Bégaiement Et Autres Troubles de La Fluence
Bégaiement Et Autres Troubles de La Fluence
autres troubles de
la fluence
Université libanaise
Faculté de sante publique IV
Ranime WEHBI
Orthophoniste
Master en orthophonie
Plan de la partie I:
Bégaiement: définition, statistiques générales.
Comorbidité.
Facteurs de développement et de maintien:
- Personnes concernées
- Hypothèses étiologiques
- Facteurs favorisants
- Chronicisation
Composantes et caractéristiques
Bégaiement: définition, statistiques
générales.
Selon le DSM V (2013), le bégaiement est maintenant appelé « trouble développemental de la
fluence de la parole ».
Selon le DSM IV (1994), le bégaiement est une perturbation de la fluence normale et du
rythme de la parole, caractérisée par la survenue fréquente d’une ou plusieurs
manifestations. Il peut s’agir :
- De répétitions de sons ou de syllabes
- De prolongations de sons
- D’interjections
- D’interruptions de mots
- De blocages audibles ou silencieux
- De circonlocutions
-De tensions physiques excessives accompagnant la production de certains mots
- De répétitions de mots monosyllabiques entiers
D’après le dictionnaire d’Orthophonie (2011), le bégaiement est un trouble fonctionnel de
l’expression verbale affectant le rythme de la parole en présence d’un interlocuteur. Il
s’inscrit donc dans le cadre d’une pathologie de la communication.
Bégaiement: définition, statistiques
générales.
Le bégaiement est un trouble dont la prévalence serait égale à 1% de la
population.
Pour l’incidence, une seule étude prospective a été publiée dans la littérature
mondiale (celle d’Andrews de 1947 à 1967), le taux atteint 4,9%.
L’atteinte est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, avec un ratio
de 4 pour 1 à l’âge adulte. LE HUCHE (2002) subodore, dans son ouvrage « Le
bégaiement Option Guérison », que cette prédominance masculine s'explique par
la différence d'organisation des cellules cérébrales dans les premiers mois de vie.
Selon MONFRAIS-PFAUWADEL (2014), il est difficile d’estimer la prévalence du
bégaiement : depuis combien de temps faut-il avoir bégayé pour être considéré
comme bègue ? Ou encore, qui bégaye ? Elle relève également les différences
selon les races, les continents ou encore les conditions socio-économiques.
De plus, elle évoque les récents résultats de E. YAIRI qui écrit, dans sa revue de
littérature en 2013, que la prévalence moyenne du bégaiement sur toute une vie
serait inférieure au 1% relevé, et qu’il y aurait une moins grande disparité hommes
/ femmes.
Comorbidité
La comorbidité chez la personne bègue peut revêtir divers aspects.
Chez l’enfant, nous relevons soit un déficit attentionnel, soit des troubles de la
motricité (dyspraxie) soit des troubles langagiers (retard de langage, retard de
parole, troubles d’articulation).
Le bégaiement peut s’accompagner de manque du mot, de problèmes
articulatoires (réalisation motrice du déplacement articulatoire ; coordination des
différents mouvements de la parole) ou de troubles prosodiques.
Le bégaiement va parfois de pair avec des troubles psychologiques comme les
troubles anxieux, les tics, les troubles obsessionnels compulsifs ou la phobie
sociale.
Le bégaiement se manifeste aussi quelquefois dans des maladies de types neuro-
dégénératives comme le syndrome de Gilles de la Tourette, la maladie de
Parkinson, la sclérose en plaques…
Les séquelles de traumatisme crânien peuvent faire émerger un bégaiement.
Les maladies neuro-dégénératives et les lésions cérébrales comme le traumatisme
crânien concernent le bégaiement acquis et non le bégaiement développemental.
Facteurs de développement et de maintien:
Personnes concernées
L’âge d’apparition du bégaiement se situe généralement entre 2 et 6 ans avec
une prévalence entre 2 et 5 ans. Gayraud-Andel et Poulat (2011) le qualifient
de bégaiement développemental, pouvant persister ou non.
Un bégaiement apparaissant plus tard est un phénomène plus rare, mais le
risque de chronicisation s’en trouve augmenté. Par ailleurs, un bégaiement
survenant après 10 ans est souvent une résurgence d’un bégaiement discret
de l’enfance.
Si un bégaiement survient à l’âge adulte, il est important d’effectuer des
examens approfondis pour vérifier s’il ne fait pas partie d’une pathologie plus
large. Il existe (Simon, 1999) avant 4 ans autant de filles que de garçons qui
commencent à bégayer. Par la suite, on note une proportion de trois garçons
qui bégaient pour une fille.
Facteurs de développement et de maintien:
Hypothèses étiologiques
Approche psychanalytique
Pour le courant psychanalytique, le bégaiement est lié à la période œdipienne où
le bégaiement jouerait un rôle pour limiter la violence du langage et évacuer
de la conscience les tendances agressives et érotiques liées à cette période. Il
pourrait aussi signifier l’ambivalence entre la peur et le désir de séparation.
Facteurs de développement et de maintien:
Hypothèses étiologiques
Approche psychosomatique
L’approche psychosomatique définit le bégaiement comme un passage par le
corps d’affects insoutenables (en lien avec la relation à l’autre) qui
n’auraient pu être gérés mentalement en partie parce qu’il n’a pas été
possible de mettre des mots dessus (Gayraud-Andel et Poulat, 2011).
Facteurs de développement et de maintien:
Hypothèses étiologiques
Approche cognitivo-comportementale
Selon cette approche, à un moment donné la parole s’est embrouillée car l’outil
linguistique que possédait l’enfant était insuffisant par rapport à ce qu’il
avait voulu dire. Une autre interprétation suppose que la violence des
pulsions faisait craindre à l’enfant les conséquences qu’auraient ses paroles.
Par conséquent, ce que l’enfant a ressenti en lui et/ou a perçu des réactions de
son entourage à été « interprété, passé au crible de la sensibilité » ou
comparé à « des expériences passées et même des croyances ». Cela a eu
pour effet de mettre en place des idées irrationnelles et des émotions qui ont
« coloré » le comportement. Il y a alors eu des passages en force, des
inhibitions, des évitements, contribuant à faire entrer l’enfant dans la spirale
du bégaiement.
Facteurs de développement et de maintien:
Hypothèses étiologiques
Origine plurifactorielle
Il existe l’hypothèse d’une origine plurifactorielle qui demeure la plus admise
actuellement. Même s’il n’est à ce jour pas possible de trouver une cause au
bégaiement, il a été mis en évidence que certains facteurs pouvaient avoir
une incidence sur l’installation du bégaiement. Il arrive qu’ils se combinent
et donc majorent le risque d’apparition puis de chronicisation du trouble de
langage.
Ces facteurs sont répertoriés en plusieurs types, d’un côté les facteurs
favorisants et de l’autre les facteurs déclenchants.
Facteurs de développement et de maintien:
Facteurs favorisants
Les facteurs favorisants peuvent varier énormément d’une cellule familiale à l’autre et se
cumuler :
- un terrain familial : dans certaines familles, il semblerait y avoir un « terrain au bégaiement ».
On parle actuellement de prédisposition génétique qui serait à l’origine d’un terrain de
vulnérabilité. Celui-ci ne pourra donner naissance à un bégaiement que sous l’action de
conditions extérieures (Vincent, 2004) ;
- le bilinguisme : le bégaiement serait plus important dans les familles où il faut utiliser et
alterner régulièrement les deux langues (Gayraud-Andel et Poulat, 2011) ;
- la personnalité de l’enfant : il n’existe pas de personnalité type de l’enfant bègue. Cependant,
certains types de personnalité sembleraient favoriser le bégaiement (anxieuse, nerveuse,
perfectionniste, volontaire…) ;
- attitudes familiales :
un rythme de vie trop intense exerce une « pression temporelle » sur l’enfant et l’empêche
alors de structurer son temps avec des repères rassurants ;
un langage parental trop rapide et trop « riche » pour l’enfant devient moins accessible pour
lui. Il est désorienté, se fatigue, cela génère une fragilité ;
un niveau d’exigence éducative trop important perturbe l’enfant si les demandes éducatives
(propreté, politesse…) sont trop élevées et demandées précocement.
Ces attitudes peuvent par leur degré d’exigence donner lieu à un trop plein
de stimulations pour l’enfant. Il met alors en place un comportement d’effort
inadapté perturbant l’harmonie de son développement, en particulier
langagier (Vincent, 2004).
Les facteurs déclenchant un bégaiement auront dans certains cas pour origine
un ou plusieurs événements plus au moins traumatiques (naissance d’un
puiné, déménagement, accident, deuil).
Facteurs de développement et de maintien:
Hypothèses étiologiques
La génétique du bégaiement
La prédisposition héréditaire au bégaiement, qu’il soit développemental ou persistant est connue
depuis longtemps et a été étudiée statistiquement de façon approfondie. Il a néanmoins
toujours été évident qu’il s’agissait d’une transmission franche du genre autosomique
récessive ou dominante, ou liée au chromosome X.
L’incidence familiale
Depuis les années 1930, une trentaine d’études ont été menées sur l’incidence familiale du
bégaiement. Elles ont été résumées par Yairi (Yairi, 1996) qui a relevé une moyenne de 46 %
d’incidence familiale de bégaiement chez les personnes bègues, contre 18 % seulement dans
les groupes contrôle. L’étude d’Ambrose montra que, sur une population de 69 personnes
bègues, 45 % avaient un parent proche lui-même bègue (parent au premier degré) et que
cette proportion montait à 71 % si l’on étendait le degré de parenté d’un degré.
Les études sur les jumeaux
Les études sur les jumeaux issus du même œuf permettent de faire la différence entre la part
transmise d’un caractère et la part acquise. On compare des paires de jumeaux identiques à
des paires de jumeaux non identiques et si le taux de bégaiement est différent entre les
deux jumeaux d’une même paire non identiques et ceux d’une paire de jumeaux identiques,
on sait que les jumeaux identiques sont porteurs des mêmes marqueurs génétiques du
bégaiement. Il y a néanmoins un bémol à ces études qui tient à ce que les jumeaux sont plus
souvent atteints de bégaiements que les singletons.
Facteurs de développement et de maintien:
Hypothèses étiologiques
Les études sur l’agrégation familiale
Le concept de maladies multifactorielles ou à hérédité multifactorielle, lui, tente
d’expliquer la répartition familiale. Si la composante héréditaire est forte, c’est
que la maladie suit les lois de Mendel. Pour affirmer que la transmission d’une
maladie se fait selon les lois de la génétique, il faut montrer que l’incidence
familiale dépasse la probabilité moyenne de la population, que cet excès de cas
est lié à une composante génétique qu’il faudra identifier.
Pourcentages de membres de la famille au premier degré d’une personne bègue
atteints
Mères 6,8 %
Pères 19,1 %
Sœurs 8,4 %
Frères 20,3 %
Études sur 213 personnes atteintes non apparentées.
Facteurs de développement et de maintien:
Chronicisation
On parle de chronicisation du bégaiement quand celui-ci tend à s’installer
durablement. Les parents peuvent y participer sans le vouloir. Ils essaient
parfois de donner des conseils à l’enfant comme « Respire », « Calme-toi ».
Ce dernier porte alors une attention particulière à sa parole. Il va donc se
focaliser sur la forme au détriment du contenu.
Il arrive aussi que les parents feignent l’indifférence. Ils ne rassurent pas
l’enfant quand il a des accidents de parole, il n’y a pas de dédramatisation.
Une certaine gêne s’installe et le bégaiement de l’enfant devient alors peu à
peu un sujet tabou.
Une classification d’indices de passage à la chronicité existe (Monfrais
Pfauwadel, 2000) et classe les points indiquant un passage à la chronicité du
bégaiement en cinq parties : l’histoire clinique, les attitudes réactionnelles
handicapantes, les indices comportementaux, les indices langagiers et la
dyslatéralité .
Classification de Monfrais Pfauwadel (2000) des indices de passage à la
chronicité
Un autre tableau permet d’analyser les critères de la fluence afin d’apprécier
les risques de chronicisation du bégaiement.
Facteurs de développement et de maintien:
Chronicisation
Tous les enfants qui bégaient ne deviennent pas bègues par la suite. On sait
que sur quatre enfants qui bégaient trois ne bégaieront plus ensuite : donc un
(sur les quatre) deviendra bègue. On ne sait pas lequel ni pour quelle raison,
c’est pourquoi une rééducation orthophonique de type « guidance parentale »
doit-être entreprise le plus rapidement possible. Elle vise à enrayer le
phénomène de bégaiement qui est en train de se mettre en place.
S’il est important de préciser que les parents de l’enfant qui bégaie ne sont
pas en cause, ils ont cependant un grand rôle à jouer dans la chronicisation
ou la disparition du bégaiement de leur enfant.
Lorsque rien n’est mis en place, l’enfant va parfois développer des attitudes
spécifiques en rapport avec son bégaiement qui dès lors s’installera
durablement.
Composantes et caractéristiques
Un ou des bégaiements ?
Il n’y a pas un mais des bégaiements, que l’on différencie à l’heure actuelle
selon qu’ils surviennent pendant l’acquisition du langage ou après en :
- bégaiement développemental :C’est le plus courant ; il apparaît entre 2 et
4 ans et guérit spontanément en deux à quatre années ; il représenterait
75 % des cas.
-bégaiement développemental persistant :Il apparaît aussi entre 2 et 4 ans, voire
plus tard et persiste à l’âge adulte ; il représenterait 20 % à 25 % des cas.
-bégaiement acquis :Il apparaît à n’importe quel âge, au décours d’un problème
neurologique , d’un AVC ou d’un traumatisme crânien, après une infection a
streptocoques .
Plan de la partie II:
Les aspects neurologiques du bégaiement
(partie concernée aux présentations des étudiants)
Source: Fluences et disfluences, bégaiement, bégaiements
un manuel clinique et thérapeutique. Marie-Claude Monfrais-
Pfauwadel, 2014.
Les mots lexicaux « renvoient aux types d’objets, d’êtres, de propriétés, d’événements, d’états et de processus qui
catégorisent le monde tel qu’il est conçu par l’homme » (Riegel et al., 2011). Par conséquent, les lexèmes
comprennent les substantifs, les verbes, les adverbes ainsi que les adjectifs. Ils sont constamment renouvelés et leur
longueur infiniment variable.
La distinction entre ces deux catégories de mots est importante dans l’étude du bégaiement depuis les travaux de
Brown (1945). En effet, il semble admis que, de manière générale, les mots pleins seraient davantage bégayés que
les mots-outils.
Dayalu et al. (2002) ont étudie le lien entre la fréquence d’apparition des mots et le bégaiement. Leurs conclusions
montrent que, chez des locuteurs adultes qui bégaient, ce sont les mots lexicaux qui sont davantage disfluents par
rapport aux mots grammaticaux, notamment lorsque les premiers cités se trouvent isolés. Dayalu et al. (2002)
expliquent ce résultat par la fréquence d’apparition des mots grammaticaux qui, même s’ils sont moins importants
en nombre, reviennent avec une régularité plus élevée que les mots lexicaux, se prêtant ainsi a un effet
d’adaptation. Par ailleurs, Buhr et Zebrowski (2009), qui relèvent également que les mots lexicaux sont plus touchés
que les mots grammaticaux, avancent une autre hypothèse pour expliquer ce constat : d’après ces derniers, la
fréquence d’apparition de mots pleins, qui est plus élevée que celle des mots grammaticaux, augmenterait la
probabilité statistique d’observer un nombre de bégayages plus élevé sur le premier type de segments cité par
rapport aux seconds.
Une autre explication concernant la fréquence de bégayages sur les mots lexicaux est
avancée par Dworzynski et al. (2003) qui se penchent sur le niveau de la difficulté du mot
ayant subi une disfluence. D’après cette recherche, le fait d’augmenter le ≪ factor-value »
(le niveau de difficulté) des mots entraîne une augmentation du nombre de bégayages.
La localisation du mot au sein de la phrase semble également avoir une influence sur la perte
de la fluence chez les personnes qui bégaient. En effet, selon Bloodstein et Gantwerk (1967)
ou encore Buhr et Zebrowski (2009), les mots lexicaux sont plus touchés par des bégayages
lorsqu’ils se trouvent en position non-initiale, alors que c’est l’inverse pour les mots
grammaticaux qui sont davantage disfluents en position initiale dans la phrase.
Ozdemir et al. (2015) ont entrepris de mener une étude sur le type de mots bégayés en turc.
