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Cours D'educit

Ce document présente des notes de cours sur l'éducation à la citoyenneté pour les étudiants en sciences biomédicales, soulignant l'importance d'une éducation intégrale qui développe les capacités physiques, intellectuelles et morales des individus. Il aborde également les droits et devoirs au sein de la famille, considérée comme la base de la société, et insiste sur la nécessité d'une éducation qui favorise des comportements citoyens responsables et respectueux. Les objectifs du cours incluent le développement de valeurs fondamentales, la sensibilisation à l'environnement social et l'intégration des étudiants dans la vie politique et administrative du pays.

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Cours D'educit

Ce document présente des notes de cours sur l'éducation à la citoyenneté pour les étudiants en sciences biomédicales, soulignant l'importance d'une éducation intégrale qui développe les capacités physiques, intellectuelles et morales des individus. Il aborde également les droits et devoirs au sein de la famille, considérée comme la base de la société, et insiste sur la nécessité d'une éducation qui favorise des comportements citoyens responsables et respectueux. Les objectifs du cours incluent le développement de valeurs fondamentales, la sensibilisation à l'environnement social et l'intégration des étudiants dans la vie politique et administrative du pays.

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[1]

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE

B.P.1825
LUBUMBASHI

NOTES DE COURS D’EDUCATION A LA


CITOYENNETE
Destinées aux Etudiants de Premier Graduat en sciences biomédicales

Titulaire : Prof. Aimé KAKUDJI KYUNG

Collaborateur : P. Narcisse ILUNGA KABINDA DIKUBI

Année académique 2018-2019


[1]
[2]

0. INTRODUCTION GENERALE
0.1. Notion
« Eduquer c'est apprendre aux jeunes comment se comporter avec
harmonie parmi ses semblables, les hommes. C'est ainsi apprendre à
l'autre comment utiliser son intelligence pour vivre en homme qui juge
correctement, décide fermement et agit efficacement sur le plan
physique, moral et spirituel. Ainsi, le « mens sano in corpore sano » (un
esprit sain dans un corps sain) est le résultat équilibré de l'éducation »
(P. Martin EKWA) « L'éducation véritable doit avoir pour but la
formation intégrale de la personne humaine qui a en vue la fin dernière
de celle-ci en même temps que le bien commun de la société. Les
étudiants seront donc formés de telle façon qu'ils puissent développer
harmonieusement leurs dons physiques, moraux et intellectuels, qu'ils
acquièrent un sens plus parfait de la responsabilité et un juste usage de
la liberté, et qu'ils deviennent capables de participer activement à la vie
sociale ».
« Toute personne a droit à l'éducation » (Déclaration Universelle de
Droit de l'Homme de 1948, article 26 et 27 : article 26, §1). Et cette
éducation doit viser au plein épanouissement de la personne humaine et
au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés
fondamentales.
Toute personnes a le droit de prendre part librement à la vie culturelle
de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès
scientifique et aux bienfaits qu'il en résultent (art.27,§i)
Former signifie éduquer, instruire, soumettre à une discipline, voire
corriger (corriger physiquement). Ainsi donc, le disciple doit tout
apprendre de son maitre, afin de mieux exceller en tout, même si l'on
dit souvent que le disciple n'est pas plus grand que son maitre.
L'homme à former au Congo doit être un travailleur, compétent,
consciencieux, créatif, socialement ouvert, loyal.
L'invitation est lancée à tous les hommes et femmes de bonne volonté
à scruter les différents mécanismes pour que l'éducation dans notre
société africaine et congolaise en particulier soit intégrale, totale et
vitale afin de parvenir à former tout homme et tout l'homme, c'est -à-
dire l'homme total « en tant qu'être -corps, être -cœur et être -esprit ».
[3]

Par éducation, on entend généralement « l'action de développer les


facultés physiques, intellectuelles et morales d'un individu ou encore la
connaissance et la pratique des usages de la société, c'est -à-dire
l'acquisition de bonnes manières, d'un bon savoir vivre ».
Pour BIANGANY GOMANU TAMP' WO, l'éducation est à la fois une
science, un art et une culture. « Elle est une science en tant que la théorie
de mise en œuvre des moyens propres à former, à développer
physiquement, affectueusement, intellectuellement, socialement,
moralement un enfant, un adolescent, par l'exploitation, l'orientation et
la valorisation des ressources de son être.
Selon le cardinal Joseph- Albert MALULA, « elle est un art, par ce que
dans la question de l'éducation, il s'agit au préalable de la présence
sympathique de quelqu'un qui aide un autre, en l'occurrence l'enfant,
stimule et soutient son effort en guidant ses premiers pas dans la vie,
par l'acquisition des connaissances et des principes pour l'amener à
toujours se dépasser afin de mieux se préparer pour le combat de la vie
».
Ainsi, l'éducation est considérée par Jean Calvet, comme le travail sur
l'enfant pour le faire progresser vers la perfection de son espèce.
Goetz pour sa part insiste sur le but en indiquant que : « L'éducation a
comme but de mener chaque individu des connaissances communes et
des comportements communs qui sont indispensables à la cohérence du
groupe auquel il appartient, c'est-à-dire à la réalisation des fins
supérieures de l'homme, telles que le groupe les conçoit.
Quant à OSTERRIETH, « l'éducation apparait comme un processus aux
innombrables aspects par lequel les adultes d'une société donnée tentent
d'intégrer les jeunes, nouveaux venus, à cette société en leur proposant
et en leur imposant les modalités comportementales propres à celles -ci
».
C'est Paul DELANAYE qui définit l'éducation comme l'ensemble des
efforts, tant de la part du sujet que de la part des éducateurs, par lesquels
on aider et dirige la nature dans le développement de toutes ses facultés
physiques, intellectuelles, morales et religieuses ».
D'après le Petit Robert, « l'éducation est la mise en œuvre des moyens
propres à assurer la formation et le développement d'un être humain,
ces moyens eux-mêmes ».
L'éducation doit être orientée dans le sens de la responsabilité. Elle doit
former des esprits libres. L'éducation est l'art d'élever les enfants. Mais
[4]

l'éducation tend à faire des hommes complets, instruits, consciencieux,


utiles à la société. Elle vise à former des caractères trompés et des âmes
fortes par le développement de la personnalité de l'enfant.
La citoyenneté traduit un état d'esprit, une culture personnelle, un
ensemble d'attitudes positives, un ensemble de responsabilités dont
chaque citoyen doit prendre conscience afin de rayonner positivement
dans son pays, considéré comme sa nation.
La citoyenneté s'exprime ainsi au niveau de la pensée, de l'intention, de
la volonté, de la parole et des actions propres à la protection et la
promotion de ce qui constitue la propriété de son pays, à savoir les
habitants (ou autres citoyens), le patrimoine culturel, immobilier,
mobilier, minier, agricole, technologie, routier, etc. Faisant partie
intégrante de la culture d'un citoyen, la citoyenneté s'acquiert par une
éducation ou un enseignement devant être actualisé au niveau du vécu
quotidien, de la pratique quotidienne et au niveau du savoir- être et du
savoir- faire. C'est pourquoi l'éducation à la citoyenneté doit faire appel
à un processus d'intériorisation résultant de la compréhension et de
l'assomption des principaux devoirs et droits du citoyen, et de la
compréhension de la nature et des fonctions des finalités véritables des
dispositifs politiques, administratifs et juridiques de l'organisation du
pays. L'éducation à la citoyenneté fait partie des sciences sociales, son
enseignement dans les universités devrait viser à atteindre les objectifs
suivants :
0.2. Objectifs généraux
• Rendre l'étudiant attentif à son environnement social et institutionnel
;
• Développer les valeurs fondamentales et universelles tels le respect et
l'amour de l'autre, la tolérance et l'acceptation des différences, la culture
de la paix, la solidarité ;
• Cultiver chez l'étudiant le sentiment patriotique et le respect des
institutions
• Ouvrir l'esprit des jeunes pour leur permettre d'émettre des jugements
positifs et responsables face aux événements de la vie nationale et
internationale ;
• Favoriser l'éclosion d'un véritable comportement citoyen.
[5]

0.3. Objectifs particuliers


A la fin de ce cours l'étudiant doit être capable :
• de développer des attitudes positives au sein de sa famille, d'abord, et
dans son environnement social, ensuite ;
• de s'intégrer, grâce à l'assimilation des concepts de base mobilisés
dans le cadre du cours, aux rouages de la vie administrative,
institutionnelle et politique du pays ;
• de porter des jugements de valeur sur les événements de la vie
politique nationale et internationale ;
• d'intégrer et de partager les idéaux de coopération, de solidarité et de
paix ;
• de cultiver le sentiment du respect de l'autre, d'amour, de tolérance, de
paix et de solidarité ;
• de prendre conscience de l'important rôle que jouent les valeurs
éthiques dans la promotion d'une société de justice et de paix, etc.
[6]

CHAPITRE PREMIER : LA MORALE DOMESTIQUE


COMME FONDEMENT DE LA CITOYENNETE
La citoyenneté dans sa dimension familiale renvoie à la « morale domestique
», laquelle est constituée des droits et des devoirs spéciaux que les membres
d'une famille ont à exercer et à remplir les uns vis-à-vis des autres.
1.1. Nature de la famille
La famille est une sorte de société restreinte formée par le père, la mère et
les enfants. Son but est la propagation du genre humain, la bonne éducation
des enfants et l'assistance mutuelle. La famille est une structure
essentiellement naturelle qui répond à ce besoin si vif et si profond de notre
nature, de vivre et de se survire en autrui. Aussi, on la retrouve plus ou moins
bien organisée partout où il y a des hommes. La famille est instituée par le
mariage, c'est -à-dire par l'union volontaire et constante de l'homme et de la
femme en vue de la vie commune, pour s'assister mutuellement et élever les
enfants.
Les trois caractères essentiels du mariage sans lesquels il ne saurait atteindre
pleinement sa plénitude sont :
• la liberté, en ce sens que le mariage ne doit être ni imposé ni refusé par
aucune autorité humaine, mais doit résulter du libre consentement de ceux
qui s'y engagent. Aussi revêt-il nécessairement la forme d'un contrat.
• L'unité : le mariage doit en principe consister dans l'union d'un seul
homme et une seule femme. En effet le caractère propre de l'amour véritable
c'est d'être exclusif. D'où le grand débat autour de la polygamie.
• Une Certaine conception (chrétienne notamment) ajoute aussi
l'indissolubilité du mariage. Cette conception estime que le mariage ne peut
être rompu que par la mort de l'un des conjoints et cela dans l'intérêt des
enfants d’abord dans la mesure ou leur éducation exige sur le plan physique
et moral, des soins continus que l'union constante du père et la mère peut
seul rendre efficace. Mais c'est ensuite pour l'honneur et la dignité des
contractants. Car l'expérience prouve que l'oppression de la femme et la
dégradation de l'homme sont la conséquence naturelle de l'inconstance des
unions. C'est pourquoi on considère généralement le divorce comme une
immoralité.
[7]

1.2. Rôle social de la famille


La famille est la condition première de la société civile. Elle est en effet la
molécule organique du corps social. C’est elle qui lui assure sa perpétuité en
lui fournissant continuellement de nouvelles recrues.
La famille est aussi la grande école de toutes les vertus sociales : amour,
obéissance, fraternité, dévouement. Beaucoup de législations, dans tous les
pays du monde, reconnaissent que « nul n'est bon citoyen s'il n'est bon fils,
bon père, bon frère, bon ami, bon époux ». Et de fait, comment l'homme
pourrait-il aimer sa patrie comme une mère et ses concitoyens comme des
frères, s'il n'a tout d'abord ressenti la piété filiale et l'affection fraternelle ?
Et comment saurait-il se sacrifier pour son pays, s'il ne s'y est pas préparé
par les sacrifices quotidiens qu'exige la vie domestique ?
La famille est par ailleurs le principal aiguillon du travail et de l'épargne.
Elle influe grandement sur l'accroissement des richesses publiques et du
bien- être de la collectivité entière.
Enfin il faut retenir aussi que la famille donne lieu à des rapports multiples
entre les divers membres qui la composent. De là, les différents droits et
devoirs qui en résultent et dont l'ensemble constitue la morale domestique :
Droit et devoir des époux entre eux.
La pratique de la bigamie n'étant pas autorisée par notre Constitution, les
époux se doivent donc réciproquement fidélité, assistance et amour ; ils
doivent s'interdire tout ce qui serait contraire aux fins du mariage et à leurs
engagements réciproques. Le mari doit plus spécialement à sa femme appui
et protection physique et morale. C'est à lui surtout qu'il incombe de
pourvoir, par son travail, à la substance et à la sécurité de la maisonnée. Le
rôle de la femme se concentre surtout à l'intérieur de celle-ci. C'est sur elle
que repose le soin d'élever les enfants dans leur bas âge et de faire régner
l'ordre dans la maison. C'est en ce sens que l'adage « éduquer une femme
c'est éduquer toute une nation » vaut tout son pesant d'or ».
Droit et devoir des parents envers leurs enfants.
L'enfant n'est pas « la chose du père », comme on le croyait à Rome à un
moment donné de l'histoire. Celui- ci n a donc pas le droit de le vendre, de
le maltraiter ni d'en disposer comme de sa propriété. Il n'a pas sur lui le droit
de vie et de mort. Les parents ont vis-vis de leurs enfants des devoirs stricts
résultant du fait même de la paternité. Ces devoir se réduisent à les élever,
c'est-à-dire à en faire des hommes au sens complet du mot. Une fois qu'on a
un enfant, on n'a pas le droit de l'abandonner volontairement à la misère, à
la mort ou au vice. On est tenu d'achever son œuvre, en l'amenant
progressivement, par l'éducation, au bon usage de ses facultés, afin de le
mettre en état d'accomplir sa destinée.
[8]

