ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE DE LYON
Concours d’admission session 2017
Filière universitaire : Second concours
COMPOSITION DE MATHÉMATIQUES
Durée : 3 heures
L’utilisation des calculatrices n’est pas autorisée pour cette épreuve.
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L’épreuve se compose de deux problèmes indépendants. Les candidats pour-
ront les traiter dans l’ordre de leur choix.
Si A et B sont deux parties d’un espace vectoriel réel E, et si λ ∈ R, on note
A + B = {x + y ; x ∈ A et y ∈ B}, λA = {λx ; x ∈ A}.
1 Matrices symétriques définies positives
Soit n > 1 un nombre entier. L’ensemble des matrices carrées à n lignes et n
colonnes à coefficients réels est noté Mn (R). La trace d’une matrice carrée M
est notée Tr M .
Une matrice S ∈ Mn (R) qui est symétrique est dite définie positive si
∀x ∈ Rn , (x 6= 0) =⇒ ( txSx > 0)
(on a identifié la matrice txSx, de taille 1 × 1, au nombre réel qu’elle contient).
L’ensemble des matrices symétriques définies positives est noté SDPn .
Si A est une partie convexe de E, une fonction f : A → R est dite concave
si elle satisfait
∀θ ∈ [0, 1], ∀x, y ∈ A, f (θx + (1 − θ)y) > θf (x) + (1 − θ)f (y).
Une partie A de E est un cône si
∀λ > 0, λA = A.
1. Montrer que SDPn est un cône convexe.
2. Soit S ∈ Mn (R) une matrice symétrique. Montrer que S est définie posi-
tive si et seulement si ses valeurs propres sont strictement positives.
3. Soit S ∈ SDPn . Montrer que det S > 0 et S −1 ∈ SDPn .
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4. Soit A un cone convexe d’un espace vectoriel E, et f : A → R une fonction
positivement homogène de degré un, c’est-à-dire satisfaisant
∀λ > 0, ∀x ∈ A, f (λx) = λf (x).
Montrer que f est concave si et seulement si
∀x, y ∈ A, f (x + y) > f (x) + f (y).
5. Montrer que la fonction exponentielle s 7→ es est convexe sur R. En
déduire l’inégalité arithmético-géométrique
1/n
n n
Y 1 X
(IAG) (a1 , . . . , an > 0) =⇒ aj 6 aj .
j=1
n j=1
6. Soit S ∈ SDPn . Montrer qu’il existe une matrice T ∈ SDPn telle que
T 2 = S.
On dira que T est une racine carrée de S.
7. Soit S, H ∈ SDPn .
(a) Soit T une racine carrée de S. Montrer que SH est semblable à
t
T HT . En déduire que SH est diagonalisable et que ses valeurs
propres sont réelles et strictement positives.
1
(b) En déduire que (det S det H)1/n 6 n Tr(SH).
8. Finalement, montrer que si S ∈ SDPn , alors
1 Tr(SH)
(det S)1/n = inf .
n H∈SDPn (det H)1/n
9. En déduire que la fonction
F
SDPn −→ R
S 7−→ (det S)1/n
est concave.
2 Aire des domaines quarrables
Le plan euclidien R2 est muni des coordonnées usuelles x1 , x2 . Un pavé est une
partie de la forme I ×J où I et J sont des intervalles compacts de R, d’intérieurs
non vides. Deux pavés P et P 0 sont étrangers si l’intersection de leurs intérieurs
est vide. Une partie A ⊂ R2 , non vide, qui est la réunion d’un nombre fini de
pavés est un domaine simple.
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La longueur β −α d’un intervalle I = [α, β] est notée |I|. L’aire d’un pavé I ×
J est donc |I|·|J|. Un domaine simple A peut toujours s’écrire comme la réunion
finie de pavés Qk deux à deux étrangers ; on appelle cela une décomposition de
A. L’aire de A, notée aire(A), est la somme des aires des Qk ; cette définition
ne dépend pas du choix de la décomposition de A.
Soit A et B des domaines simples. On pourra utiliser sans démonstration
les propriétés
• si A ⊂ B, alors aire(A) 6 aire(B),
• si A ∩ B est d’intérieur vide, alors aire(A ∪ B) = aire(A) + aire(B).
Une partie compacte D du plan est quarrable si, pour tout > 0, il existe deux
domaines simples A et A0 satisfaisant
A ⊂ D ⊂ A0 , aire(A0 ) 6 aire(A) + .
1. Soit r > 1 un nombre réel. Soit K = [−r, r]2 \U , où U =]−1, 1[2 . Montrer,
au moyen d’un dessin, que K est un domaine simple. Quel est le nombre
minimal de pavés dans une décomposition de K ? Calculer l’aire de K au
moyen de la définition donnée en préambule.
2. Si D est quarrable, montrer que
sup{aire(A) ; A ⊂ D et A simple} = inf{aire(A0 ) ; D ⊂ A0 et A0 simple}.
Ce nombre commun est appelé l’aire de D.
3. Si I1 et I2 sont deux intervalles non vides, montrer que I1 + I2 est un
intervalle, et
|I1 + I2 | = |I1 | + |I2 |.
4. Soit P = I × J et P 0 = I 0 × J 0 deux pavés.
(a) Montrer que P +P 0 est un pavé. Exprimer l’aire de P +P 0 en fonction
des longueurs de I, I 0 , J, J 0 .
(b) Montrer que
p p p
aire(P + P 0 ) > aire(P ) + aire(P 0 ) .
5. Soit P et P 0 deux pavés étrangers. Montrer qu’il existe une droite, hori-
zontale ou bien verticale, qui sépare ces deux pavés.
6. Pour m > 2, on considère la proposition suivante :
(Pm ) Si A (resp. B) est un domaine simple, réunion de p (resp.
p0 ) pavés deux à deux étrangers, et si p + p0 6 m, alors
p p p
aire(A + B) > aire(A) + aire(B) .
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On veut montrer que (Pm )=⇒(Pm+1 )
On suppose donc que A (resp. B) est un domaine simple, réunion de p
(resp. p0 ) pavés deux à deux étrangers, avec p + p0 = m + 1. Par symétrie,
on peut supposer p > 2.
(a) Montrer qu’il existe une droite, horizontale ou bien verticale, qui
partage A en deux domaines simples A− et A+ , chacune étant réunion
d’au plus p − 1 pavés deux à deux étrangers.
Sans perte de généralité, on supposera que cette droite est horizontale,
donc d’équation x2 = a où a est une constante.
(b) Si t ∈ R, on note
B− (t) = B ∩ {x ; x2 6 t}, B+ (t) = B ∩ {x ; x2 > t}.
Montrer l’existence de u ∈ R tel que aire(B+ (u))·aire(A− ) = aire(B− (u))·
aire(A+ ).
(c) Montrer que pour ce choix de u,
aire(A + B) > aire(A− + B− (u)) + aire(A+ + B+ (u)).
(d) Conclure.
7. En déduire que si A et B sont des domaines simples du plan, alors
p p p
aire(A + B) > aire(A) + aire(B) .
8. Si C et D sont deux domaines quarrables du plan, montrer que C + D est
quarrable, et
p p p
aire(C + D) > aire(C) + aire(D) .