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Switch me
Ce livre est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des comportements de personnes ou
des lieux réels serait utilisée de façon fictive. Les autres noms, personnages, lieux et événements sont issus
de l’imagination de l’auteur, et toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé serait
totalement fortuite.
ÉDITION : Le Code français de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à
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ISBN :978-2-37764-168-0
Lips&Roll
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Lips&Roll Editions
Table des matières
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Biographie de l’auteur
C’est lors d’un soir d’été que le père de Célia Hédoné l’interroge sur le fait
qu’elle ne compose plus. Elle se lance alors le défi d’écrire un roman complet
sans jamais lâcher, malgré les obstacles. Elle passe les jours qui suivent dans sa
chambre à rédiger des pages et des pages pour enfin atteindre son but. Mettre sur
papier chacune de ses idées, chacun de ses rêves étranges, ou scènes fantasques
lui permet de s’évader, mais aussi de faire vivre des personnages tout droit sortis
de son imagination.
Je le regarde se démener à faire rentrer ses affaires dans son sac. Je repense à
notre rencontre un mois plus tôt sur les bancs de l’université de Toulouse.
Ce grand blond aux yeux bleus qui s’était assis à côté de moi et qui m’avait
intimidée. C’est vrai, je ne suis pas quelqu’un d’hyper sociable, je n’ai pas pour
habitude d’aller vers les gens. Il me faut un temps d’adaptation avant de laisser
quelqu’un entrer dans ma vie. Par contre, lui, pour une raison que j’ignore, a tout
de suite su me mettre à l’aise. Il faut dire qu’il est difficile de lui résister ! Avec
son air de mannequin de magazine, son style soigné et sa classe naturelle. Sans
compter sa sensibilité et sa gentillesse. Il est le mec le plus avenant et le plus
respectueux que je connaisse. À l’écoute et très protecteur, il est un ami de
confiance sur lequel je peux compter. Dès lors qu’il a ouvert la bouche pour me
parler, j’ai su que lui et moi serions bons amis et ça n’a pas manqué ! Il est certes
un peu plus vieux que moi de quelques années, mais nous nous entendons bien.
Et puis, en plus de toutes ces qualités, il a un côté distingué qui charmerait
n’importe qui. Beau gosse et bon parti, que demande le peuple ?
En pinçant ses lèvres charnues et en passant une main dans ses cheveux
courts, il se lève et se dirige vers le meuble en bois. Je le regarde discrètement se
déplacer dans la pièce, en faisant mine de passer un coup d’éponge sur le plan de
travail. Paul est super bien gaulé ! Ce mec attire tous les regards, auxquels il ne
porte aucun intérêt. Son bronzage d’été fait ressortir ses traits et la couleur claire
de ses cheveux. Son t-shirt cintré laisse apparaître sa carrure. Il n’est pas très
musclé, mais a exactement ce qu’il faut là où il faut.
Lorsqu’il se penche vers l’avant, pour jeter un œil dans le meuble, son jean
m’offre un spectacle tout bonnement délicieux ! Je me mords la lèvre inférieure,
me délectant de cette vision incroyable.
— Non, c’est bon, t’inquiète ! J’aime bien passer du temps avec toi, ça me fait
plaisir.
Je fais pâle figure à côté de lui. Je suis une belle fille, d’après ce qu’on me dit,
juste un peu petite à mon goût. Pas spécialement bien foutue d’après moi, ni très
musclée. Je me trouve banale, mais j’ai au moins pour moi des yeux verts qui en
font fondre plus d’un. Et puis, mes cheveux sont également un atout. Qui peut, à
l’heure actuelle, se vanter d’avoir des cheveux blonds naturels ?
— Avec moi ? C’est une manière de dire que t’as envie de mater mon cul plus
longtemps ?
Je reporte mon attention sur le torchon que je dépose sur la poignée du four
pour le sécher, évitant ainsi sa mine goguenarde.
— Tu veux me faire croire que tu n’as même pas regardé alors que je me suis
penché exprès ?
Il me fixe, fier de lui, et pose la bouteille sur le comptoir. Je remplis les verres
qu’il a sortis et prends le jus d’orange pour diluer l’alcool lorsque quelqu’un
sonne à la porte.
Il ricane et je lui lance le regard le plus sévère que j’ai en réserve, ce qui
achève de le faire éclater de rire alors qu’il se dirige vers l’entrée de
l’appartement.
Que se passe-t-il ?
Je fais un pas vers l’entrée, lorsque j’entends Paul proposer son aide à
l’étranger. Il y a une pointe d’inquiétude dans sa voix, mais pourquoi ?
Alors que j’avance vers la porte, mon invité rejoint la cuisine, un homme
visiblement évanoui sous le bras. Il semble mal en point, et je ne le reconnais
que lorsqu’il revient à lui et lève les yeux vers moi.
Je me précipite vers eux pour aider Paul à installer mon ami sur le canapé.
Il tente de me répondre, mais les quelques mots qui lui échappent sont
incompréhensibles. Je l’inspecte d’un peu plus près, scrutant son visage : pas de
plaie visible, bon, c’est déjà ça… Mais lorsque je pousse mon examen plus
profondément et que je pose ma main sur son torse, un râle de douleur lui
échappe.
Je me concentre sur mon ami quasi inconscient toujours perché sur son
tabouret. Il lutte pour respirer, sa poitrine se soulevant à une cadence saccadée. Il
semble souffrir et ce spectacle me fait de la peine. Il est loin de mériter un tel
supplice, loin d’avoir à subir toutes ces choses, et pourtant nombreuses sont
celles qu’il s’inflige. Je me doute de ce qui lui est arrivé aujourd’hui, et je sais
pourquoi il fait ça, je connais les démons qui le rongent. Mais c’est bien la
première fois qu’il se montre aussi faible et vulnérable devant moi, lui qui est
toujours si fier, qui se veut fort et sans faille, même lorsqu’il est à deux doigts de
s’effondrer.
Paul maintient Théo comme il le peut, et je retire les vêtements qu’il lui reste,
découvrant alors qu’il a également des traces sur les cuisses et les fesses. Il faut
être inconscient pour laisser un homme dans cet état. Je suis choquée,
complètement bouleversée par ce qu’on a osé lui faire. J’ouvre la porte de la
cabine de douche et Paul y assoit le blessé à même le sol. Je m’empresse de me
mettre en sous-vêtements et de le rejoindre pour l’aider.
Ses yeux sombres papillonnent ; il peine à rester conscient. Plus je nettoie son
corps, plus je me rends compte de l’état dans lequel il se trouve. Lui qui passe
des heures à la salle pour entretenir sa musculature a l’air bien misérable à cet
instant.
Un soupir m’échappe tandis que l’idée que quelqu’un ait pu blesser un homme
aussi gentil que lui avec tant de hargne traverse mon esprit. Je lâche quelques
larmes pour mon ami, inconscient dans mes bras. Au même moment, Paul arrive
avec les serviettes.
Paul entre dans la douche pour m’aider à soulever le blessé. Je me lève à mon
tour et me place à nouveau derrière lui le reprenant contre moi en plaçant une
serviette contre mon buste pour l’y enrouler et le sécher. Paul m’enveloppe lui-
même dans l’autre pour éviter que je ne lâche Théo. Nous l’emmenons ainsi
dans ma chambre où je retire rapidement les draps et les remplace par une nappe
en plastique recouverte d’un vieux linge afin de ne pas salir le matelas. Mon
infirmier de service prend la relève, effectuant avec minutie les soins et
pansements nécessaires. Nous positionnons le brun au mieux, afin qu’il ne se
blesse pas trop dans son demi-sommeil, et nous apprêtons à sortir de la pièce
lorsqu’il attrape ma main et murmure :
Paul s’éclipse dans le salon et je reste avec mon ami jusqu’à ce qu’il
s’endorme. Il ne lui faut pas cinq minutes avant que ses paupières ne se ferment.
De retour dans le salon, je sais que je ne pourrai pas échapper aux questions de
mon invité.
— Ça va ? me demande-t-il inquiet.
— Oui, je sais…
— Est-ce que tu sais ce qui lui est arrivé ? Dans quelle condition il a pu être
blessé ainsi ?
— Alors quoi ?
Je m’éclipse pour aller chercher les serviettes tachées dans la salle de bains et
les mettre dans la machine. J’ai besoin d’un instant de répit afin de trouver les
mots justes pour lui répondre. Je ne suis pas sûre de ce que je peux lui dire, et
surtout, de comment il va prendre les choses. Il me suit et m’observe ramasser
les linges. Je sens qu’il n’en démordra pas, il veut savoir, et c’est tout à fait
normal.
— Non ! Tu ne vas pas me dire que c’est en baisant qu’il s’est fait ça ? Elle
devait avoir des griffes bien acérées !
— Je ne pense pas qu’il ait couché avec elle. Je pense que c’était une sorte de
jeu, qui est allé un peu trop loin.
— C’est une domina qui lui a fait ça ! je crie presque, non pas parce qu’il
m’agace, mais tout simplement parce que je n’ai aucune idée de comment lui
dire ce genre de chose en douceur.
— C’est une dominatrice. Une femme qui soumet un homme, ou une autre
femme. C’est un genre de pratique sexuelle.
— Donc, c’est bien sexuel ! Mais même si la fille est plutôt dominatrice, elle
n’y est pas allée de main morte. Comment est-ce possible ?
J’explose de rire face à son air sarcastique. C’est pas correct, mais il me met
tellement la pression que je craque. Il semble tendu et à l’intonation de sa voix,
on dirait qu’il trouve ça véritablement débile. Mais pour ce qu’il doit connaître
du BDSM, je ne m’en offense pas…
— D’accord… Donc c’est une dominatrice qui lui a fait ça. Mais comment tu
connais ce genre de pratiques ?
— Ha oui…
Je dois reconnaître que mes réponses manquent de clarté, et je sens que tout
cela frustre Paul bien plus qu’il ne voudrait l’admettre. L’interrogatoire continue.
— Et il est qui par rapport à toi ? Je ne vois pas quel est le lien entre toi et ses
pratiques sexuelles…
— Non !
— Non, enfin… Ce n’est pas vraiment ça. Disons que nous pratiquons
ensemble.
— Paul, s’il te plaît, fais un effort. Théo et moi, on pratique les mêmes choses
ensemble.
Il va me forcer à le dire.
— En fait je fais aussi du BDSM. Je suis une dominatrice. Théo est mon
soumis.
Cette remarque me fait l’effet d’une claque. Mais il n’a pas tort, nous ne nous
connaissons pas depuis très longtemps. Je me suis cependant déjà attachée à lui.
C’est un homme si présent que j’oublie facilement que nous ne nous côtoyons
que depuis un petit mois. C’est vrai que nous passons toutes nos journées
ensemble. Nos emplois du temps étant quasi identiques, nous avons commencé
par nous voir durant les cours magistraux avant de décider de bosser nos leçons
ensemble. Tout naturellement, notre relation s’est créée. Cependant, il ne voit de
moi que ce que je veux bien montrer. Aussi ne connaît-il que la face émergée de
l’iceberg. Il est temps que je lui parle un peu plus de moi et de ma vie privée.
— Écoute Paul, je sais que tu ne me connais pas bien, et tu dois te dire après
mes révélations qu’il te tarde de partir d’ici. Mais je voudrais te préciser que
Théo va voir d’autres dominas quand il n’est pas avec moi. On devait se voir
samedi et dimanche normalement. Voilà ce que je fais de mes week-ends.
Visiblement, il est allé voir quelqu’un d’autre aujourd’hui, avec qui ça s’est mal
passé. J’attends qu’il se réveille pour avoir des explications. Si tu souhaites
partir, je comprendrai.
Paul hoche la tête. Il semble digérer les informations que je viens de lui
donner. Au final, il reste avec moi, ne voulant pas nous laisser seuls au cas où
j’aurais encore besoin de lui.
Je réserve une part de notre « quatre fromages » pour Théo qui dort encore.
Tandis que le silence dans lequel nous sommes plongés devient inconfortable,
j’entends la voix de mon ami m’appeler de la chambre. J’accours aussi vite que
possible. Il a repris quelques couleurs, mais ses bandages imbibés prouvent qu’il
saigne encore. Paul, qui m’a suivie, reste en retrait à la porte, mais observe la
scène en silence pour s’assurer que tout va bien.
— Comment tu te sens ?
Je fronce les sourcils, inquiète, et pose la main sur son front ; il a un peu de
fièvre. Il me regarde en souriant, les paupières encore lourdes de fatigue.
— C’est ton petit ami ? Il est mignon, dit-il en jetant un rapide coup d’œil à
Paul. Approche, je ne vais pas te mordre, mec !
Le beau blond s’avance dans la chambre et se place de l’autre côté du lit, tout
en gardant ses distances. Il ne dit pas un mot. Théo lui tend la main qu’il finit par
prendre, non sans une seconde d’hésitation, et le salue en une poignée assez
mollassonne.
— Paul.
— J’ai gâché votre soirée, je te l’ai un peu volée. Alors, tu es son mec ou son
soumis ?
— Raconte-nous plutôt ce qui t’est arrivé, dis-je avant que mon camarade de
classe ne puisse répondre.
Mon brun blessé tourne la tête vers moi et son regard trahit sa détresse.
— Une domina m’a contacté sur mon compte Facebook de soumis, et elle m’a
proposé un rendez-vous pour aujourd’hui.
— Et toi, tu y es allé sans poser plus de questions ? Vous aviez discuté des
pratiques que vous alliez faire ? Tu étais préparé à ce qui allait se passer ?
— Oui, je sais : j’ai pas suivi tes conseils. Tu me connais… Tête baissée !
— Tu as faim ?
Théo se met debout tant bien que mal et je pars dans la cuisine réchauffer sa
part pendant que notre infirmier l’aide à s’installer sur le canapé.
Il mange avec appétit, visiblement affamé. Remplir son estomac lui rend
quelques couleurs, mais je ne suis pas rassurée pour autant.
Paul vérifie ses pansements : les plaies ne saignent plus. Ça ira pour cette nuit,
mais demain, je changerai ses bandages. Je reste attentive aux indications
fournies par mon ami afin que le rétablissement de Théo se passe dans les
meilleures conditions possibles.
— Tu vas rester ici tout le week-end, je veux garder un œil sur toi.
À ces mots, Paul tire une drôle de tête ; j’y lis un mélange de tristesse et de
dégoût. Malgré moi, je me sens vexée et m’empresse de rajouter :
— C’est sûr que si je vivais ça, je n’y retournerais sûrement pas…, marmonne
Paul.
— Ha ça, je ne retournerai pas avec l’autre ! Par contre, sans toi, ça va être
long…
Il pose lourdement sa main sur moi pour appuyer ses propos alors que je suis
assise sur l’accoudoir à ses côtés. Le regard de Paul se pose sur ma cuisse et je
ressens soudain comme une gêne. Comme si ce geste n’avait pas lieu d’être en
public. Je le repousse délicatement, ne pouvant accepter ce genre de
comportement face à Paul pour le moment. Il a beaucoup de choses à encaisser,
et je ne sais pas encore quelle sera l’issue de notre relation après cette soirée.
Même si j’imagine qu’il ne voudra plus entendre parler de moi, que je serai
persona non grata à ses yeux. Je ne sais pas vraiment comment calmer le jeu,
mais ce qui est sûr, c’est que je veux rassurer mon ami sur mon humanité. Je ne
suis pas violente, je ne veux blesser personne.
— Chouette, j’aurai droit à une sucette aussi si je suis sage ? dit-il fier de sa
bêtise.
— Oui madame !
Je lui donne une petite tape amicale sur la tête, signe que ça suffit et je
m’assieds sur le canapé entre mes deux invités. Paul, silencieux, est concentré
sur la télé, certainement pour éviter notre échange qui, très visiblement, le
dérange. Je vois bien à sa tête qu’il est mal à l’aise, mais je reste quand même un
peu entre eux, espérant que par ce geste il y verra une tentative d’apaisement. Je
finis par me tourner vers lui, me sentant coupable : on aurait dû passer la soirée
tous les deux. Ça commençait bien, puis il y a eu Théo et tout a basculé. Il ne
doit même plus savoir qui je suis vraiment et ça risque d’être long à expliquer.
— Paul, il se fait tard, il est minuit passé. Tu veux rester ici aussi ?
Tous les deux, nous nous dirigeons vers l’entrée, cachée du salon par la
cloison de la cuisine. Paul déverrouille la porte et l’ouvre. Je l’attrape par le bras
et il me fixe.
— D’accord, je t’appellerai.
— Non, en fait, il vaut mieux que ce soit toi qui m’appelles, quand tu seras
« disponible ».
— Toi aussi.
Dans le salon, Théo ose un coup d’œil vers moi, l’air coupable.
— Mais je suis contente que tu sois venu me trouver quand ça n’allait pas, ça
veut dire que tu as confiance en moi et tu sais que pour moi la confiance est
primordiale. Il ne peut pas y avoir de bonne relation sans ça. Et je préfère être
informée de la situation, plutôt que de te voir samedi à notre rendez-vous comme
si de rien n’était. Tu n’aurais pas pu tenir le coup.
Un léger sourire apparaît sur ses lèvres, qui ne me dit rien de bon. Je fronce
les sourcils.
— Je…
— Oui madame !
Nous nous regardons avant d’éclater de rire. Sauf que lui a toujours mal et ses
rires sont entrecoupés de hoquets de douleur. Me voilà attendrie par ce soumis
esquinté… Mais après tout, il est aussi mon ami !
— Allez, viens là imbécile ! lui lancé-je en le tirant vers moi pour qu’il vienne
dans mes bras.
— Célène ?
— Oui ?
— Je sais.
Il finit par s’endormir, la tête posée sur mes genoux, tandis que je lui caresse
les cheveux. J’espère que tout ceci n’a pas fait fuir Paul…
2
Cela fait environ une semaine que Paul et moi révisons ensemble, mais le
sujet épineux du BDSM n’a pas encore été abordé. Nos révisions assidues
semblent être un prétexte pour ne pas en discuter. Je reconnais que cette situation
me dérange et j’ai l’impression qu’un fossé se creuse doucement entre nous.
Je fais une première tentative pour l’obliger à sortir du cadre des études et du
périmètre de la fac. Peut-être que dans un autre environnement, il se détendra
enfin…
— Discuter de quoi ?
— Tu sais bien… Il faut qu’on aborde le sujet avant qu’on ne puisse même
plus se regarder dans les yeux.
Il me fixe en fronçant les sourcils. Son ton dubitatif n’est qu’une façade : il
sait très bien quel sujet je souhaite aborder. Il passe sa main dans ses cheveux en
soupirant, soudain résigné. Je préfère m’imaginer qu’il souhaite arranger les
choses entre nous et je suis heureuse de l’entendre me répondre :
J’hésite dans ma réponse, ne sachant pas s’il est prêt à entendre cette partie-là
de mon passé.
Je joue avec mon verre posé sur la table en réfléchissant à la manière la plus
adéquate d’amorcer mon récit, puis prends une gorgée et me lance :
Il s’assied plus profondément dans son siège, comme s’il s’attendait au pire,
se mettant sûrement à l’aise pour ne pas flancher à la moindre chose bizarre qu’il
entendrait. Son visage est impassible, ne me laissant aucune chance de deviner
ce qui se passe dans sa tête à cet instant même.
— En mai 2014, j’ai quitté l’homme avec qui j’étais depuis trois ans. Il était
bien plus âgé que moi et c’était le seul que j’avais connu intimement. Après ça,
j’ai eu beaucoup de mal à me remettre en selle. Je flirtais par-ci par-là, sans
jamais aller plus loin, et je passais beaucoup de temps à lire des livres érotiques.
De nos jours, beaucoup de romans érotiques parlent de BDSM ou de relation
amoureuse « épicée », ce qui est assez enivrant d’ailleurs… Bref, en novembre
dernier, j’ai commencé à me connecter sur un site de tchat, car je m’ennuyais. Et
un soir, j’y ai discuté avec deux hommes. En poussant la conversation, ils m’ont
expliqué que l’un d’entre eux était un dominant, alors que l’autre était un
soumis. Je venais de faire mes premiers pas dans le BDSM… C’était assez
inattendu.
Je souris, soudain pensive. Paul se contente de prendre son verre pour boire un
coup. Son air fermé m’énerve, car ça ne lui ressemble pas, mais je me contiens,
poursuivant mon histoire sans ciller :
— J’ai discuté avec ces deux hommes durant quelques semaines, en apprenant
un peu plus sur leur univers. Le premier qui a réussi à me convaincre de le
rencontrer fut le dominant. Peu rassurée, je dois le reconnaître, j’y suis allée avec
ma meilleure amie Margot.
— Elle avait mis un spray au poivre dans son sac au cas où ! J’avais tout juste
18 ans, et il avait insisté pour voir mes papiers afin de s’assurer que je n’étais
pas mineure. Quand j’y repense, je trouve étonnant qu’un dominant veuille
d’une personne aussi jeune. En général, ils préfèrent quelqu’un de plus
expérimenté, et qui sache réellement ce qu’elle veut. Peut-être qu’à ses yeux,
c’était mon cas. Mais voilà comment j’ai commencé. Après quoi, j’ai entamé
une relation avec lui, qui a duré environ trois mois. On ne se voyait pas souvent,
on s’appelait ou on discutait par textos. Je l’ai quitté car j’ai rencontré quelqu’un
d’autre.
Il se tait, une légère rougeur de gêne colorant ses joues. Il boit une nouvelle
gorgée et repose son verre avant de me fixer pour me signifier que j’ai de
nouveau son attention.
— J’ai très bien vécu cette expérience sur le moment. Évidemment, il y a des
plus et des moins. Mais je n’en ai tiré aucun traumatisme ni aucune cicatrice. Ce
n’était pas si terrible en fin de compte.
— C’était plus pour lui que pour moi. Mon but était que de sa soumission, il
puisse tirer du plaisir. J’étais fière de moi lorsqu’il se sentait bien. De mon côté,
je ne ressentais pas d’excitation particulière, même si j’ai pris goût à ses photos.
— Oui. Mais durant les dernières vacances d’été, j’ai tout arrêté, en
expliquant que je suivais des études en psychologie et que je n’aurais plus autant
de temps à leur accorder parce que mes cours primeraient. Mais j’ai stipulé que
je garderais un seul soumis, avec qui j’entretiendrai une relation réelle cette fois.
— Théo ?
— Oui, Théo… J’ai donc laissé sur mon compte un message explicatif, où je
précisais aux soumis, qui vivaient non loin de chez moi, que nous pouvions créer
une relation exclusive à la condition de me laisser une sorte de lettre de
motivation comprenant leurs attentes, leurs pratiques, leurs limites… pour que je
fasse mon choix.
— Bien sûr ! C’est ainsi que tous les jours je recevais de nouvelles lettres,
mais je n’arrivais pas à faire un choix. Puis, un jour, je suis allée en salle de sport
pour me renseigner sur les programmes et autres, et c’est là que j’ai rencontré
Théo.
— Il t’avait reconnu ?
— Oui ! Il est venu vers moi et m’a dit un truc du genre : « Je m’appelle Théo,
je vous ai envoyé une lettre ». Sur le coup, je n’ai rien compris du tout. Je l’ai
regardé de travers avant de lui balancer qu’il s’était trompé de personne. Là, il a
sorti son portable et m’a montré mon profil domina. Je me souviens que j’étais
contrariée et que je l’ai toisé l’air de dire « Tu te fous de moi, tu veux vraiment en
parler ici ? ». Il est devenu blême ! dis-je en éclatant de rire à ce souvenir. Au
final, il a bien fait ! En rentrant chez moi, j’ai lu va lettre et le lendemain, je l’ai
recontacté pour un rendez-vous.
— OK, vu comme ça, ça a l’air moins terrible que ce que j’ai pu voir sur
Internet.
— Oui, je voulais savoir ce que c’était, j’ai été servi ! J’ai vu des choses bien
dégueulasses quand même.
— J’espère bien !
— Il faut que j’y aille, j’ai promis à ma sœur d’être là pour son anniversaire.
— Ah, OK !
Nous nous levons et payons nos consommations avant de sortir du café. Nos
gestes me paraissent raides, et nos regards ne se croisent pas. Est-ce que cette
conversation a mis un terme à notre amitié naissante ? Je ressens une certaine
appréhension. Au moment de nous dire au revoir, j’hésite : lui faire une bise ou
lui donner une accolade plus chaleureuse ? Finalement, je m’avance vers lui
pour l’embrasser simplement et il finit par me prendre dans ses bras.
— Paul, s’il te plaît, ne réfléchis pas trop. Il n’y a aucun enjeu pour toi,
aucune décision à prendre. Juste à m’accepter comme je suis.
— Maman !
— D’accord. Ne tarde pas trop, tu sais bien qu’on mange tôt ici.
— Commencez sans moi, ce n’est pas grave. Mais je fais au plus vite.
— Un colis ?
— OK, je me dépêche.
Bizarre, je n’ai pourtant rien commandé, j’en suis sûre ! Dans un sens, je
préfère que ma mère ne l’ait pas ouvert et voir ça par moi-même. Je vérifie mes
mails dans l’espoir d’y trouver un indice, une commande que j’aurais oubliée ou
un mail de quelqu’un qui m’aurait dit m’avoir envoyé quelque chose, mais rien.
Je m’empresse de faire mon sac pour rentrer chez ma mère, range un peu mon
appartement et prends ma voiture. Je ne pense qu’à ce colis qui m’attend. Peut-
être est-ce de la part de Théo ? Mais pourquoi ne me l’aurait-il pas envoyé à
l’appartement ? Par commande vocale, je le contacte, sa voix ne tarde pas à
résonner dans l’habitacle.
— Bien maîtresse, mais j’espère que ce n’est pas une mauvaise blague.
Si la personne à mon adresse, qui plus est celle de ma mère, c’est quelqu’un
que je connais
Ce qui n’est pas chose commune, car je ne donne mes coordonnées qu’aux
gens proches de moi. Je prends congé de Théo et raccroche.
Quand j’arrive enfin, tout le monde est déjà à table. Je m’assieds avec eux et
décide de remettre l’ouverture du colis à plus tard. Comme je ne sais pas à quoi
m’attendre, je préfère même l’ouvrir une fois que ma mère sera couchée.
Ça n’a pas été long avant que la maison retrouve son calme. Je suis souvent la
dernière debout quand je viens passer quelques jours en famille. Je sors de la
douche et retourne dans ma chambre, bien décidée à résoudre le mystère de cette
expédition surprise.
J’ouvre le carton dans lequel se trouve une grande boîte noire rectangulaire.
Délicatement, je soulève le couvercle, m’attendant au pire. Là, une lettre portant
l’inscription « Madame Célène » écrite à la main repose sur un papier de soie
rouge. C’est une écriture raffinée, et je pense forcément à l’un de mes anciens
soumis. Avant d’ouvrir l’enveloppe, je préfère découvrir ce qui se trouve dans
cet écrin soyeux. J’en écarte les bords, et à ma grande surprise, je sors de la boîte
une magnifique robe rouge en soie légère. À son bustier pendent des pans de
dentelle noire s’attachant au cou et un ruban noir marque sa taille.
« Madame Célène,
C’est en apercevant cette robe rouge dans la vitrine d’un magasin que mes
pensées se sont tournées vers vous et le souvenir de nos délicieux échanges. J’y
ai retrouvé la robe et le foulard, caressant votre peau, que vous aviez si bien
décrits. Je n’ai pu m’empêcher de l’acheter. En espérant que cette dentelle vous
rappelle, à vous aussi, de bons souvenirs.
Je dois vous avouer que votre imagination et vos textes me manquent. J’espère
que vous ne m’en voudrez pas de vous demander si vous accepteriez de
reprendre nos échanges.
Votre petite chose vous envoie ses plus tendres baisers bâillonnés.
