THÈME : LE SYSTÈME DE SANTÉ CAMEROUNAIS : LA POLITIQUE DE SANTÉ
NUMÉRIQUE.
INTRODUCTION
Le Plan Stratégique National de Santé Numérique au Cameroun (2020-2024) vise à améliorer l'accès aux
soins de santé grâce aux interventions numériques. Il a été élaboré avec le soutien technique et
financier de partenaires tels que les Centers for Disease Control and Prevention (CDC),
l'I-TECH/Université de Washington et le Johns Hopkins Cameroon Program. Ce plan a pour vision de
permettre que d'ici 2024, la santé numérique contribue efficacement à la Couverture Santé Universelle,
en favorisant une prise de décision informée à tous les niveaux de la pyramide sanitaire, à travers des
systèmes fiables, robustes, sécurisés et interopérables. Il est structuré autour de sept axes stratégiques,
notamment le leadership et la gouvernance, la législation, les politiques et la conformité, les ressources
humaines, les stratégies et investissements, les services et applications, l'infrastructure, ainsi que les
normes et l'interopérabilité.
l. LEADERSHIP ET GOUVERNANCE
Il existe au sein du Ministère de la Santé Publique, trois structures ayant des missions clairement
définies dans l’organigramme, en lien avec la santé numérique, sans véritable cadre de convergence des
interventions :
La Direction de l’Organisation des Soins et de la Technologie Sanitaire, chargée de :
-l'application de la politique gouvernementale en matière d'acquisition et de maintenance des
équipements sanitaires;
-la définition des équipements types des formations sanitaires;
-l'élaboration des programmes de maintenance et d'amortissement des équipements et du suivi de
leur application;
-de la veille technologique en matière sanitaire; de la préparation des dossiers techniques de
consultation des entreprises pour réquisition des équipements biomédicaux;
-du contrôle de la conformité des équipements commandés;
-de l'amélioration du plateau technique des formations sanitaires-publiques et privées;
-de la tenue du fichier des équipements sanitaires
La Cellule informatique est chargée :
-de la conception et de la mise en œuvre du schéma directeur informatique du Ministère ;
-duchoix des équipements en matière d'informatique et d'exploitation des systèmes;
-de la mise en place des banques et bases de données relatives aux différents soussystèmes
informatiques du Ministère;
-delasécurisation, de la disponibilité et de l'intégrité du système informatique;
-delaveille technologique en matière d'informatique;
-delapromotion des technologies de l'information et de la communication;
-desétudes de développement, de l'exploitation et de la maintenance des applications et du réseau
informatique du Ministère:
-delapromotion de l'e-government.
La Cellule des Informations Sanitaires est chargée :
-delaconception et du suivi de la mise en œuvre du système d'informations sanitaires;
-de la collecte et du traitement des données statistiques de santé, en liaison avec l'Observatoire
National de la Santé Publique (ONSP) ;
-delamise en place des bases et banques de données relatives à la santé publique;
-del'élaboration des indicateurs sanitaires nationaux;
-del'élaboration des Comptes Nationaux de la Santé Publique, en liaison avec l'ONSP;
-delamise àjour de la carte sanitaire;
-de la sécurisation et de la disponibilité des données statistiques, en liaison avec l'ONSP ;
-delapublication des données sanitaires, en liaison avec l'ONSP.
ll. LEGISLATION, POLITIQUES ET CONFORMITE
Cette composante examine le cadre normatif, c’est-à-dire les dispositions juridiques et
réglementaires en vigueur qui encadrent la santé numérique au Cameroun. Alors que la mise en œuvre
de la stratégie sectorielle ne peut se passer du numérique, il est important de signaler que ce recours au
numérique comporte des risques pour la vie privée et/ou les libertés individuelles, car il n’existe pas de
cadre juridique spécifique à la santé numérique au Cameroun. Cependant, le pays dispose de quelques
instruments légaux et réglementaires qui encadrent les TICs, dont la loi n°2010/012 du 21 décembre
2010 relative à la cybersécurité et la cybercriminalité au Cameroun et le décret n° 2012/180 du 10 avril
2012 portant Organisation et fonctionnement de l’Agence nationale des Technologies de l’Information
et de la Communication (ANTIC) qui a entre autres pour missions de : Réguler, contrôler et suivre les
activités liées à la sécurité des systèmes d’information et des réseaux de communication électronique,
ainsi qu’à la certification électronique, en collaboration avec l’Agence de Régulation des
Télécommunications (ART) ; Promouvoir les TIC. Un projet de texte sur la télémédecine est également
en cours de finalisation au MINSANTE, mais globalement, l’on observe des vides juridiques dans la mise
en œuvre des interventions de santé au Cameroun. Il existe un comité national d’éthique sur la
recherche en santé humaine, ainsi que des comités de revue qui promeuvent l’éthique médicale et
biomédicale dans le pays.
lll. RESSOURCES HUMAINES
Le Cameroun dispose de plusieurs institutions académiques et professionnelles, formant aux
métiers des TIC et qui mettent chaque année sur le marché des techniciens et ingénieurs qualifiés.