Droit et devoir des enfants envers leurs parents. Les devoirs des parents
d'élever leurs enfants impliquent leurs droits. Ces droits leurs sont conférés
par la loi naturelle qui constitue ce qu'on appelle l'autorité parentale. Ainsi,
au droit de commander, qui constitue l'autorité parentale, répond dans
l'enfant le devoir d'obéir. Parmi les devoirs de l'enfant envers ses parents se
trouvent donc l'obéissance, le respect ainsi qu'une profonde et sincère
affection envers ceux qui l'entourent de tant d’amour et de sollicitude. Un
autre type des devoir des enfants envers les parents consiste à les aider, les
assister selon les moyens disponibles, quand l'Âge, le malheur ou les
infirmités les ont mis dans l'incapacité de se suffire.
Droit et devoir des enfants envers eux-mêmes. Les enfants d'une même
famille se doivent assistance réciproque. Ce sont plus particulièrement les
aînés qui sont obligés vis-à-vis des plus jeunes qu'ils doivent protéger et
aider de leurs conseils et de leurs exemples. C'est à eux également
qu'incombe la tâche de suppléer les parents absents ou décédés, car ils se
trouvent revêtus, par les circonstances, d'une sorte d'autorité que les plus
jeunes sont tenus de respecter. Par ailleurs, il faut considérer que l'amitié
fraternelle est, comme les autres sentiments qui nourrissent l'amour de la
famille, un sentiment naturel, fortifié par l'habitude, le souvenir des services
reçus ou rendus et par le respect du nom et les traditions de l'honneur
domestique.
Droit et devoir réciproques des maîtres et des serviteurs. Le serviteur fait,
jusqu'à un certain point, partie de la famille qu'il sert et de la maison qu'il
habite. C’est donc ici le lieu de dire un mot de ses droits et de ses devoirs
vis-à-vis de ses maîtres. Le serviteur est sans doute un inférieur. Mais
l'inégalité des conditions sociales laisse subsister l'égalité des personnes, et,
son maître a envers lui des devoirs rigoureux : de justice (en ne lui imposant
pas un travail au-delà de ses forces et en veillant paternellement à ses intérêts
moraux et matériels. De son côté, le serviteur doit à son maître : la fidélité
aux engagements pris, par exact accomplissement de ses fonctions ; le
dévouement qui prend à cœur les intérêts de ceux qu'il sert ; la discrétion
enfin, car ce serait de sa part un véritable abus de confiance de dévoiler au
dehors les secrets de la famille au sein de laquelle il vit.
[9]

CHAPITRE DEUXIEME LA CITOYENNETE :


ORIGINE ET EVOLUTION DU CONCEPT
2.1. Origine du concept
D'origine latine, le terme « Citoyen » procède de trois concepts : Civis qui
signifie citoyen, habitant de la cité ; Civicus (adjectif) qui signifie ce qui est
spécifique au citoyen en tant qu'individu et Civitas (civitatis) qui renvoie à
la cité en tant agglomération urbaine ou étatique dont la dimension et
l'organisation socio- économique varient d'une contrée à l'autre1.
De manière générale, la citoyenneté est le fait pour une personne, pour une
famille ou pour un groupe, d'être reconnu comme membre d'une cité ou d'un
Etat, nourrissant un projet commun auquel ils souhaitent prendre une part
active. De ce point de vue, la citoyenneté comporte des droits civils et
politiques ainsi que des devoirs civiques définissant le rôle du citoyen dans
la cité et face aux institutions.
La citoyenneté est aussi envisagée comme une composante du lien social.
C'est en particulier l'égalité de droits associée à la citoyenneté qui fonde le
lien social dans la société démocratique moderne (cf. à ce sujet Jean-Jacques
Rousseau, 2001. Du contrat social. Paris : Flammarion (préface de Bruno
Bernardi).
Mais qu'est-ce qu'un citoyen ? On peut dire de manière générale qu'un
citoyen est une personne qui relève de l'autorité et de la protection d'un État
et par la suite jouit de droits politiques et a des devoirs envers cet État.
Chaque citoyen exerce à sa façon la citoyenneté telle qu'elle est établie par
les lois et intégrée dans l'ensemble des mœurs de la société à laquelle il
appartient.
De nos jours, la citoyenneté est intimement liée à la démocratie et en
démocratie, chaque citoyen est détenteur d'une partie de la souveraineté
politique.
Le citoyen moderne est le sujet de droits et de devoirs : droits de l'homme -
droits civils - droits politiques -droits sociaux. Les devoirs sont accomplis
par les citoyens pour le bien de la collectivité (impôts, service militaire, etc.)
et définis par les lois des pays dans lesquels ils vivent. La communauté des
citoyens forme la nation.
D'après J.-J. Rousseau cité supra, « le citoyen est un être éminemment
politique (...) qui exprime non pas son intérêt individuel mais l'intérêt
général. Cet intérêt général ne se résume pas à la somme des volontés
particulière mais la dépasse ».
[10]

La notion de citoyenneté peut se décliner sous trois aspects :


• la citoyenneté civile, correspondant aux libertés fondamentales (liberté
d'expression, égalité devant la justice, droit de propriété) ;
• la citoyenneté politique fondée sur la participation politique (le droit de
vote, le droit d'éligibilité, le droit d'accéder à certaines fonctions publiques,
le droit d'être protégé par cet État à l'étranger) ;
• la citoyenneté sociale résultant de la création de droits socio-économiques
(droit à la santé, droit à la protection contre le chômage, droits syndicaux,
etc.).
La citoyenneté prend des couleurs différentes en fonction des cités (Etat) où
elle s'exerce. Aussi, avant d'arriver à la citoyenneté telle qu'elle est définie
par la Loi congolaise, il est important de faire un survol sur les différentes
conceptions de la citoyenneté à travers le temps, dans différents contextes
du monde.
2.2. La citoyenneté à travers les âges et les régions du monde
2.2.1. Citoyenneté dans l'Égypte antique
La citoyenneté est une notion grecque de l'organisation sociale de la cité qui
cadre mal avec la conception des Égyptiens de leur place dans l'univers. On
pourrait éventuellement analyser l'évolution de cette conception lors des
derniers temps de l'Egypte antique spécialement sous les Ptoléméens ou sous
la domination romaine bien qu'il s'agisse là d'une notion importée et donc
étrangère à l'esprit des natifs du pays des pharaons.
Sous les Lagides, avec la création de grandes cités telles Alexandrie ou
Ptolémaïs, la notion de citoyenneté était réservée à l'élite macédonienne,
puis avec le temps, elle s'est 'élargie aux habitants de ces cités bien que les
Égyptiens du quartier de Rakhotis dans l'Alexandrie antique n'eurent jamais
vraiment accès à ce statut, et la ville était constituée de quartiers bien
délimités qui souvent entrèrent en conflit, démontrant ainsi l'aspect quelque
peu relatif de la citoyenneté antique.
En remontant dans le temps on peut citer la création de Naucratis sous les
pharaons de la XXVIe dynastie dont le destin était de rassembler les
différentes communautés grecques dans une cité-comptoir afin de mieux
contrôler le commerce, cité qui était régie par des lois que 1 administration
égyptienne promulgua spécifiquement pour ses habitants. Là encore on peut
facilement se rendre compte qu'il s'agit davantage d'une nécessité de
différenciation des peuples liée à une xénophobie qui s'était développée sur
les rives du Nil avec les récentes invasions qu'eut à subir le pays pendant la
Basse Époque.
[11]

Ce repli communautaire en réaction aux aspects les plus délétères du contact


avec leurs voisins et concurrents ne peut donc être considéré comme le reflet
d'un esprit d'appartenance citoyenne mais bien comme celui d'une société
qui face aux changements inéluctables de son environnement, changements
qu'elle ne peut plus maîtriser, ne peut faire d'autres choix que de se recentrer
sur ses spécificités culturelles et sociales dans un état d'esprit quelque peu
conservateur.
2.2.2. La citoyenneté dans le Grèce antique
La Grèce antique est à l'origine de la citoyenneté moderne grâce à l'invention
de la cité grecque ou « polis ». C'est ce qui a fait dire au professeur
Kamwiziku (cf. supra) que antiquité grecque ne nous a pas légué seulement
des philosophies profondes comme celle de Socrate, Platon ou Aristote,
mais elle nous a aussi laissé la tradition des Cités-Etats à l'instar de Sparte et
Athènes.
La politique alors se développe comme domaine autonome de la vie
collective. La polis est fondée sur l'égalité de tous les citoyens masculins,
mais tout le monde ne peut devenir citoyen, la cité est fermée ethniquement.
Dans les cités-États grecques, les citoyens étaient ceux qui participaient aux
décisions de la cité (lois, guerres, justice, administration), aux débats à
l'agora et étaient les seuls à pouvoir posséder la terre par opposition aux
métèques2 et aux esclaves (les métèques et les esclaves étant des catégories
qui n'existaient qu'à Athènes). C'étaient donc des gens nobles ayant tous les
droits. Ces citoyens devaient toutefois respecter certains critères, comme
être de sexe masculin, avoir plus de dix- huit ans, être libre, être né de père
citoyen et aussi, sous Périclès, à partir de - 451, être de mère fille de citoyen.
Ils étaient également dans l'obligation de faire leur service militaire
(l'éphébie), après quoi ils devenaient citoyens.
Si les esclaves n'avaient aucun droit dans la Grèce antique et étaient traités
comme des « choses », les Métèques1 (étrangers) avaient des droits limités
aux droits de l'Homme. Ils n'avaient donc pas un droit civique pouvant leur
permettre d'accéder aux privilèges des nobles.
On peut tirer quelques leçons de l'expérience grecque de la citoyenneté.
D'abord, la notion de la citoyenneté véhicule des droits et des devoirs
déterminés. Ces droits sont de deux ordres : les droits de l'Homme (droits à
la vie) et les droits civiques qui donnent la possibilité d'élire ses
représentants ou de se faire élire soi-même.
Ainsi, on l'a dit ci-haut, la notion de citoyenneté est liée à une certaine liberté
d'opinion (démocratie). Ensuite, la notion de citoyenneté insiste sur les

1
Dans la Grèce antique, le terme de métèque désigne l'étranger domicilié dans une cité autre que celle dont il est
originaire.
[12]

clivages sociaux. Ainsi, par exemple, dans sa philosophie sociale, Platon


(Vers 427- vers 346 Avant J.-C)) divise les citoyens en trois classes : les
agriculteurs et artisans (hommes sans droits politiques) ; les guerriers
(hommes sans droits politiques non plus et vivant de leurs soldes et les chefs
ou archontes, autrement les sages, constitués des hommes qui gouvernent la
cité et qui ont un pouvoir absolu. En Grèce antique, seuls les sages
gouvernent la cité.
La démocratie est alors directe, la hiérarchie entre les hommes est abolie
(entre les citoyens seulement et uniquement sur le plan politique - il n'y a
pas d'égalité sociale, économique...) ; l'activité politique reste réservée aux
membres les plus favorisés de la cité.
2.2.3. La citoyenneté romaine
Dans la Rome antique la citoyenneté offre des droits étendus et
fondamentaux. L'ensemble de ces droits forme le droit de cité romaine (jus
civitas ou civîtas). Le droit de cité, c'est-à-dire la reconnaissance de la
citoyenneté, est, pour l'origine, réservée aux hommes libres, inscrits dans les
tribus de la ville de Rome et de son territoire limitrophe. En -89 il est étendu
à tous les hommes libres d'Italie. Trois siècles après, en 212, il est accordé à
tous les hommes libres de l'Empire. L'extension de la citoyenneté fut un
puissant vecteur d'attraction de la Rome antique.
La citoyenneté romaine s'acquiert par la naissance si l'on est enfant d'un
citoyen romain ou d'un affranchi romain. L'affranchi acquiert une
citoyenneté incomplète, il reste marqué par la macule servile : après Auguste
il ne peut prétendre aux honneurs municipaux. Un affranchi est inscrit dans
une des tribus urbaines pour éviter qu'un ambitieux se constitue par
affranchissement une masse de nouveaux électeurs dans sa propre tribu.
La citoyenneté peut s'acquérir par naturalisation d'un homme libre, on parle
alors de concession viritane (viritim), c'est-à-dire à titre personnel. Dans ce
dernier cas, le nouveau citoyen prend le nom de famille du magistrat qui l'a
fait citoyen et est inscrit dans sa tribu. La naturalisation d'un homme libre
s'explique souvent par des liens de patronage (voir client). Après Auguste
seul l'empereur peut accorder ainsi la citoyenneté à titre individuel. Cette
décision se fait souvent à la suite d'une recommandation faite par un patron.
Le nouveau citoyen prend le nom de famille (gentilice) de l'empereur : Iulius
ou Claudius sous les Julio-claudiens, Flavius sous les Flaviens, Ulpius,
Aelius ou Aurelius sous les Antonins, Septimius ou Aurelius sous les
Sévères. La Tabula Banasitana témoigne de cette procédure pendant
l'époque de Marc Aurèle. Elle montre que la concession de la citoyenneté
était toujours fortement contrôlée par les empereurs.
[13]

Toutefois, la citoyenneté est accordée de plus en plus largement, surtout sous


l'Empire, sans critère d'origine, de naissance ou de religion. Rome se montre
ainsi beaucoup plus accueillante que les cités grecques. On trouve par
exemple et malgré d'importantes différences culturelles, des juifs citoyens
romains, tels Flavius Josephe ou Cn. Pompeius Paullus (Paul de Tarse).
Dans les Actes des Apôtres, Paul déclare sa citoyenneté romaine après avoir
été battu sans jugement (cf. actes 16, 37), ce qui effraie les stratèges de la
ville de Philippes.
Pour plus de détails sur l'expérience de la citoyenneté romaine cf. Pierre
Miquel (éd.), 1978. Au temps des légionnaires romains, collection La Vie
privée des Hommes, Paris : Hachette ; Antoine Pérez, 2002. La société
romaine : Des origines à la fin du Haut-Empire. Paris : Ellipses ; William
Seston & Maurice Euzennat, 1961. « La citoyenneté romaine au temps de
Marc Aurèle et de Commode, d'après la Tabula Banasitana », CRAI, 105-2,
p. 317-324.
2.2.4. L'expérience française
Elle est fortement marquée par la Révolution française. Il s'agit de la période
de l'histoire de France comprise entre l'ouverture des États généraux en 1789
et, le coup d'État du 18 brumaire (9-10 novembre 1799) de Napoléon
Bonaparte. Il s'agit d'un moment crucial de l'histoire de France, puisqu'elle
marque la fin de l'Ancien Régime, avec le passage à une Monarchie
constitutionnelle, puis à la Première République. Elle a mis fin à la royauté,
à la société d'ordres et aux privilèges. Elle nous a légué la Déclaration des
droits de l'homme et du citoyen, qui proclame l'égalité des citoyens devant
la loi, les libertés fondamentales et la souveraineté de la Nation, apte à se
gouverner au travers de représentants élus. Plusieurs centaines de milliers de
personnes trouvèrent la mort durant cette Révolution, notamment pendant la
Terreur (16 594 personnes guillotinées).
Au début de la Révolution, l'exercice de la citoyenneté est restreint à
certaines catégories sociales (suffrage censitaire, 1791). C'est au cours des
périodes qui ont suivi que fut mis en œuvre davantage d'universalité. Ainsi,
par exemple, l'art. 4 de la Constitution du 24 juin 1793, jamais appliquée
accordait la citoyenneté "à tout étranger âgé de 21 ans accomplis qui,
domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une
propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un
vieillard ; tout étranger enfin qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien
mérité de l'humanité".
Ce n'est pourtant qu'en 1848 que le suffrage universel comme droit de vote
est accordé à tous les citoyens majeurs masculins. Quant aux femmes, le
droit de vote ne leur est reconnu qu'en 1944, par une ordonnance du 21 avril.
[14]

