses.
tranquille ignoble
cruelle gratuit
commode propre
innocente reposant
utilitaire épouventable
acharnée
Le matériel tragique est tout prêt. Quels énoncés nous prouvent cela ? Cochez les bonnes
réponses.
7. Créon – Antigone
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Afin de mettre en évidence tout ce qui oppose Antigone et Créon, remplissez le tableau
suivant puis répondez aux questions qui suivent :
Antigone Créon
Plan humain
(âge, sexe)
Plan social
(fonction, statut)
Plan politique
(rôle, idées)
Position défendue
Arguments
d’ordre affectif
Arguments
d’ordre logique
Arguments
d’ordre politique
Bilan
Questions :
c) Expression écrite
d) Production écrite
Sujet : Rédigez un dialogue théâtral d’environ trente lignes entre Ismène et Créon, dans
lequel la jeune fille cherchera à convaincre son oncle de laisser la vie sauve à Antigone.
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8. Le Chœur – Créon – Hémon
a) Voilà le résumé de cette scène. Malheureusement les phrases sont dans le désordre.
Mettez-les dans l´ordre en les numérotant, après copiez ce résumé dans votre cahier.
Malgré la certitude d´être seul à la fin, il doit la condamner à être enterrée vivante
Pour cette raison, il confie Antigone au garde.
Mais Créon lui oppose la volonté d´Antigone.
Remettre de l´ordre dans le monde lui vaut plus cher que le bien-être de sa famille.
Il s´adresse à Créon pour le supplier de sauver quand même Antigone.
Créon ne peut pas pardonner Antigone parce qu´il est lié par son pouvoir.
1 A peine les gardes ont-ils emmené Antigone que le Chœur va à Créon.
Il doit donner des ordres.
Finalement Créon répète encore une fois au Chœur que même devant le désespoir de
son fils, il ne peut plus rien.
Hémon vient à son tour supplier son père d´épargner Antigone.
Elle veut mourir car elle rejette la vie telle que l´ont faite les hommes.
Cependant, un mouvement de révolte populaire oblige Créon à sortir.
A sa grande déception, il découvre que son père ne peut plus rien faire.
Le roi explique au Chœur la signification du refus de sa nièce :
1 Faites une recherche sur le rôle du chœur dans la tragédie grecque. 2 Mise en commun des
recherches effectuées et rédaction d´une synthèse. 3 Comparaison avec le rôle du Chœur dans
la tragédie d´Anouilh.
9. Antigone – Le Garde
a) Pour une meilleure compréhension de cette scène cochez les bonnes réponses.
vrai faux ?
1 Le garde ne pense qu´à lui.
2 Il emploie du vocabulaire familier.
3 Antigone s´intéresse à ce que dit le garde.
4 Le garde a déjà fait la guerre.
5 Le garde est profondément indifférent à l´égard du sort d´Antigone.
6 Le bonheur du garde est constitué par du quotidien.
7 Le garde est content de sa solde.
8 Il raconte à Antigone des détails horribles, par exemple quand il parle de sa
mort prochaine.
9 Il est méchant avec Antigone.
10 Pendant la guerre, il a été blessé au ventre.
11 Le garde répond aux questions d´Antigone avec beaucoup de tact.
12 Il a la chance d´avoir un logement bon marché.
13 Mais il n´est pas content de son chauffage.
12
14 On peut dire qu´il est plutôt balourd et qu´il n´agit pas par méchanceté.
15 D´abord le garde ne veut pas écrire la lettre d´Antigone.
16 Après il accepte parce qu´elle lui offre un cadeau.
17 Le garde n´est pas corruptible.
18 Il a des problèmes avec l´orthographe.
19 Le garde répète les mots qu´Antigone lui dicte et il les commente.
20 La grosse voix du garde dévalorise et désacralise la lettre d´Antigone.
21 Juste avant l´arrivée de l´autre garde, il peut encore noter l´adresse du
déstinataire.
22 Antigone est contente d´avoir écrit cette lettre.
b) Production écrite : Antigone ne pouvait pas écrire la lettre qu´elle aurait voulu écrire à
Hémon. Qu´est-ce qu´elle lui aurait dit, si le garde l´avait laissé écrire cette lettre seule ?
