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SM1

Le document présente une fiction centrée sur Célia Hédoné, une jeune femme qui se lance dans l'écriture d'un roman tout en naviguant dans ses relations personnelles, notamment avec Paul, un ami protecteur, et Théo, un ami en détresse. L'histoire explore des thèmes tels que l'amour, l'amitié et les défis émotionnels, illustrés par une scène où Célia et Paul tentent d'aider Théo après qu'il ait subi des blessures graves. Le texte souligne l'importance des relations humaines et les luttes internes des personnages.

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Ce livre est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des comportements de personnes ou
des lieux réels serait utilisée de façon fictive. Les autres noms, personnages, lieux et événements sont issus
de l’imagination de l’auteur, et toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé serait
totalement fortuite.

ÉDITION : Le Code français de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à
une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque
procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite
(alinéa 1er de l’article L. 122-4) et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 425 et suivant
du Code pénal. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelques citations
que ce soit, sous n’importe quelle forme.

© 2018, Lips & Roll Éditions

Première édition : janvier 2018

ISBN :978-2-37764-168-0

Sous la direction de Shirley Veret

Correction et mise en page : Amandine B. et Amélie F.

Conception graphique de la couverture : Constance M.


Illustration de couverture et intérieur : © sakkmesterke
lipsandcoboutique

Lips&Roll

Lips&Roll

@Lipsandroll

Lips&co.

Lips&Roll Editions
Table des matières
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2 31

3 43

4 64

5 93

6 121

7 133

8 153

9 170

10 183

11 192

12 206

13 228

14 239

15 266

16 273

17 287
18 302

19 312

20 322

21 337

22 355

23 368
Biographie de l’auteur

C’est lors d’un soir d’été que le père de Célia Hédoné l’interroge sur le fait
qu’elle ne compose plus. Elle se lance alors le défi d’écrire un roman complet
sans jamais lâcher, malgré les obstacles. Elle passe les jours qui suivent dans sa
chambre à rédiger des pages et des pages pour enfin atteindre son but. Mettre sur
papier chacune de ses idées, chacun de ses rêves étranges, ou scènes fantasques
lui permet de s’évader, mais aussi de faire vivre des personnages tout droit sortis
de son imagination.

Ses inspirations sont multiples ; des situations quotidiennes, son entourage, la


musique qui ne la quitte jamais, ou encore ses études en psychologie. Grande
passionnée des relations humaines, familiales ou de couple, Célia s’inspire de
l’amour pour écrire des histoires libératrices et merveilleuses.
Une femme qui a un amant est un ange,
une femme qui a deux amants est un monstre,
une femme qui a trois amants est une femme.

Tas de pierres, Victor Hugo


1
Je relis une dernière fois mes fiches pendant que Paul, à côté de moi, range les
cours de la journée. Nous finissons tout juste de partager nos notes et nous
apprêtons à faire une pause devant la télé, histoire de décompresser de cet après-
midi chargé.

— Eh bien, je crois qu’on a fait le tour. On va pouvoir souffler un peu


maintenant.

— Ouais, au moins, on aura un week-end tranquille.

Je le regarde se démener à faire rentrer ses affaires dans son sac. Je repense à
notre rencontre un mois plus tôt sur les bancs de l’université de Toulouse.

Ce grand blond aux yeux bleus qui s’était assis à côté de moi et qui m’avait
intimidée. C’est vrai, je ne suis pas quelqu’un d’hyper sociable, je n’ai pas pour
habitude d’aller vers les gens. Il me faut un temps d’adaptation avant de laisser
quelqu’un entrer dans ma vie. Par contre, lui, pour une raison que j’ignore, a tout
de suite su me mettre à l’aise. Il faut dire qu’il est difficile de lui résister ! Avec
son air de mannequin de magazine, son style soigné et sa classe naturelle. Sans
compter sa sensibilité et sa gentillesse. Il est le mec le plus avenant et le plus
respectueux que je connaisse. À l’écoute et très protecteur, il est un ami de
confiance sur lequel je peux compter. Dès lors qu’il a ouvert la bouche pour me
parler, j’ai su que lui et moi serions bons amis et ça n’a pas manqué ! Il est certes
un peu plus vieux que moi de quelques années, mais nous nous entendons bien.
Et puis, en plus de toutes ces qualités, il a un côté distingué qui charmerait
n’importe qui. Beau gosse et bon parti, que demande le peuple ?

— T’as quelque chose de prévu ?

— J’ai des week-ends chargés en ce moment…

— Et je peux savoir ce que tu fais ?


Je lui adresse un sourire, sans répondre à sa question. Je rassemble mes
affaires et les pose sur mon bureau déjà encombré de livres et de cahiers. Je
branche mon téléphone sur mon enceinte et laisse ma playlist défiler en fond
sonore avant de me diriger vers la cuisine.

Je n’ai pas un très grand appartement, mais il me suffit amplement. Ce n’est


qu’un T2 comprenant une chambre avec une salle de bain attenante, une cuisine
ouverte sur un petit salon et un simple corridor en guise d’entrée. J’ai eu de la
chance de trouver un logement à un loyer raisonnable, et je m’en sors bien avec
les aides sociales, les bourses, et mes parents qui m’aident si j’en ai besoin.

J’ouvre mon mini frigo de célibataire et lance par-dessus mon épaule :

— Tu veux boire quelque chose ?

— Hum… Je ne sais pas trop… Qu’est-ce que tu me proposes ?

— J’ai du soda, des jus de fruits et du sirop. Ou bien, si tu veux, y a des


bouteilles dans le buffet du salon.

En pinçant ses lèvres charnues et en passant une main dans ses cheveux
courts, il se lève et se dirige vers le meuble en bois. Je le regarde discrètement se
déplacer dans la pièce, en faisant mine de passer un coup d’éponge sur le plan de
travail. Paul est super bien gaulé ! Ce mec attire tous les regards, auxquels il ne
porte aucun intérêt. Son bronzage d’été fait ressortir ses traits et la couleur claire
de ses cheveux. Son t-shirt cintré laisse apparaître sa carrure. Il n’est pas très
musclé, mais a exactement ce qu’il faut là où il faut.

Lorsqu’il se penche vers l’avant, pour jeter un œil dans le meuble, son jean
m’offre un spectacle tout bonnement délicieux ! Je me mords la lèvre inférieure,
me délectant de cette vision incroyable.

— Ça te dit un peu de Malibu ?

— Hum hum… Oui, si tu veux.

Il se relève et je retourne à mon nettoyage, l’air de rien, prenant soin de ranger


la vaisselle qui est encore sur l’égouttoir. Je bâille discrètement en me cachant
derrière une des assiettes, afin que Paul ne remarque pas mon état de fatigue.
— Peut-être que tu préférerais que je te laisse te reposer ? Nous avons
beaucoup travaillé.

— Non, c’est bon, t’inquiète ! J’aime bien passer du temps avec toi, ça me fait
plaisir.

Il avance vers moi, la bouteille de Malibu à la main, un large sourire aux


lèvres, et prend au passage deux verres dans le placard au-dessus de ma tête tout
en m’adressant un petit regard en coin. Nos visages se reflètent sur la porte
laquée du placard et je nous scrute.

Je fais pâle figure à côté de lui. Je suis une belle fille, d’après ce qu’on me dit,
juste un peu petite à mon goût. Pas spécialement bien foutue d’après moi, ni très
musclée. Je me trouve banale, mais j’ai au moins pour moi des yeux verts qui en
font fondre plus d’un. Et puis, mes cheveux sont également un atout. Qui peut, à
l’heure actuelle, se vanter d’avoir des cheveux blonds naturels ?

— Avec moi ? C’est une manière de dire que t’as envie de mater mon cul plus
longtemps ?

Je le regarde, gênée. À cet instant, je suis certaine que je rougis. Il a,


apparemment, remarqué que je l’observe régulièrement et s’en amuse. Je décide
de feindre l’innocence.

— Quoi ? Faut pas rêver, mon gars !

Je reporte mon attention sur le torchon que je dépose sur la poignée du four
pour le sécher, évitant ainsi sa mine goguenarde.

— Tu veux me faire croire que tu n’as même pas regardé alors que je me suis
penché exprès ?

— Paul ! Arrête un peu tes bêtises, tu veux ?

Il me fixe, fier de lui, et pose la bouteille sur le comptoir. Je remplis les verres
qu’il a sortis et prends le jus d’orange pour diluer l’alcool lorsque quelqu’un
sonne à la porte.

— Tu peux ouvrir, s’il te plaît ?


— Bien sûr. Je dis quoi si ce sont tes parents ? Que je suis le sex-friend de leur
fille ?

Il ricane et je lui lance le regard le plus sévère que j’ai en réserve, ce qui
achève de le faire éclater de rire alors qu’il se dirige vers l’entrée de
l’appartement.

Décidément, il est déchaîné ce soir. Je prépare nos verres, un grand sourire


aux lèvres, attentive à ce qui se dit à la porte. J’entends à peine Paul parler et la
voix qui s’élève est trop faible pour que je puisse la reconnaître.

Je ne bouge pas, laissant mon invité se débrouiller. La voix se fait soudain


plus forte.

— J’ai besoin de voir Célène, laissez-moi entrer !

Un bruit sourd retentit, je me retourne et m’apprête à aller voir.

Que se passe-t-il ?

Je fais un pas vers l’entrée, lorsque j’entends Paul proposer son aide à
l’étranger. Il y a une pointe d’inquiétude dans sa voix, mais pourquoi ?

Alors que j’avance vers la porte, mon invité rejoint la cuisine, un homme
visiblement évanoui sous le bras. Il semble mal en point, et je ne le reconnais
que lorsqu’il revient à lui et lève les yeux vers moi.

— Théo ! Bon sang, mais que t’est-il arrivé ?

Je me précipite vers eux pour aider Paul à installer mon ami sur le canapé.

— Il est vraiment dans un sale état…

Devant le visage de Théo qui retombe inerte, je m’inquiète de l’ampleur du


problème que cela cache et me demande si je ne dois pas renvoyer mon
camarade de classe chez lui. J’ignore ce qu’il a fichu, mais il n’est pas beau à
voir, et je ne suis pas sûre que Paul apprécie la situation. Je m’adresse finalement
au blessé, prenant son visage entre mes mains, et lui demande :
— Regarde-moi, reste avec moi, s’il te plaît. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Il tente de me répondre, mais les quelques mots qui lui échappent sont
incompréhensibles. Je l’inspecte d’un peu plus près, scrutant son visage : pas de
plaie visible, bon, c’est déjà ça… Mais lorsque je pousse mon examen plus
profondément et que je pose ma main sur son torse, un râle de douleur lui
échappe.

J’envisage de lui retirer son t-shirt, mais à la moiteur exagérée de celui-ci, je


me dis que quelque chose cloche et qu’il vaut mieux l’amener dans la salle de
bain. Je prends les ciseaux dans le tiroir du buffet du salon et me retourne vers
Paul. J’aurais préféré lui épargner ça, mais pour porter ce colosse, je vais avoir
besoin de lui. Il m’aide sans dire un mot et nous faisons asseoir Théo sur un
tabouret adossé au mur pour éviter qu’il ne s’effondre.

Doucement, j’entreprends de découper le tissu de son haut qui lui colle à la


peau – sans doute à cause du sang et de la transpiration. Une grimace déforme sa
bouche tandis qu’il serre les dents ; au moins, il est revenu parmi nous.

Le torse et les épaules de mon ami sont marqués de griffures et de brûlures.


Ses côtes arborent une teinte violacée. Puis, je réalise que du sang tache
progressivement le carrelage. Je jette de suite un œil à son dos : les dégâts y sont
bien plus importants. De larges entailles strient sa chair. Elles lui laisseront sans
doute de grosses cicatrices.

Bouleversée, je me retourne vers Paul. Il est temps de lui demander de partir,


mais à peine émets-je cette idée qu’il refuse tout net. Tant pis, il va être
confronté à ce que je voulais lui éviter… Je dois cependant reconnaître que je
risque d’avoir besoin de lui et de ses compétences en médecine. Oh, je ne l’avais
pas encore dit ? Paul a fait trois années d’études d’infirmier avant de se
réorienter en psychologie. Même s’il a laissé tomber son cursus, il est
certainement plus apte que moi à soigner ces blessures !

Je me concentre sur mon ami quasi inconscient toujours perché sur son
tabouret. Il lutte pour respirer, sa poitrine se soulevant à une cadence saccadée. Il
semble souffrir et ce spectacle me fait de la peine. Il est loin de mériter un tel
supplice, loin d’avoir à subir toutes ces choses, et pourtant nombreuses sont
celles qu’il s’inflige. Je me doute de ce qui lui est arrivé aujourd’hui, et je sais
pourquoi il fait ça, je connais les démons qui le rongent. Mais c’est bien la
première fois qu’il se montre aussi faible et vulnérable devant moi, lui qui est
toujours si fier, qui se veut fort et sans faille, même lorsqu’il est à deux doigts de
s’effondrer.

Je me dirige vers la douche et ouvre le robinet pour régler la température de


l’eau : ni trop chaude ni trop froide, pour ne pas agresser son corps meurtri. La
personne qui lui a fait ça n’y a pas été de main morte ; Théo est bien plus
esquinté qu’il ne l’avait jamais été jusqu’alors.

— Tu as une idée de qui a pu lui faire une chose pareille ?

— Pas vraiment, mais crois-moi, si je le découvre, elle aura de sérieux


problèmes !

— On devrait peut-être appeler la police ? Il devrait porter plainte.

— Il ne le fera pas, la police ne pourra rien y faire. Aide-moi à le mettre dans


la douche.

Paul maintient Théo comme il le peut, et je retire les vêtements qu’il lui reste,
découvrant alors qu’il a également des traces sur les cuisses et les fesses. Il faut
être inconscient pour laisser un homme dans cet état. Je suis choquée,
complètement bouleversée par ce qu’on a osé lui faire. J’ouvre la porte de la
cabine de douche et Paul y assoit le blessé à même le sol. Je m’empresse de me
mettre en sous-vêtements et de le rejoindre pour l’aider.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je vais le laver et nettoyer ses plaies, il en sera incapable seul.

— Oh, d’accord, je vois…

— S’il te plaît, attrape deux serviettes propres dans la commode de ma


chambre.

J’entre dans la douche, soulève difficilement le torse de Théo pour m’asseoir


derrière lui et le prends dans mes bras. Son dos dégouline de sang, le receveur de
la douche en est maculé. J’attrape le pommeau et entreprends de nettoyer
doucement ses chairs meurtries, mais les plaies se regorgent immédiatement de
sang, m’empêchant de jauger leur profondeur. Il ne bouge pas. De temps en
temps, un râle de douleur me parvient et son corps se tend sous mes mains.

Ses yeux sombres papillonnent ; il peine à rester conscient. Plus je nettoie son
corps, plus je me rends compte de l’état dans lequel il se trouve. Lui qui passe
des heures à la salle pour entretenir sa musculature a l’air bien misérable à cet
instant.

Un soupir m’échappe tandis que l’idée que quelqu’un ait pu blesser un homme
aussi gentil que lui avec tant de hargne traverse mon esprit. Je lâche quelques
larmes pour mon ami, inconscient dans mes bras. Au même moment, Paul arrive
avec les serviettes.

— Est-ce que ça va aller ?

— Oui… Merci d’être resté.

Paul entre dans la douche pour m’aider à soulever le blessé. Je me lève à mon
tour et me place à nouveau derrière lui le reprenant contre moi en plaçant une
serviette contre mon buste pour l’y enrouler et le sécher. Paul m’enveloppe lui-
même dans l’autre pour éviter que je ne lâche Théo. Nous l’emmenons ainsi
dans ma chambre où je retire rapidement les draps et les remplace par une nappe
en plastique recouverte d’un vieux linge afin de ne pas salir le matelas. Mon
infirmier de service prend la relève, effectuant avec minutie les soins et
pansements nécessaires. Nous positionnons le brun au mieux, afin qu’il ne se
blesse pas trop dans son demi-sommeil, et nous apprêtons à sortir de la pièce
lorsqu’il attrape ma main et murmure :

— Reste avec moi…

Paul s’éclipse dans le salon et je reste avec mon ami jusqu’à ce qu’il
s’endorme. Il ne lui faut pas cinq minutes avant que ses paupières ne se ferment.
De retour dans le salon, je sais que je ne pourrai pas échapper aux questions de
mon invité.

— Ça va ? me demande-t-il inquiet.

— Oui, il s’est endormi.


— Il va s’en remettre. Mais il aura des cicatrices.

— Oui, je sais…

— Est-ce que tu sais ce qui lui est arrivé ? Dans quelle condition il a pu être
blessé ainsi ?

— Je suis désolée que tu aies dû assister à ça.

J’essaie d’éluder ses questions.

— C’est une histoire de drogue ou je ne sais quel trafic dans le genre ?

Je le regarde, les yeux écarquillés, surprise de ce qu’il vient de me sortir,


surprise qu’il ait pu penser que je me droguais, ou que je sois, ne serait-ce qu’un
peu, concernée par un trafic de drogue.

— Mon Dieu, non !

— Alors quoi ?

— Comment t’expliquer ça… En fait, Théo a des pratiques un peu


particulières.

— Comme un sport extrême ?

— Oui, si tu veux, c’est à peu près ça.

— Mais quel genre de sport pourrait le blesser comme ça ?

Je m’éclipse pour aller chercher les serviettes tachées dans la salle de bains et
les mettre dans la machine. J’ai besoin d’un instant de répit afin de trouver les
mots justes pour lui répondre. Je ne suis pas sûre de ce que je peux lui dire, et
surtout, de comment il va prendre les choses. Il me suit et m’observe ramasser
les linges. Je sens qu’il n’en démordra pas, il veut savoir, et c’est tout à fait
normal.

— Alors, quel sport ?

Je cogite alors quelques secondes avant de déclarer :


— Un genre de… « sport de chambre »…

— Non ! Tu ne vas pas me dire que c’est en baisant qu’il s’est fait ça ? Elle
devait avoir des griffes bien acérées !

J’hésite. Comment satisfaire sa curiosité sans compromettre l’intégrité de


Théo, et la mienne par la même occasion ?

— Je ne pense pas qu’il ait couché avec elle. Je pense que c’était une sorte de
jeu, qui est allé un peu trop loin.

J’essaie de rester vague. Expliquer ce qu’il en est maintenant me semble


difficile. Mais je me dois pourtant d’être honnête avec lui. Après tout, il vient de
soigner mon ami de bonne grâce.

— Un jeu ? Pu… Célène, je comprends plus rien !

Il commence à s’énerver, l’ambiguïté de mes propos le met mal à l’aise et il ne


sait, de toute évidence, pas quoi me dire.

— C’est une domina qui lui a fait ça ! je crie presque, non pas parce qu’il
m’agace, mais tout simplement parce que je n’ai aucune idée de comment lui
dire ce genre de chose en douceur.

— Une domina… C’est quoi une domina ?

— C’est une dominatrice. Une femme qui soumet un homme, ou une autre
femme. C’est un genre de pratique sexuelle.

— Donc, c’est bien sexuel ! Mais même si la fille est plutôt dominatrice, elle
n’y est pas allée de main morte. Comment est-ce possible ?

Je comprends les interrogations de Paul. À une époque, j’avais eu les mêmes.


Pour moi, la domination dans un couple était basée sur un rapport de force. Mais
j’ai découvert par la suite que c’était bien plus que ça. Le seul problème, c’est
que je ne sais rien de ses relations passées, je ne connais rien de sa sexualité, et
pire que tout, je ne sais pas du tout s’il est plutôt coincé et conventionnel, ou
ouvert à la discussion. J’angoisse de sa réaction, je m’inquiète de la vision qu’il
aura de moi une fois que je lui aurai révélé ce que je sais. Mais puisque j’ai le
sentiment de ne pas avoir le choix, je vais tenter d’y aller en douceur, histoire de
minimiser la casse.

— Il pratique le BDSM, le sadomasochisme si tu préfères. Il aime avoir mal et


être soumis à une femme. Voilà pourquoi je pense que c’est une domina qui lui a
fait ça.

— Du BDSM… Le nouveau truc à la mode ?

J’explose de rire face à son air sarcastique. C’est pas correct, mais il me met
tellement la pression que je craque. Il semble tendu et à l’intonation de sa voix,
on dirait qu’il trouve ça véritablement débile. Mais pour ce qu’il doit connaître
du BDSM, je ne m’en offense pas…

— D’accord… Donc c’est une dominatrice qui lui a fait ça. Mais comment tu
connais ce genre de pratiques ?

— Théo m’en a souvent parlé, je le comprends.

— Ha oui…

Sa voix reste égale, cependant, il semble hésiter. De plus, ses questions


prouvent bien que sa curiosité le taraude. Il reprend :

— Mais pourquoi venir te voir toi ? Sa dominante n’aurait pas pu le soigner ?

— Il est venu me voir parce qu’il a confiance en moi.

Je dois reconnaître que mes réponses manquent de clarté, et je sens que tout
cela frustre Paul bien plus qu’il ne voudrait l’admettre. L’interrogatoire continue.

— Et il est qui par rapport à toi ? Je ne vois pas quel est le lien entre toi et ses
pratiques sexuelles…

Voilà la question que j’attendais. Et d’ailleurs, il est normal qu’il la pose.


Après tout, Théo aurait pu aller voir un médecin, ou n’importe qui d’autre, à la
place de ça, il est venu ici. Comment lui expliquer notre relation ? Je préférerais
éviter de mettre les deux pieds dans le plat, il en sait déjà trop sur tout ça. Mais
j’ai le sentiment qu’il a besoin de savoir, que cette question touche à quelque
chose d’autre que de la simple curiosité.

— Théo et moi, on est… des amis intimes, si on peut dire.

— Vous sortez ensemble ? demande-t-il, visiblement surpris.

— Non !

— Vous couchez ensemble alors ?

— Non, enfin… Ce n’est pas vraiment ça. Disons que nous pratiquons
ensemble.

Pourquoi ça sonnait mieux dans ma tête ?

— Vous pratiquez quoi ?

La question s’étire dans sa bouche, et je le vois déjà froncer les sourcils.

— Paul, s’il te plaît, fais un effort. Théo et moi, on pratique les mêmes choses
ensemble.

— Tu peux être plus précise ?

Il va me forcer à le dire.

— En fait je fais aussi du BDSM. Je suis une dominatrice. Théo est mon
soumis.

Il ne répond plus et je redoute de l’avoir choqué ; est-ce qu’il va me craindre


maintenant ? Croit-il que je suis capable de faire du mal à une personne comme
la dominatrice l’a fait avec Théo ?

— Paul, s’il te plaît, dis-moi quelque chose…

— Je crois que je ne te connais pas autant que je le pensais en fin de compte.

Cette remarque me fait l’effet d’une claque. Mais il n’a pas tort, nous ne nous
connaissons pas depuis très longtemps. Je me suis cependant déjà attachée à lui.
C’est un homme si présent que j’oublie facilement que nous ne nous côtoyons
que depuis un petit mois. C’est vrai que nous passons toutes nos journées
ensemble. Nos emplois du temps étant quasi identiques, nous avons commencé
par nous voir durant les cours magistraux avant de décider de bosser nos leçons
ensemble. Tout naturellement, notre relation s’est créée. Cependant, il ne voit de
moi que ce que je veux bien montrer. Aussi ne connaît-il que la face émergée de
l’iceberg. Il est temps que je lui parle un peu plus de moi et de ma vie privée.

— Écoute Paul, je sais que tu ne me connais pas bien, et tu dois te dire après
mes révélations qu’il te tarde de partir d’ici. Mais je voudrais te préciser que
Théo va voir d’autres dominas quand il n’est pas avec moi. On devait se voir
samedi et dimanche normalement. Voilà ce que je fais de mes week-ends.
Visiblement, il est allé voir quelqu’un d’autre aujourd’hui, avec qui ça s’est mal
passé. J’attends qu’il se réveille pour avoir des explications. Si tu souhaites
partir, je comprendrai.

Paul hoche la tête. Il semble digérer les informations que je viens de lui
donner. Au final, il reste avec moi, ne voulant pas nous laisser seuls au cas où
j’aurais encore besoin de lui.

Nous commandons une pizza pour le repas et mangeons en silence, chacun


d’un côté du canapé, les yeux rivés sur la télé.

Je réserve une part de notre « quatre fromages » pour Théo qui dort encore.

Tandis que le silence dans lequel nous sommes plongés devient inconfortable,
j’entends la voix de mon ami m’appeler de la chambre. J’accours aussi vite que
possible. Il a repris quelques couleurs, mais ses bandages imbibés prouvent qu’il
saigne encore. Paul, qui m’a suivie, reste en retrait à la porte, mais observe la
scène en silence pour s’assurer que tout va bien.

— Comment tu te sens ?

— Bien mieux maintenant.

Je fronce les sourcils, inquiète, et pose la main sur son front ; il a un peu de
fièvre. Il me regarde en souriant, les paupières encore lourdes de fatigue.

— Ne fais pas ta mère poule…


— Tu m’as fait peur. Tu dois me prévenir quand tu vas voir les autres, tu le
sais pourtant !

— Je suis désolé, mais ne commence pas à m’engueuler.

— Tu es en trop mauvais état pour ça ? je réponds avec une pointe de


sarcasme dans la voix.

— C’est ton petit ami ? Il est mignon, dit-il en jetant un rapide coup d’œil à
Paul. Approche, je ne vais pas te mordre, mec !

Le beau blond s’avance dans la chambre et se place de l’autre côté du lit, tout
en gardant ses distances. Il ne dit pas un mot. Théo lui tend la main qu’il finit par
prendre, non sans une seconde d’hésitation, et le salue en une poignée assez
mollassonne.

— Moi c’est Théo, un peu limite pour des présentations, désolé.

— Paul.

— J’ai gâché votre soirée, je te l’ai un peu volée. Alors, tu es son mec ou son
soumis ?

— Raconte-nous plutôt ce qui t’est arrivé, dis-je avant que mon camarade de
classe ne puisse répondre.

Mon brun blessé tourne la tête vers moi et son regard trahit sa détresse.

— Une domina m’a contacté sur mon compte Facebook de soumis, et elle m’a
proposé un rendez-vous pour aujourd’hui.

— Et toi, tu y es allé sans poser plus de questions ? Vous aviez discuté des
pratiques que vous alliez faire ? Tu étais préparé à ce qui allait se passer ?

— Oui, je sais : j’ai pas suivi tes conseils. Tu me connais… Tête baissée !

— J’espère surtout que cette fois, tu vas retenir la leçon !

Je passe ma main dans sa tignasse brune, en signe de pardon, et pour marquer


l’affection que j’ai pour lui. Je me doute que mon geste ne passe pas inaperçu
auprès de Paul et je m’empresse de rajouter :

— Tu as faim ?

— Un peu, j’ai rien mangé depuis ce matin.

— Je t’ai gardé un bout de pizza, tu peux te lever ?

— Mais oui, ça va aller, je ne suis pas en sucre.

Théo se met debout tant bien que mal et je pars dans la cuisine réchauffer sa
part pendant que notre infirmier l’aide à s’installer sur le canapé.

Il mange avec appétit, visiblement affamé. Remplir son estomac lui rend
quelques couleurs, mais je ne suis pas rassurée pour autant.

Paul vérifie ses pansements : les plaies ne saignent plus. Ça ira pour cette nuit,
mais demain, je changerai ses bandages. Je reste attentive aux indications
fournies par mon ami afin que le rétablissement de Théo se passe dans les
meilleures conditions possibles.

— Tu vas rester ici tout le week-end, je veux garder un œil sur toi.

— Oui maîtresse. Tout ce que je désire, c’est rester à vos côtés.

À ces mots, Paul tire une drôle de tête ; j’y lis un mélange de tristesse et de
dégoût. Malgré moi, je me sens vexée et m’empresse de rajouter :

— Non, pas de « maîtresse » ce week-end, tu as assez souffert pour le


moment.

— C’est sûr que si je vivais ça, je n’y retournerais sûrement pas…, marmonne
Paul.

— Ha ça, je ne retournerai pas avec l’autre ! Par contre, sans toi, ça va être
long…

Il pose lourdement sa main sur moi pour appuyer ses propos alors que je suis
assise sur l’accoudoir à ses côtés. Le regard de Paul se pose sur ma cuisse et je
ressens soudain comme une gêne. Comme si ce geste n’avait pas lieu d’être en
public. Je le repousse délicatement, ne pouvant accepter ce genre de
comportement face à Paul pour le moment. Il a beaucoup de choses à encaisser,
et je ne sais pas encore quelle sera l’issue de notre relation après cette soirée.
Même si j’imagine qu’il ne voudra plus entendre parler de moi, que je serai
persona non grata à ses yeux. Je ne sais pas vraiment comment calmer le jeu,
mais ce qui est sûr, c’est que je veux rassurer mon ami sur mon humanité. Je ne
suis pas violente, je ne veux blesser personne.

— Tu vas devoir ralentir. Mais je te verrais quand même pour vérifier ta


guérison.

— Chouette, j’aurai droit à une sucette aussi si je suis sage ? dit-il fier de sa
bêtise.

Je le regarde d’un air complice en répondant :

— Au moins, ça prouve que tu te sens mieux, tu reviens parmi nous. Allez !


Mange et tais-toi un peu !

— Oui madame !

Je lui donne une petite tape amicale sur la tête, signe que ça suffit et je
m’assieds sur le canapé entre mes deux invités. Paul, silencieux, est concentré
sur la télé, certainement pour éviter notre échange qui, très visiblement, le
dérange. Je vois bien à sa tête qu’il est mal à l’aise, mais je reste quand même un
peu entre eux, espérant que par ce geste il y verra une tentative d’apaisement. Je
finis par me tourner vers lui, me sentant coupable : on aurait dû passer la soirée
tous les deux. Ça commençait bien, puis il y a eu Théo et tout a basculé. Il ne
doit même plus savoir qui je suis vraiment et ça risque d’être long à expliquer.

Je me rapproche de lui et lui prends la main, il se laisse faire, mais ne me


regarde toujours pas.

— Paul, il se fait tard, il est minuit passé. Tu veux rester ici aussi ?

— Non, je crois que je préfère rentrer chez moi.


Sa réponse ne me surprend pas, mais je suis triste de le laisser partir ainsi. Il
va vraiment falloir que je lui accorde des explications.

— Très bien, je te raccompagne.

Je me lève, tandis qu’il jette un dernier coup d’œil à Théo.

— Au revoir… Essaie de te remettre.

— À plus mec, et merci de m’avoir aidé.

Tous les deux, nous nous dirigeons vers l’entrée, cachée du salon par la
cloison de la cuisine. Paul déverrouille la porte et l’ouvre. Je l’attrape par le bras
et il me fixe.

— Je suis vraiment désolée pour cette soirée, ça n’aurait pas dû se passer


comme ça. Il faudra que je t’explique pour ce soir.

— D’accord, je t’appellerai.

Il marque une courte pause avant de reprendre :

— Non, en fait, il vaut mieux que ce soit toi qui m’appelles, quand tu seras
« disponible ».

— D’accord… Je le ferai dès que je serai seule.

Je lui lâche le bras, prête à le laisser partir. Il m’observe toujours et passe sa


main sur ma joue, un léger sourire sur le visage, avant de déposer un baiser sur
mon front.

— Fais attention à toi quand même.

— Toi aussi.

Je le regarde partir par les escaliers et ferme la porte à double tour.

Dans le salon, Théo ose un coup d’œil vers moi, l’air coupable.

— Je suis vraiment désolé, tu sais.


— C’est bon, ne t’inquiète pas, dis-je en me rasseyant dans le canapé.

— Je fais n’importe quoi et je ne t’écoute pas. Je n’aurais pas dû débarquer


sans prévenir chez toi, je sais que tu ne veux pas trop que ton entourage sache…
Ce mec a l’air cool. Tu mériterais d’être avec un type comme lui, et moi je viens
sûrement de tout gâcher. En plus, j’ai foutu en l’air notre week-end de
domination alors que je n’attendais que ça, et que je sais qu’on devait sortir.

— Tu vas d’abord te reposer et après, on verra bien. En ce qui concerne ta


petite folie avec cette domina, tu as été stupide, inconscient et têtu. Pour Paul, ne
t’occupe pas de ça… Mais je ne vais pas te mentir : oui, tu as foutu la merde. Je
n’étais pas encore prête à le lui dire, bien que je savais que j’aurais dû le faire un
jour ou l’autre. Bref, tu m’as pourrie ma soirée !

Théo ne semble pas surpris de ma réaction, il devait s’attendre à bien pire.


Mais il est blessé et je me vois mal le punir dans cet état.

— Mais je suis contente que tu sois venu me trouver quand ça n’allait pas, ça
veut dire que tu as confiance en moi et tu sais que pour moi la confiance est
primordiale. Il ne peut pas y avoir de bonne relation sans ça. Et je préfère être
informée de la situation, plutôt que de te voir samedi à notre rendez-vous comme
si de rien n’était. Tu n’aurais pas pu tenir le coup.

Un léger sourire apparaît sur ses lèvres, qui ne me dit rien de bon. Je fronce
les sourcils.

— J’en étais sûre !

— De quoi ? il s’offusque. J’ai rien dit !

— Tu as hésité, n’est-ce pas ? Tu as hésité à faire comme si de rien n’était, et


venir samedi à notre séance !

— Je…

— Non ! Surtout, tais-toi avant que je ne change d’avis et que je ne te


punisse !

— Oui madame !
Nous nous regardons avant d’éclater de rire. Sauf que lui a toujours mal et ses
rires sont entrecoupés de hoquets de douleur. Me voilà attendrie par ce soumis
esquinté… Mais après tout, il est aussi mon ami !

— Allez, viens là imbécile ! lui lancé-je en le tirant vers moi pour qu’il vienne
dans mes bras.

— Enfin ! J’ai failli attendre !

— Tu plaisantes j’espère ! dis-je en rigolant. Tu exagères quand même !

Nous restons un moment silencieux avant que Théo ne se manifeste à


nouveau.

— Célène ?

— Oui ?

— J’ai de la chance de t’avoir comme maîtresse.

— Je sais.

Il finit par s’endormir, la tête posée sur mes genoux, tandis que je lui caresse
les cheveux. J’espère que tout ceci n’a pas fait fuir Paul…
2
Cela fait environ une semaine que Paul et moi révisons ensemble, mais le
sujet épineux du BDSM n’a pas encore été abordé. Nos révisions assidues
semblent être un prétexte pour ne pas en discuter. Je reconnais que cette situation
me dérange et j’ai l’impression qu’un fossé se creuse doucement entre nous.

C’est notre dernier jour de travail avant le week-end, et comme d’habitude,


nous nous retrouvons pour bosser nos cours de la journée. Mais depuis cette
fameuse soirée, nous restons à la fac pour étudier, évitant ainsi de retourner chez
moi. Je sens bien que ce choix n’est pas anodin, et chaque fois, Paul s’en
accommode de bonne grâce, insistant parfois pour rester à la bibliothèque. Il faut
vraiment que je lui parle avant de foutre en l’air notre relation de manière
définitive.

— On a fini de réviser là, ça te dirait qu’on aille prendre un verre ?

Je fais une première tentative pour l’obliger à sortir du cadre des études et du
périmètre de la fac. Peut-être que dans un autre environnement, il se détendra
enfin…

— Je suis censé rentrer chez moi.

— S’il te plaît… Il faut qu’on discute.

— Discuter de quoi ?

— Tu sais bien… Il faut qu’on aborde le sujet avant qu’on ne puisse même
plus se regarder dans les yeux.

Il me fixe en fronçant les sourcils. Son ton dubitatif n’est qu’une façade : il
sait très bien quel sujet je souhaite aborder. Il passe sa main dans ses cheveux en
soupirant, soudain résigné. Je préfère m’imaginer qu’il souhaite arranger les
choses entre nous et je suis heureuse de l’entendre me répondre :

— D’accord, allons au Connexion.


Nous partons tous deux en direction du café sans nous dire un mot. Une fois
arrivés, nous commandons un verre. Le silence et la gêne nous gagnent à
nouveau, avant que je ne décide de briser la glace. Je commence mes
explications. Ce n’est pas évident de mettre des mots sur mes activités de fin de
semaine. Je m’efforce d’être concise, mais tous mes efforts ne paient pas : Paul
ne comprend toujours pas comment je peux faire ça. Cette notion de plaisir lui
échappe, et il considère ces pratiques comme « des trucs tordus ».

— Je ne m’attends pas à ce que tu comprennes à partir d’une simple


explication. Tu n’as jamais côtoyé ce milieu. Ce n’est pas aussi tordu que tu le
crois. Évidemment, le fait que tu aies vu l’état dans lequel Théo était n’aide pas
à t’en donner une bonne image. Mais ce n’est certainement pas ce qui se passe à
chaque fois. Cet exemple-là, il te faut l’oublier !

— Si tu en fais partie, je me dis effectivement que ça ne doit pas être toujours


aussi étrange. Mais quand même…, concède-t-il. Et comment t’en es venue à
ça ?

— C’est une longue histoire à vrai dire.

J’hésite dans ma réponse, ne sachant pas s’il est prêt à entendre cette partie-là
de mon passé.

— J’ai tout mon temps maintenant qu’on est ici.

Il sourit en coin en disant cela.

Tu n’as plus le choix, tu dois tout lui raconter Célène !

Je baisse la tête, ne sachant pas vraiment par quoi commencer. Il y a beaucoup


de facteurs à prendre en compte et ça risque d’être compliqué de lui en parler ici
et maintenant. Mais je sais que je dois le faire si je souhaite que notre relation
aille plus loin.

Comment en suis-je arrivée là déjà ? Je m’apprête à lui faire part d’une


expérience très personnelle, un passé auquel je n’avais jamais vraiment pris le
temps de penser. Ouvrir cette porte m’angoisse quelque peu, mais je me dois
d’être honnête si en retour je lui demande de l’être avec moi. Je prends une
profonde inspiration. C’est finalement assez difficile de se confier sur ce sujet à
une personne qui n’est pas réceptive. Comment y aller en douceur pour ne pas le
choquer outre mesure ?

Je joue avec mon verre posé sur la table en réfléchissant à la manière la plus
adéquate d’amorcer mon récit, puis prends une gorgée et me lance :

— J’ai commencé il y a environ trois ans.

Il s’assied plus profondément dans son siège, comme s’il s’attendait au pire,
se mettant sûrement à l’aise pour ne pas flancher à la moindre chose bizarre qu’il
entendrait. Son visage est impassible, ne me laissant aucune chance de deviner
ce qui se passe dans sa tête à cet instant même.

— En mai 2014, j’ai quitté l’homme avec qui j’étais depuis trois ans. Il était
bien plus âgé que moi et c’était le seul que j’avais connu intimement. Après ça,
j’ai eu beaucoup de mal à me remettre en selle. Je flirtais par-ci par-là, sans
jamais aller plus loin, et je passais beaucoup de temps à lire des livres érotiques.
De nos jours, beaucoup de romans érotiques parlent de BDSM ou de relation
amoureuse « épicée », ce qui est assez enivrant d’ailleurs… Bref, en novembre
dernier, j’ai commencé à me connecter sur un site de tchat, car je m’ennuyais. Et
un soir, j’y ai discuté avec deux hommes. En poussant la conversation, ils m’ont
expliqué que l’un d’entre eux était un dominant, alors que l’autre était un
soumis. Je venais de faire mes premiers pas dans le BDSM… C’était assez
inattendu.

Je souris, soudain pensive. Paul se contente de prendre son verre pour boire un
coup. Son air fermé m’énerve, car ça ne lui ressemble pas, mais je me contiens,
poursuivant mon histoire sans ciller :

— J’ai discuté avec ces deux hommes durant quelques semaines, en apprenant
un peu plus sur leur univers. Le premier qui a réussi à me convaincre de le
rencontrer fut le dominant. Peu rassurée, je dois le reconnaître, j’y suis allée avec
ma meilleure amie Margot.

Je repense à Margot et ne peux réprimer un sourire. Elle s’était vraiment


inquiétée pour moi ce jour-là.

— Elle avait mis un spray au poivre dans son sac au cas où ! J’avais tout juste
18 ans, et il avait insisté pour voir mes papiers afin de s’assurer que je n’étais
pas mineure. Quand j’y repense, je trouve étonnant qu’un dominant veuille
d’une personne aussi jeune. En général, ils préfèrent quelqu’un de plus
expérimenté, et qui sache réellement ce qu’elle veut. Peut-être qu’à ses yeux,
c’était mon cas. Mais voilà comment j’ai commencé. Après quoi, j’ai entamé
une relation avec lui, qui a duré environ trois mois. On ne se voyait pas souvent,
on s’appelait ou on discutait par textos. Je l’ai quitté car j’ai rencontré quelqu’un
d’autre.

— Tu es en train de me dire que tu étais sa soumise ?

— Oui. J’ai commencé par la soumission.

— Et qu’est-ce que ça t’a fait ?

Sa question me surprend. Je m’attendais à une remarque plus qu’à des


interrogations de sa part. Je me concentre, faisant tourner mon verre entre mes
doigts, réfléchissant aux mots justes.

— C’est très… libérateur d’être la personne soumise. On ne contrôle plus rien,


on n’a plus de décisions à prendre, il nous suffit d’obéir.

— Comment peut-on être libre lorsqu’on est le prisonnier de quelqu’un ?


rétorque-t-il avec dédain. C’est absolument contradictoire !

—Que tu ne puisses pas comprendre ce que je t’explique : d’accord, mais user


de sarcasme alors que j’essaie de t’expliquer les choses ça ne fera pas avancer la
conversation. Et c’est vexant !

Il se tait, une légère rougeur de gêne colorant ses joues. Il boit une nouvelle
gorgée et repose son verre avant de me fixer pour me signifier que j’ai de
nouveau son attention.

— J’ai très bien vécu cette expérience sur le moment. Évidemment, il y a des
plus et des moins. Mais je n’en ai tiré aucun traumatisme ni aucune cicatrice. Ce
n’était pas si terrible en fin de compte.

— Tu as l’air d’essayer de te convaincre… Mais si tu le dis, souffle-t-il en


haussant les épaules. Et l’autre homme, le soumis ?
— J’y viens. Le soumis m’a demandé pendant longtemps d’être sa maîtresse,
mais étant moi-même soumise, je ne voyais pas comment je pouvais faire.
D’autant plus que je n’avais aucune expérience de ce côté-là de la barrière.
Cependant, au mois de janvier, je me sentais prête et j’ai accepté, marchant sur
les pas de mon dominant. Au début, j’ai reproduit ce qu’il faisait avec moi en
matière d’attitude, puis j’ai appris à m’adapter au soumis, car nous sommes tous
différents. Ça a été tout un apprentissage. Seulement, je ne faisais que du virtuel
avec lui. C’est-à-dire des messages sur Messenger, des photos et autres, mais pas
de rencontre réelle. Aujourd’hui encore, je ne l’ai jamais rencontré, pourtant je
sais qu’il habite dans le coin.

— Je vois. Et qu’est-ce que ça t’apportait de faire du virtuel avec lui ?

Les efforts considérables qu’il fait pour me comprendre me rassurent et me


font du bien. Je ne pensais pas qu’il serait aussi curieux. Je ne m’étais pas
préparée à ce qu’il s’interroge à ce point, mais je suis heureuse de ce
retournement de situation.

— C’était plus pour lui que pour moi. Mon but était que de sa soumission, il
puisse tirer du plaisir. J’étais fière de moi lorsqu’il se sentait bien. De mon côté,
je ne ressentais pas d’excitation particulière, même si j’ai pris goût à ses photos.

— Il fait encore partie de tes soumis aujourd’hui ?

— Pas vraiment. C’est assez compliqué… J’ai arrêté la soumission, car ça ne


me convenait plus et la rupture avec mon dominant a été assez brutale. Mon
copain de l’époque a cependant accepté que je garde contact avec mes soumis,
car ce n’était que du virtuel. J’en ai eu plusieurs, avec des relations plus ou
moins fortes, mais si je devais les compter, je n’en retiendrais que trois. J’avais
créé un compte Facebook pour ces relations virtuelles.

— Compte que tu as toujours aujourd’hui ?

— Oui. Mais durant les dernières vacances d’été, j’ai tout arrêté, en
expliquant que je suivais des études en psychologie et que je n’aurais plus autant
de temps à leur accorder parce que mes cours primeraient. Mais j’ai stipulé que
je garderais un seul soumis, avec qui j’entretiendrai une relation réelle cette fois.
— Théo ?

Je hoche la tête ; en effet, il s’agit de Théo, mais ça ne s’est pas vraiment


passé comme ça.

— Oui, Théo… J’ai donc laissé sur mon compte un message explicatif, où je
précisais aux soumis, qui vivaient non loin de chez moi, que nous pouvions créer
une relation exclusive à la condition de me laisser une sorte de lettre de
motivation comprenant leurs attentes, leurs pratiques, leurs limites… pour que je
fasse mon choix.

— Les soumis ont le droit de choisir de faire ou non une pratique ?

— Bien sûr ! C’est ainsi que tous les jours je recevais de nouvelles lettres,
mais je n’arrivais pas à faire un choix. Puis, un jour, je suis allée en salle de sport
pour me renseigner sur les programmes et autres, et c’est là que j’ai rencontré
Théo.

— S’il te plaît, ne me sors pas le cliché du « coach sportif » !

— Ha ha, non ! Enfin, je ne vais pas te mentir, tu as bien vu quel morceau


s’était, il travaille beaucoup son corps, mais ce n’est pas mon coach sportif je te
rassure. Non, en fait, j’ai eu droit à une visite des locaux et à une séance d’essais.
Je faisais du vélo et Théo était en face de moi sur une machine. J’avais ma
musique sur les oreilles et je ne faisais attention à rien d’autre qu’à mon
compteur de calories, jusqu’à ce que je remarque un regard insistant sur moi.

Je repense à la tête de Théo lorsqu’il m’avait aperçue, il semblait surpris et


essayait de me faire du charme avant de m’accoster.

— Il t’avait reconnu ?

— Oui ! Il est venu vers moi et m’a dit un truc du genre : « Je m’appelle Théo,
je vous ai envoyé une lettre ». Sur le coup, je n’ai rien compris du tout. Je l’ai
regardé de travers avant de lui balancer qu’il s’était trompé de personne. Là, il a
sorti son portable et m’a montré mon profil domina. Je me souviens que j’étais
contrariée et que je l’ai toisé l’air de dire « Tu te fous de moi, tu veux vraiment en
parler ici ? ». Il est devenu blême ! dis-je en éclatant de rire à ce souvenir. Au
final, il a bien fait ! En rentrant chez moi, j’ai lu va lettre et le lendemain, je l’ai
recontacté pour un rendez-vous.

— On dirait que tu me parles d’un entretien pour un boulot.

— C’est presque ça ! Voilà…

— OK, vu comme ça, ça a l’air moins terrible que ce que j’ai pu voir sur
Internet.

— Tu as fait des recherches sur Internet ?

Je le dévisage, surprise. Finalement, ça l’intrigue plus qu’il n’y paraît ! Mais


sur Internet, il y a de tout et n’importe quoi. Ce n’est pas le meilleur moyen pour
se faire une bonne image du BDSM.

— Oui, je voulais savoir ce que c’était, j’ai été servi ! J’ai vu des choses bien
dégueulasses quand même.

— Il ne faut pas se fier au Net… C’est ça le souci, à part des témoignages


directs de personnes, tu ne peux pas te renseigner correctement. Les livres sont
romancés, les sites parfois extrêmes avec des avis négatifs pour donner un aspect
dur alors que c’est ce que demandent les soumis. Les films, n’en parlons pas.
Oh, et j’espère que tu n’as pas osé jeter un coup d’œil au porno BDSM.

Il baisse la tête, rougissant, l’air coupable. J’explose de rire, là je le retrouve.


Mon Paul, curieux et adorable !

— Paul, le porno est un peu exagéré !

— J’espère bien !

Il finit par sourire et jette un œil à sa montre avant de lancer :

— Il faut que j’y aille, j’ai promis à ma sœur d’être là pour son anniversaire.

— Ah, OK !

Nous nous levons et payons nos consommations avant de sortir du café. Nos
gestes me paraissent raides, et nos regards ne se croisent pas. Est-ce que cette
conversation a mis un terme à notre amitié naissante ? Je ressens une certaine
appréhension. Au moment de nous dire au revoir, j’hésite : lui faire une bise ou
lui donner une accolade plus chaleureuse ? Finalement, je m’avance vers lui
pour l’embrasser simplement et il finit par me prendre dans ses bras.

— Merci de m’avoir écoutée Paul.

— Avec plaisir. Ça m’a fait du bien. Je vais y réfléchir ce week-end.

Il me relâche, mais garde une main sur ma taille.

— Paul, s’il te plaît, ne réfléchis pas trop. Il n’y a aucun enjeu pour toi,
aucune décision à prendre. Juste à m’accepter comme je suis.

— Je vais essayer de ne pas me prendre la tête, me dit-il en souriant.

Il a beau dire, je ne le crois pas. Je le regarde s’éloigner, puis pars de mon


côté. Paul est un homme très réfléchi, il se pose beaucoup de questions. Il va
sûrement cogiter tout le week-end.
3
Je marche paisiblement dans les rues, me disant qu’il faudrait certainement
que je rentre chez moi me préparer : ce soir, je vais chez ma mère pour le week-
end, mes parents étant séparés depuis que je suis gamine, j’ai l’habitude de
naviguer entre eux deux. En soi, ils n’habitent pas loin l’un de l’autre, environ
cinq minutes, et à seulement une vingtaine de kilomètres de Toulouse. J’aurais
pu rester vivre chez eux, mais j’avais besoin de prendre mon envol, et surtout, je
voulais me rapprocher au maximum de l’université pour que mes études soient
optimales.

Si j’arrive trop tard, elle va s’inquiéter pour rien. À ce moment, mon


téléphone sonne. Quand on parle du loup…

— Maman !

— Je me demandais où tu étais… L’heure avance et je voulais être sûre que tu


viendrais bien ce soir.

— Je rentre chez moi, prépare mes affaires et j’arrive.

— D’accord. Ne tarde pas trop, tu sais bien qu’on mange tôt ici.

— Commencez sans moi, ce n’est pas grave. Mais je fais au plus vite.

— Bien ! Et j’ai reçu un colis pour toi.

— Un colis ?

— Oui, tu n’as pas commandé quelque chose ?

— Euh… non du tout. Tu l’as ouvert ?

— Non, non, je l’ai mis dans ta chambre, tu verras bien.

— OK, je me dépêche.

Bizarre, je n’ai pourtant rien commandé, j’en suis sûre ! Dans un sens, je
préfère que ma mère ne l’ait pas ouvert et voir ça par moi-même. Je vérifie mes
mails dans l’espoir d’y trouver un indice, une commande que j’aurais oubliée ou
un mail de quelqu’un qui m’aurait dit m’avoir envoyé quelque chose, mais rien.
Je m’empresse de faire mon sac pour rentrer chez ma mère, range un peu mon
appartement et prends ma voiture. Je ne pense qu’à ce colis qui m’attend. Peut-
être est-ce de la part de Théo ? Mais pourquoi ne me l’aurait-il pas envoyé à
l’appartement ? Par commande vocale, je le contacte, sa voix ne tarde pas à
résonner dans l’habitacle.

— Maîtresse, que puis-je pour vous ?

Je décèle de l’ironie dans sa voix, un ton qui lui correspond bien.

— Tu m’as envoyé un colis cette semaine ?

— Non du tout, vous devais-je un colis ?

— Non, tu ne me devais rien, j’ai simplement reçu un colis suspect.

— Sûrement un de vos admirateurs madame, vous êtes si douée.

Je l’imagine en train de sourire de façon insolente.

— Arrête tes flatteries.

— Bien maîtresse, mais j’espère que ce n’est pas une mauvaise blague.

À cette évocation, je fronce les sourcils. Il va réussir à me faire douter.

Si la personne à mon adresse, qui plus est celle de ma mère, c’est quelqu’un
que je connais

Ce qui n’est pas chose commune, car je ne donne mes coordonnées qu’aux
gens proches de moi. Je prends congé de Théo et raccroche.

Quand j’arrive enfin, tout le monde est déjà à table. Je m’assieds avec eux et
décide de remettre l’ouverture du colis à plus tard. Comme je ne sais pas à quoi
m’attendre, je préfère même l’ouvrir une fois que ma mère sera couchée.

Ça n’a pas été long avant que la maison retrouve son calme. Je suis souvent la
dernière debout quand je viens passer quelques jours en famille. Je sors de la
douche et retourne dans ma chambre, bien décidée à résoudre le mystère de cette
expédition surprise.

J’ouvre le carton dans lequel se trouve une grande boîte noire rectangulaire.
Délicatement, je soulève le couvercle, m’attendant au pire. Là, une lettre portant
l’inscription « Madame Célène » écrite à la main repose sur un papier de soie
rouge. C’est une écriture raffinée, et je pense forcément à l’un de mes anciens
soumis. Avant d’ouvrir l’enveloppe, je préfère découvrir ce qui se trouve dans
cet écrin soyeux. J’en écarte les bords, et à ma grande surprise, je sors de la boîte
une magnifique robe rouge en soie légère. À son bustier pendent des pans de
dentelle noire s’attachant au cou et un ruban noir marque sa taille.

Je souris, me rappelant un échange épicé où il avait été question de cette


tenue, et je devine d’emblée qui est mon expéditeur. C’est la réplique exacte
d’une robe sortie de mon imagination ! Je me décide alors à décacheter la lettre
qui l’accompagne.

« Madame Célène,

C’est en apercevant cette robe rouge dans la vitrine d’un magasin que mes
pensées se sont tournées vers vous et le souvenir de nos délicieux échanges. J’y
ai retrouvé la robe et le foulard, caressant votre peau, que vous aviez si bien
décrits. Je n’ai pu m’empêcher de l’acheter. En espérant que cette dentelle vous
rappelle, à vous aussi, de bons souvenirs.

Je dois vous avouer que votre imagination et vos textes me manquent. J’espère
que vous ne m’en voudrez pas de vous demander si vous accepteriez de
reprendre nos échanges.

Bien à vous maîtresse C,

Votre petite chose vous envoie ses plus tendres baisers bâillonnés.
S. »

Je souris, soulagée de découvrir qu’il s’agit de mon soumis « enfoulardé » que


j’adore. Les échanges avec lui sont simples et sans prise de tête. Nous nous
comprenons facilement et nous avons la même vision de ce que doit être la
domination. Ce qui aujourd’hui est difficile à trouver dans le vaste monde du
BDSM. Je m’empresse de lui répondre par un mail de remerciements pour ce joli
cadeau. Demain, je prendrai une photo avec cette robe pour la lui envoyer.

Au petit matin, je suis réveillée par un message de Margot, ma meilleure amie,


qui me demande ce que je fais ce week-end et si l’on peut se voir. Je la rappelle
et nous convenons d’une sortie le soir même pour aller dans un club sympa qui
se trouve le long de la Garonne.

Il est 19 heures, Margot et moi partons de chez ma mère pour nous rendre à
mon appartement, histoire de grignoter, boire un coup et nous préparer avant de
sortir. C’est l’occasion pour moi de lui raconter ce qui s’est passé depuis qu’on
ne s’est pas vues. Cette fille sait tout de moi. Elle connaît mes préférences en
matière de domination, et ce depuis que je les pratique. Aussi elle n’est pas
surprise lorsque je lui explique comment Théo a débarqué chez moi et comment
Paul a tout découvert, ainsi que sa réaction. En retour, elle me parle d’elle, des
gens de sa formation et de l’ambiance parfois un peu spéciale qui y règne.

