Chapitre 1 Préparée par : Mme S’habou Jihen
Chapitre 1 : le développement affectif et
socio-communicatif
Le bébé se dégage progressivement de la symbiose fusionnelle avec sa mère,
il va devoir se construire comme une personne à part entière (individuation). Les
interactions continues entre l’enfant et l’adulte décrivent la construction de sa
personnalité dans la petite enfance et constituent le creuset de ses apprentissages.
I. Les structures de base de sa personnalité : Rappels
théoriques selon l’analyse Freudienne
Jusqu’aux environs 1920, Freud distingue trois instances de base de la
personnalité humaine dans son psychisme qui régissent nos comportements
(conscients et inconscients).
Freud leur donne une appellation différente :
• Le Moi : représente la partie de la personnalité le plus consciente, celle qui est
en contact avec la réalité extérieure. Il obéit au principe de la réalité.
• Le Ça : est régit par le principe du plaisir ; toute « intervention » du Ça tend à
atteindre un plaisir immédiat ou à éliminer un déplaisir (tension, manque,
douleur…)
• Le Surmoi : est la structure qui règle les conduites avec Autrui. Il est basé sur
le principe de l’interdiction. Son rôle est assimilable à celui d’un juge qui censure
et interdit. Il se constitue par l’intériorisation des « interdits parentaux ».
La théorie Freudienne admet que l’appareil psychique n’est pas encore
élaboré chez le nouveau-né donc : il n’a y ni Moi, ni Surmoi, que du Ça, (réservoir
d’énergie pulsionnelle qu’il va devoir investir dans un objet à trouver).
Selon lui, l’enfant se trouve au début de sa vie dans une situation qui n’a
aucune conscience de lui-même. Freud appelle « la période de narcissisme
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primaire », où la mère prend alors une signification en elle-même et va devenir
l’objet qui satisfait le besoin alimentaire et est ainsi associée au plaisir de son
bébé. Au cours des trois premières années de sa vie, il va y avoir dissociation entre
le plaisir satisfait par la mère et le plaisir de voir sa mère indépendamment de tout
besoin alimentaire et cela conduite à distinguer deux étapes : le stade oral et le
stade anal (abordant : des grandes théories de Freud sur le développement
psycho-sexuel et affectif de l’enfant.)
Remarque : l’interprétation Freudienne de la pathologie adulte s’est faite
par référence à ces premiers stades de la vie psychique, où le développement
de l’être humain peut se fixer
• Le stade oral : (0 à 1an)
- L’ingestion de l’alimentation procure à l’enfant du plaisir dit : plaisir oral.
- Une liaison se crée entre la succion et le plaisir.
- La vie affective de bébé est organisée autour de la fonction alimentaire.
À la fin de ce stade, où la relation à l’objet a été oral, le sevrage modifie la relation
à la mère : d’où un Moi rudimentaire s’élabore progressivement à partir du Ça.
• Le stade anal : (2ième et 3ième année)
Grâce à la marche et une certaine indépendance, le début du contrôle
sphinctérien que commence ce stade. Donc le plaisir est lié à l’excitation de la
zone anale. Le bébé considère le contenu de ses intestins comme une partie de lui-
même, qu’il peut ou non, selon son bon vouloir, offrir un cadeau à sa mère (dans
le pot). L’enfant utilise l’objet fécal comme cadeau ou arme dans sa relation à
ses parents. À la fin de ce stade, le Moi se renforce et les interdits parentaux sont
à l’origine du Surmoi.
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II. Le développement de la personnalité selon Henri
Wallon :
1. Évolution dialectique de la personnalité : Se construire soi-même
à travers l’expérience de l’autre :
En effet, chaque individu est issu d’une famille, de laquelle il a puisé les
ressources de son comportement dès sa prime enfance. Par une dialectique
relationnelle, il a fabriqué ses propres éléments psychologiques : la famille
demeure l’une des principales infrastructures de la société, elle est l’une des bases
de la civilisation.
Donc, le développement est une succession de changements intégrants les
différents aspects de la personnalité : doit donc rendre compte des rapports entre
affectivité et intelligence, de la même façon qu’il rend compte de l’évolution des
rapports de l’enfant et de son milieu. Cette succession de stades alternés permet
d’envisager l’évolution de l’enfant simultanément sous l’angle de la construction
de la personne et sous celui de la connaissance du monde extérieur, ces deux
cycles s’intégrant dans la personnalité.
Ce long cheminement engagé dès la naissance se poursuit par une longue
période de différenciation/individuation participant à la construction identitaire.
Le passage du premier agent de socialisation que représentait la famille à l’agent
de socialisation institutionnel que représente l’école.
2. Le stade du personnalisme (3-6 ans) : moment important
d’expression de la personnalité individuelle
Ce stade est tout à fait central dans la description wallonienne du
développement : il se situe à la charnière de deux phases importantes de la
construction de la personnalité : entre les stades consacrés à la construction de la
personne et ceux consacrés à l’achèvement de la personne, il marque
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l’avènement de la conscience de soi (à travers la conscience corporelle et la
conscience sociale). La différenciation moi-autre est marquée, et va se poursuive
au sien d’échange de rôles entre l’enfant et autrui : imiter autrui, c’est se décentrer
et en même temps dialoguer avec l’autre. Ce stade apparaît après que la
différenciation moi/autrui ait été réalisée.
