Résistance et Influence de Bamba
Résistance et Influence de Bamba
Les autorités coloniales ont commencé à s'intéresser au cas du Cheikh Ahmadou Bamba et de l'affluence
des musulmans vers lui depuis 1889, quand le directeur des affaires politiques Tautin signalait la
présence du Cheikh dans la forêt de Mbafar.
L'administration des colonies Augot écrit, dans un rapport : « je n'ai pu recueillir que d'excellents
renseignements sur le compte du marabout, c'est un homme pieux et tranquille ».
Le gouverneur de l'époque Clément Thomas va même tenter une politique de rapprochement avec le
Cheikh Ahmadou Bamba et lui offre des livres arabes en signes d'amitié.
Le roi du Djoloff avait signé un traité de protectorat avec les français, mais il suscita les doutes des
autorités françaises depuis qu'il avait donné l'asile à Lat-Dior.
Après l'annexion du Cayor et la mort de Lat-Dior, les français complotèrent pour chasser Alboury Ndiaye
du trône. Trahi par des membres de sa famille et certains de ses lieutenants, Alboury devait livrer une
bataille désespérée où s'exiler. Il partit voir le Cheikh Ahmadou Bamba pour requérir ses conseils. Il fut
hébergé avec sa suite le temps nécessaire pour prendre sa décision.
Cheikh Ahmadou Bamba, dit à son hôte les mêmes paroles qu'il dit à Lat-Dior. Alboury insista pour que le
Cheikh déclare la guerre sainte aux français et s'engagea à le servir à l'image de Seyyidina Ali Ibn Abi
Talib avec le prophète (P.S.L). Finalement, Alboury se rangea aux arguments du Cheikh Ahmadou Bamba,
mais, choisit l'exil afin de renouveler ses forces en attendant d'en découdre avec les Français.
Cheikh Ahmadou Bamba lui dit de partir vers le nord pour rejoindre le fils de Cheikh Omar Foutiyou qui
continuait le Jihad contre les Français.
Alboury, fit ses adieux au Cheikh et sollicita ses prières, il demanda au Cheikh d'intervenir pour lui le jour
de l'intercession et de demander à Dieu de ne pas le laisser tomber captif aux mains des français et de
l'honorer par le martyr.
Alboury, devait livrer des batailles glorieuses contre les colons et son courage assura aux troupes
musulmans des victoires inattendues, comme à la bataille de Colomina.
Mais, en 1893 les français lancèrent des offensives décisives pour achever la conquête de l'Afrique de
l'ouest.
Alboury, devait trouver le martyr prés de Dogou-Doutchi au Niger, après une résistance héroïque.
Ainsi, s'achève la page glorieuse de la résistance ouest- africaine. La France devait d'ores et déjà
harmoniser les structures de l'administration coloniale, tout en veillant à étouffer toute velléité de
rébellion.
En 1893, beaucoup de disciples mourides avaient atteint un degré de réalisation spirituelle élevé et furent
invité Cheikh avant de se disperser dans le Sénégal pour propager l'islam et éduquer les âmes.
L'aura du Cheikh Ahmadou Bamba rayonnait sur tout le pays, mais il demeurait inaccessible par
l'éloignement géographique car Touba était éloigné de tout centre urbain et rural, mais aussi parce que le
Cheikh était constamment en activité spirituelle: adorations, méditation, enseignement, rédaction etc...
Ainsi, les Cheikh investis par Serigne Touba n'avait qu'à s'installer quelque part pour que les disciples
affluent vers eux pour les prendre comme wasila et se mettent à leur service pour œuvrer dans la voie de
Cheikh Ahmadou Bamba.
Beaucoup de nouveaux disciples n'ont jamais connu le Cheikh et n'ont jamais eu l'honneur de le voir.
Certains n'ont jamais eu l'occasion d'apprendre les bases élémentaires de la religion et n'ont jamais eu
accès à la prestigieuse production littéraire du Cheikh. Mais, ce sont les anciens Ceddos qui s'étaient fait
remarquer par leur comportement provocateur qui les opposa aux autorités traditionnelles rangés sous la
bannière coloniale.
Le mouridisme commençait à se propager dans le pays et des adeptes des autres confréries
commençaient à rejoindre les rangs de la nouvelle tariqa dont le fondateur était un homme exceptionnel
par son savoir comme par sa baraka et il était un noir africain issu de la noblesse du pays.
Des jalousies commencèrent à se manifester de la part de certains leaders religieux qui voyaient leurs
disciples affluer vers le mouridisme.
Des alliances entre les chefs traditionnels et certains leaders religieux forgèrent pour envoyer des
rapports alarmants aux autorités coloniales.
Les chefs traditionnels se plaignaient de l'insubordination de leurs sujets mourides qui ne reconnaissent
que l'autorité de leur cheikh.
Les chefs religieux se plaignaient des mourides qui méprisent les prescriptions de l'islam et sont
ignorants des préceptes les plus élémentaires de la religion.
Des rumeurs commençaient à circuler sur les mourides en vue de les discréditer et de les opposer aux
autorités.
Le directeur des affaires politiques « Merlin » demanda des rapports détaillés sur le mouridisme et
envoya des espions partout pour surveiller de prés les mouvements des mourides. Après avoir étudié les
rapports, Merlin constata que les mourides présentent un cas particulier dans le pays et qu'ils sont
pratiquement en état d'insubordination car effectivement ils ne reconnaissent que l'autorité de leur
Cheikh.