Au cours de la soirée, je laisse un message à Paul pour lui dire de venir,


histoire que je puisse lui présenter ma meilleure amie. Bien entendu, ceci est une
excuse toute trouvée pour passer du temps avec lui et continuer d’essayer de
briser la glace. Mais à ma grande déception, je n’ai pas de réponse de sa part.

Après quelques verres et de tumultueuses discussions sur nos expériences,


nous décidons de sortir. Je porte la robe rouge que mon soumis m’a fait livrer, et
elle me va parfaitement ! Margot a opté pour une robe noire à bretelles fines qui
met en valeur ses courbes généreuses. Elle est plus grande que moi, et ce, même
sans les talons qu’elle a aux pieds. Ses cheveux bruns retombent en ondulant sur
ses épaules et ses yeux marrons sont soulignés de leur incontournable trait d’eye-
liner qui ajoute ce petit plus à son regard réhaussant son charme.

Nous nous retrouvons dans un club où la musique entraînante nous plonge


directement dans l’ambiance. Nous ne tardons pas à rejoindre le dancefloor et
dès les premières notes du morceau suivant, nous nous déhanchons, n’hésitant
pas à nous frotter l’une à l’autre dans une danse des plus suggestives.

Je sens soudain des mains se poser sur mes hanches et un corps massif se
coller contre moi. Je décide de ne pas y prêter attention ; après tout, si je bouge
ainsi, ce n’est pas uniquement pour m’amuser de façon innocente. Je continue
comme si de rien n’était, jusqu’à ce que la pression de l’intrus devienne
insistante, alors je tente une échappée. Seulement, ses mains me retiennent
fermement contre lui et je ne tarde pas à sentir la queue de l’homme dressée
contre mes fesses. Mal à l’aise, je tente par tous les moyens de me libérer et ce
n’est qu’en tournant la tête vers mon assaillant que je le reconnais. Un brun,
plutôt costaux et à l’air buté, il n’y a pas de doute : il s’agit bien de Grégory,
mon premier dominant.

Il me sourit, se penche à mon oreille en accentuant sa prise. Une de ses mains


commence à descendre le long de ma cuisse.

— Tu me manques, j’ai envie de toi !

Je m’écarte vivement. Ses propos déplacés et son culot me mettent en colère.


Ce n’est pas la première fois qu’il me fait le coup. Il y a quelques mois de ça, il
m’avait envoyé des messages, me demandant de reprendre une relation. J’avais
d’abord été conciliante, lui disant que je ne voulais pas redevenir sa soumise,
mais que l’on pouvait rester amis. Il m’avait alors rétorqué que c’était un poisson
d’avril, qu’il se foutait de ma gueule, qu’il ne voulait pas d’une quelconque
amitié avec moi, et que ma libido me rappellerait un jour vers lui et qu’il ne
voudrait pas de moi à ce moment-là.

— Quelle déclaration !

— Je suis sincère. Je veux te dominer à nouveau et réparer ce qui a foiré,


Célène.

Sa bouche est comprimée sur mon oreille. Je réprime un haut-le-cœur.


Jamais !

Jamais je ne subirai ça à nouveau. Je ne m’abaisserai plus à quelqu’un de son


piètre niveau.

— Je croyais que tu n’en avais plus rien à foutre de moi.

— Tu donnais l’impression de vouloir une dépendance psychologique et je


voulais une relation de confiance où je te traite comme un objet sexuel surtout.
Ton refus de parler, de m’écouter m’a déplu. Tu as un vrai potentiel en tant que
soumise et je sais que tu aimes la domination.

Ses propos ne font qu’un tour dans ma tête. Je n’en reviens pas d’avoir pu
croire en quelqu’un d’aussi hypocrite que lui. Une relation de confiance ? Mais
qui devait avoir confiance en qui à ce moment-là ? Je me suis ouverte à lui, puis
il a commencé à me faire des coups foireux, à m’appeler à n’importe quelle
heure. Il est vraiment répugnant, si j’étais encore une débutante quand j’ai été
soumise à lui, j’ai eu le temps de me faire la main depuis et de rencontrer du
monde. Et ce qu’il fait, lui, n’est pas ce que j’appelle de la domination. C’est un
pauvre type, qui se sert de la couverture foireuse du BDSM pour baiser des filles
comme bon lui semble et prétendre ne rien leur devoir en retour. Son seul but est
de prendre son pied et rien d’autre, et je regrette de ne m’en être rendu compte
que trop tard. Il y a bien des couples, dont les pratiques BDSM sont de
considérer le partenaire comme un objet sexuel, mais ces couples-là se
respectent, s’écoutent et échangent afin de contenter les deux partis.

— Qu’est-ce que tu attends de moi ?

— J’ai passé de bons moments avec toi, je veux de nouveau être ton maître et
te dominer à ma manière.

Il se rapproche de moi, sa main glisse le long de mon dos, descendant jusqu’à


mes fesses pour les caresser comme pour me posséder à nouveau. J’ai un
nouveau mouvement de recul. Décidément, il n’a toujours pas compris. Je dois
absolument trouver un moyen de me débarrasser de lui.

— Et tu crois que moi, j’ai envie de revenir ?

— Je sais que tu as passé de bons moments, que tu aimes mon caractère fort.
On pourrait discuter autour d’un verre ? Ou faire un tour dans la forêt comme la
dernière fois…

— Tu sais bien que je ne bois pas avec toi.

— Même pas un soda ? Ai-je tort de dire que tu as apprécié ma compagnie ?

Sa main se fait plus pressante

— Tu veux vraiment savoir ce que je pense ?

— Oui, pour une fois, sois honnête !

Il s’est encore rapproché pour me dire ces mots et il m’enlace désormais. Je


tente de maintenir le plus de distance possible entre nous deux, décollant mon
buste du sien en arquant mon dos vers l’arrière. Mais il est bien plus imposant
que moi, et je redoute de ne pas avoir assez de force pour me dégager.

— Je vais te le dire alors ! Tu étais une expérience avec laquelle j’ai passé de
bons moments, mais aussi beaucoup de mauvais ! Aujourd’hui, ce que tu
proposes ne me convient plus, je ne suis plus la soumise que tu as connue. J’ai
évolué dans la domination, je suis devenue moi-même une domina. Et si un jour,
j’ai le désir de redevenir une soumise, sache que les propositions ne manquent
pas et ce ne sera certainement pas avec toi.

Je lui crache ces mots au visage. C’est bien tout ce que j’ai envie de faire avec
lui : le repousser et le rabaisser comme il a osé le faire avec moi par le passé. Il
relâche sa pression et je peux enfin me dégager de ses bras.

— Mensonges, mensonges, mensonges…, soupire-t-il. Tu es toujours aussi


hypocrite, alors que je suis honnête avec toi. Tu ne le mérites pas ! Continue
d’inventer ta vie si ça te fait tant plaisir, de mon côté, je me garderai bien de te
reprendre !

Sa bouche se crispe en une moue de déception avant qu’il ne fasse glisser sur
moi un regard plein de dédain.

— Tu sais Greg, tu n’es pas le seul dominant au monde, arrête de croire que tu
es le meilleur, c’est pitoyable. Par ton attitude, tu me confirmes que tu n’es pas le
maître qu’il me faut. Et ce n’est pas parce que la vérité ne te plaît pas qu’elle est
mensongère.

— Je ne crois pas un mot de ce que tu viens de dire. Tu essaies de te


convaincre que tu en as fini avec moi.

Il se saisit de mon bras et sa main se referme dessus tel un étau avant qu’il ne
poursuive ses menaces :

— Tu passes encore ton temps à mentir et à être hypocrite, c’est pour ça que je
t’ai jetée ! Je ne suis pas le meilleur, certes… Mais moi, au moins, je suis franc,
et je sais ce que je veux. Au final, ce que tu penses m’importe peu, tu m’as juste
prouvé une fois de plus que t’es qu’une merde !

À ces paroles, son emprise sur mon bras se raffermit, je l’ai mis en colère et il
se défend en tentant de me montrer sa force. Il me serre violemment, pinçant ma
peau et ma chair entre ses longs doigts. Je lui tiens tête du regard et essaie de me
dégager, en vain.

— Je t’assure que je n’ai aucun intérêt à te mentir. Tu es pathétique, et je suis


heureuse maintenant. D’ailleurs, je te rappelle que c’est moi qui suis partie.
Arrête de croire que c’est le contraire. Laisse-moi tranquille maintenant.

— Ta gueule ! Pauvre fille, tu crois inverser les rôles ? Laisse-moi rire ! Tu ne


m’inspires rien de plus que de la pitié ! Regarde-toi… Tu es vulgaire. Tu ne
ressembles à rien, autant physiquement que mentalement. Je suis bien content de
t’avoir fait souffrir. Et c’est pas terminé…

Soudain, je me sens happée sur le côté, Greg lâche mon bras de surprise. Je
me cogne sur un torse et y rebondis, grognant de douleur. J’ai le souffle coupé,
mais qui que ce soit, je lui en suis reconnaissante. Une voix grave et pleine de
colère s’élève juste au-dessus de ma tête.

— Elle t’a demandé de la laisser tranquille, il me semble !

Je reconnais ce timbre ; Paul nous a finalement rejoints. Le savoir à mes côtés


me redonne du courage.

— Je n’ai pas peur de toi Greg ! Je me sens très bien dans ma peau ! Ce serait
te donner trop d’importance que de penser que tu m’as fait souffrir.

— Je ne t’écoute même plus, pauvre conne !

Paul fait un pas en avant, je sais qu’il cherche à me défendre, mais je lui barre
le passage de mon corps. Cela ne sert à rien de relever les propos de Gregory. Je
me retourne vers mon ami et nous échangeons un regard. Il n’en vaut pas la
peine, cet homme n’est qu’un imbécile qui pense être au-dessus de tout. Je
retourne à notre table, Paul sur les talons. Je le vois tourner la tête d’un côté et de
l’autre, s’assurant que personne ne viendra plus m’importuner. Je dois
reconnaître que je me sens plus en sécurité grâce à sa présence.

À peine assis, Margot nous rejoint, inquiète, et me demande si tout va bien.


Elle s’excuse de ne pas avoir vu que j’étais coincée, elle pensait que je dansais
avec lui. La voilà mortifiée et gênée. Je la rassure du mieux que je le peux. Je ne
lui en veux pas, elle n’aurait, de toute façon, pas fait le poids face au gabarit de
Greg. Heureusement que Paul est arrivé in extremis. J’adresse un sourire à ma
meilleure amie, puis me tourne vers mon sauveur pour le présenter.

— Le fameux Paul, répond Margot avec un grand sourire et un regard


approbateur à mon attention.

Je suis encore un peu trop sonnée pour relever son sous-entendu peu discret. À
côté de moi, Paul tente de cacher son sourire.

— C’était qui ce mec ? me demande Paul.

— C’était Greg, répond Margot qui l’a déjà rencontré par le passé.

— Et tu le connais ?

— Pas très bien. Je l’ai juste vu une fois, quand j’ai accompagné Célène à leur
première rencontre.

Le regard de Paul passe de mon amie à moi. Je vois bien qu’il se pose encore
des questions et qu’il meurt d’envie de les formuler. Je me tourne vers lui,
l’intimant de se lancer.

— Si je comprends bien, vous êtes allées à deux à un rendez-vous avec lui ?


Le blond marque un temps de pause qui lui laisse le temps de cogiter sur
l’identité du fameux Gregory. Soudain sa mine s’éclaire et il s’exclame :

— Célène ne me dis pas que c’était…

Il se tait lorsque la serveuse nous apporte nos boissons, une fois qu’elle s’est
éclipsée, je me sens obligée de clarifier les choses.

— Greg était mon dominant.

— Sérieusement ? Je ne l’avais pas… Enfin, je ne le pensais pas si vulgaire !


Mais quel âge a-t-il ?

Paul semble vraiment surpris et mal à l’aise. Il observe l’homme, qui n’a
toujours pas quitté le club, avec un air de dégoût, surtout lorsque celui-ci
commence à tripoter une autre fille.

— 35 ans. Tu l’avais imaginé comment exactement ?

— Je pensais à quelqu’un qui peut en imposer avec son caractère, une sorte de
force tranquille. Je crois bien que je l’imaginais avec une aura assez
charismatique. Et puis, tu apprécies les gens bien élevés, respectueux, classes…
Lui est assez grossier.

— Crois-moi, quand il veut quelque chose, il sait y faire, surtout quand tu es


novice dans le milieu et qu’il doit faire ton apprentissage. Quand je l’ai
rencontré, il n’était pas comme ça avec moi, il n’était pas si brutal et grossier
comme tu le soulignes. Il paraissait même plutôt doux et intelligent. J’ai été
induite en erreur.

— Je vois…

— Dans ce milieu, beaucoup portent des masques et ne se montrent pas


sincères. Il faut rester sur ses gardes, faire très attention et bien choisir. Je te
rassure, tous ne sont pas comme lui, j’en ai rencontré des bien mieux !

— Je n’en doute pas. J’ai beaucoup de mal à t’imaginer en soumise, ou


dominante. Mais alors avec lui…
Mon ami marque un temps d’arrêt, comme s’il se représentait mentalement la
scène, avant d’avoir un frisson et de glisser son bras sur mes épaules. Il me
rapproche de lui dans un geste de protection et de réconciliation qui me fait du
bien. Margot le remarque et me sourit.

— Tu ne t’y feras peut-être jamais, mais je suis comme ça, ça fait partie de ma
vie.

Je pousse un court soupir et me cale un instant contre lui, profitant de sa


chaleur et de cette sensation de sécurité. Puis, doucement, je me redresse et les
regarde tour à tour.

— Je n’ai plus vraiment envie de rester ici. Ça vous dirait qu’on retourne chez
moi ?

Je ne peux m’empêcher de faire une petite moue d’excuse à laquelle ma


meilleure amie répond en me pressant le bras. J’attends surtout l’approbation de
mon héros de la soirée, je veux être certaine qu’il se sentira assez à l’aise dans
mon appartement. Peut-être est-ce aussi une manière de m’assurer que les choses
sont réglées entre nous… ? En guise de réponse, il engloutit cul sec le fond de
son verre et commence à se lever. Je sais que je n’y suis pour rien, mais j’ai tout
de même l’impression d’avoir gâché ce début de soirée. Nous tombons d’accord
pour rentrer.

Une fois chez moi, Paul, qui connaît bien les lieux, entreprend de nous
préparer quelque chose à boire pendant que je troque ma petite robe rouge pour
une tenue décontractée. Lorsque je reviens, Margot sirote son verre sur le
canapé, tout en discutant avec lui.

Je les observe un instant depuis l’embrasure de la porte de ma chambre,


repensant à ce qui s’est passé un peu plus tôt dans la soirée. Est-ce que la
soumission me manque ? Ai-je envie de revenir à ces premiers émois ? Les
paroles de Greg tournent en boucle dans ma tête, manquant de me faire tituber.
Je décide d’aller prendre l’air sur le balcon. Ma rencontre avec mon ancien
dominant m’a chamboulée plus que je ne voudrais le reconnaître. Ce dont je suis
sûre aujourd’hui, c’est que je ne veux plus de lui dans ma vie. Cet homme est
nocif.
Paul me rejoint, et nous observons en silence la ville endormie. Une nouvelle
question rompt le charme de cet instant paisible.

— Tu l’as aimé ?

— C’est une question qui ne se pose pas vraiment dans ce milieu. Il y a


certaines règles. Par exemple, dans les miennes, il est déconseillé au soumis de
tomber amoureux du maître, ou bien de l’être déjà avant de commencer. Mais on
ne peut pas nier que la soumission mène à une sorte d’attachement émotionnel,
qui peut alors se rapprocher de l’amour. C’est un lien très fort et indéfinissable.

— J’ai l’impression que tu me parles en message codé.

— Je me doute. Mais c’est vraiment complexe, on ne peut pas comprendre


sans l’avoir soi-même éprouvé. Si aujourd’hui, tu demandes à Théo ce qu’il
ressent pour moi, il serait incapable de te répondre, je pense.

— Hum…, il sourit doucement. Depuis hier, j’ai beaucoup réfléchi à ce que tu


m’as raconté.

— Je me doute, même si je t’ai demandé de ne pas trop te torturer l’esprit


avec tout ça…

— Je voudrais essayer.

Je mets un certain temps à assimiler ce que Paul vient de me dire, et lorsque je


réalise enfin, je ne peux m’empêcher de lâcher un « quoi ? » bien plus fort que
prévu, sous l’effet de la surprise.

— Je veux essayer la soumission. Je veux comprendre ce que c’est !

— Mais il y a à peine une semaine encore, ça te semblait cruel, répugnant et


impensable !

— Je sais. Mais ça m’agace de t’entendre me dire « je ne m’attends pas à ce


que tu comprennes », ou « tu peux pas comprendre sans l’avoir vécu » ! Puis tu
es quelqu’un d’équilibré, avec de belles valeurs. Cela prouve bien que dans ce
milieu, il y a des gens qui ont la tête sur les épaules. Je n’en mourrai pas !
— Certes, je serais hypocrite de te dire le contraire… Mais ça ne se fait pas
avec n’importe qui, ce genre de pratique.

— Je vais commencer par chercher une domina. Théo a l’air bien avec toi,
peut être que je pourrai trouver quelqu’un avec la même philosophie que la
tienne.

— Ne crois pas que je sois une maîtresse ou une soumise parfaite, j’ai des
défauts, énormément même, mais j’apprends tous les jours.

Il sourit avec son air taquin.

— Je ne te crois pas. Il doit bien y avoir une raison pour que ton ancien maître
te coure après.

— Il ne doit plus avoir de soumise sous la main, alors il a essayé d’en


récupérer une. C’est plus facile que d’en convaincre une nouvelle !

— Je ne pense pas que ce soit uniquement ça. Tu avais l’air d’être un vrai défi
pour lui.

Je hausse les épaules. Pour le moment, je n’ai pas envie d’y repenser, et
certainement pas d’analyser le comportement de Greg. Je coupe court à la
conversation.

— On devrait rentrer, Margot doit nous attendre.

Nous restons à discuter tous ensemble dans le salon jusqu’à une heure avancée
de la nuit quand Paul sonne le premier départ. Margot vient dormir avec moi.

Je n’arrive pas à me sortir de la tête les dernières déclarations de Paul qui


prétend vouloir essayer la soumission. Ça ne me rassure pas vraiment. J’ai peur
qu’il se retrouve avec une dominante comme celle qui a blessé Théo. Avant de
glisser dans un sommeil lourd, je me promets de lui proposer dès demain de
l’aider dans ses recherches, et ainsi l’aiguiller dans ses débuts.
4
Je finis de m’attacher les cheveux dans la salle de bains tout en parlant toute
seule. Je rectifie quelques mèches rebelles qui glissent entre mes doigts avant de
retourner dans le salon. Contre toute attente, mon beau blond préféré est assis sur
mon lit, la tête baissée vers le sol, les mains jouant machinalement avec un stylo.
Je trouve son attitude étrange et m’approche de lui avec prudence.

— Paul, tout va bien ?

Il se redresse et m’observe un instant, la tête penchée sur le côté, comme s’il


était en pleine réflexion. Sans que je comprenne pourquoi, il se redresse et fait
passer son t-shirt par-dessus sa tête. Je détaille son torse que je découvre pour la
première fois, et pourtant les images me semblent floues avant que je reprenne
mes esprits.

J’hésite un instant, de peur de le perturber alors que je suis totalement


déstabilisée.

— Euh… Tu fais quoi là ?

Il se rassied, garde son haut dans les mains et me scrute tout en lâchant la
bombe qui le taraudait.

— Je veux que tu me domines.

Je tombe des nues face à cette révélation et les mots me manquent. Comment
refuser la demande d’un homme pareil ? Je le rejoins et son visage se lève dans
ma direction. Ma main passe dans ses cheveux blonds et soyeux, et je me perds
dans ses yeux. Je me laisse glisser pour m’asseoir à califourchon sur ses genoux
et scruter son regard. Ses iris sont habités d’une lueur que je leur sais
inhabituelle et que je ne saurais décrire. Ils semblent être habités d’une
confusion d’émotions, tiraillés entre le désir et la crainte, le soulagement et la
tension. Mes pensées se perdent et se formulent en quelques mots qui sortent
d’eux-mêmes :

— Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ?


Je suis distraite par l’attraction magnétique que son corps a sur moi, et je suis
bien trop embrouillée pour décider de quoi que ce soit en cet instant. Tout ce que
je peux dire, c’est que je n’ai pas couché depuis un peu plus de deux semaines,
que j’ai les hormones en ébullition et que mon corps est en manque de sa dose
d’endorphine.

J’ai conscience que je ne devrais pas me lancer dans cette histoire, que ça va
plus me compliquer la vie que ne m’apporter du plaisir. Mais à cet instant précis,
alors que ces lèvres sont à quelques centimètres des miennes, que son souffle
témoigne de son désir, que son regard électrise chaque parcelle de mon être, et
que je sens ce corps vulnérable brûlant pour moi. Dans un instant de folie, mes
mains s’agrippent à ses cheveux, ma bouche rencontre la sienne dans une
sensation de velours, ma poitrine se plaque contre son torse et ma raison me
quitte.

Ses mains passent sous mon haut et la sensation de son contact est étrange.
Ses doigts sont comme un voile de fumée qui passerait sur ma peau, et pourtant
je ressens un plaisir intense à son touché. Sans que je ne sache vraiment
comment, et quand nous nous sommes déshabillés, Paul est assis en tailleur sur
mon lit et mes jambes entourent son torse. Son menton parsemé de sa fine barbe
frôle ma clavicule et sa bouche se referme sur mon décolleté. Je ferme les yeux
et profite de ce petit instant de bonheur que me procure notre étreinte. Je tremble
d’excitation à l’idée de le sentir en moi, et me rapproche de lui. Son membre
érigé rencontre mon sexe et y plonge d’impatience.

Tout me paraît alors flou, je le sens en moi, je sais qu’il est là mais les
sensations semblent s’éloigner petit à petit. Je ferme les yeux, me concentre,
tente de rattraper le désir qui gronde en moi et de m’accrocher à la force de ses
reins. Pourtant plus je cherche à être là, plus mon plaisir semble s’évanouir. Et je
me réveille frustrée…

Ce rêve résume bien ce qui me trouble en ce moment. Il est vrai que Paul et
moi discutons souvent de sa décision d’essayer la soumission. Il commence à se
renseigner et à contacter quelques dominas. Mais beaucoup, ayant déjà leur
quota de soumis, ne donnent pas suite. Régulièrement, il me demande des
conseils, et j’en profite pour lui inculquer quelques notions de méfiance dont il
semble parfois manquer. Je n’aime pas le voir courir après n’importe qui. Mes
expériences passées m’ont appris à me méfier des autres dominants. Je favorise
d’abord de longues discussions, sur des sujets divers et variés afin de mieux
connaître l’autre. Il est important de comprendre son environnement, son histoire
et d’appréhender sa personnalité. À qui ai-je vraiment à faire ? Quel est son but ?
Capter les intentions avant de s’engager plus loin est primordial. J’ai conseillé à
Paul de partir sur ces bases, comme je l’avais fait auparavant avec Théo. Mon
camarade de classe semble plus réceptif à ces conseils que mon soumis ne l’a
été. Cela me rassure : Paul a peu de chance de finir dans le même état que Théo,
c’est déjà ça !

Aujourd’hui, il a une première rencontre avec une domina en ville, pour « se


balader » a-t-elle précisé. Je ne sais pas pourquoi, je ne le sens pas. Je le mets en
garde malgré moi : je sais que je n’ai pas à lui interdire quoi que ce soit ni à
jouer la mère poule, mais je ne peux pas m’empêcher d’essayer de le protéger. Je
serais peut-être tout aussi déçue que lui si sa première expérience ne se déroulait
pas bien. Est-ce que cela me gênerait qu’il en garde un mauvais souvenir au
point de ne plus vouloir retenter la chose ?

Tu as surtout peur qu’il t’en veuille de l’avoir encouragé… Et tu as peur qu’il


ne te juge…

Je chasse ces pensées aussi rapidement qu’elles se sont insinuées dans mon
raisonnement et reviens à mes moutons. Il a tout de même tenu à y aller, et m’a
demandé de le rejoindre chez lui après son rendez-vous pour qu’on en discute.
Ce n’est pas la première fois qu’il rencontre une domina, mais il n’a pas réussi à
accrocher avec une seule des femmes rencontrées en un mois de temps.

J’attends Paul devant chez lui depuis déjà dix minutes. Il est en retard, mais je
me force à ne pas m’inquiéter. Après tout, c’est peut-être bon signe. De plus, s’il
avait voulu annuler notre rendez-vous, il m’aurait appelée pour prévenir. Je finis
par le voir arriver au coin de la rue. À son air renfrogné, je me doute qu’il s’est
passé quelque chose. Je feins l’innocence et amorce doucement mon
interrogatoire.

— Est-ce que ton retard signifie que ça s’est bien passé ?


— Non, ça veut dire que j’ai été retenu.

— Hein ? Mais pourquoi ?

— Je vais t’expliquer, rentre.

L’appartement de Paul est bien plus grand que le mien. Il vit en colocation
avec son cousin que je ne connais pas plus que ça, à défaut de l’avoir vu une ou
deux fois. Il a une vue imprenable sur la rue Jean Jaurès avec un grand balcon et
compte deux chambres individuelles, une salle à manger qui fait aussi office de
salon, un bureau, une cuisine et une magnifique salle de bain, que je lui jalouse à
cause de la grande baignoire. Profitant de la journée ensoleillée, nous nous
installons sur le petit canapé du balcon pour discuter.

Après m’avoir proposé du kir breton au cidre, ma boisson de prédilection, il


repart chercher deux verres et je souris à ses petites attentions.

Paul et moi, nous nous sommes rencontrés en septembre lors de notre entrée
en première année à la fac de psychologie. Pour ma part, je commence tout juste
mes études supérieures à 21 ans, après avoir passé deux ans à travailler, mais lui,
du haut de ses 24 ans, a déjà fait trois ans d’études d’infirmier et pour finir, il a
souhaité aborder une autre branche de la médecine. Nous nous sommes retrouvés
par hasard côte à côte dans l’amphi et avons rapidement sympathisé, dès lors
nous avons décidé de travailler ensemble et de nous entraider. La première fois
que nous avons révisé ensemble, j’étais chez mon père. Il m’y a rejointe et nous
avons passé tout le vendredi après-midi à étudier. Lorsque papa est rentré le soir,
nous avons pris l’apéro pour fêter le week-end que nous avions bien mérité. Mon
paternel avait acheté de quoi faire du kir breton spécialement pour moi. J’ai fait
goûter le savant mélange de cidre et de crème de cassis à Paul qui a jugé que ça
deviendrait notre boisson attitrée. Depuis, nous en buvons régulièrement lorsque
nous sommes ensemble et que nous clôturons une journée studieuse.

Il revient à mes côtés avec deux flûtes dans les mains et s’assied à nouveau
sur le canapé. Je souris et me tourne vers lui pour l’encourager à me raconter sa
journée.

— Allez, raconte-moi tout !


— Une catastrophe, comme d’habitude !

— Elle t’a insulté dès le début ? Elle t’a humilié en public ?

— Non, du tout… Bien pire !

— Pire ? Oh mon Dieu, est-ce qu’elle t’a fouetté en public ? demandé-je en


riant.

— Arrête de te moquer de moi ! Sinon je te fesse !

Il prend un faux air menaçant en secouant sa main sous mon nez. Je le


regarde, amusée, et fais semblant d’être choquée par ses propos. Puis je me
relève pour tortiller des fesses avant de me rasseoir à côté de lui, hilare, et de me
poser contre son épaule.

— Crache le morceau chéri.

— Elle m’a ruiné !

— Ruiné ? Comment ça ?

— Nous sommes donnés rendez-vous place du Capitole, et tout se passait


bien. On discutait et on se baladait dans les rues, je ne faisais pas vraiment
attention à l’endroit où on allait jusqu’à ce qu’elle rentre dans un magasin.

— Aïe, c’est mauvais signe. J’imagine qu’elle était absolument magnifique,


bien sapée, dans le style classe et riche, très sympa jusqu’à ce qu’elle devienne
surtout très vénale ?

— Exactement, tu as tout compris. Elle m’a donc traîné dans les galeries
Lafayette et m’a fait lui acheter robes et chaussures.

— Quelle garce ! Et pourquoi tu n’as pas refusé ? Tu n’étais pas encore son
soumis, tu n’étais pas obligé !

— Elle m’a dit qu’aujourd’hui serait un test pour voir si je suis un bon soumis,
et elle m’a fait jurer de lui obéir. Je ne savais pas trop comment me sortir de cette
situation, et je pensais naïvement qu’elle se contenterait de me faire poireauter
derrière une cabine, chercher des articles et porter ses sacs. En arrivant devant la
caisse, je pensais qu’elle payerait mais dès que les articles ont été mis en sac,
elle les a pris et est sortie du magasin en déclarant que c’était moi qui payais.
J’ai essayé de la rattraper, mais la sécurité m’a empêché de sortir évidemment.
Quand j’ai réglé la note, elle était déjà partie...

— Mince… Maintenant, tu sais ce qu’est un Money Slave.

— Je ne savais même pas que c’était du BDSM !

— Eh bien, pas vraiment. Enfin, je ne le considère pas comme tel. En gros,


elle t’a pris pour son pigeon, c’est une domina vénale qui pratique seulement
pour vivre la « vie de château ». Ça fait partie de l’humiliation, et c’est une sorte
de soumission, mais ce n’est pas du pur BDSM.

Il soupire, dépité.

— Je vois… Je n’ai plus qu’à reprendre mes recherches…

— Tu ne voudrais pas laisser tomber ? Surtout après cette désastreuse


expérience…

Au fond de moi, j’espère qu’il le fera. Qu’il cessera de vouloir faire une
incursion dans ce milieu très spécial. Je ne suis pas convaincue que ce qu’il y
trouvera lui plaira. Et je nourris la crainte qu’il ne me juge sévèrement à l’issue
de sa quête.

— Non ! J’y tiens. Et pour l’instant, je n’ai pas parcouru tous les sites que
j’avais relevés, il me reste des recherches à faire sur…

— Vous parlez de quel genre de recherches ? Salut Célène !

Le cousin de Paul vient de rentrer et nous ne nous sommes pas rendu compte
de son arrivée avant qu’il ne passe la tête par la porte-fenêtre menant au balcon.
Nous sursautons et nous nous taisons sur-le-champ.

— Salut Kevin ! Ça va ?

Kevin est un jeune homme fin et plus petit que son cousin. Ils ont les mêmes
cheveux blonds, mais ses yeux sont d’un tout autre bleu, et Kevin porte des
lunettes qui lui donne un air plus intello. En revanche s’il y a bien un trait de
famille que je dois reconnaître chez eux, c’est qu’ils sont super bien sapés !

— Ouais, ça va ! Je peux me joindre à vous ?

— Oui, viens !

Paul me fait les gros yeux, certainement gêné que son cousin ait pu entendre
notre conversation. Kevin s’assied sur un pouf à côté et nous observe tour à tour.
Je me contente de boire pour éviter son regard.

— Alors, vous êtes ensemble maintenant ?

Je m’étouffe avec mon kir breton. Paul foudroie son cousin du regard, ce
dernier tente de se rattraper instantanément.

— Bah quoi ? Elle est collée à toi, presque sur tes genoux !

— Non, nous ne sommes pas ensemble, je m’empresse de répondre pour


éviter le malaise qui s’installe doucement. Et toi alors, c’en est où les garçons ?
T’as chopé dans ta nouvelle école ?

— Tu parles, ils sont tous coincés là-bas ! Mais s’il y en a un qui me plaît, je
te prie de croire que celui-là, si je le chope, il ne pourra plus marcher après…

Kevin me fait toujours rire avec ses expressions et ses mimiques. Dès que je
l’ai aperçu, j’ai su qu’il était gay, pourtant il paraît que ça n’a pas toujours été
aussi évident pour lui. Il est même sorti avec des filles avant de se trouver. Je
reste encore en retrait vis-à-vis de lui, bien sûr il a rapidement compris que
derrière mes airs d’étudiante sérieuse se cache quelque chose. D’ailleurs, il m’a
déjà dit plusieurs fois que j’avais un regard de vicieuse, ce qui me fait bien rire.
Peut-il seulement imaginer à quel point je le suis ? Après tout, nous avons tous
des vices, mais nous ne les avons pas encore tous explorés. Certains le font aussi
avec plus de facilité que d’autres. Et pour ma part, j’ose lever le voile sur cette
partie-là de ma personnalité, en restant à l’écoute de mes désirs les plus sombres.

— J’aimerais bien voir ça, tiens !


— Cochonne va !

— Moi ? dis-je avec un faux air innocent.

— Ouais, c’est ça… On ne me la fait pas à moi ! Allez, raconte-moi tes petits
secrets !

— Mais il n’y a rien à raconter ! Je suis bisexuelle et j’ai une sexualité très
épanouie, donc tout va bien !

Paul sourit à cette révélation, qui pour lui n’en est plus une. Il connaît ma
bisexualité depuis le début, et je ne me suis pas gênée pour discuter de mes
conquêtes avec lui lorsque nous nous sommes laissés aller à quelques
confidences.

— Hum, mouais… J’ai l’impression qu’il y a autre chose.

— C’est clair ! S’il n’y avait que ça ! ajoute Paul en soulevant son verre
comme s’il trinquait à ma santé en me faisant un petit clin d’œil.

Bien évidemment, il me met dans l’embarras et ça semble lui procurer un


plaisir évident. Le fourbe ! Mais je sais aussi que Kevin ne dira rien. Il est du
genre sans tabou. Même si je suis sûre qu’il jubilera à l’annonce de la vérité et
qu’il me traitera de grosse perverse pour le plaisir de le faire, c’est bien son
genre de réaction.

— Bien… Je suis une domina.

— Une domina, c’est quoi ça, un nouveau courant de lesbienne ? Beurk, déjà
que je n’aime pas les mangeuses de moules !

Kevin dit souvent ça, mais en vérité, il les adore et s’éclate avec elles.
Derrière ses yeux bleus et son air bon élève, se cache quelqu’un de libéré et
d’assez pervers ! C’est pour ça que je m’entends bien avec lui, et que je sais
qu’il comprendra où je veux en venir.

— Une domina, Kevin, c’est une femme qui pratique la domination. En gros
c’est du BDSM explique Paul qui commence à maîtriser le sujet.
— J’étais sûr que tu cachais quelque chose, tu as des yeux de vicieuse !

— Eh oui je me doute bien, mais Kevin, je te préviens : ça reste entre nous. Je


suis discrète et j’espère le rester parce que c’est une pratique qui est
généralement peu acceptée.

— Oui, bien sûr ! Mais tu fais quoi ? Tu fouettes les hommes ? Oh, mon Dieu,
est-ce que tu fouettes Paul ? me demande-t-il d’un air mi-choqué, mi-hilare.

— Non, je ne fouette pas ton cousin ! je réponds en riant.

Paul éclate aussi de rire, avant de répondre d’un air innocent :

— Tu pourrais si tu en avais envie… déclare-t-il avant de noyer bien vite la


fin de sa phrase dans son verre, comme si ces paroles n’avaient jamais traversé
ses lèvres.

Se pourrait-il qu’il ait pensé trop fort ? J’émets un doute et décide de creuser
la question.

— Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

— Rien… Laisse tomber, je n’ai rien dit.

Soudain, le blond rougit et fixe la barre d’immeubles faisant face au balcon.

— Je crois que ce que voulait dire Paul, renchérit Kevin, c’est qu’il veut que
tu le fouettes !

Il lance ça d’un air moqueur, comme s’il ne s’agissait que d’une blague. Son
cousin le dévisage d’un air mauvais, lui signifiant clairement qu’il ferait mieux
de la fermer. Ce dernier marque un arrêt lorsqu’il comprend de quoi il est
question ici. Et visiblement, ce n’est pas une farce ! Paul n’a pas dû lui dire qu’il
voulait essayer la soumission, voilà une nouvelle qui doit le mettre mal à l’aise.

— Houla ! Ça devient trop cochon pour moi ! lance Kevin en se levant. Je


vous laisse à vos réflexions !

Je ne le regarde plus, davantage concentrée sur Paul qui évite tout contact
visuel. Kevin retourne à l’intérieur et referme la baie vitrée derrière lui. Je prends
sa remarque comme un prétexte pour nous laisser un peu d’intimité et le
remercie silencieusement.

Paul boit son verre d’un trait et se lève.

— Je vais m’en refaire un, je te ressers ?

— Reste assis !

Il a bien compris que cet ordre était sans appel : il ne s’échappera pas comme
ça ! Maintenant qu’il a prononcé cette phrase, il ne peut pas faire comme s’il
n’avait rien dit. Et j’ai bien l’impression qu’elle traduit une envie depuis
longtemps refoulée. C’est foutu pour lui. Il se rassied à côté de moi en évitant
toujours mon regard.

— Il faut que tu m’expliques d’où te vient cette idée.

— Ce n’est rien Célène…

Le blond marque une pause et devant mon air insistant reprend :

— C’est juste que j’aimerais une domina comme toi. Et je commence à me


dire, au vu de mes expériences ratées, que je ne trouverai jamais. Que tu dois
être là seule à te préoccuper autant de tes soumis.

— C’est faux… Nous avons tous des pratiques différentes c’est sûr, et des
attentes différentes de nos soumis, mais il existe des dominantes avec la même
vision des choses que moi.

Instinctivement, je pose ma main sur la sienne, dans le but de le rassurer. Je


suis fière, malgré mon inquiétude, qu’il ne renonce pas à ses recherches, qu’il
accepte de plonger dans cet univers qui n’est pas le sien, en se basant
uniquement sur ce que je lui en ai raconté. Et qu’il désire découvrir une pratique
n’ayant généralement pas bonne presse auprès des gens. Cela me donne
l’impression qu’il fait ça pour moi et qu’il me fait suffisamment confiance pour
s’ouvrir à l’inconnu. Et j’en suis ravie ! Paul à pris une place importante dans
mon quotidien, et j’ai envie qu’il continue à le partager. Si en plus de cela, il finit
par avoir les mêmes goûts que moi, ça ne pourra que nous rapprocher
d’avantage, je me sentirais plus à l’aise pour lui en parler.

— Peut-être, mais je ne les ai pas encore trouvées. Elles ne doivent pas être
sur Toulouse. De toute manière, tu as décidé de n’avoir qu’un seul soumis cette
année, et tu l’as déjà choisi. C’est Théo, alors il n’y a pas à discuter. C’était
juste… une idée en l’air.

— Crois-moi, ce n’est pas tous les jours facile d’être mon soumis. Théo en
bave vraiment et je suis persuadée qu’il y a des fois où il regrette sa soumission !
Comme tous les dominants, je peux être très douce comme le pire des
cauchemars.

— Je n’en doute pas… Je vais rappeler la domina de mardi dernier.

— Quoi, celle qui avait des délires vampiriques ? Elle veut te faire boire son
sang pour que tu lui appartiennes, c’est n’importe quoi !

Il m’avait estomaquée en me racontant ça !

— Qui sait ? C’est peut-être un vrai vampire, je deviendrai éternel et je te


regarderai vieillir !

À cette remarque, je prends un coussin du canapé et fais mine de l’étouffer


avec pour me venger. Il rit de nouveau, c’est bon signe. Cependant, sa demande,
bien que formulée comme « une idée en l’air », me donne à réfléchir. Que faire ?
Ne serait-ce pas en effet la meilleure solution si je veux être sûre qu’il vive une
bonne expérience ? Je ne peux nier qu’égoïstement, cette issue me plairait assez.
Je fais taire mes derniers doutes et le regarde, accrochant mes yeux aux siens.

— Bon allez, va me chercher un papier.

— Pour quoi faire ?

— Fais-le, c’est tout !

— OK, OK… Ne t’énerve pas.

Il revient avec une feuille sur laquelle je note quelques phrases et la lui tends.
Il lit et me regarde d’un air interrogateur.
— Tu me prépares tout ça pour jeudi prochain. On en discutera à ce moment-
là.

— Tu… Tu acceptes que je sois ton soumis ?

Sur son visage, je peux lire de l’étonnement. Il semble se poser un millier de


questions, et il fronce déjà les sourcils. Je coupe court à ses tergiversations.

— Je ne te promets rien Paul, mais commence déjà à faire ça. Je regarderai ce


qui peut m’intéresser et il faut aussi que j’en parle avec Théo.

— Théo ? Pourquoi ? Il ne va quand même pas me dominer lui aussi ?

— Non. Mais si je te prends, et je dis bien « si », cela signifie que j’aurai


moins de temps pour lui. Il va donc falloir que je revoie notre contrat pour
partager mon temps entre vous deux. Il y aura d’ailleurs sûrement des moments
où vous serez là en même temps.

— Ah… Je comprends.

Il semble déçu d’apprendre qu’il y aura des séances avec Théo, mais il ne peut
y couper. Je ne peux pas non plus me départager pour leur faire plaisir, déjà que
je reviens sur mon principe de n’avoir qu’un seul soumis. D’ailleurs, je ne sais
pas comment je vais l’expliquer à Théo. Je suis en train de revoir les clauses de
notre contrat dans son dos, et cela me met mal à l’aise. C’est un très bon soumis,
et il a tout fait pour m’avoir en exclusivité. Alors que je lui ai promis qu’il serait
l’unique, que Paul nous rejoigne risque de ne pas lui faire plaisir. J’ai peut-être
mis la charrue avant les bœufs… Mais cette solution me semble convenable, et
surtout je me sens tout d’un coup allégée de mon inquiétude vis-à-vis de la
future domina de Paul.

— Bien, occupe-toi de ça et réfléchis bien à ce que tu veux. Il est encore


largement temps de faire marche arrière. On en reparle jeudi ! Je rentre chez
moi.

Je me penche vers lui et dépose un baiser sur sa joue. Je le laisse là alors qu’il
relit les choses que je lui ai demandé. Je croise Kevin dans la cuisine qui me
sourit.
— Tu t’en vas ?

— Oui chouchou, je laisse ton cousin à sa réflexion.

— Tu le prends finalement ?

— Je ne sais pas encore. Ça dépendra de plusieurs facteurs…

— Ne faites pas trop de bêtises, hein. Je ne veux pas d’une cousine lesbienne,
ou d’affaires de domina dans tout l’appartement !

— T’inquiète, ça ne risque pas. Allez, j’y vais !

— À bientôt ma petite vicieuse !

Je laisse à Paul une semaine pour rassembler toutes les pièces demandées.

Le fameux jeudi arrivant, nous convenons de nous poser dans un bar à côté de
la place du Capitole pour discuter calmement. Toute la journée, il m’a semblé
nerveux, suivant la moitié des cours, n’écoutant pas, totalement dans la lune. Je
m’inquiète de le voir si distrait. Je me rappelle lorsque j’étais la soumise de
Greg, mes journées au lycée semblaient incroyablement longues et toutes mes
pensées étaient tournées vers lui. J’imaginais tout ce qui se passerait et je
n’arrivais plus à me concentrer sur mon professeur. Pour autant, mes résultats
n’avaient pas baissé, mais je n’étais pas attentive, et ça m’avait coûté plus de
révisions. Aujourd’hui, en fac de psycho, nous ne pouvons nous permettre de ne
pas écouter, et de ne prendre que des notes sommaires. L’enjeu est trop
important. Il faudra que je veille à ce qu’il ne lâche rien, sinon je m’en voudrai.
D’autant plus qu’il passera ses journées de cours avec sa domina, ce qui ne
l’aidera pas à se concentrer.

À peine assis à une table, Paul sort de son sac une chemise en carton où il a
certainement rangé les papiers rassemblés. Alors qu’il s’apprête à l’ouvrir, je
pose ma main sur la sienne, pour lui faire comprendre que nous ne sommes pas
pressés. J’entreprends d’entamer la discussion calmement pour essayer de le
détendre.
— Comment tu te sens ? Tu as pu suivre un peu les cours aujourd’hui ?

— Ça va, et toi ?

— Paul, j’ai bien vu que tu n’étais pas attentif, il faut que tu restes concentré
sur tes études. Il faut que tu réussisses à faire la part des choses sinon tu ne t’en
sortiras pas.

— Je vais essayer. Mais t’avoir à côté de moi toute la journée, c’est un rappel
constant de ce que nous allons faire, c’est compliqué tout de même.

— Oui je sais, mais ça viendra, il faut te donner le temps. Quand tu vois que
tes pensées partent dans tous les sens, applique-toi à écouter ce que dit le
professeur.

Je décide de changer de conversation pour le distraire.

— Comment va ta petite sœur ? Elle a fini son premier trimestre là, non ?

— Bientôt, oui ! Elle a de super notes, je ne m’en fais pas pour elle.

— Elle a déjà un petit copain ? demandé-je amusée, sachant que Paul


redoutait ce moment.

— Je n’espère pas ! dit-il en fronçant les sourcils.

— Ha ha, elle est tellement jolie que ça ne saurait tarder ! Et tu ne pourras rien
y faire, il faut qu’elle grandisse et apprenne toute seule.

— Ouais, mais le premier qui fait du mal à ma petite sœur, je…

— Elle sera mal un moment puis se remettra. Elle doit passer par des peines
de cœur pour grandir, tu sais, sinon elle ne se forgera jamais un caractère assez
fort pour se défendre contre les mecs.

— Ouais, t’as raison, mais c’est ma petite sœur quand même…

Je ne peux m’empêcher de le trouver attendrissant dans le rôle du grand frère


protecteur.
— C’est normal. Quand j’étais en 6ème, mon frère lui était en 3ème. Un jour, un
garçon est venu parler à une de mes amies, comme j’étais juste à côté, mon frère
a cru qu’il flirtait avec moi et qu’il me faisait une proposition pour sortir avec
lui. Dès que nous sommes parties pour rentrer en classe, mon frère l’a chopé et
lui a conseillé de ne pas s’approcher de moi. Aujourd’hui, j’en ris, mais sur le
moment, c’était vraiment gênant…

— S’il savait aujourd’hui pour toi.

— Il ne vaut mieux pas… Je ne suis même pas sûre qu’il sache que je suis bi.

— Et tes parents sont au courant ?

— Que je suis bi ? Oui. Que je fais du BDSM ? Mon Dieu, non !

— Ouais, je comprends.

Je sens que cette conversation lui a fait du bien. Il a l’air bien plus détendu
qu’à notre arrivée dans le bar.

— Bon, on s’y met ?

Je prends la pochette de ses mains et l’ouvre pour en regarder le contenu. Je


consulte tous les papiers en les étudiant scrupuleusement.

— Il manque une feuille.

— Tu es sûre ? Je pensais avoir tout mis pourtant.

— Tu me remets déjà en doute ? lui dis-je, un sourcil relevé, avec un faux air
de « tu cherches les problèmes ».

— Non, non du tout !

Il a déjà l’air paniqué rien qu’à cette idée.

— Détends ton string Paul ! Je plaisante ! Je ne vais pas te dire de baisser ton
pantalon pour te mettre une fessée en public quand même.

— Non, j’imagine bien… Mais tu pourrais faire ça ?


J’explose de rire, ce qu’il peut être naïf ! Il me regarde rire, se demandant
visiblement si je me moque de lui.

— Non, pas dans un endroit pareil. Qu’est-ce que je t’ai dit sur la discrétion ?
En revanche, si on se trouvait dans un donjon, ou à une soirée spéciale, je m’en
ferais un plaisir.

Il déglutit, peu rassuré par mes dernières paroles. Il n’a vraiment pas l’air si
bien renseigné que ça en fin de compte. Je sens que je vais avoir plus de boulot
que prévu.

— Arrête de t’angoisser s’il te plaît. Ça va aller, on va avancer étape par étape.


Je voulais donc te signifier qu’il manque les résultats de ton dépistage.

— Ah oui ! Je l’ai récupéré ce matin c’est pour ça, je dois l’avoir quelque part
dans mon sac.

Il fouille dans ses affaires avant de me tendre une enveloppe cachetée.

— Tu ne veux pas regarder d’abord ?

— Non c’est bon, je sais que tout va bien.

— Bon, très bien.

Je jette un coup d’œil à ses résultats, et sans surprise, tout est en règle. Je n’en
attendais pas moins de lui, après tout j’ai bien saisi que c’est un garçon ayant une
vie saine, mais je préfère vérifier par acquit de conscience. D’ailleurs, j’ai
également fait des analyses et les lui montre pour le rassurer sur mon état de
santé : c’est du donnant-donnant. Une relation soumis-dominant se base sur la
confiance mutuelle. Je lui signifie également que je prends la pilule, comme
chaque fois que j’ai une relation plus ou moins suivie. Je continue de parcourir
ses papiers.

— Je vois que tu as fait tes listes. Celle de tes expériences n’est pas très
longue.

Il rougit et évite mon regard, visiblement gêné.


— Je n’ai pas eu beaucoup de partenaires.

Je suis surprise. Paul est vraiment un beau garçon. Sa chevelure blonde et ses
yeux d’un bleu intense lui donnent des airs angéliques. On peut presque croire
que lire en lui est facile, et il inspire de suite confiance. Il fait aussi preuve d’une
grande sensibilité, ainsi que d’une personnalité incroyablement douce et
agréable. Il pourrait avoir toutes les femmes qu’il veut, mais visiblement, il n’est
pas du genre à jouer de ses charmes.

— Je suis timide et sentimental, me dit-il comme pour répondre à ma question


muette.

— Et la liste des choses que tu as envie de tester ? Tu n’as rien écrit dessus.

— Je ne savais pas trop quoi mettre, donc je m’en remets à toi pour étoffer
mon expérience plutôt maigre.

— Ne dis pas ça, chacun a ses expériences et son rythme de vie. Tu vas voir
que le tien va s’accélérer dans peu de temps.

Il ne répond pas, me laissant lire sa lettre de « motivation » pour devenir


soumis. Il s’agit tout simplement d’un courrier exprimant son désir de se
soumettre à moi et les raisons qui l’y poussent. Je constate qu’il a fait des efforts,
les tournures de phrases sont belles et il a déjà acquis certaines règles de la
soumission comme le vouvoiement. Il a dû faire des recherches pour pouvoir en
formuler une qui ressemble à celle d’un soumis débutant.

— Ta lettre est bien.

— Merci.

— Tu apprendras très vite à améliorer ta tenue, ton comportement et ta façon


de parler lors de nos séances.

Il hoche la tête pendant que je range les papiers dans la pochette. Je fouille
dans mon sac et en sors deux livrets, tout à fait identiques à l’exception de
l’inscription qui se trouve sur la couverture. Je l’observe, mais ne remarque
aucune réaction sur son visage. Par contre, sa jambe gauche fait trembler la
mienne sans qu’il ne semble s’en rendre compte. Je pose ma main dessus pour
arrêter ce témoin de son état de stress.

— Ce ne sont que des bouts de papier Paul, rien de plus. Ce n’est pas un
contrat de mariage, d’accord ?

— Oui… Il faut que je m’y fasse.

— Tu vas devoir garder ce livret tout au long de notre relation de domination,


il te permet de te protéger contre moi en cas de problème et inversement. Sache
que ce contrat est révocable à tout moment.

Il hoche de nouveau la tête et commence à feuilleter le sien. Je prends le


temps de lui expliquer chaque page en détail. Il semble se détendre au fur et à
mesure, voyant que ce n’est rien de bien compliqué en réalité. Il s’inquiète
cependant de la longueur des règles et doute de pouvoir les appliquer toutes.
Pourtant, elles sont logiques et simples, et surtout nécessaires. Je le rassure sur le
fait qu’il les apprendra très vite, car sous peu, elles iront de soi.

— On a tous une phase d’apprentissage, je l’ai eue aussi. Elle est plus ou
moins longue selon les personnes. Aussi tu feras certainement des erreurs, je ne
m’en fais pas pour ça. Je te punirai et tu ne les referas plus jamais.

— C’est censé me rassurer ?

J’esquisse un sourire, ne préférant pas répondre. Je ne me laisse pas distraire,


et continue :

— Maintenant, nous allons rentrer dans le vif du sujet avec les pratiques que
tu acceptes de faire, ou de ne pas faire. Tu vois, c’est sous forme de
questionnaire, tu as trois cases : « Oui », « Non » et « À tester ». Je m’en
rapporterai toujours à ce contrat pour voir ce que je peux te faire ou non. Jamais,
je n’irai au-delà de ta volonté.

Paul se penche sur le questionnaire et l’étudie sérieusement. Il coche les cases


en prenant la mesure de la signification de chaque proposition, et il n’hésite pas
à me poser régulièrement des questions sur les pratiques citées. Je suis rassurée
de le voir aussi impliqué et attentif. Il nous faut du temps pour en faire le tour,
mais il est nécessaire pour que tout soit fait correctement.
Deux heures plus tard, et quelques consommations, nous avons enfin terminé.
Nous passons alors des pratiques aux mots de sécurité, et finissons par faire un
point sur notre relation globale.

— Lorsqu’on sera en séance, tu le sauras, je te préviendrai, et tu me


vouvoieras. En dehors de ses séances, nous sommes amis : rien ne change. Tu as
bien compris le principe du mot de sécurité ?

— Oui, c’est bon, je vais relire tout ça ce soir à tête reposée.

— Tu fais bien ! Il y a plusieurs pages blanches à la fin du livret, c’est au cas


où l’on aurait besoin de rajouter des règles ou des pratiques. Nous pourrons en
discuter ensemble avant d’effectuer des modifications, cela permettra aussi de
faire le point.

— Je te fais confiance.

— Effectivement, tu m’as entendue le dire à Théo, la confiance est


primordiale dans ce genre de relation. Il ne nous reste plus qu’à signer.

Nous marquons tous les deux la date « jeudi 5 novembre 2015 » et signons les
livrets de l’un et de l’autre. Cela marque le début d’une nouvelle relation. Et
nous nous quittons satisfaits.
5
Ça fait plus d’une semaine que Paul et moi avons signé le contrat. Ce soir,
Théo doit me rejoindre pour une séance, la première depuis l’incident avec
l’autre domina. Je décide d’appeler Paul. Au bout de trois sonneries, il décroche.

— Allô ?

— Bonjour soumis. Comment vas-tu ?

Paul marque un silence, certainement le temps de réaliser que je viens de


l’appeler soumis et de comprendre ce que cela signifie. À lui de savoir comment
répondre à cette approche.

— Bonjour maîtresse, je vais bien et vous ?

Il a compris l’enjeu de la discussion, je suis déjà fière de lui et de sa réaction.


Cela prouve qu’il est motivé et prêt à commencer nos séances.

— Très bien !

— Que puis-je faire pour vous ?

— Tu seras chez moi à 16 heures cet après-midi. Ne prévois rien pour le reste
du week-end, tu resteras jusqu’à dimanche.

Il ne répond pas, mais j’entends sa respiration s’accélérer. Du stress ? De


l’excitation ? Je ne saurais le dire, mais il est clair qu’il a perdu ses mots.

— Soumis ?

— Oui madame… Je serai là.

— C’est bien. Prends-toi des affaires de rechange, c’est tout ce dont tu auras
besoin.