• Former des groupes de quatre personnes et inventer la fin de cette tragédie familiale en
respectant les données suivantes :
- les protagonistes sont les mêmes que dans la pièce de théâtre : Antigone, Créon,
Hémon, Ismène, le Prologue ;
- Après la scène entre Antigone et Créon, le spectateur comprend que Créon sera obligé
de faire exécuter Antigone. La fera-t-il vraiment tuer ? Quelles seront les réactions des
personnages qui l´entourent ? Et quel serait le commentaire du Prologue qui nous informe
aussi sur la morale de la pièce. Ecrire les dialogues.
• Chaque groupe joue ou lit sa scène devant la classe.
• Les autres élèves résument ce qu’ils ont vu ou entendu.
• Lorsque tous les groupes ont terminé leur présentation, la classe choisit la proposition qui
lui semble la meilleure.
f) Après la lecture
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IV.Pour travailler sur les personnages
Dans le poème acrostiche, les lettres initiales des vers, lues verticalement, composent un nom
propre.
Donnez à vos élèves la consigne ci-dessous et faites les travailler en groupe avec un
dictionnaire.
FICHE DE TRAVAIL
Inventerez un poème acrostiche qui reconstituera le prénom d´un des personnages de la pièce
d´Anouilh, « Antigone » en vous servant du dictionnaire. Trouverez les adjectifs qui
caractérisent le mieux le personnage choisi.
Exemple :
A
N
Têtue
I
G
O
N
Enérgique
2. Faire lire à vos élèves l´analyse des personnages qui se trouve dans le
Documentaire. Leur donner la fiche de travail qui se trouve ci-dessous.
FICHE DE TRAVAIL
Compréhension écrite :
ANTIGONE ISMÈNE
petite
maigre
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b) Relevez quelques traits de caractère d´Antigone :
___________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________
___________________________________________________________________________
b) Hémon est
le fils d´Antigone bavard et aime faire de longs discours
le protagoniste de la pièce un fils qui respecte son père
souvent présent sur scène anxieux
assez naϊf proche de la sœur d´Antigone
A l´aide de la grille ci-dessous, qu´il faut encore compléter, écrivez l´histoire d´un
personnage tiré de la pièce « Antigone » à la manière d´un fait divers.
Exemple :
15
dans son pré pour nourrir les vaches. L´animal qui l´a attaqué
était vraisemblablement énervé par l´orage.
Grille :
V.) Documentaire
Ismène se valorise, elle dit qu'elle a toujours raison : "réfléchir", "raison", "pondérée". C'est elle qui mène le
dialogue dans un premier temps : "Écoute". Ses arguments sont réalistes : elle dit que Créon n'a pas totalement
tort : "Il est le roi, il faut qu'il donne l'exemple", son attitude s'explique par sa fonction de roi. Ismène est partagée :
elle a une attitude réaliste presque adulte et elle essaie de comprendre les uns et les autres. Il n'y a pas de partis
tranchés chez Anouilh. Dans la pièce de Sophocle, Antigone défend les lois sacrés contre la tyrannie. Ici on a une
version plus "mitigée" des choses.
