Ismaili
Ismaili
Filière SMIA
Module d’Algèbre 1
Semestre 1
Notes de Cours Préparées par le Pr. M.C. Ismaili
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
CHAPITRE I
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Alors que le tableau suivant montre ii) :
Lois de Morgan :
non(P et Q) ⇔ (non(P ) ou non(Q))
non(P ou Q) ⇔ (non(P ) et non(Q))
(H ⇒ C) ⇔ (non(H) ou C).
En fait, le raisonnement par l’absurde consiste à montrer que la proposition non(P ) est
fausse pour établir que la proposition P est vraie.
Exemple 1.1
√
2 6∈ Q. √
On va raisonner par l’absurde.√Supposons que 2 ∈ Q. Il existerait deux entiers natu-
p
rels non nuls p et q tels que 2 = q avec p et q premiers entre eux (c.-à-d. leur seul
√ p
diviseur commun est 1). En élevant au carré les deux membres de l’égalité 2 = q , on
p2
tire 2 = 2 , puis l’égalité p2 = 2q 2 . On en déduit que p2 est pair, donc que p est pair.
q
Il existe donc un entier k tel que p = 2k, d’où (2k)2 = 2q 2 , puis 4k 2 = 2q 2 , on simplifie
pour trouver 2k 2 = q 2 . Cela veut dire que q 2 est pair, donc q est aussi pair. Ainsi, on en
déduit que p et q sont tous les deux pairs, donc divisibles √ par 2 ; mais ceci est absurde
car p et q sont premiers entre eux. Donc supposer que 2 ∈ Q est absurde. √
Conclusion : à l’aide du raisonnement par l’absurde, on a montré que 2 6∈ Q.
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Théorème 1.1 Soit P (n) une relation dépendant de l’entier n. Si P (0) est vraie et si
pour tout n, la relation P (n) ⇒ P (n + 1) est vraie, alors P (n) est vraie pour tout entier
n.
Démonstration : On raisonne par l’absurde.
Soit A = {n ∈ N | P (n) est non vraie} et supposons que A 6= ∅. D’après la propriété
fondamentale de N, A admet un plus petit élément m. Puisque P (0) est vraie, on a :
m ≥ 1, d’où m − 1 6∈ A à cause de la définition de m. Donc P (m − 1) est vraie. Puisque
P (m − 1) ⇒ P (m) est vraie, alors P (m) est vraie, ce qui est absurde.
Une conséquence immédiate de ce théorème est que si P (n) est une propriété dépendant
de l’entier n telle que P (a) est vraie pour un entier naturel a donné et la relation
P (n) ⇒ P (n + 1) est vraie pour tout n ≥ a, alors P (n) est vraie pour tout n ≥ a ; il
suffit de prendre P 0 (n) = P (n + a) pour tout n ∈ N.
Exemple 1.2
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D’abords on doit vérifier que P (0) et P (1) sont vraies. C’est le cas puisque u0 = 1 =
(0 + 1) × 30 et u1 = 6 = (1 + 1) × 31 .
Soit un entier n ≥ 2 fixé. Supposons que P (n − 1) et P (n − 2) sont vraies, c.-à-d. que
un−2 = (n − 2 + 1)3n−2 = (n − 1)3n−2 et un−1 = (n − 1 + 1)3n−1 = n3n−1 . Montrons que,
sous ces hypothèses, P (n) est vraie.
Comme un = 6un−1 − 9un−2 , alors un = 6 × n3n−1 − 9 × (n − 1)3n−2 = 2 × 3 × n3n−1 −
32 × (n − 1)3n−2 = 2n3n − (n − 1)3n , d’où un = (2n − n + 1)3n = (n + 1)3n , donc P (n)
est vraie.
Conclusion :
- P (0) et P (1) sont vraies.
- Pour tout entier n ≥ 2, si P (n − 1) et P (n − 2) sont vraies, alors P (n) est vraie.
Donc, par récurrence double sur n, on a prouvé que P (n) est vraie pour tout entier n ≥ 0.
Parfois, il arrive que l’on ne sache pas à l’avance combien de rangs il faut supposer
vrais, afin d’en déduire l’hypothèse de récurrence. On utilise alors le principe de récurr-
ence forte (ou complète) qu’on formule de façon générale comme suit :
• P (0) est vraie.
• Pour tout entier n ≥ 0, si P (0), P (1), P (2), · · · , P (n − 1), P (n) sont vraies, alors
P (n + 1) est vraie.
• Conclusion : par récurrence forte sur n, on a montré que, pour tout entier n ≥ 0, P (n)
est vraie.
Exemple 1.4
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1.2 Rappels sur les ensembles
Tout ensemble est caractérisé par les objets qu’il contient. Si E est un ensemble donné
et x est un objet de E, on dit que x appartient à E ou que c’est un élément de E ; et on
note x ∈ E. Si l’objet x n’est pas dans l’ensemble E, on écrit x 6∈ E.
L’ensemble vide, noté ∅, est défini comme étant l’ensemble ayant la propriété x 6∈ ∅ pour
tout objet x.
Notations :
1) En général, on exprime les notions d’appartenance et d’égalité moyennant les connec-
teurs logiques : et, ou, ⇒, ⇔, et des quantificateurs :
Quel que soit, noté ∀ et appelé le quantificateur universel.
Il existe, noté ∃ et appelé le quantificateur existentiel.
Le symbole ∃! signifie il existe un et un seul.
2) Soit E un ensemble. S’il existe une proposition P qui porte sur les éléments de E
telle que : x ∈ E ⇔ P (x) est vraie, on écrit E = {x | P (x) vraie}.
Par exemple N = {n ∈ Z | n ≥ 0}.
3) Soient E et A deux ensembles tels que pour tout élément x l’implication : x ∈ A ⇒
x ∈ E soit vraie, alors A est dit un sous-ensemble (ou une partie) de E, et on note
A ⊂ E. On dit aussi que A est contenu (ou inclus) dans E.
On note P(E) = {A | A ⊂ E}, P(E) est un ensemble appelé l’ensemble des parties de E.
Quelques propriétés :
1) ∀A, B, C ∈ P(E), on a :
A ∩ (B ∪ C) = (A ∩ B) ∪ (A ∩ C) et A ∪ (B ∩ C) = (A ∪ B) ∩ (A ∪ C).
2) ∀A, B ∈ P(E), on a :
C A∪B = C A ∩ C B et C A∩B = C A ∪ C B .
(x, y) = (x0 , y 0 ) ⇔ (x = x0 et y = y 0 ).
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Définition 1.1 Soient E et F deux ensembles. On appelle produit cartésien de E par
F , et on note E × F , l’ensemble {(x, y) | x ∈ E et y ∈ F }.
Quelques propriétés : ∀A, B, C ∈ P(E), on a :
i) A × (B ∩ C) = (A × B) ∩ (A × C).
ii) A × (B ∪ C) = (A × B) ∪ (A × C).
iii) A × ∅ = ∅ × A = ∅.
Définition 1.2 Soient E et F deux ensembles. Une relation binaire de E dans F est la
donnée d’un triplet R = (E, F, G) de coordonnées E, F et un sous-ensemble G de E × F .
Soit R = (E, F, G) une relation binaire, on dit que :
i) E est l’ensemble de départ de R.
ii) F est l’ensemble d’arrivée de R.
iii) G est le graphe de R.
iv) Dire que (x, y) ∈ G revient à dire que x et y sont liés par R, et on note xRy. On dit
que y est une image de x par R et x est un antécédent de y par R.
a) Applications
Remarques 1.1
1) Montrer que f : E −→ F est une application revient à montrer que :
½
i) ∀x ∈ E, ∃y ∈ F tel que y = f (x).
ii) ∀x, x0 ∈ E, x = x0 ⇒ f (x) = f (x0 ).
2) Deux applications f et g sont égales si et seulement si elles ont même ensemble de
départ E, même ensemble d’arrivée, et f (x) = g(x) pour tout x de E.
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Exemple 1.6
1) Soit E un ensemble et soit f : E −→ E, x 7→ x. On note f = idE (ou IE ) et elle est
appelée l’application identité de E. C’est en fait la relation être égal.