— D’accord… Euh…
— Oui ?

— Me recommandez-vous une tenue spéciale ?

Il a lu le règlement correctement, sûrement l’a-t-il même appris par cœur.


J’affiche un sourire, sachant pertinemment qu’il ne peut pas le percevoir ; il ne
sait pas à quel point je suis satisfaite de mon soumis.

— Viens en tenue normale, tu ne garderas pas tes vêtements longtemps de


toute façon.

— Bien maîtresse. Merci maîtresse.

— À plus tard, soumis.

Je raccroche, ne lui laissant pas le temps de répondre. Je sais que son cœur
doit déjà battre à cent à l’heure et qu’il sera là dix minutes à l’avance, mais ne
frappera à ma porte qu’à l’heure pile. La première approche a dû lui sembler
brève et sèche, mais il s’y fera. Cela permet à mes soumis de savoir exactement
quel rôle ils tiennent lors de la conversation.

Je me prépare tranquillement et déballe mes affaires sur le lit. J’ai décidé de


porter une robe noire moulante mettant en valeur mes fesses, et un décolleté
soulignant ma poitrine. Concernant les dessous, je jette mon dévolu sur un
ensemble en dentelle noire : corset, porte-jarretelles, string et bas. J’enfile le
tout, mes talons noirs parfaisant ma tenue. Je me maquille légèrement, et laisse
mes cheveux blonds bouclés lâchés, telle la crinière d’une lionne. Je suis prête et
observe la rue depuis mes fenêtres. Comme je l’ai prévu, Paul s’est garé devant
chez moi avec dix minutes d’avance et attend dans sa voiture. Je me doute qu’il
angoisse, et bien que ce ne soit pas ma première fois, je commence à stresser,
moi aussi.

Il est novice. Jusqu’ici je n’ai pas eu à former de soumis : Théo savait déjà à
quoi s’attendre, et les autres avec qui je communiquais virtuellement étaient
suffisamment avancés dans ce domaine. Paul, lui, ne connaît rien de tout ça, il va
tout découvrir d’un coup. Je dois y aller doucement pour ne pas le brusquer et
l’en dégoûter, mais il faut tout de même qu’il ressente la soumission et la
puissance qui s’en dégage. C’est un véritable défi pour moi de l’initier, j’espère
tout simplement être à la hauteur et faire de lui un bon soumis. Je dois également
penser à ne pas frustrer Théo. Il est là pour passer un bon moment, et n’a pas à
pâtir de la « formation » de Paul.

J’entends enfin le blond frapper à la porte, un peu hésitant. Mon cœur


s’emballe, c’est parti. Je me dirige vers l’entrée et m’arrête devant le miroir
avant d’ouvrir pour arranger une mèche rebelle. Je me regarde fixement, prends
une grande respiration et enfile mon masque de domina pour me glisser dans ce
rôle.

J’ouvre et Paul me regarde ébahi. Cet idiot en oublierait de respirer. Alors que
mon regard se fait dur, il baisse immédiatement les yeux, se rappelant qu’il n’a
pas le droit de me regarder sans que je le lui accorde.

— Rentre !

Mon ordre est sec, clair, incisif… Peut-être que j’y vais un peu fort pour un
début. Il me faut pourtant écarter mes doutes et continuer comme je le ferai avec
n’importe lequel de mes soumis. Paul sursaute et rentre dans l’appartement les
yeux toujours rivés vers le sol, docile.

— Donne-moi ta veste et suis-moi.

Il m’emboîte le pas, silencieux et légèrement tremblant. Je me dirige alors


vers le salon et lui désigne le canapé de la main. Il s’y assied en posant les mains
à plat sur ses cuisses, le regard ostensiblement baissé. J’observe le moindre de
ses gestes et analyse son attitude face à moi : du positionnement de son corps, à
la direction de son regard. Pour le moment, il suit les règles à la lettre et je me
surprends à guetter avec appréhension sa première erreur. J’attrape les verres
déjà préparés et lui en tends un. Normalement, on ne boit pas avant une séance,
une « vraie séance », mais étant donné l’état d’angoisse de mon soumis et le
caractère nouveau de la chose, je me dis qu’il est préférable pour lui comme
pour moi de nous détendre un peu. Je désire lui faire comprendre qu’il n’y a nul
besoin d’être excessivement stricts pour approcher et comprendre les facettes
importantes du BDSM.

Je m’assieds sur le fauteuil à côté de lui, croisant de façon suggestive les


jambes, chargeant l’air d’une nouvelle tension.
Il est temps pour moi de le tester.

— Comment te sens-tu soumis ? Prêt ?

— Je crois oui…

Il s’attend à ce que j’enchaîne, mais il me manque quelque chose. Devant mon


silence, il comprend enfin et je le vois se tendre sur son assise, son dos se
redresse et son torse se gonfle sous son t-shirt.

— Je crois oui, maîtresse.

— Bien mieux !

Il souffle, soulagé, d’avoir trouvé la bonne réponse.

— Qu’elles sont tes attentes pour ce week-end ?

— Je n’attends que de vous servir et vous donner satisfaction maîtresse. Je


souhaite être un bon… soumis.

Il semble encore avoir du mal avec cette acceptation de la soumission, mais


c’est normal. Il n’est pas facile de se placer en tant que soumis si soudainement,
surtout lorsqu’on ne sait pas vraiment ce que cela implique. Il ne tardera pas à le
découvrir de toute façon, et à faire son choix.

— Viens devant moi.

Il se relève et pose son verre sur la table basse pour venir se placer en face de
moi, tête toujours baissée, attendant mon prochain ordre.

— À genoux.

Sans attendre, il se laisse glisser au sol un peu trop brusquement, j’entends son
genou taper contre le carrelage. Visiblement, le stress le rend maladroit…

— Regarde-moi, et profite du spectacle, tu n’en auras peut-être pas l’occasion


plus tard.

Mon soumis lève la tête et me scrute, commençant par détailler mes jambes,
pour remonter doucement le long de mon buste. Je sens ses yeux me caresser. Je
dois reconnaître que je n’y suis pas insensible et je le laisse faire, percevant les
réactions discrètes de son corps, qui trahissent ainsi son excitation toute
nouvelle. Il me découvre pour la première fois dans ce genre de tenue, et elle
semble lui plaire. Ses yeux marquent un temps d’arrêt sur mon décolleté
plongeant, véritable invitation à l’insolence, j’y vois une lueur de désir et m’en
délecte. Malgré le visage impassible que j’affiche, je souris intérieurement. Je le
scrute encore, m’efforçant de garder un air dangereux, mais sexy. Nos regards
finissent par se croiser et nous nous détaillons comme pour la première fois,
perdus dans les pupilles l’un de l’autre. Il ne peut soutenir mon regard et baisse
les yeux en rougissant. J’aime avoir ce pouvoir sur les hommes, les inciter à
venir se brûler à ma flamme.

Je me lève, lui toujours à genoux, et lance ma playlist. Le rythme est enivrant.


Je me dirige vers Paul sur l’air de Glory Box de Portishead, une chanson – et il le
sait – que j’adore pour sa sensualité. Je me place au milieu du salon, dans son
dos.

— Lève-toi et va retirer tes chaussures dans l’entrée, tu reviendras ensuite


devant moi, et resteras debout.

Il obéit sans attendre et revient rapidement dans le salon. Je me déplace,


féline, lui tournant autour au gré des notes de musique qui s’égrainent. Ma main
se pose doucement sur son épaule, à ce contact mon soumis ne peut réprimer un
sursaut. Elle descend le long de son dos jusqu’à sa taille, jaugeant la tension du
corps qu’elle caresse. Je m’arrête derrière lui à quelques centimètres et j’ai
l’intime conviction qu’il sent ma chaleur l’envahir. Je pourrais tout aussi bien
être plaquée à lui que la sensation ne serait pas plus exquise. Je n’en doute pas
une seule seconde. J’ai déjà ressenti cette présence auparavant : cette pression
sur tout le corps, cette attente dévorante et délicieuse.

J’attrape le bas de son t-shirt pour le lui retirer. Une fois le vêtement sur le sol,
je reprends mes caresses, vérifiant son dos, sa peau, ses muscles dans les
moindres détails. Il est fin, mais a des épaules bien sculptées, et l’on peut
facilement deviner les pleins et les déliés de sa musculature, des trapèzes au
chemin de sa colonne vertébrale. Je me régale.

Je fais le tour de mon soumis pour lui faire face, laissant courir mes doigts sur
sa peau qui se pare d’une fine chair de poule. Sa tête est toujours baissée comme
convenu, j’inspecte ses pectoraux et le reste de son torse qui laisse deviner une
respiration haletante. Son ventre se contracte au passage de mon index curieux.
Je relève son menton dans ma direction de manière à ce qu’il comprenne qu’il
peut maintenant me regarder.

Nos regards se croisent et ne se quittent plus. Le mien ne trahit aucune


émotion, tandis que ses yeux bleus paraissent presque suppliants. Mes mains
reprennent le chemin de son torse, descendant maintenant le long de son buste.
Je laisse mes ongles marquer sa peau qui rougit à leur passage. Et enfin, j’arrive
à sa ceinture que je défais doucement. Je tente de retenir le tremblement de mes
doigts sur la boucle de métal, et mon ventre se serre d’appréhension. Je ne dois
rien laisser paraître car si je semble fébrile, cela pourrait émousser sa confiance
naissante. À l’instant où je lui aurai retiré son bas, lui et moi rentrerons dans une
relation tout autre. Relation qu’il se pourrait qu’il rejette à la fin de ce week-end.
Je suis excitée à l’idée de la suite des événements, mais tout aussi tendue que
mon soumis. Mon regard toujours plongé dans le sien, je la retire totalement des
passants de son pantalon et la glisse autour de son cou, pour lui baisser
doucement son jean.

Je le laisse ainsi dans le salon, à moitié nu, le pantalon sur les chevilles et
m’en vais chercher un objet dans ma chambre. Lorsque je reviens et que je me
place derrière lui, il ne peut réprimer un léger mouvement de recul, surpris par le
bandeau de soie noire que je viens placer devant ses yeux. Je lui intime dans le
creux de l’oreille de ne pas bouger pendant que j’achève de le lui attacher autour
de la tête. Il s’agite sous le tissu et finit par rire. Je devine que cette réaction
traduit sa nervosité, mais il n’en a pas le droit et reçoit une fessée qui le fait se
ressaisir. La scène est tout à fait sérieuse, il doit en prendre conscience.

— Je n’ai pas envie de te punir dès la première séance. Et je te conseille


fortement de ne pas m’y pousser. Tu pourrais le regretter. Maintenant, enlève ton
pantalon.

Mes menaces semblent faire leur petit effet, il s’exécute et se tient à nouveau
droit, attentif à ce qui l’entoure. J’attrape la ceinture qu’il a toujours autour du
cou et m’en sers comme d’une laisse pour le tirer derrière moi. Le blond hésite,
il a du mal à se laisser guider privé ainsi de la vue. Je l’entraîne vers ma chambre
avec douceur, m’assurant qu’il ne rencontre pas d’obstacle sur sa route, ce serait
dommage qu’il se blesse déjà ! Je le laisse à l’entrée de la pièce et vais chercher
certaines affaires. Il est temps qu’il découvre la soumission en douceur : la
première étape consistant à un abandon total de soi. Je récupère tout le matériel
dont j’ai besoin et reviens dans la chambre. Il se laisse faire, comme un bon
soumis, aveugle à ce qui se passe autour de lui. Je l’observe un instant pour
décider de la manière dont je vais procéder, admirant son calme apparent malgré
ses muscles noués par la crainte.

Je m’approche de lui, et caresse doucement son épaule jusqu’à son poignet


que je tends en l’air pour l’attacher. Je fais de même avec l’autre et je l’entends
déglutir d’appréhension quant à la suite des événements. Il est vrai qu’être
attaché, les yeux bandés, n’augure rien de bon dans le subconscient des gens, et
tout naturellement cela peut sembler impressionnant au début.

— Paul, quel est ton mot de sécurité ?

— Orange.

— Bien !

Je vérifie les liens en soie dont je me suis servie pour simuler les attaches et
m’assure qu’il ne puisse pas s’en défaire facilement, tout en étant suffisamment
lâches pour ne pas le blesser. Je lui demande de bouger pour vérifier. Son corps
se détend et ses membres tirent sur les liens qui ne bougent pas. Il force
davantage, mais rien. Mon soumis ainsi entravé m’assure qu’il n’a pas mal et je
réponds par une petite tape sur son ventre, ce qui le fait tressaillir. Comme j’aime
qu’il soit aussi tendu sous mes mains ! Je tourne autour de lui, laissant mes
ongles dessiner des sillages sur sa peau pâle et Paul serre les dents sous mes
griffures. Je m’éloigne pour l’observer, il est si beau comme ça… Si seulement,
il savait à quel point je le désire quand il est ainsi à ma merci.

Je vais chercher dans le salon ma coupe de kir que je n’ai pas fini et m’assieds
en face de lui dans un fauteuil pour mieux me délecter de ce tableau. Il est dans
l’attente, se demandant ce qui se passe autour de lui, tendant l’oreille. Je fais
teinter les glaçons qui flottent dans mon breuvage déclenchant un mouvement de
tête. Absolument divin.

Je me lève, me dirige vers lui et bois une gorgée juste sous son nez avant de
presser mon verre froid contre son torse maintenant bouillant. Il se contracte,
retient son souffle, puis expire bruyamment. Je continue de boire, et cette fois, je
l’attrape par le cou pour attirer sa bouche vers la mienne. Notre proximité
semble l’exciter et l’intéresser, je l’observe tendre ses lèvres dans l’espoir de me
voler un baiser, mais je m’éloigne, nourrissant ainsi sa frustration d’être attaché
et soumis, je le vois pantelant, le souffle court, et tout ceci m’excite d’autant
plus. Je reviens à sa bouche et y dépose d’abord un baiser léger. Notre tout
premier baiser. Il goûte pour la première fois à la délicatesse de mes lèvres et je
découvre la matière charnue des siennes. J’introduis alors ma langue dans sa
bouche, partageant quelques gouttes de notre breuvage sacré, qu’il est surpris de
trouver, je le sens à ses lèvres qui se font gourmandes. Je le laisse en profiter un
peu, jouant avec sa langue un moment avant d’attraper ses cheveux pour lui tirer
la tête en arrière. Il ne peut réprimer un grognement. Je le réprimande sur-le-
champ, lui rappelant qu’il n’a pas son mot à dire et il s’excuse avec maladresse.
Je ne manque pas de lui signifier que je vais y réfléchir et je continue de
m’amuser en attendant d’accepter ses excuses.

Je bois une nouvelle gorgée, aspirant au passage un glaçon dont je sais déjà
qu’il glissera sur sa peau. Ce que je m’empresse de faire, écoutant ses
halètements dus au froid de la glace contre son torse. Je m’en délecte et descends
le long de son buste, tournant autour de ses tétons où quelques gouttes coulent. Il
tremble et à la surface de son épiderme se forme une légère chair de poule. Je
continue ma descente sur son ventre, jouant du glaçon sur ses côtes et l’amenant
sur ses hanches à l’orée de son caleçon que je n’ai pas encore enlevé. Il frissonne
et ravale un gémissement lorsque je passe le long de celui-ci, et que le glaçon
fondu oblige mes lèvres à rentrer en contact avec sa peau.

Je souris, contente de mon effet sur lui. Je repose mon verre, satisfaite de ses
réactions et m’éloigne vers ma commode où j’ai posé le reste de mon matériel.
Comme il a fauté, je me dois de lui offrir mon premier « cadeau » de la soirée :
une petite punition pour une petite bêtise.

L’eau froide sur son corps chaud a formé de petites perles qui coulent le long
de son torse. Mon soumis sursaute lorsque le premier coup de cravache s’abat
sur l’une d’entre elles l’empêchant d’atteindre le tissu de son caleçon. Il s’attend
aux coups suivants et bien qu’ils ne soient pas douloureux, Paul ne peut
s’empêcher de serrer de plus en plus les dents. Je cesse de faire pleuvoir les
coups lorsque je décide qu’il a eu son compte et lui demande s’il a eu mal. Enfin,
il desserre la mâchoire et son corps noué se décrispe peu à peu.

— Pourquoi serres-tu les dents ?

— Je suis partagé entre différentes sensations et… Je ne sais pas quoi en


penser ni comment les exprimer, ni comment réagir maîtresse.

— Tu réfléchis trop !

Je voudrais qu’il se libère, qu’il perde la tête et s’abandonne totalement à sa


dominatrice. Je passe à la vitesse supérieure et entreprends de l’embrasser
fiévreusement afin de faire monter la pression. Je le détache et il laisse retomber
ses bras le long de son corps, frottant ses poignets comme pour s’assurer de leur
libération. D’un regard je vérifie que les légères marques apparentes ne
présentent rien d’anormal et je saisis la ceinture à son cou pour le tirer vers le lit.
Nous y basculons ensemble, sa bouche toujours soudée à la mienne dans un
baiser brûlant.

M’extirpant de là, j’entreprends de retirer mes vêtements et monte sur le lit à


côté de lui. Les yeux toujours bandés je le vois aux aguets. Je m’accroupis,
attrape ses bras pour les attacher de nouveau au montant du lit. Il se laisse faire,
docile, et je devine à la bosse qu’il y a sous son caleçon qu’il est tout aussi excité
que moi. Une fois fait, je lui retire son sous-vêtement. Le voici nu, et offert. Je le
vois pour la première fois dans le plus simple appareil et je ressens le besoin de
l’observer plus longuement. Il n’est pas évident d’être ainsi découvert, d’être à la
merci du regard de l’autre et d’accepter d’être observé surtout sans pouvoir le
faire en retour. Ses muscles se tendent sous l’appréhension et je dépose un baiser
appuyé à l’orée de son nombril, lui faisant comprendre par ce geste que tout va
bien. Il n’est pas dans le rôle d’une maîtresse de rassurer constamment son
soumis, mais pour une première séance, je me dois tout de même de le mettre en
confiance.

Je détaille son corps, grain de beauté par grain de beauté, et l’étudie. Mes
yeux glissent sur lui telle une caresse et je veux en savoir plus. Sa mâchoire se
contracte pendant que je l’observe et mes mains se joignent à mon regard, se
posant sur sa peau chaude. Je caresse ses flancs, ses hanches et effleure la pointe
de son sexe qui se soulève en réponse. Il n’est pas d’une longueur vertigineuse, il
semble même plutôt dans la moyenne, en revanche il possède une largeur qui me
surprend. Si j’ai deviné que Paul était bien membré, je ne me serais pas doutée
qu’il s’agisse surtout de sa circonférence.

Il m’attend sagement, certainement impatient. Je grimpe sur lui à


califourchon, frottant mon intimité contre la sienne. À ce contact, sa queue déjà
bandée tremble. Je me penche sur lui et l’embrasse langoureusement avant de
me relever et d’introduire dans sa bouche la boule d’un bâillon que je recouvre
d’un foulard. Toujours assise sur lui, je caresse son corps et commence à le
branler doucement, il est à moi, totalement, ici et maintenant. Je m’assure donc
qu’il souhaite le rester pour toujours. Je commence une fellation que je sais
parfaite entre plaisir profond et caresse sensible, il se tend à chaque coup de
langue sur son gland et ses gémissements étouffés traversent le bâillon. Il semble
presque faible, démuni, désemparé, épris d’un désir et de sensations qu’il
découvre tout juste. J’atteins doucement mon but : je sais qu’il ne pense plus à
rien en ce moment même, il a arrêté d’analyser la situation et se laisse totalement
aller.

Avant même qu’il ne puisse jouir, j’arrête la fellation, l’abandonnant au bord


de l’orgasme. Je fais glisser à la base de son gland un anneau vibrant que je mets
en route et ajoute des pinces reliées par une chaîne à ses tétons. À ce contact
étranger et froid il serre les poings. Je me rassieds, prenant sa verge dans mes
mains avant de la faire coulisser en moi, ses gémissements se transforment en un
grognement profond. Je me laisse glisser totalement sur lui, appréciant
l’amplitude qu’il m’offre et savourant la caresse de son membre contre les parois
de mon vagin, encore très ajusté pour sa queue, avant de me relever dans une
lenteur à le faire succomber.

Il tire sur ses liens de soie pour se détacher, je sais qu’il veut me tenir entre ses
mains comme tous les hommes ayant une femme à califourchon sur eux. Je tire
sur la chaîne qui relie les pinces à ses tétons et lui ordonne de rester tranquille.
Lorsque ces dernières enserrent ses pointes rosées, il lâche un cri étouffé par le
bâillon et son torse s’arque sous moi. Son sexe rentre plus profondément que je
ne peux retenir à mon tour un couinement de surprise. Lorsqu’enfin, il relâche
ses muscles je me lance dans des va-et-vient mesurés, sentant les vibrations de
l’anneau contre les parois de mon sexe et sa queue me remplissant totalement.
Chaque mouvement m’offre le plaisir que j’espérais et ils trouvent écho en moi
grâce à la moindre veine de sa bite gonflée.
Ses gémissements m’excitent énormément et j’ai envie de continuer à
ressentir chaque millimètre de son sexe. Je suis tentée d’accélérer pour savourer
plus en avant notre échange. Il se cambre de plus en plus et tente de cadencer la
pénétration. Je comprends qu’il a envie de jouir et je le calme rapidement, lui
refusant sa jouissance tant que je ne lui aurai pas ordonné. Il faut qu’il prenne
pleinement conscience de mon rôle de maîtresse. Il hoche la tête en guise de
réponse, je continue alors mes mouvements et m’accroche à la chaîne ce qui tire
sur les pinces, lui arrachant un délicieux grognement. J’accélère, laissant
échapper à mon tour des gémissements, me sentant décoller. Ses jambes se
contractent, son torse se contorsionne et je sens bien qu’il tente de se retenir. Je
me laisse aller, m’empalant toujours plus sur son sexe, tout en lui ordonnant de
faire de même.

Il ne se fait pas prier plus longtemps, je m’apprête à jouir lorsque je le sens


exploser en moi ce qui finit de m’emporter. Je reprends mon souffle et mes
esprits. Je regarde mon soumis, fière de lui, je l’embrasse une dernière fois puis
me relève.

Un œil sur l’heure : 18 heures 30, il faut qu’on arrête là. Je me rends dans la
salle de bain, lance l’eau de la douche le temps qu’elle chauffe et retourne le
détacher. Lorsque je lui ôte le ruban de soie, Paul ne me regarde pas, ses yeux
semblent perdus dans le vide.

— Tout va bien ?

— Oui maîtresse.

— On va faire une pause, va sous la douche, j’arrive.

Il part pendant que je range le matériel et remets de l’ordre dans la chambre.


Je sors ma tenue suivante et prépare mes affaires pour la suite avant de le
rejoindre. Il est sous l’eau, immobile. Je m’inquiète de le voir ainsi, y suis-je
allée trop fort pour une première ? Cela ne m’a pourtant pas semblé si violent
que ça, mais dans mon emportement du moment, peut-être ai-je fait quelque
chose de travers ? J’ai pourtant veillé à garder le contrôle de mes actes et des
siens pour ne pas nous mettre en danger ou le blesser. J’entre dans la cabine et
passe devant lui. J’inspecte son corps et pas une seule marque ne m’apparaît.
Enfin, je passe mes mains sur son torse, le caresse doucement. Son regard
continue de fixer le mur de la douche.

— Paul, parle-moi, ça va ?

— Je crois que oui.

— Tu n’as pas l’air bien, j’ai fait quelque chose qui t’a déplu peut-être ? J’y
suis allée trop fort et je t’ai fait mal ?

— Non, non du tout, ne t’inquiète pas.

— Alors quoi ? Qu’est-ce qui se passe dans ta tête là ?

— J’ai… Je crois que j’ai… aimé ça.

— Et ?

— Tu m’as fait mal, j’ai cru que mes tétons allaient s’arracher. Tu m’as
dépossédé, privé de toute liberté et de tout mouvement, utilisé comme bon te
semblait, comme si je n’étais qu’un sex-toy à ta merci, interdit de jouir jusqu’à
ce que tu en décides et j’ai aimé ça… Comment c’est possible ? Comment on
peut aimer être traité de la sorte ?

Je ne peux m’empêcher de sourire. Ça y est, il commence tout juste à


comprendre ce qu’implique le BDSM et il a encore beaucoup de choses à
découvrir. Il entrevoit seulement la partie visible de l’iceberg et se découvre
pourtant une nouvelle personnalité qui était bien cachée jusque-là. Une part de
lui bien plus sombre qu’il doit apprendre à connaître, à apprivoiser. Une part
dont il ne soupçonnait même pas l’existence alors qu’elle attendait sagement
qu’on la mette en lumière. Il lui faudra du temps pour s’accepter, pour admettre
qu’il aime ça, que cela fait partie de lui, et qu’il est bon de se laisser aller à ces
instincts-là : se soumettre, recommencer à en perdre la raison, ne plus vouloir
que ça, tout le temps, à chaque fois. Maintenant, le sexe classique et convenu lui
paraîtra fade à côté de ce qu’il vient de découvrir. Comme un goût de cendres
dans la bouche lorsque l’on a goûté au feu. Une partie de jambes en l’air basique
sera une maigre récompense face à une jouissance dangereuse, un désir brut, un
plaisir sauvage, un fantasme enfin assouvi.

Je le prends dans mes bras et il me serre contre lui, je reste un moment ainsi,
trop bien pour bouger. Puis, nous nous lavons mutuellement. Enfin, il peut
regarder mon corps et l’apprécier, il s’en donne à cœur joie et s’occupe
parfaitement de moi. Mais je dois me dépêcher, je mets fin à notre instant de
connivence. Il m’aide à enfiler ma robe rouge sang, ainsi que mes bas, puis nous
allons dans le salon discuter en attendant l’arrivée de Théo. J’en profite pour lui
resservir un verre et lui offrir une accalmie dans cette journée de domination.

— Ça y est, tu es redescendu sur terre ?

— Pas tout à fait pour être honnête, il va me falloir un peu plus de temps.

— C’est normal, tu verras qu’on ne s’y habitue jamais vraiment.

— La sensation de planer revient à chaque fois ?

— À peu près, d’autres s’y ajouteront par la suite. Maintenant, j’attends un


invité qui restera avec nous le reste du week-end, il ne devrait plus tarder.

— Ha bon…

— Ça fait partie de ta formation, tu auras régulièrement des séances partagées,


tu te souviens ?

— Je croyais que c’était strictement privé…

— Ça l’est, tes pratiques et celles des autres sont privées, mais ça n’empêche
pas le dominant de choisir qui sera là.

Paul se rembrunit, certainement déçu d’apprendre qu’il ne sera plus seul avec
moi, je le comprends, mais je n’ai pas le choix. Théo était là bien avant lui. Et
cela faisait partie du deal.

— Bien, on va reprendre en mode BDSM, je m’occuperai de lui, tu seras là


pour m’assister si j’ai besoin de toi et surtout pour regarder. Les règles du
soumis te sont toujours applicables, comporte-toi comme tel. Enlève ton t-shirt,
reste juste torse nu.

— Bien maîtresse.
Lorsque Théo arrive, je lui ouvre et lui signale de suite que Paul est parmi
nous ce soir. À ma grande surprise, il accepte facilement cette nouvelle et le
salue chaleureusement. Il se met rapidement torse nu et les voir ainsi tous les
deux, côte à côte, provoque en moi une sensation étrange. Ils sont
diamétralement opposés. Théo est brun aux yeux noirs, de taille moyenne, mais
très musclé. Il s’entretient volontairement pour ça. Quant à Paul, il est blond aux
yeux bleus, plutôt grand et fin. Le contraste est relativement frappant.

J’explique à Théo que j’ai décidé de cette première séance en duo pour qu’il
serve d’exemple à Paul. Ainsi, je l’utilise pour montrer à cet autre soumis les
positions qu’il doit adopter, la manière dont il doit se déplacer et comment il doit
obéir correctement à mes ordres. Cependant, il apprend très vite et il ne faudra
pas beaucoup de temps pour faire le tour de la question. Je décide donc de passer
à la suite et de m’occuper de Théo.

— Paul, viens près de moi.

Il se déplace à quatre pattes et se positionne à genoux près de mon pied


gauche, attendant un ordre pour agir et regardant Théo du coin de l’œil. Je pose
ma main sur sa tête et lui caresse les cheveux, il semble surpris, mais se laisse
faire.

— Théo, regarde-moi.

Il relève la tête et me regarde dans les yeux. On se comprend, il sait déjà ce


qui l’attend et ne demande que ça.

— Tu as failli à ton devoir de soumis, tu as eu une séance sans préparation


contrairement à mes recommandations avec une autre domina. Suite à cela, tu as
compromis mon week-end de domination et les plans que j’avais faits. De plus,
tu as privé ta maîtresse d’un mois de séance le temps de ta récupération. Et tu as
gâché sa soirée avec un ami.

À ces mots, Paul se raidit, il semble se rappeler le soir où Théo a débarqué en


sang. Théo, quant à lui, soutient toujours mon regard comme ordonné, et
j’aperçois une flamme danser dans ses prunelles, un mélange d’inquiétude et
d’excitation. La pièce est remplie d’une tension dangereuse et sexuelle,
empreinte d’une teneur animale, habituelle lorsqu’il s’agit de Théo.
— Pour tes actes irréfléchis, l’attente et le déshonneur que tu as causé à ta
maîtresse, tu recevras une punition. Elle sera à la hauteur de tes erreurs, et suite à
cela, peut-être alors, je te pardonnerai.

— Oui ma reine, je ferai tout ce que vous voudrez pour obtenir votre pardon.

— Je l’espère bien. Paul ?

Le blond sursaute en entendant son prénom et ne semble pas vraiment rassuré


par ce que mes paroles augurent, alors je continue de caresser ses cheveux pour
tenter de le détendre.

— Oui maîtresse ?

— Tu étais là lorsque Théo est arrivé, tu as eu un regard extérieur sur ce qui


s’est passé. Selon toi, quel serait le niveau de douleur que Théo devrait recevoir
sur une échelle de zéro à dix ?

Paul déglutit et regarde Théo, qui reste concentré sur moi. Il semble réfléchir,
tandis que le brun attend sagement sa sentence, ce qui doit certainement
surprendre mon novice qui commence visiblement à angoisser vu la transpiration
qui perle à présent sur son front.

— Je ne sais pas maîtresse.

— N’aie pas peur, tout va bien, donne-moi un chiffre.

— Cinq madame.

— Cinq seulement ? Théo…

— Oui ma reine ?

— Trouves-tu ce degré de punition suffisant pour tes actes ?

— C’est à vous d’en décider maîtresse, je ne suis pas apte à en juger.

— En effet, tu es bien trop stupide pour ça. Je pense que sept serait pas mal,
voire huit. Lève-toi !
Théo obéit sans attendre. Je me penche vers Paul qui sursaute au contact de
mon visage près de son oreille et je lui chuchote pour le rassurer :

— Ne t’inquiète pas, il a l’habitude et il connaît ses mots de sécurité.

Il acquiesce de la tête et je me relève. Le jupon de ma robe glisse le long de


ma jambe et frôle Paul qui tressaille, il n’est vraiment pas serein. Je m’approche
de Théo doucement et inspecte son torse nu. Il s’entretient régulièrement,
sûrement a-t-il même fait du sport ce matin, ses abdos sont saillants et ses
muscles ressortent bien. Je vérifie du bout des doigts les cicatrices laissées par
l’autre domina. Elles se sont bien refermées, mais ont laissé de fines marques
brunes sur sa peau. Théo frissonne à chaque contact et ses poils se dressent sur
ses bras.

— Va dans la chambre, mets-toi debout sur la bâche ! J’arrive.

Théo s’éclipse dans la chambre et Paul reste à sa place. Je lui demande de me


rejoindre et il s’exécute. Je lui ordonne de me regarder dans les yeux.

— Je vais punir Théo, tu vas venir avec nous dans la chambre et regarder. Je
t’interdis de détourner le regard, si je fais ça, c’est pour que tu apprennes.

— Oui maîtresse.

Je vais chercher dans le frigo une bouteille de cidre que j’ordonne à Paul
d’ouvrir. Nous rejoignons mon autre soumis qui attend sagement debout au
milieu de la bâche. Je lui fais retirer son pantalon et me dirige vers lui, attrapant
les deux chaînes qui pendent des anneaux au plafond.

— Paul, pose la bouteille et amène-moi les bracelets.

Le blond me tend deux bracelets en acier que j’ai laissés sur la commode.
J’attache ces derniers aux poignets de Théo et y accroche les chaînes sur
lesquelles je tire de manière à ce que mon soumis entravé se retrouve en appui
sur ses jambes fléchies. Tous ses muscles sont sous tension que ce soit les
jambes ou les bras. Je ne peux m’empêcher de l’observer un instant, trouvant sa
position délicieuse.

— Soumis, pour ta punition, tu seras recouvert de cidre, puis tu recevras trente


coups de martinet, tu seras ensuite à nouveau mouillé. Je verrai par la suite ce
que je fais de toi.

Théo ne répond pas, se préparant à recevoir sa sentence. Je verse la moitié du


cidre sur son corps, le but étant de rendre sa peau humide et que l’alcool marque
les coups de picotements. Le martinet s’abat doucement pour le début du sévice,
comme d’habitude. Je fais très attention aux cicatrices déjà présentes et m’assure
qu’il ressente la douleur comme il l’aime sans pour autant le blesser.

La force de mes coups, au fur et à mesure que je les donne, s’accentue. Théo
gémit d’abord puis se met petit à petit à crier. Paul regarde la scène avec
difficulté, tentant de ne pas détourner les yeux et serre les dents à chaque coup
claquant contre la peau ferme de mon soumis. Il sait qu’il n’a pas le droit de me
regarder moi, aussi il observe les réactions de Théo qui se cambre de douleur. Je
peux voir la peur sur son visage, l’inquiétude presque palpable qui déforme ses
traits. Je m’inquiète pour lui, pour son ressenti, la suite de son aventure, mais je
dois d’abord finir ceci. Une fois les trente coups passés, Paul souffle, de
soulagement j’imagine, il pense que le châtiment est terminé jusqu’à ce qu’il me
voit revenir avec la bouteille. Il regarde Théo avec pitié lorsque je verse l’alcool
sur son dos rougi. Le martinet a, comme prévu, griffé la peau, mais n’a pas
ouvert la chair, seules des marques rouges subsistent, et elles partiront
facilement. Le liquide coule sur son dos et une multitude de bulles s’y forme,
s’accrochant à ses blessures. Théo subit sa punition sans se plaindre, et n’utilise
à aucun moment son mot de secours. Lorsque j’en ai enfin terminé avec lui, Paul
le détache sous mes ordres, et le brun se remet en position comme si de rien
n’était. J’observe discrètement les réactions de mon blond, j’ose espérer qu’il
apprendra vite.
6
Paul se remet tout juste de ce qu’il a vu, tremblant tandis que Théo, trempé,
attend sagement la suite. Je laisse à mon soumis blond le soin de l’essuyer
légèrement et je vais m’asseoir dans un fauteuil en face d’eux.

— Paul, aux pieds !

Il m’observe dubitatif, mon regard le rappelle à l’ordre car il oublie qu’il n’a
pas été invité à poser les yeux sur moi. Il se précipite à mes pieds laissant son
acolyte à sa place. Théo est beau comme ça, détendu, le corps luisant,
transpirant, son visage fatigué, mais soulagé. Je ne doute pas qu’il ait apprécié sa
punition.

— Théo, je ne vais pas t’accorder le droit de jouir ce soir. Mais ce n’est pas
pour autant que je n’ai pas le droit à mon plaisir.

— Oui madame.

— Viens ici.

Théo se met à quatre pattes pour nous rejoindre, Paul étant à mes côtés.
J’écarte les jambes et soulève ma robe. Je ne porte que des bas pour tout sous-
vêtement, je dévoile ainsi mon sexe à la vue de mes soumis. Théo s’agenouille
en face de moi, regardant ravi et attendant les ordres. Je l’attrape par les cheveux
et je viens le placer entre mes cuisses humides de désir.

Sans que je n’aie à rajouter quoi que ce soit, mon soumis brun commence à se
repaître de ce que je lui offre, sous les yeux de Paul qui nous observe. À son tour
je le saisis avec rudesse par sa tignasse blonde, lui arrachant une grimace, et je
l’embrasse à pleine bouche. Il manque de se débattre par instinct, mais se
reprend rapidement se rappelant sans doute quelle punition je peux lui dispenser.
Je le relâche, mes yeux rivés aux siens, un hochement de tête suffit à lui faire
comprendre que je le laisse respirer et je me concentre sur le plaisir que Théo est
en train de me donner.

Ce dernier est très doué pour les cunnilingus, c’est même son point fort, il sait
me faire perdre pied en quelques secondes. Je ressens sa langue chaude lécher
délicatement mes lèvres. Il se délecte de mon nectar avec tant de gourmandise
qu’il m’envoie des vagues de chaleur dans tout le corps. J’ouvre encore les
cuisses et y enfonce sa tête plus profondément. Il connaît très bien l’anatomie de
la femme, et sait que les petites lèvres sont des terminaisons du clitoris. Du bout
de la langue mon soumis les titille longuement faisant naître dans mon ventre
d’agréables frissons. Puis doucement il remonte vers mon bourgeon gonflé de
plaisir, et entreprend tantôt de le lécher, tantôt de le suçoter. De temps en temps,
il recule légèrement et de son souffle rafraîchit mes chairs brûlantes pour ensuite
les reprendre en bouche. Il varie les plaisirs comme un dieu, me faisant gémir
sans retenue. Je garde une main appuyée sur sa tête et ferme les yeux depuis un
moment m’évadant petit à petit vers l’orgasme.

Lorsque je les rouvre, je surprends Paul qui me regarde. Rapidement il baisse


les yeux et rougit, honteux de s’être fait surprendre. À nouveau attentif à ce qui
se passe entre mes cuisses, je remarque que son regard déborde aussi de
gourmandise. Je relâche la tête de Théo et le repousse, faisant signe à Paul de le
remplacer. Le brun s’éclipse tandis que le blond prend sa place, à genoux devant
moi. Un instant il observe mon sexe, avant de se décider à y goûter. Et il ne sait
vraiment pas s’y prendre ! J’en viens même à me demander si c’est son premier
cunnilingus. Je me rappelle alors la liste regroupant ses rares expériences
sexuelles, et reconnais qu’il n’a pas dû avoir souvent l’occasion d’en faire. Il se
contente de lécher mon clitoris comme une boule de glace. Le fait que je ne
gémisse pas semble l’agacer et ses coups de langue n’en deviennent que plus
insistants. Il la plaque contre mes chairs sans ménagement, essayant de me sucer
tout en oubliant qu’il a des dents… Il ne réussit qu’à me faire mal.

Je le repousse et décide que c’est une leçon que Théo doit lui donner. Je fais
signe au brun de revenir et ordonne à mon novice de bien observer comment il
s’y prend pour me faire jouir une prochaine fois. Visiblement cette remarque le
vexe, mais tout le monde a besoin d’apprendre un jour, et mon rôle de maîtresse
consiste aussi en cela.

Théo s’applique encore plus qu’à son habitude et le plaisir qu’il me procure se
répand rapidement dans tout mon corps. Mes jambes se mettent à trembler avec
force. À ce rythme je ne vais pas tenir bien longtemps, mais je retiens mon
orgasme pour laisser à Paul l’occasion de bien s’imprégner de sa technique. À
nouveau emportée par la langue qui me fouille et me caresse, je ne peux plus
lutter et ferme les yeux. Un juron annonce ma jouissance, et je me répands dans
la bouche avide de mon soumis. Apaisée et sereine, mes muscles se détendent
d’un coup. Je me sens comme une poupée de chiffon, privée de toute énergie.

D’un signe j’informe mes soumis que nous avons fini notre séance, et
j’indique à Théo la salle de bain. Il se relève et m’embrasse longuement, je peux
me goûter sur ses lèvres ce qui ne manque pas de m’exciter à nouveau. Je me
contrôle et le repousse gentiment en lui souriant. La séance étant terminée, il a le
droit de m’approcher à sa convenance, mais m’embrasser ainsi n’est pas dans ses
habitudes.

— Tu es magnifique dans cette tenue et surtout quand tu jouis !

Il me fait un clin d’œil, et j’aperçois Paul en retrait qui semble énervé de ce


petit jeu. C’est évident que Théo cherche à marquer son territoire, ou du moins
sa place en tant que « premier soumis ». Il rappelle qu’il était là avant, et que lui
sait me faire jouir. Je prends conscience que ça ne va pas être facile : il y aura
visiblement de la concurrence entre eux. Sachant Théo très taquin, il s’amusera
sûrement à titiller Paul, et comme ce dernier est assez susceptible, il risque d’y
avoir des étincelles ! Le brun disparaît dans la salle de bain, tandis que Paul
m’aide à ranger. Il est raide dans ses gestes, et m’ignore totalement. De toute
évidence il est vexé, touché dans sa virilité et m’en veut de l’avoir ainsi éloigné.
Je comprends tout à fait sa réaction, à vrai dire j’aurai certainement eu la même,
mais il va s’améliorer je n’en ai aucun doute. Son point fort doit se trouver autre
part, là où Théo n’excelle pas, il faut simplement le découvrir. Cependant je ne
peux pas le laisser faire la grimace toute la soirée, cela ferait trop plaisir à Théo.

— Arrête de bouder, tu n’es plus un enfant… Théo te taquine, alors ne rentre


pas dans son jeu, sinon tu lui donneras satisfaction.

— Je n’ai pas réussi à te faire jouir.

— Tu apprendras, tu ne fais que commencer. Théo a des années de pratique


derrière lui. Sers-toi de son expérience, apprends avec lui et deviens le meilleur.

— Je ne suis pas sûr que ça puisse marcher comme ça…

— Si l’expression « quand l’élève dépasse le maître » existe, c’est bien que ça


fonctionne !

Je l’enlace et l’embrasse pour l’apaiser. Il se laisse faire et ses mains attrapent


mes hanches pour me plaquer contre son corps. J’aime cette façon qu’il a de me
toucher, j’y ressens son envie de me garder pour lui. À vrai dire, moi aussi je
pourrai être tentée. À son baiser plus pressant, à ses mains qui cherchent à me
porter, je devine qu’il aimerait fermer la porte et me prendre là, sans
préliminaire. J’hésite, il est vrai que je me sens bien avec lui, je pourrai
facilement le laisser faire, mais je ne peux pas le permettre. Il faut que je mette
des limites entre nous. Quand il est mon soumis : oui, mais quand il est mon ami
– mon meilleur ami – je ne dois pas succomber. De toute façon, le simple fait de
l’avoir pour soumis met un point définitif à la possibilité d’avoir une relation de
couple avec lui.

Je retiens ses gestes et lui souris, une main sur son torse pour maintenir une
petite distance entre nous. Il me faut remettre les choses à leur place.

— Ne boude pas, mais n’en profite pas non plus pour montrer que je
t’appartiens, car ce n’est pas le cas.

— Bien…

Théo ne tarde pas à nous rejoindre dans le salon et s’installe sur le canapé à
côté de Paul. J’ai volontairement choisi de m’asseoir dans un fauteuil, seule,
pour ne pas provoquer plus de jalousie qu’il y en a actuellement. Je regarde mes
deux soumis, qui maintenant ne sont plus que mes amis puisque la séance est
terminée. Je veux simplement que l’on discute de leur ressenti, afin que Paul
comprenne ce que pense Théo de son châtiment. Un échange de point de vue qui
pourrait lui faire du bien.

— Théo, comment était ta punition ?

— Délicieuse comme toujours, les bulles sur les éraflures c’est exaltant !

— Et au niveau de la douleur ?

— Ça a commencé doucement, mais ça valait bien un 8 par la suite. Et ma


partie préférée était bien entendu la récompense.
— La récompense ? demande Paul surpris.

— Le cunnilingus que j’ai offert à Théo a été vécu comme une récompense,
certes il n’a pas joui, mais il a eu la possibilité de faire jouir sa maîtresse et de
goûter à sa jouissance.

Théo sourit ravi tandis que Paul darde sur lui un œil sombre. Il souffle et se
renfrogne préférant se concentrer sur la baie vitrée.

— Les garçons, pas de jalousie, je vous prie. J’ai une relation différente avec
chacun de vous, et il n’y a pas de préférence. Théo arrête ton petit jeu puéril
parce que ça va vite m’énerver, Paul est là pour apprendre et découvrir, pas pour
te faire concurrence.

Le brun se redresse, piqué au vif par ma remarque et s’excuse auprès de Paul.


Je préfère largement ça à une guerre incessante. Maintenant je veux savoir
comment se sent Paul.

— Comment as-tu vécu cette première expérience ?

— Ça va, je m’attendais à pire.

— Tu as pu assister au genre de punition que je donne. Celle-ci était déjà


assez haute. Le degré monte avec l’expérience et selon la faute que tu as
commise. Je ne te punirai pas aussi fort au début, mais ça te donne un aperçu de
ce que tu risques par la suite. Tu veux toujours continuer ?

— Oui… Pour le moment.

— Tant mieux, sinon ton contrat est là, tu peux demander à le clore quand tu
le souhaites.

— D’accord.

Je me lève pour aller dans ma chambre et je reviens avec une boîte à bijoux
carrée que je donne à Paul. Il me regarde surpris puis l’ouvre, découvrant un
bracelet tressé de deux lacets de cuir noir et d’un fil d’acier, surmonté d’un petit
cylindre auquel pend un anneau.
— Qu’est-ce que c’est ?

— La fin de ta liberté mec !

Théo est hilare tandis que Paul le regarde de travers, ne comprenant pas ce
que cela signifie. Je ne lui ai pas encore parlé du « collier de soumis ».

— C’est le symbole de ton appartenance. Ce bracelet signifie que tu es mon


soumis et tu devras le porter à chaque fois que tu seras avec moi en tant que tel.

Il scrute le bijou comme si sa vie allait changer du tout au tout et hésite. Puis il
regarde les poignets de Théo et remarque qu’il possède le même à peu de choses
près des initiales qui y sont gravées.

— Il a le même que toi, seulement sur son bracelet ce sont les initiales T et C
qui sont gravées, alors que sur le tien j’ai fait graver P et C. Théo explique lui le
principe.

— C’est simple mec, quand tu vois Célène pour une séance de domination tu
portes ton bracelet. Si vous sortez tous les deux en tant que maîtresse et soumis,
tu le portes aussi. Et si c’est un week-end de domination qui est prévu, mais que
vous faites des pauses pour revenir à des rapports amicaux : tu le gardes tout de
même.

— D’accord, donc là il faudrait que je le mette.

— Exactement, et lorsque tu sortiras avec elle le bracelet permettra aux autres


de voir que tu es son soumis.

Paul enfile le bracelet et le caresse du bout des doigts. Il lui va bien. Je ne


peux m’empêcher de me demander ce qu’il lui passe par la tête à cet instant.
Comprend-il que c’est un moment important dans la vie d’un soumis ? Certains
en font même toute une cérémonie, pour moi il n’est pas nécessaire d’en faire
quelque chose d’aussi officiel. C’est « simplement » un bracelet qui représente
ce qu’il est. Pour ma part je n’ai jamais eu l’occasion de porter le collier d’un
soumis, car mon ancien dominant ne s’en préoccupait pas. Cela explique peut-
être pourquoi je n’en fais pas tout un cérémonial.

— J’ai également un bracelet gravé de vos initiales à tous les deux. Je le porte
pour signifier que vous m’appartenez, que nous avons un lien et que ça
m’engage à m’occuper de vous. Sinon concernant ce week-end on va continuer
gentiment histoire que vous fassiez connaissance les garçons, car vous allez être
amenés à vous voir assez souvent.

— En effet, c’est ce que j’ai cru comprendre, rétorque Théo. On aura quand
même le droit à des séances en privé ?

— Évidemment, vous ne serez pas toujours tous les deux !

— Et la prochaine séance, maîtresse ?

Théo me défie et semble s’en amuser. Il cherche sûrement à tester mes limites
face au petit nouveau. Il vérifie si je change de comportement, si je suis prête à
renoncer à nos habitudes pour préserver un peu Paul. Il fait fausse route. Je suis
plutôt du genre déterminée.

— Le week-end prochain je suis occupée, j’ai une réunion de famille, mais le


week-end d’après on a le salon.

Tous deux me regardent et s’exclament en même temps, ce qui a le don de me


faire rire.

— Le salon ?

— Exactement, le salon de l’érotisme.

— C’est dans deux semaines déjà ? demande Théo soudain surexcité.

— Qu’est-ce que c’est que ce truc ? questionne Paul, méfiant.

— C’est un salon où se rencontrent les différents univers de l’érotisme :


danses, pratiques, tenues, jouets, films… Tout ce qui concerne le sexy, le sexuel
et autres…

— Et je dois vraiment y aller ? s’exclame Paul, inquiet de finir dans ce genre


de lieu.

— Maintenant oui, il va falloir que tu t’y habitues.


Il baisse les yeux, encore gêné de cette situation. Je le trouve vraiment mignon
et attachant quand il fait cette tête, on dirait un petit garçon. Le reste de la soirée
se passe bien et nous dormons tous les trois ensemble. Entourée de mes deux
soumis je me sens bien. Nous nous quittons le dimanche, avec la promesse de
nous revoir pour notre séance au salon de l’érotisme.
7
La semaine juste avant le salon se déroule normalement. Paul et moi bossons
comme des fous en prévision des partiels qui approchent. Nous sommes
éreintés ! Margot me contacte le vendredi pour avoir de mes nouvelles et elle
propose qu’on se voie, ça fait un moment que je ne suis pas sortie avec elle.

— Hey, ça va ?

— Fatiguée, et toi ?

— Tu ne voudrais pas qu’on aille quelque part ce soir ? Je m’ennuie…

— Je n’ai pas trop envie de bouger là, mais si tu es sur Toulouse passe prendre
un verre qu’on discute un peu !

— Ouais super ! Je me prépare, et j’arrive.

— À tout à l’heure, bisous !

En attendant que mon amie me rejoigne, je reste à me détendre chez moi, et


j’en profite pour inspecter mon Facebook de domina, ça fait environ un mois que
je ne m’y suis pas connectée. À chaque fois que j’y retourne, j’ai l’occasion de
constater que c’est un milieu en perpétuelle évolution : j’ai encore reçu une
cinquantaine de demandes d’ajouts et de nombreux messages de personnes qui
souhaitent se soumettre à moi alors que je ne fais plus de virtuel.

J’ai toujours soigneusement fait le tri, prenant le temps de choisir mes


contacts et de vérifier les informations de ces profils plus ou moins douteux se
proposant à moi. Me méfiant par-dessus tout des demandes féminines, car il
s’agit souvent d’hommes se faisant passer pour des femmes, ou bien de
moneymiss, et dans de trop rares cas, de vraies soumises. Parfois j’ai eu le plaisir
de tomber sur des perles qui sont devenues de bons copains, ou même des amis
tenus en haute estime.

Margot arrive, légèrement en retard, mais comme toujours elle est rayonnante
et de bonne humeur. Elle est très bien apprêtée et son habituel trait d’eye-liner
met ses yeux en valeur de belle manière. Je l’accueille dans le salon et la laisse
s’asseoir avant de lui proposer un verre. C’est en sirotant nos boissons que nous
entamons la discussion sur les chapitres successifs de nos vies étudiantes bien
remplies. Elle ne manque pas de remarquer que j’ai l’air épuisée. Je détourne la
conversation sur sa soirée à venir, bien plus trépidante que mes révisions de la
semaine. Je cherche surtout à glaner des informations sur son programme : est-ce
qu’il y aura des garçons ? Où va-t-elle rejoindre ses autres copines ? J’ai toujours
aimé tout savoir de ses amants, de ses secrets… Nous n’avons jamais eu de
retenue sur nos vies privées, et nous nous livrons l’une à l’autre avec plaisir.

— Bon, sinon, tu vas où ce soir ?

— Je sors en boîte avec les filles, mais avant nous allons dans un bar. Tu es
sûre que tu ne veux pas venir ? Ça te changerait les idées.

— C’est gentil de me proposer, mais je suis crevée. Et demain je vais au salon


de l’érotisme toute la journée. D’ailleurs j’ai oublié de t’en reparler ! Tu es
toujours partante pour m’y accompagner ?

— Oui bien sûr !

— Ho super ! Avec les révisions j’ai complètement oublié de te le rappeler,


excuse-moi !

— Non, t’inquiète, c’est bon !

— On s’y retrouve dans l’après-midi à partir de 15 heures. Il y aura Théo,


Paul et Kevin !

— D’accord, je viendrai ! Et sinon toi côté mecs ou filles t’en es où ?

— Ho bah les mecs, j’en ai assez avec mes deux soumis pour ne pas m’en
rajouter d’autres si tu vois ce que je veux dire…

— Ah oui ! Évidemment ! Et les filles ?

— Je me suis calmée. J’ai eu une période où je draguais souvent. Mais là ça


m’est égal. Pas que je ne mate pas hein ! C’est juste que je ne cherche plus
vraiment, puis avec tout le boulot que nous avons à la fac et les deux autres là, je
n’ai plus le temps pour ça !

— Tu m’étonnes ! À t’entendre on dirait que tu n’es pas contente d’avoir tes


deux soumis.

— Ho non, je les adore ! Mais c’est d’autant plus de choses à gérer. Et toi ? Ça
fait longtemps que je n’ai pas eu de petites anecdotes

— Ah, je ne t’ai pas raconté la dernière ! J’ai rencontré un mec en boîte, et il


est vraiment sympa. Attends ! Il faut que je te montre sa photo, il est trop beau !

Elle sort son téléphone de son sac et commence à chercher dans ses messages
avant de me présenter la photo d’un jeune homme typé asiatique. Il faut avouer
que dans son genre il n’est pas mal du tout ! Elle me raconte tout ce qu’elle sait
de lui, tout ce qui s’est passé depuis et ses espérances quant à leur future relation
qu’elle souhaite purement sexuelle. Elle a toujours eu du mal à s’attacher et à
avoir une relation de couple stable. Je la comprends en même temps, pourquoi
s’enfermer quand il y a autant de poisson dans la mer ? Moi-même j’ai pris la
décision de ne pas me remettre en couple, j’ai envie de profiter de ma jeunesse
pour vivre comme bon me semble. Son téléphone vibre, et elle regarde le
message qu’elle vient de recevoir.

— Je vais devoir te laisser, les filles se demandent où je suis.

— Pas de soucis ! On se voit demain !

Margot repart, et je reprends l’inspection de mon compte Facebook, regardant


les nouveautés et me mettant à la page concernant mes amis. Un de mes anciens
soumis, Tim – mon chouchou adepte du foulard – me demande des nouvelles :
comment se passent mes cours, si je vais bien et si je compte reprendre la
domination virtuelle. Il me dit « ô combien » je lui manque et qu’il refuse toute
autre maîtresse que moi, me suppliant même de vite revenir pour le reprendre en
main. Je suis toujours touchée par ce genre de démonstration de la part de mes
soumis, particulièrement de Tim avec qui j’ai toujours eu un bon feeling et à qui
je repense souvent. Il a toujours su utiliser les bons mots pour me toucher, et il
me donne presque envie de reprendre. Mais c’est sans compter sur ma volonté de
fer. Cependant je ne peux pas m’empêcher de penser que si je reprends la
domination virtuelle un jour, ce serait assurément pour des soumis comme lui.
Le lendemain, jour de notre rendez-vous au salon de l’érotisme, je retrouve
tout le monde devant la salle d’exposition. Mes soumis sont chacun moulés dans
un jean sculptant leur fessier à la perfection, et leur chemise cintrée laisse
entrapercevoir leur torse bien bâti. Ils vont en faire baver plus d’une et je
constate déjà de nombreuses têtes se tourner vers eux. Moi-même j’ai du mal à
rester stoïque. Je prends Kevin et Margot dans mes bras tour à tour pour leur dire
bonjour, tandis que je tends mes mains vers mes soumis. Ils les embrassent, et je
les attire à moi pour les serrer également. Tous deux me regardent avec
gourmandise, m’admirant sur mes talons hauts, vêtue de ma robe noire à dos nu
dont le haut se ferme sur la nuque à l’aide d’une mince chaîne.