S. »
Il est 19 heures, Margot et moi partons de chez ma mère pour nous rendre à
mon appartement, histoire de grignoter, boire un coup et nous préparer avant de
sortir. C’est l’occasion pour moi de lui raconter ce qui s’est passé depuis qu’on
ne s’est pas vues. Cette fille sait tout de moi. Elle connaît mes préférences en
matière de domination, et ce depuis que je les pratique. Aussi elle n’est pas
surprise lorsque je lui explique comment Théo a débarqué chez moi et comment
Paul a tout découvert, ainsi que sa réaction. En retour, elle me parle d’elle, des
gens de sa formation et de l’ambiance parfois un peu spéciale qui y règne.
Je sens soudain des mains se poser sur mes hanches et un corps massif se
coller contre moi. Je décide de ne pas y prêter attention ; après tout, si je bouge
ainsi, ce n’est pas uniquement pour m’amuser de façon innocente. Je continue
comme si de rien n’était, jusqu’à ce que la pression de l’intrus devienne
insistante, alors je tente une échappée. Seulement, ses mains me retiennent
fermement contre lui et je ne tarde pas à sentir la queue de l’homme dressée
contre mes fesses. Mal à l’aise, je tente par tous les moyens de me libérer et ce
n’est qu’en tournant la tête vers mon assaillant que je le reconnais. Un brun,
plutôt costaux et à l’air buté, il n’y a pas de doute : il s’agit bien de Grégory,
mon premier dominant.
— Quelle déclaration !
Ses propos ne font qu’un tour dans ma tête. Je n’en reviens pas d’avoir pu
croire en quelqu’un d’aussi hypocrite que lui. Une relation de confiance ? Mais
qui devait avoir confiance en qui à ce moment-là ? Je me suis ouverte à lui, puis
il a commencé à me faire des coups foireux, à m’appeler à n’importe quelle
heure. Il est vraiment répugnant, si j’étais encore une débutante quand j’ai été
soumise à lui, j’ai eu le temps de me faire la main depuis et de rencontrer du
monde. Et ce qu’il fait, lui, n’est pas ce que j’appelle de la domination. C’est un
pauvre type, qui se sert de la couverture foireuse du BDSM pour baiser des filles
comme bon lui semble et prétendre ne rien leur devoir en retour. Son seul but est
de prendre son pied et rien d’autre, et je regrette de ne m’en être rendu compte
que trop tard. Il y a bien des couples, dont les pratiques BDSM sont de
considérer le partenaire comme un objet sexuel, mais ces couples-là se
respectent, s’écoutent et échangent afin de contenter les deux partis.
— J’ai passé de bons moments avec toi, je veux de nouveau être ton maître et
te dominer à ma manière.
— Je sais que tu as passé de bons moments, que tu aimes mon caractère fort.
On pourrait discuter autour d’un verre ? Ou faire un tour dans la forêt comme la
dernière fois…
— Je vais te le dire alors ! Tu étais une expérience avec laquelle j’ai passé de
bons moments, mais aussi beaucoup de mauvais ! Aujourd’hui, ce que tu
proposes ne me convient plus, je ne suis plus la soumise que tu as connue. J’ai
évolué dans la domination, je suis devenue moi-même une domina. Et si un jour,
j’ai le désir de redevenir une soumise, sache que les propositions ne manquent
pas et ce ne sera certainement pas avec toi.
Je lui crache ces mots au visage. C’est bien tout ce que j’ai envie de faire avec
lui : le repousser et le rabaisser comme il a osé le faire avec moi par le passé. Il
relâche sa pression et je peux enfin me dégager de ses bras.
Sa bouche se crispe en une moue de déception avant qu’il ne fasse glisser sur
moi un regard plein de dédain.
— Tu sais Greg, tu n’es pas le seul dominant au monde, arrête de croire que tu
es le meilleur, c’est pitoyable. Par ton attitude, tu me confirmes que tu n’es pas le
maître qu’il me faut. Et ce n’est pas parce que la vérité ne te plaît pas qu’elle est
mensongère.
Il se saisit de mon bras et sa main se referme dessus tel un étau avant qu’il ne
poursuive ses menaces :
— Tu passes encore ton temps à mentir et à être hypocrite, c’est pour ça que je
t’ai jetée ! Je ne suis pas le meilleur, certes… Mais moi, au moins, je suis franc,
et je sais ce que je veux. Au final, ce que tu penses m’importe peu, tu m’as juste
prouvé une fois de plus que t’es qu’une merde !
À ces paroles, son emprise sur mon bras se raffermit, je l’ai mis en colère et il
se défend en tentant de me montrer sa force. Il me serre violemment, pinçant ma
peau et ma chair entre ses longs doigts. Je lui tiens tête du regard et essaie de me
dégager, en vain.
Soudain, je me sens happée sur le côté, Greg lâche mon bras de surprise. Je
me cogne sur un torse et y rebondis, grognant de douleur. J’ai le souffle coupé,
mais qui que ce soit, je lui en suis reconnaissante. Une voix grave et pleine de
colère s’élève juste au-dessus de ma tête.
— Je n’ai pas peur de toi Greg ! Je me sens très bien dans ma peau ! Ce serait
te donner trop d’importance que de penser que tu m’as fait souffrir.
Paul fait un pas en avant, je sais qu’il cherche à me défendre, mais je lui barre
le passage de mon corps. Cela ne sert à rien de relever les propos de Gregory. Je
me retourne vers mon ami et nous échangeons un regard. Il n’en vaut pas la
peine, cet homme n’est qu’un imbécile qui pense être au-dessus de tout. Je
retourne à notre table, Paul sur les talons. Je le vois tourner la tête d’un côté et de
l’autre, s’assurant que personne ne viendra plus m’importuner. Je dois
reconnaître que je me sens plus en sécurité grâce à sa présence.
Je suis encore un peu trop sonnée pour relever son sous-entendu peu discret. À
côté de moi, Paul tente de cacher son sourire.
— C’était Greg, répond Margot qui l’a déjà rencontré par le passé.
— Et tu le connais ?
— Pas très bien. Je l’ai juste vu une fois, quand j’ai accompagné Célène à leur
première rencontre.
Le regard de Paul passe de mon amie à moi. Je vois bien qu’il se pose encore
des questions et qu’il meurt d’envie de les formuler. Je me tourne vers lui,
l’intimant de se lancer.
Il se tait lorsque la serveuse nous apporte nos boissons, une fois qu’elle s’est
éclipsée, je me sens obligée de clarifier les choses.
Paul semble vraiment surpris et mal à l’aise. Il observe l’homme, qui n’a
toujours pas quitté le club, avec un air de dégoût, surtout lorsque celui-ci
commence à tripoter une autre fille.
— Je pensais à quelqu’un qui peut en imposer avec son caractère, une sorte de
force tranquille. Je crois bien que je l’imaginais avec une aura assez
charismatique. Et puis, tu apprécies les gens bien élevés, respectueux, classes…
Lui est assez grossier.
— Je vois…
— Tu ne t’y feras peut-être jamais, mais je suis comme ça, ça fait partie de ma
vie.
— Je n’ai plus vraiment envie de rester ici. Ça vous dirait qu’on retourne chez
moi ?
Une fois chez moi, Paul, qui connaît bien les lieux, entreprend de nous
préparer quelque chose à boire pendant que je troque ma petite robe rouge pour
une tenue décontractée. Lorsque je reviens, Margot sirote son verre sur le
canapé, tout en discutant avec lui.
— Tu l’as aimé ?
— Je voudrais essayer.
— Je vais commencer par chercher une domina. Théo a l’air bien avec toi,
peut être que je pourrai trouver quelqu’un avec la même philosophie que la
tienne.
— Ne crois pas que je sois une maîtresse ou une soumise parfaite, j’ai des
défauts, énormément même, mais j’apprends tous les jours.
— Je ne te crois pas. Il doit bien y avoir une raison pour que ton ancien maître
te coure après.
— Je ne pense pas que ce soit uniquement ça. Tu avais l’air d’être un vrai défi
pour lui.
Je hausse les épaules. Pour le moment, je n’ai pas envie d’y repenser, et
certainement pas d’analyser le comportement de Greg. Je coupe court à la
conversation.
Nous restons à discuter tous ensemble dans le salon jusqu’à une heure avancée
de la nuit quand Paul sonne le premier départ. Margot vient dormir avec moi.
Il se rassied, garde son haut dans les mains et me scrute tout en lâchant la
bombe qui le taraudait.
Je tombe des nues face à cette révélation et les mots me manquent. Comment
refuser la demande d’un homme pareil ? Je le rejoins et son visage se lève dans
ma direction. Ma main passe dans ses cheveux blonds et soyeux, et je me perds
dans ses yeux. Je me laisse glisser pour m’asseoir à califourchon sur ses genoux
et scruter son regard. Ses iris sont habités d’une lueur que je leur sais
inhabituelle et que je ne saurais décrire. Ils semblent être habités d’une
confusion d’émotions, tiraillés entre le désir et la crainte, le soulagement et la
tension. Mes pensées se perdent et se formulent en quelques mots qui sortent
d’eux-mêmes :
J’ai conscience que je ne devrais pas me lancer dans cette histoire, que ça va
plus me compliquer la vie que ne m’apporter du plaisir. Mais à cet instant précis,
alors que ces lèvres sont à quelques centimètres des miennes, que son souffle
témoigne de son désir, que son regard électrise chaque parcelle de mon être, et
que je sens ce corps vulnérable brûlant pour moi. Dans un instant de folie, mes
mains s’agrippent à ses cheveux, ma bouche rencontre la sienne dans une
sensation de velours, ma poitrine se plaque contre son torse et ma raison me
quitte.
Ses mains passent sous mon haut et la sensation de son contact est étrange.
Ses doigts sont comme un voile de fumée qui passerait sur ma peau, et pourtant
je ressens un plaisir intense à son touché. Sans que je ne sache vraiment
comment, et quand nous nous sommes déshabillés, Paul est assis en tailleur sur
mon lit et mes jambes entourent son torse. Son menton parsemé de sa fine barbe
frôle ma clavicule et sa bouche se referme sur mon décolleté. Je ferme les yeux
et profite de ce petit instant de bonheur que me procure notre étreinte. Je tremble
d’excitation à l’idée de le sentir en moi, et me rapproche de lui. Son membre
érigé rencontre mon sexe et y plonge d’impatience.
Tout me paraît alors flou, je le sens en moi, je sais qu’il est là mais les
sensations semblent s’éloigner petit à petit. Je ferme les yeux, me concentre,
tente de rattraper le désir qui gronde en moi et de m’accrocher à la force de ses
reins. Pourtant plus je cherche à être là, plus mon plaisir semble s’évanouir. Et je
me réveille frustrée…
Ce rêve résume bien ce qui me trouble en ce moment. Il est vrai que Paul et
moi discutons souvent de sa décision d’essayer la soumission. Il commence à se
renseigner et à contacter quelques dominas. Mais beaucoup, ayant déjà leur
quota de soumis, ne donnent pas suite. Régulièrement, il me demande des
conseils, et j’en profite pour lui inculquer quelques notions de méfiance dont il
semble parfois manquer. Je n’aime pas le voir courir après n’importe qui. Mes
expériences passées m’ont appris à me méfier des autres dominants. Je favorise
d’abord de longues discussions, sur des sujets divers et variés afin de mieux
connaître l’autre. Il est important de comprendre son environnement, son histoire
et d’appréhender sa personnalité. À qui ai-je vraiment à faire ? Quel est son but ?
Capter les intentions avant de s’engager plus loin est primordial. J’ai conseillé à
Paul de partir sur ces bases, comme je l’avais fait auparavant avec Théo. Mon
camarade de classe semble plus réceptif à ces conseils que mon soumis ne l’a
été. Cela me rassure : Paul a peu de chance de finir dans le même état que Théo,
c’est déjà ça !
Je chasse ces pensées aussi rapidement qu’elles se sont insinuées dans mon
raisonnement et reviens à mes moutons. Il a tout de même tenu à y aller, et m’a
demandé de le rejoindre chez lui après son rendez-vous pour qu’on en discute.
Ce n’est pas la première fois qu’il rencontre une domina, mais il n’a pas réussi à
accrocher avec une seule des femmes rencontrées en un mois de temps.
J’attends Paul devant chez lui depuis déjà dix minutes. Il est en retard, mais je
me force à ne pas m’inquiéter. Après tout, c’est peut-être bon signe. De plus, s’il
avait voulu annuler notre rendez-vous, il m’aurait appelée pour prévenir. Je finis
par le voir arriver au coin de la rue. À son air renfrogné, je me doute qu’il s’est
passé quelque chose. Je feins l’innocence et amorce doucement mon
interrogatoire.
L’appartement de Paul est bien plus grand que le mien. Il vit en colocation
avec son cousin que je ne connais pas plus que ça, à défaut de l’avoir vu une ou
deux fois. Il a une vue imprenable sur la rue Jean Jaurès avec un grand balcon et
compte deux chambres individuelles, une salle à manger qui fait aussi office de
salon, un bureau, une cuisine et une magnifique salle de bain, que je lui jalouse à
cause de la grande baignoire. Profitant de la journée ensoleillée, nous nous
installons sur le petit canapé du balcon pour discuter.
Paul et moi, nous nous sommes rencontrés en septembre lors de notre entrée
en première année à la fac de psychologie. Pour ma part, je commence tout juste
mes études supérieures à 21 ans, après avoir passé deux ans à travailler, mais lui,
du haut de ses 24 ans, a déjà fait trois ans d’études d’infirmier et pour finir, il a
souhaité aborder une autre branche de la médecine. Nous nous sommes retrouvés
par hasard côte à côte dans l’amphi et avons rapidement sympathisé, dès lors
nous avons décidé de travailler ensemble et de nous entraider. La première fois
que nous avons révisé ensemble, j’étais chez mon père. Il m’y a rejointe et nous
avons passé tout le vendredi après-midi à étudier. Lorsque papa est rentré le soir,
nous avons pris l’apéro pour fêter le week-end que nous avions bien mérité. Mon
paternel avait acheté de quoi faire du kir breton spécialement pour moi. J’ai fait
goûter le savant mélange de cidre et de crème de cassis à Paul qui a jugé que ça
deviendrait notre boisson attitrée. Depuis, nous en buvons régulièrement lorsque
nous sommes ensemble et que nous clôturons une journée studieuse.
Il revient à mes côtés avec deux flûtes dans les mains et s’assied à nouveau
sur le canapé. Je souris et me tourne vers lui pour l’encourager à me raconter sa
journée.
— Ruiné ? Comment ça ?
— Exactement, tu as tout compris. Elle m’a donc traîné dans les galeries
Lafayette et m’a fait lui acheter robes et chaussures.
— Quelle garce ! Et pourquoi tu n’as pas refusé ? Tu n’étais pas encore son
soumis, tu n’étais pas obligé !
— Elle m’a dit qu’aujourd’hui serait un test pour voir si je suis un bon soumis,
et elle m’a fait jurer de lui obéir. Je ne savais pas trop comment me sortir de cette
situation, et je pensais naïvement qu’elle se contenterait de me faire poireauter
derrière une cabine, chercher des articles et porter ses sacs. En arrivant devant la
caisse, je pensais qu’elle payerait mais dès que les articles ont été mis en sac,
elle les a pris et est sortie du magasin en déclarant que c’était moi qui payais.
J’ai essayé de la rattraper, mais la sécurité m’a empêché de sortir évidemment.
Quand j’ai réglé la note, elle était déjà partie...
Il soupire, dépité.
Au fond de moi, j’espère qu’il le fera. Qu’il cessera de vouloir faire une
incursion dans ce milieu très spécial. Je ne suis pas convaincue que ce qu’il y
trouvera lui plaira. Et je nourris la crainte qu’il ne me juge sévèrement à l’issue
de sa quête.
— Non ! J’y tiens. Et pour l’instant, je n’ai pas parcouru tous les sites que
j’avais relevés, il me reste des recherches à faire sur…
Le cousin de Paul vient de rentrer et nous ne nous sommes pas rendu compte
de son arrivée avant qu’il ne passe la tête par la porte-fenêtre menant au balcon.
Nous sursautons et nous nous taisons sur-le-champ.
— Salut Kevin ! Ça va ?
Kevin est un jeune homme fin et plus petit que son cousin. Ils ont les mêmes
cheveux blonds, mais ses yeux sont d’un tout autre bleu, et Kevin porte des
lunettes qui lui donne un air plus intello. En revanche s’il y a bien un trait de
famille que je dois reconnaître chez eux, c’est qu’ils sont super bien sapés !
— Oui, viens !
Paul me fait les gros yeux, certainement gêné que son cousin ait pu entendre
notre conversation. Kevin s’assied sur un pouf à côté et nous observe tour à tour.
Je me contente de boire pour éviter son regard.
Je m’étouffe avec mon kir breton. Paul foudroie son cousin du regard, ce
dernier tente de se rattraper instantanément.
— Bah quoi ? Elle est collée à toi, presque sur tes genoux !
— Tu parles, ils sont tous coincés là-bas ! Mais s’il y en a un qui me plaît, je
te prie de croire que celui-là, si je le chope, il ne pourra plus marcher après…
Kevin me fait toujours rire avec ses expressions et ses mimiques. Dès que je
l’ai aperçu, j’ai su qu’il était gay, pourtant il paraît que ça n’a pas toujours été
aussi évident pour lui. Il est même sorti avec des filles avant de se trouver. Je
reste encore en retrait vis-à-vis de lui, bien sûr il a rapidement compris que
derrière mes airs d’étudiante sérieuse se cache quelque chose. D’ailleurs, il m’a
déjà dit plusieurs fois que j’avais un regard de vicieuse, ce qui me fait bien rire.
Peut-il seulement imaginer à quel point je le suis ? Après tout, nous avons tous
des vices, mais nous ne les avons pas encore tous explorés. Certains le font aussi
avec plus de facilité que d’autres. Et pour ma part, j’ose lever le voile sur cette
partie-là de ma personnalité, en restant à l’écoute de mes désirs les plus sombres.
— Ouais, c’est ça… On ne me la fait pas à moi ! Allez, raconte-moi tes petits
secrets !
— Mais il n’y a rien à raconter ! Je suis bisexuelle et j’ai une sexualité très
épanouie, donc tout va bien !
Paul sourit à cette révélation, qui pour lui n’en est plus une. Il connaît ma
bisexualité depuis le début, et je ne me suis pas gênée pour discuter de mes
conquêtes avec lui lorsque nous nous sommes laissés aller à quelques
confidences.
— C’est clair ! S’il n’y avait que ça ! ajoute Paul en soulevant son verre
comme s’il trinquait à ma santé en me faisant un petit clin d’œil.
— Une domina, c’est quoi ça, un nouveau courant de lesbienne ? Beurk, déjà
que je n’aime pas les mangeuses de moules !
Kevin dit souvent ça, mais en vérité, il les adore et s’éclate avec elles.
Derrière ses yeux bleus et son air bon élève, se cache quelqu’un de libéré et
d’assez pervers ! C’est pour ça que je m’entends bien avec lui, et que je sais
qu’il comprendra où je veux en venir.
— Une domina, Kevin, c’est une femme qui pratique la domination. En gros
c’est du BDSM explique Paul qui commence à maîtriser le sujet.
— J’étais sûr que tu cachais quelque chose, tu as des yeux de vicieuse !
— Oui, bien sûr ! Mais tu fais quoi ? Tu fouettes les hommes ? Oh, mon Dieu,
est-ce que tu fouettes Paul ? me demande-t-il d’un air mi-choqué, mi-hilare.
Se pourrait-il qu’il ait pensé trop fort ? J’émets un doute et décide de creuser
la question.
— Je crois que ce que voulait dire Paul, renchérit Kevin, c’est qu’il veut que
tu le fouettes !
Il lance ça d’un air moqueur, comme s’il ne s’agissait que d’une blague. Son
cousin le dévisage d’un air mauvais, lui signifiant clairement qu’il ferait mieux
de la fermer. Ce dernier marque un arrêt lorsqu’il comprend de quoi il est
question ici. Et visiblement, ce n’est pas une farce ! Paul n’a pas dû lui dire qu’il
voulait essayer la soumission, voilà une nouvelle qui doit le mettre mal à l’aise.
Je ne le regarde plus, davantage concentrée sur Paul qui évite tout contact
visuel. Kevin retourne à l’intérieur et referme la baie vitrée derrière lui. Je prends
sa remarque comme un prétexte pour nous laisser un peu d’intimité et le
remercie silencieusement.
— Reste assis !
Il a bien compris que cet ordre était sans appel : il ne s’échappera pas comme
ça ! Maintenant qu’il a prononcé cette phrase, il ne peut pas faire comme s’il
n’avait rien dit. Et j’ai bien l’impression qu’elle traduit une envie depuis
longtemps refoulée. C’est foutu pour lui. Il se rassied à côté de moi en évitant
toujours mon regard.
— C’est faux… Nous avons tous des pratiques différentes c’est sûr, et des
attentes différentes de nos soumis, mais il existe des dominantes avec la même
vision des choses que moi.
— Peut-être, mais je ne les ai pas encore trouvées. Elles ne doivent pas être
sur Toulouse. De toute manière, tu as décidé de n’avoir qu’un seul soumis cette
année, et tu l’as déjà choisi. C’est Théo, alors il n’y a pas à discuter. C’était
juste… une idée en l’air.
— Crois-moi, ce n’est pas tous les jours facile d’être mon soumis. Théo en
bave vraiment et je suis persuadée qu’il y a des fois où il regrette sa soumission !
Comme tous les dominants, je peux être très douce comme le pire des
cauchemars.
— Quoi, celle qui avait des délires vampiriques ? Elle veut te faire boire son
sang pour que tu lui appartiennes, c’est n’importe quoi !
Il revient avec une feuille sur laquelle je note quelques phrases et la lui tends.
Il lit et me regarde d’un air interrogateur.
— Tu me prépares tout ça pour jeudi prochain. On en discutera à ce moment-
là.
— Ah… Je comprends.
Il semble déçu d’apprendre qu’il y aura des séances avec Théo, mais il ne peut
y couper. Je ne peux pas non plus me départager pour leur faire plaisir, déjà que
je reviens sur mon principe de n’avoir qu’un seul soumis. D’ailleurs, je ne sais
pas comment je vais l’expliquer à Théo. Je suis en train de revoir les clauses de
notre contrat dans son dos, et cela me met mal à l’aise. C’est un très bon soumis,
et il a tout fait pour m’avoir en exclusivité. Alors que je lui ai promis qu’il serait
l’unique, que Paul nous rejoigne risque de ne pas lui faire plaisir. J’ai peut-être
mis la charrue avant les bœufs… Mais cette solution me semble convenable, et
surtout je me sens tout d’un coup allégée de mon inquiétude vis-à-vis de la
future domina de Paul.
Je me penche vers lui et dépose un baiser sur sa joue. Je le laisse là alors qu’il
relit les choses que je lui ai demandé. Je croise Kevin dans la cuisine qui me
sourit.
— Tu t’en vas ?
— Tu le prends finalement ?
— Ne faites pas trop de bêtises, hein. Je ne veux pas d’une cousine lesbienne,
ou d’affaires de domina dans tout l’appartement !
Je laisse à Paul une semaine pour rassembler toutes les pièces demandées.
Le fameux jeudi arrivant, nous convenons de nous poser dans un bar à côté de
la place du Capitole pour discuter calmement. Toute la journée, il m’a semblé
nerveux, suivant la moitié des cours, n’écoutant pas, totalement dans la lune. Je
m’inquiète de le voir si distrait. Je me rappelle lorsque j’étais la soumise de
Greg, mes journées au lycée semblaient incroyablement longues et toutes mes
pensées étaient tournées vers lui. J’imaginais tout ce qui se passerait et je
n’arrivais plus à me concentrer sur mon professeur. Pour autant, mes résultats
n’avaient pas baissé, mais je n’étais pas attentive, et ça m’avait coûté plus de
révisions. Aujourd’hui, en fac de psycho, nous ne pouvons nous permettre de ne
pas écouter, et de ne prendre que des notes sommaires. L’enjeu est trop
important. Il faudra que je veille à ce qu’il ne lâche rien, sinon je m’en voudrai.
D’autant plus qu’il passera ses journées de cours avec sa domina, ce qui ne
l’aidera pas à se concentrer.
À peine assis à une table, Paul sort de son sac une chemise en carton où il a
certainement rangé les papiers rassemblés. Alors qu’il s’apprête à l’ouvrir, je
pose ma main sur la sienne, pour lui faire comprendre que nous ne sommes pas
pressés. J’entreprends d’entamer la discussion calmement pour essayer de le
détendre.
— Comment tu te sens ? Tu as pu suivre un peu les cours aujourd’hui ?
— Ça va, et toi ?
— Paul, j’ai bien vu que tu n’étais pas attentif, il faut que tu restes concentré
sur tes études. Il faut que tu réussisses à faire la part des choses sinon tu ne t’en
sortiras pas.
— Je vais essayer. Mais t’avoir à côté de moi toute la journée, c’est un rappel
constant de ce que nous allons faire, c’est compliqué tout de même.
— Oui je sais, mais ça viendra, il faut te donner le temps. Quand tu vois que
tes pensées partent dans tous les sens, applique-toi à écouter ce que dit le
professeur.
— Comment va ta petite sœur ? Elle a fini son premier trimestre là, non ?
— Bientôt, oui ! Elle a de super notes, je ne m’en fais pas pour elle.
— Ha ha, elle est tellement jolie que ça ne saurait tarder ! Et tu ne pourras rien
y faire, il faut qu’elle grandisse et apprenne toute seule.
— Elle sera mal un moment puis se remettra. Elle doit passer par des peines
de cœur pour grandir, tu sais, sinon elle ne se forgera jamais un caractère assez
fort pour se défendre contre les mecs.
— Il ne vaut mieux pas… Je ne suis même pas sûre qu’il sache que je suis bi.
— Ouais, je comprends.
Je sens que cette conversation lui a fait du bien. Il a l’air bien plus détendu
qu’à notre arrivée dans le bar.
— Tu me remets déjà en doute ? lui dis-je, un sourcil relevé, avec un faux air
de « tu cherches les problèmes ».
— Détends ton string Paul ! Je plaisante ! Je ne vais pas te dire de baisser ton
pantalon pour te mettre une fessée en public quand même.
— Non, pas dans un endroit pareil. Qu’est-ce que je t’ai dit sur la discrétion ?
En revanche, si on se trouvait dans un donjon, ou à une soirée spéciale, je m’en
ferais un plaisir.
Il déglutit, peu rassuré par mes dernières paroles. Il n’a vraiment pas l’air si
bien renseigné que ça en fin de compte. Je sens que je vais avoir plus de boulot
que prévu.
— Ah oui ! Je l’ai récupéré ce matin c’est pour ça, je dois l’avoir quelque part
dans mon sac.
Je jette un coup d’œil à ses résultats, et sans surprise, tout est en règle. Je n’en
attendais pas moins de lui, après tout j’ai bien saisi que c’est un garçon ayant une
vie saine, mais je préfère vérifier par acquit de conscience. D’ailleurs, j’ai
également fait des analyses et les lui montre pour le rassurer sur mon état de
santé : c’est du donnant-donnant. Une relation soumis-dominant se base sur la
confiance mutuelle. Je lui signifie également que je prends la pilule, comme
chaque fois que j’ai une relation plus ou moins suivie. Je continue de parcourir
ses papiers.
— Je vois que tu as fait tes listes. Celle de tes expériences n’est pas très
longue.
Je suis surprise. Paul est vraiment un beau garçon. Sa chevelure blonde et ses
yeux d’un bleu intense lui donnent des airs angéliques. On peut presque croire
que lire en lui est facile, et il inspire de suite confiance. Il fait aussi preuve d’une
grande sensibilité, ainsi que d’une personnalité incroyablement douce et
agréable. Il pourrait avoir toutes les femmes qu’il veut, mais visiblement, il n’est
pas du genre à jouer de ses charmes.
— Et la liste des choses que tu as envie de tester ? Tu n’as rien écrit dessus.
— Je ne savais pas trop quoi mettre, donc je m’en remets à toi pour étoffer
mon expérience plutôt maigre.