En 1974, la majorité électorale est abaissée de 21 à 18 ans. Un débat demeure


pourtant aujourd'hui sur le droit de vote des étrangers. Mais depuis le traité
de Maastricht (1992), les étrangers ressortissants d'un État membre de
l'Union européenne peuvent se présenter et voter aux élections municipales.
2.2.5. La citoyenneté britannique
En Grande Bretagne, le principe même du suffrage universel n'y est acquis
qu'en 1918. Le suffrage masculin est alors étendu et le droit de vote est
accordé aux femmes, mais avec une restriction d'âge plus importante (être
âgée de 30 ans) par rapport aux hommes (21 ans). L'alignement n'a été
réalisé qu'en 1928. En 1969, la majorité électorale est abaissée à 18 ans.
2.2.6. La citoyenneté allemande
La constitution de l'Empire allemand, fondé en 1871, établit que les députés
du Reichstag seront élus au suffrage universel masculin. En revanche, les
élections en Prusse même se déroulent jusqu'en 1918 selon le système
inégalitaire des " trois classes ", qui avantageait les possédants (,Junker). En
1919, la Constitution de la République de Weimar instaurait le suffrage
universel, y compris pour les femmes, la majorité électorale étant fixée à 20
ans. Ce droit au suffrage a été rétabli après la chute du régime nazi. C'est en
1972 que la République fédérale d'Allemagne (RFA) abaisse 1’âge électoral
de 21 à 18 ans. L'Allemagne est bien évidemment engagée par le traité de
Maastricht et les étrangers communautaires y résidant peuvent donc
participer aux élections municipales. Par ailleurs, sont également considérés
comme citoyens, en vertu du droit du sang, les membres des minorités
d'origine allemande qui se sont retrouvés, en raison des variations de
frontières à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans des États étrangers.
Dès que ces personnes reviennent sur le sol allemand, ils retrouvent " leur
qualité de citoyens. C'était bien évidemment le cas des Allemands de l'Est
qui, avant la réunification de 1990, s'étaient réfugiés en RFA ; c'est le cas
également des Allemands des Suède.
2.2.7. En Italie
En Italie, c'est en 1919 que la loi impose le principe du suffrage universel
masculin. Les femmes ne se verront reconnaître le droit de vote qu'en 1945*
L'âge de la majorité électorale est abaissé par une loi de 1975 à 18 ans. Les
étrangers, à l'exception des ressortissants de l'Union européenne, ne
disposent pas du droit de vote. Il ne demeure qu'une seule grande originalité
en Italie : pour l'élection des sénateurs, il faut être âgé de 25 ans pour voter,
au lieu de 18 normalement.
2.2.8. Aux USA
Aux USA, si le principe du suffrage universel remonte à la fin du XVIIIe
siècle, les obstacles à sa mise en œuvre ont été divers dans le cadre d'une
[15]

structure fédérale. Ainsi, très rapidement, les États ont mis en place des
barrières à l'accès au vote, que ce soit au Nord et à l'Est pour se prémunir
contre les immigrants récents (par exemple Irlandais), soit au Sud pour
exclure les populations noires de ce droit. Ces barrières consistaient en des
conditions, variables selon les États, posées à l'exercice du droit de vote :
durée de résidence minimale (de six mois à deux ans), test d'alphabétisation
(literacy test), voire examen portant sur la connaissance de la constitution.
Ces pratiques disparaissent au Nord, mais se maintiennent au Sud. Ce n'est
qu'avec la loi sur les droits civiques (Civil rights act) de 1964 que les
populations noires jouissent pleinement du droit de vote, l'État fédéral ayant
désormais les moyens de s'opposer aux pratiques inconstitutionnelles au
niveau des États. Le 26e amendement à la Constitution (1971) abaisse à 18
ans l'âge de la majorité. Aux États-Unis, les étrangers ne disposent pas du
droit de vote. Cet état de fait est en quelque sorte compensé par une politique
de naturalisation qui est un Procédé par lequel un individu acquiert une
nationalité autre que sa nationalité d'origine. Relativement ouverte,
l'acquisition de la nationalité donne à un individu la qualité de citoyen d'un
Etat entraînant ipso facto la qualité de citoyen. Les études sociologiques
montrent d'ailleurs que, dès la deuxième génération, les descendants
d'immigrants participent au processus électoral dans des proportions
comparables aux Américains "d'origine" (c'est-à-dire faibles, du fait du
niveau de l'abstention (non-participation à un scrutin électorale). Pour plus
des détails sur la citoyenneté américaine, cf. Bessogne Magali, 2005. "La
construction de la citoyenneté américaine : une question de droits ou une
question de races ? = Construction of the American citizenship: A question
of rights or of race", pp. 121134: Revue Internationale des Sciences sociales,
183 (5-6); Pierre Joseph Ulysse, 2000. "(Re) poser la citoyenneté américaine
de manière sociologique", 14-22 : Le Cahier du Gres 1 (1).
Après ce survol sur les différentes modalités autour desquelles se déclinent
les différentes définitions de la citoyenneté dans différents pays du monde,
on peut retenir en résumé que la citoyenneté désigne au moins 1/ un statut
juridique : par opposition au simple résident, le citoyen est porteur de
certaines devoirs et responsabilités, 2/ un certain nombre de pratiques : est
citoyen celui qui participe à la vie des institutions politiques et au
fonctionnement du bien commun. Dans ce contexte, l'éducation à la
citoyenneté vise l'amélioration de la personnalité et la formation du
caractère. Elle se fonde sur des valeurs simples : respect, tolérance, liberté
de pensée et responsabilité. Le premier respect est celui que l'on se doit.
L'homme a conscience de la limite de sa vie et entraîne naturellement le
respect de la dignité humaine. Le second respect est celui que l'on doit aux
[16]

autres afin d'exclure toute discrimination (croyances, race, sexe, âge, etc.) ;
3/ une forme de tolérance en tant qu'attitude où des différences coexistent
sans se détruire mutuellement.
[17]

HYMNE NATIONAL DE LA REPUBLIQUE


DEMOCRATIQUE DU CONGO :
Le Debout Congolais
Debout Congolais
Unis par le sort
Unis dans l'effort pour l'indépendance
Dressons nos fronts
Longtemps courbés
Et pour de bon
Prenons le plus bel élan
Dans la paix
O peuple ardent
Par le labeur
Nous bâtirons un pays plus beau qu'avant
Dans la paix
Citoyens, entonnez,
L'hymne sacré de votre solidarité
Fièrement, saluez
L'emblème d'or de notre souveraineté Congo,
Don béni, Congo,
Des aïeux, Congo
Ô pays, Congo
Bien aimé, Congo
Nous peuplerons ton sol et nous assurerons ta grandeur
Trente juin ô doux soleil
Trente juin du trente juin
Jour sacré soit le témoin
Jour sacré soit l'immortel
Serment de liberté
Que nous léguons à notre postérité,
Pour toujours !
[18]

L'HYMNE AUX KASAPARDS


(La Kasaparde)
Hauts sont les Kasapards
Organisés et solidaire (bis)
Pousses vertes de la vie
Image d'un idéal sain.
Hauts sont les Kasapards
Vivants dans leur terre nourricière
Berceau de la science
Mais aussi de la conscience.
Avançons tête haute vers les cimes
Entre les mains de nos guides.
Et bâtissons la nation (le Congo) (bis)
Pour redorer à jamais le blason de notre « Aima Mater »
Kasapard haut ! Haut ! Haut !
Kasapard haut ! Haut ! Haut !

Cet hymne est exécuté afin de manifester la solidarité et le


patriotisme comme des sentiments et des attitudes propres à nos
étudiants où qu'ils se trouvent.
[19]

CHAPITRE TROISIEME EXPRESSIONS MAJEURES


DU CIVISME
3.0. Introduction
Le Civisme se manifeste, concrètement, en tant qu'amour du citoyen
envers sa patrie, au moyen d'un ensemble de sentiments, d'attitudes et d'actes
spécifiques. Cependant, on peut dire que les multiples manifestations du
civisme se regroupent autour de deux formes générales de comportements
civiques. Il s'agit de la participation politique et du nationalisme (le
patriotisme étant compris comme du nationalisme dans le cadre fluent de la
patrie).
Le nationalisme est en fait l'une des expressions éminentes de la
participation politique du citoyen. Il est donc inconvenant de les séparer.
Néanmoins, nous croyons analytiquement fonder de dire d'abord la nature,
les modalités et les buts de la participation politique avant d'étudier, plus
loin, le nationalisme comme une de ses expressions majeures.
L'objectif du présent chapitre est d'identifier et d'examiner les
expressions essentielles du civisme au sein d'une communauté nationale,
expressions quel citoyen est appelé à assumer et à reproduire dans son
comportement de tous les jours.
3.1. LA PARTICIPATION POLITIQUE
Par participation politique, nous voulons signifier l'acte par lequel le
citoyen assume et tente d'influencer, directement ou indirectement, le cours
des affaires publiques dans sa société. La participation politique suppose une
décision consciente et libre, de la part du citoyen, de s'occuper de ce qui est
censé orienter la vie de tous dans la cité.
Deux questions essentielles sont examinées ici : est-il important de
participer à la politique ? Et si cela est justifié, de quelle manière cette
participation aux affaires publiques de la nation doit-elle se réaliser pour
qu'elle soit correcte, utile et efficace ?
3.1.1. La nécessité de la participation politique
L'homme est un animal politique, disait Aristote. En tant qu'il est un
élément constitutif de la société (toujours organisée politiquement, par la
distribution des pouvoirs et des devoirs entre différents membres de la
société), l'homme ne peut pas échapper à la vie politique. Il se trouve
concerné, totalement, sans possibilité d'évasion : simplement parce que,
ainsi que le dit l'adage courant, la politique est une affaire de tout le monde
et les affaires de tout le monde constituent l'objet de la politique. Robert Dahl
(1970:1) note que la politique est l'un des faits inévitables de l'existence
[20]

humaine. Qu'on le veuille ou non, chacun est impliqué d'une manière ou


d'une autre dans une certaine forme de système politique.
Du reste, pourquoi chercherait-on à éviter la politique ? Certes celle-ci
est généralement considérée comme une arène dans laquelle des parties
adverses voire ennemies, et ambitieuses à outrance, se livrent un combat
perpétuel et sans merci dans le but de conquérir le pouvoir, de le conserver
et d'assurer sa domination sur ceux qui l'auront perdu. C'est un combat où,
par-dessus tout, aucun moyen susceptible de procurer le pouvoir et les
profits qu'il garantit n'est dédaigné. Dans cette perspective, la politique est
perçue comme une pratique et un lieu de fourberie, de ruse, de violence et
de cynisme impitoyable. Il va de soi que, comprise de cette, manière
négative, machiavélique, la politique devient une pratique répugnante aux
yeux de toute personne désireuse de demeurer pure, digne, intègre.
Mais c'est une grave erreur de croire que la politique s'épuise dans cette
face négative. Elle en a une autre, positive, qu'il est légitime et juste de
reconnaître. Et ici, la politique doit être comprise comme "un effort pour
faire régner l'ordre, la justice, le pouvoir assurant l'intérêt général et le bien
commun contre la pression des revendications particulières" (Duverger
1964:20). Elle est, en d'autres termes "un moyen d'assurer un certain ordre
social, une certaine intégration de tous dans la collectivité, pour le bien
commun" (Ibid., p. 22).
Il est peut-être vrai, selon la thèse de Maurice Duverger, que la politique
est un "Janus", ce dieu à double face, positive et négative ; les deux faces
étant intimement constitutives de la politique. Mais il est aussi incontestable
que la lutte pour le pouvoir est rarement un simple plaisir égoïste de
conquête du pouvoir pour le pouvoir. Elle est bien souvent commandée par
le désir de voir s'instaurer une société plus juste, plus harmonieuse et plus
humaine. Ainsi, "toute lutte porte en elle un rêve d'intégration, et constitue
un effort pour l'incarner" (Ibid., p. 22).
On retiendra que dans la théorie marxiste, la lutte politique est même
conçue comme le moteur du progrès de toute société.
Ainsi la politique, qu'elle soit entendue comme lutte ou comme effort
d'intégration est inévitable et nécessaire. En tant que désir de réalisation de
la rencontre et de l'ajustement de la volonté de tous, la politique est, pour
l'homme, une activité essentielle de création de la société et d'une histoire
humaine sensée et désirable parce que conciliatrice des volontés divergentes.
La politique est une institution humaine chargée de réaliser le paradis
terrestre, c'est-à-dire, une cité juste et épanouissante pour tous. Dans cette
perspective, "on doit affirmer hautement qu'il n'y a plus noble activité et de
[21]

plus nécessaire que la politique" (J. Grynpas 1967:263). Elle est un effort de
création de la paix, de la justice, de l'ordre et des possibilités
d'épanouissement de tous dans la cité. Elle est, de ce fait, une activité morale,
noble.
Il est tout à fait vrai que l'activité agricole, l'activité éducative et l'activité
médicale (pour guérir l'homme de la faim, de l'ignorance et de la maladie)
sont, sinon plus, en tout cas tout aussi nobles et nécessaires que l'activité
politique. Mais, il est vrai aussi que de toutes ces activités, celle relative à la
politique est la plus controversée quant à sa noblesse. Ainsi, est-il utile
d'insister sur sa valeur positive comme volonté d'améliorer le sort de chacun
et de tous par une gestion idéalement correcte des rapports qui lient
l'individu à l'autre et à l'ensemble de la société. En dépit des abus et des
défaillances dus non point à l'essence du politique mais à l'imperfection
constitutive de l'homme, il est recommandé de ne jamais prendre la politique
dans son seul sens négatif. Car elle est toujours, même si elle est lutte
acharnée, un effort essentiellement moral orienté vers la création d'une vie
sociale au sein de laquelle chacun des individus trouverait d'égales chances
d'épanouissement. C'est là la visée première et fondamentale de l'activité
politique même si elle n'y arrive pas toujours, et malgré les moyens parfois
moralement répugnants que les acteurs sont amenés à utiliser.
Dès lors, on voit bien clairement que la politique trouve ses fondements
dans un double sentiment, d'ordre moral : le sentiment de la solidarité
nécessaire de l'individu avec sa conuminauté, et le sentiment pressant de
devoir transformer sa société en vue d'une vie juste, appuyée sur l'exigence
de reconnaître l'égalité de tous les individus (Voir Valadier 1980:56). Et on
voit bien clairement que dès lors que le citoyen est profondément conscient
de sa solidarité pour ainsi dire complice avec la communauté, il lui est
désormais moralement impossible de laisser son destin (qui est aussi celui
de tous) s'élaborer en dehors de lui, surtout lorsque ce destin court le risque
de prendre une orientation qu'il juge insupportable.
La participation politique du citoyen est nécessaire dans la mesure où la
décision d'entrer en politique est, originellement, une décision morale. Elle
est une intention noble de rechercher une société juste, et donc de servir de
contre-pouvoir politique au dirigeant. Le laisser seul gérer à sa guise les
biens et la destinée de la communauté, c'est lui ouvrir la voie à la très
séduisante tentation aux abus et à une liberté de folie. Comme tout citoyen,
l'homme au pouvoir, en tant qu'être humain, est en effet toujours un peu fou,
un "fou" pour lequel il est nécessaire d'assurer des gardes pour l'empêcher
de succomber, tant il est vrai, comme Charles de Montesquieu l'avait déjà si
[22]