Nous nous dirigeons vers l’intérieur et nous mêlons à la foule déjà dense. Les
allées sont bondées, de chaque côté s’étendent des stands de bien-être, de
vêtements, de dessous, d’accessoires coquins, de sex-toys et d’un tas d’autres
objets plus ou moins explicites. Il s’en dégage une bonne ambiance. On ne peut
cependant nier la tension sexuelle qui sature l’atmosphère. Les gens portent des
tenues particulières de façon décomplexée : latex, cuir, vinyle, dentelles
suggestives et même cuissardes. Travestis, transgenres, BDSM, poupées
gonflables, il y en a de tous les genres. Je me sens à l’aise et à ma place.

Nous déambulons sans but lorsque je m’arrête devant un stand de meubles et


d’accessoires pour le BDSM. De nombreuses personnes attendent devant,
regardent, touchent et je veux faire partager ça à mes soumis. Plus
particulièrement à mon petit novice qui ne demande qu’à apprendre. Je me
tourne vers eux.

— Soumis, aux pieds !

— Oui madame, répondent-ils d’une seule voix avant de se rapprocher de


moi.

— Vous allez regarder ce qui se trouve ici et dans les stands alentours.
Choisissez chacun quelque chose qui vous plaît, et venez me trouver pour me le
présenter.

— Bien madame.
Ils s’éloignent aussitôt, dociles. Je me tourne vers Margot et Kevin. Ce dernier
n’est pas surpris de me voir parler de la sorte à son cousin. Il a été mis dans la
confidence, et c’est bien mieux ainsi.

— Que souhaitez-vous faire ?

— Je vais aller faire un tour par là-bas, voir s’il n’y a pas des petits culs à
tâter ! Kevin pointe du doigt les espaces consacrés aux shows en m’adressant un
clin d’œil. Je ne peux m’empêcher de rire, tandis qu’il s’éloigne en trottinant.

— Et toi Margot ? On va jeter un œil aux jouets ?

— Ouais, carrément !

Nous nous déplaçons vers un stand de sex-toys non loin. Tout est étalé sur des
tables, et il n’y a presque plus qu’à se servir. Nous en faisons le tour, plusieurs
fois, indécises. Nous cherchons quelque chose de véritablement attirant. Bien sûr
si ça ne tenait qu’à moi, et non pas à mes finances, je les prendrais presque tous.

— C’est quoi ça ? me demande Margot en me tendant un des objets de forme


oblongue, muni d’un petit embout.

— Ah ! C’est un Womanizer, c’est le nouveau joujou à la mode « orgasme


garanti ».

— C’est bizarre quand même non ? La forme ne m’inspire pas confiance.

— Je comprends oui, mais apparemment ça marche vraiment ! Un de ces


quatre je m’en achèterais un, et je te dirai si ça suce bien !

Elle me regarde avec une grimace amusée, et s’apprête à me rétorquer quelque


chose quand un de mes soumis revient.

— Maîtresse ? Pardonnez-moi…

— Ah ! Paul, qu’as-tu trouvé de beau ?

— Je ne sais pas vraiment maîtresse, une baguette ?


— Il me tarde de voir ça. Tout en lui parlant, je tâte les godes à ceintures, les
soupesant dans mes mains.

— Tu vas en prendre un ? me demande Margot.

— Je ne sais pas trop… Pourquoi pas ? Celui-ci est en double dong, je


pourrais prendre du plaisir en même temps que je prends le cul d’un de mes très
chers soumis…

Tout en disant cela, je place mon index sous le menton de Paul pour le
désigner et il blêmit à cette idée farfelue. Bien évidemment je sais que c’est une
de ses limites et je la respecte sans souci. Je cherche juste à le taquiner. En
vérité, si un jour je prends un gode à ceinture, ce sera pour une femme, pas pour
l’un de mes soumis. J’en tirerai beaucoup plus de plaisir.

Je m’apprête à partir voir l’objet de Paul lorsque Théo arrive.

— Tiens voilà le deuxième ! Bien, allons-y, lancé-je, ravie.

Je suis Paul jusqu’à un stand où il me désigne une fine baguette de bois dotée
d’un manche en cuir. Je le regarde, surprise, avant de deviner qu’il ne sait pas
vraiment de quoi il s’agit. Il n’aurait pas choisi cet objet s’il avait eu
connaissance de son utilité.

— Sais-tu ce que c’est ?

— Pas vraiment maîtresse. Une baguette pour nous mener ?

— C’est bien ce que je pensais… Non, ceci est une canne, elle sert à donner
des coups. Ça fait partie des objets les plus douloureux de punition que tu
pouvais me désigner. Tu es bien courageux ! Pour la peine, je vais la prendre,
j’espère que ça te fera plaisir.

— Ou… Oui maîtresse, bien sûr !

Paul est confus d’avoir choisi par son ignorance ce qui risque de le mener à la
véritable souffrance. Cela lui servira de leçon, pour qu’il arrête de penser qu’une
simple baguette n’est pas si dangereuse. Il fait désormais partie d’un univers où
tout objet peut être équivoque. Quant à Théo il connaît déjà la douleur de la
canne et pour la première fois je vois naître en lui un soupçon de sympathie à
l’égard de son camarade.

— Et toi Théo, que nous as-tu trouvé ?

Je suis le brun qui s’arrête devant un kit de pinces et d’électrodes. Je souris au


souvenir d’une discussion que j’avais eu avec lui à la lecture de son contrat. Il
doutait alors de cocher la case « jeux électriques », mais il ne voulait pas non
plus les supprimer. Nous avions conclu que lorsqu’il se sentirait prêt nous en
rediscuterions. Je comprends alors que c’est sa manière de me signifier qu’il est
temps.

J’achète les accessoires conformément aux souhaits de mes soumis, et leur


lâche la bride pour me promener tranquillement. Avec cette foule, la chaleur est
étouffante, et j’ai besoin de me rafraîchir. Je propose à Margot de
m’accompagner, mais elle préfère rester avec les autres pour continuer de
regarder les stands. Je leur dis que je ramènerai à boire pour tout le monde, et je
m’en vais souffler un peu à l’écart de la salle principale du salon.

Je suis devant le bar depuis dix bonnes minutes, attendant patiemment mon
tour. Il y a beaucoup de monde également de ce côté-ci du salon, mais il y fait
tout de même plus frais. J’en profite pour regarder les alentours et observer les
gens qui passent au loin. Les costumes que portent certains me font sourire.
J’apprécie de les voir ainsi assumer leurs envies, leurs goûts. Bien évidemment il
y a aussi des gens à l’allure banale qui viennent ici en jean et pull sans se
prendre la tête. J’observe aussi les stars du salon qui déambulent près de leur
podium, ou les jeunes filles près des cabines. Enfin, le serveur derrière le bar
s’approche vers moi et me demande ce que je désire boire. Je commande pour
tout le monde et attends sagement qu’il me serve lorsque quelqu’un m’accoste.

— Excusez-moi ?

Je me retourne et tombe nez à nez avec un homme. Il est grand, fin, et il doit
avoir moins de 40 ans. Il dégage une certaine aura de confiance. Ses yeux bleus-
gris sont pénétrants et ses cheveux bruns sont parsemés de quelques pointes
argentées. Je distingue sur son visage une barbe naissante et lorsqu’il sourit des
fossettes se creusent aux coins de ses lèvres. Je ne peux m’empêcher de le
regarder des pieds à la tête, décomposant sa tenue. Il porte un jean gris foncé
retenu par une ceinture, une chemise blanche et un gilet de costume noir. Je me
perds un instant dans son regard, puis me ressaisis, inquiète d’avoir été
interpellée par un inconnu dans un tel lieu, et je crains le vieux pervers.

— Oui, que puis-je pour vous ?

— Rien en particulier, je souhaitais simplement vous parler.

— Ah…

— Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous harceler. En fait je vous ai vu


avec votre groupe d’amis.

— Ho… sur le moment je ne vois pas quoi lui répondre d’autres que des
onomatopées. Où veut-il en venir ?

— Pour quoi êtes-vous là si je peux me permettre ? Il me regarde à son tour de


la tête aux pieds, les yeux pétillants.

— Pour l’ambiance, pour m’amuser, pour faire des achats… j’essaie de rester
vague, mais malgré moi je me sens poussée à lui répondre sincèrement.

— Vous en avez fait ?

— Oui…

— Je pourrais les voir ? Sa voix a légèrement changé d’intonation.


L’interrogation n’est plus très loin de l’affirmation, et on dirait qu’il me pose une
question pleine de sous-entendus. Cette phrase a sur moi l’effet d’un glaçon et
rompt le charme instantanément.

— Je ne vois pas en quoi mes achats vous intéressent. À moins que vous ne
me soupçonniez de vol ? Et dans ce cas-là je souhaiterai voir votre badge de
vigile.

— Je ne suis pas de la sécurité.

— Dans ce cas je vous prie de bien vouloir me laisser tranquille.


— Vous ne paraissez pas si domina que ça sans vos soumis. Soudain son air
devient pincé, et je sens qu’il tente de me vexer cherchant ce qui pourrait me
blesser. Je cache ma surprise.

— Être domina n’est pas qu’une tenue.

Le serveur revient avec ma commande et dépose les boissons sur le comptoir.


Je lui donne un billet et attends qu’il revienne avec ma monnaie pour pouvoir me
sauver. Je suis tout de même turlupinée parce que mon interlocuteur semble
savoir de moi.

— Comment savez-vous que je suis une domina ?

— Difficile de ne pas le voir quand vous vous promenez avec vos soumis en
leur donnant des ordres.

— Et à qui ai-je l’honneur ?

— Marc, dominant, enchanté. Il me sourit de toutes ses dents, convaincu de


son petit effet, mais c’est raté.

— Et qu’est-ce que vous me voulez « Marc, dominant » ?

— Simplement faire connaissance. Entre dominants c’est courant. Je ne vous


ai jamais vu en soirée.

— Non, je ne suis pas intéressée par ce genre de rassemblements.

— Et par la soumission ?

— Je vous arrête tout de suite, si vous vous apprêtez à me faire le coup du « je


peux vous faire découvrir votre côté soumise, vous allez aimer ça ». Je connais
déjà le numéro, merci !

Le serveur revient, je récupère les pièces qu’il me tend, et prends toutes les
boissons avant de m’en aller. Alors que je fais quelques pas, je sens sa main sur
mon bras, et instinctivement je m’arrête.

— En effet je pourrais dire ça… Mais vous êtes une dominante, vous
connaissez déjà la vérité sur les plaisirs de la soumission. Je n’ai pas besoin de
vous les vendre. Mais on pourrait peut-être essayer ensemble.

— Célène ! Kevin avance vers moi, criant mon prénom au travers de la foule
et me faisant signe. Je suis soulagée de voir un visage familier et qu’il vienne me
sauver de cette conversation.

— Laissez tomber, je ne suis pas intéressée. Je me défais de l’emprise de sa


main sur mon bras et me dirige vers Kevin.

— Célène. L’entendre prononcer mon prénom me donne la sensation d’être


frappée par la foudre. Laissez-moi vous donner ma carte, à vous de voir ce que
vous voulez en faire. Surtout contactez-moi si vous changez d’avis.

Il me tend un bout de papier et je la prends du bout des doigts. Quel culot ! Il


peut toujours rêver, je ne suis pas une soumise à prendre !

— Si j’étais vous, je n’y compterais pas.

Je rejoins Kevin à grands pas, il me déleste de quelques boissons tout en


essayant de me tirer les vers du nez : et qui est ce gars ? Ne suis-je pas une petite
vicieuse à me faire ainsi draguer dans les allées du salon ? Est-ce que je pourrai
le partager si je décide de m’amuser avec lui ? Et j’en passe… Du grand Kevin
en somme ! J’élude toutes ses questions et nous rejoignons les autres.

Notre début de soirée se déroule devant les shows sexy pour adultes. Kevin se
régale à chaque homme qui fait un strip-tease, et Margot se joint à lui pour
pousser des vivats d’encouragements dès qu’un vêtement tombe au sol. Quant à
mes soumis, Théo préfère les shows BDSM tandis que Paul les observe encore
avec un peu de méfiance. De mon côté je feins de passer un bon moment, mais
en vérité la rencontre avec l’homme aux yeux envoûtants ne quitte pas mes
pensées.

Merde ! Tu es sensible à son charme ma pauvre Célène ?

Ce n’est pas dans mes habitudes de bloquer ainsi sur un inconnu. Qu’est-ce
qu’il a de si entêtant ?

On repart sur les coups de 23 heures, satisfaits de notre journée et fatigués


d’avoir piétiné durant des heures. À la sortie, je recroise Marc qui discute avec
une charmante femme, il m’accorde un hochement de tête comme pour me
saluer, mais je fais mine de ne pas l’avoir remarqué et ne le lui rends pas.
Cependant, je ressens un léger picotement sur ma nuque qui me ramène malgré
moi à mon passé de soumise, pas si lointain.

— Théo ? As-tu quelque chose de prévu ce soir ?

— Non, rien maîtresse.

— Tu rentres avec moi !

— Oui maîtresse.

— Moi non plus je n’ai rien de prévu si vous le désirez maîtresse.

À cet instant Paul transpire la jalousie, mais je ne peux pas le faire venir. Ce
qui se passera ce soir, il ne le comprendrait pas et s’en ferait une mauvaise idée.
Je sais qu’il a des sentiments pour moi. Je ne le sais que trop bien, car au début
d’une soumission il est commun de s’empêtrer entre désir et réalité. Mais je ne
peux pas me permettre de le faire espérer. C’est mon rôle de maîtresse à partir du
moment où il a signé son contrat de soumis. Il n’y aura jamais rien d’autre que
notre relation d’amitié et nos séances de BDSM. C’est ma « politique ». Il faudra
qu’il fasse avec. Et si un jour nous sommes amenés à coucher ensemble en
dehors de son rôle de soumis, il faudra m’assurer qu’il ne m’aime pas.

Théo a la tête sur les épaules, il comprend et accepte la teneur de nos relations
ambiguës : entre soumission et sex-friend. Pour lui tout est clair comme de l’eau
de roche. Il connaît chaque frontière, et n’en joue pas.

— Non, ça ira Paul merci. Rentre avec Kevin et passez une bonne soirée.

— Comme il vous plaira maîtresse.

J’entends la déception dans sa voix, mais je ne peux pas faire autrement.


J’embrasse mes amis et repars avec Théo. Nous discutons durant le trajet.

— Que puis-je faire pour vous ce soir maîtresse ?


Il se pavane, ravi et fier de lui, se faisant mousser d’avoir été choisi. Il peut
parfois être extrêmement puéril dans son comportement, mais je sais qu’il a mal
vécu l’arrivée de Paul. Nous n’étions que tous les deux et soudain on lui a pris
une part de moi pour la partager avec un inconnu. J’ai beau le comprendre je ne
peux le laisser faire, sinon il s’enorgueillira de plus belle et ce n’est pas ce que je
recherche.

— Ne fais pas le malin Théo, je n’apprécie pas cela.

— Pardonnez-moi maîtresse.

— Si je t’ai choisi ce soir, ce n’est pas parce que je te préfère à Paul, ou parce
que tu es le meilleur, que ce soit bien clair ! je fais en sorte que ma voix soit
sèche.

— Bien maîtresse, puis-je savoir de quoi il s’agit exactement ?

— Ce soir je ne serai pas ta maîtresse, et tu ne seras pas mon soumis à partir


du moment où nous passerons le pas de ma porte.

Il me regarde, et une lueur de curiosité danse dans ses yeux.

— Théo, ce soir je ne veux pas d’un soumis je veux un homme. Je ne veux


pas être une maîtresse, je veux être une femme. Je ne veux plus rien décider, tu
prendras les choses en main pour une fois et tu me feras jouir. Je ne veux aucun
BDSM, juste du sexe, est-ce que tu m’as bien comprise ?

Il se demande sûrement si je suis vraiment sérieuse, car je n’ai jamais formulé


ce genre de chose dans le cadre de sa soumission. Il n’est pas dans mes habitudes
de lâcher les rênes ainsi et de lui laisser le champ libre. Mais ce soir j’en ai
vraiment besoin, et je n’ai pas envie de tourner autour du pot. J’ai besoin de me
lâcher et de ne pas avoir à contenir chacun de mes actes. Et je n’ai pas envie de
lui demander cela dans le cadre de notre amitié. Je choisis la solution de facilité.

Il doit sentir la tension qui m’habite, et il me regarde soudain avec intérêt et


gourmandise.

— Je… Oui madame. Et vous souhaitez cela jusqu’à quand ?


— Jusqu’à ce que tu repasses le seuil de mon appartement, tout simplement.

— Bien madame.

Il reste silencieux s’imaginant sans doute les frasques de nos futurs ébats. Je
garde mon attitude hautaine vis-à-vis de lui, et la conserve jusqu’à ce que je
puisse me défaire de mon rôle.
8
Nous sommes à peine dans l’ascenseur que Théo se rapproche de moi, son
torse contre le mien. Je plaque illico ma main contre lui pour l’arrêter dans son
élan.

— J’ai dit le pas de ma porte il me semble !

— Peu importe, on transgresse déjà les règles ce soir…

Je l’ignore et sors de l’ascenseur à l’ouverture des portes, glissant la clef dans


la serrure pour ouvrir mon appartement. Il ne faut pas plus de deux secondes
pour que je me retrouve plaquée contre le mur du couloir d’entrée.

Théo a une force que j’oublie souvent, ne lui laissant pas l’occasion de
l’utiliser avec moi. Il m’attrape par les hanches et d’un coup de pied ferme la
porte. Sa bouche s’écrase sur la mienne dans un baiser passionné et ses doigts
poursuivent leur course dans le creux de mes reins, caressant la peau de mon dos
dénudé. Son corps pressé contre le mien m’empêche de trouver l’air dont j’ai
besoin, je me cambre tant bien que mal, cherchant à respirer et ne fait que
renforcer la pression de ma poitrine sur son torse. Enfin il recule légèrement,
prenant conscience de son avidité. Il en profite pour se saisir de mes clefs et de
mon sac, que je porte encore, pour les laisser tomber au sol. Sa langue ne quitte
pas mes lèvres, et il entreprend de les mordiller.

Il prend mes bras, les soulève pour les laisser glisser autour de son cou, et de
ses mains il attrape mes cuisses pour placer mes jambes autour de ses hanches. Il
n’en faut pas plus pour que je m’abandonne à son emprise. Pour le laisser
m’envelopper tout entière. Nos corps sous tension se réchauffent et
communiquent mutuellement, tandis que je suis parcourue de frissons. Une de
ses mains agrippe mes cheveux, tirant ma tête vers l’arrière il embrasse mon cou.
Je me laisse faire, fermant les yeux et goûtant à ce désir qui se réveille et dont je
n’ai plus coutume.

Il me soulève pour de bon et nous décolle du mur, nous emmenant dans le


salon. Je m’agrippe à son cou jusqu’à sentir sous mes fesses le bois de ma table à
manger. Une flamme consume mon ventre et devient de plus en plus vive. Je
ressens le besoin de cette parenthèse, de cette pause où pour une fois je
m’autorise à perdre pied. Il me caresse avec fougue, et semble n’avoir qu’une
envie c’est de me prendre là maintenant, sans plus attendre. Il m’enlace et
s’abandonne à quelques baisers, mais très vite je sens son impatience reprendre
le dessus et son membre glisse déjà en moi. Après tout, ne lui ai-je pas donné les
rênes ? Je me surprends à être aussi trempée et réceptive. Je n’ai qu’une envie :
celle de me faire posséder et Théo y arrive très bien. Je le sens en moi, se
déchaînant comme jamais auparavant, signe de sa grande frustration vu la
puissance qu’il dégage.

Je sens sa force se répercuter dans tout mon corps, chacun de ses coups de
hanche me traverse totalement, faisant tressaillir mes jambes autour de sa taille
et me rendant l’accroche difficile. Je le lâche, épuisée de lutter et me laisse
tomber sur la table, ses mains au creux de mes reins me maintiennent plus
fermement contre lui. Je ferme les yeux et laisse échapper mes plaintes de
plaisir, l’encourageant d’autant plus à accélérer le rythme. Je vogue vers un
ailleurs que j’ai trop longtemps ignoré à force de vouloir exercer un contrôle
permanent sur mes actes. C’est un tout autre plaisir qui né ici, et que j’adore. Je
me cambre, cherchant à avancer mon bassin d’autant plus vers lui. Je sens une
pointe me vriller le bas ventre et s’accentuer, c’est une véritable force qui s’y
manifeste, comme si mon corps me remerciait pour ce que je lui concède à cet
instant.

Théo ralentit, j’ouvre enfin les yeux, me demandant ce qu’il attend pour
continuer, et je sens une frustration délicieuse éclore en moi. Il me fait signe de
me relever et de me retourner, je m’exécute, sachant très bien ce qu’il prévoit et
instinctivement j’écarte les jambes. Le brun s’enfonce en moi à nouveau,
m’arrachant un râle de plaisir. Il me retient contre lui ses deux mains sur mes
hanches, puis en glisse une à mon cou et me guide vers sa bouche pour
m’embrasser goulûment tandis qu’il continue de me pilonner. Repu de baisers, il
me lâche et me laisse aller sur la table. Je ne peux m’empêcher de fermer les
yeux, le suppliant silencieusement pour qu’il ne cesse pas ses va-et-vient.
J’adore le sentir ainsi en moi, sentir sa puissance, son envie si forte et son plaisir.
Il agrippe mes cheveux m’obligeant à garder la tête relevée. J’aime être prise
ainsi, comme une… chienne.

À cette pensée des images surgissent du passé, des souvenirs de mon ancien
maître et toutes ces fois où il m’a prise ainsi. Toutes ces choses que j’ai faites
avec autant d’excitation, ses sensations si confuses, mélange de crainte, de
plaisir, d’envie, de satisfaction, de fierté. Tout ceci défile dans ma tête,
enflammant mon corps, et mon ventre, faisant grandir en moi une sorte de rage.
Un feu qui ne demande qu’à s’échapper avant de me consumer totalement. Théo
accélère le rythme ne se rendant pas compte du supplice intérieur si bon et si
douloureux qu’il me fait vivre à ce moment.

Je me sens succomber, glisser petit à petit vers la jouissance. S’y superpose


des souvenirs de moi dans cette même position, bâillonnée et les mains attachées
dans le dos. Mon dominant me tenait alors par les cheveux de la même manière.
Et toute cette réminiscence me mène aux frontières de l’orgasme, véritable
supplice tant je brûle intérieurement. Je vais céder d’un instant à l’autre
entraînant sûrement Théo dans ma chute. Il m’est impossible de m’échapper, et
ces images deviennent de plus en plus puissantes. Soudain le feu dévorant mon
ventre se propage dans tout mon corps, me trahissant. Alors que je jouis, danse
derrière mes paupières closes un regard bleu-gris envoûtant croisé quelques
heures plus tôt. Je ne peux éviter ce flash et je gémis d’autant plus dans les bras
de Théo.

Le brun se libère en même temps, déclenchant entre nous une violente


explosion de sens. Essoufflé, il se repose un instant sur mon dos, relâchant
doucement mes cheveux et déposant un baiser sur mon épaule. Nous restons
ainsi quelques secondes avant qu’il ne brise la magie du moment.

— Waouh… C’était…

— Chut, ne dis rien.

— Je ne suis plus sous vos ordres mademoiselle. Satisfaite ?

— Je ne suis pas sûre… je me redresse sur les coudes, et préfère jouer la carte
de la sincérité avec lui.

Bien sûr je viens de jouir comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Mais
je me sens nouée, frustrée, et ce regard me hante encore.

— Laisse-moi dix minutes, et j’arrange ça !

Il se retire, attrape la boîte de mouchoirs sur le bar et me la tend. Je mets un


peu de temps avant de reprendre mes esprits, et de me redresser pour de bon.

Putain, mais c’était quoi ça ? « Je n’en suis pas sûre »… Tu débloques


complètement ma vieille, reprends-toi là, tu fais pitié ! On dirait un chaton
abandonné qui a besoin qu’on le câline ! Enfin, plutôt une chienne visiblement…

— Tu veux boire quelque chose avant que l’on recommence ?

Théo me tire de ma réflexion et je le regarde, un peu perdue. Est-ce que je


veux boire ? Je déglutis, ma gorge est sèche et serrée, apparemment oui j’en ai
besoin.

— Oui, de l’eau s’il te plaît.

— Tu es sûre que ça va ? Tu m’as l’air un peu déboussolée, Il te suffit de me


dire si tu veux qu’on s’arrête là…

— Non ! Surtout pas ! je m’exclame un peu trop vivement.

— Ho calme ! Bien… Je me disais juste que ça ne doit pas être habituel pour
une domina de faire ça, donc si ça ne va pas, je comprendrai, il suffit de me le
dire.

Il me donne un verre et se plante devant moi attendant ma réaction. J’ai du


mal à le regarder dans les yeux après les images qui me sont apparues. Non, en
effet ce n’est pas normal pour une domina de coucher ainsi avec son soumis.
Bon, Théo est aussi mon ami, mais il n’empêche que ce n’est pas une chose
commune.

Tu étais aussi une soumise à une époque… Et là une domina… Qu’est-ce que
tu es en train de faire ?

— Tout va bien je gère, dis-je en buvant une gorgée pour me contenir.

C’est toi que tu essayes de convaincre là ? Tu ne gères plus rien du tout, oui !
Il suffit que tu croises ton ancien dominant et un nouveau, très sexy, pour que tu
pètes littéralement les plombs…

— D’accord… En tout cas c’était impressionnant et puissant, tu n’avais


jamais fait ça avec moi avant ! le brun semble vraiment satisfait de la teneur de
nos ébats.

— Ça quoi ?

— Ho, je t’en prie, ne fais pas celle qui n’a rien senti ! Tu es une bombe à
retardement quand tu te lâches.

Il pose ses mains sur mes hanches et se rapproche. Je sais qu’il ne pense pas à
mal, que pour lui c’est un moment extraordinaire parce qu’il ne se doutait pas
que je puisse ainsi me laisser aller et me soumettre. D’habitude je mène nos
rapports et je maîtrise parfaitement la situation, mes orgasmes sont calculés, et il
n’a pas le droit de les provoquer ainsi. Mais là… Je n’ai pas envie d’en parler et
je dois réfléchir avant de tirer des conclusions hâtives sur mes envies cachées.
D’où me vient ce soudain besoin que je n’avais pas il y a de ça quelques heures ?
Pourquoi ses anciennes pulsions reprennent le dessus de façon si fortes et si
écrasantes ? Pourquoi mon corps réagit-il ainsi ?

— Hum… Oui, ça se pourrait bien…

— En tout cas j’adore ça ! Je ne savais pas que tu en étais capable, c’est super,
recommence quand tu veux !

Son enthousiasme me fait faussement sourire. Je n’adore pas tant que ça que
mes vieux démons se réveillent. Théo est vraiment irrécupérable parfois.
Pourtant très intelligent et viril, il peut passer dans certaines situations pour un
gamin ! Mais je sais qu’il fait ça quand il sent qu’il y a un malaise ou pour
apaiser les tensions. Il remplit bien ce rôle et aurait même tendance à le prendre
trop à cœur… C’est ainsi que toute la nuit il ne me laisse que peu de répits, me
réveillant même à 05 heures du matin pour recommencer avant de s’écrouler une
bonne fois pour toutes, et sombrer dans un profond sommeil.

Je me réveille tant bien que mal, ouvrant un œil et je me rends compte qu’il
est déjà 11 heures. J’ai rendez-vous à 12h30 chez ma mère pour manger, ça
risque d’être serré. Je me lève en prenant soin de ne pas réveiller le fauve qui
dort à côté de moi, et j’entreprends de filer sous la douche. La douceur de l’eau
chaude sur ma peau me fait un bien fou. Il faut dire que je me sens un peu
poisseuse et transpirante après la nuit que nous venons de passer. Je regarde
l’état de mon corps, remarquant les bleus que nos ébats m’ont laissés sur les bras
et les jambes. Une sorte de souvenirs de la part de mon soumis et de son
caractère sauvage lorsqu’il se lâche. Ce n’est pas grand-chose au final, ayant une
peau claire, je marque plutôt facilement, donc rien d’alarmant. Quoique cette
trace de main sur ma fesse droite témoigne d’une puissante emprise. Je ne me
suis pas rendu compte qu’il avait employé autant de force, et je ne peux
m’empêcher de m’en inquiéter. N’aurai-je pas dû le sentir justement ? Et lui dire
d’y aller plus doucement ? Cela démontre bien à quel point j’ai aimé être prise
de la sorte. Du bout des doigts je suis le pourtour de la marque, grimaçant à la
légère douleur que j’en ressens.

Ça, tu me le payeras, crois-moi. Je ne t’ai pas dit de m’abîmer !

Je ferme les yeux et tente de me détendre, penchant la tête sous le jet d’eau,
tout en contrôlant ma respiration. Petit à petit je me perds sur la musique que j’ai
mise en fond dans la salle de bain : It Wont Stop de Sevyn Streeter et Chris
Brown. Une chanson empreinte de sensualité, à la fois tendancieuse et pourtant
si douce. À mon habitude, je me déhanche doucement sur ce rythme languissant.
Alors que je dérive dans mes pensées, revivant avec intérêt les événements de la
veille pour tenter de les analyser, une main se plaque contre mon ventre et
m’entraîne en arrière contre un corps puissant. J’ouvre les yeux et me fige.

— Ne t’arrête pas, tu es tellement excitante quand tu fais ça.

Je poursuis alors mon mouvement, paupières à nouveau closes, entraînant


Théo avec moi. Il suit à la perfection mon rythme, mes fesses plaquées contre
ses hanches, se frottant contre son sexe définitivement dressé. Il m’embrasse
doucement dans le cou, sachant pertinemment que cela me redonnera envie de
lui. Sa main glisse lentement sur mon ventre vers mon entrejambe et il
commence à caresser mes lèvres sans quitter le rythme qui nous guide. Il
m’impose petit à petit le sien, ne brisant pas le tempo de la musique, qu’il s’est
visiblement amusé à mettre en boucle avant de me rejoindre. Je halète, devant
me retenir à la paroi de la cabine pour ne pas glisser alors que ses doigts me
fouillent. Il pose sa main sur la mienne et nous nouons nos doigts. Je m’évade
dans un orgasme que je ne peux contenir plus longtemps, et je tremble sous ses
doigts. Il cesse tout mouvement, me retourne et lève une de mes jambes qu’il
enroule autour de sa taille. N’étant pas tout à fait à son niveau, il me soulève
pour me pénétrer tout en douceur. Ses mouvements sont lents et enivrants, il me
possède encore une fois toute entière, gérant absolument tout. Il finit par me
porter pour que je ne perde pas l’équilibre. Nous sommes dans une telle osmose
que nous jouissons à l’unisson et il me prouve que sous la brute épaisse de
muscles qu’il paraît être, et malgré son caractère sauvage de la veille, il peut être
tout aussi doux et à l’écoute de mon plaisir.

Il ne me reste plus beaucoup de temps pour finir de me préparer :il est déjà
midi, quand je sors de la douche et que je me sèche rapidement. Je me tourne
vers le miroir pour coiffer mes cheveux et remarque une rougeur dans mon cou.

— Dis-moi que ce n’est pas vrai !

— Si si, c’est bien réel : on a baisé dans ta douche !

— Théo, c’est quoi ça ? m’écrié-je en désignant l’énorme suçon qui colore ma


peau.

— Ah oui, j’y suis peut-être allé un peu fort…

— Un peu fort ? C’est un euphémisme là ! Et comment je fais maintenant ?

— Tu mets l’un de tes magnifiques foulards, ceux avec lesquels tu nous


attaches, me répond-il, sarcastique.

— Ce n’est pas drôle… Qu’est-ce que va penser ma famille maintenant ?

Il se dirige vers la porte de ma chambre et se retourne, un large sourire aux


lèvres. Je sens qu’il va sortir une bêtise et je ne me trompe pas.

— Ils vont penser que tu as un petit copain et que tu lui appartiens !

— Oh ! Reviens ici tout de suite ! je me lance à sa poursuite dans la chambre


et me jette sur lui.

— Je ne suis pas ton soumis aujourd’hui tu te souviens ? il me bascule sur le


côté pour reprendre le dessus sur moi.
— Oui très bien, mais ça va être…

Mon téléphone sonne et je me précipite pour l’attraper, mais Théo me


maintient et arrive à s’en saisir pour décrocher avant moi.

— Oui allô, téléphone de Célène, j’écoute ?

Je suis choquée ! Il ose répondre à ma place sans ma permission. Il a intérêt à


ce que ça ne soit pas important. Il me regarde son large sourire toujours aux
lèvres, et parle tranquillement à la personne au bout du fil.

— Oui, elle est réveillée, elle est juste à côté de moi je vous la passe ? Non,
non, vous ne nous dérangez pas, on avait fini.

Je le fixe suspicieuse, et à son regard vicieux je devine que ce n’est pas bon
signe. Je lui donne une tape sur le torse et tente de récupérer mon téléphone,
mais il me maîtrise d’une main en continuant sa discussion.

— Vraiment ? Non je voudrais pas déranger surtout… Vous êtes sûre ? Très
bien j’accepte alors, merci ! Je vous la passe, attendez !

Il me tend le téléphone satisfait : « Célène, c’est ta maman ! ».

Je récupère mon smartphone et lui pince de toutes mes forces les tétons pour
avoir fait ça et dit des choses pareilles à ma mère !

— Allô Maman ?… Je suis désolée je vais être légèrement en retard, mais je


suis sur le départ… Quoi ? Mais non ! Il a autre chose à faire… Bon d’accord, si
tu veux… Oui nous viendrons ensemble, à tout à l’heure.

Je raccroche et lance à Théo un regard assassin.

— Tu as osé te faire inviter à manger par ma mère ?

— Ce n’est pas de ma faute, c’est elle qui a insisté !

— Maintenant elle va s’imaginer qu’on est ensemble…


— Si tu préfères que je lui raconte la vérité, il n’y a pas de soucis, ça ne me
dérange pas.

— Non, mais t’es malade ou quoi ?

— Je te fais marcher et tu cours ! Puis il est où le problème si elle croit ça, ça


ne va pas changer ce que nous sommes vraiment ?

— Elle va me demander régulièrement comment tu vas et où on en est, et je


n’ai pas envie de ça. Je te préviens : pour ma mère tu dois juste être un ami et
nous avons passé la soirée ensemble à regarder des films.

— Bien. Mais ça m’étonnerait qu’elle te croie…

— Je sais ! Mais on va essayer.

Le repas chez ma mère se déroule sans incident, visiblement, elle s’intéresse


beaucoup à ce que fait Théo et c’est un véritable interrogatoire. Mais ça m’est
égal : je n’hésite pas à donner des coups de pied au brun lorsqu’il dit trop de
bêtises et il se calme rapidement. Il ne peut cependant pas s’empêcher de se
renseigner sur moi par la même occasion.

Nous nous apprêtons à repartir, mais il me manque quelques bricoles à


récupérer.

— Maman, mes affaires sont dans ma chambre ?

— Oui, ton courrier aussi ne l’oublie pas.

— OK, merci ! Théo je n’en ai pas pour longtemps, attends-moi ici.

— Je t’accompagne, je veux voir ta chambre d’ado.

J’entreprends de rassembler mes affaires rapidement tandis que Théo inspecte


le moindre recoin de la pièce, allant jusqu’à détailler les photos et autres
décorations que j’ai accrochées aux murs.

— Sérieusement, le drapeau de la gay pride ?


— Oui, pourquoi ?

— Je ne comprends pas la fascination que les gens ont pour ça, ou pourquoi
ils l’affichent sans être véritablement concernés. C’est too much… Tu as
participé au défilé au moins ?

— Je suis bi Théo .

— Quoi ! Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ?

— Est-ce que tu m’as seulement demandé quoi que ce soit sur moi ?

— Non c’est vrai, j’aurais peut-être dû, mais je ne suis pas du genre à
m’immiscer dans la vie privée des gens.

— La preuve tu es venu manger chez ma mère ! Dis-moi, que veux-tu savoir ?

— Qui sont ces gens sur les photos ? Je reconnais, Margot, mais les autres ?

— Eux ce sont des amis qui datent de mes années collèges, eux trois ont un
groupe de hard rock, on a eu des périodes plus ou moins proches.

— Je vois, tu as couché avec eux donc… Et lui dont tu es dans les bras ?

Je lève les yeux au ciel. Ce qu’il peut être agaçant quand il fait des raccourcis
pareils.

— Le fait que l’on ait été proche ne suggère pas nécessairement ce genre de
rapport. Et lui c’est mon ancien meilleur ami, qui en passant a aussi été mon ex.

— Ancien ?

— Oui, on a pris des chemins différents. J’ai trouvé quelqu’un et je me suis


éloignée de lui, et quand je suis revenue il était trop tard pour rattraper quoi que
ce soit.

— Ha…

— On a vécu de belles choses, je ne l’oublierai pas.


— Et tous les autres ? Ces filles-là, ce sont justes des amies, ou bien… ?

Je me rapproche de lui et regarde les photos plus en détail.

— Comme tu l’as remarqué il y a Margot, puis il y a Océane et Marjorie avec


qui je suis restée proche, mais elles habitent loin maintenant, et Alizia qui est
comme ma petite sœur.

— Vraiment aucune ex là-dedans ?

— Pas à proprement parler… Des expériences tout au plus.

— J’aurai le droit à certains détails ?

— Sûrement pas non !

— Dommage… J’aurai au moins essayé. Bon, tu as rassemblé tes affaires, ça


y est ?

— Oui c’est bon. On y va.


9

Enfin seule, je reprends mes cours et essaie de me concentrer. Cependant, tout


me rappelle ce week-end et la nuit où mes vieux démons se sont réveillés,
démasquant une facette de ma personnalité que je m’efforce d’oublier. Je lis et
relis quatre fois le texte de Freud sur l’hystérie avant d’abandonner, me rendant
compte que de telles conditions ne sont pas propices aux révisions. Mais il est
hors de question de ne rien faire : je ne supporterai pas de ressasser, impuissante,
le passé.

Je lance ma playlist et me sers un verre pour me détendre. Oui, je sais : boire


en plein milieu de l’après-midi c’est mal, mais c’est toujours mieux que de
fumer ou de se droguer, puis ce n’est qu’un verre. Du moins le premier… Je
prends ma coupe et commence à me déhancher au milieu du salon sur Lento de
Daniel Santacruz.

Super pour se changer les idées, une chanson d’amour à danser collé serré…

La musique a toujours eu le don de me calmer. Elle rythme une bonne partie


de ma vie et de mes journées. Elle m’aide à tout surmonter et à oublier. Quelques
notes, un peu de danse, de chant et ça va déjà mieux en général. Bon, le seul
souci avec mes goûts musicaux c’est qu’ils sont pour la plupart à caractère
sexuel… Ça n’aide en rien à évacuer le manque ! Et il ne vaut mieux pas danser
avec moi sur certaines d’entre elles, cela peut vite dégénérer…

Je m’efforce au calme et à la sérénité. À penser à autre chose. Et soudain mon


téléphone sonne. Je regarde le nom affiché sur l’écran. Eh merde, Paul… Ce
n’est pas vraiment le moment là, au vu de mon humeur.

— Salut Paul, dis-je en décrochant d’un ton neutre.

— Bonjour, comment vas-tu ?

— Bien, et toi ?
— Bien… Mais comme tu ne réponds pas à mes textos je m’inquiétais. C’est
de la musique que j’entends derrière toi ?

— Oui, c’est bien ça.

— Ha… Tu n’es pas chez toi ? Tu n’es peut-être pas seule.

— Je ne vois pas le rapport.

— Théo est encore là ?

— Je dois te laisser Paul.

— … OK, excuse-moi de t’avoir dérangé.

— À demain.

Je m’en veux déjà d’avoir été aussi froide, mais il ne faut pas qu’il pousse. Et
je sais que la soirée que j’ai passée seule avec Théo lui reste en travers de la
gorge. Je m’excuserai demain, ça ira mieux. À vrai dire, il ne me tarde plus
qu’une chose : les vacances de Noël et retrouver ma famille. Je sais que je me
sentirai plus apaisée.

En attendant, je décide de faire un tour sur mon Facebook de domina, voir où


en est tout ce beau monde. Certains seraient surpris de découvrir qu’autant de
personnes s’intéressent à cet univers. Nombreux sont ceux qui créent un compte
pour rentrer dans ce milieu, mais n’y font pas long feu. En général, ils ne
connaissent pas la moitié des règles qui le régisse ou ils s’avèrent être des
menteurs à la recherche de vulgaires plans cul. Quant à moi, j’applique une
politique rigoureuse de tri dès que je reçois de nouvelles demandes de contacts.
Je commence à regarder le nom de la personne et sa photo de profil, et si elle me
porte un intérêt qui paraît sincère dans son message, je creuse un peu plus
profondément. Je vérifie si nous avons des contacts en commun, et le contenu
visible de son compte. Si cela me plaît, je l’ajoute et je continue mon
exploration. Au contraire, si quoi que ce soit me semble bizarre, je la supprime
et passe à la suivante.

Très peu survivent au tri, sur une quinzaine c’est à peine si cinq arrivent à
rester dans mes contacts. Un compte attire mon attention : il s’agit d’un
dominant, dont la photo de profil dégage quelque chose de plaisant, presque de
sensuel. En même temps, on ne peut pas dire qu’un homme assis dans un
fauteuil tenant dans la main une cravache, le visage dans l’ombre et une femme
prosternée devant lui ne soit pas explicite… On comprend de suite le caractère
fort de ce rapport, et c’est excitant.

Son nom indique tout autant sa nature dominante : « Maître DM », quoi de


plus simple ? En lisant ses statuts, laissés à la vue de tous, des citations, des
proses et des pensées, je n’hésite pas longtemps avant de l’ajouter. Quoi de plus
attirant qu’un dominant cultivé, capable de vous apprendre des choses tous les
jours et dont l’approche de la domination paraît aussi artistique – par ses photos
– que culturelle – par ses mots ? Quelqu’un que je prendrai plaisir à suivre et à
découvrir certainement.

Je marque une pause dans mes recherches, et me rends compte que l’intérêt
porté à ce dominant n’est pas pour les bonnes raisons. Est-ce que ce profil évasif
et mystérieux me fait repenser à ma rencontre avec cet homme au salon, ce
Marc ? Le fait que j’essaie d’imaginer à quoi il ressemble derrière l’ombre de sa
photo, que je cherche dans ses statuts ou ses pensées la traduction d’un acte en
particulier, répond à ma question. Je l’analyse avec beaucoup trop d’attention !
Je décide que j’en ai lu assez, et vais me coucher songeuse. Je ne peux
m’empêcher de ressasser ce fameux week-end, ainsi que les paroles qu’il m’a
dit, et je débats en mon for intérieur sur la démarche à suivre, opposant les pour
et les contres. Où j’en suis exactement ?

— Est-ce que tu m’écoutes ?

Ces mots qui résonnent dans la pièce me font sursauter : où suis-je ? Et depuis
combien de temps ? Je me surprends à vouloir répondre :

— Oui maître…

— Tu étais encore perdue dans tes pensées ?

— Oui monsieur, je vous prie de m’excuser.

Ah oui, c’est vrai… Cela me revient doucement. Je passe la semaine ici avec
lui… Mais quel jour est-on ? Je ne m’en souviens plus, je perds la notion du
temps quand je suis là.

— Ça t’arrive de plus en plus souvent, quel est ce monde que tu préfères à ma


présence ?

Sa voix… Cette « voix »… Qui est-ce ? Dans le fond je le sais, mais je


n’arrive pas à me rappeler de son nom… Mon corps lui se souvient très bien de
lui, et il vibre à ses mots. Je ressens soudain le désir profond de suivre mon
intuition.

— Je ne peux concevoir de monde sans vous maître.

— À quoi pense mon doux objet ?

— Je me remémorais… nos derniers jeux, maître.

— Viens ici, devant moi.

Je quitte le pas de la porte où je me trouvais et me déplace à quatre pattes sur


un parquet froid jusqu’au siège en cuir rouge matelassé où l’homme assis me
tourne le dos. Je le contourne et me place face à lui, dans la position qu’il m’a
apprise, et surtout je ne le regarde pas. L’homme se penche vers moi et saisit
d’une main mon menton. Il fait courir son pouce le long de mes lèvres et les
caresse avant de poser sa main sur ma joue.

— Ta peau est si douce…

Il passe son autre main dans mes cheveux et fait glisser ses doigts le long
d’une boucle encadrant mon visage. Puis il les agrippe et les tire en arrière pour
que je relève la tête dans sa direction, par instinct je baisse les yeux.

— Je t’ai bien dressée, toi qui es si sauvage… Regarde-moi !

Je lève lentement les yeux le long de son corps avant de chercher à croiser son
regard. Je me prépare à un face à face troublant, mais le visage de l’homme est
dans la pénombre, à contre-jour d’une lumière qui m’éblouit. Je ne peux pas le
voir.
— Il te reste pourtant une lueur de défi dans le regard. Je crois
malheureusement que tu ne seras jamais totalement domptée…

Il éteint la lumière qui me gêne, mais un halo lumineux danse devant mes
pupilles m’empêchant encore de voir nettement le visage de cet homme qui me
parle. Je cligne frénétiquement des cils pour tenter de chasser ce rond
incandescent qui me dérange, et quand il est enfin parti, il fait toujours trop
sombre pour que je puisse définir les traits de son visage. Une pointe de
frustration naît au creux de mon ventre.

Il se penche vers moi, toujours à quatre pattes à ses pieds, et il m’embrasse sur
le front. Je sens dans ce geste sa volonté de me protéger, mais aussi son autorité.
Son baiser est long et appuyé, je ferme les yeux à ce contact si doux et rassurant.
Il bouge et je sens son visage tout près du mien, prêt à me toucher.

— Regarde-moi chienne !

Son ordre est sensuel, mais sans appel, je n’ai pas d’autres choix que de lui
obéir. Pourtant je tente de résister. En fermant les yeux au fond de moi je sens
que si nos regards se croisent je le perdrai, et tout s’arrêtera d’un seul coup. Or je
suis bien là, à ses côtés, protégée, tout en étant à sa merci, mais libérée et légère
comme si tous mes malheurs avaient disparu en un clin d’œil. J’ouvre
doucement les paupières, découvrant petit à petit son expression douce et sévère,
l’attente et le désir qui s’y lisent. Quelque chose de familier, un détail qui ne peut
pas m’échapper plus longtemps me frappe. Ses yeux ! Ça semble si irréaliste,
mais ce sont bien ses yeux qui m’ont marquée chez lui dès notre première
rencontre, et que je ne suis plus en mesure d’oublier.

— Marc…

Je murmure son prénom, par crainte que ça ne soit pas lui, par crainte de me
tromper et que cet instant ne disparaisse à jamais. Il sourit à nouveau et plonge
son regard plus profondément dans le mien.

— Raconte-moi donc quels étaient nos derniers jeux. Je veux tout savoir en
détail, avec tes réactions, comment ton corps m’a répondu, si tu as cherché à te
rebeller, et…
Il marque une pause, penche sa tête vers moi et approche ses lèvres des
miennes. Je peux sentir son souffle chaud. Mon seul désir est alors de franchir
les quelques millimètres qui nous séparent, pour écraser ma bouche sur la sienne,
mais je n’en ai pas le droit. Il reprend.

— …comment tu m’as cédé, et tu es devenue mienne une fois de plus.

Il chuchote ses mots avec tant d’ardeur, frôlant mes lèvres, que je me liquéfie
devant lui, impuissante. Son regard croise une dernière fois le mien avant qu’il
ne franchisse cette infime distance qui nous sépare encore et me donne le baiser
le plus enivrant et passionné que j’ai reçu de ma vie. Sa main empoigne mes
cheveux, il renverse ainsi ma tête, et cale la seconde sous mon menton,
renforçant notre étreinte avec une telle puissance que je ne pense pas en ressortir
indemne. Je laisse échapper contre mon gré un gémissement étouffé, une
supplication silencieusement pour en demander plus. Encore et toujours plus. Je
le veux… Maintenant ! Pourtant il s’éloigne, me lâche totalement et se rassied au
fond de son fauteuil avant de disparaître à nouveau dans l’ombre, qui laisse
rapidement place à une nuit profonde.

J’ouvre les yeux avec peine, et cherche à comprendre ce qui se passe. Je


bouge et sens le contact de mes draps, en penchant la tête j’aperçois le réveil qui
indique 05 heures 44. Il me reste encore une heure à dormir avant de devoir me
lever pour aller en cours, le dernier avant les congés de Noël. Ce qui signifie que
tout ceci n’était qu’un rêve… Un de plus, s’ajoutant à la longue liste de ceux de
ces trois dernières semaines. Vivement ces foutues vacances, que je retrouve ma
famille et passe à autre chose ! J’attrape mon portable pour essayer de me
changer les idées, incapable de me rendormir, et regarde mon Facebook domina.
Je me balade sur le fil d’actualité lorsqu’une citation attire mon attention :

« C’est une chose très différente que d’aimer ou que de jouir ; la preuve en est
qu’on aime tous les jours sans jouir et qu’on jouit encore plus souvent sans
aimer. »

Ah, ce bon vieux Marquis de Sade ! C’était un homme plein d’esprit,


considéré à l’époque comme un bourreau pour les actes qu’il pratiquait, idolâtré
aujourd’hui par les pratiquants du BDSM. Il pouvait presque être reconnu
comme un des pères fondateurs de cette pratique.

Qui donc a publié ça ? Ho… Maître DM. Quel hasard ! Dans tous les cas je ne
peux qu’espérer que le raisonnement de cette citation soit vrai. Car si certains y
adhérent, pour d’autres ce n’est pas aussi évident… Personnellement je préfère
l’idée que l’on puisse jouir sans aimer, ce qui évite bien des contrariétés dont je
n’ai pas besoin… Toi et moi nous comprenons Maître DM. Même si nous ne
nous sommes jamais parlés, je sens entre nous une sorte de feeling, une vision
quelque peu similaire des choses.

Sur cette pensée, je tente finalement de me rendormir pour ne pas être trop
fatiguée durant la journée.

La matinée est très longue après cette nuit de rêves tourmentés, j’écoute et
prends des notes, mais ma tête est ailleurs. Je suis perdue dans mon imagination.
Celle d’une main voisine qui me caresse discrètement pendant que le professeur
nous parle de Piaget… D’une pause hasardeuse dans les toilettes à l’hygiène
douteuse de la fac pour une fellation rapide, qui ferait office de collation
réconfortante… Ou encore d’une levrette debout contre le bureau du prof sous
les regards inquisiteurs et envieux des élèves. Les mecs ressentiraient une envie
irrésistible de me prendre, voulant seulement être à la place de mon dominant,
tandis que la jalousie extrême des filles susciterait chez elles autant de désir que
chez leurs homologues masculins…

— Célène ? Tu m’écoutes ?

Je sors de mes pensées perverses et me retrouve nez à nez avec Paul, qui,
penché sur mon ordinateur tente d’établir un contact avec moi.

Nous avons eu des rapports un peu tendus ces derniers temps, mais il a su se
calmer et mettre de côté sa jalousie pour se comporter avec moi de façon
naturelle et habituelle. Il fallait certainement un petit temps d’adaptation pour
que les choses se mettent en places dans sa tête. Ce n’était que les premiers
jours, et surtout les premières séances, c’est normal qu’il ait été un peu perturbé
par notre relation. Nous avons remis les choses à leur place, et maintenant il
arrive mieux à gérer ses émotions. Je préfère retrouver mon ami ainsi, qu’avec sa
tête des mauvais jours. Je peux à nouveau lui parler à cœur ouvert, sans qu’il ne
tire de conclusions hâtives et se vexe de ne pas être de toutes les parties.

— J’en connais une qui est encore dans son monde… Nuit compliquée ?

— Oui…

Mon dieu, tu imagines s’il pouvait lire dans tes pensées ?

— Un peu courte… Tu me disais quoi au juste ?

— Je te demandais si tu voulais bien m’accompagner faire les magasins cet


après-midi. Je n’ai pas encore acheté de cadeau de Noël pour ma sœur et ma
mère, j’aurais voulu que tu m’aides à trouver…

— Ouais, OK ! Ça me fera du bien de faire un tour en ville, puis je trouverai


peut-être quelque chose pour mon frère par la même occasion.

— Super ! Tu veux qu’on mange avant ?

Il se lève, et voyant que je ne suis pas vraiment en phase, prend mon


ordinateur. Une fois rangé il se saisit de mon sac et il me tire par le bras vers la
sortie.

— Oui, pourquoi pas. Tu as envie de quelque chose en particulier ?

— De frites…

— Ça m’aurait étonnée que tu choisisses autre chose ! Va pour les frites, on


peut aller au Mcdo du Capitole, comme ça on fera le marché de Noël juste à
côté.

— Tu as toujours de bonnes idées, c’est parti ! En route ma belle !

Paul est d’une bonne humeur à toute épreuve aujourd’hui, je préfère le voir
ainsi, même si sa joie est loin d’être communicative, et que de mon côté je me
sens particulièrement morose.
10

Après manger, je propose à Paul d’aller à Sephora trouver un cadeau pour sa


petite sœur, avant de nous rendre au Marché de Noël. À 16 ans on est plutôt
passionnées de vernis et de maquillage, que de décoration de Noël et de petits
santons en terre cuite… Ce ne sera pas très difficile de lui trouver quelque chose.

— Alors tu as des idées ?

— C’est plutôt à toi de me dire ça, je n’y connais rien en « truc de fille ».

— Oui c’est sûr ! Tu sais ce qu’elle a ou bien ce qu’elle aime ?

— Je pense que niveau maquillage elle a ce qu’il faut, « elle n’arrête pas »
selon ma mère !

— Elle se fait les ongles ?

— De temps en temps je pense, mais je ne fais pas trop attention à vrai dire.

— Tiens, regarde ça.

— Je lui tends un kit de matériel pour faire du nail art. À son air dubitatif je
me doute qu’il ne sait pas de quoi je parle.

— Ha… Et ça coûte combien ?

— Vingt-cinq euros.

— Si cher pour un si petit truc, c’est incroyable…

— Ça coûte d’être une fille…

Une fois le cadeau acheté, nous nous dirigeons vers le marché noir de monde.
J’adore ce lieu en cette période ! On y retrouve vraiment cet esprit de magie et
de féerie relatif aux fêtes de fin d’année, de quoi s’échapper de la routine
pendant quelque temps.