— Ne dis pas ça, chacun a ses expériences et son rythme de vie. Tu vas voir
que le tien va s’accélérer dans peu de temps.
— Merci.
Il hoche la tête pendant que je range les papiers dans la pochette. Je fouille
dans mon sac et en sors deux livrets, tout à fait identiques à l’exception de
l’inscription qui se trouve sur la couverture. Je l’observe, mais ne remarque
aucune réaction sur son visage. Par contre, sa jambe gauche fait trembler la
mienne sans qu’il ne semble s’en rendre compte. Je pose ma main dessus pour
arrêter ce témoin de son état de stress.
— Ce ne sont que des bouts de papier Paul, rien de plus. Ce n’est pas un
contrat de mariage, d’accord ?
— On a tous une phase d’apprentissage, je l’ai eue aussi. Elle est plus ou
moins longue selon les personnes. Aussi tu feras certainement des erreurs, je ne
m’en fais pas pour ça. Je te punirai et tu ne les referas plus jamais.
— Maintenant, nous allons rentrer dans le vif du sujet avec les pratiques que
tu acceptes de faire, ou de ne pas faire. Tu vois, c’est sous forme de
questionnaire, tu as trois cases : « Oui », « Non » et « À tester ». Je m’en
rapporterai toujours à ce contrat pour voir ce que je peux te faire ou non. Jamais,
je n’irai au-delà de ta volonté.
— Je te fais confiance.
Nous marquons tous les deux la date « jeudi 5 novembre 2015 » et signons les
livrets de l’un et de l’autre. Cela marque le début d’une nouvelle relation. Et
nous nous quittons satisfaits.
5
Ça fait plus d’une semaine que Paul et moi avons signé le contrat. Ce soir,
Théo doit me rejoindre pour une séance, la première depuis l’incident avec
l’autre domina. Je décide d’appeler Paul. Au bout de trois sonneries, il décroche.
— Allô ?
— Très bien !
— Tu seras chez moi à 16 heures cet après-midi. Ne prévois rien pour le reste
du week-end, tu resteras jusqu’à dimanche.
— Soumis ?
— C’est bien. Prends-toi des affaires de rechange, c’est tout ce dont tu auras
besoin.
— D’accord… Euh…
— Oui ?
Je raccroche, ne lui laissant pas le temps de répondre. Je sais que son cœur
doit déjà battre à cent à l’heure et qu’il sera là dix minutes à l’avance, mais ne
frappera à ma porte qu’à l’heure pile. La première approche a dû lui sembler
brève et sèche, mais il s’y fera. Cela permet à mes soumis de savoir exactement
quel rôle ils tiennent lors de la conversation.
Il est novice. Jusqu’ici je n’ai pas eu à former de soumis : Théo savait déjà à
quoi s’attendre, et les autres avec qui je communiquais virtuellement étaient
suffisamment avancés dans ce domaine. Paul, lui, ne connaît rien de tout ça, il va
tout découvrir d’un coup. Je dois y aller doucement pour ne pas le brusquer et
l’en dégoûter, mais il faut tout de même qu’il ressente la soumission et la
puissance qui s’en dégage. C’est un véritable défi pour moi de l’initier, j’espère
tout simplement être à la hauteur et faire de lui un bon soumis. Je dois également
penser à ne pas frustrer Théo. Il est là pour passer un bon moment, et n’a pas à
pâtir de la « formation » de Paul.
J’ouvre et Paul me regarde ébahi. Cet idiot en oublierait de respirer. Alors que
mon regard se fait dur, il baisse immédiatement les yeux, se rappelant qu’il n’a
pas le droit de me regarder sans que je le lui accorde.
— Rentre !
Mon ordre est sec, clair, incisif… Peut-être que j’y vais un peu fort pour un
début. Il me faut pourtant écarter mes doutes et continuer comme je le ferai avec
n’importe lequel de mes soumis. Paul sursaute et rentre dans l’appartement les
yeux toujours rivés vers le sol, docile.
— Je crois oui…
— Bien mieux !
Il se relève et pose son verre sur la table basse pour venir se placer en face de
moi, tête toujours baissée, attendant mon prochain ordre.
— À genoux.
Sans attendre, il se laisse glisser au sol un peu trop brusquement, j’entends son
genou taper contre le carrelage. Visiblement, le stress le rend maladroit…
Mon soumis lève la tête et me scrute, commençant par détailler mes jambes,
pour remonter doucement le long de mon buste. Je sens ses yeux me caresser. Je
dois reconnaître que je n’y suis pas insensible et je le laisse faire, percevant les
réactions discrètes de son corps, qui trahissent ainsi son excitation toute
nouvelle. Il me découvre pour la première fois dans ce genre de tenue, et elle
semble lui plaire. Ses yeux marquent un temps d’arrêt sur mon décolleté
plongeant, véritable invitation à l’insolence, j’y vois une lueur de désir et m’en
délecte. Malgré le visage impassible que j’affiche, je souris intérieurement. Je le
scrute encore, m’efforçant de garder un air dangereux, mais sexy. Nos regards
finissent par se croiser et nous nous détaillons comme pour la première fois,
perdus dans les pupilles l’un de l’autre. Il ne peut soutenir mon regard et baisse
les yeux en rougissant. J’aime avoir ce pouvoir sur les hommes, les inciter à
venir se brûler à ma flamme.
J’attrape le bas de son t-shirt pour le lui retirer. Une fois le vêtement sur le sol,
je reprends mes caresses, vérifiant son dos, sa peau, ses muscles dans les
moindres détails. Il est fin, mais a des épaules bien sculptées, et l’on peut
facilement deviner les pleins et les déliés de sa musculature, des trapèzes au
chemin de sa colonne vertébrale. Je me régale.
Je fais le tour de mon soumis pour lui faire face, laissant courir mes doigts sur
sa peau qui se pare d’une fine chair de poule. Sa tête est toujours baissée comme
convenu, j’inspecte ses pectoraux et le reste de son torse qui laisse deviner une
respiration haletante. Son ventre se contracte au passage de mon index curieux.
Je relève son menton dans ma direction de manière à ce qu’il comprenne qu’il
peut maintenant me regarder.
Je le laisse ainsi dans le salon, à moitié nu, le pantalon sur les chevilles et
m’en vais chercher un objet dans ma chambre. Lorsque je reviens et que je me
place derrière lui, il ne peut réprimer un léger mouvement de recul, surpris par le
bandeau de soie noire que je viens placer devant ses yeux. Je lui intime dans le
creux de l’oreille de ne pas bouger pendant que j’achève de le lui attacher autour
de la tête. Il s’agite sous le tissu et finit par rire. Je devine que cette réaction
traduit sa nervosité, mais il n’en a pas le droit et reçoit une fessée qui le fait se
ressaisir. La scène est tout à fait sérieuse, il doit en prendre conscience.
Mes menaces semblent faire leur petit effet, il s’exécute et se tient à nouveau
droit, attentif à ce qui l’entoure. J’attrape la ceinture qu’il a toujours autour du
cou et m’en sers comme d’une laisse pour le tirer derrière moi. Le blond hésite,
il a du mal à se laisser guider privé ainsi de la vue. Je l’entraîne vers ma chambre
avec douceur, m’assurant qu’il ne rencontre pas d’obstacle sur sa route, ce serait
dommage qu’il se blesse déjà ! Je le laisse à l’entrée de la pièce et vais chercher
certaines affaires. Il est temps qu’il découvre la soumission en douceur : la
première étape consistant à un abandon total de soi. Je récupère tout le matériel
dont j’ai besoin et reviens dans la chambre. Il se laisse faire, comme un bon
soumis, aveugle à ce qui se passe autour de lui. Je l’observe un instant pour
décider de la manière dont je vais procéder, admirant son calme apparent malgré
ses muscles noués par la crainte.
— Orange.
— Bien !
Je vérifie les liens en soie dont je me suis servie pour simuler les attaches et
m’assure qu’il ne puisse pas s’en défaire facilement, tout en étant suffisamment
lâches pour ne pas le blesser. Je lui demande de bouger pour vérifier. Son corps
se détend et ses membres tirent sur les liens qui ne bougent pas. Il force
davantage, mais rien. Mon soumis ainsi entravé m’assure qu’il n’a pas mal et je
réponds par une petite tape sur son ventre, ce qui le fait tressaillir. Comme j’aime
qu’il soit aussi tendu sous mes mains ! Je tourne autour de lui, laissant mes
ongles dessiner des sillages sur sa peau pâle et Paul serre les dents sous mes
griffures. Je m’éloigne pour l’observer, il est si beau comme ça… Si seulement,
il savait à quel point je le désire quand il est ainsi à ma merci.
Je vais chercher dans le salon ma coupe de kir que je n’ai pas fini et m’assieds
en face de lui dans un fauteuil pour mieux me délecter de ce tableau. Il est dans
l’attente, se demandant ce qui se passe autour de lui, tendant l’oreille. Je fais
teinter les glaçons qui flottent dans mon breuvage déclenchant un mouvement de
tête. Absolument divin.
Je me lève, me dirige vers lui et bois une gorgée juste sous son nez avant de
presser mon verre froid contre son torse maintenant bouillant. Il se contracte,
retient son souffle, puis expire bruyamment. Je continue de boire, et cette fois, je
l’attrape par le cou pour attirer sa bouche vers la mienne. Notre proximité
semble l’exciter et l’intéresser, je l’observe tendre ses lèvres dans l’espoir de me
voler un baiser, mais je m’éloigne, nourrissant ainsi sa frustration d’être attaché
et soumis, je le vois pantelant, le souffle court, et tout ceci m’excite d’autant
plus. Je reviens à sa bouche et y dépose d’abord un baiser léger. Notre tout
premier baiser. Il goûte pour la première fois à la délicatesse de mes lèvres et je
découvre la matière charnue des siennes. J’introduis alors ma langue dans sa
bouche, partageant quelques gouttes de notre breuvage sacré, qu’il est surpris de
trouver, je le sens à ses lèvres qui se font gourmandes. Je le laisse en profiter un
peu, jouant avec sa langue un moment avant d’attraper ses cheveux pour lui tirer
la tête en arrière. Il ne peut réprimer un grognement. Je le réprimande sur-le-
champ, lui rappelant qu’il n’a pas son mot à dire et il s’excuse avec maladresse.
Je ne manque pas de lui signifier que je vais y réfléchir et je continue de
m’amuser en attendant d’accepter ses excuses.
Je bois une nouvelle gorgée, aspirant au passage un glaçon dont je sais déjà
qu’il glissera sur sa peau. Ce que je m’empresse de faire, écoutant ses
halètements dus au froid de la glace contre son torse. Je m’en délecte et descends
le long de son buste, tournant autour de ses tétons où quelques gouttes coulent. Il
tremble et à la surface de son épiderme se forme une légère chair de poule. Je
continue ma descente sur son ventre, jouant du glaçon sur ses côtes et l’amenant
sur ses hanches à l’orée de son caleçon que je n’ai pas encore enlevé. Il frissonne
et ravale un gémissement lorsque je passe le long de celui-ci, et que le glaçon
fondu oblige mes lèvres à rentrer en contact avec sa peau.
Je souris, contente de mon effet sur lui. Je repose mon verre, satisfaite de ses
réactions et m’éloigne vers ma commode où j’ai posé le reste de mon matériel.
Comme il a fauté, je me dois de lui offrir mon premier « cadeau » de la soirée :
une petite punition pour une petite bêtise.
L’eau froide sur son corps chaud a formé de petites perles qui coulent le long
de son torse. Mon soumis sursaute lorsque le premier coup de cravache s’abat
sur l’une d’entre elles l’empêchant d’atteindre le tissu de son caleçon. Il s’attend
aux coups suivants et bien qu’ils ne soient pas douloureux, Paul ne peut
s’empêcher de serrer de plus en plus les dents. Je cesse de faire pleuvoir les
coups lorsque je décide qu’il a eu son compte et lui demande s’il a eu mal. Enfin,
il desserre la mâchoire et son corps noué se décrispe peu à peu.
— Tu réfléchis trop !
Je détaille son corps, grain de beauté par grain de beauté, et l’étudie. Mes
yeux glissent sur lui telle une caresse et je veux en savoir plus. Sa mâchoire se
contracte pendant que je l’observe et mes mains se joignent à mon regard, se
posant sur sa peau chaude. Je caresse ses flancs, ses hanches et effleure la pointe
de son sexe qui se soulève en réponse. Il n’est pas d’une longueur vertigineuse, il
semble même plutôt dans la moyenne, en revanche il possède une largeur qui me
surprend. Si j’ai deviné que Paul était bien membré, je ne me serais pas doutée
qu’il s’agisse surtout de sa circonférence.
Il tire sur ses liens de soie pour se détacher, je sais qu’il veut me tenir entre ses
mains comme tous les hommes ayant une femme à califourchon sur eux. Je tire
sur la chaîne qui relie les pinces à ses tétons et lui ordonne de rester tranquille.
Lorsque ces dernières enserrent ses pointes rosées, il lâche un cri étouffé par le
bâillon et son torse s’arque sous moi. Son sexe rentre plus profondément que je
ne peux retenir à mon tour un couinement de surprise. Lorsqu’enfin, il relâche
ses muscles je me lance dans des va-et-vient mesurés, sentant les vibrations de
l’anneau contre les parois de mon sexe et sa queue me remplissant totalement.
Chaque mouvement m’offre le plaisir que j’espérais et ils trouvent écho en moi
grâce à la moindre veine de sa bite gonflée.
Ses gémissements m’excitent énormément et j’ai envie de continuer à
ressentir chaque millimètre de son sexe. Je suis tentée d’accélérer pour savourer
plus en avant notre échange. Il se cambre de plus en plus et tente de cadencer la
pénétration. Je comprends qu’il a envie de jouir et je le calme rapidement, lui
refusant sa jouissance tant que je ne lui aurai pas ordonné. Il faut qu’il prenne
pleinement conscience de mon rôle de maîtresse. Il hoche la tête en guise de
réponse, je continue alors mes mouvements et m’accroche à la chaîne ce qui tire
sur les pinces, lui arrachant un délicieux grognement. J’accélère, laissant
échapper à mon tour des gémissements, me sentant décoller. Ses jambes se
contractent, son torse se contorsionne et je sens bien qu’il tente de se retenir. Je
me laisse aller, m’empalant toujours plus sur son sexe, tout en lui ordonnant de
faire de même.
Un œil sur l’heure : 18 heures 30, il faut qu’on arrête là. Je me rends dans la
salle de bain, lance l’eau de la douche le temps qu’elle chauffe et retourne le
détacher. Lorsque je lui ôte le ruban de soie, Paul ne me regarde pas, ses yeux
semblent perdus dans le vide.
— Tout va bien ?
— Oui maîtresse.
— Paul, parle-moi, ça va ?
— Tu n’as pas l’air bien, j’ai fait quelque chose qui t’a déplu peut-être ? J’y
suis allée trop fort et je t’ai fait mal ?
— Et ?
— Tu m’as fait mal, j’ai cru que mes tétons allaient s’arracher. Tu m’as
dépossédé, privé de toute liberté et de tout mouvement, utilisé comme bon te
semblait, comme si je n’étais qu’un sex-toy à ta merci, interdit de jouir jusqu’à
ce que tu en décides et j’ai aimé ça… Comment c’est possible ? Comment on
peut aimer être traité de la sorte ?
Je le prends dans mes bras et il me serre contre lui, je reste un moment ainsi,
trop bien pour bouger. Puis, nous nous lavons mutuellement. Enfin, il peut
regarder mon corps et l’apprécier, il s’en donne à cœur joie et s’occupe
parfaitement de moi. Mais je dois me dépêcher, je mets fin à notre instant de
connivence. Il m’aide à enfiler ma robe rouge sang, ainsi que mes bas, puis nous
allons dans le salon discuter en attendant l’arrivée de Théo. J’en profite pour lui
resservir un verre et lui offrir une accalmie dans cette journée de domination.
— Pas tout à fait pour être honnête, il va me falloir un peu plus de temps.
— Ha bon…
— Ça l’est, tes pratiques et celles des autres sont privées, mais ça n’empêche
pas le dominant de choisir qui sera là.
Paul se rembrunit, certainement déçu d’apprendre qu’il ne sera plus seul avec
moi, je le comprends, mais je n’ai pas le choix. Théo était là bien avant lui. Et
cela faisait partie du deal.
— Bien maîtresse.
Lorsque Théo arrive, je lui ouvre et lui signale de suite que Paul est parmi
nous ce soir. À ma grande surprise, il accepte facilement cette nouvelle et le
salue chaleureusement. Il se met rapidement torse nu et les voir ainsi tous les
deux, côte à côte, provoque en moi une sensation étrange. Ils sont
diamétralement opposés. Théo est brun aux yeux noirs, de taille moyenne, mais
très musclé. Il s’entretient volontairement pour ça. Quant à Paul, il est blond aux
yeux bleus, plutôt grand et fin. Le contraste est relativement frappant.
J’explique à Théo que j’ai décidé de cette première séance en duo pour qu’il
serve d’exemple à Paul. Ainsi, je l’utilise pour montrer à cet autre soumis les
positions qu’il doit adopter, la manière dont il doit se déplacer et comment il doit
obéir correctement à mes ordres. Cependant, il apprend très vite et il ne faudra
pas beaucoup de temps pour faire le tour de la question. Je décide donc de passer
à la suite et de m’occuper de Théo.
— Théo, regarde-moi.
— Oui ma reine, je ferai tout ce que vous voudrez pour obtenir votre pardon.
— Oui maîtresse ?
Paul déglutit et regarde Théo, qui reste concentré sur moi. Il semble réfléchir,
tandis que le brun attend sagement sa sentence, ce qui doit certainement
surprendre mon novice qui commence visiblement à angoisser vu la transpiration
qui perle à présent sur son front.
— Cinq madame.
— Oui ma reine ?
— En effet, tu es bien trop stupide pour ça. Je pense que sept serait pas mal,
voire huit. Lève-toi !
Théo obéit sans attendre. Je me penche vers Paul qui sursaute au contact de
mon visage près de son oreille et je lui chuchote pour le rassurer :
— Je vais punir Théo, tu vas venir avec nous dans la chambre et regarder. Je
t’interdis de détourner le regard, si je fais ça, c’est pour que tu apprennes.
— Oui maîtresse.
Je vais chercher dans le frigo une bouteille de cidre que j’ordonne à Paul
d’ouvrir. Nous rejoignons mon autre soumis qui attend sagement debout au
milieu de la bâche. Je lui fais retirer son pantalon et me dirige vers lui, attrapant
les deux chaînes qui pendent des anneaux au plafond.
Le blond me tend deux bracelets en acier que j’ai laissés sur la commode.
J’attache ces derniers aux poignets de Théo et y accroche les chaînes sur
lesquelles je tire de manière à ce que mon soumis entravé se retrouve en appui
sur ses jambes fléchies. Tous ses muscles sont sous tension que ce soit les
jambes ou les bras. Je ne peux m’empêcher de l’observer un instant, trouvant sa
position délicieuse.
La force de mes coups, au fur et à mesure que je les donne, s’accentue. Théo
gémit d’abord puis se met petit à petit à crier. Paul regarde la scène avec
difficulté, tentant de ne pas détourner les yeux et serre les dents à chaque coup
claquant contre la peau ferme de mon soumis. Il sait qu’il n’a pas le droit de me
regarder moi, aussi il observe les réactions de Théo qui se cambre de douleur. Je
peux voir la peur sur son visage, l’inquiétude presque palpable qui déforme ses
traits. Je m’inquiète pour lui, pour son ressenti, la suite de son aventure, mais je
dois d’abord finir ceci. Une fois les trente coups passés, Paul souffle, de
soulagement j’imagine, il pense que le châtiment est terminé jusqu’à ce qu’il me
voit revenir avec la bouteille. Il regarde Théo avec pitié lorsque je verse l’alcool
sur son dos rougi. Le martinet a, comme prévu, griffé la peau, mais n’a pas
ouvert la chair, seules des marques rouges subsistent, et elles partiront
facilement. Le liquide coule sur son dos et une multitude de bulles s’y forme,
s’accrochant à ses blessures. Théo subit sa punition sans se plaindre, et n’utilise
à aucun moment son mot de secours. Lorsque j’en ai enfin terminé avec lui, Paul
le détache sous mes ordres, et le brun se remet en position comme si de rien
n’était. J’observe discrètement les réactions de mon blond, j’ose espérer qu’il
apprendra vite.
6
Paul se remet tout juste de ce qu’il a vu, tremblant tandis que Théo, trempé,
attend sagement la suite. Je laisse à mon soumis blond le soin de l’essuyer
légèrement et je vais m’asseoir dans un fauteuil en face d’eux.
Il m’observe dubitatif, mon regard le rappelle à l’ordre car il oublie qu’il n’a
pas été invité à poser les yeux sur moi. Il se précipite à mes pieds laissant son
acolyte à sa place. Théo est beau comme ça, détendu, le corps luisant,
transpirant, son visage fatigué, mais soulagé. Je ne doute pas qu’il ait apprécié sa
punition.
— Théo, je ne vais pas t’accorder le droit de jouir ce soir. Mais ce n’est pas
pour autant que je n’ai pas le droit à mon plaisir.
— Oui madame.
— Viens ici.
Théo se met à quatre pattes pour nous rejoindre, Paul étant à mes côtés.
J’écarte les jambes et soulève ma robe. Je ne porte que des bas pour tout sous-
vêtement, je dévoile ainsi mon sexe à la vue de mes soumis. Théo s’agenouille
en face de moi, regardant ravi et attendant les ordres. Je l’attrape par les cheveux
et je viens le placer entre mes cuisses humides de désir.
Sans que je n’aie à rajouter quoi que ce soit, mon soumis brun commence à se
repaître de ce que je lui offre, sous les yeux de Paul qui nous observe. À son tour
je le saisis avec rudesse par sa tignasse blonde, lui arrachant une grimace, et je
l’embrasse à pleine bouche. Il manque de se débattre par instinct, mais se
reprend rapidement se rappelant sans doute quelle punition je peux lui dispenser.
Je le relâche, mes yeux rivés aux siens, un hochement de tête suffit à lui faire
comprendre que je le laisse respirer et je me concentre sur le plaisir que Théo est
en train de me donner.
Ce dernier est très doué pour les cunnilingus, c’est même son point fort, il sait
me faire perdre pied en quelques secondes. Je ressens sa langue chaude lécher
délicatement mes lèvres. Il se délecte de mon nectar avec tant de gourmandise
qu’il m’envoie des vagues de chaleur dans tout le corps. J’ouvre encore les
cuisses et y enfonce sa tête plus profondément. Il connaît très bien l’anatomie de
la femme, et sait que les petites lèvres sont des terminaisons du clitoris. Du bout
de la langue mon soumis les titille longuement faisant naître dans mon ventre
d’agréables frissons. Puis doucement il remonte vers mon bourgeon gonflé de
plaisir, et entreprend tantôt de le lécher, tantôt de le suçoter. De temps en temps,
il recule légèrement et de son souffle rafraîchit mes chairs brûlantes pour ensuite
les reprendre en bouche. Il varie les plaisirs comme un dieu, me faisant gémir
sans retenue. Je garde une main appuyée sur sa tête et ferme les yeux depuis un
moment m’évadant petit à petit vers l’orgasme.
Je le repousse et décide que c’est une leçon que Théo doit lui donner. Je fais
signe au brun de revenir et ordonne à mon novice de bien observer comment il
s’y prend pour me faire jouir une prochaine fois. Visiblement cette remarque le
vexe, mais tout le monde a besoin d’apprendre un jour, et mon rôle de maîtresse
consiste aussi en cela.
Théo s’applique encore plus qu’à son habitude et le plaisir qu’il me procure se
répand rapidement dans tout mon corps. Mes jambes se mettent à trembler avec
force. À ce rythme je ne vais pas tenir bien longtemps, mais je retiens mon
orgasme pour laisser à Paul l’occasion de bien s’imprégner de sa technique. À
nouveau emportée par la langue qui me fouille et me caresse, je ne peux plus
lutter et ferme les yeux. Un juron annonce ma jouissance, et je me répands dans
la bouche avide de mon soumis. Apaisée et sereine, mes muscles se détendent
d’un coup. Je me sens comme une poupée de chiffon, privée de toute énergie.
D’un signe j’informe mes soumis que nous avons fini notre séance, et
j’indique à Théo la salle de bain. Il se relève et m’embrasse longuement, je peux
me goûter sur ses lèvres ce qui ne manque pas de m’exciter à nouveau. Je me
contrôle et le repousse gentiment en lui souriant. La séance étant terminée, il a le
droit de m’approcher à sa convenance, mais m’embrasser ainsi n’est pas dans ses
habitudes.
Je retiens ses gestes et lui souris, une main sur son torse pour maintenir une
petite distance entre nous. Il me faut remettre les choses à leur place.
— Ne boude pas, mais n’en profite pas non plus pour montrer que je
t’appartiens, car ce n’est pas le cas.
— Bien…
Théo ne tarde pas à nous rejoindre dans le salon et s’installe sur le canapé à
côté de Paul. J’ai volontairement choisi de m’asseoir dans un fauteuil, seule,
pour ne pas provoquer plus de jalousie qu’il y en a actuellement. Je regarde mes
deux soumis, qui maintenant ne sont plus que mes amis puisque la séance est
terminée. Je veux simplement que l’on discute de leur ressenti, afin que Paul
comprenne ce que pense Théo de son châtiment. Un échange de point de vue qui
pourrait lui faire du bien.
— Délicieuse comme toujours, les bulles sur les éraflures c’est exaltant !
— Et au niveau de la douleur ?
— Le cunnilingus que j’ai offert à Théo a été vécu comme une récompense,
certes il n’a pas joui, mais il a eu la possibilité de faire jouir sa maîtresse et de
goûter à sa jouissance.
Théo sourit ravi tandis que Paul darde sur lui un œil sombre. Il souffle et se
renfrogne préférant se concentrer sur la baie vitrée.
— Les garçons, pas de jalousie, je vous prie. J’ai une relation différente avec
chacun de vous, et il n’y a pas de préférence. Théo arrête ton petit jeu puéril
parce que ça va vite m’énerver, Paul est là pour apprendre et découvrir, pas pour
te faire concurrence.
— Tant mieux, sinon ton contrat est là, tu peux demander à le clore quand tu
le souhaites.
— D’accord.
Je me lève pour aller dans ma chambre et je reviens avec une boîte à bijoux
carrée que je donne à Paul. Il me regarde surpris puis l’ouvre, découvrant un
bracelet tressé de deux lacets de cuir noir et d’un fil d’acier, surmonté d’un petit
cylindre auquel pend un anneau.
— Qu’est-ce que c’est ?
Théo est hilare tandis que Paul le regarde de travers, ne comprenant pas ce
que cela signifie. Je ne lui ai pas encore parlé du « collier de soumis ».
Il scrute le bijou comme si sa vie allait changer du tout au tout et hésite. Puis il
regarde les poignets de Théo et remarque qu’il possède le même à peu de choses
près des initiales qui y sont gravées.
— Il a le même que toi, seulement sur son bracelet ce sont les initiales T et C
qui sont gravées, alors que sur le tien j’ai fait graver P et C. Théo explique lui le
principe.
— C’est simple mec, quand tu vois Célène pour une séance de domination tu
portes ton bracelet. Si vous sortez tous les deux en tant que maîtresse et soumis,
tu le portes aussi. Et si c’est un week-end de domination qui est prévu, mais que
vous faites des pauses pour revenir à des rapports amicaux : tu le gardes tout de
même.
— J’ai également un bracelet gravé de vos initiales à tous les deux. Je le porte
pour signifier que vous m’appartenez, que nous avons un lien et que ça
m’engage à m’occuper de vous. Sinon concernant ce week-end on va continuer
gentiment histoire que vous fassiez connaissance les garçons, car vous allez être
amenés à vous voir assez souvent.
— En effet, c’est ce que j’ai cru comprendre, rétorque Théo. On aura quand
même le droit à des séances en privé ?