Partant du principe qu’il s’agit d’une langue agglutinante qui appartient à la famille ouralo-
altaïque et qu’elle est donc différente de par sa structure des langues comme l’anglais, il se
pourrait que les résultats ne soient pas identiques à ceux obtenus pour les langues
indoeuropéens. Les trois chercheurs soulignent notamment un ordre de mots relativement
libre dans la syntaxe de la phrase, ainsi qu’un système flexionnel relativement riche. Leurs
observations montrent que, malgré les différences dans les structures linguistiques, les
structures bégayées sont identiques à celles relevées pour les langues indo-européennes en
ce que les adultes bégaient davantage sur les mots lexicaux (16%) que sur les mots-outils
(5%).
D’autres études se basent sur la relation entre la catégorie du mot en question et la
réalisation orale dudit mot, en tenant compte de l’accentuation (Bloodstein & Gantwerk,
1967 ; Wingate, 1979 ; Howell et al., 1999 ; Natke et al., 2004). Ces recherches révèlent
qu’un lien peut effectivement être fait entre l’accent primaire et la distribution des
bégayages en fonction de la catégorie lexicale du mot. Toutefois, ce lien n’a pu être établi
que chez des locuteurs adultes. Par ailleurs, il est important de souligner que le taux
d’accentuation des mots grammaticaux est relativement faible en anglais, qui est la langue
généralement étudiée dans ce type de recherches (Bloodstein & Gantwerk, 1967 ; Howell et
al., 1999).
Prins et al. (1997) se sont, quant à eux, intéressés aux parties du discours. Leur étude a
permis de constater que, dans un exercice évaluant le temps de latence dans des tâches de
dénomination d’images, les personnes qui bégaient produisent davantage de disfluences sur
les verbes que sur les substantifs et que les temps de latence étaient jusqu’a six fois plus
élevés pour les verbes. Ce résultat semble être en accord avec celui obtenu par Quarrington
et al., 1962 (in Newman & Ratner, 2007) qui constatent que les substantifs sont les moins
bégayés parmi tous les mots lexicaux en parole conversationnelle.
Natke et al. (2004) se sont penchés sur les premières syllabes des mots lexicaux et
grammaticaux en anglais. Ils ont constaté que la première syllabe des mots grammaticaux
était davantage bégayée, tout en sachant qu’une majorité de ces mots n’est constitué que
d’une seule syllabe ; parallèlement à cela, ils ont constaté que, dans les mots lexicaux, ce
n’était pas la première syllabe qui était touchée mais celle sur laquelle portait l’accent.
Natke et al. (2004) en ont alors conclu que l’accentuation avait plus d’influence que la
catégorie grammaticale.
Mentionnons enfin les résultats d’Abdalla et al. (2010) qui n’ont relève aucune différence
significative dans la distribution des bégayages entre les mots lexicaux et grammaticaux dans
la langue arabe. Ils ont pu constater en revanche un impact important du bégaiement sur les
mots pouvant être considérés à la fois comme grammaticaux et comme lexicaux.
Il convient également de préciser que l’âge du locuteur est un paramètre important lorsque
l’on évoqué la variable lexico-sémantique. En effet, chez les locuteurs normo-fluents, l’on
observe une modification dans l’emplacement des disfluences en fonction de l’âge , sachant
que les locuteurs adultes présentent un plus grand nombre de disfluences sur les mots
grammaticaux (Clark & Clark, 1977 ; Howell et al., 1999 ; MacGregor et al., 2009). En
revanche, la distribution des disfluences est inverse chez les locuteurs atteints de
bégaiement puisque les enfants bégayent davantage sur les mots grammaticaux (Bloodstein &
Gantwerk, 1967 ; Bloodstein & Grossman, 1981 ; Dworzynski et al. 2003), alors que les
adultes bègues ont davantage de difficultés pour les lexèmes (Au-Yeung et al., 1998 ; Howell
et al., 1999 ; Rommel, 2001 ; Au-Yeung et al., 2003 ; Dworzynski et al., 2003).
Ainsi, concernant le type de mots bégayés, la plupart des études portant sur les aspects
lexico-sémantiques ont montré une évolution en fonction de l’âge : si l’enfant qui bégaie a
davantage de difficultés à prononcer des mots grammaticaux, l’adulte atteint de ce même
trouble produira plus de disfluences sur les mots lexicaux.
[Link] syntaxiques
Tout comme pour les aspects lexico-sémantiques, aborder les aspects syntaxiques dans la parole
bègue requiert de délimiter les points syntaxiques pouvant être pertinents dans l’étude du
bégaiement. Dans la littérature, nous avons relevé deux grands types de recherches abordant cette
facette de la langue.
Des études se sont interrogées sur l’influence de la longueur de l’énoncé sur le nombre de
bégayages présents dans ce même énoncé (Brundage & Ratner, 1989 ; Buhr & Zebrowski, 2009). Si le
nombre de disfluences tend a augmenter a mesure que la longueur de l’enonce augmente également
chez les personnes normo-fluentes en situation de parole spontanée (Oviatt, 1995 ; Shriberg, 1995),
ce résultat est généralement observé chez les personnes qui bégaient (Tornick & Bloodstein, 1976).
Signalons toutefois que Yaruss (1999), Cruz et Frota (2008) ainsi que Kleinow et Smith (2000) ne
relèvent aucun lien entre la longueur de l’énoncé et le nombre de bégayages et ce, en anglais et en
portugais européen.
Par ailleurs, la complexité syntaxique a été évoquée dans des recherches supposant qu’un syntagme
présentant une complexité accrue entrainerait une quantité plus élevée de bégayages. Cependant,
elles se sont rapidement heurtées aux problèmes de la mesure de la complexité syntaxique (Yaruss,
1999). Différentes acceptions du terme ont été utilisées dans les études qui portent sur le
bégaiement (cf. infra) ; c’est la raison pour laquelle les résultats sont parfois discordants. Ainsi,
Logan (2001) a utilisé une méthode quantitative, lui permettant de déterminer la complexité
syntaxique d’une phrase en fonction du nombre de nœuds syntaxiques dans sa structure. Deux types
de phrases ont été testés : des phrases préparées et des énoncés produits en situation de
conversation et appariés en fonction de la longueur. Toutefois, aucun de ces deux types d’énoncés
ne lui a permis d’observer une influence de la complexité sur la quantité de disfluences sévères.
Kleinow et Smith (2000) ont travaillé avec un groupe de PQB et un groupe de locuteurs de contrôle
lors de leur expérimentation. Celle-ci consistait à étudier 1) les effets d’une augmentation de la
longueur de l’énoncé sans augmenter sa complexité syntaxique et 2) les conséquences d’une
augmentation de la complexité syntaxique de l’énoncé. Si la première partie de l’expérimentation
n’a montre aucune différence significative entre les deux groupes, elles ont pu relever une
diminution de la fluence chez les locuteurs qui bégaient lors de l’augmentation de la complexité
syntaxique ; ce résultat leur a permis de conclure qu’une potentielle influence négative de la
complexité syntaxique sur les processus de production de la parole existe chez les PQB.
D’après Tsiamtsiouris et Cairns (2013), la complexité syntaxique peut se mesurer en
considérant les propositions relatives. Dans leur étude, ces deux chercheurs ont défini les
phrases ayant une complexité élevée comme celles qui contiennent une proposition relative
dans le syntagme nominal sujet et une autre proposition relative dans le syntagme verbal. De
l’autre cote, les phrases ayant une complexité modérée ne contiennent aucune proposition
relative dans le syntagme nominal sujet même si des adjectifs y sont présents. Travaillant
également avec un groupe de locuteurs de contrôle et de sujets qui bégaient, ils ont conclu
que l’augmentation de la complexité syntaxique affecte de manière négative les deux
groupes, entrainant ainsi une augmentation du nombre de disfluences. En d’autres termes,
aucun lien n’a été relevé entre le bégaiement et la complexité syntaxique dans leur étude.
Cruz & Frota (2008) ont également cherché à établir un lien entre la complexité syntaxique
et le bégaiement. Pour cela, ils ont élaboré en portugais européen des phrases de difficultés
différentes, travaillant avec trois degrés de complexité syntaxique en fonction du syntagme
nominal : a) déterminant + adjectif + adjectif + substantif, b) déterminant + substantif +
syntagme prépositionnel, c) déterminant + substantif + proposition relative. Leur étude n’a
pas permis de mettre en avant une relation entre la complexité syntaxique et le nombre de
disfluences sévères.
Les résultats de cette étude contredisent ceux de Wells (1979) qui, sans évoquer le terme de
complexité syntaxique, a constaté que le nombre de bégayages augmente avec le nombre de
propositions relatives et ce, davantage chez les personnes souffrant d’un bégaiement sévère.
De plus, il indique que la fréquence de bégayages varie en fonction du type de proposition
relative, les relatives du syntagme verbal ainsi que celles de type adjectival étant davantage
soumises aux disfluences.
Enfin, Ronson (1976) s’est penché sur le type de phrases pour commenter le lien entre la
syntaxe et le bégaiement. D’après cette recherche, il existerait un lien inversement
proportionnel entre la fréquence des mots et les bégayages dans les énoncés déclaratifs ou
affirmatifs, a l’exception des énoncés négatifs.
Pour résumer, les études menées sur le lien entre la syntaxe et le bégaiement ont montré que
plus les énoncés sont longs, plus ils sont disfluents. En outre, la « complexité syntaxique »,
qui reste difficile à définir et à quantifier, n’a, a ce jour, pas donne lieu a des résultats
clairement significatifs. La partie qui suit prolonge ces recherches en s’intéressant au lien
entre l’apparition des bégayages et un autre niveau linguistique : la phonétique.
4. Aspects phonétiques
De la même manière que pour les aspects morphologiques et syntaxiques abordés
supra, plusieurs notions ont été exploitées lorsque l’on s’intéresse à l’impact
éventuel des traits phonétiques sur ce trouble de la parole.
Avec les travaux de Wingate (1979), c’est la question de l’accent qui est évoquée.
Ce dernier suppose en effet que l’accent joue un rôle essentiel dans l’apparition
des bégayages, tout en mettant cela en relation avec la position du mot au sein de
la phrase. Il met ainsi en lien les pics de hauteur et la fréquence d’apparition des
bégayages. En d’autres termes, il y aurait davantage d’accidents de parole lorsque
la fréquence fondamentale augmente.
La nature du son a également été l’objet de plusieurs études liées au
bégaiement. Rappelons que ce type de recherches est ancien puisqu’au XIXe siècle
déjà, Adelon (1832 ; cf. supra) mentionnait les difficultés que rencontrent sur les
consonnes occlusives les personnes qui bégaient.
D’autres études de la fin du XXe siècle viennent préciser ces observations. Les
travaux de Jayaram (1983), portant sur le bégaiement chez des personnes mono-
et bilingues, ont précisé que les disfluences survenaient davantage sur les
consonnes sourdes chez les deux catégories de locuteurs. Cependant, ce seraient
les constrictives qui seraient bégayées davantage.
Wolk (2000) précise que ce sont les groupes consonantiques situés en initiale de
mots qui sont davantage bégayes par rapport a ceux situes à l’intérieur ou à la fin
des mots. Ce résultat a été expliqué par des exigences élevées en termes de
rapidité de mouvements nécessaire à la prononciation d’un groupe consonantique.
Blomgren (2012) s’est également intéressé à l’influence des facteurs
phonologiques sur la fréquence des bégayages. Plus particulièrement, il a
voulu tester si le lieu d’articulation, le mode articulatoire et le voisement des
consonnes, de même que la présence d’un groupe consonantique avaient un
impact sur l’apparition des disfluences. Ses résultats étaient les suivants :
1. Concernant le lieu d’articulation des consonnes, il semblerait que les labio-
dentales sont les plus fréquemment bégayés ;
2. Pour ce qui est du mode articulatoire des consonnes, aucun résultat robuste
n’a été relevé ;
3. Le trait de voisement était significatif : les consonnes ne nécessitant pas de
vibrations des plis vocaux étaient plus souvent disfluentes par rapport à leurs
homologues voisés.
4. Les mots débutant par des groupes consonantiques étaient plus fréquemment
bégayés que les mots débutant par une consonne simple.
Toutefois, si l’on évoque la nature du son, il semble primordial de se demander
quels critères permettent de différencier les sons présentant le plus de
difficultés pour les PQB par rapport à ceux qui leur sont relativement plus
simples à produire. Cette problématique a amené certains (Howell et al.,
1999 ; Anderson & Byrd, 2008) a utiliser l’Index de Complexité Phonétique
(Index of Phonetic Complexity, IPC), développé par Jakielski (1998) pour
vérifier si les mots les plus bégayés présentent une complexité phonologique
accrue.
Revenons un instant sur cet Index de Complexité Phonétique. A l’origine, Jakielski
(1998) a proposé cette grille pour vérifier la relation entre le babillage de l’enfant
et le développement des sons de la parole. Elle a tout d’abord classe les sons de
manière chronologique, c’est-à-dire en fonction de leur apparition dans la
production orale chez l’enfant, identifiant huit éléments qui se sont, d’après elle,
révélés prépondérants :
1. Les jeunes enfants utilisent les consonnes dorsales moins fréquemment que les
enfants plus âgés ;
2. Les nasales, les occlusives et les semi-consonnes sont plus récurrentes ;
3. Si les groupes d'enfants les plus jeunes sont en mesure de reproduire plusieurs fois
de suite la même consonne, les groupes consonantiques constitués de plusieurs
consonnes différentes ne sont prononcés que par les groupes d'enfants plus âgés ;
4. Les voyelles non-rhotiques apparaissent avec une fréquence plus élevée ;
5. Les syllabes finales tendent à être ouvertes ;
6. Les mots produits sont généralement courts ;
7. Une tendance a augmenter le nombre de groupes consonantiques avec l’âge a été
observée ;
8. La nature des groupes consonantiques utilises se modifie au fur et à mesure que
l’âge augmente : lesdits groupes sont d’abord homo-organiques puis évoluent vers
des groupes consonantiques hétéro-organiques.
Dworzynski et al. (2003) se sont servis de l’IPC (indice de complexité phonétique) pour expliquer la
survenue plus fréquente de bégayages sur les mots lexicaux chez des enfants germanophones de
plus de six ans : d’après leur étude, la complexité phonétique des mots lexicaux allemands est plus
élevée que celle des mots lexicaux en langue anglaise. De même, ils ont pu observer que, chez les
locuteurs adultes, le fait d’augmenter la complexité phonétique faisait également augmenter le
nombre de bégayages. Les aspects linguistiques et phonétiques du bégaiement.
Howell et al. (2006) ont également cherché à établir un lien entre l’IPC et l’apparition de
disfluences. Ils soutiennent cependant que l’influence de la complexité phonétique sur l’apparition
des bégayages commence a apparaître a l’adolescence. En d’autres termes, la complexité
phonétique n’aurait aucun impact sur le nombre de disfluences produites par des enfants qui
bégaient. En revanche, ils confirment les observations de Dworzynski et al. (2003) lorsqu’ils
relèvent des scores IPC plus élevés sur les mots bégayés que sur les mots prononcés sans heurt chez
des locuteurs adultes.
D’autres facteurs, comme le débit, ont également été évoqués comme ayant un impact sur le
bégaiement. En effet, Wingate (1979) puis Howell et al. (1999) ont pu constater que la vitesse
d’élocution était un facteur pouvant perturber la fluence d’un énoncé : un débit trop rapide aurait
tendance a augmenter le nombre d’accidents de parole. De même, selon Howell et al. (1999), la
longueur du groupe intonatif a des influences sur l’apparition d’un bégayage. D’après cette étude,
les variations du débit de parole d’un groupe intonatif a l’autre auraient un impact sur la fréquence
des bégayages. En effet, plus un groupe intonatif est long et plus il risque d’être produit avec
une/des disfluence(s). Quant à Au-Yeung et al. (1998), ils rejoignent les résultats obtenus par Wolk
et al. (2000, cf. ci-dessus), lorsqu’ils constatent que les bégayages se font plus nombreux lorsque le
mot-outil est situe en position initiale d’un groupe rythmique. De même, Natke (2004) a pu
constater que 98% des bégayages surviennent sur les premières syllabes de mots, confirmant ainsi
l’effet de la position sur la fréquence d’apparition des bégayages.
En résumé, plusieurs recherches ont établi un lien entre la complexité propre à certaines unités
phoniques et l’apparition de disfluences. Si les études qui ont permis d’aboutir a ces résultats ont,
pour la plupart, été menées sur des locuteurs monolingues, la question qui se pose est de savoir si le
bilinguisme peut avoir des répercussions sur le bégaiement.