— Hum, ce que j’aime cette odeur de vin chaud !

Paul hume l’air à la recherche de l’odeur qui lui plaît tant, tandis que je sens à
grandes inspirations celle des churros.

— Faisons d’abord un tour, et nous pourrons prendre un verre après. Viens, on


va faire un vœu !

— Un vœu ?

— Oui, on va mettre ce que l’on souhaite pour Noël sur le sapin !

Je trouve adorable cette idée d’écrire un vœu sur un bout de papier qu’on
laisse sur le sapin avec l’espoir qu’il se réalise. Mon souhait est très simple :
pour Noël je souhaite être libérée et heureuse.

Nous déambulons dans les allées à la recherche des derniers cadeaux pour nos
familles évitant les gens, ce qui n’est vraiment pas chose aisée… Paul regarde
partout autour de lui pour trouver une idée et nous finissons par nous rendre sur
le stand de vêtements que j’avais repéré plus tôt. Je trouve finalement un pull
gris en laine qui ira parfaitement à mon frère et Paul se décide pour une écharpe
toute douce pour sa sœur. Nous passons ensuite sur un stand de bijoux, où l’on
cherche un cadeau pour sa mère.

— Est-ce qu’on peut voir ces boucles d’oreilles s’il vous plaît ? demande Paul
à la vendeuse.

— Oui bien sûr, si mademoiselle veut les essayer.

— Ho non, ce n’est pas pour moi…

— Eh bien, en fait, si tu pouvais les mettre ça m’aiderait à me faire une idée.

— Bon d’accord.
J’enfile les boucles et me tourne vers Paul pour qu’il puisse se décider, il me
sourit et la vendeuse me tend un miroir pour que je puisse me voir. Elles sont
très belles, et représentent des croissants de lune sertis de pierres. Je demande
des renseignements à la vendeuse sur les gemmes en question. Paul décide de les
prendre et se penche alors sur les pendentifs.

Je retire les boucles d’oreilles en prenant soin de remettre le fermoir


correctement dessus, mais l’une d’entre elles m’échappe et tombe par terre,
malgré mes tentatives de rattrapage. J’aperçois une chaussure à deux doigts de se
rabattre dessus avant que je ne puisse la récupérer. Je m’apprête à crier à la
personne qu’elle doit s’arrêter, mais d’elle-même son pied ralentit sa course et se
pose juste devant le bijou. Un homme se penche pour la ramasser et me tend la
boucle.

— Il faut faire attention avec de si beaux bijoux mademoiselle…

Il la dépose dans la paume de ma main et le frôlement de ses doigts sur ma


peau me déclenche un frisson de la nuque au bas du dos. Enfin nos yeux se
croisent, et il affiche un grand sourire tandis que je reste estomaquée de le
rencontrer ici.

— Qu’est-ce que vous faites là ?

— Je crois que je fais mes achats comme tout le monde.

Paul se rapproche et me demande conseil pour les pendentifs, signalant de ce


fait sa présence. L’homme paraît enfin le remarquer et il le dévisage, son regard
passant de lui à moi. Je rends la boucle à mon ami et m’apprête à le suivre quand
l’homme interrompt notre élan.

— Vous ne m’avez pas appelée.

— Quel esprit de déduction. À vrai dire, je vous avais oublié…

— Vraiment ? Moi je n’y arrive pas… Célène.

Entendre mon prénom de sa bouche me fait un effet fou et le ton qu’il a


employé me trouble, résonnant dans ma tête tel un écho. S’en rend-il compte ?
Ses yeux semblent répondre oui, mais ma raison me crie que je me trompe.
— Il vaudrait mieux que vous me donniez votre numéro, je serais au moins
sûr que l’on soit en contact

Durant cette incartade Paul a fini par partir acheter boucles et pendentif avant
de se replacer derrière moi, suivant ainsi la conversation sans intervenir. Mais sa
main pressée dans mon dos est un rappel constant de sa présence. Je n’apprécie
pas beaucoup ce contact qui se veut presque suppliant, mais je ne dis rien.

— Ne vous ai-je pas dit que je n’étais pas intéressée par votre proposition ?

— Si, et j’en ai bien pris note, mais vous êtes une domina et moi un dominant,
aussi nous pourrions être de simples amis et nous tenir au courant des
événements, des soirées…

— Donnez-moi votre téléphone.

Il me confie son smartphone dernier cri et je regrette déjà de le lui avoir


demandé. Encore un riche qui n’a aucune valeur des choses tant qu’il peut avoir
le dernier truc à la mode… Après tout je ne le connais pas. J’ajoute mon prénom
suivi de l’adjectif domina et j’entre mon numéro. Je lui rends son téléphone, et il
s’empresse de vérifier le numéro en m’appelant. Mon téléphone sonne dans ma
poche.

— Si vous en doutiez, c’est bien mon numéro.

— Décrochez mademoiselle, votre téléphone sonne.

Je ne comprends pas où il veut en venir, mais je me surprends à obéir, sentant


Paul tiquer derrière moi.

— Bonjour Célène, c’est Marc…

Il nous tourne le dos et s’en va, tout en continuant de me parler au téléphone.


Me voilà dubitative, mais je ne peux nier que son petit jeu agaçant taquine ma
curiosité et m’excite quelque peu.

— Je souhaitais seulement vous dire que vous et moi allons sûrement devenir
de bons amis, je sais que vous êtes sceptique, mais vous verrez… À très bientôt.
Je raccroche, et range mon téléphone dans ma poche, songeuse. Paul ne dit
pas un mot, et je sens qu’il prend sur lui pour ne pas me noyer sous un flot de
questions. Nous partons enfin du marché et il me raccompagne jusque chez moi.
Le silence entre nous deux devient pesant, et il finit par le rompre.

— Quel culot cet homme, il est vraiment arrogant… Pourquoi tu lui as donné
ton numéro ? Tu l’as rencontré où ?

— Je lui ai donné mon numéro parce qu’il avait de bons arguments. Et je l’ai
rencontré au salon de l’érotisme, quand j’étais allée chercher les boissons. Et oui
tu as raison, il est vraiment arrogant. Mais c’est un dominant, il ne fait que jouer
un rôle devant les gens du même milieu.

— Tu fais toi-même partie de ce milieu, et tu n’as pas joué un rôle pour


autant.

— C’est ce que tu crois.

Paul a beau évoluer dans le BDSM depuis maintenant plusieurs semaines, il


est toujours aussi naïf et a du mal à capter les changements de comportements
des personnes qu’il côtoie. Pourtant je me suis bel et bien efforcée de jouer un
rôle devant Marc. Surtout parce qu’il m’obsède et peuple mes rêves les plus
torrides ! Rien que cette idée m’est insupportable… Une domina qui se laisse
duper par un de ses confrères, difficile à assumer !

— Tu as pourtant toujours refusé de donner ton numéro à des inconnus, bonne


argumentation ou non.

— Écoute Paul, c’est fait, le sujet est clos, merci de m’avoir raccompagnée
maintenant rentre chez toi et passe un bon Noël.

Je le serre brièvement dans mes bras pour lui dire au revoir et le laisse sur le
pas de la porte de mon immeuble. Il semble ennuyé de cette rencontre et de mon
comportement, comme d’habitude je sais qu’il a encore du mal à comprendre ces
choses. Et notre lien domina-soumis si étroit fait naître en lui des sentiments
forts qui prennent le dessus. Je crains qu’il ne nourrisse pour moi un amour qu’il
croirait sincère, alors que de mon côté je m’efforce de ne le voir que comme un
soumis, et mon meilleur ami.
Pour autant, il a géré les dernières séances avec brio et s’améliore. Je prends
plaisir à jouer avec lui à des jeux de bondage et de contrôle de la jouissance. Il
est très doué pour ça ! Et semble y trouver son bonheur. Je préfère continuer à le
pousser au maximum de cette façon avant de passer à autre chose. Il faut qu’il
s’imprègne correctement de ce monde et qu’il apprenne, autant que ce soit avec
quelque chose qui lui plaît. Viendra après le « reste », lorsqu’il sera dépendant à
la soumission et que plus rien ne lui fera quitter sa place.
11

Je passe une excellente semaine avec ma famille. Je me ressource dans leurs


sourires, et les parties de Times Up{1} du soir nous font rire aux éclats. Je reste le
plus éloignée du portable et ne réponds que lorsqu’il s’agit de ma famille, les
autres attendront. C’est aussi pour moi le temps de me replonger dans mes
lectures érotiques. Je n’ai pas le temps tout au long de l’année à cause des
études, mais quand enfin je suis en vacances, je prends un livre, mon casque et
ma musique et je me pose dans un coin pour lire tranquillement. Ma famille me
demande souvent comment je fais pour écouter de la musique et lire en même
temps. Mais cela me vient naturellement et me permet simplement de m’isoler,
de partir dans mon monde. J’accompagne mes lectures d’un fond sonore
agréable pendant que j’imagine chaque scène du livre et m’en inspire parfois
pour mes futures séances, gardant quelques idées de côté.

Noël se passe à la perfection, mais mes amis commencent à me manquer. Paul


organise le Nouvel An chez lui, il a invité nos amis communs et quelques-uns de
la fac. Il y aura aussi les amis de Kevin. Ça promet d’être un bon moment et
même si j’ai hâte de les revoir, je regrette déjà de devoir quitter ma famille et
rentrer. Le début d’année annonce simplement de futurs partiels et le retour à la
vie d’étudiante. Cette petite parenthèse m’a fait beaucoup de bien, je rentre
sereine et pleine de nouvelles convictions. D’ailleurs je ne fais plus de rêves
bizarres, je n’ai plus de doutes, il y a juste moi, mes amis, et mes soumis.

De retour dans mon appartement je range mes affaires et me prépare


tranquillement à sortir, j’ai eu suffisamment de produits de beauté à Noël pour
me refaire complètement. Je prends une douche interminable, et teste tous mes
nouveaux produits, usant de mes plus beaux maquillages, faisant mes ongles et
couvrant mon corps de fines paillettes. Je prends le métro en direction de
l’appartement de Paul et Kevin, sur le trajet je ne peux pas éviter de croiser le
regard d’hommes plus ou moins intéressés. Je m’en amuse, mais certains me
répugnent carrément à leurs réactions. J’arrive enfin chez mes amis et c’est
Kevin qui m’ouvre la porte.

— Célène ! Il ne manquait plus que toi ! Non, mais tu as vu l’heure, on


s’inquiétait ! Pourquoi tu as pris le métro ? Tu es canon salope !

Kevin me fait toujours rire avec sa façon de s’exprimer, et de passer du coq à


l’âne. Puis, il peut vous insulter sans même vous vexer, au contraire c’est assez
marrant quand il le fait.

— Je voulais prendre mon temps, et merci du compliment. Ton cousin est


dans le coin ?

— Oui, derrière le bar, il fait le service.

— OK, merci chouchou.

Je me dirige dans le salon en direction du bar, je croise quelques


connaissances et nous nous disons bonsoir chaleureusement. Lorsque j’approche,
j’aperçois Théo, qui a rejoint Paul pour lui donner un coup de main. Les voir
travailler ensemble me réjouit. Il aura fallu du temps, mais ils ont fini par bien
s’entendre comprenant qu’ils n’avaient pas vraiment le choix. Et maintenant ils
semblent s’être mis d’accord sur une chose : se liguer pour protéger leur
maîtresse de tout intrus qui voudrait s’ajouter à notre petit trio.

— Vous me servez un verre ?

— Hey ! Tu es enfin là, me lance Théo, c’était bien le métro ?

— Pas mal ouais, j’ai pu admirer les mecs en rut du 31 décembre…

— Tu m’étonnes. Paul ponctue ses paroles d’un regard gourmand parcourant


tout mon corps.

— Alors, qu’est-ce que vous me servez ?

— On a préparé du punch, tu en veux ? me répond Théo en me tendant un


verre à cocktail.

— Parfait ! je prends une gorgée du breuvage et ferme les yeux. Hum, vous
avez forcé sur le rhum quand même !

— C’est le Nouvel An ma belle, éclate-toi ! me lance Théo sarcastique,


sachant pertinemment que je n’aime pas trop les alcools forts.

— Mouais… Vous avez surtout prévu que l’on dorme ici pour pouvoir me
peloter c’est ça ?

— Exactement, tu as tout compris !

Théo est fier de sa bêtise et me fait un clin d’œil entendu, je me tourne vers
Paul qui s’affaire à la préparation d’un autre verre. Il sourit timidement, je le lui
rends contente de le retrouver après ces semaines sous tension. Il était temps que
nous retrouvions notre complicité des débuts. J’aperçois plus loin Kevin et je
vais le rejoindre.

Le cousin de Paul est aux côtés d’un charmant jeune homme. À voir la façon
si proche dont ils se tiennent l’un à côté de l’autre, je soupçonne une certaine
intimité entre eux.

— Salut !

Je glisse à Kevin un regard interrogateur, et désigne discrètement de la tête


son voisin. Il réplique rapidement comme je m’y attendais.

— Celui-là il est à moi je te préviens ! Pas besoin de lui montrer ton cul
pétasse ! Je te présente mon copain.

Nous discutons ainsi tous les trois pendant un moment. Puis mes deux soumis
viennent nous rejoindre, après avoir cédé la place au bar à des amis de la fac. On
parle des vacances, de Noël, de la famille et des cours, et minuit approche à
grands pas. Paul s’absente pour changer de musique et j’entends retentir les
premières notes d’un morceau que j’aime beaucoup : Dance Like We're Making
Love de Ciara. Il revient vers nous et me tend la main pour m’inviter à danser. Je
donne mon verre à Théo et le rejoins au milieu du salon où déjà d’autres
personnes dansent.

Nous commençons à onduler doucement l’un contre l’autre, simple slow se


transformant peu à peu en un collé serré provocant. Ses yeux sont accrochés aux
miens, et entre nous circule une électricité presque palpable. Nos corps semblent
se défier, tant la tension entre nous est grande, et on pourrait se demander lequel
des deux cédera le premier à la tentation offerte par l’autre. Véritable piège de
séduction dans lequel attirer son partenaire, tout en s’efforçant soi-même de ne
pas succomber. Certains nous regardent, dont Théo en première ligne, les bras
croisés, mon verre toujours en main. Il semble inquiet de la suite des événements
et je sais qu’il n’apprécie pas que l’on se montre ainsi.

La chanson arrive à sa fin, et doucement nous regagnons la terre ferme,


ralentissant notre parade. Alors que le temps semble s’être suspendu, un de nos
amis se met à crier « Il est minuit ! Bonne année ! ». Je souris et lève les yeux
vers Paul qui m’attrape par la taille et m’embrasse à pleine bouche. Je me heurte
à son corps de plein fouet, la surprise est telle que je n’ai pas le temps de le
repousser.

Il vient m’embrasser devant tout le monde, ce baiser public me mettant dans


une impasse, et je sens une colère sourde naître en moi. Soit je le repousse et
deviens la fille chaudasse de service qui n’assume pas ses actes, surtout après
notre danse, lui mettant qui plus est un râteau devant tout le monde. Soit je le
laisse continuer au risque qu’il se méprenne sur mes intentions et le devenir de
notre amitié. Les sentiments qu’il a à mon égard ne sont plus un secret pour moi
depuis un moment. Pourtant j’ai tenté de lui faire comprendre à maintes reprises
que ce que l’on peut ressentir pour son dominant n’est pas de l’amour à
proprement parler. Je l’ai mis en garde assez de fois sur l’impossibilité d’une
relation plus poussée. À partir du moment où j’ai accepté de le prendre pour
soumis, j’ai fait une croix sur toute possibilité de relation amoureuse entre nous.
Ce qui n’empêche pas la forte attirance physique que j’éprouve envers lui. Plus
que tout, je redoute le regard des autres, je refuse qu’on nous voie comme un
couple, et je sens déjà les interrogations auxquelles je vais devoir répondre.

Je me retrouve toujours piégée entre ces deux situations, et cela m’agace


profondément. Paul me relâche et cherche à croiser mon regard, y espérant une
réaction positive certainement, une approbation… Mais je décide de ne rien
laisser paraître, ni de ma colère ni de ma déception. Et je sens bien que mon air
impassible le déstabilise.

À quoi tu t’attends au juste ? Que je te saute au cou ? Raté… Je suis très, très
en colère !
Alors que j’évite soigneusement le regard des autres, Théo s’approche de
nous, et m’attrape par le bras pour me tourner dans sa direction. Il sait que les
circonstances de ce dérapage sont les prémisses d’une catastrophe.

— Bonne année ma belle !

Il saisit mon visage entre ses deux mains et me roule une pelle à me faire
cesser de respirer. C’est officiel : je ne sais plus où me mettre ! Entre l’amoureux
transi et le soumis protecteur me voilà bien entourée ! Je me laisse faire par
Théo, lutter serait vain ! Je sais aussi qu’il tente de façon maladroite de sauver la
situation. Autour de nous les couples s’embrassent, les amis se font des
accolades, certains trinquent et d’autres échangent déjà leurs résolutions. Le brun
me lâche et attrape la fille d’à côté pour l’embrasser également à pleine bouche,
essayant de justifier notre baiser par un caractère enjoué et une propension au
pelotage sûrement. Il se redresse et jette un regard assassin à Paul. Avant que la
situation ne dégénère, je les prends tous deux par le bras pour les attirer
discrètement dans la chambre de Paul que l’on puisse discuter en privé.

Une fois la porte refermée derrière nous, je me tourne vers eux, décidée à
reprendre les choses en main.

— Assis !

Paul et Théo s’assoient sur le lit en face de moi. Entre nous la tension grandit
et je nous sens énervés par tout ce qui vient de se passer. Moi, pour ces baisers
imprévus qui ont risqué d’attirer l’attention sur nous, alors que je prends toujours
soin de ne pas me faire remarquer. Théo, à cause de l’audace du blond. Et ce
dernier parce que les choses ne se sont pas passées comme il l’avait prévu, je
présume.

— Je peux savoir ce qui t’a pris Paul ?

— Je… Je suis désolé, mais on dansait et… Je me suis laissé emporter par le
moment…

— Emporté par le moment… Ouais t’as raison, tu ne voulais pas la baiser sur
la piste non plus tant que tu y es ? rétorque Théo.

— Stop ! On ne va pas commencer l’année comme ça. C’est quoi que tu ne


comprends pas dans « DISCRÉTION en PUBLIC », Paul ? On est amis !

— Oui, c’est bon, j’ai compris…

— J’ai au moins réussi à sauver les apparences et à sortir Célène de la merde


que tu as foutue reprend Théo.

— Commence pas à me…

— Vous jouez à quoi là exactement ? leur lançais-je calmement, tout en les


observant d’un œil sombre depuis la porte où je suis adossée.

— Tu es vraiment en train de nous faire ton rôle de domina, là, maintenant, en


pleine soirée du Nouvel An ? demande Paul, l’air blasé par mon soudain
comportement.

— Exactement ! Vous ne m’avez pas vraiment laissé le choix puisque vous


n’êtes pas foutus de vous contrôler. J’ai une charmante idée qui me fera
beaucoup rire pour me venger de votre petit tour, mais vous fera nettement
moins rigoler en revanche…

— Tout ce que vous voudrez maîtresse, acquiesce Théo.

— Paul ?

La tête baissée vers le sol, il soupire et passe une main dans ses cheveux sur
lesquels il tire, puis finit par me répondre.

— Oui maîtresse, je vous écoute.

— Puisque vous semblez apprécier de me faire tourner en bourrique et de


vous donner en spectacle, j’ai un petit numéro pour vous. Nous allons retourner
dans le salon où se trouve tout le monde, et pour vous souhaiter la nouvelle
année, vous allez partager un baiser passionné, tel que vous l’avez fait avec moi.

Ils se regardent, et ont le mouvement de recul auquel je m’attendais à


l’annonce de leur châtiment. Ça risque d’être des plus divertissants, certes un
peu moins pour eux, mais c’est la règle du jeu : chaque faute vaut sa peine.
— Une revendication peut-être ?

— Non… répond Théo la mine fermée.

— Les gens vont se poser des questions, rajoute Paul.

— Vous comprendrez ce que je ressens. Au pire, ils penseront qu’on s’amuse


à trois.

Ils me regardent, surpris, mais n’ont pas l’air rebuté par l’idée d’un tel trio,
puisque dans le fond, c’est déjà le cas. Je m’empresse de corriger leurs pensées.
Je prends leur visage par le menton et les relève vers moi.

— Que ce soit bien clair pour vous deux, nous ne sommes pas en couple.
Nous sommes un trio dans une relation domina-soumis rien de plus. Le prochain
qui me joue un tour comme celui-ci, qui fait croire à qui que ce soit qu’on est en
couple, ou qui ose faire de moi sa propriété, je lui fais perdre l’usage de ses
couilles par un procédé très long et douloureux de bondage. Est-ce que c’est bien
clair cette fois ?

Ils hochent la tête, n’ayant visiblement plus aucune envie de s’étendre sur le
sujet. Je les relâche, et nous sortons de la chambre. Je m’éloigne d’eux pour me
mélanger aux autres, rejoignant Kevin et son copain qui n’ont visiblement pas
loupé une miette du spectacle précédent.

— Vous avez mis les choses au clair ? me demande Kevin.

— Oui, c’est fait.

— Vous avez attisé les curiosités…

— Oui je me doute. Ça finira par se tasser, et demain tout le monde aura déjà
oublié. En tout cas le spectacle n’est pas fini…

— Comment ça ? son copain s’incruste dans la conversation.

— Ho… Observez bien Paul et Théo, vous risquez d’avoir une surprise.

Ils les cherchent du regard et les trouvent enfin. Tous trois les fixons, à leur
tour ils m’observent et savent ce que j’attends. Je les sens encore hésitants.
Soudain, Théo soupire et vient plaquer sa main dans le dos de Paul pour l’attirer
à lui. Ils y sont presque ! Je les observe, amusée, et Kevin comprend enfin de
quoi il retourne.

— Ils vont s’embrasser ?

— Hum…

— Tu me fais vraiment peur parfois, tu es démoniaque !

Kevin semble redouter la vision qu’il va avoir, mais ne peut quitter la scène
des yeux, comme aimanté. Dans la pièce personne ne fait vraiment attention à ce
qui se passe, c’en est presque dommage. C’est Paul qui se décide finalement et
penche la tête vers Théo, qui se laisse faire.

Ils s’embrassent d’abord doucement, et une réaction quelque peu dégoûtée


déforme leur visage. Ils savent pertinemment que je ne me contenterai pas d’un
simple baiser. Je l’ai demandé « passionné » ! Le brun pose une main sur la joue
du blond et rend l’échange plus profond qu’il ne l’était auparavant, et je suis
désormais sûre qu’ils y mêlent leur langue. Je jette un coup d’œil à côté de moi,
Kevin et son copain sont scotchés, main sur la bouche. Quant aux autres, ils
réagissent enfin et se retournent en attendant les premiers « Wouuuuh » émis par
quelques-uns des amis de Kevin. Mes soumis cessent au bout d’interminables
secondes, et Théo me fixe attendant que je lui fasse un signe qui puisse prouver
ma satisfaction. Il relâche Paul, et s’éloigne.

— Je n’en reviens pas, tu as réussi à faire ça ! Margot va regretter de ne pas


avoir pu venir, elle aura raté le plus chaud baiser de la soirée ! s’écrie Kevin,
hilare.

Il est vrai que la vengeance est parfaite. J’observe les garçons boire chacun
dans leur coin, certainement pour effacer le goût de leur embrassade. Je me
dirige vers eux, bien décidée à les titiller encore un peu.

— On devrait faire ça plus souvent, je suis convaincue que vous finirez par y
prendre goût, vous semblez si bien tous les deux !

— N’exagère pas quand même, me chuchote Théo en me pinçant les fesses.


— Aïe ! Range tes mains, vilain !

Les conversations à notre sujet fusent durant une bonne partie de la soirée. Il
est vrai que notre trio est particulier, et je comprends les interrogations de
certains. Mais même s’ils me mènent la vie dure, et qu’il n’est pas toujours facile
de les gérer, je suis heureuse d’avoir trouvé ces deux hommes superbes pour
animer ma vie.

Le reste de la soirée se passe à la perfection. Notre trio ne se quitte plus, nous


dansons longuement ensemble et partons dans la chambre nous coucher. Je
commence l’année endormie au milieu de mes deux soumis, dont chacun
s’approprie une partie de mon corps d’un bras protecteur.
12

Je me réveille quelques heures plus tard, Théo et Paul dorment toujours. Je me


lève sans un bruit et file au salon. J’en profite pour faire un peu de rangement
afin de contribuer au ménage final, et emporte deux poubelles en partant pour les
jeter. Il est 13 heures lorsque je m’en vais, préférant déserter les lieux avant une
confrontation matinale arrosée de gueules de bois.

En marchant jusqu’au métro je regarde mon portable, et constate appels en


absence et messages. Il y a mes parents qui me souhaitent une bonne année, des
textos de ma famille, oncles, tantes, cousins et cousines, puis ceux de quelques
amis. Je vérifie d’abord mes messages vocaux, et rappelle mes parents, puis
j’entreprends enfin de répondre aux textos. Mon pouce s’arrête au-dessus d’une
fenêtre de conversation où il est noté « 00h10 », et le nom de « Marc Dominant »
apparaît en suivant. Surprise, j’hésite et finit par l’ouvrir, taraudée par la
curiosité.

* Bonne année à vous mademoiselle Célène, qu’elle vous soit profitable,


pleine de rebondissements et de douces surprises… Bien que j’ose l’espérer, pas
si douces que cela.

Je souris en relisant ce message, l’imaginant choisir ses mots pour qu’ils


soient les plus justes possibles.

Hum, pas si douce que cela… Alors tu as envie de jouer Marc ? Très bien, toi
et moi nous allons danser, autant que je te prévienne, j’adore ça et je ne suis pas
prête à abdiquer…

Je décide d’attendre avant de lui répondre, après tout il a déjà attendu toute la
nuit et la matinée, il peut bien attendre encore un peu. Je rentre chez moi, me
déshabille et me recouche pour me reposer. Je me réveille vers 19 heures et
constate que j’ai reçu un nouveau message : visiblement Paul et Théo n’ont pas
apprécié s’être réveillés dans les bras l’un de l’autre, pensant que j’étais toujours
au milieu. Voilà qui a dû les calmer… Je ne peux m’empêcher d’en rire, et me
lève enfin pour commander un plat indien en livraison à domicile. Les
programmes télévisuels du 1er janvier ne sont pas des plus palpitants, je cherche
alors sur mon ordinateur, et lance un Disney. La valeur sûre pour une soirée
tranquille.

Domina de 21 ans et encore devant les Disney ! Et comme par hasard tu


regardes une énième fois Cendrillon : la pauvre fille totalement soumise qui croit
au grand amour et tombe dessus. Dis-moi ma vieille, tu t’attends à ce que les
souris et les oiseaux viennent aussi ou tu espères peut-être que le livreur se
transforme en marraine la fée ? Tu es vraiment pitoyable quand tu t’y mets…

Alors que je mange devant Cendrillon qui passe le balai en chantant, je me


rappelle soudain qu’il faut que je réponde à Marc. Je n’ai pas vraiment oublié,
mais aucune réponse ne me semble convenir à son message plein de sous-
entendus. Je finis par me décider.

* Marc, bonne année également. Cependant je n’irai pas jusqu’à souhaiter


que vos vœux se réalisent, je ne tiens pas à ce que mon année devienne plus
piquante en quoi que ce soit. Peut-être devriez-vous tester vous-même ces
« douces surprises » pour savoir ce qu’il en est.

Je ne m’attends pas vraiment à une réponse, pourtant mon téléphone sonne


dans la foulée.

* Si c’est ce que vous désirez, nous pouvons nous arranger…

Je reste bloquée sur ce message. Je ne suis pas sûre que l’on se soit bien
compris. Est-ce qu’il sous-entend bien une possible soumission de sa part ? Je
n’espérais que le titiller un peu, pas me retrouver avec un soumis de plus sur les
bras. Dans le doute, je préfère y aller à tâtons pour m’assurer d’avoir bien
compris ce qu’il est en train de m’écrire.

*Que voulez-vous dire par là ?

Je fixe mon écran, attendant une réponse rapide, quand il se met à sonner, me
faisant sursauter. Ma vieille coupe le son, je te rappelle que tu regardes
Cendrillon, dans le genre fond sonore de domina il y a mieux… J’éteins mon
film et décroche, le ventre serré et emplit d’une sensation de picotement. Je me
sens angoissée, et toute à la fois excitée et tendue à l’idée de l’avoir en ligne
pour la première fois. Je prends ma voix la plus douce et la plus enjôleuse
possible.

Le jeu commence ma vieille, fais-lui-en baver !

— Bonsoir Marc, vous allez bien ?

— Bonsoir mademoiselle Célène, oui et vous ? Intéressante cette voix, je


comprends mieux pourquoi vous avez deux soumis maintenant…

Cette remarque me laisse perplexe, mais je ne la relève pas, et il reprend :

— Pouvons-nous en venir aux choses sérieuses ? Visiblement vous ne


comprenez pas mes intentions.

— Où vous voulez en venir ? Feriez-vous simplement de la provocation pour


étudier mes réactions ?

— Je ne suis pas là pour vous tester Célène, à vrai dire, je suis surtout curieux
de vous connaître et si je dois en passer par là, je le ferais.

— Un dominant qui se soumettrait ?

— N’est-ce pas en vivant les situations que l’on apprend à mieux les gérer ?

— C’est en effet une philosophie que j’apprécie et applique… Cependant vous


n’avez pas à passer par là pour me connaître.

— Que me proposez-vous alors ?

— Ce serait plutôt à vous de me proposer, vous ne croyez pas ?

— Un verre, dans un premier temps, vous tenterait ?

— Cela me semble convenable.

— Jeudi, 16 heures au Connexion Café ?

— Vous ne travaillez pas pour vous libérer à cette heure-ci ?


— J’ai la chance de pouvoir convenir de mes heures de travail.

— Très bien, alors à jeudi.

Je raccroche, ne lui laissant pas le temps de rajouter quoique ce soit et je reste


un moment à contempler l’écran noir de mon portable, espérant un texto, une
remarque sur mon empressement à raccrocher, mais rien ne vient. Enfin je sors
de ma torpeur et relance mon Disney pour tenter de penser à autre chose.

Les jours défilent, le rendez-vous approche à grands pas, et avec lui les
partiels. Je lutte pour rester concentrée et je ne cesse pas les révisions une
minute. Je n’offre pas à mon cerveau le moindre répit, et évite ainsi que Marc ne
s’insinue dans mes pensées. Je n’ai au final que deux jours complets d’examens,
et le jeudi se profile rapidement. Me voilà de plus en plus angoissée à l’idée de
me retrouver seule avec cet homme qui me fait tant d’effet, j’appréhende
énormément cet entre-deux où personne de ma connaissance ne pourra cette
fois-ci intervenir pour me sauver. Est-ce que je ne risque pas de me brûler les
ailes avec un énergumène pareil ?

Je me déplace vers le lieu de notre rendez-vous, et prends place dans le bar d’à
côté pour observer l’arrivée de Marc. À l’heure pile, il fait son apparition. Il
semble être quelqu’un de carré et sa ponctualité abonde dans ce sens. Que
penserait-il de poireauter un petit peu ? Après tout, une femme doit savoir se
faire attendre.

Comme à chaque fois que nous nous sommes croisés, sa tenue est soignée,
son style élégant et sa posture digne d’un grand homme. Je lui trouve des airs
nobles et me demande si c’est réellement le cas. Cependant, a contrario, il a
quelque chose d’assez bohème qui m’intrigue. J’attends ainsi une dizaine de
minutes, me préparant psychologiquement à cette rencontre et je le rejoins, mon
retard bien calculé. Il m’accueille d’un sourire enjoué et je ne peux m’empêcher
de lui trouver une expression de vainqueur.

— Célène ! Comment allez-vous ?

— Bien Marc, et vous ? J’espère ne pas vous avoir trop fait attendre.
— Non, au contraire, juste ce qu’il faut pour semer le doute. Il arbore
désormais un sourire en coin, et sa réponse me semble un brin sarcastique.

— Vous pensiez que je ne viendrais pas ?

— J’avoue m’être posé la question, mais j’ai toujours eu bon espoir en vous.
Vais-je enfin pouvoir en apprendre plus sur la dominante… et la soumise ?

— Si vous posez les bonnes questions, vous aurez vos réponses.

Il se redresse sur sa chaise, une lueur de convoitise dans le regard, s’adosse et


me toise. Je m’attends alors à un interrogatoire plus qu’intime sur mes actes, sur
leurs raisons et le fond de ma pensée. Une séance de lecture intérieure pour
comprendre mes motivations et découvrir si nos profils sont compatibles.
J’inspire. Je suis prête.

— Depuis quand pratiquez-vous ?

Le ton direct de sa question me surprend, il a décidé de rentrer dans le vif du


sujet avant même de me demander si je voulais un thé ou un café. Cependant ce
genre de questions ne veut pas dire grand-chose dans le milieu du BDSM, et
nous le savons : l’expérience et la qualité d’un dominant ou d’un soumis ne se
faisant pas sur la durée de sa pratique, car certains en un mois en connaissaient
plus que d’autres en un an de temps.

— Est-ce vraiment cette question que vous voulez me poser ?

— Non, vous avez raison. Quel est votre maître rêvé ? il répond en plissant les
yeux, son regard toujours rivé sur moi, cherchant indubitablement à me sonder.

Je ne peux pas m’empêcher de me sentir troublée. Il ne semble pas hésiter


comme si ce rendez-vous avait été préparé et qu’il testait mes réactions.

Mon maître rêvé ? C’est une question dangereuse, pour moi plus que pour lui.
Si j’y réponds, je lui laisse toutes les cartes en main, puisqu’il saura quoi me
dire, ou quoi me proposer pour me plaire. Je sais que j’aurai alors beaucoup plus
de difficultés à me refuser à lui. Et je comprends que c’est là son but : m’avoir,
m’obtenir. Cela dit ses intentions ont été claires dès le début. Je tente de rester la
plus évasive possible pour ne pas lui donner satisfaction et me laisser une chance
de m’en sortir.

— Eh bien, je n’ai pas vraiment d’idéal de maître. Je sais bien que la soumise
choisit son maître, et la domination qu’elle souhaite pratiquer, mais le maître est
ce qu’il est, et souvent la soumise doit s’adapter. Bien qu’elle lui indique ses
souhaits, il finit par imposer ses choix.

— D’un point de vue réaliste, oui nous sommes d’accord. Mais je voudrai que
vous me parliez de votre idéal, pas de la réalité.

— J’ai toujours été une soumise objet. Je ne fais pas de SM, mais du DS{2}.
J’apprécie tout ce qui touche à l’essence des corps, à la sensualité. Mon maître
idéal serait quelqu’un qui me sublimerait. Son but ultime serait de m’apprendre à
être une chose suscitant le désir sexuel de n’importe qui, et qui le rendrait fier à
exhiber.

— Je vois, vous n’acceptez donc aucun châtiment, aucune souffrance ?

— Si j’en accepte tant que cela ne marque pas indéfiniment, et que le seuil de
souffrance à ne pas dépasser est respecté. J’accepte les jeux de corde, de cire, de
pinces, et d’autres choses.

— Et en domination que faites-vous ?

— J’impose le même principe à mes soumis. Je ne suis pas pour le hard et les
blessures, je travaille simplement sur leur seuil de douleur et j’y vais
progressivement.

— N’y a-t-il pas un moment où l’évolution n’est plus possible ?

— Vous croyez ? Un soumis qui n’évolue plus n’est-il pas un soumis parfait ?
Hors la perfection est-elle atteignable selon vous ?

— Vous êtes fascinante… Et j’ai l’impression de discerner chez vous plusieurs


personnes. Je me demande laquelle prime sur les autres.

— Comment ça ?
— Vous êtes posée et réfléchie, vous prenez le temps d’analyser ce que vous
dites. Et de ce que j’ai vu de vous en tant que domina, vous me semblez droite,
avec un air sournois parfois. Cependant j’ai aussi pu apercevoir Célène, l’amie
fidèle qui semble relativement protectrice, et douce.

Il se penche vers moi réduisant la distance entre nous, me forçant ainsi à


rentrer dans une sorte de cercle intime, et il me fixe. Je prends sur moi pour ne
pas me montrer intimidée.

— Aujourd’hui vous êtes devant moi et vous vous montrez distante, méfiante
même. Cependant il y a ces personnalités qui se manifestent : la femme-amie qui
se montre plutôt chaleureuse et charmeuse, la dominante qui me recadre et
impose le respect tout en faisant valoir ses opinions, puis la soumise qui explique
ses désirs sans prendre le risque d’en dire trop pour se protéger.

Je soutiens son regard, mais à ces dernières paroles je ne peux m’empêcher,


par réflexe, de baisser les yeux sur la tasse de thé que le serveur vient de nous
amener.

— Vous semblez quelque peu nerveuse, tout va bien ?

J’en bois quelques gorgées, profitant de cette pause salutaire pour me


concentrer. Je m’efforce de cacher mon trouble, afin de ne pas flancher devant
lui. Cet homme m’attire et m’agace en même temps ! Il fait naître en moi des
sentiments forts, et tout à fait opposés. C’est très frustrant qu’il puisse avoir
autant d’impact. Je rajuste mon masque pour qu’il ne puisse pas voir les
conséquences de son analyse sur moi. Et je finis par lui sourire de façon
mystérieuse.

— Je vais très bien ne vous y trompez pas, seulement je vais devoir y aller,
j’ai à faire.

— Déjà ? C’était une petite entrevue.

— Je suis attendue. Merci pour le thé, et à bientôt Marc.

Je me lève, ménageant la vitesse de mes mouvements, ne voulant pas lui


donner l’impression que je fuis. Enfin je lui tourne le dos, et sors du bar, sentant
jusque dans la rue ses yeux sur moi. Lorsque je ne suis plus à portée de vue, mon
visage se détend et je regarde ma montre : en vérité il me reste plus de deux
heures avant de recevoir Théo.

Cela fait trois quarts d’heure que j’attends mon soumis brun. Il est en retard et
ne m’a laissé aucun message. Je suis à la fois très inquiète et fâchée. Ce retard
couplé à la frustration de ma rencontre avec Marc n’arrange en rien mon humeur.
Il va me le payer, ça c’est sûr !

Enfin on frappe à ma porte, je reste assise dans mon canapé quelques minutes,
faisant mine de ne pas avoir entendu. Un deuxième coup se fait entendre puis un
troisième. Je me décide à aller lui ouvrir, prenant le temps de faire tourner les
verrous lentement. Il se tient là, pas même essoufflé ou en sueur, visiblement il
n’a pas trouvé bon de se dépêcher. Je le laisse rentrer et ferme la porte à clef
derrière lui.

Lorsque je me retourne, il ose me dévisager. Ma main claque sur ses joues


avec force en un aller-retour. Sa tête suit le mouvement de gauche et de droite,
tandis que sa peau se colore, enfin il baisse les yeux, non sans un sourire qu’il
tente de dissimuler.

— À quatre pattes. Dépêche-toi !

— Oui maîtresse.

— Tu es très en retard, tu as osé me faire attendre !

— Je suis désolé maîtresse, je ne voulais pas, j’ai fait le plus vite que j’ai pu.

— Visiblement non ! Et tu appelles ça des excuses ?

— Non maîtresse…

— Ne t’inquiète pas je vais te trouver une punition à la hauteur de ton


insolence.

— Oui maîtresse, tout ce que vous voudrez pour me faire pardonner.

J’appuie mon talon aiguille contre ses fesses pour le faire avancer, et il ne
résiste pas, se dirigeant ainsi dans le salon. Je lui ordonne de se placer en face de
mon fauteuil, toujours à quatre pattes, et j’installe mes jambes sur son dos pour
en faire un « repose-pieds » vivant. J’attrape ma liseuse et reste ainsi un bon
moment. Je le laisse dans cette position le temps qu’il m’a fait attendre, puis je
me relève et me dirige vers la chambre.

— Ta punition commencera par soixante coups de canne.

— Comme il vous plaira, déesse.

— J’y compte bien… Redresse-toi, et viens ici, nu. Je veux que tu poses ton
buste sur la commode, fesses vers moi, et jambes écartées.

Il prend la position, et je récupère la canne que Paul m’a fait acheter au salon
de l’érotisme. Je la fais tourner entre mes mains, faisant glisser son long manche
rigide entre mes doigts, et viens me positionner derrière lui pour placer l’objet
entre ses fesses.

— Contracte ! Elle n’a pas intérêt à tomber, tu m’entends ?

— Oui maîtresse.

Je reste derrière lui, mes ongles griffant la peau de son dos, descendant vers
ses hanches. Enfin, je chauffe ses fesses, surtout pour que les coups de canne
soient moins douloureux après quelques tapes et pincements. Il frissonne à en
oublier la canne qui glisse l’obligeant à se contracter à nouveau pour éviter de la
faire tomber. J’aime le provoquer, l’obligeant à bouger son bassin, pour voir s’il
tient bon.

— Bien, on va commencer. Tu me remercieras entre les coups qui te seront


portés. Relâche !

Je récupère la canne et regarde Théo contracter tous ses muscles dans l’attente
du premier coup, pourtant il sait qu’ainsi il n’aura que plus mal, mais je me
doute que c’est ce qu’il recherche comme sensation. Je secoue la canne dans l’air
la faisant siffler. J’annonce ainsi à mon soumis que ça va bientôt commencer, et
me plais à le faire attendre. Sa tension doit être à son paroxysme. La punition
promet d’être cinglante ! Mon bras s’élève et je marque un temps d’arrêt avant
de le faire redescendre : je veux qu’il attende sagement sa correction comme il
m’a fait attendre. Je reste ainsi un moment avant de reprendre mon geste, et le
premier coup claque sur sa peau. Une bande rouge se dessine sur le dessus de ses
fesses bombées.

— Merci maîtresse pour votre bonté.

Je relève la canne, et le deuxième coup s’abat sur le milieu de son postérieur


lui arrachant une plainte. Cette fois-ci il n’a pas eu le temps de la retenir, et j’en
éprouve de la satisfaction.

Une chance que tes voisins ne soient pas là en ce moment…

— Merci déesse pour les soins que vous me prodiguez.

Le troisième tombe, et je vois bien que Théo se contient. Je sais qu’il peut
endurer bien plus. Et il connaît son mot de sécurité, donc je ne me fais pas de
soucis. L’ivresse du moment me prend petit à petit, et j’augmente la puissance à
chacun de mes coups. Les soixante pleuvent ainsi, entre les mercis de mon
soumis et ses petits cris de douleur. Je lâche enfin mon instrument de punition et
observe Théo. Il est essoufflé, mais ne semble pas souffrir plus que ça. Je
m’écarte, et désigne la salle de bain du doigt.

— Va dans la douche comme un chien.

Il ne se fait pas attendre, cependant à la lenteur qu’il met à se mettre à genoux,


je comprends que sa peau le tire. Je souris à cette idée, et regarde son cul rougi
s’éloigner dans la pièce adjacente avant de lui emboîter le pas.

— Debout, dos à moi.

Il se place dans la douche et se redresse en silence. Je m’empare du pommeau


que je règle sur une température tiède, en prenant soin de le passer en mode
massage et d’augmenter la puissance du jet à son maximum

— Je ne veux rien entendre.

— Oui ma reine.
L’eau jaillit avec force et je commence à la passer sur lui en prenant soin de ne
pas oublier une seule parcelle de son corps. Il se tient aux parois de la cabine et
ne semble pas réagir outre mesure au fouet de l’eau, même sur sa peau meurtrie.
Je sais cependant qu’il ne résistera pas à la suite des événements.

— Tourne-toi face à moi, mains derrière la tête, et interdiction de les bouger.

Il s’exécute, toujours aussi docile. Je fais alors passer le jet sur son torse,
descendant lentement sur son ventre. Je scrute son visage. Il regarde droit devant
lui, mais à sa déglutition et à ses dents mordant ses lèvres il trahit l’angoisse qui
naît en lui. Le jet est désormais sur sa hanche gauche, et je l’abaisse petit à petit
vers son sexe. Lorsqu’enfin je l’atteins, la réaction de Théo ne se fait pas
attendre : il écarquille les yeux de douleur et ouvre la bouche sans qu’aucun son
ne s’en échappe. Ses mains s’agrippent à ses cheveux et il ferme les yeux pour se
contenir. Je fais durer le supplice un moment avant de redescendre jusqu’à ses
pieds, et couper l’eau. Je lui tends une serviette et il se sèche sans dire un mot. Je
retourne dans la chambre et prépare la suite. Lorsqu’il me rejoint, je l’attends, un
bandeau de soie noire dans les mains.

— À genoux.

Il obéit sans attendre et je m’accroupis en face de lui pour lui nouer le


bandeau sur le sexe et les testicules en guise de bondage bien serré.

— Comme tu m’as fait attendre, tu ne mérites aucun plaisir aujourd’hui. Tu te


contenteras de me regarder en prendre.

— C’est le plus grand des cadeaux que de vous voir jouir maîtresse.

— Je ne t’ai pas autorisé à parler.

Il se tait immédiatement, comprenant qu’il vaut mieux éviter d’aggraver son


cas. Il apprendra à ne plus me défier, à obéir comme un bon soumis, sans essayer
de m’imposer ses choix. Je le fais s’asseoir et passe une corde autour de ses
poignets joints devant lui, que je relie à ses chevilles, puis je le fais s’allonger. À
mon tour j’ôte ma robe et me place au-dessus de son visage, un pied de chaque
côté de sa tête.
— Profite bien du spectacle, c’est tout ce que tu auras aujourd’hui. Et je
t’interdis de regarder ailleurs et de jouir. C’est bien compris ?

— Oui maîtresse, merci maîtresse.

De mes doigts j’écarte le tissu de mon string pour dégager mon sexe et
pouvoir le caresser librement sous le regard excité de Théo dont l’érection ne fait
que me confirmer l’état. Je m’accroupis, me touchant à quelques centimètres de
sa bouche, jusqu’à en sentir le souffle sur mes chairs brûlantes. Cette proximité
et son regard insistant ne font qu’augmenter mon excitation. Une vague de
chaleur se propage dans tout mon corps et je sens mon sexe se contracter sous
mes stimulations. Je presse mon clitoris doucement, alternant le rythme, me
fouillant d’un ou deux doigts, entreprenant des va-et-vient langoureux. Je calme
ma respiration, essuie mon index et mon majeur sur le visage de mon soumis,
satisfaite.

Avant de n’aller trop loin vers l’orgasme et ne pouvoir me retenir plus


longtemps, je décide d’amener le brun à une excitation et une frustration plus
intense. Je prends à côté de moi le bâillon gode que j’avais déposé là au
préalable. Lorsque Théo le voit une étincelle semble s’allumer dans son regard.
Je regarde son sexe et suis comblée de voir qu’il se durcit de plus belle.
Répondant à mes stimuli il a déjà produit une quantité importante de liquide
séminal. Une fois le bâillon en place, dans sa bouche, je m’agenouille de part et
d’autre de sa tête, et m’empale doucement sur le gode, gémissante. J’entreprends
d’onduler du bassin au plus près de son visage.

Ma cyprine coule le long de cette queue factice, ne manquant pas de perler sur
les joues de mon soumis. Je sens en moi une rage débordante, qui petit à petit
m’entraîne dans les abysses d’un plaisir sauvage. Malheureusement, la punition
prévue ne comprend aucune jouissance pour Théo, ce qui ne contribuera pas à
calmer mes ardeurs, et l’envie qui me ronge les entrailles. Je dois redescendre et
arrêter mes mouvements avant de céder à mes pulsions. Je cesse de bouger et me
retire, le laissant par terre recouvert de mon plaisir, toujours attaché et bâillonné.

Je disparais dans la salle de bain pour couper ma frustration à l’abri de son


regard, jouissant dans mon coin, lui n’y ayant pas droit. Lorsque je reviens, je le
détache.
— J’en ai fini avec toi soumis. Tu as interdiction de jouir jusqu’à nouvel
ordre.

— Merci infiniment maîtresse, je ne suis rien sans vous.

— Je le sais. Il ne pourrait en être autrement.

Je m’allonge sur le sol à côté de lui. Il sait que la séance est finie et que nos
rapports reprennent en bons amis, il se penche et pose sa tête sur ma poitrine
ainsi que sa jambe contre ma cuisse, j’ouvre un bras pour l’accueillir.

— Théo, tu colles sérieux, je t’ai laissé des mouchoirs pour t’essuyer !

— Oui je sais ! Mais je voulais te faire partager ! C’est ton travail sois fière !

— Ha ha…T’en rates pas une toi !

J’attrape les mouchoirs avec peine et entreprends de nous nettoyer.

— Cochon va !

— Oui et fier ! Putain tu m’as éclaté…

— Ho pauvre petite chose…

— Oui, exactement ! Ma maîtresse me maltraite…

— Et tu aimes ça, et tu en redemandes en plus !

— Oui, faut croire que je suis sadomasochiste…

Il éclate de rire et je lui assène une tape sur les fesses en mini-vengeance, à
mon grand bonheur elles sont encore assez meurtries pour qu’il la sente bien
passer.

Théo me quitte quelques heures plus tard, satisfait de cette séance forte en
émotions. La semaine suivante je dois retrouver Paul pour une initiation au
bondage. Contrairement à Théo ses désirs semblent plus portés sur la domination
soft, et l’attachement par quelque forme que ce soit.

Malgré moi je repense à mon court rendez-vous avec Marc. J’ai dû mobiliser
toute ma volonté pour ne pas y penser durant cet après-midi. Je ne voulais pas
que Théo pâtisse de mon trouble, des doutes auxquels je fais face depuis que cet
homme s’intéresse à moi. Je n’assume pas qu’il m’obsède autant, que mes rêves
soient peuplés de ses yeux, et que mon corps semble s’emballer rien qu’à l’idée
d’échanger avec lui. J’ai le pressentiment que je vais bientôt devoir faire un
choix, et la perspective d’un tournant dans ma vie m’angoisse plus qu’il ne le
devrait.

Je n’ai pas reçu de messages de sa part, et je déteste cette attente, je déteste me


voir aussi impatiente. J’ai l’impression de ressentir déjà une certaine dépendance
pour ce jeu qui s’installe entre nous, mais je ne suis pas certaine que ce
sentiment soit partagé… Peut-être ai-je fait une erreur en partant si vite de notre
premier rendez-vous ? J’espère ne pas l’avoir découragé, ne pas avoir été trop
distante. Je ne devrais pourtant avoir aucun regret : je sais qu’il est préférable de
se faire courir après, que de courir soi-même après quelqu’un…

Ne te fais pas de fausses idées, entre lui et toi, qui est-ce qui rêve de l’autre,
hein ?

Je repousse mes doutes et mes interrogations pour me concentrer sur le


matériel qu’il faudra que j’achète pour la séance avec Paul.
13
La semaine s’écoule à une vitesse folle, et bien que Marc ne m’ait toujours
pas recontactée, je me sens plus apaisée. J’étais pressée sur le moment, mais
avec le recul, je me rends compte qu’il n’a pas de raison de m’appeler et que
ceci doit expliquer cela. Je relativise et me répète que ce n’était qu’une rencontre
parmi tant d’autres avant la prochaine.

Je retrouve Paul pour sa séance de bondage. Comme toujours, il est pile à


l’heure et ne me fait pas attendre.

Je m’arrange désormais pour que les séances soient suffisamment tranquilles


pour lui, comme il m’en a fait la demande après avoir goûté à la canne achetée
au salon de l’érotisme. Je lui avais alors promis qu’il la testerait, et ce jour-là,
j’ai failli le perdre. Il était à deux doigts d’arrêter et m’a avoué préférer un
BDSM moins agressif. Je l’ai rassuré en lui expliquant que tous les rapports
n’avaient pas à se faire dans la douleur.

Il a accepté de nous redonner une chance et aujourd’hui, c’est sa deuxième


session « d’après canne ». Cependant, je m’assure de faire monter petit à petit
son seuil de tolérance, tout en respectant son appréhension de la douleur.

Paul m’attend déjà dans la chambre, nu, en position de soumis, comme


demandé, au milieu de la pièce. Je le rejoins avec un bol d’huile de massage
chaude. Il respire calmement, mais je le sens tout de même impatient et curieux
de la suite des événements.

Je me place derrière lui et caresse doucement sa nuque. Depuis le début de


l’année, il a décidé de se laisser pousser les cheveux, et doit maintenant faire un
chignon durant nos séances. J’adore ce nouveau look ! Je tire légèrement sur une
mèche rebelle ce qui fait glisser l’élastique retenant ses cheveux. Je continue
jusqu’à ce qu’il tombe au sol, et que sa crinière blonde défaite effleure ses
épaules. Je prends soin de coller mon corps au sien, et agrippe sa tignasse pour
tirer sa tête en arrière la faisant basculer sur mon épaule. J’approche mon visage
de son cou et le caresse doucement de mes lèvres avant de lui murmurer :

— Tu es prêt ?
— Oui maîtresse !

— Bien, nous allons pouvoir commencer alors.

Je tire de mon décolleté un ruban que je dépose sur ses yeux. Il porte mon
odeur et Paul sourit en le sentant. Je vais ensuite chercher ma corde en coton et
la déplie avant de la faire glisser sur sa peau pour qu’il en appréhende la matière
et qu’il s’habitue à ce contact. Il est important pour le mettre en confiance qu’il
sache de quoi je vais user pour cette séance.

Il frémit lorsqu’elle fait le tour de son torse, glisse le long de ses cuisses et s’y
resserre quelque peu, puis je tire dessus pour la récupérer. Une fois la corde
complètement déroulée, je la plie en son milieu et entreprends d’attacher ses
poignets ensemble devant lui. Le lien de coton passe contre sa chair et je dois
veiller à la juste mesure de mes nœuds : qu’ils ne lui coupent pas la circulation
sans pour autant oublier de les serrer pour qu’il ne puisse s’en défaire facilement.
Je fais coulisser l’entrave dans un anneau et tire dessus pour que Paul lève ses
bras au-dessus de sa tête, le laissant exposé et sans défense.

Je contemple ainsi son corps quelques instants, puis me rapproche et


commence à le caresser doucement. Il ne réagit que lorsque mes doigts frôlent
son bas-ventre. Je souris à cette réaction que je ne connais que trop bien, je
m’avance encore pour lui mordiller le cou, tout en descendant le long de son
corps. Il semble que c’est déjà pour lui un supplice d’être ainsi touché, sa tête se
penche en arrière et il gémit de plaisir lorsque je viens embrasser et mordiller ses
tétons. Sa respiration est saccadée lorsque j’embrasse ses hanches et ses cuisses.

Paul est très réceptif, il réagit à tous mes stimuli, c’est donc sans surprise qu’il
se contracte et lâche un râle de plaisir à la sensation de mes lèvres sur son torse.
Ma langue passe sur son corps bouillant, et il est déjà dans un état de transe.
Avec le temps, il s’abandonne plus facilement à moi. Bien entendu, il reste
timide dans ses limites, mais à chaque fois il me fait de plus en plus confiance
pour m’occuper de lui. Je l’embrasse sensuellement, lui laissant goûter à mes
lèvres, aux caresses de ma langue et au parfum de sa chair.

