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Nutrition et Agriculture à Kaffrine

La thèse de M. Abdou Badiane, soutenue en janvier 2019 à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, examine l'impact de l'agriculture sensible à la nutrition sur la prévention de la malnutrition maternelle et infantile durant les 1000 premiers jours de vie à Kaffrine. Le travail est structuré en cinq parties, incluant une revue de la littérature, l'analyse de la malnutrition, la mise en place d'un projet agricole, l'évaluation du statut nutritionnel des couples mère-enfant, et l'évaluation de l'impact de ce projet. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans des revues scientifiques.

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Nutrition et Agriculture à Kaffrine

La thèse de M. Abdou Badiane, soutenue en janvier 2019 à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, examine l'impact de l'agriculture sensible à la nutrition sur la prévention de la malnutrition maternelle et infantile durant les 1000 premiers jours de vie à Kaffrine. Le travail est structuré en cinq parties, incluant une revue de la littérature, l'analyse de la malnutrition, la mise en place d'un projet agricole, l'évaluation du statut nutritionnel des couples mère-enfant, et l'évaluation de l'impact de ce projet. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans des revues scientifiques.

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UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

ECOLE DOCTORALE SCIENCES DE LA VIE, DE LA


SANTE ET DE L’ENVIRONNEMENT (ED-SEV)
**********

FACULTE DES SCIENCES ET TECHNIQUES

Année : 2018 N° d’ordre : 201856

THESE DE DOCTORAT

Spécialité : Nutrition et Alimentation Humaine

Présentée par

M. ABDOU BADIANE

IMPACT DE L’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION


SUR LA PREVENTION DE LA MALNUTRITION MATERNELLE
ET INFANTILE AU COURS DES 1000 PREMIERS JOURS DE VIE
A KAFFRINE

Soutenue le 29 Janvier 2019, devant le jury composé de :

Président M. Mouhamadou Guélaye SALL Professeur Titulaire FMPOS-UCAD

Rapporteurs M. Amadou Tidiane GUIRO Professeur Titulaire FST-UCAD

M. Philippe DONNEN Professeur Titulaire ULB-BELGIQUE

Mme Nicole Idohou DOSSOU Maître de Conférences FST-UCAD

Examinateurs M. Kandioura NOBA Professeur Titulaire FST-UCAD

Mme Adama DIOUF Maître Assistante FST-UCAD

Directrice de thèse Mme Salimata WADE Professeur Titulaire FST-UCAD


REMERCIEMENTS
Ce travail a été réalisé au sein du Laboratoire de Nutrition, Département de Biologie Animale,
Faculté des Sciences et Techniques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar sous la direction
scientifique du Professeur Salimata WADE. Ce travail a bénéficié du soutien financier de l’Académie de
Recherche et d’Enseignement Supérieur (ARES) de la Coopération Belge au développement à travers
un Projet de Recherche pour le Développement (PRD). Ce travail a aussi bénéficié du soutien financier
de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) à travers un Coordinated Research Project
(CRP-E4.30.29). J’exprime mes remerciements à ces structures et leur témoigne toute ma
reconnaissance.
Mes remerciements :
Au Professeure Salimata WADE, ma Directrice de thèse, pour avoir accepté d’encadrer cette thèse
jusqu’au bout avec toute la rigueur scientifique, et ce malgré votre départ à la retraite. Durant toutes ces
années passées à vos côtés, j’ai reçu un enseignement et un encadrement scientifique de qualité. Merci
Professeure pour m’avoir communiqué votre amour du travail bien fait. Soyez assurée de ma
reconnaissance éternelle. Je remercie Allah de m’avoir donné l’occasion de travailler avec vous et je
l’implore pour qu’IL vous accorde une excellente santé pour que vous jouissiez totalement de votre
retraite.
Au Docteur Adama DIOUF, Maitre Assistante à la Faculté des Sciences et Techniques de l’UCAD,
Département de Biologie Animale, Laboratoire de Nutrition, qui a été d’un soutien inestimable tout au
long de la réalisation de ce travail. Vous savez donner sans rien attendre en retour. Je vous remercie du
fond du cœur pour votre soutien, votre disponibilité et la confiance que vous avez toujours placée en
moi. Que la bénédiction de Dieu repose sur vous et votre famille. Je vous souhaite une brillante carrière
de chercheure.
Au Professeure Nicole Idohou-DOSSOU, Maître de Conférences (CAMES) à la Faculté des Sciences
et Techniques de l’UCAD, Directrice du Laboratoire de Nutrition et Responsable de la Formation
Doctorale en Nutrition et Alimentation Humaine pour les suggestions pertinentes dont j’ai bénéficié
auprès de vous tout au long de ce travail et pour avoir accepté de faire partie du jury. Votre personnalité,
votre soutien moral, votre compréhension, votre gentillesse m’ont beaucoup marqué durant toutes ces
années. Que le Bon Dieu vous bénisse et vous accompagne dans votre mission et dans tous les projets
entrepris.
Au Professeur Mouhamadou Guélaye SALL de la Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odonto-
Stomatologie de Dakar pour l’immense honneur qu’il m’a fait en acceptant de juger ce travail et
d’assurer la présidence de ce jury. Je vous remercie d’avoir été toujours présent par vos prières et vos
conseils. Trouvez ici l’expression de ma profonde gratitude. Que Dieu vous accorde longue vie et santé.
Au Professeur Amadou Tidiane GUIRO, Recteur de l’Université du Sine Saloum El Hadj Ibrahima
Niass pour avoir contribué à ma formation universitaire, d’avoir accepté de participer au jury de cette
thèse et d’en être le rapporteur. Vos conseils et recommandations m’ont toujours été d’une grande
utilité. Que Dieu vous accorde longue vie et santé.
Un remerciement tout particulier au Pr Philippe DONNEN, Professeur Titulaire à l’Ecole de Santé
Publique de l’Université Libre de Bruxelles, pour avoir accepté de participer à ce travail. Votre
simplicité est une de vos qualités qui m’a beaucoup marqué. Votre disponibilité, vos suggestions
scientifiques pertinentes et surtout votre ouverture ont largement contribué à la réussite du projet PRD
et de la qualité de cette thèse. Merci pour votre généreuse collaboration.
Mes remerciements vont aussi à l’endroit du Professeur Kandioura NOBA de la Faculté des Sciences et
Techniques de l’UCAD pour l’honneur de siéger à mon jury de thèse. Merci pour votre présence.
Mes remerciements à toutes les équipes du PRD. J’associe à ces remerciements l’Agence Nationale
d’Insertion et de Développement Agricole (ANIDA) ainsi que la Cellule de Lutte contre la
Malnutrition.
Profondes gratitudes au Docteur Ibrahima Sokhna, Médecin Chef de District de Malem Hodar, à
Babacar Diop, Infirmier Chef de Poste de Kathiotte, à Mme Maimouna Ndiaye et Moussa Faye,
Infirmiers Chef de Poste de Sagna, aux relais communautaires, aux chefs de ménages et aux couples
mère-enfant pour leur engagement et leur collaboration pour la réalisation de cette étude.
Merci à l’équipe de terrain qui m’a aidé dans ce travail, malgré toutes les difficultés rencontrées. Je veux
nommer Bathie Diome, Ndeye Ndambao Sarr, Malang Sagna, Mme Mame Astou Senghor, Mbeugué
Thiam et Mariama Sarr.
Je souhaite également remercier chaleureusement les doctorants du Laboratoire de Nutrition « mes
amis du syndicat » : Pape Mamadou dit Doudou Sylla, Mane Hélène Faye Badiane et Ousmane
Diongue pour leur disponibilité et leurs appuis multiformes tout au long de ce travail. Je vous souhaite
beaucoup de courage mes amis et surtout de la persévérance pour l’atteinte de vos objectifs respectifs.
Merci à tout le personnel administratif et technique du Laboratoire de Nutrition, mention spéciale à
Mme Fofana Adama Sané pour son entière disponibilité. J’associe à ses remerciements, Youssou
Ndour, Amadou B. Seydi, Maguette Sall Gueye.
Au Docteur Babou Diaham pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à la relecture profonde de ce
manuscrit. Trouvez ici l’expression de ma gratitude.
Profonds remerciements à ma belle-famille, ma belle-mère Aby Gueye en particulier, pour leur soutien
moral.
Pour terminer, je voudrais témoigner toute ma reconnaissance à tous ceux qui de près ou de loin ont
contribué à la réalisation de ce modeste travail.
DEDICACES

A mon père Seni BADIANE et à mes deux chères mamans Fatou Diedhiou et Fatou Seck
Pour l’amour, l’éducation, le soutien sans faille et les sacrifices auxquels vous avez consenti. Vous avez
su m’inculquer le sens de la responsabilité et la confiance en soi face aux difficultés de la vie. Recevez à
travers ce travail toute ma reconnaissance éternelle. Je prie Dieu, par son nom Al-Malikoul-Moulk, pour
qu’IL vous accorde longue vie et santé.

A ma tendre épouse Ndeye Aissatou Fall BADIANE


Ce travail est le fruit de ta patience, ta tolérance et ton soutien permanent. Je m’excuse pour tous ces
moments d’absence. Reçoit à travers ce travail tout mon amour et mon affection. Que Dieu, le Tout
Puissant, nous accorde un avenir radieux.

A ma fille Souadou Abdou BADIANE


Mon adorable ange, mon rayon de soleil, je te dédie ce modeste travail en implorant DIEU le tout
puissant de te protéger. Puisse ce travail te servir de référence dans la vie de tous les jours.

A mes frères et sœurs : Lamine, Babacar, Aliou, Mansour, Aissatou et Oumane


Vous avez été d’un soutien inestimable. Je vous suis reconnaissant pour les encouragements, les
sacrifices, le soutien matériels et financiers et l’amour que vous avez toujours manifesté à mon égard.
SIGLES ET ABREVIATIONS
ACP Analyse en composantes principales
ACRA Association de Coopération Rurale en Afrique et en Amérique latine
ADN Acide désoxyribonucléique
AGP Alpha-1 Acide Glycoprotéine
AGR Activité Génératrice de Revenus
AIEA Agence Internationale de l’Energie Atomique
ANIDA Agence Nationale d’Insertion et de Développement Agricole
ANJE Alimentation du nourrisson et du jeune enfant
ANOVA Analyse de variance à un facteur
ANSD Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie
ARD Agence Régionale de Développement
ASN Agriculture Sensible à la Nutrition
BCG vaccin Bilié de Calmette et Guérin
BOND Biomarkers of Nutrition for Development
BRINDA Biomarkers Reflecting Inflammation and Nutrition Determinants of Anemia
CEP Champs écoles de producteurs
CI Contrôle Interne
CLD Comité Local de Développement
CLM Cellule de Lutte contre la Malnutrition
CNERS Comité national d’éthique pour la recherche et la santé
COSFAM Comité sénégalais pour la fortification des aliments en micronutriments
CPN Consultation prénatale
CPON Consultation postnatale
CPP Cadre de programmes pays
CRP Protéine C-Réactive
CRPSSI Centre de recherche sur les politiques et les systèmes de santé internationale
D2O Oxyde de Deutérium
DAN Division de l’alimentation et de la nutrition
DEE Dysfonctionnement entérique environnementale
DID Dilution au deutérium
DOL Degree of liking
DPRS Direction de la planification de la recherche et des statistiques
ECT Eau corporelle totale
EDS Enquête démographique et de santé
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FCFA Franc de la Communauté financière africaine
FH Facteur d’hydratation
FPN Faible poids de naissance
FST Faculté des Sciences et Techniques
FTIR Spectromètre infrarouge à transformée de Fourier
GIE Groupement d’Intérêt Economique
Hb Hémoglobine
HPLC Chromatographie liquide haute performance
IA Indice d’acceptabilité
IC Intervalle de confiance
ICRISAT International crops research institute for the semi-arid tropics
IFPRI Institut international de recherche sur les politiques alimentaires
IMC Indice de masse corporelle
IMG Indices de masse grasse
IMM Indices de masse maigre
IPDSR Institut de formation et de recherche en population, développement et santé de la reproduction
IRA Infection respiratoire aiguë
ISO Organisation internationale de normalisation
ISRA Institut sénégalais de recherches agricoles
IZiNCG International zinc consultative group
LARTES Laboratoire de recherche sur les transformations économiques et sociales
LQAS Lot quality assurance sampling
M ± ET Moyenne ± Ecart-type
MAER Ministère de l’agriculture et de l’équipement rural
MAS Malnutrition aiguë sévère
MDA Diversité alimentaire minimale
MG Masse grasse
%MG Pourcentage de masse grasse
MI Micronutrient initiative
MM Masse maigre
MNTs Maladies non transmissible
MRC-HNR Medical Research Council - Human Nutrition Research
MSAS Ministère de la Santé et de l’Action Sociale
ODD Objectifs de Développement Durable
OMS Organisation Mondiale de la Santé
ONG Organisation non-gouvernementale
Projet de Renforcement de la Résilience à la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle Récurrente au
P2RS
Sahel
PADAER Programme d’Appui au Développement Agricole et à l’Entreprenariat Rural
PADEN Programme d’Aménagement et de Développement Economique des Niayes
PAFA Programme d’Appui aux Filières Agricoles
PAM Programme alimentaire mondial
PAPSEN Programme d’Appui au Programme National d’Investissement de l’Agriculture au Sénégal
PASA
Projet d’Appui à Sécurité Alimentaire dans les Régions de Louga, Matam et Kaffrine
Lou-Ma-Kaf
PB Périmètre brachial
PCIME Prise en charge intégrée des maladies de l’enfant
PDCO Patate Douce à Chair Orangée
PNDN Politique Nationale de Développement de la Nutrition
PRD Projet de Recherche pour le Développement
PSE Plan Sénégal Emergent
PSMN Plan Stratégique Multisectoriel de la Nutrition
PTZ Poids-pour-taille en z-score
RCIU Retard de croissance intra-utérin
RE Rétinol Equivalent
S&E Suivi-évaluation
SDAF Score de Diversité Alimentaire de la Femme en âge de procréer
SECNSA Secrétariat Exécutif du Conseil National de Sécurité Alimentaire
SMART Standardized Monitoring and Assessment of Relief and transitions
SPC Suivi Promotion de la Croissance
SPRING Strengthening Partnerships, Results, and Innovations in Nutrition Globally
SVA Supplémentation en Vitamine A
TAZ Taille-pour-âge en z-score
TDCI Troubles Dus à la Carence en Iode
UCAD Université Cheikh Anta Diop
ULB Université Libre de Bruxelles
UNICEF Fonds des Nations unies pour l’enfance
USAID Agence des Etats-Unis pour le développement international
VA Vitamine A
VD Volume de dilution
WASH Water, Sanitation and Hygiene
WHO World Health Organisation
PRESENTATION DE LA THESE
Notre travail comprend cinq parties :
- La première est une revue bibliographique de la littérature scientifique sur l’agriculture
sensible à la nutrition (définition et historiques, composantes, programmes d’agriculture
sensible à la nutrition mis en œuvre au Sénégal, suivi & évaluation des projets d’agriculture
sensible à la nutrition) ;

- La seconde porte sur la malnutrition au cours des 1000 premiers jours (définition et
importance, causes conséquences, stratégie de lutte et de prévention) ;

- La troisième est consacrée à la mise en place du projet d’agriculture sensible à la nutrition à


Kaffrine avec ses différentes composantes, à la justification du choix des cultures et au test
sensoriel et d’acceptabilité de la patate douce à chair orangée ;

- La quatrième partie porte sur la mesure du statut de base des couples mère-enfant en
particulier sur le statut sociodémographiques, l’alimentation, la santé, l’état nutritionnel
(anthropométrie et composition corporelle) et le statut en fer et en vitamine A ;

- La cinquième est consacrée à l’évaluation d’impact de l’agriculture sensible à la nutrition sur


l’état de santé, l’alimentation et l’état nutritionnel des couples mère-enfant.

A la suite de ces différentes parties, nous présentons une conclusion générale du travail et des
recommandations.
VALORISATION DES TRAVAUX DE THESE
Les travaux présentés dans cette thèse ont donné lieu à des publications dans des revues à comité de
lecture avec impact factor et à des communications présentées à des conférences nationales et
internationales de nutrition.

Publications

Article 1 : Badiane A, Sylla PMDD, Diouf A, Tall L, Mbaye MS, Cisse NS, Dossou NI, Wade S,
Donnen P. Sensory evaluation and consumer acceptability of orange-fleshed sweet potato by lactating
women and their children (<2 years old) in Kaffrine, Central Groundnut Basin, Senegal. African
Journal of Food Science 2018;12(11):288-296.

Article 2 : Badiane A, Diouf A, Sarr M, Dione JMN, Dossou NI, Wade S. Factors associated with
early initiation of breastfeeding and complementary feeding practices in infants and young children in
rural area of Senegal: a cross-sectional study. BMC Pregnancy and Childbirth (en révision)

Article 3 : Badiane A, Diouf A, Cissé NS, Sylla PMDD, Dossou NI, Tall L, Noba K, Sall AS,
Mergeai G, Godin I, Wade S, Donnen P. Impact of nutrition-sensitive agriculture on maternal and
child (6-23 months) malnutrition in Kaffrine rural areas, Senegal: Study protocol and baseline data.
Public Health Nutrition (en révision)

Communications

21st International Congress of Nutrition, IUNS October 15-20 2017, Buenos Aires, Argentina
Badiane A, Dione JMN, Sarr M, Dossou NI, Diouf A, Wade S. Factors associated with early
initiation of breastfeeding and complementary feeding practices in infants and young children in rural
area of Senegal. Ann Nutr Metab 2017;71(suppl 2):1-1433. Poster.

1ère édition des doctoriales du collège des écoles doctorales de l’UCAD, 29 novembre 02 décembre
2016
Badiane A, Diouf A, Sarr M, Dione JM, Dossou NI, Wade S. Pratiques d’allaitement maternel et
d’alimentation complémentaire et facteurs associés chez les enfants âgés de 0-23 mois en milieu rural
sénégalais. Communication orale.

3rd Federation of African Nutrition Societies Congress, FANUS 24th-28th May 2015, Arusha,
Tanzania
Badiane A, Dione JMN, Sarr M, Dossou NI, Diouf A, Wade S. Complementary feeding practices
and nutritional status of 6–23 months children in rural area of Senegal. Poster.
UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR
ECOLE DOCTORALE SCIENCES DE LA VIE, DE LA SANTE ET DE L’ENVIRONNEMENT
FACULTE DES SCIENCES ET TECHNIQUES
THESE DE DOCTORAT
*****************
RESUME
Prénom et Nom de la candidate : Abdou Badiane
Titre de la thèse : Impact de l’agriculture sensible à la nutrition sur la prévention de la malnutrition maternelle et
infantile au cours des 1000 premiers jours de vie à Kaffrine
Jury : Président M. Mouhamadou Guélaye SALL Professeur Titulaire FMPOS-UCAD
Rapporteurs M. Amadou Tidiane GUIRO Professeur Titulaire FST-UCAD
M. Philippe DONNEN Professeur Titulaire ULB-BELGIQUE
Mme Nicole Idohou DOSSOU Maître de Conférences FST-UCAD
Examinateurs M. Kandioura NOBA Professeur Titulaire FST-UCAD
Mme Adama DIOUF Maître Assistante FST-UCAD
Directrice de thèse Mme Salimata WADE Professeur Titulaire FST-UCAD

Soutenue le 29 Janvier 2019 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar


Résumé : L’agriculture sensible à la nutrition (ASN) est une approche durable qui vise à assurer la production
d’aliments à haute valeur nutritionnelle, culturellement adaptés, sains, de qualité, en quantité suffisante et à des prix
abordables pour satisfaire durablement les besoins nutritionnels des populations. L’objectif de notre étude est d’évaluer
l’impact de l’ASN sur la prévention de la malnutrition maternelle et infantile au cours des 1000 premiers jours de vie en
milieu rural à Kaffrine. Une étude d’intervention à base communautaire a été menée dans trois (3) villages bénéficiant
du Programme de Renforcement de la Nutrition de la CLM. Une ferme agricole a été mise en place à Sagna par
l’ANIDA intégrant un poulailler et une culture associée de patate douce à chair orangé (PDCO) et de Moringa oleifera
et d’autres produits horticoles. Sagna ainsi que les villages polarisés dans un rayon de 3 km constituent le « village
d’intervention » et bénéficie des produits de la ferme et d’une nouvelle stratégie de communication/éducation
nutritionnelle. Deux autres villages distants chacun d’au moins de 10 km du village d’intervention constituent les
villages témoins : Malem Hodar (communication/éducation nutritionnelle) et Kathiotte (contrôle). L’étude du statut de
base a été effectuée sur 213 couples mère-enfant à Sagna (n=71), Malem Hodar (n=72) et à Kathiotte (n=70). Les
données socioéconomiques, alimentaires et de santé ont été collectées par questionnaires et l’état nutritionnel évalué par
des mesures anthropométriques, de composition corporelle par dilution isotopique au deutérium et par des mesures
biologiques (statut en fer et vitamine A). L’impact de l’ASN a été évalué entre le village de Sagna et de Kathiotte à 12,
18 et 23 mois.
Les teneurs en β-carotène de la PDCO et des feuilles de Moringa oleifera, mesurées par colorimétrie, peuvent
couvrir entre 14 et 111% des apports en vitamine A des couples mères-enfant de 6 à 23 mois. Le test sensoriel et
d’acceptabilité de la PDCO a été effectué chez 80 couples mère-enfant à Sagna en utilisant l’échelle des 7 points
hédoniques. La PDCO bouillie, frite et en purée ont de bonnes propriétés sensorielles et sont bien appréciées par les
mères et leurs enfants (index d’acceptabilité > 80%). L’étude du statut de base a révélé que 16% des mères ont un
déficit énergétique et 33,3% un excès d’adiposité. Chez les nourrissons (6 à 8 mois), 4,2% présentent une émaciation et
9,9% un retard de croissance. Une association positive et significative a été observée entre le statut nutritionnel de la
mère et celui de l’enfant. La carence marginale en VA et en fer touchent respectivement 27,7% et 37,1% des mères,
alors que chez les nourrissons, 89,3% sont anémiques et 96,9% carencés en fer. Les pratiques d’allaitement et
d’alimentation complémentaire sont inappropriées, marquées par une faible consommation d’aliments d’origine
animale, de fruits et légumes et sont sous l’influence des facteurs socioculturels. Au cours de l’intervention de l’ASN,
le score et la diversité alimentaire ont significativement augmenté à 12, 18 et 23 mois chez les couples mère-enfant de
Sagna par rapport à ceux de Kathiotte. Une masse maigre significativement plus élevée est également observée à 23
mois chez les enfants de Sagna (8,8±1,1 kg) comparés à ceux de Kathiotte (8,4±1,1 kg ; P=0,031). Aucune différence
significative n’est observée sur les indicateurs anthropométriques des mères et des enfants. En conclusion, la PDCO,
cultivée pour la première fois dans la région de Kaffrine, est bien acceptée et appréciée par les mères et les enfants de
6-23 mois. La malnutrition et les maladies infectieuses sont présentes et à un stade précoce et persistent chez les
enfants. L’ASN a eu un impact positif sur l’amélioration de la diversité alimentaire des couples mère-enfant et sur la
composition corporelle des enfants à long terme. Par contre, aucun impact n’a été décelé sur l’émaciation et le retard de
croissance. Une intervention d’ASN plus précoce et plus longue, avec une production animale relativement importante,
devrait être envisagée ainsi qu’une meilleure stratégie de prévention et de contrôle des maladies maternelles et
infantiles en milieu rural.
Mots-clés : Agriculture sensible à la nutrition, malnutrition maternelle et infantile, santé, alimentation, composition
corporelle, milieu rural, Sénégal.
Thesis title: Impact of nutrition-sensitive agriculture on the prevention of maternal and child
malnutrition during the first 1000 days of life of Kaffrine

Abstract:
Nutrition-sensitive agriculture (NSA) is a sustainable approach that seeks to ensure the production of a
variety of affordable, nutritious, culturally appropriate and safe foods in adequate quantity and quality
to meet the dietary requirements of the population. The objective of this study was to evaluate the
impact of ASN on the prevention of maternal and child malnutrition during the first 1000 days of life
in rural Kaffrine. A community-based intervention study was conducted in three (3) villages benefiting
from the nutrition enhancement program of CLM. An agro-pastoral farm was set up in Sagna by
ANIDA, integrating a poultry and associated cultivation of orange-fleshed sweet potato (OFSP) and
Moringa oleifera and other horticultural products. Sagna and surrounding villages constituted the
“intervention village” and benefited from farm products and a new communication/nutritional
education strategy. Two other villages, distant at least 10 km from the intervention village, were used
as control villages: Malem Hodar (communication/nutritional education) and Kathiotte (control). The
baseline study was performed on 213 mother-child pairs selected in Sagna (n = 71), Malem Hodar (n =
72) and Kathiotte (n = 70). Socio-economic, food and health data were collected by questionnaires,
nutritional status was assessed by anthropometry, body composition measured by deuterium dilution
method and biological measurements (iron and vitamin A status). The impact of NSA was assessed
between the village of Sagna and Kathiotte at 12, 18 and 23 months.
β-carotene contains of OFSP and Moringa oleifera leaves produced in the farm, measured by
colorimetry, can cover between 14% and 111% of vitamin A intake of mother-child pairs 6 - 23
months of age. Sensory and acceptability test of OFSP was performed in 80 mother-child pairs in
Sagna using the 7 hedonic points scale. Boiled, fried and mashed OFSP have good sensory properties
and were well appreciated by mothers and their children (acceptability index> 80%). Baseline study
found that 16% of mothers were underweight and 33.3% presented excess body fat. In infants (6 to 8
months), 4.2% was wasting and 9.9% stunted. A positive and significant association was found
between nutritional status of mothers and that of children. Vitamin A insufficiency and iron deficiency
affected respectively 27.7% and 37.1% of mothers, while 89.3% of infants was anemic and 96.9% iron
deficient. Breastfeeding and complementary feeding practices were inappropriate, characterized by
low consumption of animal source foods, fruits and vegetables and were influenced by socio-cultural
factors. During the NSA intervention, dietary diversity score was significantly increased at 12, 18 and
23 months in mother-child pairs in Sagna compared to those of Kathiotte. A significantly higher fat
free mass was also observed in Sagna children at 23 months (8.8 ± 1.1 kg) compared to Kathiotte (8.4
± 1.1 kg, P = 0.031). No significant difference was found in all anthropometric indicators of mothers
and children.
In conclusion, OFSP, cultivated for first time in Kaffrine area, was well accepted and appreciated by
mothers and children aged 6-23 months. Malnutrition and infectious diseases were present in early life
and persist in children. NSA had a positive impact on dietary diversity improvement of mother-child
pairs and on children body composition in long term. No impact was detected on wasting and stunting.
Earlier and longer NSA intervention, with relatively high animal production, should be considered as
well as better strategy for the prevention and control of maternal and child diseases in rural area.
Keywords: Nutrition-sensitive agriculture, maternal and child undernutrition, health, diet, body
composition, rural area, Senegal.
SOMMAIRE

CHAPITRE I : INTRODUCTION GENERALE SUR L’AGRICULTURE SENSIBLE A


LA NUTRITION ----------------------------------------------------------------------------------------- 1
1. DEFINITION ET HISTORIQUE --------------------------------------------------------------- 2
2. COMPOSANTES DE L’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION ---------- 3
2.1. Production alimentaire ------------------------------------------------------------------------------------------- 4
2.1.1. Diversification et intensification durable de la production agricole-------------------- 4
[Link]. Systèmes d’agriculture intégrée --------------------------------------------------- 5
a) Définition et importance ---------------------------------------------------------------------------- 5
b) Systèmes d’agriculture intégrée à grande échelle -------------------------------------------- 5
c) Systèmes d’agriculture intégrée à petite échelle ---------------------------------------------- 8
2.1.2. Elevage et pêche sensible à la nutrition ---------------------------------------------------- 9
[Link]. Elevage ------------------------------------------------------------------------------- 9
a) Volaille --------------------------------------------------------------------------------------------------- 9
b) Petits ruminants ------------------------------------------------------------------------------------- 10
c) Grands ruminants ----------------------------------------------------------------------------------- 10
[Link]. Pêche -------------------------------------------------------------------------------- 11
2.1.3. Biofortification ------------------------------------------------------------------------------ 11
2.2. Gestion des produits de la récolte --------------------------------------------------------------------------- 12
2.2.1. Pratiques de gestion après les récoltes --------------------------------------------------- 12
[Link]. Stockage ---------------------------------------------------------------------------- 13
[Link]. Transformation -------------------------------------------------------------------- 13
2.2.2. Fortification ou enrichissement des aliments -------------------------------------------- 14
2.3. Accès au marché et commercialisation des aliments --------------------------------------------------- 15
2.3.1. Accès au marché ---------------------------------------------------------------------------- 15
2.3.2. Commercialisation des aliments ---------------------------------------------------------- 15
2.4. Demande des consommateurs, préparation des aliments et préférences alimentaires ------- 16
2.4.1. Communication-éducation nutritionnelle ------------------------------------------------ 16
2.4.2. Protection sociale sensible à la nutrition ------------------------------------------------- 17
2.5. Autonomisation des femmes --------------------------------------------------------------------------------- 18
3. PROGRAMMES D’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION MIS EN
ŒUVRE AU SENEGAL------------------------------------------------------------------------------ 19
3.1. Initiative nationale ---------------------------------------------------------------------------------------------- 20
3.2. Initiatives des organisations non-gouvernementales --------------------------------------------------- 21
3.2.1. USAID/Yaajeende -------------------------------------------------------------------------- 21
3.2.2. USAID/SPRING (Strengthening Partnerships, Results, and Innovations in Nutrition
Globally) --------------------------------------------------------------------------------------------- 22
3.2.3. Programme Alimentaire Mondiale (PAM) ---------------------------------------------- 23
3.2.4. Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) ------ 23
[Link]. Alimentation et nutrition scolaire ----------------------------------------------- 23
[Link]. Education nutritionnelle aux producteurs ------------------------------------- 24
[Link]. Diversification alimentaire et autonomisation des femmes ------------------ 24
4. SUIVI ET EVALUATION DES PROJETS D’AGRICULTURE SENSIBLE A LA
NUTRITION -------------------------------------------------------------------------------------------- 24
CHAPITRE II : MALNUTRITION AU COURS DES 1000 PREMIERS JOURS DE
VIE -------------------------------------------------------------------------------------------------------- 28
1. DEFINITION ET IMPORTANCE DES 1000 PREMIERS JOURS. ……………….29
2. MALNUTRITION AU COURS DES 1000 PREMIERS JOURS ----------------------- 30
2.1. Bref rappel sur la malnutrition au cours des 1000 premiers jours de vie -------------------------- 30
2.1.1. Malnutrition maternelle -------------------------------------------------------------------- 30
[Link]. Carence ou déficit énergétique -------------------------------------------------- 30
[Link]. Petite taille de la mère ------------------------------------------------------------ 31
[Link]. Surpoids/obésité de la mère ------------------------------------------------------ 32
2.1.2. Malnutrition fœtale ------------------------------------------------------------------------- 33
[Link]. Retard de développement intra-utérin ------------------------------------------ 33
[Link]. Faible poids de naissance -------------------------------------------------------- 34
2.1.3. Malnutrition infantile ----------------------------------------------------------------------- 35
[Link]. Emaciation ou malnutrition aiguë ---------------------------------------------- 35
[Link]. Retard de croissance -------------------------------------------------------------- 37
[Link]. Surpoids/obésité ------------------------------------------------------------------- 40
2.1.4. Carences en micronutriments -------------------------------------------------------------- 41
[Link]. Carence en fer --------------------------------------------------------------------- 41
[Link]. Carence en vitamine A ------------------------------------------------------------ 42
[Link]. Carence en zinc -------------------------------------------------------------------- 43
[Link]. Carence en acide folique --------------------------------------------------------- 44
[Link]. Carence en iode ------------------------------------------------------------------- 45
3. CAUSES DE LA MALNUTRITION PAR CARENCE ----------------------------------- 46
3.1. Causes immédiates de la malnutrition --------------------------------------------------------------------- 47
3.1.1. Inadéquation de la ration alimentaire ----------------------------------------------------- 47
3.1.2. Maladie --------------------------------------------------------------------------------------- 49
3.2. Causes intermédiaires ou sous-jacentes ------------------------------------------------------------------- 49
3.2.1. Insécurité alimentaire ----------------------------------------------------------------------- 50
3.2.2. Inadéquation des pratiques alimentaires et sanitaires ---------------------------------- 50
3.2.3. Manque d’accès à l’eau et à un environnement salubre ------------------------------- 52
3.3. Causes fondamentales ----------------------------------------------------------------------------------------- 52
3.3.1. Causes politiques et économiques -------------------------------------------------------- 52
3.3.2. Causes socioculturelles --------------------------------------------------------------------- 53
3.3.3. Conflits --------------------------------------------------------------------------------------- 53
3.3.4. Changements climatiques ------------------------------------------------------------------ 54
4. STRATEGIES DE PREVENTION DE LA MALNUTRITION AU SENEGAL ---- 54
4.1. Interventions spécifiques à la nutrition -------------------------------------------------------------------- 55
4.2. Interventions sensibles à la nutrition ----------------------------------------------------------------------- 55
5. PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE ----------------------------------------------- 56
6. OBJECTIFS DE L’ETUDE -------------------------------------------------------------------- 57
6.1. Objectif général -------------------------------------------------------------------------------------------------- 57
6.2. Objectifs spécifiques -------------------------------------------------------------------------------------------- 57
CHAPITRE III : MISE EN PLACE DE L’AGRICULTURE SENSIBLE A LA
NUTRITION A KAFFRINE------------------------------------------------------------------------- 58
1. PROJET PRD : OBJECTIFS, COMPOSANTES ET RESULTATS ATTENDUS...59
1.1. Objectifs------------------------------------------------------------------------------------------------------------ 59
1.2. Composantes ----------------------------------------------------------------------------------------------------- 59
1.2.1. Création de la plateforme multidisciplinaire de recherche ---------------------------- 59
1.2.2. Choix du village d’implantation de la ferme agricole ---------------------------------- 60
1.2.3. Sélection des membres du groupement de producteurs de la ferme------------------ 60
1.2.4. Organisation et formation des membres du groupement de producteurs ------------ 61
1.2.5. Aménagement de la ferme agricole ------------------------------------------------------- 61
1.2.6. Production agricole dans la ferme -------------------------------------------------------- 62
1.2.7. Communication/éducation nutrition pour le changement de comportement -------- 62
1.3. Résultats attendus du PRD ------------------------------------------------------------------------------------ 63
2. JUSTIFICATIFS DU CHOIX DES CULTURES PDCO ET MORINGA
OLEFEIRA ---------------------------------------------------------------------------------------------- 63
2.1. Choix des cultures ----------------------------------------------------------------------------------------------- 63
2.2. Teneur en bêta-carotène et apports en vitamine A de la PDCO et du Moringa oleifera ------- 64
2.2.1. Méthodes ------------------------------------------------------------------------------------- 64
2.2.2. Résultats -------------------------------------------------------------------------------------- 65
3. TEST SENSORIEL ET D’ACCEPTABILITE DE LA CONSOMMATION DE
PATATE DOUCE A CHAIR ORANGEE CHEZ LES COUPLES MERE-ENFANT -- 66
3.1. Objectifs------------------------------------------------------------------------------------------------------------ 66
3.2. Matériel et méthodes ------------------------------------------------------------------------------------------ 67
3.2.1. Sujets de l’étude ----------------------------------------------------------------------------- 67
3.2.2. Taille de l’échantillon ---------------------------------------------------------------------- 67
3.2.3. Profil des participants----------------------------------------------------------------------- 67
3.2.4. Préparations de la PDCO------------------------------------------------------------------- 67
3.2.5. Test sensoriel -------------------------------------------------------------------------------- 68
3.2.6. Test d’acceptabilité ------------------------------------------------------------------------- 69
3.3. Analyses statistiques -------------------------------------------------------------------------------------------- 70
3.4. Résultats ----------------------------------------------------------------------------------------------------------- 70
3.4.1. Caractéristiques des couples mère-enfant------------------------------------------------ 70
3.4.2. Attitudes des couples mère-enfant vis-à-vis de la PDCO------------------------------ 70
3.4.3. Test sensoriel des différents types de préparations de la PDCO ---------------------- 72
3.4.4. Consommation de la PDCO, durée d’alimentation et vélocité de la prise alimentaire
par type de préparation ----------------------------------------------------------------------------- 74
3.4.5. Acceptabilité des différentes préparations de la PDCO -------------------------------- 74
3.5. Discussion --------------------------------------------------------------------------------------------------------- 76
CHAPITRE IV : STATUT DE BASE DES COUPLES MERE-ENFANT ----------------- 79
1. METHODOLOGIE……………………………………………………………………..80
1.1. Cadre de l’étude ------------------------------------------------------------------------------------------------- 80
1.2. Choix des villages témoins ------------------------------------------------------------------------------------- 80
1.3. Ethique ------------------------------------------------------------------------------------------------------------- 81
1.4. Réunions de sensibilisation des autorités administratives et sanitaires --------------------------- 81
1.5. Taille d’échantillon et sélection des couples mère-enfant -------------------------------------------- 82
1.6. Collecte des données ------------------------------------------------------------------------------------------- 82
1.6.1. Collecte des données par questionnaire -------------------------------------------------- 82
[Link]. Alimentation des couples mère-enfant ------------------------------------------ 83
[Link]. Santé et morbidité ----------------------------------------------------------------- 84
1.6.2. Evaluation de l’état nutritionnel des couples mère-enfant ----------------------------- 84
[Link]. Mesures anthropométriques ----------------------------------------------------- 84
[Link].1. Poids ------------------------------------------------------------------------------------------- 84
[Link].2. Taille ------------------------------------------------------------------------------------------- 85
[Link].3. Calcul et expression des indices anthropométriques ----------------------------- 85
[Link]. Mesure de la composition corporelle ------------------------------------------- 86
[Link].1. Principe --------------------------------------------------------------------------------------- 86
[Link].2. Préparation et administration des doses de deutérium -------------------------- 87
[Link].3. Collecte des échantillons de salive ----------------------------------------------------- 87
[Link].4. Mesure de l’enrichissement des échantillons de salive en deutérium -------- 88
[Link].5. Détermination de la composition corporelle des couples mère-enfant ------ 90
[Link].6. Seuils de classification du niveau d’adiposité selon pourcentage de masse
grasse 91
[Link]. Prélèvement sanguin et dosages biologiques ---------------------------------- 91
[Link].1. Prélèvements sanguins et conservation des échantillons ------------------------ 91
[Link].2. Mesure du taux d’hémoglobine -------------------------------------------------------- 92
[Link].3. Dosage de la ferritine plasmatique ---------------------------------------------------- 93
[Link].4. Dosage du rétinol plasmatique --------------------------------------------------------- 94
[Link].5. Dosage de la Protéine C-Réactive (CRP) et de l’alpha-1-Acide Glycoprotéine
(AGP) 95
[Link].6. Définition des carences et des infections et/ou inflammation------------------ 97
2. GESTION, SAISIE, CONTROLE DE QUALITE DES DONNEES ET ANALYSES
STATISTIQUES --------------------------------------------------------------------------------------- 97
3. RESULTATS -------------------------------------------------------------------------------------- 98
3.1. Caractéristiques sociodémographiques de base des couples mère-enfant ----------------------- 98
3.2. Etat physiologique, soins de santé et état sanitaire des couples mère-enfant ------------------ 100
3.3. Alimentation ----------------------------------------------------------------------------------------------------- 102
3.4. Anthropométrie et composition corporelle -------------------------------------------------------------- 103
3.5. Statut biologique et infectieux ------------------------------------------------------------------------------ 106
3.6. Corrélations entre le statut nutritionnel de la mère et de l’enfant -------------------------------- 108
3.7. Déterminants de l’état nutritionnel des mères --------------------------------------------------------- 108
3.8. Déterminants de l’état nutritionnel des nourrissons -------------------------------------------------- 111
4. DISCUSSION ------------------------------------------------------------------------------------- 114
CHAPITRE V : IMPACT DE L’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION SUR
L’ETAT DE SANTE, L’ALIMENTATION, L’ANTHROPOMETRIE ET LA
COMPOSITION CORPORELLE DES MERES ET DE LEURS ENFANTS A 12, 18 ET
23 MOIS------------------------------------------------------------------------------------------------- 118
1. RAPPEL METHODOLOGIQUE ……………...…………………………………….119
2. RESULTATS ------------------------------------------------------------------------------------- 119
2.1. Etat de santé des couples mère-enfant ------------------------------------------------------------------- 119
2.2. Alimentation des couples mère-enfant ------------------------------------------------------------------- 121
2.3. Evolution de l’alimentation des couples mère-enfant au cours du suivi -------------------------- 123
2.3.1. Consommation alimentaire des mères--------------------------------------------------- 123
2.3.2. Diversité alimentaires des mères au cours du suivi------------------------------------ 125
2.4. Evolution de l’alimentation des enfants au cours du suivi ------------------------------------------- 127
2.4.1. Consommation alimentaire des enfants ------------------------------------------------- 127
2.4.2. Diversité alimentaire des enfants à Sagna et Kathiotte au cours du suivi ---------- 129
2.5. État nutritionnel des couples mère-enfant --------------------------------------------------------------- 131
2.5.1. Anthropométrie ----------------------------------------------------------------------------- 131
[Link]. Evolution des indicateurs anthropométriques des mères ------------------- 133
[Link]. Evolution des indicateurs anthropométriques des enfants ------------------ 134
2.5.2. Composition corporelle des couples mère-enfant ------------------------------------- 135
3. DISCUSSION ------------------------------------------------------------------------------------- 137
CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS -------------------------------- 142
1. CONCLUSION GENERALE…………………………………………………………143
2. RECOMMANDATIONS ET PERSPECTIVES ------------------------------------------ 144
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES -------------------------------------------------------- 146
ANNEXES ---------------------------------------------------------------------------------------------- 173
PUBLICATIONS ISSUES DE LA THESE ------------------------------------------------------ 174
COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES ------------------------------------------------------- 175
CURRICULUM VITAE ----------------------------------------------------------------------------- 176
LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Passerelles reliant l’agriculture et la nutrition (Gillespie et al., 2012) ...................... 3