Il Prit la décision de donner l'autorisation aux chefs traditionnels et aux commandants de cercle de
persécuter les mourides et de les disperser.
Des émeutes éclatèrent et des familles mourides furent agressées et pilées. Beaucoup durent quitter
leurs champs et émigrer vers d'autres cieux plus cléments.
Il y'eut des morts en nombre, et le Cheikh Ahmadou Bamba dut intervenir en envoyant son cousin Cheikh
Mbacké Bousso à Saint Louis pour rencontrer Merlin. Et lui demander d'intervenir pour faire cesser ce
désastre malheureux qui n'a d'autre source que l'incompréhension et la jalousie.
Le Cheikh expliqua dans une lettre la déontologie mouride et sa conformité absolue à l'islam dans la
lettre et l'esprit. Il précisa aussi que les français n'ont pas à s'en prendre aux mourides qui ne leur
disputent pas la souveraineté de ce bas- monde mais qui sont préoccupés par leur devoir religieux et qui
oeuvrent pour le bien être communautaire.
Merlin fut sensible aux arguments du Cheikh et apprécia la noblesse d'âme du Cheikh Mbacké Bousso
qui se chargea de répondre à toutes les interrogations du directeur des affaires politiques, qui finit par
donner l'ordre d'arrêter toutes les mesures discriminatoires contre les mourides.
Merlin envoya des livres arabes pour le Cheikh en guise de Hadiya et demanda des excuses au nom de
l'administration qui avait été mal informé.
En 1894, le Cheikh se déplace de Touba au Baol, vers Mbacké Bari du Dioloff où plusieurs de ses
disciples le suivront.
Les chefs traditionnels installés par les Français voyaient leur autorité souffrir de plus en plus devant
l'inconditionnalité des talibés mourides qui ne reconnaissent que l'autorité de Cheikh Ahmadou Bamba.
Certains Cheikh d'autres tarîqas voyaient avec peine et chagrin leurs talibés faire defertion pour rejoindre
Cheikh Ahmadou Bamba, qui d'après certains de ces talibés était sorti de Touba pour remplir une
mission universelle pour le bonheur des musulmans.
Certains chefs traditionnels et certains marabouts véreux n'hésitèrent pas à recourir aux calomnies pour
dénoncer le Cheikh auprès des autorités coloniales.
La mission dont parlaient les talibés mourides peut-être le Jihad tout simplement d'après la conclusion
des dénonciateurs. Le résumé des dénonciations a été reproduit dans un rapport de M. Merlin, le
directeur des affaires politiques: « Depuis qu'il est installé à Touba, avec quelques cinq cent talibés,
Cheikh Ahmadou Bamba a groupé autour de lui, un grand nombre des anciens guerriers de Lat-Dior et
même des propres parents de l'ancien Damel tels que Birahima Codou, Diallo Fall, Ibra Cassé, Mokhtar
Mariem Diop, Mamadou Fatim, Gallo Ndiaye, Momar Mame Gueye.
Puis d'anciens compagnons d'Alboury, tels que Alboury Penda, Amadou Khourédia et autres. En un mot,
tous gens que nous avons partout rencontrés dans les rangs ennemis au cours de nos luttes dans le
Cayor et dans le Djoloff. A Saint Louis, même où son représentant Ibra Fall compte un millier de talibés,
le Cheikh Ahmadou Bamba est très influent. Son prestige a encore grandi depuis son arrivée dans le
Djoloff. Il n'est pas jusqu'au Bourba qui n'ait cru devoir aller lui faire allégeance au mois de mai dernier.
Aussi, les cinq mille talibés qu'il compte dans le N'Diambour, ceux très nombreux qu'il compte dans le
Cayor semblent croire que les temps sont proches et leur insolence devient extrême.
Dans le N'Diambour les chefs sont insultés, les villages où l'autorité d'Ahmadou Bamba est reconnue
méprisent l'autorité des fonctionnaires et des chefs de canton. Les talibés du Cheikh parcourent
activement le pays jusqu'au Saloum et le Rip pour acheter du matériel et recruter des hommes.»
Archives du Sénégal
En 1895, les rapports confidentiels se multipliaient au sujet du Cheikh Ahmadou Bamba. M. Leclerc,
administrateur du cercle de Saint Louis, envoyait rapport sur rapport au directeur des affaires politiques
M. Merlin, qui les analysaient et les avalisaient avant de les transmettre au gouverneur du Sénégal et ses
dépendances M. Mouttet. Dans l'un de ses rapports M. Leclerc écrit «Le Cheikh Ahmadou Bamba détient
des armes et de la poudre qu'il a déjà distribués à ses partisans. Les talibés prêchent la guerre sainte et
recrutent des adeptes dans les centres du pays, depuis Nioro jusqu'à Bakel.»
Et il mentionne aussi « Que la situation est la explosive car les principaux chefs de famille du cayor, du
Baol et du N'Diambour sont devenus ses talibés de Coki de la famille Lô, les Diop, les Fall, les Sarr, les
M'Baye, les Dieye et encore d'autres. »
Il précise aussi « un signal du Cheikh Ahmadou bamba et toute la région qui s'étend entre le Ferlo, le
baol, le cayor, le n'diambour et le walo explose. »
Après plusieurs convocations pour se présenter à Saint Louis, une expédition militaire fut organisée
contre le Cheikh Ahmadou bamba. Le Cheikh envoya son frère Ibra Faty pour s'enquérir des
préoccupations des autorités.