J’ai envie de m’amuser un peu, alors je m’empare de pinces à tétons que je lui
mets et cherche dans mes affaires de quoi agrémenter ce tableau. Je trouve mon
bonheur, et reviens vers lui munie d’un foulard, d’une cordelette et d’un dernier
objet que je dissimule, ne souhaitant pas qu’il l’aperçoive au travers des bandes
de lumière laissées par le ruban sur ses yeux. Je lui flatte gentiment les hanches,
et prends d’abord le foulard que je noue en son centre.

J’ai vraiment envie de le taquiner au maximum aujourd’hui, aussi je tire sur


ses œillères de tissu et je lui rends ainsi la vue. Il cligne plusieurs fois des
paupières, avant de me contempler retirer mon string. Je suis désormais devant
lui seulement vêtue de ma guêpière à porte-jarretelles et de mes bas. Je le
regarde d’un air entendu, prends le foulard par chacune de ses extrémités et le
glisse entre mes cuisses pour frotter le nœud contre mon entrejambe. Il me fixe
avec intérêt en train d’exécuter ce geste durant plusieurs secondes, avant que je
ne lui ordonne d’ouvrir la bouche. Je positionne le nœud parfumé de ma senteur
au cœur de ses lèvres et j’en noue les bouts derrière sa tête. Je l’entends gémir de
me sentir ainsi. Je le regarde en souriant, et dépose un baiser sur son nouveau
bâillon tout en prenant la cordelette que j’ai sélectionnée.

Doucement, je soulève ses couilles et fais passer la bande sous celles-ci. Je les
serre l’une contre l’autre en exécutant plusieurs tours de la sorte avant de les
séparer. Pendant toute la manipulation, il gémit en sentant mes doigts sur ses
testicules. Son érection est plus que présente. Je sens qu’elle n’attend que de me
satisfaire, si toutefois j’en décide ainsi.

Je caresse doucement son membre dressé entre mes mains et il se laisse faire,
fermant les yeux et gémissant de plus belle. Je lui ordonne de me regarder et ses
iris bleus se plantent aussitôt dans les miens. Il prend toujours beaucoup plus de
plaisir à me voir ainsi le provoquer. Impuissant face à moi, obligé de se plier à
ma volonté et à mes moindres désirs. Soumis, à ma merci, et aimant ça.

Je le détache, lui rendant momentanément l’usage de ses bras qui sont déjà
engourdis. Cependant, je suis loin d’en avoir fini avec lui, je le repousse sur le lit
où je l’encourage à s’allonger correctement. Je lui rattache les poignets à la tête
en bois de ma literie, et chacune de ses chevilles finit reliée à un des angles. Je
me déshabille totalement et prends l’huile qui a tiédi. Goutte par goutte, elle
coule sur son torse que je commence à masser minutieusement. Mes mains
huileuses glissent bientôt sur toutes les parties de son corps. Il se trouve
totalement pris dans ma chair, caressé par mes mains, mes coudes, mes jambes,
mes pieds, mes seins. Il semble se délecter de chaque pression, son souffle
s’accélère et ses jambes se tendent.
Il respire plus fort au travers du foulard lorsque ma langue vient goûter à cette
huile comestible. Je titille son sexe de mes lèvres, puis me redresse sur lui pour
le frotter au mien, avant de glisser à nouveau sur son entrejambe pour
l’emprisonner entre mes seins. La tension dans son corps augmente, de plus en
plus. J’aime le mener aux frontières de l’orgasme et le laisser là, pantelant.
Généralement, il retombe totalement, puis je le reprends en main. Nous
recommençons ainsi autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce que son plaisir
devienne insupportable, son désir douloureux, sans plus aucune possibilité de
revenir en arrière. La jouissance étant alors son seul salut.

J’ai envie de profiter de lui ainsi et j’ai aussi très envie de me donner du
plaisir. Je viens m’asseoir sur son visage avec douceur, lui offrant comme vue
mes fesses. Le nœud du bâillon dépasse légèrement entre ses lèvres, et je
commence à m’y frotter. Mon clitoris enfle sous la pression exercée contre la
soie, je l’accentue parfois enfonçant plus le visage de mon soumis entre mes
cuisses. Je prends beaucoup de plaisir à imaginer la vision qu’il doit avoir, et le
contentement qu’il doit en retirer également. J’observe sa bite se contracter sur
son abdomen et je veux jouer avec. Sans jamais cesser mes mouvements, je me
penche pour attraper son sexe, le faisant glisser doucement dans ma bouche et le
léchant. C’est un râle de plaisir extrême qui émane d’entre mes cuisses. Je
m’amuse de son frein le titillant de ma langue, mais je sens qu’il ne durera pas
longtemps. Je le laisse alors retomber, décide que j’en ai assez eu et me relève,
engourdie de plaisir.

Enfin, je le détache totalement et le fais se placer à genoux sur le lit. Je lui


rattache les chevilles ensemble, puis le reste de la corde suit son torse et s’y
enroule pour lui faire un corset, bloquant par la même occasion ses bras. Je
récupère l’extrémité qu’il reste et rattache ses poignets avec. Positionnée face à
lui, j’empoigne son sexe et je commence à le branler pendant un moment,
variant la vitesse et l’emprise de mes doigts sur lui, l’inclinaison de mon poignet
et la force de mon bras. De mon autre main, j’attrape ses cheveux et lui penche
la tête en arrière, embrassant son cou, léchant sa mâchoire, ses lèvres, faisant
courir mon souffle sur sa peau sensible. Je mordille le lobe de son oreille lui
arrachant des geignements plus puissants, puis j’embrasse son bâillon encore
trempé de ma mouille. Je sais pertinemment que sous une telle excitation il se
libérera bientôt. Il se retient déjà depuis un moment et tente de résister le plus
possible. Il ferme les yeux avec force et je lui ordonne à nouveau de me regarder,
ses poings se contractent et je vois ses pieds en faire de même. Il ne peut plus
contenir sa jouissance et les cordes l’empêchent de reprendre totalement son
souffle, le contraignant à respirer par halètement, augmentant la puissance de son
excitation.

Mon soumis éjacule sur moi, principalement sur mon ventre et dans ma main.
Son abdomen se contracte violemment, lui provoquant des soubresauts, secouant
tout son corps avec force au point qu’il en perd l’équilibre. Il s’écroule, nos
corps se heurtent et nous tombons tous deux sur le matelas. Je ne bouge plus
pendant un moment voulant lui laisser le temps de se calmer, puis je défais
doucement son bâillon, le regardant bouger sa mâchoire comme pour en
récupérer l’usage. Mes bras glissent sur lui, caressent son dos. Il émerge et
reprend ses esprits avec lenteur, frottant sa tête contre moi, d’une main, je lisse
ses cheveux pour l’apaiser.

Son souffle ralentit petit à petit et je défais ses liens tandis qu’il essaye de se
relever. Lorsque je détache son torse, Paul rabat ses bras contre lui et s’enserre,
je pose la corde sur le côté et le prends contre moi. Je le garde ainsi quelques
minutes tandis que ses tremblements cessent.

— Ta séance est finie. Est-ce que ça va ?

— Oui…

— Tu en es certain ?

— Je n’arrive pas à redescendre…

Je souris et le serre plus fort, nous venons enfin de trouver ce qui le mène au
paroxysme de son plaisir, lui faisant totalement perdre pied. Il pourrait
maintenant s’épanouir dans le bondage et je l’y pousserai aussi loin que possible.

— Tu as pris beaucoup de plaisir voilà tout, les cordes sont très puissantes,
elles te canalisent et te libèrent en même temps. Te contraignent et te renforcent.

— J’ai l’impression d’être nu…

— Mais tu l’es ! Comme tu n’as plus les cordes sur toi, tu ne ressens plus leur
présence, donc tu as l’impression d’être moins en sécurité, et cela se trahit par
cette sensation de nudité et de pudeur.

Je l’attire encore vers moi et rabats sur nous ma couette, je veux qu’il se sente
en sécurité le temps de redescendre. Paul reprend doucement ses forces, les
séances de bondage sont épuisantes tant physiquement que mentalement.

— Tu appréhendes mieux tes séances maintenant ?

— Oui, et je les aime…

— Quand ça ne te plaira plus, il te faudra arrêter, rappelle-toi que tu as


toujours le choix.

— Je sais et je veux continuer. Puis ça me permet d’être avec toi.

Cette dernière phrase flotte dans l’air un instant. Je ne réponds rien.

Il faudrait que je mette fin à ma relation avec Paul avant qu’il ne se trompe sur
la réelle finalité de nos séances. Il est très attaché à moi, je le sais, mais je ne
peux me permettre d’avoir les mêmes sentiments. De plus, je suis célibataire
depuis trois ans et je profite à nouveau de la vie m’épanouissant dans le BDSM.
Si je me mets en couple avec qui que ce soit, et surtout avec lui, je devrais tout
laisser tomber et ce n’est pas ce que je souhaite.

Je chasse ces pensées. Il nous reste environ deux semaines avant que les
résultats des partiels tombent, et je veux que nous en profitions tant que les
autres examens sont encore loin. Le reste, nous verrons bien. Demain est un
nouveau jour. Un point c’est tout.
14
Le temps file et je vais profiter de mon week-end chez mon père quand je
reçois un appel. En apercevant le nom de Marc, mon cœur s’emballe malgré
moi.

J’avais quelque peu laissé tomber l’espoir qu’il me recontacte depuis notre
dernière rencontre, étant donné que je n’avais reçu aucune nouvelle de quelque
manière que ce soit. Mais il est clair à ma réaction que je suis loin d’être
indifférente, et la sensation de joie et de soulagement que je ressens me trahit.
Par chance, personne n’est témoin de la scène, si ce n’est ma conscience.

— Célène, comment allez-vous depuis la dernière fois ?

— Bien, et vous ?

— Bien ! Je voulais vous proposer de venir à une soirée BDSM.


Normalement, j’envoie les invitations par mail, mais je n’ai pas le vôtre.

— D’accord… Mais quand est-ce ?

— Le week-end prochain. Le samedi plus exactement.

— Je vais en parler avec mes soumis.

— Très bien, j’espère vous y voir, je marque votre prénom sur la liste. Vous
n’aurez qu’à dire que c’est moi qui vous ai invitée.

— Je vous tiendrai informé. À bientôt.

— À samedi.

Dans la foulée, j’appelle Théo et Paul. Les questions fusent sur la raison
soudaine d’une telle soirée. C’est vrai qu’il n’est pas dans mes habitudes d’y
aller, préférant l’intimité d’une chambre. Théo n’a jamais rencontré Marc
auparavant, il ne fait donc pas mesure de l’annonce de son nom, au contraire, il
est enthousiaste à l’idée de s’amuser en groupe pour une fois, et surtout devant
un public averti. En revanche, Paul qui ne l’a croisé qu’une fois et le trouve déjà
arrogant, est bien plus réticent à l’annonce d’un tel événement, d’autant plus
lorsqu’il a su qui nous invitait. Il est passé du soumis inquiet de se montrer
devant d’autres personnes, refusant catégoriquement de faire quoi que ce soit, au
soumis qui insiste pour venir afin de me protéger des gens qui pourraient être là.
Même si, soyons honnêtes, je sais qu’il veut me protéger d’une seule et unique
personne.

Je calme le brun, et promets au blond qu’il ne sera pas obligé de participer


activement à la soirée, et qu’il sera surtout là en tant que spectateur. Dans le
fond, je suis rassurée d’y aller avec mes deux soumis, je me sentirai ainsi
entourée et soutenue, et j’aurai ma place de dominante à tenir. Il me sera plus
facile de résister au charme de Marc, et surtout, de garder mon masque pour ne
pas flancher à la première de ses provocations.

Il est finalement convenu que nous nous retrouvons en bas de mon


appartement avant de nous rendre à l’adresse que Marc m’a envoyée par texto.
Je peux lui répondre que nous y serons tous les trois et attends cette nouvelle
rencontre avec appréhension.

Le fameux soir, Paul et Théo m’attendent à côté de la voiture et ne manquent


pas de me complimenter sur ma tenue : une jupe crayon noire, rehaussée d’un
bustier rouge avec des motifs de dentelle noire et des lacets noirs dans le dos, le
tout campé sur des escarpins. J’arbore également les bracelets de chacun de mes
soumis. Ils sont tous deux élégamment habillés d’un jean et d’une chemise
sombre. Et ils portent une veste de costume, ainsi que leurs bracelets comme je
le leur ai conseillé.

Nous arrivons à l’adresse stipulée. Il s’agit d’une grande maison plongée dans
la pénombre de la campagne. Dans l’allée, devant le bâtiment principal,
plusieurs voitures sont garées, nous faisons de même et mes soumis m’emboîtent
le pas dès que nous sortons du véhicule. Ils sont tirés par des chaînes reliées à
leurs bracelets. À peine sommes-nous devant la porte qu’elle s’ouvre, un homme
en pantalon de cuir et collier autour du cou nous accueille.

— Mademoiselle, je vous en prie, dit-il tout en s’écartant pour me laisser


passer.

Il referme la porte derrière nous avant de regarder une feuille où figure toute
une liste de noms.

— Votre nom s’il vous plaît.

— Célène, je viens…

— De la part de maître David, et il vous attend. Si vous voulez bien me


suivre.

Surprise par l’empressement de l’homme, je me retourne vers mes soumis qui


semblent moins sereins qu’il y a quelques minutes.

— Qui est maître David ?

J’élude la question, n’étant pas sûre de la réponse, et nous avançons dans le


corridor d’entrée, un mélange de voix et de musique s’amplifie à mesure que
nous pénétrons dans la maison. L’homme soulève un lourd rideau noir, une forte
odeur d’encens et de bougie parfumée me parvient soudain.

La salle dans laquelle il nous introduit est sombre, seulement éclairée par
quelques bougies, hormis le bar et la platine qui sont les deux seuls endroits
pourvus de lumière électrique. Il y a des tables et des fauteuils où des gens
regroupés discutent. Les volets sont tous fermés et le lieu semble relativement
intime. Théo se détend et regarde un peu partout. Je le vois saluer de la tête
respectueusement une femme qui lui rend un sourire ; au moins je n’aurai pas à
m’inquiéter pour lui, il est dans son élément. Quant à Paul, il s’est tellement
rapproché de moi que je sens son torse contre mon dos. Il n’a pas l’air disposé à
s’éloigner et à apprécier le moment.

Je regrette de lui avoir proposé de m’accompagner, je pensais à tort que ça


l’aiderait à s’habituer. Mais de toute évidence, ce n’est pas son truc. Pour lui, le
BDSM est devenu un prétexte pour passer plus de temps avec moi, même s’il est
clair que le bondage lui plaît, je sais déjà qu’il n’en fera pas toute sa vie.

L’homme nous mène vers le fond du salon et se dirige vers un canapé en


demi-cercle où quelqu’un assis chuchote à l’oreille d’une femme à genoux à ses
pieds. À sa position, je devine que c’est une soumise. Notre guide s’arrête et
s’agenouille lui aussi. Ce n’est que lorsque l’homme du canapé daigne lever son
visage pour jauger par qui il est dérangé, que je reconnais Marc.

— Je t’écoute, soumis.

— Vos invités sont arrivés, maître David.

Marc tourne les yeux vers moi et m’offre un large sourire. Je me sens soudain
toute petite, tant parce que je ne suis pas chez moi, et que je ne peux gérer
l’environnement, que parce que mon blond se tend dans mon dos et me semble
soudain bien plus imposant. Son inquiétude est palpable, et le frôlement de sa
main sur mes reins me confirme qu’il tente de m’empêcher de me jeter dans la
gueule du loup. Je suis finalement soulagée de sa présence, je pourrai toujours
m’en servir de prétexte si j’ai besoin de fuir. Je tente de reprendre mes esprits
pour ne pas montrer mon trouble et récupère l’ascendant sur mes soumis pour
jouer mon rôle de maîtresse.

Le brun et le blond finissent par baisser la tête, et d’un mouvement de chaîne,


je les fais également se mettre à genoux derrière moi.

— Mademoiselle Célène, ravi que vous ayez pu venir et… accompagnée qui
plus est.

— Moi de même, et je ne doutais pas de la loyauté de mes soumis pour ce qui


est de me suivre.

— Croyez bien chère Célène qu’après vous avoir rencontrée avec eux, je n’en
doute pas non plus. Vos chiens de garde vous apprécient bien trop pour cela.
Venez donc vous asseoir près de moi.

Je m’installe, les garçons venant à mes pieds, et je garde en main leurs


chaînes. Marc semble reprendre soudain conscience de ses propres soumis. Il
adresse à la femme quelques mots en aparté, qui se relève, et s’en va. L’homme
au collier, qui nous a accueillis, la remplace aux pieds de son maître.

— Soumis, ta mission est terminée. Fais-toi remplacer et va t’amuser avec les


autres.
— Oui maître David, merci.

Le soumis s’en va et je me retrouve seule avec Marc.

Enfin seuls…

Je fixe un instant Théo et Paul.

…avec tes deux soumis aux pieds, bien sûr. D’ailleurs, je ne sais pas trop ce
que tu vas faire d’eux maintenant, tu peux libérer Théo sans souci, mais Paul…

Marc se tourne vers moi et me scrute avant de lancer :

— Alors, que me racontez-vous depuis notre tête-à-tête ? J’ai été très déçu que
vous me quittiez si vite.

Je sens le regard de Marc posé sur moi et machinalement je lui fais des yeux
ronds. Il doit bien se douter que je ne me suis pas étendue auprès de mes soumis
au sujet de notre rendez-vous, et il a l’air ravi de constater la véracité de ses
doutes. Théo se tend, tandis que Paul a la mâchoire crispée. Mon interlocuteur
sourit de plus belle. Il cherche certainement à me tester.

— Et lequel de ces deux soumis a eu droit à l’entrevue que vous aviez


programmée ce jeudi-là, écourtant par là notre rendez-vous ?

Théo bombe le torse par réflexe et retrouve rapidement son expression


habituelle. À mon tour, je fixe Marc avec affront. Je ne le laisserai pas faire ainsi
sans me défendre.

— À votre place, je serais moins taquin, je risque d’être d’humeur à vous en


faire subir les conséquences.

— Avec grand plaisir mademoiselle, montrez-moi ça !

Une lueur malicieuse anime son regard, et il me tend la main comme pour
m’amener quelque part.

Je me penche sur Théo et détache la chaîne le reliant à son bracelet, lui


intimant d’aller faire un tour et de s’amuser. Je lui rappelle qu’il ne doit pas me
faire honte. Je fais de même avec Paul en lui disant de suivre Théo et de
s’imprégner de l’ambiance. Il devra notamment revenir me faire un compte
rendu. Je sais que cette demande allégera l’angoisse qui le taraude à l’idée d’être
éloigné de moi. Tous deux se relèvent et s’en vont vers le bar.

La soumise de toute à l’heure revient avec un plateau où sont posées deux


coups. Elle se positionne à genoux entre nous deux, à l’endroit que mes soumis
viennent de quitter, et nous tend les boissons.

Marc joint le geste à la parole.

— Je vous offre un verre ?

— Non merci, pas d’alcool pour moi.

— Ça tombe bien, car il n’y a pas d’alcool ici ce soir. Vous savez sans aucun
doute, et votre réaction me le confirme, que c’est interdit dans notre règlement,
et dans la pratique du BDSM. Il s’agit ici d’une boisson pétillante sans alcool, et
non de champagne.

— Dans ce cas, comment refuser ?

Je me saisis de la coupe et il prend la sienne avant de congédier notre


serveuse.

— Alors, allez-vous vous dévoiler un peu plus ce soir, maîtresse Célène ?

— Vous savez que si vous posez les bonnes questions, je vous répondrai, mais
je ne pratiquerai pas. Je veux d’abord découvrir l’état d’esprit de vos soirées.

— Très bien. Quelle est votre pratique fétiche ?

— Le bondage, c’est celle avec laquelle je suis la plus à l’aise et que je trouve
la plus agréable.

— Vraiment ? Et avec quel matériel faites-vous votre bondage ? Cordes, ruban


adhésif, lacets ?

— Pas de ruban adhésif non, je n’aime pas trop cette sensation, je pratique
avec la corde principalement, mais aussi les foulards.

— Je vois, j’aime beaucoup le bondage aussi, mais je pratique aussi le


châtiment corporel, vous n’aimez pas ?

— Si bien sûr, mais je ne suis pas pour les fortes douleurs et blessures. Je suis
assez soft à ce niveau-là.

— D’accord. Vous me donnez tout de même l’impression de savoir ce que de


fortes douleurs procurent. Ne me faites pas croire que vous n’avez jamais testé…

Ses yeux me sondent et il se rapproche de moi, posant son coude sur le dossier
du canapé et une de ses mains sur ma cuisse.

— Aurai-je le plaisir de vous voir à l’œuvre un jour, peut-être même de vous


attacher ?

Il ne sait pas à quel point il se trompe sur moi. Je n’ai jamais subi de douleur
physique aussi forte que celle qu’il sous-entend. Il se méprend simplement sur la
nature de celle-ci.

— Eh bien, qui sait ? Je ne prédis pas l’avenir, mais ce qui est sûr, c’est que ce
ne sera pas dans l’immédiat. Je ne suis pas prête à me livrer.

Son regard sondant mon âme me déstabilise et j’ai du mal à maintenir ma


carapace. Sa main glisse subtilement vers l’intérieur de ma cuisse d’un
mouvement quasi imperceptible et ma peau réagit à son contact. Il laisse sous sa
paume une délicieuse sensation de picotement. Ce simple touché suffit à éveiller
mes sens et réveille des papillons dans mon bas-ventre. Je bois une gorgée de ma
coupe pour me donner une contenance, et cherche du regard un de mes soumis
pour m’échapper, mais sans succès. Au même moment, un couple se dirige vers
nous. Il s’agit d’un homme grand, aux traits relativement doux et d’une jeune
femme tenue en laisse, à quatre pattes devant lui. Ils interrompent notre
conversation, et je suis heureuse de cet intermède. L’homme s’adresse à Marc.

— Bonsoir maître David, dit-il en s’inclinant.

La femme à ses pieds salue à son tour le maître, les épaules ployées et la tête
collée au sol.
— Maître Thierry, quel plaisir de vous voir à notre soirée. Comment va votre
soumise ?

— Très bien maître, votre dressage à été conséquent, elle est plus obéissante
que jamais.

Marc semble apprécier cette remarque et se penche vers l’avant pour caresser
le dos de la soumise qui ne bouge pas, seul le rythme de sa respiration semble
s’accélérer. Sa main remonte le long de sa colonne vertébrale, ce qui lui
provoque un frisson si fort qu’elle paraît en trembler. Il empoigne doucement
son cou et la force à venir jusqu’à lui. La femme s’exécute et, le regard toujours
baissé, lui présente son visage dont les lèvres n’appellent qu’à un baiser. Il les
caresse de son pouce, satisfait.

— Bonsoir Ruby, comment vas-tu ? lui demande-t-il d’une voix envoûtante,


mais l’air réellement soucieux de son état.

— Bien maître David, mon maître s’occupe bien de moi.

— Tant mieux alors, je suis ravi.

Je suis surprise, même si ces échanges sont réguliers dans notre domaine,
lorsqu’un maître dresse une soumise c’est rarement pour la céder ou pour en
faire profiter un autre. Cette soumise semble pourtant très attachée à Marc, on
voit dans son regard qu’elle ne dirait pas non à redevenir sienne. Tandis que
j’observe cette dernière, je sens un regard inquisiteur me brûler la nuque. Je
relève la tête et croise le regard transperçant de maître Thierry. Marc lâche la
soumise pour revenir à nous, comme s’il avait senti ce changement
d’atmosphère.

— Excusez-moi, je ne vous ai pas présenté. Maîtresse Célène, je vous


présente maître Thierry, un fidèle ami.

Je le salue d’un hochement de tête qu’il me rend avant que je ne m’adresse à


Marc.

— Voulez-vous que je vous laisse un instant Marc ?

L’homme semble surpris de la familiarité que j’affiche envers son confrère,


mais ne semble pas s’en formaliser. Après tout, c’est ainsi que nous procédons
entre nous.

— Non, bien sûr que non Célène, vous êtes mon invitée. De plus, je suis
persuadé que maître Thierry et Ruby ont d’autres projets pour ce soir que de
rester avec moi.

À cette remarque, le dominant hoche la tête, tirant sur la laisse, il semble


hésiter puis rajoute :

— Nous nous demandions cependant si vous aimeriez nous assister maître


David. Ruby brûle de retrouver votre savoir-faire.

La soumise sourit, et bien que je ne distingue pas clairement la couleur de sa


peau dans cette pénombre, je parie à l’inclinaison de sa tête qu’elle rougit. Ses
réactions m’intriguent d’autant plus, et je m’interroge sur le talent de Marc. Pour
être honnête, tout cela me donne quelques raisons de la jalouser.

— Merci de cette proposition, mais pas ce soir, je dois superviser la soirée, je


ne peux donc pas pratiquer.

— Bien, une autre fois peut-être.

La déception se dessine sur le visage de la soumise, mais se dissipe


rapidement lorsque son maître lui signifie qu’ils vont rejoindre le donjon. Ils
s’éloignent et Marc les regarde partir avant de me proposer de faire un tour dans
la maison afin de voir un peu ce qui s’y passe. Nous quittons le canapé, et il me
guide d’une main au creux de mes reins, contact innocent, mais qui ne me laisse
pas indifférente.

— Maître David donc ?

— Oui, c’est mon nom de famille. Certains choisissent leurs prénoms comme
Thierry, d’autres leurs noms. Le mien faisant aussi office de prénom, mais ce
n’est qu’une formalité, tout le monde sait que je m’appelle Marc ici.

— Marc David.

Je mémorise son nom complet et le répète silencieusement dans ma tête,


réfléchissant à ce que m’évoque cette identité.

— Ici, tout le monde m’appelle maître David. Marc est un peu trop familier
pour ce genre de soirée. Mais venant de vous, ça ne me dérange pas. Du moins,
pour le moment.

— Pour le moment ?

— J’ai dans l’espoir qu’un jour, vous m’appeliez maître David.

— Et l’espoir fait vivre ! je réponds d’un air enjoué.

Il ricane à cette remarque, mais je sais qu’au fond, il n’abandonnera pas cette
idée, et à vrai dire, j’espère bien qu’il mettra tout en œuvre pour me convaincre.
Car même si je semble réticente, je n’aspire qu’à me laisser persuader. Il me
hante suffisamment pour savoir que je n’ai plus aucune issue, que celle de
succomber. Plus rien ne me sauvera de l’inévitable, ça, je le reconnais désormais.

Nous nous dirigeons vers le donjon, et à chaque porte ouverte, je prends le


temps d’inspecter la scène qui s’y déroule. J’étudie les différentes pratiques, les
matériaux, et les couples qui s’y offrent en spectacle. Il s’agit ici de simples
chambres dotées de chaises pour les spectateurs, de lits de différents aspects et
d’accessoires tels que cravache et martinet, agrémentés de cordes et de chaînes.

Nous arrivons devant une volée d’escaliers descendant vers un sous-sol, Marc
m’invite à passer la première et j’y découvre un donjon très bien équipé. Il
semble s’étendre sous la totalité de la maison tant il paraît grand. De nombreuses
personnes s’y affairent : certaines regardent, d’autres subissent. Je suis surprise
par la quantité si variée de meubles et d’objets. Marc m’explique alors ce qu’il
en est.

— Les personnes, que vous voyez ici Célène, font partie d’un même groupe.
Ils n’hésitent pas à faire suivre leur matériel lorsqu’ils le peuvent, et à se le
prêter : bancs à fesser, tables et autres, ainsi que les instruments. À chaque
événement, ils choisissent un superviseur qui organise la rencontre, choisissant
le lieu, ainsi que le donjon. Cette collaboration nous permet notamment de
pratiquer en toute sécurité, dans un cadre intime et confiant où nous nous
connaissons presque tous.
La perspective d’une telle équipe est intéressante, j’avoue que l’idée d’un
comité pour partager cette passion est loin d’être idiote. Je me sentirais moins
seule pour parler de mes états d’âme, et mes soumis, surtout Théo,
apprécieraient peut-être d’être entouré de plus de monde et d’expérimenter de
nouvelles choses avec un certain public. Après tout, je n’ai pas autant de
matériel dans ma chambre, et si je me sens à l’aise ici, ça pourrait être utile.
Reste à savoir si on me propose de rejoindre le cercle.

Nous avançons encore, et j’aperçois maître Thierry et sa soumise Ruby. Cette


dernière, les yeux bandés, est attachée sur une croix de saint André, alors que
son dominant la titille du bout de sa cravache. D’autres jouent dans des cages et
reçoivent des coups de fouet.

Je parcours la salle du regard quand je tombe sur Théo et Paul. La femme avec
eux, semble reprocher quelque chose à Théo, au vu de l’expression de son
visage. Paul n’a pas l’air d’être très attentif à la scène, il scrute les alentours
jusqu’à ce qu’il croise mon regard et que son visage s’illumine. Puis, soudain, sa
mine s’assombrit et il tourne la tête vers leur interlocutrice avec surprise. Son air
inquiet m’alerte, et je décide d’aller voir de quoi il retourne. Ça ne m’étonnerait
pas que Théo se soit encore mis dans de sales draps…

Je profite que Marc soit en grande conversation avec un couple lui demandant
conseil et je le quitte, me détachant ainsi de la main qu’il a placée dans mon dos,
pour me diriger vers mes soumis. Plus je m’approche, plus la discussion me
semble houleuse entre Théo et cette femme en face de lui. Plus grande et
corpulente que moi, ses cheveux noirs tombent en cascade épaisse dans son dos
et sa robe en latex la moule exagérément. À sa tête, je devine qu’elle est en
colère.

Paul vient à ma rencontre avant que je ne les atteigne.

— Il y a un souci ?

— Cette femme reproche à Théo de ne pas l’avoir recontactée après leur


séance.

— Il a donc manqué à son devoir, c’est de sa faute.


— Lui a l’air de dire qu’il ne souhaitait pas renouveler son expérience avec
elle.

— Bon, allons voir ça…

Nous nous dirigeons vers eux, et la femme ne semble pas démordre qu’elle
souhaite punir Théo pour ne pas l’avoir recontactée après leur séance.
Visiblement, elle souhaite le bâillonner, l’installer sur la roue, et le fouetter. Je
viens me placer à côté de Théo, mais elle ne fait pas attention à moi. Elle
continue sans même m’adresser un regard et attrape le bras de mon soumis pour
l’attirer à elle. Excédée à mon tour, je tiens Théo par l’autre bras pour qu’elle
lâche prise, elle semble enfin se rendre compte de ma présence.

— Bonsoir madame. Puis-je savoir ce qui se passe ? demandé-je la plus


détendue possible, tentant d’avoir ainsi plus d’informations pour comprendre la
situation.

— Maîtresse, je vous présente madame Sylvie, c’est la femme chez qui j’ai
fait une séance un peu particulière.

Théo coule un regard entendu vers moi. Je comprends donc qu’il s’agit de la
dominante qui me l’a rendu en sang. Il a même gardé quelques cicatrices de cette
séance. La grande brune s’adresse à moi d’un air dédaigneux, voire agressif.

— Qui êtes-vous vous ? Je ne vous ai jamais vue.

— Maîtresse Célène, la propriétaire de Théo et Paul. Mon soumis ne fera plus


de séance avec vous.

— Je croyais qu’il n’avait pas de maîtresse. Quoi qu’il en soit, il m’en doit
une pour ne pas m’avoir recontactée.

— Et je l’en dispense. Il est clair que vous ne mettrez plus jamais la main sur
lui tant qu’il m’appartiendra, et j’espère que même après, il aura la sagesse
d’esprit de vous éviter. Vous l’avez laissé dans un état déplorable.

— Quelle éducation donnez-vous à votre soumis s’il ne se fait jamais punir ?


Vous êtes sûrement trop douce avec eux.
La voilà qui me toise de la tête aux pieds.

Marc nous rejoint enfin, il semble déceler une tension et cherche à


comprendre la situation. Il s’adresse directement à la femme en face de moi, et je
constate qu’elle le regarde avec tout autant de gourmandise que de méfiance.
Elle est, de toute évidence, plus âgée que lui et doit avoir dans la cinquantaine.
Marc est un charmeur et a dû user de son pouvoir de séduction sur elle pour
qu’elle réagisse ainsi. Elle semble d’ailleurs avoir bien plus de respect pour lui
qu’elle n’en a pour tous les autres réunis.

— Maîtresse Sylvie, tout va bien ? Je suis certain que vous avez fait un
accueil chaleureux à nos nouveaux venus. Je suis conquis par leurs talents.

— Ah oui ? Vraiment ? Pourtant, ce soumis doit être puni, il m’a désobéie.

— Je crois pourtant que sa maîtresse a dit non. Vous connaissez la règle : on


ne fait rien sans le consentement de la maîtresse ou du soumis.

— Bien. J’ai d’autres personnes à voir de toute manière. Maître.

Elle semble déçue, mais affiche devant Marc un grand sourire et n’insiste pas.
Elle incline la tête et s’en va, attrapant au passage la laisse d’un soumis qui
attendait que quelqu’un s’occupe de lui. Je reste abasourdie devant le
comportement de cette femme et le manque de respect qu’elle nous témoigne.

— Théo, Paul, dites au revoir, nous rentrons. Marc, je suis désolée d’écourter
notre venue, mais j’en ai assez vu pour ce soir, dis-je avant de partir en direction
des escaliers, suivie de mes deux soumis.

J’entends Marc remonter vers la sortie à notre suite. Je me dirige sans hésiter
vers la porte d’entrée. Peu importe ce qu’il peut me dire, rien ne sera suffisant
pour me convaincre de rester dans le même lieu que cette femme, grotesque,
malpolie et surtout dangereuse. Si c’est cela, la philosophie de vie de ce groupe
BDSM, ou même de Marc, il est hors de question que j’en fasse partie. Rien qu’à
repenser au dos ensanglanté de mon soumis, un violent frisson parcourt mon
corps.

— Célène, ne partez pas. Sylvie est un peu, comment dire, « vieille école ».
Mais elle va vous laisser tranquilles. Ce serait dommage de quitter la soirée si
vite.

— Ce ne sont ni des manières ni des pratiques que j’accepte Marc. Je ne me


sens pas du tout en adéquation avec ce genre de personnes. Paul, Théo, allez
chercher la voiture.

Marc me rattrape par le bras alors que je passe la porte d’entrée et marche
dans l’allée. Une fois de plus, je pars avant que le rendez-vous ne soit vraiment
terminé. Je suis l’instigatrice de ma propre frustration. Il veut simplement me
connaître et je le plante à chaque fois. Si lui, je l’apprécie et ne doute pas de la
bonne tenue des autres participants, je ne veux pas connaître cette femme. Et je
redoute son influence sur le reste du groupe, et mon insertion parmi eux pourrait
en être compromise. Une telle tension qui s’insinuerait dans une communauté
qui semble soudée ne ferait que mettre à mal toute relation que je pourrais
entretenir. Notamment celle que je serais encline à construire avec Marc au fil du
temps.

— Vous êtes sûre de vouloir partir ? Vous découvrez à peine ma vision du


BDSM.

— Oui j’en suis sûre, et si vous avez la même vision qu’elle vous pouvez
oublier toute idée de pratique avec moi. Maintenant, je vais y aller, j’ai besoin
d’air.

— Je pourrai vous appeler ?

— Vous pouvez essayer, peut-être que je répondrai. Ou peut-être pas.

Je monte dans la voiture et pars avec mes soumis. Tous deux sont assis devant,
tandis qu’à l’arrière, je reste silencieuse, contemplant par la vitre la lune bien
haute dans le ciel. Je ne peux m’empêcher de ruminer ce qui vient de se passer.
À vrai dire, je ne pense pas que Marc soit comme cette femme, il n’a d’ailleurs
pas agi violemment avec Ruby, la soumise, et elle avait l’air de le réclamer. Je
sais qu’il me faudra encore un peu de temps pour analyser la situation et en tirer
une conclusion.

Paul conduit et Théo se tourne vers moi. Il semble désolé de la tournure qu’a
prise la soirée et s’inquiète de mon mutisme. Il doit s’en vouloir d’avoir écourté
cette soirée, mais il ne pouvait prévoir la présence de cette femme, et ça vaut
peut-être mieux comme ça.

— Voulez-vous qu’on reste avec vous cette nuit ?

— Non, ça ira… Tu aurais dû dire à cette femme que tu ne recommencerais


pas avec elle après la séance.

— Oui maîtresse. Mais après ce qui s’est passé, je ne voulais plus avoir de
contact avec elle.

— Il n’empêche que tu aurais dû la rappeler pour le lui dire.

— Pardonnez-moi.

Nous arrivons devant chez moi et je n’ai pas envie de m’éterniser, je dis donc
rapidement au revoir à Paul et Théo et monte seule. Mon corps réclame une
douche, comme si j’avais fait un parcours du combattant. J’y passe une bonne
demi-heure, la sensation de l’eau chaude sur mon corps me fait un bien fou, je
sors de là plus détendue. Tandis que je m’enduis de crème hydratante, mon
téléphone sonne. C’est un message de Marc.

* Je suis sincèrement désolé pour ce soir. Laissez-nous le temps de nous


découvrir, mais n’abandonnez pas déjà. Je suis persuadé que nous avons
beaucoup à apprendre l’un de l’autre. Avec tout mon respect, passez une bonne
nuit. Marc

Je ne veux pas répondre et me couche pour essayer de m’endormir.


Seulement, je ne peux m’arrêter de repenser à cette femme odieuse et j’imagine
Théo entre ses mains. Comment a-t-il pu supporter ça ? Lui pourtant si
courageux et fier avait l’air absolument contre le fait de retourner sous son joug,
je me doute que cette séance a dû lui être très pénible. Pour être honnête, ce n’est
pas les seules images qui me reviennent en tête. Je revois Marc et Ruby, cette
soumise qui semble tant l’admirer et le désirer au vu de sa réaction à son simple
touché. Je me remémore la main de Marc parcourant son dos comme s’il en
connaissait la moindre parcelle et savait exactement où passer pour la faire
frissonner.
Je ne peux m’empêcher de juxtaposer ma propre image sur celle de la soumise
pour m’approprier cette scène, imaginant la sensation que le bout des doigts de
Marc pourrait me procurer. Malheureusement, le scénario se prolonge et se
transforme en acte de torture où je me fais fouetter sans relâche et si fort que
chaque coup laisse une marque dans ma chair. Marc derrière moi arbore un
sourire satisfait, il en est effrayant de cruauté. Il est épaulé de maîtresse Sylvie
qui l’incite à continuer tandis que des larmes de douleur baignent mon visage et
que mes forces me quittent peu à peu.

Je me réveille en sursaut et me rappelle alors que je suis chez moi. Me voilà


pourtant en sueur et essoufflée, alors que je me suis seulement assoupie une
petite heure selon mon portable. Il faut que je me raisonne à propos de Marc : il
n’est pas comme ça, sinon il n’aurait pas cherché à me retenir en m’expliquant
ce qu’il en était, et il n’aurait pas pris la peine de m’envoyer un message. Non
c’est certain, Marc n’est pas l’homme que mon rêve a cherché à créer. Pourtant,
je n’ai aucune preuve concrète de sa non-violence. Au final, que penser ? Je me
dis qu’il faudrait que je lui parle, que j’essaye de comprendre. Je prends mon
téléphone et lui envois un texto.

* Je voudrais vous parler, appelez-moi quand vous le pourrez.

Étant donné qu’il est 03 heures du matin, je ne m’attends pas à ce qu’il me


rappelle. Pourtant, mon téléphone sonne à la minute d’après. C’est lui. Je
panique et décroche avec peine. Je doute déjà de vouloir lui parler si vite. Je
pensais qu’il me recontacterait demain et que j’aurais le temps de réfléchir à
quoi lui dire. Mon ventre se serre et j’ai une boule dans la gorge, mais je prends
mon courage à deux mains.

— Allô ?

— Tu ne dors pas encore ? Est-ce que ça va ?

— Vous me tutoyez maintenant ?

— Je me dis que ce sera plus facile et plus agréable, il marque une pause et
j’entends son souffle contre mon oreille. Écoute Célène, je suis désolé pour ce
soir. Sylvie est une ancienne du groupe, mais ça ne veut pas dire que je suis
comme elle. Je te le redis : je ne conçois pas le BDSM de la même manière, mais
pour autant j’accepte ses choix.

— Je comprends. Je respecte les pratiques de chacun, tant qu’on ne tente pas


de les infliger à mes soumis et de les imposer aux autres. Lorsque je dis non, il
est bien question d’un refus. Il faudrait lui rappeler de temps en temps cette règle
essentielle, qu’est le consentement.

— Et ce sera fait. Nous pourrions peut-être passer à autre chose, notre relation
mérite d’être approfondie, non ?

— De quelle relation parles-tu ?

Je marque un temps d’arrêt, je ne sais pas comment il envisage notre futur et


je redoute sa réponse. S’il donne une réponse qui ne me convient pas, ça en sera
définitivement fini, reste à savoir à quoi il prétend avoir droit venant de moi. Je
ne sais pas moi-même où j’en suis le concernant, mais je sais ce que je refuse
encore d’être pour lui. J’ai l’impression que ma gorge se resserre et ma
respiration se coupe en attendant sa réponse.

— De celle que nous souhaitons entretenir… Dominant à dominant ? Amis ?


Je ne suis plus accoutumé à ça…

— Je pense que nous pourrions essayer de devenir… amis.

Je prononce le dernier mot dans un souffle, il me semble bizarre à moi-même.


Ma raison est en accord avec moi, en revanche, le reste de mon être tente de
lutter contre cette ignominie.

— Bien. Et des amis peuvent se parler sincèrement ?

— Il vaut mieux oui, je n’aime pas le mensonge.

Marc et moi continuons ainsi pendant plus d’une heure. Cette conversation
nous fait du bien, et nous nous disons les choses sans détour, sans jeu de
séduction. Nous arrêtons enfin de jouer au chat et à la souris et nous apprenons
de l’un et de l’autre avec plaisir. Je découvre enfin un peu plus son point de vue,
car jusqu’ici, il ne s’agissait que de supputations. Je me couche soulagée et
rassurée.
15
Le cours d’aujourd’hui me paraît long. Le professeur débite sa science sans
prendre le temps de respirer. Ma main prend autant de notes que possible,
relevant ce qui lui semble important alors que mon cerveau s’est mis en pilote
automatique. Je suis bien présente et pourtant ailleurs, tournée vers des plaisirs
moins innocents que les dires de Piaget, et bien moins pudiques que les
réflexions les plus sexuées de Freud.

Les paroles diaboliques et obscènes de la chanson Closer de Nine Inch Nails


que j’ai écouté ce matin résonnent en moi, et le rythme de la mélodie me
transporte vers un délire pervers qui me mènerait incontestablement droit dans le
bureau de la présidente de l’université si je me laissais aller.

Ma rencontre et ma discussion avec Marc influencent mon imagination de


belle façon. Si mes rêveries ne vont plus dans le sens d’une soumission à un
inconnu aux yeux envoûtants, elles sont tout autant passionnantes et je sais
désormais que c’est lui dont je rêvais. Je me vois plus libre, de plus en plus en
phase avec moi-même. Ne ressentant aucune pudeur à me déshabiller en public,
à assumer mon corps et mes désirs, presque à volontairement provoquer les
personnes qui m’entourent.

Le cours touche à sa fin, et le bourdonnement des élèves autour de moi me tire


de ma transe. Je range mes affaires toujours dans mes pensées, souriant à
l’audace de mes rêveries.

En sortant, j’aperçois Paul devant l’établissement. Aujourd’hui, il n’était pas


là, et ce n’est pas son habitude de louper les cours.

— Salut toi ! Tu étais où ?

— Avec ma sœur, elle est malade j’ai dû l’accompagner chez le médecin.

— Ho… Elle a quoi ?

— La grippe.
— Super… Tu ne t’approches pas trop de moi s’il te plaît, je ne veux pas
tomber malade maintenant !

— Très drôle. Tu as eu des nouvelles de Marc ?

Je suis étonnée d’une telle question de sa part ; pourquoi ça l’intéresse ?


Pourtant, je ne perçois aucun sous-entendu dans ses mots, aucune colère ni
jalousie, juste un intérêt sincère. Paul a dû se faire une raison sur le fait qu’il
n’avait pas son mot à dire sur mes relations. Même s’il n’a jamais voulu me
contrôler, je comprends qu’il n’aime pas me voir avec d’autres hommes, étant
donné la nature de ses sentiments à mon égard. Il doit certainement vouloir
savoir où j’en suis personnellement, son caractère protecteur prend souvent le
dessus dans notre relation.

— Même si ça ne te concerne pas, oui, j’ai eu de ses nouvelles.

— Je suis désolé, mais je m’inquiète pour toi.

— Il ne faut pas. D’une, je suis une grande fille, de deux, je sais qui appeler si
j’ai un problème. Et Marc ne représente pas un danger pour moi.

— Si tu le dis.

— Bien. Je vais rentrer chez moi, tu fais quoi ?

— Est-ce que je peux venir avec toi pour rattraper le cours de ce matin ?

— Oui, bien sûr.

Une fois à l’appartement, Paul et moi parlons des cours, je lui explique la
théorie de Freud sur les pulsions de vie quand mon téléphone posé sur la table se
met à sonner. Je l’attrape avant qu’il ait le temps de lire le nom qui s’affiche et je
m’éclipse dans ma chambre.

— Allô ?

Je réponds tout en fermant la porte derrière moi, inquiète de perturber mon


ami qui tente de se concentrer sur les cours. De plus, je ne souhaite pas qu’il
entende ma conversation.

— Bonjour Célène, comment vas-tu ?

— Bien, et toi ?

— Assez bien, merci. Je repensais à notre conversation d’hier soir et je


voudrais te proposer quelque chose.

— Oui bien sûr, mais je ne vais pas pouvoir rester longtemps au téléphone.
Paul est avec moi.

— C’est une séance ?

— Non, nous travaillons nos cours. Mais dis-moi, de quoi s’agit-il ?

— J’aimerais que tu m’assistes le week-end prochain pour une séance.

— … Quoi ?

— Ma soumise est d’accord. Comme ça on verra comment chacun gère ses


pratiques.

— On peut en reparler ce soir plus longuement ?

— Oui, profites-en pour réfléchir. J’attends ton appel.

— Promis. À plus tard.

Je retourne dans le salon où Paul fait mine de travailler. Je me doute qu’il a


très envie de me demander avec qui j’étais en ligne, mais il sait qu’en faisant
cela, il se montrerait trop intrusif.

Durant tout le reste de l’après-midi, la proposition de Marc me trotte dans la


tête, sans relâche. Que faire ? De quelle pratique veut-il parler ?…

Accepte simplement, tu auras le temps de réfléchir à ça plus tard ma vieille.


Depuis le temps que tu ne l’as pas vu et que vous discutez tous les jours au
téléphone, le moment est venu d’arrêter de fuir…
L’après-midi est terriblement long, entre mon imagination, mon désir toujours
grandissant pour Marc et Paul qui essaye tant bien que mal de me garder
connectée au monde réel. Finalement, le soir est une délivrance et je peux enfin
discuter avec Marc.

— Alors ? Tu acceptes pour la séance ?

— Il me faudrait plus d’informations avant.

— Bien sûr, je n’en attendais pas moins de toi ! Que veux-tu savoir ?

— Qui est la soumise ? Ce qu’elle aime ou pas ? Où et quand ?

— Claire est une ancienne soumise à moi. Elle ne pratiquait plus pendant un
moment, mais avec sa récente situation amoureuse, elle ressent le besoin de
reprendre. C’est une soumise dans la quarantaine qui a une certaine expérience,
elle a donc très peu de limite niveau douleur ou pratique, donc en soi, tu fais ce
que tu veux, mais pour une reprise, on va rester simples. La séance se déroulera
chez elle, pas ce week-end, mais le suivant.

— Pourquoi elle accepte une autre personne pour la séance ?

— À vrai dire, elle n’est pas au courant, ce sera une surprise. Mais elle
adorera qu’une femme s’occupe d’elle.

— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée… Si ça fait longtemps que
vous n’avez pas eu de séance ensemble et qu’en plus tu ramènes une inconnue
pour jouer… Je ne suis pas certaine qu’elle apprécie.

— Célène, je la connais, elle en sera plus que ravie fais-moi confiance.

— Alors tu viens ?

— D’accord. J’ai envie de savoir comment tu gères réellement une séance.

— Parfait madame ! Tu me donneras ton adresse, je viendrai te chercher chez


toi.

— Non ! On se rejoindra à un croisement de rue.


— Tu comptes te balader en tenue de dominatrice avec ton matériel sur toi ?

— Bien sûr que non, mais je ne tiens pas non plus à ce que tu aies mon
adresse, donc on fera comme ça.

— Bien, comme tu voudras… Bonne nuit, et ne rêve pas trop de moi.

— Tu aimerais bien… Bonne nuit Marc.

Je raccroche et ma conscience ne manque pas de se manifester.

Menteuse ! Tu n’arrêtes pas de te taper des rêves salaces avec lui. Si tu étais
sa soumise, tu t’en mordrais les doigts…
16
Ce soir, je dois voir Margot, je ne sais pas si je dois lui dire pour ce week-end,
en même temps, je sais qu’elle aura les mots pour me soutenir. De toute façon,
elle a toujours été informée de tout concernant ma domination alors pourquoi pas
cette fois ? Peut-être parce que je sens que c’est différent, et qu’il ne s’agit plus
réellement de domination, mais aussi de soumission. Comment avouer que cet
état me manque après ce que j’ai subi avec Greg ? Elle connaît aussi ce pan de
l’histoire, et peut-être qu’elle ne comprendra pas.

Mais Margot ne me juge jamais, je me raccroche à cette idée. Il le faut, car


elle est aussi ma solution en cas de problèmes.

Mon amie passe me prendre et commence directement à me raconter tout sur


son mec dès que je m’assieds dans la voiture. C’est celui dont elle me parlait la
dernière fois, au final leur relation commence à devenir plus sérieuse. J’adore
l’écouter parler d’elle, et je dois avouer que parfois elle me rappelle pourquoi je
ne souhaite pas m’engager pour le moment. Mais il m’arrive aussi de l’envier
d’avoir droit à cet amour que je me refuse depuis presque deux ans.

La soirée file rapidement, et de mon côté, j’hésite à lui parler, mais je finis par
me lancer.

— Ce week-end, je vais faire une séance avec Marc.

Elle manque de s’étouffer avec son coca avant de me regarder, surprise, et de


me répondre :

— Que… Quoi ? Attends… Tu vas le dominer ?

— Non, pas du tout. On va dominer ensemble une de ses soumises.

— Mais, ce n’est pas toi qui me disais qu’il pratiquait à la « hard » ?

— Si… Mais on a beaucoup discuté depuis. Je crois que je me suis trompée.

— T’es sûre de toi ?


— Oui. On verra bien, et ce n’est pas moi qui vais être dominée.

— C’est où ? Tu y vas comment ?

— C’est chez la soumise et Marc m’y emmène.

— Je vois… Tu me donneras l’adresse avant d’y aller, au moindre souci tu


m’appelles et je viens te chercher.

— Non, mais ça va aller je pense, ne t’inquiète pas.

— Oui, j’espère bien. Mais bon, tu te rends chez une inconnue avec un mec de
40 piges qui va avoir des menottes et un fouet. Je n’ai pas envie qu’il t’enferme
dans sa cave.

Je reconnais bien là mon amie, et elle a tout à fait raison. Que ce soit elle ou
moi, à chaque fois que nous nous rendons chez un inconnu pour avoir des
relations plus qu’amicales, nous nous donnons les adresses pour assurance. C’est
peut-être un peu parano de notre part, mais en même temps, il vaut mieux, on
sait jamais. Surtout concernant mes propres pratiques. Elle me sourit d’un air
entendu et je rigole de bon cœur ; je sais qu’elle est en train de s’imaginer des
trucs bizarres dans sa tête.

— Ha ha, tu es folle ! Et pas tout à fait 40 ans, s’il te plaît !

— Non, prévoyante ! Je veux l’adresse !

— Ouiiii, tu l’auras, promis ! De toute façon, je comptais bien sur toi pour
voler à mon secours si besoin !

— Et je veux des textos pour me rassurer !

— D’accord.

Je souris ; je l’adore vraiment. Elle est toujours prête à tout pour ses amis.

Je repars plus sereine, et il ne me reste plus que trois jours pour décider de ce
que je vais faire. Je penche plus pour le bondage, ma pratique de prédilection. Je
n’ai encore jamais dominé une femme en vrai et il faut avouer que la gent
féminine me manque. Depuis mes quelques expériences, je n’ai pas eu de
rapport avec une d’entre elles. Je vais m’amuser avec cette soumise et
certainement découvrir de nouvelles choses. La seule angoisse qu’il me reste et
que je ne connais pas la relation qu’entretiennent Marc et Claire.

Étant une dominatrice très proche de mes soumis, leur vie privée m’est
familière et je suis amie avec eux en dehors des séances. Il n’y a pas de rapport
de soumission permanent entre nous. Mais très peu de dominants sont ainsi. Pour
la plupart, les soumis sont des soumis, et le reste en tout temps. Ainsi, dès qu’ils
se voient, se parlent ou sont juste au téléphone, le rapport de domination est
toujours présent. Cela permet pour certains de limiter la présence du dominant
dans la vie privée du soumis et inversement. Chacun à sa place et chacun son
rôle, pas d’ambiguïté, et peu de risques de changement de situation entre les
partenaires.

Je ne sais pas comment je vivrais une telle relation, je crois que j’aurais
beaucoup de mal à me faire à la distance permanente avec le soumis ou le
dominant. Je fais de la domination pour le respect, pour l’entente, pour l’humain.
Dans la soumission, je cherche le développement des sensations, la beauté du
lien qui s’y crée, la confiance qui règne.

La veille de notre rendez-vous, Marc me contacte. Ça fait un moment que


nous n’avons pas pris le temps de discuter. Il était en déplacement toute la
semaine en Angleterre, apparemment pour son boulot. Je ne sais absolument pas
ce qu’il fait. Il m’a juste dit avoir rendez-vous avec des collaborateurs et donc,
qu’il ne pourrait pas me joindre. Visiblement, son voyage a dû bien se dérouler,
et il semble content.

— Toujours partante pour demain ?

— Oui, toujours. D’ailleurs, il me faudrait l’adresse.

— Ne t’inquiète pas, je nous y conduirai.


— Je ne m’inquiète pas, mais je voudrais quand même l’adresse.

— Bien, je t’envoie ça par texto. Tu as une idée de ce que tu comptes faire


samedi ?

— Je pense savoir à peu près.

— Raconte-moi ! J’ai envie d’avoir l’eau à la bouche.

— Sûrement pas ! Tu verras bien ce qui se passe, mais je pense que ça devrait
te plaire. Au fait, j’appelle ta soumise Claire ou elle a un surnom ?

— Son surnom c’est Claire.

— D’accord.

— Rendez-vous à 16 heures 30 alors.

— Parfait, je t’attendrai à la station de métro Jean Jaurès.

— Très bien ! À demain Célène !

— Oui, bonne soirée Marc.

Ce soir-là, j’ai du mal à m’endormir. Le stress et l’impatience me tiennent en


haleine, des images fusent dans ma tête. Je ne peux m’empêcher de fantasmer
sur les gestes et les situations. Le sommeil finit par me gagner sans que je n’en
prenne réellement conscience.