2) Soit A ⊂ E, alors iA : A −→ E, x 7−→ x, est une application appelée l’injection
canonique de A dans E.
Définition 1.6 Soient I et E deux ensembles. Une famille d’éléments de E indexée par
I est la donnée d’une application f : I −→ E. Si pour tout i ∈ I on note xi = f (i),
alors la famille se note (xi )i∈I .
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Remarques 1.3
1) Lorsque I = N on a la notion de suite.
2) (xi )i∈I = (yi )i∈I si et seulement si ∀i ∈ I, xi = yi .
Définition 1.7 Soit (Ai )i∈I Une famille de parties d’un ensemble E, c.-à-d. une famille
d’éléments de P(E).
i) On appelle réunion de la famille (Ai )i∈I l’ensemble noté :
[
Ai = {x ∈ E | ∃i ∈ I et x ∈ Ai }.
i∈I
(xRy et yRx) ⇒ x = y.
Définition 1.9 On appelle relation d’ordre sur un ensemble E toute relation binaire
définie sur E qui est réflexive, antisymétrique et transitive.
Exemples 1.8
1) La relation ≤ est une relation d’ordre sur chacun des ensembles N, Z, Q et R.
2) Soit E un ensemble, alors la relation d’inclusion définit sur P(E) une relation d’ordre.
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ii) On dit que R est un ordre total sur E, ou que E est totalement ordonné par R, si
∀x, y ∈ E, x et y sont comparables par R. Dans le cas contraire, on dit que R est ordre
partiel.
Par exemple la relation d’inclusion est un ordre partiel sur P(E).
Notations : En général, une relation d’ordre sur un ensemble E est notée par ≤, et si
x et y sont deux éléments de E tels que x ≤ y et x 6= y, on note x < y.
Définition 1.10 Soit E un ensemble muni d’une relation d’ordre ≤, et soit A une partie
de E.
i) On dit que m (resp. M ) élément de E est un minorant (resp. un majorant) de A si :
∀x ∈ A, m ≤ x (resp. x ≤ M ).
ii) Un minorant (resp. un majorant) de A qui appartient à A, s’il existe, s’appelle le plus
petit (resp. le plus grand) élément de A.
iii) Le plus grand minorant (resp. le plus petit majorant) de A, s’il existe, s’appelle la
borne inférieure (resp. la borne supérieure) de A.
iv) On dit que x ∈ A est un élément maximal (resp. minimal) de A si :
∀y ∈ A, x ≤ y (resp. y ≤ x) ⇒ x = y.
Définition 1.11 On appelle relation d’équivalence sur un ensemble E toute relation
binaire définie sur E qui est réflexive, symétrique et transitive.
Exemples 1.9
1) La relation être égal est une relation d’équivalence.
2) Soit f : E → F une application et soit R la relation binaire définie sur E par :
∀x, y ∈ E, xRy ⇔ f (x) = f (y), alors R est une relation d’équivalence.
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Exemple 1.10 Soit R une relation d’équivalence sur un ensemble E, alors la famille
(x)x∈E est une partition de E.
Inversement, si F = (Ai )i∈I est une partition de E, alors la relation définie sur E par :
est une relation d’équivalence dont les classes d’équivalence sont les Ai , i ∈ I.
La relation être équipotent est une relation d’équivalence. Ainsi, à tout ensemble E
on associe sa classe d’équivalence modulo cette relation, qu’on appelle nombre cardinal
de E et qu’on note |E| ou card (E). On a donc E ∼ F ⇔ |E| = |F |, et si E est un
ensemble fini, on identifie |E| au nombre d’éléments de E.
12
Opérations sur les nombres cardinaux :
Définition 1.14 Un ensemble E est dit dénombrable s’il existe une bijection de N dans
E.
Corollaire 1.1 Toute partie non vide d’un ensemble dénombrable est finie ou dénom-
brable.
Corollaire 1.3 Soit E un ensemble tel qu’il existe une injection de E dans N, alors
E est fini ou dénombrable.
Théorème 1.4 la réunion finie d’ensembles dénombrables est dénombrable.
On en déduit facilement que Z est dénombrable. On a aussi N×N et Q sont dénombrables,
mais R n’est pas dénombrable.
card E = np.
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est clair que F est surjective. Comme F −1 ({fM 0 }) est l’ensemble des prolongements de
fM 0 à M , alors card F −1 ({fM 0 }) = card N = n, car n est le nombre des distinctes
valeurs possibles que peut prendre f (a). D’après le principe des bergers, F(M, N ) est
un ensemble fini et |F(M, N )| = n|F(M 0 , N )|. Posons ϕ(p, n) = card F(M, N ) lorsque
|M | = p, nous avons
ϕ(1, n) = n
ϕ(2, n) = nϕ(1, n)
..
.
ϕ(p, n) = nϕ(p − 1, n)
..
.
ϕ(m, n) = nϕ(m − 1, n)
En multipliant ces égalités membre à membre, on trouve : ϕ(m, n) = nm , c’est pour cela
qu’on note des fois F(M, N ) par N M .
b) Nombre des injections d’un ensemble fini dans un ensemble fini. Arrange-
ments
Théorème 1.7 Soient M et N deux ensembles finis non vides de cardinaux respectifs
m et n (m ≤ n), alors l’ensemble des injections de M dans N , noté I(M, N ), est fini
et a pour cardinal :
n!
n(n − 1) · · · (n − m + 1) = ·
(n − m)!
Démonstration : I(M, N ) est fini puisque c’est un sous-ensemble de F(M, N ), et si i
est une injection de M dans N , alors m = |M | = |i(M )| ≤ |N | = n puisque i(M ) ⊂ N .
Lorsque card M = p, on pose ψ(p, n) = card (I(M, N )), et si a ∈ M et M 0 = M − {a},
on notera par G l’application définie de I(M, N ) dans I(M 0 , N ) ; qui à toute injection
i de M dans N fait correspondre sa restriction à M 0 , c.-à-d. G(i) = iM 0 . Il est clair
que G est surjective. L’ensemble des prolongements d’une injection iM 0 de M 0 dans N
est G−1 ({iM 0 }) dont le nombre d’éléments est égal au cardinal de N − iM 0 (M 0 ) qui
correspond aux valeurs possibles de i(a) si i est un prolongement injectif de iM 0 à M .
Ainsi, |G−1 ({iM 0 })| = |N − iM 0 (M 0 )| = |N | − |M 0 | = n − (p − 1). En appliquant le
principe des bergers, on a :
On a ψ(1, n) = n d’où
ψ(1, n) = n
ψ(2, n) = (n − 1)ψ(1, n)
..
.
ψ(p, n) = (n − p + 1)ψ(p − 1, n)
..
.
ψ(m, n) = (n − m + 1)ψ(m − 1, n)
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Lorsque M = {1, 2, · · · , m}, N = {1, 2, · · · , n} avec m ≤ n et i une injection de M vers
N , on note i(M ) = {i1 , i2 , · · · , im }. Les éléments i1 , i2 , · · · , im rangés dans cet ordre
s’appelle un arrangement sans répétition des n entiers 1, 2, · · · , n, m à m. Le nombre
de ces arrangements est noté par Am n ; c’est donc le nombre des injections de M dans N ,
m
c.-à-d. An = n! ·
(n − m)!
Dans le cas particulier où m = n, on remarque que toute injection de M dans N est une
bijection et inversement, donc le nombre de bijections de M dans N est égal à n! car
(n − n)! = 0! = 1.
d’où
n(n − 1) · · · (n − m + 1) n!
card Pm (N ) = = ·
m! m!(n − m)!
Il faut noter que la formule reste valable même si m = 0. Le coefficient (nm ) ou Cnm
s’appelle le coefficient des binômes de Newton.