5. Le bilinguisme
Le bilinguisme a longtemps été considéré comme l’un des facteurs favorisant le bégaiement.
Si les études d’Au-Yeung et al. (2001) et de Howell et al. (2009) laissent penser que
l’incidence du bégaiement serait la même chez les sujets bilingues et chez les sujets
monolingues, la taille de la population impliquée dans ces études ne permet pas d’en tirer
une conclusion robuste. Sachant que le monolinguisme est considéré comme rare (Crystal,
1987) et que 50 % de la population mondiale seraient bilingues (Van Borsel et al., 2001),
plusieurs auteurs s’accordent sur le fait que les études s’intéressant au lien entre le
bilinguisme et le bégaiement mériteraient davantage d’attention (Van Borsel et al., 2001 ;
Yairi & Ambrose, 2013).
L’une des questions qui peut se poser lorsque l’on traite du bégaiement et du bilinguisme est
de savoir si un locuteur bilingue atteint de ce trouble bégaie ou non dans les deux langues.
Plusieurs réactions seraient possibles pour les PQB : ces dernières pourraient présenter un
nombre accru de bégayages dans une seule langue. Elles pourraient également bégayer dans
les deux langues mais à des degrés différents ; enfin, il est également envisageable que la
PQB ait un nombre de disfluences comparable dans les deux langues.
Les avis sont longtemps restés divergents sur cette question et trois grandes lignes peuvent
être observées dans la littérature (Maruthy et al., 2015) :
(1) D’après certains auteurs, un sujet bilingue peut ne pas bégayer dans l’une de ses deux
langues. À titre d’exemple, les auteurs mentionnent l’étude de Dale (1977). Dans cette
recherche, la parole de quatre adolescents de treize ans, nés aux États-Unis et bilingues
anglais – espagnol a été analysée. Parlant espagnol à la maison, les sujets ont été scolarisés
en anglais, ce qui a contribué à une certaine détérioration de leur espagnol, détérioration qui
se caractérisait alors par un nombre élevé de disfluences normales. Ces dernières ont ensuite
évolue vers des disfluences sévères, et les quatre sujets ont fini par ne bégayer qu’en
espagnol.
(2) D’autres auteurs ont observé la présence de bégayages dans les deux langues,
avec une fréquence de disfluences sévères plus élevée dans l’une d’entre elles
(difference-hypothesis). Ainsi, l’étude de Shenker et al. (1998) a permis de
relever un nombre de bégayages plus élevé en anglais qu’en français chez un sujet
bilingue français – anglais en âge préscolaire. Dans un même ordre d’idées,
Nwokah (1988) décrit un groupe de seize sujets bilingues anglais – igbo. Seul un de
ces sujets ne présente pas de différence majeure dans les caractéristiques et la
fréquence d’apparition des disfluences sévères entre les deux langues. Les quinze
autres locuteurs ayant pris part à l’étude avaient déclare bégayer davantage dans
l’une des deux langues, et leur ressenti a été confirme par l’analyse des données
comprenant les textes lus et de la parole spontanée. La même tendance a été
observée chez des sujets bilingues anglais – Afrikaans (Jankelowitz & Bortz, 1996)
ou kannada – anglais (Maruthy et al., 2015).
(3) Enfin, la troisième ligne conductrice laisse penser que le bégaiement serait le
même dans les deux langues pratiquées par le sujet (same-hypothesis). C’est ce
qu’ont relevé Mohammadi et al. (2012) chez des sujets bilingues kurde – perse ou
encore Van Riper (1982) chez un sujet japonais parlant couramment l’anglais.
Pour résumer, les études menées sur le lien entre le bégaiement et le bilinguisme
ne font pas consensus : si certaines recherches avancent que ce trouble se
concentrerait principalement sur l’une des deux langues parlées par une PQB
bilingue, d’autres sont arrivées à la conclusion que le bégaiement est présent sur
les deux langues mais à des degrés différents. Enfin, plusieurs travaux n’ont pas
constaté de différences inter-langues chez les locuteurs bilingues porteurs d’un
bégaiement.
6. Synthèse de la partie
La relation entre un trouble phonologique ou, plus généralement, langagier,
et le caractère persistant du bégaiement ne saurait, pour le moment, être
clairement établie. Si des différences peuvent être observées entre les sujets
qui bégaient et les sujets normo-fluents âgés de plus de douze ans, ces
spécificités sont moins apparentes chez l’enfant d’âge préscolaire, rendant
ainsi difficile la prédiction de l’évolution du bégaiement. De même, les
différentes conclusions des études portant sur le bégaiement chez les sujets
bilingues semblent refléter la pluralité du bégaiement.
Chez les adultes, certaines variables linguistiques semblent rendre
prédictible la répartition des bégayages. Ainsi, la plupart des études menées
sur le sujet se mettent d’accord pour dire que les locuteurs adultes bégaient
davantage sur les mots lexicaux par rapport aux mots-outils ou encore sur les
consonnes occlusives et sourdes. D’autres paramètres ont également été
passés en revue dans cette section.
Plan de la partie VII:
Bilan du bégaiement
1. Grands axes
2. Contenu du bilan
2.1. Anamnèse
2.2. Questionnement
2.3. Evaluation des composantes du langage
2.4. Auto-évaluation
Pour Monfrais-Pfauwadel (2000) « aucun bilan complet de bégaiement,
suffisamment versatile [adaptable], suffisamment exhaustif et étalonné n’existe
encore en langue française ».
Cependant, d’après Dumont et Julien (2004) « des axes communs apparaissent
dans les évaluations orthophoniques » même si aucun bilan type ne rencontre
l’unanimité des praticiens.
[Link] axes
Les grands axes du bilan orthophonique de bégaiement permettent d’évaluer le
bégaiement en tant que tel (dysfluences, mécanismes déclencheurs) mais aussi de
cerner tout ce qu’il a engendré chez la personne bègue (croyances, ressentis,
attitudes, conduites conversationnelles).
Le bilan dure en moyenne une heure. Il faut parfois attendre la deuxième séance pour
l’effectuer si la première a essentiellement servi à « créer le lien, exposer les
demandes, étaler les problèmes, soulever les points épineux, suspecter les
difficultés, recueillir le maximum d’informations et de données afin de poser les
bases de la démarche diagnostique » (Monfrais-Pfauwadel, 2000).
Il peut se révéler judicieux d’enregistrer la séance afin de pouvoir à la suite du bilan
réécouter et analyser la nature et le moment d’apparition des dysfluences.
L’enregistrement vidéo permet une analyse supplémentaire (analyse du non
verbal, para-verbal) mais il est plus difficile à faire accepter au patient.
[Link] du bilan
2.1. Anamnèse
On demande au patient des renseignements sur son histoire (différentes
acquisitions de l’enfance, développement, contexte familial et social). En
parallèle, on recueille des informations sur l’histoire du bégaiement (âge
d’apparition, évolution, degré de conscience, etc.)
2.2. Questionnement
On pose des questions pour comprendre ce que représente le bégaiement pour la
personne qui bégaie, ses réactions face à ce trouble, les traitements déjà
entrepris ainsi que leurs résultats et les situations de parole qui lui posent des
soucis.
2.3. Evaluation des composantes du langage
Les principales composantes du langage vont être évaluées grâce à diverses
observations :
Dans le même temps on observe la manière dont la parole se met en place selon les
actes de langage et de communication : la parole spontanée (récit d’un film), la
parole automatique (jours de la semaine), la parole dans la relation (réponses à
des questions ouvertes, conversation), la parole répétée, la lecture à haute voix.
2.4. Autoévaluation
Il existe des questionnaires d’évaluation du bégaiement que la personne doit remplir elle-même. Ces questionnaires
aident à comprendre la manière dont la personne perçoit son bégaiement et comment elle vit avec.
En plus des questionnaires, on peut proposer au patient bègue de remplir une représentation de l’iceberg de Sheehan dans
lequel il doit compléter la partie émergée et surtout la partie immergée afin de mieux cerner son positionnement
face à son bégaiement.
D’après Monfrais-Pfauwadel (2000) « cette passation est une phase cruciale du bilan, surtout chez l’adulte. Elle va
montrer au patient lui-même à quel point il se croit atteint, et ce que le bégaiement a fait de lui ».
Il existe aujourd’hui plusieurs échelles pour quantifier et qualifier les dysfluences (SDA:Systemic Disfluency Analysis ; test
de mesure de la gravité du bégaiement, simple, fiable et très visuel mis au point à l’Ecole d’Orthophonie de
l’Université Northwestern. par exemple) ainsi que plusieurs autres échelles pour qualifier les idées irrationnelles et
les habilités de communication des personnes bègues.
D’après Monfrais-Pfauwadel, le bilan est « une démarche thérapeutique qui permet d’entrer dans le dialogue » ainsi qu’un
outil qui donne la parole au bègue. Elle ajoute également « c’est sur lui que vont reposer la logique du traitement et
la mise en place de celui-ci. C’est à lui que vont se mesurer les validités des hypothèses diagnostiques et l’efficacité
des démarches thérapeutiques ».
Il permet également la mise en place « d’une sorte de contrat thérapeutique basé sur la confiance, la demande de la
personne bègue, les compétences et les qualités de l’orthophoniste » (Dumont et Julien, 2004).
Il n’y a donc pas de bilan type du bégaiement, mais plutôt des outils à utiliser et à présenter au patient en fonction de ce
que l’on veut observer et surtout en fonction de ce que l’on voit apparaître au cours du bilan (dysfluences,
sentiments). Par ailleurs, à la fin de tout bilan, il demeure fondamental d’établir des objectifs précis mais il convient
de les adapter à chaque patient.
Cela sert de cadre de référence pour mener du mieux possible les séances avec le patient dont les objectifs seront
multiples (cf. Annexe 6).
Plan de la partie IX:
Axes thérapeutiques
[Link]érapies axées sur les représentations internes
[Link] de relaxation et techniques motrices
[Link] sur les interactions
4. Autres thérapies
[Link]érapies axées sur les
représentations internes
Thérapies par le biais de médiateur
1. Scénothérapie
2. Art thérapie
3. Musicothérapie
Techniques agissant sur l’inconscient
1. Hypnose
2. EMDR
3. Rêve-éveillé
Thérapies cognitivo-comportementales
Sophrologie
Scénothérapie
Cette approche thérapeutique a été crée dans les années 1950 par Dars6. Avec ses
collaborateurs, il a expérimenté un certain nombre de textes pour leur valeur
émotionnelle et les a ensuite classés selon « les états affectifs et les attitudes
qu’ils illustraient ». Le mot « scène » figurant dans le mot scénothérapie n’évoque
pas la scène du théâtre mais rend compte de la scène intérieure.
Tous ces affects et scénarii intérieurs barrés, interdits et cristallisés en
symptômes vont trouver des « mises en mots » pour se dire et se partager (Duché
et Dugat, 1992). D’après Monfrais-Pfauwadel (2000), l’objectif est de pouvoir
proférer des sentiments mais surtout d’apprendre à mieux les connaître. Dars
disait d’ailleurs « donnez un texte bleu au patient, il vous le rendra rouge ».
Cette prise en charge, selon Le Huche est orientée vers trois objectifs.
Le premier cherche, à travers la dynamique émotionnelle attachée au contenu du
discours, à restituer aux mots leur pouvoir métaphorique.
Le deuxième objectif de la scénothérapie est de donner la possibilité à la
personne bègue de recouvrer la relation d’altérité. Ceci grâce à la dynamique
émotionnelle existantentre le locuteur et l’interlocuteur, mais aussi grâce à la
certitude donnée au patient d’être écouté par son thérapeute.
Le dernier objectif consiste à favoriser l’émergence du désir de dire.
En pratique, les séances peuvent se dérouler en individuel ou en groupe. En individuel, le patient
doit choisir un texte parmi d’autres, le lire à voix haute, au « rythme des images intérieures » et
des « représentations mentales » que provoque cette lecture (Le Huche, 2002).
Le patient doit ensuite s’exprimer sur ce que le texte lui a fait ressentir. Le thérapeute lui vient en
aide grâce à son écoute active par laquelle il a pu cerner l’harmonie et la dysharmonie émotionnelle
de la voix du patient. Ils tentent alors ensemble de saisir les nuances émotionnelles volontaires et
involontaires que le patient a montré et donc comprendre comment il s’est traduit et trahi
(Monfrais-Pfauwadel, 2000). Dès lors, un « voyage » va commencer et le rôle du scénothérapeute est
de savoir proposer le bon texte au bon moment afin que le patient puisse exprimer des états
affectifs et des situations qui le concernent personnellement. C’est en cela que l’on peut qualifier
la scénothérapie de psychothérapie à part entière.
Après un travail individuel, la scénothérapie peut aussi se pratiquer en petit groupe fermé de quatre
à six personnes réunies chaque semaine pendant au moins trois mois. Il y a de multiples intérêts au
travail en groupe :
- être confronté à des personne rencontrant les même difficultés que soi est certes très dur mais offre
une expérience « unique » et irremplaçable ;
- être alternativement celui qui écoute et celui qui lit permet de faire passer au second plan les
accidents de parole. Les échanges se font sur ce qui a été ressenti par les différents membres du
groupe ;
- il y a alors une certaine prise de conscience de l’impact de la parole de l’autre qui est imprévisible
mais tellement enrichissant : « on apprend à être à l’écoute de ce que l’on veut dire, de ce que
l’autre veut dire, au-delà de la gêne produite par le bégaiement. » (Le Huche, 2002).
- l’OREV prend peu à peu sa place dans le groupe. Les personnes apprennent ensemble à le construire et
le bégaiement s’en trouve donc exclu.
Art thérapie
Cette approche thérapeutique, peu connue dans les années 1980, se répand de plus en plus aujourd’hui. Il ne s’agit
en aucun cas d’une méthode de rééducation du bégaiement, mais comme l’affirme Gayraud-Andel (2000) « c’est un
outil supplémentaire à une autre thérapie».
Le but de l’art thérapie proposé par Gayraud-Andel est l’évolution du sujet et l’évolution de sa façon de se dire.
L’esthétisme n’est pas le but recherché.
Le médiateur permet la mise en place d’une stratégie de détour (pas d’évitement), on peut donc grâce à lui ne pas
aller directement là où le symptôme s’est installé. Il permet de mettre au jour ce qui n’aurait pas pu apparaitre avec
le langage traditionnel. Même s’il y a verbalisation, l’explication et la prise de conscience de la personne n’amènent
pas forcément à le transformer. En revanche, produire est constructif. Gayraud-Andel dit d’ailleurs « l’œuvre créée
est affirmation de soi, c’est signifier son existence, faire reconnaitre ses particularités, prendre le risque du regard
de l’autre, de le faire participer à son monde intérieur, dépasser la crainte de communiquer ».
L’art remplace le langage verbal et aide à mettre en avant l’indicible. Le fait d’être en situation de jeu et
d’imaginaire permet de ne pas craindre le changement.
L’utilisation d’un médiateur artistique, pour le patient bègue, rend possible d’éprouver « des sensations, être à
l’écoute d’éléments cachés, mettre en forme pour faire trace et donc signifier son existence dans le regard de
l’autre ». De plus, faire participer la personne bègue « à son monde intérieur », lui faire dépasser sa « crainte de
communiquer » et lui ouvrir la « voie au champ symbolique par la possibilité de nommer », rend possible « aux mots
de redevenir parole sur soi ».
En pratique, les séances de groupe n’ont lieu qu’après un ou plusieurs travaux individuels. Le groupe constitue
l’intermédiaire entre ce qui a été acquis en individuel et le monde extérieur. Les personnes du groupe peuvent
compter les unes sur les autres et se savent comprises. Les autres personnes bègues du groupe sont plus faciles à
prendre en référence que le thérapeute, car lui n’est pas bègue.
Ainsi va se mettre en place un espace de plaisir : de jeux, de formes créées et de langage. Les médiations utilisées
sont : argile, collage, dessin, rythme, voix, danse d’expression primitive, contes et écriture, et jeux théâtraux. Les
relations (verbales et nonverbales) sont mieux vécues et donc « l’expressivité va s’améliorer, l’émotivité, lors de la
prise de parole, diminuera et la fluidité verbale sera meilleure ». Grâce aux prises en compte (commentaires,
regards) sur l’oeuvre que le sujet vient de créer, celui-ci se trouve « renarcissisé » et cela permet une
transformation positive de lui.
