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Rimbaud et le Memento Mori dans "Le Buffet"

Le XIXème siècle est une période de bouleversements politiques, sociaux et littéraires, illustrée par des auteurs comme Arthur Rimbaud qui cherche à renouveler la poésie. Dans son poème 'Le buffet', Rimbaud personnalise cet objet pour évoquer le passage du temps et le concept de 'memento mori', tout en faisant référence au Spleen de Baudelaire. Le poème se divise en trois mouvements, mettant en avant la mélancolie, la nostalgie et la volatilité du temps à travers des descriptions sensorielles et une structure poétique traditionnelle.

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Rimbaud et le Memento Mori dans "Le Buffet"

Le XIXème siècle est une période de bouleversements politiques, sociaux et littéraires, illustrée par des auteurs comme Arthur Rimbaud qui cherche à renouveler la poésie. Dans son poème 'Le buffet', Rimbaud personnalise cet objet pour évoquer le passage du temps et le concept de 'memento mori', tout en faisant référence au Spleen de Baudelaire. Le poème se divise en trois mouvements, mettant en avant la mélancolie, la nostalgie et la volatilité du temps à travers des descriptions sensorielles et une structure poétique traditionnelle.

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Le XIXème siècle est marqué par divers bouleversements tant politiques que sociaux,

économiques et technologiques. En effet, le monde est dans un contexte politique instable, de


nouvelles classes sociales émergent, comme la bourgeoisie d’argent ou encore la classe ouvrière. En
écho à ces changements, divers auteurs, tant en poésie que dans les romans, cherchent à renouveler
les genres littéraires. C’est le cas d’Arthur Rimbaud connu pour ces poèmes/recueils de poèmes tels
que : Les Étrennes des Orphelins, Le Bateau ivre ou encore Les Cahiers de Douai. Dans ce dernier,
publié à titre posthume, Rimbaud, adolescent, y mélange les genres, s’inspire de grands auteurs
mais essaye de s’y émanciper. Il varie les niveaux de langue et registres de ses poèmes. Rimbaud
privilégie les formes fixes, c’est-à-dire des poèmes respectant une certaine structure. Il vivifie donc
l’ode, la balade et le sonnet. Dans ces derniers, l’on y trouve les ressorts favoris du poète : La
rencontre amoureuse et l’éveil des sens, la critique politique, sociale et religieuse ou encore la
liberté, les voyage, la mort et la nature. Nous allons ici nous pencher sur « Le buffet », poème où
Rimbaud personnalise cet objet en en faisant un témoin du temps qui passe.
Dans quelles mesures Rimbaud illustre-t-il le « memento mori » à travers la description d’un
buffet “tout en faisant clairement référence au Spleen de Baudelaire ? “
Nous pouvons scinder ce sonnet en 3 mouvements : 1 ermouvement (v.1à 4) Rimbaud met en
exergue le portrait du protagoniste, autrement dit du buffet, 2 nd mouvement (v.5à11) constitue un
réel appel aux sens ; 3èmemouvement (v.12à14) Rimbaud interpelle directement Le buffet.
Dans ce poème, Rimbaud esthétise un objet c’est-à-dire qu’il rend poétique le banal. Ce faisant, le
poète transcrit la volatilité du temps. C’est là que réside le « memento mori » pouvant être traduit au
français par « sache qu’un jour tu vas mourir ». Le poète endosse ici presque le rôle d’un peintre. Il
créer des vanités dans ce poème hypotypique. Cela annonce une certaine mélancolie et nostalgie
omniprésente dans ce poème, sachant d’autant plus que Rimbaud s’inspire ici du Spleen LXXVI
(j’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans) de Baudelaire sous la forme d’un sonnet plutôt
traditionnel.
Mouv1 (v.1à 4) : Rimbaud met en exergue le portrait du protagoniste, autrement dit, le buffet
Ø Tout d’abord, il convient d’analyser d’emblée le titre du poème. L’article défini « le »
qualifiant le buffet marque cette personnification du buffet. Rimbaud en fait un personnage à
part entière qui a une histoire propre à raconter.
Ø V.1 : Le présentatif « c’est » (dans la forme emphatique de la phrase), ainsi que le présent
d’énonciation, présent dans la quasi-intégralité du poème, annoncent par avance l’histoire du
buffet. Le poète nous invite à l’observer attentivement avec lui. Cependant, jusqu’à présent
par l’article indéfini « un » Rimbaud donne une impression de distance vis-à-vis du buffet.
C’est comme s’il y était confronté pour la première fois et que le meuble ne lui avait pas
encore confié ses secrets ou souvenirs.
Ø V.1 : L’adjectif « large » utilisé par Rimbaud émet une référence directe au Spleen de
Baudelaire où il utilise ce même terme.
Ø V.1 : Les adjectifs qualifiant le meuble sont plutôt mélioratifs cf. « sculpté », c’est un meuble
qui présente certaines qualités et qui est travaillé. Rimbaud rend ainsi poétique le banal. Le
meuble sculpté, de manière symbolique traduit le travail poétique. De plus, cela est accentué
par le matériel dans lequel a été construit ce meuble, le chêne, un bois considéré comme
noble et synonyme de sagesse et de longévité. Le meuble appartient donc à une famille
probablement aisée, serait-ce celle du poète ?
Ø V.1-2 : ici le contre-rejet « chêne sombre, très vieux » a pour but accentuer l’adverbe
d’intensité « très » qualifiant l’adjectif « vieux » afin d’illustrer cette notion de temps qui file
et ainsi de transcrire ce « memento mori ». De plus, cela est accentué par le fait que dans ce
poème les assonances nasales en [en] et les allitérations en [t] soient omniprésentes formant
ainsi le mot temps memento mori.
Ø V. 2 : l’adverbe d’intensité « si » a pour but de marquer d’autant plus la personnification du
meuble par Rimbaud. Le banal est poétisé.
Ø V.3 : À présent, le meuble n’est plus un buffet parmi tant d’autres mais bien « Le buffet ».
L’article défini « le » démontre une certaine familiarité avec ce buffet.
Ø V.4 : la comparaison présente ici, vise, encore une fois, à montrer une vision méliorative du
buffet ainsi qu’illustrer le memento mori. Le vin était symbole de noblesse depuis l’antiquité.
De plus, les grappes de raisin sont souvent retrouvées dans les vanités présentant ainsi la
volubilité du temps qui passe. De surcroît, l’adjectif verbal « engageant » pourrait renvoyer
au fait que le meuble exerce un attrait sur le poète, il attise sa curiosité pour mieux conter ses
souvenirs. Enfin, l’on peut constater des synesthésies « parfums engageants » figure du
symbolisme de Rimbaud.

