SÉQUENCE : RIMBAUD, CAHIERS DE DOUAI : ÉMANCIPATIONS CRÉATRICES
Séance 1 : Entrée dans l’œuvre
I- Rimbaud
A- Biographie
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Répondre aux questions en prenant des notes
1- Quelle est la ville de Rimbaud ? Comment la qualifie-t-il ?
2- Qu’entend-on par la « rimbaldie » :
Où a-t-il voyagé ?
3- Que symbolise Rimbaud ?
Quel est le premier vers du poème lu intitulé « Roman » ? :
4- Avec qui vit-il durant son enfance ?
5- Quel élève était-il ?
6- Que se passe-t-il en 1870 ?
7- Comment se nomme son professeur de rhétorique ? Dans la lettre lue que
Rimbaud lui adresse, de quoi se plaint ce dernier ? Que revendique-t-il ? Quelle
périphrase désignera ensuite Rimbaud ?
8- Comment se manifeste à l’adolescence son goût pour la liberté ?
9- Lorsqu’il souhaite être reconnu, il écrit à des éditeurs, des poètes. Qui lui
répond ?
10- Quelle est sa vie à Paris ?
11- En quoi Rimbaud veut-il bouleverser toutes les règles de la poésie française ?
12- Comment évolue le couple Verlaine Rimbaud ?
13- En quoi parle-t-on de « nouveau départ » pour Rimbaud ?
14- Quelle image a-t-on de lui à Paris ?
15- Pourquoi revient-il en France ?
B- Arthur Rimbaud par Etienne Carjat, vers 1871.
Quelles caractéristiques de Rimbaud observez-vous ? Quels traits de caractère
semblent-elles trahir ?
C- Extrait de Rimbaud le fils de Pierre Michon
(…) On est sûr que la risette n’était pas son fort et qu’il boudait, ainsi qu’en
témoignent les photos que des mains dévotes ici et là ont rassemblées, multipliées
comme des petits pains, et qui sans s’altérer sont passées par toutes les mains
dévotes du monde : (…) mais toujours le regard méchant et droit, au-devant de lui
porté comme un poing, comme tenant en grande détestation ou désir le
photographe qui dans ces époques se mettait sous une cagoule noire pour bricoler
de l’avenir avec du passé, trafiquer du temps, l’enfant sans désemparer faisait la
gueule.
Surlignez les traces de l’ironie de Pierre Michon sur le culte de l’image lié à
Rimbaud et soulignez les explications qu’il propose à la fascination qu’exercent les
rares portraits de Rimbaud.
Corrigé
I- Biographie
A - Quelle est la ville de Rimbaud ? Comment la qualifie-t-il ? Charleville-Mézières
«ville supérieurement idiote », un « trou », cherche à s’en échapper.
2- Qu’entend-on par la « rimbaldie » : continent imaginaire de Rimbaud. Où a-t-il
voyagé ? Belgique, Angleterre, Java puis en Abyssinie.
3- Que symbolise Rimbaud ? La jeunesse et la poésie. Quel est le premier vers du
poème lu intitulé « Roman » ? : « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ».
4- Avec qui vit-il durant son enfance ? Ses frères, sa soeur, une mère autoritaire,
Vitale Cuif, père absent.
5- Quel élève était-il ? Brillant, accumule les prix (1ers prix vers latins, concours
académique,, version latine, version grecque…)
6- Que se passe-t-il en 1870 ? Guerre contre la Prusse
7- Comment se nomme son professeur de rhétorique ?Dans la lettre lue que
Rimbaud lui adresse, de quoi se plaint se dernier ? Que revendique-t-il ? Quelle
périphrase désignera ensuite Rimbaud ?? Se plaint de "la platitude, morosité
grisaille », de mélancolie, hyperboles « je meurs, je me décompose », revendique la
« liberté libre ». « L’homme aux semelles de vent »
8- Comment se manifeste à l’adolescence son goût pour la liberté ? fugues, sans un
sou en poche, nuits à la belle étoile dans forêts ardennaises.
9- Lorsqu’il souhaite être reconnu, il écrit à des éditeurs, des poètes. Qui lui
répond ? Paul Verlaine avec qui il aura une liaison.
10- Quelle est sa vie à Paris ? Absinthe donc ivresse, drogues hallucinatoires.
Malvenus dans les cercles parisiens Rimbaud et Verlaine s’enfuient à Londres.
11- En quoi Rimbaud veut-il bouleverser toutes les règles de la poésie française ?
« inconoclaste ». Abandonne les contraintes classiques de la poésie : plus de vers,
plus de rimes. Cf Une Saison en enfer, Les Illuminations.
12- Comment évolue le couple Verlaine Rimbaud ? Ivrognes querelleurs. Couple bat
de l’aile. Dispute ==> Verlaine fuit vers Bruxelles, Rimbaud tente de le retenir. Se
retrouvent mais Verlaine qui s’est procuré un revolver (pense à se brûler la cervelle)
—> « fameux drame de Bruxelles » : Verlaine tire sur Rimbaud en 1873. R blessé
légèrement au bras gauche. V : 2 ans de prison.
13- En quoi parle-t-on de « nouveau départ » pour Rimbaud ? « parti furtivement »,
changement de cap, renonce à la poésie pour l’aventure, Egypte, Chypre, Abyssinie
où il s’établit : « seconde vie », dix ans. Contremaître, négociant, marchand d’armes
14- Quelle image a-t-on de lui à Paris ? Poète publié, héros disparu mais il y est
totalement indifférent, il a totalement rompu avec la poésie.
15- Pourquoi revient-il en France ? La maladie le ramène à Marseille, il est amputé
d’une jambe. Meurt. Sa légende perdure.
B- Quelles caractéristiques de Rimbaud observez-vous ? Quels traits de caractère
semblent-elles trahir ?
Cheveux mi-longs, mal peignés, regard qui ignore le photographe, mine un peu
boudeuse, noeud de travers donc un peu débraillé.
—> indices d’une forme de dédain ou d’orgueil, d’une volonté d’anticonformisme.
C- Extrait de Rimbaud le fils de Pierre Michon
(…) On est sûr que la risette n’était pas son fort et qu’il boudait, ainsi qu’en
témoignent les photos que des mains dévotes ici et là ont rassemblées, multipliées
comme des petits pains, et qui sans s’altérer sont passées par toutes les mains
dévotes du monde : (…) mais toujours le regard méchant et droit, au-devant de lui
porté comme un poing, comme tenant en grande détestation ou désir le
photographe qui dans ces époques se mettait sous une cagoule noire pour bricoler
de l’avenir avec du passé, trafiquer du temps, l’enfant sans désemparer faisait la
gueule.
Surlignez les traces de l’ironie de Pierre Michon sur le culte de l’image lié à
Rimbaud et soulignez les explications qu’il propose à la fascination qu’exercent les
rares portraits de Rimbaud.
Eventuellement pour compléter.
Biographie sous forme de notes.
Né le 20 octobre 1854 à Charleville (Ardennes) dans une famille bourgeoise. Père
absent car quitte sa femme quand quand Arthur a sept ans. La mère élève seule ses
enfants (lui, un frère, deux soeurs). Elle est dure, autoritaire, impose à ses enfants une
discipline rigide, elle est très attachée à la religion.
Rimbaud est un brillant élève, ayant reçu une solide culture latine (remporte de nombreux
prix dont premier prix de vers latin). Remarqué par Georges Izambard, un jeune
professeur de rhétorique qui va le conseiller; lui faire découvrir les poètes contemporains.
Son premier poème, « Les Etrennes des orphelins »est publié dans La Revue pour tous le
2 janvier 1870.
En mai 1870, Rimbaud écrit à Théodore de Banvillle : il veut être reconnu par les
Parnassiens.
Révolté, il ne supporte plus la vie à Charleville : il fugue plusieurs fois.
Première fugue : le 29 août 1870 : il est arrêté à la gare du Nord car n’a pas de billet de
train. Passe alors quelques semaines à Douai dans la famille de G. Izambard; y met ses
premiers écrits au propre : c’est la première partie des Cahiers de Douai qu’il confie à
Paul Demeny (jeune poète douaisien, copropriétaire d’une petite maison d’édition).
Le 7 octobre : 2 e fugue, à pied vers la Belgique.
Fin février 1871 : 3 e fugue vers Paris : il y reste une quinzaine de jours.
Lors de ces fugues, il traverse l’est de la France dévasté par les guerres : se sent horrifié.
En 1871, il est accueilli par Verlaine et le cercle des Parnassiens. Entame une relation
de plusieurs années avec Verlaine, part avec lui en juillet 72, d’abord en Belgique puis en
Angleterre. Ils voyagent jusqu’en juillet 73, date à laquelle Verlaine tire sur Rimbaud, à
Bruxelles, et le blesse très légèrement.
1873 : écrit Une Saison en enfer.
1874 : Les Illuminations.
A partir de 1875, Rimbaud renonce à l’écriture poétique. Il s’engage dans une vie
mouvementée (armée, commerce). Il voyage en Asie, en Afrique.
Rentré en 1891, il meurt à Marseille.
Les Cahiers de Douai : quelques mois après avoir confié ses poèmes à Paul Demeny afin
qu’il les transmette à des éditeurs, il lui demande de les détruire … ces poèmes reniés par
leur auteur seront édités en 1891et ont eu un immense succès : langue simple et
exprimant les révoltes que tout adolescent peut éprouver contre sa famille, son milieu ou
la découverte de l’amour. Renommée du recueil tient aussi à la légende qui entoure le
personnage de Rimbaud, jeune rebelle, poète précoce devenu un mythe. )
Surnommé « l’homme aux semelles de vent » (par Verlaine).
B- Correspondance / poèmes « Roman » et « A la musique »
Textes complémentaires : lettres de Rimbaud.
Charleville (Ardennes), le 24 mai 187O.
À Monsieur Théodore de Banville.
Cher Maître,
Nous sommes aux mois d'amour ; j'ai presque dix-sept ans. L'âge des espérances et
des chimères, comme on dit, — et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de
la Muse, — pardon si c'est banal, — à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes
sensations, toutes ces choses des poètes — moi j'appelle cela du printemps.
Que si je vous envoie quelques-uns de ces vers, — et cela en passant par Alph.
Lemerre, le bon éditeur, — c'est que j'aime tous les poètes, tous les bons Parnassiens, —
puisque le poète est un Parnassien, — épris de la beauté idéale ; c'est que j'aime en vous,
bien naïvement, un descendant de Ronsard, un frère de nos maîtres de 1830, un vrai
romantique, un vrai poète. Voilà pourquoi. — c'est bête, n'est-ce pas, mais enfin ?...
Dans deux ans, dans un an peut-être, n'est-ce pas, je serai à Paris.
— Anch'io, messieurs du journal, je serai Parnassien ! — Je ne sais ce que j'ai là... qui
veut monter... — Je jure, cher maître, d'adorer toujours les deux déesses, Muse et Liberté.
Ne faites pas trop la moue en lisant ces vers : ... Vous me rendriez fou de joie et
d'espérance, si vous vouliez, cher Maître, faire faire à la pièce Credo in unam une petite
place entre les Parnassiens... Je viendrais à la dernière série du Parnasse : cela ferait le
Credo des poètes !... — Ambition ! ô Folle !
ARTHUR RIMBAUD
Monsieur G. Izambard, 29, rue de l’Abbaye-des-Prés,
Douai (Nord). Très pressé.