Antigone reprend des phrases de sa sœur de manière laconique, ces réponses ne permettent pas d'entrer dans
un débat de fond avec Ismène, mais elles nous permettent de comprendre Antigone. On a l'impression qu'elle se
démarque : "Moi, je ne suis pas le roi. Il ne faut pas que je donne l'exemple, moi... Ce qui lui passe par la tête, la
petite Antigone, la sale bête, l'entêtée, la mauvaise, et puis on la met dans un coin ou dans un trou. Et c'est bien
e
fait pour elle. Elle n'avait qu'à ne pas désobéir !". Elle se traite à la 3 personne en utilisant un vocabulaire
péjoratif. Antigone veut nous dire qu'elle est libre : "je ne suis pas le roi", sa liberté existe depuis toujours et elle le
revendique. L'affaire de Polynice n'en est qu'une partie. Elle a été depuis toujours indomptable. En fait, ce qu'elle
nous dit n'est pas péjoratif pour elle. Sa sœur est présentée comme quelqu'un de plus raisonnable. Antigone ne
veut pas s'enfermer dans un conformisme et faire comme tout le monde. Pour elle "comprendre" rejoint obéir et
être raisonnable. Ce verbe est repris par anaphore : "Il fallait comprendre" ( x2) et il est répété 7 fois en tout dans
cette tirade. Elle oppose la notion de raison à l'envie de faire ce qu'elle veut quand elle veut. Elle avait envie de
tout vivre pleinement : "manger tout à la fois", "donner tout ce qu'on a", "courir jusqu'à ce qu'on tombe". Ce désir
d'absolu est lié à sa jeunesse : "Je comprendrai quand je serais vieille". Elle veut braver les interdits par ses jeux
d'enfants, gratuits et agréables. Ce sont des plaisirs simples : elles jouent avec les éléments naturels : l'eau ("
toucher à l'eau, à la belle eau fuyante et froide"), le vent ("courir, courir dans le vent jusqu'à ce qu'on tombe par
terre") et la terre. Le rôle de la Nature et de cette innocence sont importants chez Antigone. La liberté s'exprime
encore par l'expression "courir, courir dans le vent". Tout ces jeux s'opposent aux règles sociales. Elle revendique
la liberté de vivre naturellement et dans l'innocence face à la norme sociale donnée par Créon, contrairement à
sa sœur qui accepte les règles dictées par le roi. Antigone est l'image de la jeunesse exigeante ce qui dépasse le
point de vue donné par la pièce de Sophocle.
Notion de vivre : Paradoxalement, on a l'impression qu'Antigone est plus sensible à la vie que sa sœur. Elle
l'affirme par des questions oratoires : "Qui se levait la première, le matin, rien que pour sentir l'air froid sur sa
peau nue? Qui se couchait la dernière seulement quand elle n'en pouvait plus de fatigue, pour vivre encore un
peu de la nuit? Qui pleurait déjà toute petite, en pensant qu'il y avait tant de petites bêtes, tant de brins d'herbe
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dans le pré et qu'on ne pouvait pas tous les prendre? " Elle trouve le temps trop court et elle veut donc le vivre au
maximum : "la première, le matin", "la dernière [...] quand elle n'en pouvait plus de fatigue, pour vivre encore un
peu de la nuit". Elle se présente comme la petite fille qui ne grandira pas. Pour elle vieillir, c'est devenir Ismène.
Elle utilise l'imparfait pour dire à Ismène que c'était la dernière fois qu'elle faisait cela. Elle veut vivre pleinement
le temps avec la nature, elle est en osmose avec elle, rien ne les séparent : "peau nue". Contrairement à Ismène
qui est belle par son artifice : "belle robe". Elle veut vivre de la nuit, où elle est seule à seul avec la nature, comme
si elle en tirait son énergie vitale. Ce désir de communion, de familiarité avec la nature s'exprime dans ce qu'elle
a de plus commun : "petites bêtes". On retrouve cette notion de pureté et d'innocence d'Antigone.
Le type de dialogue entre les 2 personnages marquent bien le fossé qui les écartent. Ceci était déjà exprimé dans
le prologue.
Dans deux tirades, Ismène manifeste sa peur. Dans la première : sa peur vient du conformisme : "ils pensent tous
comme lui" et du collectif qu'elle dévalorise : "des milliers et des milliers [...] grouillant". Elle vient de la loi du
nombre, le nombre est relié par la taille de la ville : "dans toutes les rues de Thèbes", "dans la ville". Elle y utilise
le "nous", elle se sent proche de sa sœur, elle n'a plus cette innocence. Dans la deuxième tirade : elle évoque la
foule : elle essaie d'impressionner Antigone par la quantité : "mille bras", "mille visages", "unique regard", ils
regardent tous Antigone avec leurs deux mille yeux : ceci exprime encore la peur du conformisme. Ce
vocabulaire haineux, du mépris, doit faire peur à Antigone : "cracheront à la figure", "leur haine". Elle a peur des
gardes qui l'enverront jusqu'à la mort : "supplice", elle les décrit comme des animaux qui ont la tête gonflée, qui
ne réfléchissent pas : "regard de bœuf", "têtes d'imbéciles" et comme des gens grossiers, patauds, qui manquent
de délicatesse : "grosses mains lavées", "cols raides". C'est son imaginaire qui la conduit et elle est déjà au stade
du supplice où elle est accompagnée par les gardes dans la charrette qui sont une autre représentation de
Créon. Elle a surtout peur de souffrir.