Musicothérapie
La musicothérapie est une thérapie psycho-corporelle. La musique est utilisée comme outil
de soins depuis toujours. Néanmoins, la musicothérapie n’est pas encore très connue.
Le médiateur utilisé dans cette thérapie est la musique. Elle sollicite des émotions et des
processus physiologiques particuliers. En effet, le son et la musique (éléments non verbaux)
favorisent « les interactions, le mouvement, la détente, la prise de conscience de son corps
et l’ouverture de canaux de communication ». La musique joue donc un rôle pour « sortir de
l’isolement, rétablir la communication, et partager des émotions au delà de la parole ».
Elle s’appuie énormément sur le langage non verbal. L’école de Palo Alto7 la considère
comme plus fiable pour la communication émotionnelle que le langage écrit ou verbal.
Grâce à l’outil sonore, la personne bègue peut retrouver le plaisir de communiquer d manière
non verbale et travailler sur des problématiques telles que le rythme et la tension.
Cela permet de se détacher des difficultés présentes lors du langage verbal.
La musicothérapie active, semble être plus adaptée que la musicothérapie passive (écoute de
bandes sonores où le patient exprime ce qu’il a ressenti).
La musicothérapie active consiste à donner au patient des possibilités d’expression. Elle fait
appel à la créativité, l’évocation et l’écoute par le biais des sons. Les patient imitent les
sons, improvisent puis créent des dialogues sonores et donc communiquent. Cette méthode
peut aussi servir d’exutoire au patient et lui sert à exprimer ce qu’il ressent.
Elle permet de travailler la confiance en soi, la conscience des autres, de l’environnement et
révèle des ressources présentes en soi rarement voire jamais mobilisées auparavant.
Pour Vallée (2000), le bégaiement est un trouble de la relation : « nous
considérons le bégaiement avant tout, comme un problème de la relation, et
secondairement d’expression et de communication ».
Il ajoute que pour qu’un individu puisse exister véritablement dans la relation,
celle-ci doit « fonctionner dans la reconnaissance de ce que je suis [il est], dans la
reconnaissance de ma [sa] différence, dans la reconnaissance de mon [son]
émotion ». De plus, seule cette reconnaissance peut changer « l’expression de mes
ressentis », et la relation devient alors le « lieu possible de mon accomplissement
». Pour lui, l’objectif de la prise en charge est de « travailler en premier à
renforcer la possibilité de relation avec le sujet, et la relation étant établie,
d’élargir au maximum le champ d’expression émotionnelle, pour atteindre, en fin
de cheminement, une facilitation, une verbalisation ».
La musicothérapie permet aussi « d’installer la relation et d’ouvrir le plus possible
de canaux de communication. […] Quand le mot, la parole ne peuvent plus être le
suppor t privilégié de la communication, le corps entier doit pouvoir suppléer ce
manque ».
L’émotion tient donc pour cet auteur une place centrale dans la rééducation du
bégaiement. C’est elle qui permet d’avoir des relations équilibrées et qui permet
de se construire. Pour Vallée, « c’est dans sa reconnaissance à son droit à
l’émotion qu’il (le patient) va pouvoir se restructurer positivement ».
Pour mener à bien la prise en charge, il propose toute une série d’exercices (à
adapter à chaque patient) pouvant aller de la prise de conscience de la respiration
à l’expression des ressentis en lien avec une écoute musicale.
Hypnose
L’hypnose est un état modifié de conscience fondé sur le principe de la dissociation entre conscient et
inconscient.
Développée par le psychiatre Erickson, l’hypnose éricksonnienne se caractérise par quatre grands principes
:
- « il n’est pas nécessaire de rendre conscient ce qui est inconscient » (Dumont et Julien, 2004), en effet,
l’hypnose permet de faire appel aux processus inconscients de manière autonome. Ceci offre donc au
patient une aide personnelle et adaptée pour l’aider à résoudre ses problèmes.
- « il n’est pas nécessaire que les mécanismes mentaux et les caractéristiques de la personnalité soient analysés
pour le patient ». En d’autres termes, le processus de guérison peut se développer sans que le patient ait
besoin d’une longue analyse. De la même manière, un traumatisme ne s’installe jamais de manière
volontaire et consciente. La guérison peut donc avoir lieu sans mobiliser la conscience.
- « la suggestion n’a pas à être directe, les suggestions indirectes peuvent souvent contourner les limitations
acquises du patient et donc faciliter les processus inconscients ». Les suggestions indirectes aident le
patient à faire face aux difficultés qu’il suppose impossibles à surmonter.
- « la suggestion thérapeutique va permettre la mise en oeuvre par le patient de nouveaux comportements
conscients et inconscients ». Erickson appelait cela une « resynthèse intérieure du comportement du
patient réalisée par le patient lui-même ». Cela s’apparente à du « sur-mesure » en fonction des besoins du
patient.
Dans cette approche, on considère que la personne possède en elle tout ce qu’il faut pour aller mieux mais
qu’elle ne sait pas comment faire.
Le thérapeute va donc permettre au patient de « puiser dans ses ressources inconscientes pour mettre en
oeuvre un processus de solution(s) au(x) problème(s) » ce qu permettra de « déjouer » les résistances
présentes dans sa conscience. L’hypnose ne peut être considérée comme une thérapie à part entière,
traitant tout ce que recouvre le bégaiement car elle n’a qu’un impact sur la personne bègue et sa relation à
lui-même. Mais elle permet le lâcher prise mental, l’expérience physique de la relaxation, l’expérience
psychosomatique du changement ainsi qu’un espace de liberté et de créativité (Saffiedine9).
EMDR
L’EMDR est l’acronyme anglais de « Eye Movement Desensitization and
Reprocessing » et pourrait se traduire littéralement par « désensibilisation et
retraitement par les mouvements oculaires » (Dumont et Julien, 2004).
Cette approche considère qu’en chacun de nous existe « un mécanisme de
digestion des traumatismes émotionnels » (Dumont et Julien, 2004). Cependant
lorsque le traumatisme s’avère trop important, ou que nous sommes « fragiles »
au moment où il survient, le mécanisme serait comme « débordé ». L’information
relative au traumatisme se retrouve donc « coincée » dans le système nerveux au
niveau du cerveau émotionnel (cerveau limbique) et ne peut plus être traitée par
le cerveau raisonnant (néocortex).
L’EMDR se révèle efficace pour les troubles déclenchés par des chocs émotionnels
pas toujours très violents, mais parfois suffisants pour les provoquer et laisser des
cicatrices émotionnelles.
En pratique, lors d’une séance d’EMDR, le thérapeute est face au patient (Madoun
et Dumonteil, 2005). Il lui demande de garder la tête fixe (seuls les yeux vont
bouger). Il effectue ensuite une série de balayages (21 comme le veut la règle) de
plus en plus rapides de gauche à droite et de droite à gauche avec un ou deux
doigts face aux yeux du patient. En même temps, le thérapeute peut émettre des
suggestions (directes, indirectes, posthypnotiques).
L’EMDR, grâce à ces mouvements oculaires et aux suggestions du thérapeute,
va permettre de réorganiser « la trace laissée dans le cerveau par les
émotions négatives ». Cette réorganisation de l’information améliore l’état
du patient (baisse voire disparition de troubles liés à l’ancienne information)
et il peut effectuer de nouveaux choix de réactions émotionnelles et des
comportements adaptés.
Le thérapeute doit mettre en oeuvre plusieurs principes dans le traitement :
- travailler sur le traumatisme d’origine,
- déterminer avec le patient ce qui dans le présent entretient ou réactive les
comportements et émotions inadaptés,
- favoriser la mise en place de nouveaux comportements adaptés à la vie de la
personne et aux objectifs que celle-ci se donne.
Cette psychothérapie considère le bégaiement comme un trouble psychique,
éventuellement lié à une situation traumatique. A ce titre, il peut donc
relever d’une prise en charge par l’EMDR.
Rêve-éveillé
La méthode du rêve-éveillé a été fondée dans les années 1930 par Desoille10. On
peut la mettre en oeuvre lors d’une psychanalyse. Elle utilise les symboles non
seulement comme moyens de communication mais aussi comme outils
diagnostiques et de prise de conscience. Ces symboles vont être transformés et
servir de dynamique revêtant une « véritable efficacité symbolique » (Palmade,
1984).
En pratique, le patient est en position allongée, dans la pénombre. Il doit se
mettre dans un état de relaxation musculaire.
Tout au long de la séance, le thérapeute joue un « rôle d’aiguillage » : il ne fait
que diriger et non imposer. Dans cette optique, il propose au patient une image de
départ que celui-ci doit décrire (plus tard, le patient peut proposer de lui-même
une image spontanée, d’un rêve nocturne, ou d’un rêve-éveillé antérieur).
Une fois l’image précisée, le patient doit s’y mouvoir. Le thérapeute est à même
de proposer des suggestions actives si besoin (proposition de monter un escalier,
de traverser un fleuve). La progression dans le rêve-éveillé va stimuler
l’imaginaire. Selon, Fabre (in, Rey-Lacoste, 1997) l’imaginaire se définit comme
étant draineur d’affects et l’image vécue est à même d’éveiller des émotions en
lien avec l’inconscient.
[Link]érapies cognitivo-comportementales
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont une forme de
psychothérapie adaptée au traitement de problèmes psychiques (exemple : les
phobies, les troubles anxieux). Mises au point dans les années 1970 par des
psychologues d’orientation scientifique, les thérapies cognitivo-comportementales
associent les approches cognitiviste et comportementaliste.
Dans l’approche cognitivo-comportementale, nos attitudes sont le fruit d’un
ensemble de « tendances innées, d’influences de l’environnement, mais aussi
d’apprentissages de vie, conscients et inconscients, réussis ou non » (Sciences
Humaines, Grands Dossiers n°15, juinj uillet-août 2009).
Le but de cette approche thérapeutique est de modifier nos pensées et nos
habitudes inappropriées en d’autres plus adaptées. Selon Cottraux (1998), le
comportement s’analyse comme une suite « d’actions permettant à l’individu de
s’adapter à une situation telle qu’il la perçoit et l’interprète ». Ainsi cette
thérapie consiste à mieux appréhender les pensées dont la personne bègue n’a pas
nécessairement conscience.
Les TCC se basent sur un modèle tridimensionnel : la dimension affective (ce que
ressent le sujet = émotion) ; la dimension comportementale (ce que fait le sujet =
action) ; la dimension cognitive (ce qu’il pense = cognition).
Ces trois dimensions fonctionnent en interaction agissant les unes sur les autres.
Le processus peut démarrer à partir de n’importe quelle dimension.
Les cognitions correspondent à des pensées automatiques se présentant à notre esprit dans une situation
donnée. Elles prennent la forme de monologues internes à contenu positif, négatif ou neutre.
En voici quelques caractéristiques :
- elles sont « subconscientes »,
- elles suivent une logique non vérifiée,
- elles ont un caractère catégorique,
- elles occupent le terrain et s’imposent à notre conscience comme première évaluation d’une situation.
Elles peuvent revêtir différentes formes : interprétations, anticipations, ruminations et jugements de
valeurs.
Elles influent directement sur nos émotions et donc sur notre comportement.
Quand nous traitons des informations, des distorsions peuvent se produire comme l’inférence arbitraire12,
la généralisation13, l’abstraction sélective14, la personnalisation15, la maximalisation du négatif et la
minimalisation du positif16, et le raisonnement dichotomique17 (Estienne et Van Hout, 2002). Les schémas
cognitifs avec les croyances de base constituent le soubassement des cognitions et des distorsions. Ils
constituent un système de valeurs de référence aboutissant à des règles de vie mais qui peut s’avérer trop
rigide et engendrer un comportement restrictif de la personne (Je dois, il faut, je ne peux pas).
Le schéma cognitif, activé, conduit à l’activation de l’assimilation ou de l’accommodation, mécanisme
appartenant à un processus réactionnel. L’assimilation consiste à ignorer ou à décoder de manière distordue
un événement de façon à ce que celui-ci concorde à nos schémas cognitifs. A l’inverse, l’accommodation
fait en sorte d’adapter les pensées en fonction de la réalité. « Les thérapies cognitives vont se donner
comme objectif de développer les capacités d’accommodation c’est-à-dire aider le sujet à mieux tenir
compte des faits pour s’y adapter, revoir ses schémas cognitifs pour les assouplir, les évaluer, devenir
conscient de ses cognitions automatiques, être capable de les critiquer en en décelant les distorsions et
surtout se doter de schémas cognitifs et de cognitions différents pour les mettre en oeuvre rapidement dans
n’importe quelle situation de vie » (Van Hout et Estienne, 2002).
La thérapie conduit le sujet à s’interroger régulièrement et à répondre en agissant : « Ne
suis-je pas en train de confondre les événements avec l’interprétation que j’en fais ?
Comment voudrais-je me sentir ? Et que voudrais-je faire autrement ? Quels avantages
obtiendrais-je si je changeais ? ».
Le patient va être amené à se poser des questions sur les distorsions afin d’évaluer où il en
est par rapport à celles-ci (par exemple pour l’inférence arbitraire : « La conclusion que je
tire est-elle la seule ou existe-t-il d’autres formes d’interprétation de l’événement ? »).
Ce processus d’analyse que le thérapeute enseigne à la personne bègue s’accompagne
d’exercices sur l’aspect moteur du bégaiement afin que le patient prenne conscience qu’il
est maître de sa parole et que celle-ci peut être fluide.
Un des autres objectifs est de travailler sur des situations langagières plus ou moins difficiles
que rencontre la personne bègue dans sa vie quotidienne. Chaque situation travaillée suit une
progression type. Cette progression se déroule par un enchaînement d’exercices. On
commence par un rêve-éveillé dirigé où la personne bègue élabore une situation. Dans un
deuxième temps, elle s’imagine parler comme elle le souhaiterait, puis le thérapeute met en
place avec la personne bègue un jeu de rôles où sera jouée la situation. Après que le patient
aura vécu celle-ci en situation réelle, il en fera le compte rendu.
Les thérapies cognitivo-comportementales donnent au patient le pouvoir d’agir sur son
bégaiement de manière active.
L’orthophoniste Estienne, a écrit dans 10 histoires pour l’orthophonie, plusieurs récits pour
expliquer l’approche des TCC dans la rééducation du bégaiement. L’un d’eux relate la
rencontre d’un prince qui bégaie et d’un « vieillard ».
Sophrologie
Cette approche a été fondée dans les années 1960 par Caycedo. Pour lui « la sophrologie est
la science, ou mieux une école scientifique qui étudie la conscience, ses modifications et les
moyens physiques, chimiques ou psychologiques pouvant la modifier dans un but
thérapeutique, prophylactique ou pédagogique » (Dumont et Julien, 2004).
Elle se caractérise par un ensemble de techniques psychocorporelles visant à maintenir ou à
retrouver un équilibre global. Elle offre donc à chacun la possibilité de trouver de nouvelles
ressources en lui-même pour améliorer sa qualité de vie et développer la connaissance de
soi.
D’une manière générale, elle s’appuie sur une méthode de relaxation et de développement
personnel dans l’optique de préserver la santé physique et mentale de l’individu.
La pratique de la sophrologie équivaut à un entraînement durant lequel le patient fait sienne
la méthode enseignée par le thérapeute afin de pouvoir la pratiquer seul chez lui, dès qu’il
en ressent le besoin.
Ce travail avec le thérapeute s’effectue soit de manière ponctuelle (pour une situation
particulière) soit en accompagnement de plus longue durée (par exemple : gérer son
bégaiement au quotidien).
Plus précisément, le thérapeute initie son patient à des techniques de relaxation afin
d’atteindre l’état « sophro-liminal » (Dumont et Julien, 2004), un état de conscience
particulier associant une grande vigilance à un relâchement du tonus musculaire. L’esprit
devient donc réceptif et efficace dans un corps parfaitement détendu.
Grâce à ces exercices spécifiques, la sophrologie agit à différents niveaux :
- sur le plan mental : mise en place d’une pensée moins stressante et plus valorisante,
développement de la notion de plaisir dans le dialogue avec autrui,
développement de la confiance en soi et de l’estime de soi, capacité de prise de
recul vis-à-vis des autres ;
- sur le plan physique : le patient apprend à reconnaître l’état de détente et
développe une conscience corporelle par des exercices de relaxation et de
respiration ;
- sur le plan des émotions : la sophrologie apprend à reconnaître, nommer et accepter
ses émotions. Le patient peut donc les accompagner et non plus les combattre et
les rejeter. Par conséquent, elles deviennent moins envahissantes et leur impact
sur le comportement et la parole de la personne devient moins gênant ;
- sur le plan comportemental : la sophrologie offre la possibilité d’une meilleure
maîtrise de la posture, des mouvements et des déplacements. Ceci est rendu
possible grâce à des exercices sur la conscience du corps et de son langage, la
conscience des tensions et des relâchements, le développement de la sensorialité.