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CHAPITRE II
Structures algébriques
2.6 Groupes
a) Généralités
Définition 2.15 i) Une loi de composition interne T sur un ensemble E est une appli-
cation de E × E dans E. Pour tout (x, y) ∈ E × E, l’élément T (x, y) est noté xT y.
ii) Une partie F de E est dite stable pour la loi T si : ∀x, y ∈ F, xT y ∈ F .
iii) Une relation binaire R sur E est dite compatible avec la loi T si :
∀x, y, x0 , y 0 ∈ E, on a (xRy et x0 Ry 0 ) ⇒ (xT x0 )R(yT y 0 ).
Exemples 2.11
1) L’opération d’addition, notée +, est une loi de composition interne sur Z. L’ensemble
des entiers naturels N est une partie de Z, stable pour l’addition.
2) Soit E un ensemble non vide et soit F(E) = {f | f : E → E application}. La compo-
sition des applications, notée o, est une loi de composition interne sur F(E). Si on note
par S(E) = {f ∈ F (E) | f bijective} alors S(E) est une partie de F(E), stable pour la
loi o.
3) Soit n ∈ N∗ et soit ≡ la relation de congruence modulo n définie sur Z par :
x ≡ y mod(n) ⇔ x − y est divisible par n. On vérifie que la relation ≡ est compatible
avec l’addition.
Dans la suite (sauf mention contraire) une loi de composition interne sera notée par
· ou +.
Définition 2.16 1) Soit G un ensemble muni d’une loi de composition interne
(x, y) 7→ x · y. On dit que cette loi détermine sur G une structure de groupe (ou que G
est un groupe) si les trois axiomes suivants sont vérifiés :
i) La loi · est associative, c.-à-d. ∀x, y, z ∈ G, (x · y) · z = x · (y · z).
ii) La loi · admet un élément neutre, c.-à-d. ∃e ∈ G tel que ∀x ∈ G, x · e = e · x = x.
iii) Tout élément x de G admet un symétrique x0 ∈ G pour la loi ·, c.-à-d. ∀x ∈ G, ∃x0 ∈
G tel que x · x0 = x0 · x = e.
2) Le groupe (G, ·) est dit commutatif (ou abélien) si de plus la loi · est commutative,
c.-à-d. ∀x, y ∈ G, x · y = y · x.
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idE l’application identité de E, et le symétrique de f est l’inverse f −1 de f . On vérifie
que le groupe (S(E), o) est non commutatif si E contient plus de deux éléments.
∀a ∈ G, ∀x, y ∈ G, a · x = a · y ⇒ x = y et x · a = y · a ⇒ x = y.
a0 = e et an+1 = an · a.
(ab)n = an bn .
3) ∀a ∈ G, ∀m, n ∈ Z, on a :
n(a + b) = na + nb.
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b) Morphisme de groupes
Définition 2.18 Soient (G1 , ·) et (G2 , ∗) deux groupes. Un homomorphisme de G1 dans
G2 est une application f : G1 → G2 telle que :
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c) Sous-groupe
Définition 2.20 Soit (G, ·) un groupe. On dit qu’une partie H de G est un sous-groupe
de G si les conditions suivantes sont vérifiées :
i) H est stable pour la loi ·.
ii) (H, ·) est un groupe.
Théorème 2.9 Soit G un groupe d’élément neutre e. Pour qu’une partie H de G soit
un sous-groupe de G, il faut et il suffit que :
i) H 6= ∅.
ii) ∀x, y ∈ H, xy −1 ∈ H.
Démonstration :
⇒) Evident.
⇐) On a H 6= ∅. Soit donc a ∈ H, alors aa−1 = e ∈ H, d’où ∀x ∈ H, ex−1 = x−1 ∈ H.
Ainsi, ∀x, y ∈ H, xy = x(y −1 )−1 ∈ H, c.-à-d. que H est stable pour la loi ·. Enfin, (H, ·)
est un groupe.
Remarques 2.6
1) Soit (G, ·) un groupe. Une partie H de G est un sous-groupe de G si et seulement si
i) H 6= ∅.
ii) ∀x ∈ H, x−1 ∈ H.
iii) ∀x, y ∈ H, x · y ∈ H.
2) Un sous-groupe H d’un groupe G est un groupe.
Exemples 2.14
1) On a Z ⊂ Q ⊂ R ⊂ C, et chaque ensemble est un sous-groupe pour l’addition du
suivant.
2) Soient (G, ·) un groupe, et soit Z(G) = {a ∈ G | ax = xa, ∀x ∈ G}, alors on vérifie
que Z(G) est un sous-groupe de G, appelé le centre de G.
Définition 2.21 Soient G un groupe et A une partie de G, alors l’intersection de tous les
sous-groupes de G contenant A est un sous-groupe de G, appelé le sous-groupe engendré
par A et noté hAi.
Remarque 2.7 Pour montrer que hAi est le sous-groupe de G engendré par A, il faut
vérifier que :
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1) hAi est un sous-groupe de G contenant A.
2) Si H est un sous-groupe quelconque de G et contenant A, alors hAi ⊂ H.
Parmi les théorèmes fondamentaux de la théorie des groupes nous citons le théorème
de Lagrange qui s’énonce comme suit :
Théorème 2.11 Soit (G, ·) un groupe fini et soit H un sous-groupe de G, alors l’ordre
de H divise l’ordre de G et
|G| = |H||(G/H)d | = |H||(G/H)g |.
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Démonstration :
EnX
écrivant G comme réunion disjointe des classes d’équivalence de (G/H)gX
, on a |G| =
|x̄| et comme x̄ = xH est en bijection avec H, alors |G| = |H| =
x̄∈(G/H)g x̄∈(G/H)g
|H||(G/H)g )|.
Le cardinal de (G/H)g d’appelle l’indice de H dans G et on le note
[G : H] = |(G/H)g | = |(G/H)d |.
Le théorème de Lagrange s’écrit donc :
|G| = |H|[G : H].
Corollaire 2.1 Tout groupe d’ordre un nombre premier p est cyclique.
Démonstration :
|G| = p > 1 implique que G contient un élément a autre que l’élément neutre e. Soit
H = hai, alors 1 < |H| et |H| divise p. Comme p est premier, alors |H| = p, d’où
G = H = hai.
Théorème 2.12 Soit G un groupe fini d’élément neutre e, soit x ∈ G et soit n l’ordre
de x. Alors
i) n divise l’ordre de G.
ii) n est le plus petit entier positif tel que xn = e.
iii) Les éléments e, x, x2 ,..., xn−1 sont tous distincts dans G.
iv) hxi = {e, x, x2 , · · · , xn−1 }.
Démonstration :
i) n divise l’ordre de G à cause du théorème de Lagrange.
ii) Si n = 1, c’est terminé. On suppose donc que n ≥ 2, la démonstration se fait en deux
étapes.
(a) On montre qu’il existe au moins un entier l compris entre 1 et n tel que xl = e.
Soit A = {x, x2 , · · · , xn , xn+1 } ⊆ hxi, comme l’ordre de hxi est égal à n, il existe au
moins deux éléments égaux dans A. Ainsi
∃k, ∃l, 1 ≤ k ≤ n, 1 ≤ k + l ≤ n + 1 vérifiant xk = xk+l ,
on en déduit
1 ≤ l ≤ n et xl = e.
(b) Soit m le plus petit entier positif tel que xm = e, il résulte de (a) que m ≤ l ≤ n.
On va montrer que hxi ⊆ {e, x, x2 , · · · , xm−1 }. Soit k ∈ Z, la division euclidienne de k
par m s’écrit k = mq + r avec 0 ≤ r ≤ m − 1. Cela donne
xk = xmq+r = (xm )q xr = eq xr = xr ∈ {e, x, x2 , · · · , xm−1 },
On en déduit alors que n = |hxi| ≤ |{e, x, x2 , · · · , xm−1 }| ≤ m, d’où
n = |hxi| = |{e, x, x2 , · · · , xn−1 }| = m.
Cela démontre ii) et iv).
iii) Résulte de l’égalité n = |{e, x, x2 , · · · , xn−1 }|.
21
Corollaire 2.2 Soit G un groupe fini d’ordre n et d’élément neutre e, alors pour tout
x ∈ G on a
xn = e.