Charleville, 25 août 70.
Monsieur,
Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! — Ma ville natale est
supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n’ai plus
d’illusions. Parce qu’elle est à côté de Mézières — une ville qu’on ne trouve pas parce
qu’elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious, cette benoîte
population gesticule prudhommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés
de Metz et de Strasbourg ! C’est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l’uniforme !
C’est épatant, comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les
menuisiers et tous les ventres, qui, chassepot au cœur, font du patrouillotisme aux portes
de Mézières ; ma patrie se lève !… Moi, j’aime mieux la voir assise ; ne remuez pas les
bottes ! c’est mon principe.
Je suis dépaysé, malade, furieux, bête, renversé ; j’espérais des bains de soleil, des
promenades infinies, du repos, des voyages, des aventures, des bohémienneries, enfin :
j’espérais surtout des journaux, des livres… Rien ! Rien ! Le courrier n’envoie plus rien aux
libraires ; Paris se moque de nous joliment : pas un seul livre nouveau ! c’est la mort ! Me
voilà réduit, en fait de journaux, à l’honorable Courrier des Ardennes, propriétaire, gérant,
directeur, rédacteur en chef et rédacteur unique, A. Pouillard ! Ce journal résume les
aspirations, les vœux et les opinions de la population, ainsi, jugez ! c’est du propre !… On
est exilé dans sa patrie !!!
(…)
A. Rimbaud.
Lettre à Georges Izambard
27, rue de l’Abbaye-des-Champs, à Douai (Nord)
Charleville, [13] mai 1871.
Cher Monsieur !
Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit ; vous faites partie des
corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. — Moi aussi, je suis le principe : je
me fais cyniquement entretenir ; je déterre d’anciens imbéciles de collège : tout ce que je
puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en paroles, je le leur livre : on me
paie en bocks et en filles. (…)
Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? je veux être poëte, et je travaille
à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous
expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les
souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poëte, et je me suis reconnu poëte.
Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : Je pense. On devrait dire : On me
pense. Pardon du jeu de mots.
JE est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et Nargue aux inconscients, qui
ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait !
(…)
Arth. Rimbaud.
Que nous apprennent ces lettres / extraits de lettres sur Rimbaud ?
Première lettre :
- Relevez les images de l’adolescence du jeune poète / montrez qu’il fait preuve de
distance critique à l’égard de lui-même / quelles sont ses sources d’inspiration ?
—> un adolescent enthousiaste, rêveur : « espérances », « chimères » + désir d’un
ailleurs : Paris.
—> Fait preuve d’auto-dérision : « enfant touché par le doigt de la muse », « bien
naïvement », « c’est bête, n’est-ce pas » : il se présente comme un jeune homme
immature, ce qu’il n’est pas.
—> Inspiré par les Romantiques (Hugo) et les Parnassiens.
Lettre à rapprocher du poème « Roman » :
- Un portrait du jeune homme qui fait écho à la lettre.
- Insistance sur l’âge.
- Printemps au coeur du poème avec les sensations qui lui sont associées « les
tilleuls », « l’air est parfois si doux » / saison de l’espoir, de l’amour / lettre « moi
j’appelle cela du printemps ».
- Distance à l’égard de lui-même, autodérision : « vos sonnets la font rire » /
« on » : généralisation + « vous » : distance à l’égard de lui-même.
- « Vos sonnets » : image du jeune poète.
Deuxième lettre (25 août 1870)
Ecrit à son professeur G Izambard en vacances à Douai.
Révolte de Rimbaud commence à se manifester.
Vision extrêmement critique de sa ville, ironie à l’égard des bourgeois (dénonce leur
faux patriotisme). Ville « supérieurement idiote ».
Sentiment d’infériorité de ne pas être à Paris : « Paris se moque de nous joliment ».
Souffre de l’absence de livres.
A rapprocher du poème « A la musique »p. 25 :
- Sous-titre : « place de la gare » // désir d’un ailleurs.
- Image très critique de sa ville, peinture satirique des bourgeois —> « mesquine
pelouse », « square où tout est correct » : hypallages : les adjectifs s’appliquent
en fait aux bourgeois + « le notaire pend à ses breloques » : c’est le contraire +
polysémie (plusieurs sens) : « prisent » « argent », « en somme » // lexique de
l’argent.
- Rupture du poète avec ce monde qu’il hait : « -Moi je suis débraillé comme un
étudiant ».
Troisième lettre (à Izambard, en mai 1871)
- Aboutissement de la révolte ; se montre comme un être cynique qui refuse les
règles de la société (reproche implicite à Izambard : « vous roulez dans la bonne
ornière »).
- Auto-proclamation : « je me suis reconnu poète » et en même temps l’idée d’une
destinée (tragique ??) : « je suis né poète », « ce n’est pas ma faute ».
- Le poète comme « voyant » —> « dérèglement de tous les sens » « Je est un
autre ».
C- Le parcours
Introduction
L'enjeu du parcours : "émancipations créatrices"
L’émancipation
Du latin "emancipare", formé du préfixe « ex », hors de, et d’un radical double,
"manus", la main, et "capere", le verbe "prendre", ce mot renvoie à la coutume pour
l’achat des esclaves, marqué par le fait de les prendre par la main, qui s’annule
donc quand, affranchis, ils sortent de l’esclavage.
Cet acte juridique s’est élargi, dans le droit romain, à l’enfant mineur, qui peut être
libéré de la puissance du "pater familias" - ou d’un tuteur – et qui peut ainsi gérer ses
biens, acquérir des revenus, et accomplir tous les actes administratifs d’un citoyen. Le
droit français a conservé cette possibilité, ouverte à partir de seize ans et un jour et
décidée par un juge.
Mais le champ d’application de ce terme s’est encore élargi, pour s’appliquer à toute
libération d’une domination, qu’elle soit exercée par un individu ou un groupe, par
exemple la hiérarchie militaire ou une institution religieuse, et même d’une contrainte
intellectuelle, psychologique, morale, consciente ou inconsciente, tel un préjugé.
L’émancipation n’est alors plus dépendante de la volonté d’autrui, même si une aide peut
être apportée, parfois par une simple lecture, mais dépend d’abord d’une prise de
conscience et d’une volonté personnelle mise en pratique.
Cet élargissement explique que la formulation de l’enjeu choisisse le pluriel, suggérant
ainsi que la liberté conquise par Rimbaud s’exerce dans de multiples domaines,
aussi bien dans sa vie privée que dans son œuvre poétique.
« créatrices » : adjectif au pluriel associé au mot « amncipations » renvoyant à l’acte
créateur qui permet de devenir un artiste. Dans son acception première, le verbe « créer
», radical du mot « création », implique, en effet, l’idée de donner l’existence en tirant du
néant, d’où l’idée de nouveauté, et, en matière de production littéraire, d’originalité, de
spécificité, d’entrer dans une voie jusqu’alors inexplorée. Cela conduit à élargir l’approche
de l’enjeu en s’interrogeant sur la façon dont les poètes rejettent les pratiques antérieures,
refusent un héritage, ce qui permettra de mieux mesurer la place occupée par Rimbaud.
A retenir / noter
==> le terme « émancipation » suppose donc une libération : l’esclave peut
s’émanciper de l’autorité d’un maître pour devenir un affranchi, l’enfant de la
puissance paternelle pour devenir un homme, et tout un chacun peut d’émanciper
des préjugés de son époque, d’une dépendance morale, pour penser par lui-même.
L’émancipation, c’est donc à la fois la volonté d’être soi-même, de se construire et
c’est en même temps un lien avec les autres, avec le passé et avec une histoire et
une façon de penser qu’il faut défaire. Le terme « émancipations » est au pluriel : on
peut donc se défaire de plusieurs formes de contraintes pour devenir un créateur :
contraintes familiales (carcan de la famille, modèle imposé par la famille), sociales
(valeurs dominantes), littéraires (influence des artistes antérieurs. L’acte créateur
se situerait ainsi dans cette tension entre passé et avenir, enfance et âge adulte,
société et individualité. Ce sont ces multiples libérations qui favorisent la création,
la rendent originale. Elles nourrissent la poésie de Rimbaud, se libérant ainsi de
toutes les contraintes héritées tant pour le choix des thèmes abordés - une
transgression des normes morales et des interdits - que pour la forme adoptée,
notamment en bousculant, voire en niant, les règles de la versification,.
(remarque : Juridiquement, quand il compose les poèmes inclus dans Les Cahiers de
Douai, durant l’été et l’automne 1870, Rimbaud, né le 24 octobre 1854, est encore
mineur, ce qui explique d’ailleurs qu’il ait pu être arrêté pour vagabondage )
Cahiers de Douai : observer les audaces du jeune poète, tant dans le choix de ses
thèmes, qu’il s’agisse de dénoncer la société ou d’évoquer ses fantasmes amoureux, que
dans les libertés prises avec les règles de la versification.
• Rimbaud, certes, se libère de bien des contraintes, mais il a d’illustres
précurseurs qui, eux aussi, apportent la preuve que la volonté de liberté soutient la
création. Déjà les jeunes romantiques, au début du siècle, se sont livrés à bien des
provocations, rompant à la fois avec la tradition classique, par exemple en brisant «
le grand niais d’alexandrin » comme le réclame Hugo, ou en mêlant avec audace le
« sublime et le grotesque ». Un mouvement est lancé, qui se poursuit dans la
seconde partie du siècle, et Rimbaud y puise une partie de son inspiration.
• Les « émancipations créatrices » ne s’arrêtent pas avec Rimbaud. La fin du siècle,
avec ceux qui se revendiquent comme « Décadents », voit se poursuivre les
recherches d’un renouvellement poétique, aussi bien dans les thèmes que dans
l’expression. Le parcours s’attachera à observer quelques formes de ces libertés
influençant profondément la poésie, et qui se donnent libre cours dans la première
moitié du XXème siècle.
Séance 2 : Explication linéaire 13 : « Ma Bohême »
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
Arthur Rimbaud, Cahier de Douai (1870)
« Ma Bohême »
L’Homme aux semelles de vent », comme le surnommait Paul Verlaine, rédige 22
poèmes qui constitueront Les Cahiers de Douai, au cours de son errance, en 1870. « Ma
bohême » est le dernier poème du second livre du recueil. Il s’inscrit dans le cycle de la
bohême, de la liberté et du bonheur de vivre. Ce sonnet en alexandrins est un hymne à la
liberté d’un adolescent fugueur qui rêve de s’évader d’un univers trop conformiste et qui
souhaite également s’affranchir des règles traditionnelles poétiques. Le sous-titre du
poème « Fantaisie » définit l’œuvre comme étant originale, car elle suit les caprices de
l’imagination et non les règles de l’art.
Problématique : en quoi ce poème de jeunesse illustre-t-il l’émancipation
créatrice ?
Mouvements :
2 quatrains v 1à 8 : Emancipation du poète épris de liberté
2 tercets v 9 à 14 : La nature comme source d’inspiration poétique
I. Emancipation du poète épris de liberté
« je » ( 7 fois au cours du Pronom 1 ère pers singulier Rimbaud raconte un
poème) souvenir de jeunesse alors
qu’il n’a que 16 ans :
imparfait duratif et répétitif, habitude de fuguer
« je m’en allais » verbe de mouvement répété Absence de compl de lieu =
« J’allais sous le ciel » pas de destination :
importance accordée à
l’action, pas à la destination
= errance / 2nde occurrence
: compl de lieu surprenant
(pas « sur les routes ») :
décor vaste, infini, suggère
liberté (s’éloigne de la ville)
+ solitude (recherchée).