La pièce est composée sous sa forme quasi-définitive en 1942, et reçoit à ce moment l'aval de la
censure hitlérienne. Elle n'est jouée la première fois que deux ans après, le 4 février 1944, au théâtre
de l'Atelier à Paris, sans doute à cause de difficultés financières. Après une interruption des
représentations en août 1944, due aux combats pour la libération de Paris, elles reprennent
normalement.
Antigone sera ensuite à nouveau représenté à Paris en 1947, 1949 et 1950 mais aussi dès mai 1944
à Bruxelles, en 1945 à Rome, et en 1949 à Londres.
b) Le contexte historique :
Antigone est une pièce des années noires, lorsque la France connaît la défaite face aux armées
nazies et elle tombe sous l'Occupation. Nous étudierons d'une part l'Occupation : la situation générale
et ensuite la radicalisation du régime de Vichy et d'autre part les origines historiques de la pièce.
En 1942, Jean Anouilh réside à Paris, qui est occupée par les Allemands depuis la débâcle de 1940 et
l'Armistice. La République a été abolie et remplacée par l'État français, sous la direction du maréchal
Pétain. La France est alors découpée en plusieurs régions : une zone libre au Sud, sous
l'administration du régime de Vichy, une zone occupée au Nord, sous la coupe des Allemands, une
zone d'administration allemande directe pour les départements du Nord et du Pas-de-Calais,
rattachés à la Belgique, une zone annexée au Reich : l'Alsace-Lorraine et enfin, une zone
d'occupation italienne dans le Sud-Est (Savoie).
Refusant l'Armistice et le gouvernement de Vichy, le général Charles de Gaulle lance un appel aux
Français le 18 juin 1940 depuis Londres et il regroupe ainsi autour de lui les Forces françaises libres
17
(F.F.L.). C'est le début de la Résistance. Le 23 septembre 1941, un "Comité national français" a été
constitué, c'est une première étape vers un gouvernement en exil. En métropole, la Résistance
s'organise, tout d'abord de façon indépendante et sporadique (qui se produit occasionnellement), puis
en se rapprochant de de Gaulle sous la forme de réseaux, comme Combat. En 1942, le mouvement a
déjà pris une certaine ampleur qui se manifeste par des actes de sabotage et des attentats contre des
Allemands et des collaborateurs ; l'armée d'occupation réplique par des représailles massives et
sanglantes.
L'année 1942, marque un tournant décisif dans cette période. Les rapports de force se sont modifiés,
car les États-Unis viennent de déclarer la guerre à l'Allemagne. En France, le 19 avril 1942, Pierre
Laval revient au pouvoir après une éclipse d'un an et demi et accentue la collaboration avec Hitler.
Dans un discours radiodiffusé le 22 juin 1942, il déclare fermement : "Je souhaite la victoire de
l'Allemagne" et il crée le Service du travail obligatoire (S.T.O.) pour l'aider en envoyant des ouvriers
dans leurs usines de guerre. La rafle du Vél. d'Hiv. le 16 juillet 1942 envoie des milliers de juifs, via
Drancy, dans les camps de concentration de d'extermination.
Ce n'est qu'en 1944 que nazis et collaborateurs subissent de véritables revers. Le Comité national de
la Résistance (C.N.R.), institué le 15 mai 1943, fédère les différentes branches de la lutte antinazie et
prépare l'après-guerre. Le 6 juin 1944, le débarquement des Alliés en Normandie déclenche
l'insurrection des maquis en France et organise la reconquête du territoire français. Paris se soulève
avant le moment prévu et se libère seul fin août 1944.
Avant même que la guerre ne soit terminée, l'épuration se met en place : de nombreux sympathisants
du régime de Vichy sont jetés en prison et condamnés, certains sont exécutés, parfois sans procès ;
les milieux culturels (journalistes, écrivains et acteurs) ne sont pas épargnés. C'est dans ce climat
troublé que de Gaulle regagne la France et en assure dans un premier temps le gouvernement.