Dans le rapport de l'administrateur M. Leclerc en date du 15 août 1895, les faits ont été consignés ainsi:
« Ibra Faty, le frère du marabout arriva à mon campement vers trois (3) heures de l'après-midi. Je lui
renouvelais mes ordres et lui déclarais que si mon frère ne s'était pas rendu le dix (10) au soleil levant, je
le prendrais de gré ou de force. Je n'avais à ce moment autour de moi que les gardes et cinq (5) ou six (6)
cavaliers qui me servaient d'ouvriers. Aussi peu effrayé, accueillit-il mes menaces avec un demi-sourire.
J'espérais profiter de la lune pour me rendre à Touba, nous avons environ quarante (40) kilomètres à faire
vers huit (8) heures, j'appelais mes interprètes pour leur donner mes dernières instructions. Ils devaient
chacun se mettre à la tête d'un groupe.
A ce moment M'bariame me rejoint avec une soixantaine de cavaliers du walo, et prévenait que Alioun le
suivrait avec une autre troupe aussi forte. Peu d'instant après, Songho le lieutenant du bour venait me
prévenir que Ibrahima N'Diaye n'attendait que mon retour pour se mettre en marche avec tout son monde.
Le frère du marabout voyant ce déploiement de forces me fit dire que si je voulais arrêter le marabout, il
s'engageait à ce que son frère vint se rendre à l'heure fixée. J'acceptais, mais en le prévenant que si je ne
fais pas marcher mes cavaliers, ils ne resteront pas moins là prêts à me rejoindre et que j'allais monter à
cheval avec mes gardes et que le lendemain s'il me manquait de parole, j'attaquerais quand même le
village à l'heure convenu. Il partit accompagné des deux interprètes Fara Biram Lô et Amadou N'Diaye. Le
dix (10) le marabout se rendit à moi à l'heure convenue et vers deux (2) heures de l'après-midi, nous
étions de retour à Djewol. Comme je voulais faire coucher le lendemain Ahmadou bamba à coki, village
considérable, entièrement peuplé de gens qui lui sont dévoués, j'avais dû dés le matin envoyer l'ordre au
bour de le faire occuper par ses gens et moi-même, laissant le marabout sous la surveillance des
interprètes et des gardes, je m'y étais rendu le dix (10) au soir. Bien m'en prit, car malgré toutes ces
précautions nous avons failli y avoir une échauffourée, i y'eut des cris et des murmures et Fara Biram Lô
qui était en tête a dû menacer les plus turbulents. A Mbelekhé, le lendemain, l'interprète Amadou n'Diaye
qui était à l'avant-garde s'est vu refuser l'autorisation de boire de l'eau au puits. Le 12 au matin, tout le
monde était arrivée à Louga sans d'autre incident. »
Quant à la version mouride tel que consigné dans la biographie du Cheikh Ahmadou Bamba d'après les
déclarations de son frère Ibra Fati qui fut l'un des acteurs :
« Le Cheikh avait d'autre préoccupations beaucoup plus importantes pour lui que de se rendre à la
convocation du représentant des autorités coloniales. Il n'ignorait pas les implications et les
conséquences de cette affaire mais rassura ses talibés en leur disant que tout était en conformité avec
les plans divins et que quelque soit l'issue de cette affaire, il n'y a pas lieu de s'inquiéter et qu'il faut
continuer l'œuvre qu'il a tracé. Il assigna à chacun son rôle et me demanda d'aller avec les envoyés du «
Toubab » (nom donné aux blancs). Il raconta la même version des faits que dans le rapport de M. Leclerc,
mais la précisa, que pendant le retour, Fara Biram Lô, l'interprète trouvait toutes les excuses possibles
pour le retarder prétextant l'obscurité du soir pour ne pas marcher la nuit et la chaleur du soleil pour se
poser à l'ombre pendant la journée. Aussi décida t-il de le laisser avec son compagnon et de continuer
tout seul en se repérant la nuit par les étoiles. Aussitôt arrivé, chez le Cheikh Ahmadou Bamba, il eut la
surprise de trouver le Cheikh prêt à partir et n'attendait que son arrivée pour lui donner des consignes.
Il expliqua qu'il devait partir pour se confronter avec les colons, car tout ce qu'il espérait d'Allah et du
prophète (P.S.L) ne peut être obtenu que par cette confrontation.
Il donna des consignes, et chargea son frère Cheikh Ibra Faty de S'occuper de la famille.
Le Cheikh se mit en route en récitant : Le prophète élu sur lui les prières et le salut ainsi que sa famille et
tous les élus a mis sur moi, un voile protecteur et me dit : Avance, ne crains rien tu es protégé.
Arrivé à Djewol, le Cheikh récita cinquante (50) fois la Basmala en face de l'administration Leclerc, qui à
la surprise des assistants, se montra assez courtois. Il semblait p^réoccupé par autre chose. Sur la route
de coki, les troupes avançaient prudemment, en envoyant des éclaireurs.