Figure 2 : Système intégré agriculture-élevage (Lavigne, 2005) ............................................... 7
Figure 3 : Schéma conceptuel de la relation entre l’agriculture familiale et les potentiels
résultats nutritionnels et sanitaires (Girard et al., 2012) ............................................................ 9
Figure 4 : Période des 1000 premiers jours de la vie ............................................................... 29
Figure 5 : Cycle intergénérationnel de la malnutrition (WFP, 2012)....................................... 32
Figure 6 : Période de la grossesse ............................................................................................ 33
Figure 7 : Programmation fœtale selon l’hypothèse de Barker (Tomar et al., 2015)............... 34
Figure 8 : Prévalence de l’émaciation chez les enfants de moins de 5 ans à travers le monde
(UNICEF/WHO/World Bank, 2018). ...................................................................................... 37
Figure 9 : Période d’apparition du retard de croissance (Victora et al., 2010) ........................ 38
Figure 10 : Prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans à travers le
monde (UNICEF/WHO/World Bank, 2018) ........................................................................... 39
Figure 11 : Prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans au Sénégal
(ANSD, 2018) .......................................................................................................................... 40
Figure 12 : Cadre conceptuel de la malnutrition (Unicef, 2013) ............................................. 47
Figure 13 : Différentes formes de préparations de la PDCO ................................................... 68
Figure 14 : Echelle des 7 points hédoniques (Tomlin et al., 2007) .......................................... 69
Figure 15 : Diagramme ACP des attraits sensoriels de la PDCO bouillie et frite chez les mères
.................................................................................................................................................. 73
Figure 16 : Diagramme ACP des attraits sensoriels de la PDCO bouillie et en purée chez les
enfants ...................................................................................................................................... 73
Figure 17 : Situation géographique des villages d’intervention et témoins (ANIDA, 2015)... 81
Figure 18 : Spectromètre Infrarouge à Transformée de Fourier .............................................. 88
Figure 18 : Evolution du profil alimentaire des mères à Sagna ............................................. 124
Figure 19 : Evolution du profil alimentaire des mères à Kathiotte ........................................ 124
Figure 20 : Evolution du profil alimentaire des enfants à Sagna ........................................... 128
Figure 21 : Evolution du profil alimentaire des enfants à Kathiotte ...................................... 128
LISTE DES TABLEUX

Tableau 1 : Composantes et interventions de l’agriculture sensible à la nutrition ..................... 4


Tableau 2 : Liste détaillée des indicateurs existants pour des interventions sensibles à la
nutrition .................................................................................................................................... 27
Tableau 3 : Teneur en caroténoïdes totaux et en b-carotène et apport en vitamine A de la
PDCO et des feuilles de Moringa oleifera ............................................................................... 65
Tableau 4 : Attitudes des couples mère-enfant vis-à-vis de la PDCO ..................................... 70
Tableau 5 : Consommation des différents types de préparation de la PDCO, durée
d’alimentation et vélocité de la prise alimentaire des couples mère-enfant ............................. 74
Tableau 6 : Scores d’acceptabilité et degré d’appréciation des couples mère-enfant selon le
type de préparation de la PDCO ............................................................................................... 75
Tableau 7 : Classification de l’état nutritionnel des mères ...................................................... 86
Tableau 9 : Caractéristiques sociodémographiques de base des couples mère-enfant............. 99
Tableau 10 : Etat physiologique, soins de santé et état sanitaire des couples mère-enfant.... 101
Tableau 11 : Alimentation des couples mère-enfant .............................................................. 103
Tableau 12 : Anthropométrie et composition corporelle des couples mère-enfant................ 105
Tableau 13 : Statut biologique et infectieux des couples mère-enfant ................................... 107
Tableau14 : Corrélation entre le statut nutritionnel de la mère et de l’enfant ........................ 108
Tableau 15 : Analyse bivariée entre l’état nutritionnel et les caractéristiques
sociodémographiques, sanitaires et alimentaires des mères................................................... 110
Tableau 16 : Régression multiple entre l’état nutritionnel et les variables indépendantes chez
les mères ................................................................................................................................. 111
Tableau 17 : Analyse bivariée entre l’état nutritionnel et les caractéristiques sanitaires et
alimentaires des nourrissons................................................................................................... 112
Tableau 18 : Régression multiple entre l’état nutritionnel et les variables indépendantes chez
les nourrissons ........................................................................................................................ 113
Tableau 19 : Etat de santé des couples mère-enfant à Sagna (Int) et Kathiotte (Cont) au cours
du suivi ................................................................................................................................... 120
Tableau 20 : Alimentation des couples mère-enfant à Sagna (Int) et Kathiotte (Cont) au cours
du suivi ................................................................................................................................... 122
Tableau 21 : Evolution de la diversité alimentaire des mères à Sagna et à Kathiotte au cours
du suivi ................................................................................................................................... 126
Tableau 22 : Evolution de l’alimentation des enfants à Sagna et à Kathiotte au cours du suivi
................................................................................................................................................ 130
Tableau 23 : Anthropométrie des couples mère-enfant à Sagna (Int) et Kathiotte (Cont) au
cours du suivi ......................................................................................................................... 132
Tableau 24 : Evolution des indicateurs anthropométriques des mères à Sagna et à Kathiotte
................................................................................................................................................ 133
Tableau 25 : Evolution des indicateurs anthropométriques des enfants à Sagna et à Kathiotte
................................................................................................................................................ 135
Tableau 26 : Composition corporelle des couples mère-enfant à Sagna (Int) et à Kathiotte
(Cont) ..................................................................................................................................... 136
CHAPITRE I
INTRODUCTION GENERALE SUR L’AGRICULTURE
SENSIBLE A LA NUTRITION
2. DEFINITION ET HISTORIQUE

L’agriculture sensible à la nutrition (ASN) est définie par la FAO comme étant une approche
qui vise à assurer la production d’aliments à haute valeur nutritionnelle, culturellement
adaptés, sains, de qualité, en quantité suffisante et à des prix abordables pour satisfaire
durablement les besoins alimentaires des populations (FAO, 2018). C’est une stratégie basée
sur la communauté qui s’attaque principalement aux causes sous-jacentes de la malnutrition
(Black et al., 2013). Son objectif principal est de contribuer à l’amélioration de la nutrition et
de la santé, à travers la production d’aliments riches en nutriments, la sécurité alimentaire des
ménages, la génération de revenus et l’autonomisation des femmes pour faciliter l’accès aux
services de santé et l’application de technologies permettant d’alléger la charge de travail
(FAO, 2018). En raison de son fort potentiel à améliorer la nutrition, l’ASN a l’avantage
d’être économiquement réalisable et culturellement acceptable, par rapport aux autres
stratégies classiques (FAO, 2014). Depuis l’avènement du concept de l’ASN, plusieurs cadres
conceptuels ont été proposés avec des voies clés sur la manière dont l’agriculture pourrait
contribuer à une meilleure nutrition (Ruel et al., 2013; Herforth & Harris, 2014; Kadiyala et
al., 2014 ; Olney et al., 2016). La plupart de ces cadres conceptuels s’inspirent à la fois du
modèle causal de la malnutrition de l’Unicef et des représentations micro et macro-
économiques des liens entre la production agricole, le travail, les dépenses et la
consommation alimentaire des ménages et des individus. Ainsi, pour mieux appréhender cette
relation de causalité, l’analyse des passerelles (pathways) avec les sept points d’entrée (Figure
1) développée par l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (IFPRI)
permet d’identifier le lien entre l’agriculture et la nutrition (Gillespie et al., 2012). Ces
passerelles portent sur i) la production agricole pour la consommation alimentaire, ii) la
génération de revenus par la vente de la production pour l’achat de nourriture, iii) la
génération de revenus par la vente de la production pour l’accès à des soins de santé, iv) le
contrôle des prix des denrées alimentaires pour l’achat de nourriture, v) l’utilisation du temps
des femmes pour les soins des enfants, vi) l’impact de la charge de travail des femmes sur
leurs dépenses énergétiques et sur leur état nutritionnel et celui de leurs enfants, et vii) le
contrôle des femmes sur les revenus.
Malgré ces propositions, les dernières revues systématiques ayant évalué les interventions
d’ASN révèlent de sérieuses limites méthodologiques qui ne permettent pas de savoir avec
certitude si ces interventions peuvent impacter sur les indicateurs nutritionnels. Les
principales limites portent essentiellement sur les modèles d’intervention, les indicateurs de
suivi-évaluation, les tailles d’échantillon, la courte durée d’intervention et le groupe d’âge
ciblé (Olney et al., 2016 ; Ruel et al., 2017).

Figure 1 : Passerelles reliant l’agriculture et la nutrition (Gillespie et al., 2012)

3. COMPOSANTES DE L’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION

Pour s’attaquer de manière efficace aux causes de la malnutrition, la FAO a classé les
interventions de l’ASN autour de cinq composantes principales avec souvent des interventions
transversales qui prennent en compte plus d’une composante (FAO, 2018). Ces composantes
ainsi que leurs interventions respectives sont présentées dans le Tableau 1. Dans le cadre de
ce travail, nous n’allons pas aborder toutes les interventions présentées dans le tableau 1 car
certaines n’ont pas été testées au cours de notre étude.
Tableau 1 : Composantes et interventions de l’agriculture sensible à la nutrition

COMPOSANTES INTERVENTIONS
Diversification et intensification durable de la production agricole
Élevage et pêche sensibles à la nutrition
Production alimentaire Biofortification
Biodiversité, alimentation et nutrition
Agriculture urbaine et périurbaine
Pratiques de gestion après récolte, de stockage et de
Gestion après-récolte, stockage transformation sensibles à la nutrition
et transformation des aliments
Fortification des aliments
Commerce et nutrition
Marketing des aliments et pratiques publicitaires
Commerce et marketing des
aliments Politiques de contrôle des prix des aliments pour promouvoir une
alimentation saine
Étiquetage des denrées alimentaires
Éducation nutritionnelle et communication axée sur le changement
de comportement
Demande des consommateurs, Création de revenus et nutrition
préparation des aliments et Protection sociale sensible à la nutrition
préférences alimentaires
Alimentation scolaire et nutrition
Assistance alimentaire humanitaire sensible à la nutrition
Chaînes de valeur sensibles à la nutrition
Autonomisation des femmes et égalité des sexes
Questions transversales
Pertes et gaspillages alimentaires: prévention, réduction et gestion
Qualité, sécurité sanitaire et hygiène des aliments

2.1. Production alimentaire

2.1.1. Diversification et intensification durable de la production agricole

Selon les dernières estimations de l’IFPRI, environ 815 millions de personnes sont sous-
alimentées dans le monde, soit 11% de la population (IFPRI, 2017). Les pays d’Afrique et
d’Asie restent parmi les plus affectés par ce fléau (UNICEF/WHO/World Bank Group, 2017).
L’une des principales causes de ce problème serait la difficulté des pays pauvres à mettre en
place des systèmes alimentaires durables qui produisent suffisamment d’aliments nutritifs afin
d’assurer une alimentation saine à leur population. Grâce à la diversification et à
l’intensification durable de la production alimentaire, il est possible d’améliorer la
disponibilité, l’accessibilité, la stabilité et la consommation d’aliments variés tout en
augmentant la résilience face au changement climatique et en renforçant la durabilité des
écosystèmes. Au niveau des exploitations, la diversification peut constituer une stratégie
d’adaptation saisonnière dans les contextes où les niveaux de revenus et la disponibilité des
aliments nutritifs varient selon les cycles annuels de culture (Herrero et al., 2012 ; Moraine et
al., 2014 ; Asante et al., 2017), alors que l’intensification permet quant à elle d’améliorer
simultanément la productivité et la durabilité environnementale (FAO, 2018). L’application
des principes de diversification et d’intensification durable de la production reposent sur la
mise en place de systèmes d’agriculture intégrée.

[Link]. Systèmes d’agriculture intégrée

a) Définition et importance

Les systèmes agricoles intégrés sont définis comme une stratégie durable de diversification et
d’intensification agricole visant à accroitre la production et la consommation de denrées
alimentaires diverses grâce à une combinaison de cultures ou d’activités agricoles
(horticulture, arboriculture, élevage, pêche) au sein d’une même unité de production sans
dégrader la base des ressources naturelles et la qualité environnementale (Moraine et al.,
2014 ; Asante et al., 2017). Ils ont des effets sur l’amélioration de la productivité des terres et
de l’efficacité de l’utilisation de l’eau mais aussi sur l’augmentation des revenus des petits
agriculteurs disposant de ressources limitées. Selon le niveau d’intervention, les systèmes
d’agriculture intégrée peuvent être appliqués à grande échelle ou à petite échelle.

b) Systèmes d’agriculture intégrée à grande échelle

Les systèmes agricoles intégrés à grande échelle constituent une unité économique et de
production dans laquelle plusieurs agriculteurs ou éleveurs produisent divers types de cultures
ou d’animaux en tant que société commune (FAO, 2018). Ces systèmes sont généralement
installés sous forme de fermes ou de jardins communautaires avec une superficie supérieure
ou égale à 1 hectare. Dans la communauté, les fermes intégrées peuvent être une association
de jardins potagers ou de lots agricoles individuels (Brown et al., 2014). L’intérêt de la mise
en place de fermes agricoles ou de jardins communautaires réside dans leur capacité à
développer plusieurs activités agricoles (horticulture, arboriculture, élevage, pêche) au sein
d’une même unité de production et d’augmenter les rendements sans dégrader la base des
ressources naturelles et la qualité environnementale (FAO, 2018). Selon le type de cultures ou
de productions, on peut avoir des fermes communautaires intégrées avec des associations de
cultures (légumes-fruits-céréales-légumineuses) ou de systèmes intégrés (agriculture-
pisciculture ; agriculture-élevage ; agriculture-élevage-pisciculture).

ü Cultures associées ou diversifications de la culture

Pratiquer des cultures associées signifie planter plusieurs espèces végétales à la fois au sein
d’une même unité de production sous la forme de rotations et/ou de cultures intercalaires.
Couramment pratiquée dans les pays du Sahel, l’association de cultures a des effets
bénéfiques sur le rendement et les systèmes de cultures surtout dans les régions où la
pluviométrie est déficitaire (Di Falco & Chavas, 2009). Une récente revue systématique ayant
évalué l’impact de différents types de diversification de cultures en Afrique a montré que les
cultures associées ont un effet positif sur la production alimentaire des ménages agricoles en
particulier ceux situés dans les régions où la pluviométrie est déficitaire (Waha et al., 2018).
D’autres ont trouvé un impact positif et significatif de la diversification des cultures, rotation
maïs-légumineuses et association fruits-légumes-arachides, sur les indicateurs de sécurité
alimentaire et de nutrition respectivement chez les petits exploitants agricoles en Zambie
(Makate et al., 2016) et au Mali.

ü Systèmes intégrés agriculture-pisciculture

Ce système est fréquent dans les pays d’Asie, notamment en Asie pacifique où le système
intégré riziculture-pisciculture, avec l’adoption de technologies innovantes pour un plus grand
choix d’espèces de poissons et de variétés de riz, a permis aux communautés rurales et
autochtones de relever les défis de la réduction de la pauvreté et l’amélioration de la sécurité
alimentaire et nutritionnelle (Frei & Becker, 2005 ; Islam et al., 2015). Différentes recherches
expérimentales et empiriques dans de nombreuses régions d’Asie et d’Afrique ont montré le
potentiel de ce système intégré en termes d’augmentation de la productivité, de rentabilité
financière et de bénéfice environnemental et écologique (Ahmed & Garnett, 2011; Ahmed et
al., 2011; Islam et al., 2015). Toutefois, à notre connaissance, aucune étude d’impact de ce
système sur l’état nutritionnel des populations n’a été effectuée.

ü Systèmes intégrés agriculture-élevage


Dans le cadre des systèmes d’agriculture intégrée culture-élevage, la caractéristique la plus
visible est la synergie entre les cultures et le bétail (Figure 2). En effet, les cultures produites
dans les fermes (herbes, fourrages, résidus de récolte) peuvent servir de nourriture pour les
animaux. En retour, l’élevage peut fournir des produits (viande, œufs, lait) destinés à la
consommation domestique et à la vente, et les animaux peuvent également être utilisés
comme force de traction dans les travaux agricoles et leurs excréments (ou déchets) comme
engrais pour améliorer la fertilité du sol dans les champs cultivés (Sarangi, 2014). Une revue
systématique récente menée en Ethiopie sur les systèmes de production mixtes a montré que
l’intégration cultures de céréales et élevage de petits ruminants (chèvres, moutons) était
l’initiative la plus rentable qui contribuait aux moyens de subsistance et à la sécurité
alimentaire des ménages (Mekuria1 & Mekonnen, 2018). Au Kenya, une étude sur les
systèmes de diversification cultures-élevage a révélé que le modèle intégré bovins et
production de fruits était positivement associé à une augmentation des revenus des ménages
(Iiyama et al., 2007).

Figure 2 : Système intégré agriculture-élevage (Lavigne, 2005)

ü Systèmes intégrés agriculture-élevage-pisciculture

Ce système de production constitue la meilleure formule pour assurer une diversification


durable de la production agricole car il permet aux ménages d’avoir une plus grande diversité
alimentaire en apportant à la fois des aliments d’origine végétale et la presque totalité des
aliments d’origine animale (Waha et al., 2018 ; FAO, 2018). C’est également un moyen
efficace d’augmenter la production par unité de surface avec un faible apport d’intrants.
Cependant, à notre connaissance les études d’impact ayant examiné les effets des systèmes
intégrés agriculture-élevage-pisciculture sur la nutrition et la sécurité alimentaire sont quasi-
inexistantes.

c) Systèmes d’agriculture intégrée à petite échelle

L’agriculture familiale consiste à pratiquer une culture intensive d’une grande variété de
légumes, de racines, de tubercules, de fruits et d’herbes aromatiques dans des espaces
restreints qui sont autour ou à faible distance de marche de la maison familiale et leurs
produits sont principalement destinés à la consommation familiale (FAO, 2010). Plusieurs
termes tels que «jardin familial, jardin d’arrière-cours ou jardin potager » sont utilisés pour
désigner ce système de production (Odebode, 2006). Le jardin potager est caractérisé par une
petite main-d’œuvre familiale, un faible apport en capital et une technologie simple (Galhena
et al., 2013). Il constitue une source supplémentaire d’autres types d’aliments (FAO, 2010),
mais aussi de revenus pour les ménages (Figure 3). Dans les pays à revenus faibles et
intermédiaires, les politiques publiques accordent moins d’attention aux programmes de jardin
familial du fait de leur manque de données (rendement et revenus) pour illustrer l’importance
de leur contribution à l’économie et au développement du pays. Pourtant, les revues
systématiques ayant évalué les interventions des jardins potagers ont révélé des effets positifs
sur l’alimentation en particulier sur l’augmentation de la consommation en fruits et légumes.
Par contre, leurs effets sur les indicateurs de santé sensibles à la nutrition (retard de
croissance, émaciation, etc…) sont restés mitigés (Girard et al., 2012 ; Masset et al., 2012).
Récemment plusieurs études menées en Afrique ont montré que les jardins d’arrière-cours ou
domestiques avec cultures de fruits et légumes associées aux petits élevages avaient un impact
significatif sur l’accès et la diversité alimentaire des ménages ainsi que sur l’alimentation des
femmes bénéficiaires (Puett et al., 2014 ; Walsh & van Rooyen, 2015 ; Olney et al., 2015). Au
Bangladesh, un programme intégré de nutrition et de jardin familial a eu comme résultats une
augmentation de 30% de la consommation de légumes des ménages bénéficiaires dont 80%
des légumes consommés attribuables au projet (Schreinemachers et al., 2016). De plus les
auteurs ont conclu que les ménages bénéficiaires ont également généré plus de revenus avec
la vente des produits récoltés dans les jardins et que les bénéfices obtenus ont contribué de
façon significative à l’accès aux établissements de santé et à la scolarisation, en particulier
celle des filles.
Figure 3 : Schéma conceptuel de la relation entre l’agriculture familiale et les potentiels
résultats nutritionnels et sanitaires (Girard et al., 2012)

2.1.2. Elevage et pêche sensible à la nutrition

Selon la FAO, l’élevage constitue la meilleure stratégie pour faciliter la production et


l’autoconsommation d’aliments d’origine animale (Azzari et al., 2015 ; FAO, 2018). Le
deuxième avantage est que la possession d’animaux peut réduire la pauvreté des ménages en
améliorant leurs revenus ; les protégeant ainsi des effets des chocs économiques ou sanitaires
(McMahon, 2016). A l’instar de la diversification et de l’intensification durable de la
production agricole, les activités d’élevage et de pêche sensibles à la nutrition peuvent se faire
au niveau de la communauté ou de la famille. Cependant pour mieux impacter sur les
principaux paramètres nutritionnels et sanitaires, la plupart des revues encourage la pratique
d’une production animale familiale, c’est-à-dire l’élevage ou la pêche à petite échelle et à
usage domestique (Ruel et al., 2013 ; Olney et al., 2016 ; FAO, 2018).

[Link]. Elevage

a) Volaille
Les volailles, y compris les poulets, les canards et les dindes sont élevées pour produire de la
viande et des œufs. Leur production nécessite peu d’intrants, ce qui la rend appropriée pour
les ménages les plus pauvres ayant un accès limité à la terre et à l’eau.
Du fait de leur production rapide, les produits avicoles peuvent être consommés ou vendus
régulièrement. Selon McMahon (2016), l’aviculture est la meilleure stratégie de production
animale permettant aux ménages pauvres d’accumuler des actifs et de faire des revenus.
Plusieurs études ont déjà montré que la volaille, surtout à domicile, facilite la consommation
d’œufs et de viande (Mack et al., 2005 ; Alabi et al., 2006) et contribue pour 20 à 32% de
l’apport journalier total en protéines animales (Tadelle et al., 2003). De même, une
association inverse entre la possession de volaille et la réduction du retard de croissance a été
rapportée en Ethiopie (Headey & Hirvonen, 2016). Au Bangladesh, les ménages ayant
participé au programme de production de volailles ont consommé plus d’œufs mais surtout
plus de poisson, suggérant que ces ménages consommaient et vendaient des œufs pour acheter
des aliments complémentaires tels que le poisson (Nielsen et al., 2003).

b) Petits ruminants

Dans de nombreuses sociétés pastorales, les chèvres et les moutons sont utilisés pour
compléter les bovins afin d’assurer un approvisionnement constant en lait pour les enfants
pendant la saison sèche lorsque les vaches ne peuvent pas être traites ou sont éloignées des
ménages (Sadler & Catley, 2009). L’autre avantage des petits ruminants est leur cycle de
reproduction assez court qui facilite leur utilisation dans les stratégies de diversification
alimentaire. De plus, le lait de chèvre est plus riche en vitamine A que le lait de vache
(Graulet, 2014). Au Rwanda, dans un programme de dons de chèvres laitières aux ménages
vulnérables, les auteurs ont constaté un impact positif sur la consommation de lait et de
viande chez les enfants de moins de 5 ans (Rawlins et al., 2014). Par contre, les résultats de la
possession de petits ruminants sur les paramètres nutritionnels sont mitigés. Azzarri et al.
(2015) ont montré que la possession de chèvres est associée à une réduction de l’émaciation et
de l’insuffisance pondérale chez les enfants de 24 à 59 mois, mais pas chez les enfants 6-23
mois. Aucun impact sur le retard de croissance n’a été observé quel que soit l’âge (Rawlins et
al., 2014 ; Azzarri et al., 2015).

c) Grands ruminants

Les grands ruminants fournissent généralement du lait et de la viande. Ils peuvent être utilisés
parfois dans les travaux agricoles. Comme pour les petits ruminants, les ménages en
possession de grands ruminants ne consomment pas souvent le bétail en raison de longues
périodes de gestation (généralement neuf mois) et de développement (plusieurs années). C’est
pour cette raison que le lait est la principale source d’aliments produite par les éleveurs.
Plusieurs études, surtout celles effectuées en Afrique australe, ont montré que les ménages
propriétaires de vaches consomment plus de produits laitiers que les ménages qui n’en
possèdent pas (Nicholson et al., 2003 ; Rawlins et al., 2014 ; Hoddinott et al., 2015 ; Azzarri
et al., 2015) et ont généralement des revenus plus élevés grâce à la vente du lait. En ce qui
concerne la relation entre possession de vache et amélioration du statut nutritionnel, les
travaux de Rawlins et al. (2014) ont montré une réduction du retard de croissance chez les
enfants des ménages ayant reçu des vaches laitières. Par contre, dans une récente étude menée
en Ouganda, aucune amélioration n’a été observée sur les paramètres nutritionnels, en
particulier sur le retard de croissance (Azzarri et al., 2015).

[Link]. Pêche

Qu’il résulte d’une activité de pisciculture/d’aquaculture ou d’exploitation de poissons


sauvages, le poisson constitue une excellente source de protéines animales, de minéraux et
d’acides gras essentiels (HLPE, 2014). Il est aussi une source capitale de moyens d’existence
et de revenus. Malgré son importance, la production de poisson est particulièrement absente
dans la plupart des stratégies de réduction des carences en micronutriments (Allison et al.,
2013). Pour faciliter l’accès des populations vulnérables aux poissons et autres fruits de mer,
la FAO recommande la pêche à petite échelle à usage domestique qui est considérée comme
la meilleure intervention sensible (FAO, 2018). En effet, les ménages qui vivent à proximité
d’étendues d’eau (étangs, rivières, plaines inondables, etc), peuvent pratiquer des activités de
pêche pour leur autoconsommation. L’impact positif de ces pratiques sur la consommation de
poissons a été rapporté par Kumar & Dey (2006) en Inde et au Bangladesh chez les ménages
possédant des bassins piscicoles, surtout pendant la saison où les produits d’origine animale
sont peu disponibles ou non accessibles (Islam, 2007). Au Malawi, Dey et al. (2006) ont
observé une consommation plus fréquente de poisson frais et séché dans les ménages
possédant des bassins piscicoles comparés aux ménages témoins.

2.1.3. Biofortification

La biofortification est un procédé qui consiste à augmenter la teneur en vitamines et/ou


minéraux d’une culture à un niveau acceptable par le biais de la sélection végétale, de
pratiques agronomiques (application d’engrais riches en micronutriments sur le sol ou les
feuilles) ou de techniques transgéniques (HarvestPlus, 2017 ; de Brauw et al., 2015). C’est
une stratégie prometteuse pour accroître la disponibilité et la consommation d’aliments riches
en micronutriments en particulier pour les personnes dont l’alimentation est dominée par des
cultures vivrières de base pauvres en micronutriments (Bouis et al., 2011b). La
biofortification a deux avantages clés à savoir sa rentabilité à long terme et sa capacité à
atteindre les populations rurales qui sont souvent exposées à des régimes alimentaires pauvres
en micronutriments. Plusieurs études ont révélé son importance en tant que stratégie de lutte
contre les carences en vitamine A, en fer et en zinc (Bouis & Saltzman, 2017). Des travaux
récents ont montré que la biofortification en vitamine A de la patate douce (patate douce à
chair orange, PDCO), du maïs jaune et du manioc avaient un impact sur la réduction de la
prévalence et de la durée de la diarrhée, sur le statut en vitamine A et sur la cécité nocturne
chez les enfants (Gannon et al., 2014 ; de Brauw, 2015 ; Palmer et al., 2016). Des études
d’efficacité portant sur d’autres cultures biofortifiées, notamment des haricots et du mil
biofortifiés en fer et du blé biofortifié en zinc, ont montré une augmentation significative de
l’hémoglobine et du fer corporel total chez des femmes et des enfants (Finkelstein et al.,
2015 ; Haas et al., 2017). Concernant le zinc, le seul essai évaluant la biofortification du blé
en zinc a montré que la consommation de pain ou de bouillie à base de blé biofortifié en zinc
réduisait la pneumonie et les vomissements chez les enfants et la fièvre chez les mères
(Sazawal et al., 2018).

2.2. Gestion des produits de la récolte

2.2.1. Pratiques de gestion après les récoltes

Les pertes alimentaires post-récolte constituent une des principales limites de l’atteinte de la
sécurité alimentaire dans les pays en développement (Olaoye & Onilude, 2008 ; Olaoye &
Ade-Omowaye, 2011). Selon la FAO, environ 50% des produits agricoles périssables (fruits,
légumes, racines et tubercules), et environ 30% des céréales vivrières (maïs, mil et riz) sont
perdus après la récolte en Afrique de l’Ouest (FAOSTAT, 2017). Les facteurs en cause sont
des technologies de récolte et de transformation inappropriées, des installations de stockage
insuffisantes ou inexistantes, un mauvais système de conditionnement et de transport et des
pratiques du marché inadéquates (FAO, 2018). La mise en place de bonnes pratiques de
gestions post-récolte constitue dès lors une solution durable pour améliorer la disponibilité de
certaines cultures ou aliments locaux (Keding et al., 2013). La gestion post-récolte dans le
cadre des programmes d’ASN contribue à augmenter et prolonger la disponibilité,
l’accessibilité et la consommation d’aliments diversifiés riches en micronutriment tout au long
de l’année mais aussi à augmenter la teneur en nutriments des aliments.

[Link]. Stockage

Le stockage est la phase du système post-récolte au cours de laquelle les produits agricoles
sont conservés de manière à préserver leur qualité et à limiter leur détérioration sur une
période qui va au-delà de leur durée de vie normale (FAO, 2018). Dans de nombreux pays en
développement, environ 25% des produits alimentaires récoltés ne sont jamais consommés
par la population car détruits ou mangés par des insectes, des rongeurs ou des parasites
(Adeyeye, 2017). Kendall & Dimond (2012) ont montré que le stockage adéquat des aliments
aide à préserver leur qualité et leur valeur nutritionnelle. De plus, ces auteurs ont rapporté
qu’un stockage adéquat des aliments peut aider à prévenir les maladies d’origine alimentaire
causées par des mycotoxines, l’aflatoxine en particulier. Les mesures de prévention ou de
lutte peuvent inclure la mise en place de mesures de protection et de contrôle des animaux
destructeurs, la mise en place d’entrepôts ou de récipients étanches et la lutte contre les
champignons ou parasites en stockant les aliments dans des endroits secs.

[Link]. Transformation

La transformation consiste à préparer les aliments en vue de leur consommation ou d’une


utilisation ultérieure. Elle comprend, entre autres, le nettoyage de base, l’épluchage, le
découpage, le séchage, le broyage, l’extraction du jus, la mise en conserve, la cuisson et le
séchage. La transformation des aliments joue un rôle important dans la sécurité alimentaire,
en particulier lorsque l’agriculture ne fournit pas assez de produits frais. Elle contribue
également à la nutrition en prolongeant la durée de vie des matières premières et en favorisant
la sécurité sanitaire et la préservation de la valeur nutritionnelle de nombreux aliments (FAO,
2018). L’impact positif de la consommation d’aliments transformés sur l’état nutritionnel a
été rapporté dans plusieurs pays. Au Ghana, la transformation des feuilles vertes foncées en
poudre a permis de bien conserver ces aliments de sorte qu’elles puissent être disponibles,
accessibles et abordables pour la plupart des ménages en saison sèche (Egbi et al., 2018). Au
Sénégal, la consommation de la poudre de Moringa oleifera a eu un impact positif sur le
maintien de l’indice de masse corporelle (IMC) des femmes en âge de procréer (Dossou et al.,
2011). Ce résultat pourrait être lié à la teneur élevée en protéines trouvées dans la poudre de
feuilles séchées de Moringa oleifera. D’autres études sur la transformation de la patate douce
à chair orangée en chips, en pain, en poudre ont montré une amélioration des réserves en
vitamine A des populations, en particulier des femmes et de jeunes enfants (Gebremedhin et
al., 2013 ; Sinha, 2015). Cependant, il est important de souligner que dans les pays en
développement, certaines techniques de transformation sont obsolètes et inadéquates pour la
conservation de la qualité nutritionnelle des aliments. Il est donc nécessaire de moderniser ces
techniques et ces installations pour répondre aux défis d’une transformation sensible à la
nutrition.

2.2.2. Fortification ou enrichissement des aliments

L’enrichissement des aliments consiste à ajouter un ou plusieurs nutriments essentiels à un


aliment (véhicule) dans le but de prévenir ou de corriger une carence constatée dans la
population générale ou dans des groupes spécifiques comme les nourrissons, les jeunes
enfants et les femmes enceintes et allaitantes (Hanson et al., 2015). La fortification est l’une
des interventions nutritionnelles les plus rentables pour fournir des micronutriments à la
population sans changer leurs habitudes de consommation alimentaire (Allen et al., 2006).
Plusieurs études ont démontré l’effet de la fortification dans la lutte contre les carences en
micronutriments. L’iodation du sel est la forme la plus répandue d’enrichissement des
aliments dans le monde avec des effets sur la prévention du crétinisme (Zimmermann, 2012 ;
Aburto et al., 2014). En Europe, la fortification en vitamine B1 a permis l’éradication quasi-
totale du béribéri (Whitfield et al., 2016). Aux Etats-Unis, l’enrichissement des aliments de
base en acide folique a permis de réduire de 35% le nombre d’accouchements compliqués
d’une anomalie du tube neural depuis qu’il a été rendu obligatoire en 1998 (William et al.,
2015). Dans les pays en développement, on peut citer l’enrichissement de l’huile de cuisson,
de la farine ou des condiments avec du fer, de l’acide folique, de la vitamine A, de la vitamine
D, de l’iode, du zinc et de nombreux oligo-éléments. De manière générale, les études
montrent que la consommation d’aliments enrichis améliore le statut en micronutriments des
femmes et des enfants. Cependant, il existe peu de preuves d’impact de la consommation
d’aliments enrichis sur la croissance des jeunes enfants (Das et al., 2013). Au Sénégal, l’étude
que nous avons menée sur la fortification d’une bouillie infantile en zinc n’a pas eu d’effets
sur le statut en zinc des enfants (Ba Lo et al., 2011).
Il existe également «l’enrichissement à domicile» qui consiste à ajouter des micronutriments
sous forme de poudre à des aliments pendant ou après la cuisson pour améliorer la qualité
nutritionnelle des aliments de complément des enfants de moins de 2 ans (De-Regil et al.,
2013). Des revues systématiques récentes menées dans des pays d’Asie, d’Afrique et des
Caraïbes ont montré que l’enrichissement des aliments de complément à domicile avec des
poudres de micronutriments est une intervention efficace pour réduire l’anémie et les carences
en fer chez les enfants de 6 à 23 mois (De-Regil et al., 2013 ; Suchdev et al., 2015).

2.3. Accès au marché et commercialisation des aliments

2.3.1. Accès au marché

L’accès au marché apparaît dans de nombreuses études comme un facteur clé qui modifie la
relation entre la production et la diversité alimentaire des ménages. Selon la FAO (2018),
l’amélioration de l’accès au marché incite davantage les agriculteurs à produire plus
d’aliments nutritifs et à augmenter leurs revenus. En Éthiopie et au Malawi, des études ont
montré que l’accès au marché améliore la diversité alimentaire des ménages (Hirvonen &
Hoddinott, 2014 ; Abay & Hirvonen, 2016 ; Koppmair et al., 2017). Ces résultats confirment
l’analyse de la revue systématique de Sibhatu et al. (2015) qui a montré qu’une réduction de
10 km de la distance entre les ménages et les marchés avait pour effet une augmentation
supplémentaire de la production d’une espèce de culture ou de bétail et une légère
augmentation de 0,9% du nombre de groupes d’aliments consommés. De même, Abay &
Hirvonen (2016) ont constaté que les enfants qui vivent près des marchés avaient des régimes
alimentaires plus diversifiés et des moyennes de poids-pour-taille et poids-pour-âge z-scores
plus élevées par rapport aux enfants qui vivent loin des marchés. Au Népal, Shively &
Sununtnasuk (2015) ont constaté qu’un accès facile aux marchés, était associé à une
consommation plus importante de produits d’origine animale et à une amélioration de l’indice
taille-pour-âge z-score et une réduction du retard de croissance.

2.3.2. Commercialisation des aliments

La commercialisation diffère de l’accès au marché et regroupe généralement la part des


produits alimentaires achetée par les ménages sur le marché et la part de la production
agricole du ménage vendue au marché (Carletto et al., 2017). Elle constitue la composante
finale et décisive du système post-récolte, bien qu’elle puisse intervenir à différents moments
de la chaine agro-alimentaire. La commercialisation permet d’étendre les marchés et de
favoriser l’accès à des aliments nutritifs (FAO, 2018). Récemment la FAO, dans son guide
« mettre l’agriculture au service de la nutrition », a formulé des recommandations pour une
commercialisation sensible à la nutrition (FAO, 2015). Ces recommandations portent sur la
mise en place d’organes de réglementation du commerce, d’unités de transformation à petite
échelle et des micro-entreprises, d’associations de producteurs pour aider les petits exploitants
à acquérir un pouvoir de négociation et à participer aux processus de prise de décisions et
enfin la mise en place de politiques d’amélioration des infrastructures (routes, irrigation,
entrepôts, électrification) pour améliorer l’accès au marché.

2.4. Demande des consommateurs, préparation des aliments et préférences


alimentaires

2.4.1. Communication-éducation nutritionnelle

L’éducation nutritionnelle est l’ensemble des activités de communication visant la


modification volontaire des pratiques qui ont une incidence sur l’état nutritionnel de la
population, dans la perspective d’une amélioration de celui-ci (Contento, 2007). Elle fait
partie des recommandations clés pour améliorer la nutrition et la santé à travers les
programmes d’ASN (Olney et al., 2016 ; FAO, 2018). Selon la Banque Mondiale, l’éducation
nutritionnelle joue un rôle essentiel dans la durabilité des programmes d’ASN et constitue un
moyen d’activer les aspects nutritionnels latents de nombreux projets et programmes de
développement agricole (World Bank, 2013). A travers l’éducation nutritionnelle, les
agriculteurs peuvent être incités à intensifier et diversifier davantage leur production afin
d’améliorer les régimes alimentaires des populations locales. L’éducation nutritionnelle peut
également participer à l’augmentation des connaissances sur la manière de cultiver, de
récolter, de conserver et de préparer les aliments et sur l’utilisation des pesticides dans le
respect de l’environnement (FAO, 2018).
Dans la communauté, l’éducation nutritionnelle cible en général les mères car elles sont plus
susceptibles d’occuper des postes dans les structures communautaires et d’influencer les
pratiques de soins des enfants dans la communauté (Casanovas et al., 2013). Plusieurs études
ont souligné l’impact de l’éducation nutritionnelle sur l’adoption de bonnes pratiques
d’allaitement et d’alimentation mais surtout sur l’amélioration de l’état nutritionnel des
femmes et des enfants (Shi et al., 2010 ; Abebe et al., 2016). Toutefois, outre les
connaissances et les capacités des mères à bien s’occuper des enfants, les autres membres de
la famille, en particulier les maris et les grand-mères (catégories décisionnelles de la famille),
jouent un rôle important dans la prise de décision en matière de nutrition et de santé (Aubel,
2012 ; Avula et al., 2013 ; Badiane et al., 2018 article en cours de révision). Ainsi, les
stratégies de sensibilisation limitées à des séances de démonstration culinaire dont sont
absents les maris et les personnes âgées peuvent constituer une limite pour la réussite des
programmes d’éducation nutritionnelle. Les maris ou les personnes âgées contrôlent et gèrent
en général la presque totalité des dépenses et décisions liées à la nutrition et à la santé du
ménage, alors que les responsabilités de la mère se limitent à la préparation des aliments et à
l’occupation des tâches ménagères (Acharya et al. 2004, CLM, 2013). Par ailleurs, beaucoup
d’études ont montré que la plupart des parents (mari, belle-mère, personne âgée) adoptent des
pratiques nutritionnelles et sanitaires inappropriées concernant les femmes et leurs enfants
(Aubel, 2012 ; Sherrif et al., 2014 ; Brown & Davies, 2014). Ainsi, une communication pour
le changement de comportement axée sur la communauté, en particulier sur les catégories
décisionnelles de la famille, et l’autonomisation des femmes par le biais de l’éducation
nutritionnelle pourrait être un moyen efficace pour promouvoir de meilleures pratiques
nutritionnelles et sanitaires liées à la femme en âge de procréer, au nourrisson et au jeune
enfant, même dans les régions où l’insécurité alimentaire, la malnutrition et les carences en
micronutriments sont élevées.

2.4.2. Protection sociale sensible à la nutrition

La protection sociale sensible aux enjeux nutritionnels est l’ensemble des mesures d’aides en
espèces ou en nature qui permettent aux personnes vulnérables sur le plan nutritionnel d’avoir
accès à une alimentation saine et durable ainsi qu’aux soins de santé (FAO, 2018). Elle cible
les causes immédiates et sous-jacentes de la malnutrition maternelle et infantile (Karakochuk
et al., 2018). Les transferts monétaires conditionnels ou inconditionnels et/ou la distribution
alimentaire sont des exemples de programmes de protection sociale. Des preuves récentes
indiquent que les programmes de protection sociale et de lutte contre la pauvreté augmentent
le revenu des ménages, protègent contre la vente des biens et favorisent les comportements
susceptibles de prévenir la malnutrition (Oxford Policy, 2015 ; Shwirtz et al, 2015 ; Adamu et
al, 2015). Les données provenant de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne et d’Amérique
latine ont prouvé que les allocations de bourses familiales ont permis aux ménages
bénéficiaires d’améliorer leur sécurité alimentaire et la diversité de leur régime alimentaire
(Paxson & Schady, 2010 ; Macours et al., 2012 ; Berhane et al., 2015 ; OPM, 2015).
Chez les enfants, seules quelques études ont traité spécifiquement de l’impact des filets de
protection sociale sur l’alimentation, par opposition à la diversité alimentaire des ménages.
Presque l’ensemble des études ont montré l’effet positif des programmes de transferts
monétaires sur la consommation de fruits et de légumes et d’aliments d’origine animale
(Macours et al., 2012 ; Chaudhury et al., 2013 ; Gilligan & Roy, 2013). En ce qui concerne
l’état nutritionnel, certains auteurs ont trouvé des relations significatives entre les programmes
sociaux et l’amélioration des indicateurs anthropométriques des enfants (Handa et al., 2013 ;
Chaudhury et al., 2013 ; OPM, 2015), d’autres n’ont pas trouvé d’associations significatives
(Berhane et al., 2015) ou ont rapporté des résultats mitigés (Paxson & Schady, 2010 ; Paes-
Sousa et al., 2011).