Différents entraînements permettent de travailler sur des aspects comme les mots
d’appuis, les mouvements accompagnateurs et la coordination.
En résumé, la sophrologie, par son approche et les exercices qu’elle propose, joue
un rôle important pour venir en aide à la personne bègue. Elle peut ainsi apporter
à la personne bègue : « une perception plus fine du schéma corporel, une détente
musculaire et mentale, une augmentation de la confiance en soi, une capacité à
apprivoiser ses émotions et une meilleure connaissance de son univers intérieur ».
[Link] de relaxation et techniques
motrices
1. Relaxation
- Méthode analytique de Jacobson
- Relaxation : les yeux ouvert de Le Huche
2. Respiration et maîtrise du souffle
- Travail sur la conscience du souffle
- Maitrise du souffle et de l’attitude corporelle
3. Maîtrise de l’émission vocale
- Travail de la conscience vocale
- Lecture recto-tono
4. Réincarnation de la parole et de la phonétique
5. Techniques motrices vocales
- ERASM
- Bégaiement inverse
- Techniques de Van Riper
- Bégaiement volontaire
- Parler-rythmé
- Camperdown program
Méthode analytique de Jacobson (médecin
américain)
Méthode de relaxation neuromusculaire, son but est d’apprendre à observer les
schémas de tension et à les relâcher.
La cure se divise en deux parties.
D’abord, la relaxation générale où le patient en position de repos (allongé) alterne
des phases de contraction et de décontraction d’un muscle. Il doit analyser les
sensations ressenties durant ces différentes phases. Les consignes sont : «
contractez, maintenez, repérez, relâchez, observez ».
Au fil des séances, la progression s’étend à tout le corps en vue d’obtenir un contrôle
global et une relaxation générale.
En second lieu, la relaxation différentielle, fait utiliser le minimum de contraction
musculaire nécessaire à l’exécution d’un acte en même temps qu’il y a relaxation
des autres muscles non nécessaires à cet acte.
Le but consiste donc à maîtriser parfaitement le niveau tonique adéquat pour une
réponse adaptée aux variations du milieu.
Le patient s’attache à développer ces manières d’agir pour les utiliser dans sa vie
de tous les jours.
Méthode globale de Schultz (psychiatre
allemand)
On appelle également cette méthode « training autogène » de Schultz. L’apprentissage de cette relaxation
compte six stades qui conduisent à un niveau de détente et « une déconnexion générale de tout
l’organisme».
La séance doit se dérouler au calme, dans la semi-obscurité. Le patient est assis ou couché, il est invité à
fermer les yeux et à se sentir calme.
Les phases de relaxation lors d’une séance durent de 20 à 30 secondes au début de la cure pour atteindre
une demi-heure à la fin de l’apprentissage :
1er stade : expérience de la pesanteur (sur le bras pour démarrer puis généralisation à tout le corps
indirectement) ;
2ème stade : expérience de la chaleur ;
3ème stade : contrôle du cœur ;
4ème stade : contrôle respiratoire ;
5ème stade : sensation de chaleur au niveau de l’abdomen ;
6ème stade : sensation de fraîcheur du front.
Pour passer d’un stade à un autre on compte environ quinze jours.
Les deux méthodes décrites recherchent le relâchement du tonus musculaire afin de parvenir à une détente
psychique.
Elles permettent également de développer la conscience du schéma corporel et des sensations s’y
rapportant. Le patient apprend donc à reconnaître ses tensions afin de les prévenir et de mieux les gérer.
Relaxation : les yeux ouvert de Le Huche
Ici, le patient effectue des soupirs entrecoupés de pauses de quelques
secondes. Durant ces pauses, il recherche un sentiment de bien-être malgré
l’absence de respiration : cela s’appelle « l’apnée confortable ». Celle-ci
n’est possible que si l’inspiration s’est déroulée de manière économique et
harmonieuse.
En même temps que la pause respiratoire, le patient effectue des manœuvres
de crispation-détente « où il s’agit de mettre en tension progressivement tous
les muscles d’un membre, sans pour autant provoquer de mouvement, en
réalisant en quelques secondes un blocage progressif des articulations de ce
membre, puis leur relâchement subit, tout en évitant la diffusion de la
tension au reste du corps » (Le Huche, 2005).
Cet exercice ne vise pas la décontraction en tant que telle mais la maîtrise de
l’énergie psychomotrice.
Le patient devient capable d’accéder à son « potentiomètre » qui a pour rôle
de régler le niveau de l’énergie dans le corps et l’esprit. Au-delà de l’accès à
ce potentiomètre, le patient apprend à le manœuvrer pour « dévolter et
survolter » à volonté. Cette capacité ainsi développée va servir de base pour
la suite de la thérapie chez la personne bègue (débit, articulation…).
2. Respiration et maîtrise du souffle
1. Travail sur la conscience du souffle
Pour Plazaola et Gauthier (2004) le travail sur la conscience du souffle s’inscrit après un travail
sur la « conscience statique » (autorisant le patient à se recentrer sur lui et à dénouer les
tensions et blocages qui perturbent la libre circulation du souffle). Selon les auteurs, on
observe souvent chez la personne bègue « un mode de respiration thoracique supérieur, avec
des inspirations brèves et fréquentes, un rythme précipité et une parole en apnée, ou même
une sonorisation sur l’inspiration (parole en respiration inversée), qui entraînent parfois
jusqu’à une véritable suffocation ».
Ils proposent alors des planches anatomiques commentées au patient pour expliquer
l’anatomie et la physiologie de la respiration.
Le patient observe le thérapeute mais surtout pratique les exercices pour percevoir la
puissance et le rythme profond du fonctionnement respiratoire.
La position allongée, au départ, lui fait prendre conscience de ce qu’est une respiration
calme dans laquelle l’abdomen est mis en jeu. Les différents étages (de l’abdomen aux
épaules) sont étudiés et il apprend à se représenter le passage de l’air dans ceux-ci.
Un travail spécifique se fera sur la gestion du souffle « thoraco-abdominal » avec respect de
la réserve d’air résiduel. De nombreux exercices sont proposés ; ils peuvent paraître
rébarbatifs et « ingrats » mais ainsi le patient se familiarise avec le fonctionnement
respiratoire qui lui paraissait auparavant étranger, anarchique et imprévisible (accident de
parole). Cette connaissance (intellectuelle et corporelle) permet de faire baisser le niveau
d’angoisse du patient vis-à-vis de cette imprévisibilité.
2. Maitrise du souffle et de l’attitude corporelle
Pour Le Huche, les exercices de relaxation et la baisse de la tension psychomotrice
vont offrir une base au développement de la maîtrise du souffle abdominal
nécessaire pour une projection vocale efficace.
Les différents exercices s’effectuent en position assise, couchée ou debout. Ils
visent à mettre en place une économie d’énergie, des gestes naturels et un
comportement authentique. Nous développerons ici l’exercice du souffle du
sagittaire qui met en jeu à la fois le regard, le souffle abdominal et la verticalité.
Il a pour but de faire prendre conscience au patient du mécanisme de la voix
projetée.
Le patient se tient debout ou assis (sans s’adosser). On lui demande d’imaginer un
bateau au loin sur la mer. Son corps doit alors se redresser et il doit fixer son
regard sur le bateau imaginaire auquel il va adresser un message de départ. Il
émet alors trois bruits de souffles successifs avec fermeté (mais sans violence) «
chchch ». Entre chaque émission, il reprend de l’air, sans bruit. Le thorax ne doit
pas s’affaisser au moment du souffle, on doit avoir l’impression qu’il est poussé
par le souffle abdominal. Chaque émission commence en douceur et se termine un
peu sèchement « comme une flèche qui se fige ». L’ensemble du geste doit
sembler naturel, discret, facile et dynamique.
Cet exercice facilite le contrôle de la tendance au « survoltage ». Il s’inscrit aussi
dans une dynamique (faire arriver son message à autrui).
Voici différentes images mentales pour pouvoir travailler la rééducation de la
respiration auprès des enfants
[Link]îtrise de l’émission vocale
1. Travail de la conscience vocale
Pour Plazaola et Gauthier (2004), le fondamental usuel des personnes bègues est
parfois altéré (voix trop grave ou aigüe par rapport à ce qu’on attendrait) mais la
voix peut aussi être détimbrée, rauque, éraillée…
Cela témoigne donc d’un déséquilibre vocal ainsi que d’un contexte d’effort et de
tension. L’intensité, souvent faible chez la personne bègue, trahit également son
mal-être.
On commence le travail par des soupirs sonorisés, des ronronnements qui vont
assurer le couplage pneumo-phonique et rassurer le patient. On demande alors au
patient de ressentir les vibrations, de les situer et de se les représenter (cou,
nuque, lèvres, sternum). Peu à peu, on amène le patient à descendre dans les
graves (tout en sentant les vibrations sternales) puis à remonter pour passer au
registre de tête.
Grâce à cela, le patient va ré-apprivoiser ses vibrations vocales. La voix perd ici sa
connotation dangereuse (parole), elle existe mais dans un contexte de plaisir.
Le patient commence par associer des « mmmm…a » puis ensuite des « a » tout
seul. Il faut profiter de ces exercices pour que le patient mobilise une certaine
intensité vocale. Ce travail lui apprend à prendre sa place dans le temps et dans
l’espace.
2. Lecture recto-tono
La lecture recto-tono consiste à « psalmodier un texte en le chantant sur une
seule note ». Cette lecture peut se pratiquer avec un rythme métronomique
et stéréotypé, mais le rythme peut aussi être « plus harmonieusement
balancé, à la fois impulsionnel et mesuré » (Le Huche, 2005).
Cela apporte donc du plaisir à la personne bègue qui va fréquenter de
manière agréable des mots rendus inoffensifs, enfermés dans cette cage
musicale psalmodique. Cela constitue un pas vers l’apprivoisement « pourvu
que l’on ne s’irrite pas du fait que sans cette monotonie rien ne va plus ».
Les exercices vocaux sont parfois très difficiles à vivre pour les personnes
bègues. Il faut alors tenir compte que pratiquer un exercice vocal engage la
personne toute entière. Il convient de progresser par étape et de projeter des
sons chantés et parlés jusqu’à que cela devienne facile pour le patient.
4.Réincarnation de la parole et de la
phonétique
Le Huche parle de « déviances articulatoires » présentes chez des personnes bègues. Il propose au patient de prendre
conscience que sa parole se fabrique « avec sa propre chair » (lèvres, langue, mâchoire, voile du palais, larynx et poumons). Le
but principal est donc qu’il considère tous ces organes et parvienne à réaliser tous les bruits avec précision, facilité et naturel.
Comme la personne bègue souffre souvent de « surtension locale » cet apprentissage peut s’avérer difficile. La relaxation joue
donc un rôle important pour faire baisser cette tension. Mais il faut également s’entraîner par des exercices particuliers
mobilisant les lèvres, la mâchoire et la langue : ceci dans le but d’augmenter les habiletés de mouvements de ces organes et
afin d’acquérir « l’indépendance de mouvement de chacun des trois organes par rapport aux deux autres ». A titre d’exemple,
on peut demander au patient de tirer la langue sans s’appuyer sur les lèvres et sans que celles-ci ou la mâchoire ne bougent.
Dans ce projet de réincarnation de la parole, le sujet s’entraîne attentivement sur les bruits à signification linguistique que
sont les phonèmes. Cependant, on peut montrer que certains phonèmes équivalent à des bruits de la vie courante (« s » =
chambre à air d’un vélo se dégonflant). Cela permet de montrer que par phonème, on entend, non pas le nom de la lettre mais
le bruit qu’elle fait.
L’initiation à la phonétique s’avère indispensable pour réincarner la parole. Mais avec la personne bègue on s’intéresse plus à
l’aspect mécanique c’est-à-dire la manière dont on produit les sons. L’intérêt est de lui faire comprendre comment fonctionne
cette « machine à faire des bruits avec laquelle nous parlons ». Grâce à des schémas on montre au patient les six points
d’articulation et les organes articulatoires qui peuvent agir à la manière de « robinets » pour faire obstacle au passage de l’air
de trois manières : explosion [p], écoulement [s] et vibration [z].
A partir de là, on peut expliquer au patient les différentes familles de consonnes. Ensuite on présente les voyelles à l’aide d’un
triangle vocalique les classant par leur degré d’ouverture mais aussi par leur caractère antérieur ou postérieur.
Cette initiation à la phonétique s’effectue par le biais d’explications (tableaux et commentaires du thérapeute) mais surtout
par la pratique du patient (sensation de la mise en place des différents organes pour produire tel ou tel son). La remise en
place d’une articulation automatique normale est facilitée, mettant de côté tout « artifice, tout « truc à ne pas bégayer » .
[Link] motrices vocales
1. ERASM
Ce terme vient de l’anglais « Easy Relax Approach Smooth Movement ». Il est
parfois traduit par « parler relax », approximation trompeuse, car c’est une
modalité qui nécessite de l’entraînement (exigeant concentration et précision du
geste) pour aboutir à une parole plus détendue.
La première étape consiste à expliquer au patient qu’il va devoir s’entraîner pour
acquérir l’automatisation du bon geste et que cela peut prendre du temps avant
qu’il considère que sa parole sonne juste.
L’ERASM ne constitue pas une béquille pour ne pas bégayer mais le
reconditionnement d’une parole. Il faut convaincre le patient que cette méthode
possède un effet bénéfique sur l’interlocuteur. L’ERASM assure un comportement «
tranquillisateur » et réparateur à son égard.
Il est nécessaire d’apporter quelques précisions : cette technique porte sur les
deux premiers « sons », elle permet d’éviter des postures pré-phonatoires néfastes
(serrage buccal, laryngé), elle « permet d’entrer dans la dynamique du mot »
(Simon, juin 2011), (réunification des deux premiers sons et production détendue
de la suite du mot). Le contact visuel doit avoir lieu lors de la production et
l’intensité vocale doit être de hauteur normale.
Le patient doit également savoir résister à la pression temporelle. L’expressivité
naturelle doit être conservée ainsi que l’accentuation normale du français.
Il est primordial que le thérapeute sache modéliser cette technique pour son patient.
Dans la pratique, le patient doit pratiquer une auto-observation (analyser sa parole).Un
apprentissage phonétique (conscience sur réalisation de chaque phonème) est souvent nécessaire.
D’abord, le patient procède à « une analyse flash » des deux premiers sons pour savoir comment
porter son attention articulatoire.
Pour Simon « l’ERASM commence à « s’engrammer » quand c’est la kinesthésie seule qui opère, sans
besoin de contrôle auditif ni visuel ».
Pour arriver à cela, on peut passer par trois étapes :
- l’étape posturale : mots dont la posture phonatoire est apparente « p », « b » ce qui permet une
démonstration du thérapeute et un auto-contrôle du patient devant la glace ;
-l’étape auditive : au départ, les premiers essais ressemblent à de la « bouillie », le passage par
l’artificiel est obligé. Au fur et à mesure les phonèmes pratiqués avec l’ERASM ressemblent au
phonème classique ;
- l’étape kinesthésique : le patient sent si sa production s’effectue en douceur ou en tension.
Cette technique s’opère sur l’axe linguistique (unités de sens de plus en plus longues ; aller du plus
simple au plus abstrait ; travailler sur des situations de parole de plus en plus difficiles). Elle
travaille également sur l’axe de l’implication du sujet « aller de la pluie et du beau temps à
l’histoire de chacun ».
Le transfert à la vie quotidienne doit s’effectuer très progressivement. On étudie avec le patient les
situations dans lesquelles il va pouvoir utiliser l’ERASM. Il ne faut pas hésiter à revenir en arrière si
besoin est.
De manière générale, l’ERASM pourrait être comparé à une rampe d’escalier (on sait qu’elle est là,
on ne l’utilise pas sauf si besoin), le patient l’utilisera donc lors de certaines situations (si il ressent
de la gêne par rapport à l’interlocuteur) ou lors d’un « bégayage ».
2. Bégaiement inverse
Pour Gregory, cette technique pourrait se comparer à « marcher des deux cotés de la rue en même temps »
en d’autres termes cela équivaut à travailler la fluence conjointement au travail sur la modification des «
bégayages ». Gregory écrit pour ses patients que le bégaiement inverse signifie « produire volontairement
et dans un but précis ce que vous avez dans un premier temps émis involontairement et que vous souhaitez
changer ».