Le Cheikh était sur un pur sang arabe qu'il avait baptisé Awn'Allah (l'aide de Dieu). Il récitait le vers: «
Mon protecteur est Allah qui a revélé le livre sacré, il est toujours le protecteur des vertueux. »
A coki, un incident fit décider l'administration Leclerc de continuer sur louga, où le Cheikh montera dans
le train pour continuer sur Saint Louis.
Dans son carnet de voyage intitulé « Jaza' Ech'akour », les dons du bienfaiteur le Cheikh mentionnera en
vers:
A la rencontre de ceux qui sont venus me chercher dans mes demeures je suis parti, le cœur, en paix
alors, qu'ils étaient enragés.
A l'heure de la prière du Asr, je me suis arrêté pour faire mes obligations les soldats m'entouraient
impatients pour me conduire auprès de leur chef
je récitait cinquante (50) fois la Baslama, en mettant toute ma confiance en le Seigneur puissant
le commandant semblait perdu dans ses pensées au grand étonnement des soldats ébahis
il demanda de préparer le camp pour passer la nuit et partit vaquer à ses occupations en prenant congé
de moi poliment.
Je me mis à composer des vers en remerciant mon Seigneur de sa prévenance envers moi.
Le Cheikh Ahmadou Bamba en arrivant à Saint Louis se dirige vers la résidence du gouverneur général
où à la surprise générale, il fut prié de revenir le lendemain.
Le gouverneur général connu pour son caractère violent et méchant essaya d'intimider le Cheikh
Ahmadou Bamba qui ne cessait de remuer les lèvres sans jeter un regard autour de lui, mais devant
l'attitude impassible du visiteur finit par le congédier poliment. Dans son carnet de voyage il mentionna
avoir récité la Fatiha cinquante (50) fois lors de son entrevue avec le gouverneur.
Le Cheikh passa la nuit chez la famille du cheikh Qoreichi avant de retourner le matin à la résidence du
gouverneur où il fut soumis à un interrogatoire sur sa fidélité à la France et aux lois républicaines. Le
Cheikh se refusait de prendre part à ce jeu et déconcerta le gouverneur par son air absent et ses attitudes
méditatives. Il fallait l'intervention de Bou El Mogdad l'interprète en titre pour trouver un terrain d'entente.
Lettré, subtil et fin diplomate Bou El Mogdad était très apprécié tant des Français que des Sénégalais et
des Maures et bénéficiaient de l'estime de tous pour sa vaste culture et sa générosité légendaire. Il aimait
le Cheikh Ahmadou Bamba et le respectait et fit savoir au gouverneur général qu'un homme comme
Ahmadou Bamba devait être traité avec les égards dû à son rang, et qu'il se chargeait de transmettre les
préoccupations et les interrogations du gouverneur français au Cheikh Ahmadou Bamba et d'inquiéter
les mots et les pensées du Cheikh.
Bou El Mogdad excellait dans ce jeu subtil et réussit à rassurer le gouverneur en travestissant la pensée
du Cheikh Ahmadou Bamba qui se contentait de répondre par des versets coraniques exprimant sa
pensée où sa réponse dans un langage concis et précis, que Bou El Mogdad se faisait fort de transmettre
paraboliquement dans un sens favorable à l'attente du gouverneur.
Il fut question d'une réunion importante de tous les marabouts célèbres de l'A.O.F afin de mettre en ordre
la législation dans le pays.
Quatre vingt et quatre (84) marabouts furent convoqués et Saint Louis devint le centre des
préoccupations de tout l'A.O.F.
Le Cheikh Ahmadou Bamba demanda à Bou Mogdad pourquoi il avait agi de la sorte, alors que ses
réponses avaient un tout autre sens et que rien ne lui avait échappé des propos du gouverneur que Bou
El Mogdad dans sa subtilité essayait de rendre plus agréable aux oreilles du Cheikh.
Bou Mogdad s'excusa et dit qu'il avait agi de la sorte que pour protéger le Cheikh et qu'il précisa
connaissant assez bien les français pour savoir les manipuler. Le Cheikh ne dit rien. Les marabouts de
l'A.O.F se présentèrent aux convocations et des textes furent distribués avec des explications concernant
l'application des lois républicaines dans l'A.O.F, et les principes de la laïcité qui impliquait le fait que la
religion est une affaire individuelle qui ne peut en aucun cas interférer dans la législation et que toute
mesure administrative avait force de loi, même si elle s'opposait à l'esprit et la lettre des lois islamiques.
Des débats commencèrent à agacer le gouverneur général qui demanda de procéder à la signature des
documents légaux et menaça les réfractaires d'une mort atroce en les jetant aux fauves du parc
zoologique de Sor qui abritait de beaux spécimens de lions que l'on avait mis affamés pour la
circonstance. Les Marabouts consternés devaient délibérer et chercher dans l'arsenal juridique du Fiqh et
dans les recours légaux des autorisations canoniques de la « Taqi'a », « dissimulation en cas de force
majeure », les arguments leur permettant de signer les documents en question sans renier leurs valeurs
islamiques. Une liste dressée par les autorités coloniales montrait que le Cheikh Ahmadou Bamba portait
le Numéro 4, les numéros un, deux et trois portaient les noms des marabouts de Coki qui étaient les
chérifs de la famille Lô, des inconditionnels du Cheikh Ahmadou Bamba. Une version historique affirme
qu'ils avaient refusé de signer à l'instar d'Ahmadou Bamba qui demanda qu'on lui achète une plume qui
n'avait jamais servi et il signa avec en lettre arabe sur toute la surface du document, Dis, il n'y a de Dieu,
qu'Allah, sans commencement, sans fin et il n'a point de pareil » sourate El Ikhlass.