Démonstration : Soit m l’ordre de x est soit k ≥ 1 l’entier tel que n = mk, alors
xn = xmk = (xm )k = ek = e.
Comme exercice, montrer que n ≥ 1 est l’ordre de x si et seulement si
½ n
x =e
∀m ∈ Z, xm = e ⇒ n divise m.
22
7) ∀a ∈ A, ∀n ∈ N, an+1 −1 = (a−1)(1+a+a2 +· · ·+an ) = (1+a+a2 +· · ·+an )(a−1).
∀a, b ∈ A tels que ab = ba, ∀n ∈ N, an+1 − bn+1 = (a − b)(an + an−1 b + · · · + abn−1 + bn ).
Définition 2.26 Soit A un anneau, on dit qu’un élément u ∈ A est une unité de A si
u est inversible pour la multiplication de A, c.-à-d. s’il existe u0 ∈ A tels que u · u0 =
u0 · u = 1.
L’ensemble des unités de A est noté par U(A).
Exercice : Soit (A, +, ·) un anneau. Montrer que l’ensemble des unités de A est un
groupe pour la multiplication.
Par exemple U(Z) = {−1, +1}.
b) Corps
Définition 2.27 Soit (A, +, ·) un anneau, on dit que (A, +, ·) est un corps si les élé-
ments inversibles de A sont les éléments non nuls, c.-à-d. si U(A) = A − {0}.Autrement
dit
i) (A, +) est un groupe abélien.
ii) (A − {0}, ·) est un groupe.
iii) La multiplication est distributive par rapport à l’addition.
Le corps (K, +, ·) est dit commutatif si, de plus, sa multiplication est commutative.
Par exemple (Q, +, ·), (R, +, ·) et (C, +, ·) sont tous des corps commutatifs.
Définition 2.28 Soit (K, +, ·) un corps. Une partie L de K est un sous-corps de K si :
i) L est un sous-groupe de (K, +).
ii) L − {0} est un sous-groupe de (K − {0}, ·)
c) Sous-anneau
Définition 2.29 Soit (A, +, ·) un anneau. On dit qu’une partie B de A est un sous-
anneau de A si :
i) B est un sous-groupe de (A, +).
ii) B est stable pour la multiplication de A.
iii) 1A ∈ B.
Exemple 2.17
Z est un sous-anneau de Q, R et C.
Il est facile de vérifier que l’intersection d’une famille quelconque de sous-anneaux d’un
anneau A est un sous-anneau de A.
Définition 2.30 Soient A un anneau et S une partie de A. On appelle sous-anneau
engendré par S l’intersection de tous les sous-anneaux de A contenant S.
En d’autres termes, B est le sous-anneau de A engendré par S si et seulement si :
i) B est un sous-anneau de A contenant S.
ii) Si C est un sous-anneau de A contenant S, alors B ⊂ C.
23
Notation : Soit A un anneau. Si B est un sous-anneau de A et E une partie de A,
on note par B[E] le sous-anneau de A engendré par B ∪ E. Si E = {a1 , · · · , an }, on écrit
B[E] = B[a1 , · · · , an ].
d) Morphisme d’anneaux
Définition 2.31 Soient (A, +, ·) et (B, +, ·) deux anneaux d’éléments neutres respectifs
pour la multiplication 1A et 1B . Un homomorphisme f : (A, +, ·) → (B, +, ·) est une
application f : A → B telle que :
i) ∀x, y ∈ A, f (x + y) = f (x) + f (y).
ii) ∀x, y ∈ A, f (x · y) = f (x) · f (y).
iii) f (1A ) = 1B .
Lorsque f est de plus bijective, on dit que f est un isomorphisme ou que A et B sont
isomorphes, et on note A ' B.
Quelques propriétés :
Théorème 2.13 Soient (A, +, ·) un anneau et I un sous-groupe de (A, +). Pour que la
relation : x ≡ y modI ⇔ x − y ∈ I soit compatible avec la multiplication de A, il faut
et il suffit que : ∀a ∈ A, ∀x ∈ I, ax et xa ∈ I.
Démonstration :
⇐) Soient x, x0 , y, y 0 ∈ A tels que x ≡ x0 et y ≡ y 0 modI, alors (x − x0 ) et (y − y 0 ) ∈ I,
d’où (x − x0 )y + x0 (y − y 0 ) = xy − x0 y 0 ∈ I, c.-à-d. xy ≡ x0 y 0 modI.
⇒) ∀a ∈ A, ∀x ∈ I, on a : x ≡ 0 modI ⇒ a · x ≡ a · 0 = 0 modI ⇒ ax ∈ I et
0 ≡ x modI ⇒ 0 = 0 · a ≡ x · a modI ⇒ xa ∈ I.
Définition 2.33 Soit (A, +, ·) un anneau, un sous-ensemble I de A est dit un idéal de
A si :
i) I est un sous-groupe de (A, +).
ii) ∀a ∈ A, ∀x ∈ I, ax et xa ∈ I.
24
Remarque 2.9
1) Le théorème précédent permet de définir sur l’ensemble quotient A/I des lois + et ·
comme suit : x + y = x + y et x · y = x · y. On établit alors que (A/I, +, ·) est un anneau,
ce dernier est commutatif si A est commutatif ; on l’appelle l’anneau quotient de A par
I.
2) I ⊂ A est un idéal de A si et seulement si
i) I 6= ∅.
ii) ∀x, y ∈ I, x − y ∈ I.
iii) ∀a ∈ A, ∀x ∈ I, ax et xa ∈ I.
∀x, y ∈ A, xy = 0 ⇒ x = 0 ou y = 0.
2) On dit que A est un anneau principal si A est un anneau commutatif, intègre et tout
idéal de A est principal.
Les idéaux de l’anneau (Z, +, ·) sont les nZ = (n), où n ∈ N. En effet, Tout idéal de
(Z, +, ·) est un sous-groupe de (Z, +), il sera donc de la forme nZ, où n ∈ N. On vérifie
par ailleurs que les nZ sont des idéaux de (Z, +, ·), donc Z est un anneau principal.
L’anneau (Z/nZ, +, ·) est dit l’anneau des classes résiduelles modulo n.
Remarques 2.10
1) Tout corps est un anneau intègre.
25
2) Tout élément non nul d’un anneau intègre A est régulier pour la multiplication, c.-à-d.
∀a ∈ A − {0}, ∀x, y ∈ A, ax = ay ⇒ x = y et xa = ya ⇒ x = y.
Soit (A, +, ·) un anneau commutatif et intègre. Soit sur A × (A − {0}) la relation définie
par (a, b)R(c, d) ⇔ ad = bc, on vérifie que R est un relation d’équivalence. Notons par
Q(A) = A × (A − {0})/R l’ensemble quotient et par a la classe d’équivalence de (a, b),
b
c.-à-d. a = (a, b). On définit sur Q(A) les deux lois c. i. suivantes
b
∀(a, b), (c, d) ∈ A × (A − {0}),
a c ad + bc a c ac
+ = et · = ·
b d bd b d bd
On vérifie que (Q(A), +, ·) est un corps et que l’application j : A → Q(A) définie par :
a 7→ a1 ; est un homomorphisme d’anneaux injectif qui permet de considerer A comme
un sous-anneau de Q(A) en identifiant tout élément a ∈ A à la fraction a 1·
Q(A) est appelé le corps des fractions de l’anneau A. Le corps Q(A) est caractérisé par
les deux propriétés suivantes :
1) Q(A) est un corps qui contient A comme sous-anneau.
2) Si (K, +, ·) est un corps qui contient A comme sous-anneau, alors K contient un sous-
corps K1 tel que Q(A) ' K1 et A ⊂ K1 . Il suffit de considerer K1 = {ab−1 | (a, b) ∈
A × (A − {0})}.
De 1) et 2) on déduit que Q(A) est unique à isomorphisme près.
Comme exemple on peut rappeler que le corps des fractions de l’anneau Z est le corps
des nombres rationnels Q.
2.8 Arithmétique de Z
On commence tout d’abord par des définitions et des résultats d’ordre général.