« bohème » Vagabondage en écho avec
le titre : Il évoque dès ce 1er
quatrain ses nombreuses
fugues loin de sa famille et
de Charleville, sa ville natale
qu’il n’appréciait pas /
bohème du titre : voyage
libre, bohémiens, vie libérée
des contraintes et
conventions sociales,
évoque les artistes en
rupture avec un certain
conformisme.
« poings » Symbolique la raison de sa fugue : la
colère, la révolte
« Dans mes Lexique du dénuement, évoque un autre aspect de
poches crevées » (= usure des vêtements —> la vie de bohème, la
trouées) haillons. pauvreté / il ne reste que
l’idée de vêtement. Il ne
paletot ( manteau) devenait
semble pas souffrir de cette
« idéal » « mon unique
situation précaire puisqu’il
culotte avait un « large Lexique trivial
fuit les conventions, la
trou » v5.
pauvreté ici le libère .
L’inspiration n’est pas
sublime (réalités prosaïques
et non poétiques)/ ce qui est
prosaïque devient poétique
et « idéal » renvoie au
sublime poétique : « aussi »
inclut la transformation du
vêtement dans un
mouvement d’ensemble
plus large.
« J’allais sous le ciel, Muse ! Apostrophe. Réf à la Voyage dans le temps aussi
et j’étais ton féal ; » v 3 mythologie et à la poésie / transfigure la réalité par
(muse) et au Moyen-Age création poétique/ Se dit au
(féal) : il devient le vassal service de la poésie / verbe
poétique d’une muse exprimant cette expérience
Mêle lexique soutenu, poétique mis sur le même
poétique ici et lexique plan que verbe de
prosaïque (cf v 1 et 2) mouvement dans le vers
comme si l’errance allait de
pair avec l’expérience
poétique. Lyrisme dans
l’invocation à la muse mais
rupture de ton ensuite.
Oh ! là ! là ! que d’amours
splendides j’ai rêvées !
Hyperbole Le poète est exalté
interjections traduisent cet enthousiasme
monosyllabiques . Mais ici on sent l’ironie et
un regard distant sur ses
Marques d’oralité enfantines exaltations passées. Il
Mots à la rime « crevées » semble s’émanciper de ce
romantisme grandiloquent
- Petit-Poucet et « rêvées »
en disloquant l’alexandrin .
Espièglerie.
Métaphore, Réf au conte
(enfant abandonné). Connotations enfantines. R
se sent rejeté par les autres
J’égrenais dans ma poètes, par sa mère mais ici
course /Des rimes fugue volontaire
File la métaphore de façon
originale (cailloux) ce qui est Associe à nouveau errance
« Mon auberge était la mis en relief par rejet et poésie / prend des
Grande Ourse v7, libertés en déséquilibrant
l’alexandrin —>
émancipations créatrices
Métaphore
Renouvelle l’expression
« dormir à la belle étoile » .
Nature protectrice procure
l’hébergement.
L
« Mes étoiles au ciel avaient Personnification de la nature évoque bruissement d’une
un doux frou-frou » v 8 étoffe. Les étoiles sont
comparées aux jeunes
femmes joliment vêtues et
l’errance n’en devient que
plus merveilleuse. Peut-être
protection maternelle + rime
intérieure amusante :
redoublement de la syllabe
« frou » (onomatopée) et 3
occurrences de la syllabe
« ou »
—> exprime la fantaisie de
Rimbaud et son
émancipation des règles et
du langage soutenu
préconisé en poésie. Le
jeune homme a accès aux
étoiles par l’ouïe ce qui est
un privilège (synesthésie)
puisque le commun des
mortels ne se sert que de la
vue pour les admirer..
L’image est donc originale et
fantaisiste ( cf le sous-titre)
La douceur maternelle ou
féminine est évoquée par
des allitérations en [m] et [s]
+ assonance en [ou] qui
expriment le bruissement
des jupes et la douceur du
Déterminant possessif cocon maternel
« mes étoiles » « mon Poète dénué de tout mais
auberge » paradoxalement s’approprie
la nature
II.
Dans ces quatrains R associe son envie de liberté dans sa vie et en poésie. Liberté
lexicale comme dans la forme (présence de tiret et si R se soumet à certaines contraintes
du sonnet il ne respecte pas les rimes ABBA / ABBA : rimes différentes dans les
quatrains )
II. La nature comme source d’inspiration poétique
v 9 « Et je les écoutais, Verbe / PP laissent place à un moment
assis au bord des routes » Pluriel de contemplation qui alterne
avec la marche. Le fugueur
est attentif à ce qui
l’entoure, la nature.
v 10 et 11 « Ces bons soirs adj mélioratif souligne qu’il s’agit d’un
de septembre où, je sentais moment agréable. La nature
des gouttes/ Verbe de sensation
est protectrice.
De rosée à mon front, Comparaison
comme un vin de vigueur ; » souligne la communion avec
la nature grâce aux sens .Le
mois de septembre évoque
les vendanges d’où la
référence au « vin » .
La rosée provoque des
sensations diverses ( ouïe
couleur, goût , parfum…)
=synesthésies ( consiste en
un brouillage du système
des sens pour parvenir à
percevoir des éléments
autrement que par les sens
attendus)
La nature lui procure une
nourriture spirituelle puisque
les « gouttes de rosée » st
comparées à un « vin de
vigueur ». Cette périphrase
évoque un élan de vie qui
agit sur le poète comme un
alcool fort. Il évoque ici
Vin de vigueur : allitération :
l’ivresse poétique, de la
consonne d’attaque
création .
redoublée, comme dans
« poings dans mes Jeu sur les sonorités
poches » ou « Petit
Poucet » « soirs de
septembre » : procédé
récurrent
Enjambement entre v 10 et
11 Déséquilibre l’alexandrin
v 12/ 13 « Où, rimant au Tout au long du poème le Rimbaud raconte un poème
milieu des ombres chp lexical de la poésie est
en train de se faire . Il
fantastiques,/ omniprésent cf « Muse » exprime ici sa joie d’écrire
Comme des lyres, " v3 , « rimes » v7 +des vers au sein de la
participe présent nature qui devient
mystérieuse comme le
souligne l’expression
On entend aussi « délire » « ombres fantastiques » v
(poétique) 12.
Vers 12 : pause forte après
la première syllabe / puis
Rythme heurté qui semble
enjambement des deux
mimer la tension de
derniers vers —> amplitude
l’élastique
V 13 à 15 « Comme des Contre-rejet met en relief Ces vers sont insolites
lyres / Je tirai les comparaison puisqu’il se moque du
élastiques / De mes souliers Personnification, peut être lyrisme les souliers sont
blessés, un pied près de comprise comme un comparés aux « lyres » dont
mon coeur ! » hypallage (souliers usés les lacets seraient des
certes mais ce sont les cordes. La lyre est
pieds qui sont blessés)
instrument noble qui
accompagnait les poèmes.
En détournant cet
instrument il s’émancipe de
la tradition . Le poète est un
nouvel Orphée.
mot « pied » puisqu’il est
Rapprochement incongru
entre le coeur, siège du symbolique de l’errance, de
lyrisme et le pied la marche mais aussi de la
usé par la marche mais poésie, vers latin (unité de
double sens du mot « pied » mesure qui n’est pas la
dans le dernier hémistiche. syllabe mais le pied). Les
« souliers blessés »
renvoient aux pieds blessés
par des heures de marche
mais aussi à la difficulté de
proposer une poésie
nouvelle.
Bilan : Bohême et fantaisie décrivent à la fois l’expérience de la fugue et l’expérience
poétique.
III. Conclusion
Dans ce poème autobiographique, on retrouve les thèmes chers à Rimbaud : la
nature, l’errance et l’art poétique. Il s’affranchit ici des règles, par la fugue mais aussi par
sa création poétique le sous-titre « Fantaisie » évoque cette émancipation par l’emploi
d’interjections, de tiret mais aussi en disloquant l’alexandrin. On perçoit ici l’adolescent
rebelle qui veut tordre le cou aux règles en proposant un manifeste pour une poésie
nouvelle mêlant élans lyriques , auto-dérision et parodie. Dans le poème « Sensation »
Rimbaud évoque ces thèmes qui lui sont chers : l’errance et la nature fusionnelle des
sensations. Le rêve de liberté, cette fois est exprimé au futur, même vision harmonieuse
de la nature : « Et j’irai loin, bien loin comme un bohémien » (vers 7).
Grammaire
Questions possibles :
- « Je
m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;/ Mon paletot aussi devenait idéal ; » :
identifiez ces deux propositions et transformez la première en une proposition
subordonnée circonstancielle que vous analyserez.
—> propositions indépendantes coordonnées
—> « Tandis que je m’en allais … : Prop sub cc de temps (exprime la
concomitance)/ dépend de la 2 e prop qui devient principale dans la phrase créée /
introduite par locution conjonctive « tandis que » (+ indicatif) / peut être déplacée (le
montrer) ou supprimée.
- « J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal « transformez ce passage une phrase
complexe comprenant une proposition subordonnée circonstancielle que vous analyserez.
—> Alors que / Tandis que …
- Identifiez et analysez la proposition v. 10-11 « où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ».
Prolongement : établir un plan de commentaire à partir du sonnet « Ma Bohême »
I- Un poème qui relate l’errance, les fugues du jeune Rimbaud.
A- Un voyage sous le signe de la liberté
B- Qui se caractérise par un dénuement joyeux
II- Un voyage qui est aussi poétique.
A- La transfiguration du réel (petit Poucet / féal de la muse)
B- L’inspiration poétique par la nature
C- autodérision et espièglerie
IIi- Voyage et poésie participent en fait d’une même expérience.
A- Tous deux ouvrent sur un ailleurs, spatial ou imaginaire
B- Tous deux font intervenir les sensations
C- Tous deux sont synonymes de liberté.
Séance 3
Rimbaud, Les Cahiers de Douai
Séance d’ensemble : amour, femmes, sensualité, lyrisme (premier cahier)
➢ Première étape : découvrir le thème
1. Quels sont les poèmes qui vous semblent évoquer l’amour, les premiers émois, la
sensualité ou l’expression des sentiments ? Que vous évoquent les titres de ces
poèmes ? Que disent-ils du lyrisme de Rimbaud ?
2. Lisez les poèmes concernés : confirment-ils vos premières idées, interprétations
sur les poèmes ?
3. Voici un tableau de Botticelli, qui s’intitule Naissance de Vénus, appelé aussi
« Vénus anadyomène » : correspond-il selon vous à ce que décrit Rimbaud dans
son poème du même nom ?
➢ Deuxième étape : étude de quelques poèmes
· « Première soirée » :
Quel pronom ouvre le premier vers ? Commentez ce choix.
Quels éléments vous surprennent dans ce poème ?
· « Sensation » :
Relevez le champ lexical des sensations. En quoi ce poème est-il lyrique ?
Quel rôle la nature joue-t-elle pour le poète ?
Quels éléments pourraient suggérer l’émancipation ?
· « Soleil et chair »
Quels sont les éléments qui font que de ce poème un poème plus sérieux, plus
soutenu que les autres ?
Relevez trois citations sur l’amour du poète pour le monde ?
