ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE DE LYON
Concours d’admission session 2016
Filière universitaire : Second concours
COMPOSITION DE MATHÉMATIQUES
Durée : 3 heures
L’utilisation des calculatrices n’est pas autorisée pour cette épreuve.
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Le problème porte entièrement sur des polynômes dits de Bernstein. Les parties sont essentielle-
ment indépendentes les unes des autres, mais les candidats seront évalués sur leur capacités à
traiter les différents aspects soulevés.
On note C[0, 1] l’espace vectoriel des fonctions continues f : [0, 1] → R. On munit C[0, 1] de la norme
usuelle, donc de la topologie de la convergence uniforme :
kf k = sup |f (x)|.
x∈[0,1]
On note Pn le sous-espace de C[0, 1] formé des fonctions polynomiales de degré ≤ n. Par commodité, on ne
distinguera pas un polynôme Q ∈ R[X] de la fonction polynomiale x 7→ Q(x) qu’il définit sur [0, 1] ou sur
R. Si k ∈ N, on note ek la fonction polynomiale x 7→ xk . La base canonique de Pn est {e0 , . . . , en }.
Si f ∈ C[0, 1], on définit une fonction Bn f ∈ Pn par
n
X n k n−k k
Bn f (x) = x (1 − x) f .
k n
k=0
Si Q ∈ Pn , on définit aussi ∆h Q ∈ Pn par
∆h Q(x) = Q(x + h) − Q(x).
(`)
Si ` ≥ 1 est un entier, on note ∆h l’application composée
∆h ◦ · · · ◦ ∆h .
| {z }
` termes
(1) (0)
On a donc ∆h = ∆h . Par extension, on pose ∆h f = f .
Une intégrale
1. Posons Z 1
n k
In,k = x (1 − x)n−k dx.
0 k
Montrer que In,k = In,k+1 pour tout k = 0, . . . , n − 1. En déduire la valeur des In,k .
2. Quelle majoration de Z 1
|Bn f (x)| dx
0
en déduisez-vous ?
Polynômes, combinatoire, valeurs propres
3. Vérifier que Bn : C[0, 1] → Pn est une application linéaire. Montrer que
kBn f k ≤ kf k, ∀ f ∈ C[0, 1].
Comment interprétez-vous cette majoration ?
4. Soit Q une fonction polynomiale, non constante. Montrer que deg ∆h Q = deg Q − 1. Exprimer le
coefficient dominant de ∆h Q en fonction de celui de Q.
(`)
5. Si deg Q ≥ `, exprimer le coefficient dominant de ∆h Q en fonction de celui de Q. Si au contraire
(`)
deg Q < `, que vaut ∆h Q ?
6. Démontrez la formule
`
(`) `−i `
X
∆h Q(x) = (−1) Q(x + ih).
i=0
i
7. En déduire que si Q est polynomiale, alors
n
X n (j)
Bn Q(x) = xj ∆1/n Q(0).
j=0
j
8. On note Ln la restriction de Bn à Pn , qui est donc un endomorphisme. Montrer que
deg Ln Q ≤ deg Q, ∀ Q ∈ Pn .
En déduire que la matrice Mn de Bn , dans la base canonique de Pn , est triangulaire supérieure.
9. Calculer les valeurs propres de Ln .
10. Montrer que Ln est diagonalisable.
11. En déduire que pour tout k = 0, . . . , n, Ln admet une fonction propre pn,k de degré k. Quelle est la
valeur propre associée à pn,k ?
Approximation uniforme, probabilités
Si X est une variable aléatoire réelle admettant un moment d’ordre 2, on note E(X) son espérance et
V (X) sa variance.
12. Soit n ≥ 1 un entier et p ∈ [0, 1] un nombre réel. Soit X1 , . . . , Xn des variables aléatoires avec
P (Xi = 1) = p et P (Xi = 0) = 1 − p, qu’on suppose indépendantes. Calculer E(Xi ), V (Xi ).
13. En déduire la valeur de P (Sn = m), où Sn désigne la variable aléatoire
Sn = X1 + · · · + Xn .
14. Soit δ > 0. Montrer que
1 1
P Sn − p > δ ≤ .
n 4nδ 2
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15. On se donne aussi une fonction f ∈ C[0, 1]. Exprimer Bn f (p) comme l’espérance d’une variable
aléatoire, en exploitant la question 13.
16. Pour δ > 0, on définit
ωf (δ) = sup |f (y) − f (x)|.
x,y∈[0,1]et |y−x|<δ
Montrer que
lim ωf (δ) = 0.
δ→0+
17. Montrer que
1 1
E f Sn − f (p) ≤ ωf (δ) + 2kf kP Sn − p > δ .
n n
18. En déduire que Bn f (p) → f (p) quand n → +∞, et que cette convergence est uniforme :
lim kBn f − f k = 0.
n→+∞
19. On suppose de plus que f est lipschitzienne. Montrer l’existence d’un nombre fini C ≥ 0 tel que
C
∀ n ≥ 1, kBn f − f k ≤ .
n1/3
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