0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
22 vues7 pages

C2B - Temps - TXT (Version Incomplète) 2

Le document explore la signification existentielle du temps à travers les réflexions de philosophes tels que Sénèque et Augustin d'Hippone, qui soulignent l'importance de la conscience du temps et de la mort dans la vie humaine. Sénèque insiste sur la nécessité de valoriser chaque instant, tandis qu'Augustin remet en question la nature même du temps, le définissant comme une expérience humaine complexe. En somme, le temps est présenté comme un élément central de l'existence, intimement lié à la conscience de soi et à la mortalité.

Transféré par

mggjh8dmmp
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
22 vues7 pages

C2B - Temps - TXT (Version Incomplète) 2

Le document explore la signification existentielle du temps à travers les réflexions de philosophes tels que Sénèque et Augustin d'Hippone, qui soulignent l'importance de la conscience du temps et de la mort dans la vie humaine. Sénèque insiste sur la nécessité de valoriser chaque instant, tandis qu'Augustin remet en question la nature même du temps, le définissant comme une expérience humaine complexe. En somme, le temps est présenté comme un élément central de l'existence, intimement lié à la conscience de soi et à la mortalité.

Transféré par

mggjh8dmmp
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Cours 2 Le temps Références

Philosophie + L’existence humaine + Le temps


Partie 1A − Cours 2 : Signification existentielle du temps − TEXTES

I. CONSCIENCE HUMAINE DU TEMPS


5
SÉNÈQUE (4 av. J.-C. – 65 après JC)
LETTRES À LUCILIUS (65), Lettre I
Oui, tu feras bien, cher Lucilius : entreprends de te libérer toi-même. Jusqu’ici on t’arra-
chait ton temps ou on te le dérobait, ou encore tu l’égarais. Réunis ce capital et ne le laisse
10 plus se perdre. Dis-toi bien que c’est vrai à la lettre : il est des instants qu’on nous arrache, il
en est qu’on nous escamote, il en est aussi qui nous filent entre les doigts ; la perte, à dire vrai,
n’est jamais aussi sordide que lorsqu’elle est due à la négligence. Aussi bien, si tu veux bien
voir les choses, la plus grande partie de la vie se passe à mal faire, une grande partie à ne rien
faire et la totalité de la vie, à faire autre chose que ce qu’il faudrait.
15 Peux-tu me nommer un seul homme qui sache que le temps a un prix, qui fasse l’esti-
mation de la valeur de la journée et qui réalise qu’il meurt un peu chaque jour ? Là est l’er-
reur, en effet : nous ne voyons la mort que devant nous, alors qu’une grosse partie de la mort
est déjà dans notre dos ; tout ce que nous laissons derrière nous de notre existence appartient à
la mort. Fais donc, cher Lucilius, comme tu me l’écris : saisis-toi de toutes tes heures. Ainsi tu
20 dépendras moins du lendemain, pour avoir opéré une saisie sur le jour présent. La vie court,
pendant qu’on la remet à plus tard.
Rien, Lucilius, ne nous appartient ; seul le temps est à nous. Ce bien fugitif et glissant
est l’unique possession que nous ait départie la Nature, et peut nous en chasser qui veut. Telle
est la folie des humains, qu’ils se sentent redevables du moindre cadeau peu coûteux qu’on
25 leur fait, cadeau remplaçable en tout cas, mais que personne ne s’estime redevable du temps
qu’il a reçu en partage, alors que le plus reconnaissant des hommes ne pourrait le rendre.
Traduit du latin

AUGUSTIN d’HIPPONE (354-430)


30 LES CONFESSIONS (v. 400), Livre XI
Qu’est-ce en effet que le temps ? Qui serait capable de l’expliquer facilement et briève-
ment ? Qui peut le concevoir, même en pensée, assez nettement pour exprimer par des mots
l’idée qu’il s’en fait ? Est-il cependant notion plus familière et plus connue dont nous usions
en parlant ? Quand nous en parlons, nous comprenons sans doute ce que nous disons ; nous
35 comprenons aussi, si nous entendons un autre en parler. Qu’est-ce donc que le temps ? Si per-
sonne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je
ne le sais plus.
Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps
passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait
40 pas de temps présent. Comment donc, ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le
passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent,
s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l’éternité. Donc, si le pré-
sent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est