· « Ophélie » / « Les réparties de Nina »
Ces deux poèmes évoquent un personnage féminin : ces évocations ont-elles des
points communs ?
· « Les réparties de Nina »
Que suggère le conditionnel dans les 14 premières strophes ?
Montrez que le lyrisme de ce poème est original.
· « Vénus anadyomène »
Comment la description du corps est-elle organisée ?
En quoi ce poème est-il une parodie ?
· « Roman »
Pourquoi le poète utilise plus fréquemment le pronom « on » que le « je » ?
En quoi le langage du poète montre-t-il qu’il ne se prend pas au sérieux ?
A faire à la maison : dans le deuxième cahier, lisez les poèmes « Au cabaret vert »,
« La Maline », « Rêvé pour l’hiver » et relevez ce qui confirme ce que vous avez pu
observer dans les poèmes du premier cahier.
Rimbaud, Les Cahiers de Douai
Séance d’ensemble : amour, femmes, sensualité, lyrisme (premier cahier)
➢ Première étape : découvrir le thème
1. Quels sont les poèmes qui vous semblent évoquer l’amour, les premiers émois, la
sensualité ou l’expression des sentiments ? Que vous évoque les titres de ces
poèmes ? Que disent-ils du lyrisme de Rimbaud ?
Première soirée / Soleil et Chair : début d’une relation amoureuse, premier rendez-
vous, ou première expérience sexuelle, du désir…
Les réparties de Nina / Ophélie : noms de femmes, amantes de Rimbaud ?
Vénus anadyomène : nom d’une déesse, définition « anadyomène » = sortie des
eaux ; lyrisme romantisme, blason, célébration du corps de la femme
A la musique :
Roman : histoire racontée, narration, peut-être d’une histoire d’amour
2. Lisez les poèmes concernés : confirment-ils vos premières idées, interprétations
sur les poèmes ?
Première soirée : oui, premier rendez-vous, première expérience
Soleil et chair est plus un poème mythologique qui évoque plusieurs dieux et
déesses
Nina / Ophélie : Nina, amante du « je » lyrique, fille légère, sensuelle, exploration de
son corps / Ophélie = femme morte (psg de Shakespeare, morte noyée) = vision
étrange et originale de la femme
Vénus : poème vulgaire, presque obscène, thème trivial peu évoqué en poésie
A la musique, Roman : poèmes narratifs
3. Voici un tableau de Botticelli, qui s’intitule Naissance de Vénus, appelé aussi
« Vénus anadyomène » : correspond-il selon vous à ce que décrit Rimbaud dans
son poème du même nom ?
Non pas vraiment. Le tableau offre une image sensuelle et idéale de la femme
(posture, ref mythologiques, couleurs…) alors que le poème est plus trivial. La
femme n’est pas valorisée. Il s’agit à l’évidence d’une parodie
➢ Deuxième étape : étude de quelques poèmes
· « Première soirée » » :
Quel pronom ouvre le premier vers ? Commentez ce choix.
Pronom « elle » sans antécédent. Pas de nom, début « in médias res ».
Attirance pour sa féminité plutôt que pour la fille en elle-même
Quels éléments vous surprennent dans ce poème ?
Pas de sentiment amoureux. Scène sensuelle au cours de laquelle le poète
explore le corps de la jeune femme. On célèbre ses pieds, son rire, ses yeux,
de manière fantaisiste et originale.
Dimension théâtrale amenée par le discours direct.
Rythme léger par choix des octosyllabes et des refrains.
· « Sensation » :
Relevez le champ lexical des sensations. En quoi ce poème est-il lyrique ?
Diverses sensations lors de promenades estivales nocturnes. Impressions
physiques nombreuses : « picoté, » « fouler », « sentirai », « baigner ». Poète
décrit état de bonheur physique intense, bien-être total. Lyrisme par le « je »,
expressions sensations, place de la nature, musicalité
Quel rôle la nature joue-t-elle pour le poète
Nature personnifiée, comparée à femme aimée avec laquelle le poète désire
fusionner.
Première strophe description d’un paysage bucolique, puis évocation de ses
états d’âme.
Tradition romantique mais annonce les mystères du symboliste.
Quels éléments pourrait suggérer l’émancipation ?
La liberté d’errer sans but dans la campagne, grâce à « j’irai ». Se qualifie de
« rêveur » et à un bohémien.
Négations vers 5 : volonté de se libérer des contraintes que sont la parole et
la pensée.
· « Soleil et chair »
Quels sont les éléments qui font que de ce poème un poème plus sérieux,
plus soutenu que les autres ?
Poème mythologique, lyrique, hymne à la déesse de l’amour. Alexandrins
réguliers, rimes suffisantes et riches, expression soutenue, souvent
métaphorique
Codes et exigences du Parnasse
Relevez trois citations sur l’amour du poète pour le monde ?
« Mais l’amour, voilà la grande foi ! »
« Le monde vibrera comme une immense lyre / Dans le frémissement d’un
immense baiser »
« O renouveau d’amour, aurore triomphale ! »
· « Ophélie » / « Les réparties de Nina »
Ces deux poèmes évoquent un personnage féminin : ces évocations ont-elles des
points communs ? Non
Ophélie : poème tragique, évoque une jeune fille noyée (ref à Shakespeare) /
registre tragique
Nina : poème léger, dialogue amoureux, vocabulaire trivial, familier
Deux manières originales d’évoquer les femmes.
· « Les réparties de Nina »
Que suggère le conditionnel dans les 14 premières strophes ?
Conditionnel pour imaginer ce qui pourrait se dérouler dans la journée.
Montrez que le lyrisme de ce poème est original.
Prise de parole originale, déséquilibrée. Titre suggère répliques nombreuses
de la jeune femme, mais elle ne parle pas, sauf une réplique matérialiste à la
fin. Langage familier, oral « Hein ? », « une vache fienterait »
Alternance différents mètres courts donne rythme sautillant
Importance des sens notamment vue avec couleurs omniprésentes
Utilisation modérée du « je » au profit d’un « nous » + éléments naturels qui
semblent agir à la place du poète « quand le bois frissonnant saigne »
· « Vénus anadyomène »
Comment la description du corps est-elle organisée ?
Corps décrit de haut en bas ; premier quatrain = tête ; deuxième quatrain =
cou, épaules, dos ; tercets = dos, fesses, anus. But de choquer
En quoi ce poème est-il une parodie ?
La représentation de la femme ne ressemble pas à une célébration
traditionnelle. La femme a un corps vieilli, difforme, animalisé (« col »,
« échine », « croupe »). Elle est brune, alors qu’elle est traditionnellement
blonde. Le tatouage « Clara Venus » indique qu’il s’agit d’une prostituée et
donne l’explication du titre ironique. Rime finale « Vénus/anus » et l’oxymore
« belle hideusement » sont fortement parodiques.
· « Roman »
Pourquoi le poète utilise plus fréquemment le pronom « on » que le « je » ?
« On » pour inviter à une identification plus large des lecteurs, propos
universel
Renouveau du lyrisme avec pronom familier
En quoi le langage du poète montre-t-il qu’il ne se prend pas au sérieux ?
Expressions familières « foin des bocks » / répétition adj « petit » dans le
décor
Le poète se moque de lui-même « vous êtes amoureux » / diérèse sur « séri-
eux » souligne autodérision
Bilan : vision de l’amour et des femmes
➢ Un lyrisme entre tradition et émancipation du Romantisme
· Les sentiments
Utilisation modérée voire inexistante du « je » : « Roman » avec le « on », « tu » dans
certains autres poèmes comme « Les réparties de Nina »
Sentiments perso liés à l’adolescence, les premiers émois : « Première soirée », « Les
réparties de Nina » / mais pas de sentiment amoureux véritable, juste le désir et la
sensualité, la découverte du corps de l’autre
Vision idéale dans « Soleil et chair »
· La nature
Osmose avec la nature : « Sensation » avec essentiellement rimes féminines, union,
harmonie avec la nature qui mène à était de plénitude totale
Evocation des couleurs, des synesthésies fréquentes : « sensation » avec « soirs bleus » /
« roman »
➢ Une célébration de la sensualité et des sens
· Les émois physiques
Le vocabulaire du corps : « Les réparties de Nina », « Première soirée », « Vénus
anadyomène »
· L’adolescence : entre bouleversements de la découverte, des expériences
nouvelles et autodérision
« Roman » ivresse de l’alcool, éveil du corps adolescent et ivresse des sensations, ivresse
au contact d'un amour naissant.
➢ Une sensualité osée
« Première soirée » insiste sur la sensualité en évoquant de manière délicate, plaisante,
mais également assez précise, les préliminaires d’une étreinte amoureuse (cf. v. 1, 6, 12,
26, 29…).
Images explicites dans « Les réparties de Nina » : « ta poitrine sur ma poitrine »
➢ Une image de la femme originale
· Représentation traditionnelle : cliché de la jeune fille coquette, adorable dans
« Roman »
· Représentations plus originales : « Ophélie » la morte tragique, et une « Vénus »
vieille et difforme / Répartie de Nina qui n’en est pas une dévoile matérialisme de la
jeune fille et contraste fort avec scène sensuelle de tout le poème, comme un retour
brutal à la réalité.
· Femme indistincte : « elle » dans « Première soirée »
➢ Un usage nouveau de la versification, du langage poétique
· Langage : Un langage trivial, familier, grossier : « Vénus », « Réparties de Nina »
(oralité du langage)
· Versification : Un usage des rejets et contre rejets, qui cassent les rythmes des
vers, provoquant, dissonance, disharmonie, pour illustrer le thème du poème :
« Vénus »
Rimbaud a une vision de l’amour, de la sensualité très joyeuse, pleine d’espoir liée à sa
jeunesse. Dans les Cahiers de Douai, il confronte sa vision « idéale » à la réalité plus
triviale, plus brutale, qu’il met en scène dans plusieurs poèmes.
Séance 4 : Explication linéaire 14
Vénus Anadyomène »
Introduction :
Poème extrait des Cahiers de Douai, qui regroupe 22 poèmes de jeunesse rédigés
en 1870 ; le recueil ne sera publié que bien plus tard, après la mort de Rimbaud. Il s’agit
ici d’un sonnet en alexandrins, isométrique .
« Vénus anadyomène » fait partie des poèmes recopiés pour Paul Demeny à Douai par
Rimbaud entre septembre et octobre 1870. Ce sonnet est daté du 27 juillet 1870 dans un
manuscrit autographe confié à Georges Izambard. Il traite du thème de Vénus, déesse de
l’Amour, abordé dans un autre poème de Cahiers de Douai : « Soleil et clair ». Mais
Rimbaud opte ici pour version personnelle du motif mythologique en traitant le sujet de
façon parodique, propre à surprendre et déstabiliser le lecteur. Ce poème a une forme
traditionnelle mais il est iconoclaste ( à l’encontre de la tradition) car il propose un contre-
blason du motif mythologique de la Vénus ( cf Sandro Botticelli La Naissance de Vénus) .
Explication du titre : « Anadyomène » = « sortant des flots ». Il renvoie à une longue
tradition picturale de la Vénus cf le tableau de Botticelli . Il annonce que le poète mettra en
valeur la beauté de la déesse mais dès les premiers vers le poète souhaite dégrader cette
représentation.