2.5. Autonomisation des femmes

Dans la série Lancet, Ruel et Alderman (2013) ont identifié six voies par lesquelles les
interventions agricoles peuvent avoir un impact sur la nutrition, dont trois qui soulignent
l’importance du rôle de la femme et de son autonomisation. D’autres auteurs identifient
clairement la femme comme le lien entre le secteur de l’agriculture, de la nutrition et de la
santé (Carletto et al., 2015 ; Malapit et al., 2015). A travers l’agriculture, l’autonomisation
doit permettre aux femmes d’avoir accès aux ressources agricoles, aux activités
rémunératrices, aux services de vulgarisation, aux crédits, à l’emploi et aux technologies qui
leur permettent d’économiser du temps et d’alléger les travaux (y compris les services
d’énergie et d’eau). L’autonomisation peut également permettre aux femmes de participer aux
prises de décisions au niveau du ménage surtout en ce qui concerne l’alimentation, la nutrition
et la santé et d’avoir accès au contrôle des revenus et des ressources du ménage (Regasa &
Stoecker, 2012). Au Burkina, le projet de transfert d’intrants agricoles et de formation des
groupements féminins sur les bonnes pratiques ont permis aux bénéficiaires de participer à la
prise de décision concernant l’achat d’aliments riches en nutriments et les soins de santé
(Olney et al., 2016). Au Bangladesh, le projet intégré jardins potagers (agriculture et petit
élevage), destiné aux femmes leur a permis d’utiliser les revenus tirés de la vente des produits
pour l’achat d’autres aliments riches en nutriments tels que les lentilles, les œufs, le lait et la
viande (Schreinemachers et al., 2016). Au Népal, une étude a révélé que l’autonomisation
globale des femmes dans l’agriculture dans les trois domaines spécifiques que sont la
satisfaction vis-à-vis du temps de loisir, l’accès aux crédits et l’autonomie en matière de
production, était positivement associée à l’indice taille-pour-âge z-scores des enfants de
moins de 2 ans (Cunningham et al., 2015). Malapit et al. (2015) ont constaté que
l’autonomisation des femmes par l’appartenance à un groupement féminin, le contrôle des
revenus et une charge de travail réduite étaient positivement associées à une diversité
alimentaire, un IMC plus élevé chez la mère et un indice taille-pour-âge plus élevé chez les
enfants de moins de 5 ans.
4. PROGRAMMES D’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION MIS EN
ŒUVRE AU SENEGAL

Au Sénégal, malgré l’inscription de la santé et de la nutrition au Plan Sénégal Emergent (PSE,


2014) de 2014 à 2018, puis dans le nouveau document de Politique Nationale de
Développement de la Nutrition (PNDN, 2015), la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la lutte
contre la pauvreté en milieu rural et la mise en place de systèmes agricoles durables
constituent des défis pressants (Ndiaye et al., 2015 ; ANSD, 2018). A cette situation,
s’ajoutent les effets du changement climatique, l’éducation, la santé et la démographie
croissante. Sur le plan de la sécurité alimentaire figure en bonne place la limitation
quantitative et qualitative des productions agricoles et agro-sylvo-pastorales locales, se
traduisant par une monotonie et un manque de diversité de l’alimentation des ménages
particulièrement ruraux (SECNSA, 2016 ; ANSD, 2018). Pour faire face à ces défis, le
Gouvernement du Sénégal a fixé de grandes orientations agricoles portées par le Plan Sénégal
Emergent (PSE), qui, à l’horizon 2035 et à court et moyen termes dès 2018, devra apporter
des réponses pertinentes pour améliorer la productivité et la compétitivité de l’agriculture
sénégalaise afin de répondre à la problématique de l’emploi des jeunes et de la sécurité
alimentaire et nutritionnelle des populations. Ainsi cinq projets phares structurants sont
proposés dans l’axe 1 « Transformation structurelle de l’économie et Croissance » du PSE :
(i) la mise en place de 100-150 projets d’agrégation ciblés sur les filières à hautes valeurs
ajoutées et l’élevage ; (ii) le développement de trois corridors céréaliers ; (iii) la mise en place
de 150-200 projets de soutien à l’agriculture familiale ; (iv) la restructuration de la filière
arachide ; et (v) la création de trois agropoles intégrés (nord, centre et sud du pays) pour
stimuler l’investissement privé national et étranger dans la production et la transformation des
aliments, diversifier les moteurs de la croissance et renforcer la résilience de l’économie
(PSE, 2014). Afin de contribuer significativement à l’atteinte des objectifs de l’axe 1 du PSE,
plusieurs programmes et projets sont mis en œuvre par le Ministère de l’Agriculture et de
l’Equipement Rural (MAER), tels que l’Agence Nationale d’Insertion et du Développement
Agricole (ANIDA), le Programme d’Appui aux Filières Agricoles (PAFA), le Programme
d’Aménagement et de Développement Economique des Niayes (PADEN), le Programme
d’Appui au Développement Agricole et à l’Entreprenariat Rural (PADAER), le Projet
d’Appui à Sécurité Alimentaire dans les Régions de Louga, Matam et Kaffrine (PASA Lou-
Ma-Kaf), le Programme d’Appui au Programme National d’Investissement de l’Agriculture
au Sénégal (PAPSEN), le Projet de Renforcement de la Résilience à la Sécurité Alimentaire et
Nutritionnelle Récurrente au Sahel (P2RS), qui tous devraient contribuer directement au
renforcement de la sécurité alimentaire et à l’amélioration de la balance commerciale agricole.
Certains de ces programmes contribuent à l’ASN. A côté du gouvernement, les partenaires au
développement appuient l’Etat du Sénégal dans cette démarche d’améliorer la nutrition à
travers des projets d’ASN.

3.1. Initiative nationale

Dans le cadre de la mise en œuvre du volet agricole du PSE, l’ANIDA s’emploie à assurer la
réalisation de fermes agricoles villageoises sur tout le territoire national. L’objectif des fermes
ANIDA est de promouvoir des exploitations agricoles familiales modernes, intégrées,
compétitives, rentables, attractives et respectueuses de l’environnement. Les activités dans les
fermes tournent principalement autour de l’agriculture, l’élevage et l’aquaculture. Elles sont
parfois intégrées, associant indifféremment ces trois formes d’exploitation. Parmi les fermes,
figurent les domaines agricoles communautaires qui sont des fermes modernes de vaste
étendue où les bénéficiaires sont sélectionnés au sein des populations de la zone du projet,
organisés en GIE de producteurs fédérés autour d’une union de GIE et fonctionnant en
véritable entreprise agricole. Depuis sa création en 2008, l’ANIDA a créé 196 fermes
villageoises « Naatangué ». En 2017, 35000 tonnes de fruits et légumes ont été produites dans
ces fermes villageoises marquées par une bonne diversification de la production avec au
moins 18 spéculations produites et une forte présence de produits comme l’oignon, le haricot
vert, le melon, le piment, le chou, la pomme de terre, la tomate et le gombo (ANIDA, 2018).
La production laitière dans les fermes ANIDA ayant un volet production animale se chiffre à
90667 litres soit une augmentation de 2% comparée à l’année 2016. En ce qui concerne la
production de poulets de chair, elle s’élève à 18240 sujets dont 14680 poulets de chair
commercialisés, soit 24,3 tonnes de viandes accompagnées d’une production de 190290 œufs.
Concernant la pisciculture, au total, la biomasse des différentes espèces élevées dans les
fermes est estimée à 90 tonnes en 2017.
Malgré ces réalisations, l’agence, comme la plupart des programmes agricoles de l’Etat, n’a
pas de données qui font le lien entre la production des fermes villageoises et la sécurité
alimentaire et nutritionnelle des populations. L’absence de ce point d’encrage entre
l’agriculture et la nutrition se situe en premier lieu au niveau de la lettre de déclaration de
politique sur l’agriculture qui, malheureusement, n’inclut pas de composantes ni d’objectifs
nutritionnels clés. De plus, la loi, à travers ses interventions, ne cible pas les populations
bénéficiaires en fonction de leur vulnérabilité ou de leur profil nutritionnel. Son objectif
principal se limite à améliorer la sécurité alimentaire et la diversité alimentaire de la
population, qui en général ne sont jamais mesurées dans les projets et programmes agricoles
nationaux.

3.2. Initiatives des organisations non-gouvernementales

3.2.1. USAID/Yaajeende

L’USAID|Yaajeende est un projet Feed The Future (nourrir le futur) de l’Agence américaine
pour le développement international (USAID) conçu pour réduire la malnutrition dans les
régions de Matam et Kédougou, ainsi que dans le département de Bakel (zone couvrant le
tiers nord‐est du Sénégal). Lancé en 2010, le projet a pour objectif d’encourager la
participation des personnes souffrant d’extrême pauvreté à la croissance économique en
milieu rural et d’améliorer l’état nutritionnel de la population. Les activités de
l’USAID|Yaajeende portent sur cinq domaines d’actions que sont : i) la production agricole et
la promotion d’une gestion durable des sols ; ii) la facilitation à l’accès aux marchés agricoles
clés et le développement de chaînes de valeur ; iii) la réduction de la malnutrition à travers
une alimentation équilibrée ; iv) le renforcement de la gouvernance locale des structures liées
à l’alimentation ; v) la mise en place d’activités d’autonomisation des femmes en matière de
sécurité alimentaire et de nutrition.
Après sept années de mise en œuvre, le projet a permis d’emblaver 70000 ha de terres pour
une production de 62378 tonnes de céréales, dont 1200 tonnes de céréales bio-fortifiées, et
48500 tonnes de légumes (USAID|Yaajeende, 2017). Avec la production animale (moutons,
chèvre et volaille), 39493 animaux ont été produits et 13896 familles ont été touchées soit
près de 140000 personnes, dont 41688 enfants. Concernant le volet transformation, 100000
femmes regroupées dans des groupements ont été formées aux métiers de transformation des
aliments et 232 tonnes de « farine enrichie » ont été fabriquées.
Sur le plan nutritionnel, le projet a permis à 25,5% d’enfants de moins de 5 ans d’avoir un
régime alimentaire minimal acceptable (USAID/Yaajende, 2017) contre 11,7% en 2011
(année de démarrage du projet), de réduire de 31% la malnutrition aiguë, de 17,9%
l’insuffisance pondérale chez les enfants de 6-59 mois et de 25% la malnutrition chez les
femmes en âge de procréer (LQAS, 2016). Au niveau des ménages, 80% ont eu une
alimentation diversifiée dans la zone d’intervention du projet et 58% ont eu des
augmentations de revenus provenant des activités agricoles (USAID|Yaajeende, 2017). On
peut cependant noter la limite de cette évaluation de type avant-après, auprès de la même
population.
Pour continuer cette dynamique, l’initiative Feed The Future a lancé en 2018 un nouveau
projet d’ASN, dénommé « projet Kawolor » dont l’objectif est d’accroitre au sein des
communautés bénéficiaires de l’intervention, la production, la commercialisation et la
consommation d’aliments variés, sains et nutritifs. Les domaines d’activité du projet tournent
autour de la production de céréales de qualité (mil biofortifié, maïs obatampa, sorgho sans
tanin, etc…), la production horticole (patate douce à chair orange, carotte, gombo, pomme du
sahel, etc…), l’élevage (d’animaux à cycle court), des bonnes pratiques de santé et nutrition,
l’accès aux services financiers pour les organisations de producteurs, l’agro-entreprise,
l’autonomisation des femmes, l’accès à l’eau (eau potable et eau de production) à l’hygiène et
à l’assainissement et la gouvernance de la sécurité alimentaire. Pour une durée de cinq ans, le
projet interviendra dans 129 communes des régions de Fatick, Kaffrine, Kaolack, Matam,
Saint Louis, Kolda, Sédhiou, Ziguinchor et compte toucher 150000 ménages, soit 1500000
personnes.

3.2.2. USAID/SPRING (Strengthening Partnerships, Results, and


Innovations in Nutrition Globally)

Le projet USAID/SPRING (Renforcement des partenariats, des résultats et des innovations


dans le domaine de la nutrition à l’échelle mondiale) est également un projet Feed The Future
de l’USAID mais d’une durée plus courte (18 mois) que celui de l’USAID/Yaajeende. Lancé
en 2015, le projet SPRING était développé dans trois régions du Sénégal (Kaolack, Fatick,
Kaffrine). Son objectif était de mettre en place une intervention d’ASN pour améliorer l’état
nutritionnel des mères et des enfants au cours des 1000 premiers jours, en particulier le retard
de croissance et l’anémie maternelle et infantile. Les activités du projet ont porté sur la
communication sur les bonnes pratiques liées à la nutrition, à l’eau, à l’assainissement et à
l’hygiène à travers la mise en place de stations de lavage des mains dans les ménages
bénéficiaires. Le projet a également porté sur les pratiques agricoles sensibles à la nutrition
avec l’installation de 1150 micro-jardins et 30 jardins communautaires pour la culture de la
patate douce à chair orangée, du maïs Obatampa, du mil biofortifié et l’arboriculture familiale
(Moringa, papaye et banane), la promotion de bonnes pratiques de récolte, de post-récolte et
de transformation de produits agricoles. Des bâtiments de stockage, la mise en place d’unités
de transformation et de production de farine composée et la formation des groupements de
femmes à l’utilisation et à la gestion des unités pour alléger les tâches et améliorer leurs
revenus ont été réalisés en fin de projet. A côté des activités de production agricole, le projet
SPRING a initié la promotion de l’aviculture villageoise améliorée à travers la construction de
poulaillers et la distribution de 120 poules locales et 12 coqs de race destinés à des
groupements féminins bénéficiaires.
L’évaluation en fin parcours a montré une amélioration significative de la pratique de
l’allaitement maternel exclusif et des indicateurs de l’alimentation complémentaire des
enfants dans les zones d’interventions comparées aux témoins (USAID/SPRING, 2017).

3.2.3. Programme Alimentaire Mondiale (PAM)

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a mis en œuvre au plan national un projet d’appui
intégré à la sécurité alimentaire et à la nutrition dans le cadre de la prise en charge des
questions alimentaires et nutritionnelles des groupes vulnérables. Lancé en 2012 pour une
durée de quatre ans, le projet, en lien avec les priorités du PSE, vise à améliorer la situation
nutritionnelle et la production agricole dans les zones à risque d’insécurité alimentaire. Les
activités du projet portaient sur l’appui à l’alimentation scolaire (cantines scolaires) et la
nutrition des enfants souffrant d’émaciation et des femmes enceintes et allaitantes,
l’assistance alimentaire ciblée à travers les modalités « distribution de vivres » et « bons
d’achat alimentaire » et le développement de la production agricole rurale en lien avec la
résilience des communautés (distribution de semences, d’engrais et de petits matériels
agricoles, aménagement de bas-fonds, construction de digues, puits et clôtures). A notre
connaissance le projet n’a pas fait l’objet d’évaluation nutritionnelle.

3.2.4. Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture


(FAO)

Le soutien de la FAO au Sénégal s’inscrit dans le cadre de programmes pays (CPP) qui
portent sur plusieurs domaines prioritaires à savoir :

[Link]. Alimentation et nutrition scolaire

Depuis 2012, la FAO appui l’Etat du Sénégal dans la promotion de cantines scolaires
durables, approvisionnés par la production agricole locale. Le projet touche actuellement les
régions de Louga, de Fatick et de Sédhiou. Dans chaque région, des menus scolaires
régionaux à base d’aliments locaux et de plats traditionnels à haute valeur nutritionnelle sont
élaborés. La FAO appuie également la formation des enseignants sur l’éducation
nutritionnelle ciblant les élèves, l’aménagement de jardins scolaires et la formation des
cuisinières. L’évaluation finale du projet n’a pas encore été effectuée.

[Link]. Education nutritionnelle aux producteurs

Afin de les inciter à adopter des comportements favorables à une bonne nutrition
(diversification alimentaire, bonnes pratiques d’hygiène, etc), la FAO a mené des activités
d’éducation nutritionnelle destinées aux producteurs à travers l’approche champs écoles de
producteurs (CEP). L’approche CEP permet aux producteurs d’apprendre en pratiquant et les
encourage à privilégier des pratiques respectueuses de l’environnement. Les CEP soutiennent
également les activités de renforcement des capacités en matière de résilience climatique des
communautés rurales. En 2016, le projet a mis en place 1250 champs écoles et formé 500
facilitateurs et 10 nouveaux maîtres formateurs.
En 2015, une expérience pilote des CEP dans les communes de Bayakh, Diender et Kayar a
montré, après 5 mois d’intervention, une amélioration du niveau de connaissance des
producteurs sur la nutrition et une augmentation de la diversité alimentaire des enfants de 6-
23 mois (données FAO-Sénégal non publiées).

[Link]. Diversification alimentaire et autonomisation des femmes

Le projet « Micro-jardins de la ville de Dakar » a été mis en œuvre en partenariat avec la ville
de Dakar et l’ONG ACRA (Association de Coopération Rurale en Afrique et en Amérique
latine). L’initiative offre aux femmes davantage d’occasions de participer, d’améliorer leurs
compétences, et d’être impliquées dans la production agricole à petite échelle pour la
consommation et la commercialisation des légumes et épices frais. Ce faisant, elle contribue à
la fois à leur autonomisation et à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en
milieu urbain. Dans la région de Dakar, 10000 bénéficiaires ont été formés. A notre
connaissance aucune de ces initiatives n’a fait l’objet d’évaluation finale.

5. SUIVI ET EVALUATION DES PROJETS D’AGRICULTURE SENSIBLE A LA


NUTRITION

La recommandation commune dans toutes les notes d’orientation est l’inclusion d’un système
de suivi-évaluation (S&E) et d’indicateurs nutritionnels clairs, spécifiques et explicites dans
les projets, programmes et politiques agricoles. Presque toutes les revues systématiques et les
institutions qui ont publié des directives sur l’ASN, ont formulé cette recommandation afin de
mieux comprendre l’impact de ces projets et programmes sur les principaux paramètres
nutritionnels et sanitaires (Kadiyala et al., 2014 ; Olney et al., 2016 ; Ruel et al., 2017). Le
S&E permet de fournir des informations avant, pendant et après le projet et d’apporter des
mesures de correction au besoin.
Pour le choix des indicateurs, la FAO recommande les indicateurs de consommation
alimentaire comme la première étape la plus réalisable et la plus appropriée pour mesurer
l’impact des interventions d’ASN sur la nutrition (FAO, 2018), bien que d’autres auteurs
préfèrent l’impact des interventions sur les indicateurs de l’état nutritionnel, comme le retard
de croissance et le statut en micronutriment (Tableau 2). Cependant, il est difficile d’observer
ou d’attribuer l’impact d’un programme d’ASN sur l’état nutritionnel car, selon le contexte,
d’autres facteurs, tels que le poids à la naissance, les pratiques d’allaitement et les infections
fréquentes peuvent avoir des répercussions sur la croissance ou le développement de l’enfant.
De même, les changements qui surviennent tels que l’autonomisation des femmes, la qualité
de l’eau, ou autres facteurs influencés par l’agriculture, peuvent s’avérer importants sans
immédiatement se traduire par des changements des paramètres anthropométriques.
Hormis ces éléments, la taille de l’échantillon, la durée d’intervention et le groupe d’âge ciblé
font partie des éléments clés pouvant favoriser ou limiter l’analyse de l’effet des programmes
d’ASN (Kadiyala et al., 2014 ; Olney et al., 2016 ; Ruel et al., 2017;).
La taille de l’échantillon est un élément important pour détecter un effet significatif des
interventions d’ANS sur les indicateurs d’impact (FAO, 2018). En général, les tailles
d’échantillon nécessaires pour observer une réduction de 5 à 10 % du taux de retard de
croissance sont de l’ordre d’une ou plusieurs centaines de personnes (Gertler et al. 2010).
L’autre élément clé est la définition de la durée d’intervention nécessaire aux programmes
d’ASN pour atteindre les résultats nutritionnels (Leroy et al, 2015 ; Guatam et al, 2015).
D’après Leroy et al. (2015), la durée idéale entre le début et la fin du suivi et le bon moment
pour l’évaluation de l’impact dépendent de cinq facteurs liés au temps. Le premier est le
temps nécessaire pour que le programme soit pleinement déployé et que ces composantes
atteignent une couverture complète au niveau de qualité de mise en œuvre. Le deuxième est
lié au temps de réponse (biologique), qui dépend de la mesure d’intérêt. Par exemple,
l’amélioration de la croissance linéaire des enfants prend beaucoup plus de temps que celle
des paramètres de statut en micronutriments. Pour avoir un impact maximal au cours des 1000
premiers jours, les enfants doivent donc être exposés au programme pendant près de trois ans
(in utero pendant la grossesse et au moins au cours de leurs 24 premiers mois de vie). Étant
donné que l’effet sur la croissance linéaire est cumulatif, l’impact devrait être évalué après 24
mois, au moment où l’effet le plus important devrait être observé. Cependant, l’impact sur les
comportements ou les pratiques de nutrition et de santé doit être évalué avant l’âge de 24
mois. Le troisième délai est le temps nécessaire dans les études de cohorte pour recruter un
nombre suffisamment grand de sujets dans le groupe d’âge requis. C’est l’exemple des
programmes qui visent à inscrire des mères pendant la grossesse et à les suivre jusqu’à ce que
leurs enfants aient deux ans. Il faudra plusieurs mois pour recruter l’échantillon cible de
femmes enceintes, ce qui s’ajoutera au temps total nécessaire pour le suivi complet de chaque
enfant jusqu’à l’âge de 24 mois. Le quatrième temps concerne la longue période de suivi
allant de la mise en place du programme à son impact sur les paramètres biologiques. Par
exemple, de l’installation de jardin à la récolte et à l’alimentation des enfants ou de
l’éducation nutritionnelle des mères à l’adoption effective des pratiques alimentaires se
traduisant par une amélioration des mesures d’état nutritionnel. Le cinquième facteur est lié à
la saisonnalité connue pour influencer certains indicateurs, tels que la disponibilité
alimentaire, l’apport alimentaire, la morbidité et l’émaciation de l’enfant (Gibson, 2005). Pour
réduire l’effet de la saisonnalité, il est généralement recommandé de mener les enquêtes de
référence et de suivi au même moment (mois) de chaque année.
Concernant les groupes d’âge ciblés, les femmes en âge de procréer et les enfants de moins de
5 ans sont identifiés comme les bénéficiaires primaires des programmes d’ASN (FAO, 2018).
Toutefois, les autres groupes vulnérables sur le plan nutritionnel (enfants d’âge scolaire, les
adolescentes, les personnes âgées, les personnes souffrant de handicap ou vivant avec le VIH)
peuvent aussi constituer des cibles des programmes.
Tableau 2 : Liste détaillée des indicateurs existants pour des interventions sensibles à la nutrition

Disponibilité et
Consommation Connaissances et
accessibilité Etat nutritionnel Genre Revenu
alimentaire (individuelle) pratiques de soins
alimentaire (ménage)
- Score de Consommation - Diversité alimentaire - Retard de croissance - Indicateur des - Indice de - Indices de la
Alimentaire des minimale chez les femmes (indice taille pour âge) connaissances l’autonomisation des richesse/niveaux de
ménages (SCAM) en âge de procréer (DAM-F) - Emaciation (indice relatives à la nutrition femmes dans pauvreté
- Score de Diversité - Diversité alimentaire poids pour taille) et à la santé l’agriculture (IAFA) - Vente de produits
Alimentaire du ménage minimale chez les jeunes - Insuffisance pondérale - Changements de - Contrôle des agricoles
(SDAM) enfants de 6 à 23 mois (indice poids pour comportements femmes sur les - Revenu ou
- Echelle de l’Accès (DAM) l’âge) spécifiques préconisés revenus consommation du
déterminant l’Insécurité - Fréquence minimale de - Insuffisance pondérale en lien avec la - Main d’œuvre et ménage
alimentaire des Ménages repas (enfants de 6-23 ans) maternelle (faible nutrition et la santé emploi du temps des - Indices des actifs
- Indice de la faim au sein - Apport alimentaire indice de masse - Couverture des femmes des ménages
du ménage (HHS) minimum acceptable corporelle) services de santé - Possession d’actifs - % des dépenses
- Indice de stratégie de (enfants de 6-23 ans) - Composition corporelle (vaccination des ventilée par sexe dédié à
survie (CSI) - Initiation précoce à (masse maigre, masse enfants de moins de 2 - Processus qualitatif l’alimentation
- Indice réduit de stratégie l’allaitement grasse) ans) pour apprécier - % du budget dédié à
de survie (rCSI) - Allaitement exclusif en - Statut en - Morbidité (fièvre, l’équité, l’utilisation la santé
- Mois dessous de 6 mois micronutriments rougeole, diarrhée, du temps et le
d’approvisionnement - Allaitement poursuivi à (anémie, fer, zinc, IRA, paludisme) contrôle des revenus
alimentaire adéquat des deux ans vitamine A, etc.) - Accès à des sources
ménages (MAHFP) d’eau potable
- Lavage des mains
CHAPITRE II
MALNUTRITION AU COURS DES 1000 PREMIERS JOURS DE VIE

28
1. DEFINITION ET IMPORTANCE DES 1000 PREMIERS JOURS

Les 1000 premiers jours de la vie (Figure 4), période allant de la conception aux deux
premières années de vie (grossesse + 2 premières années de vie) constituent une période
critique appelée « fenêtre de vulnérabilité/opportunité » pour la croissance, la santé et le
développement de l’enfant (Victoria et al., 2008 ; Dewey et Vitta, 2013). C’est également une
période cruciale pour le bien-être des mères. Les 1000 premiers jours sont identifiés comme
une période de changement physiologique rapide (Pinto et al., 2008). L’exposition à des
facteurs alimentaires, environnementaux, hormonaux et autres stress au cours de cette période
est associée à un risque accru de problèmes de santé. Les conséquences immédiates d’une
malnutrition infantile au cours de cette période, sont une réduction de la croissance, une
morbidité et une mortalité élevées, un retard de développement psychomoteur et des
performances intellectuelles réduites à l’adolescence et enfin, à long terme, le risque de
développer des maladies chroniques liées à l’alimentation dont le diabète de type 2,
l’hypertension artérielle et les dyslipidémies (Victoria et al., 2008 ; Black et al., 2013). Les
interventions effectuées au cours des 1000 premiers jours auront pour objectifs une population
adulte en meilleure santé et plus productive, en particulier dans les pays à revenu faible et
intermédiaire où le besoin en développement est le plus grand (Karakochuk et al., 2018). Cela
réduirait les coûts de soins de santé et accroîtrait la prospérité économique (Fink et al., 2016).

Figure 4 : Période des 1000 premiers jours de la vie

29
2. MALNUTRITION AU COURS DES 1000 PREMIERS JOURS

2.1. Bref rappel sur la malnutrition au cours des 1000 premiers jours de vie

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la malnutrition est un état pathologique


qui résulte de la carence ou de l’excès relatif ou absolu d’un ou de plusieurs nutriments
essentiels, que cet état se manifeste cliniquement ou ne soit décelable que par des mesures
anthropométriques, biochimiques, physiologiques ou cliniques (OMS, 1982). On distingue
deux types de malnutrition : la malnutrition par carence et la malnutrition par excès. La
malnutrition par carence peut être due à un déficit énergétique, en nutriments spécifiques (fer,
iode, zinc, vitamine A etc.) ou en plusieurs nutriments se traduisant par une émaciation
(malnutrition aiguë) et/ou un retard de croissance (malnutrition chronique). La malnutrition
par excès, quant à elle, est due à une consommation excessive d’aliments riches en énergie
tels que les sucres et/ou les graisses. Elle entraîne le plus souvent une surcharge pondérale
menant au surpoids et à l’obésité. Elle peut également potentialiser d’autres problèmes de
santé comme les maladies non transmissibles (MNTs) liées à l’alimentation telles que le
diabète de type 2, l’hypertension artérielle et les maladies cardiovasculaires (Victoria et al.,
2008 ; Black et al. 2013). Selon la gravité, on peut distinguer trois types de malnutrition allant
de la forme marginale à la forme modérée puis sévère (OMS, 2006).

2.1.1. Malnutrition maternelle

La malnutrition maternelle peut se manifester soit par un déficit énergétique chronique, un


retard de croissance marqué par une petite taille à l’âge adulte, par une carence en
micronutriments mais également par une surcharge pondérale et une obésité (Black et al.,
2013).

[Link]. Carence ou déficit énergétique

La carence énergétique maternelle est définie chez la femme non enceinte par un indice de
masse corporelle (IMC) <18,5 kg/m² (WHO, 1996). Chez la femme enceinte, elle est définie
par un périmètre brachial (PB) < 230 mm. L’IMC avant la conception et la mesure du PB
pendant la grossesse constituent des prédicteurs importants de la santé maternelle et de l’issue
de la grossesse (Ververs et al., 2013 ; Barber et al., 2017). Le déficit énergétique maternel en
début de grossesse est le principal facteur de risque lié à la naissance dans les pays en

30
développement (Rahman et al., 2015). En effet, les conséquences d’un déficit énergétique
chez la mère sont un risque élevé de retard de croissance intra-utérin (RCIU), d’accouchement
prématuré ou d’un nouveau-né de faible poids de naissance (FPN), de mortinatalité et
d’anomalies congénitales (Black et al., 2008 ; Barber et al., 2017). Une récente étude
regroupant plus de 72000 femmes avec un faible IMC avant la grossesse a montré que le
risque d’accouchement prématuré augmente avec la gravité du déficit énergétique pré-
maternel de 1,14 pour un faible IMC (< 18.5 kg/m²) et de 1,54 pour un déficit énergétique
sévère (IMC< 16 kg/m²) (Ginsen et al., 2016). Selon les dernières statistiques de l’OMS, la
prévalence du déficit énergétique chez les femmes en âge de procréer a diminué en Afrique et
en Asie, mais reste supérieure à 10% (WHO, 2017). Dans certains pays du Sahel et d’Asie du
Sud, les prévalences dépassent le seuil critique de 30%. Au Sénégal, les résultats de l’enquête
nationale utilisant la méthodologie SMART montrent une prévalence globale de 25% de
déficit énergétique chez les femmes en âge de procréer (DAN, 2016).

[Link]. Petite taille de la mère

Selon l’OMS, une femme en âge de procréer est considérée comme de petite taille si elle
mesure moins de 145 cm (WHO, 1996). La taille de la mère est un déterminant important de
l’issue de la grossesse, en particulier dans les pays en développement (Black et al., 2013 ;
Kozuki et al., 2015). Elle constitue un marqueur simple, stable et utile pour évaluer les liens
intergénérationnels en matière de santé (Figure 5). La taille de la mère reflète les effets
persistants et cumulatifs des expositions alimentaires, sanitaires, environnementales et
sociales d’une mère durant sa petite enfance et qui peuvent s’étendre sur plusieurs générations
(Casapía et al., 2007 ; Huntsman & White, 2007 ; Subramanian et al., 2009). Les résultats
d’une méta-analyse du groupe d’expert de l’OMS sur l’anthropométrie ont montré que la
petite taille de la mère est un facteur de risque élevé de RCIU, d’accouchement par
césarienne, de FPN et de prématurité (WHO, 1995). D’autres études ont également montré
qu’une petite taille de l’utérus, généralement observée chez les mères de petite taille, entraîne
un étirement de la membrane et le raccourcissement du col pouvant augmenter la probabilité
de RCIU, d’accouchement prématuré, de FPN, de morbidité et de mortalité néonatales
(Bhutta et al., 2013 ; Kozuki et al., 2015). En Inde, Subramanian et al. (2009) ont montré une
association inverse entre la taille de la mère et la survenue du retard croissance chez l’enfant.

31
Figure 5 : Cycle intergénérationnel de la malnutrition (WFP, 2012)

[Link]. Surpoids/obésité de la mère

Le surpoids/obésité est reconnu comme un problème de santé mondial croissant (Marie et al.,
2014). Chez la femme en âge de procréer, le surpoids est défini par un IMC compris entre 25
et 29,9 kg/m², l’obésité par un IMC ≥ 30 kg/m² (WHO, 1996). A l’échelle mondiale, la
proportion de femmes en surpoids/obèses dans le monde est passée de 29,8% en 1980 à
38,0% en 2013, surtout dans les pays pauvres où l’on note une forte transition nutritionnelle.
De plus, dans ces pays, le nombre de décès annuels dus au surpoids/obésité maternel a plus
que doublé, passant de 336967 en 1990 à 840427 en 2010. Plusieurs études ont montré que le
surpoids/obésité avant la grossesse est associé à un risque accru de complications maternelles
et néonatales (Joshi et al., 2011 ; Liu et al., 2013 ; Rahman et al., 2015). Les effets
indésirables majeurs sur la santé de la mère sont le diabète gestationnel, la pré-éclampsie,
l’hémorragie post-partum et l’accouchement par césarienne. De même, les nouveau-nés, dont
les mères sont en surpoids ou obèses, courent un risque accru de FPN, de macrosomie, de
prématurité, de petite taille pour l’âge gestationnel et de mort-né (Rahman et al., 2015). Au
Sénégal, les résultats de l’enquête SMART de 2015 a révélé que 18,9% des femmes en âge de
procréer étaient en surpoids/obèses (DAN, 2016).

32
2.1.2. Malnutrition fœtale

La grossesse est la période qui s’écoule depuis la conception jusqu’à la naissance de l’enfant
(Figure 6). C’est une période sensible et essentielle pour la santé néonatale. Tout problème de
santé lié à la nutrition durant cette période aura pour conséquence un retard de développement
fœtal et/ou un petit poids à la naissance. Il peut également entrainer la naissance d’un enfant
souffrant de macrosomie (Black et al., 2013 ; Forsum, 2017 ; Karakochuk et al., 2018).

Figure 6 : Période de la grossesse

[Link]. Retard de développement intra-utérin

Le retard de croissance intra-utérin (RCIU) est l’incapacité du fœtus à atteindre son potentiel
de croissance génétique au cours de la grossesse (Chavatte-Palmer et al., 2008). Le RCIU
constitue un problème majeur de santé publique et touche chaque année plus de 400000
nouveau-nés dans les pays en développement, l’Afrique subsaharienne et les pays d’Asie du
Sud-Est représentant respectivement 20% et 30% de ce fardeau (UNICEF/WHO/UN/World
Bank, 2018). Les conséquences du RCIU peuvent être à court et à long terme. A court terme,
les enfants avec un RCIU présentent un risque accru de morbidité et de mortalité pendant la
période néonatale et post-néonatale, une altération de la croissance et du développement
neurologique pendant l’enfance (Longo et al., 2013 ; von Beckerath et al., 2013 ;
Accrombessi et al., 2018). Les conséquences à long terme sont irréversibles et parfois
intergénérationnelles (Barker et al., 1989 ; de Onis et al., 1998 ; von Beckerath et al., 2013 ;
Accrombessi et al., 2018). En effet, selon Barker et al. (1989), le fœtus avec un RCIU serait
programmé à développer un phénotype « économe » avec, à l’âge adulte, une augmentation

33
de la prise alimentaire et un stockage accru de graisse corporelle. Ce phénomène, appelé
« programmation fœtale », a montré que la privation alimentaire durant la grossesse est
associée à une restriction de la croissance fœtale et à une diminution du nombre des cellules
bêta au niveau du pancréas. Par conséquent, à l’âge adulte il y a une augmentation de la
résistance à l’insuline et un risque d’obésité, de diabète de type 2, d’hypertension artérielle et
de décès par pathologies coronariennes (Figure 7).

Figure 7 : Programmation fœtale selon l’hypothèse de Barker (Tomar et al., 2015)

[Link]. Faible poids de naissance

Le faible poids de naissance (FPN) est défini comme un nouveau-né qui pèse moins de 2500 g
quel que soit l’âge gestationnel (Black et al., 2013). C’est un indicateur étroitement lié à la
survie, au bien-être et à la croissance de l’enfant. Il est la principale cause de mortalité
néonatale, la deuxième cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans
(Unicef/WHO/World Bank, 2018). La réduction de 30% des cas de FPN fait partie des
objectifs cibles de l’OMS d’ici 2025 (WHO, 2014). Les conséquences immédiates du FPN
sont une augmentation de la morbidité et de la mortalité infanto-juvéniles (Black et al., 2013).
Des études ont montré que les enfants avec un FPN ont plus de risque de développer des
épisodes diarrhéiques, de pneumonie ou d’infections respiratoires aiguës que les enfants nés
avec un poids ³ 2500g (WHO, 1992). A long terme, le FPN peut entrainer des dommages

34
irréversibles sur la capacité cognitive avec une faible scolarisation, la réduction de la taille
chez l’adulte et l’augmentation des risques de maladies chroniques liées à l’alimentation
comme l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle et les maladies coronariennes
(Barker, 1993 ; Leon, 1998). Selon les dernières estimations, plus de 20 millions de
nourrissons dans le monde (15,5% de toutes les naissances) sont nés avec un FPN, et plus de
95% des cas sont retrouvés dans les pays en développement (Unicef/WHO/World Bank,
2018). Les prévalences de FPN sont de 28% en Asie du Sud, 13% en Afrique subsaharienne
et 9% en Amérique latine. Au Sénégal, les données de la dernière enquête EDS-Continue ont
révélé que parmi les nouveau-nés dont le poids de naissance a été déclaré, 12,1% ont un FPN
(ANSD, 2018). Cependant, il existe des disparités entre les régions du fait qu’une grande
partie des données sur les FPN restent limitées ou sont peu fiables, car de nombreux
accouchements ont lieu à domicile ou dans des petites cliniques et ne figurent pas dans les
chiffres officiels, ce qui peut entraîner une sous ou surestimation de la prévalence des FPN.

2.1.3. Malnutrition infantile

Selon l’OMS, la période allant de la naissance à l’âge de deux ans constitue un moment
critique pour la promotion de la croissance, de la santé et du développement de l’enfant
(OMS, 2006). Plusieurs études ont déjà montré que c’est l’âge où le ralentissement de la
croissance est maximum, les carences en nutriments essentiels et les maladies infectieuses
sont les plus fréquentes (Victoria et al., 2010 ; Black et al., 2013). Les conséquences
immédiates de cette malnutrition infantile, sont une réduction de croissance, une morbidité et
une mortalité élevées, un retard de développement psychomoteur, des performances
intellectuelles réduites à l’enfance et à l’adolescence et enfin, à long terme, le risque de
développer des maladies chroniques liées à l’alimentation dont le diabète, l’hypertension
artérielle et les dyslipidémies (Victoria et al., 2008 ; Black et al., 2013). La malnutrition
infantile englobe l’émaciation, le retard de croissance et les carences en micronutriments.

[Link]. Emaciation ou malnutrition aiguë

L’émaciation ou la malnutrition aiguë se caractérise par une insuffisance ou une perte de


poids corporel par rapport à la taille (WHO, 2006). Elle est définie par un indice poids-pour-
taille (PTZ) < -2 z-score selon les courbes de référence de l’OMS (WHO, 2006). Selon la
gravité, l’émaciation chez l’enfant peut être modérée ou sévère. Sur le plan clinique, la
malnutrition aiguë sévère (MAS) se présente sous deux formes, marasme et kwashiorkor bien

35
qu’il existe une forme intermédiaire appelée kwashiorkor-marasmique (OMS, 2000). Le
marasme survient le plus souvent avant l’âge d’un an alors que le kwashiorkor, apparait
généralement pendant la période de sevrage entre 18-24 mois ou plus (Williams, 1935,
Golden, 1991). Aujourd’hui, ces deux formes de malnutrition demeurent une des causes
importantes de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans (Unicef/WHO/World Bank,
2018). Selon McDonald et al. (2013) le risque de décès d’un enfant souffrant de MAS est 11
fois plus grand que celui d’un enfant bien portant. L’OMS estime qu’à travers le monde,
l’émaciation cause près de 2 millions de décès chez les enfants de moins de 5 ans soit 5% sur
l’ensemble des décès dans ce groupe d’âge (McDonald et al., 2013).

En 2018, 51 millions d’enfants de moins de 5 ans étaient touchés par la malnutrition aiguë
dans le monde, dont le tiers sous forme de MAS (Unicef/WHO/World Bank, 2018). Les pays
en développement endossent la plus lourde charge avec plus de deux tiers des cas provenant
des pays d’Asie du Sud et plus d’un quart en Afrique subsaharienne (Figure 8). Au Sénégal,
les résultats de l’EDS-Continue de 2017 montrent que 9% des enfants de moins de 5 ans
souffrent de malnutrition aiguë et 2% sont sévèrement émaciés (ANSD, 2018). Si l’on
considère le milieu de résidence, la malnutrition aiguë touche un peu plus fréquemment le
milieu rural que le milieu urbain (10% contre 5%) avec de grandes disparités entre les
régions. Elle est beaucoup plus élevée au Nord à Matam (10,5%), au Centre à Louga (9,4%)
et à l’Est à Tambacounda (10,5%). De plus, la prévalence de l’émaciation est liée au niveau
de bien-être du ménage, elle est de 10% chez les enfants des ménages du quintile le plus bas
contre 3% chez les enfants des ménages du quintile le plus élevé. En 2014, l’OMS s’est fixée
comme objectif de réduire et de maintenir en-dessous de 5% le pourcentage d’enfants
souffrant d’émaciation (OMS, 2014).

36
Figure 8 : Prévalence de l’émaciation chez les enfants de moins de 5 ans à travers le
monde (UNICEF/WHO/World Bank, 2018).

[Link]. Retard de croissance

Le retard de croissance fait référence à une croissance linéaire altérée et reflète une
malnutrition chronique ou récurrente au cours des périodes les plus critiques de la croissance
et du développement (WHO, 2006). Il indique également l’incapacité d’un enfant à atteindre
son plein potentiel de croissance staturale (Golden, 2009). Le retard de croissance est un
indicateur de vulnérabilité et de développement sous-optimal au niveau de la population (de
Pee, 2018). L’OMS définit le retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans par un
indice taille-pour-âge (TAZ) < -2 z-score rapport à la médiane des normes de croissance des
enfants (WHO, 2006). La période de survenue du retard de croissance est la fenêtre critique
des 1000 premiers de vie (Victoria et al., 2008 ; Dewey et Vitta, 2013). Dans une revue
systématique publiée dans la Série Lancet, Victoria et al. (2010) ont montré que le retard de
croissance commence généralement in utero, s’accélère au cours de la première année de vie
et se poursuit, mais lentement, jusqu’à environ 2 ans (Figure 9). Après cette période, les
auteurs indiquent que la croissance en longueur reste semblable à celle de la population de
référence même dans un contexte de pauvreté (Victoria et al., 2010). La période des 1000
premiers jours de la vie constitue dès lors le moment clé pour prévenir le retard de croissance
et ses conséquences connexes (Stein et al., 2010 ; Dewey et Vitta, 2013).

37
Figure 9 : Période d’apparition du retard de croissance (Victora et al., 2010)

Le retard de croissance a plusieurs conséquences à court et à long terme en raison des effets
cumulés sur la croissance, la santé et le développement de l’enfant (Adair et al., 2013).
Plusieurs études ont déjà montré le lien entre le retard de croissance et l’altération de la santé
et des performances éducatives et économiques plus tard dans la vie (Dewey & Begum, 2010,
2011 ; Adair et al., 2013). La revue systématique de Prendergast et Humphrey (2014) fait état
d’un rapport dose-réponse entre l’indice TAZ et la morbidité. En effet, les enfants qui
présentent une croissance linéaire insuffisante sont 1,5 fois plus à risque de souffrir
d’infections respiratoires et de diarrhées, une menace qui se voit multipliée par six lorsque le
retard de croissance est sévère. Dans ce cas, les enfants sont également trois fois plus à risque
de mortalité suite à d’autres infections, notamment la septicémie, la méningite, la tuberculose
et l’hépatite (Prendergast & Humphrey, 2014).
Une récente étude a estimé les conséquences économiques du retard de croissance dans les
pays pauvres et à revenus intermédiaires à plus de 175 milliards de dollars (101298 milliards
de FCFA) en pouvoir d’achat et une réduction individuelle annuelle au cours de la vie active
de 1400 dollars (810390 FCFA) par enfant (Fink et al., 2016). Ces pertes seraient en grande
partie attribuables à un déficit cognitif qui entraine une faible scolarisation, une faible
capacité physique et des performances réduites sur le marché du travail.
En 2017, 162 millions d’enfants de moins de 5 ans étaient touchés par un retard de croissance
soit une prévalence de 22,2% au niveau monde (Unicef/WHO/World Bank, 2018). Les
prévalences les plus élevées sont trouvées dans les pays d’Afrique Subsaharienne (39%) et

38
d’Asie du Sud (50%) qui regroupent à eux seuls plus de trois quarts des cas de retard de
croissance dans le monde (Figure 10). Pour éradiquer ce fléau, l’OMS s’est fixée comme
objectif de réduire de 40% à l’échelle mondiale le nombre d’enfants de moins de 5 ans
présentant un retard de croissance à l’horizon 2025 (WHO, 2014).
Au Sénégal, la dernière enquête démographique et de santé continue (EDS-Continue) montre
une prévalence de 17% de retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans (ANSD,
2018). Dans l’ensemble, la situation semble acceptable, mais il existe des disparités
importantes en fonction des variables sociodémographiques (Figure 11). La proportion
d’enfants accusant un retard de croissance est plus élevée dans les régions de Kolda (32%),
Kédougou (29%), Tambacounda (26%) et Kaffrine (26%), de plus cette proportion de
malnutrition chronique est deux fois plus élevée en milieu rural (23%) qu’en milieu urbain
(12%). Selon le niveau socio-économique, la prévalence du retard varie selon le quintile de
bien être socio-économique des ménages. Elle est quatre fois plus élevée parmi les enfants
vivant dans un ménage du quintile le plus bas (28%) que chez ceux des ménages du quintile le
plus élevé (7%).