Page | 1
Cours 2 Le temps Références

aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer
45 que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus.
Ce qui m’apparait comme une évidence claire, c’est que ni le futur ni le passé ne sont.
C’est donc une impropriété de dire : « Il y a trois temps : le passé, le présent et le futur. » Il
serait sans doute plus correct de dire : « il y a trois temps : le présent du passé, le présent du
présent, le présent du futur. » En effet, il y a bien dans l’âme ces trois modalités du temps, et
50 je ne les trouve pas ailleurs. Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est
la vision directe ; le présent du futur, c’est l’attente. S’il m’est permis d’user de ces défini-
tions, alors, oui, je le vois, je déclare qu’il y a trois temps et que ces trois temps sont.
Traduit du latin

55 II. CONSCIENCE DE LA MORT ET DU TEMPS

Blaise PASCAL (1623-1662)


LES PENSÉES (posth. 1670)
[fragment 139]
60 Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et
les périls et les peines ou ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de
querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout
le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos,
dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi
65 avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une
charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville et
on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut de -
meurer chez soi avec plaisir. Mais quand j’ai pensé de plus près, et qu’après avoir trouvé la
cause de tous nos malheurs, j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien
70 effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misé -
rable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.

[fragment 172]
Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent
75 à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop
prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons
point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien,
et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire nous blesse.
Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable nous regrettons
80 de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses
qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arri-
ver. Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir.
Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre
la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent
85 sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espé-
rons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le
soyons jamais.
5 Page | 2
Cours 2 Le temps Références

III. LE TEMPS DESTRUCTEUR

90 LIVRE DE L’ECCLÉSIASTE
in LA BIBLE, ANCIEN TESTAMENT
Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem. ‒ « Vanité des vanités, dit l’Ec-
clésiaste ; vanité des vanités, tout est vanité. Quel profit trouve l’homme à toute la peine qu’il
prend sous le soleil ? Un âge va, un âge vient, mais la terre demeure toujours. Le soleil se
95 lève, le soleil se couche, il se hâte vers son lieu et se lève à nouveau. Le vent part au midi,
tourne au nord, il tourne, tourne et va, et sur son parcours retourne le vent. Tous les fleuves
coulent vers la mer et la mer n’est pas remplie. Vers l’endroit où coulent les fleuves, c’est par
là qu’ils continueront de couler. Toute parole est lassante ! Personne ne peut dire que l’œil
n’est pas rassasié de voir, et l’oreille saturée par ce qu’elle a entendu. Ce qui fut, cela sera, ce
100 qui s’est fait se refera, et il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! Qu’il y ait quelque chose
dont on dise : « Tiens, cela est nouveau ! », cela fut dans les siècles qui nous ont précédés. Il
n’y a pas souvenir d’autrefois ; de même pour ceux des temps futurs : il n’y aura d’eux aucun
souvenir auprès de ceux qui les suivront. Traduit de l’hébreu

105 SÉNÈQUE (4 av. J.-C. – 65 après JC)


LETTRES À LUCILIUS (65), Lettre I
(Suite et fin de la lettre précédente) Tu me demanderas peut-être comment je me com-
porte, moi qui te propose ces belles maximes. Je l’avouerai tout franc : mon cas est celui
d’une personne qui mène grand train, mais qui a de l’ordre ; mon registre de dépenses est bien
110 tenu. Je n’ai pas le droit de dire que je ne perds rien ; mais je dirai ce que je perds et pourquoi,
et comment. Je rendrai compte de ma pauvreté. Au reste, je me trouve dans le cas de la plu -
part des gens ruinés sans qu’il y ait de leur faute : tout le monde vous excuse, nul ne vous as-
siste. Comment conclurons-nous ? Il n’est pas pauvre, à mon avis, celui qui, si peu qu’il lui
reste, s’en accommode. Pour toi cependant, je préfère que tu ménages ton avoir. Et tu com-
115 menceras en temps utile. Ainsi en jugeaient nos pères : « Tardive épargne, quand le vin
touche à la lie. » Ce qui séjourne au fond du vase c’est très peu de chose, et c’est le pire.
Traduit du latin