On peut alors comprendre qu’il s’avère difficile pour le patient de reproduire avec exactitude son accident
de parole. Cela peut être douloureux pour lui qui essaie de dissimuler son bégaiement depuis si longtemps.
Le bégaiement inverse permet au patient « un meilleur contrôle de ce qu’il fait quand il bégaie, le
désensibilisant progressivement de ses « bégayages » et parallèlement diminuant sa peur de bégayer. »
En pratique, il faut d’abord « faire connaissance avec ses tensions, les localiser ». La vidéo peut s’avérer
utile (mais cela demeure d’un emploi délicat), le patient peut être aidé grâce aux questions posées par le
thérapeute.
Ensuite, le patient apprend à reproduire le « bégayage » en l’imitant (même nombres de répétions, temps
de blocages identiques, tensions externes et internes…). Il faut s’assurer quand le patient émet ce
bégaiement volontaire, qu’il est complètement voulu et que ne s’est pas rajouté un bégaiement «
involontaire » ce qui le ferait entrer dans un faux semblant encore plus nocif que le « bégayage » vrai. Au
départ, la tension reproduite dans le bégaiement inverse doit-être la même que dans l’accident de parole,
puis la tension doit être réduite demanière progressive en passant par différents paliers (selon les capacités
de contrôle de sa tension par le patient) sans en arriver à la parole dite normale.
Grâce à cette technique, « le bégaiement diminue face à cet auto-contrôle et à cette confrontation, qui
participent à la désensibilisation ».
Cette technique se pratique en séance ou en privé mais pas dans de réelles situations de communication. Le
patient peut noter dans la journée les mots sur lesquels il a butés et les reproduire en bégaiement inverse
le soir.
Il apprend donc à gérer sa tension, n’inverse plus son reflexe de détente au moment des difficultés de
parole car il sait qu’il peut contrôler. La peur de bégayer devient moindre et la gestion devient plus facile.
Cependant, ce moment thérapeutique s’avère souvent difficile à vivre pour le patient.
3. Techniques de Van Riper (Charles Gage Van Riper (1905 – 1994) ancien bègue,
était un orthophoniste américain)
Dans les techniques présentées par Van Riper nous retiendrons trois procédés :
- « Cancellation » : pour cette technique on peut utiliser le mot « stop »
équivalant au geste de la main pour faire arrêter le patient, une fois le «
bégayage » produit. Le patient peut alors réadapter sa posture phonatoire et
redire le mot sur lequel il a bégayé avec une technique apprise (ERASM ou
autre). Le mot voulu peut alors être dit sans avoir recours à des
circonlocutions ou à des remplacements.
-« Pull-out » : autrement appelée « dérapage contrôlé », cette technique
consiste à prolonger volontairement le son sur lequel le patient a bégayé, en
glissant dessus.
- « Preparatory-set » : cette technique s’utilise en anticipation du « bégayage ».
Le patient capable de sentir un « bégayage » arriver met en place des
dispositions pour rendre sa parole plus fluente (ERASM ou autre). On lui
demande donc « d’introduire par anticipation les modifications nécessaires
pendant cette répétition interne ». Cette technique peut s’avérer difficile
pour le patient (effectuer le contrôle interne) ; de plus elle est invérifiable
par le thérapeute.
4. Bégaiement volontaire
On peut le situer un cran au-dessus du bégaiement inverse. Le but est là de
ne plus se retenir par peur de bégayer alors que l’on veut s’exprimer. Cette
technique ne peut souvent trouver sa place que vers la fin du traitement. En
effet, « jouer » avec son bégaiement n’est pas chose aisée et demande
d’avoir pris assez de recul par rapport à lui, de ne plus craindre de bégayer «
pour de vrai ». Ici, le patient doit donc s’aventurer à montrer cette image de
bègue tant redoutée auparavant.
Le patient sait souvent de lui-même quels « bégayages » il peut introduire de
manière volontaire.
Il faut cependant respecter une hiérarchie dans les essais successifs.
Cette pratique fait décroître l’embarras et la maladresse de la personne et
ouvre le chemin vers une communication interactive.
5. Parler-rythmé
Cette technique nécessite la présence d’un interlocuteur. Elle se pratique
avec un geste accompagnateur « ouvrir la main, précédemment posée sur la
cuisse paume cachée, dans un geste de don vers l’interlocuteur au moment
de sa parole ». Il permet le découpage en unités de sens de plus en plus
longues au fil de l’évolution du patient. Entre ces unités de sens, a lieu une
inspiration passive, source de détente. Si nécessaire, le patient peut rajouter
l’ERASM à cette technique pour assurer la détente.
Le parler-rythmé, en plus de l’aide rythmique qu’il apporte, offre une
amélioration de la concentration. Certains patients témoignent qu’ils sont
moins sujets aux brouillages d’idées, aux blancs…
Le parler-rythmé, peut s’intérioriser progressivement ou n’être plus qu’un «
léger mouvement de la main peu perceptible de l’interlocuteur ».
6. Camperdown program
Le programme Camperdown est un traitement du bégaiement de l’enfant et
de l’adulte. Il a été développé par des chercheurs de la clinique de recherche
ASRC (Australian Stuttering Research Centre) et doit son nom à cette clinique
de l’Hôpital royal du prince Alfred qui se trouve à Camperdown dans la
banlieue de Sydney.
Pour apprendre cette technique, le patient commence par évaluer son
bégaiement sur une échelle de 1 à 9, se référant au moment de bégaiement
le plus fort de la semaine mais également à des situations types (parler à ses
proches, parler au travail, etc.).
On utilise le support vidéo pour montrer au patient la manière de faire, celui-
ci pourra l’emporter chez lui afin de s’entraîner. On lui précise qu’il ne va pas
parler comme dans la vidéo car il s’agit uniquement d’un entraînement de
départ. Il commence également à s’exercer à l’extérieur par petites phrases
courtes. Très rapidement (dès la deuxième séance), on demande au patient
de ne plus bégayer en séance et de parler à la vitesse la plus rapide possible
(dans le respect d’une fluidité correcte).
La technique équivaut à ce qu’on appelle un « langage prolongé » dans lequel
doivent être présents plusieurs critères : la réduction du débit ; l’allongement
des voyelles dans un continuum ; le prolongement des mots ou des sons ; les
contacts articulatoires légers, le début de parole ou voisement doux ; le
contrôle de l’écoulement du souffle.
Le patient, en parallèle de cette technique motrice, apprend à remplir «
l’échelle de naturel » pour coter sa parole (de 1 à 9). Ainsi, le niveau 1
correspond à une parole naturelle, le niveau 4 se réfère à un minimum de
techniques audibles par un interlocuteur non familier et le niveau 9 renvoie à
une parole non naturelle à l’extrême.
Une fois les bases acquises, le patient aborde un second stade dans lequel il
doit être fluent en rééducation, tente des essais dans le monde réel et choisit
sa vitesse de parole en fonction des situations. Cela passe par trois phases
dites d’évaluation, d’apprentissage et d’entraînement.
Dans un troisième temps, le patient pratique fréquemment la technique
(entraînement formel) et le thérapeute le met progressivement dans des
situations dans lesquelles il sait que le patient peut réussir (entraînement
informel).
Au dernier stade, le patient se sent à même de résoudre les problèmes qui
peuvent se présenter à lui et juge que sa parole est « acceptable » dans une
majorité de situations.
7. Le programme Lidcombe
Le programme Lidcombe fait partie des approches directes qui proposent une intervention sur le
bégaiement de l'enfant. L’orthophoniste apprend aux parents à donner le traitement. Cette
approche est basée sur une évaluation journalière du bégaiement et des renforcements positifs. «
Le programme Lidcombe est un programme béhavioriste pour le bégaiement chez les enfants d’âge
préscolaire.
Dans ce programme, un parent ou toute personne significative pour l’enfant, apprend à effectuer la
thérapie et à mesurer la sévérité du bégaiement de l’enfant lors de situations de communication de
tous les jours. » Manuel du programme Lidcombe, 2004, traduit par [Link] sur le site «
[Link] ». Ce programme se compose de deux stades :
- Stade 1 : visites hebdomadaires. Les parents apportent un enregistrement d’une conversation avec
l’enfant, afin que l’orthophoniste évalue la nature et la progression du bégaiement de l’enfant, et
le pourcentage de syllabes bégayées. Les parents transmettent à l’orthophoniste les scores de
sévérité du bégaiement de leur enfant, sur la semaine qui a précédé le rendez-vous. Le thérapeute
et les parents font le point sur cette semaine, sur les points positifs et ceux à améliorer jusqu’au
prochain rendez-vous. Les parents doivent mettre en place des « contingences verbales » : il s’agit
pour eux de commenter les périodes bégayées (reconnaissance et demande d’auto-correction) ou
non (éloge, reconnaissance, auto-évaluation) de leur enfant. Ces contingences verbales parentales
doivent se faire à des moments précis de la journée. En effet, l’enfant et les parents s’engagent
dans une activité interactionnelle langagière de façon à ce que les contingences se fassent de
manière structurée. Peu à peu, les contingences pourront s’étendre à d’autres moments de la
journée.
- Stade 2 : c’est la phase du maintien. Les visites en clinique s’atténuent et les contingences également.
L’atteinte du critère performance est déterminée comme pour la première visite, par le biais d’un
enregistrement de conversation o l’orthophoniste calcule le pourcentage de syllabes bégayées.
Le principe de l'évaluation quotidienne de la sévérité du bégaiement
correspond à une évaluation réalisée par le parent, après que l'orthophoniste
lui ait appris noter les bégayages de son enfant. La parole de l'enfant est
évaluée sur une échelle appelée échelle de sévérité, allant de 1 à 10, 1
représentant une parole parfaitement fluente et 10 un bégaiement
extrêmement sévère.
En fin de journée, les parents doivent évaluer la fluence de l’enfant pour la
journée qui vient de s’écouler et doivent consigner ce score sur une grille en
format papier.
Cette échelle de sévérité, très utilisée dans le cadre du Programme
Lidcombe, ne remplace pas le pourcentage de syllabes bégayées (%SB), autre
indicateur qui permet d’évaluer la gravité du bégaiement et l’enfant et qui se
calcule de la façon suivante :
Accompagnement familial
Différents éléments sont importants dans l’accompagnement parental :
- Le dialogue
- L'observation des interactions et le renforcement des attitudes positives
- Le travail avec les frères et soeurs
-La réflexion sur la parentalité
- Les liens avec les autres professionnels de la petite enfance
Les premières séances se font en présence de l'enfant et de ses deux parents afin
qu’ils se sentent « reconnus» et prennent conscience de leur rôle primordial.
L’orthophoniste leur donne des conseils afin que l’enfant progresse le plus vite
possible et qu’il se sente rassuré tout comme ses parents.
Le thérapeute peut également proposer des modifications sur l’environnement du
patient. SIMON (2006) évoque quatre éléments importants aux parents :
- Baisser temporairement le niveau des mesures éducatives : ceci permet d’éviter une
surcharge cognitive que l’enfant ne peut supporter en période de bégaiement.
- Baisser la pression du temps : les modifications temporelles dans la vie quotidiennes
sont importantes pour qu’il y ait des temps d’interactions entre les parents et leur
enfant. C’est un moment où ils sont disponibles et à l’écoute, sans pression
temporelle pour l’enfant.
- Parler lentement et simplement
- Veiller aux réactions lorsque l’enfant bégaie
Approches mixtes
L’approche des demandes et capacités
D'après le modèle de STARKWEATHER, cette approche est basée à la fois sur
des conseils parentaux et des jeux avec l’enfant sur la fluence. Elle vise à
adapter le langage adressé à l'enfant à son niveau de langage. Les adultes
doivent ainsi veiller à ne pas adresser un langage trop complexe à l'enfant
pour que celui-ci ne tente pas de répondre par un langage qui serait au-delà
de ses capacités de production.
Effet neurologique des thérapies
La neuro-imagerie a permis de découvrir les trois manières dont le cerveau
combat le bégaiement (MONFRAIS PFAUWADEL 2014) :
- Les bégaiements persistants sont un échec des tentatives pour compenser le
déficit de l’hémisphère gauche par le développement des mêmes régions à
droite.
- Les guérisons spontanées sont dues à des circuits alternatifs qui se sont
constitués dans les zones péri-lésionnelles.
- Après traitement rééducatif, il y a normalisation de l’activation dans les deux
hémisphères, mais sans participation du cortex orbito-frontal.
[Link] sur les interactions
1.Séances de groupe animées par des orthophonistes
Il existe plusieurs types de groupes pour personnes qui bégaient. Certains groupes
sont réunis en séances hebdomadaires ou mensuelles et d’autres le sont lors de
stages intensifs d’une semaine.
Animés par des orthophonistes, ils se composent en général de huit à dix
personnes maximum.
L’accès à des séances de groupe se fait toujours après une prise en charge
individuelle et agit comme une bonne préparation pour la vie à l’extérieur.
En voici les principales composantes thérapeutiques (Estienne, Van Hout, 2002).
Le groupe a plusieurs effets bénéfiques sur la personne qui bégaie.
Tout d’abord, le partage des manifestations émotionnelles modifie la manière
dont chaque personne les perçoit et lui apprend à les gérer.
La personne bègue va également pouvoir échanger et se rendre compte que son
point de vue peut être partagé ou discuté sans agressivité aucune. Elle se rend
compte qu’elle peutêtre reconnue en tant que personne qui peut avoir des
qualités (drôle, gentil…) et qui peut intéresser les autres.
Grâce au groupe, la personne bègue apprend petit à petit à prendre conscience
d’autrui. Par conséquent cela « débouche sur un ajustement actif de la distance à
autrui. »
La personne bègue est également amenée à changer ses perceptions grâce à l’existence même du groupe.
Elle va par ailleurs modifier son écoute, qui devient active (condition indispensable pour communiquer). En
parallèle, la résistance à la pression du temps (ne pas avoir peur du silence, savoir laisser parler l’autre)
permet à cette écoute de se mettre en place.
Enfin, ces séances de groupe vont entraîner plusieurs mouvements intérieurs :
- partir d’une sorte de fausse indifférence au bégaiement pour aboutir à un savoir partagé ;
- partir de la non-acceptation du bégaiement pour parvenir à une tolérance voire une acceptation (en passant
par la tolérance de celui des autres) ;
- aller d’une attitude d’évitement à une volonté d’expérimenter (discussion, jeux de rôle, dialogues de
théâtre…) ;
- aller d’une attitude de retrait à la « prise de risée23 » ;
« Ces mouvements intérieurs pourtant si liés au bégaiement, aboutissent donc à ce développement de soi,
permettant de mieux s’aimer, de s’affirmer, d’apprécier les autres et de croire à leur intérêt et leur
respect. Tournés vers une meilleure conscience de soi par l’observation des autres, les patients acquièrent
une connaissance de leurs propres schémas et façon de faire ou d’être et il leur devient possible de les
ajuster progressivement, cette fois-ci sans risque. Il s’agit d’une intégration qui resocialise progressivement
les sujets bègues qui offraient souvent l’image d’êtres aliénés par leur trouble » (Estienne, Van Hout, 2002).
Concernant les séances, les patients sont informés de leur contenu, cependant il n’y a pas d’ordre
préétabli. Celui-ci est fixé en fonction de l’évolution de chacun et de celle du groupe.
Sont travaillés : la relaxation, le contrôle de la parole et des comportements accompagnateurs, l’analyse
des attitudes et sentiments sous-jacents au bégaiement.
Tout au long des discussions et jeux de rôles qui ont lieu durant les séances sont abordées les habiletés de
communication (prendre en compte l’interlocuteur, le regarder, savoir respecter un temps de pause…)
posant particulièrement problème aux personnes bègues.
L’objectif général de la prise en charge en groupe pour chaque personne bègue pourrait se résumer comme
suit : « lui offrir plusieurs cheminements vers l’état de « Dire ce que je veux, quand je veux et à qui je veux
», avec une fluence plus ou moins adaptée mais qui n’altère en rien la possibilité de dire et de se dire »
(Simon, Dossier bégaiement, L’orthophoniste – 211 – octobre – 2001).
[Link] de self-help
Les groupes de self-help pour personnes qui bégaient, encore assez récents en
France, se développent progressivement.