C'est à un acte de résistance qu'Anouilh doit l'idée de travailler sur le personnage d'Antigone. En août
1942, un jeune résistant, Paul Collette, tire sur un groupe de dirigeants collaborationnistes au cours
d'un meeting de la Légion des volontaires français (L.V.F.) à Versailles, il blesse Pierre Laval et
Marcel Déat. Le jeune homme n'appartient à aucun réseau de résistance, à aucun mouvement
politique ; son geste est isolé, son efficacité douteuse. La gratuité de son action, son caractère à la
fois héroïque et vain frappent Anouilh, pour qui un tel geste possède en lui l'essence même du
tragique. Nourri de culture classique, il songe alors à une pièce de Sophocle, qui pour un esprit
moderne évoque la résistance d'un individu face à l'État. Il la traduit, la retravaille et en donne une
version toute personnelle.
La nouvelle Antigone est donc issue d'une union anachronique, celle d'un texte vieux de 2400 ans et
d'un événement contemporain.
Antigone appartient aux légendes attachées à la ville de Thèbes. Elle est l'une des enfants nés de
l'union incestueuse du roi de Thèbes Œdipe et de sa propre mère, Jocaste . Antigone est la sœur
d'Ismène, d'Etéocle et de Polynice. Elle fait preuve d'un dévouement et d'une grandeur d'âme sans
pareils dans la mythologie.
Quand son père est chassé de Thèbes par ses frères et quand, les yeux crevés, il doit mendier sa
nourriture sur les routes, Antigone lui sert de guide. Elle veille sur lui jusqu'à la fin de son existence et
l'assiste dans ses derniers moments.
Puis Antigone revient à Thèbes. Elle y connaît une nouvelle et cruelle épreuve. Ses frères Etéocle et
Polynice se disputent le pouvoir. Ce dernier fait appel à une armée étrangère pour assiéger la ville et
combattre son frère Etéocle. Après la mort des deux frères, Créon, leur oncle prend le pouvoir . Il
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ordonne des funérailles solennelles pour Etéocle et interdit qu'il soit donné une sépulture à Polynice,
coupable à ses yeux d'avoir porté les armes contre sa patrie avec le concours d'étrangers. Ainsi l'âme
de Polynice ne connaîtra jamais de repos. Pourtant Antigone, qui considère comme sacré le devoir
d'ensevelir les morts, se rend une nuit auprès du corps de son frère et verse sur lui, selon le rite,
quelques poignées de terre. Créon apprend d'un garde qu'Antigone a recouvert de poussière le corps
de Polynice. On amène Antigone devant lui et il la condamne à mort. Elle est enterrée vive dans le
tombeau des Labdacides . Plutôt que de mourir de faim, elle préfère se pendre.
Hémon, fils de Créon et fiancé d'Antigone se suicide de désespoir . Eurydice , l'épouse de Créon ne
peut supporter la mort de ce fils qu'elle adorait et met fin elle aussi à ses jours.
C'est de ce texte de Sophocle que va s'inspirer Anouilh pour écrire Antigone en 1942 : " l'Antigone de
Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi
pendant la guerre , le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon , avec la résonance
de la tragédie que nous étions alors en train de vivre".
Cette pièce , créée en 1944, connaît un immense succès public mais engendre une polémique.
Certains reprochent à Anouilh de défendre l'ordre établi en faisant la part belle à Créon . Ses
défenseurs , au contraire , voient dans Antigone la "première résistante de l'histoire" et dans la pièce
un plaidoyer pour l'esprit de révolte.
<<Il est né à Bordeaux en 1910, d'un père tailleur et d'une mère musicienne. Il arrive à Paris en 1921
et poursuit ses études au collège Chaptal. Après des études de droit, il débute dans la publicité où il
rencontrera Prévert. Très tôt passionné par le théâtre, Jean Anouilh assiste émerveillé, au printemps
1928, à la représentation de Siegfried de Jean Giraudoux . Cette pièce servira de révélateur : "c'est le
soir de Siegfried que j'ai compris..."
En 1929 il devient le secrétaire de Louis Jouvet . Les relations entre les deux hommes sont tendues.