120 IV. LE TEMPS CRÉATEUR

Page | 3
10 Cours 2 Le temps Références

125 Commentaire :

Que nous apprend sur le temps la Première lettre à Lucilius écrite par le philosophe Sé-
nèque ? En réalité, nous sommes loin ici de la conception contemporaine existentielle du
temps ; mais justement, nous pouvons constater dans ce texte de quelle façon s’articulent logi-
130 quement les notions de temps et d’existence, alors même que l’auteur vise une tout autre pers-
pective.
Les Lettres à Lucilius sont pour Sénèque un testament philosophique. Il a presque 70
ans et conseille ici un jeune homme. Que lui dit-il ? Ne gaspille pas ton temps ! En réalité,
quel autre conseil une vieille personne peut-elle donner à la jeunesse, lequel sera précisément
135 le moins compris ? Car seul celui qui atteint la vieillesse comprend réellement combien l’exis-
tence humaine n’est rien d’autre que du temps.
Tout le texte établit ce parallèle, cette identité entre temps et existence. Le premier para-
graphe explique que nous passons notre vie à la perdre en gaspillant notre temps. La sagesse
philosophique consiste évidemment à se donner une discipline ; mais, Sénèque conclut impli-
140 citement par un aveu d’échec. En réalité, c’est impossible : nous échouons toujours à maitriser
notre temps d’existence (lignes 13-14).
Le deuxième paragraphe établit un nouveau lien conceptuel, cette fois entre le temps et
la mort. En réalité, dès lors que l’on réfléchit en philosophe au sujet du temps et de son rap-
port à l’existence, on en vient logiquement à évoquer la mort. Car le temps, pour l’homme,
145 c’est la conscience du temps, autrement dit la conscience de la mort. Le temps, pour l’homme,
c’est la mort ‒ ou plus exactement ici, la certitude de la mort. Voilà ce que la plupart des
hommes ne comprennent pas, simplement parce qu’ils sont trop jeunes. Mais un vieillard, lui,
le sait.
Ce texte nous fait donc réfléchir sur le rapport conceptuel entre les notions de temps et
150 d’existence ; il nous permet également de comprendre en quoi consiste l’expérience humaine
du temps : il s’agit d’une temporalité vécue concrètement, ici la vieillesse ‒ comme pourrait
l’être aussi la jeunesse. Car vieillesse et jeunesse sont en réalité des notions existentielles,
autrement dit ontologiques et temporelles.
Passage à retenir :
155 1. « Il est des instants qu’on nous arrache, il en est qu’on nous escamote, il en est
aussi qui nous filent entre les doigts ; la perte, à dire vrai, n’est jamais aussi
sordide que lorsqu’elle est due à la négligence. »
2. « Peux-tu me nommer un seul homme qui sache que le temps a un prix, qui fasse
l’estimation de la valeur de la journée et qui réalise qu’il meurt un peu chaque
160 jour ? »
3. « Nous ne voyons la mort que devant nous, alors qu’une grosse partie de la mort
est déjà dans notre dos ; tout ce que nous laissons derrière nous de notre exis-
tence appartient à la mort. »
4. « Rien, Lucilius, ne nous appartient ; seul le temps est à nous. Ce bien fugitif et
165 glissant est l’unique possession que nous ait départie la Nature. »

Le Onzième livre des Confessions de saint Augustin offre une analyse complète sur le
temps, contrastant avec les théories de l’époque et remarquable par sa modernité. En effet,
Page | 4
Cours 2 Le temps Références