Théo me défie et semble s’en amuser. Il cherche sûrement à tester mes limites
face au petit nouveau. Il vérifie si je change de comportement, si je suis prête à
renoncer à nos habitudes pour préserver un peu Paul. Il fait fausse route. Je suis
plutôt du genre déterminée.
— Le salon ?
— Hey, ça va ?
— Fatiguée, et toi ?
— Je n’ai pas trop envie de bouger là, mais si tu es sur Toulouse passe prendre
un verre qu’on discute un peu !
Margot arrive, légèrement en retard, mais comme toujours elle est rayonnante
et de bonne humeur. Elle est très bien apprêtée et son habituel trait d’eye-liner
met ses yeux en valeur de belle manière. Je l’accueille dans le salon et la laisse
s’asseoir avant de lui proposer un verre. C’est en sirotant nos boissons que nous
entamons la discussion sur les chapitres successifs de nos vies étudiantes bien
remplies. Elle ne manque pas de remarquer que j’ai l’air épuisée. Je détourne la
conversation sur sa soirée à venir, bien plus trépidante que mes révisions de la
semaine. Je cherche surtout à glaner des informations sur son programme : est-ce
qu’il y aura des garçons ? Où va-t-elle rejoindre ses autres copines ? J’ai toujours
aimé tout savoir de ses amants, de ses secrets… Nous n’avons jamais eu de
retenue sur nos vies privées, et nous nous livrons l’une à l’autre avec plaisir.
— Je sors en boîte avec les filles, mais avant nous allons dans un bar. Tu es
sûre que tu ne veux pas venir ? Ça te changerait les idées.
— Ho bah les mecs, j’en ai assez avec mes deux soumis pour ne pas m’en
rajouter d’autres si tu vois ce que je veux dire…
— Ho non, je les adore ! Mais c’est d’autant plus de choses à gérer. Et toi ? Ça
fait longtemps que je n’ai pas eu de petites anecdotes
Elle sort son téléphone de son sac et commence à chercher dans ses messages
avant de me présenter la photo d’un jeune homme typé asiatique. Il faut avouer
que dans son genre il n’est pas mal du tout ! Elle me raconte tout ce qu’elle sait
de lui, tout ce qui s’est passé depuis et ses espérances quant à leur future relation
qu’elle souhaite purement sexuelle. Elle a toujours eu du mal à s’attacher et à
avoir une relation de couple stable. Je la comprends en même temps, pourquoi
s’enfermer quand il y a autant de poisson dans la mer ? Moi-même j’ai pris la
décision de ne pas me remettre en couple, j’ai envie de profiter de ma jeunesse
pour vivre comme bon me semble. Son téléphone vibre, et elle regarde le
message qu’elle vient de recevoir.
Nous nous dirigeons vers l’intérieur et nous mêlons à la foule déjà dense. Les
allées sont bondées, de chaque côté s’étendent des stands de bien-être, de
vêtements, de dessous, d’accessoires coquins, de sex-toys et d’un tas d’autres
objets plus ou moins explicites. Il s’en dégage une bonne ambiance. On ne peut
cependant nier la tension sexuelle qui sature l’atmosphère. Les gens portent des
tenues particulières de façon décomplexée : latex, cuir, vinyle, dentelles
suggestives et même cuissardes. Travestis, transgenres, BDSM, poupées
gonflables, il y en a de tous les genres. Je me sens à l’aise et à ma place.
— Vous allez regarder ce qui se trouve ici et dans les stands alentours.
Choisissez chacun quelque chose qui vous plaît, et venez me trouver pour me le
présenter.
— Bien madame.
Ils s’éloignent aussitôt, dociles. Je me tourne vers Margot et Kevin. Ce dernier
n’est pas surpris de me voir parler de la sorte à son cousin. Il a été mis dans la
confidence, et c’est bien mieux ainsi.
— Je vais aller faire un tour par là-bas, voir s’il n’y a pas des petits culs à
tâter ! Kevin pointe du doigt les espaces consacrés aux shows en m’adressant un
clin d’œil. Je ne peux m’empêcher de rire, tandis qu’il s’éloigne en trottinant.
— Ouais, carrément !
Nous nous déplaçons vers un stand de sex-toys non loin. Tout est étalé sur des
tables, et il n’y a presque plus qu’à se servir. Nous en faisons le tour, plusieurs
fois, indécises. Nous cherchons quelque chose de véritablement attirant. Bien sûr
si ça ne tenait qu’à moi, et non pas à mes finances, je les prendrais presque tous.
— Maîtresse ? Pardonnez-moi…
Tout en disant cela, je place mon index sous le menton de Paul pour le
désigner et il blêmit à cette idée farfelue. Bien évidemment je sais que c’est une
de ses limites et je la respecte sans souci. Je cherche juste à le taquiner. En
vérité, si un jour je prends un gode à ceinture, ce sera pour une femme, pas pour
l’un de mes soumis. J’en tirerai beaucoup plus de plaisir.
Je suis Paul jusqu’à un stand où il me désigne une fine baguette de bois dotée
d’un manche en cuir. Je le regarde, surprise, avant de deviner qu’il ne sait pas
vraiment de quoi il s’agit. Il n’aurait pas choisi cet objet s’il avait eu
connaissance de son utilité.
— C’est bien ce que je pensais… Non, ceci est une canne, elle sert à donner
des coups. Ça fait partie des objets les plus douloureux de punition que tu
pouvais me désigner. Tu es bien courageux ! Pour la peine, je vais la prendre,
j’espère que ça te fera plaisir.
Paul est confus d’avoir choisi par son ignorance ce qui risque de le mener à la
véritable souffrance. Cela lui servira de leçon, pour qu’il arrête de penser qu’une
simple baguette n’est pas si dangereuse. Il fait désormais partie d’un univers où
tout objet peut être équivoque. Quant à Théo il connaît déjà la douleur de la
canne et pour la première fois je vois naître en lui un soupçon de sympathie à
l’égard de son camarade.
Je suis devant le bar depuis dix bonnes minutes, attendant patiemment mon
tour. Il y a beaucoup de monde également de ce côté-ci du salon, mais il y fait
tout de même plus frais. J’en profite pour regarder les alentours et observer les
gens qui passent au loin. Les costumes que portent certains me font sourire.
J’apprécie de les voir ainsi assumer leurs envies, leurs goûts. Bien évidemment il
y a aussi des gens à l’allure banale qui viennent ici en jean et pull sans se
prendre la tête. J’observe aussi les stars du salon qui déambulent près de leur
podium, ou les jeunes filles près des cabines. Enfin, le serveur derrière le bar
s’approche vers moi et me demande ce que je désire boire. Je commande pour
tout le monde et attends sagement qu’il me serve lorsque quelqu’un m’accoste.
— Excusez-moi ?
Je me retourne et tombe nez à nez avec un homme. Il est grand, fin, et il doit
avoir moins de 40 ans. Il dégage une certaine aura de confiance. Ses yeux bleus-
gris sont pénétrants et ses cheveux bruns sont parsemés de quelques pointes
argentées. Je distingue sur son visage une barbe naissante et lorsqu’il sourit des
fossettes se creusent aux coins de ses lèvres. Je ne peux m’empêcher de le
regarder des pieds à la tête, décomposant sa tenue. Il porte un jean gris foncé
retenu par une ceinture, une chemise blanche et un gilet de costume noir. Je me
perds un instant dans son regard, puis me ressaisis, inquiète d’avoir été
interpellée par un inconnu dans un tel lieu, et je crains le vieux pervers.
— Ah…
— Ho… sur le moment je ne vois pas quoi lui répondre d’autres que des
onomatopées. Où veut-il en venir ?
— Pour l’ambiance, pour m’amuser, pour faire des achats… j’essaie de rester
vague, mais malgré moi je me sens poussée à lui répondre sincèrement.
— Oui…
— Je ne vois pas en quoi mes achats vous intéressent. À moins que vous ne
me soupçonniez de vol ? Et dans ce cas-là je souhaiterai voir votre badge de
vigile.
— Difficile de ne pas le voir quand vous vous promenez avec vos soumis en
leur donnant des ordres.
— Et par la soumission ?
Le serveur revient, je récupère les pièces qu’il me tend, et prends toutes les
boissons avant de m’en aller. Alors que je fais quelques pas, je sens sa main sur
mon bras, et instinctivement je m’arrête.
— En effet je pourrais dire ça… Mais vous êtes une dominante, vous
connaissez déjà la vérité sur les plaisirs de la soumission. Je n’ai pas besoin de
vous les vendre. Mais on pourrait peut-être essayer ensemble.
— Célène ! Kevin avance vers moi, criant mon prénom au travers de la foule
et me faisant signe. Je suis soulagée de voir un visage familier et qu’il vienne me
sauver de cette conversation.
Notre début de soirée se déroule devant les shows sexy pour adultes. Kevin se
régale à chaque homme qui fait un strip-tease, et Margot se joint à lui pour
pousser des vivats d’encouragements dès qu’un vêtement tombe au sol. Quant à
mes soumis, Théo préfère les shows BDSM tandis que Paul les observe encore
avec un peu de méfiance. De mon côté je feins de passer un bon moment, mais
en vérité la rencontre avec l’homme aux yeux envoûtants ne quitte pas mes
pensées.
Ce n’est pas dans mes habitudes de bloquer ainsi sur un inconnu. Qu’est-ce
qu’il a de si entêtant ?
— Oui maîtresse.
À cet instant Paul transpire la jalousie, mais je ne peux pas le faire venir. Ce
qui se passera ce soir, il ne le comprendrait pas et s’en ferait une mauvaise idée.
Je sais qu’il a des sentiments pour moi. Je ne le sais que trop bien, car au début
d’une soumission il est commun de s’empêtrer entre désir et réalité. Mais je ne
peux pas me permettre de le faire espérer. C’est mon rôle de maîtresse à partir du
moment où il a signé son contrat de soumis. Il n’y aura jamais rien d’autre que
notre relation d’amitié et nos séances de BDSM. C’est ma « politique ». Il faudra
qu’il fasse avec. Et si un jour nous sommes amenés à coucher ensemble en
dehors de son rôle de soumis, il faudra m’assurer qu’il ne m’aime pas.
Théo a la tête sur les épaules, il comprend et accepte la teneur de nos relations
ambiguës : entre soumission et sex-friend. Pour lui tout est clair comme de l’eau
de roche. Il connaît chaque frontière, et n’en joue pas.
— Non, ça ira Paul merci. Rentre avec Kevin et passez une bonne soirée.
— Pardonnez-moi maîtresse.
— Si je t’ai choisi ce soir, ce n’est pas parce que je te préfère à Paul, ou parce
que tu es le meilleur, que ce soit bien clair ! je fais en sorte que ma voix soit
sèche.
— Bien madame.
Il reste silencieux s’imaginant sans doute les frasques de nos futurs ébats. Je
garde mon attitude hautaine vis-à-vis de lui, et la conserve jusqu’à ce que je
puisse me défaire de mon rôle.
8
Nous sommes à peine dans l’ascenseur que Théo se rapproche de moi, son
torse contre le mien. Je plaque illico ma main contre lui pour l’arrêter dans son
élan.
Théo a une force que j’oublie souvent, ne lui laissant pas l’occasion de
l’utiliser avec moi. Il m’attrape par les hanches et d’un coup de pied ferme la
porte. Sa bouche s’écrase sur la mienne dans un baiser passionné et ses doigts
poursuivent leur course dans le creux de mes reins, caressant la peau de mon dos
dénudé. Son corps pressé contre le mien m’empêche de trouver l’air dont j’ai
besoin, je me cambre tant bien que mal, cherchant à respirer et ne fait que
renforcer la pression de ma poitrine sur son torse. Enfin il recule légèrement,
prenant conscience de son avidité. Il en profite pour se saisir de mes clefs et de
mon sac, que je porte encore, pour les laisser tomber au sol. Sa langue ne quitte
pas mes lèvres, et il entreprend de les mordiller.
Il prend mes bras, les soulève pour les laisser glisser autour de son cou, et de
ses mains il attrape mes cuisses pour placer mes jambes autour de ses hanches. Il
n’en faut pas plus pour que je m’abandonne à son emprise. Pour le laisser
m’envelopper tout entière. Nos corps sous tension se réchauffent et
communiquent mutuellement, tandis que je suis parcourue de frissons. Une de
ses mains agrippe mes cheveux, tirant ma tête vers l’arrière il embrasse mon cou.
Je me laisse faire, fermant les yeux et goûtant à ce désir qui se réveille et dont je
n’ai plus coutume.
Je sens sa force se répercuter dans tout mon corps, chacun de ses coups de
hanche me traverse totalement, faisant tressaillir mes jambes autour de sa taille
et me rendant l’accroche difficile. Je le lâche, épuisée de lutter et me laisse
tomber sur la table, ses mains au creux de mes reins me maintiennent plus
fermement contre lui. Je ferme les yeux et laisse échapper mes plaintes de
plaisir, l’encourageant d’autant plus à accélérer le rythme. Je vogue vers un
ailleurs que j’ai trop longtemps ignoré à force de vouloir exercer un contrôle
permanent sur mes actes. C’est un tout autre plaisir qui né ici, et que j’adore. Je
me cambre, cherchant à avancer mon bassin d’autant plus vers lui. Je sens une
pointe me vriller le bas ventre et s’accentuer, c’est une véritable force qui s’y
manifeste, comme si mon corps me remerciait pour ce que je lui concède à cet
instant.
Théo ralentit, j’ouvre enfin les yeux, me demandant ce qu’il attend pour
continuer, et je sens une frustration délicieuse éclore en moi. Il me fait signe de
me relever et de me retourner, je m’exécute, sachant très bien ce qu’il prévoit et
instinctivement j’écarte les jambes. Le brun s’enfonce en moi à nouveau,
m’arrachant un râle de plaisir. Il me retient contre lui ses deux mains sur mes
hanches, puis en glisse une à mon cou et me guide vers sa bouche pour
m’embrasser goulûment tandis qu’il continue de me pilonner. Repu de baisers, il
me lâche et me laisse aller sur la table. Je ne peux m’empêcher de fermer les
yeux, le suppliant silencieusement pour qu’il ne cesse pas ses va-et-vient.
J’adore le sentir ainsi en moi, sentir sa puissance, son envie si forte et son plaisir.
Il agrippe mes cheveux m’obligeant à garder la tête relevée. J’aime être prise
ainsi, comme une… chienne.
À cette pensée des images surgissent du passé, des souvenirs de mon ancien
maître et toutes ces fois où il m’a prise ainsi. Toutes ces choses que j’ai faites
avec autant d’excitation, ses sensations si confuses, mélange de crainte, de
plaisir, d’envie, de satisfaction, de fierté. Tout ceci défile dans ma tête,
enflammant mon corps, et mon ventre, faisant grandir en moi une sorte de rage.
Un feu qui ne demande qu’à s’échapper avant de me consumer totalement. Théo
accélère le rythme ne se rendant pas compte du supplice intérieur si bon et si
douloureux qu’il me fait vivre à ce moment.
— Waouh… C’était…
— Je ne suis pas sûre… je me redresse sur les coudes, et préfère jouer la carte
de la sincérité avec lui.
Bien sûr je viens de jouir comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Mais
je me sens nouée, frustrée, et ce regard me hante encore.
— Ho calme ! Bien… Je me disais juste que ça ne doit pas être habituel pour
une domina de faire ça, donc si ça ne va pas, je comprendrai, il suffit de me le
dire.
Tu étais aussi une soumise à une époque… Et là une domina… Qu’est-ce que
tu es en train de faire ?
C’est toi que tu essayes de convaincre là ? Tu ne gères plus rien du tout, oui !
Il suffit que tu croises ton ancien dominant et un nouveau, très sexy, pour que tu
pètes littéralement les plombs…
— Ça quoi ?
— Ho, je t’en prie, ne fais pas celle qui n’a rien senti ! Tu es une bombe à
retardement quand tu te lâches.
Il pose ses mains sur mes hanches et se rapproche. Je sais qu’il ne pense pas à
mal, que pour lui c’est un moment extraordinaire parce qu’il ne se doutait pas
que je puisse ainsi me laisser aller et me soumettre. D’habitude je mène nos
rapports et je maîtrise parfaitement la situation, mes orgasmes sont calculés, et il
n’a pas le droit de les provoquer ainsi. Mais là… Je n’ai pas envie d’en parler et
je dois réfléchir avant de tirer des conclusions hâtives sur mes envies cachées.
D’où me vient ce soudain besoin que je n’avais pas il y a de ça quelques heures ?
Pourquoi ses anciennes pulsions reprennent le dessus de façon si fortes et si
écrasantes ? Pourquoi mon corps réagit-il ainsi ?
— En tout cas j’adore ça ! Je ne savais pas que tu en étais capable, c’est super,
recommence quand tu veux !
Son enthousiasme me fait faussement sourire. Je n’adore pas tant que ça que
mes vieux démons se réveillent. Théo est vraiment irrécupérable parfois.
Pourtant très intelligent et viril, il peut passer dans certaines situations pour un
gamin ! Mais je sais qu’il fait ça quand il sent qu’il y a un malaise ou pour
apaiser les tensions. Il remplit bien ce rôle et aurait même tendance à le prendre
trop à cœur… C’est ainsi que toute la nuit il ne me laisse que peu de répits, me
réveillant même à 05 heures du matin pour recommencer avant de s’écrouler une
bonne fois pour toutes, et sombrer dans un profond sommeil.
Je me réveille tant bien que mal, ouvrant un œil et je me rends compte qu’il
est déjà 11 heures. J’ai rendez-vous à 12h30 chez ma mère pour manger, ça
risque d’être serré. Je me lève en prenant soin de ne pas réveiller le fauve qui
dort à côté de moi, et j’entreprends de filer sous la douche. La douceur de l’eau
chaude sur ma peau me fait un bien fou. Il faut dire que je me sens un peu
poisseuse et transpirante après la nuit que nous venons de passer. Je regarde
l’état de mon corps, remarquant les bleus que nos ébats m’ont laissés sur les bras
et les jambes. Une sorte de souvenirs de la part de mon soumis et de son
caractère sauvage lorsqu’il se lâche. Ce n’est pas grand-chose au final, ayant une
peau claire, je marque plutôt facilement, donc rien d’alarmant. Quoique cette
trace de main sur ma fesse droite témoigne d’une puissante emprise. Je ne me
suis pas rendu compte qu’il avait employé autant de force, et je ne peux
m’empêcher de m’en inquiéter. N’aurai-je pas dû le sentir justement ? Et lui dire
d’y aller plus doucement ? Cela démontre bien à quel point j’ai aimé être prise
de la sorte. Du bout des doigts je suis le pourtour de la marque, grimaçant à la
légère douleur que j’en ressens.
Je ferme les yeux et tente de me détendre, penchant la tête sous le jet d’eau,
tout en contrôlant ma respiration. Petit à petit je me perds sur la musique que j’ai
mise en fond dans la salle de bain : It Wont Stop de Sevyn Streeter et Chris
Brown. Une chanson empreinte de sensualité, à la fois tendancieuse et pourtant
si douce. À mon habitude, je me déhanche doucement sur ce rythme languissant.
Alors que je dérive dans mes pensées, revivant avec intérêt les événements de la
veille pour tenter de les analyser, une main se plaque contre mon ventre et
m’entraîne en arrière contre un corps puissant. J’ouvre les yeux et me fige.
Il ne me reste plus beaucoup de temps pour finir de me préparer :il est déjà
midi, quand je sors de la douche et que je me sèche rapidement. Je me tourne
vers le miroir pour coiffer mes cheveux et remarque une rougeur dans mon cou.
— Oui, elle est réveillée, elle est juste à côté de moi je vous la passe ? Non,
non, vous ne nous dérangez pas, on avait fini.
Je le fixe suspicieuse, et à son regard vicieux je devine que ce n’est pas bon
signe. Je lui donne une tape sur le torse et tente de récupérer mon téléphone,
mais il me maîtrise d’une main en continuant sa discussion.
— Vraiment ? Non je voudrais pas déranger surtout… Vous êtes sûre ? Très
bien j’accepte alors, merci ! Je vous la passe, attendez !
Je récupère mon smartphone et lui pince de toutes mes forces les tétons pour
avoir fait ça et dit des choses pareilles à ma mère !
— Je ne comprends pas la fascination que les gens ont pour ça, ou pourquoi
ils l’affichent sans être véritablement concernés. C’est too much… Tu as
participé au défilé au moins ?
— Je suis bi Théo .
— Est-ce que tu m’as seulement demandé quoi que ce soit sur moi ?
— Non c’est vrai, j’aurais peut-être dû, mais je ne suis pas du genre à
m’immiscer dans la vie privée des gens.
— Qui sont ces gens sur les photos ? Je reconnais, Margot, mais les autres ?
— Eux ce sont des amis qui datent de mes années collèges, eux trois ont un
groupe de hard rock, on a eu des périodes plus ou moins proches.
— Je vois, tu as couché avec eux donc… Et lui dont tu es dans les bras ?
Je lève les yeux au ciel. Ce qu’il peut être agaçant quand il fait des raccourcis
pareils.
— Le fait que l’on ait été proche ne suggère pas nécessairement ce genre de
rapport. Et lui c’est mon ancien meilleur ami, qui en passant a aussi été mon ex.
— Ancien ?
— Ha…
Super pour se changer les idées, une chanson d’amour à danser collé serré…
— Bien, et toi ?
— Bien… Mais comme tu ne réponds pas à mes textos je m’inquiétais. C’est
de la musique que j’entends derrière toi ?
— À demain.
Je m’en veux déjà d’avoir été aussi froide, mais il ne faut pas qu’il pousse. Et
je sais que la soirée que j’ai passée seule avec Théo lui reste en travers de la
gorge. Je m’excuserai demain, ça ira mieux. À vrai dire, il ne me tarde plus
qu’une chose : les vacances de Noël et retrouver ma famille. Je sais que je me
sentirai plus apaisée.
Très peu survivent au tri, sur une quinzaine c’est à peine si cinq arrivent à
rester dans mes contacts. Un compte attire mon attention : il s’agit d’un
dominant, dont la photo de profil dégage quelque chose de plaisant, presque de
sensuel. En même temps, on ne peut pas dire qu’un homme assis dans un
fauteuil tenant dans la main une cravache, le visage dans l’ombre et une femme
prosternée devant lui ne soit pas explicite… On comprend de suite le caractère
fort de ce rapport, et c’est excitant.
Je marque une pause dans mes recherches, et me rends compte que l’intérêt
porté à ce dominant n’est pas pour les bonnes raisons. Est-ce que ce profil évasif
et mystérieux me fait repenser à ma rencontre avec cet homme au salon, ce
Marc ? Le fait que j’essaie d’imaginer à quoi il ressemble derrière l’ombre de sa
photo, que je cherche dans ses statuts ou ses pensées la traduction d’un acte en
particulier, répond à ma question. Je l’analyse avec beaucoup trop d’attention !
Je décide que j’en ai lu assez, et vais me coucher songeuse. Je ne peux
m’empêcher de ressasser ce fameux week-end, ainsi que les paroles qu’il m’a
dit, et je débats en mon for intérieur sur la démarche à suivre, opposant les pour
et les contres. Où j’en suis exactement ?
Ces mots qui résonnent dans la pièce me font sursauter : où suis-je ? Et depuis
combien de temps ? Je me surprends à vouloir répondre :
— Oui maître…
Ah oui, c’est vrai… Cela me revient doucement. Je passe la semaine ici avec
lui… Mais quel jour est-on ? Je ne m’en souviens plus, je perds la notion du
temps quand je suis là.
Il passe son autre main dans mes cheveux et fait glisser ses doigts le long
d’une boucle encadrant mon visage. Puis il les agrippe et les tire en arrière pour
que je relève la tête dans sa direction, par instinct je baisse les yeux.
Je lève lentement les yeux le long de son corps avant de chercher à croiser son
regard. Je me prépare à un face à face troublant, mais le visage de l’homme est
dans la pénombre, à contre-jour d’une lumière qui m’éblouit. Je ne peux pas le
voir.
— Il te reste pourtant une lueur de défi dans le regard. Je crois
malheureusement que tu ne seras jamais totalement domptée…
Il éteint la lumière qui me gêne, mais un halo lumineux danse devant mes
pupilles m’empêchant encore de voir nettement le visage de cet homme qui me
parle. Je cligne frénétiquement des cils pour tenter de chasser ce rond
incandescent qui me dérange, et quand il est enfin parti, il fait toujours trop
sombre pour que je puisse définir les traits de son visage. Une pointe de
frustration naît au creux de mon ventre.
Il se penche vers moi, toujours à quatre pattes à ses pieds, et il m’embrasse sur
le front. Je sens dans ce geste sa volonté de me protéger, mais aussi son autorité.
Son baiser est long et appuyé, je ferme les yeux à ce contact si doux et rassurant.
Il bouge et je sens son visage tout près du mien, prêt à me toucher.
— Regarde-moi chienne !
Son ordre est sensuel, mais sans appel, je n’ai pas d’autres choix que de lui
obéir. Pourtant je tente de résister. En fermant les yeux au fond de moi je sens
que si nos regards se croisent je le perdrai, et tout s’arrêtera d’un seul coup. Or je
suis bien là, à ses côtés, protégée, tout en étant à sa merci, mais libérée et légère
comme si tous mes malheurs avaient disparu en un clin d’œil. J’ouvre
doucement les paupières, découvrant petit à petit son expression douce et sévère,
l’attente et le désir qui s’y lisent. Quelque chose de familier, un détail qui ne peut
pas m’échapper plus longtemps me frappe. Ses yeux ! Ça semble si irréaliste,
mais ce sont bien ses yeux qui m’ont marquée chez lui dès notre première
rencontre, et que je ne suis plus en mesure d’oublier.
— Marc…
Je murmure son prénom, par crainte que ça ne soit pas lui, par crainte de me
tromper et que cet instant ne disparaisse à jamais. Il sourit à nouveau et plonge
son regard plus profondément dans le mien.
— Raconte-moi donc quels étaient nos derniers jeux. Je veux tout savoir en
détail, avec tes réactions, comment ton corps m’a répondu, si tu as cherché à te
rebeller, et…
Il marque une pause, penche sa tête vers moi et approche ses lèvres des
miennes. Je peux sentir son souffle chaud. Mon seul désir est alors de franchir
les quelques millimètres qui nous séparent, pour écraser ma bouche sur la sienne,
mais je n’en ai pas le droit. Il reprend.
Il chuchote ses mots avec tant d’ardeur, frôlant mes lèvres, que je me liquéfie
devant lui, impuissante. Son regard croise une dernière fois le mien avant qu’il
ne franchisse cette infime distance qui nous sépare encore et me donne le baiser
le plus enivrant et passionné que j’ai reçu de ma vie. Sa main empoigne mes
cheveux, il renverse ainsi ma tête, et cale la seconde sous mon menton,
renforçant notre étreinte avec une telle puissance que je ne pense pas en ressortir
indemne. Je laisse échapper contre mon gré un gémissement étouffé, une
supplication silencieusement pour en demander plus. Encore et toujours plus. Je
le veux… Maintenant ! Pourtant il s’éloigne, me lâche totalement et se rassied au
fond de son fauteuil avant de disparaître à nouveau dans l’ombre, qui laisse
rapidement place à une nuit profonde.
« C’est une chose très différente que d’aimer ou que de jouir ; la preuve en est
qu’on aime tous les jours sans jouir et qu’on jouit encore plus souvent sans
aimer. »
Qui donc a publié ça ? Ho… Maître DM. Quel hasard ! Dans tous les cas je ne
peux qu’espérer que le raisonnement de cette citation soit vrai. Car si certains y
adhérent, pour d’autres ce n’est pas aussi évident… Personnellement je préfère
l’idée que l’on puisse jouir sans aimer, ce qui évite bien des contrariétés dont je
n’ai pas besoin… Toi et moi nous comprenons Maître DM. Même si nous ne
nous sommes jamais parlés, je sens entre nous une sorte de feeling, une vision
quelque peu similaire des choses.