Figure 10 : Prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans à


travers le monde (UNICEF/WHO/World Bank, 2018)

39
Figure 11 : Prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans au
Sénégal (ANSD, 2018)

[Link]. Surpoids/obésité

Chez l’enfant, le surpoids/obésité est défini par un indice poids-pour-taille z-score supérieur à
deux écarts type (+2 ET) par rapport à la médiane de la population de référence (OMS, 2006).
Le surpoids et l’obésité infantile entraînent de nombreuses conséquences qui portent atteinte à
la santé physique, émotionnelle et psychosociale des jeunes (OMS, 2012 ; Sahoo et al., 2015).
Les enfants en surpoids ou obèses présentent un risque accru de développer des complications
métaboliques sévères à l’âge adulte notamment le diabète de type 2, l’hypertension artérielle,
les dyslipidémies, les AVC et certains cancers (Flegal & Kalantar-Zadeh, 2013 ; GBD, 2017).
Les coûts humains, sanitaires, sociaux et économiques associés sont ainsi considérables
(Tarride et al., 2012 ; Tremmel et al., 2017). Au cours des dernières décennies, le surpoids et
l’obésité infantile ont augmenté de façon spectaculaire dans les pays en développement. Selon
les dernières estimations, ils sont en hausse dans presque tous les pays et affectent environ ou
38,3 millions des nourrissons et jeunes enfants de 0 à 5 ans (5,6%) dans le monde en 2017
(UNICEF/WHO/World Bank, 2018). Au Sénégal, le surpoids/obésité touche 0,9% des enfants
de moins de 5 ans (ANSD, 2018). Selon une étude récente à laquelle a participé l’équipe de
nutrition de la FST, UCAD, cette prévalence devrait être multipliée par 3 (Diouf et al., 2018).

40
2.1.4. Carences en micronutriments

Le micronutriment est le terme générique utilisé pour désigner les vitamines et les minéraux
nécessaires pour le fonctionnement normal de l’organisme (West et al., 2012). Bien que les
quantités requises pour le corps soient très petites, les carences en micronutriments
constituent aujourd’hui un problème majeur de santé publique avec des conséquences graves
pour les groupes vulnérables tels que les femmes enceintes et allaitantes, les adolescentes, les
nourrissons et les jeunes enfants (Black et al., 2013). Les carences en micronutriments ont des
effets immédiats sur la croissance et le développement des jeunes enfants mais surtout sur le
risque de maladies infectieuses et de décès par diarrhée, rougeole, paludisme et pneumonie
(WHO, 2002). Contrairement aux autres types de malnutrition par carence, les effets de la
carence en micronutriments sur la santé ne sont pas toujours bien visibles. Le terme « faim
cachée » est utilisé de manière interchangeable pour décrire la nature invisible du problème et
le manque de symptômes évidents de la carence en micronutriments (Mathayya et al., 2013).
Dans le monde, les formes de carences en micronutriments les plus répandues sont la carence
en fer, en vitamine A, en acide folique, en iode et en zinc. Selon les estimations de l’OMS,
près d’un tiers de la population mondiale est touchée par les carences en micronutriments, la
majorité vivant dans des pays en développement (OMS, 2017). On estime que les carences en
micronutriments représentent environ 7,3% de la morbidité au niveau mondial, la carence en
fer et en vitamine A étant classées parmi les 15 principales causes de morbidité mondiale
(Richtie & Roser, 2018).

[Link]. Carence en fer

La carence en fer est définie par une diminution du fer corporel avec un épuisement des
réserves en fer. Elle débute par une déplétion des réserves au niveau de la moelle osseuse et
aboutit à une anémie par carence en fer qui traduit la sévérité de la carence. La carence en fer
est le problème nutritionnel le plus répandu dans le monde avec plus de 2 milliards de
personnes touchées. Elle représenterait à elle seule 50% de tous les cas d’anémie chez les
femmes enceintes et non enceintes et 42% des cas chez les enfants de moins de 5 ans (WHO,
2015). Plusieurs études ont montré que l’anémie par carence en fer chez la femme enceinte est
associée à un risque accru d’accouchement prématuré, un FPN et à une diminution de la santé
néonatale (Breymann, 2015 ; Daru et al., 2017). En fonction de la sévérité, l’anémie martiale
contribue à 20% des décès maternels (de Benoist et al., 2008). La carence en fer affecte aussi
la maturation auditive intra-utérine (Amin et al, 2010). Chez l’enfant, la carence en fer

41
apparaît souvent après l’âge de six mois (WHO/Unicef/UNU, 2001) et entraîne une
diminution de la réponse immunitaire, un retard de développement moteur, une diminution de
l’attention et affecte négativement la croissance et les performances cognitives ou
comportementales (Osendarp et al., 2010 ; Lozoff et al., 2013). Selon Mannar (2007) la
carence en fer pourrait empêcher 40 à 60% des enfants d’atteindre leur pleine capacité
mentale, intellectuelle, physique et de productivité à l’âge adulte.
Au niveau mondial, les données sur la carence en fer sont moins nombreuses que celles
relatives à l’anémie. Une analyse des données d’enquêtes de 185 pays collectées entre 1990 et
2011 a révélé qu’environ 1,6 milliard de personnes (un quart de la population mondiale)
souffraient d’anémie, la prévalence étant la plus élevée chez les enfants d’âge préscolaire et
les femmes en âge de procréer, en particulier ceux vivant dans les pays d’Afrique et d’Asie du
Sud-Est (WHO, 2011). En Afrique c’est plus de 60% des enfants de moins de 5 ans qui sont
touchés par l’anémie.
Pour atténuer ce lourd fardeau, la réduction de 50% de l’anémie chez les femmes en âge de
procréer compte parmi les six (6) objectifs de l’OMS pour la nutrition d’ici 2025 (WHO,
2014). Au Sénégal, les résultats de l’étude nationale sur le statut biologique de base (fer,
vitamine A et zinc) des femmes de 15 à 49 ans et des enfants de 12 à 59 mois, menée par le
Laboratoire de Nutrition de la FST, UCAD, montrent que la carence en fer touche 39,0% des
femmes et 82,4% des enfants (COSFAM/MI/UCAD, 2012). Selon la zone géographique, la
carence en fer est plus élevée en zones rurales qu’en zones urbaines (Ndiaye et al., 2015). La
même étude montre également que l’anémie était présente chez 47,9% des femmes et 66,1%
des enfants. En 2017, les résultats de l’EDS-Continue montrent une situation plus grave avec
71% d’enfants et 54 % de femmes atteints d’anémie (ANSD, 2018). Les enfants de la tranche
d’âge 12-17 mois constituent le groupe le plus affecté (88%).

[Link]. Carence en vitamine A

La carence en vitamine A est un problème de santé publique dans la plupart des pays en
développement. Globalement, elle est parmi les principaux facteurs de risque qui augmentent
la morbidité et la mortalité (Lim et al., 2012 ; Black et al., 2013). Les enfants (en particulier
ceux âgés de plus de 6 mois), les femmes enceintes et les femmes allaitantes sont les groupes
à plus haut risque de carence, du fait d’une augmentation de leurs besoins en vitamine A
généralement non compensés par l’alimentation (Black et al., 2008). Dans une étude menée
en milieu périurbain dakarois, Agne-Djigo et al. (2012) ont montré que 73% des nourrissons

42
âgés de 6 mois avaient des réserves faibles en vitamine A, réserves qu’ils sont censés acquérir
à partir du lait maternel. D’autres études ont rapporté que la carence en vitamine A se
prolonge même jusqu’à l’adolescence (Singh & West, 2004 ; Fiorentino et al., 2013). Chez
l’enfant, la carence en vitamine A peut entrainer la cécité nocturne et des altérations graves
des structures épithéliales aboutissant à la kératomalacie ou à la cécité totale. Elle augmente
également le risque d’infections infantiles courantes telles que les maladies diarrhéiques et la
rougeole (Black et al., 2013). Chez les femmes enceintes, la carence en vitamine A survient
surtout au cours du dernier trimestre, lorsque la demande fœtale et maternelle est la plus forte.
Elle entraine une cécité nocturne et peut augmenter le risque de mortalité maternelle (Sherry
et al., 2016).

En 2009, l’OMS estimait que 190 millions d’enfants d’âge préscolaire et 19,1 millions de
femmes enceintes dans le monde étaient touchés par la carence en vitamine A, en particulier
dans les pays en développement (WHO, 2009). Cinq millions d’enfants d’âge préscolaire et
9,8 millions de femmes enceintes étaient également atteints de cécité nocturne sur la base de
l’indicateur rétinol sérique (<0,7 mmol/L). Selon la Série Lancet, environ 250000 à 500000
enfants carencés en vitamine A deviennent aveugles chaque année et la moitié d’entre eux
meurent dans les 12 mois qui suivent la perte de la vue (Black et al., 2013 ; Stevens et al.,
2015).

Au Sénégal, l’étude menée par le Laboratoire de Nutrition sur le statut de base en


micronutriments a montré que la carence en vitamine A touchait environ 2,1% des femmes de
15 à 49 ans et 17,2% des enfants de 12 à 59 mois (COSFAM/MI/UCAD, 2012), touchant un
peu plus les zones rurales que les zones urbaines (Ndiaye et al., 2015). De plus, les auteurs
montrent que le statut en vitamine A des enfants est relié à celui de leurs mères. En effet, le
risque pour un enfant d’être carencé en vitamine A est 13 fois plus élevé dans les ménages
ayant une femme carencée en vitamine A que dans ceux n’en ayant pas.

[Link]. Carence en zinc

Le zinc est un minéral essentiel impliqué dans de nombreux aspects du métabolisme cellulaire
(King, 2011). Le zinc est nécessaire à l’activité de plus de 300 enzymes et il est essentiel au
fonctionnement du système immunitaire, à la division cellulaire et à la synthèse des protéines
et de l’ADN (Bailey et al., 2015). Le zinc est également nécessaire à la croissance et au
développement de l’enfant. Sa carence est largement reconnue comme un des principaux
risques de morbidité et de mortalité (Black, 2008 ; Hess et al., 2009). Tous les groupes d’âge

43
sont exposés au risque de carence en zinc, mais les nourrissons et les enfants en bas âge ainsi
que les femmes enceintes et allaitantes représentent les groupes les plus vulnérables (King et
al 2016). Chez l’enfant, la carence en zinc augmente le risque, la gravité et la mortalité dues à
la diarrhée, aux infections respiratoires et au paludisme (Chaffee & King, 2012 ; Black et al.,
2013). Une carence sévère entraîne une dermatite, un retard de croissance, des troubles
mentaux, un retard de maturation sexuelle et/ou des infections récurrentes (Allen, 2006).
Selon la Série Lancet, la carence en zinc est responsable d’environ 4% de la mortalité
infantile, soit 116000 décès d’enfants dans le monde (Black et al., 2013). De plus, l’Initiative
pour les Micronutriments (MI) révèle que la carence en zinc contribue pour 19% des décès
chez les enfants âgés de 12 à 47 mois (MI, 2009).
D’après les estimations de l’International Zinc Consultative Group (IZiNCG), environ 20% de
la population mondiale seraient à risque de carence en zinc (IZiNCG, 2004). Récemment,
Hess et al. (2017) ont fait une méta-analyse à partir d’études représentatives au niveau
national dans des pays en développement et ont trouvé des prévalences de carence en zinc
supérieures à 20% aussi bien chez les femmes en âge de procréer que chez les enfants de
moins de 5 ans dans tous les pays participants à l’étude. Au Cameroun, au Bengladesh et au
Mexique des prévalences respectives de 83%, 46% et 28% ont été trouvées chez des enfants
âgés de 6 à 60 mois, tandis que chez les femmes en âge de procréer les prévalences sont
respectivement de 82%, 58% et 29% (Morales-Ruan et al., 2012 ; Iccdr’b et al., 2013 ; Mejia-
Rodriguez et al., 2013 ; Engle-Stone et al., 2014).
Au Sénégal, les résultats de l’enquête nationale sur le statut biologique a montré que 58% des
femmes en âge de procréer et 42,8% des enfants 12-59 mois présentaient une carence en zinc
(COSFAM/MI/UCAD, 2012) avec une prévalence plus importante en milieu rural (Ndiaye et
al., 2015). Cette prévalence observée chez les femmes confirme les résultats de l’étude menée
en 2006 en milieu rural sénégalais qui montrait une forte prévalence (69,3%) de la carence en
zinc chez les femmes à Sédhiou (Guèye, 2006).

[Link]. Carence en acide folique

L’acide folique est une vitamine hydrosoluble qui joue le rôle de coenzyme dans diverses
réactions organiques ou de donneur universel de groupes méthyle (Shane, 2011). Il est
également impliqué dans la synthèse des acides nucléiques, des érythroblastes et des tissus
nerveux. La carence en acide folique a de nombreuses conséquences et provoque une anémie
mégaloblastique ou macrocytaire (Ahmad et al., 2015). Elle est également associée à un

44
risque accru d’anomalies du tube neural et d’autres malformations congénitales (De-Regil et
al., 2015) et constitue un facteur de risque de maladies métaboliques et cardiovasculaires
(Ganji & Kafai, 2006). La carence en folate pendant la grossesse a également été associée à
un FPN, à un accouchement prématuré et à un RCIU (WHO, 2007 ; Tamura et al., 2010).
Selon l’OMS, la majorité des données sur la carence en folate est tirée d’enquêtes locales
nationales ou régionales relativement restreintes, mais celles-ci suggèrent que la carence en
folate pourrait être un problème de santé publique qui touche plusieurs millions de personnes
dans le monde (Tulchinsky, 2017). Les quelques données nationales obtenues montrent de
grandes variabilités entre les pays. Par exemple, en Sierra Leone, en Afrique du Sud, au
Venezuela, en Éthiopie et au Bangladesh des prévalences respectives de la carence en acide
folique chez les femmes en âge de procréer sont de 79,2%, 36,3%, 31,1%, 27,6% et 19%
(Gamble et al., 2005 ; Gracia-Casal et al., 2005 ; Modjadji et al., 2007 ; Haidar, 2010 ; MHS,
2015). Au Sénégal, une récente publication de Ndiaye et al. (2017), utilisant les données de
l’enquête nationale sur le statut biologique de base de la population, a montré que plus de la
moitié (54,8%) des femmes sénégalaises en âge de procréer sont carencées en acide folique.
Selon leur lieu de résidence, les femmes vivant en milieu urbain avaient des prévalences de
carence en folate plus faibles (31,6%) que celles qui sont en milieu rural (62,0%).

[Link]. Carence en iode

L’iode est essentiel à la croissance et au développement du système nerveux central fœtal et


postnatal en particulier durant la période des 1000 premiers jours (Zimmermann, 2009 ; Tayie
& Jourdan, 2010). Lorsque les besoins physiologiques en iode ne sont pas couverts, il se
développe une série d’anomalies groupées sous l’appellation de Troubles Dus à la Carence en
Iode (TDCI). Les signes concernent toutes les tranches de la vie du fœtus à l’adulte. Selon le
groupe Investing in the future, la carence en iode est la principale cause évitable de lésions
cérébrales (FFI/GAIN/MI, 2009). Chez la femme enceinte, les TDCI entrainent un retard de
développement cérébral du fœtus, des avortements à répétition, un accouchement d’enfant de
FPN, prématuré ou mort-né. Ils peuvent entrainer également un goitre (Zimmermann, 2009).
Chez l’enfant, la carence en iode entraine des troubles neurologiques et mentaux avec un
retard de développement physique, une réduction du quotient intellectuel de 10 à 15 points et
une baisse des performances scolaires (Tayie & Jourdan, 2010). Dans les formes les plus
sévères, la carence en iode peut entraîner un crétinisme (Zimmermann et al., 2008). Les TDCI
ont condamné des millions de personnes à un sous-développement persistant

45
(WHO/Unicef/ICCIDD, 2007). Dans une méta-analyse, Bleichrodt & Born (1994) ont montré
que les personnes vivant dans des zones touchées par une carence sévère en iode pouvaient
avoir un quotient intellectuel (QI) inférieur de 13,5 points comparé à celui des communautés
vivant dans des zones non carencées en iode. Aujourd’hui les TDCI sont largement répandus
dans le monde, on estime que 2 milliards de personnes (29%) ont une carence en iode (Black
et al., 2013). En Asie du Sud-Est, c’est plus de 500 millions de personnes qui sont touchées.
Au Sénégal, les TDCI ont été reconnus comme un problème de santé majeur au cours des
dernières décennies et demeurent une menace pour la santé et le développement de la
population. Les résultats de l’enquête menée en 2015 par l’Institut de Formation et de
Recherche en Population, Développement et Santé de la Reproduction (IPDSR) ont révélé
que 28,3% des femmes en âge de procréer présentaient une carence en iode
(MSAS/MI/IPDSR, 2015). Cette prévalence est en augmentation comparée à celle de 24%
rapportée en 2010 par une étude menée à l’échelle nationale (MSAS/MI/IPDSR, 2010).

3. CAUSES DE LA MALNUTRITION PAR CARENCE

La malnutrition par carences est un problème de santé publique multi-causal. Le modèle


conceptuel développé par l’Unicef (Figure 12) montre que la malnutrition est la résultante des
causes fondamentales, sous-jacentes et directes (ou immédiates) (Unicef, 2013). Les causes
fondamentales concernent l’organisation du pays en termes politique, économique,
géographique (climat, pluviométrie), sociétale (qualité et quantité des ressources humaines) et
sécuritaire (conflit, guerre, crise). Les causes sous-jacentes se concentrent sur la sécurité
alimentaire des ménages, les soins de santé et les pratiques d’alimentation, l’accès aux
services de santé, à l’hygiène et l’assainissement, à la connaissance et à l’éducation. Les
causes directes sont l’impact des causes fondamentales et sous-jacentes au niveau individuel
en raison d’une consommation insuffisante de nourriture en quantité et/ou en qualité et de
maladies. Le cadre conceptuel, conçu à l’origine en 1990, a été modifié pour des contextes
géographiques ou d’interventions spécifiques (Levitt et al., 2009 ; Black et al., 2013).

46
Figure 12 : Cadre conceptuel de la malnutrition (Unicef, 2013)

3.1. Causes immédiates de la malnutrition

Les 2 principales causes immédiates de la malnutrition sont l’inadéquation de la ration


alimentaire et la maladie (Victoria et al., 2008).

3.1.1. Inadéquation de la ration alimentaire

L’inadéquation de la ration alimentaire est due chez l’enfant à une absence d’allaitement
maternel optimal et/ou une alimentation insuffisante et/ou pauvre en nutriments (Black et al.,
2013 ; Reinhardt & Fanzo, 2014). L’allaitement maternel optimal fait référence à une
initiation précoce à l’allaitement maternel dans l’heure qui suit la naissance, l’allaitement
maternel exclusif jusqu’à 6 mois et la poursuite de l’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans ou
au-delà. Le risque de morbidité et de mortalité lié à l’allaitement maternel sous-optimal chez
les jeunes enfants a été documenté dans plusieurs études observationnelles. Les récentes
revues systématiques ont montré que l’absence d’allaitement maternel exclusif pendant les six
premiers mois et d’allaitement chez les nourrissons âgés de 6 à 23 mois sont associées à un

47
risque plus élevé d’infections diarrhéiques, de pneumonie et de mortalité néonatale associées
(Victora et al. 2016 ; Smith et al., 2017). D’autres études semblent indiquer que l’absence
d’allaitement maternel est corrélée à un plus faible quotient intellectuel (Horta et al., 2015) et
à plus long terme, à une diminution des performances économiques sur le marché du travail
(Lutter 2016 ; Rollins et al. 2016). Les dernières estimations donnent des prévalences de 22 à
39% d’enfants âgés de 2 à 5 mois exclusivement nourris au sein dans les régions d’Afrique,
d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes (WHO/UNICEF/World Bank, 2018). Au Sénégal,
grâce à l’utilisation de techniques isotopiques stables, il a été montré que les besoins
énergétiques des nourrissons de 6 mois sont couverts par le lait maternel des mères qui
allaitent exclusivement (Agne-djigo et al., 2013). Cependant, les données nationales révèlent
que seul 34% des nouveau-nés et 42% des nourrissons de moins de six mois sont
respectivement mis au sein dans l’heure qui suit la naissance et exclusivement allaités au sein
(ANSD, 2018). Dans une étude en milieu rural à Mbadakhoune dans le Département de
Guinguineo, région de Kaolack au centre du pays, les résultats en cours de publication
(Badiane et al. Soumis à BMC pregnancy and childbirth en 2018) montrent une prévalence de
32% de nouveau-nés mis au sein dans l’heure qui a suivi leur naissance.

A partir de 6 mois, les enfants doivent recevoir, en plus du lait maternel, des aliments de
complément adéquats liquides, semi-solides et solides riches en nutriments (Black et al.,
2013). L’apport d’aliments de complément adaptés à cet âge, riches en énergie et en
nutriments aident à prévenir les carences nutritionnelles (Bhutta et al., 2013).
Malheureusement, dans les pays en développement, les aliments de complément sont le plus
souvent des bouillies de céréales, pauvres en nutriments essentiels et ne permettent pas de
couvrir les besoins des enfants (Unicef, 2012 ; Black et al., 2013), favorisant ainsi une
malnutrition chronique difficilement réversible plus tard (Idohou-Dossou et al., 2003 ; Coly et
al., 2006) et de multiples carences en micronutriments. De plus, certains aliments de
complément renferment parfois des teneurs très élevées en polyphénols qui peuvent inhiber
l’absorption de certains micronutriments essentiels tels que le fer et le zinc (Gibson et al.,
1998 ; Ba-Lo et al., 2014). Plusieurs revues ont déjà mis en évidence l’association entre
l’alimentation complémentaire et la survenue de la malnutrition infantile (Jones et al., 2013 ;
Ogechi & Chilezie, 2017). Récemment, Krasevec et al. (2017) ont montré qu’une faible
diversité alimentaire est fortement associée à la survenue du retard de croissance. Les auteurs
ont également révélé que chez les enfants de 6 à 23 mois, la consommation de moins de 4
groupes d’aliments augmente de 34% le risque de retard de croissance. De plus, les enfants

48
qui n’avaient pas consommé des aliments d’origine animale le jour précédent leur enquête
présentaient un risque de retard de croissance supérieur à celui des enfants nourris avec trois
types d’aliments d’origine animale (œuf + viande + produits laitiers).

Au Sénégal, les résultats de la dernière Enquête Démographique et de Santé (ANSD, 2018)


montrent que la recommandation relative à l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant à
partir de l’âge de six mois n’est pas encore correctement suivie. En effet, 25 %, 31% et 8%
des enfants de 6-23 mois ont respectivement une alimentation diversifiée, une fréquence
minimale des repas et une alimentation minimale acceptable.

3.1.2. Maladie

La synergie entre malnutrition et infection est largement documentée. La conséquence


majeure de la malnutrition est l’affaiblissement du système immunitaire et certaines
infections, telles que la diarrhée, la pneumonie, la tuberculose, la rougeole et le VIH/SIDA,
peuvent entrainer une anorexie et un défaut d’absorption et de digestion des nutriments
(Farhadi & Ovchinnikov, 2018), mais aussi augmenter les besoins en nutriments (Dewey et
Mayers, 2011). Golden en 1987 avait rapporté que le risque de survenue du Kwashiorkor était
augmenté par la présence d’infections, particulièrement la rougeole, la tuberculose, le
paludisme et la diarrhée (Golden, 1987). Le risque de retard de croissance chez un enfant de
moins de 2 ans augmente avec l’incidence de la diarrhée (Checkley et al., 2008 ; Victora et
al., 2008). En retour les carences en micronutriments, la carence vitamine A en particulier,
augmente le risque de maladies infectieuses (Black et al., 2013). Cet effet dose-réponse
entraine un cercle vicieux entre malnutrition et infections. Au Sénégal, les résultats de la
dernière enquête EDS-Continue ont révélé que 20%, 18%, et 4% des enfants de moins de 5
ont souffert respectivement de fièvre, de diarrhée et présentaient des symptômes d’infections
respiratoires aiguës au cours des deux semaines ayant précédé l’interview (ANSD, 2018).

3.2. Causes intermédiaires ou sous-jacentes

L’inadéquation de la ration alimentaire et la maladie sont le résultat d’une insécurité


alimentaire au niveau du ménage, de pratiques de soins inadéquates, d’un accès inadéquat à
des services de santé et d’un environnement insalubre.

49
3.2.1. Insécurité alimentaire

La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès
physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de
satisfaire leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour mener une vie
saine et active (Sommet mondial de l’alimentation, 1996). Pour un ménage, cela signifie la
capacité de se procurer une nourriture suffisante pour répondre aux besoins alimentaires de
tous ses membres, soit par leur propre production, soit par l’achat de produits alimentaires.
L’insécurité alimentaire expose les ménages, en particulier les femmes et les enfants, à une
consommation insuffisante d’aliments riches en micronutriments et à une surconsommation
d’aliments moins coûteux denses en énergie et pauvres en nutriments (Drewnowski &
Eichelsdoerfer, 2010), augmentant ainsi le risque de malnutrition et la vulnérabilité aux
infections (FAO, 2018). Récemment, une revue systématique de la FAO ayant examiné la
relation entre l’insécurité alimentaire et les paramètres nutritionnels a montré que la plupart
des études ont trouvé une association positive et significative entre l’insécurité alimentaire et
le retard de croissance et le risque d’émaciation chez les enfants de moins de cinq ans (FAO,
2018). Chandrasekhar et al. (2017), ont utilisé les données d’une enquête nutritionnelle menée
en Inde pour examiner le lien entre la sécurité alimentaire des ménages, la diversité
alimentaire et l’état nutritionnel des enfants. Ils ont constaté que la sécurité alimentaire du
ménage est indirectement liée au retard de croissance, à l’émaciation ou à l’insuffisance
pondérale, mais plutôt associée à la diversité du régime alimentaire des enfants, ce qui
conforte l’hypothèse selon laquelle la sécurité alimentaire des ménages influe sur la diversité
du régime alimentaire des enfants et sur l’état nutritionnel des enfants. Au Sénégal la plupart
des enquêtes menées sur l’approvisionnement des ménages montrent que les besoins
nutritionnels d’une fraction importante de la population ne sont pas satisfaits (SECNSA,
2010, 2013, 2016). La dernière enquête nationale sur la sécurité alimentaire révèle qu’au
niveau national, 17% des ménages sont en situation d’insécurité alimentaire dont 5% dans une
situation sévère (SECNSA, 2016). Les prévalences les plus élevées sont retrouvées dans les
régions de Diourbel, Fatick, Kaolack, Kédougou, Kolda, Matam, Saint-Louis, Tambacounda
et Sédhiou où plus de 20% des ménages sont concernés.

3.2.2. Inadéquation des pratiques alimentaires et sanitaires

L’inadéquation des pratiques alimentaires concernent les mauvaises pratiques d’alimentation


du nourrisson et du jeune enfant (ANJE). Le retard de l’initiation à l’allaitement maternel, dû

50
généralement à des pratiques culturelles, empêche les nouveau-nés de bénéficier du colostrum
et les expose ainsi à des carences nutritionnelles dès les premiers mois de la vie. A côté des
mauvaises pratiques d’allaitement, l’introduction précoce ou tardive d’eau ou d’aliments de
compléments, les mauvaises conditions de préparation et de conservation des aliments et une
réactivité inadéquate aux signaux d’alimentation prédisposent également les enfants à la
malnutrition. Récemment, Danaei et al. (2016), dans une revue systématique, ont montré que
l’introduction précoce d’eau ou d’aliments de complément, le plus souvent avant l’âge de six
mois (3-4 mois), déplace et diminue la quantité de lait maternel produit et expose les
nourrissons à des risques d’épisodes récurrents d’infections diarrhéiques, d’infections
respiratoires aiguës et de mortalité néonatale associées (Bhutta et al., 2013). Au Sénégal, les
résultats de la dernière enquête de l’ANSD montrent que la recommandation relative à
l’introduction adéquate d’aliments solides de complément à partir de l’âge de six mois n’est
pas encore correctement suivie car seul 58 % des enfants de 6 à 9 mois ont reçu, en plus du
lait maternel, des aliments de complément (ANSD, 2018).

Les autres causes sous-jacentes de la malnutrition sont l’absence de supplémentation pendant


la grossesse (fer/acide folique) et la petite enfance (vitamine A), le manque d’accès à des
soins pré et postnatals de qualité, l’absence de vaccination contre les maladies courantes de
l’enfant et l’incapacité des femmes à faire des choix éclairés à propos de leur santé et
nutrition. Dans la littérature, il a été prouvé que la supplémentation en fer/acide folique chez
la femme enceinte et allaitante et celle en vitamine A chez les enfants de moins de 5 ans
constituent des interventions spécifiques nutrition pour lutter contre la mortalité liée aux
carences en micronutriments (Imdad et al., 2010 ; Fernandez-Gaxiola & De-Regil, 2011 ;
WHO, 2012). De plus, l’évaluation de la stratégie de l’OMS/UNICEF sur la prise en charge
des soins pré et postnatals, la vaccination et la lutte contre les maladies courantes de l’enfant
(PCIME), a montré des avantages sur la réduction de la mortalité et des coûts liés aux soins de
santé dans de nombreux pays en développement (Black et al., 2013). En Tanzanie, la mise en
œuvre de la PCIME était associée à des améliorations significatives du retard de croissance
chez les enfants âgés de 24 à 59 mois (Schellenberg et al., 2004). Les mêmes conclusions ont
été signalées au Bangladesh, où la mise en œuvre de la PCIME était associée à une
augmentation significative de l’allaitement exclusif au sein et à une réduction plus rapide de
la prévalence du retard de croissance chez les enfants âgés de moins de 5 ans (Arifeen et al.,
2009).

51
3.2.3. Manque d’accès à l’eau et à un environnement salubre

Des conditions inappropriées d’approvisionnement en Eau, Assainissement et Hygiène


(WASH en anglais) seraient l’une des principales causes de malnutrition chronique, de
morbidité et de mortalité infantile (Reinhardt & Fanzo, 2014). L’environnement familial dans
lequel les enfants se développent et grandissent est fortement corrélé à leur état nutritionnel.
Des voies directes et indirectes existent entre le WASH et le retard de croissance. Au niveau
biologique, 3 voies principales ont été identifiées : épisodes de diarrhée répétés, infections
transmissibles par le sol (helminthes) et dysfonctionnement entérique environnementale
(DEE). Le paludisme, souvent associé à l’assainissement et au drainage des eaux dans
l’environnement, et d’autres infections, telles que les infections respiratoires aiguës,
exacerbées par de mauvaises pratiques d’hygiène, constituent d’autres risques pour la santé
liant le WASH et la malnutrition. Bien que les preuves scientifiques soient limitées, quelques
études ont montré l’association entre les conditions améliorées en WASH, la croissance de
l’enfant et la réduction du retard de croissance (Lin et al., 2013 ; Spears et al., 2013 ; Bain et
al., 2014).

3.3. Causes fondamentales

Les orientations politiques et les idéologies sont des causes fondamentales de la malnutrition
parce qu’elles affectent beaucoup de secteurs en particulier l’agriculture, la santé et
l’éducation. Les autres causes fondamentales de la malnutrition sont liées à l’économie, à la
société, à la culture, aux conflits et aux changements climatiques. La mauvaise gestion des
ressources disponibles contribue aussi à la malnutrition.

3.3.1. Causes politiques et économiques

Les politiques et les programmes axés sur la croissance économique ont une incidence sur les
résultats en matière de santé grâce à un accès accru aux services de santé et à une amélioration
de la qualité des services de santé. Plus spécifiquement, la croissance économique, si elle est
équitable, conduit à un plus grand pouvoir d’achat des ménages. En effet, la prévalence du
retard de croissance de 1985 à 2011 dans le monde a globalement diminué, en raison de
l’amélioration des indicateurs économiques (Stevens et al., 2012). De plus, le niveau de
richesse des ménages a été présenté comme un indicateur de risque accru de retard de
croissance (Martorell & Young, 2012). Il existe également un lien entre le risque de retard de
croissance et le manque d’infrastructures de base, notamment l’eau, l’assainissement,

52
l’électricité et l’habitation (Reinhardt & Fanzo, 2014). Une association similaire entre la
diminution du risque de retard de croissance et l’augmentation de la richesse du ménage et
l’amélioration des ressources communautaires, en particulier des centres de santé, a également
été rapporté dans l’étude de Schott et al. (2013).

3.3.2. Causes socioculturelles

Les facteurs culturels peuvent jouer un rôle important dans la croissance des enfants. Ils ont
une très grande influence sur ce que les gens mangent, la manière dont ils préparent les
aliments, leurs habitudes et préférences alimentaires (Latham, 2001). Dans de nombreux pays,
par exemple, des pratiques liées à la tradition sont observées chez les nouveau-nés et les
jeunes enfants et constituent des causes importantes de mortalité néonatale (Reinhardt &
Fanzo, 2014). Au Sénégal, une étude qualitative menée par la Cellule de Lutte contre la
Malnutrition (2013) sur les déterminants de la malnutrition au niveau communautaire a
montré que les croyances culturelles, le statut social et la situation économique, les normes
sociales, l’origine ethnique, de même que les médias et la religion ont une incidence
importante sur les décisions et les pratiques en matière d’allaitement et d’alimentation des
enfants. Le lait maternel n’est pas systématiquement donné au nouveau-né car selon les
croyances, certaines pratiques et coutumes doivent être observées d’abord avant la mise au
sein. L’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois est rarement respectée car les enfants
sont souvent alimentés avec l’eau, en raison de représentations sociales et de conditions de vie
spécifiques. L’introduction d’aliments intervient la plupart du temps avant 5 mois, mais se
réalise aussi en fonction de certaines situations socio-familiales ou d’événements particuliers
(CLM, 2012 ; Badiane et al., soumis à BMC pregnancy and childbirth en 2018).

A côté des facteurs socioculturels, l’analphabétisme et la place réduite des femmes sur le
marché du travail sont des causes fondamentales de la malnutrition. En effet, les enfants nés
de femmes n’ayant pas eu accès à l’éducation, ont deux fois plus de risques de morbidité et de
mourir en bas âge (Adair et al., 2013).

3.3.3. Conflits

Les conflits ont un impact direct sur la sécurité alimentaire en compromettant


considérablement l’accès à la nourriture. Souvent obligées de fuir devant l’escalade de la
violence, les personnes déplacées par un conflit perdent leurs fermes et leurs commerces ou
d’autres moyens locaux de production de nourriture, ainsi que leurs marchés, ce qui les

53
expose surtout les enfants, les femmes en âge de procréer et les personnes âgées à de graves
pénuries alimentaires pouvant entrainer la famine et des crises alimentaires sévères. Une étude
sur les conflits et les mauvaises récoltes au Rwanda a révélé que l’impact de ces événements
était associé à une forte prévalence de retard de croissance, même après la fin de l’événement
(Akresh et al., 2011).

3.3.4. Changements climatiques

Les effets des changements climatiques sont souvent dramatiques et touchent presque toutes
les régions du monde entrainant ainsi une destruction des récoltes et une diminution de la
production alimentaire. Selon une étude de l’IFPRI menée dans plus de 40 pays en
développement, la baisse de la production agricole causée directement ou indirectement par
les changements climatiques est à l’origine de l’augmentation drastique du nombre de
personnes souffrant de la faim (IFPRI, 2017) ce qui contribuerait à l’augmentation du risque
de malnutrition chez les personnes les plus vulnérables. Il a été démontré que l’exposition à la
sécheresse et aux inondations en Inde avait augmenté le risque de retard de croissance de 7%
(Datar et al., 2013).

4. STRATEGIES DE PREVENTION DE LA MALNUTRITION AU SENEGAL

En 2015, le Sénégal a élaboré une Politique Nationale de Développement de la Nutrition


(PNDN) pour la période 2015-2025. Cadre stratégique de référence de la Nutrition en
articulation avec le Plan Sénégal Emergent et les Objectifs de Développement Durable, la
PNDN se fonde sur l’approche multisectorielle pour assurer la complémentarité et la mise en
cohérence des interventions en lien avec la Nutrition. Pour mettre en œuvre cette politique, un
Plan Stratégique Multisectoriel de la Nutrition (PSMN) a été récemment élaborée pour
conjuguer toutes les interventions à mener par secteur au niveau national pour répondre aux
problèmes nutritionnels et de sécurité alimentaire (CLM, 2016). La vision du Sénégal en
matière de nutrition à l’horizon 2025 est « un pays où chaque individu jouit d’un état
nutritionnel optimal en adoptant les comportements adéquats ».
Sur le plan opérationnel les stratégies de lutte et de prévention de la malnutrition sont mises
en œuvre au travers des interventions spécifiques et des interventions sensibles à la nutrition.

54
4.1. Interventions spécifiques à la nutrition

• Le Suivi Promotion de la Croissance (SPC) des enfants jusqu’à 2 ans à travers les séances
de pesées mensuelles
• La prise en charge des cas de malnutrition aiguë sévère et modérée
• La Prise en Charge Intégrée des Maladies de l’Enfant au niveau Communautaire
(PCIME-C)
• La supplémentation en vitamine A pour les enfants de 6 mois à 5 ans et en fer pour les
femmes enceintes et les 2 mois postpartum
• Le déparasitage des enfants de 12-59 mois et des femmes enceintes
• La solution de réhydratation orale contenant du zinc comme traitement de la diarrhée
• La promotion du respect des consultations prénatales (CPN) et postnatales (CPON)
• La stratégie de l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE)
• La promotion de la consommation des aliments locaux riches en micronutriments à
travers les séances d’éducation nutritionnelle et de démonstration culinaire pour les mères
d’enfants de moins de deux ans
• La communication pour le changement de comportement.

4.2. Interventions sensibles à la nutrition

• La fortification de l’huile végétale raffinée en vitamine A et de la farine de blé tendre en


fer et acide folique (COSFAM)
• L’iodation du sel
• Les transferts sociaux en vue d’atténuer les effets négatifs de la hausse du prix des
denrées alimentaires pour les populations vulnérables
• Les distributions de semences, d’engrais et de petits matériels aux agriculteurs, qui
bénéficient également de formations en techniques agricoles, multiplication de semences
et en renforcement des capacités commerciales et organisationnelles
• Le renforcement de la résilience des éleveurs, grâce à la recapitalisation du cheptel
(distribution de petits ruminants), au déstockage du bétail, à la distribution d’aliments du
bétail, ou encore à la maîtrise des risques sanitaires
• L’extension de la biofortification pour la consommation de variétés enrichies en
nutriments
• L’implantation de jardins potagers et périmètres maraichers communautaires pour les
ménages et les cantines scolaires.
55
5. PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE

Au Sénégal, malgré la mise à l’échelle des interventions spécifiques et la mise en œuvre de


certaines interventions sensibles à la nutrition, la situation nutritionnelle est restée
globalement précaire. Pour le gouvernement du Sénégal, l’enjeu est d’accélérer les progrès
vers l’atteinte des cibles nutrition fixés par l’Assemblée Mondiale de la Santé à l’horizon
2025 et l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD), particulièrement l’objectif
2. Cependant, la visibilité actuelle de la nutrition dans les secteurs sensibles tels que
l’agriculture ne permet pas d’atteindre les objectifs fixés. En effet, les interventions et actions
ciblées par le secteur de l’agriculture n’intègrent pas d’actions portant sur l’éducation
nutritionnelle en vue d’une meilleure diversification du régime alimentaire et n’inscrivent pas
d’objectifs et d’indicateurs nutritionnels clés. Pourtant, il est clairement spécifié dans la
littérature scientifique récente que la prévention de la malnutrition et des carences en
micronutriments par la promotion de productions agro-pastorales appropriées et durables n’est
pas assez documentée, notamment en Afrique (Ruel et al., 2013 ; Olney et al., 2016).
L’impact de l’agriculture sensible aux enjeux nutritionnels combinée à une communication en
nutrition/santé orientée par la demande des populations n’a jamais été étudié au Sénégal et les
stratégies actuelles de prévention de la malnutrition maternelle et infantile ne sont pas basées
sur les résultats de la recherche in situ. Les programmes de prévention de la malnutrition en
cours utilisent des stratégies de communication/éducation nutritionnelle, le plus souvent
orientées exclusivement vers les femmes, dont sont absents les maris et les personnes âgées
(catégories décisionnelles de la famille). Elles sont souvent peu efficaces, les femmes n’ayant
en général pas suffisamment d’autonomie de décision. Or, des effets positifs sur l’état
nutritionnel des bénéficiaires sont plus fréquents lorsque les activités prennent pour cibles les
femmes et incluent des actions pour renforcer leur responsabilisation et leur émancipation
(amélioration de leurs connaissances et de leurs aptitudes, meilleur contrôle de la gestion des
revenus) (Cunningham et al., 2015 ; Malapit et al., 2015). Ce projet de recherche pour le
développement (PRD) a été donc initié en vue d’optimiser les stratégies agro-pastorales et de
communication pour améliorer l’alimentation, la nutrition et la santé des mères et de leurs
jeunes enfants au Sénégal. Les objectifs du PRD sont décrits au Chapitre III. C’est dans son
volet mesure d’impact que s’inscrivent nos travaux.

56
6. OBJECTIFS DE L’ETUDE

6.1. Objectif général

L’objectif de notre étude est d’évaluer l’impact de l’agriculture sensible à la nutrition (ASN)
sur la prévention de la malnutrition maternelle et infantile au cours des 1000 premiers jours de
vie en milieu rural à Kaffrine.

6.2. Objectifs spécifiques

Les objectifs spécifiques sont :


• Définir le statut de base (alimentation, anthropométrie, statut en micronutriments, santé)
des mères et de leurs enfants âgés de 6 à 8 mois
• Mesurer l’impact de l’ASN sur leur alimentation
• Mesurer l’impact de l’ASN sur leur santé
• Mesurer l’impact sur leur état nutritionnel

57
CHAPITRE III
MISE EN PLACE DE L’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION
A KAFFRINE

58
7. PROJET PRD : OBJECTIFS, COMPOSANTES ET RESULTATS ATTENDUS

1.1. Objectifs

Le Projet de Recherche pour le Développement (PRD) a été mis en place à Kaffrine en août
2015. L’objectif général est d’optimiser les stratégies agro-pastorales et de communication
pour améliorer l’alimentation, la nutrition et la santé des mères et de leurs jeunes enfants au
Sénégal. Les objectifs spécifiques sont de renforcer les capacités de l’UCAD et des
institutions de recherches associées en agro-écologie/nutrition, communication/nutrition, en
analyse d’impact de projets d’agriculture sensible à la nutrition sur l’alimentation, sur l’état
nutritionnel et sur la santé des mères et des enfants au cours de 1000 premiers jours de vie.