Qu'importe, son choix est fait, il vivra pour et par le théâtre.
Sa première pièce, l’Hermine (1932), lui offre un succès d'estime, et il faut attendre 1937 pour qu'il
connaisse son premier grand succès avec le Voyageur sans bagages . L'année suivante le succès de
sa pièce la Sauvage confirme sa notoriété et met fin à ses difficultés matérielles. Au travers de textes
apparemment ingénus, Anouilh développe "une vision profondément pessimiste de l’existence".
Puis éclate la seconde guerre mondiale. Pendant l'occupation, Jean Anouilh continue d'écrire. Il ne
prend position ni pour la collaboration, ni pour la résistance. Ce non-engagement lui sera reproché.
Il se lance dans l'adaptation de tragédies grecques et obtient un nouveau succès avec Eurydice
(1942). En 1944 est créé Antigone (1944). Cette pièce connaît un immense succès public mais
engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l'ordre établi en faisant la part
belle à Créon . Ses défenseurs mettent au contraire en avant les qualités de l'Héroïne.
Il obtient de nombreux succès. Citons notamment L'Invitation au château (1947), L'Alouette (1952),
Pauvre Bitos ou le dîner de têtes (1956), Beckett ou l'honneur de Dieu (1959).
En 1961, il connaît un échec avec La Grotte . Il se tourne alors vers la mise en scène. Anouilh est un
des premiers à saluer le talent de Samuel Beckett, lors de la création d'En attendant Godot. Il
soutiendra également Ionesco, Dubillard, Vitrac...
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Il écrira encore plusieurs pièces dans les années soixante-dix, dont certaines lui vaudront le qualificatif
"d'auteur de théâtre de distraction" . Anouilh assume alors parfaitement ce rôle revendiquant
volontiers le qualificatif de "vieux boulevardier". Et allant même jusqu'à se présenter comme un simple
"fabricant de pièces" .
Il n'en reste pas moins qu'Anouilh a bâti une œuvre qui sous l'apparence d'un scepticisme amusé
révèle un pessimisme profond. Il a également su dépeindre ces combats passionnés où l'idéalisme et
la pureté se fracassent contre le réalisme et la compromission. Comme l'écrit Kléber Haedens, "
Anouilh touche par ses appels au rêve, sa nostalgie d'un monde pur et perdu".
Vocabulaire: Questionnaire:
1 Fiche signalétique: 1
recevoir l´aval de qn. – von jem. die Garantie A quelle époque Anouilh a-t-il écrit cette pièce?
bekommen Dans quels pays a-t-on donné Antigone?
2 Le contexte historique 2
la défaite – die Niederlage Faites une description de la France occupée.
l´Armistice – Waffenstillstand Parlez du rôle du général de Gaulle.
abolir qch.- etw. abschaffen Comment la Résistance a-t-elle contribuée à la
Pierre Laval – chef du gouvernement de Vichy en libération de la France?
1942, mena une politique de collaboration avec Pourquoi l´année 1942 est-elle appelée dans les livres
l´Allemagne, condamné à mort, il fut fusillé d´histoire allemands "das Jahr der Wende"?
le débarquement des Alliés en Normandie – die Que savez-vous du débarquement et de ce qui s´est
Landung der Alliierten in der Normandie passé en France après la libération?
l´épuration se met en place - die Säuberung findet Quel événement a inspiré Anouilh à écrire Antigone?
statt
la gratuité de son action – die Nutzlosigkeit seiner
Handlung
vain,-e – nutzlos
3 De l´Antigone de Sophocle ... 3
un dévouement – Hingabe, Opferbereitschaft, Racontez le mythe d´Antigone.