Définition 2.38 Soit (A, +, ·) un anneau commutatif, et soient a, b ∈ A.
1) On dit que b divise a dans A, et on note b|a, s’il existe c ∈ A tel que a = bc.
2) a et b sont dits associés, et on note a ∼ b, s’il existe une unité u de A, tel que a = ub.
26
Remarques 2.11 Soit A un anneau commutatif et soient a, b ∈ A, alors
1) b|a ⇔ (a) ⊂ (b).
2) La relation être associé est une relation d’équivalence.
3) Si de plus A est intègre, on a (a) = (b) ⇔ a ∼ b.
Définition 2.39 1) On dit qu’un idéal I d’un anneau commutatif A est maximal si
I 6= A et pour tout idéal J de A on a :
I ⊂ J ⇒ J = I ou J = A.
2) Un élément p d’un anneau commutatif et intègre est dit irréductible s’il n’est pas une
unité de A et s’il n’est divisible que par des éléments inversibles ou des éléments qui lui
sont associés. Dans Z un élément irréductible est appelé nombre premier.
Comme U(Z) = {−1, +1}, alors p ∈ Z − {0, ±1} est un nombre premier si et seulement
si p n’est divisible que par ±1 et ±p.
Théorème 2.14 Dans un anneau principal A l’idéal (p) est maximal si et seulement si
p est irréductible.
Définition 2.40 1) Deux éléments a et b d’un anneau A sont dits étrangers ou premiers
entre eux s’ils n’ont pour diviseurs communs que des éléments inversibles de A.
2) Les éléments a1 , a2 , · · · , an de A sont dits étrangers (ou premiers entre eux) dans
leur ensemble s’ils n’ont de diviseurs communs que des éléments inversibles de A.
Démonstration : Soit a ∈ Z tel que |a| ≥ 2, alors l’ensemble des diviseurs positifs de a
plus grands que 2 est une partie non vide de N puisque qu’il contient au moins |a|. Cet
ensemble admet donc un plus petit élément qu’on notera p. Soit q ≥ 2 un diviseur de p,
alors ∃k ∈ N tel que p = kq ≥ q. Comme q divise p et p divise a, alors q est aussi un
diviseur ≥ 2 de a. À cause de la définition de p on a p ≤ q. Finalement p = q et donc
les seuls diviseurs de p sont 1 et p. Donc p est un nombre premier.
27
Proposition 2.2 Si n est √ un entier positif non premier, alors il possède un diviseur
premier inférieur
√ ou égal à n. Par contraposée, on a : si aucun nombre premier inférieur
ou égal à n ne divise n, alors n est un nombre premier.
Démonstration : Soit n ∈ N∗ un entier positif non premier et p son plus petit diviseur
supérieur ou égal à 2, alors (d’après la proposition précédente) p est premier. Comme
p|n, il existe q ∈ N tel que n = pq. Comme n n’est pas premier, on a forcément
√ q > 1 et
2
comme q est un diviseur de n, on a p ≤ q. Ainsi, n = pq ≥ p donc p ≤ n.
Cette proposition est ce qu’on appelle un test de primalité.
0 ≤ r − b = a − bq − b = a − b(q + 1) ∈ A,
mais on a 0 ≤ r − b < r, ce qui contredit le fait que r est le plus petit élément de A.
Donc 0 ≤ r < b et a = bq + r.
• Unicité. Supposons a = bq1 + r1 = bq2 + r2 , avec 0 ≤ r1 < b et 0 ≤ r2 < b.
Si q1 6= q2 , supposons q1 − q2 ≥ 1 par exemple, on écrit :
b ≤ b(q1 − q2 ) = r2 − r1 ≤ r2 ,
28
Exemples 2.18
29
Théorème 2.19 Soient a et b deux entiers relatifs non tous deux nuls. Un entier d ≥ 1
est le pgcd de a et b si et seulement si les deux conditions suivantes sont satisfaites :
i) d est un diviseur commun de a et b.
ii) Tout diviseur commun de a et b divise d.
b) L’algorithme d’Euclide
Cet algorithme a été établi et baptisé ainsi par Bézout, il est basé sur la proposition
précédente et permet de calculer le pgcd de deux entiers a et b en effectuant un nombre
fini de divisions euclidiennes.
Soient a et b deux entiers strictement positifs, on pose r0 = a et r1 = b, et tant que
ri > 0 on effectue les divisions euclidiennes successives suivantes.
r0 = r1 q1 + r2 où 0 ≤ r2 < r1
1 r = r q
2 2 + r 3 où 0 ≤ r3 < r2
.. .. ..
. . .
rk−2 = rk−1 qk−1 + rk
où 0 ≤ rk < rk−1
rk−1 = rk qk + rk+1 où 0 ≤ rk+1 < rk
La suite des restes (r1 , r2 , r3 , ....) étant une suite strictement décroissante d’entiers posi-
tifs, on obtient nécessairement un reste nul au bout d’un nombre fini de divisions.
Il résulte de la proposition précédente que pour chaque k ≥ 0, on a pgcd(a, b) =
pgcd(rk , rk+1 ).
Notons par rn le dernier reste non nul. On a donc rn+1 = 0, ce qui signifie que :
30
Théorème 2.20 Soient a1 , a2 , · · · , an des entiers relatifs tous non nuls, il existe un
plus petit commun multiple M > 0 unique et
Proposition 2.4 Soient a et b deux entiers relatifs tous deux non nuls. Un entier
m ≥ 1 est le ppcm de a et b si et seulement si les deux conditions suivantes sont satis-
faites :
i) m est un multiple commun de a et b.
ii) Tout multiple commun de a et b est un multiple de m.
Proposition 2.5 Soient a et b deux entiers relatifs tous deux non nuls et soit d
leur pgcd. Si on pose a = da1 et b = db1 , alors a1 et b1 sont premiers entre eux et
ppcm(a, b) = d|a1 b1 |. En particulier, on a :
Démonstration : Pour simplifier on supposera que a et b sont tous deux non négatifs.
Comme d = pgcd(a, b), il existe u et v dans Z tels que d = au + bv = da1 u + db1 v, d’où
a1 u + b1 v = 1 et d’après Bézout, a1 et b1 sont premiers entre eux.
Soit M un multiple commun de a = a1 d et b = b1 d. Si on pose M = dM1 , alors M1 est
un multiple commun de a1 et b1 . On peut donc écrire M1 = c1 a1 = c2 b1 , où c1 , c2 ∈ N.
On remarque que b1 divise c1 a1 et b1 premier avec a1 , donc d’après le lemme de Gauss,
b1 divise c1 , par suite a1 b1 divise M1 , c’est-à-dire que M1 est un multiple de a1 b1 . On en
déduit que M = dM1 est un multiple de m1 = da1 b1 . Il est clair que m1 est lui-même un
multiple commun de a et b. D’après la proposition précédente, m1 = ppcm(a, b). Il est
clair enfin que dm1 = da1 db1 = ab.
Si a1 , a2 , · · · , an sont des entiers relatifs tous non nuls, le ppcm des ai est défini comme
étant l’unique entier m ≥ 1 tel que
mZ = a1 Z ∩ a2 Z ∩ · · · ∩ an Z.
Nous avons maintenant tout ce qu’il faut pour démontrer le théorème fondamental
de l’arithmétique
31
Théorème 2.21 Tout entier a > 1 s’écrit de façon unique
où les entiers pi sont des nombres premiers vérifiant p1 < p2 < · · · < pn et les αi sont
des entiers strictement positifs.
Démonstration :
• Existence : soit p1 le plus petit diviseur premier de a. L’ensemble des entier α > 0 tels
que pα1 divise a est fini, soit α1 son plus grand élément, alors α1 est l’unique entier ≥ 1
tel que
(pα1 1 divise a) et (pα1 1 +1 ne divise pas a),
on écrit a = pα1 1 a1 .
Si a1 = 1, c’est terminé. Si a1 > 1, on recommence.
Soit p2 le plus petit diviseur premier de a1 , et α2 ≥ 1 le plus grand entier tel que pα2 2
divise a1 . On pose a = pα1 1 pα2 2 a2 , et on remarque que p1 < p2 et que a > a1 > a2 ≥ 1.