bien perçu, que "c'est une expérience éternelle que tout homme qui a du
pouvoir est porté à en abuser".
Tout citoyen socialement, moralement et intellectuellement adulte
ressent intimement cet appel politique, même confusément. Il est comme
naturellement appelé à entrer en politique, à agir en politique, à participer à
l'activité politique de la nation. C'est parce qu'il se reconnaît, d'une manière
ou d'une autre et dans le cadre de ses possibilités, responsable de l'histoire et
de la destinée de cette communauté dont il fait corps. Chacun est ainsi
appelé, pour le bien de chacun et de tous, à être un acteur politique.
La participation politique se fonde sur un impératif éthique : on s'engage
parce qu'on est sûr qu'il est possible, et nécessaire, de faire triompher la
justice, l'ordre et la joie de vivre pour tous au sein de la cité. Et pour désirer
la justice, il faut qu'on soit soi-même juste ou très sensible à la justice. C'est
la vertu qui incite le citoyen à désirer l'avènement d'une cité juste et
harmonieuse. Participer aux affaires publiques de son pays, c'est reconnaître
que la politique, lieu suprême des décisions à impact fort et grave, est trop
importante pour être abandonnée entre les mains des personnes médiocres.
La politique est une activité de noble intention qui doit être assumée par tous,
et orientée par les seules personnes qui s'efforcent au mieux d'échapper à la
médiocrité. Aucun citoyen n'a le droit de laisser des individus moralement
médiocres et intellectuellement brouillons diriger la destinée de toute une
communauté nationale.
Ce fondement de l'engagement politique se justifie, à son tour, par un
constat marqué de fatalité : c'est la reconnaissance de la présence éternelle
du mal dans l'homme et donc du désordre, de l'injustice au sein de la
communauté. En effet, l'existence dans la société de multiples individus aux
volontés diverses et souvent divergentes constitue la source du bien et du
mal, si du moins on tient pour vrai que l'homme est un loup pour l'homme
(Hobbes). La tâche de la communauté, et à laquelle chacun est appelé à
collaborer, c'est d'éliminer le mal (l'injustice qui divise) et de faire triompher
le bien qu'est la justice qui, seule, permet l'intégration et la coexistence
harmonieuse.
3.1.2. Les formes majeures de la participation politique
S'il est admis que la participation de tous les citoyens aux activités de
gestion politique de la nation est requise en tant qu'elle est fondamentale et
nécessaire, il nous faut cependant nous poser une autre question essentielle.
Il s'agit de savoir comment participer à la gestion du pouvoir politique, c'est-
à-dire, quelles sont, pour le citoyen (intellectuel en l'occurrence), les formes
de participation qui soient les plus appropriées et les plus efficaces.
[23]

De manière globale, nous pouvons considérer que la participation


positive du citoyen à la gestion politique de sa cité peut être indirecte, semi-
directe ou directe.
[Link]. La participation politique indirecte
Par participation politique indirecte, nous voulons comprendre les
initiatives des personnes individuelles ou collectives qui proposent des idées
ou des actions susceptibles de servir l'intérêt de toute la communauté
nationale. La participation indirecte s'effectue, de manière globale, sous trois
formes : la conscience professionnelle, l'engagement et la pression.
a) Faire montre de conscience professionnelle
La première forme de participation politique indirecte c'est l'attitude et
l'agir de l'individu qui, pour le bien de la nation, accomplit très
consciencieusement sa tâche quotidienne, quel que soit l'endroit où il œuvre,
dans le secteur public ou dans le privé. Toute manifestation de conscience
professionnelle par le citoyen est le signe d'une volonté de travailler,
imperceptiblement et comme sous la conduite d'une "main invisible", au
bien de toute la nation. Et s'occuper du bien-être de la communauté
nationale, quel que soit l'angle à partir duquel on le fait, c'est,
incontestablement, participer à l'œuvre politique de cette communauté.
Cette participation politique, à travers la conscience professionnelle, est
certes très indirecte dans la mesure où elle est inconsciente. Très peu de gens
savent en effet que, par leur travail, même le plus éloigné de la vie politique,
ils appliquent en fait un programme politique défini par le régime en place.
Et très peu de gens savent que leur travail (même au sein du secteur privé)
contient toujours et déjà des germes et des implications politiques. Il en est
ainsi de l'ingénieur qui construit un pont ou une usine, avec toutes les règles
de son métier, afin qu'il ne se produise pas de catastrophe pour la région ou
la nation tout entière. Il en est de même de l'enseignant qui prépare et assure
consciencieusement ses cours : il exécute le programme académique (arrêté
par le pouvoir politique et administratif du pays) et il oriente les jeunes es-
prits vers ce que lui-même et le programme politique croient capable de
concourir aux objectifs définis par la volonté générale.
On sent ici la terrible responsabilité politique et historique de
l'enseignant comme formateur des esprits. Son enseignement peut créer des
jeunes gens sages et intelligents ou, au contraire, des jeunes gens totalement
rebelles, cyniques, sadiques et bruts. C'est une lourde responsabilité
politique que d'avoir sur soi la charge d'engendrer des idées, de les faire
ingurgiter comme des vérités incontestables aux esprits quasi vides des
jeunes élèves et étudiants. Et cette responsabilité est encore plus lourde au
[24]

niveau de l'enseignant d'université auquel il est reconnu une large liberté


(académique) dans la conception du contenu de ses enseignements.
C'est dire que, même sans le savoir, toute personne qui accomplit
consciencieusement sa tâche reconnue légale par la société (celle de
professeur ou d'ingénieur, de prêtre ou de mécanicien, de pousse-pousseur
ou de danseur, d'agriculteur ou de balayeur, de commerçant ou d'étudiant,
etc.) est toujours déjà un acteur politique qui s'ignore. Se conformer, même
invisiblement, aux demandes des autorités politiques, obéir à la loi, c'est,
d'une certaine manière, participer à la vie politique de son pays.
b) L'engagement politico-intellectuel
Mais il y a une deuxième forme de participation politique indirecte.
Contrairement à la conscience professionnelle, elle est, quant à elle,
consciente de sa nature politique. Il s'agit, surtout pour les intellectuels, de
ce qu'on appelle engagement.
L'engagement politique au niveau intellectuel consiste à prendre des
initiatives ou, par des prises de position orales ou écrites, à émettre des idées
destinées à amener les acteurs politiques directs à s'occuper des intérêts
communs d'une manière jugée plus efficiente, plus rationnelle et plus raison-
nable.
Ainsi que nous venons de le voir, quiconque fait montre d'un sens
remarquable de conscience professionnelle est déjà un homme engagé parce
qu'acteur politique. Mais l'engagement, au sens strict du mot, suppose une
conscience politique claire de la part de l'acteur. C'est une attitude, qui doit
être tolérée et parfois souhaitée par l'autorité politique gouvernante. Mais il
est toujours d'initiative de l'individu qui perçoit la nécessité de l'amélioration
de la société et qui se sent, en conscience, appelé à collaborer, à partir de ses
moyens, à cette tâche commune. Initié par l'individu "privé" ou par un
groupe d'individus, l'engagement apparaît donc comme ime participation
politique indirecte.
Pour l'intellectuel, l'engagement ou la participation politique se
manifeste, concrètement, par les rôles politiques indirects tout aussi grands
qu'indispensables, qu'il est appelé à assumer au sein de la société. Parmi ces
derniers, on retiendra (avec Lipset et Asoke Basu, 1975:51-90), les rôles de
"gardien du seuil", de "protecteur", de "conservateur" et de "moraliste" de la
société. En condensé, on peut dire que l'intellectuel a pour fonction politique
de provoquer l'innovation sociale par la critique créatrice et de garantir
intellectuellement les valeurs universelles à conserver et à cultiver.
[25]

Initié par le "privé" (individu ou un groupe d'individus), l'engagement


apparaît donc comme une participation politique indirecte. Néanmoins, et
peut être à cause de ce caractère privé et parfois spontané, il est un haut acte
de civisme dans la mesure où l'individu, poussé par un désir noble de servir,
cherche à éclairer la société sur ses failles et sur les orientations les
meilleures à prendre.
L'engagement politique de l'intellectuel d'aujourd'hui trouve une voie
d'expression privilégiée dans les sciences humaines (sociologie, littérature,
philosophie, histoire, anthropologie, etc.). C'est certes la critique de la
société qui apparaît comme l'attestation évidente d'un réel engagement
politique. Mais le plus important ne doit point être oublié ainsi qu'on a
habituellement tendance à le faire. Ce qui est essentiel, c'est la finalité de
cette critique, à savoir : la nécessité de la transformation positive de la
société. Une critique responsable de la société projette et propose les
chemins les plus aptes à favoriser l'instauration et le maintien de la justice,
de l'égalité, de la paix, de l'intelligence et du bonheur au sein de la société.
Même s'il exige un degré élevé de foi en sa société, et donc de ferveur et de
conviction politique, le bon engagement politico-intellectuel est une haute
forme d'expression du civisme, appropriée à l'intellectuel, et qui est censée
répondre aux exigences d'un acte lucide et sage.
Bref, la participation politique de l'intellectuel est, bien qu'indirecte, une
fonction de haute importance dans la société. Tout intellectuel doit donc se
sentir responsable, concerné par la destinée, heureuse ou malheureuse, de sa
société. Pour cela, l'intellectuel doit être conscient de la mission politique
qui est la sienne. Cette conscience politique se meut sur un fond moral, et
elle est précisément ce qui fonde la nécessité de l'engagement politique :
expression tangible du civisme.
c) Le groupe de pression
La troisième forme de participation politique indirecte concerne
l'influence exercée sur les décisions politiques par ces organisations
apparemment apolitiques qu'on désigne sous le terme de groupes de
pression. Cette forme d'action politique est parfois aussi visible et aussi forte
que celle d'un parti politique d'opposition. Parce qu'elle est collective, cette
action est généralement plus efficace que l'engagement d'un intellectuel
souvent isolé ou démuni de moyens matériels efficaces de négociation ou
d'influence politique.
Tandis que les partis politiques ont pour objectif de conquérir le pouvoir
et de l'exercer, les groupes de pression, quant à eux, "ne participent pas
directement à la conquête du pouvoir et à son exercice ; ils font 'pression' sur
[26]

lui" (M. Du-verger, 1964:201). Ils cherchent non pas à mettre au pouvoir
leurs hommes (sinon sous une forme officieuse et discrète) mais plutôt à
influencer les décisions des hommes au pouvoir, en faveur de leurs intérêts
collectifs. Ils sont donc des groupements d'intérêts.
Les groupes de pression sont nombreux et de formes diverses : syndicats,
patronats, médias, églises, associations et ordres professionnels
(agriculteurs, consommateurs, médecins, etc.). Aux Etats-Unis, l'une des
formes de groupe de pression est le lobbying (lobby signifie "couloir"). Les
lobbies sont des organisations de personnes qui "font les couloirs" des
Assemblées et des Ministères afin d'arracher la camaraderie, la sympathie
et, partant, la faveur des hommes au pouvoir.
Les groupes de pression agissent de diverses manières. Ils inculquent à
leurs membres la conscience d'une solidarité d'intérêts, mènent la
propagande auprès de l'opinion publique (par la radio, les affiches, la presse
écrite, etc.) et surtout exercent une espèce de chantage auprès des autorités
politiques en usant, parfois, de la violence, au moyen notamment de grèves.
Cette action est "tantôt ouverte, publique, avouée, tantôt discrète, occulte,
camouflée. Elle emploie tantôt des moyens réguliers, honnêtes, légaux,
tantôt des procédés de corruption ou de violence" (Duverger, 1964:205).
La question qu'on doit se poser ici est celle-là même qui a été posée à
propos des partis politiques de l'opposition. Y a-t-il civisme à exercer une
pression sur les décideurs afin de faire respecter ses intérêts ? La réponse est
que la légitimité d'un groupe de pression ne pose problème que si la loi ne
l'autorise pas, sous réserve que celle-ci est juste. Dans la société
démocratique, l'association d'individus au sein d'une structure organisée
constitue un frein aux abus de pouvoir par l'autorité. Elle agit donc, de même
que le parti d'opposition, comme une force de contre-pouvoir et d'inflexion
des décisions vers une visée donnée, qui peut être noble. La pression aide au
respect, par les autorités, des droits des citoyens affiliés ou des syndiqués.
Elle est donc, devant des régimes politiques clos (fermés sur eux-mêmes, et
relativement autoritaires), une arme efficace de combat social et politique.
Elle est même parfois l'unique moyen de conquérir ses droits et libertés
auprès des détenteurs du pouvoir.
Cependant, tout groupe de pression a l'obligation d'agir en conformité avec
le sens civique, en évitant de se laisser conduire uniquement par ses intérêts
personnels sans égard pour ceux des autres et pour ceux de la communauté
nationale. On veut dire que la défense de ses intérêts doit toujours tenir
compte des intérêts de tous ; et on doit constamment agir avec civisme, dans
le respect de la légalité et des règles des convenances sociales.
[27]