Selbstaufgabe Que savez-vous de son père Oedipe?
crever les yeux – die Augen blenden
assiéger une ville – eine Stadt belagern
les funérailles – Begräbnisfeierlichkeiten
donner une sépulture à qn. – jem. ein Begräbnis
gewähren
ensevelir les morts – die Toten beerdigen
être enterré,-e vif,-ve –lebendig begraben werden
braver l´interdiction de qn. – dem Verbot von jem.
trotzen
4 Biographie 4
un tailleur - Schneider Parlez des origines d´Anouilh,
Louis Jouvet – acteur et directeur de théâtre, (1887- de sa jeunesse, de ses premiers succès, de son rôle
1951), il s´est distingué comme metteur en scène, pendant la guerre et de ses activités après la guerre.
surtout dans le théâtre de Molière et de J. Giraudoux
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3. Les personnages de la pièce
Les relations entre personnages sont en partie imposées par le modèle de Sophocle et la mythologie. Les liens
de parenté ne sont aucunement modifiés, et l'on retrouve le traditionnel tableau de famille des Labdacides.
a) Antigone :
Personnage central de la pièce dont elle porte le nom, Antigone est opposée dès les premières minutes à sa
sœur Ismène, dont elle représente le négatif. "la petite maigre", "la maigre jeune fille moiraude et renfermée" (p.
9), elle est l'antithèse de la jeune héroïne, l'ingénue, dont "la blonde, la belle, l'heureuse Ismène" est au contraire
l'archétype.
Elle a un physique garçonnier, sans apprêts : elle aime le gris : "C'était beau. Tout était gris", "monde sans
couleurs", ... Antigone le dit elle même : "je suis noire et maigre".
Opiniâtre, secrète, elle n'a aucun des charmes dont sa sœur dispose à foison : elle est "hypocrite", a un "sale
caractère", c'est "la sale bête, l'entêtée, la mauvaise". Malgré cela, c'est elle qui séduit Hémon : elle n'est pas
dénuée de sensualité, comme le prouve sa scène face à son fiancé, ni de sensibilité.
Face à Ismène, Antigone se distingue au physique comme au moral, et peut exercer une véritable fascination :
Ismène lui dit : "Pas belle comme nous, mais autrement. Tu sais bien que c'est sur toi que se retournent les petits
voyous dans la rue ; que c'est toi que les petites filles regardent passer, soudain muettes sans pouvoir te quitter
des yeux jusqu'à ce que tu aies tourné le coin." (pages 29-30)
Comme le basilic des légendes, dont le regard est mortel, Antigone pétrifie et stupéfait, car elle est autre. Son
caractère reçoit cette même marque d'étrangeté qui a séduit Hémon et qui manque à Ismène, ce que Créon
appelle son orgueil. Quelque chose en elle la pousse à aller toujours plus loin que les autres, à ne pas se
contenter de ce qu'elle a sous la main : "Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique,
votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux encore dire "non" encore à tout ce que je n'aime pas et je
suis seule juge." (p. 78)
Cette volonté farouche n'est pas tout à fait du courage, comme le dit Antigone elle-même (p. 28) ; elle est une
force d'un autre ordre qui échappe à la compréhension des autres.
b) Ismène :
Elle "bavarde et rit", "la blonde, la belle" Ismène, elle possède le "goût de la danse et des jeux [...] du bonheur et
de la réussite, sa sensualité aussi", elle est "bien plus belle qu'Antigone", est "éblouissante", avec "ses bouclettes
et ses rubans", "Ismène est rose et dorée comme un fruit".
"sa sœur" possède une qualité indomptable qui lui manque : elle n'a pas cette force surhumaine. Même son
pathétique sursaut à la fin de la pièce n'est pas à la hauteur de la tension qu'exerce Antigone sur elle-même :
"Antigone, pardon ! Antigone, tu vois, je viens, j'ai du courage. J'irai maintenant avec toi. [...] Si vous la faites
mourir, il faudra me faire mourir avec elle ! [...] Je ne peux pas vivre si tu meurs, je ne veux pas rester sans toi !"
(pages 97-98).
C'est sa faiblesse même, et non sa volonté, qui la pousse à s'offrir à la mort. Antigone le voit bien, et la rudoie
avec mépris : "Ah ! non. Pas maintenant. Pas toi ! C'est moi, c'est moi seule. Tu ne te figures pas que tu vas venir
mourir avec moi maintenant. Ce serait trop facile ! [...] Tu as choisi la vie et moi la mort. Laisse-moi maintenant
avec tes jérémiades." (page 98)
Les deux rôles féminins de la pièce sont diamétralement opposés. Ismène est une jolie poupée que les
événements dépassent. Antigone au contraire est caractéristique des premières héroïnes d'Anouilh : elle est une
garçonne qui dirige, mène et vit son rôle jusqu'au bout.
c) Créon :
"son oncle, qui est le roi", "il a des rides, il est fatigué", "Avant, du temps d'Œdipe, quand il n'était que le premier
personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de
Thèbes".