2 tableaux à projeter : La Naissance de Vénus de Botticelli ( 1485) et celui de Alexandre
Cabanel ( 1863)
Pbtique : Comment Rimbaud parodie-t-il le portrait de la Vénus traditionnelle pour
en faire un poème de la laideur ?
Mouvements : Ils sont mis en évidence par le découpage des strophes qui évoquent un
aspect singulier de la description de la Vénus. Description ordonnée du haut vers le bas
ce qui mime le mouvement de la déesse sortant de l’eau .
§ 1 : l’émergence d’une Vénus burlesque
§2 : Description du corps : Du cou aux reins
§ 3 Puis description sensorielle du corps
§ 4 : la chute : une femme repoussante
I. L’émergence d’une Vénus burlesque
Le poème reprend la tradition du blason cf chp lex du corps « femme » « cheveux bruns »
« col » « omoplates » « reins » « échine » « tout ce corps » « croupe » « anus » mais dès
le :
-V1 : l’émergence de la Vénus déçoit le lecteur puisqu’elle sort d’un « cercueil » alors
qu’elle est censée naître de l’onde. Ce cercueil est la métaphore de la vieille baignoire v3 (
« d’un certain vert en fer blanc » matière bon marché) . Cela fait descendre la déesse de
son piédestal
- V2 /3: le personnage est parodié « de femme à cheveux bruns fortement pommadés ».
Cette représentation annonce la laideur, un maquillage maladroit qui peine à cacher la
vieillesse. Ici on oppose une Vénus traditionnelle, belle au naturel à une Vénus fardée et
qui use d’artifice pour camoufler sa laideur .
Le vocabulaire dépréciatif et les adjectifs employés aux vers 3 « lente et bête » annonce
un portrait satirique.
-V4 : la métaphore « déficits assez mal ravaudés » désigne un manque ( donc ici la
beauté) et donc les défauts physiques du personnage . Le terme « ravaudés » renvoie à la
couture et signifie ici mal réparés. Ces mots accentuent les défauts de ce corps féminins
dont on n’a pu cacher les imperfections.
De plus dans l’ensemble du quatrain, on peut relever une allitération en [R] qui évoque le
frottement du corps contre la paroi de la baignoire , bannissant ainsi toute sensualité .
II. Description du corps : Du cou à aux reins
-V5 : l’adverbe « puis » évoque la progression de la description du haut vers le bas. On
évoque le « col » ( le cou) « gras et gris » => paronomase accentuée par une nouvelle
allitération en [R] qui est désagréable + « larges omoplates » qui ressortent et qui nous
éloigne des canons de la beauté .
-V6 : les PSR « qui saillent » « qui rentre » « qui ressort » alourdissent l’ensemble qui
manque totalement de grâce . Les actions sont contradictoires, désordonnées et souligne
la discordance.
-V7 : A nouveau un adverbe de liaison « puis » qui évoque les « reins » caractérisés par
les « rondeurs » laissent placent à la graisse ( v8) . Cette graisse apparaît à l’extérieur
avec l’association aux « feuilles plates (cellulite ?)
Cette femme est laide de par ses disproportions : le col « gras » «, les omoplates
« larges », les rondeurs des reins « semblent prendre de l’essor »’ v7 qui contrastent avec
le dos « court » .
III. Puis description sensorielle du corps
Le rythme du poème avec des rejets et contre-rejets mime la disharmonie du mouvement
« et le tout sent un goût/ Horrible » v9/10, « on remarque surtout / Des singularités ». Le
poème est aussi bancal que le femme décrite .
-Ce tercet convoque les sens : la vue v8 avec l’échine « un peu rouge » , l’odorat et le
goût : « tout cela sent un goût » =Ces sensations sont désagréables et amèneront à la
chute dans le dernier tercet . On commence à évoquer ici un monstre qui crée une
répulsion chez le lecteur.
-La couleur rouge v9 détruit les couleurs originelles du tableau de Botticelli ou de Cabanel
évoquées à travers « le vert, blanc gris » et enlève toute sensualité au poème .
-V11 : le poète crée ici une attente en évoquant « on remarque surtout » v10 , les
« singularités » qu’il faut « voir à la loupe » . Il ne nomme pas explicitement ces
singularités mais en signale bien l’intérêt. + pts de suspension qui accentue cet effet.
Rimbaud accorde du temps au lecteur pour réfléchir à une nouvelle vision.
De plus le « je » lyrique est remplacé par le pronom personnel « on » plus neutre et
impersonnel. Ce qui l’émancipe de la tradition
IV :La chute : Une femme repoussante
-Le dernier tercet répond à l’effet d’attente du vers précédent. Le poète évoque une
femme qui est nommée ( mise en valeur par la ponctuation forte le : s) « Clara Vénus
v12 en latin = Illustre Vénus . On remarque le contraste entre le latin + adj mélioratif
« clara » et les 2 derniers vers qui décrivent péjorativement cette déesse.
Ces mots gravés évoque rappelle aussi un sonnet de Louise Labé « Clere Venus qui
erres par les cieux » . Rimbaud se montre désinvolte à l’égard de ces références au
lyrisme du siècle de la Pléiade
-V12 le choix du verbe « gravés » associe la femme à une statue puisque Vénus est
très souvent représentée comme la célèbre Vénus de Milo . On évoque aussi le
tatouage qui est rare à cette époque et plutôt attribué aux prostituées . Là encore un
signe de provocation de la part de Rimbaud.
-V13 « large croupe » animalise la femme de façon péjorative et l’expression « tout ce
corps remue » désigne la femme tel un pantin avec l’emploi du déterminant indéfini
« tout ». Ce vers évoque aussi une danse érotique voire obscène.
-V14 « belle hideusement » l’oxymore suggère que même dans cette laideur peut jaillir
la beauté mais l’évocation « d’un ulcère à l’anus » finit d’attribuer au sonnet un ton
provocateur. Ce dernier mot rime avec « Vénus » et crée la répulsion du lecteur. Il allie
le sacré et le profane, le sublime et le laid.
Rimbaud s’efforce d’évoquer une beauté nouvelle, oxymorique « horrible
étrangement » « belle hideusement » en symbolisant le choc entre la beauté et la
laideur, dérangeante et fascinante .
CONCLUSION :
Ce poème de Rimbaud, , influencé par la lecture de la revue Le Parnasse
contemporain au début de sa carrière, est un appel à une poésie nouvelle . Il
s’approprie plusieurs thèmes et formes traditionnels ( le sonnet, le blason , le motif
de la Vénus ) mais il fait ici une parodie du motif de la Vénus, cher aux poètes de
l’Antiquité et nous invite à dépasser ces modèles esthétiques traditionnels. En
empruntant aux codes du contre-blason, Rimbaud met en avant la laideur et prouve
qu’elle est un sujet poétique à part entière.
Ouverture : // avec Baudelaire « Une Charogne » pour qui le « beau est toujours
bizarre » . Il y décrit un cadavre en décomposition et invite la femme aimée à
prendre conscience du temps qui passe de façon violente.
Grammaire : Questions possibles :
- Analysez les propositions subordonnées relatives vers 5 et 6.
- Vers 9-10 « L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût horrible
étrangement », identifiez les propositions et transformez le passage de manière à
faire apparaître une subordonnée circonstancielle que vous analyserez.
—> indépendantes coordonnées > « Tandis que l’échine est un peu rouge, le tout
sent un goût horrible étrangement ».
Séance 5
Etude d’ensemble : Rimbaud, les influences
Textes complémentaires et fiche
I- L’influence romantique
Victor Hugo, La Légende des siècles, « Paroles dans l’épreuve », 1859
(…)
Peuple, homme, esprit humain, avance à pas altiers !
Parmi tous les écueils et dans tous les sentiers,
Dans la société, dans l’art, dans la morale,
Partout où resplendit la lueur aurorale,
Sans jamais t’arrêter, sans hésiter jamais,
Des fanges aux clartés, des gouffres aux sommets,
Va ! la création, cette usine, ce temple,
Cette marche en avant de tout, donne l’exemple !
L’heure est un marcheur calme et providentiel ;
Les fleuves vont aux mers, les oiseaux vont au ciel ;
L’arbre ne rentre pas dans la terre profonde
Parce que le vent souffle et que l’orage gronde ;
Homme, va ! reculer, c’est devant le ciel bleu
La grande trahison que tu peux faire à Dieu.
Nous donc, fils de ce siècle aux vastes entreprises,
Nous qu’emplit le frisson des formidables brises,
Et dont l’ouragan sombre agite les cheveux,
Poussés vers l’idéal par nos maux, par nos vœux,
Nous désirons qu’on ait présent à la mémoire
Que nos pères étaient des conquérants de gloire,
Des chercheurs d’horizons, des gagneurs d’avenir ;
Des amants du péril que savait retenir
Aux âcres voluptés de ses baisers farouches
La grande mort, posant son rire sur leurs bouches ;
Qu’ils étaient les soldats qui n’ont pas déserté,
Les hôtes rugissants de l’antre liberté,
Les titans, les lutteurs aux gigantesques tailles,
Les fauves promeneurs rôdant dans les batailles !
Nous sommes les petits de ces grands lions-là.
Leur trace sur leurs pas toujours nous appela ;
Nous courons ; la souffrance est par nous saluée ;
Nous voyons devant nous là-bas, dans la nuée,
L’âpre avenir à pic, lointain, redouté, doux ;
Nous nous sentons perdus pour nous, gagné pour tous ;
Nous arrivons au bord du passage terrible ;
Le précipice est là, sourd, obscur, morne, horrible ;
L’épreuve à l’autre bord nous attend ; nous allons,
Nous ne regardons pas derrière nos talons ;
Pâles, nous atteignons l’escarpement sublime ;
Et nous poussons du pied la planche dans l’abîme.
Comparez ce poème et « Le Forgeron » de Rimbaud.
II- L’influence parnassienne
A- Titre : À Henry Murger
Poète : Théodore de Banville (1823-1891)
Recueil : Odelettes (1856).
Comme l'autre Ophélie,
Dont la douce folie
S'endort en murmurant
Dans le torrent,
Pâle, déchevelée
Et dans l'onde étoilée
Éparpillant encor
Ses tresses d'or,
Et comme Juliette,
Qui craignait l'alouette
Éveillée au matin
Parmi le thym,
Elle est morte aussi jeune
Au bel âge où l'on jeûne,
Ta pensive Mimi
Au front blêmi,
Et, dans la matinée
De la vingtième année,
Elle a fermé ses yeux
Insoucieux.
(…)
B- Leconte de Lisle, « La Fontaine aux Lianes » (1862)
(…)
Au fond des bois baignés d’une vapeur céleste,
Il était une eau vive où rien ne remuait ;
Quelques joncs verts, gardiens de la fontaine agreste,
S’y penchaient au hasard en un groupe muet.
Les larges nénuphars, les lianes errantes,
Blancs archipels, flottaient enlacés sur les eaux,
Et dans leurs profondeurs vives et transparentes
Brillait un autre ciel où nageaient les oiseaux.
Ô fraîcheur des forêts, sérénité première,
Ô vents qui caressiez les feuillages chanteurs,
Fontaine aux flots heureux où jouait la lumière,
Éden épanoui sur les vertes hauteurs !
Salut, ô douce paix, et vous, pures haleines,
Et vous qui descendiez du ciel et des rameaux,
Repos du cœur, oubli de la joie et des peines !
Salut ! ô sanctuaire interdit à nos maux !