Dans ce premier mouvement, Rimbaud présente le buffet de manière méliorative tout en


exposant un memento mori.
Mouv2 (v.5à11) : Un appel aux sens
Ø L’on peut conster que les rimes des 2 quatrains sont croisées. Rimbaud respecte les formes
du sonnet traditionnel.
Ø V.5 : Le groupe adverbial « Tout plein » ainsi que le nom « fouillis » font référence à une
façon de parler plutôt enfantine qui ferait écho au fait que Rimbaud illustre le temps qui
passe et les souvenirs du buffet (cf. enfance). De plus, le terme « fouillis » permet au poète
de faire une référence directe au Spleen de Baudelaire dans lequel est employé ce même
terme.
Ø V.5 « vielles vieilleries » : c’est ici une polyptote (deux mots de la même famille côte à côte)
visant à mettre en valeur cette transcription de la volatilité du temps. Cela participe à la
création de ce l’on peut à présent considérer comme un topos littéraire de la vieillesse.
Ø V.6-8 : On constate une anaphore des compléments du noms qui crée un rythme plutôt rapide
mais traduit aussi une idée d’encombrement dans ce qui est la « description de l’intérieur du
meuble (métaphore de la conscience, de l’intériorité du buffet ?). Ce rythme rapide pourrait
faire référence à cette volatilité décrite précédemment.
Ø V.6 : Rimbaud fait ici appel à l’odorat (un sens souvent plébiscité dans ce poème).
Ø V.7 « de femmes et d’enfants » : c’est ici un symbole de vie, de renouveau ce qui marque une
dissonance avec la description jusque là émise du meuble. Rimbaud crée une sensation de
cycle pour représenter le temps.
Ø V.7 « dentelles flétries » : ici l’adjectif « flétries » renvoie à quelque chose de tombant,
desséché. Cela
Ø V.8 « griffon » : la référence à cet animal mythologique participe à l’étoffement du topos de
la vieillesse.
Ø V. 9 : La préposition « là » vise à accentuer le rôle de relique familiale endossée par les
médaillons attestant de ce cycle de vie (cf. maternité). De plus, les allitérations en [m] donne
une impression que le poète est materné par ces souvenirs. Cela participe à la création d’une
sensation de nostalgie.
Ø V.9-10 : Les rimes aux hémistiches (qu’on appelle des vers léonins) présentes dans ces 2 vers
visent à implémenter du rythme au poème et, par la même occasion, accentuer cette notion de
temps qui passe.
Ø V.10 : Le contre-rejet « mèches de cheveux » met en relief la notion de cycle de vie
représentée par les adjectifs quasiment « antithétiques » qualifiant les cheveux « blancs » et «
blonds ».
Ø V.10 « les portraits » : Ce nom implémente dans le poème une sensation de moment figé
dans le temps, un instant où l’individu a été figé. Cela pourrait faire une référence directe aux
natures mortes au memento mori. Cette idée est accentuée par le groupe nominal « fleurs
sèches » qui fait écho aux « dentelles flétries » citées précédemment à vanités (cf. Théodore
de Banville, « La femme aux roses »).
Ø V.11 : L’on constate ici des synesthésies (appels aux sens) faisant référence aux vanités. Ici,
Rimbaud énonce l’impétuosité du temps.