Sur cette pensée, je tente finalement de me rendormir pour ne pas être trop
fatiguée durant la journée.
La matinée est très longue après cette nuit de rêves tourmentés, j’écoute et
prends des notes, mais ma tête est ailleurs. Je suis perdue dans mon imagination.
Celle d’une main voisine qui me caresse discrètement pendant que le professeur
nous parle de Piaget… D’une pause hasardeuse dans les toilettes à l’hygiène
douteuse de la fac pour une fellation rapide, qui ferait office de collation
réconfortante… Ou encore d’une levrette debout contre le bureau du prof sous
les regards inquisiteurs et envieux des élèves. Les mecs ressentiraient une envie
irrésistible de me prendre, voulant seulement être à la place de mon dominant,
tandis que la jalousie extrême des filles susciterait chez elles autant de désir que
chez leurs homologues masculins…
— Célène ? Tu m’écoutes ?
Je sors de mes pensées perverses et me retrouve nez à nez avec Paul, qui,
penché sur mon ordinateur tente d’établir un contact avec moi.
Nous avons eu des rapports un peu tendus ces derniers temps, mais il a su se
calmer et mettre de côté sa jalousie pour se comporter avec moi de façon
naturelle et habituelle. Il fallait certainement un petit temps d’adaptation pour
que les choses se mettent en places dans sa tête. Ce n’était que les premiers
jours, et surtout les premières séances, c’est normal qu’il ait été un peu perturbé
par notre relation. Nous avons remis les choses à leur place, et maintenant il
arrive mieux à gérer ses émotions. Je préfère retrouver mon ami ainsi, qu’avec sa
tête des mauvais jours. Je peux à nouveau lui parler à cœur ouvert, sans qu’il ne
tire de conclusions hâtives et se vexe de ne pas être de toutes les parties.
— J’en connais une qui est encore dans son monde… Nuit compliquée ?
— Oui…
— De frites…
Paul est d’une bonne humeur à toute épreuve aujourd’hui, je préfère le voir
ainsi, même si sa joie est loin d’être communicative, et que de mon côté je me
sens particulièrement morose.
10
— C’est plutôt à toi de me dire ça, je n’y connais rien en « truc de fille ».
— Je pense que niveau maquillage elle a ce qu’il faut, « elle n’arrête pas »
selon ma mère !
— De temps en temps je pense, mais je ne fais pas trop attention à vrai dire.
— Je lui tends un kit de matériel pour faire du nail art. À son air dubitatif je
me doute qu’il ne sait pas de quoi je parle.
— Vingt-cinq euros.
Une fois le cadeau acheté, nous nous dirigeons vers le marché noir de monde.
J’adore ce lieu en cette période ! On y retrouve vraiment cet esprit de magie et
de féerie relatif aux fêtes de fin d’année, de quoi s’échapper de la routine
pendant quelque temps.
Paul hume l’air à la recherche de l’odeur qui lui plaît tant, tandis que je sens à
grandes inspirations celle des churros.
— Un vœu ?
Je trouve adorable cette idée d’écrire un vœu sur un bout de papier qu’on
laisse sur le sapin avec l’espoir qu’il se réalise. Mon souhait est très simple :
pour Noël je souhaite être libérée et heureuse.
Nous déambulons dans les allées à la recherche des derniers cadeaux pour nos
familles évitant les gens, ce qui n’est vraiment pas chose aisée… Paul regarde
partout autour de lui pour trouver une idée et nous finissons par nous rendre sur
le stand de vêtements que j’avais repéré plus tôt. Je trouve finalement un pull
gris en laine qui ira parfaitement à mon frère et Paul se décide pour une écharpe
toute douce pour sa sœur. Nous passons ensuite sur un stand de bijoux, où l’on
cherche un cadeau pour sa mère.
— Est-ce qu’on peut voir ces boucles d’oreilles s’il vous plaît ? demande Paul
à la vendeuse.
— Bon d’accord.
J’enfile les boucles et me tourne vers Paul pour qu’il puisse se décider, il me
sourit et la vendeuse me tend un miroir pour que je puisse me voir. Elles sont
très belles, et représentent des croissants de lune sertis de pierres. Je demande
des renseignements à la vendeuse sur les gemmes en question. Paul décide de les
prendre et se penche alors sur les pendentifs.
Durant cette incartade Paul a fini par partir acheter boucles et pendentif avant
de se replacer derrière moi, suivant ainsi la conversation sans intervenir. Mais sa
main pressée dans mon dos est un rappel constant de sa présence. Je n’apprécie
pas beaucoup ce contact qui se veut presque suppliant, mais je ne dis rien.
— Ne vous ai-je pas dit que je n’étais pas intéressée par votre proposition ?
— Si, et j’en ai bien pris note, mais vous êtes une domina et moi un dominant,
aussi nous pourrions être de simples amis et nous tenir au courant des
événements, des soirées…
— Je souhaitais seulement vous dire que vous et moi allons sûrement devenir
de bons amis, je sais que vous êtes sceptique, mais vous verrez… À très bientôt.
Je raccroche, et range mon téléphone dans ma poche, songeuse. Paul ne dit
pas un mot, et je sens qu’il prend sur lui pour ne pas me noyer sous un flot de
questions. Nous partons enfin du marché et il me raccompagne jusque chez moi.
Le silence entre nous deux devient pesant, et il finit par le rompre.
— Quel culot cet homme, il est vraiment arrogant… Pourquoi tu lui as donné
ton numéro ? Tu l’as rencontré où ?
— Je lui ai donné mon numéro parce qu’il avait de bons arguments. Et je l’ai
rencontré au salon de l’érotisme, quand j’étais allée chercher les boissons. Et oui
tu as raison, il est vraiment arrogant. Mais c’est un dominant, il ne fait que jouer
un rôle devant les gens du même milieu.
— Écoute Paul, c’est fait, le sujet est clos, merci de m’avoir raccompagnée
maintenant rentre chez toi et passe un bon Noël.
Je le serre brièvement dans mes bras pour lui dire au revoir et le laisse sur le
pas de la porte de mon immeuble. Il semble ennuyé de cette rencontre et de mon
comportement, comme d’habitude je sais qu’il a encore du mal à comprendre ces
choses. Et notre lien domina-soumis si étroit fait naître en lui des sentiments
forts qui prennent le dessus. Je crains qu’il ne nourrisse pour moi un amour qu’il
croirait sincère, alors que de mon côté je m’efforce de ne le voir que comme un
soumis, et mon meilleur ami.
Pour autant, il a géré les dernières séances avec brio et s’améliore. Je prends
plaisir à jouer avec lui à des jeux de bondage et de contrôle de la jouissance. Il
est très doué pour ça ! Et semble y trouver son bonheur. Je préfère continuer à le
pousser au maximum de cette façon avant de passer à autre chose. Il faut qu’il
s’imprègne correctement de ce monde et qu’il apprenne, autant que ce soit avec
quelque chose qui lui plaît. Viendra après le « reste », lorsqu’il sera dépendant à
la soumission et que plus rien ne lui fera quitter sa place.
11
— Parfait ! je prends une gorgée du breuvage et ferme les yeux. Hum, vous
avez forcé sur le rhum quand même !
— Mouais… Vous avez surtout prévu que l’on dorme ici pour pouvoir me
peloter c’est ça ?
Théo est fier de sa bêtise et me fait un clin d’œil entendu, je me tourne vers
Paul qui s’affaire à la préparation d’un autre verre. Il sourit timidement, je le lui
rends contente de le retrouver après ces semaines sous tension. Il était temps que
nous retrouvions notre complicité des débuts. J’aperçois plus loin Kevin et je
vais le rejoindre.
Le cousin de Paul est aux côtés d’un charmant jeune homme. À voir la façon
si proche dont ils se tiennent l’un à côté de l’autre, je soupçonne une certaine
intimité entre eux.
— Salut !
— Celui-là il est à moi je te préviens ! Pas besoin de lui montrer ton cul
pétasse ! Je te présente mon copain.
Nous discutons ainsi tous les trois pendant un moment. Puis mes deux soumis
viennent nous rejoindre, après avoir cédé la place au bar à des amis de la fac. On
parle des vacances, de Noël, de la famille et des cours, et minuit approche à
grands pas. Paul s’absente pour changer de musique et j’entends retentir les
premières notes d’un morceau que j’aime beaucoup : Dance Like We're Making
Love de Ciara. Il revient vers nous et me tend la main pour m’inviter à danser. Je
donne mon verre à Théo et le rejoins au milieu du salon où déjà d’autres
personnes dansent.
À quoi tu t’attends au juste ? Que je te saute au cou ? Raté… Je suis très, très
en colère !
Alors que j’évite soigneusement le regard des autres, Théo s’approche de
nous, et m’attrape par le bras pour me tourner dans sa direction. Il sait que les
circonstances de ce dérapage sont les prémisses d’une catastrophe.
Il saisit mon visage entre ses deux mains et me roule une pelle à me faire
cesser de respirer. C’est officiel : je ne sais plus où me mettre ! Entre l’amoureux
transi et le soumis protecteur me voilà bien entourée ! Je me laisse faire par
Théo, lutter serait vain ! Je sais aussi qu’il tente de façon maladroite de sauver la
situation. Autour de nous les couples s’embrassent, les amis se font des
accolades, certains trinquent et d’autres échangent déjà leurs résolutions. Le brun
me lâche et attrape la fille d’à côté pour l’embrasser également à pleine bouche,
essayant de justifier notre baiser par un caractère enjoué et une propension au
pelotage sûrement. Il se redresse et jette un regard assassin à Paul. Avant que la
situation ne dégénère, je les prends tous deux par le bras pour les attirer
discrètement dans la chambre de Paul que l’on puisse discuter en privé.
Une fois la porte refermée derrière nous, je me tourne vers eux, décidée à
reprendre les choses en main.
— Assis !
Paul et Théo s’assoient sur le lit en face de moi. Entre nous la tension grandit
et je nous sens énervés par tout ce qui vient de se passer. Moi, pour ces baisers
imprévus qui ont risqué d’attirer l’attention sur nous, alors que je prends toujours
soin de ne pas me faire remarquer. Théo, à cause de l’audace du blond. Et ce
dernier parce que les choses ne se sont pas passées comme il l’avait prévu, je
présume.
— Je… Je suis désolé, mais on dansait et… Je me suis laissé emporter par le
moment…
— Emporté par le moment… Ouais t’as raison, tu ne voulais pas la baiser sur
la piste non plus tant que tu y es ? rétorque Théo.
— Paul ?
La tête baissée vers le sol, il soupire et passe une main dans ses cheveux sur
lesquels il tire, puis finit par me répondre.
Ils me regardent, surpris, mais n’ont pas l’air rebuté par l’idée d’un tel trio,
puisque dans le fond, c’est déjà le cas. Je m’empresse de corriger leurs pensées.
Je prends leur visage par le menton et les relève vers moi.
— Que ce soit bien clair pour vous deux, nous ne sommes pas en couple.
Nous sommes un trio dans une relation domina-soumis rien de plus. Le prochain
qui me joue un tour comme celui-ci, qui fait croire à qui que ce soit qu’on est en
couple, ou qui ose faire de moi sa propriété, je lui fais perdre l’usage de ses
couilles par un procédé très long et douloureux de bondage. Est-ce que c’est bien
clair cette fois ?
Ils hochent la tête, n’ayant visiblement plus aucune envie de s’étendre sur le
sujet. Je les relâche, et nous sortons de la chambre. Je m’éloigne d’eux pour me
mélanger aux autres, rejoignant Kevin et son copain qui n’ont visiblement pas
loupé une miette du spectacle précédent.
— Oui je me doute. Ça finira par se tasser, et demain tout le monde aura déjà
oublié. En tout cas le spectacle n’est pas fini…
— Ho… Observez bien Paul et Théo, vous risquez d’avoir une surprise.
Ils les cherchent du regard et les trouvent enfin. Tous trois les fixons, à leur
tour ils m’observent et savent ce que j’attends. Je les sens encore hésitants.
Soudain, Théo soupire et vient plaquer sa main dans le dos de Paul pour l’attirer
à lui. Ils y sont presque ! Je les observe, amusée, et Kevin comprend enfin de
quoi il retourne.
— Hum…
Kevin semble redouter la vision qu’il va avoir, mais ne peut quitter la scène
des yeux, comme aimanté. Dans la pièce personne ne fait vraiment attention à ce
qui se passe, c’en est presque dommage. C’est Paul qui se décide finalement et
penche la tête vers Théo, qui se laisse faire.
Il est vrai que la vengeance est parfaite. J’observe les garçons boire chacun
dans leur coin, certainement pour effacer le goût de leur embrassade. Je me
dirige vers eux, bien décidée à les titiller encore un peu.
— On devrait faire ça plus souvent, je suis convaincue que vous finirez par y
prendre goût, vous semblez si bien tous les deux !
Les conversations à notre sujet fusent durant une bonne partie de la soirée. Il
est vrai que notre trio est particulier, et je comprends les interrogations de
certains. Mais même s’ils me mènent la vie dure, et qu’il n’est pas toujours facile
de les gérer, je suis heureuse d’avoir trouvé ces deux hommes superbes pour
animer ma vie.
Hum, pas si douce que cela… Alors tu as envie de jouer Marc ? Très bien, toi
et moi nous allons danser, autant que je te prévienne, j’adore ça et je ne suis pas
prête à abdiquer…
Je décide d’attendre avant de lui répondre, après tout il a déjà attendu toute la
nuit et la matinée, il peut bien attendre encore un peu. Je rentre chez moi, me
déshabille et me recouche pour me reposer. Je me réveille vers 19 heures et
constate que j’ai reçu un nouveau message : visiblement Paul et Théo n’ont pas
apprécié s’être réveillés dans les bras l’un de l’autre, pensant que j’étais toujours
au milieu. Voilà qui a dû les calmer… Je ne peux m’empêcher d’en rire, et me
lève enfin pour commander un plat indien en livraison à domicile. Les
programmes télévisuels du 1er janvier ne sont pas des plus palpitants, je cherche
alors sur mon ordinateur, et lance un Disney. La valeur sûre pour une soirée
tranquille.
Je reste bloquée sur ce message. Je ne suis pas sûre que l’on se soit bien
compris. Est-ce qu’il sous-entend bien une possible soumission de sa part ? Je
n’espérais que le titiller un peu, pas me retrouver avec un soumis de plus sur les
bras. Dans le doute, je préfère y aller à tâtons pour m’assurer d’avoir bien
compris ce qu’il est en train de m’écrire.
Je fixe mon écran, attendant une réponse rapide, quand il se met à sonner, me
faisant sursauter. Ma vieille coupe le son, je te rappelle que tu regardes
Cendrillon, dans le genre fond sonore de domina il y a mieux… J’éteins mon
film et décroche, le ventre serré et emplit d’une sensation de picotement. Je me
sens angoissée, et toute à la fois excitée et tendue à l’idée de l’avoir en ligne
pour la première fois. Je prends ma voix la plus douce et la plus enjôleuse
possible.
— Je ne suis pas là pour vous tester Célène, à vrai dire, je suis surtout curieux
de vous connaître et si je dois en passer par là, je le ferais.
— N’est-ce pas en vivant les situations que l’on apprend à mieux les gérer ?
Les jours défilent, le rendez-vous approche à grands pas, et avec lui les
partiels. Je lutte pour rester concentrée et je ne cesse pas les révisions une
minute. Je n’offre pas à mon cerveau le moindre répit, et évite ainsi que Marc ne
s’insinue dans mes pensées. Je n’ai au final que deux jours complets d’examens,
et le jeudi se profile rapidement. Me voilà de plus en plus angoissée à l’idée de
me retrouver seule avec cet homme qui me fait tant d’effet, j’appréhende
énormément cet entre-deux où personne de ma connaissance ne pourra cette
fois-ci intervenir pour me sauver. Est-ce que je ne risque pas de me brûler les
ailes avec un énergumène pareil ?
Je me déplace vers le lieu de notre rendez-vous, et prends place dans le bar d’à
côté pour observer l’arrivée de Marc. À l’heure pile, il fait son apparition. Il
semble être quelqu’un de carré et sa ponctualité abonde dans ce sens. Que
penserait-il de poireauter un petit peu ? Après tout, une femme doit savoir se
faire attendre.
Comme à chaque fois que nous nous sommes croisés, sa tenue est soignée,
son style élégant et sa posture digne d’un grand homme. Je lui trouve des airs
nobles et me demande si c’est réellement le cas. Cependant, a contrario, il a
quelque chose d’assez bohème qui m’intrigue. J’attends ainsi une dizaine de
minutes, me préparant psychologiquement à cette rencontre et je le rejoins, mon
retard bien calculé. Il m’accueille d’un sourire enjoué et je ne peux m’empêcher
de lui trouver une expression de vainqueur.
— Bien Marc, et vous ? J’espère ne pas vous avoir trop fait attendre.
— Non, au contraire, juste ce qu’il faut pour semer le doute. Il arbore
désormais un sourire en coin, et sa réponse me semble un brin sarcastique.
— J’avoue m’être posé la question, mais j’ai toujours eu bon espoir en vous.
Vais-je enfin pouvoir en apprendre plus sur la dominante… et la soumise ?
— Non, vous avez raison. Quel est votre maître rêvé ? il répond en plissant les
yeux, son regard toujours rivé sur moi, cherchant indubitablement à me sonder.
Mon maître rêvé ? C’est une question dangereuse, pour moi plus que pour lui.
Si j’y réponds, je lui laisse toutes les cartes en main, puisqu’il saura quoi me
dire, ou quoi me proposer pour me plaire. Je sais que j’aurai alors beaucoup plus
de difficultés à me refuser à lui. Et je comprends que c’est là son but : m’avoir,
m’obtenir. Cela dit ses intentions ont été claires dès le début. Je tente de rester la
plus évasive possible pour ne pas lui donner satisfaction et me laisser une chance
de m’en sortir.
— Eh bien, je n’ai pas vraiment d’idéal de maître. Je sais bien que la soumise
choisit son maître, et la domination qu’elle souhaite pratiquer, mais le maître est
ce qu’il est, et souvent la soumise doit s’adapter. Bien qu’elle lui indique ses
souhaits, il finit par imposer ses choix.
— D’un point de vue réaliste, oui nous sommes d’accord. Mais je voudrai que
vous me parliez de votre idéal, pas de la réalité.
— J’ai toujours été une soumise objet. Je ne fais pas de SM, mais du DS{2}.
J’apprécie tout ce qui touche à l’essence des corps, à la sensualité. Mon maître
idéal serait quelqu’un qui me sublimerait. Son but ultime serait de m’apprendre à
être une chose suscitant le désir sexuel de n’importe qui, et qui le rendrait fier à
exhiber.
— Si j’en accepte tant que cela ne marque pas indéfiniment, et que le seuil de
souffrance à ne pas dépasser est respecté. J’accepte les jeux de corde, de cire, de
pinces, et d’autres choses.
— J’impose le même principe à mes soumis. Je ne suis pas pour le hard et les
blessures, je travaille simplement sur leur seuil de douleur et j’y vais
progressivement.
— Vous croyez ? Un soumis qui n’évolue plus n’est-il pas un soumis parfait ?
Hors la perfection est-elle atteignable selon vous ?
— Comment ça ?
— Vous êtes posée et réfléchie, vous prenez le temps d’analyser ce que vous
dites. Et de ce que j’ai vu de vous en tant que domina, vous me semblez droite,
avec un air sournois parfois. Cependant j’ai aussi pu apercevoir Célène, l’amie
fidèle qui semble relativement protectrice, et douce.
— Aujourd’hui vous êtes devant moi et vous vous montrez distante, méfiante
même. Cependant il y a ces personnalités qui se manifestent : la femme-amie qui
se montre plutôt chaleureuse et charmeuse, la dominante qui me recadre et
impose le respect tout en faisant valoir ses opinions, puis la soumise qui explique
ses désirs sans prendre le risque d’en dire trop pour se protéger.
— Je vais très bien ne vous y trompez pas, seulement je vais devoir y aller,
j’ai à faire.
Cela fait trois quarts d’heure que j’attends mon soumis brun. Il est en retard et
ne m’a laissé aucun message. Je suis à la fois très inquiète et fâchée. Ce retard
couplé à la frustration de ma rencontre avec Marc n’arrange en rien mon humeur.
Il va me le payer, ça c’est sûr !
Enfin on frappe à ma porte, je reste assise dans mon canapé quelques minutes,
faisant mine de ne pas avoir entendu. Un deuxième coup se fait entendre puis un
troisième. Je me décide à aller lui ouvrir, prenant le temps de faire tourner les
verrous lentement. Il se tient là, pas même essoufflé ou en sueur, visiblement il
n’a pas trouvé bon de se dépêcher. Je le laisse rentrer et ferme la porte à clef
derrière lui.
— Oui maîtresse.
— Je suis désolé maîtresse, je ne voulais pas, j’ai fait le plus vite que j’ai pu.
— Non maîtresse…
J’appuie mon talon aiguille contre ses fesses pour le faire avancer, et il ne
résiste pas, se dirigeant ainsi dans le salon. Je lui ordonne de se placer en face de
mon fauteuil, toujours à quatre pattes, et j’installe mes jambes sur son dos pour
en faire un « repose-pieds » vivant. J’attrape ma liseuse et reste ainsi un bon
moment. Je le laisse dans cette position le temps qu’il m’a fait attendre, puis je
me relève et me dirige vers la chambre.
— J’y compte bien… Redresse-toi, et viens ici, nu. Je veux que tu poses ton
buste sur la commode, fesses vers moi, et jambes écartées.
Il prend la position, et je récupère la canne que Paul m’a fait acheter au salon
de l’érotisme. Je la fais tourner entre mes mains, faisant glisser son long manche
rigide entre mes doigts, et viens me positionner derrière lui pour placer l’objet
entre ses fesses.
— Oui maîtresse.
Je reste derrière lui, mes ongles griffant la peau de son dos, descendant vers
ses hanches. Enfin, je chauffe ses fesses, surtout pour que les coups de canne
soient moins douloureux après quelques tapes et pincements. Il frissonne à en
oublier la canne qui glisse l’obligeant à se contracter à nouveau pour éviter de la
faire tomber. J’aime le provoquer, l’obligeant à bouger son bassin, pour voir s’il
tient bon.
Je récupère la canne et regarde Théo contracter tous ses muscles dans l’attente
du premier coup, pourtant il sait qu’ainsi il n’aura que plus mal, mais je me
doute que c’est ce qu’il recherche comme sensation. Je secoue la canne dans l’air
la faisant siffler. J’annonce ainsi à mon soumis que ça va bientôt commencer, et
me plais à le faire attendre. Sa tension doit être à son paroxysme. La punition
promet d’être cinglante ! Mon bras s’élève et je marque un temps d’arrêt avant
de le faire redescendre : je veux qu’il attende sagement sa correction comme il
m’a fait attendre. Je reste ainsi un moment avant de reprendre mon geste, et le
premier coup claque sur sa peau. Une bande rouge se dessine sur le dessus de ses
fesses bombées.
Le troisième tombe, et je vois bien que Théo se contient. Je sais qu’il peut
endurer bien plus. Et il connaît son mot de sécurité, donc je ne me fais pas de
soucis. L’ivresse du moment me prend petit à petit, et j’augmente la puissance à
chacun de mes coups. Les soixante pleuvent ainsi, entre les mercis de mon
soumis et ses petits cris de douleur. Je lâche enfin mon instrument de punition et
observe Théo. Il est essoufflé, mais ne semble pas souffrir plus que ça. Je
m’écarte, et désigne la salle de bain du doigt.
— Oui ma reine.
L’eau jaillit avec force et je commence à la passer sur lui en prenant soin de ne
pas oublier une seule parcelle de son corps. Il se tient aux parois de la cabine et
ne semble pas réagir outre mesure au fouet de l’eau, même sur sa peau meurtrie.
Je sais cependant qu’il ne résistera pas à la suite des événements.
Il s’exécute, toujours aussi docile. Je fais alors passer le jet sur son torse,
descendant lentement sur son ventre. Je scrute son visage. Il regarde droit devant
lui, mais à sa déglutition et à ses dents mordant ses lèvres il trahit l’angoisse qui
naît en lui. Le jet est désormais sur sa hanche gauche, et je l’abaisse petit à petit
vers son sexe. Lorsqu’enfin je l’atteins, la réaction de Théo ne se fait pas
attendre : il écarquille les yeux de douleur et ouvre la bouche sans qu’aucun son
ne s’en échappe. Ses mains s’agrippent à ses cheveux et il ferme les yeux pour se
contenir. Je fais durer le supplice un moment avant de redescendre jusqu’à ses
pieds, et couper l’eau. Je lui tends une serviette et il se sèche sans dire un mot. Je
retourne dans la chambre et prépare la suite. Lorsqu’il me rejoint, je l’attends, un
bandeau de soie noire dans les mains.
— À genoux.
— C’est le plus grand des cadeaux que de vous voir jouir maîtresse.
De mes doigts j’écarte le tissu de mon string pour dégager mon sexe et
pouvoir le caresser librement sous le regard excité de Théo dont l’érection ne fait
que me confirmer l’état. Je m’accroupis, me touchant à quelques centimètres de
sa bouche, jusqu’à en sentir le souffle sur mes chairs brûlantes. Cette proximité
et son regard insistant ne font qu’augmenter mon excitation. Une vague de
chaleur se propage dans tout mon corps et je sens mon sexe se contracter sous
mes stimulations. Je presse mon clitoris doucement, alternant le rythme, me
fouillant d’un ou deux doigts, entreprenant des va-et-vient langoureux. Je calme
ma respiration, essuie mon index et mon majeur sur le visage de mon soumis,
satisfaite.
Ma cyprine coule le long de cette queue factice, ne manquant pas de perler sur
les joues de mon soumis. Je sens en moi une rage débordante, qui petit à petit
m’entraîne dans les abysses d’un plaisir sauvage. Malheureusement, la punition
prévue ne comprend aucune jouissance pour Théo, ce qui ne contribuera pas à
calmer mes ardeurs, et l’envie qui me ronge les entrailles. Je dois redescendre et
arrêter mes mouvements avant de céder à mes pulsions. Je cesse de bouger et me
retire, le laissant par terre recouvert de mon plaisir, toujours attaché et bâillonné.
Je m’allonge sur le sol à côté de lui. Il sait que la séance est finie et que nos
rapports reprennent en bons amis, il se penche et pose sa tête sur ma poitrine
ainsi que sa jambe contre ma cuisse, j’ouvre un bras pour l’accueillir.
— Oui je sais ! Mais je voulais te faire partager ! C’est ton travail sois fière !
— Cochon va !
Il éclate de rire et je lui assène une tape sur les fesses en mini-vengeance, à
mon grand bonheur elles sont encore assez meurtries pour qu’il la sente bien
passer.
Théo me quitte quelques heures plus tard, satisfait de cette séance forte en
émotions. La semaine suivante je dois retrouver Paul pour une initiation au
bondage. Contrairement à Théo ses désirs semblent plus portés sur la domination
soft, et l’attachement par quelque forme que ce soit.
Malgré moi je repense à mon court rendez-vous avec Marc. J’ai dû mobiliser
toute ma volonté pour ne pas y penser durant cet après-midi. Je ne voulais pas
que Théo pâtisse de mon trouble, des doutes auxquels je fais face depuis que cet
homme s’intéresse à moi. Je n’assume pas qu’il m’obsède autant, que mes rêves
soient peuplés de ses yeux, et que mon corps semble s’emballer rien qu’à l’idée
d’échanger avec lui. J’ai le pressentiment que je vais bientôt devoir faire un
choix, et la perspective d’un tournant dans ma vie m’angoisse plus qu’il ne le
devrait.
Ne te fais pas de fausses idées, entre lui et toi, qui est-ce qui rêve de l’autre,
hein ?
— Tu es prêt ?
— Oui maîtresse !