1.2. Composantes

1.2.1. Création de la plateforme multidisciplinaire de recherche

Avant le démarrage du projet, une plateforme multidisciplinaire de recherche a été créée à


l’UCAD. Cette plateforme regroupe des équipes d’agronomes, de sociologues et de
spécialistes en santé et nutrition provenant :
- De trois (03) laboratoires de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar : a) Laboratoire
de Nutrition, b) et Laboratoire de Botanique et Biodiversité de la Faculté des Sciences
de l’UCAD, et c) Laboratoire de Recherche sur les Transformations Economiques et
Sociales (LARTES) de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire,
- Du Laboratoire National de Recherches sur les Productions Végétales de l’Institut
Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA),
- Du Centre de Recherche « Politiques et systèmes de Santé-Internationale » de l’Ecole
de Santé Publique de l’Université Libre de Bruxelles,
- Du Laboratoire d’Agroécologie tropicale et Horticulture de Gembloux Agro-Bio Tech
de l’Université de Liège.
Chaque discipline apporte son expertise pour répondre à la problématique de la malnutrition.
En plus de ces équipes de recherche, le Laboratoire de Nutrition qui assure la coordination du
projet de recherche a signé un protocole d’accord avec la Cellule de Lutte contre la
Malnutrition (CLM) et l’Agence Nationale d’Insertion et de Développement Agricole
(ANIDA). Ainsi, l’ANIDA est chargée, dans le cadre de la mise en œuvre du volet agricole
du projet, de réaliser une ferme agricole villageoise.

59
Les équipes d’agronomies assurent et pilotent, en plus de la production animale et végétale de
la ferme, la mise en place d’un système de culture durable impliquant la patate douce à chair
orangée (PDCO) et le Moringa oleifera, adapté aux contraintes agro-écologiques du milieu.
Les sociologues, en collaboration avec les experts en communication de la CLM, sont chargés
de développer et de mettre en œuvre une nouvelle stratégie de communication/éducation
nutritionnelle impliquant non seulement la mère mais aussi son mari et les personnes
impliquées dans les prises de décisions au niveau de la famille.
Enfin, les chercheurs en santé-nutrition sont chargés d’évaluer l’impact de l’agriculture
sensible à la nutrition sur l’alimentation, la nutrition et la santé des ménages participant au
projet, en particulier des femmes et de leurs jeunes enfants (6-23 mois).

1.2.2. Choix du village d’implantation de la ferme agricole

Conformément à sa mission de contribuer à accroître l’offre alimentaire et durable dans le


secteur agricole, l’ANIDA a mis en place un système de gouvernance sociale inclusive et
participative pour la réalisation de fermes agricoles villageoises sur tout le territoire national.
Le choix du village d’implantation de la ferme (village d’intervention) a été effectué par
l’ANIDA en collaboration avec l’Agence Régionale de Développement (ARD) de Kaffrine et
les autorités locales (maire, chef de village). La disponibilité du foncier et de la ressource en
eau, ont été les éléments d’entrée qui ont prédéterminé le choix du village d’implantation de
la ferme agricole. L’autre critère de choix du village est sa proximité avec la route nationale.
Après plusieurs missions d’étude et de recherche, le village de Sagna, situé dans la commune
de Sagna du Département de Malem Hodar dans la région de Kaffrine, a été retenu pour
abriter la ferme agricole. Le conseil municipal a affecté une parcelle de cinq (05) hectares à
l’ANIDA pour l’aménagement de la ferme agricole.

1.2.3. Sélection des membres du groupement de producteurs de la ferme

Dans cette même démarche, avec la collectivité locale, et sous l’autorité du sous-préfet de
Sagna, un comité local de développement (CLD) a été mis en place pour informer, partager et
valider les outils et procédures de sélection des membres du groupement producteurs de la
ferme selon les critères définis par l’ANIDA, légèrement modifiés pour les besoins du projet :
- L’équité dans le choix des membres du Groupement d’Intérêt Economique (GIE) :
chaque ménage avait droit à un seul membre ; la personne qui a alloué gratuitement la
parcelle de 5 hectares a été autorisé à désigner également un membre ;

60
- Les femmes en âge de procréer représentent au moins 70% de l’effectif des membres
du GIE ;
- L’engagement personnel des candidates (s) à intégrer la ferme à travers la fiche de
demande d’adhésion.
Après l’application de ces critères, un total de 20 membres, dont 80% de femmes (16
femmes), résidant dans le village de Sagna a été choisi comme bénéficiaires et gestionnaires
directs de la ferme. Les bénéficiaires indirects sont les populations qui vivent à proximité de
la ferme.

1.2.4. Organisation et formation des membres du groupement de producteurs

Après la sélection des membres du groupement de producteurs, la procédure formalisée a


permis aux membres de disposer d’une personnalité juridique (GIE Bokk Liggeey Jarinu). A
l’issue de l’acte juridique, le GIE a eu le privilège de bénéficier de l’encadrement et du suivi
rapproché de l’ANIDA et des équipes d’agronomes du PRD. Un conseiller agricole, recruté
par l’ANIDA, est mis à la disposition du GIE pour assurer leur encadrement, le suivi des
exploitations agricoles, la collecte et la transmission des données de suivi-évaluation. De plus,
un contrat de concession, un protocole d’accord et un manuel de procédures ont été établis
entre l’ANIDA et le GIE. Le manuel de procédures concerne :

- Les rôles de chaque membre du GIE ;


- La gestion de l’eau ;
- Les procédures culturales et d’élevage ;
- Le calendrier cultural ;
- La surveillance du périmètre ;
- Les procédures de gestion ;
- La commercialisation des produits.

1.2.5. Aménagement de la ferme agricole

Une fois la disponibilité des terres établie et la délibération obtenue, l’ANIDA a procédé aux
travaux d’aménagement qui consistaient à :
- La délimitation du terrain,
- Le débroussaillage et le planage sommaire des terres,
- La construction d’un forage pour la maîtrise de l’eau d’irrigation,
- La parcellisation du site,

61
- La réalisation du réseau hydraulique structurant et de surface (système goutte à goutte),
- La construction d’infrastructures (station de pompage, magasin de stockage et toilettes).
En plus de ces infrastructures, le Laboratoire de Nutrition a participé à l’aménagement de la
ferme en finançant la construction d’un poulailler d’une superficie de 300m², sous le contrôle
d’un vétérinaire, pour la production d’œufs.

1.2.6. Production agricole dans la ferme

Après avoir creusé un forage, une association de cultures de PDCO et de Moringa oleifera
avec une irrigation goutte-à-goutte a été testée dans la ferme. Les boutures de la variété de
PDCO « Kandee » produites par l’ISRA a été ciblée en raison de sa forte teneur en β-carotène
(Kapinga et al., 2010). En ce qui concerne le Moringa oleifera, c’est la variété PKM1
produite par le centre ICRISAT (International Crops Research Institute for the Semi-Arid
Tropics) du Niger qui a été utilisée. Les premières productions de PDCO et de Moringa
oleifera ont été effectuées en août 2016. Les récoltes de feuilles de Moringa oleifera et de
tubercules de PDCO ont été respectivement effectuées à 4 et 5 mois après culture. Les
résultats obtenus en termes de rendement ont été satisfaisants (Sylla et al., 2017). Les récoltes
de tubercules sont effectuées progressivement de sorte que la PDCO soit disponible pour la
consommation alimentaire des familles des villages de Sagna et environnant pour une période
de 3 mois. Le Moringa oleifera a une disponibilité plus longue car étant récolté tous les deux
mois. Hormis la production de PDCO et de Moringa oleifera, d’autres produits horticoles à
haute valeur ajoutée sont aussi cultivés dans la ferme, notamment la tomate, l’oignon, le
gombo, le piment, l’arachide, le maïs jaune.

Une production animale sous forme de poulailler a été introduite comprenant 100 poules
pondeuses pour une production de 2 à 3 tablettes de 30 œufs par jour destinées à la
consommation des femmes et de leurs enfants en particulier.

1.2.7. Communication/éducation nutrition pour le changement de comportement

Pour promouvoir une meilleure utilisation des produits de la ferme et permettre aux familles
d’adopter de bonnes pratiques d’allaitement, d’alimentation et d’hygiène, les équipes du
LARTES, du CRPSSI et du Laboratoire de Nutrition ont développé en collaboration avec la
CLM une nouvelle stratégie de communication éducation nutritionnelle qui non seulement
cible la mère, mais aussi le mari et les autres membres de la famille (belle-mère, personne
âgée, etc.) qui ont un pouvoir de décision dans la famille. Trois (3) livrets de messages ont été

62
élaborés avec des messages clés qui portent sur l’allaitement, l’alimentation du nourrisson et
du jeune enfant, l’alimentation de la femme enceinte et allaitante, l’hygiène, les maladies de
l’enfant, les pratiques de soins des femmes et des enfants ainsi que la supplémentation
(fer/acide folique et vitamine A) et la vaccination. Ils sont diffusés par l’équipe de sociologie
du LARTES appuyée par les relais communautaires de la CLM au niveau des villages ciblés
par le projet à travers des visites à domicile et des séances de mobilisation de masse.

1.3. Résultats attendus du PRD

Trois principaux résultats sont attendus :

• Un système de culture durable impliquant la PDCO et le Moringa oleifera, adapté aux


contraintes agro-écologiques du milieu est développé et mis en œuvre par le GIE. Les
activités pour atteindre ce résultat sont pilotées par des chercheurs en agronomie.

• Une stratégie de communication/éducation nutritionnelle impliquant non seulement la


mère mais aussi son mari et d’autres membres de la famille est mise en place et évaluée.
Les activités pour atteindre ce résultat sont pilotées par des chercheurs en sociologie.

• L’impact du projet sur l’alimentation, l’état nutritionnel et la santé des femmes et des
jeunes enfants au cours des 1000 premiers jours de vie est mesuré. Les activités pour
atteindre ce résultat sont pilotées par des chercheurs en santé/nutrition.

8. JUSTIFICATIFS DU CHOIX DES CULTURES PDCO ET MORINGA OLEFEIRA

2.1. Choix des cultures

La prévalence de la malnutrition (émaciation et retard de croissance) et les carences en


micronutriments (fer, zinc, vitamine A) restent élevées au Sénégal, particulièrement chez les
jeunes enfants et les femmes enceintes et allaitantes en milieu rural (CLM, 2015 ; Ndiaye et
al., 2015 ; ANSD, 2018). Les causes principales de ce problème de santé publique sont une
alimentation insuffisante en quantité et/ou qualité et des épisodes de maladies fréquentes. La
diversification alimentaire et la promotion de la consommation d’aliments locaux à travers
une production durable de denrées agricoles nutritionnellement adéquates dans un écosystème
contrôlé pourraient constituer une approche pour améliorer l’alimentation, la nutrition et la
santé des mères et des enfants au cours des 1000 premiers jours de la vie.

63
La patate douce (Ipomoea batatas), plante rustique produite pour ses tubercules, a le potentiel
de lutter contre les pénuries alimentaires croissantes du fait de son haut rendement
énergétique par unité de surface et de temps, mais également de sa capacité à fournir des
quantités substantielles de vitamines et de minéraux (van Oirschot et al., 2003). Dans la vallée
du fleuve Sénégal (zone nord), la patate douce est produite tout au long de l’année suivant
deux systèmes de culture, à savoir la culture classique et la culture de décrue
(ISRA/ITA/SAED, 2009). La production nationale annuelle de la patate douce est d’environ
35000 tonnes (FAOSTAT, 2016) et porte principalement sur les variétés à chair blanche et
jaune. Ces deux variétés remplacent la pomme de terre dans beaucoup de ménages sénégalais
et offrent une diversification dans le régime alimentaire (ISRA, 1986). Cependant, la
production de la PDCO est récente et rare. En 2014, sa culture a été introduite dans le nord du
Sénégal dans le cadre d’un projet de développement visant à lutter contre la malnutrition
(USAID, 2017). Les résultats du projet ont montré une amélioration de la qualité de
l’alimentation et de l’état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans et des femmes, mais
son impact sur le statut en vitamine A n’a pas été évalué. Dans la zone du bassin arachidier du
Sénégal, en particulier dans la région de Kaffrine, la production de la PDCO a été introduite
pour la première fois à travers le projet PRD. Plusieurs études ont montré les effets bénéfiques
de la consommation de la PDCO sur l’amélioration des réserves et du statut en vitamine A
(Low et al., 2007 ; Hotz et al., 2012a). Par ailleurs, dans le passé, les travaux du Laboratoire
de Nutrition ont montré que la consommation de poudre de Moringa oleifera riche en fibres
solubles et en protéines (Ndong et al., 2007 ; Dossou et al., 2011) avait un impact positif sur
le maintien de l’indice de masse corporelle (IMC) des femmes en âge de procréer. L’intérêt
économique et nutritionnel de ces cultures ont déterminé leur choix.

2.2. Teneur en bêta-carotène et apports en vitamine A de la PDCO et du Moringa


oleifera

Les teneurs en bêta-carotènes de la PDCO et du Moringa oleifera produits dans la ferme de


Sagna ont été mesurées pour calculer et estimer leurs apports dans la couverture des besoins
en vitamine A des femmes en âge de procréer et des enfants de moins de 2 ans.

2.2.1. Méthodes

Les contenus en caroténoïdes de la PDCO (crue, bouillie et frite) et des feuilles de Moringa
oleifera (fraiches et séchées) ont été mesurés par colorimétrie (Schweigert et al., 2010) à
l’aide d’un dispositif i-Check (iCheckTM carotene BioAnalyt GmbH, Allemagne). Pour

64
chaque type de préparation de PDCO ou de Moringa oleifera, quatre (04) échantillons ont été
mesurés. Une fois les caroténoïdes totaux obtenus, les teneurs en β-carotène de la PDCO ont
été calculées à partir de 90% de la teneur totale en caroténoïdes (Rodriguez-Amaya &
Kimura, 2004 ; Bengtsson et al., 2008). Pour le Moringa oleifera, la concentration en β-
carotène est estimé à 27,8% de la teneur totale en caroténoïdes (rajyalakshmi et al., 2000).
Ensuite, le rétinol équivalent (RE) est estimé à l’aide d’un facteur de bioconversion de 12 mg
de β-carotène correspondant à 1 mg de rétinol (FAO/OMS, 2004).

2.2.2. Résultats

Le Tableau 3 indique les contenus en caroténoïdes totaux et en bêta-carotènes et le rétinol


équivalent (RE) de la PDCO et des feuilles de Moringa oleifera.
Les teneurs en β-carotène de la PDCO crue, bouillie et frite sont respectivement de 10000,
4508,8 et 4988,1 µg/100g (Tableau 3). Au cours de la cuisson, les PDCO bouillie et frite ont
perdu respectivement 55% et 50% de leur teneur en β-carotène par rapport à la PDCO crue.
Les teneurs le rétinol équivalent (RE) de 100g de PDCO crue, frite et bouillie sont
respectivement de 275, 137 et 124 μg RE/100g.
Le contenu en β-carotène des feuilles fraiches et séchées de Moringa oleifera sont
respectivement de 3213,8 et 12189 µg/100g. Après conversion, les apports en VA pour 100g
de feuilles fraiches et séchées sont respectivement de 176,8 µg RE et 670,4 µg RE.

Tableau 3 : Teneur en caroténoïdes totaux et en b-carotène et apport en vitamine A de la


PDCO et des feuilles de Moringa oleifera

Caroténoïdes totaux β-carotène‡ Apport en VA§


(μg/g) (μg/100g) (μg RE/100g)

PDCOa
Crue 111,1 ± 2,8 10000 ± 248,1 275,0 ± 205
Bouillie 50,1 ± 0,5 4508,8 ± 40,3 137,2 ± 205
Frite 55,4 ± 1,5 4988,1 ± 137,9 124,0 ± 205
Feuilles de Moringa oleifera
Fraichesa 115,0 ± 7,4 3213,8 ± 205,8 176,8 ± 11,3
Séchées b 438,8 ± 14,4 12189,0 ± 390,2 670,4 ± 21,5
a
Matière fraiche ; b Matière sèche

Teneur en β-carotène est calculée à partir de 90% des caroténoïdes totaux pour la PDCO et 27,8% pour le
Moringa oleifera
§
RE : rétinol équivalent ; 1 rétinol équivalent = 12 μg β-carotène avec une fraction biodisponible = 33%

65
La consommation de 100g de PDCO crue, frite et bouillie couvre respectivement 32,3%,
16,1% et 14,6% des apports journaliers recommandés en VA pour la femme âgée de 15-49
ans. Chez les enfants âgés de 7 à 24 mois, la consommation de 100g de PDCO bouillie
apporte 31% des besoins journaliers en VA.
Concernant le Moringa oleifera, la consommation de 100g de feuilles fraiches et séchées de
couvre 29,5% et 111,7% des apports journaliers en VA des femmes en âge de procréer, alors
que chez les enfants, 100g de feuilles fraiches et séchées de Moringa oleifera apportent
respectivement 47,1 et 178,8% des apports journaliers en VA.

9. TEST SENSORIEL ET D’ACCEPTABILITE DE LA CONSOMMATION DE


PATATE DOUCE A CHAIR ORANGEE CHEZ LES COUPLES MERE-ENFANT

3.1. Objectifs

L’enquête sur les pratiques de culture associée menée dans le village de Sagna en 2015 avant
le démarrage du projet PRD a montré que les feuilles et les fleurs en particulier de Moringa
oleifera sont utilisées pour préparer la sauce feuille appelée « boum nébéday » qui
accompagne le couscous de mil (thiéré mboum). L’enquête a également montré que le
Moringa oleifera est largement connu et consommé par les populations dans la zone de
Sagna. Elles sont aussi utilisées sous forme de poudre comme complément alimentaire ou en
médecine traditionnelle. Par contre, la patate douce en particulier celle à chair blanche est
habituellement consommée dans la zone sous la forme crue, bouillie ou frite, mais la
consommation de la PDCO reste inconnue et est absente du régime alimentaire des
populations. Ainsi, son acceptabilité et la perception de ses attributs sensoriels constituent une
étape importante pour promouvoir sa consommation et améliorer les apports en vitamine A
chez les femmes en âge de procréer et les enfants âgés de 6 à 23 mois. D’où l’objectif général
de cette étude qui consiste à effectuer des tests sensoriels et d’acceptabilité de la PDCO
auprès des couples mère-enfant de 6-23 mois à Sagna et environs. Les objectifs spécifiques
sont :

- Effectuer différents types de préparation (bouillir, frire et transformer en purée) de la


PDCO
- Réaliser les tests sensoriels et d’acceptabilité de ces différentes préparations auprès des
couples mère-enfant de 6-23 mois.

66
3.2. Matériel et méthodes

3.2.1. Sujets de l’étude

Les sujets sont les mères allaitantes des enfants âgés de 6-23 mois et habitant à Sagna et dans
les villages environnants polarisés par la ferme. Avant le démarrage du test, une séance
d’information a été organisée avec les mères pour obtenir leur consentement verbal. A la
même occasion, l’appétence de la PDCO bouillie a été testée chez les enfants qui, pour être
éligibles à l’étude, devaient être apparemment en bonne santé et présenter un état nutritionnel
satisfaisant (indice poids-taille > - 2 z-score ou périmètre brachial > 115 mm).

3.2.2. Taille de l’échantillon

Pour effectuer le test d’acceptabilité, une taille d’échantillon de 70 sujets est requise pour
détecter le degré d’appréciation (Degree Of Liking : DOL) à partir de l’échelle des 7 points
hédoniques avec une probabilité d’erreur de 0,05 et une puissance ≥ 0,80 (ISO, 2017). Au
total 80 couples mère-enfant ont été sélectionnés pour participer à l’étude.

3.2.3. Profil des participants

Avant le démarrage du test, de brèves interviews ont été réalisées avec chaque mère à l’aide
d’un questionnaire pour collecter les informations sur leur âge, leur profession, leur niveau
d’éducation, la consommation de PDCO au cours des deux dernières semaines, l’origine de la
PDCO habituellement consommée, les méthodes de préparation habituelles et leur perception
sur les avantages de la consommation de PDCO. Un questionnaire similaire a également été
adressé aux mères pour leurs enfants. Les questions portent sur les méthodes de préparation
habituelles de la PDCO destinées aux enfants et les perceptions des mères sur les avantages
de la consommation de PDCO par les enfants.

3.2.4. Préparations de la PDCO

Les tubercules de PDCO matures utilisés pour cette étude ont été récoltés 5 mois après la
plantation, comme recommandé pour cette variété (Kapinga et al., 2010), et conservés environ
5 jours avant l’évaluation sensorielle. Ils ont ensuite été triés pour éliminer ceux qui ont été
endommagés durant le stockage. Les bons tubercules ont ensuite été pelés et découpés en
morceaux de taille moyenne (30 à 50 g).

67
Une partie de ces tubercules a été bouillie dans l’eau du robinet pendant environ 20 minutes
jusqu’à ce que la texture, évaluée par un couteau, soit considérée comme prête à la
consommation. Les tubercules bouillis ont ensuite été coupés en plus petits morceaux et
utilisés pour le test sensoriel des mères et des enfants plus âgés (≥ 1 an). Pour les enfants de
moins de 1 an, la PDCO bouillie a été réduite en purée à l’aide d’une spatule.

La portion restante de tubercules de PDCO a été frite (10 min) dans de l’huile végétale
raffinée jusqu’à ce que la texture, évaluée par un couteau, soit considérée comme prête à la
consommation. Cette PDCO frite a été utilisée pour l’évaluation sensorielle des mères
(Figure 13). La température de cuisson des différentes préparations (bouillies et frites) n’a
pas été mesurée.

Figure 13 : Différentes formes de préparations de la PDCO

3.2.5. Test sensoriel

Le test sensoriel a été effectué sur un site approprié par un personnel qualifié. Avant le
démarrage du test chez les mères, un tirage aléatoire des différents types de préparation
(bouillie ou frite) est effectué pour déterminer la première préparation à tester. Ainsi la PDCO
bouillie a été donnée aux mères avant la forme frite. Toutes les préparations étaient servies
dans des assiettes jetables. Après chaque test, on a demandé aux mères d’évaluer leur
appréciation sur l’apparence, la saveur et la texture à l’aide d’une l’échelle hédonique à 7
points de Tomlins et al. (2007) allant de 1 « je n’aime pas beaucoup » à 7 « j’aime beaucoup »
(Figure 14). L’appréciation de l’apparence, de la saveur et de la texture de la PDCO bouillie

68
ou en purée servies aux enfants a été également demandée aux mères, en utilisant la même
échelle hédonique.

Figure 14 : Echelle des 7 points hédoniques (Tomlin et al., 2007)

3.2.6. Test d’acceptabilité

Avant le test d’acceptabilité, l’état émotionnel des enfants a été évalué selon les critères
définis par l’étude de l’OMS sur le développement de la motricité globale (Wijnhoven et al.,
2004), qui classe les enfants en fonction de deux paramètres : (1) complètement éveillé et
calme, (2) agité ou en pleurs. Si l’enfant est somnolent ou se met à pleurer et ne revient pas à
un état d’éveil et/ou d’arrêt des pleurs pendant que le repas était servi, l’alimentation était
retardée de 30 mn. Si l’enfant n’arrive pas à avoir un état émotionnel adéquat durant ce temps
d’attente, il est exclu du test.
Ensuite, 100 g de chacune des deux préparations de PDCO (bouillie et frite) ont été donnés
aux mères et 50 g (bouillie ou purée) aux enfants par leurs mères 60 minutes au moins après
le dernier allaitement. Les mères ont pour instruction de continuer à alimenter leurs enfants
jusqu’à ce qu’ils mangent toute la nourriture ou refusent d’en prendre. La durée de
consommation de chaque repas, ainsi que la quantité consommée par les femmes et les
enfants, sont enregistrées (balance iBalance 2500, My Weigh, AZ, USA). Chez les mères, 50
ml d’eau ont été donnés après le premier repas et un intervalle de 30 minutes est observé
avant l’application du deuxième test (Aaron et al., 2010).
Pour l’évaluation de l’acceptabilité, après chaque repas, les mères sont invitées à évaluer leur
degré d’appréciation global (DOL) à l’aide de l’échelle hédonique à 7 points. On leur a
également demandé avec l’aide des enquêteurs d’évaluer l’appréciation globale de leur enfant
en interprétant les comportements et les signaux non verbaux lors de son alimentation (par
exemple, tourner la tête en signe de refus, cracher la nourriture, repousser la cuillère ou la
fuir, accepter les cuillerées avec une bouche ouverte, etc.) et en utilisant la même échelle
hédonique à 7 points.

69
Les scores d’appréciation obtenus pour chaque mère et enfant ont permis de calculer l’indice
d’acceptabilité (IA) en utilisant l’équation de Fernandes et Salas-Mellado (2017) :

Un aliment est considéré comme acceptable s’il a un indice d’acceptabilité ≥ 70% (Spehar et
al., 2002).

3.3. Analyses statistiques

Les données ont été saisies à l’aide d’Epi-Info version 3.5.1 et analysées avec le logiciel
Stata/Special 14 (Stata Corporation, Texas et États-Unis). Les résultats sont présentés pour
tous les couples mère-enfant ayant terminé l’étude et sont exprimés en moyenne ± écart type
(ET) ou en pourcentage (%). Pour les données de consommation et de l’évaluation hédonique,
des tests t de Student indépendants et des tests t appariés sont utilisés pour déterminer les
différences entre les types de préparation alimentaire. La relation entre les attraits sensoriels et
le type de préparation de la PDCO est évaluée avec l’analyse en composantes principales
(ACP) effectuée à l’aide du logiciel R version 3.4.3 (R Core Team, Vienne, Autriche, 2018).
Un seuil de signification de 5% a été retenu pour toutes les analyses.

3.4. Résultats

3.4.1. Caractéristiques des couples mère-enfant

Au total, 80 mères et 77 enfants ont participé à l’étude. Trois (3) enfants ont été exclus car ils
dormaient pendant le test. La majorité des mères a plus de 20 ans et sont multipares. Plus de
18% ont déclaré occuper un emploi et près de 72% d’entre elles ont fréquenté l’école. L’âge
moyen des enfants est de 12,0 ± 2,3 mois et la moitié d’entre eux ont entre 12 et 16 mois. Il y
avait autant de garçons que de filles.

3.4.2. Attitudes des couples mère-enfant vis-à-vis de la PDCO

L’enquête avec les mères a montré que 35% d’entre elles consommaient de la PDCO au
moins une fois par jour, près de 59% entre 2 et 6 jours par semaine et 5% une fois par
semaine (Tableau 4). Les enfants consomment généralement de la PDCO à une fréquence de
2 à 6 jours par semaine (59%) et préfèrent la PDCO bouillie (64%) ou en purée (31%). Chez
les mères, la méthode de préparation la plus commune a été celle de la PDCO bouillie (>

70
60%). La principale source d’approvisionnement de la PDCO consommée par les mères et
leurs enfants est la ferme agricole du projet PRD. Concernant les avantages de la PDCO, les
mères ont généralement mentionné son apport en vitamine A et son avantage sur le plan de la
santé et de la nutrition. Dans l’ensemble, 96% des mères sont disposées à acheter de la PDCO
pour leur consommation et celle de leurs enfants.

Tableau 4 : Attitudes des couples mère-enfant vis-à-vis de la PDCO


Mères (n = 80) Enfants (n = 77)

Consommation de PDCO (15 derniers jours) 46,2 53,2 (41)

Fréquence de consommation
Au moins 1 fois par jour 35,1 24,4

2 – 6 fois par semaine 59,5 58,5

1 fois par semaine 5,4 17,1

Forme de PDCO
Crue 10,8 0

Frite 27,0 4,8

Bouillie 62,2 64,3

Purée - 30,9

Source de PDCO
Ferme de Sagna 87,8 87,8

Marché 7,3 7,3

Ailleurs 4,9 4,9

Bénéfices de la PDCO
Riche en vitamine A 60,0 63,3

Santé/Nutrition 35,0 40,0

Riche en énergie 5,0 0

Augmente la production lactée 3,3 0

Prêt à acheter la PDCO pour la donner à leurs enfants 96,0 0

Données présentées en pourcentage

71
3.4.3. Test sensoriel des différents types de préparations de la PDCO

Les scores pour les attributs sensoriels à la fois pour la PDCO frite et bouillie sont
généralement supérieurs à 5, correspondants aux attraits « j’aime modérément » à « j’aime
beaucoup » (Tableau 6). Presque toutes les mères ont déclaré aimer la PDCO bouillie (95%)
ou frite (99%). Néanmoins, le degré d’appréciation pour la saveur (P <0,001), la texture (P
<0,001) et l’apparence (P <0,001) de la PDCO frite sont significativement plus élevées que
celles de la PDCO bouillie. Les relations entre les descripteurs sensoriels et les types de
préparation de la PDCO sont illustrées dans les tracés de l’analyse des composantes
principales (ACP) (Figures 15-16). La Figure 15 montre que les mères ont des
caractéristiques sensorielles différentes pour les différentes préparations de PDCO. Sur la
base de l’analyse du test t apparié, les attributs sensoriels de l’apparence, de la saveur et de la
texture de la PDCO sont mieux corrélés à la friture qu’à la forme bouillie. La friture (Figure
15 ; quadrant supérieur droit) est le plus souvent associée à « j’aime beaucoup » pour la
texture, la saveur et l’apparence, tandis que la forme bouillie (Figure 15 ; quadrant inférieur
droit) est plus associée à « j’aime modérément ».
Concernant les enfants, les plus âgés (≥ 1 an) ont reçu de la PDCO bouillie et les moins âgés
(<1 an), la purée de PDCO. Pour l’évaluation sensorielle, les scores moyens pour tous les
attributs des deux types de préparations sont généralement supérieurs à 5 (Tableau 6).
Environ 91% des mères ont déclaré que leurs enfants apprécient modérément ou beaucoup la
PDCO bouillie ou en purée. La comparaison effectuée à l’aide du test t de Student n’a révélé
aucune différence significative entre les paramètres d’apparence, de saveur et de texture de la
PDCO bouillie ou écrasée en purée (Tableau 6). Cependant, l’analyse ACP (Figure 16)
montre que la PDCO en purée (quadrant inférieur droit) est plus associée à « j’aime beaucoup
», alors que la forme bouillie (quadrant supérieur droit) est davantage associée à « j’aime
modérément ».

72
Figure 15 : Diagramme ACP des attraits sensoriels de la PDCO bouillie et frite chez les
mères

Figure 16 : Diagramme ACP des attraits sensoriels de la PDCO bouillie et en purée chez
les enfants

73
3.4.4. Consommation de la PDCO, durée d’alimentation et vélocité de la prise
alimentaire par type de préparation

La consommation de la PDCO, la durée d’alimentation et la vélocité de la prise alimentaire


par type de préparation sont présentées dans le Tableau 5. Aucune différence n’est observée
entre les méthodes de préparation de la PDCO et la quantité de nourriture consommée par les
mères et les enfants. Cependant, chez les mères, la vitesse de consommation de la PDCO frite
est significativement inférieure à celle de la PDCO bouillie (P < 0,001), alors que la durée de
la prise alimentaire de la PDCO bouillie est plus rapide que celle de la PDCO frite (P <0,001).

Tableau 5 : Consommation des différents types de préparation de la PDCO, durée


d’alimentation et vélocité de la prise alimentaire des couples mère-enfant

PDCO

Mères Bouillie (n = 80) Frite (n = 80) P

Consommation alimentaire (g) 96,5 ± 11,2 97,3 ± 9,6 ns

Durée d’alimentation (min) 5,8 ± 1,9 9,7 ± 3,4 <0,001

Vélocité de la prise alimentaire (g/min) 18,7 ± 7,4 11,5 ± 5,1 <0,001

Enfants Purée (n = 36) Bouillie (n = 41)

Consommation alimentaire (g) 26,2 ± 15,5 26,2 ± 15,6 ns

Durée d’alimentation (min) 13,4 ± 4,6 12,4 ± 4,5 ns

Vélocité de la prise alimentaire (g/min) 2,3 ± 1,9 2,4 ± 1,9 ns

Données présentées en moyenne ± écart-type.


P test-t de Student selon le type de préparation ; ns = non significatif

3.4.5. Acceptabilité des différentes préparations de la PDCO

L’acceptabilité globale de la PDCO chez les mères est élevée tant pour la préparation bouillie
que pour la préparation frite, avec des valeurs moyennes généralement supérieures à 6
(Tableau 6). Cependant, il existe une différence significative entre le score d’acceptabilité
moyen de la PDCO frite et celui de la PDCO bouillie (P <0,001). Sur la base des scores
moyens globaux DOL, toutes les préparations sont acceptables pour la consommation car la
majorité des mères (98,7%) ont eu un indice d’acceptabilité (IA) supérieur ou égal à 70%

74
(Spehar et al., 2002). Néanmoins, les valeurs d’IA de la PDCO frite et bouillie sont
significativement différentes (P <0,001), ce qui indique que les femmes préfèrent plus la
forme frite que la forme bouillie.
Chez les enfants, la PDCO bouillie ou en purée est appréciée « modérément » à «
beaucoup » par les enfants avec un score moyen, pour les deux préparations, égal à 6,2. De
plus, les valeurs de l’IA sont bonnes (> 88%), ce qui indique que les deux formes de
préparation de la PDCO sont acceptables (Spehar et al., 2002).

Tableau 6 : Scores d’acceptabilité et degré d’appréciation des couples mère-enfant selon


le type de préparation de la PDCO

PDCO

Mères Bouillie (n = 80) Frite (n = 80) P

Apparence 6,3 ± 0,9 6,9 ± 0,3 <0,001

Goût 6,3 ± 0,8 6,8 ± 0,4 <0,001

Texture 6,3 ± 0,8 6,8 ± 0,4 <0,001

Appréciation globale 6,3 ± 0,7 6,9 ± 0,3 <0,001

IA (%) 90,5 98,0 <0,001

IA ≥ 70% 98,7 100 ns

Enfants Bouillie (n = 41) Purée (n = 36)

Apparence 6,3 ± 0,8 6,5 ± 0,7 ns

Goût 6,3 ± 0,9 6,6 ± 0,6 ns

Texture 6,3 ± 0,9 6,6 ± 0,5 ns

Appréciation globale 6,2 ± 1,1 6,2 ± 1,2 ns

IA (%) 88,2 88,1 ns

IA ≥ 70% 96,6 93,8 ns

Données présentées en moyenne ± écart-type ou en pourcentage (%).


IA= Index d’Acceptabilité.
P : test-t de Student ou de Chi2 selon le type de préparation.

75
3.5. Discussion

La teneur en β-carotène de la PDCO crue (10000 μg/100g PDCO) correspond aux


résultats obtenus par Kapinga et al. (2010) pour la variété Kandee et reste relativement
comparable aux teneurs obtenues dans d’autres variétés de PDCO (Kidmose et al., 2007 ;
Bengtsson et al., 2008 ; Burri, 2011). Cependant, après la cuisson, les PDCO bouillie et frite
ont perdu la moitié de leur contenu en β-carotène. Ces teneurs sont conformes aux valeurs
rapportées dans la littérature pour la PDCO cuite (Kidmose et al., 2007 ; Bengtsson et al.,
2008 ; Burri, 2011). Bengtsson et al. (2008) ont constaté des pertes moyennes de 22% pour
les préparations bouillies et frites de plusieurs variétés de PDCO ougandaises. Ces faibles
pertes par rapport à celles observées dans cette étude pourraient être dues à l’effet des fortes
températures pendant la cuisson de la PDCO qui n’ont pas été mesurées dans cette étude. En
effet, les méthodes de cuisson prolongées telles que la friture provoque de grandes pertes de
β-carotène (Kotíková et al., 2016). D’autre part, la nature des échantillons de PDCO utilisés
pour l’analyse des caroténoïdes totaux pourrait également l’expliquer. Dans cette étude, la
teneur en caroténoïdes totaux a été calculée à partir de l’aliment frais, comme consommé par
la population, au lieu de la matière sèche de l’aliment utilisée par d’autres (Kidmose et al.,
2007 ; Bengtsson et al., 2008 ; Burri, 2011). Selon Kotíková et al. (2016), la rétention des β-
carotènes est surestimée lorsqu’elle est calculée sur la base du poids sec.

Les tests d’acceptabilité ont montré que les mères pouvaient consommer en moyenne
100 g de PDCO par repas, et les enfants 25 g. D’après Burri et al. (2011), après ajustement
par rapport aux pertes de caroténoïdes durant la cuisson, la conservation et la biodisponibilité,
et sur la base des besoins estimés à 400 µg RE/j, les enfants âgés de 7 à 24 mois devraient
consommer entre 23,4 et 131,2 g de PDCO/j pour couvrir leur apport journalier recommandé
en vitamine A, tandis que les femmes allaitantes, avec des besoins estimés à 800 µg RE/j,
devraient consommer entre 46,8 et 262,5 g de PDCO/j. Ainsi, la promotion d’une
consommation minimale de 200 g de PDCO pour les mères et de 100 g pour les enfants, qui
correspond respectivement à deux et trois repas par jour, permettra de couvrir une grande
partie des besoins estimés en vitamine A.

Dans la présente étude, l’évaluation sensorielle et les tests d’acceptabilité de


différentes préparations (bouillies, frites et en purée) de PDCO, pour imiter la consommation
habituelle de la patate au Sénégal, ont montré que les PDCO bouillie et frite ont de bons
attributs sensoriels chez les mères. Cependant, la PDCO frite a une apparence, une saveur et
une texture meilleure que celle de la PDCO bouillie, et cette différence est probablement due
76
à la présence d’huile dans la préparation, car cet ingrédient contribue positivement à la texture
et à la saveur (Burri, 2011 ; Selvakumaran et al., 2017). Chez les enfants, de bons attributs
sensoriels ont été trouvés à la fois pour la PDCO bouillie et en purée sans aucune différence
en termes d’apparence, de saveur et de texture, ce qui indique qu’après tout, les deux
préparations sont bouillies. Ces résultats suggèrent que les mères et leurs enfants ont des
perceptions différentes de la PDCO, en particulier en ce qui concerne les propriétés
sensorielles, ce qui confirme les résultats de Tomlins et al. (2007).

Toutes les préparations sont acceptables pour la consommation (Spehar et al., 2002),
ce qui indique une très bonne appréciation de cette variété de PDCO. Néanmoins, la plupart
des mères préfèrent la PDCO frite à la PDCO bouillie, probablement parce qu’au Sénégal, la
patate est traditionnellement consommée sous la forme bouillie comme un légume rarement
sous la forme frite. Des résultats similaires suggèrent que la texture, la saveur et le goût
peuvent être utilisés comme prédicteurs de la consommation et de l’acceptation de la PDCO,
et des facteurs tels que la satiété et le prix sont moins importants (Burri, 2011 ; Selvakumaran
et al., 2017). En revanche, la structure de l’aliment et la présence d’huile influencent
l’absorption et la biodisponibilité des caroténoïdes (Bengtsson et al., 2008 ; Tumuhimbise et
al., 2009).

Chez les enfants, les valeurs de l’IA obtenues à la fois pour la PDCO bouillie et en
purée étaient bonnes (88%), ce qui indique que les deux préparations de PDCO sont
acceptables (Spehar et al., 2002). Ces résultats confirment les valeurs obtenues par van
Jaarsveld et al. (2005) en Afrique du Sud chez les enfants d’âge scolaire et selon Tomlins et
al. (2007), les nouvelles variétés de PDCO étaient généralement acceptées par les jeunes
enfants.

Conclusion
Cette variété de PDCO, qui est cultivée pour la première fois dans la région de Kaffrine, est
acceptable pour les mères et leurs enfants de moins de 2 ans. Les méthodes de cuisson de la
PDCO ont diminué le contenu en vitamine A, mais les niveaux d’activité du rétinol sont restés
acceptables. Les PDCO bouillie, frite et en purée sont acceptées et des scores élevés sont
enregistrés pour tous les attributs sensoriels. La cuisson de la PDCO avec de l’huile a eu une
influence positive sur sa consommation. Le succès de cette variété de PDCO et son
acceptabilité sont prometteurs pour la prévention de la carence en vitamine A maternelle et
infantile en milieu rural à Kaffrine et au Sénégal.

77
Ce travail a fait l’objet d’une publication : Sensory evaluation and consumer acceptability
of orange-fleshed sweet potato by lactating women and their children (<2 years old) in
Kaffrine, Central Groundnut Basin, Senegal. Badiane A, Sylla PMDD, Diouf A, Tall L,
Mbaye MS, Cissé NS, Dossou NI, Wade S and Donnen P. African Journal of Food Science
2018;12(11)288-296. DOI: 10.5897/AJFS2018.

78
CHAPITRE IV

STATUT DE BASE DES COUPLES MERE-ENFANT

79
10. METHODOLOGIE

1.1. Cadre de l’étude

Kaffrine est une région pastorale agro-forestière située dans le centre du Sénégal. Elle forme
avec les régions de Kaolack et de Diourbel, le bassin central arachidier du Sénégal. Le climat
est soudano-sahélien avec une courte saison des pluies et une longue saison sèche. Avec 90%
des terres cultivables et 94% de la population vivant en milieu rural, la plupart des revenus de
la population proviennent de l’agriculture traditionnelle (agriculture pluviale), de la vente de
bois et de la collecte d’autres produits forestiers (ANSD, 2018). Les systèmes de culture
prédominants sont basés sur l’arachide, le mil, le maïs et le niébé pour la consommation
domestique et la commercialisation. Selon les dernières statistiques nationales, environ 34,8%
des femmes de 15 à 49 ans souffrent d’insuffisance pondérale dans la région. Le retard de
croissance et l’émaciation affectent respectivement 27,0% et 9,4% des enfants de moins de 5
ans (DAN, 2015 ; ANSD, 2018). Ces taux sont plus élevés chez les plus jeunes (6-23 mois).
De plus, la prévalence de l’insécurité alimentaire y est également élevée (24%) (SECNSA,
2016).

1.2. Choix des villages témoins

Les villages ciblés dans le cadre du projet PRD bénéficient tous du Programme de
Renforcement de la Nutrition mise en œuvre par la CLM. Le village de Sagna, zone
d’implantation de la ferme agricole ainsi que les villages polarisés dans un rayon de 3 km
constituent le « village d’intervention ». Celui-ci bénéficie des produits de la ferme et de la
stratégie de communication/éducation nutritionnelle. Le choix des villages témoin 1
(communication/éducation) et témoin 2 (qui ne bénéficie d’aucune des deux interventions) a
été effectué en collaboration avec la CLM. Le principal critère de choix de ces deux villages
témoins était leur situation géographique. En effet, ils devaient être à une distance minimale
de 10 km du village d’intervention pour éviter la contamination. C’est ainsi que la commune
de Malem Hodar (Département de Malem Hodar) et le village de Kathiotte (Département de
Kaffrine) ont été choisis respectivement comme villages témoin 1 et témoin 2 (Figure 17).

