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Candide

Dans ce chapitre de 'Candide', Candide et Cacambo rencontrent un esclave noir en route vers Surinam, qui leur raconte les atrocités de l'esclavage et les souffrances infligées par son maître. L'esclave évoque la cruauté du traitement réservé aux esclaves, soulignant l'ironie de leur situation par rapport à la richesse et au bonheur. Ce passage met en lumière les thèmes de la souffrance humaine et de l'injustice sociale dans le contexte de l'exploitation coloniale.

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Dans ce chapitre de 'Candide', Candide et Cacambo rencontrent un esclave noir en route vers Surinam, qui leur raconte les atrocités de l'esclavage et les souffrances infligées par son maître. L'esclave évoque la cruauté du traitement réservé aux esclaves, soulignant l'ironie de leur situation par rapport à la richesse et au bonheur. Ce passage met en lumière les thèmes de la souffrance humaine et de l'injustice sociale dans le contexte de l'exploitation coloniale.

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Le nègre de Surinam

Candide et son serviteur Cacambo quittent l’Eldorado, mais en faisant route vers Surinam, une
colonie hollandaise située en Guyane, il rencontre un esclave noir.
5 La première journée de nos deux voyageurs fut assez agréable. Ils étaient encouragés par l'idée de
se voir possesseur de plus de trésors que l'Asie, l'Europe et l'Afrique n'en pouvaient rassembler.
Candide, transporté, écrivit le nom de Cunégonde sur les arbres. À la seconde journée deux de
leurs moutons s'enfoncèrent dans des marais, et y furent abîmés avec leurs charges ; deux autres
moutons moururent de fatigue quelques jours après ; sept ou huit périrent ensuite de faim dans un
10 désert ; d'autres tombèrent au bout de quelques jours dans des précipices. Enfin, après cent jours
de marche, il ne leur resta que deux moutons. Candide dit à Cacambo : « Mon ami, vous voyez
comme les richesses de ce monde sont périssables ; il n'y a rien de solide que la vertu et le
bonheur de revoir Mlle Cunégonde. -- Je l'avoue, dit Cacambo ; mais il nous reste encore deux
moutons avec plus de trésors que n'en aura jamais le roi d'Espagne, et je vois de loin une ville que
15 je soupçonne être Surinam, appartenant aux Hollandais. Nous sommes au bout de nos peines et au
commencement de notre félicité. »
En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié
de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe
gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami,
20 dans l'état horrible où je te vois ? -- J'attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant,
répondit le nègre. -- Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? -- Oui, monsieur,
dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année.
Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main
; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas.
25 C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix
écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait : " Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-
les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l'honneur d'être esclave de nos seigneurs les blancs,
et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. " Hélas ! je ne sais pas si j'ai fait leur fortune,
mais ils n'ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins
30 malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que
nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces
prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m'avouerez qu'on ne
peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible.
VOLTAIRE, Candide, Ch.19, 1759

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