On recommence l’opération jusqu’à obtenir un quotient an = 1, ce qui arrive au bout
d’un nombre fini d’opérations puisque
• Unicité. Supposons
β β β
(?) a = pα1 1 pα2 2 · · · pαnn = p0 1 1 p0 2 2 · · · p0 mm ,
32
2.10 Congruences dans Z
a) L’anneau quotient Z/nZ
Définition 2.43 Soit n un entier positif. On dit que deux entiers relatifs a et b sont
congrus modulo n, et on note a ≡ b (mod n), si leur différence (b − a) est multiple de n,
c’est-à-dire si (b − a) ∈ nZ. Autrement dit
a ≡ b (mod n) ⇔ (b − a) ∈ nZ ⇔ n|(b − a).
La notion de congruence modulo n a été introduite par Gauss.
Proposition 2.7 Soit n un entier positif. La congruence modulo n est une relation
d’équivalence sur Z. On définit Z/nZ comme l’ensemble quotient pour cette relation
d’équivalence. Soit a ∈ Z, la classe d’équivalence a de a modulo n est appelée classe de
a modulo n, et on a
a = {a + nk | k ∈ Z}.
Ainsi, Z/nZ = {a | a ∈ Z}.
Démonstration : Il est clair que r ≡ a (mod n). Si r1 est un autre entier vérifiant la
proposition précédente alors r ≡ r1 (mod n), d’où r − r1 est un multiple de n, et comme
|r − r1 | < n, on a r − r1 = 0.
Proposition 2.9 La relation de congruence modulo n est compatible avec l’addition
et la multiplication dans Z. Autrement dit
(a = a0 et b = b0 ) ⇒ (a + b = a0 + b0 et ab = a0 b0 ).
Cette proposition induit sur Z/nZ deux nouvelles lois appelées addition et multiplication,
notées par + et · et définies par
∀a, b ∈ Z, a + b = a + b et a · b = ab.
Proposition 2.10 Muni de l’addition et de la multiplication, Z/nZ est un anneau
commutatif, appelé l’anneau des classes résiduelles modulo n. Plus précisément, on a
Z/nZ = {0, 1, · · · , n − 1}.
Démonstration : Soit a ∈ Z. On sait que si r et le reste de la division euclidienne
de a par n alors a = r ∈ {0, 1, · · · , n − 1} puisque 0 ≤ r < n. Comme les classes
0, 1, · · · , n − 1 sont toutes distinctes, alors le groupe (Z/nZ, +) est cyclique d’ordre n et
engendré par 1. La relation de congruence modulo n est en fait la relation de congruence
modulo le sous-groupe nZ de (Z, +). Enfin, on peut facilement vérifier que (Z/nZ, +, ·)
est un anneau commutatif.
33
Théorème 2.22 Soit n > 0 un entier naturel et soit q ∈ Z, alors
pgcd(q, n) = 1 ⇔ ∃l ∈ Z tel que ql = 1.
Dans ce cas on dit que q est inversible pour la multiplication dans Z/nZ.
Démonstration : Soit q ∈ Z/nZ une classe telle que ql = 1, alors il existe k ∈ Z tel
que ql = 1 + nk, d’où q et n vérifient l’identité de Bézout, par suite, pgcd(q, n) = 1.
Réciproquement, si pgcd(q, n) = 1, il existe d’après le théorème de Bézout deux entiers
u et v vérifiant qu + nv = 1, d’où, modulo n, q u + n v = 1 mais n = 0, d’où q u = 1.
b) Le théorème de Fermat
Théorème 2.23 Petit théorème de Fermat (Pierre de Fermat, 1601-1665) Étant
donné un nombre premier p et un entier a ∈ Z, on a
ap ≡ a (mod p).
Démonstration : Soit a ∈ Z, on sait que ou bien a est multiple de p ou bien a est
premier avec p. Soit a la classe de a modulo p.
- Si a est multiple de p, ap est aussi multiple de p, on a donc ap ≡ a ≡ 0 (mod p).
- Si pgcd(a, p) = 1, alors a ∈ Z/pZ − {0}. Or Z/pZ − {0} est un groupe pour la
multiplication d’ordre p − 1 (voir travaux dirigés), donc ap−1 = 1, qui ce traduit par
ap−1 ≡ 1 (mod p), il en résulte ap ≡ a (mod p).
Remarque 2.12 Ce théorème nous fournit un second test de primalité, dans ce sens
que si on peut trouver un entier a tel que pgcd(a, n) = 1 et an−1 6≡ 1 (mod n), alors n
n’est pas un nombre premier.
34
Démonstration : m et n vérifient l’identité de Bézout, il existe donc u et v dans Z tels
que un + vm = 1. L’entier c défini par c = aun + vbm est solution de (SC) puisque
½
c = a(1 − vm) + bvm = a + vm(b − a) ≡ a (mod m),
c = aun + b(1 − un) = b + un(a − b) ≡ b (mod n).
On vérifie facilement que pour tout entier k ∈ Z, l’entier x = c + kmn est solution de
(SC).
Réciproquement, soit x une solution de (SC), alors x − c est congru à 0 modulo m et
modulo n, donc m et n divisent x − c, d’où mn divise x − c puisque pgcd(m, n) = 1.
Le théorème chinois nous apprend qu’un système de deux congruences équivaut, lorsque
m et n sont premiers entre eux, à une seule congruence. Pour résoudre un système (SC)
à k > 2 congruences, où les mi sont premiers entre eux deux à deux, il suffit donc de
résoudre le système des deux premieres congruences en les remplaçant par une unique
congruence, ce qui ramène le système à k − 1 congruences, etc. Pour finalement aboutir
à deux.
35
CHAPITRE III
Addition :
Si P = (a0 , a1 , · · · , an , · · ·) et Q = (b0 , b1 , · · · , bn , · · ·), on pose P + Q = (ai + bi )i∈N .
Multiplication :
Si P = (ai )i∈N et Q = (bi )i∈N , on pose P · Q = (c0 , c1 , c2 , · · ·), où
c0 = a0 b0 ,
c1 = a0 b1 + a1 b0 ,
c2
= a0 b2 + a1 b1 + a2 b0 ,
..
.
n
X X
cn
= ai bj = ai bn−i .
i+j=n i=0
Proposition 3.1 Les deux opérations predéfinies sont des lois de composition interne
pour lesquelles A[X] est un anneau commutatif, appelé l’anneau des polynômes à une
indéterminée à coefficients dans A.
Remarques 3.1
i : A −→ A[X]
1) L’application est un homomorphisme injectif d’anneaux qui
a 7→ (a, 0, 0, · · ·),
permet d’identifier les éléments de A à des polynômes.
2) Générateurs de A[X].
On pose X le polynôme X = (0, 1, 0, 0, · · ·) qu’on appelle l’indéterminée. On a alors :
X 2 = X · X = (0, 0, 1, 0, · · ·).
X 3 = X 2 · X = (0, 0, 0, 1, 0, · · ·).
36
..
.
X n = X n−1 · X = (0, · · · , 0, 1, 0, · · ·), où 1 se trouve à la (n + 1)ième place.
Soit P = (a0 , a1 , · · · , an , 0, 0, · · ·) ≡ a0 (1, 0, 0, · · ·)+a1 (0, 1, 0, · · ·)+· · ·+an (0, · · · , 0, 1, 0, · · ·) ≡
Xn
2
a0 + a1 X + a2 X + · · · + an X = n
ai X i . Les élément ai s’appellent les coefficients du
i=0
polynôme P .
X
Définition 3.45 Soit P = ai X i ∈ A[X] un polynôme non nul. On appelle degré de
i≥0
P , et on note d◦ (P ) ou deg(P ), le plus grand entier n tel que an 6= 0.
Ainsi, n = d◦ (P ) ⇔ P = a0 + a1 X + a2 X 2 + · · · + an X n avec an 6= 0.