Dans ce deuxième mouvement, l’appel aux sens (usage de synesthésies) met parfaitement en
exergue les souvenirs dont seul le buffet a les clefs. Le tout présente une touche de mélancolie
et de nostalgie (réf. au Spleen).

Mouv3 (v.12à14) : Rimbaud interpelle directement le buffet, conteur du temps passé


Ø V.12 « - » : Nous constatons ici le tiret du discours direct prouvant ainsi que Rimbaud
entame un dialogue avec le meuble. Il l’interpelle.
Ø V.12 :« Ô » est ici une marque de lyrisme. Rimbaud met l’accent ses sentiments, il exalte ces
derniers, tout en interpellant le buffet. De plus, le poète reprend ici cette même « apostrophe
» utilisée par Baudelaire dans Spleen.
Ø V.12 « vieux » : Rimbaud réintègre ce topos de la vieillesse pour accentuer la locution du «
memento mori ». De plus, cela est d’autant plus marqué car le poète use le nom « temps »
pour la première fois de manière explicite dans le poème. Ainsi, Rimbaud dessine et étoffe
cette idée de cycle au sein de son poème.
Ø V.12-14 : Rimbaud tutoie le buffet. Cela présenterait en opposition au premier quatrain où le
poète semble être confronté pour la première fois au meuble. À présent, il connait, il côtoie
ce buffet cela pourrait être synonyme de souvenirs partagés pendant l’enfance.
Ø V.13 : Ici, la polyptote « conter tes contes » fait écho à celle utilisée dans le vers 5. Cela, allié
au verbe « vouloir » au conditionnel présent, créer une impression d’époque révolue, de
dernière opportunité de partager ses connaissances. Rimbaud, à travers cela traduit la
volatilité du temps.
Ø V .13 : le verbe d’action « bruire » accentué par le contre-rejet « tu bruis quand s’ouvrent »
marque une dissonance avec le reste du poème. En effet, le sens appelé ici est l’ouïe bien que
jusqu’à là ce sont l’odorat et la vue qui étaient mis en exergue. Ces derniers se rapportent à
quelque chose de calme, de quasiment figé pouvant amener à comparer le poème à une sorte
de nature morte. Or, ici, l’ouïe vient rompre ce calme, brisant ainsi la parenthèse effectuée
Ø par le poète dans le temps. Ainsi, cette notion de fugacité du temps est illustrée.
Ø V. 14 : l’adverbe « lentement » vient appuyer ce qui est dit précédemment et marquer une
dissonance avec la volatilité du temps. Le lecteur a l’impression que ce cycle de vie jusque-là
décrit se ferme. Cela peut donc se rapporter au « memento mori », le meuble emporte avec lui
les souvenirs de l’homme, son passé.

En conclusion, Rimbaud présente, dans un premier temps, le buffet de manière méliorative tout en
exposant le memento mori. Dans un second temps, par un appel aux sens (usage de synesthésies) et
des sonorités il présente la volatilité du temps le tout, présentant une touche de mélancolie et de
nostalgie (ref. au spleen). Enfin, le cycle de vie du meuble se clos illustrant donc ce memento mori.
Nous pouvons nous demander si le memento mori est exposé de la même façon dans des peintures
de vanités plus particulièrement dans celles de Phillipe de champagne peinte au XVIIème siècle.

LXXVI - Spleen

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,


De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,


Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, section « Spleen et idéal », 1861.

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