Je tire de mon décolleté un ruban que je dépose sur ses yeux. Il porte mon
odeur et Paul sourit en le sentant. Je vais ensuite chercher ma corde en coton et
la déplie avant de la faire glisser sur sa peau pour qu’il en appréhende la matière
et qu’il s’habitue à ce contact. Il est important pour le mettre en confiance qu’il
sache de quoi je vais user pour cette séance.
Il frémit lorsqu’elle fait le tour de son torse, glisse le long de ses cuisses et s’y
resserre quelque peu, puis je tire dessus pour la récupérer. Une fois la corde
complètement déroulée, je la plie en son milieu et entreprends d’attacher ses
poignets ensemble devant lui. Le lien de coton passe contre sa chair et je dois
veiller à la juste mesure de mes nœuds : qu’ils ne lui coupent pas la circulation
sans pour autant oublier de les serrer pour qu’il ne puisse s’en défaire facilement.
Je fais coulisser l’entrave dans un anneau et tire dessus pour que Paul lève ses
bras au-dessus de sa tête, le laissant exposé et sans défense.
Paul est très réceptif, il réagit à tous mes stimuli, c’est donc sans surprise qu’il
se contracte et lâche un râle de plaisir à la sensation de mes lèvres sur son torse.
Ma langue passe sur son corps bouillant, et il est déjà dans un état de transe.
Avec le temps, il s’abandonne plus facilement à moi. Bien entendu, il reste
timide dans ses limites, mais à chaque fois il me fait de plus en plus confiance
pour m’occuper de lui. Je l’embrasse sensuellement, lui laissant goûter à mes
lèvres, aux caresses de ma langue et au parfum de sa chair.
J’ai envie de m’amuser un peu, alors je m’empare de pinces à tétons que je lui
mets et cherche dans mes affaires de quoi agrémenter ce tableau. Je trouve mon
bonheur, et reviens vers lui munie d’un foulard, d’une cordelette et d’un dernier
objet que je dissimule, ne souhaitant pas qu’il l’aperçoive au travers des bandes
de lumière laissées par le ruban sur ses yeux. Je lui flatte gentiment les hanches,
et prends d’abord le foulard que je noue en son centre.
Doucement, je soulève ses couilles et fais passer la bande sous celles-ci. Je les
serre l’une contre l’autre en exécutant plusieurs tours de la sorte avant de les
séparer. Pendant toute la manipulation, il gémit en sentant mes doigts sur ses
testicules. Son érection est plus que présente. Je sens qu’elle n’attend que de me
satisfaire, si toutefois j’en décide ainsi.
Je caresse doucement son membre dressé entre mes mains et il se laisse faire,
fermant les yeux et gémissant de plus belle. Je lui ordonne de me regarder et ses
iris bleus se plantent aussitôt dans les miens. Il prend toujours beaucoup plus de
plaisir à me voir ainsi le provoquer. Impuissant face à moi, obligé de se plier à
ma volonté et à mes moindres désirs. Soumis, à ma merci, et aimant ça.
Je le détache, lui rendant momentanément l’usage de ses bras qui sont déjà
engourdis. Cependant, je suis loin d’en avoir fini avec lui, je le repousse sur le lit
où je l’encourage à s’allonger correctement. Je lui rattache les poignets à la tête
en bois de ma literie, et chacune de ses chevilles finit reliée à un des angles. Je
me déshabille totalement et prends l’huile qui a tiédi. Goutte par goutte, elle
coule sur son torse que je commence à masser minutieusement. Mes mains
huileuses glissent bientôt sur toutes les parties de son corps. Il se trouve
totalement pris dans ma chair, caressé par mes mains, mes coudes, mes jambes,
mes pieds, mes seins. Il semble se délecter de chaque pression, son souffle
s’accélère et ses jambes se tendent.
Il respire plus fort au travers du foulard lorsque ma langue vient goûter à cette
huile comestible. Je titille son sexe de mes lèvres, puis me redresse sur lui pour
le frotter au mien, avant de glisser à nouveau sur son entrejambe pour
l’emprisonner entre mes seins. La tension dans son corps augmente, de plus en
plus. J’aime le mener aux frontières de l’orgasme et le laisser là, pantelant.
Généralement, il retombe totalement, puis je le reprends en main. Nous
recommençons ainsi autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce que son plaisir
devienne insupportable, son désir douloureux, sans plus aucune possibilité de
revenir en arrière. La jouissance étant alors son seul salut.
J’ai envie de profiter de lui ainsi et j’ai aussi très envie de me donner du
plaisir. Je viens m’asseoir sur son visage avec douceur, lui offrant comme vue
mes fesses. Le nœud du bâillon dépasse légèrement entre ses lèvres, et je
commence à m’y frotter. Mon clitoris enfle sous la pression exercée contre la
soie, je l’accentue parfois enfonçant plus le visage de mon soumis entre mes
cuisses. Je prends beaucoup de plaisir à imaginer la vision qu’il doit avoir, et le
contentement qu’il doit en retirer également. J’observe sa bite se contracter sur
son abdomen et je veux jouer avec. Sans jamais cesser mes mouvements, je me
penche pour attraper son sexe, le faisant glisser doucement dans ma bouche et le
léchant. C’est un râle de plaisir extrême qui émane d’entre mes cuisses. Je
m’amuse de son frein le titillant de ma langue, mais je sens qu’il ne durera pas
longtemps. Je le laisse alors retomber, décide que j’en ai assez eu et me relève,
engourdie de plaisir.
Mon soumis éjacule sur moi, principalement sur mon ventre et dans ma main.
Son abdomen se contracte violemment, lui provoquant des soubresauts, secouant
tout son corps avec force au point qu’il en perd l’équilibre. Il s’écroule, nos
corps se heurtent et nous tombons tous deux sur le matelas. Je ne bouge plus
pendant un moment voulant lui laisser le temps de se calmer, puis je défais
doucement son bâillon, le regardant bouger sa mâchoire comme pour en
récupérer l’usage. Mes bras glissent sur lui, caressent son dos. Il émerge et
reprend ses esprits avec lenteur, frottant sa tête contre moi, d’une main, je lisse
ses cheveux pour l’apaiser.
Son souffle ralentit petit à petit et je défais ses liens tandis qu’il essaye de se
relever. Lorsque je détache son torse, Paul rabat ses bras contre lui et s’enserre,
je pose la corde sur le côté et le prends contre moi. Je le garde ainsi quelques
minutes tandis que ses tremblements cessent.
— Oui…
— Tu en es certain ?
Je souris et le serre plus fort, nous venons enfin de trouver ce qui le mène au
paroxysme de son plaisir, lui faisant totalement perdre pied. Il pourrait
maintenant s’épanouir dans le bondage et je l’y pousserai aussi loin que possible.
— Tu as pris beaucoup de plaisir voilà tout, les cordes sont très puissantes,
elles te canalisent et te libèrent en même temps. Te contraignent et te renforcent.
— Mais tu l’es ! Comme tu n’as plus les cordes sur toi, tu ne ressens plus leur
présence, donc tu as l’impression d’être moins en sécurité, et cela se trahit par
cette sensation de nudité et de pudeur.
Je l’attire encore vers moi et rabats sur nous ma couette, je veux qu’il se sente
en sécurité le temps de redescendre. Paul reprend doucement ses forces, les
séances de bondage sont épuisantes tant physiquement que mentalement.
Il faudrait que je mette fin à ma relation avec Paul avant qu’il ne se trompe sur
la réelle finalité de nos séances. Il est très attaché à moi, je le sais, mais je ne
peux me permettre d’avoir les mêmes sentiments. De plus, je suis célibataire
depuis trois ans et je profite à nouveau de la vie m’épanouissant dans le BDSM.
Si je me mets en couple avec qui que ce soit, et surtout avec lui, je devrais tout
laisser tomber et ce n’est pas ce que je souhaite.
Je chasse ces pensées. Il nous reste environ deux semaines avant que les
résultats des partiels tombent, et je veux que nous en profitions tant que les
autres examens sont encore loin. Le reste, nous verrons bien. Demain est un
nouveau jour. Un point c’est tout.
14
Le temps file et je vais profiter de mon week-end chez mon père quand je
reçois un appel. En apercevant le nom de Marc, mon cœur s’emballe malgré
moi.
J’avais quelque peu laissé tomber l’espoir qu’il me recontacte depuis notre
dernière rencontre, étant donné que je n’avais reçu aucune nouvelle de quelque
manière que ce soit. Mais il est clair à ma réaction que je suis loin d’être
indifférente, et la sensation de joie et de soulagement que je ressens me trahit.
Par chance, personne n’est témoin de la scène, si ce n’est ma conscience.
— Bien, et vous ?
— Très bien, j’espère vous y voir, je marque votre prénom sur la liste. Vous
n’aurez qu’à dire que c’est moi qui vous ai invitée.
— À samedi.
Dans la foulée, j’appelle Théo et Paul. Les questions fusent sur la raison
soudaine d’une telle soirée. C’est vrai qu’il n’est pas dans mes habitudes d’y
aller, préférant l’intimité d’une chambre. Théo n’a jamais rencontré Marc
auparavant, il ne fait donc pas mesure de l’annonce de son nom, au contraire, il
est enthousiaste à l’idée de s’amuser en groupe pour une fois, et surtout devant
un public averti. En revanche, Paul qui ne l’a croisé qu’une fois et le trouve déjà
arrogant, est bien plus réticent à l’annonce d’un tel événement, d’autant plus
lorsqu’il a su qui nous invitait. Il est passé du soumis inquiet de se montrer
devant d’autres personnes, refusant catégoriquement de faire quoi que ce soit, au
soumis qui insiste pour venir afin de me protéger des gens qui pourraient être là.
Même si, soyons honnêtes, je sais qu’il veut me protéger d’une seule et unique
personne.
Nous arrivons à l’adresse stipulée. Il s’agit d’une grande maison plongée dans
la pénombre de la campagne. Dans l’allée, devant le bâtiment principal,
plusieurs voitures sont garées, nous faisons de même et mes soumis m’emboîtent
le pas dès que nous sortons du véhicule. Ils sont tirés par des chaînes reliées à
leurs bracelets. À peine sommes-nous devant la porte qu’elle s’ouvre, un homme
en pantalon de cuir et collier autour du cou nous accueille.
Il referme la porte derrière nous avant de regarder une feuille où figure toute
une liste de noms.
— Célène, je viens…
La salle dans laquelle il nous introduit est sombre, seulement éclairée par
quelques bougies, hormis le bar et la platine qui sont les deux seuls endroits
pourvus de lumière électrique. Il y a des tables et des fauteuils où des gens
regroupés discutent. Les volets sont tous fermés et le lieu semble relativement
intime. Théo se détend et regarde un peu partout. Je le vois saluer de la tête
respectueusement une femme qui lui rend un sourire ; au moins je n’aurai pas à
m’inquiéter pour lui, il est dans son élément. Quant à Paul, il s’est tellement
rapproché de moi que je sens son torse contre mon dos. Il n’a pas l’air disposé à
s’éloigner et à apprécier le moment.
— Je t’écoute, soumis.
Marc tourne les yeux vers moi et m’offre un large sourire. Je me sens soudain
toute petite, tant parce que je ne suis pas chez moi, et que je ne peux gérer
l’environnement, que parce que mon blond se tend dans mon dos et me semble
soudain bien plus imposant. Son inquiétude est palpable, et le frôlement de sa
main sur mes reins me confirme qu’il tente de m’empêcher de me jeter dans la
gueule du loup. Je suis finalement soulagée de sa présence, je pourrai toujours
m’en servir de prétexte si j’ai besoin de fuir. Je tente de reprendre mes esprits
pour ne pas montrer mon trouble et récupère l’ascendant sur mes soumis pour
jouer mon rôle de maîtresse.
— Mademoiselle Célène, ravi que vous ayez pu venir et… accompagnée qui
plus est.
— Croyez bien chère Célène qu’après vous avoir rencontrée avec eux, je n’en
doute pas non plus. Vos chiens de garde vous apprécient bien trop pour cela.
Venez donc vous asseoir près de moi.
Enfin seuls…
…avec tes deux soumis aux pieds, bien sûr. D’ailleurs, je ne sais pas trop ce
que tu vas faire d’eux maintenant, tu peux libérer Théo sans souci, mais Paul…
— Alors, que me racontez-vous depuis notre tête-à-tête ? J’ai été très déçu que
vous me quittiez si vite.
Je sens le regard de Marc posé sur moi et machinalement je lui fais des yeux
ronds. Il doit bien se douter que je ne me suis pas étendue auprès de mes soumis
au sujet de notre rendez-vous, et il a l’air ravi de constater la véracité de ses
doutes. Théo se tend, tandis que Paul a la mâchoire crispée. Mon interlocuteur
sourit de plus belle. Il cherche certainement à me tester.
Une lueur malicieuse anime son regard, et il me tend la main comme pour
m’amener quelque part.
— Ça tombe bien, car il n’y a pas d’alcool ici ce soir. Vous savez sans aucun
doute, et votre réaction me le confirme, que c’est interdit dans notre règlement,
et dans la pratique du BDSM. Il s’agit ici d’une boisson pétillante sans alcool, et
non de champagne.
— Vous savez que si vous posez les bonnes questions, je vous répondrai, mais
je ne pratiquerai pas. Je veux d’abord découvrir l’état d’esprit de vos soirées.
— Le bondage, c’est celle avec laquelle je suis la plus à l’aise et que je trouve
la plus agréable.
— Pas de ruban adhésif non, je n’aime pas trop cette sensation, je pratique
avec la corde principalement, mais aussi les foulards.
— Si bien sûr, mais je ne suis pas pour les fortes douleurs et blessures. Je suis
assez soft à ce niveau-là.
Ses yeux me sondent et il se rapproche de moi, posant son coude sur le dossier
du canapé et une de ses mains sur ma cuisse.
Il ne sait pas à quel point il se trompe sur moi. Je n’ai jamais subi de douleur
physique aussi forte que celle qu’il sous-entend. Il se méprend simplement sur la
nature de celle-ci.
— Eh bien, qui sait ? Je ne prédis pas l’avenir, mais ce qui est sûr, c’est que ce
ne sera pas dans l’immédiat. Je ne suis pas prête à me livrer.
La femme à ses pieds salue à son tour le maître, les épaules ployées et la tête
collée au sol.
— Maître Thierry, quel plaisir de vous voir à notre soirée. Comment va votre
soumise ?
— Très bien maître, votre dressage à été conséquent, elle est plus obéissante
que jamais.
Marc semble apprécier cette remarque et se penche vers l’avant pour caresser
le dos de la soumise qui ne bouge pas, seul le rythme de sa respiration semble
s’accélérer. Sa main remonte le long de sa colonne vertébrale, ce qui lui
provoque un frisson si fort qu’elle paraît en trembler. Il empoigne doucement
son cou et la force à venir jusqu’à lui. La femme s’exécute et, le regard toujours
baissé, lui présente son visage dont les lèvres n’appellent qu’à un baiser. Il les
caresse de son pouce, satisfait.
Je suis surprise, même si ces échanges sont réguliers dans notre domaine,
lorsqu’un maître dresse une soumise c’est rarement pour la céder ou pour en
faire profiter un autre. Cette soumise semble pourtant très attachée à Marc, on
voit dans son regard qu’elle ne dirait pas non à redevenir sienne. Tandis que
j’observe cette dernière, je sens un regard inquisiteur me brûler la nuque. Je
relève la tête et croise le regard transperçant de maître Thierry. Marc lâche la
soumise pour revenir à nous, comme s’il avait senti ce changement
d’atmosphère.
— Non, bien sûr que non Célène, vous êtes mon invitée. De plus, je suis
persuadé que maître Thierry et Ruby ont d’autres projets pour ce soir que de
rester avec moi.
— Oui, c’est mon nom de famille. Certains choisissent leurs prénoms comme
Thierry, d’autres leurs noms. Le mien faisant aussi office de prénom, mais ce
n’est qu’une formalité, tout le monde sait que je m’appelle Marc ici.
— Marc David.
— Ici, tout le monde m’appelle maître David. Marc est un peu trop familier
pour ce genre de soirée. Mais venant de vous, ça ne me dérange pas. Du moins,
pour le moment.
— Pour le moment ?
Il ricane à cette remarque, mais je sais qu’au fond, il n’abandonnera pas cette
idée, et à vrai dire, j’espère bien qu’il mettra tout en œuvre pour me convaincre.
Car même si je semble réticente, je n’aspire qu’à me laisser persuader. Il me
hante suffisamment pour savoir que je n’ai plus aucune issue, que celle de
succomber. Plus rien ne me sauvera de l’inévitable, ça, je le reconnais désormais.
Nous arrivons devant une volée d’escaliers descendant vers un sous-sol, Marc
m’invite à passer la première et j’y découvre un donjon très bien équipé. Il
semble s’étendre sous la totalité de la maison tant il paraît grand. De nombreuses
personnes s’y affairent : certaines regardent, d’autres subissent. Je suis surprise
par la quantité si variée de meubles et d’objets. Marc m’explique alors ce qu’il
en est.
— Les personnes, que vous voyez ici Célène, font partie d’un même groupe.
Ils n’hésitent pas à faire suivre leur matériel lorsqu’ils le peuvent, et à se le
prêter : bancs à fesser, tables et autres, ainsi que les instruments. À chaque
événement, ils choisissent un superviseur qui organise la rencontre, choisissant
le lieu, ainsi que le donjon. Cette collaboration nous permet notamment de
pratiquer en toute sécurité, dans un cadre intime et confiant où nous nous
connaissons presque tous.
La perspective d’une telle équipe est intéressante, j’avoue que l’idée d’un
comité pour partager cette passion est loin d’être idiote. Je me sentirais moins
seule pour parler de mes états d’âme, et mes soumis, surtout Théo,
apprécieraient peut-être d’être entouré de plus de monde et d’expérimenter de
nouvelles choses avec un certain public. Après tout, je n’ai pas autant de
matériel dans ma chambre, et si je me sens à l’aise ici, ça pourrait être utile.
Reste à savoir si on me propose de rejoindre le cercle.
Je parcours la salle du regard quand je tombe sur Théo et Paul. La femme avec
eux, semble reprocher quelque chose à Théo, au vu de l’expression de son
visage. Paul n’a pas l’air d’être très attentif à la scène, il scrute les alentours
jusqu’à ce qu’il croise mon regard et que son visage s’illumine. Puis, soudain, sa
mine s’assombrit et il tourne la tête vers leur interlocutrice avec surprise. Son air
inquiet m’alerte, et je décide d’aller voir de quoi il retourne. Ça ne m’étonnerait
pas que Théo se soit encore mis dans de sales draps…
Je profite que Marc soit en grande conversation avec un couple lui demandant
conseil et je le quitte, me détachant ainsi de la main qu’il a placée dans mon dos,
pour me diriger vers mes soumis. Plus je m’approche, plus la discussion me
semble houleuse entre Théo et cette femme en face de lui. Plus grande et
corpulente que moi, ses cheveux noirs tombent en cascade épaisse dans son dos
et sa robe en latex la moule exagérément. À sa tête, je devine qu’elle est en
colère.
— Il y a un souci ?
Nous nous dirigeons vers eux, et la femme ne semble pas démordre qu’elle
souhaite punir Théo pour ne pas l’avoir recontactée après leur séance.
Visiblement, elle souhaite le bâillonner, l’installer sur la roue, et le fouetter. Je
viens me placer à côté de Théo, mais elle ne fait pas attention à moi. Elle
continue sans même m’adresser un regard et attrape le bras de mon soumis pour
l’attirer à elle. Excédée à mon tour, je tiens Théo par l’autre bras pour qu’elle
lâche prise, elle semble enfin se rendre compte de ma présence.
— Maîtresse, je vous présente madame Sylvie, c’est la femme chez qui j’ai
fait une séance un peu particulière.
Théo coule un regard entendu vers moi. Je comprends donc qu’il s’agit de la
dominante qui me l’a rendu en sang. Il a même gardé quelques cicatrices de cette
séance. La grande brune s’adresse à moi d’un air dédaigneux, voire agressif.
— Je croyais qu’il n’avait pas de maîtresse. Quoi qu’il en soit, il m’en doit
une pour ne pas m’avoir recontactée.
— Et je l’en dispense. Il est clair que vous ne mettrez plus jamais la main sur
lui tant qu’il m’appartiendra, et j’espère que même après, il aura la sagesse
d’esprit de vous éviter. Vous l’avez laissé dans un état déplorable.
— Maîtresse Sylvie, tout va bien ? Je suis certain que vous avez fait un
accueil chaleureux à nos nouveaux venus. Je suis conquis par leurs talents.
Elle semble déçue, mais affiche devant Marc un grand sourire et n’insiste pas.
Elle incline la tête et s’en va, attrapant au passage la laisse d’un soumis qui
attendait que quelqu’un s’occupe de lui. Je reste abasourdie devant le
comportement de cette femme et le manque de respect qu’elle nous témoigne.
— Théo, Paul, dites au revoir, nous rentrons. Marc, je suis désolée d’écourter
notre venue, mais j’en ai assez vu pour ce soir, dis-je avant de partir en direction
des escaliers, suivie de mes deux soumis.
J’entends Marc remonter vers la sortie à notre suite. Je me dirige sans hésiter
vers la porte d’entrée. Peu importe ce qu’il peut me dire, rien ne sera suffisant
pour me convaincre de rester dans le même lieu que cette femme, grotesque,
malpolie et surtout dangereuse. Si c’est cela, la philosophie de vie de ce groupe
BDSM, ou même de Marc, il est hors de question que j’en fasse partie. Rien qu’à
repenser au dos ensanglanté de mon soumis, un violent frisson parcourt mon
corps.
— Célène, ne partez pas. Sylvie est un peu, comment dire, « vieille école ».
Mais elle va vous laisser tranquilles. Ce serait dommage de quitter la soirée si
vite.
Marc me rattrape par le bras alors que je passe la porte d’entrée et marche
dans l’allée. Une fois de plus, je pars avant que le rendez-vous ne soit vraiment
terminé. Je suis l’instigatrice de ma propre frustration. Il veut simplement me
connaître et je le plante à chaque fois. Si lui, je l’apprécie et ne doute pas de la
bonne tenue des autres participants, je ne veux pas connaître cette femme. Et je
redoute son influence sur le reste du groupe, et mon insertion parmi eux pourrait
en être compromise. Une telle tension qui s’insinuerait dans une communauté
qui semble soudée ne ferait que mettre à mal toute relation que je pourrais
entretenir. Notamment celle que je serais encline à construire avec Marc au fil du
temps.
— Oui j’en suis sûre, et si vous avez la même vision qu’elle vous pouvez
oublier toute idée de pratique avec moi. Maintenant, je vais y aller, j’ai besoin
d’air.
Je monte dans la voiture et pars avec mes soumis. Tous deux sont assis devant,
tandis qu’à l’arrière, je reste silencieuse, contemplant par la vitre la lune bien
haute dans le ciel. Je ne peux m’empêcher de ruminer ce qui vient de se passer.
À vrai dire, je ne pense pas que Marc soit comme cette femme, il n’a d’ailleurs
pas agi violemment avec Ruby, la soumise, et elle avait l’air de le réclamer. Je
sais qu’il me faudra encore un peu de temps pour analyser la situation et en tirer
une conclusion.
Paul conduit et Théo se tourne vers moi. Il semble désolé de la tournure qu’a
prise la soirée et s’inquiète de mon mutisme. Il doit s’en vouloir d’avoir écourté
cette soirée, mais il ne pouvait prévoir la présence de cette femme, et ça vaut
peut-être mieux comme ça.
— Oui maîtresse. Mais après ce qui s’est passé, je ne voulais plus avoir de
contact avec elle.
— Pardonnez-moi.
Nous arrivons devant chez moi et je n’ai pas envie de m’éterniser, je dis donc
rapidement au revoir à Paul et Théo et monte seule. Mon corps réclame une
douche, comme si j’avais fait un parcours du combattant. J’y passe une bonne
demi-heure, la sensation de l’eau chaude sur mon corps me fait un bien fou, je
sors de là plus détendue. Tandis que je m’enduis de crème hydratante, mon
téléphone sonne. C’est un message de Marc.
— Allô ?
— Je me dis que ce sera plus facile et plus agréable, il marque une pause et
j’entends son souffle contre mon oreille. Écoute Célène, je suis désolé pour ce
soir. Sylvie est une ancienne du groupe, mais ça ne veut pas dire que je suis
comme elle. Je te le redis : je ne conçois pas le BDSM de la même manière, mais
pour autant j’accepte ses choix.
— Et ce sera fait. Nous pourrions peut-être passer à autre chose, notre relation
mérite d’être approfondie, non ?
Marc et moi continuons ainsi pendant plus d’une heure. Cette conversation
nous fait du bien, et nous nous disons les choses sans détour, sans jeu de
séduction. Nous arrêtons enfin de jouer au chat et à la souris et nous apprenons
de l’un et de l’autre avec plaisir. Je découvre enfin un peu plus son point de vue,
car jusqu’ici, il ne s’agissait que de supputations. Je me couche soulagée et
rassurée.
15
Le cours d’aujourd’hui me paraît long. Le professeur débite sa science sans
prendre le temps de respirer. Ma main prend autant de notes que possible,
relevant ce qui lui semble important alors que mon cerveau s’est mis en pilote
automatique. Je suis bien présente et pourtant ailleurs, tournée vers des plaisirs
moins innocents que les dires de Piaget, et bien moins pudiques que les
réflexions les plus sexuées de Freud.
— La grippe.
— Super… Tu ne t’approches pas trop de moi s’il te plaît, je ne veux pas
tomber malade maintenant !
— Il ne faut pas. D’une, je suis une grande fille, de deux, je sais qui appeler si
j’ai un problème. Et Marc ne représente pas un danger pour moi.
— Si tu le dis.
— Est-ce que je peux venir avec toi pour rattraper le cours de ce matin ?
Une fois à l’appartement, Paul et moi parlons des cours, je lui explique la
théorie de Freud sur les pulsions de vie quand mon téléphone posé sur la table se
met à sonner. Je l’attrape avant qu’il ait le temps de lire le nom qui s’affiche et je
m’éclipse dans ma chambre.
— Allô ?
— Bien, et toi ?
— Oui bien sûr, mais je ne vais pas pouvoir rester longtemps au téléphone.
Paul est avec moi.
— … Quoi ?
— Bien sûr, je n’en attendais pas moins de toi ! Que veux-tu savoir ?
— Claire est une ancienne soumise à moi. Elle ne pratiquait plus pendant un
moment, mais avec sa récente situation amoureuse, elle ressent le besoin de
reprendre. C’est une soumise dans la quarantaine qui a une certaine expérience,
elle a donc très peu de limite niveau douleur ou pratique, donc en soi, tu fais ce
que tu veux, mais pour une reprise, on va rester simples. La séance se déroulera
chez elle, pas ce week-end, mais le suivant.
— À vrai dire, elle n’est pas au courant, ce sera une surprise. Mais elle
adorera qu’une femme s’occupe d’elle.
— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée… Si ça fait longtemps que
vous n’avez pas eu de séance ensemble et qu’en plus tu ramènes une inconnue
pour jouer… Je ne suis pas certaine qu’elle apprécie.
— Alors tu viens ?
— Bien sûr que non, mais je ne tiens pas non plus à ce que tu aies mon
adresse, donc on fera comme ça.
Menteuse ! Tu n’arrêtes pas de te taper des rêves salaces avec lui. Si tu étais
sa soumise, tu t’en mordrais les doigts…
16
Ce soir, je dois voir Margot, je ne sais pas si je dois lui dire pour ce week-end,
en même temps, je sais qu’elle aura les mots pour me soutenir. De toute façon,
elle a toujours été informée de tout concernant ma domination alors pourquoi pas
cette fois ? Peut-être parce que je sens que c’est différent, et qu’il ne s’agit plus
réellement de domination, mais aussi de soumission. Comment avouer que cet
état me manque après ce que j’ai subi avec Greg ? Elle connaît aussi ce pan de
l’histoire, et peut-être qu’elle ne comprendra pas.
La soirée file rapidement, et de mon côté, j’hésite à lui parler, mais je finis par
me lancer.