[Link]. La participation politique semi-directe


En tant que citoyen d'un Etat précis, toute personne adulte est appelée à
participer à la gestion politique de la communauté nationale. Si les autorités
politiques ne l'associent pas à l'administration directe du pouvoir, elle y est
toujours déjà investie d'une manière ou d'une autre. Et c'est cette manière
que nous appelons semi-directe. Il faut entendre par-là que tout citoyen est
constamment invité à la disponibilité politique et au civisme, notamment,
par la participation aux activités publiques, aux travaux collectifs, aux ré-
unions et rassemblements politiques convoqués par les autorités politiques
et administratives.
Deux actes sont significatifs de la participation politique semi-directe :
le vote et le militantisme au sein d'un parti politique.
a) Le devoir d'exercer son droit de vote
La participation semi-directe s'exprime de façon évidente pour le
citoyen, au sein d'une société démocratique, par l'exercice de ses droits
politiques, en particulier celui de vote (voir Pirigisha, 1982). En effet, par sa
participation au vote lors des élections nationales, communales ou municipa-
les, le citoyen exerce une certaine influence, qui peut être décisive, sur le
cours des choses dans sa société. Le vote constitue "le meilleur moyen pour
lui de faire connaître son opinion, d'exercer son influence sur les affaires
publiques et d'assurer le respect de ses libertés par un choix judicieux des
gouvernants" (R. Pelloux, 1955:23).
La participation aux élections politiques est un acte capital pour un
citoyen responsable. Mieux qu'une obligation civique, elle doit être perçue
comme un droit à exercer et même à réclamer lorsqu'il est lésé. C'est un acte
de fierté qui confirme la dignité et la souveraineté de l'individu en tant que
citoyen et détenteur primaire du pouvoir. Il en est ainsi pour quiconque sent
peser sur lui la responsabilité intellectuelle et nationale de faire triompher la
vision des choses qu'il estime rationnelle, juste et bénéfique à la création
d'une société intégrée, juste et prospère.
La participation aux élections et aux réunions politiques est un acte de
civisme de haute portée politique. Aucun citoyen digne ne doit s'y dérober.
Car c'est pour lui, au cours de sa vie, l'une des rares possibilités légitimes de
faire entendre son opinion, d'essayer de la semer dans les esprits des autres
et, ainsi, de s'efforcer à la faire triompher. Par conséquent, la participation
aux élections ne doit jamais être considérée comme une contrainte mais
plutôt comme une possibilité d'expression et d'épanouissement politique du
citoyen concerné.
[28]

b) Militer au sein d'un parti politique


A côté de la participation aux élections, il existe une autre forme de
participation politique semi-directe. C'est celle qui consiste à s'affilier à un
parti politique et d'y témoigner d'un maximum d'engagement et de
dévouement.
Le parti politique est une organisation structurée, hiérarchisée, au sein
de laquelle se regroupent des citoyens poursuivant les mêmes intérêts et
idéaux, partageant les mêmes vues concernant la gestion des affaires
publiques. Ou encore, les partis politiques peuvent être définis comme "des
groupements d'individus partageant les mêmes conceptions philosophiques
et politiques, luttant pour la conquête et la conservation du pouvoir en vue
de la réalisation et de la défense des idéaux et des intérêts du groupe" (voir
Mbela, 1985:33).
Les partis s'organisent et élaborent des programmes d'action visant à
conquérir le pouvoir ou à participer à son exercice. Concrètement, ils
cherchent à obtenir le plus de sièges possibles aux élections, à avoir des
représentants dans le législatif et à avoir en mains le gouvernement
(Duverger, 1964:184). Pour conquérir le pouvoir, les partis politiques se
donnent comme des lieux de rencontre, d'encadrement et de canalisation des
divers désirs des personnes partageant les mêmes objectifs.
L'utilité de s'affilier à un parti politique, là où il y en a plusieurs, réside
en ceci que le citoyen trouve une voie directe d'expression de ses demandes
et vœux politiques au sein de la société. Le parti aide aussi l'individu à
acquérir une culture politique propre à informer et même à mûrir le citoyen
sur le plan social. Mais plus encore, dans la mesure où le parti peut arriver à
gouverner, le citoyen peut voir se réaliser ses idéaux vis-à-vis de
l'organisation et la gestion du pouvoir. Enfin, en tant que citoyen, un adulte
n'a pas le droit de demeurer indifférent, tiède ou neutre. Il doit se forger une
conception personnelle de la manière dont il comprend un bon
gouvernement d'une société, et doit s'efforcer de l'incarner et de la faire
triompher dans la société.
Ceci nécessite la lutte pour faire accepter cette vision politique auprès
des autres qui ont les leurs, parfois tout à fait opposées à la sienne. Et si l'on
veut accroître les chances de faire passer sa vision politique, la seule
stratégie efficace légitime, c'est de constituer-un bloc, de faire corps avec
ceux qui ont des idées et des objectifs semblables en vue d'une action
commune. Il faut donc s'unir, pour se faire écouter, et faire respecter ses
droits.
[29]

Dans la démocratie, il est possible et permis de créer plusieurs partis


politiques. L'avantage d'un tel système politique pluraliste est que, face au
parti majoritaire qui gouverne, il se constitue un ou plusieurs partis
d'opposition.
Le parti d'opposition fonctionne, légitimement, comme une institution
de contre-pouvoir ou de contrôle efficace contre les abus possibles par le
parti au pouvoir. Le jeu dialectique qui s'établit entre la majorité et
l'opposition permet également à la société de mieux identifier ses problèmes,
ses ressources et ses atouts. Ainsi, il permet à la société de mieux
fonctionner.
La question est sans doute de savoir si, dans le contexte de parti unique,
il est "civiquement" permis à un bon citoyen de former ou de s'affilier à un
parti d'opposition. C'est une question complexe qui exige de la lucidité et du
discernement des avantages et inconvénients du parti unique dans le cadre
précis de la société où il existe. Il appartient à chaque conscience (une
conscience civique et politique mûre) de porter un jugement personnel sur
les institutions nationales, en l'occurrence sur le système de parti unique, et
d'agir conformément à ce jugement. Car le civisme d'un intellectuel consiste
aussi à s'interroger, de manière objective, sur la pertinence des institutions
politiques de son pays dans le but de les aider à améliorer leurs structures et
à accroître leur efficience.
Dans ce sens, il faut dire que là où l'existence d'un parti unique est
reconnue pertinente (comme avant les années 1990 ou encore dans les pays
socialistes), il devient incivique de créer un parti d'opposition avec comme
intention affirmée ou secrète de semer des germes de désordre et
d'ingouvernabilité de la société. Une telle intention ne doit pas en effet être
écartée de façon a priori.
En tout cas, même si la démocratie pluraliste constitue aujourd'hui la
forme de gouvernement la plus désirable et la plus propre à assurer les
libertés de l'individu, il est bon de savoir qu'il n'y a pas de système politique
qui ne comporte à la fois des avantages et des inconvénients.
Le choix d'un régime donné de gouvernement ne doit jamais se faire à la
légère. Il exige de la lucidité. Et celle-ci impose qu'un bon citoyen dépasse
toute appréciation sentimentale et événementielle des choses. C'est ainsi que
pour savoir par exemple quelle forme politique, fédérale ou unitaire,
convient à un pays donné, l'esprit civique exigera à l'intellectuel une analyse
approfondie et non complaisante de tous les aspects que le problème
soulève. Dans le cas qui nous concerne, la lucidité exige au citoyen de militer
au sein d'un parti politique ou, tout au moins, d'apporter son appui indirect
[30]

au parti qui paraît le mieux exprimer les attentes rationnelles et raisonnables


du plus grand nombre de citoyens éclairés.
3.1.3. La participation politique directe
Par participation politique directe, nous entendons l'activité des
personnes directement appelées ou associées (par le peuple et par les
autorités politiques légales) à assumer les fonctions politico administratives.
Elles sont impliquées dans la gestion directe : ce sont les dirigeants ou les
gouvernants.
Relativement au civisme, l'essentiel à noter est que ces gouvernants sont
sujets, comme les gouvernés, des droits et d'obligations. Les vertus exigées
de cette catégorie de citoyens, quel que soit l'échelon où ils se situent, sont
celles qu'imposent la morale générale, la déontologie professionnelle et le
civisme. L'une des exigences les plus fondamentales c'est l'usage correct de
l'autorité ; cela signifie l'exigence de rte jamais négliger l'accomplissement
des tâches relatives à son autorité et à ne jamais abuser de cette dernière.
Négliger ses tâches et/ou abuser de son pouvoir c'est, dans l'un comme dans
l'autre cas, tomber dans l'incivisme.
Des exemples d'incivisme dans ce domaine sont nombreux, mais il
semble que tous sont relatifs à l'égoïsme et à l'injustice. Il en est ainsi chaque
fois qu'un citoyen revêtu d'un certain pouvoir manque d'accomplir les tâches
légitimes qui lui sont exigées par ses fonctions et ses responsabilités, celles
notamment de sanctionner, négativement ou positivement, tous les
subalternes qu'il doit commander. Il en est ainsi aussi chaque fois qu'un
citoyen revêtu d'autorité profite de sa position pour en abuser, pour trahir les
intérêts publics, pour commettre des exactions sur d'autres personnes, pour
se dérober face aux exigences légales : les taxes, les impôts et autres
obligations civiques.
Participer à la politique, pour un citoyen qui y est déjà de façon directe,
prend donc le sens d'une participation militante, active, engagée, en vue de
la promotion des actions, des décisions et de la ligne de conduite du pouvoir
politique. C'est donc contribuer, au maximum, au maintien et à la
transformation dynamique et positive, c'est-à-dire à l'amélioration de la
pratique politique et des conditions de vie de sa société. La visée dernière de
la participation politique est de faire en sorte que le pouvoir se distribue le
plus largement, le plus harmonieusement et le plus équitablement possible
parmi les différents membres de la cité, et que l'autorité politique assure à
chacun et à toute la communauté un degré maximum d'épanouissement
spirituel, moral, social et matériel par un partage équitable, à tous les
citoyens, des chances de vie et de survie.
[31]

Le pire service qu'un citoyen au pouvoir puisse rendre au gouvernement


en place et, partant, à son pays tout entier c'est, dans le but de courtiser les
supérieurs pour se maintenir ou obtenir des faveurs, de fermer les yeux face
aux erreurs et déviations du pouvoir politique. Nous y reviendrons plus loin.
Mais notons dès à présent que les participants directs au pouvoir (les acteurs
politiques directs) ont une responsabilité civique extrêmement lourde dans
la destinée économique et sociale de la nation. En tant que preneurs de déci-
sions et chargés de leur exécution, ils sont responsables, devant Je monde et
devant les générations futures, du destin heureux ou malheureux que chaque
régime politique aura fixé pour ses citoyens.
Cela fait comprendre la nécessité, pour le dirigeant politique, du plus
modeste au plus élevé, de se comporter sans cesse conformément aux
prescrits du civisme : l'intériorisation du sens moral, humaniste, nationaliste.
Certes, comme le dit Alfred Pose, l'homme politique est un homme, et en
tant que tel, il est faible et est perpétuellement enclin à abuser de son pouvoir.
Mais l'idée de la nécessité et de la noblesse de la fonction qu'il assume doit
constamment le forcer à revenir sur le chemin de la moralité, de la justice,
et du bien commun à garantir. C'est là le comportement civique d'un
dirigeant politique exemplaire, conscient de sa responsabilité devant les
autres, c'est-à-dire devant les citoyens présents comme devant les
générations à venir, et, pour le croyant, que tout dirigeant doit être, devant
les ancêtres ou devant Dieu.
Par ailleurs, l'acteur politique direct devra constamment se rappeler que
tout comportement incivique de sa part constitue le moyen le plus efficace
pour décourager les volontés de saine participation politique de la part des
autres citoyens. A moins qu'il ne vise, pour des motifs sordides et égoïstes,
un objectif de dépolitisation, consistant à effacer dans le cœur des citoyens
le goût pour la politique, pour la participation aux affaires publiques. En
effet, une pareille pratique est possible et même courante lorsqu'il est
question d'écarter les concurrences. La dictature que nous avons vécue en
Afrique, depuis les indépendances jusqu'en 1990 environ, a été en fait une
sournoise dépolitisation cynique des citoyens vertueux, sages et intelligents
au moyen des pratiques de l'endoctrinement idéologique et de la
surpolitisation. Une autre technique cynique, mais très préférentielle, a été,
dans la stratégie mobutiste, de clochardiser les intellectuels comme les
masses pour les river complètement à la recherche, sans répit, des moyens
de subsistance élémentaires. De la sorte, la recherche primaire des moyens
de survie pour ses enfants supprime toute possibilité de penser à une
quelconque action de nature politique, comme les marches de protestation
[32]

ou de revendication dans la rue. Mais il y a aussi une autre forme de dépo-


litisation à partir de ce que je pourrais appeler une "technique inversive" :
dans le contexte de la dictature, la politique se présente toujours sous la
forme d'une politisation à outrance et par conséquent d'une fausse politique,
parce qu'elle dépolitise.
La dépolitisation profite largement à celui qui détient le pouvoir dans la
mesure où ce dernier décide, organise, gère seul les biens publics sans
entrave réelle. On comprend rapidement l'étendue comme la gravité des
dangers qu'entraîne une telle monopolisation du pouvoir. Et ces dangers
seront plus grands encore si le détenteur du pouvoir est intellectuellement
mal formé et moralement faible. La dépolitisation émane de la dictature et
conduit inévitablement à la dictature, aboutissant à la dévastation des biens
du pays et des libertés humaines.
La participation politique directe du plus grand nombre possible de
citoyens dans les organes appropriés accorde à la nation l'avantage de la
décentralisation et du contrôle mutuel du pouvoir. Car, la concentration du
pouvoir entre les mains d'une seule personne ou d'un seul petit groupe de
personnes permet également l'accumulation et la "concentration" des abus.
En conclusion, le dirigeant doit savoir assumer et gérer le partage du
pouvoir, doit faire participer le maximum de citoyens à l'exercice du
pouvoir, avec intelligence, sagesse et habileté afin que personne ne puisse
abuser du pouvoir à son seul profit. Il doit donc faire en sorte que "par la
disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir". En cela, Montesquieu
instituait la nécessité de la séparation des pouvoirs entre le législatif,
l'exécutif et le judiciaire, chacun des secteurs étant réclamé travailler en
régime d'autonomie complète vis-à-vis de l'autre. Mais le dirigeant a
l'obligation d'assurer une plus grande distribution de ce pouvoir à l'intérieur
de chaque secteur, de haut en bas et de façon équitable, à travers la
fédéralisation et/ou la décentralisation.
La participation que le civisme requiert de l'homme politique est une
bonne participation : il a l'obligation de gérer le pouvoir, avec efficacité,
correctement, et selon le strict respect du principe de la justice, pour l'intérêt
non pas personnel mais pour celui de chacun des citoyens.
3.2. LE NATIONALISME
Participer à la gestion des affaires publiques et à l'orientation des actions
et idées directrices de son pays, c'est témoigner d'un comportement civique
honorable. Mais la participation politique n'est pleinement réalisée que si
elle est fondée sur un sentiment profond et noble qui manifeste l'amour
véritable de sa nation. Ce sentiment s'appelle nationalisme.
[33]