Soudain, j’ouvre les yeux sans pouvoir comprendre ce qui se passe. Il fait
sombre. J’essaye de bouger, mais n’y arrive pas : mes bras et mes jambes sont
entravés. Je reconnais cependant la caresse de la soie car ce sont bien des
foulards qui me retiennent prisonnière. Un bruit de pas à côté de moi me fait
machinalement tourner la tête, et de la lumière filtre du bandeau qui me recouvre
les yeux. Je suis aussi privée de la vue…

Quelqu’un s’assied près de moi et je tente par tous les moyens de me détacher,
sans succès ; je n’arrive pas à atteindre les nœuds. Une main se pose sur moi,
décrivant de petits cercles autour de mon nombril. Je retiens mon souffle à ses
attouchements, et les effleurements se transforment en griffures sur le bas de
mon ventre. Je suis partagée entre me laisser aller et craindre plus encore ces
drôles de caresses. Je me tortille dans tous les sens, tentant d’échapper aux
doigts baladeurs. L’autre se penche alors sur moi et m’intime au silence d’un
simple chut avant de lécher mon cou et de l’embrasser. Ne pas savoir qui me
touche est très perturbant. Mais cette personne semble me connaître, savoir ce
qui m’excite et comment me donner envie, même contre mon gré.

Ce n’est que lorsque je sens la douleur de l’aiguille tentant de s’enfoncer dans


un de mes tétons, que je me mets réellement à paniquer. Dans ce cas-là, mieux
vaut ne pas bouger, mais je ne peux pas m’en empêcher : la douleur est terrible !
Je sens un liquide couler le long de ma poitrine, j’en déduis que mon bourreau a
raté sou coup et s’apprête à recommencer. Je ne peux pas supporter ça. Je me
débats et hurle si fort que je finis par me réveiller.

Tout cela n’était qu’un rêve. Un de plus… J’ai pourtant l’impression d’être
toujours entravée et je perçois même une silhouette à la porte de ma chambre.
Complètement paniquée, j’allume la lampe de chevet et prends un long moment
pour retrouver mes esprits. Salie par ce cauchemar, je ressens le besoin d’aller
prendre une douche. J’appréhende tellement notre séance à trois que j’ai dû
projeter mes craintes dans mes rêves. Mon inconscient envisage donc que Marc
soit ce genre de dominant… Après tout, nous n’avons pas discuté plus en avant
de ses pratiques, certains ne considèrent pas les aiguilles comme quelque chose
de si repoussant.

Il est seulement 05 heures du matin quand je m’installe devant la télé, le


sommeil me gagne peu à peu et je n’émerge que vers 11 heures à peu près,
reposée. Il faut que je me prépare pour me rendre chez cette femme. Des affaires
de rechange, mes cordes, mes foulards, mon huile et le reste remplissent
rapidement un sac de voyage. Je verrai plus tard avec le matériel qu’il y a sur
place, j’aime improviser avec les moyens du bord. Des bottines à talon, un corset
bleu nuit et ma jupe crayon noire suffisent à achever une tenue simple, mais
sexy. Ma cape me couvrira suffisamment pour m’éviter toute altercation
désagréable dans la rue. Un maquillage léger et les cheveux lâchés achèvent ma
préparation et je me présente à l’heure prévue au rendez-vous, où Marc ne tarde
pas à me rejoindre.
— Bonjour Célène, tu vas bien ? me demande-t-il en descendant de sa voiture
pour me faire la bise.

— Oui, et toi ?

— Bien, bien ! Tu es prête alors ? Tu as tout ce qu’il te faut ?

— Oui, c’est bon pour moi !

— D’accord, pour moi non, il me manque un petit quelque chose. Mais on va


passer à Sexy Center avant d’y aller. Nous avons un peu de temps devant nous.

Il prend mon sac et le pose dans le coffre avant d’ouvrir la portière pour que je
m’y installe.

— Tu comptes acheter quoi ?

— Un double dong, Claire n’en a pas.

— Rassure-moi Marc, tu ne comptes pas essayer de me soumettre quand


même ?

— Ha ha, raté… Mais j’aimerais bien vous voir l’utiliser.

— On verra bien. Devant Claire, je dois t’appeler Marc ou maître David ?

— Tu peux m’appeler Marc, tu sais bien que ça ne me dérange pas venant de


toi. En revanche, il faudra qu’on se vouvoie à nouveau durant les séances. Sinon
elle, elle m’appellera maître David.

Arrivés au sex shop, Marc et moi nous dirigeons vers les sex-toys, j’en choisis
un avec son approbation ; il se régale déjà de nous imaginer jouer avec. J’en
profite pour faire un tour de repérage pour une prochaine fois. Marc, de son côté,
fait ses emplettes, non sans surveiller d’un œil curieux ce que je regarde. Je le
surprends à observer les dessous en dentelle et à les lever à hauteur de mon corps
pour voir si cela m’irait bien. Gênée, je m’éclipse, allant à l’autre bout de la
boutique. Mais comme il ne semble pas décider à arrêter son petit manège, je
fais la même chose de mon côté : prenant boxers en cuir, pinces à tétons,
cagoules et même strings en bonbons pour les lui affubler de façon imaginaire en
les levant à hauteur voulue. Ce jeu semble beaucoup l’amuser, il rigole chaque
fois que je viens me coller à lui pour tester une nouvelle lubie. Ce moment de
complicité me détend. Marc achète le double dong que j’ai choisi et j’en profite
pour prendre discrètement un gel d’excitation féminine. Ainsi, Claire, et peut-
être moi, pourrons profiter pleinement de notre séance.

Nous arrivons devant chez Claire. La maison est paisible, située dans la
campagne environnante de Toulouse. Elle semble relativement simple, les
lumières sont allumées à l’intérieur et je suis Marc qui s’apprête à rentrer sans
même prendre la peine de frapper. Il attrape ma cape et l’accroche sur un cintre
dans le placard du couloir de l’entrée, faisant comme chez lui et il laisse nos
valises de côté pour se diriger vers le salon. Là, une femme est assise à genoux
les mains sur les cuisses, tête baissée, elle attend sagement que son maître lui
signifie de faire quelque chose. Marc s’accroupit pour se mettre à sa hauteur,
prend la femme par le cou et l’embrasse à pleine bouche, lui donnant un baiser
plus chaud que jamais. Je profite de ce moment pour la jauger.

C’est une très belle femme, des cheveux châtain foncé mi-longs et raides
encadrent son visage fin. Elle est mince et ne paraît pas très grande. Rien ne
trahit vraiment son âge si ce n’est les quelques marques sur son visage. Je
remarque son collier, un simple anneau en acier qui fait le tour de son cou duquel
pend un petit anneau où accrocher la laisse. Bien que très simple, il lui va très
bien. Je me demande si c’est Marc qui le lui a offert. Elle est sobrement vêtue
d’une petite robe noire au col en V et d’escarpins de la même couleur. Il la fait se
lever et se tenir face à moi.

— Claire, je te présente madame Célène, elle sera là pour m’assister, lui dit-il
tout en me tendant la main pour que je me rapproche.

— Je suis enchantée, madame, de vous connaître, me répond-elle en


s’inclinant devant moi.

— Bonsoir Claire, je suis ravie également.

J’apprécie la manière dont elle s’est inclinée, très moyenâgeuse, mais aussi
très respectueuse. Je suis intimidée et pas très à l’aise en dehors de mon lieu
habituel de pratique. C’est difficile de m’envisager dominer une inconnue, je ne
connais rien d’elle et l’ambiguïté de mes rapports avec Marc n’arrange pas notre
coopération. Je me laisse guider par Marc qui m’invite à m’asseoir alors qu’il
ordonne à Claire de nous apporter à boire. Son salon est grand et très simple, un
canapé, auquel fait face une table basse. Une télévision est aussi accrochée au
mur. Derrière nous se trouvent une table à manger et une cuisine ouverte à
l’américaine. Claire nous sert un cocktail sans alcool et s’agenouille à nouveau à
nos pieds. Marc m’invite du regard à faire connaissance avec elle.

J’avance une main sous son menton et relève son visage dans ma direction
pour observer ses traits. Je remarque alors que quelques taches de rousseur
marquent son visage. Je veux voir ses yeux, creuser au fond de son âme.

— Regarde-moi Claire.

Elle lève vers moi un regard tout aussi empli de tendresse que de méfiance. Il
trahit son manque d’assurance, je trouve cela adorable, et soudain toutes mes
craintes s’envolent.

Dans la voiture, Marc m’a expliqué que son compagnon venait de la quitter
pour une femme plus jeune. À 40 ans, elle a besoin de reprendre confiance en
elle, et de se sentir désirée.

— Tu n’es pas dérangée par mon jeune âge Claire ?

— Non madame, si maître David juge que vous me conviendrez, c’est que
c’est le cas.

— Très bien. Et as tu déjà eu des expériences avec une femme dominante ?

— Non, pas dominante, mais je ne demande qu’à découvrir.

— Je me doute bien… Tu as de très beaux yeux.

— Merci madame.

À ces mots, Marc pose sa main sur ma cuisse et s’adresse à sa soumise. Il veut
que nous scellions notre rencontre par un baiser.
— Ne voudrais-tu pas l’embrasser, Claire ?

Elle hoche la tête et me regarde tout de même hésitante.

— Si vous me l’autorisez, madame.

Je lui souris et la relève toujours à genoux devant moi. Nos visages se font
face désormais, et elle se rapproche de moi doucement. Je glisse mes mains sur
ses hanches, écartant les cuisses pour la recevoir. La voilà qui butine mes lèvres
comme si elle goûtait pour la première fois à une douceur dont elle n’avait pas la
recette. Plus sûre d’elle, elle prend mon visage entre ses mains et notre baiser
s’approfondit. Elle semble si sensible que je n’ose la brusquer, comme si la
moindre étreinte trop forte pouvait la briser. Son état émotionnel est palpable, et
je me doute que Marc ne fera aucune séance hard avec elle pour la protéger. Je la
repousse gentiment déposant un dernier baiser furtif sur ses lèvres.

— Fais-moi visiter les lieux, Claire.

— Très bonne idée ! fait remarquer Marc. Je vous suis.

Je me lève à la suite de la soumise, et imagine déjà quantité de jeux ! Surtout


avec la mezzanine particulièrement intéressante pour les suspensions.
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J’ai attaché Claire en suspension, de manière à ce que tout son corps soit en
tension. J’ai également fait en sorte qu’elle puisse réguler sa respiration et
qu’elle soit en mouvement de bascule pour Marc. Elle est magnifique et la
lumière de la bougie sur sa peau pâle encadrée de cordes violettes la fait ressortir
à merveille.

— Comment te sens-tu Claire ?

— Bien madame, me répond-elle de manière étouffée.

— Es-tu sûre ? tout en parlant, je réajuste une corde sur son corset. Et
maintenant ?

— Mieux madame.

— Bien. Claire, si ça ne va pas, tu me le dis rapidement !

— Oui madame.

Je lui souris et l’embrasse, mordillant sa lèvre inférieure tout en lui bandant


les yeux avec un masque. Puis, je la fais légèrement tourner avant de faire signe
à Marc de nous rejoindre. Je lui explique rapidement sur quelle corde il peut
s’appuyer et aussi sur lesquelles il peut tirer sans risquer de la blesser pour la
faire tourner ou la balancer. Je le vois hésiter légèrement à toucher les entraves
de sa soumise, sûrement par crainte de défaire mon travail. Je le laisse observer
Claire ainsi attachée, puis il lui caresse les côtes, contact auquel elle réagit
aussitôt. Il sourit et m’attire vers lui pour m’embrasser tout en continuant de
toucher sa soumise.

Ce baiser me fait de l’effet et m’excite, mais ce n’est pas celui que j’aurais
aimé recevoir de sa part. Il ne s’agit que d’une séance, d’un moment de
domination voué à faire monter la tension. Il n’a pas lieu de sceller une relation
plus intime entre lui et moi. Nos bouches se rejoignent avec gourmandise, tandis
que je caresse son pantalon, faisant grossir son sexe un maximum avant de lui
faire retirer ses vêtements. Je le laisse se déshabiller, en allant embrasser à
nouveau Claire qui est déjà dans tous ses états. Elle frissonne, expire doucement,
et commence même à gémir.

Marc nous rejoint et entreprend de se faire faire une fellation par la belle
attachée. Jouant avec les cordes, il aide à l’orienter. Je me délecte un moment de
la scène avant de regarder le travail accompli, fière du bondage que j’ai réalisé
sur elle. Je suis les lignes de son corps lorsque je remarque quelques gouttes sur
le sol. Je souris à cette vue et vais me placer derrière la soumise, constatant
combien la situation lui plaît à l’odeur délicieuse de son essence et des
palpitations de son entrejambe.

D’un regard, Marc comprend mon intention et la bascule doucement vers moi
alors que je me mets à genoux derrière elle, cherchant à goûter à cette fontaine
de jouvence qui m’est si magnifiquement offerte. Au premier contact de ma
langue, Claire gémit si profondément que Marc a dû en ressentir les vibrations à
en juger par l’expression d’extase qu’il affiche. Tous les trois, nous sommes
plongés dans un état puissant d’excitation, particulièrement notre soumise qui
jouit rapidement à notre contact simultané. J’introduis un doigt dans son vagin et
peux sentir chaque contraction de son corps. Sa respiration devient saccadée à
mesure que son plaisir grandit, et elle se tortille tant bien que mal avant de se
calmer et de retrouver une position confortable. Je m’applique à lui procurer
autant de plaisir que possible après ce premier orgasme lorsque je me rends
compte qu’il n’y a plus aucune contrainte dans ses supplications.

Marc a libéré sa bouche et se tient désormais derrière moi. Il attrape mes


cheveux et les repousse sur mon épaule pour embrasser ma nuque, et mon cou
tout en caressant mon corps. C’est vrai qu’il le découvre pour la première fois. Il
descend la fermeture éclair de mon corset et l’envoie valser plus loin. Sans
retenue, il empoigne ma poitrine et joue avec pendant que, perturbée, je me
retrouve entre le plaisir de Claire que je ne veux pas abandonner et le mien. Je ne
me suis pas rendu compte à quel point j’étais excitée par la situation avant qu’il
ne vienne s’occuper de moi. Voyant la réponse de mon corps à ses caresses,
Marc continue et pénètre mon string sans scrupule, commençant à me titiller
alors qu’il me mordille le cou. Je dois laisser Claire au simple contact de ma
main alors que je me donne à Marc, laissant mon esprit divaguer à ce fantasme
qui se réalise enfin. Je vibre au contact de ses doigts, suffoque au grondement de
sa voix contre ma peau, souris à son membre contre mes fesses.
Oubliant tout autour de nous, je n’ai qu’une envie : pouvoir le toucher en
retour, obtenir de lui ce qu’il prend de moi avec autant d’aisance. Je retire ma
main de notre soumise et me tourne pour approcher Marc de face. Il se saisit de
mes doigts et se met à les lécher tandis qu’en dégouline encore la cyprine de
Claire qui sans plus aucune stimulation reprend doucement son souffle.

Puis, il prend ma place entre les cuisses de sa soumise et les embrasse


tendrement avant de se redresser pour la pénétrer sans autre préambule, tout en
lui griffant le bassin. Je reste à les regarder un moment, puis viens lui passer la
crème, que j’ai achetée plus tôt, sur son clitoris en la massant tout en mordillant
ses tétons. Pendant ce temps, Marc continue de la prendre, au gré de ses envies :
tantôt avec une fougue animale, tantôt avec un empressement mesuré. Tous deux
ne tardent pas à jouir, la deuxième jouissance de Claire entraînant Marc malgré
lui dans son élévation au septième ciel. Il se retire et la soumise ne bouge plus,
restant totalement relâchée. Elle semble épuisée, mais comblée. Je la fais
redescendre des suspensions et la détache doucement. Petit à petit, son souffle et
ses esprits reviennent. Je la prends contre moi pour vérifier les marques sur sa
peau, elle est restée attachée un peu plus longtemps que prévu, mais n’est pas
marquée, du moins pas plus qu’à la normale. Je continue mon inspection
lorsqu’elle se met à pleurer.

— Claire ? Est-ce que tu as eu mal ? lui demande Marc plus inquiet que je
n’aurais cru.

— Non…, réussit-elle à articuler entre deux sanglots.

— Elle est simplement revenue parmi nous, lui dis-je pour le rassurer avant de
lui faire signe de la prendre dans ses bras.

Il s’occupe de Claire. Je lui conseille de l’amener sous la douche pour la


détendre un peu pendant que je range mes cordes correctement, ainsi que le reste
de la mezzanine. Je les rejoins ensuite. Claire s’est calmée sous l’eau chaude et
Marc assis contre elle lui parle calmement, ce à quoi elle semble acquiescer.
C’est leur moment d’intimité et je me sens de trop.

— Tu nous rejoins Célène ? me propose-t-il.

— Non, profitez. Je me doucherai après, je vais vous attendre dans le salon.


Je m’éclipse et attends sagement. C’est Claire qui arrive la première. Elle se
positionne à mes pieds en face du canapé.

— Merci maîtresse Célène pour la séance.

— C’était avec plaisir.

— Puis-je vous être utile ?

— Que fait Marc ?

— Maître David finit sa douche, il devrait arriver. Il m’a dit de vous obéir en
attendant.

— Bien ! Que dirais-tu de préparer à manger ?

— Tout ce que vous voudrez, madame.

Claire et moi préparons le repas quand Marc fait son apparition. Il prend la
soumise dans ses bras et l’embrasse avant de me signaler que la salle de bain est
libre.

Pendant ma douche, je n’arrête pas de penser à lui. Il est très doux avec sa
soumise et semble très proche d’elle, c’est rassurant de voir, qu’en fait, il n’est
pas du tout comme je l’imaginais. Je ne veux plus quitter le contact de l’eau
chaude qui me réconforte et me lave de tout attouchement qui a, une heure plus
tôt, failli me mener à l’abandon. Il faut que je me reprenne et garde le contrôle
avant de me laisser aller à une forme de soumission.

Lorsque j’arrive dans le salon, la table est dressée, tout est prêt, une musique
très douce, mais sensuelle se fait entendre. Marc est dans le canapé, Claire
tranquillement assise devant lui en position habituelle. Je viens me placer devant
Marc qui relève les yeux et reste un instant à m’observer, me détaillant de la tête
aux pieds avant de sourire.

— Quelle chance tu as, Claire, d’avoir une si jolie maîtresse ce soir. Regarde-
la.

Claire se tourne vers moi et à son tour, me regarde avec un large sourire
visiblement ravi. Je lui demande de me rejoindre et elle s’approche à quatre
pattes avant de s’arrêter à mes pieds. Je pose une main sur sa tête, ce qu’elle
semble apprécier. Je lui caresse ainsi les cheveux et me mets à sa hauteur pour
scruter son corps nu depuis la douche et vérifier à nouveau les marques de
cordes. Elles ornent joliment ses membres en souvenir de son plaisir. Je lui
souris, puis lui attache les cheveux en chignon avec quelques mèches pendantes,
elle est très jolie. J’embrasse son front et me lève, elle pose alors sa tête contre
ma jambe.

— Que faisons-nous maintenant ? demandé-je à Marc.

— Eh bien, mangeons !

Marc se dirige vers la table où il tire ma chaise, puis il s’assied et Claire vient
nous faire le service avant de s’asseoir avec nous. Tous deux se lancent des
regards furtifs complices me laissant penser qu’il y a quelque chose de prévu. Le
repas se déroule dans le silence, je me contente d’écouter la musique, fermant
parfois les yeux pour m’immerger dans l’ambiance environnante et faire
redescendre la tension. Entre deux plats, Claire passe sous la table pour
rapidement contenter Marc de sa bouche.

Lorsque vient le moment du dessert, Claire revient dans le salon avec une
bouteille de champagne. Je n’en bois habituellement pas beaucoup et je la
regarde faire légèrement suspicieuse. Soudain, Marc se lève et vient derrière moi
pour tirer ma chaise en arrière, je me doute bien que quelque chose se trame. Il
penche ma tête en arrière et m’embrasse. Son baiser est différent de tout à
l’heure, il est brûlant, enivrant, une décharge parcourt mon corps et, de ma main,
je presse sa tête vers moi pour que son contact ne s’arrête pas de suite. Soudain,
je sens des paumes sur mes cuisses, surprise, je lâche Marc, me détachant à
contrecœur de sa bouche pour découvrir Claire entre mes jambes. Elle est, de
toute évidence, passée sous la table et me monte dessus. Ses lèvres s’emparent
des miennes avec fougue, elle glisse le long de mon corps, retournant ensuite
entre mes jambes, mais Marc l’arrête. Il lui donne ordre d’aller dans la chambre,
et elle obéit, docile.

— Tu es prête à y retourner ? me demande-t-il doucement en caressant la


pointe d’un de mes tétons qui dépasse désormais de ma robe.
— J’ai comme l’impression que maintenant, je suis le jouet et non plus Claire.

— M’en voudrais-tu si je lui ai promis qu’elle pourrait s’amuser un peu avec


toi ?

— Oh, si c’est elle qui joue pourquoi pas, mais toi en revanche, cela t’est
interdit ! Tu joues avec ta soumise, pas avec moi.

— J’avais cru comprendre ça, en effet. Même si je trouve ça très dommage…

— Je me doute, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie.

— C’est une chose dont on devrait discuter, j’arrive souvent à parvenir à mes
fins.

— Bizarrement, ça ne m’étonne pas de toi !

— On devrait y retourner, elle doit nous attendre…

Je me lève pour le suivre et il fait volte-face. Il se rapproche de moi, me


plaque contre la table et se penche sur mon corps, son bras partant dans mon dos
à la recherche, j’imagine, d’un appui. Sa bouche se rapproche et je rêve déjà
qu’elle me touche. Je croise son regard qui se perd sur mes lèvres, nous ne
sommes qu’à quelques millimètres l’un de l’autre lorsqu’il se redresse et part en
direction de la chambre de Claire, la bouteille de champagne à la main. Je le
regarde s’éloigner, reprenant mon souffle alors que mon cœur s’emballe plus que
de raison. Ce week-end va me condamner, j’en ai la certitude à présent.

Quand j’entre dans la pièce, j’aperçois Claire en train de sucer Marc, me


faisant un clin d’œil satisfait alors qu’il boit au goulot de la bouteille de
champagne. Je me déshabille pour aller les rejoindre, il pose une main sur
l’épaule de sa soumise, l’immobilisant pour venir caresser mon corps étendu à
côté de lui. Les lèvres pulpeuses de Claire viennent à la rencontre de mes pieds
qu’elle se met à embrasser et à lécher. Je n’ai pas l’habitude de ces sensations,
bien que je les ai déjà connues. Certes, c’est délicieux, mais ça chatouille
terriblement et je ne peux m’empêcher de me tortiller sous les baisers de Claire
et les caresses de Marc qui semble beaucoup s’amuser avec ma poitrine. Je brûle
à chacune de leur sollicitation, désirant toujours plus, mais sachant pertinemment
que nous n’en sommes pas encore à ce stade.
Claire remonte lentement le long de mes cuisses jusqu’à atteindre mon sexe
qui se contracte à son contact. Marc s’empare de la bouteille et déverse du
champagne sur mon buste, prenant soin de le faire couler jusqu’à mon mont de
Vénus pour que la soumise puisse en profiter. Elle me goûte avec délectation, et
chacun de ses coups de langue me fait suffoquer. Je sens ses lèvres se refermer
sur mon bouton et elle le suçote avec tant d’ardeur que je ne peux m’empêcher
de retenir sa tête contre moi, pour ne plus qu’elle s’échappe. Soudain, elle me
pénètre de ses doigts, caressant mes parois avec douceur et détermination.

Je suis à la merci de mes deux assaillants et ne désire surtout pas bouger alors
que je prends autant de plaisir. Mon ventre me fait terriblement mal, réclamant
plus, brûlant d’une force que je n’ai plus connue depuis bien longtemps. Leurs
actes combinés m’emmènent plus loin que je ne l’ai été et je me crispe, attrapant
les draps sous moi alors que je tente en vain de retrouver de l’air. Marc mordille
mes tétons et remonte le long de mon buste en me léchant jusqu’à atteindre le
lobe de mon oreille. Il ne m’en faut pas plus pour succomber à leur duo. Ma
main dans les cheveux de Claire la maintient avec force alors que je jouis.
Sentant que je me libère, elle accélère les mouvements de ses doigts et aspire
mon clitoris si profondément que je sombre. Mon ventre explose et une décharge
parcourt mon corps me laissant sous l’emprise de convulsions incontrôlées. Je
lâche enfin les cheveux de notre soumise si douée et me recroqueville sur le côté
pour me calmer. Claire se met derrière moi, s’allongeant contre mon dos tandis
que Marc me prend dans ses bras et me caresse doucement. Deux bonnes
minutes plus tard, mon corps cesse enfin de trembler et nous pouvons reprendre
nos ébats.

Je laisse Marc donner les ordres, il gère à merveille sa soumise. Je souhaite


voir comment il s’y prend et je ne suis pas déçue. Claire est installée à
califourchon sur moi, le double dong acheté plus tôt dans la journée nous
pénétrant toutes deux. Ses mains sont attachées à la barre de son lit baldaquin et
elle a pour mission de nous donner le rythme. Marc lui signifie d’aller plus vite
ou plus lentement à coups de cravache. Bien que l’utilisation de ces instruments
peut paraître inquiétante, il les manie avec art et connaissance. Je ne crains rien
pour sa soumise qui semble apprécier chacune de ses tapes. Prise dans l’élan de
notre jeu, elle jouit rapidement sur moi et Marc la détache pour qu’elle se penche
en avant, me permettant ainsi de l’embrasser.

Au vu de l’érection qu’il a depuis un moment maintenant, il a très envie de


participer. Entre deux baisers suaves, je le regarde enfiler un préservatif et y
mettre du lubrifiant. Il vient se placer derrière Claire, dont il lubrifie également
l’anus, avant de s’y enfoncer doucement et lui arracher une supplication, entre
plaisir et douleur. Un instant, nous restons tous trois sans bouger, attendant
qu’elle s’habitue doucement à sa présence. Puis il lui attrape le cou et la relève.
Il dépose ensuite sur ses épaules, sa nuque et sa bouche de tendres baisers
fiévreux. Toujours sous Claire, j’observe la scène, envieuse. Il existe entre eux
une alchimie que j’ai souvent imaginée dans mes fantasmes avec Marc. Je désire
tant sa place…

Enfin, il recommence à bouger lentement, faisant bouger le bassin de sa


soumise par la même occasion et réactivant les mouvements du jouet entre nous.
Il la relâche, la laisse adopter une position à sa convenance, ne manquant pas de
creuser ses reins du plat de la main. Seins contre seins, son visage au-dessus du
mien, elle me fixe et je perçois dans son regard tous les sentiments qu’elle
éprouve. C’est un mélange de plaisir et de douleur. Elle halète et quelques
larmes coulent le long de ses joues. J’attrape son visage entre mes mains, lèche
les sillons salés avant de lui donner un baiser que je veux rassurant et rempli de
tout le désir que j’éprouve.

Les mouvements de Marc sont très lents, se répercutant sur le sex-toy avec une
paresse infinie, qui me fait remonter en douceur. Ce n’est qu’un objet de latex
qui me transperce et pourtant j’ai l’impression que c’est lui, que ce sont ses
mouvements, sa cadence, son envie, son sexe. Je lâche le visage de Claire qui se
réfugie dans mon cou et j’attrape ses mains. Elle referme ses doigts sur les miens
et geint de plaisir dans mon cou. Mon regard fiévreux croise celui de Marc au-
dessus de l’épaule de la soumise, et nous nous perdons l’un dans l’autre.

La scène est étrange… C’est elle qu’il pénètre et pourtant, j’ai l’impression
que nous sommes seuls et qu’il me baise directement, sans passer par une autre
personne. Son regard témoigne de son envie et j’en déduis que le mien doit être
tout aussi parlant. Il accélère le rythme, faisant hoqueter sa soumise qui accuse le
coup. Il prend possession de son bassin, le faisant rouler pour amplifier chacun
de nos mouvements. À mon tour, je halète, mes canines se plantent dans mes
lèvres, mes yeux sont toujours rivés aux siens. Il souffle de plus en plus fort, et
j’entends des grognements sortir de sa gorge, aussi sexy que sauvages. Il se
déhanche encore et encore, ne laissant aucun répit à sa soumise, et nous sommes
rapidement tous les trois en train de gémir à plein poumon de notre volupté
conjointe.

Nous jouissons les uns après les autres, comme un effet domino : Claire
d’abord, qui par ses contractions entraîne son dominant, qui par ses derniers
mouvements de bassin me fait décoller enfin. Marc dépose des baisers sur le dos
de sa soumise avant de se retirer avec délicatesse. Essoufflée et certainement très
fatiguée, elle n’a pas la force de se relever, je la fais basculer doucement sur le
côté, retirant le jouet nous unissant. J’attends un instant, puis décide de les
laisser seuls, murmurant un « bonne nuit » avant de m’éclipser dans la chambre
qu’elle a préparée pour moi.
18
Il est temps qu’ils se retrouvent vraiment et que je m’efface. Je prends donc
mes écouteurs et me couche, ne désirant pas spécialement les entendre parler. Je
regarde par la lucarne le ciel étoilé et la lune qui éclaire la pièce. Mes pensées
sont pourtant emplies de voix sensuelles et je ne vois plus le temps passer,
ressassant les actes de cette journée éprouvante et exquise. Soudain, au travers
de ma musique, j’entends frapper à ma porte. Je regarde l’heure, et constate que
je suis partie depuis un petit moment.

— Oui ?

— Je ne te réveille pas ? me demande Marc dans l’embrasure de la porte.

— Non.

— Je peux rentrer ?

— Je t’en prie.

Il entre dans la pièce et referme derrière lui. Il est simplement vêtu d’un boxer,
mais la clarté de la lune filtrant à travers ma fenêtre ne me permet pas de bien
apercevoir son corps dans toute sa superbe. Je me surprends d’ailleurs à penser
que je n’ai pas spécialement porté attention à son physique durant la journée,
mais plutôt à celui de Claire. C’est d’elle dont je devais m’occuper, c’est donc
son anatomie que j’ai appris à connaître. Il s’allonge à mes côtés et pose sa tête
sur l’oreiller, me dévisageant.

— Tu écoutes quoi ?

— Une vieille chanson qui fait toujours son effet…

— Je peux écouter ?

Je lui passe un écouteur. Il ferme les yeux et se laisse emporter par les paroles
de Wicked Games de Chris Isaak. Je les ferme également et nous laissons la
chanson se finir. Quand je les rouvre, Marc m’observe et passe sa main dans mes
cheveux.

— Est-ce que tu as peur de tomber amoureuse ?

— Non…

— Est-ce que mon âge te dérange ?

— Non plus.

— Pourquoi tu me rejettes ? Tu as peur de moi ?

— Je ne sais pas… Je ne suis pas prête… Je te connais si peu.

— Pose-moi des questions, je te répondrai.

— Tu as une famille ?

— J’ai divorcé il y a sept ans. J’ai deux enfants : un fils, Jérémy, qui a 17 ans
et une fille, Lola, de 14 ans.

— Pourquoi tu as divorcé ?

— Je n’étais plus amoureux.

— Et tes enfants ?

— Ils vivent avec leur mère, je les vois régulièrement.

— C’est quoi ton métier ?

— Je préfère ne pas le dire, du moins pas maintenant, mais tu le découvriras


très bientôt.

— Tu as des passions ?

— L’art, le corps humain, la beauté, le BDSM.

Il n’a pas hésité une seconde, pas pris le temps une seule fois de réfléchir et
pourtant j’ai enchaîné les questions. Ce comportement me pousse à croire qu’il
est sincère avec moi. Une question me brûle les lèvres, j’ai besoin de savoir, de
comprendre. Je me lance, curieuse de connaître sa réponse :

— Pourquoi moi ?

— Parce que tu brilles.

— Je brille ?

— Oui, je ne sais pas comment te l’expliquer. Au salon de l’érotisme, il y


avait tellement de monde et pourtant, je t’ai vu de loin. J’ai tout de suite compris
que je devais m’approcher. Tandis que je t’observais, j’ai senti en toi beaucoup
de contradictions.

— De contradictions ?

— Oui, comme le feu et la glace, ça m’a plutôt intrigué. Du coup, je t’ai


donné mes coordonnées, n’espérant même pas que tu me rappelles, mais on ne
sait jamais, j’étais curieux. Je voulais tenter ma chance. Puis je t’ai vue sortir du
salon avec tes deux soumis et mon intuition s’est confirmée. Ils sont absolument
contraires l’un à l’autre… Il y a l’animal et l’amant, et ils se complètent en
même temps. Voilà la dualité qui m’a intéressée.

— C’est… plutôt vrai, je n’y avais pas vraiment pensé.

Je savais qu’ils étaient différents, mais je n’avais pas vu en toutes ces choses-
là. Marc est très observateur et il sait analyser les caractères avec finesse.

— Le problème, c’est que tu ne me rappelais pas, et quand je t’ai aperçue au


marché de Noël… Je ne pensais pas te revoir. C’était un coup du destin, et je l’ai
pris comme tel. Tu brilles… Je veux dire par là que tu dégages une certaine
attraction. Tu sais, un peu comme les pies sont attirées par tout ce qui est
brillant !

— Alors tu es ma pie ? lui dis-je en rigolant.

— On peut dire ça comme ça, et je ne te lâcherai pas tant que tu ne sauras pas
réellement ce que tu veux.
— Et comment tu sais que je ne le sais pas déjà ?

— Je crois que tu le sais, oui, mais que tu refuses de l’accepter. Alors quand tu
seras prête, et en adéquation avec ce que tu désires au fond, je ferai en fonction.

— Bien…, lui réponds-je dans un souffle alors qu’une tension s’installe entre
nous.

Il me fixe, sa main toujours dans mes cheveux. Il les agrippe doucement et


ramène mon visage vers lui. Il m’embrasse, ses lèvres sont chaudes, douces,
enflées comme si la tentation durait depuis une éternité. Ce n’est pas notre
premier baiser, mais c’est tout comme, car cette fois, c’est entre lui et moi. Notre
faim de l’autre s’exprime enfin, son corps se rapproche du mien et je sens tous
ses muscles se contracter. Il murmure contre ma bouche et m’ordonne de
l’ouvrir. J’obéis, hésitante. À peine j’entrouvre les lèvres que sa langue vient à la
rencontre de la mienne, elles se caressent et semblent danser ensemble. Il bouge
et se place sur moi, une jambe entre les miennes, pressant ainsi mon intimité de
sa cuisse alors que je sens sa queue dressée contre ma hanche. Nos respirations
s’accélèrent, comme si l’on courait un marathon et nos peaux se consument. Je
soulève les bras et les passent autour de sa tête, une main dans ses cheveux
l’autre sur son cou, le pressant d’autant plus contre moi. Je lâche un soupir de
satisfaction. Je ne peux m’empêcher de gémir sous notre baiser passionné ce qui
me vaut un grognement en guise de réponse.

Il dégage mes mains et, d’une seule des siennes, les bloque au-dessus de nos
têtes. Libéré de toutes entraves, il descend le long de mon cou, y déposant une
multitude de baisers avant de tracer un sillon brûlant de sa langue. Tous les deux
en transe, nous ne voulons plus nous arrêter, partageant pour la première fois
notre complicité. Je le sens se presser contre moi, accentuant toujours plus le
contact de nos peaux, ce qui relève doucement la nuisette que j’ai enfilée pour
dormir. Il caresse mes hanches et reprend ma bouche en otage, provoquant des
frissons dans tout mon corps, tandis que le tissu valse pour de bon au-dessus de
nous. Nue contre lui, il me touche d’une main tremblante comme s’il redoutait
que tout s’arrête soudain, puis empoigne mes seins qu’il vient lécher et sucer
avec ferveur. Je suis sous son emprise, me laissant aller à mes fantasmes, me
réjouissant de sentir son corps contre le mien, sa chaleur, pouvant enfin laisser
s’échapper le mal qui m’habite. Ma respiration se fait plus pressante alors que sa
main redescend sur mon ventre pour le caresser.
— Hum… Marc…

Son nom sort de ma bouche comme une supplique alors que je me délecte de
chaque seconde, succombant à l’instant présent. Il sourit contre ma poitrine à
l’évocation de son prénom, comme une récompense donnée après une longue
attente.

— Laisse-toi aller Célène… Accepte-moi…

— Oui…

Il me caresse encore, allant loger sa main au creux de mon entrejambe,


attendant une réaction de ma part qui n’est, à ce moment-là, que râle et
imploration. Je ne veux pas que ça s’arrête. Je le désire, maintenant : qu’il soit à
moi, que je sois à lui. Que plus rien ne m’empêche d’être ce que je veux devenir.

Il titille doucement mon clitoris de son pouce, le faisant tourner habilement,


descendant le long de mon corps en déposant ses lèvres sur ma peau. C’est un
mélange de sensations qui me consume, d’autant plus lorsqu’il embrasse mes
hanches et les mordille, provoquant un envol de papillons dans mon ventre qui
achève de me faire creuser les reins. Son torse se presse contre moi et je supplie
le ciel pour qu’il aille plus loin, pour plus de plaisir, je veux éprouver son savoir-
faire plus que quiconque. Mais soudain, ses lèvres se trouvent sur le tissu de mon
string et, de ses dents, il tire, achevant de le faire glisser le long de mes jambes.
Il embrasse mon sexe, mes lèvres mouillées et je reviens à moi. Je me tortille,
tentant d’échapper à sa bouche, à ses doigts. Les mains libres, j’attrape ses
cheveux pour lui tirer la tête en arrière, et ainsi lui échapper.

— Marc, non ! Je… je ne peux pas, désolée.

Il se relève et remonte vers moi, m’écrasant toujours de son corps, mais au


moins il n’est plus entre mes jambes.

— Ce n’est pas grave, il répond, le souffle court.

Il pose sa tête dans le creux de mon cou avant de me demander :

— Tu vas bien ?
— Oui…

Il dépose un baiser sur mon front et s’allonge à mes côtés pour se calmer
avant de se tourner à nouveau vers moi. Il me regarde et moi, je fixe le plafond,
triste de ce qui vient de se passer.

— Célène, tu es sûre que tout va bien ?

— Oui…

— Explique-moi s’il te plaît, me demande-t-il en se rapprochant de moi et en


tournant ma tête vers lui pour que je le regarde.

— Je ne suis pas prête à me laisser faire à nouveau par quelqu’un. On a trop


abusé de cette situation et je n’ai plus envie d’être un sex-toy vivant.

— Je comprends. Il y a autre chose ?

— Non… Enfin, je ne crois pas…

— Dis-moi tout.

— Oui, mais pas ce soir.

— D’accord… Je suis sincèrement désolé. Je ne voulais pas te brusquer.

— Ce n’est pas de ta faute.

— Je me suis légèrement emporté, je te convoite depuis longtemps, j’avais


très envie de toi…

— Moi aussi… Et j’y ai cru, tu répondais à tous mes fantasmes, mais je ne


suis pas prête.

— Quand tu le seras, nous retenterons en douceur.

Il dépose un doux baiser sur mes lèvres et me prend dans ses bras. Nous
restons ainsi, en silence, un moment. Soudain, il réalise mes paroles :

— Tu fantasmes sur moi ?


— Tu ne devrais pas dormir avec Claire cette nuit ?

— C’est avec toi que je veux dormir. Tu n’as pas répondu…

— Depuis le salon de l’érotisme…

Sa respiration se coupe un instant, comme s’il analysait ce que je viens de


dire, comme s’il comptait les jours. Puis, il me serre plus fort contre lui et dépose
un baiser dans mon cou avant d’ajouter en chuchotant :

— Moi aussi…
19
Le lendemain, je m’éveille en douceur. Soudain, la porte de la chambre
s’ouvre lentement et la soumise de Marc entre, un plateau dans les mains.

— Puis-je vous déposer le déjeuner maître ?

— Oui, Célène est réveillée, viens !

Je me retourne et tombe nez à nez avec Marc qui me sourit et me caresse la


joue avant de déposer ses lèvres sur les miennes.

— Bien dormi ?

— Oui, et vous ?

— Merveilleusement bien !

Par instinct de pudeur, je remonte la couette sur moi pour éviter que Claire ne
me voie, ce qui est stupide vu ce que nous avons fait la veille… Elle-même ne
porte guère plus que sa nuisette. Je suis surtout gênée qu’elle puisse s’imaginer
des choses. Je ne veux pas attirer son animosité et j’espère sincèrement qu’elle
n’est pas jalouse. J’aime bien Claire, et je respecte la relation qu’elle entretient
avec Marc.

La soumise dépose son chargement, se met au bout du lit sur ses genoux et
attend que l’on ait besoin d’elle.

— Tu prends du thé le matin, c’est bien ça ?

— Euh… Oui.

Il me tend une tasse fumante et je me redresse pour l’attraper tout en regardant


Claire au bout du lit.

— Tu as déjeuné ?

— Oui madame, maître David m’a demandé de ne pas vous déranger avant
10 heures 30.

Je jette un œil à Marc qui masque un sourire derrière sa propre tasse.


Visiblement, il avait bien prévu que l’on s’endorme tard. Mais avait-il planifié
que l’on couche ensemble ? J’esquisse également un sourire pour cacher mon
désarroi. Il me tend une tartine qu’il vient de faire. Je la prends et me rappelle
soudain que je les ai laissés deux bonnes heures seuls hier, je me demande ce
qu’ils ont pu faire…

Jalouse ! Il n’est pas à toi, ce n’est qu’un dominant, et il ne t’appartiendra


jamais. Et ce qu’il fait avec ses soumises ne te regarde pas…

Ma conscience a raison, je ne veux pas commencer à penser à ça, mais je


regarde tout de même le corps de Claire à peine couvert pour y déceler des
traces. Mais rien ne me saute aux yeux.

— Après le petit-déjeuner, nous partirons si ça ne te dérange pas Célène, me


dit Marc très serein.

— Non, bien sûr.

— Claire, je t’appellerai dans la semaine.

— Je suis à votre entière disposition maître.

Le petit-déjeuner vite expédié, il signale à la soumise que nous avons fini et


elle se lève pour rapporter le plateau, avant qu’elle ne parte il lui assène un
claque sur les fesses qui la fait sourire jusqu’aux oreilles. Serait-ce un reste de ce
qui s’est passé entre eux hier ? Marc se retourne vers moi.

— Claire m’a demandé si elle pouvait te revoir. Je lui ai dit que c’était à toi de
décider.

— Oui, bien sûr ! Enfin, pas dans l’immédiat, mais oui… On se reverra.

— Parfait ! Elle sera ravie. Allez, prépare-toi.

Sur ce, Marc s’éclipse de la chambre. Je ne sais trop quoi penser du fait que
Claire veuille me revoir. Pour une séance entre elle et moi ? À vrai dire, je ne
suis pas vraiment partante. C’est la soumise de Marc, je ne compte pas la lui
voler et en plus, j’ai déjà deux soumis à mes ordres et je dois travailler mes
cours… Merde ! Mes cours ! C’est bientôt les partiels, il faut que j’arrête mes
conneries et m’y mette sérieusement parce que là, je suis vraiment à la bourre !
Je prends conscience qu’il me reste tout juste un mois et demi de révisions et je
viens de « gâcher » tout un week-end. Même s’il était affreusement excitant…

Je récupère mes affaires en vitesse, optant pour un jean slim et un top avec
une veste en cuir. J’ai tout rassemblé et retourne au salon où je surprends Claire
en train de faire la vaisselle de la veille et du petit-déjeuner tandis que Marc,
derrière elle, la pelote. Cela n’aurait pas dû me gêner ; après tout, la veille, nous
avons partagé bien plus que des caresses, mais ce matin je trouve que c’est
particulier. Je pose mon sac par terre et vais m’asseoir dans le canapé, le bruit de
celui-ci me trahit puisque Marc me demande si je suis prête. Je lui réponds que
oui tout en rallumant mon portable. Comme d’habitude, j’ai reçu des messages
de Margot, Paul et Théo. Je prends le temps de répondre pendant que derrière
moi, ils continuent de s’amuser. Enfin, Marc se décide :

— Bien ! Cette fois, on y va. Merci, Claire, pour ce week-end, comme


d’habitude, tu as été parfaite.

— Merci à vous maître, répond-elle rougissant jusqu’aux oreilles, puis elle se


dirige vers moi. Madame Célène, merci beaucoup de vous être occupée de moi.
Je vous donne mon numéro si vous souhaitez me revoir.

— Ah oui ! Merci Claire, bon après-midi.

J’ignore comment je dois m’y prendre pour lui dire au revoir, et c’est elle qui
prend les devants pour une longue étreinte. Je lui souris et me dirige vers la
voiture de Marc. Je charge mes affaires et les vois dans le reflet des vitres se
faire des adieux passionnés.

Une fois en route, le silence s’installe entre nous. Je me contente de regarder


le paysage défiler, songeuse. Puis Marc pose sa main sur mon genou, essayant de
briser cette légère distance qui s’instaure entre nous, mais je n’ai pas la force de
réagir. Je me renferme sur moi-même alors que nous avons passé des moments si
intenses. Je suis totalement perdue, ne sachant plus ce que je dois faire par
rapport à lui. Succomber ou résister ? Ce week-end n’aurait jamais dû avoir lieu,
car il me perturbe plus que je ne l’étais déjà. Je ne désire toujours pas me
soumettre à nouveau, j’ai toujours peur de me faire avoir. Pourtant, j’ai passé
mon temps à envier Claire, à vouloir être à sa place, presque au point de la
jalouser lorsqu’il posait ses mains sur elle. Alors que faire, quoi lui dire ?

— Tout va bien ?

— Oui.

— Qu’as-tu pensé de Claire ?

— Elle est gentille et bien dressée.

— Ah oui, ça, je n’en doute pas ! Mais sinon ?

— Elle est très belle, c’est vraiment une femme superbe, et elle est ouverte,
c’est agréable de partager des moments avec elle.

— Elle t’a beaucoup appréciée.

— Tant mieux, dis-je en reportant mon attention sur la route.

— Tu ne comptes pas la revoir, n’est-ce pas ?

— Je me vois mal y retourner comme ça. Si c’est avec toi, peut-être.

— Oui, je m’en doutais. Et elle aussi, en fait.

— Est-ce que j’ai fait quelque chose qui t’a contrarié ?

— Non, du tout…

— Tu es glaciale.

— Le feu et la glace, n’est-ce pas ? dis-je, le sourire aux lèvres, en lui


ressortant ce qu’il m’avait dit la veille. Je suis simplement fatiguée.

— Nous nous sommes endormis tard… Est-ce que cette fois, je te dépose chez
toi, ou tu ne veux toujours pas ?
— Si tu peux me déposer en bas de l’immeuble.

Je lui donne l’adresse et me tourne à nouveau vers ma vitre. La ville défile


sous mes yeux. Ici, rien n’a changé, pourtant tout me semble différent. Je
reconnais les immeubles, la Garonne, le canal et les quelques enseignes que je
fréquente. Nous approchons de mon lieu de vie, et bien que je ne suis pas très
bavarde, je n’ai pas non plus envie que ça s’arrête là. J’ai aimé être avec lui. Il se
gare sur le parking, coupe le moteur et se tourne vers moi en souriant.

— Je ne sais pas de quoi tu doutes, mais c’était un super moment. Claire a


adoré, et moi aussi. Je t’ai trouvée très douée…

— J’ai aimé aussi, je suis peut-être un peu déçue de retourner à la réalité.

— Je comprends… Célène, est-ce que tu es jalouse ?

— Pardon ?

— Est-ce que tu fais la tête parce que tu es jalouse de Claire ?

— J’y ai réfléchi…

— Et ?

— Et non, je ne suis pas jalouse, je l’envie beaucoup. J’aurais aimé être à sa


place…

— D’accord, dit-il en me souriant. Tu sais que tu pourrais y être ?

— Oui, je le sais.

Sur ces paroles, il sort de la voiture et attrape mon sac dans le coffre avant de
venir m’ouvrir la portière et de me tendre la main pour m’aider à sortir. Je
l’observe avec tristesse de devoir le laisser, ses beaux yeux me transpercent.

Mon Dieu ce qu’il est hypnotisant…

Je prends sa main et, une fois hors de la voiture, il claque la portière derrière
moi, lâche mon sac et me plaque contre la carrosserie. Je suis si surprise que je
sursaute, son corps est imposant, collé au mien, il inspecte mon visage, puis mes
yeux, y cherchant sûrement une promesse, une demande, une réaction de ma part
qui le guiderait là où je l’attends. Puis il se penche sur moi et m’embrasse. C’est
explosif. La rue est le seul rempart à notre passion, sinon aucun doute que nous
serions déjà nus. Je lui rends ses coups de langue, notre étreinte est bien plus
sauvage que la veille, empressée, comme si le temps nous était compté et en
réalité, il l’est. Nous nous disons au revoir, mais ni l’un ni l’autre n’en a
réellement envie. Il se plaque plus fort encore contre moi, prend ma taille dans
ses bras et me serre alors que je m’agrippe à lui de la même manière. Il relâche
mes lèvres et me fixe.

— Dis-moi que tu veux que je monte avec toi…

— J’en ai très envie…

— Mais ?

— Mais je ne peux pas…, lui dis-je frustrée, voire désespérée.

Mon corps est suppliant, brûlant, palpitant entre ses bras, mais ma tête refuse
encore.

— On se revoit bientôt, d’accord ?

Pour seule réponse, je lui adresse un hochement de tête déçu et triste. Il doit
certainement sentir ma déception, car il m’embrasse encore un long moment
avant de me lâcher. À contrecœur, j’attrape mon sac et me dirige vers
l’immeuble. Je compose le code, déverrouillant ainsi la porte, et m’engage dans
le hall avant de lui lancer un dernier regard. Il reste là, appuyé contre sa voiture à
me regarder partir. J’entre dans mon appartement, ne prenant même pas la peine
de fermer la porte et me dirige vers la fenêtre. Je l’aperçois, tête en l’air vers
l’immeuble, sans doute se demandant à quel étage j’habite. J’ouvre donc pour
sortir sur mon balcon et son regard se dirige instantanément sur moi, comme un
aimant.

« Tu brilles », t’a-t-il dit. Ta pie cherche simplement son objet brillant, car
oui, ces oiseaux-là les collectionnent, et maintenant tu vas faire partie de ses
trophées. Tu entends ? Juste un objet parmi tant d’autres…
Il sourit et monte enfin dans sa voiture.

Je passe le reste de l’après-midi à penser à lui, ses yeux, sa peau, sa chaleur,


son corps sous tension, son excitation, son désir, ses lèvres. Ma peau brûle de
retrouver son contact, ma tête se remémore notre complicité, son regard sur moi
alors qu’il prenait Claire. Il est dorénavant inévitable que je lui appartienne un
jour, mais avant, il me reste certaines choses à régler.
20
Deux semaines plus tard, je retrouve Margot, son copain, Paul et Théo, pour
une soirée calme. Il est prévu que l’on se retrouve à La couleur de la culotte, un
bar à la mode non loin de la Garonne. La première sur les lieux, je m’installe et
profite de mon instant de répit pour me remémorer encore ce week-end avec
Marc. Je souris bêtement à ces souvenirs, perdue dans ma musique, à tel point
que Théo doit enlever mon casque pour que je me rende compte qu’ils sont là. Il
ne manque que Margot et son copain qui ne tardent pas à débarquer. La soirée
commence bien, il y a tout ce qui nous plaît : la musique, l’alcool, l’ambiance,
jusqu’à ce que Margot gaffe par erreur.

— Au fait, tu ne m’as pas raconté comment s’est passée ta soirée avec Marc ?

Les regards de Théo et Paul se tournent instantanément vers moi pour me


dévisager. Je manque de recracher ce que je suis en train de boire, pour
finalement, m’étouffer avec. Je tousse et elle comprend qu’elle a fait une erreur
en me posant cette question, malheureusement il est trop tard.

— Ils n’étaient pas au courant ? Merde, pardon !

— Maintenant on sait, répond Théo, les sourcils froncés. Et on aimerait bien


en savoir plus nous aussi, dit-il en prenant Paul par les épaules.

Tous les visages sont tournés vers moi, attendant que je réponde et je sens
soudain une bouffée de chaleur brûler mes joues. Je ne peux plus reculer, je dois
me lancer.

— C’était bien ! Tout s’est bien passé.

— Allez, un peu plus de détails Célène, voyons ! me presse Théo.

— Euh oui… Nous avons dominé ensemble sa soumise Claire, et elle a


beaucoup apprécié.

Tous me dévisagent, certains ravis et tentés comme Théo, d’autres surpris et


curieux comme semblent l’être Margot et son copain. Paul, quant à lui, semble
totalement désemparé et à sa mine, j’en déduis qu’il doit être jaloux.

Je craque sous les questions incessantes de Margot et je raconte des bouts de


la soirée. Par contre, je me garde bien de relater le reste de ma nuit avec Marc
dans mon lit. Je ne veux pas blesser Paul, du moins, plus qu’il ne l’est déjà.
J’aurais préféré en parler avec Théo et lui plus au calme, en privé, de sorte que je
puisse mieux leur expliquer. Y compris le fait que j’envisage sérieusement de me
soumettre à Marc ce qui va certainement moins leur plaire.

Leur curiosité à peu près assouvie, ils constatent qu’ils ne tireront plus rien de
moi et ne me posent plus de questions à mon grand soulagement. Nous passons
le reste de la nuit à discuter de choses et d’autres, à danser, et pour finir nous
allons nous promener au bord de la Garonne.

Paul est distant et je me sens mal de le voir réagir ainsi, il faut que je lui parle
rapidement, au risque de voir s’effriter notre relation.

Plus tard, une fois de retour chez moi, j’appelle Margot pour lui raconter le
reste de l’histoire. Je lui fais part de mes doutes, j’ai du mal à savoir où j’en suis
avec Marc. Et je commence à appréhender la mise au point avec Paul. Margot
est importante pour moi, j’ai besoin de son avis, de ses conseils, et elle m’aide à
relativiser les choses, surtout concernant Paul qu’elle connaît mieux maintenant.
Dans tous les cas, je peux compter sur elle pour me soutenir.

C’est le lendemain que Marc m’appelle, il veut me voir apparemment. Je ne


sais pas trop quoi répondre, j’espère que nous n’allons pas nous précipiter car je
n’ai pas fait tout ce que je souhaitais avant de me lancer avec lui. J’ai besoin
d’avoir l’esprit tranquille.

— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée…

— Pourquoi ça ?

— J’ai beaucoup de choses à régler, dont les partiels dans un mois tout juste.

— D’accord, mais je voudrais juste que l’on puisse discuter tranquillement…


— Mais on peut parler au téléphone, non ?

— Célène, j’ai envie de te voir…

— Plutôt le week-end prochain dans ce cas.

— D’accord, samedi après-midi chez moi ?

— Chez toi ?

— Oui, ça te pose un problème ?

— Je sais pas trop, il se passera quoi chez toi ?

— Je serai sage, promis, me dit-il en rigolant.

— Bon, alors à samedi.

Je raccroche et attends avec impatience notre prochaine rencontre, même si je


m’inquiète du dénouement de cette « conversation ». Plus je passe de temps avec
lui, plus je doute de ma capacité à lui résister avant le moment opportun.