80
Figure 17 : Situation géographique des villages d’intervention et témoins (ANIDA, 2015)

1.3. Ethique

L’étude a été approuvée par le Comité National d’Ethique pour la Recherche et la Santé
(CNERS) du Ministère de la Santé et de l’Action Sociale sous le numéro
178/MSAS/DPRS/CNERS (annexe 1) et a reçu l’autorisation administrative de la Direction
de la planification de la recherche et des statistiques dudit Ministère (annexe 2). De plus, le
consentement éclairé des chefs de ménage ou des mères/gardiennes d’enfants a été obtenu
avant le démarrage de l’étude (annexe 3).

1.4. Réunions de sensibilisation des autorités administratives et sanitaires

Tout au long de la phase de préparation du projet, des rencontres d’information ont été
organisées avec les autorités administratives et sanitaires de la région (Gouverneur, Préfet,
Médecins chef de Région et de District, Infirmiers chef de poste). Des réunions villageoises
ont été aussi organisées dans chaque village avec l’appui des relais communautaires de la
CLM pour sensibiliser les populations à la mise en œuvre du projet notamment aux activités
qui seront menées. Les informations délivrées ont porté sur l’objectif, la méthodologie et les
résultats attendus de l’étude. L’accent a été mis en particulier sur la mesure de la composition

81
corporelle par dilution isotopique au deutérium et sur les prélèvements sanguins. A la même
occasion, la liste de tous les ménages de chaque village a été recueillie auprès des chefs de
village.

1.5. Taille d’échantillon et sélection des couples mère-enfant

La taille minimale de l’échantillon (n) de cette étude est estimée à 60 ± 10 couples mère-
enfant par village. Cette estimation a été retenue sur la base d’un consensus après la réunion
du groupe de recherche de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sur «
Using nuclear techniques to assess the role of nutrition-sensitive agri-food systems in
improving diet, health and nutritional status of vulnerable populations ». Pour atteindre cette
taille d’échantillon, une sélection progressive des couples mère-enfant a été effectuée dans les
trois villages à partir des registres de naissances des structures sanitaires qui polarisent ces
villages. Ainsi, la taille de l’échantillon a été atteinte au bout de 5 mois de recrutement
(janvier à mai 2017).

1.6. Collecte des données

L’étude biologique a été menée entre janvier 2017 et octobre 2018. La collecte des données a
été effectuée tous les 6 mois, de l’enrôlement des couples mère-enfant de 6-8 mois, jusqu’à
l’âge de 23 mois des enfants. Les données sont collectées par des questionnaires et par des
mesures physiques pour évaluer l’état nutritionnel des mères et de leurs enfants. Ces mesures
ont porté sur l’anthropométrie et la mesure de la composition corporelle. Des prélèvements
sanguins ont aussi été effectués pour déterminer le statut en micronutriments (fer et vitamine
A) ainsi que le statut infectieux.

1.6.1. Collecte des données par questionnaire

Deux (02) questionnaires, un questionnaire Mère et un questionnaire Enfant ont été


administrés à la mère (Annexe 4). Le questionnaire Mère porte sur les caractéristiques
sociodémographiques, les soins de santé et la diversité alimentaire des mères. Le
questionnaire Enfant renseigne sur les pratiques d’alimentation du nourrisson et du jeune
enfant (ANJE) et sur leur état de santé. Avant le démarrage de l’étude, un pré-test de ces
outils de collecte a été effectué pour évaluer le dispositif sur le terrain notamment,
l’organisation et la répartition des tâches, mais aussi la revue générale de la méthodologie et
la standardisation de l’administration des questionnaires.

82
[Link]. Alimentation des couples mère-enfant

La consommation alimentaire des mères a été mesurée par le score de diversité alimentaire
(SDAF) développé par la FAO (2016). Le SDAF consiste en un simple décompte des groupes
d’aliments (10) consommés par la mère au cours des 24 heures précédant l’interview. La
diversité alimentaire minimale (DAM) est un indicateur dichotomique qui détermine le
pourcentage de femmes en âge de procréer ayant consommé, au moins cinq (5) groupes
d’aliments définis sur les dix (10), le jour précédent. Les dix (10) groupes d’aliments sont :
(1) féculent, (2) légumes feuilles vertes foncées, (3) fruits et autres légumes riches en
vitamine A, (4) autres légumes, (5) autres fruits, (6) viande, abats et poisson, (7) œufs, (8)
noix et graines, (9) légumineuses, et (10) lait et produits laitiers.

Chez les enfants, les données sur l’allaitement optimal et l’alimentation complémentaire sont
recueillies à l’aide d’indicateurs standardisés de l’ANJE développés par l’OMS/IFPRI (2009).
Ainsi l’initiation précoce à l’allaitement maternel est définie comme la proportion de
nouveau-nés allaités au sein dans l’heure qui a suivi la naissance. La prévalence de
l’allaitement maternel exclusif est obtenue par la proportion de nourrissons recevant
uniquement le lait maternel et pas de nourriture ou de liquide autre que les solutions de
réhydratation orale, les vitamines-minéraux et/ou les médicaments au cours des six premiers
mois.
La diversité alimentaire minimale (DAM) chez les enfants est définie par la proportion
d’enfants ayant consommé, au moins quatre des sept groupes d’aliments définis pour les
enfants de 6-23 mois, le jour précédent : (1) aliments de base (céréales, racines et tubercules),
(2) légumineuses et noix, ( 3) produits laitiers, (4) aliments frais (viande, poisson, volaille et
foie/organes), (5) œufs, (6) fruits et légumes riches en vitamine A, et (7) autres fruits et
légumes. La fréquence minimale des repas est définie par la proportion d’enfants âgés de 6 à
23 mois allaités ou non et ayant reçu, des aliments solides, semi-solides ou mous (y compris
des aliments lactés pour les enfants non allaités), au moins le nombre minimum de fois. La
fréquence des repas pour les enfants allaités porte uniquement sur la prise d’aliments non
liquides (solides, semi-solides ou mous) et varie en fonction de l’âge (2 fois pour la tranche
d’âge 6-8 mois et 3 fois pour la tranche d’âge 9-23 mois). Pour les enfants non allaités, le
nombre minimum de repas ne varie pas en fonction de l’âge (4 fois pour tous les enfants âgés
de 6 à 23 mois). L’apport alimentaire minimum acceptable est défini par la proportion
d’enfants âgés de 6 à 23 mois qui ont reçu l’apport alimentaire minimum acceptable (en

83
dehors du lait maternel), c’est-à-dire qui ont atteint à la fois la diversité alimentaire minimale
et le nombre de repas minimum.

Le profil alimentaire est mesuré à partir des groupes d’aliments consommés par les mères et
les enfants le jour précédent l’enquête. La mesure du profil alimentaire permet de savoir les
principaux aliments qui constituent le régime alimentaire des mères et des enfants. Ainsi, pour
chaque groupe d’aliments, le pourcentage de consommation est calculé en divisant le nombre
de personnes qui ont consommé le groupe d’aliment sur le nombre total de sujets. Les
aliments qui ont atteint au moins les 50% sont les aliments les plus consommés.

[Link]. Santé et morbidité

Les données portant sur la vaccination des enfants contre le BCG, la poliomyélite, le
pentavalent et le pneumocoque, la supplémentation en vitamine A, le déparasitage et les
antécédents de maladie récente des couples mère-enfant sont recueillies en collaboration avec
le personnel médical local. Un rappel de deux semaines est effectué pour évaluer les maladies
maternelles et infantiles courantes ou tout autre cas de morbidité connexe.
La fièvre est définie comme une température axillaire supérieure ou égale à 38 °C
(WHO/CDS/CSR/ISR, 2000). La diarrhée est considérée comme l’émission d’au moins trois
selles molles ou aqueuses au cours des dernières 24 heures. Une infection respiratoire est
caractérisée par une infection des voies respiratoires et des poumons.

1.6.2. Evaluation de l’état nutritionnel des couples mère-enfant

L’état nutritionnel est évalué par des paramètres anthropométriques, la mesure de la


composition corporelle et le statut en fer et en vitamine A.

[Link]. Mesures anthropométriques

La méthodologie utilisée pour la mesure des paramètres anthropométriques est conforme aux
procédures standards (Lohman, 1988). Toutes les mesures ont été effectuées en double.

[Link].1. Poids

Les mères sont pesées pieds nus, avec un pagne léger de poids connu, à l’aide d’une balance
mécanique (Seca 877, GmbH et Co, Hamburg, Germany) d’une portée maximale de 200 kg et
d’une précision de 100 g. La balance est posée sur une surface dure et plane. Elle est toujours
calibrée avant son utilisation avec un poids étalon de 5 kg. Lors des mesures, les mères restent

84
debout sur la balance et la tête maintenue dans le prolongement du corps. Le poids est
exprimé en kg.
Le poids des enfants est mesuré par la méthode de la double pesée avec la même balance
ayant servi à peser les mères. Pour cela, la mère se tient sur la balance et porte l’enfant sur ses
épaules, ainsi le poids du couple mère-enfant exprimé en kg est reporté. La différence entre le
poids du couple mère-enfant et le poids de la mère permet de déterminer le poids de l’enfant.

[Link].2. Taille

La taille des mères exprimée en mètre est mesurée en double avec une toise verticale (SECA
216, GmbH et Co, Hamburg Germany) suivant les procédures standardisées qui consistent à
poser la toise sur une surface plane et dure, à vérifier la verticalité et l’horizontalité du socle
avant le début des mesures. Lors des mesures, les mères restent pieds nus et bien joints, le
corps bien droit de sorte que les talons, les fesses et la nuque touchent la toise, et les deux bras
le long du corps.

La taille des enfants exprimée en cm est mesurée avec une toise horizontale (SECA 417,
GmbH et Co, Hamburg Germany) posée sur une surface plane, avec les mêmes précautions.
Les enfants sont allongés sur le dos, la tête contre la partie fixe de la toise, le regard tourné
vers le haut, les épaules, les fesses et les jambes touchent la planche de la toise, la colonne
vertébrale non arquée, les deux bras positionnés le long du corps, la plante des pieds contre la
planche et les orteils tournés vers le haut.

[Link].3. Calcul et expression des indices anthropométriques

L’âge des enfants est recueilli à partir des carnets de naissance. Les indices poids-pour-taille
ou PTZ et taille-pour-âge ou TAZ sont calculés avec le logiciel AnthroPlus version 2.0.2 de
l’OMS ([Link]/childgrowth) à partir des courbes de référence des enfants âgés de
moins de 2 ans (WHO, 2006). L’Indice de Masse Corporelle (IMC) en kg/m² ou l’IMC-pour-
âge z-score (<20 ans) sont utilisés pour déterminer respectivement l’état nutritionnel des
mères âgées de plus de 20 ans et de celles âgées de moins de 20 ans.

ü Retard de croissance chez l’enfant


Le retard de croissance est défini par un indice TAZ inférieur à -2 z-score.

ü Malnutrition aiguë ou émaciation chez l’enfant


L’émaciation ou malnutrition aiguë est définie par un indice PTZ inférieur à -2 z-score.

85
ü Surpoids et obésité chez l’enfant
Le surpoids/obésité est défini chez les enfants par un indice PTZ supérieur ou égal à + 2 z-
score.

ü Etat nutritionnel des mères


Chez les mères l’IMC permet de les classer en 4 catégories selon leur âge et leur niveau
d’adiposité : maigre ; normal, surpoids et obèse (de Onis et al., 2007 ; WHO, 1999). Ces
seuils sont indiqués dans le Tableau 7 selon l’âge de la mère.

Tableau 7 : Classification de l’état nutritionnel des mères


Corpulence Mère < 20 ans (IMC z-score) Mère ≥ 20 ans (IMC kg/m²)

Maigre IMC < -2 IMC < 18,5

Normal 1 ≥ IMC ≥ -2 18,5 ≤ IMC ≤ 24,9

Surpoids +2 ≥ IMC > +1 25,0 ≤ IMC ≤ 29,9

Obèse IMC > +2 IMC ≥ 30

[Link]. Mesure de la composition corporelle

La composition corporelle des couples mère-enfant (masse maigre, masse grasse, pourcentage
de masse grasse) est mesurée par la méthode de la dilution isotopique au deutérium (AIEA,
2010).

[Link].1. Principe

La technique consiste à administrer aux mères et à leurs enfants une dose orale de deutérium
enrichi à 99,8% (Sigma-ALDRICH, Co. 3050, St Louis, USA). La dose est administrée sous
forme d’oxyde de deutérium et ne présente aucune toxicité (AIEA, 2010). A l’équilibre avec
l’eau corporelle, le deutérium est éliminé de l’organisme dans la salive, les urines et la sueur.
Ainsi, en faisant des prélèvements de salive 2h30 et 3h après la dose chez les enfants et 3h et
4h chez les mères, on peut déterminer l’enrichissement en deutérium des échantillons de
salive avec un Spectromètre Infrarouge à Transformée de Fourier (FTIR).

86
[Link].2. Préparation et administration des doses de deutérium

Les doses de deutérium sont préparées la veille de la collecte des données. Chez les mères,
30g de D2O (AIEA, 2010) sont préparés dans des flacons de 60 ml. Chez les enfants, les doses
de D2O à administrer sont préparées en fonction du poids de l’enfant dans des seringues
stériles jetables en plastique (AIEA, 2010). Toutes les doses sont pesées avec une balance
(OHAUS Corporation, Florham Park, USA) d’une capacité maximale de 210 g et d’une
précision de 0,1 mg. Sur chaque flacon ou seringue, l’identifiant du couple mère-enfant, la
date de préparation et le poids exact de la dose sont notés. Ils sont ensuite conservés à +4° c
jusqu’au lendemain.
Sur le terrain, les couples mère-enfant reçoivent tôt le matin, à jeun une dose orale de
deutérium pur ou diluée en fonction de leur poids corporel. La dose est administrée à l’aide
d’une paille chez les mères alors que chez les enfants, elle est administrée directement à l’aide
de seringue. Pour les mères, le flacon et la paille sont rincés avec 2 x 50 ml d’eau de robinet
pour éviter toute perte de deutérium. Ensuite, l’heure d’administration de la dose est notée
dans une fiche individuelle (annexe 5).

[Link].3. Collecte des échantillons de salive

Les échantillons de salive sont prélevés en donnant aux mères et aux enfants des boules de
coton stériles qu’ils tournent dans leur bouche maintenue fermée jusqu’à ce qu’elles soient
complètement imbibées de salive. Les boules de coton sont ensuite introduites dans une
seringue de 20 ml (Norm-ject, HenkeSass Wolf, Tuttlingen, Germany) pour être pressées dans
un tube stérile de 5 ml pour les mères et 2 ml pour les enfants (Termofisher-scientific,
Danemark). Ces tubes sont mis dans des sachets ziploc puis placés dans une glacière pour le
transport et enfin conservés à -20°C jusqu’au dosage. Pour chaque couple mère-enfant trois
types d’échantillons de salive sont prélevés :

- Un échantillon « pré-dose » prélevé avant l’administration de la dose qui permet de


déterminer l’enrichissement naturel en deutérium du compartiment eau de l’organisme
de chaque sujet.
- Deux échantillons « post-doses » prélevés 2h 30mn et 3h pour les enfants et 3h et 4h
pour les mères après administration de la dose.
Les heures de prélèvement des échantillons pré-doses et post-doses sont notées à la minute
près.

87
[Link].4. Mesure de l’enrichissement des échantillons de salive en
deutérium

ü Spectromètre infrarouge à transformée de Fourier (FTIR)


La spectroscopie infrarouge est une technique de détection et de dosage utilisée en chimie.
Elle est basée sur l’absorption d’un rayonnement infrarouge par la substance analysée. Elle
permet via la détection des vibrations caractéristiques des liaisons chimiques, d’effectuer
l’analyse des fonctions chimiques présentes dans la substance et de déterminer la
concentration des différents composés. L’enrichissement des échantillons de salive en
deutérium est mesuré avec un FTIR (IR-Affinty-1, Shimadzu, Nakagyo-ku kyoto, Japon)
(Figure 18). Le FTIR ne mesure pas la concentration en deutérium des échantillons de salive,
mais leur enrichissement par rapport à un niveau de base des salives pré-dose. L’appareil
scanne l’échantillon « pré-dose » qu’il enregistre comme niveau de base (background) et lit
l’échantillon « post-dose » contre ce background. Il procède automatiquement à la
soustraction du background pour donner le spectre définitif. Les spectres ainsi obtenus sont
transférés sur le logiciel « [Link] » un programme développé par le « Medical Research
Council - Human Nutrition Research » (MRC-HNR, Cambridge, UK) et qui donne
directement les enrichissements en ppm des échantillons.

ü Evaluation de la performance de l’appareil


Avant chaque série de mesure, un test de validation JP (Japan Validation) est effectué à l’aide
d’un film polystyrène (Shimadzu, Corporation Kyoto, Japon) afin d’évaluer la quantité
d’énergie et la performance de l’appareil. Ce test permet de valider la performance du FTIR
basée sur la vérification des cinq (5) paramètres suivants : la puissance du spectre, la
résolution, l’exactitude de la longueur d’onde, la reproductibilité de la longueur d’onde et la
reproductibilité de la transmission.

Figure 18 : Spectromètre Infrarouge à Transformée de Fourier

88
ü Calibration du FTIR
Un standard pur à 1000 mg/kg (ppm) est préparé en diluant 1 g de deutérium pur (Cambridge
Isotope Laboratories, Inc, Andover, USA) soigneusement pesé avec une balance électronique
de 0,001 mg de précision, dans environ 1 litre d’eau de robinet. Le FTIR mesure
l’enrichissement des échantillons de salive par rapport à la valeur de ce standard pur. Dans le
but de vérifier la précision de l’analyse du deutérium dans la gamme des concentrations
susceptibles d’être mesurées, une série de solutions étalons de concentrations différentes (100,
200, 400, 600, 800, 1000, 1500, 2000 ppm) est également préparée. Ces différentes solutions
sont lues au FTIR et la droite de régression entre les valeurs théoriques (calculées) et celles
mesurées au FTIR est tracée. Si les valeurs des standards sont correctes, le coefficient de
régression est proche de 1.

Un pool interne ou contrôle interne (CI) de salive est aussi préparé à partir des échantillons
pré-doses et post-doses collectés chez les enfants. Les pré-doses et les post-doses sont
séparément mélangées au vortex pour constituer le pool de CI (pré et post-doses).

ü Analyse des standards et des échantillons de salive


La lecture du standard pur, du CI et des échantillons de salive est effectuée à l’aide d’une
cellule en fluorure de calcium de 100 µm d’épaisseur et de 0,1 ml de volume, munie de deux
orifices (CaF2 Liquid Omni-Cell, SPECAC GmbH & Co Darmstadt, Germany). Pour remplir
la cellule, l’échantillon (eau, standard, CI ou salive) est prélevé à l’aide d’une seringue de 1
ml et est introduit dans l’un des orifices tandis que l’autre est bouché avec du papier absorbant
(Kimberly-Clark Inc., Ontario, Canada). Après remplissage, chaque orifice est bouché avec
un bouchon en téflon et la cellule est nettoyée avec du papier absorbant avant d’être introduite
dans le porte-cellule du FTIR. Les mesures sont effectuées entre 2300 et 2900 cm-1. Le
standard pur est lu trois fois avant et trois fois après chaque série de mesures des échantillons
de salive. La mesure commence avec le standard pur qui est lu trois (3) fois de suite par
rapport à l’eau ayant servi à sa préparation. Ensuite, pour chaque sujet, l’analyse des
échantillons de salive se fait comme suit : l’échantillon pré-dose est mesuré comme
background puis les échantillons post-doses sont lus en double. Le CI est mesuré de nouveau
après chaque lot de quinze (15) échantillons. A la fin des mesures, le standard pur est relu
trois (3) fois. L’enrichissement en ppm des échantillons est obtenu grâce au programme «
[Link] » développé par le MRC-HNR (Coward et al., 1988 ; IAEA, 2010).

89
ü Contrôle de qualité des mesures d’enrichissement
Le contrôle de qualité des mesures a été effectué sur l’ensemble des données. Quatre (4)
critères stricts, requis pour la mesure de l’eau corporelle totale, la masse grasse et le
pourcentage de masse grasse, ont été appliqués aux mesures d’enrichissement du deutérium.
Les critères de qualité étaient les suivants: 1) l’enrichissement en deutérium de chacun des
deux échantillons post-dose devrait se situer à moins de 2% de la moyenne des deux
échantillons ; 2) l’enrichissement des échantillons de salive doit se situer dans une fourchette
attendue d’enrichissements normaux en fonction du poids corporel de la mère ou de l’enfant ;
3) les valeurs aberrantes dans la relation eau corporelle totale et taille de la mère ou de
l’enfant sont aussi identifiées et exclues ; 4) les valeurs aberrantes du pourcentage de masse
grasse sont identifiées et exclues si le pourcentage de masse grasse est < 5%, considéré
comme « physiologiquement inacceptable ».

[Link].5. Détermination de la composition corporelle des couples mère-


enfant

L’enrichissement en ppm des échantillons de salive est ensuite transféré sur une feuille de
calcul Excel programmée pour calculer :

Le volume de dilution (VD) du deutérium à partir de la formule suivante :

VD (kg) = Dose D2O (mg)/enrichissement de la salive (mg/kg)

L’espace de dilution du deutérium étant supérieur au volume d’eau corporelle totale à cause
de l’échange de deutérium avec d’autres atomes d’hydrogène que ceux de l’eau, l’eau
corporelle totale (ECT) est calculée en tenant compte d’un facteur de correction de 4,1%
(Forbes, 1987).

ECT (kg) = VD/1,041

La masse maigre est calculée à partir de l’ECT en tenant compte des facteurs d’hydratation
(FH) qui varient en fonction de l’âge et du sexe chez les enfants (Lohman, 1992 ; AIEA,
2010). Le Tableau 8 résume le facteur d’hydratation des enfants selon le sexe et l’âge.

Masse maigre (MM kg) = ECT/FH

90
Tableau 8 : Facteur d’hydratation des enfants selon l’âge et le sexe

Cibles Facteur d’hydratation (%)

Mère 73

Garçon 77

Fille 78

La masse grasse (kg) est estimée à partir de la différence entre le poids corporel (kg) et la
masse maigre (kg).

Masse grasse (MG kg) = Poids corporel total Masse maigre

Le pourcentage de masse grasse, qui mesure l’adiposité est calculé par le rapport de la masse
grasse sur le poids corporel total.

Pourcentage masse grasse (%MG) = (Masse grasse/Poids corporel total) x 100

Les indices de masse maigre et de masse grasse sont calculés par :

Indice de masse maigre (kg/m²) = Masse maigre/Taille²

Indice de masse grasse (kg/m²) = Masse grasse/Taille²

[Link].6. Seuils de classification du niveau d’adiposité selon pourcentage de


masse grasse

Dans cette étude, nous avons utilisé les seuils proposés par Lorenzo et al. (2003) et William et
al. (1992) pour classer respectivement les mères et les enfants selon leur niveau d’adiposité.
Ainsi un % MG > 35 chez les mères, > 25 chez les garçons et > 30 chez les filles indiquent un
excès d’adiposité associé à un risque accru de maladies métaboliques.

[Link]. Prélèvement sanguin et dosages biologiques

[Link].1. Prélèvements sanguins et conservation des échantillons

Les échantillons de sang sont obtenus par ponction veineuse à l’aide d’un dispositif constitué
d’un tube de prélèvement sous vide à usage unique indemne de contamination métallique et
contenant de l’héparine de lithium comme anticoagulant (Sarstedt AG1&Co, Numbrecht,

91
Germany). Le matériel de prélèvement est stérile, individuel et à usage unique. Deux
échantillons de sang, environ 10 ml chez les mères et 5-7 ml chez les enfants, ont été prélevés.
Les prélèvements sont effectués de préférence chez les mères à jeun, tôt le matin. L’heure du
dernier repas des mères et des enfants est systématiquement notée sur le questionnaire de
même que l’heure du prélèvement. Une fois prélevés, les échantillons sont protégés de la
lumière avec du papier aluminium. Un petit volume sanguin est versé dans un autre tube pour
la détermination du taux d’hémoglobine. Le reste est immédiatement placé dans une glacière
au froid à 4°C. Après les séances de prélèvements, le sang est immédiatement centrifugé à
3200 tours/min pendant 10 min (Centrifugeuse EBA, Andreas Hettich GmbH&Co,
Tuttlingen, Germany) pour obtenir du plasma, lequel est aussitôt réparti en 5 aliquotes pour
les mères et 4 aliquotes pour les enfants dans des cryotubes (Cm- Lab, wordingborg,
Denmark). Ces derniers sont placés dans des cryoboxes, entourés de papier aluminium, puis
conservés dans un congélateur à -20° C à Kaffrine. Les cryoboxes sont régulièrement
transférés dans un mini-congélateur à -20°C (Waeco International GmbH, Emsdetten,
Germany) de Kaffrine jusqu’au Laboratoire de Nutrition à l’UCAD où ils sont conservés à -
80° C jusqu’aux dosages. L’identification des sujets comporte dans l’ordre le village/N° du
ménage/Initial prénom et nom de la mère/N° d’enrôlement de couple mère-enfant/suivi d’un
E pour les enfants.

[Link].2. Mesure du taux d’hémoglobine

La détermination du taux d’hémoglobine est effectuée sur le terrain aussitôt après le


prélèvement. Le taux d’hémoglobine (Hb) est déterminé à l’aide du système HémoCue
(HemoCue 301+, AB, Angelholm, Sweden) fonctionnant selon le principe de la photométrie.

ü Principe et mode opératoire


Ce système comporte une microcuvette permettant de recueillir une goutte de sang qui
réagitavec un réactif sec (désoxycholate de sodium, nitrite de sodium, azide de sodium et
fluorescéine). Le sang total recueilli au cours du prélèvement sanguin a servi à la mesure. La
fente située au bout de la microcuvette aspire la goutte de sang dont les érythrocytes sont
hémolysés par le désoxycholate de sodium entraînant ainsi la libération de l’hémoglobine.
Ensuite, le nitrite de sodium transforme l’hémoglobine en méthémoglobine qui réagit avec
l’azide de sodium pour former l’azide de méthémoglobine. Après l’introduction de la
microcuvette dans le photomètre HemoCue, la lecture du taux d’hémoglobine se fait en 15-45

92
secondes à deux longueurs d’onde, ce qui permet de corriger toute interférence de
l’échantillon. Tous les échantillons ont été mesurés en double.

ü Contrôle de qualité des mesures d’hémoglobine


La calibration du photomètre HemoCue est vérifiée chaque jour à l’aide de sérums de contrôle
haut et bas (HemoTrol high, low (2 x1ml) (Eurotrol B.V, Keplerlaan 20, The Netherlands)
avant chaque série de mesures.

[Link].3. Dosage de la ferritine plasmatique

ü Principe
Le dosage de la ferritine plasmatique (FP) est réalisé avec un analyseur automatique Mini-
Vidas (Biomérieux SA, Lyon, France). Le principe du dosage associe la méthode
immunoenzymatique par sandwich à une étape de détection finale en fluorescence (ELFA,
Enzyme Linked Fluorescent Assay).

ü Appareillage et réactifs
La concentration de la ferritine plasmatique est déterminée avec un analyseur automatique
Mini Vidas (Biomérieux SA, Lyon, France) au Laboratoire de Nutrition. Le kit de dosage
Vidas Ferritin (Ref. 30411, Biomérieux SA, Lyon, France) est constitué de 60 cartouches et
d’autant de cônes, un flacon de 2 ml du contrôle FER (C1), un flacon de 2 ml du calibrateur
(S1), une solution Tampon de dilution FER, une carte MLE (une fiche de spécifications
contenant les données usines nécessaires à la calibration du test) et une notice. Chaque
cartouche est composée de 10 puits. Le premier puits comporte une partie réservée à
l’échantillon et le dernier puits permet la lecture en fluorimétrie. Les différents réactifs
nécessaires à l’analyse sont prêts à l’emploi et sont contenus dans les huit puits
intermédiaires. Les cônes sont sensibilisés par des immunoglobulines monoclonales de souris
anti-ferritine. Le cône à usage unique sert à la fois de phase solide et de système de pipetage.

ü Mode opératoire
Cent microlitres (100 µL) de plasma sont introduits à l’aide d’une pipette automatique dans
le puits échantillon de la cartouche (1er puits). Toutes les étapes du test, constituées de
successions de cycles d’aspiration et de refoulement du milieu réactionnel, sont réalisées
automatiquement par le Mini Vidas. Lors de l’étape finale de révélation, le substrat (4-
Méthyl-ombelliferylphosphate) est aspiré puis refoulé dans le cône ; l’enzyme du conjugué

93
catalyse la réaction d’hydrolyse de ce substrat en un produit (4-Méthyl-ombelliferone) dont la
fluorescence émise est mesurée à quatre cent cinquante nanomètres (450 nm). La valeur du
signal de fluorescence est proportionnelle à la concentration de l’antigène présent dans
l’échantillon. A la fin du test, les résultats sont calculés automatiquement par l’appareil par
rapport à une courbe de calibration mémorisée puis imprimés.

ü Contrôle de qualité
La qualité du dosage est vérifiée par un sérum contrôle FER (1x2ml, Réf.30411
Biomérieux). Le contrôle de la qualité interne des mesures a été effectué à l’aide d’un pool de
plasma interne (SI). L’appareil est calibré tous les 15 jours.

[Link].4. Dosage du rétinol plasmatique

La chromatographie liquide haute performance (HPLC) est la méthode utilisée pour le


dosage quantitatif du rétinol plasmatique dans notre étude. C’est une méthode chimique de
séparation des constituants d’un mélange complexe. Cette chromatographie est dite liquide
car l’échantillon dont on veut séparer les composés est entrainé par une phase mobile liquide
dans une colonne contenant une phase stationnaire fixée à sa paroi. Il s’agit d’une méthode de
choix avec une grande sensibilité et spécificité (WHO, 1996), considérée comme une
technique de laboratoire suffisamment fiable pour les dosages systématiques.

ü Appareillage et principe
L’appareillage est une chaîne Spectra SYSTEM qui comprend un dégazeur à membrane à
4 voies SCM1000, une pompe quaternaire à gradient P1000XR, un passeur avec injecteur
automatique AS3000, un détecteur à barrettes d’iodes UV6000LP et un module d’interface
SN 4000, le tout piloté par ordinateur. L’ensemble du système est géré par le logiciel
ChromQuest, version 4.1 (Thermo Electron SAS, Cedex, France) qui traite les résultats. Tous
les réactifs et solvants utilisés pour le dosage sont de grade HPLC.

Le principe de la détermination se base sur le fait qu’après précipitation de ses protéines


vectrices (Retinol Binding Protein et Transthyrétine) provoquée par l’addition d’éthanol, le
rétinol est extrait par l’hexane. Sa concentration est déterminée par chromatographie en phase
TM
inversée à l’aide d’une colonne Resolve C18 (3,9x150 mm) 5µm, 90Å, protégée par une
pré-colonne (3,9x20mm) (Waters Corporation, Massachusetts, USA) couplée à une détection
UV à 325 nm.

94
ü Mode Opératoire
Deux cents microlitres de plasma (200 µl) additionnés de 40 µl d’acétate de rétinol
(standard interne) sont traités avec 200 µl d’éthanol à 0,1% de BHT (butylhydroxytoluène,
antioxydant). Après agitation au vortex, le mélange est extrait avec 2x500 µl d’hexane. Les
surnageants d’hexane sont prélevés et mélangés dans un second tube puis évaporés sous azote
grâce à un évaporateur N-EVAP 112 (Organomation Associates, Berlin, USA). L’extrait sec
de vitamine A est repris dans 80 µl de méthanol/dichloroéthane (75/25 par volume) pour
dissoudre la phase lipidique et un volume de 40 µl de cet échantillon est injecté dans le
chromatographe. La phase mobile est un mélange Méthanol/Eau (95/5 par volume) additionné
de 0,05% de Triéthylamine (TEA) (dont le rôle est d’augmenter la résolution des pics) à un
débit de 1 ml/min.

Un volume de 20 µl d’acétate de rétinol (standard interne) est injecté seul pour évaluer le
rendement de l’extraction. Ce rendement est le rapport des surfaces des pics d’acétate de
rétinol de l’échantillon et du standard interne. Les concentrations en rétinol sont déterminées à
l’aide de l’équation de la courbe de calibration externe réalisée à partir d’une solution de
rétinol purifiée par HPLC. Les concentrations obtenues sont ensuite corrigées par le
rendement d’extraction qui doit être supérieur à 90%.

ü Contrôle de qualité
La qualité des mesures a été effectuée à l’aide d’un pool de plasma interne.

[Link].5. Dosage de la Protéine C-Réactive (CRP) et de l’alpha-1-Acide


Glycoprotéine (AGP)

ü Principe
La Protéine C-Réactive (CRP) plasmatique contenue dans l’échantillon provoque une
agglutination des particules de latex couvertes avec les anticorps anti-protéine C-réactive
humains. L’agglutination des particules de latex est proportionnelle à la concentration en CRP
et peut être quantifiée par turbidimétrie.
L’alpha-1 Acide Glycoprotéine (AGP) aussi appelée orosomucoïde, présente dans
l’échantillon à doser, précipite en présence d’anticorps anti alpha-1 Acide Glycoprotéine
humains. La dispersion de la lumière générée par les complexes antigène-anticorps est
proportionnelle à la concentration en alpha-1 Acide Glycoprotéine de l’échantillon et peut être
quantifiée par turbidimétrie.

95
ü Appareillage et réactifs
L’appareil utilisé est un analyseur automatique Biosystems A15 (BioSystems S.A, Costa
Brava 30, Barcelona, Spain) piloté par ordinateur. La protéine C-réactive est dosée par un kit
(Réf 13921, Biosystems) contenant les réactifs A (un tampon de glycine à 0,1mol/L, pH 8,6 ;
2x16ml) et B (suspension de particules de latex sensibilisées avec les anticorps anti CRP
humaine ; 2x4ml) et un standard (1x1ml) reconstitué avec de l’eau distillée.
L’AGP est analysé avec un Tampon Tris (50 mmol/L, pH 8,5) (Réf 31928, BioSystems
S.A, Barcelona, Spain) contenant des anticorps de chèvre anti-AGP humains. Un standard
(1x1ml ; Réf 31195, BioSystems S.A, Barcelona, Spain) est utilisé pour la courbe de
calibration.

ü Mode opératoire
Un volume de 100 μl d’échantillon (sérum, standard ou pool interne de plasma) est introduit
dans une cupule disposée sur le plateau d’échantillons de l’appareil.
Pour la CRP, le mélange des réactifs A (16 ml) et B (4 ml) est disposé sur le plateau réservé
aux réactifs. Au cours de la réaction, 3 μl de plasma sont prélevés par l’analyseur qui effectue
automatiquement le mélange avec 440 μl de réactif. La CRP de l’échantillon réagit avec les
anticorps anti-CRP et conduit à la formation de complexes antigène-anticorps entraînant une
agglutination qui est mesurée par turbidimétrie.
Pour l’AGP, le réactif est disposé sur le plateau qui lui est réservé. Lors du dosage, 3μl de
plasma sont aspirés par l’analyseur qui effectue automatiquement le mélange avec 300 µl de
réactif. Il y a ainsi formation d’immunocomplexes qui sont mesurés par turbidimétrie.
L’absorbance des complexes est proportionnelle à la concentration en AGP dans l’échantillon
qui est calculée par interpolation avec la courbe de calibration effectuée en 5 points selon les
indications données par le fabricant.

ü Contrôle de qualité
La précision et la validité des mesures de CRP et d’AGP sont vérifiées grâce aux sérums
Contrôle Rhumatoïde niveau I (3x1 ml, Réf. 31213, BioSystems), niveau II (3x1 ml, Réf.
31214, BioSystems) et à un sérum contrôle Randox (12 x 5ml, Réf. LAN4214, Randox). Les
mesures sont validées lorsque les valeurs des différents contrôles sont dans les limites
admises (± 2 écarts type). Le contrôle de la qualité interne des mesures de la CRP et de l’AGP
est effectué à l’aide d’un pool de plasma interne. Les mesures sont faites en double pour
l’AGP et sont validées si le coefficient de variation entre deux mesures est inférieur à 5%.

96
[Link].6. Définition des carences et des infections et/ou inflammation

L’anémie est définie chez les femmes enceintes ou allaitantes et chez les enfants de moins de
2 ans par Hb < 110 g/L. Chez la femme non enceinte non allaitante, elle est définie par un Hb
< 120 g/L. La carence en fer est définie chez la femme et l’enfant de 6-23 mois par une
concentration de ferritine plasmatique < 12 µg/L, alors qu’un déficit des réserves martiales est
défini chez la femme allaitante par une ferritine plasmatique < 15 µg/L (WHO, 2011).
Une concentration de rétinol plasmatique < 1,05 µmol/L a été utilisée pour définir la carence
marginale en vitamine A chez les mères et le seuil de < 0,7 µmol/L pour déterminer la
prévalence de la carence en vitamine A chez les couples mère-enfant (WHO, 1996).
L’inflammation est définie comme une infection chronique si AGP ≥ 1 g/L et CRP <5 mg/L,
une infection aiguë si AGP <1 g/L et CRP ≥ 5 mg/L ou une infection mixte si CRP > 5 mg/L
et AGP > 1 g/L (Thurnham et al., 2003).
En raison de l’absence de relation obtenus après corrélation entre l’inflammation et la ferritine
et le rétinol chez les mères, les prévalences de la carence en fer et en vitamine A sont estimées
à partir des valeurs brutes de la ferritine et du rétinol. Chez les enfants, la carence en fer et en
vitamine A ont été estimées avec les valeurs ajustées de ferritine et de rétinol à l’inflammation
en utilisant l’approche de correction développée par BRINDA (Suchdev et al., 2016 ; Larson
et al., 2017). Les valeurs de référence de la CRP et de l’AGP utilisées pour effectuer la
correction de l’inflammation ont été dérivées des données de l’enquête nationale sur le statut
de base en micronutriments au Sénégal (Ndiaye et al., 2015, 2017). Ces valeurs de référence
sont 0,12 mg/L et 0,57 g/L pour les enfants âgés de 12 à 59 mois.

11. GESTION, SAISIE, CONTROLE DE QUALITE DES DONNEES ET ANALYSES


STATISTIQUES

Toutes les données sont conservées au Laboratoire de Nutrition de l’UCAD en version papier
(questionnaires et fiches de collecte) et en version électronique. La saisie, le traitement et
l’analyse statistique des données ont été effectués avec les logiciels Epi-info, version 7
(Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, USA), AnthroPlus version 1.04 (OMS,
2007), Excel 2003 (Microsoft Corporation, Redmond, USA) et STATA/SE version 14.0
(STATA Corporation, Texas, USA). Les résultats des analyses sont exprimés en moyenne ±
écart type et en pourcentage. Une analyse descriptive a permis de décrire les caractéristiques
sociodémographiques, anthropométriques, la composition corporelle et l’alimentation des
couples mère-enfant. Le test t de Student est utilisé pour comparer les moyennes et le test

97
Khi² de Pearson pour comparer les prévalences ou les pourcentages. L’analyse de variance à
un facteur (ANOVA) associée à un test post hoc (Bonferroni, LSD) a permis de faire la
comparaison des paramètres de plus de deux classes. Les relations entre les données
anthropométriques et de composition corporelle ont été évaluées à l’aide du coefficient de
corrélation de Pearson. La régression linéaire multiple avec sélection pas à pas a été utilisée
pour identifier les associations entre les variables dépendantes (anthropométrique et de
composition corporelle) et indépendantes (socioéconomiques, sanitaires et alimentaires) des
couples mère-enfant. Toutes les conditions de l’analyse de régression multiple ont été
vérifiées (linéarité du modèle, normalité de la distribution des résidus, homoscédasticité et
valeurs aberrantes). Pour toutes ces analyses statistiques, un seuil de signification de 5% est
retenu.

12. RESULTATS

3.1. Caractéristiques sociodémographiques de base des couples mère-enfant

Un total de 213 couples mère-enfant (6 - 8 mois) a été enrôlé à Sagna (n = 71), à Malem
Hodar (n = 72) et à Kathiotte (n = 70) pour participer à cette étude. Parmi ces 213 couples
mère-enfant, 1 de Malem Hodar et 2 de Kathiotte n’ont pas obtenu de données sur la
composition corporelle, la consommation alimentaire et les caractéristiques
sociodémographiques. Par ailleurs, les données de deux (2) nourrissons du village de
Kathiotte ont été supprimées de la base de données car ils ne répondaient pas aux critères de
contrôle qualité de la mesure de composition corporelle. L’analyse finale des données de base
a porté sur 213 mères pour l’anthropométrie, le statut en micronutriments et le statut
infectieux, et 210 mères pour la composition corporelle et les caractéristiques
sociodémographiques, de santé et de morbidité. Chez les nourrissons, les analyses ont porté
sur 213, 210 et 208 enfants respectivement pour l’anthropométrie, la consommation
alimentaire et la composition corporelle.
Les caractéristiques sociodémographiques de base des couples mère-enfant sont présentées
dans le Tableau 9. L’âge moyen des mères est de 25 ± 6 ans avec une prédominance de mères
âgées de plus de 20 ans (78,1%). La plupart d’entre elles sont de l’ethnie Wolof et
essentiellement des femmes au foyer. Un quart sont analphabètes ou n’ont jamais fréquenté
l’école. Plus de 75% sont multipares. Parmi les nourrissons, l’effectif est comparable entre les
garçons et les filles.

98
Tableau 9 : Caractéristiques sociodémographiques de base des couples mère-enfant
% ou M ± ET

Mères (n = 210)
Age (année) 25 ± 6

< 20 ans 21,9

≥ 20 ans 78,1

Profession

Ménagère 80,5

AGR1 19,5

Ethnie

Wolof 94,4

Autre (Sérère/Toucouleur) 5,6

Niveau d’éducation

Aucun 24,3

Education formelle (primaire/moyen/secondaire) 15,7

Coranique 60,0

Parité

Primipare 24,3

Multipare 75,7

Nombre d’enfants de moins de 5 ans

1 24,3

2 10,9

3-4 64,8

Enfants (n = 210)

Age (mois) 6,8 ± 0,8

Sexe (filles) 50,2


1
AGR : activité génératrice de revenus.

99
3.2. Etat physiologique, soins de santé et état sanitaire des couples mère-enfant

Moins de 50% des mères ont eu recours à la planification familiale avant la dernière grossesse
et la plupart d’entre elles a bénéficié d’un suivi prénatal au cours de la dernière grossesse
(Tableau 10). Plus de 50% des mères ont accouché dans un établissement de santé et ont reçu
des soins pré et postnatals. Peu de mères ont déclaré avoir reçu une supplémentation en
fer/folate après l’accouchement. La moitié des nourrissons, a reçu la vitamine A au cours des
6 derniers mois et la majorité a reçu le vaccin contre le BCG, la poliomyélite, le pentavalent et
le pneumocoque de la naissance à 3 mois. Plus de 20% des nourrissons ont eu la fièvre et la
diarrhée et 16,7% une infection respiratoire aiguë (IRA) au cours des deux dernières semaines
précédant l’enquête. La prévalence du petit poids naissance enregistrée chez les mères ayant
accouché dans les établissements de santé locaux est faible.