3.2.1. Signification du nationalisme


Nationalisme est un concept plurivoque. Il évoque, à la fois, un sentiment
et une idéologie. Il est regardé tantôt positivement, tantôt avec un œil plein
de méfiance.
[Link]. Exaltation et défense des intérêts de la nation
En tant que sentiment, le nationalisme se traduit par une attitude
affective à travers laquelle l'homme se sent appartenir, de façon particulière,
à une communauté nationale précise et que, moralement, il se sent obligé de
promouvoir et de défendre. Il s'agit donc d'un amour agissant, actif, à l'égard
de la nation. Cet amour naît de la présence d'un certain nombre d'éléments
intégrateurs de l'individu à la communauté nationale : par exemple une
communauté de souvenirs historiques, de solidarités spirituelles, d'intérêts
matériels, de participations sociales, constructives et récréatives, etc.
Le nationalisme constitue le fondement de la construction nationale.
Même si, dans certains cas, il peut freiner la société, il est généralement un
facteur essentiel de dynamisme transformateur de la société. C'est ainsi que
des leaders politiques s'avisent de "collectiviser" ce sentiment, en en faisant
une idéologie destinée à affirmer et à manifester de manière claire et
agissante la nécessité de la solidarité nationale, de l'identité et de la
conscience nationale, et aussi la nécessité de construire la nation, en tant
qu'entité unitaire spécifique.
De nombreux facteurs interviennent dans la naissance et la coloration
socio-idéologique d'un nationalisme. Ce sont la motivation idéologique,
l'attitude psychologique et sociale, la situation historique, économique,
culturelle, spirituelle, ethnique des populations. Mais la plupart des
nationalismes forts trouvent leur naissance dans la présence d'une menace
de perte de soi et, avant tout, comme identité. Et ils trouvent leur coloration
à partir du genre de menace à laquelle les personnes concernées doivent faire
face et, donc, s'opposant à cette menace, à partir du genre d'idéal que les
populations, par l'intermédiaire de leurs leaders, se fixent en vue d'une vie
plus épanouie pour chacun des citoyens.
Ainsi, tout Etat-nation se construit, se solidarise et se développe en
s'appuyant sur une idéologie nationaliste. Celle-ci peut être diffuse ou
précise, silencieuse ou fortement proclamée, selon les circonstances. Cela
signifie que le nationalisme se présente comme une profession de foi, une
idéologie ayant pour "souci prioritaire de défendre l'indépendance et
d'affirmer la grandeur de l'Etat-nation" ; le nationalisme met ainsi la nation,
constituée en Etat, au premier rang des valeurs politiques et sociales (voir
Encyclopaedia Universalis, p. 576).
[34]

Ce faisant, le nationalisme exalte l'Etat-nation en affirmant sa


souveraineté (son droit à disposer de lui-même, singulièrement au moyen de
l'indépendance et des symboles spécifiques) ; en mobilisant les masses et en
leur montrant des raisons de garder l'unité et de la cultiver. Cette mobilisa-
tion en vue de la construction d'une communauté solidaire et souveraine se
réalise de deux manières principales : en faisant revivre dans la mémoire du
peuple le passé historique commun, notamment les valeurs culturelles et
matérielles léguées par l'histoire, et en exacerbant, dans le cœur des masses,
leur volonté de vivre et d'être reconnues comme une civilisation spécifique,
valable et respectable ayant, elle aussi, quelque chose à apporter aux autres
peuples ou, du moins, à affirmer à la face du monde.
Bref, le nationalisme est une idéologie exaltant la nation en tant que
communauté différente et ayant droit à l'existence. Dans ce sens, chaque
citoyen a l'obligation d'être nationaliste : d'être fier de son pays, d'exalter et
de défendre son identité et ses intérêts.
3.2.2. Une idéologie exclusiviste
Dans la mesure où il est une exaltation de la nation et une fière
affirmation de soi, "le nationalisme implique naturellement une certaine
manière de percevoir l'étranger" (Mudimbe, 1972:19). En clair, à travers
l'idéologie nationaliste, on se fait une idée supérieure de soi, on se considère
comme une nation digne, qui a le droit à des libertés étendues, et qui est
même appelée à rayonner. De la sorte, les autres peuples, en particulier celui
auquel on s'oppose de façon explicite, sont regardés comme barbares,
impurs, exploiteurs, sataniques ou inférieurs.
Dans cette perspective, le nationalisme devient un culte de soi égoïste,
ethnocentrique, trouvant sa force d'actualisation dans le mépris des autres,
dans une certaine manière de se situer face aux autres cultures. Dans
l'histoire occidentale, on a vu des nationalismes se construire et se fabriquer
des théories visant à démontrer et à légitimer la suprématie de leurs nations
sur toutes les autres.
En effet, au nom d'un certain nationalisme, plusieurs théories pseudo-
scientifiques ont tenté de justifier le "droit à la colonisation" des peuples
"primitifs" par les nations "civilisées" ; et ont échafaudé des théories
affirmant la vocation universaliste d'une race pure, qui aurait été choisie pour
dominer le monde entier, et se faire servir par les races inférieures. C'est
également au nom d'un certain nationalisme ivre et aveugle que les Blancs
Sud-Africains se sont longtemps cru légitimés à ériger en principe théorique
le développement séparé des peuples, l'apartheid.
[35]

Ainsi, le nationalisme devient un instrument dangereux lorsqu'il est


effréné. Il vire au chauvinisme, caractérisé par "un patriotisme excessif,
partial et agressif". C'est cette forme d'idéologie nationaliste qui a provoqué,
dans la pensée socialiste, une profonde aversion à l'égard du nationalisme.
Cette dernière idéologie est perçue, de la même manière que le nazisme et
le fascisme, comme une forme d'égoïsme collectif et impérialiste,
particulièrement dangereuse pour l'humanité. Pour le marxisme, plutôt que
d'unir les peuples, le nationalisme exalte les différences, cristallise les
clivages et creuse le fossé séparant les communautés humaines. Aussi est-il
légitime d'abhorrer le nationalisme et, à la place, de cultiver
l'internationalisme : "l'Internationale Socialiste".
Cependant, il y a une forme de nationalisme que même la pensée
communiste est obligée d'agréer et de valoriser. C'est ce nationalisme né
dans les pays colonisés du Tiers-Monde en réaction au processus de
domination occidentale violemment concrétisé dans l'exploitation
économique, dans l'épuration culturelle et dans la destruction, sans pitié au-
cune, de la plupart des institutions socio-politiques des sociétés africaines
anciennes.
Les nationalismes africains (panafricanisme, négritude, authenticité,
etc.) assortissent à ce genre de nationalisme pour ainsi dire légitime. Ils sont
expression des revendications d'un peuple opprimé aspirant à l'indépendance
et à la reconnaissance de sa dignité. Ils se donnent comme des formes de
combat politique ayant pour projet de refaire voire de révolutionner l'ordre
socio-politique existant au niveau international. Les nationalismes africains
nés à la veille et au lendemain des indépendances sont donc des idéologies
d'affirmation de soi et de résistance, totalement légitimes. Et c'est un devoir
civique, pour le citoyen, d'exalter le nationalisme dans son aspect positif et
d'être profondément nationaliste.
3.2.3. Le patriotisme : une expression forte du nationalisme.
Pour le citoyen, la pratique du nationalisme, en son côté noble, constitue
une obligation civique. Le nationalisme crée et renforce la cohésion
nationale, insuffle l'énergie et l'esprit d'engagement en faveur des intérêts de
la nation, constitue le moteur de l'activité créatrice collective. Tout citoyen
digne de ce nom a l'obligation de se montrer nationaliste. Un nationaliste est
une personne profondément acquise à la cause commune de la nation, et qui
est toujours prête à la défendre. La devise d'un vrai nationaliste est celle que
Mzee Laurent-Désiré Kabila a adoptée : "Ne jamais trahir le Congo, ma pa-
trie !". Cela veut dire : "Quel qu'en soit le prix, jamais je ne ferai quoi que
[36]

ce soit qui puisse affaiblir, déshonorer ou violer l'intégrité de mon pays".


Chacun de nous doit faire sienne cette devise.
On voit bien qu'un tel engagement demande des sacrifices, et dispose à
cueillir la Heur du martyre, à accepter le sacrifice suprême. De la sorte, le
nationalisme se prolonge en patriotisme.
En effet, le nationalisme s'exprime, d'une façon particulièrement forte, à
travers le patriotisme. Ce dernier est un sentiment d'attachement profond à
sa patrie en tant que terre de ses ancêtres. Une personne animée par un tel
sentiment est dite patriote. Un patriote aime et défend avec acharnement les
terres de ses ancêtres ainsi que toutes les ressources humaines, culturelles et
matérielles qu'elles contiennent. Il est volontiers disposé à consentir tous les
sacrifices nécessaires pour la vie, l'honneur, la prospérité et la dignité de sa
patrie, y compris le sacrifice suprême.
Tout citoyen doit être un patriote, c'est-à-dire, un martyr potentiel pour
sa patrie. Il doit toujours, au nom de la cité et du civisme, être prêt à se
dévouer, à s'engager sans réserve, et même à se sacrifier pour défendre les
concitoyens, les biens, et les symboles de la patrie.
Une implication essentielle de l'attitude patriotique est la nécessité, pour
l'Etat, de doter l'ensemble de ses fils et filles des moyens et capacités
d'assurer efficacement la défense de la patrie. L'Etat devrait par exemple
imposer le service militaire à tous les jeunes, garçons et filles, aussitôt qu'ils
terminent l'école secondaire. Aucun candidat aux études supérieures et
universitaires ne sera admis s'il n'est passé, pendant une année au moins, par
l'apprentissage rigoureux de l'art militaire et d'autodéfense. Tous ceux qui
ne fréquenteraient pas l'école seront enrôlés dans le service militaire dès
l'âge de vingt ans. Des armes appropriées sont mises à la disposition de tous
lorsque l'état d'urgence est décrété contre l'ennemi en faveur de la patrie.
Ceux qui le voudraient sont démobilisés après le temps requis, et sont versés
dans la réserve de l'armée. Ils se tiennent tous prêts à porter les armes chaque
fois que la patrie sera menacée. Certes le service militaire tend à disparaître
dans certains pays. Nous pensons que chaque pays devrait en juger
l'opportunité selon ses besoins et problèmes spécifiques. En tout cas le
"Service National" et la "Force d'Autodéfense Populaire" initiés par L.D.
Kabila avaient du sens.
Qui veut la paix doit préparer les forces de dissuasion et d'autodéfense.
Le service militaire des jeunes doit être obligatoire pour toute nation qui tient
à son existence et à sa dignité. Il sert au noble objectif de la sécurité, de la
paix, de la dignité de la patrie et de tous ses enfants. Une nation intelli-
gemment pacifiste est celle qui sait que, face à la méchanceté imprévisible
[37]

et quasi inévitable des autres nations, elle a l'obligation d'anticiper les


guerres et doit constamment se préparer à se défendre. Comme il n'y a point
d'anges sur terre, il est très sage de toujours prévenir, de se préparer à contrer
les méchancetés et la barbarie des autres.
Le sentiment patriotique est nécessaire pour la vie d'imitation. Il se
justifie par le fait que tout individu, tout peuple a naturellement besoin de
s'établir quelque part, en un lieu précis, et que d'autre part sa propre terre est
toujours convoitée par quelque esprit en mal d'enrichissement et de bonheur.
Car toute terre, même désertique, est toujours une possibilité de richesse
pour l'homme, surtout quand on ne sait pas ce que contient son sous-sol. Etre
privé de terre, de patrie, c'est manquer non seulement de lieu de production
matérielle mais, plus encore, de lieu de vie et d'identification de soi. La terre
est un bien extrêmement précieux sans lequel aucune vie humaine,
matérielle et culturelle, n'est possible. Par conséquent, il est parfaitement
légitime, face aux désirs conquérants, hégémoniques et impérialistes qui
habitent le cœur de l'homme, que chaque citoyen sache aimer et défende de
toutes ses forces la terre qui l'a vu naître et grandir, qui a garanti et continue
de garantir ses possibilités fondamentales de vie sur terre.
L'amour et la défense de sa patrie présupposent la connaissance des biens
et des intérêts nationaux à sauvegarder. Cette connaissance n'est possible
qu'avec la lumière d'une intelligence lucide, capable d'identifier
correctement ces biens et, aussi, de détecter les ennemis qui les convoitent,
les exploitent ou les volent. Etre patriote c'est, avant tout, être nationaliste,
intelligent et lucide. Mais l'amour et la défense de sa patrie impliquent
maintes autres vertus, dont le travail acharné susceptible d'aider à une solide
protection des intérêts de la nation, le respect des lois, des autorités, des ci-
toyens et la lutte contre tout ce qui menace la patrie.
Comme expression forte du nationalisme, exaltation de la patrie, le
patriotisme peut également aboutir à une attitude négativiste, et tout à fait
agressive à l'égard des autres peuples. Un bon patriote est celui-là seul qui
sait se sacrifier pour la juste cause de sa patrie, pour les intérêts bien perçus
de la patrie, sans zèle excessif aveugle. Un patriote est un citoyen intelligent
et sage, courageux et radicalement dévoué pour la cause de sa patrie. Chacun
doit aspirer à devenir un patriote authentique.
[38]

3.2.4. Quelques modèles du patriotisme


En tant que citoyen, tout individu est invité au patriotisme, en suivant
l'exemple des héros et patriotes de son pays. En République Démocratique
du Congo, le nationalisme d'une jeune fille particulièrement courageuse
avait culminé dans le patriotisme. Il s'agit de Dona Béatrice Kimpa Vita,
prophétesse du Royaume Kongo, brûlée vive en 1706 par les colonisateurs
pour avoir entrepris avec détermination la mobilisation des masses en vue
de la restauration du royaume défiguré, dévasté et colonisé par les Blancs.
Elle est souvent qualifiée de "Jeanne d'Arc" du Kongo.
Il faut également compter parmi les figures patriotiques du Congo le
Chef spirituel Simon Kimbangu (né en 1886, emprisonné en 1921 par le
pouvoir colonial pour ses opinions politico-religieuses, et mort en prison
après trente ans de dures peines, en 1951). Comme Kimpa Vita, l'ancien
catéchiste protestant Simon Kimbangu créa une spiritualité chrétienne
fondée sur l'exigence de la reconnaissance et du respect de l'homme noir.
L'histoire du Congo retient aussi la figure de Paul Panda Farnana,
originaire de Moanda, dans le Bas-Congo, ingénieur agronome formé en
Belgique dans les années 1930, et qui se révélera comme un nationaliste
intransigeant opposé au colonialisme.
La lutte pour l'indépendance du Congo (qui sera acquise le jeudi 30 juin
1960) a révélé quatre figures politiques particulièrement éminentes : Joseph
Kasa-Vubu (premier Président de la république plusieurs fois emprisonné,
torturé, maltraité par le pouvoir colonial, et finalement confiné par Mobutu
à mourir à petits feux et sans soins, des années entières, jusqu'à l'issue fatale
survenue le 24 mars 1968), Patrice Emery Lumumba (Premier ministre,
assassiné le 17 janvier 1960), Pierre Mulele (ancien ministre de l'éducation,
assassiné en 1963), et Laurent Désiré Kabila (troisième Président de la
république, assassiné le 16 janvier 2001). Ils se situent dans le prolongement
de ces nationalistes et patriotes exceptionnels qui auront héroïquement lutté
contre l'impérialisme occidental et contre l'occupation coloniale des terres
congolaises.
Jean de Dieu Kudia Kubanza (intellectuel admirablement courageux,
assassiné), Maurice Dumbi (ancien Commissaire de Territoire, à Tshela,
membre de l'ABAKO, opposant farouche contre le régime de Mobutu, a créé
une radio clandestine à Kinshasa, assassiné en 1984), le Cardinal Malula
(mort en 1989), Enos Bavela (syndicaliste d'un engagement exceptionnel,
mort en 2003), et Etienne Tshisekedi, sont aussi dignes de figurer sur la
courte liste des vrais combattants de la liberté et de la dignité du peuple
congolais. Ils sont des patriotes qui auront mené, à partir des stratégies
[39]

diverses différemment efficaces, un combat sans merci contre la dictature de


la Deuxième République.
Pareil patriotisme doit être, pour chaque fille et chaque fils du Congo et
d'Afrique, un modèle de combat politique. Leur engagement doit inspirer
chacun de nous, doit nous déterminer à mener une lutte lucide et permanente
contre, les ennemis, externes et internes, de la patrie. Le patriotisme ne peut
exister qu'à travers des actes concrets d'engagement, de détermination, de
lutte et de sacrifice pour la défense de la patrie.
3.2.5. Symboles patriotiques
Toute société se forge des symboles, des signes précis qui exaltent ses
vertus, son identité, son histoire, ainsi que sa volonté d'être, de puissance et
de grandeur parmi les nations de la terre. Ces signes patriotiques sont, entre
autres, le drapeau national, l'hymne national et autres chansons patriotiques,
la monnaie nationale, le totem (animal : Léopard pour le Zaïre, Lion ou
Simba pour la RDC), les armoiries (inscrites sur la monnaie ou le drapeau),
les monuments, les personnalités historiques ayant accompli des hauts faits,
que les générations présentes et futures doivent prendre pour des modèles.
Le symbolisme patriotique a pour fonction de forger et de raviver
constamment le sentiment national, de servir de lieu d'unification des
volontés et des énergies pour la construction de la nation. Ils servent à
consolider l'unité nationale par l'évocation et l'exaltation continuelles de la
mémoire collective des fils et filles de la nation. Les symboles de la patrie
doivent donc être respectés, honorés, protégés par tout bon citoyen.
Quiconque les néglige se rend coupable de manque d'amour pour sa patrie.
[40]