Notre entrevue met une éternité à arriver. Les cours sont comme d’habitude,
relativement longs, mais j’aime suffisamment la psychologie pour ne pas
décrocher. Je travaille beaucoup plus, le nez en permanence dans mes notes et
mes fiches, mais je suis clairement en manque de lui… Dès que je ne me
concentre pas assez, Marc me revient à l’esprit, comme si son image me hantait
et me narguait.

Le jour J arrive enfin ! Malgré le temps clément de ce début avril, je n’ai pas
envie de m’habiller léger. Alors je porte un jean moulant, un pull à col en V,
ainsi qu’une écharpe par-dessus mon manteau ; rien de bien sexy, et en même
temps c’est un mal pour un bien, certes, mais cela contiendra certainement nos
ardeurs…

Marc m’a envoyé son adresse par texto et je m’y rends en début d’après-midi.
À peine suis-je au portail de chez lui que le stress monte… Mon ventre se serre
et gronde, mais pourquoi j’angoisse autant à l’idée de le revoir ?

Peut-être parce que tu te rends chez lui, et que tu y seras seule, dans une
maison avec plein d’endroits pour s’amuser…

Ma conscience résume tout assez rapidement en fin de compte. Le portail


électrique s’ouvre et Marc m’attend. Je m’avance et me gare dans l’allée. Depuis
ma voiture, je le scrute un instant : jean noir moulant, chemise blanche, et un
long manteau noir. Il est à tomber ! Merde ! Je sors de la voiture et me dirige
vers lui, il me sourit, et lorsque j’arrive à son niveau, il me serre contre lui.

— Moi aussi je suis contente de te voir, je lui murmure.

Il se met à rire et lève mon visage pour m’embrasser. Je ne le repousse pas,


j’en ai tellement envie. Sauf que je sais très bien comment cela risque de se finir
si l’on s’embrasse un peu trop longtemps.

— Marc, sage… Tu me l’as promis !

— Désolé, tu es juste… tu m’as manqué.

Il m’entraîne vers l’intérieur au chaud, et s’empresse alors d’ôter nos


manteaux avant de m’indiquer la direction du salon. Sa maison est magnifique,
très classe, grande et bien décorée. Plusieurs cadres aux murs affichent des
photos de nature ou encore de corps savamment exposés. Je les trouve vraiment
fascinantes. Je m’attarde à les observer, dont une en particulier qui m’intrigue,
quand il réapparaît un verre de jus de fruits à la main qu’il me tend.

— Ça te plaît ?

— Oui, beaucoup !

— Je peux te demander ce qui t’attire dans cette photo-ci ?

— C’est étrange, cet arbre a l’air totalement mort… Il l’est ! Son tronc est
fendu, ses branches sont sèches et sans vie, mais…

Je marque une pause, les yeux rivés sur la photo.


— Mais ? Je t’en prie, continue.

— Mais les rubans qui pendent de part et d’autre des branchages lui donnent
une seconde vie. Bien que la photo est en noir et blanc, je trouve qu’on ressent
l’intensité de la couleur qui se cache derrière. Ça le sublime tellement, c’est
comme s’il respirait à nouveau. En vérité, ça me fait beaucoup penser au
bondage : la soumise dans ses liens vit un renouveau, comme si elle sortait de
son corps. Un peu comme un papillon.

— C’est intéressant.

Il pose sa main au creux de mes reins et me pousse vers le canapé où il


m’invite à m’asseoir. Nous sirotons nos boissons, yeux dans les yeux, sans
vraiment nous parler jusqu’à ce que je brise le silence.

— Alors, tu voulais me dire quelque chose ?

— Oui, tout à fait…, me répond-il, replongeant au fond de son verre.

— Et ? je le questionne, intriguée.

J’espère qu’il ne compte pas se défiler !

— Depuis ce qui s’est passé chez Claire, je pense souvent à toi. J’ai bien
réfléchi…

J’attends qu’il finisse sa phrase, empreinte d’un doute. Je m’attends presque à


ce qu’il ne veuille plus me voir et mon cœur commence à battre très fort. Il se
complaît dans son silence et cela me semble être une éternité, puis il pose son
verre et le mien, avant de me fixer de ses yeux bleus pénétrants.

— Écoute, je sais que tu n’es pas prête, je l’ai bien compris… Et je ne te


forcerai pas, tu le sais, n’est-ce pas ?

Je hoche la tête machinalement, dans l’attente de la suite.

— Je… Je voudrais que tu deviennes ma soumise Célène. Mais prends ton


temps pour réfléchir ! Tu n’es pas obligée de me donner une réponse de suite,
quand tu seras prête, d’accord ?
Je le dévisage, bouche bée. Je ne m’attendais pas à ça… À sa mine si sérieuse,
je pensais vraiment qu’il allait m’annoncer qu’il n’avait plus envie de me revoir.
Je me disais que mon rejet l’avait peut-être stoppé net, que le fait que je souffle
le chaud et le froid l’agaçait et qu’il voulait mettre fin à ce début d’histoire. Je
suis si soulagée qu’un fou rire nerveux me prend au dépourvu. Il me regarde,
incrédule, comme si je me moquais, puis finalement se met à rire avec moi. Je le
fixe en retrouvant doucement mon calme et dépose une main sur son visage pour
l’observer un instant. Ses yeux ! Je me damnerai pour eux.

— Je te dirai quand je serai prête Marc.

Il souffle ; lui aussi, visiblement, craignait le pire. C’est marrant, pour un


dominant, il ne semble pas vraiment sûr de lui.

— Je suis soulagé… J’avais peur que tu ne veuilles plus me voir.

— Vraiment ? Pourquoi ?

— À cause de samedi soir… J’ai cru que j’y étais allé trop vite, que je t’avais
brusquée et que tu n’avais pas apprécié… D’autant plus lorsque je t’ai appelée la
semaine dernière et que tu étais réticente à venir me voir…

— Ah… Je vois, désolée les partiels approchent et je suis accaparée par les
révisions.

— Je comprends ! Tant mieux d’ailleurs… C’est juste qu’au final, je te


connais si peu, je ne sais pas encore bien comment tu réagis aux choses.

— C’est vrai, c’est pareil te concernant, tu sais. Comment tu envisages la


relation BDSM entre nous ?

— Je l’ignore encore.

Il me regarde, confus et je me demande à quoi il pense vraiment. En général,


un dominant à une façon de procéder, qu’il suit avec tous ses soumis, alors
pourquoi il ne sait pas ? Devant mon air interrogateur, il continue :

— Je ne sais pas parce que je ne t’ai encore jamais vue en soumise. Je sais que
tu l’as déjà été, mais je ne sais pas quel dressage tu as eu… Et si j’ai bien
compris, tu ne l’as pas bien vécu, mais j’ignore tout de ce qui s’est passé. Je ne
veux pas rouvrir d’anciennes blessures

À ces mots, un frisson me parcourt. Je ne suis visiblement pas encore prête à


lui faire part de mon expérience. Jusqu’ici, chaque fois qu’il aborde le sujet,
même avec délicatesse, je l’évite savamment. Il reprend, voyant bien mon
trouble :

— Ce ne sera pas pareil avec toi qu’avec mes autres soumises. Elles étaient
soit débutantes, soit dressées à la manière de quelqu’un d’autre, donc je savais
comment m’y prendre dès le départ. Mais toi… J’aime l’idée de te découvrir au
fil du temps. On commencera en douceur, j’apprendrai d’abord à te connaître,
connaître ton corps et tes réactions. Puis ça te permettra aussi d’en apprendre
plus sur moi…

Marc est un homme de 38 ans, mature et intelligent, mais aussi charismatique


et légèrement extravagant. En fait, il ne passe pas facilement inaperçu, mais là à
l’inverse, il ne semble pas sûr de lui. Je le trouve attachant.

Quand vient l’heure de partir, nous sommes déjà impatients de nous revoir,
même si ça ne sera pas tout de suite. Je préfère prendre les devants :

— Je pars en Bretagne.

— Quand ça ?

— Dans deux semaines. Ce seront les vacances et je vais avoir besoin de


prendre une bouffée d’air frais avant les partiels.

— C’est magnifique la Bretagne, tu vas où ?

— À côté de Saint-Brieuc.

— Tu as une maison là-bas ?

— Oui, nous y avons une maison de famille du côté de mon père.

Il me serre contre lui en murmurant quelques mots au creux de mon oreille :


— D’accord. Profite bien, et quand tes partiels seront finis, tu m’appelles.

— Je n’y manquerai pas.

Nous nous quittons d’un baiser aussi doux que de la soie, et d’un goût à
tomber. Je crois que jamais je ne pourrai m’en lasser.

— À bientôt Célène. Avec l’espoir que tu m’appartiendras… enfin.

Je pars le cœur serré, c’est incroyable la vitesse à laquelle je me suis attachée


à lui. Il a quelque chose de vraiment addictif, peut-être sa douceur ou sa
gentillesse, ou bien la teneur de son regard lorsqu’il m’écoute, l’étincelle qui
jaillit lorsque son intérêt est titillé. J’ai déjà hâte de le retrouver, que les partiels
soient passés, que je règle mes histoires avec Théo et Paul et que je le rejoigne
enfin.

Les trois semaines qui suivent sont très éprouvantes ; les cours s’accélèrent
pour boucler le programme avant les vacances, les profs sont à cran, les élèves
aussi. Paul, Théo, Margot et son copain doivent venir avec moi en Bretagne et il
nous tarde de nous éloigner de notre quotidien.

Nous partons tous le samedi matin, conscients que huit longues heures de
trajet nous attendent. Nous nous relayons au volant de la voiture et lorsqu’enfin,
nous arrivons, l’air iodé de la mer me soulage instantanément. Pour chacun
d’entre eux, c’est la première fois qu’ils viennent dans cette maison. Je leur fais
donc le tour du propriétaire et nous nous acquittons du partage des chambres. Je
prends la même que d’habitude, cette pièce renferme pour moi autant de bons
que de mauvais souvenirs, mais c’est là que je me sens le mieux.

Il me tarde tellement de retrouver la mer que tout de suite après manger,


j’enfile mon manteau et vais m’installer sur la digue. Paul insiste pour
m’accompagner, ne voulant pas me laisser m’aventurer seule dans la nuit, ce qui
dans le fond me fait bien rire car ici je ne crains rien. À cette période, il n’y a
personne, la ville n’est vivante que durant l’été, comme toutes les stations
balnéaires. Nous descendons donc la rue à deux, respirant à plein nez l’air pur de
la ville de Pléneuf-Val André.
C’est chez moi, « mon pays » comme j’aime le dire. Pourtant, je n’y suis pas
née, mais mon cœur y est en permanence depuis toute petite et je viens tous les
étés. Il n’y a qu’ici que je me sens aussi bien, détendue, loin de toute obligation.
La mer est ma meilleure confidente et lorsque nous l’atteignons, Paul et moi,
nous nous posons sur un banc l’un contre l’autre pour écouter l’écho des vagues.
Nous restons ainsi un moment, je ferme les yeux et respire doucement tandis que
mon ami semble retrouver l’usage de la parole.

— Tu es proche de Marc maintenant, pas vrai ?

— Oui…

— Est-ce que tu as des sentiments pour lui ?

— Pas ceux auxquels tu penses, non.

— Est-ce que tu vas arrêter la domination ?

— Je ne sais pas ce que je vais faire, je pense surtout aux partiels.

Bien sûr, je lui mens. Je sais très bien qu’il me faudra cesser ma relation avec
eux, car gérer soumission et domination sera quasiment impossible. Mais le
moment n’est pas encore venu de leur dire. Je leur en parlerai après les partiels,
particulièrement pour préserver la concentration de Paul. Je ne veux pas qu’il se
pourrisse la tête avec tout un tas de questions, et qu’il se loupe dans ses études.

— Tu tiens à moi ?

— Bien sûr que je tiens à toi Paul ! je réponds surprise qu’il se pose encore la
question. Et je sais aussi tes sentiments à mon égard… Tu me les as
suffisamment montrés. Mais je t’ai aussi toujours expliqué que tu étais mon ami.
Et rien de plus.

— Oui je le sais, je ne réclame pas plus.

— Pourtant, si tu réclames plus. Sans le faire par des mots, cela se traduit dans
tes actes. Tu ne le fais pas exprès, je m’en doute. Mais dès le début, nous nous
étions mis d’accord, et on ne peut pas dire que nous n’avons pas été honnêtes à
ce sujet.
— Tu as raison…

Il passe son bras autour de mes épaules et me cale contre lui. Il resserre son
étreinte tandis que je m’appuie d’autant plus contre son torse, posant ma tête au
creux de son cou. Je me sens bien avec lui.

C’est dommage que les sentiments de Paul pour moi se soient révélés au cours
de sa domination. Dans des circonstances différentes, lui et moi aurions pu avoir
une relation tout autre. S’il n’avait pas souhaité s’essayer à la domination pour
découvrir mon monde, s’il n’avait pas demandé à ce que je sois sa maîtresse,
j’aurais pu me laisser aller à développer ces mêmes sentiments pour lui. Nous
aurions alors certainement formé un joli couple. Mais rien de tout ça ne s’est
passé comme prévu. J’entretiens un lien profond avec lui, je suis très attachée à
notre amitié, et je souffrirais énormément de le perdre. Il reste une part
importante de moi, et la perspective de la fin de notre relation domina-soumis
m’inquiète. J’ai peur qu’elle sonne pour lui la fin définitive de notre entente, ce
que je suis à même de comprendre. De plus, l’arrivée de Marc dans ma vie va
chambouler nos week-ends.

Le silence se fait de nouveau entre nous, ne laissant place qu’à la berceuse que
les vagues nous chantent.
21
Cette fois, les partiels sont bel et bien finis ! Il reste désormais deux à trois
semaines avant que les résultats ne tombent et que nous sachions enfin si nos
notes suffiront à valider notre première année ou si c’est le rattrapage qui nous
incombera. Je prie pour que ma licence soit validée, mais, en attendant les
résultats, j’ai quelques semaines de répit. Enfin, pas vraiment, durant celles-ci
j’ai beaucoup à faire.

Margot et moi devons nous retrouver pour manger ensemble, j’ai besoin de lui
parler, j’ai besoin de ses conseils avisés. Nous nous retrouvons en extérieur.

— Coucou ! Ça va ?

Elle me rejoint à grands pas et la voir me met immédiatement de bonne


humeur.

— Oui ! Et toi, ça se passe comment avec ton copain ?

— Bien ! Même super bien, pour une fois !

— Tant mieux alors !

Je souris, véritablement contente pour elle.

—Alors tu sais ce que tu vas faire entre Marc, Paul et Théo ?

— Je n’arrive pas à me sortir Marc de la tête.

— Ah ouais, carrément ? Eh bien, je t’ai pas souvent vue comme ça, donc
c’est décidé, tu le rejoins ?

— Je crois que oui… J’en ai envie.

— Et Théo et Paul ?

— Il va falloir que je mette fin à nos séances.


— Comment tu vas faire ? Enfin, pour Paul.

— Oui, c’est lui qui va être le plus dur à quitter. Théo lui comprendra, mais
Paul…

— Tu devrais les prendre à part.

— Oui, c’est ce que je pensais faire.

Margot a visé juste et il est vrai que je crains par-dessus tout la réaction de
Paul. Il n’est pas attaché au BDSM, loin de là, mais bien à moi, comme une
huître à son rocher. Certes, je risque de passer pour une salope l’ayant perverti
avant de le jeter, mais je ne suis pas responsable de ses sentiments, et je l’ai mis
en garde.

Ma meilleure amie me conforte dans l’idée que je fais un choix réfléchi et me


conseille de le leur annoncer le plus rapidement possible.

Je décide de commencer par Théo, ce sera plus facile. Je l’appelle pour lui
donner rendez-vous et nous convenons de nous rejoindre le vendredi soir même.
Je l’attends de pied ferme, déterminée à lui présenter la chose de façon honnête
et argumentée.

Comme à mon habitude, je me suis apprêtée, j’ai préparé la maison et il ne


manque plus que lui. Il arrive à l’heure et je préfère annoncer la couleur avant
notre séance qu’il sache que c’est la dernière et qu’il en profite au maximum. Je
lui ordonne de venir près de moi et il s’exécute. Je veux qu’il me regarde et il le
fait. Quel soumis docile… D’un coup, je me rends compte que ça va être
vraiment difficile d’annoncer ce genre de choses, mais je prends mon courage à
deux mains. Mon rôle de dominatrice m’aide à affirmer ma position.

— Théo, aujourd’hui marque notre dernière séance. Je vais arrêter la


domination.

Il fronce légèrement les sourcils.

— D’accord maîtresse. Puis-je vous demander pourquoi ? Ai-je commis une


erreur ?

— Non, ni toi ni Paul. Je veux simplement arrêter. Je vais entretenir une autre
relation et je n’aurai pas assez de temps pour faire les deux.

Il hoche la tête d’un air compréhensif et me sourit. Je sens un poids s’envoler


de mes épaules. Il n’y a dans son regard aucune haine, aucune colère,
simplement un peu de déception. Cependant, lui comme moi, nous savons qu’il
retrouvera vite une main pour le fouetter.

— J’ai une demande à vous faire madame.

— Dis-moi ?

— Je voudrais que vous me marquiez.

— Pardon ?

— Je voudrais votre nom sur moi.

— Un tatouage ? Théo… Enfin, c’est adorable, je suis très flattée, mais dans
dix ans, tu pourrais le regretter.

— Je ne pense pas. S’il vous plaît madame, accordez-moi cela. C’est la seule
demande que je vous fais, je vous veux sur moi.

— As-tu bien réfléchi à cette demande ? Tu es bien sûr de toi ? Et tu sais où ?

— J’ai trouvé le salon, je fais mes recherches depuis un moment et c’est très
réfléchi.

— Bien. Alors d’accord. Prends rendez-vous et nous irons.

Théo me regarde, satisfait et soulagé d’avoir eu mon accord. Il est enfin temps
de commencer la séance. Je vais chercher mes affaires dans la chambre pendant
qu’il m’attend dans le salon. Je reviens avec deux jeux de cordes et le kit
d’électro-stimulation qu’il m’a fait acheter au salon de l’érotisme.

Nous n’avons jamais eu l’occasion de l’utiliser, et à sa vue il sourit de toutes


ses dents, trépignant presque d’impatience. Je le fais s’allonger sur ma table
basse, le dos bien à plat et l’attache à l’aide de la corde à chacun des pieds de la
table. Je lui bloque ainsi poignets et chevilles.

Alors que je le prépare, il me suit du regard, et cela me dérange. Je lui mets


donc un masque pour qu’il ne me voie plus. Je l’observe avec attention et ouvre
le kit, regardant avec intérêt le matériel dont je dispose : plug anal et à urètre,
électrodes stimulantes et violet wand. Je n’ai encore jamais utilisé un tel matériel
et je redoute de faire une bêtise, malgré tout j’ai fait de nombreuses recherches et
je pense savoir comment faire. J’attrape un anneau que je fais passer autour de
ses testicules et de son phallus. Je pense commencer en douceur, je prends donc
les électrodes et, avant de les utiliser sur mon soumis, j’en pose une sur moi pour
la tester. Je démarre le matériel et trouve les stimulations relativement soft, ce
n’est que poussé à fond que des pics se font ressentir, mais rien de trop intense.
J’éteins le dispositif et le place sur le corps de mon soumis. Deux électrodes sur
les fesses, suffisamment près de son anus pour le stimuler, puis deux autres sur
les aines. Je remets la machine en route et mon soumis réagit au quart de tour,
laissant échapper de petits geignements. Je lui demande de me décrire ses
sensations. Il semble qu’elles sont égales à celles que j’ai ressenties sur moi,
mais tout de même plus intenses vu les endroits où je les ai placées.

Je suis plutôt satisfaite et continue ma séance. Je prends le plug, et comme


avec les électrodes, je l’allume pour le tester. Il vibre et lorsqu’on le touche, il
envoie de petites stimulations électriques à l’instar des électrodes, comme de
petites pulsations. Je retourne dans la chambre chercher un lubrifiant et en
dispose sur le plug et l’anus de mon soumis.

Théo se contracte au contact de mes doigts et j’enfonce le plug en lui avec


douceur. À chaque millimètre de plus, son cul se resserre tandis que les
électrodes stimulent ses muscles. Il se mord la lèvre, retenant un cri de plaisir. Je
le laisse s’habituer à la présence de ce corps étranger et lui caresse le torse. Puis
je m’amuse à lui pincer les tétons et il rit nerveusement, soumis à toutes ses
sensations nouvelles. Lorsque je pense qu’il est prêt, j’assemble le violet wand.

C’est l’instrument que je redoute le plus… Je l’allume et le mets contre ma


peau. Je sens un frétillement sur celle-ci, comme lorsque l’on touche quelqu’un
chargé d’électricité statique, mais puissance 10… Je le trouve tout de même un
peu fort alors je diminue la puissance.
Je m’amuse à le faire anticiper : le bruit du violet est semblable à celui de
vibration, on entend le courant passer lorsqu’on le touche. Sa mâchoire est
contractée, tendue, et son corps sous tension alors que les autres électrodes font
encore leur effet. Je passe l’objet sur ses cuisses, il se met à trembler sous l’effet
de l’électricité. Ses plaintes sont un mélange surprenant entre une forme de
douleur et de plaisir jouissif. J’apprécie de l’entendre. Les cris et autres
gémissements émis par mes soumis sont des choses qui m’excitent le plus dans
la pratique du BDSM. Si je ne les entendais pas, je ne pourrais me sentir
épanouie dans ce que je fais. L’écouter gémir m’assure de son plaisir, aussi
j’ajuste mes gestes selon ses gémissements et je sais si ce que je fais est correct
grâce à ça. Mes soumis n’ont jamais eu besoin d’utiliser leurs mots de sécurité
jusqu’ici.

Je passe maintenant le violet wand contre ses testicules et il réagit en


conséquence. À mon étonnement, il me supplie de continuer, me demandant
même de le mettre plus fort. Je fais monter doucement le voltage et ses
geignements se font plus sourds. Il soulève le bassin pour venir à la rencontre de
la barre et se contracte de plus belle. Il tressaille sous l’objet, prenant beaucoup
de plaisir. Pourtant, d’un coup cela paraît trop puissant, mais pas dans un sens
négatif, au contraire, j’ai le sentiment qu’il s’agit de trop de plaisir. Je remonte la
barre sur son sexe et la pose sur son gland. Un cri guttural sort de sa gorge et il
jouit, pris d’une injaculation puissante. C’est la première fois que Théo a un
orgasme sans émettre une seule goutte de sperme. Je suis ravie de cette
découverte, elle est parfaite, et pour une fois, il pourra jouir à plusieurs reprises
sans avoir à faire une pause entre chaque. Je déplace l’objet et recommence la
manœuvre, il jouit encore, puis j’arrête, considérant qu’il a assez subi. Cette
dernière séance a vraiment été parfaite !

Nous passons le reste de la soirée à discuter de ses sensations, de son ressenti,


de la suite des événements pour lui et moi dans le milieu du BDSM.

Le lendemain, nous nous rendons au salon de tatouage qu’il a choisi.


Apparemment, il connaît le tatoueur et ils ont déjà parlé ensemble. Je suis ravie
de voir le sérieux dont Théo fait preuve. C’est important qu’il n’ait pas choisi au
hasard et qu’il y ait réfléchi depuis un moment. Cependant, je redoute qu’il
regrette ce choix plus tard, d’autant plus maintenant que nous arrêtons nos
séances.

Je lui demande à nouveau s’il est sûr de lui et il m’assure qu’il veut
absolument se souvenir de moi, de notre relation. Le tatoueur me demande de
faire ma signature sur un papier. J’écris alors mes initiales entrelacées tel un
sigle. Et Théo désigne sur sa peau un emplacement : ce sera derrière l’oreille que
je serai affichée. Un endroit discret et sensible. Je reste à ses côtés le temps qu’il
se fasse marquer. Il est ravi du résultat et me remercie d’avoir accepté. Je me
rappellerai à ses bons souvenirs comme en étant la meilleure des dominatrices. Il
a toujours excellé dans la flatterie, mais je dois avouer que ça me fait du bien
d’entendre ces choses.

Je l’embrasse une dernière fois en tant que soumis puis nous nous séparons.
Maintenant, nous nous verrons uniquement en tant qu’amis. Des amis qui
connaissent les secrets les plus sombres et embarrassants de l’autre.

Une semaine plus tard, c’est avec Paul que j’ai rendez-vous. Je l’attends chez
moi, réfléchissant aux mots que je vais employer pour lui annoncer la nouvelle
lorsqu’il sonne à la porte. C’est le moment de vérité.

Je lui ouvre et il me fait un baiser sur la joue en m’enlaçant avant de s’installer


dans le canapé. J’ai pris le parti de ne pas faire de séance avec lui aujourd’hui, ne
voulant pas remuer le couteau dans la future plaie que je vais causer. Je l’ai donc
invité en tant qu’ami et je pense que ce sera mieux ainsi. Je crois sincèrement
qu’il acceptera plus facilement ma décision s’il n’a pas un souvenir direct qui le
ramène à ce que nous étions. Puis il verra que nous sommes toujours proches, et
que je ne veux pas le perdre, lui que je considère comme mon confident, mon
meilleur ami. Je m’affermis sur mes positions et me prépare.

— Tu veux boire quelque chose ?

— Oui, merci.

— Comment tu vas ? Tu ne stresses pas trop pour les résultats ?

Je lui pose mes questions tout en nous servant un verre et reviens vers lui. Ma
tentative de commencer par un sujet moins pesant semble fonctionner.
— Je vais bien, et non je ne suis pas stressé, les résultats seront ce qu’ils
seront… Fataliste, mais confiant ! Et toi ?

— Un peu à vrai dire, j’espère éviter les rattrapages.

— Je n’en doute pas. Dis-moi, tu vas tourner autour du pot longtemps avant
de me dire que les séances sont finies ? me lance-t-il de but en blanc.

— Eh bien… Je voulais amorcer ça en douceur, mais je vois que Théo s’est


chargé de te prévenir avant moi.

— Oui, il voulait m’y préparer pour que le coup ne soit pas trop dur.

— Ha d’accord…

Intérieurement, je maudis Théo et ses idées si brillantes.

— Tu m’expliques ?

Il me regarde dans l’attente de ma réponse, et prend le verre que je lui tends.

— Je me suis beaucoup rapprochée de Marc et j’ai envie de tester avec lui


quelques séances.

— Donc, tu vas te soumettre ?

— Oui. Enfin… je vais essayer.

— Célène la dominatrice qui se soumet, dit-il pensif.

— Oui… Enfin, j’étais soumise avant de devenir dominatrice. Tu te


souviens ? Je t’avais expliqué que j’étais switch. Je suis passée d’un côté, puis de
l’autre, je change de rôle.

— Alors, pourquoi ne pas continuer la domination à côté ?

— Parce que je n’en ai plus l’envie pour le moment. Puis être soumis, ça
exige beaucoup de temps, toi-même tu le sais, j’aurai encore moins de temps à
vous accorder. Et je ne veux pas que ça se fasse à votre détriment.
— Oui, je suis d’accord, il faut sacrifier beaucoup de temps pour être soumis.

Il prend une gorgée et me regarde en coin. Cette phrase sonne comme une
attaque, me faisant ainsi savoir qu’il a donné de sa personne pour être avec moi,
pour se soumettre. Et j’en suis consciente.

Il a raison, il m’a demandé d’essayer et j’ai accepté de le soumettre, mais à


vrai dire, je ne m’attendais pas à ce qu’il tienne aussi longtemps. Je voulais le
guider au mieux dans cette pratique. Je culpabilise, je n’aurais jamais dû
l’accepter. Il aurait certainement mieux valu qu’il se fasse une idée sans moi,
sans que cela ne renforce notre intimité, cette proximité avec mon corps qu’il a
tant de mal à gérer et que son cœur ne s’attache plus à moi. Je me doutais qu’il
n’arriverait pas à faire la différence entre notre amitié et les séances, mais j’ai
accepté d’essayer, et aujourd’hui, tout est de ma faute. Je l’ai entraîné dans cet
état de doute entre l’amitié, l’amour et la soumission. Il m’aimait et je l’ai en
quelque sorte friendzoné. Je l’ai rangé dans la case du meilleur ami et je l’y ai
laissé. Je me sens horriblement mal, affreusement coupable et à cet instant je suis
en colère contre moi-même. Mais là, maintenant, rien ne sert de me fustiger
davantage, je dois uniquement penser à lui. Dans quel état est-il ? Comment se
sent-il ?

— Paul… J’aimerais qu’on puisse discuter calmement.

Il me regarde, de la colère dans les yeux, se penche vers l’avant pour poser
son verre sur la table basse et se passe les mains dans les cheveux. Il reste un
moment à fixer le sol, ses mains toujours sur la tête, comme s’il tentait de se
protéger de quelque chose à venir, pendant que je le dévisage en silence.

— Tu as raison, excuse-moi… Je suis juste perdu.

— Je me doute et je suis désolée… Je sais ce que ça fait, ce que tu perds, ce


que tu peux ressentir…

Tout en lui parlant, je lui caresse le dos.

— Je ne peux pas te forcer à continuer. De toute manière, je n’ai aucune


chance, pas vrai ?

Je lui réponds par la négative. En effet, il n’a aucune chance de me convaincre


ou de me forcer, puis il n’en serait même pas capable étant donné sa gentillesse.

— Donc plus de séances, plus de maîtresse…

— Oui, mais toujours ton amie fidèle.

Il essaye de sourire en se redressant pour me regarder, mais je vois bien que


ses yeux sont embués. Il tente de chasser ses larmes en battant des cils, tandis
que ses iris se perdent dans la contemplation de la pièce. J’ai du mal à continuer,
c’est très difficile de le voir ainsi.

— Oui, au moins je garde l’amie, c’est la plus précieuse des deux.

— On sera toujours ensemble, mais sans les séances. Je suis désolée Paul.

— Non, c’est moi qui le suis… C’est moi qui ai voulu essayer et qui ai voulu
que ce soit avec toi. Je t’ai poussée dans ce sens. Maintenant, c’est fait, tu n’as
rien à te reprocher, au contraire tu m’avais mis en garde.

— Je t’adore… Tu es important pour moi, tu sais ?

— Moi aussi Célène. Et tu diras à Marc que s’il te fait du mal, Théo et moi on
n’hésitera pas à s’occuper de lui.

Paul se redresse et m’ouvre les bras pour que je vienne contre lui, ses yeux me
supplient. Je vais donc m’installer contre son torse. Je ris en repensant à ce qu’il
vient de dire, mais au fond je sais qu’ils sont sérieux. Ils n’ont pas seulement été
mes soumis durant cette année, mais aussi mes gardes du corps et mes fidèles
amis. Jamais ils n’auraient laissé quelqu’un me faire du mal. Je repense soudain
au Nouvel An, lorsque je les ai forcés à s’embrasser pour rattraper leurs
conneries, c’était hilarant. Je souris aux souvenirs de ces bons moments. Nous
relâchons notre étreinte, et Paul reprend son verre avant de demander :

— Bon ! On fait quoi maintenant ? Va falloir qu’on trouve à s’occuper.

— Que dirais-tu d’un film ?

— OK ! Mais quoi ?
Nous passons le reste de la journée et de la soirée devant des films et nous
commandons des pizzas. Ce programme me plaît, et je suis finalement soulagée
que les séances soient finies et que cela m’offre plus de moments de complicité
franche avec Paul. Je m’attendais à ce que cette annonce soit plus compliquée, et
bien qu’il soit furtivement passé par la colère et l’incompréhension, il a su mettre
le holà à ses émotions. Pourtant, j’imagine que ça va encore être dur à avaler
pour lui, il va mettre un certain temps à s’en accommoder, mais fera en sorte de
ne pas me le montrer. En fin de compte, heureusement que Théo l’a préparé à cet
affrontement, sinon je ne donnais pas cher de la tournure qu’il aurait prise.

La semaine qui suit, tous les résultats sont enfin en ligne. Je m’apprête à les
consulter avec un peu d’appréhension. Si j’ai raté mes examens, je devrai encore
attendre trois semaines avant de retrouver Marc, et là ça fait déjà un mois et
demi que nous ne nous sommes pas vus. Nous avons beau nous échanger des
textos, ce n’est pas la même chose et j’attends avec impatience de lui faire part
de ma décision.

Je me connecte au site Internet rassemblant les résultats, la boule au ventre,


anticipant une éventuelle mauvaise nouvelle. La page d’accueil s’ouvre et je
clique sur le lien qui renvoie à ma situation universitaire. Là s’affiche le nom de
mon prochain diplôme : la licence de psychologie. Je clique dessus et la page
met un temps fou à charger. L’angoisse monte petit à petit me serrant la gorge. Je
triture mon portable nerveusement entre mes mains quand enfin apparaît mes
résultats…

Ils sont tous bons !… Ils sont tous bons ?

Je vérifie ma moyenne avec mon téléphone pour être sûre que ma licence soit
validée et elle l’est. Je reste un moment à regarder les résultats à l’écran, je n’en
reviens pas, j’ai réussi ! Soudain, ma gorge se dénoue et un cri de joie
m’échappe alors que je lève les mains en l’air avant de les laisser retomber de
soulagement. Enfin ! Je suis délivrée !

Mon smartphone se met à sonner, la photo de Paul apparaît. Je suis pressée de


savoir s’il a réussi, lui aussi.
— Allô ?

— Tu l’as ?

— OUIIIII ! Et toi ? je m’exclame ne pouvant retenir mon contentement, je


suis persuadée qu’il a aussi réussis.

— Bien sûr !

— Ha ha, super ! C’est génial, donc l’année prochaine, toi et moi, on


continue !

— On se voit ce soir pour fêter ça ? On devrait aller en boîte, comme ça je te


ferai danser.

— Ce soir…

Je marque un temps d’arrêt. Non, je veux être avec Marc, je ne peux pas ce
soir. Merde !

Qu’est-ce que je dois lui dire ?

— Célène ? T’es encore là ?

— Oui oui ! Euh non, ce soir je ne peux pas, désolée, je vais aller voir mes
vieux…

— Vraiment ? Tu ne pourrais pas repousser avec tes parents ?

— Non vraiment, on a de la famille qui débarque chez mon père, ma tante


passe nous voir.

Ce n’est pas un mensonge, je le jure ! Certes, je ne me rends pas chez mon


père dès ce soir, mais ma tante est bien descendue de Paris pour venir nous
rendre une petite visite.

— Ah d’accord. Bon tant pis, une autre fois.

— Oui, promis !
— Bon, je te laisse alors. Et félicitations !

— Oui, merci, à toi aussi. Bisous.

Je raccroche. Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? La réflexion n’est pas


longue : j’attrape un sac, y mets quelques affaires et prends une douche en
vitesse. Il se trouve que je suis très pressée par la suite des événements. Je
tremble d’impatience, rien que d’y penser. Je passe une robe noire avec un dos
nu en dentelle et une jupe volante. Le retour des beaux jours me fait du bien, je
peux enfin m’habiller comme je le souhaite. J’enfile ensuite une paire
d’escarpins noirs et pars de chez moi, bien décidée.
22
Je me gare sur un parking dans Tournefeuille, la ville où habite Marc, et je
prends mon portable pour lui envoyer un texto.

* Bonjour Marc, comment vas-tu ?

Il ne tarde pas à répondre. Je suis soulagée !

* Bonjour ma belle, je vais bien, et toi ?

* Très bien. Tu fais quoi ?

* Je travaille.

Merde ! Mes plans tombent à l’eau à cause de deux simples petits mots… Un
peu déçue, je décide alors de réellement rejoindre mes parents et voir ma famille,
je dois reporter mes projets.

* Désolée, je ne voulais pas te déranger !

* Ne t’inquiète pas, je bosse chez moi aujourd’hui. Et toi, que fais-tu de


beau ?

L’espoir reprend, mes plans ne sont peut-être pas morts en fin de compte. Je
ne prends même pas la peine de répondre, il saura tôt ou tard ce que j’ai en tête.

Le portail devant chez lui est ouvert, sa voiture est garée sous le préau, il est
visiblement bien là. Mes crampes à l’estomac me reprennent soudain, je
stresse… Et s’il n’a pas le temps de me recevoir et qu’il me rejette ? Aïe ! Je le
prendrais vraiment mal, mais en même temps, s’il est en train de travailler… J’y
vais quand même ? Bon, il faut que je me lance, je verrai bien.

Je me dirige vers la porte avec peine à cause des graviers de son allée et de
mes escarpins. J’arrive sur le perron, souffle une dernière fois pour me donner du
courage et sonne. J’attends un moment avant que Marc m’ouvre en me regardant
d’un air surpris.
— Salut ! Mais qu’est-ce que tu fais là ?

— J’ai eu mon année !

Je souris comme une idiote, essayant de justifier ma présence ici du mieux que
je le peux, alors que j’aurais très bien pu lui annoncer par texto. Il me sourit à
son tour et s’appuie sur le chambranle de la porte d’entrée nonchalamment avant
de me répondre.

— Et ?

Sur le coup, je ne sais pas trop quoi lui dire, j’ouvre la bouche, mais rien n’en
sort.

Et ? Tu vas lui dire ce que tu veux maintenant, nom de Dieu ! Tu es vraiment


irrécupérable, on dirait une gamine qui a le feu à la culotte…

Il me sourit toujours, attendant que je réagisse, puis décide pour moi. Il tend
son bras, attrape ma main avant de me tirer contre lui. Ses yeux perçants se
plantent dans les miens, c’est comme s’il pouvait lire en moi, deviner tout ce que
je désire. Il penche sa tête dans ma direction et m’embrasse langoureusement. Je
ne me suis pas rendu compte à quel point ce contact m’avait manqué, combien
son odeur est enivrante, j’ai l’impression de prendre une bouffée d’opium et je
ne veux plus repartir. Il chuchote contre mes lèvres :

— Félicitations pour ton année…

Puis son visage se perd dans mon cou, il y dépose un baiser avant d’ajouter à
mon oreille :

— Je suis très fier de toi Célène…

Ces simples mots ont l’effet d’un électrochoc. Un frisson me parcourt tout le
corps avec force. Je voulais qu’il soit fier de moi, lui faire honneur, et par-dessus
tout, être à ses côtés… Pour ça, il n’y a qu’une seule solution : accepter de lui
appartenir. Je place mes bras autour de son cou, respire son parfum une dernière
fois et tous mes doutes disparaissent comme une traînée de poussière au vent.

— Je suis prête…
— Je le sais, ton corps te trahit.

Il relève son visage, quittant mon cou et m’embrasse à nouveau. Cette fois, de
manière bien plus pressante que le premier baiser. Une main vient appuyer sur
ma nuque alors que son autre bras me presse plus fort contre lui. Sa langue
caresse mes lèvres avant de les franchir, je vibre de le sentir contre moi, nos
corps souhaitent s’unir depuis un moment. Nos respirations se font plus courtes,
plus impatientes et notre échange de plus en plus enflammé, nos langues se
mélangent avec fureur.

Il m’entraîne vers l’intérieur de sa maison sans quitter mes lèvres et referme la


porte. Il rompt enfin notre embrassade et me regarde un instant avant de me
prendre par la main et de me guider vers les escaliers que nous grimpons. Il me
conduit dans une chambre que j’imagine être la sienne. Il referme derrière nous
et me scrute de loin alors que je ne peux le quitter des yeux.

— Tu es parfaite.

Je ne réponds pas, de toute façon ses paroles n’appellent pas de réponse. Il


s’avance vers moi et m’embrasse encore avant de se glisser dans mon dos. Sa
bouche goûte à mon cou et mes épaules dénudées, puis il défait la fermeture
éclair de ma robe. Le contact de ses doigts sur ma peau me fait déjà frémir
d’envie, j’ai attendu si longtemps que mon corps est sous tension. Chaque
parcelle de ma chair est à l’affût de son toucher, réagissant au moindre
effleurement. Il détache le nœud qui maintient le haut de mon bustier, ses doigts
continuent leur chemin le long de ma colonne vertébrale avant que ses ongles ne
viennent griffer mes hanches.

— Laisse-moi t’apprivoiser Célène… Laisse-moi te séduire comme aucun


autre avant moi n’y est parvenu.

Il chuchote ces quelques mots avant de recommencer à me caresser.

Je m’enfonce en douceur dans un autre monde. Il n’est en rien comparable à


ce que j’ai pu connaître jusqu’alors. Je prie pour que rien ne s’arrête, pour que
cette fois, ma tête reste là où elle est et ne me stoppe pas en plein milieu de nos
caresses. Il finit de me déshabiller, me faisant ôter mes chaussures et ne me
laissant que mon string en dentelle.
Il m’invite à m’asseoir sur le lit alors qu’il se déleste de ses vêtements. Je
l’observe et il ne me quitte pas des yeux : son corps est absolument magnifique,
une belle ossature, des épaules carrées et des bras semblant solides. Son torse est
bien dessiné, et ne laisse pas paraître de marque superflue, tandis que son bas-
ventre forme un « V », celui dont toutes les filles raffolent. Il me quitte des yeux
simplement pour ramasser nos vêtements et les déposer sur une chaise, je peux
ainsi apercevoir son dos, ses omoplates saillantes, ses reins ont deux petites
fossettes très sexy juste au-dessus d’un cul rebondi encore masqué par le tissu de
son boxer. Les quelques poils sur son bas-ventre me font imaginer le reste et j’en
bave. Il revient vers moi et m’embrasse en me basculant pour se mettre à
califourchon sur moi.

— Ça te plaît ?

— Énormément.

— Tant mieux, parce que ça me plaît aussi.

Ces simples paroles suffisent à déclencher un brasier qui menace de me


consumer au fil des secondes. J’emprisonne sa bouche de la mienne, ne voulant
plus rompre le contact entre nous, et il se presse contre moi, attrapant mes mains
et les maintenant près de mon visage. Je gémis alors que mon corps ondule sous
le sien. Doucement, je mordille sa lèvre inférieure et il se met à grogner. Marc
entreprend de me faire devenir folle en déposant sa bouche sur chaque recoin de
ma peau, il découvre ainsi que mes côtes sont très sensibles à son toucher. Je
halète, cherchant mon souffle autant que je le peux, sans pour autant briser cette
étreinte si forte, ce nœud dans mon ventre qui promet un plaisir plus puissant
encore.

Chaque effleurement sur mes hanches se traduit par une contraction de tout
mon corps, provoquant des soubresauts qu’il semble beaucoup apprécier. D’une
main, il retire ma culotte qu’il laisse glisser sur le sol et il salue ma vénus de la
plus tendre et intense façon qui soit, ne manquant pas de l’embrasser avant de
venir titiller mon clitoris de sa langue si chaude et humide. Je crois mourir
lorsqu’il ajoute à sa manœuvre quelques doigts qui accentuent chaque sensation.
Je n’aurais jamais cru qu’il était possible d’atteindre une félicité d’une manière
si intense que l’on se croirait brûler de l’intérieur. Je ne peux m’empêcher
d’empoigner ses cheveux alors que je fais onduler mon bassin contre sa bouche.
Marc attrape mes jambes et les soulève afin qu’elles soient posées sur le bord du
lit, un cri m’échappe lorsque ses coups de langue se font plus insistants, et mes
sensations se décuplent. Il gronde de bonheur quand, impuissante, je ne peux
contenir plus longtemps ma jouissance. Mon corps se contracte, mes jambes se
crispent et mon dos se cambre alors que tout doucement, il cesse de me titiller. Il
attend un instant avant de se délecter de mon nectar et de remonter sur moi,
m’imposant alors de m’allonger entièrement cette fois-ci.

Il m’embrasse ardemment, me permettant ainsi de goûter à ma saveur. Cela


m’excite encore plus de l’avoir ainsi contre moi. Il se frotte, me faisant sentir sa
bite contre mon entrejambe. À mon tour, je fais descendre son boxer avec mes
pieds. Il semble surpris, mais gémit lorsqu’il sent ma peau sur son gland.
Instantanément, son baiser se fait plus passionné, comme si retirer son boxer
avait en même temps ôté ses dernières inhibitions. Son étreinte est bien plus
profonde et sa queue m’appelle. D’une main, je la dirige en direction de ma
chatte, non pour qu’il rentre, mais pour que l’on puisse se frotter l’un contre
l’autre.

Il lâche ma bouche et gémit, son front contre le mien, avant de jouer avec le
lobe de mon oreille qu’il mordille. Je me dandine et il donne de son côté des
coups de hanches de manière à ce que sa queue se frotte plus encore contre mes
lèvres brûlantes, humides et gonflées. Son gland bute contre mon clitoris et
provoque en moi des convulsions aussi douloureuses qu’exquises. Il ne tarde pas
à attraper dans le tiroir de la table de chevet un préservatif qu’il enfile avec hâte.
Sans doute n’en peut-il plus, et je crois qu’il est dans le même état de transe que
moi. Lorsque son regard se pose de nouveau sur moi, je n’ai plus de doute. Il se
place au mieux entre mes cuisses, ses bras tendus autour de mon visage et nos
yeux sont aimantés.

— Aide-moi.

Ses mots sortent comme une supplication de ses lèvres. Je relève les cuisses et
d’une main, j’attrape son sexe qui tressaute, ce simple contact suffit à le faire
soupirer de plaisir. Je le guide vers moi et le place à l’entrée de mon antre. Je
pose mes mains sur sa taille, l’invitant à poursuivre. Doucement, il me pénètre. Il
ferme les yeux à ce contact et grogne alors que je le regarde, gémissant de
bonheur à le sentir s’insinuer en moi. Il continue de s’enfoncer avec une telle
lenteur que j’ai l’impression que son membre est extrêmement long. Il rouvre les
paupières, me regarde avec tendresse et avec convoitise au point que j’en ai mal
au ventre d’excitation et de joie mêlées. Je lui appartiens enfin.

Ses coudes lui servent d’appui avant de m’embrasser et de recommencer à se


déhancher en moi. Je le sens aller et venir avec un frisson si exquis que je ne
peux tenir très longtemps. De mes jambes, je l’encercle, l’enfonçant plus
profond encore et il grogne contre mes lèvres. Une pointe de plaisir me vrille le
ventre et à chaque mouvement elle s’accentue, continuant de croître. C’est une
sensation de bien-être qui me berce et je m’embrase quand il est totalement en
moi. Je n’en peux plus, et il fait écho jusqu’aux tréfonds de mon âme.

— Marc…

— Chut… Je sais, laisse-toi aller. Tu es à moi !

— … Mar…

Je ne peux finir, il accélère, accentuant chacun de ses coups. Je ne suis plus


capable de rien, mes pensées s’envolent et mes paroles avec. Ma respiration se
coupe chaque fois qu’il s’enfonce et je me contracte autour de son sexe. Je sens
son râle puissant contre mon cou, il ne se retient plus.

— Célène… Enfin…

La pointe dans mon ventre cède sur ce dernier coup de reins et une explosion
éclate dans tout mon corps, suivi d’une douce chaleur. Je jouis, ne retenant plus
mes cris tandis que Marc amplifie mes sensations en se libérant aussi. Je relâche
mes jambes qui l’enserrent toujours et il grogne. Il se retire et reste allongé
reprenant son souffle, son torse humide de sueur se soulevant au gré de sa
respiration difficile.

— Est-ce que ça va ? me questionne-t-il.

— Oui…

— Tu es… plus que je ne l’avais imaginé.

Je souris à ses paroles, elles sonnent à mes oreilles comme une douce mélodie.
Je lui demande de quoi il veut parler.
— Tu as un goût sucré, un goût d’extase. Et ta chatte, mon Dieu qu’elle est
serrée ! Je sens si bien chacune de tes contractions, de tes frissons…

— Moi aussi je t’ai senti, la moindre de tes palpitations.

Il se lève pour retirer le préservatif sur son pénis. Je l’observe et je n’ai pas
rêvé : son sexe est vraiment long, et assez épais. L’apparition d’un nerf plus
renflé me titille, il deviendra sûrement mon terrain de jeu plus tard. Il s’étend à
mes côtés et nous fait passer sous le drap. Nous restons un moment à nous
regarder sans rien faire, puis il se rapproche de moi et me serre plus fort contre
lui.

— Je suis content que tu sois là, je pensais t’attendre plus longtemps.

— Et à vrai dire, je ne pensais pas tenir tant de temps.

Il rit à cette révélation et m’embrasse. Nous ne pouvons nous empêcher de


recommencer à nous toucher, insatiables l’un de l’autre. Il nous faut apprendre à
nous connaître : nos réactions, nos envies, etc.

Assise à califourchon sur lui, cette fois c’est moi qui donne le rythme à nos
ébats tandis qu’il joue de mes seins. Jamais plus je ne veux quitter cette
sensation de plénitude et d’appartenance, j’ai l’impression de revivre. À cet
instant, je suis persuadée qu’il ne me trahira jamais, que tout se passera bien,
qu’il prendra soin de moi. Il me porte sur lui et m’impose à son tour une cadence
plus soutenue selon son désir.

Puis doucement, il me soulève pour ôter son pénis de mon sexe, et je sens
qu’il veut tester autre chose. Il m’allonge sur le ventre, s’assurant que je sois en
accord avec lui. Sa bouche parcourt mon dos avec tendresse et descend sur mes
hanches, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que c’est ici qu’il faut
viser pour réveiller en moi une sensation d’envie voluptueuse. Il ne se fait pas
prier pour me lécher, m’embrasser, me mordiller avant de me pénétrer à
nouveau. Il ne cesse de goûter à ma peau avec une douceur et une tendresse que
je n’aurais osé imaginer, tandis que nos ébats sont plus sauvages, incontrôlés et
fiévreux.

Je ne veux sortir de ce lit sous aucun prétexte, pourtant il le faut bien. Mais
seulement pour atteindre la salle de bain et pour manger. Nous passons le reste
de notre temps à assouvir nos envies que nous avons trop longtemps refréné,
jusqu’à ce que la fatigue nous gagne. Allongés face à face, entrelacés, nous
discutons.

— Tu veux un surnom de soumise ?

— Seulement si c’est toi qui le choisis.

— Je vais y réfléchir… Tu sais, maintenant il va falloir que tu me vouvoies à


nouveau, du moins, lorsque tu auras ton rôle de soumise.

— Oui, monsieur.

Il jubile de m’entendre l’appeler ainsi et me rapproche de lui en nichant son


visage dans le creux de mon cou.

— Si tu savais combien de fois j’ai rêvé de t’entendre m’appeler comme ça.

— Certainement autant de fois que j’ai fantasmé sur vous me dominant.

— Il me tarde que l’on commence. Je veux connaître ton éducation.

Je me tends à l’évocation de celle-ci, il faudrait que j’en parle, mais là, je n’en
ai pas envie… Pas maintenant que nous venons tout juste de commencer.
J’hésite et balbutie quelque chose d’incompréhensible, même pour moi et il
m’arrête posant son index sur ma bouche.

— Chut… Détends-toi, tout va bien, tu n’as rien à craindre avec moi. On verra
ça plus tard.

Je m’endors dans ses bras, épuisée et apaisée. J’espère que le lendemain, je


me réveillerai à ses côtés sans qu’il ne se soit évanoui avec la nuit, comme
chaque fois que j’ai rêvé de lui.
23
Je me réveille lorsque les rayons du soleil viennent me chatouiller les
paupières. Je reste un moment sans bouger, jusqu’à ce que j’entende respirer à
mes côtés. J’ouvre les yeux et découvre Marc endormi à quelques centimètres de
moi. Ses jambes sont entremêlées aux miennes, son bras posé sur moi. Je profite
du fait qu’il dorme pour le détailler.

Il est loin de faire ses 38 ans. Tout chez lui semble plus jeune, son
comportement, son caractère, ses paroles. Est-il vraiment raisonnable dans la vie
ou est-ce qu’il est ainsi seulement avec moi ? Je touche ses cheveux, j’ai envie
de les caresser, de sentir leur odeur, de les faire glisser entre mes doigts. Il se met
à souffler plus fort et ouvre doucement les yeux. Lorsqu’il m’aperçoit, il sourit et
me presse contre lui, posant sa tête contre ma poitrine.

— Je sais comment je vais t’appeler.

— Comment ?

— Tu seras mon Hélène.

— Hélène ?

Pourquoi ce prénom plutôt qu’un surnom comme Ruby, par exemple ?

— Oui, Hélène. En mythologie, c’était la plus belle femme au monde que


seule Aphrodite pouvait surpasser.

— Oui, je connais l’histoire.

— C’est la raison que je donnerai si l’on me demande. Mais la vraie raison,


ma raison, c’est que tu es une véritable drogue.

Je le regarde, pas sûre de comprendre ce à quoi il fait allusion, je ne vois


aucun rapport entre le prénom Hélène et la drogue.

— Et ?
— Hélène est un des surnoms de l’héroïne. Et il semblerait que tu en as déjà
tous les effets sur moi.

— Quels sont ses effets ?

— Je parle de l’extase, l’euphorie, l’apaisement, l’éloignement du monde…

— Alors ça me va… Hélène…, je répète ce prénom pour me l’approprier.

Il se lève et me regarde paisiblement avant de m’embrasser et de plonger ses


yeux dans les miens. Une de ses mains appuie sur ma nuque et relève ma tête
dans sa direction. Cette emprise a quelque chose de puissant, il pose ses doigts
sur mon menton et me force à lui faire face. C’est excitant et imposant à la fois,
cela fait montre de son autorité.

— Une longue, très longue route nous attend. Toi et moi allons vivre la
passion à l’état pur, une passion si dévorante qu’elle nous fera mal et nous
déchirera. Mais surtout, surtout Hélène, ne tombe pas amoureuse de moi.
Jamais !

Je me souviens avoir prononcé ces mêmes paroles à Paul, je me rappelle les


avoir déjà entendues dans le passé et j’en ai déjà fait ma règle. Ce point ne me
semble pas être un problème. La douce étreinte de nos retrouvailles a annoncé
mon abnégation. Nous passons en un éclair à un rapport de force, un rapport de
domination qui s’installe déjà entre nous.

— Je connais déjà les règles, tous les sentiments sont permis sauf un :
l’amour.

— Exactement ! Je vais te procurer bien des tourments…

Il plante son regard bleu dans le mien et il semble me mettre au défi.

— Et je les accepterai tous à vos côtés. Je me soumets à vous maître Marc, je


remets mon âme entre vos mains. Vous serez à partir d’aujourd’hui ma raison
d’être et d’agir, je serai votre servante et dévouée soumise. Je suis prête à vous
suivre jusqu’en enfer si tel est votre souhait.

Alors que je lui parle, il se place au-dessus de moi, et s’insinue entre mes
cuisses. Sa main glisse et enserre mon cou. Je lève mon menton pour lui donner
plus de place.

Lorsque je me dis sa servante, il sourit, gravant ces paroles dans sa mémoire.


Et alors que je parle d’enfer, il me pénètre durement, me faisant hoqueter. Son
regard devient dur et brûlant et alors que sa main sur ma gorge se fait plus
pressante, il s’enfonce encore en moi, me donnant l’impression d’aller au plus
profond de mon âme avant de me répondre.

— Nous verrons bien si tu en es vraiment capable Hélène…

À suivre…
{1}
Times Up est un jeu de société créé en 1999, consistant en plusieurs manches afin de faire deviner le
nom de personnalités notamment.

{2}
Une relation DS, est un rapport de Domination-Soumission sans pratique SM (sadomasochiste).

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