Cette fois, Bou Mogdad ne peut trouver aucune explication et la fureur du gouverneur général atteignit
son comble et il demander qu'on jette les quatre marabouts aux lions sans ménagement.
Les quatre vingt (80) autres marabouts signèrent sans réserve les documents et s'efforcèrent de calmer
les foudres du gouverneur envers les marabouts tout en se félicitant d'être sortis de cette malheureuse
affaire. Certains même blâmèrent « l'intransigeance inconsciente » d'Ahmadou Bamba.
LE PROCES DU CINQ (5) SEPTEMBRE 1895
Les marabouts condamnés à servir de repas aux fauves du jardin de Sor, furent déchiquetés par les lions
affamés. Mais à la grande surprise des gardiens Ahmadou Bamba fut épargné. Le lion qui fut conduit
dans la cellule du marabout se tenait pieusement devant lui et empêchait qui que ce soit d'entrée dans la
pièce. On alla chercher le gouverneur qui ne pouvait que constater les faits. Il fut convenu de donner des
assurances à Cheikh Ahmadou Bamba pour qu'il accepte de sortir de la pièce et suivre le gouverneur
dans résidence où il sera logé en attendant de statuer sur son cas.
L'interprète Bou El Mogdad fut sollicité, comme garant et se chargea d'informer le marabout, qui accepta
la proposition.
Toute la ville de Saint Louis fut au courant de l'incroyable événement et la population dans le bonheur
d'avoir appris le salut du Cheikh Ahmadou Bamba, oublia le sort malheureux des trois marabouts de coki.
Les notables et les ulémas de saint Louis, se réunissaient chaque jour pour essayer de trouver une
solution satisfaisante entre le marabout et le gouverneur, qui avait convoqué le conseil prié pour le jeudi
cinq (5) septembre 1895 à neuf (9) heures du matin.
CONSEIL PRIVE
Après que la séance fut levée à neuf (9) heures, les débats agitèrent l'assemblée.
Le rapport du directeur des affaires politiques M. Merlin fut lu à haute voix: « Quand à Ahmadou Bamba,
lui-même, il avait aussitôt après la disparition de Lat-Dior, jeté son dévolu sur le baol. Cette province était
alors commandée par Thieyacyne Fall, Tiédo brutal et ivrogne dot l'autorité n'était plus soutenue que par
quelques favoris qui profitaient de ses vices pour razzier constamment la population. Ahmadou Bamba
pouvait donc espérer prendre un jour en main la direction de la partie musulmane de la population ,
déposer Thiéyacine devenu insupportable et lui succéder où si la chose n'était pas possible, placer du
moins à la tête du baol, un chef acquis à ses idées et ses intérêts. Tanor Cogna par exemple. Aussi, le
marabout décida t-il d'aller s'établir non loin de Ngabou où résidait l'assassin du Lieutenant Minet.
Il se rendit dans la province de Lah aux environs de Mbacké où il fonda un grand village appelé TOUBA.
L'endroit était bien choisi, à l'extrême est du Baol, sur la frontière du Djoloff en dehors de toute vois
suivie. Sur les confins du Ferlo, à distance égale du Toro, du Rip te de la Gambie. Le Marabout pouvait
rapidement se porter sur les lieux où il aurait appeler tout mouvement politique où religieux de même en
cas d'alerte la fuite lui était possible à travers les plaines et les forets du Ferlo, soit vers la Haute Gambie
et le Fouta Djallon soit vers le Rip et Saint Marie de Bathurest où il aurait retrouver ennemi Saer Maty
avec lequel il entretenait d'ailleurs des relations suivies. C'est lui si mes informations sont exactes qui
servit d'intermédiaire entre le marabout du Rip et Tanot Cogna quand celui-ci devint par une étrange
fortune, Teigne du Baol. Aussi, pendant les huit ans qu'Ahmadou Bamba passa à Touba l'appui de Tanor
ne lui fit t-il pas défaut. Grace à ces circonstances, son influence grandit singulièrement et son village
devint le rendez vous d'un nombre considérables de disciples, de pèlerins qui tous ne manquaient pas
d'apporter au marabout vénéré d'importants cadeaux.
''A cet époque, il fut déjà l'objet de plainte de la part du Bour Ndiambour dont la province était troublé par
ses Talibés.''
'' toute personne ayant l'expérience du pays et des agissements des prêcheurs de la guerre sainte,
acquérra la conviction profonde qu'Ahmadou Bamba sans paraître lui-même avec une habileté très
certaine préparait quelque coup de main pour un temps qui n'est pas éloigné pour la saison sèche sans
doute.
D'ailleurs depuis qu'Ahmadou Bamba nous est connu, il n'a pas en d'autres façon de procéder que les
Maba , les Ahmadou Cheikhou, les Mamadou Lamine et les Samba Diama.''