CHAPITRE QUATRIEME LA CITOYENNETE : CITOYEN,


CIVISME, CITE
4.1. Introduction
Le présent chapitre définit les concepts de citoyenneté et de citoyen, fait voir
la signification du civisme dans la vie et le progrès d'une communauté
humaine, assigne une identité tant soit peu exacte à la cité dans son acception
moderne.
4.2. Le Citoyen
Il est utile de définir, ici, les notions de base relatives à la pratique du
civisme. Il s'agira de faire saisir, le plus clairement possible, les idées de
citoyen et de citoyenneté.
Parler de "civisme" c'est évoquer un vaste ensemble de concepts desquels ce
terme dérive ou autour desquels il gravite. Et, en tout premier lieu, il faut
songer au terme latin civitas qui signifie "cité". Il désigne le lieu, la
communauté sociale au sein de laquelle le civis, le citoyen, mène son
existence et où il jouit des droits et possibilités que lui offre le fait de la
nationalité qui lui est reconnue. La civitas désignait, chez les Romains,
l'ensemble des citoyens, des habitants d'une vile ; le mot "ville" étant
identifié, chez les Grecs (polis) et, chez les latins (civitas), à l'Etat au sens
moderne.
Face à la cité entendue comme communauté, le citoyen ou habitant de la cité
possède des droits et des devoirs qui sont dits civiques. C'est de cet adjectif
(en latin civicus) que dérive le terme civisme qui apparaît, en langue
française, en 1770 (Mudimbe 1972:7). Le citoyen se pose face au métèque,
à l'étranger. Plusieurs des droits et obligations qu'entraîne la citoyenneté sont
exclusifs en ce sens qu'ils sont refusés aux étrangers. En l'occurrence, il est
refusé à l'étranger de s'occuper des affaires politiques du pays hôte. Les
droits politiques sont réservés aux citoyens, et même parmi ces derniers, aux
seules personnes adultes (en général à partir de 18 ans) et, pendant
longtemps dans certaines sociétés, ils étaient réservés aux seuls hommes, en
excluant les femmes.
Mais il y a, à partir de cette même racine de "civis", une gamme large de
dérivés, dont : civil (droit civil : ensemble de lois relatives aux droits du
citoyen ; état civil ; mort civile, etc.) ; incivique (qui n'est pas digne d'un
citoyen) ; incivil (contraire aux lois civiles) ; civilité (observation des conve-
nances en usage parmi les gens qui vivent en société) ; civiliser (donne un
état civil à quelqu'un, c'est-à-dire le faire passer, au moyen de la culture
[41]

morale, intellectuelle et sociale, de l'état primitif à un état plus avancé sur le


plan des moeurs et des facilités matérielles).
En France, le mot citoyen avait remplacé le terme "monsieur" lors de la
Révolution, plus exactement depuis la "Déclaration des Droits de l'Homme
et du Citoyen" de 1789. Il fut l'un des symboles de la rupture radicale avec
la monarchie. Tandis que le mot "citoyenneté" désigne la qualité de citoyen,
le terme "citadin" nomme quant à lui l'habitant d'une cité, d'une ville.
On notera qu'en République Démocratique du Congo également, la
Révolution qu'inaugure le Manifeste du Mouvement Populaire de la
Révolution (texte de base du parti politique unique créé par le Président
Mobutu en 1967) a imposé (à tous les Zaïrois que nous étions) l'usage du
terme "citoyen" ou "citoyenne" à la place de celui de "monsieur" ou
"madame", comme jadis, dans la Révolution Française. Cet usage particulier
a disparu du vocabulaire politique du Congo Kinshasa dès l'amorce du
processus de démocratisation, en 1990.
Mais revenons à l'essentiel pour retenir que l'idée fondamentale qui relie tous
ces termes c'est celle d'une communauté d'hommes réunis, habitant une cité,
et soumis à un ensemble de règles et de convenances admises par toute la
communauté, et que chaque citoyen est tenu de respecter pour une vie
harmonieuse et solidaire.
Il est également utile de noter que, contrairement à la société grecque
ancienne qui distinguait des catégories de citoyens (supérieure et inférieure)
et à Aristote qui déniait la qualité de citoyen aux personnes de basse classe,
aux pauvres, aux esclaves et même aux femmes, comme indignes de jouir
des droits civiques et de participer aux affaires publiques de la cité, la
mentalité politique des sociétés actuelles reconnaît cette qualité à tous leurs
habitants, sans distinction d'âge, de sexe ou de ressources intellectuelles ou
de richesses matérielles.
Le civisme prescrit et impose de reconnaître que tous les citoyens sont égaux
en droits et au regard de la loi. C'est un acte de civisme de traiter chaque fils
du pays comme citoyen, une personne qui a le droit de jouir de tous les droits
reconnus aux citoyens (sauf dans le cas de "déchéance civile", c'est-à-dire
de perte momentanée de la jouissance de ses droits civiques entraînée,
conformément à une loi juste, par une faute lourde) et qui est astreinte à
toutes les obligations reconnues par la société.
Le tout premier acte de civisme d'un bon citoyen, c'est de se reconnaître
comme citoyen, c'est-à-dire comme un individu appartenant à une cité,
vivant nécessairement dans une communauté qui lui est supérieure, vis-à-vis
de laquelle il a des obligations et le droit d'attendre qu'elle garantisse ses
droits. Le second acte de civisme de tout citoyen, c'est de reconnaître et de
[42]

respecter les droits des autres citoyens. Ce respect des droits de l'autre
constitue le fondement de la paix et de l'harmonie dans la cité.
La citoyenneté a donc un double aspect : moral et juridique. L'aspect
juridique est l'appartenance d'un individu à une cité, à un Etat donné qui lui
reconnaît cette qualité de citoyen (inscription aux services d'état civil,
naturalisation, et autres procédures) ; l'aspect moral provient du fait de la
possibilité, qui lui est accordée, de jouir librement et pleinement des droits
qui sont reconnus à tout citoyen, et du fait de l'acceptation d'accomplir les
devoirs qui lui sont imposés par la cité.
Etre citoyen c'est se sentir interpellé, par la nation et par son concitoyen, c'est
se sentir responsable de la destinée, heureuse ou malheureuse, de toute sa
communauté nationale. Se reconnaître citoyen c'est assumer sa citoyenneté
au-delà de l'acte d'inscription de soi aux registres des services de l'état civil
de sa mairie, de sa commune ou de son pays. La citoyenneté est un statut
actif, et non point passif : elle ne se chante pas mais se prouve, elle ne se
proclame pas mais elle se vit, par des actes de conformité aux lois du pays
et de détermination à contribuer à sa prospérité et au bonheur de ses
habitants.
4.3. Le civisme : obligation d'assumer sa citoyenneté
Il me paraît approprié de définir le civisme selon deux perspectives, l'une
théorique, l'autre pratique. La première s'efforce de montrer ce que doit être
le civisme de manière universelle. La seconde indique des illustrations
concrètes d'actes témoignant du civisme ou, au contraire, allant contre le
civisme ou la bonne citoyenneté.
4.3.1. Comprendre le civisme
Le civisme est un ensemble de comportements et d'attitudes adoptés et
intériorisés par le citoyen, dans une décision consciente, libre et responsable,
par rapport aux droits qu'il attend de l'Etat et eu égard aux devoirs et
responsabilités qu'il a vis-à-vis de ce dernier et de ses concitoyens, en
conformité avec les lois et les valeurs régissant le bon gouvernement d'une
société. On parle de civisme dans le sens d'une relation de soumission
positive qui s'instaure entre le citoyen et l'Etat. Plus exactement, il y a
civisme lorsque le citoyen fait preuve d'un respect libre et lucide des règles
de vie commune de la cité. Pratiquer le civisme revient à se conformer, dans
son comportement et dans ses actions, aux règles prescrites par la nation en
vue de meilleures possibilités de vie et de bonheur pour chacun et pour
l'ensemble de la communauté nationale.
Le civisme est ainsi à comprendre comme un comportement, manifesté par
le citoyen, conformément à la loi du pays. Cette loi demande au citoyen
[43]

d'aimer sa cité ainsi que les habitants qui la composent, de respecter ses
concitoyens et leurs biens, de travailler à la valorisation du bien commun
consistant à atteindre l'unité et l'harmonie, la puissance, la prospérité et la
joie d'exister de chacun des citoyens de la cité politique.
Du point de vue de l'Etat (nation et gouvernement), le civisme est l'un des
outils fondamentaux que le pouvoir politique se donne pour mener à bien les
affaires publiques dont il a la charge. Il sert à rassembler les citoyens autour
d'un même idéal, du même objectif d'épanouissement, d'union nationale, de
respect des droits de chaque citoyen. L'Etat impose au citoyen un ensemble
d'attitudes et de comportements que ce dernier est tenu d'adopter.
Essentiellement, l'Etat attendra du citoyen un usage correct de la liberté qui
lui est reconnue, un respect rigoureux des lois de la cité, et un sentiment
fervent de nationalisme et de patriotisme.
Du point de vue du citoyen, le civisme est, fondamentalement, une attitude
et une manière spécifique de se comporter vis-à-vis de toute la communauté
nationale. Il suppose un sentiment intime de solidarité avec la réalité
nationale, de fidélité à cette solidarité dans un effort constant de création et
de renforcement de la cohésion nationale, d'engagement personnel pour la
promotion et la défense du bien commun, de respect profond des lois et des
valeurs de la nation reconnues justes et indispensables.
Le civisme est un acte conscient. Mais il peut aussi se vivre inconsciemment,
sans que l'individu prenne véritablement conscience des raisons
fondamentales qui prescrivent la nécessité du respect des lois du pays. Il
s'agit là d'un civisme relativement aveugle et non responsable. C'est, selon
James Rosenau, le civisme des "citoyens médiocres".
Par contre le civisme d'un intellectuel doit être éclairé, rationnel et
responsable. Le véritable civisme se fonde sur des motivations rationnelles
et raisonnables, et se pratique à partir d'une décision libre et éclairée d'obéir,
et de se conformer aux idéaux, règles et convenances de sa société.
En résumé, le civisme, dit Rosenau, "renvoie aux décisions et aux actions au
travers desquelles les individus se relient, sciemment ou autrement, aux
affaires publiques. Le degré de conscience avec lequel ces décisions et
actions sont entreprises et à dessein, détermine si l'individu pratique ou non
un civisme satisfaisant ou médiocre. Les bons citoyens sont ceux qui
cherchent à être conscients de leurs liens avec la communauté et qui agissent
pour maintenir ces liens en fonction de leurs valeurs personnelles. Les
citoyens médiocres sont ceux dont les décisions et les actions à l'égard des
affaires publiques sont prises et réalisées inconsciemment et sans dessein
précis" (Rosenau, 1981:271).
[44]