Et, sous le dôme épais de la forêt profonde,
Aux réduits du lac bleu dans les bois épanché,
Dormait, enveloppé du suaire de l’onde,
Un mort, les yeux au ciel, sur le sable couché.
Il ne sommeillait pas, calme comme Ophélie,
Et souriant comme elle, et les bras sur le sein ;
Il était de ces morts que bientôt on oublie ;
Pâle et triste, il songeait au fond du clair bassin.
La tête au dur regard reposait sur la pierre ;
Aux replis de la joue où le sable brillait,
On eût dit que des pleurs tombaient de la paupière
Et que le cœur encor par instants tressaillait.
(…)
Comparez ces deux poèmes à « Ophélie » de Rimbaud.
III- L’influence de Baudelaire.
A- « Une charogne » , Charles Baudelaire
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Le ventre en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint;
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés!
Comparez ce poème à « Venus Anadyomène » de Rimbaud
B- « Spleen » 76, Charles Baudelaire, Les fleurs du mal (1857), Section « Spleen et
Idéal"
LXXVI - Spleen
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.
(…
Comparez ce poème et « Le Buffet » de Rimabaud
Les mouvements littéraires poétiques du XIXème
Romantiques, Parnassiens, Symbolistes et Décadents.
La progression du goût poétique au cours du XIX° siècle peut se décrire à travers la
succession de quatre mouvements littéraires : Romantisme, Parnasse, Symbolisme,
Décadentisme. Ils se définissent essentiellement par réaction à l'égard de ce qui les a
précédés.
Le Romantisme, en réaction contre le rationalisme triomphant au XVIII° siècle, réhabilite
la sensibilité, l'imagination, et se caractérise par l'expression lyrique, intense, des
sentiments intimes : l'émerveillement devant la nature, l'exaltation religieuse, la
mélancolie, l'amour, la solitude, la révolte contre l'injustice, l'angoisse du temps qui passe
et de la mort.
Les Parnassiens sont partisans de l'Art pour l'Art. Ils reprochent aux Romantiques d'avoir
fait prévaloir le contenu (le sentimentalisme, l'engagement social et politique) sur la forme
(la beauté et la perfection de la langue). Ils se reconnaissent dans la doctrine professée
par Gautier dans la Préface de Mademoiselle de Maupin : "Il n'y a de vraiment beau que
ce qui ne peut servir à rien; tout ce qui est utile est laid". En conséquence de quoi ils
recherchent par-dessus tout la qualité formelle, la virtuosité technique dans la composition
du poème et la facture du vers. Sur le plan des thèmes, ils affectionnent l’étrange,
l’antique ou l’exotique. " De 1866 à 1876, plusieurs poètes de ce courant - Leconte de
Lisle, Banville, François Coppée, José-Maria de Hérédia, Sully Prudhomme, Catulle
Mendès - publièrent leurs œuvres dans une revue intitulée "Le Parnasse
contemporain". Rimbaud enverra 3 textes Banville, chef de file du Parnasse ( avec
Leconte de Lisle) en 1870 : « Sensation » « Ophélie » « Soleil et chair »
Le Symbolisme constitue une rupture avec l'Art pour l'Art et le Parnasse dans la mesure
où il transfigure la réalité par la fantaisie ou l'imagination de l'artiste. Il fixe volontiers au
travail poétique la mission d'exprimer l'aspiration de l'homme à un monde supérieur, idéal,
invisible et pourtant accessible à travers l'émotion poétique. Les images poétiques, le
travail du rythme sont chargés d'ouvrir à l'homme ce paradis perdu, cette expérience
ineffable de la plénitude sensible que véhicule la transe poétique, la "magie hallucinatoire"
des mots. Pour les Parnassiens, l'artiste est un artisan du Beau, sublime mais un simple
artisan. Pour les Symbolistes, il redevient, comme chez les Romantiques, un passeur, un
"voyant". Mais il y avait du prêtre chez les romantiques, alors que chez les symbolistes il y
aurait plutôt du sorcier. L’année 1857 marquera Rimbaud avec la publication des Fleurs
du Mal de Baudelaire
Le Décadentisme est le double inversé du symbolisme. Après l'utopie, le
désenchantement. Le terme "décadents" permet de désigner des artistes chez qui
dominent le sentiment de l'échec personnel, de la médiocrité de leur époque. Chez Jules
Laforgue et Tristan Corbière « Le Crapaud » , cet état d'esprit prend la forme d'un humour
grinçant chargé d'autodérision. Aux célèbres "La vraie vie est absente", "L'amour est à
réinventer" d'Arthur Rimbaud (Une Saison en Enfer) répond ironiquement le "Ah! Que la
vie est quotidienne!" de Jules Laforgue dans Les Complaintes.
⇨ En conclusion les influences de Rimbaud sont multiples , il est davantage
sensible aux personnalités qu’aux mouvements littéraires comme il l’explique dans
sa lettre à Paul Demeny Lettre du voyant. Il admire Hugo comme étant un voyant,
voit en Baudelaire « le premier voyant, roi des poètes » et apprécie Verlaine pour
son recueil Les Fêtes Galantes
Corrigé
I- L’influence romantique : Hugo
Rimbaud admire Hugo (considère qu’il est le précurseur des poètes voyants).
Hugo, « Paroles dans l’épreuve » dans La Légende des siècles (veut raconter
l’histoire de l’humanité).
// « Le Forgeron » Rimbaud
Points communs : éloge de la révolution, de la révolte / poètes prennent le parti du
peuple qui souffre / pamphlets contre Napoléon / registre épique (thème de la
bataille, les pluriels, les hyperboles) / sentiments exaltés …
Différences : chez Rimbaud, une saynète avec deux personnages allégoriques : le
forgeron représente le peuple / Louis XVI : image intemporelle du tyran pour
représenter l’empereur. S’inspire d’une anecdote historique (Cf note 1) / Violence
accrue chez Rimbaud qui mêle différents niveaux de langue : cf termes grossiers :
« Merde à ces chiens-là », « le peuple n’est plus une putain » / rythme plus heurté :
cf rejets.
II- L’influence parnassienne.
Rimbaud rend hommage aux parnassiens : ils sont « très voyants » mais il nuance
et prend de plus en plus de distance avec eux car leur poésie est impersonnelle et
refuse l’engagement.
* Théodore de Banville « A Henry Murger » // « Ophélie » de Rimbaud.
- beaucoup de points communs : Description d’Ophélie / la nature, la jeunesse,
l’eau …
- Chez Banville, elle est symbole de mort précoce / chez Rimbaud, c’est un double
du poète « tes grandes visions » + rêveuse, intuitive, aspire à la liberté.
* Leconte de Lisle : « La Fontaine aux lianes » // « Le Dormeur du val »
- Même histoire : un jeune homme mort en pleine nature.
- Même progression : présentation de la nature, puis du jeune homme avec une
hésitation : endormi ou mort ?
- Mais des différences : Rimbaud choisit une forme courte (sonnet) VS poème très
long de L de L (extrait seulement ici) / L de L accorde une plus grande
importance à la nature alors que l’objectif de Rimbaud est de dénoncer la guerre.
Pour Rimbaud, la beauté formelle ne suffit pas : il s’engage. / L de L vise la
beauté formelle plus que les émotions.
III- Influence de Baudelaire.
Pour Rimbaud, « Baudelaire est le premier des voyants »
* « Une Charogne » // « Venus Anadyomène »
« Une Charogne » : le poète invite la femme aimée à se rappeler une promenade
sentimentale dans la nature mais effet de surprise : découverte de la fragilité de la
vie … à travers une charogne ! (cadavre d’animal en décomposition).
Dimension parodique : voc très élogieux pour s’adresser à la femme (« étoile de
mes yeux » contraste avec un lexique bas et choquant : celui de la décomposition.
La femme est comparée à cette charogne …
(mais attention : la chute du poème montre que l’esprit et la poésie sont capables
d’immortaliser la beauté, ce que ne peut faire la nature).
Strophe 4 // titre du recueil Les Fleurs du mal —> charogne comparée à une fleur +
oxymore « carcasse superbe » : la beauté est extraite du mal —> nouvelle
conception de la Beauté, très moderne, nouvelle esthétique.
// « Venus Anadyomène » : contre-blason parodique. Titre fait naître des images
mentales de beauté : on s’attend à un portrait élogieux (cf Boticelli, tableau La
Naissance de Venus) : or on comprend qu’il est ironique. Elle sort d’une baignoire
(non d’un coquillage), comparée à un cercueil … Lexique du corps mais description
dépréciative. Oxymore « belle hideusement » // Les Fleurs du mal. La prostituée
représente une « fleur du mal ». Renouveau poétique : tout en reprenant une figure
mythique et la forme du sonnet (donc en s’inscrivant dans une tradition esthétique),
Rimbaud ouvre une conception moderne ; beauté du sonnet trouve sa source dans
la laideur.
« Spleen » 76 de Baudelaire // « Le Buffet » de Rimbaud.
Thème commun, inhabituel : meuble / lexique similaire : il renferme les mêmes
objets, il se rattache au souvenir (mèches de cheveux, fleurs fanées, parfums …)
Il a une dimension symbolique
- chez Baudelaire, il se rattache au spleen ; le meuble est une allégorie du poète :
« mon triste cerveau ».
- Chez Rimbaud, il évoque la création poétique : « tu sais bien des histoires », « tu
voulais conter des contes ».
- Donc les souvenirs sont liés à la mort pour Baudelaire, alors qu’ils enrichissent
la création littéraire pour Rimbaud.
Séance 6 : Explication linéaire 15 « Le Mal »
LL « Le Mal » de Rimbaud
Introduction : En 1870, en pleine guerre entre la France et la Prusse, au moment où
Hugo, à 68 ans, écrit son poème « Depuis six mille ans la guerre... », Rimbaud, à 16 ans,
compose plusieurs poèmes contre la guerre comme « Le Dormeur du Val » .Dans « Le
Mal », sonnet de structure classique, il décrit l'horreur de la bataille, puis peint
l'indifférence de Dieu aux malheurs des « mères ».À travers ces 2 tableaux fortement
contrastés, le jeune poète exprime sa pitié pour les victimes et pour la douleur des familles
éprouvées par le fléau qu'est la guerre, mais aussi, après un hymne à la nature mère, sa
révolte contre le pouvoir et la religion.
Pbtique : En quoi ce sonnet exprime –t-il la révolte de Rimbaud ?
Mouvements :- v1à 8: une vision violente de la guerre
V9 à 11 : l’indifférence de Dieu
V12 à 14 : la cupidité de l’Eglise
I. Une vision violente de la guerre
- V 1 : le poème s’ouvre sur une scène extérieure : le champ de bataille. Le PSC de
temps « Tandis que … » établit le cadre temporel de l’action : la guerre , présentée
d’emblée comme un massacre « crachats », « rouge », « mitraille »
On relève une métaphore qui assimile les balles « mitraille » à des « crachats
rouges »et l’hypallage ( fig. qui consiste à prêter des qualités propres d’un élément
à un autre) qui évoque que les « crachats rouges » ne sont pas ceux de la mitraille
mais des corps criblés par les balles. + allitération en [r] et [K] viennent mimer le
bruit des tirs de fusils « crachats rouges » « mitraille » « écarlates ou verts », « roi »
, « raille »
- V2 la démesure du combat est amplifiée par l’évocation de « l’infini du ciel bleu » et
par le CC de « tout le jour ». Cette amplification épique montre qu’il n’y a aucune
limite à cette guerre ni dans la durée, ni dans l’espace
De plus le verbe « sifflent » miment les balles qui fusent mais aussi la destruction.