∀a ∈ A, a est dit un polynôme constant, et si a 6= 0, on a d◦ (a) = 0. On convient de
noter le degré du polynôme nul par le symbole −∞ qui vérifie :
i) −∞ < n , ∀n ∈ N.
ii) −∞ + n = −∞ , ∀n ∈ N.
iii) −∞ + (−∞) = −∞
Démonstration :
Les deux propriétés sont évidentes si l’un des deux polynômes est nul.
ii) On suppose que P, Q ∈ A[X] − {0}. Posons P = a0 + a1 X + a2 X 2 + · · · + an X n avec
an 6= 0, c.-à-d. d◦ (P ) = X
n et Q = b0 + b1 XX+ b2 X 2 + · · · + bm X m avec bm 6= 0, c.-à-d.
d◦ (Q) = m, alors P Q = cp X p où cp = ai bj . Si i > n ou j > m on a ai bj = 0, et
p≥0 i+j=p
si i + j > n + m alors i > n ou j > m, par suite ai bj = 0, donc cp = 0 pour p > n + m.
Ainsi, d◦ (P · Q) ≤ n + m.
Théorème 3.25 Si A est un anneau commutatif et intègre, alors l’anneau A[X] est
aussi intègre. De plus, ∀P, Q ∈ A[X], P 6= 0 et Q 6= 0 ⇒ (P Q 6= 0 et d◦ (P · Q) =
d◦ (P ) + d◦ (Q))
Démonstration :
Soient P = a0 + a1 X + · · · an X n avec an 6= 0 et Q = b0 + b1 X + · · · bm X m avec bm 6= 0,
alors P Q = a0 b0 + (a0 b1 + a1 b0 )X + · · · an bm X n+m .
Comme A est intègre, (an 6= 0 et bm 6= 0) ⇒ an bm 6= 0, d’où P Q 6= 0 et d◦ (P · Q) =
n + m = d◦ (P ) + d◦ (Q).
Remarques 3.2
n
X
1) Soit P = ai X i ∈ A[X], où an est régulier pour la multiplication dans A, alors
i=0
∀Q ∈ A[X], Q 6= 0 on a d◦ (P · Q) = d◦ (P ) + d◦ (Q) (puisque an bm = 0 = an 0 ⇒ bm = 0).
X n
2) Soit P = ai X i ∈ A[X] un polynôme unitaire, c.-à-d. que an ∈ U (A), alors
i=0
∀Q ∈ A[X], Q 6= 0 on a d◦ (P ·Q) = d◦ (P )+d◦ (Q) car tout élément de U(A) est régulier.
37
Théorème de la division euclidienne dans A[X]
Théorème 3.26 Soient f et g deux polynômes de A[X], où g est unitaire, alors il existe
deux polynômes q et r ∈ A[X], uniques tels que :
Exemple 3.1
Dans Z, soient f = 2X 4 − 3X 3 + 4X 2 − 5X + 6 et g = X 2 − 3X + 1. On trouve que
f = gq + r avec q = 2X 2 + 3X + 11 et r = 25X − 5. A noter que la division euclidienne
s’appelle aussi la division suivant les puissances décroissantes.
38
Théorème de la division suivant les puissances croissantes
Théorème 3.27 Soient f et g deux polynômes de K[X] tels que le terme constant de
g est non nul, et soit h un entier naturel. Alors il existe deux polynômes q et r uniques
tels que :
f = gq + X h+1 r et d◦ (q) ≤ h.
q est appelé le quotient et X h+1 r le reste de la division suivant les puissances croissantes
de f par g à l’ordre h.
Exemples 3.2
1) Effectuer à l’ordre 4 la division suivant les puissances croissantes de f = −2X 3 +X +3
par g = X + 3 dans R[X]. On trouve f = gq + X 5 r avec q = 1 − 2/3X 3 + 2/9X 4 et
r = −2/9.
2) Effectuer à l’ordre 1 la division suivant les puissances croissantes de f = 1+(1+i)X +
X 2 par g = 1 − i + X dans C[X]. On trouve f = gq + X 2 r avec q = (1 + i)/2 + i/2X et
r = 1 − i/2.
Démonstration :
On a {0} = (0) et K[X] = (1) sont des idéaux principaux. Soit donc I un idéal propre de
K[X], I 6= {0}. Considérons alors E = {d◦ (P ) | P ∈ I − {0}}. on a I 6= {0} ⇒ E 6= ∅.
Soit donc m = minE et soit g ∈ I tel que d◦ (g) = m. Comme g ∈ I, alors (g) ⊂ I.
Inversement, soit f ∈ I et soient q et r le quotient et le reste de la division euclidienne
de f par g dans K[X]. Alors f = gq + r ⇒ r = f − gq ∈ I, et comme m = minE et
d◦ (r) < d◦ (g), alors r = 0. Ainsi, f = gq ∈ (g). Enfin, I = (g).
Définition 3.46 1) On dit que Q divise P (ou que P est un multiple de Q) dans K[X],
et on note Q|P , s’il existe R ∈ K[X] tel que P = QR.
2) On dit que P et Q sont associés, et on note P ∼ Q, s’il existe λ ∈ K ? tel que P = λQ.
Remarques 3.3
1) Q|P ⇔ (P ) ⊆ (Q).
2) La relation être associé est une relation d’équivalence.
3) U(K[X]) = K ? .
Soient A1 , A2 , · · · , An des polynômes de K[X], non tous nuls et soit I l’idéal engendré
par les Ai ; I = (A1 , A2 , · · · , An ) = (A1 ) + (A2 ) + · · · + (An ). Comme K[X] est un
anneau principal, il existe un polynôme D tel que (D) = I.
39
Remarques 3.4 Les notations sont celles de la définition précédente.
n
X
1) ∃P1 , · · · , Pn ∈ K[X] tels que D = Pi Ai .
i=1
2) ∀1 ≤ i ≤ n, ∃Qi ∈ K[X] tel que Ai = Qi D, c.-à-d. D|Ai .
3) Si D0 est un diviseur commun des Ai , alors (D) ⊂ (D0 ), donc D0 |D.
4) Si D0 est un autre pgcd des Ai , alors D|D1 et D1 |D, donc D1 = λD où λ ∈ K − {0}
Définition 3.48 Les polynômes A1 , A2 , · · · , An sont dits premiers entre eux dans leur
ensemble, si leur pgcd est 1 ou une constante non nulle.
Comme dans Z nous avons le
P1 A1 + P2 A2 + · · · + Pn An = 1.
Démonstration :
⇒) Si 1 est un pgcd des Ai , alors (1) = (A1 ) + (A2 ) + · · · + (An ) d’où, il existe Pi ∈ K[X]
n
X
tels que Pi Ai = 1.
i=1
n
X
⇐) Si 1 = Pi Ai , alors 1 ∈ (A1 ) + (A2 ) + · · · + (An ), d’où (A1 ) + (A2 ) + · · · + (An ) =
i=1
K[X] = (1), par suite 1 est un pgcd des Ai .
Démonstration :
C premier avec A donc il existe U, V ∈ K[X] tels que U A + V C = 1, et C|AB, donc
AB = CL, d’où B = B(U A + V C) = U AB + V CB = U CL + V CB = C(U L + V B),
donc C|B.
Soient A1 , A2 , · · · , An des polynômes tous non nuls de K[X], il existe alors M ∈ K[X]
tel que (M ) = (A1 )∩(A2 )∩· · ·∩(An ). Il est facile de voir que M est un multiple commun
des Ai , et que si M 0 est un autre multiple commun des Ai , alors (M ) ⊂ (M 0 ) ou encore
M |M 0 .
Définition 3.49 Soient A1 , A2 , · · · , An des polynômes tous non nuls de K[X], on dit
que M est un p.p.c.m. des Ai si
40
Algorithme d’Euclide
A = X 5 − X 4 + 2X 3 − 2X 2 + 2X − 1 et B = X 5 − X 4 + 2X 2 − 2X + 1.
On trouve :
A = BQ1 + R1 , avec Q1 = 1 et R1 = 2X 3 − 4X 2 + 4X − 2.
B = R1 Q2 + R2 , avec Q2 = 12 (X 2 + X) et R2 = X 2 − X + 1.