'' l'exposé de la situation que fait dans son rapport M. l'Administrateur principal Leclerc, les inquiétudes
te les plaintes des chefs avoisinants la région habitée par Cheikh Ahmadou Bamba, les agissements de
ses talibés, le passé même du Marabout montrent clairement que nous avons affaire en lui à un homme
fort intelligent, très avisait, habile à ne pas se compromettre et dont l'esprit d'hostilité, les projets de
conquête, les rêves d'ambition sont certains et poursuivis avec une obstination qui, si elle dénote un
esprit de beaucoup supérieur à ceux de ses congénères, n'en est que plus dangereuse à notre influence.
Aussi est-il de toute nécessité, Monsieur le gouverneur pour ramener le calme dans le Ndiambour, le
Djoloff et l'est du baol, pour ne pas mériter la même reproche de ''Tolérance excessive ''que prononça
Faidherbe au sujet de notre attitude à l'égard de Mamadou Lamine en 1886, d'enlever Ahmadou Bamba
non seulement à la région où son action se faisait le plus immédiatement sentir, mais au Sénégal même
et de l'interner au moins pour quelques années dans un pays éloigné tel que le Gabon.
Le Cheikh Ahmadou Bamba qui n'avait pas assisté au débat, fut introduit dans la salle du conseil.
Il tenait son tapis de prière et un de ses disciples s'avança pour asperger la terre avec de l'eau qu'il avait
dans une bouilloire.
Le Cheikh déroula son tapis et fit prière de ''deux Rakaas ''. L'assemblée regardait cet homme habillé de
blanc, d'une taille de 1m55, qui semblait à mille lieux de leur préoccupation.
Quand, le gouverneur signifia l'acte d'accusation, le Cheikh se contenta de demander la comparution des
témoins à charge.
Les membres du conseil se divisèrent en trois groupes, les uns avaient pris fait et cause pour le directeur
des affaires politiques, les autres ne croyaient pas un mot du rapport et dénonçaient un tel acharnement
sur cet homme qui semblait appartenir à un autre univers.
''Le gouverneur sur l'avis unanime du conseil, adopte les conclusions du rapport de monsieur le
directeur des affaires politiques. ''
Dans un courrier du 16 septembre 1895, le gouverneur du Sénégal, annonce au ministre des colonies la
décision du conseil privé.
''Le marabout Ahmadou Bamba sera dirigé sur Libreville par le Paquebot passant à Dakar le 21
septembre. Une pension de cinquante francs (50frs) lui sera servie pendant la durée de son internement.
''
'' monsieur le commissaire et cher collègue :j'ai l'honneur de vous faire connaître qu'une décision du 05
septembre 1895 , prise en conseil privé a prononcé l'internement au Congo français du marabout
Ahmadou Bamba dont les agissements et ceux de ses talibés menaçaient de troubler la, tranquillité du
Bas- Sénégal. Cet indigène doit être interné dans les mêmes conditions que ceux de ses compatriotes qui
l'ont précédés au Congo français. Vous voudrez bien lui faire assurer une allocation mensuelle de
cinquante francs pour subvenir à se besoins. Signé L. Mouttet.
Le Cheikh fut transféré à Dakar, d'où il devait embarquer pour le Gabon. La première nuit qu'il passa à
Dakar le rendit furieux à tel point qu'il songea à déclarer le Jihad contre les colons au risque de
déclancher le pire avec son lot de morts et de réfugier qui risquer de dépeupler le pays où de
christianiser la population que les colons avaient déjà subjugués.
cap-vert qui parle grand Djaraf ibra bint Meriem Gueye somma le gouverneur de lui remettre le Cheikh
Ahmadou Bamba qu'il se charge d'héberger conformément aux droits et égards dû à un homme de sa
troupe et que la communauté lebou dans son ensemble refuse de voir le Cheikh traité de la sorte sur son
sol, ce qui risque d'avoir de fâcheuses conséquences. Le gouverneur alerta le haut commissaire de l'AOF
qui demanda de prendre l'engagement du grand Djaraf que le Cheikh Ahmadou Bamba ne profitera pas
de son hostilité pour s'échapper. Le grand Djaraf se porta garant de son hôte qu'il invita chez lui avec
tous les honneurs dû à son rang et s'excusa de ne pas avoir été prévenu plutôt du traitement barbare et
indigne dont les français ont été coupables.
Le Cheikh était enfermé dans une cellule d'un mètre sur un mètre, tapissé de tessons de bouteilles et de
lames d'acier, sentant l'urine et les selles. Il ne cessait de lire la sourate ''El Baqara '' et ''A'l Omrane ''
pour se concentrer en lui-même et échapper mentalement et psychiquement de sa cellule. Il eut deux
visions qui le confirmèrent : d'abord sa mère Mame Diarra Bousso qui luit dit e ne pas perdre son sang-
froid et sa maîtrise pour qu'il puisse remplir sa mission, et ensuite le prophète qui lui annonça que
désormais, un voile protecteur sera déployé entre lui et ses ennemis qui ne pourront plus lui nuire. Mais
qu'il faut supporter les épreuves avec patience et qu'il devra s'attendre à tous de la part des colons qui
essayeront tous les moyens de le liquider. Il l'assura de sa présence permanente et le bénit dans sa
mission.
Cheikh Ibra Fall, le fidèle lieutenant se trouvait à Dakar lors de ces faits et s'arrangea pour rencontrer le
Cheikh Ahmadou Bamba.