Cependant, Il faudrait réaliser une évaluation formelle et une définition des aptitudes et compétences
requises pour soutenir l'écosystème en pleine croissance de la santé numérique. Les donateurs et
partenaires spécifiques offrent des opportunités de renforcement des capacités pour satisfaire leurs
besoins en données sanitaires qui ne sont pas forcément axés sur la vision du Cameroun numérique à
l’horizon 2020. Les ressources humaines pour la santé numérique sont principalement des
professionnels de santé et des TIC. En effet, beaucoup de professionnel de santé sont plus absorbés par
leur travail technique et estiment que les TIC sont un fardeau supplémentaire qui les éloignent de leurs
tâches principales. Dans d’autres structures sanitaires, le personnel de santé maîtrise l'outil
informatique, mais les ordinateurs disponibles ne sont pas utilisés pour des tâches techniques de
routine. Au niveau des structures sanitaires du niveau opérationnel, on note une insuffisance de
professionnels de TIC chargés de gérer et d'entretenir les parcs informatiques, et d'accompagner les
professionnels de santé à l'exploitation des systèmes informatiques. Toutefois, il est à relever la
présence de professionnels des TIC au niveau central et intermédiaire. L'un des principaux problèmes
auxquels sont confrontées les organisations des soins de santé est leur faible capacité à attirer et à
fidéliser des professionnels de TIC et plus spécifiquement en santé numérique. La plupart du personnel
de santé et des consommateurs, en particulier ceux des zones rurales, ne maîtrisent pas l’outil
informatique. Au niveau national, le MINSANTE est doté d’une expertise locale en matière de
numérisation de l’information sanitaire (DHIS2) et de déploiement des infrastructures des TIC
permettant d’avoir une visibilité globale sur la carte sanitaire, d’apprécier leurs performances sur les
aspects de promptitude et de complétude et enfin de disposer d’une source de données fiable pour
analyser la situation sanitaire du Cameroun.
lV. STRATÉGIE ET INVESTISSEMENTS
Le Cameroun n’a pas encore développé un plan de financement de la santé numérique. A ce jour, la
plupart des financements alloués à la santé numérique sont obtenus pour le court terme. Le
Gouvernement, les Partenaires Techniques et Financiers ainsi que quelques acteurs du secteur privé,
ont investi dans l’acquisition d’infrastructures de TIC et la formation des prestataires des soins dans le
cadre de l’appui au système de santé numérique. Mais, il est difficile à ce jour d’apprécier l’engagement
politique de haut niveau, pour ce qui concerne le financement adéquat de la santé numérique au
Cameroun. En effet, les financements alloués à cette entité sont dispersés dans plusieurs ministères. Par
ailleurs, en l’absence d’une instance faitière en charge du pilotage, de la coordination, du suivi de
l’utilisation de tous les financements alloués à la santé numérique au sein du MINSANTE ainsi que dans
les autres ministères partenaires (MINCOM, MINFI, MINAS, MINPROFF, MINPOSTEL, etc.), il sera difficile
d’apprécier l’exhaustivité des financements mobilisés, et d’évaluer rationnellement leur impact à long
terme.
V. SERVICES ET APPLICATIONS
Le DHIS2 assure la gestion de l’information sanitaire, permet d’établir la cartographie des
structures de la pyramide sanitaire. Dans l’écosystème de la santé numérique au Cameroun, il existe des
systèmes numériques au niveau clinique (SIGH, CardioPad, GiftedMum, DAMA, EMR…)pour
l’informatisation des interventions de santé. Mais aucune disposition n’a encore été prise pour la mise
en place d’une pyramide sanitaire numérique ou encore d’un écosystème de santé numérique
camerounais intégrant et organisant les initiatives actuelles. Toutefois le gouvernement Camerounais a
développé la stratégie de développement du Cameroun Numérique à l’horizon 2020 qui intègre déjà la «
e-santé » comme sous-composante importante pour l’essor de l’économie numérique au Cameroun. Le
MINSANTE dispose d’un Observatoire National de Santé Publique (ONSP) en charge de la dissémination
de l’information sanitaire, et de la coordination du CHDC qui est un réseau de structures productrices et
utilisatrices des données sanitaires. Cependant, s’observe une faible utilisation et exploitation de ces
données à l’effet d’améliorer la qualité de la décision à tous les niveaux de la pyramide sanitaire. Les
outils et méthodes de collecte des données ne sont pas encore alignés sur un référentiel standard
efficace, mais plutôt sur des approches spécifiques parfois individuelles ne respectant pas toujours le
canevas de recherche et nettoyage des données. Toutefois, en collaboration avec la DLMEP, l’ONSP
assure l’alerte et la veille sanitaire et réalise des études, des enquêtes épidémiologiques et de
satisfaction des usagers en liaison avec les structures concernées. Le MINSANTE dispose d’une Division
de la Recherche Opérationnelle en Santé (DROS) en charge de promouvoir la recherche opérationnelle
en santé par la dissémination des résultats de recherches à travers le Centre de Documentation
Numérique du Secteur Santé (CDNSS), ainsi que la traduction de ces résultats en propositions concrètes
d’actions. Dans le cadre du CHDC, la DROS et l’ONSP assurent la qualité et l’utilisation des données
sanitaires produites. La collaboration entre le MINSANTE, le MINRESI et les Universités pour la
promotion de l’Innovation Technologique dans le domaine de la Santé Numérique reste cependant très
insuffisante.