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C'est un souverain de raccroc, tout le contraire d'un ambitieux. Besogneux et consciencieux, il se soumet à sa
tâche comme à un travail journalier, et n'est pas si différent des gardes qu'il commande. "Thèbes a droit
maintenant à un prince sans histoire. Moi, je m'appelle seulement Créon, Dieu merci. J'ai mes deux pieds sur
terre, mes deux mains enfoncées dans mes poches, et, puisque je suis roi, j'ai résolu, avec moins d'ambition que
ton père, de m'employer tout simplement à rendre l'ordre de ce monde un peu moins absurde, si c'est possible."
(pages 68 et 69)
Au nom du bon sens et de la simplicité, Créon se voit comme un tâcheron, un "ouvrier" du pouvoir (page 11). Il
revendique le manque d'originalité et d'audace de sa vision, et plaide avec confiance pour la régularité et la
banalité de l'existence. Sa tâche n'est pas facile, mais il en porte le fardeau avec résignation.
Personnage vieilli, usé, il se distingue par sa volonté d'accommodement ; mais il avoue aussi avoir entretenu
d'autres idéaux : "J'écoutais du fond du temps un petit Créon maigre et pâle comme toi et qui ne pensait qu'à tout
donner lui aussi..." (page 91). Créon se considère lui-même comme une Antigone qui n'aurait pas rencontré son
destin, une Antigone qui aurait survécu.
d) Les gardes :
Ce sont " trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes", "ce ne sont pas de mauvais bougres", "ils sentent l'ail,
le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination". Ces gardes représentent une version brutale et
vulgaire de Créon. Leur langage sans raffinement, leur petitesse de vue en font des personnages peu
sympathiques, dont les rares bons mouvements ne suffisent pas à cacher la peur de la hiérarchie ("Pas
d'histoires !" revient souvent dans leur bouche). Sans être totalement réduits à l'état de machines, ils sont
essentiellement un instrument du pouvoir de Créon, et rien de plus : "Le Garde : S'il fallait écouter les gens, s'il
fallait essayer de comprendre, on serait propres." (p. 55)
Leur soumission à Créon n'est pas établie sur la base d'une fidélité personnelle. Ils sont des auxiliaires de la
justice, respectueux du pouvoir en place, et ce quel que soit celui qui occupe le pouvoir. Le Prologue indique bien
que rien ne leur interdirait de se retourner contre Créon, si celui-ci était déchu : "Pour le moment, jusqu'à ce qu'un
nouveau chef de Thèbes dûment mandaté leur ordonne de l'arrêter à son tour, ce sont les auxiliaires de la justice
de Créon." (p. 12) Sans états d'âme, ils passent au travers de la tragédie sans rien comprendre, et le rideau
tombe sur eux. C'est à travers eux que se manifeste le plus clairement le pessimisme aristocratique d'Anouilh.
e) Hémon :
Le "jeune homme", "fiancé d'Antigone", est le fils de Créon, c'est un personnage secondaire qui n'apparaît qu'en
deux occasions, soumis à Antigone et révolté contre Créon ; ses propos sont courts et simples ("Oui, Antigone."),
ou témoignent d'une naïveté encore enfantine. La peur de grandir se résume chez lui à l'angoisse de se retrouver
seul, de regarder les choses en face : "Père, ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas toi, ce n'est pas aujourd'hui ! Nous
ne sommes pas tous les deux au pied de ce mur où il faut seulement dire oui. Tu es encore puissant, toi, comme
lorsque j'étais petit. Ah ! Je t'en supplie, père, que je t'admire, que je t'admire encore ! Je suis trop seul et le
monde est trop nu si je ne peux plus t'admirer." (p. 104)
Fiancé amoureux, enfant révolté, il est par son caractère davantage proche d'Ismène, à qui le Prologue l'associe,
que d'Antigone.
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4. La légende d´Œdipe
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