- V3 ici les actions deviennent plus visuelles qu’auditives. Au « rouges » v1
s’associent ici « écarlates ou verts ». Ces couleurs évoquent par métonymie les
couleurs de l’uniforme : vert pour les prussiens et rouge pour les Français. Il s’agit
donc de la guerre franco-prussienne de 1873 dont Rimbaud a été témoin. Cette
opposition de couleurs choque et réduit les soldats à des couleurs, tels des pions
d’une guerre voulue par le Roi, seul individu clairement identifié ici. Il est un
spectateur méprisant comme en témoigne le verbe « railler » .
Rimbaud dénonce le pouvoir du Roi, responsable de ce massacre et indifférent au
sort de ses hommes
- V4 : ce dernier vers évoque le chaos car les hommes sont réduits à une « masse »
et un peu plus loin au vers 6 à « un tas fumant ». Le poète dénonce la
déshumanisation des soldats. Il ne s’agit plus d’individu mais de « masse »
« bataillon »
- V5/ 6 : Ce 2eme quatrain a une construction symétrique au 1 er puisqu’il débute
par la même PSC de temps et poursuit la description du champ de bataille mais
crescendo . L’horreur est évoquée par le terme « folie épouvantable » mais aussi
par le vb « broyer » et l’évocation hyperbolique « cent milliers d’hommes ». La
métaphore « tas fumant » réduit les hommes en cendres. Ils n’ont été que des
pions voués à sacrifier leur vie pour des désirs de conquête d’un seul homme le
Roi. Le poète dénonce ici la politique tyrannique et inhumaine de l’Empereur
Napoléon III . (Le terme « empereur n’a pas été utilisé par peur de la censure) .
- V7 / 8 Ici le poète suspend son récit pour exprimer ce qu’il ressent : voc affectif
« Pauvres morts » + pt d’exclamation et tiret. De plus le rythme ternaire « dans
l’été, dans l’herbe, dans ta joie » suggère la jeunesse des victimes et rappelle leur
passé. Cela fait ressortir avec cruauté ce qu’ils ont perdu
L’apostrophe à la « Nature » par l’injonction personnifie la Nature et l’associe à la
mère. Mère nature comme Mère de tous les soldats => image sacrée avec l’emploi
de l’adverbe « saintement » et du vb « fis » => hymne à la nature et non à Dieu .
La vraie religion n’est pas dans les représentants officiels de la religion, les vraies
valeurs sont dans la nature. C’est une conception païenne de la Création, le poète
s’oppose donc au christianisme
On remarque que le poète emploie 3 pts d’exclamation sur deux vers qui suggèrent
sa révolte et renforcent sa critique de la guerre .
II. L’indifférence de Dieu
Les deux tercets vont constituer une chute et un effet d’attente lié à la construction du
poème (1 seul phrase et plusieurs propositions subordonnées)
- V9/10/11 Dans le 1er tercet l’emploi du pronom impersonnel et du pronom indéfini
« un Dieu » traduit le mépris de Rimbaud et sa critique de l’Eglise. Là encore le rire
renvoie à celui du Roi dont il critiquait la supériorité à l’égard des troupes. Ici
l’Eglise méprise les mères endeuillées ( « bonnet noir » v13) . Dieu est perçu
comme un être vénal entouré de luxe comme en témoigne l’énumération
v9/[Link] situation paisible contraste avec le champ de bataille, Le champ lexical
du sommeil « bercement » « s’endort » « se réveille » évoque un dieu oisif qui dort,
indifférent la situation de ses fidèles. L’allitération en [S] contribue à ce bercement.
III. La cupidité de l’Eglise
- V12/13/14 : Ce dernier tercet n’évoque le réveil de Dieu qu’à la fin de la messe, au
son de la monnaie versée lors de la quête « gros sous ». L’adj « gros » témoigne
du sacrifice et de la foi des mères qui espèrent ainsi offrir prières et protection à
leurs fils partis sur le champ de bataille. Le registre est pathétique puisque la
posture des mères évoque leur souffrance : « ramassés/ Dans l’angoisse ». L’adj
« vieux bonnet noir » évoque aussi leur dénuement qui contraste avec la richesse
de l’Eglise. Image abjecte puisque celle-ci profite de la misère humaine.
- Le rythme saccadé de ces vers reproduit les sanglots.
Le vers final se termine sur un pt d’exclamation et renforce la révolte / colère du
poète.
Conclusion :
Ce sonnet rappelle « Le Dormeur du Val » de Rimbaud, témoin de la guerre Franco
Prussienne et qui s’en prend aux puissances responsables du mal : Dieu et le Roi . Pour
lui la seule religion valable est la Nature qui représente son Idéal. Ce sonnet propose un
contraste entre la Guerre (futile et cruelle), la Religion (passive et vénale) avec la Nature
(saine et source de vie). Rimbaud s’inscrit ainsi dans la lignée des poètes engagés
comme V. Hugo qui mettent leur art au service de la critique.
(eduscol : Le ton offensif et blasphématoire du sonnet « Le Mal » se prête tout
particulièrement à un travail de lecture orale expressive. L’objectif de la mise en voix
impose un travail préalable sur la syntaxe, les enjambements et les sonorités (surtout à
l’attaque du poème). Les élèves peuvent s’enregistrer en ajoutant une bande-son de leur
choix qui amplifiera les effets visés)
Ouverture : « Le Dormeur du val » p. 39
Points communs Différences
Dénonciation de la guerre « Le Mal » : masse de soldats
Sonnet à chute indifférenciés / « Le Dormeur du val » :
Présence de la nature, s’adresse à elle, singulier dès le titre. Tout le poème lui est
elle est protectrice, havre de paix. Cadre consacré. Jeune homme anonyme mais il
enchanteur qui joue sur les sens (couleurs, n’est pas déshumanisé / associé à
ouïe, odorat : connotations positives). l’enfance : jeunesse / « berce-le »
Nature : vie, joie. Personnifiée // dimension
maternelle.
Chute : il ne dort pas, il est mort. Registre épique, pathétique et tragique
Indices : « trou de nature » // « deux trous dans « Le Mal » / registre tragique et
rouges » / pâle », « malade », « il a froid », pathétique dans « Le Dormeur du val ».
inerte.
Grammaire : Analyse syntaxique de la phrase composant le poème « Le Mal » …
Distribuer une nouvelle photocopie du poème (ou fichier) délimiter les propositions par des
couleurs puis les identifier / certains analysent les circonstancielles, d’autres les relatives
…
Séance 7 : Nouvelles formes poétiques
Nouvelles formes poétiques
A partir du XIX e siècle, les poètes s’émancipent des règles de
versification et inventent des formes libres, nouvelles, à même de
rendre compte d’un monde nouveau.
* Les Romantiques assouplissent l’alexandrin et élargissent le
lexique poétique. Tous les sujets deviennent poétiques.
* Est inventée la forme du poème en prose qui explore de nouveaux
rythmes, crée de nouvelles atmosphères, exprime la vie moderne.
* Vers la fin du XIX e s, des poètes comme Mallarmé éclatent la
disposition des vers sur la page, et jouent avec la typographie
pour exprimer des émotions.
* Apollinaire forme des dessins avec ses calligrammes.
* Le vers se libère du décompte des syllabes et des « torts de la
rime (…) ce bijou d’un sou » (Verlaine). Le poème sans ponctuation
permet au lecteur de circuler librement dans le poème, le poème en
vers libres s’adapte aux sensations immédiates. Certains poètes
utilisent le verset, forme entre le vers libre et le paragraphe, apprécié
pour son rythme et sa musicalité.
* Les collages poétiques associent des éléments hétéroclites
(Apollinaire, les surréalistes).
I- Rimbaud dans Les Cahiers de Douai
Les revendications de liberté s’expriment dans une langue poétique qui elle-aussi
s’émancipe.
- Le jeune poète écrit encore en vers et s’empare de formes fixes comme le sonnet.
- Mais se libère du carcan de la versification traditionnelle. Chercher des exemples
dans les poèmes suivants :
- « Rages de César » : le schéma des rimes est-il traditionnel ?
- A recours à de nombreux enjambements, rejets, contre-rejets qui modifient le
rythme de l’alexandrin : exemples :
- Utilise des onomatopées : / interjections : dans
- Mots familiers ou vulgaires : dans « Les Effarés », dans
« Le Forgeron »
- Il emploie ainsi des termes péjoratifs qui désignent le peuple pour en inverser le
sens :
- Mots mis en valeur à la rime : (bas corporel) dans « Venus
Anadyomène » / « Les Effarés » :
- Cohabitation entre langage parlé et langage poétique : cf aussi « Muse », « féal » ,
« idéal » VS « oh là là ! » dans « Ma Bohème ».
- Registres mêlés : dans « Le Forgeron », dans « A la musique »
/ « Les Effarés » entre registre qui invite à l’empathie (« A genoux, cinq
petits, - misère !-« ) et des images grotesques :
II- L’assouplissement du vers métré
A-Apollinaire, « Automne malade », 1913
Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers
Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé
Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule
En quoi peut-on parler de vers libres ?
Pourquoi le poète a-t-il disposé ainsi les six derniers vers ?
B - Rimbaud, « Aube » dans les Illuminations (poème écrit entre 1873 et 1875)
J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne
quittaient pas la route
du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et
les ailes
se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur
qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je
reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai
dénoncée au coq.
A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant
sur les quais de marbre,
je la chassais.
En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et
j’ai senti un peu
son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.
En quoi s’agit-il d’un poème en prose ?
A mettre en ration avec « Ma bohème » : les thèmes communs.
Exercice possible : cherchez le texte sur
internet, collez-le, jouez avec la typographie
(disposition, taille et couleurs des caractères …)
pour le disposer en vers libre et créer des effets.
Vous justifierez vos choix.
C- Calligramme, Apollinaire,
« La femme au chapeau »,
1915 : comment Apollinaire évoque-t-il ses
sentiments amoureux dans ce poème ?
-
Exercice possible dans le cahier de lecture : à votre tour, écrivez un calligramme.
Définissez votre projet et écrivez le texte au brouillon avant de vous mettre à
dessiner.
Corrigé
I- Rimbaud dans Les Cahiers de Douai
Revendications de liberté s’expriment dans une langue poétique qui elle-aussi
s’émancipe.
- Ecrit encore en vers et s’empare de formes fixes comme le sonnet.
- Mais se libère du carcan de la versification traditionnelle. Chercher des exemples
dans les poèmes suivants :
- « Rages de César » : rimes croisées dans les quatrains (et en partie différentes) /
le poème se conclut par les rimes suivies qui auraient dû commencer les tercets.
- A recours à de nombreux enjambements, rejets, contre-rejets qui modifient le
rythme de l’alexandrin : « Ma Bohême ».