Le self-help se définit comme « un espace d’entraide et de parole entre
personnes bègues », où aucun thérapeute n’intervient. Il dépasse le cadre de
la simple réunion puisque diverses activités peuvent y être proposées comme
le théâtre, le chant, la danse, les sorties…
Des règles existent : écoute de l’autre, respect de la parole sans aucune
obligation de parler, confidentialité, tolérance, bienveillance à l’égard de
tous les participants, convivialité.
Aucune orientation thérapeutique ne doit être imposée.
Les différents groupes de self-help peuvent échanger et se réunir.
Les rencontres régulières permettent aux membres du groupe de s’entraider
(pour résoudre leur problème), de sortir de l’isolement, de partager leur
connaissance et leur expérience sur les différentes thérapies.
[Link]
[Link] et forums
Ces dernières années, des blogs sur le bégaiement ont vu le jour. Ceux crées
et gérés par des personnes bègues présentent un intérêt particulier. Car
celles-ci prennent à cœur ce trouble et diffusent des informations sur le
bégaiement en général, donnent des conseils et présentent les nouvelles
orientations thérapeutiques.
Quant aux forums, ils permettent d’échanger, de sortir de l’isolement, de
prendre connaissance de certains parcours ou thérapies. Les participants
peuvent se soutenir et s’encourager dans les moments difficiles.
L’expression écrite favorise la mise en mots de la pensée et l’échange chez
des personnes souvent mal à l’aise avec l’oral.
Ces sites n’ont aucune prétention thérapeutique en tant que telle, mais ils
permettent de partager des expériences et de constater que des solutions
existent.
[Link]
La plus représentative est l’Association Parole Bégaiement (A.P.B.). Elle
rassemble des personnes qui bégaient mais aussi leurs proches ainsi que des
professionnels et des thérapeutes du bégaiement (orthophonistes,
psychologues, médecins…). Cette association nationale regroupe plusieurs
associations régionales et départementales disposant chacune de deux
représentants : un professionnel et une personne bègue. Elle se propose de
développer des projets scientifiques, matériels ou intellectuels afin d’aider
au mieux les personnes bègues et leur entourage (Gayraud-Andel, Poulet,
2011).
La prévention au moment de l’enfance constitue le domaine privilégié
d’intervention de cette association qui met en place des campagnes
d’information en tentant d’intervenir auprès des média et en diffusant des
documents auprès des professionnels de la santé et de l’éducation.
[Link] médicamenteux
Il n’existe à ce jour aucun traitement médicamenteux global du bégaiement,
car le bégaiement est un comportement et non une maladie. Néanmoins,
certains médicaments adjuvants traitent temporairement ou définitivement
certains aspects de ce trouble complexe (Monfrais Pfauwadel, 2000).
Par exemple :
- les myorelaxants qui on effet « déconnectant » (parfois trop, entraînant une
sédation telle qu’on ne peut plus bégayer) ;
- les tranquillisants, mais ils induisent souvent une sédation ;
- les neuroleptiques, si des tics sévères ou des dystonies sont présents ;
- les bétabloquants qui ont un effet sur le stress, le trac, les manifestations
somatiques de l’angoisse d’anticipation. Ils peuvent se prendre de manière
ponctuelle, juste avant une situation anxiogène (prise de parole en public…) ;
- les antiépileptiques et le tiapride qui contribuent à diminuer les dyskinésies et
les tremblements ;
- les amphétamines (utilisées exceptionnellement).
Ces traitements, sans agir directement sur le bégaiement, aident néanmoins
la personne à se sentir mieux et donc à moins bégayer. Les médicaments
offrent parfois la possibilité de créer des « fenêtres thérapeutiques » en
soulageant suffisamment le patient pour qu’il soit prêt à s’engager dans une
thérapie, à trouver des issues à son bégaiement (Monfrais Pfauwadel, 2000).
Certains traitements médicamenteux comportent cependant des effets
secondaires importants plus problématiques que les accidents de parole
(Gayraud-Andel et Poulat, 2011). Par ailleurs, ils entraînent parfois une
certaine dépendance (Dumont et Julien, 2004). Il demeure primordial que
l’approche médicamenteuse fasse « l’objet d’une évaluation clinique
complète et d’une surveillance étroite et régulière » (Piérart, 2011).
Malheureusement, les médecins prescripteurs manquent souvent
d’information sur ce que les médicaments existants pourraient apporter aux
personnes qui bégaient. Quant aux personnes bègues, elles ne connaissent
souvent pas ou très peu ces possibilités médicamenteuses.
Piérart conclut en disant que « certains rêvent d’une pilule miracle, sans
savoir que déjà certaines médications existent et sont disponibles en
officine… mais qu’il n’y a pas de miracle pour autant ! ».
[Link] DAF
L’effet DAF (Delayed Auditory Feedback) en français « retour acoustique retardé »
a été découvert par hasard en 1940 par Lee, un ingénieur acousticien. Il avait
connecté un écouteur à une tête de « play back » tout en enregistrant sa voix : il
se mit à bégayer. Cela ne pouvait découler que du bref délai avec lequel lui
parvenait sa voix. D’autres personnes non bègues bégayaient également ou bien
ralentissaient leur débit.
Mais ce dispositif a permis, outre un ralentissement du débit, « un effet paradoxal
d’atténuation du bégaiement » chez les personnes bègues.
Des limites existent : chez certains bègues, le bégaiement diminue ou cesse juste
si l’appareil est porté ; bien souvent le bégaiement ne cesse pas mais on observe
un « bégaiement aisé ».
En 2007 est arrivé en France un appareil reprenant ce système, le speecheasy
mais son prix est relativement élevé.
Récemment disponible, une application sur Iphone, reprenant le principe,
présente l’avantage d’être peu coûteuse et facilement accessible.
Concrètement, on dispose encore de trop rares témoignages ou commentaires sur
ce dispositif. Il peut cependant se montrer utile lors d’occasions particulières,
stressantes pour la personne bègue. De plus, il offre une aide à ceux qui estiment
avoir tout essayé.
[Link] de personnes bègues
Le tribunal
On imagine le bégaiement sur un podium. Chacun vient lui parler. Le bégaiement répond.
Le bégaiement en métaphores
On propose à la personne bègue de répondre par écrit, Puis oralement aux questions suivantes:
si mon bégaiement était : un fruit, un animal, un végétal, un outil, un pays, un moyen de locomotion, un lieu
d'habitation, un titre d'une chanson, un roman ou un film.
Chacun explique le contenu de ses réponses.
Ma parole en métaphores
Continuer les phrases
-je voudrais que ma parole soit comme....
- trouver au moins cinq réponses.
Chacun développe ses réponses.
L’autoroute: Le bègue s'imagine au volant d'une voiture. Il s'engage sur l'autoroute. la voie est libre, il roule sans heurt, il
regarde devant lui..
Le tuyau d'arrosage: Ma parole s'écoule á travers un tuyau bien large, l'eau sort de façon régulière...
1 2 3 4
vert Rouge Rouge Rouge
vert vert Rouge Rouge
vert vert vert Rouge
Je parcours du doigt le bloc 4 de haut en bas :je bégaie au maximum, la circulation est
bloquée (feu rouge)
Je passe au bloc 3 : je bégaie au début en rouge et ensuite de façon fluide dès que je passe
dans le vert
Je passe au bloc 2: je bégaie au début en rouge et ensuite de façon fluide dès que je passe
dans le vert.
Je passe au bloc 1: la parole est toute fluide.
Ce matériel donne lieu à de multiples variantes : le bègue parle pendant 30’’ sur chaque
chiffre, il passe du 4 au 1, du 1 au 4, Tantôt c'est lui qui choisit son chiffre tantôt c’est le
thérapeute qui lui indique le chiffre sur lequel il doit parler. C’est un entrainement à la
gestion de sa parole qui va servir de base aux exercices suivants qui ont pour but de gérer sa
parole pas à pas.
Le soupir d'aise
Je soupire d'aise en disant ouf ou en lâchant une bouffée d'air... p..- f... Je se
mon thorax qui se détend.
Les soupirs parlants
Sur un soupir d'aise je dis a... O... Ou... I... Je prolonge un a... sur
l'expiration du soupir, je prolonge un 0... Je passe du ou au a toujours sur un
soupir. J’y associe des consonnes. Sur un soupir d'aise je dis s...a f.. Ou ch…i
m… n…Z... V.. J...
J'aborde les pa ta ka ga ba.
J'associe papapa..
Sur le soupir je compte en reprenant une petite bouffée d'air par la bouche
chaque chiffre 1 2 3
J'associe quatre chiffres sur une expiration 1 234
Bégayer ou soupirer
On invite le bègue à vérifier que quand il soupire il ne peut bégayer et vice
versa.
Le regard
L’exercice consiste à regarder la personne à qui on parle. On peut procéder de
la façon suivante (en groupe). Une personne se lève, tend la main à une autre, la
regarde dans les yeux quelques secondes, puis elle passe à la personne suivante et
fait ainsi le tour des participants.
Elle recommence le tour, donne la main, regarde dans les yeux, dit bonjour.
La 3° tournée consiste cette fois à donner la main, se regarder dans les yeux,
poser une question à laquelle l'autre répond.
La 4 tournée consiste à dialoguer avec chaque personne pendant une minute.
Tout au long des exercices, on rappellera à la personne bègue de regarder son
interlocuteur.
La balle des mots
En cercle ou a deux (en thérapie individuelle). Un lance un mot à un autre en
regardant celui qui reçoit le mot. Celui qui l'a reçu le répète, propose un nouveau
qu'il lance à un autre en le regardant...
La chaîne
En cercle, une première personne dit un mot au voisin de droite qui le répète à
son voisin de droite... et ainsi le mot revient au premier. On recommence un tour
avec son voisin de gauche... de plus en plus vite.
Il y a mots et mots
Les thèmes. Chaque participant doit trouver un mot à partir d'une catégorie
sémantique des animaux, des légumes..des fruits, des vêtements, des couleurs
Les sons
On recommence l'exercice en proposant des mots qui commencent par un même
phonème ou son: ml p.. Se référer aux exercices phonétiques de la première
partie.
La dénomination
On présente une suite de cartons représentant des objets, des animaux, des
couleurs..
On commence par cinq cartons avec le projet de les dire sur une parole fluide.
On passe ensuite à dix, quinze, vingt cartons à dénommer sur une parole fluide.
La mémorisation
On se rappelle les mots évoqués par les images en gérant sa parole.
Cet exercice a pour objectif de contrecarrer les évitements de mots, habitude
fréquente des bègues.
Les mimes
L’objectif est de communiquer uniquement par les gestes, les mimiques, sans
utiliser la parole. Cet exercice est un préliminaire à la communication, il permet
d'exploiter d'autres canaux de communication, il permet aussi de vérifier la
différence dans l'aisance entre un dialogue gestuel et un dialogue en paroles.
Les cris
Le bègue est invité à compter en voix projetée, à crier sur un a comme s’il s’adressait
à un locuteur qui est à 5, 10, 15, 20 mètres. Il appelle quelqu'un par son
prénom, ce quelqu'un étant à l'autre bout de la rue.
Les chuchotements
Le bègue est invité à parler en chuchotant (sans utiliser les cordes vocales)
La dégustation
L’exercice suivant a pour but de retrouver le schème articulatoire de chaque
voyelle et consonne, à l'état isolé, puis dans des enchainements de syllabes, de
mots, de phrases.
On articule comme si on dégustait un mets délicieux. On invite le bègue a Sentir
les mouvements de la bouche, de la langue..
Dans un premier temps, le thérapeute propose des phonèmes, des mots, des
phrases à déguster.
Dans un deuxième temps, chacun choisit ce qu'il veut déguster.
Les répétitions
L’exercice consiste à proposer des mots et des phrases de plus en plus longues
à répéter selon diverses modalités - en dégustant chaque syllabe- en trainant sur
la première syllabe - en accentuant la première syllabe du mot - en allant le plus
lentement possible en accélérant- en recto tono- en chantant.
Il faut que le bègue enchaîne immédiatement sur le modèle à répéter et qu'il
imite exactement le modèle. Il est ainsi obligé de se centrer sur la parole d'autrui
et d'oublier son bégaiement.
La lecture simultanée
Le thérapeute et la personne bègue lisent ensemble un texte. La personne
bègue suit le rythme, les intonations du thérapeute. Celui-ci commence par
couvrir de sa voix celle du bègue, ensuite à certains moments il ne fait que
chuchoter. A d'autres moments le thérapeute s'arrête, la personne bègue
poursuit seule. Si le bégaiement réapparait, le thérapeute reprend la lecture
simultanée.
La lecture directe (variante)
La lecture à voix haute est souvent la bête noire des bègues.
On entraîne la lecture de plusieurs façons.
1-La personne lit en même temps que le thérapeute, elle doit suivre le
rythme, l'intonation.
2-La personne lit seule mais le thérapeute cache les mots avant que la
personne ne les prononce. Ce procédé force la personne bègue à foncer
sans avoir le temps de se dire; c'est un mot avec un p. je vais le rater.
3-On propose une lecture créative en lisant un même texte de quinze façons
différentes. Exemple : en chuchotant en dégustant chaque syllabe- recto
tono très vite lentement comme si on était fâché, fatigué, content
pour séduire - sous une forme interrogative, exclamative.
4-On peut aussi lire chacun un mot, l'alternance rassure la personne bègue.
Un peu plus
On pose une question, le bègue doit y répondre en parlant pendant quelques
secondes, trente secondes, soixante secondes sur une parole fluide. On
recommence en allongeant le temps de parole fluide. Il est important
d’apprendre à gérer sa parole pendant des périodes de plus en plus longues,
délibérément choisies ou imposées.
En plein dedans
L’exercice consiste à répéter des mots et des phrases à prédominance d'une
même consonne, ceci pour habituer la personne bègue à dépasser la peur de
tel ou tel son. On répète plusieurs fois la même phrase en bégayant, en
parole fluide, lentement, rapidement. On sent les mouvements articulatoires,
on déguste chaque mot, on répète sur tous les tons.
Créer son bégaiement
Chaque bègue apprend à l'autre comment il doit faire pour bégayer exactement
comme lui. Il explique et vérifie que l'imitation est parfaite.
Variante: chacun trouve cinq façons différentes de bégayer. L'objectif est de
bien se persuader que bégayer c'est effectuer un geste sur lequel on peut
agir.
Je me regarde
L'exercice a lieu devant un miroir où l'on se voit entièrement.
Plusieurs activités
1-On se regarde dans le miroir, on se sourit,
2 on se décrit,
3 on prend diverses attitudes, diverses postures:
- camper sur les jambes,
- les bras ballants
- tendre les bras,
- grimacer,
- prendre l'attitude d'un timide,
- plein d’assurance, mal dans sa peau.
- bien dans sa peau.
Je bouge
Je marche dans la pièce d'un pas assuré, j'adopte la démarche de quelqu'un qui
est bien dans sa peau, qui s'apprécie. Je vérifie mon image dans le miroir.
Je trouve plusieurs façons de marcher.
Je marche en me parlant à moi-même.
Je me présente
Je m'assieds puis je me lève et je me présente en prenant un air assuré, la tête
haute, les yeux dans les yeux, bien campé sur les jambes.
Je prends conscience de mon corps et de son assurance. Je regarde les autres
sans parler. Je me pénètre de mon assurance, ensuite je me mets à parler, Je
décline mon identité, je dis ce que j’aime faire...
L'interview
Je passe à la TV ou à la radio. Quelqu'un vient m'interviewer. Je réponds aux
questions avec assurance.
Le rire
Le but de l'exercice est de parler en riant.
On commence par dire des mots en riant. On se présente en riant. On raconte
une blague. On répond à des questions. On pose des questions.
L'exercice se fait à deux puis dans le groupe.
Je stoppe et je démarre
Régulièrement on refait l'exercice qui consiste à bégayer stopper redémarrer.
Cet exercice est primordial pour gérer sa parole.
Et si mon bégaiement me voulait du bien
L’exercice consiste à penser au bégaiement en termes positifs en partant de
l’idée qu'il me veut du bien.
Cet exercice se poursuit par le suivant.
Nouvelle lettre.. après quelques séances
L'exercice consiste à écrire une nouvelle lettre au bégaiement... Qu'est-ce
que je veux lui dire, qu'est-ce qui a changé depuis la première lettre ?... Je
m'adresse à lui comme à un copain.
Nouveau dessin
Je redessine mon bégaiement sous une forme positive.
La dictée
Le bègue invente une histoire ou choisit un texte qu'il dicte au thérapeute ou à
l'ensemble des participants. Le but est d'adapter la parole au rythme de l'écriture
et de se centrer sur celui qui doit écrire, de vérifier s'il comprend, s'il suit...