Trois périodes vont se succéder au cours de ce stade où l’enfant est centré sur
sa propre évolution : une période d’opposition puis de séduction et enfin
d’imitation. Ils ont en commun de contribuer à l’indépendance et à
l’enrichissement du Moi. Ce stade démarre assez brusquement par une phase
d’opposition, indice de la crise de personnalité.
• Période d’opposition (3-4ans) : la fréquente opposition de l’enfant aux
demandes de l’adulte contribue à l’affirmation de sa personnalité. Elle lui
permet de sauvegarder une autonomie toute récente et de prendre
conscience de lui-même comme différent des autres.
• Période de grâce, de séduction (4-5ans) : le Moi de l’enfant tend à se faire
valoir, à recueillir l’approbation. L’enfant aime se donner en spectacle et se
veut séduisant aux yeux d’autrui et pour sa propre satisfaction : c’est une
période de narcissisme.
• Période d’imitation (5-6ans) : l’enfant consacre beaucoup de son activité à
imiter autrui, pas seulement les gestes, mais les attitudes, les rôles, les
personnages. L’imitation est mouvement, mais un mouvement qui ne serait
pas vraiment tourné vers autrui, mais pour Soi. À la période précédente (au
cours de la troisième année), l’imitation d’autrui était immédiate, presque
simultanée, elle devient progressivement différée (c’est pour Wallon,
l’imitation « vraie ») car symbolique et représentative (elle se produit en
l’absence du modèle) et se dégage ainsi de la gangue émotionnelle qui
entourait l’imitation immédiate. Elle marque le passage entre deux formes
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d’intelligence que Wallon a définies : l’intelligence des situations et
l’intelligence représentative.
L’évolution de l’ensemble du stade est marquée par un progrès dans
l’affirmation de soi et dans le développement intellectuel. L’évolution
intellectuelle est particulièrement sensible dans le domaine de l’intelligence
pratique des situations et l’intelligence discursive (langage). Du point de vue de
la manipulation des objets, l’enfant a fait d’énormes progrès et il commence à
analyser et catégoriser les objets. En apprenant les mots, l’enfant apprend à
désigner les choses, à relier les signifiants aux signifiés, mais l’ajustement mot-
objet n’est pas immédiat, il se réalise progressivement. La période préscolaire se
termine par une explosion du langage qui multiplie l’ouverture de l’enfant aux
connaissances. Le langage devient un instrument de représentation (des objets
absents, des événement passés…) et de compréhension : il est pour Wallon un
véritable instrument de la pensée.
La curiosité et l’action de l’enfant (de 6à 11ans) se déplacent de sa propre
personne et se tournent vers l’extérieur. La personnalité évolue vers une
autonomie croissante. L’enfant sort de la constellation familiale et entre dans la
communauté scolaire où il va pouvoir multiplier ses expériences sociales.
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III. Se construire avec Autrui : la période scolaire
1. L’école
L’école n’est pas seulement un lieu où les enfants acquièrent des
connaissances, c’est un lieu d’émergence de compétences personnelles
(apprendre à se tenir tranquille, apprendre à comprendre et à exprimer, etc.) et
surtout sociale (acquérir des règles, des normes permettant les rapports
collectifs et la régulation des conduites). L’enfant va apprendre à se comporter
de manière socialement satisfaisante avec ses pairs. Partager avec leurs pairs
ces temps scolaires donne aux enfants l’occasion de modeler leurs
comportements sur ceux des autres ou d’agir par rapport à eux et de réguler
leurs conduites individuelles qui deviennent de fait des conduites sociales.
Evidemment, les relations entre enfants vont s’intensifier dans ces années de
scolarisation puisque l’école prend en quelque sorte le relais de la famille
comme agent de socialisation.
L’ouverture au monde extérieur et la motivation pour son exploration ont
détaché le jeune enfant de ses figures d’attachement principales. Le système
d’attachement devient moins souvent activé sauf en cas de peur ou de détresse
où l’enfant cherche à retrouver sa base de sécurité. L’enfant se tourne
volontairement vers l’exploration du monde extérieur pour but de chercher des
nouveaux contacts sociaux, puisque c’est un besoin vital.
2. L’enseignant comme base de sécurité
Boris Cyrulnik (2015) : « Il ne faut jamais oublier que l’intelligence est
incroyablement plastique, qu’un mauvais élève peut devenir bon en l’espace
de quelques mois quand il est dans un milieu sécure. »
L’enseignant base de sécurité est un adulte qui s’offre à l’enfant comme
guide pouvant lui montrer le chemin. Il fixe les règles et les limites, assure le
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contrôle, inspire confiance, apparaît comme ressource en cas de besoin, sait
être attirant, assure l’enfant de son attention et de l’intérêt qu’il lui porte, se
montre empathique et encourageant face aux difficultés rencontrées.
Ses attitudes aident à la sécurité de l’enfant :
• Quand il l’accueille en le regardant et en lui souriant.
• Quand il lui parle en cherchant à obtenir le contact oculaire.
• Quand, avec les plus jeunes, il sait utiliser le toucher, par exemple en lui
prenant les mains, en le prenant gentiment par l’épaule.
• Quand il l’aide à exprimer ses émotions avec un langage approprié.
Dans ce climat de sécurité peut se développer une alliance coopérative
selon laquelle des objectifs communs sont définis par l’enseignant et l’enfant,
et des efforts sont entrepris par l’un et l’autre pour atteindre ces objectifs.