Le Cheikh embarqua le 21 septembre 1895 (un Rabi Thani 1313H). Cheikh Ibra Fall était là, tout triste à tel
point que Cheikh Ahmadou Bamba en avait le cœur peiné. Il dira dans un poème :
« Le miséricordieux m'a appris dans le navire que je suis devenu le serviteur du maître de Médine
Et voici que le mouride est venu jusqu'au navire pour dissuader son Cheikh de partir pour l'exil.
Dans son carnet de voyage qu'il a intitulé « Jaza'u Chakour », « les récompenses du maître de la
reconnaissance »
Il dit :
Mes panygéries dédiés au prophète élu m'ont faits obtenir ce qui n'a jamais été
Est illusionné par Satan le maudit et devra se repentir auprès du seigneur béni
Je proclame tout haut ces vers et ils sont mon meilleur témoin
Celui qui lit ces vers a un privilège sur ceux qui se contentent des récits
Dans les rapports français classés aux archives du Sénégal, le Cheikh Ibra fall paraissait un homme
remarquablement intelligent qui parle et écrit l'arabe. Treize fois propriétaires notamment à Saint Louis,
Louga, N'Géoul, N'Dande, Thies, Diourbel. Ses cultures lui rapportent au bas mot cinquante mille francs
(50 000 F) par an et ses revenus ne cessent de croître. Premier lieutenant de Cheikh Ahmadou Bamba, il
jouit d'une grande renommée et a des relations très étendues dans la colonie.
Marié avec les femmes les plus notables du Cayor, du Baol et du Sine Saloum, descendantes directes des
anciennes familles royales « Guedj » et « dorobés »,
D'après les rapports : « Son attitude est irréprochable, mais il y'a lieu de se méfier de lui, comme de tous
les mourides, lesquels sont prêts à obéir aveuglement aux ordres quels qu'ils soient du cheikh Ahmadou
Bamba. Ibra Fall s'est employé très activement à obtenir la grâce du Cheikh Ahmadou Bamba lorsqu' il
était déporté au Gabon. C'est un fin diplomate qui s'est fait assister par un cabinet d'avocats et des
relations avec le député François Carpot qui n'a pas cessé de demander la levée da la décision du conseil
privé du 5 septembre 1895, concernant l'internement d'Ahmadou Bamba.
Dans son livre biographique, le Cheikh Mohamed Bechir Mbacké relate la rencontre du Cheikh Ibra Fall
avec le Cheikh Ahmadou Bamba, d'après les propos même d'Ibra Fall : « Je dis au Cheikh Ahmadou
Bamba que rien ne m'a fait sortir de chez moi en dehors de la recherche d'un Cheikh authentique qui
guide l'aspirant à Allah.
Je ne cherche que la lumière spirituelle qui dissipe les ténèbres de l'ignorance et je parcours le pays
depuis des années à la recherche d'un tel maître. Si je ne trouve pas ce que je cherche dans ma quête, je
me contenterais de me recueillir devant la tombe d'un maître pareil afin de puiser mon énergie spirituelle
dans sa baraka en comptant sur la sincérité de ma démarche pour obtenir l'ouverture spirituelle me
permettant de comminiquer avec DIEU.
Cheikh Ahmadou Bamba répondit : Ô Ibrahima, pour ma part, si je n'avais trouver les traces du Prophète
(PSL) que le spectacle de ce firmament et ce ciel que tu vois que lui aussi contemplait sur lui la prière et
le salut, je n'aurai jamais douté que ma sincérité et mon amour pour lui m'assurerait la réalisation de mes
vœux.
Sache, Ô Ibrahim que celui qu'Allah assiste et à qui il accorde la foi véritable et l'amour du prophète élu a
été déjà décrété bien heureux depuis l'éternité. Je ne peux accepter ton allégeance (Diebeulou) que pour
élever ton âme vers le seigneur par ta conformité aux ordres et ton abstention des interdits.
Et n'espère de moi que cela et ne songe pas à la tranquillité et au conformisme en me suivant. Il y'a un
travail immense et je ne te promets ni cases, ni épouses.
Ibra Fall dit : je fais mon allégeance (Diebeulou) en me consacrant à ton œuvre en vue de la satisfaction
d'Allah et je n'espère rien en dehors, il n'y a que l'au-delà qui m'intéresse.
Le Cheikh Mohamed Bachir Mbacké précisa que au bout de quelques années, Cheikh Ibra Fall réunit sous
ses ordres des dizaines de milliers de talibés. Des milliers de ceddos du Cayor, du baol, du sine et des
familles entières embrassaient l'islam par sont action et ses méthodes particulières qui avaient réussi, là
ou les guerres et le djihad avaient échoué.
Le Cheikh Abdourahmane Lô disait que le cas du Cheikh Ibra Fall avait étonné tout le monde.
Il servait le Cheikh Ahmadou Bamba comme personne ne pouvait le faire et il était constamment
disponible pour servir l'islam et les musulmans. Les familles princières, les filles de l'ancienne
aristocratie et les talibés les plus humbles, tous oeuvraient sans relâche sous sa direction. Il ne les
exhortait qu'a la purification de l'âme et à se débarrasser de l'ego ennemi fatal de tout aspirant à la
satisfaction de DIEU.