Augustin établit que le temps est indissociable d’une expérience humaine, en l’occurrence
170 celle de « l’âme » ‒ terme auquel nous remplaçons aujourd’hui par celui de conscience de soi.
En premier lieu, saint Augustin formule une idée magistrale sur le temps : à savoir que,
rien ne nous est plus familier ni mieux connu que le temps ; à condition toutefois de ne pas
tenter de le définir. Le parallèle avec l’existence crève les yeux ! Chacun de nous sait bien
qu’il est à lui-même le plus proche et le plus lointain ‒ chacun de nous sait bien qui il est ; à
175 condition que personne ne nous demande de le dire (lignes 33-37). Parler du temps, c’est fina-
lement parler de l’existence.
S’ensuit la véritable analyse sur le temps. Le temps est d’abord temporalité, c’est-à-dire
qu’il y a 3 états temporels (ou 3 formes du temps) : le passé, le présent et le futur. Or, chaque
aspect du temps présente un mystère qui est en réalité une seule et même énigme : le temps
180 EST dans la mesure où il n’est pas. En termes philosophiques, le temps est à la fois ÊTRE et
NÉANT ; ce qui une fois encore le rend semblable à l’homme.
Considérons en effet le PASSÉ : il n’est plus. L’être du passé, c’est de n’être plus. Consi-
dérons cette fois le FUTUR : il n’est pas encore. L’être du futur, c’est d’être plus tard. Le PRÉ-
SENT au moins, quant à lui, est. Seulement, pour que le présente existe, il ne peut demeurer
185 éternellement, il faut qu’il passe ‒ devienne passé ‒ afin que le futur le remplace. Par consé-
quent, l’être même du présent, c’est de cesser d’être (lignes 40-45). Comment résoudre cette
énigme ontologique ? Où est l’être du temps ? La réponse d’Augustin est à la fois simple et
lumineuse : en l’homme. Ainsi se trouvent unies, d’une point ontologique, les notions d’exis-
tence humaine et de temps. Le temps est en nous-même, parce que l’existence humaine c’est
190 du temps. Néanmoins, saint Augustin, parce que le but des Confessions est autre, emploie le
mot « âme ».
Qu’est-ce alors que l’âme ? Que signifie ce concept ? Avant de désigner une réalité spi-
rituelle et immatérielle, l’âme est dans l’Antiquité le principe vital, ce qui fait que le vivant,
en particulier l’animal est animé (car « âme » est la contraction du latin ANIMA ; d’où aussi
195 inanimé = sans âme). L’interprétation augustinienne du temps est donc plus psychologique
qu’ontologique ou existentielle ; mais, cela nous apporte un gain supplémentaire, à savoir
que : notre âme étant vivante, si le temps est en elle, cela signifie que le temps lui-même est
vivant. Concrètement cela veut dire que le passé par exemple, n’est pas une idée abstraite,
mais une réalité vécue, en l’occurrence sur le mode du SOUVENIR. Or, quoi de plus intime et
200 personnel qu’un souvenir ? De même, le futur aussi est vécu intimement et personnellement,
sur le mode cette fois d’une attente, autrement dit de L’ESPOIR.
Ce texte nous montre bien comment le temps, à travers sa triple dimension, articule
notre propre existence : 3 temps, 3 manières d’être ‒ à travers nos souvenirs (= notre passé),
nos espoirs (= notre futur) et la conscience de soi (= notre présent).
205 Passage à retenir :
1. « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais
si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. »
2. « Comment donc, ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé
n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours
210 présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait
l’éternité. »

Page | 5
15
Cours 2 Le temps Références

3. « C’est donc une impropriété de dire : « Il y a trois temps : le passé, le présent et


le futur. » Il serait sans doute plus correct de dire : « il y a trois temps : le pré-
sent du passé, le présent du présent, le présent du futur. » En effet, il y a bien
215 dans l’âme ces trois modalités du temps, et je ne les trouve pas ailleurs. »