— Oui, j’espère bien. Mais bon, tu te rends chez une inconnue avec un mec de
40 piges qui va avoir des menottes et un fouet. Je n’ai pas envie qu’il t’enferme
dans sa cave.
Je reconnais bien là mon amie, et elle a tout à fait raison. Que ce soit elle ou
moi, à chaque fois que nous nous rendons chez un inconnu pour avoir des
relations plus qu’amicales, nous nous donnons les adresses pour assurance. C’est
peut-être un peu parano de notre part, mais en même temps, il vaut mieux, on
sait jamais. Surtout concernant mes propres pratiques. Elle me sourit d’un air
entendu et je rigole de bon cœur ; je sais qu’elle est en train de s’imaginer des
trucs bizarres dans sa tête.
— Ouiiii, tu l’auras, promis ! De toute façon, je comptais bien sur toi pour
voler à mon secours si besoin !
— D’accord.
Je souris ; je l’adore vraiment. Elle est toujours prête à tout pour ses amis.
Je repars plus sereine, et il ne me reste plus que trois jours pour décider de ce
que je vais faire. Je penche plus pour le bondage, ma pratique de prédilection. Je
n’ai encore jamais dominé une femme en vrai et il faut avouer que la gent
féminine me manque. Depuis mes quelques expériences, je n’ai pas eu de
rapport avec une d’entre elles. Je vais m’amuser avec cette soumise et
certainement découvrir de nouvelles choses. La seule angoisse qu’il me reste et
que je ne connais pas la relation qu’entretiennent Marc et Claire.
Étant une dominatrice très proche de mes soumis, leur vie privée m’est
familière et je suis amie avec eux en dehors des séances. Il n’y a pas de rapport
de soumission permanent entre nous. Mais très peu de dominants sont ainsi. Pour
la plupart, les soumis sont des soumis, et le reste en tout temps. Ainsi, dès qu’ils
se voient, se parlent ou sont juste au téléphone, le rapport de domination est
toujours présent. Cela permet pour certains de limiter la présence du dominant
dans la vie privée du soumis et inversement. Chacun à sa place et chacun son
rôle, pas d’ambiguïté, et peu de risques de changement de situation entre les
partenaires.
Je ne sais pas comment je vivrais une telle relation, je crois que j’aurais
beaucoup de mal à me faire à la distance permanente avec le soumis ou le
dominant. Je fais de la domination pour le respect, pour l’entente, pour l’humain.
Dans la soumission, je cherche le développement des sensations, la beauté du
lien qui s’y crée, la confiance qui règne.
— Sûrement pas ! Tu verras bien ce qui se passe, mais je pense que ça devrait
te plaire. Au fait, j’appelle ta soumise Claire ou elle a un surnom ?
— D’accord.
Soudain, j’ouvre les yeux sans pouvoir comprendre ce qui se passe. Il fait
sombre. J’essaye de bouger, mais n’y arrive pas : mes bras et mes jambes sont
entravés. Je reconnais cependant la caresse de la soie car ce sont bien des
foulards qui me retiennent prisonnière. Un bruit de pas à côté de moi me fait
machinalement tourner la tête, et de la lumière filtre du bandeau qui me recouvre
les yeux. Je suis aussi privée de la vue…
Quelqu’un s’assied près de moi et je tente par tous les moyens de me détacher,
sans succès ; je n’arrive pas à atteindre les nœuds. Une main se pose sur moi,
décrivant de petits cercles autour de mon nombril. Je retiens mon souffle à ses
attouchements, et les effleurements se transforment en griffures sur le bas de
mon ventre. Je suis partagée entre me laisser aller et craindre plus encore ces
drôles de caresses. Je me tortille dans tous les sens, tentant d’échapper aux
doigts baladeurs. L’autre se penche alors sur moi et m’intime au silence d’un
simple chut avant de lécher mon cou et de l’embrasser. Ne pas savoir qui me
touche est très perturbant. Mais cette personne semble me connaître, savoir ce
qui m’excite et comment me donner envie, même contre mon gré.
Tout cela n’était qu’un rêve. Un de plus… J’ai pourtant l’impression d’être
toujours entravée et je perçois même une silhouette à la porte de ma chambre.
Complètement paniquée, j’allume la lampe de chevet et prends un long moment
pour retrouver mes esprits. Salie par ce cauchemar, je ressens le besoin d’aller
prendre une douche. J’appréhende tellement notre séance à trois que j’ai dû
projeter mes craintes dans mes rêves. Mon inconscient envisage donc que Marc
soit ce genre de dominant… Après tout, nous n’avons pas discuté plus en avant
de ses pratiques, certains ne considèrent pas les aiguilles comme quelque chose
de si repoussant.
— Oui, et toi ?
Il prend mon sac et le pose dans le coffre avant d’ouvrir la portière pour que je
m’y installe.
Arrivés au sex shop, Marc et moi nous dirigeons vers les sex-toys, j’en choisis
un avec son approbation ; il se régale déjà de nous imaginer jouer avec. J’en
profite pour faire un tour de repérage pour une prochaine fois. Marc, de son côté,
fait ses emplettes, non sans surveiller d’un œil curieux ce que je regarde. Je le
surprends à observer les dessous en dentelle et à les lever à hauteur de mon corps
pour voir si cela m’irait bien. Gênée, je m’éclipse, allant à l’autre bout de la
boutique. Mais comme il ne semble pas décider à arrêter son petit manège, je
fais la même chose de mon côté : prenant boxers en cuir, pinces à tétons,
cagoules et même strings en bonbons pour les lui affubler de façon imaginaire en
les levant à hauteur voulue. Ce jeu semble beaucoup l’amuser, il rigole chaque
fois que je viens me coller à lui pour tester une nouvelle lubie. Ce moment de
complicité me détend. Marc achète le double dong que j’ai choisi et j’en profite
pour prendre discrètement un gel d’excitation féminine. Ainsi, Claire, et peut-
être moi, pourrons profiter pleinement de notre séance.
Nous arrivons devant chez Claire. La maison est paisible, située dans la
campagne environnante de Toulouse. Elle semble relativement simple, les
lumières sont allumées à l’intérieur et je suis Marc qui s’apprête à rentrer sans
même prendre la peine de frapper. Il attrape ma cape et l’accroche sur un cintre
dans le placard du couloir de l’entrée, faisant comme chez lui et il laisse nos
valises de côté pour se diriger vers le salon. Là, une femme est assise à genoux
les mains sur les cuisses, tête baissée, elle attend sagement que son maître lui
signifie de faire quelque chose. Marc s’accroupit pour se mettre à sa hauteur,
prend la femme par le cou et l’embrasse à pleine bouche, lui donnant un baiser
plus chaud que jamais. Je profite de ce moment pour la jauger.
C’est une très belle femme, des cheveux châtain foncé mi-longs et raides
encadrent son visage fin. Elle est mince et ne paraît pas très grande. Rien ne
trahit vraiment son âge si ce n’est les quelques marques sur son visage. Je
remarque son collier, un simple anneau en acier qui fait le tour de son cou duquel
pend un petit anneau où accrocher la laisse. Bien que très simple, il lui va très
bien. Je me demande si c’est Marc qui le lui a offert. Elle est sobrement vêtue
d’une petite robe noire au col en V et d’escarpins de la même couleur. Il la fait se
lever et se tenir face à moi.
— Claire, je te présente madame Célène, elle sera là pour m’assister, lui dit-il
tout en me tendant la main pour que je me rapproche.
J’apprécie la manière dont elle s’est inclinée, très moyenâgeuse, mais aussi
très respectueuse. Je suis intimidée et pas très à l’aise en dehors de mon lieu
habituel de pratique. C’est difficile de m’envisager dominer une inconnue, je ne
connais rien d’elle et l’ambiguïté de mes rapports avec Marc n’arrange pas notre
coopération. Je me laisse guider par Marc qui m’invite à m’asseoir alors qu’il
ordonne à Claire de nous apporter à boire. Son salon est grand et très simple, un
canapé, auquel fait face une table basse. Une télévision est aussi accrochée au
mur. Derrière nous se trouvent une table à manger et une cuisine ouverte à
l’américaine. Claire nous sert un cocktail sans alcool et s’agenouille à nouveau à
nos pieds. Marc m’invite du regard à faire connaissance avec elle.
J’avance une main sous son menton et relève son visage dans ma direction
pour observer ses traits. Je remarque alors que quelques taches de rousseur
marquent son visage. Je veux voir ses yeux, creuser au fond de son âme.
— Regarde-moi Claire.
Elle lève vers moi un regard tout aussi empli de tendresse que de méfiance. Il
trahit son manque d’assurance, je trouve cela adorable, et soudain toutes mes
craintes s’envolent.
Dans la voiture, Marc m’a expliqué que son compagnon venait de la quitter
pour une femme plus jeune. À 40 ans, elle a besoin de reprendre confiance en
elle, et de se sentir désirée.
— Non madame, si maître David juge que vous me conviendrez, c’est que
c’est le cas.
— Merci madame.
À ces mots, Marc pose sa main sur ma cuisse et s’adresse à sa soumise. Il veut
que nous scellions notre rencontre par un baiser.
— Ne voudrais-tu pas l’embrasser, Claire ?
Je lui souris et la relève toujours à genoux devant moi. Nos visages se font
face désormais, et elle se rapproche de moi doucement. Je glisse mes mains sur
ses hanches, écartant les cuisses pour la recevoir. La voilà qui butine mes lèvres
comme si elle goûtait pour la première fois à une douceur dont elle n’avait pas la
recette. Plus sûre d’elle, elle prend mon visage entre ses mains et notre baiser
s’approfondit. Elle semble si sensible que je n’ose la brusquer, comme si la
moindre étreinte trop forte pouvait la briser. Son état émotionnel est palpable, et
je me doute que Marc ne fera aucune séance hard avec elle pour la protéger. Je la
repousse gentiment déposant un dernier baiser furtif sur ses lèvres.
— Es-tu sûre ? tout en parlant, je réajuste une corde sur son corset. Et
maintenant ?
— Mieux madame.
— Oui madame.
Ce baiser me fait de l’effet et m’excite, mais ce n’est pas celui que j’aurais
aimé recevoir de sa part. Il ne s’agit que d’une séance, d’un moment de
domination voué à faire monter la tension. Il n’a pas lieu de sceller une relation
plus intime entre lui et moi. Nos bouches se rejoignent avec gourmandise, tandis
que je caresse son pantalon, faisant grossir son sexe un maximum avant de lui
faire retirer ses vêtements. Je le laisse se déshabiller, en allant embrasser à
nouveau Claire qui est déjà dans tous ses états. Elle frissonne, expire doucement,
et commence même à gémir.
Marc nous rejoint et entreprend de se faire faire une fellation par la belle
attachée. Jouant avec les cordes, il aide à l’orienter. Je me délecte un moment de
la scène avant de regarder le travail accompli, fière du bondage que j’ai réalisé
sur elle. Je suis les lignes de son corps lorsque je remarque quelques gouttes sur
le sol. Je souris à cette vue et vais me placer derrière la soumise, constatant
combien la situation lui plaît à l’odeur délicieuse de son essence et des
palpitations de son entrejambe.
D’un regard, Marc comprend mon intention et la bascule doucement vers moi
alors que je me mets à genoux derrière elle, cherchant à goûter à cette fontaine
de jouvence qui m’est si magnifiquement offerte. Au premier contact de ma
langue, Claire gémit si profondément que Marc a dû en ressentir les vibrations à
en juger par l’expression d’extase qu’il affiche. Tous les trois, nous sommes
plongés dans un état puissant d’excitation, particulièrement notre soumise qui
jouit rapidement à notre contact simultané. J’introduis un doigt dans son vagin et
peux sentir chaque contraction de son corps. Sa respiration devient saccadée à
mesure que son plaisir grandit, et elle se tortille tant bien que mal avant de se
calmer et de retrouver une position confortable. Je m’applique à lui procurer
autant de plaisir que possible après ce premier orgasme lorsque je me rends
compte qu’il n’y a plus aucune contrainte dans ses supplications.
— Claire ? Est-ce que tu as eu mal ? lui demande Marc plus inquiet que je
n’aurais cru.
— Elle est simplement revenue parmi nous, lui dis-je pour le rassurer avant de
lui faire signe de la prendre dans ses bras.
— Maître David finit sa douche, il devrait arriver. Il m’a dit de vous obéir en
attendant.
Claire et moi préparons le repas quand Marc fait son apparition. Il prend la
soumise dans ses bras et l’embrasse avant de me signaler que la salle de bain est
libre.
Pendant ma douche, je n’arrête pas de penser à lui. Il est très doux avec sa
soumise et semble très proche d’elle, c’est rassurant de voir, qu’en fait, il n’est
pas du tout comme je l’imaginais. Je ne veux plus quitter le contact de l’eau
chaude qui me réconforte et me lave de tout attouchement qui a, une heure plus
tôt, failli me mener à l’abandon. Il faut que je me reprenne et garde le contrôle
avant de me laisser aller à une forme de soumission.
Lorsque j’arrive dans le salon, la table est dressée, tout est prêt, une musique
très douce, mais sensuelle se fait entendre. Marc est dans le canapé, Claire
tranquillement assise devant lui en position habituelle. Je viens me placer devant
Marc qui relève les yeux et reste un instant à m’observer, me détaillant de la tête
aux pieds avant de sourire.
— Quelle chance tu as, Claire, d’avoir une si jolie maîtresse ce soir. Regarde-
la.
Claire se tourne vers moi et à son tour, me regarde avec un large sourire
visiblement ravi. Je lui demande de me rejoindre et elle s’approche à quatre
pattes avant de s’arrêter à mes pieds. Je pose une main sur sa tête, ce qu’elle
semble apprécier. Je lui caresse ainsi les cheveux et me mets à sa hauteur pour
scruter son corps nu depuis la douche et vérifier à nouveau les marques de
cordes. Elles ornent joliment ses membres en souvenir de son plaisir. Je lui
souris, puis lui attache les cheveux en chignon avec quelques mèches pendantes,
elle est très jolie. J’embrasse son front et me lève, elle pose alors sa tête contre
ma jambe.
— Eh bien, mangeons !
Marc se dirige vers la table où il tire ma chaise, puis il s’assied et Claire vient
nous faire le service avant de s’asseoir avec nous. Tous deux se lancent des
regards furtifs complices me laissant penser qu’il y a quelque chose de prévu. Le
repas se déroule dans le silence, je me contente d’écouter la musique, fermant
parfois les yeux pour m’immerger dans l’ambiance environnante et faire
redescendre la tension. Entre deux plats, Claire passe sous la table pour
rapidement contenter Marc de sa bouche.
Lorsque vient le moment du dessert, Claire revient dans le salon avec une
bouteille de champagne. Je n’en bois habituellement pas beaucoup et je la
regarde faire légèrement suspicieuse. Soudain, Marc se lève et vient derrière moi
pour tirer ma chaise en arrière, je me doute bien que quelque chose se trame. Il
penche ma tête en arrière et m’embrasse. Son baiser est différent de tout à
l’heure, il est brûlant, enivrant, une décharge parcourt mon corps et, de ma main,
je presse sa tête vers moi pour que son contact ne s’arrête pas de suite. Soudain,
je sens des paumes sur mes cuisses, surprise, je lâche Marc, me détachant à
contrecœur de sa bouche pour découvrir Claire entre mes jambes. Elle est, de
toute évidence, passée sous la table et me monte dessus. Ses lèvres s’emparent
des miennes avec fougue, elle glisse le long de mon corps, retournant ensuite
entre mes jambes, mais Marc l’arrête. Il lui donne ordre d’aller dans la chambre,
et elle obéit, docile.
— Oh, si c’est elle qui joue pourquoi pas, mais toi en revanche, cela t’est
interdit ! Tu joues avec ta soumise, pas avec moi.
— C’est une chose dont on devrait discuter, j’arrive souvent à parvenir à mes
fins.
Je suis à la merci de mes deux assaillants et ne désire surtout pas bouger alors
que je prends autant de plaisir. Mon ventre me fait terriblement mal, réclamant
plus, brûlant d’une force que je n’ai plus connue depuis bien longtemps. Leurs
actes combinés m’emmènent plus loin que je ne l’ai été et je me crispe, attrapant
les draps sous moi alors que je tente en vain de retrouver de l’air. Marc mordille
mes tétons et remonte le long de mon buste en me léchant jusqu’à atteindre le
lobe de mon oreille. Il ne m’en faut pas plus pour succomber à leur duo. Ma
main dans les cheveux de Claire la maintient avec force alors que je jouis.
Sentant que je me libère, elle accélère les mouvements de ses doigts et aspire
mon clitoris si profondément que je sombre. Mon ventre explose et une décharge
parcourt mon corps me laissant sous l’emprise de convulsions incontrôlées. Je
lâche enfin les cheveux de notre soumise si douée et me recroqueville sur le côté
pour me calmer. Claire se met derrière moi, s’allongeant contre mon dos tandis
que Marc me prend dans ses bras et me caresse doucement. Deux bonnes
minutes plus tard, mon corps cesse enfin de trembler et nous pouvons reprendre
nos ébats.
Les mouvements de Marc sont très lents, se répercutant sur le sex-toy avec une
paresse infinie, qui me fait remonter en douceur. Ce n’est qu’un objet de latex
qui me transperce et pourtant j’ai l’impression que c’est lui, que ce sont ses
mouvements, sa cadence, son envie, son sexe. Je lâche le visage de Claire qui se
réfugie dans mon cou et j’attrape ses mains. Elle referme ses doigts sur les miens
et geint de plaisir dans mon cou. Mon regard fiévreux croise celui de Marc au-
dessus de l’épaule de la soumise, et nous nous perdons l’un dans l’autre.
La scène est étrange… C’est elle qu’il pénètre et pourtant, j’ai l’impression
que nous sommes seuls et qu’il me baise directement, sans passer par une autre
personne. Son regard témoigne de son envie et j’en déduis que le mien doit être
tout aussi parlant. Il accélère le rythme, faisant hoqueter sa soumise qui accuse le
coup. Il prend possession de son bassin, le faisant rouler pour amplifier chacun
de nos mouvements. À mon tour, je halète, mes canines se plantent dans mes
lèvres, mes yeux sont toujours rivés aux siens. Il souffle de plus en plus fort, et
j’entends des grognements sortir de sa gorge, aussi sexy que sauvages. Il se
déhanche encore et encore, ne laissant aucun répit à sa soumise, et nous sommes
rapidement tous les trois en train de gémir à plein poumon de notre volupté
conjointe.
Nous jouissons les uns après les autres, comme un effet domino : Claire
d’abord, qui par ses contractions entraîne son dominant, qui par ses derniers
mouvements de bassin me fait décoller enfin. Marc dépose des baisers sur le dos
de sa soumise avant de se retirer avec délicatesse. Essoufflée et certainement très
fatiguée, elle n’a pas la force de se relever, je la fais basculer doucement sur le
côté, retirant le jouet nous unissant. J’attends un instant, puis décide de les
laisser seuls, murmurant un « bonne nuit » avant de m’éclipser dans la chambre
qu’elle a préparée pour moi.
18
Il est temps qu’ils se retrouvent vraiment et que je m’efface. Je prends donc
mes écouteurs et me couche, ne désirant pas spécialement les entendre parler. Je
regarde par la lucarne le ciel étoilé et la lune qui éclaire la pièce. Mes pensées
sont pourtant emplies de voix sensuelles et je ne vois plus le temps passer,
ressassant les actes de cette journée éprouvante et exquise. Soudain, au travers
de ma musique, j’entends frapper à ma porte. Je regarde l’heure, et constate que
je suis partie depuis un petit moment.
— Oui ?
— Non.
— Je peux rentrer ?
— Je t’en prie.
Il entre dans la pièce et referme derrière lui. Il est simplement vêtu d’un boxer,
mais la clarté de la lune filtrant à travers ma fenêtre ne me permet pas de bien
apercevoir son corps dans toute sa superbe. Je me surprends d’ailleurs à penser
que je n’ai pas spécialement porté attention à son physique durant la journée,
mais plutôt à celui de Claire. C’est d’elle dont je devais m’occuper, c’est donc
son anatomie que j’ai appris à connaître. Il s’allonge à mes côtés et pose sa tête
sur l’oreiller, me dévisageant.
— Tu écoutes quoi ?
— Je peux écouter ?
Je lui passe un écouteur. Il ferme les yeux et se laisse emporter par les paroles
de Wicked Games de Chris Isaak. Je les ferme également et nous laissons la
chanson se finir. Quand je les rouvre, Marc m’observe et passe sa main dans mes
cheveux.
— Non…
— Non plus.
— Tu as une famille ?
— J’ai divorcé il y a sept ans. J’ai deux enfants : un fils, Jérémy, qui a 17 ans
et une fille, Lola, de 14 ans.
— Pourquoi tu as divorcé ?
— Et tes enfants ?
— Tu as des passions ?
Il n’a pas hésité une seconde, pas pris le temps une seule fois de réfléchir et
pourtant j’ai enchaîné les questions. Ce comportement me pousse à croire qu’il
est sincère avec moi. Une question me brûle les lèvres, j’ai besoin de savoir, de
comprendre. Je me lance, curieuse de connaître sa réponse :
— Pourquoi moi ?
— Je brille ?
— De contradictions ?
Je savais qu’ils étaient différents, mais je n’avais pas vu en toutes ces choses-
là. Marc est très observateur et il sait analyser les caractères avec finesse.
— On peut dire ça comme ça, et je ne te lâcherai pas tant que tu ne sauras pas
réellement ce que tu veux.
— Et comment tu sais que je ne le sais pas déjà ?
— Je crois que tu le sais, oui, mais que tu refuses de l’accepter. Alors quand tu
seras prête, et en adéquation avec ce que tu désires au fond, je ferai en fonction.
— Bien…, lui réponds-je dans un souffle alors qu’une tension s’installe entre
nous.
Il dégage mes mains et, d’une seule des siennes, les bloque au-dessus de nos
têtes. Libéré de toutes entraves, il descend le long de mon cou, y déposant une
multitude de baisers avant de tracer un sillon brûlant de sa langue. Tous les deux
en transe, nous ne voulons plus nous arrêter, partageant pour la première fois
notre complicité. Je le sens se presser contre moi, accentuant toujours plus le
contact de nos peaux, ce qui relève doucement la nuisette que j’ai enfilée pour
dormir. Il caresse mes hanches et reprend ma bouche en otage, provoquant des
frissons dans tout mon corps, tandis que le tissu valse pour de bon au-dessus de
nous. Nue contre lui, il me touche d’une main tremblante comme s’il redoutait
que tout s’arrête soudain, puis empoigne mes seins qu’il vient lécher et sucer
avec ferveur. Je suis sous son emprise, me laissant aller à mes fantasmes, me
réjouissant de sentir son corps contre le mien, sa chaleur, pouvant enfin laisser
s’échapper le mal qui m’habite. Ma respiration se fait plus pressante alors que sa
main redescend sur mon ventre pour le caresser.
— Hum… Marc…
Son nom sort de ma bouche comme une supplique alors que je me délecte de
chaque seconde, succombant à l’instant présent. Il sourit contre ma poitrine à
l’évocation de son prénom, comme une récompense donnée après une longue
attente.
— Oui…
— Tu vas bien ?
— Oui…
Il dépose un baiser sur mon front et s’allonge à mes côtés pour se calmer
avant de se tourner à nouveau vers moi. Il me regarde et moi, je fixe le plafond,
triste de ce qui vient de se passer.
— Oui…
— Dis-moi tout.
Il dépose un doux baiser sur mes lèvres et me prend dans ses bras. Nous
restons ainsi, en silence, un moment. Soudain, il réalise mes paroles :
— Moi aussi…
19
Le lendemain, je m’éveille en douceur. Soudain, la porte de la chambre
s’ouvre lentement et la soumise de Marc entre, un plateau dans les mains.
— Bien dormi ?
— Oui, et vous ?
— Merveilleusement bien !
Par instinct de pudeur, je remonte la couette sur moi pour éviter que Claire ne
me voie, ce qui est stupide vu ce que nous avons fait la veille… Elle-même ne
porte guère plus que sa nuisette. Je suis surtout gênée qu’elle puisse s’imaginer
des choses. Je ne veux pas attirer son animosité et j’espère sincèrement qu’elle
n’est pas jalouse. J’aime bien Claire, et je respecte la relation qu’elle entretient
avec Marc.
La soumise dépose son chargement, se met au bout du lit sur ses genoux et
attend que l’on ait besoin d’elle.
— Euh… Oui.
— Tu as déjeuné ?
— Oui madame, maître David m’a demandé de ne pas vous déranger avant
10 heures 30.
— Claire m’a demandé si elle pouvait te revoir. Je lui ai dit que c’était à toi de
décider.
— Oui, bien sûr ! Enfin, pas dans l’immédiat, mais oui… On se reverra.
Sur ce, Marc s’éclipse de la chambre. Je ne sais trop quoi penser du fait que
Claire veuille me revoir. Pour une séance entre elle et moi ? À vrai dire, je ne
suis pas vraiment partante. C’est la soumise de Marc, je ne compte pas la lui
voler et en plus, j’ai déjà deux soumis à mes ordres et je dois travailler mes
cours… Merde ! Mes cours ! C’est bientôt les partiels, il faut que j’arrête mes
conneries et m’y mette sérieusement parce que là, je suis vraiment à la bourre !
Je prends conscience qu’il me reste tout juste un mois et demi de révisions et je
viens de « gâcher » tout un week-end. Même s’il était affreusement excitant…
Je récupère mes affaires en vitesse, optant pour un jean slim et un top avec
une veste en cuir. J’ai tout rassemblé et retourne au salon où je surprends Claire
en train de faire la vaisselle de la veille et du petit-déjeuner tandis que Marc,
derrière elle, la pelote. Cela n’aurait pas dû me gêner ; après tout, la veille, nous
avons partagé bien plus que des caresses, mais ce matin je trouve que c’est
particulier. Je pose mon sac par terre et vais m’asseoir dans le canapé, le bruit de
celui-ci me trahit puisque Marc me demande si je suis prête. Je lui réponds que
oui tout en rallumant mon portable. Comme d’habitude, j’ai reçu des messages
de Margot, Paul et Théo. Je prends le temps de répondre pendant que derrière
moi, ils continuent de s’amuser. Enfin, Marc se décide :
J’ignore comment je dois m’y prendre pour lui dire au revoir, et c’est elle qui
prend les devants pour une longue étreinte. Je lui souris et me dirige vers la
voiture de Marc. Je charge mes affaires et les vois dans le reflet des vitres se
faire des adieux passionnés.
— Tout va bien ?
— Oui.
— Elle est très belle, c’est vraiment une femme superbe, et elle est ouverte,
c’est agréable de partager des moments avec elle.
— Non, du tout…
— Tu es glaciale.
— Nous nous sommes endormis tard… Est-ce que cette fois, je te dépose chez
toi, ou tu ne veux toujours pas ?
— Si tu peux me déposer en bas de l’immeuble.
— Pardon ?
— J’y ai réfléchi…
— Et ?
— Oui, je le sais.
Sur ces paroles, il sort de la voiture et attrape mon sac dans le coffre avant de
venir m’ouvrir la portière et de me tendre la main pour m’aider à sortir. Je
l’observe avec tristesse de devoir le laisser, ses beaux yeux me transpercent.
Je prends sa main et, une fois hors de la voiture, il claque la portière derrière
moi, lâche mon sac et me plaque contre la carrosserie. Je suis si surprise que je
sursaute, son corps est imposant, collé au mien, il inspecte mon visage, puis mes
yeux, y cherchant sûrement une promesse, une demande, une réaction de ma part
qui le guiderait là où je l’attends. Puis il se penche sur moi et m’embrasse. C’est
explosif. La rue est le seul rempart à notre passion, sinon aucun doute que nous
serions déjà nus. Je lui rends ses coups de langue, notre étreinte est bien plus
sauvage que la veille, empressée, comme si le temps nous était compté et en
réalité, il l’est. Nous nous disons au revoir, mais ni l’un ni l’autre n’en a
réellement envie. Il se plaque plus fort encore contre moi, prend ma taille dans
ses bras et me serre alors que je m’agrippe à lui de la même manière. Il relâche
mes lèvres et me fixe.