100
Tableau 10 : Etat physiologique, soins de santé et état sanitaire des couples mère-enfant
% ou M ± ET

Mère (n = 210)
Etat physiologique

Allaitante 99,1

Non allaitante 0,9

Planning familial avant la dernière grossesse 46,2

Consultation

Prénatale (au moins 2 CPN) 92,9

Postnatale (au moins 2 CPON) 91,2

Supplémentation en fer/acide folique après accouchement 11,0

Maladies (15 derniers jours) 41,4

Fièvre 14,3

Maux de ventre 9,5

Toux/difficultés respiratoires 0,9

Diarrhée 0,5

Autres maladies 26,7

Enfants (n = 210)
Poids de naissance (g) (n = 137) 3140

Petit poids de naissance 6,6

Vaccination complète1 99,0

Supplémentation en VA (6 derniers mois) 52,1

Déparasitage (6 derniers mois) 21,6

Maladies (15 derniers jours) 53,6

Fièvre 22,5

Diarrhée 24,4

Infection respiratoire aiguë 16,7

Dermatoses 2,4
1
Vaccination au BCG, Polio, Pentavalent et Pneumocoque.

101
3.3. Alimentation

Au total, 99% des mères ont donné le colostrum à leurs nouveau-nés mais seul 30,1% d’entre
elles ont allaité leurs enfants dans l’heure qui a suivi leur naissance (Tableau 11). Les
principales raisons pour lesquelles le colostrum était administré sont les suivantes : le
colostrum renforce l’état nutritionnel du nouveau-né (53,7%) et est le premier vaccin du
nouveau-né (26%). Néanmoins, plus de la moitié (53%) des nourrissons ont reçu des
aliments/liquides (eau, miel, lait de chèvre et préparations pour nourrissons) avant le premier
allaitement. La tradition familiale explique 96,4% de l’adoption de cette pratique. Seuls
13,4% des nourrissons de moins de 6 mois ont été exclusivement allaités au sein. Presque
toutes les mères (99%) ont continué d’allaiter leur nourrisson après six mois.
Seules 42% des mères ont initié l’alimentation complémentaire des enfants conformément
aux recommandations de l’OMS (à partir de 6 mois), par contre les autres (58%) ont introduit
des repas familiaux ou des bouillies de céréales de façon précoce (45,3% avant 6 mois) ou
tardive (12,7% au-delà 6 mois). Plus de 40% des nourrissons ont reçu au moins le nombre
minimal de repas la veille. Le score de diversité alimentaire (SDA) moyen des nourrissons est
de 2,5 ± 1,0 et seul 15,8% ont atteint la diversité alimentaire minimale (SDAM ≥ 4 groupes
alimentaires). La proportion de nourrissons ayant atteint une alimentation minimale
acceptable est faible (7,2%).
L’analyse du régime alimentaire montre que les principaux aliments de complément donnés
aux nourrissons sont ceux du groupe des céréales (50%), en général sous forme de bouillie.
Les autres groupes d’aliments consommés par les nourrissons concernent pour la plupart ceux
issus du plat familial (légumes, légumineuse, poisson, pâte d’arachide) et tournent autour de
20 à 25%. Le groupe lait/produits n’est consommé que par 19% des enfants et c’est souvent
du lait en poudre utilisé dans la préparation des bouillies infantiles. Enfin la consommation
d’œufs est assez rare chez les enfants à 6-8 mois (10%).
Chez les mères, le score de diversité alimentaire (SDAF) moyen des mères est de 5,2 ± 1,5 et
60% d’entre elles ont atteint la diversité alimentaire minimale (SDAF ≥ 5 groupes
alimentaires). Leur profil alimentaire est marqué par la consommation des cinq (5) groupes
d’aliments constitués par les féculents, le poisson frais ou fumé séché, la pâte d’arachide, la
tomate et le niébé. L’huile végétale ou l’huile de palme font partie aussi des groupes
d’aliments les plus consommés par les mères dans les villages (52%). A l’exception du
poisson, la consommation des autres produits d’origine animale est faible. Le lait/produits

102
laitiers ont été consommé que par 22% des mères alors que la consommation d’œufs est faible
et ne concerne que 7% d’entre elles.

Tableau 11 : Alimentation des couples mère-enfant


% ou M ± ET

Mère (n = 210)
Score de diversité alimentaire 5,2 ± 1,5

Diversité alimentaire minimale1 67,6

Enfant (n = 210)

Ayant reçu le colostrum 99,0

Initiation précoce à l’allaitement maternel 30,1

Allaitement maternel exclusif 13,4

Poursuite de l’allaitement maternel 99,1

Introduction d’aliments de compléments 71,7

Précoce (avant l’âge de 6 mois) 45,3

Appropriée (à l’âge de 6 mois) 42,0

Tardive (après l’âge de 6 mois) 12,7

Nombre de repas reçu 1,2 ± 0,9

Fréquence minimale des repas2 33,1

Score de diversité alimentaire 2,2 ± 1,6

Diversité alimentaire minimale1 15,8

Alimentation minimale acceptable3 7,2

1
Mère : score ³ 5 groupes d’aliments ; Enfant : score ³ 4 groupes d’aliments.
2
Enfant allaité : ≥ 3 repas ; enfant non allaité : ≥ 4 repas.
3
Enfant allaité : ³ 3 repas & score ³ 4 groupes d’aliments ; enfant non allaité : ³ 4 repas & score ≥ 4 groupes
d’aliments.

3.4. Anthropométrie et composition corporelle

L’IMC moyen des mères est de 21,3 ± 3,4 kg/m² et -0,4 ± 0,9 z score, respectivement pour le
groupe d’âge de 20 ans et plus et des moins de 20 ans (Tableau 12). Selon la classification de

103
l’OMS, 16,4% des mères présentent un déficit énergétique, 11% sont en surpoids et 1,9% sont
obèses. La masse maigre (MM) moyenne est comparable entre les groupes d’âge des mères,
mais la masse grasse (MG) et le %MG des mères âgées de 20 ans et plus sont
significativement plus élevés que ceux des mères de moins de 20 ans. L’excès d’adiposité
(%MG > 35%) a touché plus de 30% des mères, sans aucune différence entre les groupes
d’âges.
Chez les nourrissons, l’indice PTZ des garçons était plus faible que celui des filles (P =
0,034), toutefois, la prévalence de l’émaciation est restée comparables entre garçon et fille
(Tableau 12). Les garçons ont une MM et un indice de masse maigre plus élevés (P < 0,01) et
des pourcentages de MG plus faibles (P = 0,039) comparés aux filles.

104
Tableau 12 : Anthropométrie et composition corporelle des couples mère-enfant

Mères Toutes < 20 ans ≥ 20 ans

Anthropométrie‡ (n = 213) (n = 43) (n = 170) P


IMC (kg/m²) 21,3 ± 3,4 - 21,3 ± 3,4 -
IMC z-score -0,4 ± 0,9 -0,4 ± 0,9 - -
Déficit énergétique, % 16,4 0,0 21,0
Surpoids, % 11,7 10,9 12,0
Obèse, % 1,9 0,0 2,4
Composition corporelle (n = 210) (n = 46) (n = 164) P
Masse maigre (kg) 40,9 ± 4,9 40,5 ± 4,9 41,1 ± 4,9 0,484
Masse grasse (kg) 16,2 ± 6,5 14,0 16,8 0,010
% Masse grasse (%MG) 27,5 ± 6,9 25,2 28,1 0,010
Excès d’adiposité†, % 33,3 21,7 36,6 0,059
Nourrissons Tous Garçons Filles

Anthropométrie‡ (n = 213) (n = 106) (n = 107) P


PTZ -0,35± 1,0 -0,5 ± 1,0 -0,2 ± 1,0 0,034
Emaciation, % 4,2 6,7 1,9 0,137
Obèse, % 2,3 1,9 2,8 -
TAZ -0,51 ± 1,1 -0,6 ± 1,1 -0,4 ± 1,1 0,137
Retard de croissance, % 9,9 10,4 9,3 0,136

Composition corporelle (n = 210) (n = 104) (n = 104) P


Masse maigre (kg) 5,5 ± 0,7 5,7 ± 0,7 5,3 ± 0,7 <0,001
Masse grasse (kg) 1,9 ± 0,6 1,9 ± 0,6 1,9 ± 0,7 0,680
% Masse grasse (%MG) 25,7 ± 6,5 24,8 ± 5,8 26,6 ± 7,0 0,039
Indice de masse maigre (kg/m²) 12,2 ± 1,1 12,5 ± 1,0 12,0 ± 1,2 0,004
Indice de masse grasse (kg/m²) 4,3 ± 1,3 4,2 ± 1,2 4,4 ± 1,4 0,136
IMC : indice de masse corporelle ; PTZ : poids-taille z-score ; TAZ : taille-âge z-score.
‡Déficit énergétique : IMC <18,5 kg/m² & IMC z-score <-2 ; Surpoids : 25≤ IMC <30 kg/m² & 1< IMC z-score
≤2 ; Obèse : IMC ≥ 30 kg/m² & IMC z-score >+2.
†Excès d’adiposité : %MG >35%.
P : test-t de Student ou de Chi2 selon l’âge des mères ou le sexe des nourrissons.

105
3.5. Statut biologique et infectieux

Les moyennes d’hémoglobine, de ferritine et de rétinol sont comparables entre les groupes
d’âge chez les mères (Tableau 13). Au total, 23,9%, 37,1% et 6,6% des mères sont
respectivement anémiques, carencées en fer et ayant des réserves faibles en fer. La prévalence
de la carence en vitamine A est faible (6,1%), mais les réserves faibles en vitamine A
touchent près d’un tiers des femmes (27,7%). Ces prévalences sont comparables entre les
groupes d’âge.
Chez les nourrissons, le taux d’hémoglobine moyen est de 9,4 ± 1,6 g/dL, mais la moyenne
d’hémoglobine des filles est significativement plus élevée que celle des garçons (P = 0,029).
Presque tous les nourrissons sont anémiques (89%) et carencés en fer (97%). Par contre, la
prévalence de la carence en vitamine A est faible (1,2%). Aucune différence n’est trouvée
entre garçons et filles pour ces paramètres biologiques.
L’inflammation affecte plus de 30% des mères, quel que soit leur groupe d’âge, avec une
prédominance pour l’infection aiguë. Il en est de même pour les enfants où la plupart d’entre
eux sont touchés par une inflammation avec une prédominance d’infection chronique et
mixte.

106
Tableau 13 : Statut biologique et infectieux des couples mère-enfant

Mères Toutes < 20 ans ≥ 20 ans


Statut infectieux§ (n = 213) (n = 43) (n = 170) P
Infection aiguë, % 23,9 23,9 23,9 0,373
Infection chronique, % 2,8 6,5 1,8
Infection mixte, % 5,6 6,5 5,4
Statut en micronutriments|| (n = 213) (n = 46) (n = 170) P
Hémoglobine (g/dL) 11,7 ± 1,4 11,8 ± 0,9 11,6 ± 1,4 0,388
Anémie, % 23,9 19,6 25,1 0,432
Ferritine plasmatique (µg/L)¶ 16,4 [14,3 ; 18,6] 13,8 [10,7 ; 17,8] 17,1 [14,7 ; 20,0] 0,183
Carence en fer, % 37,1 37,0 37,1 0,399
Réserves faibles, % 6,6 10,9 5,4
Rétinol plasmatique (µmol/L) 1,2 ± 0,3 1,2 ± 0,3 1,2 ± 0,3 0,759
Carence en vitamine A, % 6,1 6,5 6,0
0,961
Réserves faibles, % 27,7 26,1 28,1
Nourrissons Tous Garçons Filles
Statut infectieux§ (n = 169) (n = 87) (n = 82) P
Infection aiguë, % 9,1 8,3 10,0 0,475
Infection chronique, % 32,9 36,9 28,7
Infection mixte, % 28,0 29,8 26,2
Statut en micronutriments|| (n = 169) (n = 87) (n = 82) P
Hémoglobine (g/dL) 9,4 ± 1,6 9,1 ± 1,7 9,7 ± 1,4 0,029
Anémie, % 89,3 88,5 90,2 0,714
Ferritine plasmatique (µg/L)¶ 10,7 [9,3 ; 12,4] 10,1 [8,4 ; 12,2] 11,4 [9,2 ; 14,1] 0,405
Ferritine plasmatique ajusté (µg/L)¶ 0,5 [0,4 ; 0,6] 0,4 [0,3 ; 0,5] 0,5 [0,4 ; 0,9] 0,097
Carence en fer, % 96,9 100 93,7 0,020
Rétinol plasmatique (µmol/L) 0,8 ± 0,2 0,8 ± 0,2 0,9 ± 0,3 0,020
Rétinol plasmatique ajusté (µmol/L) 1,6 ± 0,4 1,6 ± 0,4 1,6 ± 0,4 0,320
Carence en vitamine A, % 1,2 2,0 0 -
§Inflammation : aiguë (CRP >5 mg/l & AGP <1 g/l) ; chronique (CRP <5 mg/l & AGP >1 g/l) ; mixte (CRP >5
mg/l & AGP >1 g/l).
||Anémie : Hb <11g/dl ; carence en fer : ferritine <12 µg/L ; réserve faible en fer : ferritine <15 µg/L ; carence
marginale en vitamine A : rétinol <1,05 µmol/L ; carence en vitamine A : rétinol <0,7 µmol/L.
¶Moyenne géométrique et [IC à 95%].
P : test-t de Student selon l’âge des mères ou le sexe des nourrissons.

107
3.6. Corrélations entre le statut nutritionnel de la mère et de l’enfant

La corrélation entre l’état nutritionnel des mères et des nourrissons montre que l’IMC (r =
0,16, P = 0,039) et la MM (r = 0,25, P = 0,002) des mères sont significativement corrélés à la
MM des nourrissons (Tableau 14). A l’exception de l’IMC de la mère, tous les paramètres de
composition corporelle de la mère présentent une corrélation significative avec l’indice TAZ
du nourrisson.

Tableau 14 : Corrélation entre le statut nutritionnel de la mère et de l’enfant

Nourrissons Mères

PTZ TAZ MM MG %MG IMC MM MG


Nourrissons
PTZ
TAZ 0,24**
MM 0,41** 0,54**
MG 0,68** 0,41** 0,13
%MG 0,49** 0,22** -0,25** 0,91**
Mères
IMC 0,04 0,15 0,16* -0,02 -0,07
MM 0,06 0,23** 0,25** 0,03 -0,07 0,61**
MG 0,01 0,20** 0,08 0,04 0,02 0,90** 0,41**
%MG 0,01 0,18** 0,03 0,04 0,04 0,77** 0,12 0,94**
PTZ : poids-taille z-score ; TAZ : taille-âge z-score ; MM : masse maigre ; MG : masse grasse ; IMC: indice de
masse corporelle.
*P <0,05 ; **P <0,01.

3.7. Déterminants de l’état nutritionnel des mères

Dans les analyses bivariées, l’IMC, la MG et le %MG sont significativement plus élevés chez
les mères qui ont un statut professionnel (AGR), effectué le planning familial avant la
dernière grossesse, suivi des soins prénataux au cours de la dernière grossesse et un nombre
élevé d’enfants en vie (Tableau 15). L’analyse de régression simple a également montré que
l’IMC augmente avec l’âge des mères (P < 0,001). De plus, les mères qui sont multipares ont
un IMC (p = 0,002) et une MG (P = 0,022) significativement plus élevés que celles qui sont
primipares. En ce qui concerne la MM, les mères qui sont multipares, qui ont une AGR et 3 à
4 enfants en vie ont des valeurs de MM plus élevées que leurs paires primipares, ménagères et
ayant 1 à 2 enfants en vie. Les résultats de la régression multiple montrent que l’activité

108
professionnelle (AGR), les soins prénataux et l’âge de la mère prédisent positivement l’IMC
de la mère (R² = 20,2%, P <0,001), alors que la MG (R² = 15,5 ; P <0,001) et le %MG (R² =
14,3 %, P <0,001) sont positivement associés à l’âge et à la profession de la mère (AGR)
(Tableau 16). Les résultats ont également montré que l’absence de consultation prénatale
diminue de -2,6 fois l’IMC des mères. La MM des mères n’a aucune association avec les
variables indépendantes maternelles dans la régression multiple.

109
Tableau 15 : Analyse bivariée entre l’état nutritionnel et les caractéristiques
sociodémographiques, sanitaires et alimentaires des mères
IMC MM MG %MG
(n = 164) (n = 210) (n = 210) (n = 210)
Age
<20 ans - 40,5 ± 4,5 14,0 ± 4,6 25,2 ± 1,6
≥20 ans 0,2 (0,1 ; 0,3)† 41,1 ± 5,0 16,8 ± 6,8 28,1 ± 7,0
P <0,001 0,484 0,010 0,010
Parité
Primipare 19,4 ± 2,3 39,6 ± 5,0 14,3 ± 5,0 26,0 ± 5,8
Multipare 21,7 ± 3,5 41,4 ± 4,8 16,7 ± 6,8 27,9 ± 7,2
P 0,002 0,024 0,022 0,086
Profession
Ménagère 20,9 ± 3,2 40,6 ± 4,7 15,4 ± 6,1 26,8 ± 6,7
AGR 22,7 ± 4,0 42,4 ± 5,6 19,1 ± 7,2 30,2 ± 6,9
P 0,005 0,037 0,001 0,005
Niveau d’éducation
Education non formelle 21,4 ± 3,3 41,1 ± 5,0 16,5 ± 6,3 27,9 ± 6,7
Education formelle 21,1 ± 3,4 39,6 ± 4,5 16,4 ± 6,1 28,5 ± 6,8
Coranique 21,3 ± 3,5 41,2 ± 4,9 15,9 ± 6,7 27,1 ± 7,0
P 0,914 0,249 0,843 0,522
Planning familial
Oui 21,8 ± 3,8 41,5 ± 5,1 17,7 ± 7,7 29,0 ± 7,9
Non 20,7 ± 2,9 40,4 ± 4,6 14,8 ± 5,0 26,3 ± 5,7
P 0,037 0,111 0,001 0,006
Consultation prénatale
Oui 24,2 ± 4,5 42,6 ± 4,2 20,7 ± 9,8 31,2 ± 8,7
Non 21,1 ± 3,3 40,8 ± 4,9 15,8 ± 6,1 27,2 ± 6,7
P 0,002 0,178 0,005 0,030
Nombre d’enfants
1 19,6a ± 2,2 39,8a ± 4,9 14,5 ± 5,0 26,2a ± 5,8
2 21,3ab ± 3,1 38,8a ± 4,4 17,8 ± 7,1 30,5b ± 6,7
3-4 21,7b ± 3,6 41,7b ± 4,8 16,5 ± 6,8 27,4ab ± 7,2
P 0,028 0,004 0,073 0,039
Diversité alimentaire minimale
Oui 21,4 ± 3,6 40,9 ± 5,1 16,1 ± 6,5 27,5 ± 7,1
Non 21,3 ± 3,4 41,1 ± 4,5 16,2 ± 6,2 27,4 ± 6,4
P 0,844 0,737 0,993 0,934
IMC : indice de masse corporelle ; MM : masse maigre ; MG : masse grasse ; AGR : activité génératrice de
revenus.
a,b
Dans une colonne, les valeurs moyennes avec des exposants différents sont significativement différentes.

Valeur β et IC à 95% à partir de la régression linéaire ; P : test-t de Student ; test ANOVA ou régression linéaire.

110
Tableau 16 : Régression multiple entre l’état nutritionnel et les variables indépendantes
chez les mères
Coefficient β IC à 95% P
IMC (R² = 20,2%, n = 164)
Age en année 0,2 0,1 ; 0,3 <0,001
Profession
Ménagère 0
AGR 1,5 0,4 ; 2,7 0,010
Consultation prénatale
Oui 0
Non -2,6 -4,5 ; -0,8 0,006
MG (R² = 15,5%, n = 210)
Age 0,3 0,2 ; 0,5 <0,001
Profession
Ménagère 0
AGR 2,7 0,6 ; 4,8 0,013
%MG (R² = 14,3%, n = 210)
Age 0,4 0,2 ; 0,5 <0,001
Profession
Ménagère 0
AGR 2,3 0,1 ; 4,5 0,043
IMC : indice de masse corporelle ; MM : masse maigre ; MG : masse grasse, AGR : activité génératrice de
revenus.
R² = coefficient de détermination.
P : régression linéaire multiple avec une approche pas à pas.

3.8. Déterminants de l’état nutritionnel des nourrissons

L’analyse bivariée a montré que de l’indice PTZ (P = 0,034) et le %MG (P = 0,039) sont
positivement associés au sexe féminin, alors qu’une MM élevée (P <0,001) est associée au
sexe masculin (Tableau 17). De plus, la diversité alimentaire des nourrissons est associée à
une augmentation du PTZ, de la MG et du %MG. Une association négative est observée entre
l’indice TAZ et la supplémentation en vitamine A.
Dans l’analyse de régression multiple, la diversité alimentaire et le sexe du nourrisson (fille)
demeurent les facteurs positivement associés au PTZ (R² = 7,8%, P < 0,001) (Tableau 18). La
supplémentation en vitamine A et la diversité alimentaire restent les seules variables
prédictives de l’indice TAZ (R² = 4,1%, P = 0,013). Concernant la composition corporelle, la

111
diversité alimentaire est le seul facteur positivement associé à la MG (R² = 4,9%, P = 0,006)
et au %MG (R² = 6,8%, P = 0,006) des nourrissons.

Tableau 17 : Analyse bivariée entre l’état nutritionnel et les caractéristiques sanitaires et


alimentaires des nourrissons

PTZ TAZ MM MG %MG


(n = 209) (n = 209) (n = 207) (n = 207) (n = 207)
Sexe
Garçons -0,5 ± 1,0 -0,6 ± 1,1 5,7 ± 0,7 1,9 ± 0,6 24,8 ± 5,8
Filles -0,2 ± 1,0 -0,4 ± 1,1 5,3 ± 0,7 1,9 ± 0,7 26,6 ± 7,0
P 0,034 0,137 <0,001 0,681 0,039
Diversité alimentaire minimale

Oui -0,1 ± 1,0 -0,2 ± 1,2 5,6 ± 0,7 2,2 ± 0,7 27,8 ± 6,5
Non -0,4 ± 1,0 -0,6 ± 1,1 5,4 ± 0,7 1,9 ± 0,6 25,3 ± 6,4
P 0,005 0,101 0,379 0,008 0,042
Malade (15 derniers jours)
Oui -0,5 ± 1,0 -0,5 ± 1,1 5,5 ± 0,7 1,9 ± 0,6 25,0 ± 6,5
Non -0,2 ± 1,0 -0,5 ± 1,1 5,4 ± 0,7 2,0 ± 0,6 26,5 ± 6,4
P 0,050 0,931 0,534 0,177 0,092
SVA* (6 derniers mois)
Oui -0,4 ± 1,1 -0,7 ± 1,1 5,5 ± 0,8 1,9 ± 0,6 25,0 ± 6,5
Non -0,3 ± 1,0 -0,3 ± 1,1 5,4 ± 0,6 2,0 ± 0,6 26,5 ± 6,4
P 0,405 0,030 0,402 0,154 0,092
Vaccination complète‡
Oui -0,2 ± 1,0 -0,5 ± 1,1 5,5 ± 0,7 1,9 ± 0,6 25,6 ± 6,5
Non -0,3 ± 1,0 -0,7 ± 1,2 5,2 ± 1,0 2,0 ± 0,6 28,2 ± 6,6
P 0,754 0,729 0,293 0,623 0,313
PTZ : poids-taille z-score ; TAZ : taille-âge z-score ; MM : masse maigre ; MG : masse grasse
*SVA : supplémentation en vitamine A.
‡Vaccination au BCG, Polio, Pentavalent et Pneumocoque.
P : test-t de Student

112
Tableau 18 : Régression multiple entre l’état nutritionnel et les variables indépendantes
chez les nourrissons
Coefficient β 95% IC P
PTZ (R² = 7,8%, n = 208)
Sexe
Garçons 0
Filles 0,3 0,03 ; 0,58 0,027
Diversité alimentaire minimale
Non 0
Oui 0,5 0,15 ; 0,91 0,006
Malade (15 derniers jours)
Oui 0
Non 0,3 -0,00 ; 0,55 0,050
TAZ (R² = 4,1%, n = 208)
Diversité alimentaire minimale
Non 0
Oui 0,4 0,02 ; 0,84 0,041
SVA (6 derniers mois)
Non 0
Oui 0,3 0,05 ; 0,65 0,022
MG (R² = 4,9%, n = 206)
Diversité alimentaire minimale
Non 0
Oui 0,4 0,12 ; 0,60 0,004
SVA (6 derniers mois)
Non 0
Oui 0,1 -0,02 ; 0,33 0,088
%MG (R² = 6,8%, n = 206)
Sexe
Garçons 0
Filles 1,6 -0,14 ; 3,37 0,071
Diversité alimentaire minimale
Non 0
Oui 2,8 0,42 ; 5,27 0,022
Malade (15 derniers jours)
Oui 0
Non 1,5 -0,26 ; 3,25 0,094
SVA (6 derniers mois)
Non 0
Oui 1,6 -0,16 ; 3,37 0,074
PTZ : poids-taille z-score ; TAZ : taille-âge z-score ; MG : masse grasse ; SVA : supplémentation en vitamine A.
R² = coefficient de détermination.
P : régression linéaire multiple avec une approche pas à pas.

113
13. DISCUSSION

Cette étude présente la conception, la mise en œuvre et les résultats (situation de base) de
l’étude d’impact de l’agriculture sensible à la nutrition (ASN) sur l’alimentation, la santé et
l’état nutritionnel des mères et des enfants en milieu rural à Kaffrine au Sénégal. Pour la
première fois en Afrique, dans le cadre d’un projet de recherche sur l’ASN, en plus de
l’anthropométrie, la composition corporelle (masse grasse et masse maigre) a été mesurée
simultanément chez des couples mère-enfant en utilisant une technique de référence, la
dilution au deutérium (DID). Les résultats montrent que la malnutrition (émaciation et retard
de croissance) est présente chez les nourrissons à un stade précoce (6 à 8 mois). Les taux de
malnutrition trouvés dans ces villages de Kaffrine sont comparables aux prévalences
nationales de l’émaciation (5,2%) et du retard de croissance (10,5%) rapportées lors de la
dernière enquête EDS-continue chez les nourrissons âgés de 6 à 9 mois (ANSD, 2018). Les
causes probables sont une morbidité fréquente, des pratiques d’allaitement (initiation précoce
et allaitement maternel exclusif) et d’alimentation complémentaire inappropriées fortement
influencées par des facteurs socioculturels, en particulier ceux liés aux décideurs de la famille.
En effet, dans cette communauté, les aliments semi-solides et solides sont généralement
introduits dans l’alimentation des nourrissons avant l’âge de 6 mois (à 4-5 mois) et sont
principalement monotones et à base de céréales avec une faible consommation d’aliments
d’origine animale, de fruits et de légumes.
L’étude a révélé des différences significatives de la masse maigre, de la masse grasse et de
l’indice de masse maigre entre les garçons et les filles, probablement en raison de l’influence
du sexe sur la composition corporelle qui intervient au cours de la croissance, comme l’ont
rapporté Wells & Fewtrell (2008). L’étude de base a également mis en évidence la
coexistence entre le déficit énergétique et le surpoids chez les mères en milieu rural. En effet,
la malnutrition (faible IMC) est apparente chez les mères plus âgées (≥ 20 ans) avec une
prévalence comparable à celle de 23,5% rapportée par l’enquête SMART (DAN, 2015). L’une
des principales causes du déficit énergétique chez les mères pourrait être leur faible statut
économique, qui peut contribuer de manière significative à leur mauvais état nutritionnel et
celui de leurs enfants en raison de leur accès limité à des aliments riches en nutriments
(Lartey, 2008 ; Senbanjo et al., 2013). Le surpoids maternel et l’excès de masse grasse mesuré
par DID ont également été observés dans cette étude et sont en accord avec plusieurs études
antérieures selon lesquelles la malnutrition chez les enfants est parfois associée à l’obésité et
au surpoids des mères dans les pays en transition nutritionnelle (Black et al., 2013).

114
Chez les mères, l’âge, la profession et les soins prénataux sont apparus comme les
principaux prédicteurs de leurs paramètres anthropométriques et de composition corporelle.
Une variation de la maigreur a été observée entre les différents groupes d’âge. En effet, les
mères adolescentes sont plus susceptibles d’être maigres que les mères plus âgées, comme
l’ont montré des études en Ethiopie (Mulugeta et al., 2009 ; Yetubia et al., 2010). Ce résultat
pourrait être expliqué par le fait que lors de la croissance chez les adolescentes, il y a une
demande accrue en éléments nutritifs essentiels, par conséquent, si les besoins ne sont pas
satisfaits, cela peut affecter la composition corporelle (Wassie et al., 2015). Avoir une activité
génératrice de revenus (agriculture, commerce et couture) est également apparu comme un
prédicteur d’un meilleur état nutritionnel des mères. Une étude transversale réalisée au Brésil
a montré que l’absence d’activités professionnelles génératrices de revenus chez les mères les
expose à un déficit énergétique (Thurnham et al., 2015 ; Silva et al., 2017). Donc,
l’autonomisation des femmes par le biais d’une augmentation de leurs revenus pourrait être
un moyen efficace pour leur permettre d’acheter des aliments variés, en particulier des
aliments d’origine animale, pour ainsi améliorer la diversité de leur régime alimentaire. Par
ailleurs, l’absence de soins prénataux chez les mères affecte négativement l’IMC des mères.
Ce résultat corrobore ceux obtenus en Inde par Indira et Kantha (2015), où les auteurs ont
montré une association positive et significative entre l’IMC des mères et les prestations de
soins de santé pré et postnatales délivrées, en particulier la supplémentation en fer/acide
folique et en protéines. Une éducation sur les soins de santé pré et postnatales recommandée
aux mères et à leurs familles et aux communautés, ainsi que des connaissances nutritionnelles
appropriées pendant la période prénatale et postnatale, pourrait être une solution pour
améliorer les résultats en matière de santé et de nutrition des mères et de leurs enfants.
Nous avons également observé une association positive et significative entre la MM des
enfants et l’IMC et la MM des mères, ce qui confirme la relation étroite existante entre l’état
nutritionnel de la mère et celui de son enfant. De plus, une association positive et significative
a été trouvée entre l’indice TAZ des enfants et la MM, la MG et le %MG des mères. Ces
résultats confirment ceux trouvés dans d’autres études épidémiologiques qui ont démontré
l’influence de l’état nutritionnel de la mère sur la croissance linéaire de son enfant (Lander et
al., 2012 ; Addo et al., 2013 ; Negash et al., 2015). En effet, dans une étude menée au Brésil,
le poids et la taille de la mère avaient un impact significatif sur l’état nutritionnel des enfants
(Lander et al., 2012). En Ethiopie, l’enquête Démographique et de Santé menée en 2011 a
montré que l’émaciation était plus fréquente chez les enfants de mères ayant un IMC faible

115
(CSA, 2011). Ces résultats suggèrent que les stratégies d’amélioration de la nutrition
maternelle pourraient jouer un rôle important dans la prévention de la malnutrition infantile.
Nos résultats ont également révélé une association positive et significative entre l’état
nutritionnel des enfants (PTZ, TAZ, MG et %MG) et la diversité alimentaire (DDS ≥ 4
groupes alimentaires). Ces résultats confirment les conclusions d’études antérieures (Ruel &
Menon 2002 ; Armond & Ruel, 2007 ; Bork et al., 2012). Au Sénégal, Bork et al. (2012) ont
montré que l’indice TAZ est l’alimentation des enfants, soulignant l’importance de
promouvoir des pratiques optimales d’alimentation pour les jeunes enfants, en particulier les
bonnes pratiques d’allaitement, une diversification alimentaire avec des aliments riches en
nutriments et une atteinte du nombre minimal de repas.
Dans notre étude, une forte prévalence d’anémie et de carence en fer a été trouvée chez les
nourrissons confirmant les résultats des études antérieures menées au niveau national
(COSFAM/MI/UCAD, 2012 ; ANSD, 2018). Ce constat est en accord avec les données des
études indonésiennes et africaines (Diana et al., 2017 ; Engle-Stone et al., 2017 ; Abizari et
al., 2017). Les causes directes pourraient être liées aux pratiques d’allaitement maternel et
d’alimentation complémentaire inappropriées ainsi qu’à la fréquence des maladies (diarrhée,
infections respiratoires et rougeole) dans un contexte général de pauvreté (Black et al., 2008 ;
Khan et al., 2015). Pour l’anémie, la prévalence trouvée chez les enfants est supérieure à celle
rapportée dans la dernière enquête EDS-continue (ANSD, 2018), ce qui suggère que l’anémie
demeure toujours un problème de santé publique dans ces villages ruraux du Sénégal. Pour le
fer, la concentration en ferritine diffère selon la présence et le stade du processus
inflammatoire (Silveira et al., 2010). En utilisant la correction de régression du BRINDA pour
ajuster la ferritine à l’inflammation, nous avons constaté que la ferritine sérique est influencée
de manière significative par l’infection et diminue lorsqu’elle est ajustée par rapport à
l’inflammation. Dans cette étude, une prévalence élevée d’inflammation infraclinique a été
observée chez les nourrissons et confirme les résultats antérieurs obtenus par l’équipe de
nutrition de l’UCAD au niveau national (COSFAM/MI/UCAD, 2012). La prévalence de la
carence en vitamine A est faible chez les nourrissons. Ce dernier résultat pourrait être dû à la
mise en œuvre du programme de la supplémentation biannuelle en vitamine A chez les
enfants âgés de 6 à 59 mois, comme recommandée par l’OMS (WHO, 2011). En effet, plus de
la moitié des enfants ont été supplémentés en vitamine A au cours des 6 derniers mois
précédant cette étude. La supplémentation en vitamine A peut potentiellement augmenter la
concentration de rétinol et réduire la mortalité et la morbidité dues aux maladies infectieuses
telles que la diarrhée et la rougeole (WHO, 2011 ; Imdad et al., 2011 ; Paiva et al., 2012).

116
Cependant, dans cette étude, les résultats ont montré que les enfants n’ont pas reçu la
vitamine A en âge prescrit (à 6 mois). En effet, certains enfants l’ont reçue de façon précoce
avant 6 mois (à 5 mois) et d’autres tardivement après 6 mois (7 à 8 mois). Ce
dysfonctionnement pourrait expliquer le lien négatif obtenu entre la supplémentation en
vitamine A et l’indice TAZ dans cette étude.
Concernant le statut biologique des mères, nos résultats montrent la présence d’inflammation
coexistant avec l’anémie, la carence en fer et les faibles réserves hépatiques en vitamine A.
Ces résultats confirment les données de la première enquête nationale sur le statut en
micronutriments (COSFAM/MI/UCAD, 2012) mettant en évidence une inflammation et des
carences en fer et en vitamine A concomitantes chez les femmes en âge de procréer au
Sénégal. Cette prévalence élevée de carences pourrait s’expliquer par leur faible statut socio-
économique et sanitaire associé à une alimentation non diversifiée (Ndiaye et al., 2017).

Conclusion
Les résultats de cette étude montrent que la malnutrition (retard de croissance et émaciation),
l’anémie, la carence en fer et les maladies infectieuses sont déjà présentes chez les nourrissons
à un stade précoce. Ils montrent également une association positive et significative entre le
statut nutritionnel de la mère et celui de l’enfant. De plus, les résultats soulignent le besoin
critique de gérer les déterminants socioculturels de l’allaitement maternel et de l’alimentation
complémentaire dans cette communauté. La mise en œuvre d’une agriculture sensible à la
nutrition, intégrant la production d’aliments d’origine animale, pourrait améliorer les statuts
nutritionnels et sanitaires de la mère et de l’enfant en zone rurale. En outre, des efforts sont
nécessaires pour promouvoir des pratiques d’allaitement et d’alimentation appropriées en
tenant compte des bonnes pratiques d’hygiène pour la prévention des infections infantiles.

Ce travail a fait l’objet d’un manuscript : Impact of nutrition-sensitive agriculture on


maternal and child (6-23 months) malnutrition in Kaffrine rural areas, Senegal: Study
protocol and baseline data. Abdou Badiane, Adama Diouf, Ndeye S Cissé, Papa MDD Sylla,
Nicole Idohou-Dossou, Laure Tall, Kandioura Noba, Abdou Salam Sall, Guy Mergeai,
Isabelle Godin, Salimata Wade, Philippe Donnen. Public Health Nutrition. (en cours de
révision)

117
CHAPITRE V
IMPACT DE L’AGRICULTURE SENSIBLE A LA NUTRITION SUR
L’ETAT DE SANTE, L’ALIMENTATION, L’ANTHROPOMETRIE ET
LA COMPOSITION CORPORELLE DES MERES ET DE LEURS
ENFANTS A 12, 18 ET 23 MOIS

118
14. RAPPEL METHODOLOGIQUE

Dans le cadre de cette thèse, l’évaluation de l’impact de l’agriculture sensible à la nutrition est
effectuée comparativement entre le village de Sagna, village d’intervention, et le village de
Kathiotte, village témoin ou contrôle. La nouvelle stratégie de communication étant toujours
en cours dans le village de Malem Hodar, certaines données ne sont pas encore disponibles.
La mesure d’impact a porté sur l’état de santé, l’alimentation, l’anthropométrie et la
composition corporelle des mères et de leurs enfants à 12, 18 et 23 mois.

15. RESULTATS

2.1. Etat de santé des couples mère-enfant

Le Tableau 19 présente l’évolution des données sur l’état de santé des couples mère-enfant
des villages de Sagna et Kathiotte. Les résultats montrent que la recommandation sur
l’espacement des naissances est respectée par la majorité des mères. Cependant, 18 mères sont
tombées enceintes au cours du suivi, dont 4 mères à Sagna avant l’âge de 18 mois de l’enfant
et 14 mères à Kathiotte (4 avant l’âge de 18 mois et 10 entre 18 et 23 mois).
Concernant les problèmes de santé, les affections les plus récurrentes chez les mères dans les
deux villages sont la fièvre, les maux de ventre, la diarrhée et les maux de tête. Pour presque
toutes les affections, les prévalences relevées sont comparables entre les deux villages, de
l’enrôlement à 23 mois de suivi, sauf pour les maux de tête où on note une différence
significative à 18 mois entre Sagna (11,8%) et Kathiotte (38,1%) (P = 0,033).
Plus de la moitié des enfants ont bénéficié de la supplémentation en vitamine A couplée au
déparasitage à l’enrôlement et au cours du suivi (12, 18 et 23 mois) dans les deux villages.
Toutefois, la couverture de la supplémentation en vitamine A n’a pas dépassé le seuil de 95%,
recommandé par le plan national stratégique de survie de l’enfant au Sénégal.
Concernant les maladies courantes qui affectent les enfants, la fièvre est au premier rang et
touche presque plus d’un tiers d’entre eux, quel que soit l’âge et sans aucune différence entre
les deux villages. Elle est suivie par les infections respiratoires aiguës qui ont affecté plus
d’enfants à l’enrôlement à Kathiotte (27,9%) qu’à Sagna (12,9%) et inversement à 18 mois.
Les autres cas de morbidité qui affectent le plus les enfants de 6-23 mois sont la diarrhée et
les dermatoses aussi bien à Sagna qu’à Kathiotte sans aucune différence entre les deux
villages.

119
Tableau 19 : Etat de santé des couples mère-enfant à Sagna (Int) et Kathiotte (Cont) au cours du suivi

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois


Int Cont Int Cont Int Cont Int Cont
Mère (n = 71) (n = 70) P (n = 66) (n = 59) P (n = 66) (n = 59) P (n = 61) (n = 60) P
Etat physiologique
Allaitante 100 100 ns 100 100 ns 90,8 83,9 ns 15,0 20,3 ns
Enceinte 0 0 0 0 6,1 4,8 ns 0 19,5
Non enceinte non allaitante 0 0 0 0 4,2 1,1 ns 85,0 60,2 ns
Malade (15 derniers jours) 35,2 45,6 ns 31,8 42,1 ns 32,3 39,3 ns 23,3 34,5 ns
Fièvre 12,7 11,8 ns 10,6 8,8 ns 17,6 28,6 ns 58,3 60,0 ns
Maux de ventre 7,0 7,3 ns 22,7 31,6 ns 5,9 9,5 ns 8,3 6,7 ns
Diarrhée 0 0 6,1 8,8 ns 11,8 9,5 ns 0 13,3
Maux de tête 23,9 33,8 ns 22,7 31,6 ns 11,8 38,1 0,033 33,3 20,0 ns

Enfants (n = 71) (n = 70) P (n = 66) (n = 59) P (n = 66) (n = 59) P (n = 61) (n = 60) P


SVA/déparasitage1 58,6 50,0 ns 78,8 70,2 ns 75,4 67,7 ns 75,9 68,3 ns
Malade (15 derniers jours) 45,7 60,3 ns 74,2 71,9 ns 49,2 61,3 ns 61,4 66,8 ns
Fièvre 12,9 29,4 ns 36,4 43,9 ns 46,9 55,3 ns 40,0 35,0 ns
Diarrhée 17,1 26,5 ns 24,2 20,3 ns 28,1 34,2 ns 13,6 20,0 ns
Infection respiratoire aiguë 12,9 27,9 0,010 25,8 22,8 ns 62,5 21,6 0,002 20,0 21,7 ns
Dermatoses 2,9 2,9 ns 34,8 29,8 ns 3,1 7,9 ns 8,3 3,3 ns
Données présentées en pourcentage (%)
1
SVA/déparasitage : Supplémentation en vitamine A couplée au déparasitage reçu par les enfants au cours des 6 derniers mois
P : Test du chi2 entre Sagna et Kathiotte

120
2.2. Alimentation des couples mère-enfant

L’alimentation des couples mère-enfant à chaque étape du suivi est présentée dans le Tableau
20. La comparaison de la situation alimentaire des mères montre qu’à l’enrôlement, le score
de diversité alimentaire (SDAF) et la proportion de mères ayant une diversité alimentaire
minimale (≥ 5 groupes d’aliments) sont comparables entre les deux villages. Cependant, au
cours du suivi, les résultats indiquent que le SDAF moyen des mères est significativement
plus élevé à Sagna qu’à Kathiotte respectivement à 12 mois (P = 0,035), à 18 mois (P =
0,002) et 23 mois (P <0,001). Ainsi, la proportion de mères ayant une diversité alimentaire
minimale est significativement plus élevée à Sagna qu’à Kathiotte respectivement à 12 mois
(P = 0,018) et 23 mois (P = 0,036).
Chez les enfants, la pratique de l’allaitement diminue avec l’âge. Dans les deux villages, tous
les enfants étaient allaités au sein au moment de l’enrôlement et jusqu’à 12 mois. A 18 mois,
plus 85% des mères ont continué d’allaiter leurs enfants, mais à 23 mois, seul un quart d’entre
eux sont encore allaités.
Concernant les pratiques d’alimentation complémentaire, tous les paramètres (fréquence des
repas, diversité alimentaire et apport minimal acceptable) étaient comparables à l’enrôlement
entre les deux villages. A 12 mois, les enfants de Kathiotte ont reçu un nombre et une
fréquence de repas plus élevés que ceux des enfants de Sagna (P < 0,05). Cependant, cette
différence ne s’est pas traduite en termes de diversité de l’alimentation car aussi bien le score
de diversité que la diversité alimentaire minimale (≥ 4 groupes d’aliments) sont restés
comparables chez les enfants des deux villages à 12 mois. Il en est de même de l’apport
minimal alimentaire acceptable.
Par contre, le score de diversité alimentaire est significativement plus élevé chez les enfants
de Sagna comparé à celui observé à Kathiotte respectivement à 18 mois (P = 0,024) et à 23
mois (P = 0,020), et cela s’est traduit par une augmentation significative de la proportion
d’enfants ayant une diversité alimentaire minimale à Sagna par rapport à Kathiotte (P =
0,014).