L'autodictée
Cette fois la personne bègue écrit en même temps qu'elle parle.
Plusieurs modalités
- elle copie un texte en verbalisant ce qu'elle copie au rythme de son écriture,
- elle écrit des mots qui lui passent par la tête,
- elle invente une histoire qui commence par Il était une fois.
Tout en écrivant, elle verbalise ce qu'elle écrit.
L'endurance
Chaque bègue est prié de parler de façon fluide pendant un temps de plus en
plus long, soit à partir de photos qu'il décrit en les regardant, puis en regardant
son interlocuteur, soit à partir d'un sujet qu'on lui propose.
Exemple- pour ou contre le sport,
- pour ou contre le téléphone portable,
- soit un résumé d'un film, d'un livre...
Le comédien
Le bègue se met dans la peau d'un personnage, d'un chien, d'un roi, d'un sportif,
d'un professeur... Il invente une saynète, un dialogue...
Par cœur
On présente une comptine ou un bref poème. Le bègue doit la lire, l'apprendre
par cœur et la réciter de plusieurs façons e
- en tapant dans les mains,
- en scandant au pas de la marche,
- en appuyant sur la 1 syllabe,
- en accentuant la dernière syllabe,
-en modulant sur do ré mi mi ré do, monter et descendre.
On peut aussi commencer par composer une comptine ensemble.
Les essentiels
Le but de l'exercice est de créer un dialogue en n'utilisant que le mot essentiel
pour se faire comprendre.
Exemple:- content? qui voudrait dire tu es content
- vacances oui, je pars en vacances
- loin très loin
- où ? ailleurs
J'aime je n'aime pas
Le but de cet exercice est d'énumérer des j'aime je n'aime pas en les allongeant
le plus possible.
Exemple : On peut commencer par
-j’aime l'été j’aime marcher je n'aime pas le froid
On recommence en allongeant:
-j'aime l'été quand... parce que...
-j’aime marcher ou... Comment... pourquoi..
La comédie musicale
On crée un dialogue ou on invente une histoire en chantant (sur le principe d'une comédie musicale)
On peut aussi le faire en dansant, en faisant de grands gestes.
On peut partir d'une chanson connue: Au clair de la lune
- en chantant les paroles
-en gardant l'air mais en inventant d'autres paroles.
L’itinéraire
Chaque bègue décrit son itinéraire pour aller de chez lui à...
Exemple : le rendez-vous d'orthophonie
son lieu de travail
son lieu de loisirs
un choix de vacances
à la gare..
Le dessin dicté
Chacun à son tour dicte à un autre un dessin à réaliser sur une feuille commune ou sur deux feuilles séparées et non
visibles par l'autre.
Première modalité : feuille commune
A dicte: Tu dessines un soleil en haut à droite...
B redit ce qu'il doit dessiner, lé dessine puis propose un autre dessin à A.
On peut commencer par des dessins figuratifs pour poursuivre avec du non- figuratif.
Exemple Tu dessines un cercle de 2 cm de diamètre, tu le places au milieu de la feuille ou ailleurs..
Variante:
A dicte en ne donnant aucun détail, c’est à B à poser les questions.
Exemple:
A dit: Tu dessines un soleil
B doit demander: Où, de quelle grandeur, avec des rayons ?
Les dessins effectués, le bègue doit redire tout ce qui a été dessiné en énumérant les étapes…
Le portrait ou il ou elle
On part soit d'images soit d'un mot. L’autre doit deviner de quoi il s'agit, est-ce un
animal ?...
Ni oui, ni non
A deux, l'un pose des questions, l'autre ne peut répondre ni par oui, ni par non.
1 étape : le oui est interdit.
2 étape : le non est interdit.
3 étape : on ne peut dire ni oui, ni non.
Peut-être
A deux, l'un pose des questions, l'autre doit répondre par : peut-être.
Sans doute
On recommence l'exercice précédent. L'un pose des questions, l'autre doit
répondre par : sans doute.
On recommence cette fois en répondant par évidemment.
Le chewing-gum
L’exercice consiste à parler comme si on avait un gros chewing-gum en bouche.
On parle tout en mâchant. On peut commencer par des mots, puis des phases, un
dialogue, une description...
Les mots longs
Rédiger un texte avec des mots longs, les lire, puis les écrire.
Jouer aux cartes
On prend un jeu de cartes et on joue à "la bataille". On dit le nom de la carte
en la déposant sur la table: : Exemple roi de cœur, dame de pique...
Les obligatoires
Inventer un texte en utilisant obligatoirement deux ou trois mots inscrits sur
un carton.
Exemple: paprika, pamplemousse, cacao, coca cola, torticolis, bénévole,
soleil, lumière...
Inventer un texte en utilisant le plus possible le mot donné pendant x
secondes
Exemple: arbre
Il était une fois un homme qui aimait les arbres. Chaque arbre était pour lui
un ami. Il aimait tous les arbres : les arbres fruitiers, les arbres exotiques, les
arbres à feuilles caduques, les arbres résineux...
Mais qu'est-ce qu'ils ont ?!
Chaque bègue cite un mot, un son difficile, il le regarde, il le voit écrit, il se
l'entend prononcer, il sent le mouvement de sa bouche. Il le prononce de plusieurs
façons différentes, lentement, en chantant, sur tous les tons, interrogatif,
exclamatif, dubitatif, en colère...
Il met ce mot dans une phrase. Si c'est un son, il l'incorpore dans plusieurs mots.
Exemple le son K coquet cru car cadeau coq cocorico caquet...
Amadouer les prohibés
Chaque bègue cite quelques mots ou sons qu'il trouve imprononçables.
Exemple : bicoque café
Le but de l'exercice est d'inventer une histoire où l'on utilise le plus possible ce
mot (5 à 10 fois).
Il était une fois
L’activité consiste à inventer une histoire à deux qui commence par Il était une
fois.
Plusieurs modalités
- un mot à la fois: Il était une fois un petit poisson qui...
- plusieurs mots : Il était une fois un petit poisson qui habitait au fond de la mer.
On peut allonger ou raccourcir les unités:
- pendant trente secondes
- pendant une minute
- on résume ensuite l'histoire.
Bailler et lâcher prise
L’activité consiste à parler en bâillant comme si on allait s'endormir. On
commence par compter, répéter des mots, dialoguer..
Lâcher prise
L'exercice consiste à parler en ouvrant et fermant la mâchoire selon
l'ouverture des sons.
Exemple: compter un chiffre à la fois en partant les dents serrées puis en
détendant la mâchoire, lors de l'émission du chiffre.
La journée, un souvenir..
L'activité consiste à raconter une journée ou un souvenir qui a marqué, en
ouvrant bien la mâchoire. Sentir la détente tout au long de l'exposé.
S'écouter, se regarder, s'enregistrer
Le but de l'exercice est de centrer la personne bègue sur l'écoute de sa parole
pour être capable de l'évaluer.
- On peut commencer par la brancher sur l’écoute de quelqu'un d'autre en lui
demandant quelles voix elle aime. On lui demande d'entendre x qui parle.
- Ensuite elle se centre sur sa propre parole. On lui demande de s'écouter
parler.
-On enregistre la parole du bègue. Ils'écoute, il donne son avis.
-On associe s'écouter, se regarder dans un miroir.
A brûle-pourpoint
Trouvez
un outil
un instrument de musique
une marque de voiture
un engin de chantier
un titre de film
un titre de livre
un vêtement
un fruit
un légume
un végétal
une fleur
un arbre
une pierre précieuse
un animal domestique
un animal sauvage
un astre...
On augmente la difficulté en demandant d'affilée plusieurs fruits, plusieurs
noms de villes, plusieurs pays..
On refait l'exercice en tirant au hasard une consonne ou en en proposant une.
Exemple : une ville commençant par la lettre d: Damas. Deauville Dampierre
Dreux...
Les définitions ou le jeu des dictionnaires
A choisit un mot, B doit le deviner à partir de la définition.
Les contraires
Très rapidement, le bègue est invité à dire le contraire des mots suivants:
grand, joli, poli, lent, intelligent, mou, banal, épais, abondant, humide, sec,
minuscule, froidure.
Les synonymes
Un bègue dit un mot et l'autre doit trouver le synonyme.
Exemples : soulier bateau faute fatigue maison parfum chaussure erreur
lassitude arôme diviser séparer joie douleur allégresse souffrance affliction
Les traductions
On part d'une phrase ou d'un texte. A dit la phrase ou lit une phrase. B répète
puis redit la phrase en d'autres mots.
Les blagues, ou manier l'humour
La personne bègue est invitée à raconter une blague ou à décrire une situation
humoristique.
Les dérivatifs
On commence par des mots ou directement par un dialogue en répétant trois fois
en suivant le même mot, la même question, la même phrase.
Exemple
- bonjour, bonjour, bonjour.
-comment allez-vous, comment allez-vous, comment allez-vous ?
- très bien, très bien, très bien.
Cet exercice est en général très efficace. La personne bègue se centre sur les trois répétions
et non sur sa parole.
Un autre dérivatif consiste à griffonner en parlant ou dessiner des boucles qui
rythment la parole.
Comme si, ou les jeux de rôles
Les jeux de rôles sont multiples et à recommencer jusqu'à satisfaction complète des
participants. Le thérapeute en propose, ou on travaille les situations choisies par les bègues.
Quelques idées :
acheter un pain à la boulangerie
passer à la banque
passer à la poste
demander son chemin
accoster une personne de la rue pour demander un renseignement
se faire accoster ou accoster quelqu'un dans la rue
réclamer pour un appareil qu'on ne parvient pas à mettre en route
se présenter pour un emploi
faire un achat
être le vendeur
au restaurant
le téléphone sous ses multiples aspects
le répondeur...
Où en suis-je ?
L'activité consiste à redonner le questionnaire du début pour permettre à chacun d'évaluer sa
progression. Chacun précise en outre où il en est dans la gestion de sa parole.
Le pourcentage de satisfaction par jour à partir des questions suivantes.
En une journée, combien de fois j'arrive a gérer ma parole ?
Si je ne suis pas satisfait, pourquoi, qui est responsable, de quoi ai-je besoin,
comment je vais m'y prendre ?
Le pont et les comptes à rendre
L’objectif est de faire le pont en étant capable de transposer en dehors des
séances ce que je suis capable de réaliser à l'intérieur de celles-ci.
Chaque séance se termine par:
- qu'est-ce que je vais faire en dehors ?
- quand vais-je gérer ma parole ?
- avec qui ?
- combien de fois ?
- comment ?
La séance suivante débute par la mise en commun du travail de la semaine.
Je voudrais dire
Sous la forme d'une lettre ou d'un jeu de rôles, le bègue est invité à parler à
d'autres bègues pour raconter où il en est, ce qu'il fait et a fait, les conseils qu'il a envie de
donner.
Une thérapie efficace
Sous la forme d'un débat, le thérapeute pose la question: Pour vous, qu'est-ce
qu'une thérapie efficace du bégaiement ?
Chacun donne son avis. Un participant prend note des idées. L'activité se
termine par une synthèse et une mise au point personnelle écrite.
L'efficacité en critères
La personne bègue précise ce qu'elle entend par une thérapie efficace, quels
sont les critères qu'elle se donne.
Quelques critères d'efficacité
Les critères d'efficacité suivants peuvent être distribués à la personne bègue qui
donne son avis et qui coche, par exemple, où elle en est avec chacune des
propositions.
Le thérapeute ou la personne bègue lit à voix haute chaque critère et chacun
donne son avis.
Un traitement est efficace si:
1. la personne bègue recadre sa façon de concevoir son bégaiement, la
communication et sa façon d'être en situation de communication,
2. elle se voit capable d'agir sur son bégaiement,
3. elle apprend à gérer sa- parole en se donnant le pouvoir de passer
volontairement et rapidement d'une parole bégayée à une parole fluide,
4. elle stoppe ses accès de bégayages dès qu'il apparaissent et devient capable
de repartir immédiatement sur une parole fluide,
5. elle adopte cette gestion de la parole dans des situations de plus en plus
nombreuses de sa vie courante,
6. elle ose parler de son bégaiement qu'elle envisage sous un jour différent en
commençant à l'assumer,
7. elle provoque de plus en plus des Situations de communication par la parole
plutôt que de les fuir,
8. elle ose regarder son interlocuteur et prend plaisir à parler dans la détente en
expérimentant les règles générales d'une communication, à savoir
- alterner les temps de parole avec l'interlocuteur,
- interrompre son interlocuteur et accepter d'être interrompue,
- se centrer sur le contenu et non sur sa parole,
- s'écouter parler pour évaluer la qualité de sa parole
- regarder l'autre en face et accepter le regard, s'adapter continuellement à la
situation,
9. elle abandonne les stratégies d'évitement et de facilitation, les geste parasites,
le stéréotype, qu'elle remplace par la spontanéité des gestes qui ponctuent les
discours sans évitement de mots, de sons, sans travestir sa pensée en ne disant
pas ce qu'elle veut dire pour éviter de bégayer,
10. elle aborde son interlocuteur dans un état positif,
11. elle exerce le sens de l'humour,
12. elle accepte que sa parole ait encore des moments de bégaiement mais de
moins en moins souvent et de plus en plus courts car elle est capable de
comprendre pourquoi et de reprendre sa gestion,
13. en cas de récidive elle essaie de comprendre pourquoi sans se décourage mais
en reprenant les exercices et l'esprit de la thérapie,
14. elle est consciente que ses progrès dépendent d'elle, de sa conviction que sa
parole est un geste sur lequel elle a prise. Elle accepte de s'exercer chaque jour
en mettant en pratique son pouvoir dans des situations de communication qu'elle
établit chaque matin. Exemple: s'obliger à téléphoner à telle personne, à telle
heure, s'obliger à entrer dans un magasin,
15. elle est capable de se projeter dans l'avenir, de se voir et de s'entendre parler
comme elle veut en étant consciente de ce qui va changer et comment elle se
sentira,
16. elle est capable d'évaluer les avantages et les inconvénients de son
bégaiement,
17. elle s'octroie la permission de bégayer encore à certains moments, ne visant
pas une parole parfaite mais une parole capable d'exprimer ce qu'elle ressent.
Par conséquent, une méthode efficace est une méthode qui se fixe des objectifs
réalistes et réalisables exprimés positivement d'un commun accord par
l’intermédiaire d'un contrat. Ces objectifs portent sur ce que le thérapeute et Ie
patient vont faire ensemble.
Piloter son stress en agissant sur sa respiration
Agir sur la respiration en situation de communication stressante donne de
bons résultats à condition de le mettre en pratique!
Exercices: varier les respirations
- Respiration lente
Exécuter une respiration lente et superficielle, stopper quelques secondes sa
respiration, la reprendre doucement.
- Respiration haletante
Respirer en haletant par petites reprises d'air.
Refaire l'exercice en émettant des petits sons mmm ou ou ou ou.
- Respiration rapide
Inspirer et expirer rapidement.
- Respiration comptée
Inspirer en comptant intérieurement jusqu'à dix, quinze secondes. Expirer en
comptant intérieurement jusqu'à dix, quinze secondes. Expirer en comptant à
voix haute.
L'objectif final est de prendre l'habitude d'adopter une respiration lente et
superficielle dès qu'une réaction de stress survient, et de se préparer à éviter
le stress de parler en se branchant sur sa respiration avant de commencer à
parler.
Piloter son bégaiement en entretenant des pensées et des formulations
positives
Exemples
Je me sens de plus en plus souvent capable de gérer ma parole (plutôt que je
bégaie de moins en moins souvent).
Je suis de plus en plus capable de stopper un accès de bégaiement.
J'enclenche de plus en plus souvent une parole fluide,
Trouver des formulations positives
Lettre à un ami pour lui expliquer mon parcours, mes rapports actuels avec
mon bégaiement
L'activité consiste à écrire à un ami pour lui expliquer le bégaiement et lui
raconter tout ce que j'ai fait et ce que je fais actuellement pour gérer ma
parole et comment j’envisage l'avenir.
Prévoir les récidives
Si mon bégaiement revient, qu'est-ce que je vais me dire, que faire ? Qu'est-
ce que je vais ressentir ?
La comptabilité
Prendre une feuille de papier, établir deux colonnes, une s'intitule les
avantages,
l'autre les inconvénients.
On commence par trouver les avantages et les inconvénients d'une parole
bégayée.
On recommence avec les avantages et les inconvénients d'une parole fluide.
On compare les colonnes. On en tire les conclusions.
Parole bégayée Parole fluide