- Utilise des onomatopées : « frou-frou » / interjections : « Oh là là ! » : « Ma
Bohême »
- Mots familiers ou vulgaires : « cul » dans « Les Effarés », « merde » dans « Le
Forgeron »
- Eduscol : Avec ironie, Rimbaud emprunte autant au lexique des journaux
monarchistes qu’aux chants révolutionnaires, dans une poétique du collage et du
détournement qui exacerbe la critique politique. Il emploie ainsi la terminologie
péjorative qui désigne le peuple pour en inverser le sens : la « vile multitude », la«
foule », la « crapule », la « canaille », la « populace » (qui rime avec l’oxymore «
superbe de crasse »), dans un grandissement épique, incarne la force infinie de la
liberté : « Regarde donc le ciel – C’est trop petit pour nous ». À côté de cette
image hugolienne, la référence à la chanson populaire, notamment à La Canaille
(1866) d’Alexis Bouvier etde Joseph Darcier, détonne.
- Le professeur peut faire écouter la chanson La Canaille, montrer sa partition et
faire lire ses paroles ([Link]
rk=236052;4).Les élèves repèrent les effets de parenté et d’emprunt (« C’est la
canaille, Eh bien j’en suis ! »,dans la chanson ; « Je suis de la canaille ! », dans le
poème).
- Mots mis en valeur à la rime « venus » /« anus » (bas corporel) dans « Venus
Anadyomène » / « Les Effarés » : « culotte » et « tremblote »
- Cohabitation entre langage parlé et langage poétique : cf aussi « Muse », « féal » ,
« idéal » VS « oh là là ! » dans « Ma Bohème ».
- Registres mêlés : épique dans « Le Forgeron », satirique dans « A la musique » /
« Les Effarés » entre registre pathétique qui invite à l’empathie (« A genoux, cinq
petits, - misère !-« ) et des images grotesques (« Leurs culs en rond » ; « Si fort,
qu’ils crèvent leur culotte, / - Et que leur linge blanc tremblote / Au vent d’hiver
… »).
II- L’assouplissement du vers métré
A-Apollinaire, « Automne malade », 1913
Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers
Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé
Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule
Le poète rompt avec l’allure classique d’un poème qui ressemble à un bloc
typographique rectangulaire. Le Poème semble plus aéré. L’absence de ponctuation
donne une libre lecture, le mètre est très variable. Les 6 derniers vers évoqueraient
un alexandrin découpé six fois en deux syllabes (mais problème du e muet si c’était
un seul vers). Cette mise en forme fait voir le balancement de la feuille qui tombe au
sol, mais aussi l’évanescence des choses et la fuite du temps vers la mort donc le
silence. On peut y voir aussi le cheminement du train. Préfigure un calligramme.
Un poème en vers libres est un poème qui ne présente aucune structure définie. Les vers
sont de longueur variable et peuvent être rimés ou non. Le poème en vers libres n'est pas
nécessairement constitué de strophes et ne respecte pas un rythme fixe, c'est-à-dire que
le nombre de pieds par vers est variable.
B - Rimbaud, « Aube » dans les Illuminations (poème écrit entre 1873 et 1875)
Poème en prose :
Pas de vers donc pas de rimes
Mais poème tout de même : un texte court qui forme une unité de sens avec un
début, une fin, des paragraphes // strophes. Effets de rythme : accélération ou
ralentissements, assonances et allitérations (é et en r dans paragraphe 2).
A mettre en ration avec « Ma bohème » qui mêle errance et inspiration poétique.
Une promenade matinale / décor non réaliste : ville et campagne / pays du nord et
du sud (laurier)
Réel transfiguré par les personnifications de la nature.
Récit initiatique : l’enfant poursuit une quête.
Image de la recherche poétique : le poète a le pouvoir, en créant, de donner vie à la
nature, il s’engage dans une quête de connaissance. Aube = lumière // Illuminations,
lumière qui peut se faire dans l’esprit, poète cherche à comprendre la réalité cachée
des choses // poète = un voyant.
Quête amoureuse : cf mythe d’Apollon qui poursuit la nymphe Daphné (elle lui
échappe en étant transformée en laurier). Quête difficile : l’enfant rattrape la déesse
mais chute (« tombèrent) : idée qu’on ne peut atteindre la poésie que dans une
fulgurante, une « illumination ».
Exercice possible : cherchez le texte sur
internet, collez-le, jouez avec la typographie
(disposition, taille et couleurs des caractères
…) pour le disposer en vers libre et créer des
effets. Vous justifierez vos choix.
C- Calligramme, Apollinaire,
« La femme au chapeau »,
1915
Calligrammes : poèmes dont la disposition des vers sur la page forme un dessin.
Apollinaire rend hommage à la femme en donnant à son poème la forme de son portrait. Il
célèbre sa beauté par le dessin et par les mots qui le composent : « adorable personne « ,
« ovale de to visage » ; certains mots laissent deviner son amour : « ton buste adoré »,
« ton coeur qui bat ».
Exercice possible dans le cahier de lecture : à votre tour, écrivez un calligramme.
Définissez votre projet et écrivez le texte au brouillon avant de vous mettre à
dessiner.
[Link]
Ecrire pour s’émanciper : exercices d’appropriation
[Link]
Séance 8 : étude transversale
Quel portrait du poète se dessine à travers Les Cahiers de Douai ? Dégagez ses
caractéristiques en les mettant en lien avec les émancipations créatrices.
- Très jeune homme, adolescent : « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans »
(« Roman »).
- Un jeune homme qui s’émancipe en souhaitant devenir libre, exister
indépendamment de sa famille, de son éducation, commencer à exister pour lui-
même ==> dimension autobiographique et élans lyriques dans ses poèmes.
Rêveur, épris de liberté, aime la nature : fugues, goût de l’errance dans « Ma
Bohème » + biographie, lettres / nature : refuge « Le Dormeur du val »,
« Ophélie », « Le Mal » .
- Un être qui s’éveille à la sensualité —> importances des sensations : cf poème
du même nom + vision de la femme (s’émanciper en devenant un adulte) : « La
Maline », « Au Cabaret-vert », servante audacieuse / vision parfois négative :
« Les réparties de Nina » : rêverie amoureuse idéalisée du poète que la jeune fille
est incapable de comprendre, uniquement préoccupée par des intérêts terre-à-
terre.
- Un jeune poète : le temps de l’émancipation est souvent celui de la découverte
de l’écriture poétique : l’adolescent émancipé n’est plus seulement un auteur : il
crée.
- Poète qui fait preuve d’autodérision : cf titre « roman » qui rend explicite une
distance fictionnelle + distanciation « vos sonnets la font rire » —> s’émanciper
c’est aussi marquer une rupture avec le temps de l’enfance, des illusions. Or
Rimbaud se moque de ses maladresses d’adolescence alors qu’il n’est encore
qu’un tout jeune homme : précocité, évolution rapide.
- Un anticonformiste révolté, qui s’engage dans ses poèmes. Révolte contre la
mère autoritaire, contre sa ville (cf lettres), contre les bourgeois (« A la
musique » : hypallage « mesquines pelouses ») contre Napoléon III (« Le
Forgeron » « rages de César », « L’éclatante victoire de Sarrebrück » : image
dégradée de l’empereur, comparaisons ridicules : « féroce comme Zeus et doux
comme un papa », « raide sur son dada » / contre la guerre et contre la religion :
« Le Mal », « Le Dormeur du val » ==> la révolte permet aussi de devenir un
artiste, de créer en s’émancipant de l’ordre établi : satire féroce du régime de
Napoléon III, de la religion et haine de la bourgeoisie.
- Cf eduscol « Il m’est bien évident que j’ai toujours été de race inférieure », écrit
Rimbaud dans« Mauvais sang » (Une Saison en enfer, 1873). Le poète prend ici le
contrepied de l’éducation conformiste qu’il a reçue et s’engage du côté des
marginaux, des rejetés, des exclus. Le professeur peut ainsi faire repérer aux
élèves les figures de l’orphelin, de l’enfant abandonné (« Les Effarés »), du
vagabond sans famille (« Ma Bohème »,« Rêvé pour l’hiver »), des hommes et
femmes du peuple récurrents dans ses premiers poèmes. Ces personnages
apparaissent comme autant de misérables libres, qui auraient échappé aux
carcans d’une société aliénante et productiviste. Le discours idéologique de
Rimbaud s’avère parfaitement cohérent : de même qu’il s’inscrit en faux contre la
politique militaire d’un régime qu’il exècre, il défend vigoureusement les plus
démunis, délaissés par le Second Empire :
- Poète fait preuve de compassion envers ceux qui souffrent : « Les Effarés » :
mise en scène de la pauvreté de l’enfance, orphelins affamés. // engagement
social de Hugo.
- Un jeune poète cultivé, nourri par des influences diverses : Hugo / les
Parnassiens / Baudelaire … Références mythologiques (Venus, « Soleil et
chair »), références littéraires (Ophélie, « Le Châtiment de Tartuffe »; provocateur
: parodie du mythe de Venus ==> s’émanciper aussi de ses modèles,
précurseurs (part d’héritage et par d’innovation).
Bilan : double tendance du recueil : lyrisme, aspirations personnelles (fraîcheur,
innocence) / révolte (dureté, satire).
==> Liberté physique et morale revendiquée par le jeune Rimbaud devient une
revendication esthétique pour le jeune poète.
Tableau à compléter :
Les Poèmes de Les poèmes Les poèmes des Les poèmes aux
l’adolescence politiques ou sensations références littéraires
révoltés ou mythologiques
Les Poèmes de Les poèmes Les poèmes des Les poèmes aux
l’adolescence politiques ou sensations références littéraires
révoltés ou mythologiques
« Roman » « Le Dormeur du « Sensation » « Ophélie »
val » « Ma Bohème » « Venus
« Le Mal » anadyomène »
« L’éclatante victoire « Le Châtiment de
de S » Tartufe »
« A la musique »
Dissertation
Dans le Cahier bac L’Ecume des lettres, Cahiers de Douai, plusieurs dissertations guidées
sont proposées avec les corrigés.
Par exemple :
L’expression « L’homme aux semelles de vent », attribuée à Verlaine, apparaît dans des
courriers pour qualifier Rimbaud. En quoi cette métaphore convient-elle déjà pour le
jeune auteur des Cahiers de Douai ?
Ou
« Rimbaud est un barbare. Son but : détruire l’ordre classique et, sur les ruines du
temple, bâtir du nouveau », écrit Sylvain Tesson dans Un été avec Rimabaud, 2021.
Dans quelle mesure cette remarque peut-elle s’appliquer aux choix thématiques et
esthétiques des Cahiers de Douai ?
(et deux autres également)
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Pour un dernier bilan ?
Les signes d'émancipation
Les textes étudiés et lus nous ont permis d’identifier les trois principaux signes
d’émancipation :
une libération des contraintes formelles, depuis les règles de la versification
classiques concernant la métrique et la rime, balayées par les vers libres, jusqu’au poème
en prose ou au calligramme où le poème se moule sur le dessin.
une audace croissante dans les sujets abordés, depuis les poètes romantiques,
car les poètes choisissent de restituer la totalité du monde, donc sa dimension triviale,
voire vulgaire, en faisant parfois jaillir la beauté de l’horreur, comme l’affirme à propos de
Paris Baudelaire dans un projet d’épilogue de la deuxième édition des Fleurs du Mal : «
[…] j’ai de chaque chose extrait la quintessence, / Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de
l’or. »
la dimension créatrice mettant l’imaginaire, le rêve, puis l’inconscient et ses
fantasmes au premier plan, ce qui amène le dépassement de la comparaison par la
métaphore, par l’allégorie, par des images qui transfigurent le réel pour le rendre
perceptible au lecteur : c’est « l’alchimie du Verbe », chère à Rimbaud, sous les formes les
plus diverses.