121
Tableau 20 : Alimentation des couples mère-enfant à Sagna (Int) et Kathiotte (Cont) au cours du suivi

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois


Int Cont Int Cont Int Cont Int Cont

Mère (n = 71) (n = 70) P (n = 66) (n = 59) P (n = 64) (n = 62) P (n = 61) (n = 60) P

Score de diversité alimentaire 5,0 ± 1,6 4,9 ± 1,4 ns 4,9 ± 1,6 4,3 ± 1,6 0,035 6,0 ± 1,1 5,4 ± 1,1 0,002 6,2 ± 0,9 5,3 ± 1,1 <0,001

Diversité alimentaire minimale1 60,6 58,8 ns 65,1 43,9 0,018 91,9 80,3 ns 93,2 79,3 0,036

Enfant (n=71) (n=68) P (n = 66) (n = 59) P (n = 64) (n = 62) P (n = 61) (n = 60) P

Poursuite allaitement maternel 100 100 ns 100 100 ns 95,3 87,1 ns 18,3 20,0 ns

Nombre minimum des repas reçu 1,2 ± 0,7 1,3 ± 1,0 ns 2,3 ± 1,3 2,9 ± 1,3 0,040 3,3 ± 1,0 3,4 ± 0,8 ns 3,4 ± 1,0 3,1 ± 0,9 ns

Fréquence minimale des repas2 33,3 36,0 ns 48,5 68,4 0,009 81,5 87,1 ns 36,7 28,3 ns

Score de diversité alimentaire 2,5 ± 1,7 2,0 ± 1,4 ns 3,6 ± 1,5 3,9 ± 1,5 ns 4,7 ± 0,9 4,1 ± 1,2 0,024 4,8 ± 0,9 4,4 ± 1,0 0,020

Diversité alimentaire minimale1 15,7 10,3 ns 69,2 68,4 ns 90,8 74,2 0,014 91,7 85,0 ns

Alimentation minimale
7,1 5,9 ns 43,9 54,4 ns 73,8 67,7 ns 35,0 28,3 ns
acceptable3
Données présentées en Moyenne ± ET ou en %
1
Mère : score ³ 5 groupes d’aliments ; Enfant : score ³ 4 groupes d’aliments
2
enfant allaité : ≥ 3 repas ; enfant non allaité : ≥ 4 repas
3
enfant allaité : ³ 3 repas & score ³ 4 groupes d’aliments ; enfant non allaité: ³ 4 repas & score ≥ 4 groupes d’aliments
P : test–t de Student entre Sagna et Kathiotte

122
2.3. Evolution de l’alimentation des couples mère-enfant au cours du suivi

2.3.1. Consommation alimentaire des mères

A Sagna, l’analyse de l’évolution montre que le profil alimentaire des mères s’est amélioré avec le
temps (Figure 18). A l’enrôlement, le régime alimentaire des mères était constitué principalement
par cinq (5) groupes d’aliments (féculents, poisson, noix et graines, autres légumes et fruits et
légumes riches en vitamine A). A 12 mois, le profil alimentaire n’a pas évolué. Par contre, la
consommation des aliments du groupe noix et graines a significativement diminué (P < 0,001). A
18 mois, les résultats ont montré une augmentation significative de la consommation des aliments
des groupes légumes feuilles vertes foncées (Moringa oleifera), de fruits et légumes riches en
vitamine A (PDCO et tomate), d’autres légumes (oignon et aubergine) et de légumineuses par
rapport au début et à 12 mois de suivi. Il en est de même à 23 mois. A l’exception de ces groupes
d’aliments, la consommation des autres groupes d’aliments n’a pas augmenté au cours du suivi, en
particulier les aliments d’origine animale (œuf, viande, lait) qui est faible chez les mères du
village de Sagna.
A Kathiotte, l’analyse du profil alimentaire traduit une alimentation monotone chez les mères au
cours du suivi (de l’enrôlement à 23 mois), caractérisée par la consommation fréquente des cinq
(5) groupes d’aliments à savoir les féculents, les autres légumes, les noix et graines, les viandes et
poissons et enfin, les fruits et légumes riches en vitamine A (tomate) (Figure 19). Toutefois la
consommation d’aliments des groupes de légumineuses et d’autres légumes (oignon et aubergine)
a significativement augmenté à 23 mois. En revanche la consommation des aliments du groupe
noix et graines a significativement diminué à 12 mois (P < 0,001). L’utilisation des aliments du
groupe légumes feuilles vertes foncées (« mbum nduur » en particulier) a augmenté à 23 mois,
mais n’a pas dépassé le seuil de 50%. Enfin, dans ce village, la consommation d’aliments
d’origine animale (œuf, viande, lait) par les mères est faible.

123
50%

Féculent

Viande poissons

Autres légumes

Noix et graines

Fruits et légumes riches en vitamine A

Légumineuses

Légumes feuilles vertes foncées

Lait et produits laitiers

Autres fruits

Œuf

0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Figure 18 : Evolution du profil alimentaire des mères à Sagna

50%

Féculent

Viande poissons

Autres légumes

Noix et graines

Fruits et légumes riches en vitamine A

Légumineuses

Légumes feuilles vertes foncées

Lait et produits laitiers

Autres fruits

Œuf

0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Figure 19 : Evolution du profil alimentaire des mères à Kathiotte

124
2.3.2. Diversité alimentaires des mères au cours du suivi

L’analyse de l’évolution de la diversité alimentaire des mères au cours du suivi est présentée dans
le Tableau 21. A Sagna, le score et la diversité alimentaire minimale ont augmenté au cours du
suivi. En effet, une amélioration significative du score de diversité est observée à 18 mois (P =
0,001) et puis à 23 mois (P < 0,001). Une augmentation significative du score de diversité est
également observée entre 12 mois et 18 mois (P < 0,001) et 12 mois et 23 mois (P < 0,001). Il en
est de même pour la diversité minimale, où on observe la même tendance.
A Kathiotte, aucune amélioration du SDAF et de la diversité alimentaire n’a été observée à 23
mois. Le SDAF a significativement diminué entre 12 mois et 18 mois (P < 0,001) et 23 mois (P =
0,001). Cette diminution du nombre de groupes d’aliments consommés à 12 mois s’est traduite par
une différence significative entre la diversité alimentaire obtenue à 12 mois et celle obtenue à 18
mois (P < 0,001) et aussi à 23 mois (P < 0,001).

125
Tableau 21 : Evolution de la diversité alimentaire des mères à Sagna et à Kathiotte au cours du suivi

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Sagna (n = 71) (n = 66) (n = 64) (n = 61) P

Score de diversité alimentaire 5,0 ± 1,6a 4,9 ± 1,6a 6,0 ± 1,1b 6,2 ± 0,9b <0,001

Diversité alimentaire minimale1 60,6a 65,1a 91,9b 93,2b <0,001

Kathiotte (n = 70) (n = 59) (n = 62) (n = 60) P

Score de diversité alimentaire 4,9 ± 1,4a 4,3 ± 1,6b 5,4 ± 1,1ca 5,3 ± 1,1ca <0,001

Diversité alimentaire minimale1 58,8a 43,9a 80,3b 79,3b <0,001

Données présentées en Moyenne ± ET ou en %


1
Diversité alimentaire minimale : score ³ 5 groupes d’aliments
P : Test ANOVA pour mesures répétées (enrôlement, 12 mois, 18 mois et 23 mois)
a,b
Dans une ligne, les valeurs moyennes avec des exposants différents sont significativement différentes.

126
2.4. Evolution de l’alimentation des enfants au cours du suivi

2.4.1. Consommation alimentaire des enfants

A Sagna, les données obtenues à partir du rappel de 24 heures ont montré qu’en plus des
céréales, qui constituent l’aliment de base, les autres groupes d’aliments sont rajoutés
progressivement dans l’alimentation complémentaire des enfants (Figure 20). La
consommation de tous les groupes a significativement augmenté au cours du suivi, sauf pour
le lait et les œufs dont la consommation est assez rare. A 12 mois, l’alimentation des enfants
est de type plat familial et est constituée par les quatre groupes à savoir les céréales, les
légumineuses-noix-graines (pâte d’arachide et niébé en particuliers), les autres fruits et
légumes et le groupe de viande-poisson (poisson fumé et séché en particulier). A 18 et 23
mois, la consommation des aliments du groupe fruits et légumes riches en vitamine A (PDCO,
Moringa oleifera, tomate) avait significativement augmentée par rapport aux résultats obtenus
à 6-8 mois et à 12 mois, ce qui a significativement contribué à l’augmentation de la diversité
alimentaire.
A Kathiotte, les données ont montré qu’au-delà de 6-8 mois, ce sont toujours les mêmes
groupes d’aliments (céréales, légumineuses - noix-graines, autres légumes et poisson) qui sont
retrouvés dans le régime alimentaire des enfants à 12 et 23 mois (Figure 21). La
consommation des aliments du groupe fruits et légumes riches en vitamine A n’a pas dépassé
le pourcentage de 50%, excepté à 23 mois où elle a atteint 58%. La consommation d’aliments
d’origine animale tels que les œufs, la viande, le lait et les produits laitiers est très faible chez
ces enfants quel que soit leur âge.

127
50%

Céréales et tubercules

Autre fruits et légumes

Lait et produits laitiers

Fruits et légumes riches vitamine A

Viande poisson

Légumineuse noix et graines

Œuf

0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Figure 20 : Evolution du profil alimentaire des enfants à Sagna

50%

Céréales et tubercules

Autre fruits et légumes

Lait et produits laitiers

Fruits et légumes riches vitamine A

Viande poisson

Légumineuse noix et graines

Œuf

0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Figure 21 : Evolution du profil alimentaire des enfants à Kathiotte

128
2.4.2. Diversité alimentaire des enfants à Sagna et Kathiotte au cours du suivi

A Sagna, les résultats ont montré que le score et la diversité alimentaire se sont améliorés au
cours du suivi. Une augmentation significative est observée à 12, 18 et 23 mois par rapport à
l’enrôlement pour ces deux indicateurs (Tableau 22). Une augmentation significative du
score de diversité est également observée entre 12 mois et 18 mois et entre 18 et 23 mois.
A Kathiotte, le score et la diversité alimentaire ont significativement augmenté entre
l’enrôlement et 12, 18 et 23 mois. Cependant, aucune augmentation significative du score de
diversité n’est observée entre 12 mois et 18 mois et entre 18 et 23 mois, mais la proportion
d’enfants ayant atteint la diversité minimale à 23 mois a significativement augmenté par
rapport à celle obtenue à 18 et 12 mois.

129
Tableau 22 : Evolution de l’alimentation des enfants à Sagna et à Kathiotte au cours du suivi

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Sagna (n=71) (n = 66) (n = 64) (n = 61) P

Score de diversité alimentaire 2,5 ± 1,7a 3,6 ± 1,5b 4,7 ± 0,9c 4,8 ± 0,9c <0,001

Diversité alimentaire minimale1 15,7a 69,2b 90,8c 91,7c <0,001

Kathiotte (n = 68) (n = 59) (n = 62) (n = 60) P

Score de diversité alimentaire 2,3 ± 1,4a 3,9 ± 1,5b 4,1 ± 1,2b 4,4 ± 1,0b <0,001

Diversité alimentaire minimale1 15,3a 68,4b 74,2 b 85,0c <0,001

Données présentées en Moyenne ± ET ou en %


1
Diversité alimentaire minimale : score ³ 4 groupes d’aliments
P : Test ANOVA pour mesures répétées (enrôlement, 12 mois, 18 mois et 23 mois)
a,b
Dans une ligne, les valeurs moyennes avec des exposants différents sont significativement différentes.

130
2.5. État nutritionnel des couples mère-enfant

2.5.1. Anthropométrie

Les données anthropométriques des mères et des enfants des deux villages à chaque étape du
suivi sont présentées dans le Tableau 23. Aucune différence statistiquement significative
n’est observée pour les paramètres anthropométriques des mères et des enfants entre les deux
villages à toutes les étapes du suivi.

131
Tableau 23 : Anthropométrie des couples mère-enfant à Sagna (Int) et Kathiotte (Cont) au cours du suivi

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Int Cont Int Cont Int Cont Int Cont

Mère (n = 71) (n = 70) P (n = 66) (n = 59) P (n = 64) (n = 62) P (n = 61) (n = 60) P

IMC, kg/m² 21,4 ± 3,5 21,4 ± 3,3 ns 21,5 ± 3,6 21,4 ± 3,4 ns 21,4 ± 3,4 21,4 ± 3,6 ns 21,3 ± 3,6 21,4 ± 4,0 ns

IMC z-score -0,5 ± 0,8 -0,5 ± 0,9 ns -0,3 ± 0,8 -0,3 ± 0,9 ns -0,3 ± 0,8 -0,4 ± 1,0 ns -0,5 ± 0,9 -0,4 ± 0,9 ns

Déficit énergétique 15,5 20,0 ns 16,9 19,0 ns 16,1 25,4 ns 20,3 19,0 ns

Surpoids 12,7 11,4 ns 12,3 12,1 ns 12,9 10,2 ns 11,9 12,1 ns

Obésité 1,4 1,4 ns 1,5 3,4 ns 0 1,7 0 1,7

Enfant (n=71) (n=68) P (n = 66) (n = 59) P (n = 64) (n = 62) P (n = 61) (n = 60) P

PTZ -0,3 ± 1,1 -0,5 ± 0,9 ns -0,8 ± 1,1 -1,1 ± 1,0 ns -0,4 ± 1,0 -0,7 ± 1,0 ns -0,8 ± 1,0 -0,7 ± 0,9 ns

Emaciation 7,0 1,4 ns 13,6 23,2 ns 4,6 12,9 ns 13,3 8,3 ns

Obésité 4,2 0 0 0 0 0 0 0

TAZ -0,4 ± 1,2 -0,5 ± 1,1 ns -1,0 ± 1,1 -1,0 ± 1,0 ns -1,3 ± 1,1 -1,5 ± 1,4 ns -1,4 ± 1,0 -1,7 ± 1,0 ns

Retard de croissance 9,9 11,4 ns 18,2 12,5 ns 21,5 32,3 ns 28,3 41,7 ns
Données présentées en Moyenne ± ET ou en pourcentage (%)
PTZ : poids-pour-taille z-score ; TAZ : taille-pour-âge z-score.
Emaciation : PTZ <-2 z-score ; retard de croissance : TAZ <-2 z-score ; déficit énergétique : IMC<18,5 kg/m² ; surpoids : 25,0≤ IMC ≤29,99 kg/m² ; obésité : IMC ≥30 kg/m².
P : test-t de Student entre Sagna et Kathiotte.

132
[Link]. Evolution des indicateurs anthropométriques des mères

L’analyse de l’évolution du statut nutritionnel montre que les indicateurs nutritionnels des
mères n’ont pas varié de manière significative au cours du suivi, et ce, dans les deux villages
(Tableau 24). Les prévalences du déficit énergétique et de surpoids sont restées
respectivement autour de 20% et 12%.

Tableau 24 : Evolution des indicateurs anthropométriques des mères à Sagna et à


Kathiotte

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Sagna (n = 71) (n = 66) (n = 64) (n = 61) P

IMC (kg/m²) 21,4 ± 3,5 21,5 ± 3,6 21,4 ± 3,4 21,3 ± 3,6 ns

IMC z-score -0,5 ± 0,8 -0,3 ± 0,8 -0,3 ± 0,8 -0,5 ± 0,9 ns

Déficit énergétique 15,5 16,9 16,1 20,3 ns

Surpoids 12,7 12,3 12,9 11,9 ns

Obésité 1,4 1,5 - -

Kathiotte (n = 70) (n = 59) (n = 62) (n = 60) P

IMC (kg/m²) 21,4 ± 3,3 21,4 ± 3,4 21,4 ± 3,6 21,4 ± 4,0 ns

IMC z-score -0,5 ± 0,9 -0,3 ± 0,9 -0,4 ± 1,0 -0,4 ± 0,9 ns

Déficit énergétique 20,0 19,0 25,4 19,3 ns

Surpoids 11,4 12,1 10,2 12,1

Obésité 1,4 3,4 1,7 1,7

Données présentées en Moyenne ± ET ou en pourcentage (%)


IMC : Indice de masse corporelle ; PTZ : poids-pour-taille z-score ; TAZ : taille-pour-âge z-score
Emaciation : PTZ < -2 z-score ; retard de croissance : TAZ < - 2 z-score ; déficit énergétique (IMC<18,5
kg/m²) ; surpoids : 25,0 ≤ IMC ≤ 29,99 kg/m² ; obésité : IMC ≥ 30 kg/m²
P : test ANOVA pour mesures répétées (enrôlement, 12 mois, 18 mois et 23 mois)
a,b
Dans une ligne, les valeurs moyennes avec des exposants différents sont significativement différentes.

133
[Link]. Evolution des indicateurs anthropométriques des enfants

A Sagna, l’indice TAZ a significativement diminué à 12 mois (P = 0,011), 18 mois (P <


0,001) et 23 mois (P < 0,001) par rapport à l’enrôlement (Tableau 25). Cette diminution s’est
traduite par une augmentation significative de la prévalence du retard de croissance entre
l’enrôlement (9,9%) et 23 mois (28,3% ; P = 0,009), mais pas entre l’enrôlement 12 et 18
mois. A partir e de 12 mois, la prévalence du retard de croissance a augmenté mais sans
aucune différence significative entre 12 mois et 18 mois et entre 18 mois et 23 mois. L’indice
PTZ et la prévalence de l’émaciation n’ont connu aucune variation significative au cours du
suivi.
A Kathiotte, l’indice PTZ a significativement diminué à 12 mois (P = 0,001) par rapport à
l’enrôlement. Ainsi une augmentation significative de la prévalence de la malnutrition aiguë
globale est notée entre l’enrôlement et 12 mois (1,4 versus 23,2% ; P = 0,004) et entre
l’enrôlement et 18 mois (1,4 versus 12,9% ; P = 0,031) mais ne change pas entre 18 et 23
mois. Concernant le retard de croissance, l’indice TAZ a significativement diminué entre
l’enrôlement et 18 mois (P < 0,001) et entre l’enrôlement et 23 mois (P < 0,001). Il a
également diminué entre 12 mois et 23 mois (P = 0,007). La prévalence du retard de
croissance obtenue à l’enrôlement (11,4%) est significativement plus faible que celle obtenue
à 18 mois (32,3% ; P = 0,010) et à 23 mois (41,7% ; P = 0,015). Durant le suivi, la prévalence
du retard de croissance a progressivement augmenté avec l’âge des enfants. En effet, les
prévalences du retard de croissance observées à 18 mois (32,3% ; P = 0,005) et à 23 mois
(41,7% ; P < 0,001) sont significativement plus élevées que celle mesurée à 12 mois (12,5%).
Il en de même de la prévalence du retard de croissance entre 18 mois et 23 mois (32,3 versus
41,7% ; P < 0,001).

134
Tableau 25 : Evolution des indicateurs anthropométriques des enfants à Sagna et à
Kathiotte

Enrôlement 12 mois 18 mois 23 mois

Sagna (n=71) (n = 66) (n = 65) (n = 60) P

PTZ -0,3 ± 1,1 -0,8 ± 1,1 -0,4 ± 1,0 -0,8 ± 1,0 ns

Emaciation 7,0 13,6 4,6 13,3 ns

Obésité 4,2 0 0 0

TAZ -0,4 ± 1,2a -1,0 ± 1,1b -1,3 ± 1,1b -1,4 ± 1,0b <0,001

Retard de croissance 9,9a 18,2b 21,5b 28,3b 0,049

Kathiotte (n=68) (n = 59) (n = 62) (n = 60) P

PTZ -0,5 ± 0,9a -1,1 ± 1,0b -0,7 ± 1,0ab -0,7 ± 0,9ab 0,002

Emaciation 1,4a 23,2b 12,9c 8,3ac 0,001

Obèse (%) 0 0 0 0

TAZ -0,5 ± 1,1a -1,0 ± 1,0ab -1,5 ± 1,4bc -1,7 ± 1,0c <0,001

Retard de croissance 11,4a 12,5a 32,3b 41,7c <0,001

Données présentées en Moyenne ± ET ou en pourcentage (%)


PTZ : poids-pour-taille z-score ; TAZ : taille-pour-âge z-score
Emaciation : PTZ < -2 z-score ; retard de croissance : TAZ < - 2 z-score
P : test ANOVA pour mesures répétées (enrôlement, 12 mois, 18 mois et 23 mois)
a,b
Dans une ligne, les valeurs moyennes avec des exposants différents sont significativement différentes.

2.5.2. Composition corporelle des couples mère-enfant

Le Tableau 26 indique l’impact de l’ASN sur la composition corporelle des mères et de leurs
enfants entre l’enrôlement et 23 mois. Chez les mères, aucune différence n’est observée sur
les paramètres de composition corporelle (masse maigre, masse grasse et % de masse grasse)
à l’enrôlement et à 23 mois entre les deux villages.
Chez les enfants, la masse maigre, comparable entre les deux villages à l’enrôlement, a
augmenté de façon significative chez les enfants de Sagna comparés à ceux de Kathiotte. Par
contre, le %MG et l’indice de masse grasse des enfants sont significativement plus élevés a
Kathiotte qu’à Sagna (P = 0,043).
135
Tableau 26 : Composition corporelle des couples mère-enfant à Sagna (Int) et à
Kathiotte (Cont)

Enrôlement 23 mois

Int Cont Int Cont

Mère (n = 71) (n = 70) P (n = 57) (n = 39) P

MM (kg) 41,3 ± 5,0 41,0 ± 5,0 ns 46,3 ± 5,9 46,1 ± 6,5 ns

MG (kg) 15,7 ± 6,9 16,4 ± 6,3 ns 11,0 ± 7,1 13,2 ± 6,8 ns

%MG 26,7 ± 7,1 27,8 ± 6,7 ns 18,4 ± 8,9 21,5 ± 8,3 ns

Excès d’adiposité (%) 23,9 38,2 ns 10,5 15,4 ns

Enfant (n=71) (n=68) P (n = 58) (n = 47) P

MM (kg) 5,6 ± 0,8 5,5 ± 0,7 ns 8,8 ± 1,1 8,4 ± 1,1 0,031

MG (kg) 1,92 ± 0,7 1,9 ± 0,6 ns 1,4 ± 0,7 1,7 ± 1,1 0,050

%MG 25,0 ± 7,1 25,1 ± 6,5 ns 13,6 ± 6,2 16,3 ± 7,1 0,043

IMM (kg/m²) 12,4 ± 1,3 12,2 ± 1,0 ns 13,0 ± 1,4 12,6 ± 1,0 ns

IMG (kg/m²) 4,2 ± 1,4 4,1 ± 1,3 ns 2,0 ± 09 2,5 ± 1,5 0,029
Données présentées en Moyenne ± ET ou en pourcentage (%)
MM : Masse Maigre ; MG : Masse Grasse ; %MG : pourcentage de masse grasse ; IMM :
Indice de masse maigre ; IMG : Indice de masse grasse.
P : test-t de Student entre village de Sagna et village de Kathiotte.

136
16. DISCUSSION

Au cours de la présente étude, l’impact de l’Agriculture Sensible à la Nutrition (ASN) sur la


prévention de la malnutrition maternelle et infantile au cours des 1000 premiers jours de vie a
été évalué chez des couples mère-enfant de 6-23 mois vivant en milieu rural à Kaffrine. La
mesure d’impact a été effectuée entre le village de Sagna, (bénéficiaire de la ferme agricole
mise en place par ANIDA) et le village de Kathiotte (village témoin) distant d’une vingtaine
de km l’un de l’autre, tous deux situés dans la région de Kaffrine. Ces deux villages
présentent à l’enrôlement des caractéristiques identiques en termes de santé et nutrition
maternelle et infantile, marquées par la présence de la malnutrition (émaciation et retard de
croissance) et des maladies infantiles (fièvre, diarrhée et infections respiratoires aiguës) dès
les premiers mois de la vie. Ces deux villages sont également comparables en termes de
pratiques alimentaires et de prestations de soins santé dispensées aux mères et à leurs enfants
de moins deux ans à travers les districts de santé. Les interventions de soins de santé standard
(CPN, CPON, soins curatifs ambulatoires des maladies de l’enfant, supplémentation en VA,
déparasitage et vaccination) et les prestations de nutrition (suivi de la croissance, éducation
nutritionnel, prise en charge de la malnutrition aiguë) sont délivrées par le personnel médical
local en collaboration avec les relais communautaires de la CLM.
Malgré ces interventions, les cas de fièvre, de diarrhée, et/ou d’infections respiratoires aiguës
sont restés très fréquents comme observés lors de la dernière enquête nationale EDS-continue
(ANSD, 2018). Face à cette situation, le projet d’ASN a été mis en place à Sagna et son
impact sur la morbidité, l’alimentation, les indices anthropométriques et la composition
corporelle des couples mères-enfants est mesuré sur une période de 18 mois. Cette étude est
une première au Sénégal, car jusqu’ici, les programmes d’agriculture sensible aux enjeux
nutritionnels n’avaient pas encore fait l’objet d’évaluation de l’état nutritionnel des
bénéficiaires en utilisant des indicateurs biologiques. A l’enrôlement et au cours du suivi, bien
que les vaccinations des enfants soient effectives, une forte prévalence de morbidité a été
trouvée dans ces villages. Une prévalence d’infections respiratoires aiguës plus élevée a été
observée à l’enrôlement chez les enfants de Kathiotte comparés à ceux de Sagna et
inversement à 18 mois. Ce résultat pourrait être expliqué par la faible couverture de certaines
interventions de soins santé, indiquant que des efforts supplémentaires devraient être déployés
pour mieux prévenir les maladies. En effet, durant toute la durée de l’étude, la proportion
d’enfants ayant reçu la supplémentation en vitamine A n’a pas dépassé le seuil de 95%,
recommandé par le plan national stratégique de survie de l’enfant au Sénégal (Diaby et al.,
137
2018). De plus, il a été bien spécifié, dans le cadre conceptuel de l’UNICEF des causes de la
malnutrition, que certaines maladies telles que la diarrhée et les infections respiratoires aiguës
augmentent le risque de retard de croissance et d’émaciation chez les enfants (Black et al.,
2013 ; Unicef, 2015), suggérant que la prévalence élevée de la malnutrition observée à Sagna
et à Kathiotte dès les premiers mois de vie (6-8 mois) aurait, pour une des causes immédiates,
la maladie.
En ce qui concerne les pratiques d’allaitement, tous les enfants sont allaités jusqu’à 12 mois et
une grande majorité jusqu’à 18 mois dans les deux villages. La poursuite de l’allaitement
jusqu’à 23 mois ne concerne qu’un quart des enfants. Cette forte prévalence de sevrage
précoce dans ces villages de Kaffrine confirme les résultats de la dernière enquête nationale
EDS-continue qui ont montré que seul 30% d’enfants sont allaités jusqu’à l’âge de 23 mois
(ANSD, 2018). Ces résultats pourraient être expliqués par les facteurs socioculturels, en
particulier ceux liés aux décideurs des familles (Badiane et al, 2018). De plus, l’étude sur les
déterminants de la malnutrition menée en milieu rural par la CLM (CLM, 2013) a révélé
qu’au Sénégal, le sevrage varie en fonction de l’âge et du sexe de l’enfant (18 mois chez les
garçons et 24 mois chez les filles). L’apparition de la dentition détermine également la fin de
l’allaitement au sein de l’enfant qui doit intégrer le bol familial en perspective de sa
socialisation communautaire. L’occupation des femmes dans les travaux champêtres, de
même que les grossesses rapprochées, sont autant de facteurs qui peuvent influencer le
sevrage précoce en milieu rural (CLM, 2013). L’analyse de ces résultats suggère que les
stratégies de communication sur la poursuite de l’allaitement maternel jusqu’à 24 mois ou au-
delà, comme recommandé par l’OMS (OMS, 2006) doivent être renforcées en milieu rural à
Kaffrine.
Notre intervention ASN a eu un impact positif sur la consommation de certains groupes
d’aliments chez les couples mère-enfant du village de Sagna comparés à ceux du village de
Kathiotte. En effet, la consommation des aliments du groupe feuilles vertes foncées (Moringa
oleifera) et fruits et légumes riches en vitamine A (PDCO et tomate), qui était comparable à
l’enrôlement entre Sagna et Kathiotte, a significativement augmenté chez les couples mère-
enfant de Sagna dès 12 mois et s’est poursuivi jusqu’à 23 mois. De plus, malgré la faible
production d’aliments d’origine animale de la ferme, la consommation d’œufs est un peu plus
élevée à Sagna (8,3% des enfants) qu’à Kathiotte (1,7% des enfants). L’ajout de ces différents
groupes d’aliments, provenant principalement de la ferme, dans le régime alimentaire habituel
des populations de Sagna a abouti à un score et une diversité alimentaire améliorés chez les
mères et les enfants de 6-23 mois. Ce résultat est en parfait accord avec la plupart des revues

138
systématiques sur l’ASN qui ont globalement montré que les programmes de développement
agricole qui favorisent la diversité de la production de cultures riches en micronutriments ont
la capacité d’améliorer la consommation d’aliments nutritifs et donc la diversité alimentaire
au niveau des ménages. (Herforth et Ballard, 2016 ; Ruel et al., 2018). En Afrique les récentes
études sur l’ASN, associant cultures de fruits et légumes à l’élevage de poules et petits
ruminants, ont montré un impact significatif sur l’accès et la diversité alimentaire des mères et
de leurs enfants bénéficiaires (Walsh & van Rooyen, 2015 ; Olney et al., 2015 ; Bliznashka et
al., 2016). Au Bangladesh, un programme intégré d’ASN a eu comme résultat une
augmentation de 30% de la consommation de légumes chez les bénéficiaires dont 80%
attribuables au projet (Schreinemachers et al., 2016).
Dans ce travail, nous avons utilisé une méthode de référence, la technique de la dilution
isotopique au deutérium, pour évaluer l’impact de l’ASN sur la composition corporelle (masse
maigre, masse grasse et %masse grasse) des couples mère-enfant. L’intervention n’a pas eu
d’impact sur la masse maigre et la masse grasse des mères de Sagna. Par contre, chez leurs
enfants, la masse maigre a significativement augmenté à 23 mois en même temps que le score
de diversité alimentaire. Ce résultat pourrait être attribué à la consommation d’aliments riches
en protéines et en micronutriments tels que le Moringa oleifera et les légumineuses et une
tendance plus élevée de consommation d’œufs chez les enfants. L’amélioration positive de la
composition corporelle des enfants de Sagna (masse maigre) est à l’opposé de celle des
enfants de Kathiotte qui ont gagné plus de masse grasse que de masse maigre. Ce résultat est
confirmé en utilisant d’autres indicateurs de la composition corporelle à savoir l’indice de
masse maigre (IMM) et l’indice de masse grasse (IMG) qui ajustent l’effet de la taille sur ces
paramètres (van Itallie et al., 1990). Ainsi, après ajustement, les résultats montrent toujours un
IMG significativement plus élevé chez les enfants de Kathiotte comparés aux enfants de
Sagna, confirmant l’excès de gain de masse grasse chez ces enfants. Ce résultat pourrait être
lié à une alimentation monotone riche en énergie et pauvres en micronutriments essentiels,
comme observé dans l’analyse du profil alimentaire des enfants de Kathiotte. Ces données
confirment le peu de résultats existant dans la littérature qui indiquent que la consommation
de légumineuses, riches en protéines, est associée à une augmentation de la masse maigre et
une réduction du dépôt de graisse viscérale (Marinangeli et Jones, 2012). De même, Wells et
al. (2009) ont révélé que l’absence de certains micronutriments dans l’alimentation, dont le
zinc et le fer en particulier, favorise la diminution de la masse maigre et l’accumulation de la
graisse corporelle. Ces données de même que nos résultats suggèrent que l’absence d’une
diversité alimentaire chez les enfants à partir de 6 mois pourrait favoriser le risque d’obésité

139
infantile dont les conséquences à long terme sont l’hypertension, le diabète de type 2 et les
maladies cardio-vasculaires (Zhao et al., 2017).
Malgré ces résultats significatifs et positifs de l’ASN sur le score de diversité alimentaire et la
masse maigre des enfants, l’impact attendu sur les paramètres anthropométriques (les plus
couramment utilisés pour définir l’état nutritionnel) est mitigé. En effet, aucune amélioration
de la prévalence de l’émaciation et du retard de croissance n’a été observée chez les enfants,
bien que la prévalence du retard de croissance soit plus forte dans le village témoin que dans
le village d’intervention. En d’autres termes, le taux de retard de croissance qui a augmenté à
partir de 6 mois dans les deux villages est resté stable à partir de 12 mois à Sagna mais
augmente de façon significative dans le village de Kathiotte. Ce résultat est conforme avec la
plupart des conclusions des récentes revues systématiques qui ont souligné l’absence de
preuves solides d’impact de l’ASN sur ces indicateurs (Masset et al., 2014 ; Leroy et al., 2015
; Ruel et al., 2018). Pour expliquer l’absence d’impact plusieurs hypothèses peuvent être
évoquées : i) la durée de l’intervention (18 mois) relativement courte, qui n’a débutée qu’à
partir de 6 mois, serait insuffisante pour détecter un effet sur le retard de croissance (Leroy et
al., 2015 ; Herforth & Ballard, 2016). Selon Leroy et al. (2015), pour avoir un impact sur les
indicateurs de croissance au cours de 1000 premiers jours, les enfants doivent être exposés au
programme pendant au moins trois (3) ans (in-utero, pendant la grossesse et au cours de leurs
24 premiers mois de vie). En Zambie, Kumar et al. (2015) ont constaté une association
positive entre la diversité de la production et la diversité alimentaire chez les enfants âgés de 6
à 23 mois, mais l’association entre la diversité de la production et l’indice TAZ apparait à
long terme chez les enfants entre 24 et 59 mois. Ce qui renforce ainsi l’idée selon laquelle le
retard de croissance est un processus cumulatif qui reflète la malnutrition chronique au fil du
temps ; ii) la petite taille de l’échantillon de l’étude calculée à partir des effets attendus sur la
composition corporelle. En effet, dans des revues systématiques de la littérature, Masset et al.
(2012) et Leroy et al. (2015) indiquent que les tailles d’échantillon nécessaires pour observer
une réduction de 5 à 10 % sur le taux de retard de croissance dans les programmes d’ASN
sont de l’ordre d’une ou plusieurs centaines de sujets ; iii) l’accès à la nourriture peut ne pas
constituer la seule solution à l’amélioration de la croissance des enfants, surtout dans le
contexte marqué par une pauvreté, un environnement défavorable et une morbidité fréquente.
Or, les deux villages, Sagna et Kathiotte, sont caractérisés par une forte prévalence de
morbidité.

140
Conclusion
Les résultats de cette étude montrent la persistance d’une forte morbidité chez les mères et
leurs enfants de 6 à 23 mois et un sevrage précoce des enfants. La mise en place d’une
agriculture sensible à la nutrition (ASN) a eu un impact positif sur l’amélioration de la
diversité alimentaire des mères et des enfants et sur la composition corporelle (augmentation
de la masse maigre des enfants) à long terme (23 mois). Par contre, aucun impact n’a été
décelé sur l’émaciation et le retard de croissance. L’ensemble de ces résultats suggèrent que
des efforts supplémentaires devraient être déployés pour la prévention des maladies, la
promotion des bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement. Ils suggèrent également une
intervention d’ASN plus précoce et plus longue, avec une production animale relativement
importante pour mieux diversifier l’alimentation.

141
CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS

142
17. CONCLUSION GENERALE

L’objectif de ce travail est d’évaluer l’impact de l’agriculture sensible à la nutrition (ASN) sur
l’alimentation, la santé et l’état nutritionnel des mères et de leurs enfants âgés de 6-23 mois à
Kaffrine. L’installation, par l’Agence Nationale d’Insertion et de Développement Agricole
(ANIDA), d’une ferme agricole intégrant un poulailler à Sagna et gérée par un groupement
local de producteurs, composé à majorité de femmes, a permis la mise en place d’un projet
d’Agriculture Sensible à la Nutrition (ASN). En plus d’autres productions horticoles, ce projet
a permis d’introduire pour la première fois à Kaffrine la culture de la Patate Douce (Ipomoea
batatas) à Chair Orangé (PDCO) de la variété Kandee, associée au Moringa oleifera (variété
PKM1). Ces deux variétés ont été fournies par l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles
(ISRA). Les teneurs en bêta-carotènes de la PDCO (crue, bouillie et frite) et des feuilles de
Moringa oleifera (fraiches et séchées) produites dans la ferme peuvent couvrir entre 14 et
111% des apports en vitamine A des femmes en âge de procréer et des enfants de 6 à 23 mois.
Un test sensoriel et d’acceptabilité de la consommation de la PDCO chez les couples mère-
enfant a permis de montrer que les différents types de préparation (PDCO bouillie, frite et en
purée) ont de bonnes propriétés sensorielles et ont été bien appréciées par les mères et les
enfants. La PDCO frite a une apparence, une saveur et une texture meilleure que la PDCO
bouillie, l’huile ayant eu une influence positive sur sa consommation. Chez les enfants, la
PDCO bouillie et en purée ont les mêmes attraits sensoriels.
Pour mesurer l’impact de l’ASN, des villages bénéficiant du Programme de Renforcement de
la Nutrition mise en œuvre par la CLM ont été ciblés. Le village de Sagna, zone
d’implantation de la ferme agricole, ainsi que les villages polarisés dans un rayon de 3 km
constituent le « village d’intervention ». Celui-ci bénéficie des produits de la ferme et d’une
nouvelle stratégie de communication/éducation nutritionnelle. Deux autres villages distants
chacun d’au moins de 10 km du village d’intervention constituent les villages témoins :
Malem Hodar (témoin communication/éducation nutritionnelle) et Kathiotte (village
contrôle). L’étude du statut de base des couples mère-enfant de 6-8 mois dans ces 3 villages a
montré que la malnutrition (émaciation et retard de croissance), l’anémie, la carence en fer et
les maladies infectieuses sont présentes chez les nourrissons à un stade précoce. Chez les
mères, on a noté une coexistence entre déficit énergétique et surpoids/obésité concomitants à
la présence d’anémie, de carence en fer et de faibles réserves hépatiques en vitamine A. La
mesure de la composition corporelle (masse maigre et masse grasse) par dilution isotopique
au deutérium a montré une association positive et significative entre le statut nutritionnel de la

143
mère et celui de l’enfant. Dans ces communautés rurales de Kaffrine, les facteurs
socioculturels, en particuliers ceux liés aux décideurs des familles constituent les principaux
déterminants liés aux mauvais pratiques d’allaitement et d’alimentation complémentaire
caractérisées par une faible consommation d’aliments d’origine animale et de fruits et
légumes. L’impact du projet sur l’alimentation, la santé et l’état nutritionnel des couples
mère-enfant a été évalué entre Sagna et Kathiotte à 12, 18, et 23 mois après la mise en place
du projet ASN. Après 12 et 18 mois, la mise en place de l’ASN a eu un impact positif sur la
consommation des groupes d’aliments produits dans la ferme et donc une amélioration du
score et de la diversité alimentaire des mères et des enfants. Après 23 mois d’intervention, les
résultats montrent un impact positif sur l’amélioration du score et de la diversité alimentaire
des mères et des enfants. L’ASN a également eu un impact significatif sur la composition
corporelle des enfants (augmentation de la masse maigre) à 23 mois. Par contre, aucun impact
n’a été décelé sur l’émaciation et le retard de croissance bien que la prévalence du retard de
croissance soit plus élevée dans le village témoin que dans le village d’intervention.
Concernant la santé, les résultats de l’étude montrent une morbidité persistance chez les mères
et leurs enfants de 6 à 23 mois et un sevrage précoce des enfants. L’ensemble de ces résultats
suggèrent que des efforts supplémentaires devraient être déployés pour le contrôle et la
prévention des maladies mais aussi la promotion des bonnes pratiques d’hygiène et
d’assainissement. Ils suggèrent également une intervention d’ASN plus précoce et de plus
longue durée, avec une production animale relativement importante pour mieux diversifier
l’alimentation.

18. RECOMMANDATIONS ET PERSPECTIVES

A la lumière des résultats de ce travail, en vue d’améliorer la situation nutritionnelle des


populations, il serait souhaitable de mettre en œuvre les recommandations suivantes :

v A l’Agence Nationale d’Insertion et de Développement Agricole (ANIDA)


ü Introduire la culture de la patate douce à chair orangée dans les fermes villageoises
pour promouvoir sa consommation à l’échelle nationale,
ü Intégrer la production d’œufs, de lait, de poisson et de viande dans les fermes
villageoises pour améliorer la consommation d’aliments d’origine animale, en
particulier chez les femmes en âge de procréer et les jeunes enfants.

144
v A la Cellule de Lutte contre la Malnutrition (CLM)/Ministère de la Santé
ü Renforcer les séances d’éducations nutritionnelles pour améliorer les connaissances et
les pratiques appropriées en matière de nutrition et santé,
ü Renforcer les stratégies de communication sur les bonnes pratiques d’allaitement telles
que l’initiation précoce à l’allaitement maternel, l’allaitement maternel exclusif
jusqu’à 6 mois et la poursuite de l’allaitement maternel jusqu’à 24 mois ou au-delà,
ü Intégrer les catégories décisionnelles des familles (maris, belles-mères, personnes
âgées) dans les stratégies de communication pour le changement de comportement,
ü Promouvoir la consommation d’aliments riches nutriments, en particulier la patate
douce à chair orangée, le Moringa oleifera et les aliments d’origine animale auprès
des femmes en âge de procréer et des enfants âgés de 6 à 23 mois,
ü Améliorer la couverture de la supplémentation en vitamine A chez les enfants de 6-23
mois
ü Renforcer la promotion de la planification familiale/santé reproductive pour assurer
l’espacement des naissances.

v Perspectives de recherches
ü Intervenir plus tôt dans la fenêtre des 1 000 jours (pendant la grossesse),
ü Prendre en compte les causes sous-jacentes de la malnutrition telles que les bonnes
pratiques d’hygiène et d’assainissement et l’autonomisation des femmes,
ü Considérer la production d’aliments d’origine animale dans les projets d’ASN pour
améliorer la diversité alimentaire,
ü Évaluer l’impact de l’ASN sur les indicateurs anthropométriques en utilisant une taille
échantillon plus large et un temps de suivi plus long.

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172
ANNEXES

173
PUBLICATIONS ISSUES DE LA THESE

174
COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES

175
CURRICULUM VITAE

176

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