Conackry:
Le navire s'arreta à conackry ou in homme monta à bord et en voyant le cheikh recitait le Coran se dirigea
vers lui pour lui demander de lui montrer ce qu'il lisait. Le Cheikh lui montra la page qu'il recitait et
l'homme commença à lire:
"Annonce aux hypocrites qu'ils auront un chatiment terrible. Ils prennent les mécréants comme tuteurs
au détriment des croyants .Ils cherchent du prestige auprès des mécréants alors que la gloire véritable
est auprès d'Allah. Dans ce livre, on vous a révèle que si vous constatez que certains les paroles divines
ou les rejettent ; ne restez pas avec eux car vous étés alors pareils à eux. Allah réunira entre les
hypocrites et les mécréants dans l'enfer. Ce sont eux qui surveillent les croyants et quand ils constatent
les bienfaits d'Allah sur ses fidèles, ils prétendent faire partie d'eux et quand ils constatent les épreuves,
ils dissent aux mécréants nous sommes avec vous. Allah jugera entre tous le jour du jugement et Allah
ne permettra jamais que les mécréants aient le dessus sur les croyants."
Quand il finit le Cheikh eut la conviction que ces versets concernaient son interlocuteur et que les
dernières paroles "Allah ne permettra jamais aux mécréants d'avoir le dessus sur les croyants " le
concernait personnellement.
L'homme était un renégat qui s'est fait chrétien pour jouir des privilèges de l'administration coloniale ; et
en lisant ces vers comprit qu'Allah à dévoilé son cas au Cheikh.
Il eut honte et s'éclipsa. Un brave musulman qui assista à la scène connaissait le renégat, il s'approcha
du Cheikh et offrit des cadeaux précieux avant de demander des conseils et des recommandations. Le
Cheikh lui dit : Toutes les connaissances bénéfiques sont synthétises dans (La Ila ha Ila Allah,
Mohammad Raoul Allah).
Il expliqua en vers:
Tous ceux qui espèrent obtenir quoi que ce soit d'un autre que le seigneur
Ceux qui veulent satisfaire Allah par des voies autres que celle prônée par le prophète
Le Cheikh dit qu'il lui révéla certains secrets de La Illa Allah, et pria pour lui à tel point que le brave
croyant plongea dans un état ineffable.
A Cotonou, un chrétien métis était venu importuner le Cheikh, mais il fut vite réduit au silence par les
sirènes du départ. Il y eut un arrêt à Grand Bassam en Côte d'Ivoire puis le navire arriva à Libreville.
Le Cheikh Ahmadou Bamba passa quelques mois entre les camps militaires de Loudima et de cette Cama
où il subit des épreuves terribles, depuis les tentatives d'assassinat jusqu'à l'empoisonnement.
Il y eut tellement de miracles te de prodiges concernant l'épisode gabonais du Cheikh que le minimum
risquerait de soulever des interrogations inaccessibles à la raison profane.
On mentionnera quelques faits authentiques pour l'histoire et nous soulignons le fait que beaucoup de
documents officiels concernant le Cheikh Ahmadou Bamba sont toujours classés « Top Secret ».
Le Cheikh Ahmadou Bamba expliqua qu'il avait obtenu toutes les stations de ses illustres prédécesseurs
et tous les privilèges obtenus auparavant par les Awliyas avant son départ pour l'exil. Il ne lui restait pas
plus qu'à réaliser :
Il expliqua que cela n'est possible que dans les épreuves des prophètes et non dans les exercices
spirituels des Awliyas .
En effet, l'exil gabonais fut une série d'épreuves ou les colons avaient essayé tous les moyens pour
liquider le Cheikh physiquement à défaut de l'abattre moralement et psychiquement
On jeta le Cheik dans un puits sec,pour l'enterrer vivant,et on ferma l'ouverture pendant plusieurs
jours .Mais quand on ouvrit pour vérifier, le cheik était vivant et il priait constamment. On amena du bois
sec en quantité et un brasier fut allumé. Quand le feu s'éteint après une journée ou deux , le Cheik était
toujours là et continuait à prier sans interruption .Quand le commandant militaire décida de le faire sortir
du trou, il constata que le Cheik grelottait de froid.
Un jour,les militaires amenèrent une meute de chiens pour fouiller la case du Cheik qui passait son temps
à prier, méditer et écrire . Quand,les chiens entrèrent dans la case, ils marchèrent sur les documents qui
traînaient et contre toute attente, ils prirent feu et s'enfuirent en hurlant, traînant les gardiens qui les
tenaient en laisse.
Une autre fois, le Cheik fut surpris à Libreville sur une colline ou il aimait méditer .Un peloton le mit en
joue pour l'exécuter , mais un nuage énorme s'amoncela et des cavaliers enturbannés se manifestèrent
dans le ciel sabres en main pour fondre sur les militaires qui s'enfuirent effrayés.
Le commandant vint voir le cheikh pour s'excuser et s'informa sur les cavaliers, s 'ils étaient des humains
ou des jinns .
Moulay Bousso relata certains prodiges de l'exil dans un poème épique de haute facture :
Pour adorer son Seigneur qui l'a élu par les grâces et les bienfaits
Loin des créatures il vivait dans un état d'obéissance parfaite aux prescriptions
Sur terre comme sur la mer et les témoignages ont été consignés