— Mais ?
Mon corps est suppliant, brûlant, palpitant entre ses bras, mais ma tête refuse
encore.
Pour seule réponse, je lui adresse un hochement de tête déçu et triste. Il doit
certainement sentir ma déception, car il m’embrasse encore un long moment
avant de me lâcher. À contrecœur, j’attrape mon sac et me dirige vers
l’immeuble. Je compose le code, déverrouillant ainsi la porte, et m’engage dans
le hall avant de lui lancer un dernier regard. Il reste là, appuyé contre sa voiture à
me regarder partir. J’entre dans mon appartement, ne prenant même pas la peine
de fermer la porte et me dirige vers la fenêtre. Je l’aperçois, tête en l’air vers
l’immeuble, sans doute se demandant à quel étage j’habite. J’ouvre donc pour
sortir sur mon balcon et son regard se dirige instantanément sur moi, comme un
aimant.
« Tu brilles », t’a-t-il dit. Ta pie cherche simplement son objet brillant, car
oui, ces oiseaux-là les collectionnent, et maintenant tu vas faire partie de ses
trophées. Tu entends ? Juste un objet parmi tant d’autres…
Il sourit et monte enfin dans sa voiture.
— Au fait, tu ne m’as pas raconté comment s’est passée ta soirée avec Marc ?
Tous les visages sont tournés vers moi, attendant que je réponde et je sens
soudain une bouffée de chaleur brûler mes joues. Je ne peux plus reculer, je dois
me lancer.
Leur curiosité à peu près assouvie, ils constatent qu’ils ne tireront plus rien de
moi et ne me posent plus de questions à mon grand soulagement. Nous passons
le reste de la nuit à discuter de choses et d’autres, à danser, et pour finir nous
allons nous promener au bord de la Garonne.
Paul est distant et je me sens mal de le voir réagir ainsi, il faut que je lui parle
rapidement, au risque de voir s’effriter notre relation.
Plus tard, une fois de retour chez moi, j’appelle Margot pour lui raconter le
reste de l’histoire. Je lui fais part de mes doutes, j’ai du mal à savoir où j’en suis
avec Marc. Et je commence à appréhender la mise au point avec Paul. Margot
est importante pour moi, j’ai besoin de son avis, de ses conseils, et elle m’aide à
relativiser les choses, surtout concernant Paul qu’elle connaît mieux maintenant.
Dans tous les cas, je peux compter sur elle pour me soutenir.
— Pourquoi ça ?
— J’ai beaucoup de choses à régler, dont les partiels dans un mois tout juste.
— Chez toi ?
Notre entrevue met une éternité à arriver. Les cours sont comme d’habitude,
relativement longs, mais j’aime suffisamment la psychologie pour ne pas
décrocher. Je travaille beaucoup plus, le nez en permanence dans mes notes et
mes fiches, mais je suis clairement en manque de lui… Dès que je ne me
concentre pas assez, Marc me revient à l’esprit, comme si son image me hantait
et me narguait.
Le jour J arrive enfin ! Malgré le temps clément de ce début avril, je n’ai pas
envie de m’habiller léger. Alors je porte un jean moulant, un pull à col en V,
ainsi qu’une écharpe par-dessus mon manteau ; rien de bien sexy, et en même
temps c’est un mal pour un bien, certes, mais cela contiendra certainement nos
ardeurs…
Marc m’a envoyé son adresse par texto et je m’y rends en début d’après-midi.
À peine suis-je au portail de chez lui que le stress monte… Mon ventre se serre
et gronde, mais pourquoi j’angoisse autant à l’idée de le revoir ?
Peut-être parce que tu te rends chez lui, et que tu y seras seule, dans une
maison avec plein d’endroits pour s’amuser…
— Ça te plaît ?
— Oui, beaucoup !
— C’est étrange, cet arbre a l’air totalement mort… Il l’est ! Son tronc est
fendu, ses branches sont sèches et sans vie, mais…
— Mais les rubans qui pendent de part et d’autre des branchages lui donnent
une seconde vie. Bien que la photo est en noir et blanc, je trouve qu’on ressent
l’intensité de la couleur qui se cache derrière. Ça le sublime tellement, c’est
comme s’il respirait à nouveau. En vérité, ça me fait beaucoup penser au
bondage : la soumise dans ses liens vit un renouveau, comme si elle sortait de
son corps. Un peu comme un papillon.
— C’est intéressant.
— Et ? je le questionne, intriguée.
— Depuis ce qui s’est passé chez Claire, je pense souvent à toi. J’ai bien
réfléchi…
— Vraiment ? Pourquoi ?
— À cause de samedi soir… J’ai cru que j’y étais allé trop vite, que je t’avais
brusquée et que tu n’avais pas apprécié… D’autant plus lorsque je t’ai appelée la
semaine dernière et que tu étais réticente à venir me voir…
— Ah… Je vois, désolée les partiels approchent et je suis accaparée par les
révisions.
— Je l’ignore encore.
— Je ne sais pas parce que je ne t’ai encore jamais vue en soumise. Je sais que
tu l’as déjà été, mais je ne sais pas quel dressage tu as eu… Et si j’ai bien
compris, tu ne l’as pas bien vécu, mais j’ignore tout de ce qui s’est passé. Je ne
veux pas rouvrir d’anciennes blessures
— Ce ne sera pas pareil avec toi qu’avec mes autres soumises. Elles étaient
soit débutantes, soit dressées à la manière de quelqu’un d’autre, donc je savais
comment m’y prendre dès le départ. Mais toi… J’aime l’idée de te découvrir au
fil du temps. On commencera en douceur, j’apprendrai d’abord à te connaître,
connaître ton corps et tes réactions. Puis ça te permettra aussi d’en apprendre
plus sur moi…
Quand vient l’heure de partir, nous sommes déjà impatients de nous revoir,
même si ça ne sera pas tout de suite. Je préfère prendre les devants :
— Je pars en Bretagne.
— Quand ça ?
— À côté de Saint-Brieuc.
Nous nous quittons d’un baiser aussi doux que de la soie, et d’un goût à
tomber. Je crois que jamais je ne pourrai m’en lasser.
Les trois semaines qui suivent sont très éprouvantes ; les cours s’accélèrent
pour boucler le programme avant les vacances, les profs sont à cran, les élèves
aussi. Paul, Théo, Margot et son copain doivent venir avec moi en Bretagne et il
nous tarde de nous éloigner de notre quotidien.
Nous partons tous le samedi matin, conscients que huit longues heures de
trajet nous attendent. Nous nous relayons au volant de la voiture et lorsqu’enfin,
nous arrivons, l’air iodé de la mer me soulage instantanément. Pour chacun
d’entre eux, c’est la première fois qu’ils viennent dans cette maison. Je leur fais
donc le tour du propriétaire et nous nous acquittons du partage des chambres. Je
prends la même que d’habitude, cette pièce renferme pour moi autant de bons
que de mauvais souvenirs, mais c’est là que je me sens le mieux.
— Oui…
Bien sûr, je lui mens. Je sais très bien qu’il me faudra cesser ma relation avec
eux, car gérer soumission et domination sera quasiment impossible. Mais le
moment n’est pas encore venu de leur dire. Je leur en parlerai après les partiels,
particulièrement pour préserver la concentration de Paul. Je ne veux pas qu’il se
pourrisse la tête avec tout un tas de questions, et qu’il se loupe dans ses études.
— Tu tiens à moi ?
— Bien sûr que je tiens à toi Paul ! je réponds surprise qu’il se pose encore la
question. Et je sais aussi tes sentiments à mon égard… Tu me les as
suffisamment montrés. Mais je t’ai aussi toujours expliqué que tu étais mon ami.
Et rien de plus.
— Pourtant, si tu réclames plus. Sans le faire par des mots, cela se traduit dans
tes actes. Tu ne le fais pas exprès, je m’en doute. Mais dès le début, nous nous
étions mis d’accord, et on ne peut pas dire que nous n’avons pas été honnêtes à
ce sujet.
— Tu as raison…
Il passe son bras autour de mes épaules et me cale contre lui. Il resserre son
étreinte tandis que je m’appuie d’autant plus contre son torse, posant ma tête au
creux de son cou. Je me sens bien avec lui.
C’est dommage que les sentiments de Paul pour moi se soient révélés au cours
de sa domination. Dans des circonstances différentes, lui et moi aurions pu avoir
une relation tout autre. S’il n’avait pas souhaité s’essayer à la domination pour
découvrir mon monde, s’il n’avait pas demandé à ce que je sois sa maîtresse,
j’aurais pu me laisser aller à développer ces mêmes sentiments pour lui. Nous
aurions alors certainement formé un joli couple. Mais rien de tout ça ne s’est
passé comme prévu. J’entretiens un lien profond avec lui, je suis très attachée à
notre amitié, et je souffrirais énormément de le perdre. Il reste une part
importante de moi, et la perspective de la fin de notre relation domina-soumis
m’inquiète. J’ai peur qu’elle sonne pour lui la fin définitive de notre entente, ce
que je suis à même de comprendre. De plus, l’arrivée de Marc dans ma vie va
chambouler nos week-ends.
Le silence se fait de nouveau entre nous, ne laissant place qu’à la berceuse que
les vagues nous chantent.
21
Cette fois, les partiels sont bel et bien finis ! Il reste désormais deux à trois
semaines avant que les résultats ne tombent et que nous sachions enfin si nos
notes suffiront à valider notre première année ou si c’est le rattrapage qui nous
incombera. Je prie pour que ma licence soit validée, mais, en attendant les
résultats, j’ai quelques semaines de répit. Enfin, pas vraiment, durant celles-ci
j’ai beaucoup à faire.
Margot et moi devons nous retrouver pour manger ensemble, j’ai besoin de lui
parler, j’ai besoin de ses conseils avisés. Nous nous retrouvons en extérieur.
— Coucou ! Ça va ?
— Ah ouais, carrément ? Eh bien, je t’ai pas souvent vue comme ça, donc
c’est décidé, tu le rejoins ?
— Et Théo et Paul ?
— Oui, c’est lui qui va être le plus dur à quitter. Théo lui comprendra, mais
Paul…
Margot a visé juste et il est vrai que je crains par-dessus tout la réaction de
Paul. Il n’est pas attaché au BDSM, loin de là, mais bien à moi, comme une
huître à son rocher. Certes, je risque de passer pour une salope l’ayant perverti
avant de le jeter, mais je ne suis pas responsable de ses sentiments, et je l’ai mis
en garde.
Je décide de commencer par Théo, ce sera plus facile. Je l’appelle pour lui
donner rendez-vous et nous convenons de nous rejoindre le vendredi soir même.
Je l’attends de pied ferme, déterminée à lui présenter la chose de façon honnête
et argumentée.
— Non, ni toi ni Paul. Je veux simplement arrêter. Je vais entretenir une autre
relation et je n’aurai pas assez de temps pour faire les deux.
— Dis-moi ?
— Pardon ?
— Un tatouage ? Théo… Enfin, c’est adorable, je suis très flattée, mais dans
dix ans, tu pourrais le regretter.
— Je ne pense pas. S’il vous plaît madame, accordez-moi cela. C’est la seule
demande que je vous fais, je vous veux sur moi.
— J’ai trouvé le salon, je fais mes recherches depuis un moment et c’est très
réfléchi.
Théo me regarde, satisfait et soulagé d’avoir eu mon accord. Il est enfin temps
de commencer la séance. Je vais chercher mes affaires dans la chambre pendant
qu’il m’attend dans le salon. Je reviens avec deux jeux de cordes et le kit
d’électro-stimulation qu’il m’a fait acheter au salon de l’érotisme.
Je lui demande à nouveau s’il est sûr de lui et il m’assure qu’il veut
absolument se souvenir de moi, de notre relation. Le tatoueur me demande de
faire ma signature sur un papier. J’écris alors mes initiales entrelacées tel un
sigle. Et Théo désigne sur sa peau un emplacement : ce sera derrière l’oreille que
je serai affichée. Un endroit discret et sensible. Je reste à ses côtés le temps qu’il
se fasse marquer. Il est ravi du résultat et me remercie d’avoir accepté. Je me
rappellerai à ses bons souvenirs comme en étant la meilleure des dominatrices. Il
a toujours excellé dans la flatterie, mais je dois avouer que ça me fait du bien
d’entendre ces choses.
Je l’embrasse une dernière fois en tant que soumis puis nous nous séparons.
Maintenant, nous nous verrons uniquement en tant qu’amis. Des amis qui
connaissent les secrets les plus sombres et embarrassants de l’autre.
Une semaine plus tard, c’est avec Paul que j’ai rendez-vous. Je l’attends chez
moi, réfléchissant aux mots que je vais employer pour lui annoncer la nouvelle
lorsqu’il sonne à la porte. C’est le moment de vérité.
— Oui, merci.
Je lui pose mes questions tout en nous servant un verre et reviens vers lui. Ma
tentative de commencer par un sujet moins pesant semble fonctionner.
— Je vais bien, et non je ne suis pas stressé, les résultats seront ce qu’ils
seront… Fataliste, mais confiant ! Et toi ?
— Je n’en doute pas. Dis-moi, tu vas tourner autour du pot longtemps avant
de me dire que les séances sont finies ? me lance-t-il de but en blanc.
— Oui, il voulait m’y préparer pour que le coup ne soit pas trop dur.
— Ha d’accord…
— Tu m’expliques ?
— Parce que je n’en ai plus l’envie pour le moment. Puis être soumis, ça
exige beaucoup de temps, toi-même tu le sais, j’aurai encore moins de temps à
vous accorder. Et je ne veux pas que ça se fasse à votre détriment.
— Oui, je suis d’accord, il faut sacrifier beaucoup de temps pour être soumis.
Il prend une gorgée et me regarde en coin. Cette phrase sonne comme une
attaque, me faisant ainsi savoir qu’il a donné de sa personne pour être avec moi,
pour se soumettre. Et j’en suis consciente.
Il me regarde, de la colère dans les yeux, se penche vers l’avant pour poser
son verre sur la table basse et se passe les mains dans les cheveux. Il reste un
moment à fixer le sol, ses mains toujours sur la tête, comme s’il tentait de se
protéger de quelque chose à venir, pendant que je le dévisage en silence.
— On sera toujours ensemble, mais sans les séances. Je suis désolée Paul.
— Non, c’est moi qui le suis… C’est moi qui ai voulu essayer et qui ai voulu
que ce soit avec toi. Je t’ai poussée dans ce sens. Maintenant, c’est fait, tu n’as
rien à te reprocher, au contraire tu m’avais mis en garde.
— Moi aussi Célène. Et tu diras à Marc que s’il te fait du mal, Théo et moi on
n’hésitera pas à s’occuper de lui.
Paul se redresse et m’ouvre les bras pour que je vienne contre lui, ses yeux me
supplient. Je vais donc m’installer contre son torse. Je ris en repensant à ce qu’il
vient de dire, mais au fond je sais qu’ils sont sérieux. Ils n’ont pas seulement été
mes soumis durant cette année, mais aussi mes gardes du corps et mes fidèles
amis. Jamais ils n’auraient laissé quelqu’un me faire du mal. Je repense soudain
au Nouvel An, lorsque je les ai forcés à s’embrasser pour rattraper leurs
conneries, c’était hilarant. Je souris aux souvenirs de ces bons moments. Nous
relâchons notre étreinte, et Paul reprend son verre avant de demander :
— OK ! Mais quoi ?
Nous passons le reste de la journée et de la soirée devant des films et nous
commandons des pizzas. Ce programme me plaît, et je suis finalement soulagée
que les séances soient finies et que cela m’offre plus de moments de complicité
franche avec Paul. Je m’attendais à ce que cette annonce soit plus compliquée, et
bien qu’il soit furtivement passé par la colère et l’incompréhension, il a su mettre
le holà à ses émotions. Pourtant, j’imagine que ça va encore être dur à avaler
pour lui, il va mettre un certain temps à s’en accommoder, mais fera en sorte de
ne pas me le montrer. En fin de compte, heureusement que Théo l’a préparé à cet
affrontement, sinon je ne donnais pas cher de la tournure qu’il aurait prise.
La semaine qui suit, tous les résultats sont enfin en ligne. Je m’apprête à les
consulter avec un peu d’appréhension. Si j’ai raté mes examens, je devrai encore
attendre trois semaines avant de retrouver Marc, et là ça fait déjà un mois et
demi que nous ne nous sommes pas vus. Nous avons beau nous échanger des
textos, ce n’est pas la même chose et j’attends avec impatience de lui faire part
de ma décision.
Je vérifie ma moyenne avec mon téléphone pour être sûre que ma licence soit
validée et elle l’est. Je reste un moment à regarder les résultats à l’écran, je n’en
reviens pas, j’ai réussi ! Soudain, ma gorge se dénoue et un cri de joie
m’échappe alors que je lève les mains en l’air avant de les laisser retomber de
soulagement. Enfin ! Je suis délivrée !
— Tu l’as ?
— Bien sûr !
— Ce soir…
Je marque un temps d’arrêt. Non, je veux être avec Marc, je ne peux pas ce
soir. Merde !
— Oui oui ! Euh non, ce soir je ne peux pas, désolée, je vais aller voir mes
vieux…
— Oui, promis !
— Bon, je te laisse alors. Et félicitations !
* Je travaille.
Merde ! Mes plans tombent à l’eau à cause de deux simples petits mots… Un
peu déçue, je décide alors de réellement rejoindre mes parents et voir ma famille,
je dois reporter mes projets.
L’espoir reprend, mes plans ne sont peut-être pas morts en fin de compte. Je
ne prends même pas la peine de répondre, il saura tôt ou tard ce que j’ai en tête.
Le portail devant chez lui est ouvert, sa voiture est garée sous le préau, il est
visiblement bien là. Mes crampes à l’estomac me reprennent soudain, je
stresse… Et s’il n’a pas le temps de me recevoir et qu’il me rejette ? Aïe ! Je le
prendrais vraiment mal, mais en même temps, s’il est en train de travailler… J’y
vais quand même ? Bon, il faut que je me lance, je verrai bien.
Je me dirige vers la porte avec peine à cause des graviers de son allée et de
mes escarpins. J’arrive sur le perron, souffle une dernière fois pour me donner du
courage et sonne. J’attends un moment avant que Marc m’ouvre en me regardant
d’un air surpris.
— Salut ! Mais qu’est-ce que tu fais là ?
Je souris comme une idiote, essayant de justifier ma présence ici du mieux que
je le peux, alors que j’aurais très bien pu lui annoncer par texto. Il me sourit à
son tour et s’appuie sur le chambranle de la porte d’entrée nonchalamment avant
de me répondre.
— Et ?
Sur le coup, je ne sais pas trop quoi lui dire, j’ouvre la bouche, mais rien n’en
sort.
Il me sourit toujours, attendant que je réagisse, puis décide pour moi. Il tend
son bras, attrape ma main avant de me tirer contre lui. Ses yeux perçants se
plantent dans les miens, c’est comme s’il pouvait lire en moi, deviner tout ce que
je désire. Il penche sa tête dans ma direction et m’embrasse langoureusement. Je
ne me suis pas rendu compte à quel point ce contact m’avait manqué, combien
son odeur est enivrante, j’ai l’impression de prendre une bouffée d’opium et je
ne veux plus repartir. Il chuchote contre mes lèvres :
Puis son visage se perd dans mon cou, il y dépose un baiser avant d’ajouter à
mon oreille :
Ces simples mots ont l’effet d’un électrochoc. Un frisson me parcourt tout le
corps avec force. Je voulais qu’il soit fier de moi, lui faire honneur, et par-dessus
tout, être à ses côtés… Pour ça, il n’y a qu’une seule solution : accepter de lui
appartenir. Je place mes bras autour de son cou, respire son parfum une dernière
fois et tous mes doutes disparaissent comme une traînée de poussière au vent.
— Je suis prête…
— Je le sais, ton corps te trahit.
Il relève son visage, quittant mon cou et m’embrasse à nouveau. Cette fois, de
manière bien plus pressante que le premier baiser. Une main vient appuyer sur
ma nuque alors que son autre bras me presse plus fort contre lui. Sa langue
caresse mes lèvres avant de les franchir, je vibre de le sentir contre moi, nos
corps souhaitent s’unir depuis un moment. Nos respirations se font plus courtes,
plus impatientes et notre échange de plus en plus enflammé, nos langues se
mélangent avec fureur.
— Tu es parfaite.
— Ça te plaît ?
— Énormément.
Chaque effleurement sur mes hanches se traduit par une contraction de tout
mon corps, provoquant des soubresauts qu’il semble beaucoup apprécier. D’une
main, il retire ma culotte qu’il laisse glisser sur le sol et il salue ma vénus de la
plus tendre et intense façon qui soit, ne manquant pas de l’embrasser avant de
venir titiller mon clitoris de sa langue si chaude et humide. Je crois mourir
lorsqu’il ajoute à sa manœuvre quelques doigts qui accentuent chaque sensation.
Je n’aurais jamais cru qu’il était possible d’atteindre une félicité d’une manière
si intense que l’on se croirait brûler de l’intérieur. Je ne peux m’empêcher
d’empoigner ses cheveux alors que je fais onduler mon bassin contre sa bouche.
Marc attrape mes jambes et les soulève afin qu’elles soient posées sur le bord du
lit, un cri m’échappe lorsque ses coups de langue se font plus insistants, et mes
sensations se décuplent. Il gronde de bonheur quand, impuissante, je ne peux
contenir plus longtemps ma jouissance. Mon corps se contracte, mes jambes se
crispent et mon dos se cambre alors que tout doucement, il cesse de me titiller. Il
attend un instant avant de se délecter de mon nectar et de remonter sur moi,
m’imposant alors de m’allonger entièrement cette fois-ci.
Il lâche ma bouche et gémit, son front contre le mien, avant de jouer avec le
lobe de mon oreille qu’il mordille. Je me dandine et il donne de son côté des
coups de hanches de manière à ce que sa queue se frotte plus encore contre mes
lèvres brûlantes, humides et gonflées. Son gland bute contre mon clitoris et
provoque en moi des convulsions aussi douloureuses qu’exquises. Il ne tarde pas
à attraper dans le tiroir de la table de chevet un préservatif qu’il enfile avec hâte.
Sans doute n’en peut-il plus, et je crois qu’il est dans le même état de transe que
moi. Lorsque son regard se pose de nouveau sur moi, je n’ai plus de doute. Il se
place au mieux entre mes cuisses, ses bras tendus autour de mon visage et nos
yeux sont aimantés.
— Aide-moi.
Ses mots sortent comme une supplication de ses lèvres. Je relève les cuisses et
d’une main, j’attrape son sexe qui tressaute, ce simple contact suffit à le faire
soupirer de plaisir. Je le guide vers moi et le place à l’entrée de mon antre. Je
pose mes mains sur sa taille, l’invitant à poursuivre. Doucement, il me pénètre. Il
ferme les yeux à ce contact et grogne alors que je le regarde, gémissant de
bonheur à le sentir s’insinuer en moi. Il continue de s’enfoncer avec une telle
lenteur que j’ai l’impression que son membre est extrêmement long. Il rouvre les
paupières, me regarde avec tendresse et avec convoitise au point que j’en ai mal
au ventre d’excitation et de joie mêlées. Je lui appartiens enfin.
— Marc…
— … Mar…
— Célène… Enfin…
La pointe dans mon ventre cède sur ce dernier coup de reins et une explosion
éclate dans tout mon corps, suivi d’une douce chaleur. Je jouis, ne retenant plus
mes cris tandis que Marc amplifie mes sensations en se libérant aussi. Je relâche
mes jambes qui l’enserrent toujours et il grogne. Il se retire et reste allongé
reprenant son souffle, son torse humide de sueur se soulevant au gré de sa
respiration difficile.
— Oui…
Je souris à ses paroles, elles sonnent à mes oreilles comme une douce mélodie.
Je lui demande de quoi il veut parler.
— Tu as un goût sucré, un goût d’extase. Et ta chatte, mon Dieu qu’elle est
serrée ! Je sens si bien chacune de tes contractions, de tes frissons…
Il se lève pour retirer le préservatif sur son pénis. Je l’observe et je n’ai pas
rêvé : son sexe est vraiment long, et assez épais. L’apparition d’un nerf plus
renflé me titille, il deviendra sûrement mon terrain de jeu plus tard. Il s’étend à
mes côtés et nous fait passer sous le drap. Nous restons un moment à nous
regarder sans rien faire, puis il se rapproche de moi et me serre plus fort contre
lui.
Assise à califourchon sur lui, cette fois c’est moi qui donne le rythme à nos
ébats tandis qu’il joue de mes seins. Jamais plus je ne veux quitter cette
sensation de plénitude et d’appartenance, j’ai l’impression de revivre. À cet
instant, je suis persuadée qu’il ne me trahira jamais, que tout se passera bien,
qu’il prendra soin de moi. Il me porte sur lui et m’impose à son tour une cadence
plus soutenue selon son désir.
Puis doucement, il me soulève pour ôter son pénis de mon sexe, et je sens
qu’il veut tester autre chose. Il m’allonge sur le ventre, s’assurant que je sois en
accord avec lui. Sa bouche parcourt mon dos avec tendresse et descend sur mes
hanches, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que c’est ici qu’il faut
viser pour réveiller en moi une sensation d’envie voluptueuse. Il ne se fait pas
prier pour me lécher, m’embrasser, me mordiller avant de me pénétrer à
nouveau. Il ne cesse de goûter à ma peau avec une douceur et une tendresse que
je n’aurais osé imaginer, tandis que nos ébats sont plus sauvages, incontrôlés et
fiévreux.
Je ne veux sortir de ce lit sous aucun prétexte, pourtant il le faut bien. Mais
seulement pour atteindre la salle de bain et pour manger. Nous passons le reste
de notre temps à assouvir nos envies que nous avons trop longtemps refréné,
jusqu’à ce que la fatigue nous gagne. Allongés face à face, entrelacés, nous
discutons.
— Oui, monsieur.
Je me tends à l’évocation de celle-ci, il faudrait que j’en parle, mais là, je n’en
ai pas envie… Pas maintenant que nous venons tout juste de commencer.
J’hésite et balbutie quelque chose d’incompréhensible, même pour moi et il
m’arrête posant son index sur ma bouche.
— Chut… Détends-toi, tout va bien, tu n’as rien à craindre avec moi. On verra
ça plus tard.
Il est loin de faire ses 38 ans. Tout chez lui semble plus jeune, son
comportement, son caractère, ses paroles. Est-il vraiment raisonnable dans la vie
ou est-ce qu’il est ainsi seulement avec moi ? Je touche ses cheveux, j’ai envie
de les caresser, de sentir leur odeur, de les faire glisser entre mes doigts. Il se met
à souffler plus fort et ouvre doucement les yeux. Lorsqu’il m’aperçoit, il sourit et
me presse contre lui, posant sa tête contre ma poitrine.
— Comment ?
— Hélène ?
— Et ?
— Hélène est un des surnoms de l’héroïne. Et il semblerait que tu en as déjà
tous les effets sur moi.
— Une longue, très longue route nous attend. Toi et moi allons vivre la
passion à l’état pur, une passion si dévorante qu’elle nous fera mal et nous
déchirera. Mais surtout, surtout Hélène, ne tombe pas amoureuse de moi.
Jamais !
— Je connais déjà les règles, tous les sentiments sont permis sauf un :
l’amour.
Alors que je lui parle, il se place au-dessus de moi, et s’insinue entre mes
cuisses. Sa main glisse et enserre mon cou. Je lève mon menton pour lui donner
plus de place.
À suivre…
{1}
Times Up est un jeu de société créé en 1999, consistant en plusieurs manches afin de faire deviner le
nom de personnalités notamment.
{2}
Une relation DS, est un rapport de Domination-Soumission sans pratique SM (sadomasochiste).