Les Pensées sont un ensemble de textes, retrouvés après la mort de Blaise PASCAL et
qui correspondent à un livre en préparation, jamais achevé. Il s’agit de réflexions philoso-
phiques sur l’existence d’une grande profondeur. On retrouve ici deux fragments qui, réunis,
220 offre une interprétation lumineuse des rapports entre les notions d’existence et de temps, et
surtout entre la conscience du temps et la conscience humaine de la mort. L’enchainement des
idées est le suivant.
Adoptant une posture de moraliste, commune au XVII e siècle, Pascal constate l’agita-
tion universelle des hommes. Chacun court en tout sens, remplit sa vie de préoccupations in-
225 cessantes, dont la plupart sont loin d’apporter satisfaction et bonheur. Pourquoi cet affaire-
ment constant ? Pourquoi trouble-t-on son sommeil et ses jours avec ce qui n’apporte qu’en-
nuis, inquiétudes et soucis ? La réponse est finalement simple : par l’impossibilité humaine de
rester tranquille. Les hommes s’agitent, non parce qu’il y a beaucoup de choses à faire dans
une vie, mais par l’incapacité qu’ils ont de rester tranquilles.
230 Nouvelle question alors : Pourquoi sommes-nous incapables de jouir tranquillement de
l’existence ? Une fois encore, parce que c’est impossible. Si l’on ne fait rien, ce n’est pas la
tranquillité qu’on obtient, mais une pensée angoissante et terrible, celle de notre mort. En vé-
rité, ce n’est pas que nous pensons directement à la mort ; mais, chacun en fait régulièrement
l’expérience, lorsque nous n’avons rien à faire, lorsque notre esprit n’est occupé par aucune
235 tâche, nous en venons naturellement à penser à notre existence et donc au sens de celle-ci. Or,
cette dernière idée conduit tout aussi naturellement à cette autre, commune à tout homme, que
notre vie est éphémère et que finalement, puisqu’il faut nécessairement mourir, c’est toute
l’existence qui est triste et absurde. En résumé, l’absence d’activité ‒ le désœuvrement ‒ réac-
tive en nous la conscience d’exister et donc la conscience de notre mort prochaine. C’est
240 pourquoi nous avons tant besoin du divertissement.
C’est la leçon du premier fragment (139) et que vient compléter le second (172). Cette
fois, la perspective n’est plus existentielle, mais temporelle. Nous n’arrivons jamais, écrit Pas-
cal, à fixer notre esprit sur le moment présent. Très vite, notre pensée bascule irrésistiblement
vers le passé ‒ sur un souvenir ‒ ou sur le futur ‒ sur un projet. On retrouve donc la même
245 idée que dans le fragment précédent : quelque chose empêche l’homme d’avoir l’esprit serein
et tranquille, et c’est évidemment la même raison : la certitude de la mort ‒ qui cette fois ac-
compagne la conscience du temps.
Si, en effet, nous ne pouvons demeurer longtemps dans la pensée du présent, c’est parce
que celle-ci coïncide avec l’exigence de donner un sens à notre vie, précisément parce que
250 celle-ci ne durera pas éternellement. Les deux fragments mis bout-à-bout nous apprennent
donc que la conscience de la mort, condition de toute existence, et la conscience du temps
sont une seule et même expérience. On peut aussi constater que, comme l’observe très juste -
ment Pascal, notre conscience est toujours temporelle, en ce sens que la notion de temps n’est
jamais absente de la conscience elle-même : en d’autres termes, le contenu de notre

Page | 6
Cours 2 Le temps Références

255 conscience a toujours une dimension (= une signification) temporelle. Soit ce que nous pen-
sons nous replonge dans le passé, soit nous projette dans l’avenir.
Pour finir, il est assez manifeste que la tonalité des deux fragments est tragique, ce qui
permet de s’en servir pour illustrer la dimension destructrice du temps. Néanmoins, Pascal a
aussi l’intuition ‒ qui deviendra la vérité des interprétation contemporaine du temps ‒ que les
260 3 dimensions constituant la temporalité de la conscience n’ont pas la même valeur. En l’oc-
currence, c’est bien la conscience du futur qui l’emporte, ce qui rend possible une solution en
même temps qu’un renversement. Car, certes, la conscience d’avoir à disparaitre un jour est
une source inépuisable d’angoisse, mais elle est aussi ouvre le chemin de tous les avenirs pos-
sibles.
265 Passages à retenir :
1. « J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est
de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. »[…] Mais quand […]
j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé [:] le malheur naturel de notre
condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler,
270 lorsque nous y pensons de près. »
2. « Nous ne nous tenons jamais au temps présent. […] C’est que le présent, d’or-
dinaire nous blesse. »
3. « Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à
l’avenir. »
275 4. « Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le
seul avenir est notre fin. »

20 Page | 7

Vous aimerez peut-être aussi