Vl. INFRASTRUCTURES
Le terme infrastructures couvre à la fois les infrastructures technologiques physiques, et les
plateformes ou services dématérialisés soutenant l’échange d’informations au sein du secteur de la
santé. L’approche novatrice en matière de TIC reconnaît la nécessité d’interventions politiques pour
l’acquisition d’infrastructures comme étant la clé de réussite pour une mise en œuvre adéquate des
systèmes de santé numérique. A cette fin, le gouvernement a initié des projets infrastructurels tels que
l’arrimage à la fibre optique sous-marine et son déploiement dans les principales régions du pays. Avec
les partenariats public-privé, il continue de promouvoir la disponibilité et l’accès à une connectivité de
haut débit sans fil, fiable et de coût abordable. Ces initiatives, associées à la pénétration croissante des
technologies mobiles, vont donner l'impulsion infrastructurelle nécessaire à la mise en œuvre des
systèmes de santé en ligne. Toutefois, bien que disposant d’un système national de collecte de données
sanitaires agrégées (DHIS2) et de quelques applications émergentes (DAMA, EMR, eHealth, CARDIOPAD
etc.), le MINSANTE ne dispose pas encore d’une infrastructure informatique centralisée et hautement
sécurisée, permettant à la fois d’assurer une synchronisation des données et un contrôle centralisé de
toutes les entités de la pyramide sanitaire. De même, il n’existe aucune politique d’anticipation, ni des
stratégies pour assurer la mise en place d’un système approprié de maintenance et d’amortissement
des infrastructures. En matière d’équipement des structures de santé en TIC à l’échelle nationale,
seulement 32,1% de formations sanitaires disposent d’un ordinateur, tandis que 16,8% recourent à un
ordinateur personnel, pour un accès à internet limité à 27% des formations sanitaires. En matière
d’information et de communication, le téléphone portable privé payé par un personnel, mais utilisé par
la formation sanitaire, est le moyen de communication le plus utilisé par les formations sanitaires
(52,7%), suivi du téléphone portable appartenant à l’établissement (33,2%), et d’un téléphone portable
privé dont les appels sont payés par la formation sanitaire (23,1%).
Vll. NORMES ET INTEROPÉRABILITÉ
Pour permettre l’échange des données de santé, les logiciels utilisés doivent « parler le même
langage ». L’interopérabilité doit être technique, en définissant des formats communs afin de permettre
aux différents logiciels utilisés dans le système de santé de s’interconnecter. Sans interopérabilité, il
n’y’a pas de partage ou d’échanges des données, et donc pas de services à valeur ajoutée appuyés sur
ces données. L’interopérabilité permet l’utilisation croissante, dans un espace organisé, des données de
santé dématérialisées. Pour garantir l’échange sécurisé des données de santé, l’interopérabilité s’appuie
sur l’identification et l’authentification des acteurs qui y accèdent. Au Cameroun, le DHIS2 implémenté
par la Cellule des informations sanitaires fournit une liste non exhaustive des structures composant la
pyramide sanitaire, qui est un prérequis dans le cadre de la mise en œuvre de l’interopérabilité.
Cependant, les applications informatiques pour la santé sont développées suivant un cahier de charges
qui ne tient pas toujours compte de l’existence de solutions parallèles ni des contraintes d’intégrité
fonctionnelle en lien avec l’interopérabilité. L’approche de développement orientée par composante est
encore sous-exploitée, ce qui entraine un foisonnement de logiciels qui très souvent traitent du même
sujet et exploitent les mêmes données dans les mêmes structures sanitaires (SIH, DAMA, FUSCHIA,
OpenMRS-Bahmni, etc). Il conviendrait à cet effet, que la stratégie de santé numérique serve de
catalyseur pour la production d’un guide de standards et d’interopérabilité permettant d’en assurer la
mise en œuvre ainsi que le suivi. Le DHIS2 implémenté au Cameroun permet une visualisation de
données aux différents niveaux de la pyramide sanitaire. Le flux des données en majeure partie est
unidirectionnel : de la base vers le niveau central, ce qui peut entrainer des problèmes de contrôle de
qualité de données ainsi que les sources. Il est à noter que le MINSANTE ne dispose pas encore d’une
infrastructure fiable d’interconnexion. Avec la présence des opérateurs de télécommunication (CAMTEL,
Orange, MTN, NEXTTEL) et bien que le MINPOSTEL soit l’organe directeur en charge des questions liées
à l’échange de données, il n’y a pas encore de protocoles et d’infrastructure technique à l’échelle d’un
datawarehouse (entrepôt électronique de données) pour l’échange des données sanitaires.