R1 = R2 Q3 + R3 , avec Q3 = 2X − 2 et R3 = 0.
Ainsi, R2 = X 2 − X + 1 est un pgcd de A et B.
Définition 3.50 On dit que l’élément a ∈ K est une racine d’un polynôme P dans K,
si P (a) = 0.
41
Propriétés : Pour tous P, Q ∈ K[X] et a, λ ∈ K, on a :
1) (P + Q)(a) = P (a) + Q(a).
2) (P Q)(a) = P (a)Q(a).
3) (λP )(a) = λ · P (a).
Théorème 3.30 Soient a ∈ K et P ∈ K[X], alors a est une racine de P dans K si et
seulement si X − a divise P .
Démonstration :
(X − a)|P ⇒ P = (X − a)Q ⇒ P (a) = 0.
Inversement, si P (a) = 0, d’après la d.e. de P par X − a, on a P = (X − a)Q + R où
R ∈ K. D’où 0 = P (a) = R ⇒ (X − a)|P .
Théorème 3.31 Soient P ∈ K[X], a ∈ K et m ≥ 0 un entier naturel, alors les pro-
priétés suivantes sont équivalentes :
1) (X − a)m divise P et (X − a)m+1 ne divise pas P .
2) Il existe Q ∈ K[X] tel que P = (X − a)m Q avec Q(a) 6= 0.
Dans ces conditions on dit que a est une racine d’ordre m de P dans K, et m est appelé
l’ordre de multiplicité ou la multiplicité de a.
Si m = 1, on dit que a est un racine simple.
Si m = 2, on dit que a est un racine double, etc...
Démonstration :
1) ⇒ 2) (X − a)m |P ⇒ P = (X − a)m Q. On a Q(a) 6= 0, car sinon on aurait (X − a)|Q,
par suite (X − a)m+1 diviserait P .
2) ⇒ 1) Évidemment (X − a)m |P . Supposons que (X − a)m+1 |P , alors
P = (X − a)m+1 Q1 , par suite, Q = (X − a)Q1 , d’où Q(a) = 0, ce qui est absurde.
Théorème 3.32 Soient P ∈ K[X] et a1 , a2 , · · · , an ∈ K des racines distinctes de P
dans K d’ordres de multiplicité respectifs m1 , m2 , · · · , mn alors P se factorise sous la
forme :
P = (X − a1 )m1 · · · (X − an )mn Q avec Q(ai ) 6= 0, ∀1 ≤ i ≤ n.
Démonstration : Par récurrence sur n.
Pour n = 1, c’est le théorème précédent.
n−1
Y
L’hypothèse de récurrence à l’ordre n − 1 est P = (X − ai )mi Q1 , avec Q1 (ai ) 6= 0,
i=1
∀1 ≤ i ≤ n − 1.
A l’ordre n on a, (X −an )mn est premier avec (X −ai )mi ∀1 ≤ i ≤ n−1 car ai 6= an pour
n−1
Y
i < n, d’où (X − an )mn est premier avec (X − ai )mi . Comme (X − an )mn divise P ,
i=1
alors d’après le théorème de Gauss, (X − an )mn divise Q1 , d’où Q1 = (X − an )mn Q. Par
suite P = (X − a1 )m1 · · · (X − an )mn Q avec Q(ai ) 6= 0, ∀1 ≤ i ≤ n − 1, car Q1 (ai ) 6= 0,
et Q(an ) 6= 0 car an est une racine d’ordre mn de P .
Définition 3.51 Soit P ∈ K[X]. On dit que P est irréductible dans K[X] si
1) d◦ (P ) ≥ 1.
2) Les seuls diviseurs de P dans K[X] sont les constantes non nulles et les polynômes
associés à P c.-à-d. les λP où λ ∈ K ? .
42
Exemples 3.4
1) Tout polynôme de degré 1 est irréductible dans K[X].
2) X 2 + 1 est irréductible dans R[X].
3) X 2 − 2 est irréductible dans Q[X].
1) Cas de C[X].
On admet le
De ce théorème on déduit que les seuls polynômes irréductibles dans C[X] sont les
polynômes de degré 1.
2) Cas de R[X].
On a λ ∈ R.
On remarque que si a est une racine de P dans C, alors son conjugué a est aussi une
racine de P dans C.
En effet, soit P = b0 + b1 X + · · · + bn X n , alors P (a) = b0 + b1 a + · · · + bn (a)n =
b0 + b1 a + · · · + bn an = b0 + b1 a + · · · + bn an = P (a), car les bi sont des réels, d’où
P (a) = 0 ⇒ P (a) = 0.
Ainsi, le nombre des racines purement complexes (dans C − R) est pair.
Réindéxons les (ai ) comme suit :
a1 , a2 , · · · , ar : ¾
les racines réelles.
ar+1 , · · · , ar+s
les racines purement complexes.
ar+1 , · · · , ar+s
Yr Ys
Ainsi, P = λ (X − ai ) (X − ar+j )(X − ar+j ), par suite
i=1 j=1
r
Y s
Y
P =λ (X − ai ) (X 2 − 2αj X + βj ),
i=1 j=1
Théorème 3.33 Les seuls polynômes irréductibles dans R[X] sont les polynômes de
premier degré et les polynômes aX 2 + bX + c de degré 2 à discriminant (b2 − 4ac)
strictement négatif.
43
n
X
Définition 3.52 Soit P = ai X i ∈ K[X] un polynôme. On appelle polynôme dérivé
i=0
n
X
0
de P , et on note P , le polynôme P = 0
iai X i−1 . On définit de même la dérivée k ème
i=1
de P comme suit : P ” = (P 0 )0 et P (k+1) = (P (k) )0 . Par convention, on note P (0) = P .
Propriétés : ∀P, Q ∈ K[X], ∀λ ∈ K on a :
1) (P + Q)(k) = P (k) + Q(k) et (λP )(k) = λP (k) .
X k
2) (P Q)0 = P Q0 + P 0 Q et (P Q)(k) = Ckr P (r) Q(k−r) où Ckr = k! ·
r!(k − r)!
r=0
Théorème 3.34 Soit a ∈ K une racine d’un polynôme P de K[X]. Alors a est une
racine d’ordre m de P dans K si et seulement si :
P (a) = P 0 (a) = · · · = P (m−1) (a) = 0 et P (m) (a) 6= 0.
m−1
X (X − a)k (k)
Démonstration : D’après la formule de Taylor, on a P (X) = P (a) +
k=0
k!
m n m−1
X k
(X − a) (X − a) (n) (X − a) (k) (X − a)m (m)
P (m) (a) + · · · + P (a) = P (a) + P (a) +
m! n! k=0
k! m!
(X − a)m+1 S, où S ∈ K[X].
m−1
X (X − a)k
P (m) (a)
Posons (X − a)S + = Q et R = P (k) (a), alors P = (X − a)m Q + R.
m! k!
k=0
Ce n’est rien d’autre que la division euclidienne de P par (X − a)m , car d◦ (R) < m. Par
ailleurs a est une racine d’ordre m de P si et seulement si (X −a)m divise P et (X −a)m+1
ne divise pas P si et seulement si R = 0 et Q(a) 6= 0. En considérant R comme polynôme
en la variable Y = X −a, on trouve que R = 0 ⇐⇒ P (a) = P 0 (a) = · · · = P (m−1) (a) = 0.
P (m) (a)
D’autre part, Q(a) = 6= 0 signifie P (m) (a) 6= 0, d’où le résultat.
m!
On rappelle qu’un polynôme est dit normalisé s’il est de la forme
X n + an−1 X n−1 + · · · + a1 X + a0 .
44
Théorème 3.35 Soit P ∈ K[X] un polynôme non constant, il existe alors une famille
finie (Pi )1≤i≤n de polynômes normalisés, irréductibles, premiers entre eux deux à deux,
et des entiers naturels α1 , α2 , · · · , αn tels que :
n
Y
P =λ Piαi ,
i=1
45
Bibliographie
Livres de cours :
Livres d’exercices :
46