En réalité, les citoyens "médiocres" sont des citoyens irresponsables. Si elle


n'est pas due à une certaine ignorance, cette irresponsabilité se manifeste soit
par la résignation passive, soit par l'absence d'engagement actif vis-à-vis des
affaires de tout le monde. Le civisme d'un bon citoyen, c'est celui d'un
citoyen qui connaît les raisons de ses décisions et de ses actions positives
vis-à-vis de la nation. C'est donc la conscience et la résolution d'action qui
marquent la différence entre un bon et un mauvais civisme. Il y a un bon
civisme quand la participation du citoyen au bon fonctionnement des affaires
publiques est consciente et intentionnelle. Ces décisions et actions d'un bon
civisme se manifestent comme une contribution du citoyen aux "processus
agrégatifs" de la société, c'est-à-dire, à l'ensemble de procédés et moyens
mis en œuvre par la collectivité pour établir et maintenir les liens de
solidarité entre les membres de toute la communauté.
Par conséquent, le civisme constitue une forme de vie politique. Se
conformer aux prescrits du civisme, c'est participer au bon fonctionnement
social, politique et économique de son pays, c'est être co-gestionnaire des
biens de la nation. Pratiquer le civisme, c'est répondre positivement à un
appel intérieur de l'homme dans la mesure où l'individu se sent solidaire de
la nation et qu'il est conscient que, sans cette réponse positive de sa part, la
communauté entière risque d'être condamnée à la déchéance ou, en tout cas,
risque de se voir substantiellement diminuée et entravée dans la réalisation
de son objectif d'instaurer, pour chacun et pour tous, de meilleures
conditions de vie et de plus grandes possibilités de bonheur.
Le civisme est un comportement moral vis-à-vis de l'Etat, une vie politique
intériorisée par le citoyen. Il exprime la pleine adhésion de ce dernier à sa
communauté et aux idéaux de cette dernière. Il est de ce fait synonyme de
"civilité politique". La pratique du civisme (de la civilité politique) se réfère
à l'Etat, à l'entité globale qu'est la cité. Le civisme s'exerce dans la cité et par
rapport à la cité. C'est ainsi que, strictement parlant, le bon comportement
d'un individu vis-à-vis d'un autre individu en tant que tel (compte non tenu
de sa position sociale) ne sera pas du civisme mais de la civilité, de la
politesse, de la gentillesse, de l'humanisme ou encore, et peut-être mieux, du
"gentlemanisme". C'est là, pour ainsi dire, une "affaire civile", privée entre
individus juridiquement égaux, qui ne relève pas du civisme au sens strict
du mot.
Le civisme se pratique dans et face à l'Etat. Néanmoins nous assistons à
l'époque actuelle, marquée par la technologie moderne, à une
interdépendance croissante des Etats et à un effacement progressif des
frontières entre les citoyens des divers Etats du monde. Les transformations
rapides des sociétés ainsi que les admirables facilités en moyens de
[45]

communication engendrées par les progrès scientifiques et technologiques


contribuent à "abolir" les frontières entre les Etats-nations. Ainsi, les
distances sur le plan des modes de vie et pratiques sociales au sein des Etats
se trouvent largement réduites en même temps que germe, sensiblement, une
civilisation planétaire dans laquelle tous les Etats-nations ainsi que leurs
citoyens respectifs se trouvent bon gré mal gré impliqués.
Chaque citoyen d'un Etat-nation est, en quelque sorte et désormais, un
"citoyen du monde", de 1M'Etat-monde". De ce fait, son civisme est
impérativement appelé à se transformer par l'intégration de nouvelles
composantes. Il faut désormais reconnaître et pratiquer un "civisme
transnational", un civisme vécu à l'échelle mondiale de façon consciente et
responsable. Cet élargissement (interne) de la conception du civisme
entraîne, inévitablement, la nécessité de nouveaux modes dans son
expression. La participation aux "affaires mondiales" ou le civisme trans-
étatique peut se vivre de plusieurs manières, mais toutes doivent passer par
le respect des droits et devoirs transnationaux tels que les fixent, notamment,
les divers Etats réunis au sein de l'Organisations des Nations Unies. Et ce
respect lui-même doit être fondé sur l'impératif de la solidarité internationale
sans laquelle aucun Etat ne peut réellement subsister dans le contexte du
monde actuel. Le terrorisme international, comme forme d'incivisme,
nécessite en effet une solidarité internationale réelle et active.
Le civisme, au niveau mondial, devient donc une question d'amour et de
sentiment intime de faire corps avec le monde. Cet amour entraîne le respect
strict des convenances interindividuelles et internationales qui sont censées
maintenir la paix, protéger l'écologie, respecter les droits de l'homme, tolérer
les différences et favoriser le développement harmonieux de chacun des
citoyens de l'Etat-monde.
Dans cette perspective, le racisme, le terrorisme, l'impérialisme,
l'exploitation économique des pays sous-développés par les pays
industrialisés, la destruction de l'écosystème, la violation des droits de
l'homme et des peuples, la course aux armements en face des milliards
d'êtres humains qui crèvent de faim, etc., doivent être considérés comme des
actes d'incivisme à l'échelle mondiale.
Qu'il soit vécu à l'échelle d'un Etat ou à celle de la communauté
internationale, le civisme comporte absolument un élan de solidarité à
l'égard des autres. Il s'apparente à ce que les citoyens britanniques appellent
"civility". Ce concept exprime "la liaison pour ainsi dire organique (...) entre
les bonnes manières du particulier et le respect pour la loi du citoyen. Etre
"civil", c'est développer des sentiments et des attitudes de bienveillance vis-
à-vis des autres membres de la société, précisément parce qu'eux et nous
[46]

sommes membres de la même société politique" (Bourricaud 1981:163). La


société politique du citoyen moderne a, inextricablement, deux dimensions
: nationale et internationale. Tout bon citoyen doit être civique ou, si l'on
veut, civil et civilisé, non seulement à l'égard de son Etat-nation mais aussi
à l'égard du monde en tant que nation de tous les êtres humains. Il doit se
vouloir et se comporter comme un "citoyen du monde".
Ces considérations sur le contenu sémantique du civisme font voir, en
définitive, que ce dernier est simplement l'autre nom de cette discipline
personnelle que tout individu ou citoyen doit avoir dans ses relations avec
toute la communauté nationale dont la visée fondamentale se révèle comme
une lutte incessante pour la garantie de son existence, de sa cohésion et de
son progrès. Le civisme est une vertu morale dont le contenu est l'amour du
citoyen envers sa patrie (nationale ou mondiale). Il est une attitude d'humilité
et d'obéissance assumée avec intelligence et volonté, et manifestée par un
constant comportement de conformité à tout ce qui est susceptible de
maximiser l'existence de sa communauté, de lui assurer la cohésion sociale,
de la faire prospérer et de rendre heureux chacun des membres qu'elle
comporte.
4.3.2. Pratiquer le civisme, c'est aimer sa patrie
Pratiquer le civisme c'est, fondamentalement, être un bon citoyen. Et être un
bon citoyen se résume dans la manifestation, par le citoyen, d'un amour
vibrant et sans bornes pour sa patrie.
Aimer son pays c'est manifester un comportement civique, plus exactement,
un comportement qui va dans le sens du respect des lois et règles qui
organisent la société pour y apporter l'ordre, l'unité et la paix nécessaire au
travail et à la coopération fructueuse entre les citoyens. Se comporter de
manière civique c'est sortir de la sauvagerie d'une vie de jungle où il n'y a ni
loi ni ordre; c'est entrer dans la cité, qui se veut un territoire, un espace de
vie bien ordonné parce que régi par des lois rationnelles et justes,
démocratiquement adoptées par tous ou par les représentants des citoyens.
Se comporter de façon civique c'est faire acte de civilité; c'est s'efforcer
constamment de respecter les lois de la cité ainsi que ses concitoyens. Par
concitoyens il faut entendre aussi bien les autorités que toutes les autres
personnes qui sont des pairs, des égaux ou des subordonnés. Du reste, nous
sommes tous ontologiquement des pairs au sein de la cité nationale et
terrestre.
Aimer sa patrie c'est poser, à tout instant et en toutes les circonstances, des
actes susceptibles d'accroître son honneur et sa dignité, de renforcer ses
capacités et sa crédibilité, d'augmenter les potentialités de paix, d'unité et de
plus humble d'entre eux, c'est la fraude fiscale. Cette pratique n'honore point
[47]

quiconque s'y adonne, bien au contraire, elle envoie à la honte et en prison.


Un pays dont les citoyens versent dans les fraudes et les évasions fiscales est
condamné à la pauvreté de la majorité de ses habitants, à la faiblesse, et à la
dérision sur le plan international. Le civisme fiscal est le premier atout de
toute nation qui aspire à la puissance. Dans une société bien gouvernée, tout
individu coupable de fraudes douanières et/ou fiscales est sanctionné très
sévèrement. La sanction à infliger à quiconque verse dans la fraude et
l'évasion fiscales doit être exemplaire par sa rigueur, elle doit être à la fois
une punition, une réparation et une dissuasion pour les autres.
Aimer sa patrie, c'est éviter avec fermeté et combattre de toutes ses forces
toute tentation de collusion avec les étrangers ennemis de son pays ou de ses
chefs; c'est refuser à tous les prix et sacrifices de se faire le complice ou
l'instrument de domination et d’exploitation cynique de son pays par les
étrangers et les concitoyens délinquants, égoïstes, sans âme ni grandeur.
Aimer sa patrie, c'est la protéger, la défendre, jusqu'à sa dernière goutte de
sang, contre tous ses ennemis, noirs ou blancs, concitoyens ou étrangers,
voisins ou lointains. C'est l'exalter à la face du monde en soulignant ses
vertus, ses qualités, sa beauté, ses potentialités et ses performances tout en
voilant patriotiquement tout ce qui peut flétrir sa dignité, ternir son honneur,
décourager ses amis et tous ceux qui seraient portés à l'aimer, à y investir, à
y vivre. Aimer sa patrie, c'est savoir taire ses insuffisances et défauts vis-à-
vis de ses ennemis, et néanmoins s'engager à lui proposer des orientations
fécondes, à travers une critique responsable, lucide, positive et polie,
formulée d'une manière propre à arracher l'approbation des destinataires;
c'est ne point prêter les flancs de sa patrie aux attaques des ennemis.
Aucun enfant sérieux ne peut s'enrouler dans la volupté d'une critique
désinvolte, irréfléchie ou mensongère pour des buts égoïstes contre sa propre
mère. La patrie est notre mère. Qu'elle soit belle ou laide, petite ou
mastodonte, l'attachement filial nous contraint de l'aimer, et de la protéger
énergiquement contre quiconque chercherait à la ridiculiser, à la violenter, à
lui manquer de respect, à la battre ou à la soumettre à l'esclavage.
Bref, faire preuve de civisme c'est se montrer véritablement bon citoyen;
c'est respecter les prescrits de la citoyenneté, en particulier celui de l'amour
de la patrie et de ses compatriotes. Aimer ses compatriotes c'est ne jamais
accepter qu'ils soient dominés, subjugués, exploités, spoliés ou réduits à
l'esclavage par qui que ce soit, concitoyens ou étrangers. Etre un citoyen
véritable c'est, essentiellement, être un homme ou une femme responsable,
un homme ou une femme de devoirs, qui se sait d'une manière claire
coresponsable de la destinée, heureuse ou malheureuse, de sa patrie.
[48]

Dans la Deuxième République, en République Démocratique du Congo, les


autorités ont élaboré un excellent code de morale civique et politique. Cette
morale, dite révolutionnaire, prend les valeurs suivantes pour essentielles
dans la vie du citoyen et de la cité, vertus que, malheureusement, les
dirigeants eux-mêmes n'ont jamais pratiquées, entraînant de ce fait le
déclenchement d'une lugubre culture d'incivisme, de corruption et
d'impunité pendant des décennies depuis le 24 novembre 1965, date du
premier grand acte incivique de Mobutu, qui perpètre un coup d'Etat non
fondé et inutile pour la nation.
Il s'agit des valeurs citoyennes suivantes : (1) l'engagement libre et spontané
dans les tâches et activités d'intérêt national, concourant à la réalisation
effective des idéaux du pays ; (2) le sens de responsabilité dans la bonne
marche de la nation ; (3) la sociabilité qui consiste, pour le citoyen, à être
socialement beau, pur, aimant et s'occupant de ses concitoyens, de la nation
et de ce qui concerne l'Afrique, en se conformant aux règles de la civilité
privée et publique ; (4) le militantisme, qui s'entend ici comme synonyme
du dévouement patriotique dont chaque citoyen doit faire preuve en tant qu'il
se sent concerné par l'activité politique, culturelle et économique de son pays
; (5) le nationalisme, à entendre comme un amour agissant tourné vers la
communauté nationale en sa globalité, en refusant le sectarisme régionaliste,
ethniciste, tribaliste, népotiste et égoïste ; (6) la conscience professionnelle,
qui est le contre-pied de la négligence, du laisser-aller, de l'absentéisme au
travail, de la corruptibilité, de la paresse dans l'accomplissement de ses
tâches ; (7) la compétence, vertu civique qui veut que, pour être efficace,
chacun soit intellectuellement et professionnellement apte et qualifié, et que
par conséquent la société respecte le principe de l'homme qu'il faut à la place
qu'il faut ; (8) la discipline, qu'il faut comprendre comme maîtrise de soi et
respect strict des exigences de la vie communautaire, base d'une société
harmonieuse et rampe d'envol d'un développement soutenu ;
(9) la vigilance révolutionnaire vis-à-vis des idéaux et idéologies de la
communauté nationale, vis-à-vis de soi-même en se critiquant et en se
corrigeant sans cesse, vis-à-vis aussi des autres, de nos concitoyens qu'il ne
faut jamais oublier d'aimer et de servir, et vis-à-vis des ennemis qui
cherchent à nous exploiter et à contrecarrer notre volonté de vie bonne ;
(10) enfin la crédibilité, vertu qui veut que le cadre soit fidèle à lui-même,
qu'il conforme son acte à sa parole et, autant que possible, qu'il évite de
"démobiliser les militants de base par de contre-témoignages".
Au fondement de ces vertus de la morale civique et politique, il faut placer,
bien entendu, les vertus cardinales que cette "morale révolutionnaire" oublie
[49]

de nommer : l'amour et le respect de l'autre, du bien, de l'égalité, de la justice,


de l'esprit démocratique.
4.4. La Cité
Une vie communautaire et harmonieuse de la cité nécessite un certain
nombre de facteurs qui l'engendrent et la maintiennent. Généralement, la cité
se définit au moyen des principes et traits suivants :
1) La cité doit comporter des membres c'est-à-dire un groupement
d'hommes et de femmes, des citoyens ;
2) Ces citoyens doivent avoir une conscience commune d'un passé commun,
d'un même destin, et une volonté commune de vivre ensemble ;
3) la cité se caractérise par une vitalité spécifique (par ses activités
culturelles, sociales et économiques) qui imprime à la société un style de vie
et une personnalité propres ;
4) la cité doit offrir des conditions écologiques et géographiques propices à
la prospérité, au bonheur des citoyens et à sa propre continuité historique ;
5) la cité doit pouvoir régler les rapports entre les citoyens au moyen d'une
organisation juridique juste et appropriée ;
6) la cité doit comporter un organe directeur investi de l'autorité nécessaire
pour présider à la destinée commune : l'Etat, au sens de pouvoir politique,
de gouvernement (Voir Mbela Hiza 1985:2-3).
Ainsi, la Cité constitue une unité géographique et politique au sein de
laquelle les citoyens, tout en exerçant des activités économiques et
culturelles individuelles, sont invités à participer à la gestion collective des
biens publics. Le citoyen y participe soit par le commandement soit par
l'obéissance, ou, en tout cas et inévitablement, par le respect des règles et
convenances en dehors desquelles aucun citoyen ne saurait être "civilisé",
c'est-à-dire accepté comme membre de la cité, respectant les prescrits du
civisme au sein de la cité.
Vis-à-vis de la cité, le tout premier acte de civisme que chaque citoyen est
constamment invité à accomplir c'est d'aimer sa cité, sa communauté
d'existence. Cet amour de la cité se traduit concrètement par le respect de la
loi qui s'efforce de réglementer les relations entre les citoyens et différents
groupes dans le but d'instaurer l'harmonie, la concorde et la paix pour tous
dans la cité.
4.4.1. La cité comme patrie
La cité, espace précis où doit se vivre le civisme, est à comprendre non dans
le sens ancien d'un espace géographique circonscrit par les limites de la ville,
mais plutôt dans un sens plus profond, celui de patrie, c'est-à-dire de terre de
ses pères.
[50]

La patrie est donc une communauté géographique sociale et politique à


laquelle appartient le citoyen du fait qu'elle est soit sa terre natale dans
laquelle ont vécu ses ancêtres et ses parents, soit son pays d'adoption auquel,
à la faveur d'un sentiment psychologique intime, on se sent appartenir de
manière forte.
Ce terme peut désigner la maison paternelle, le village, la région, le pays ou
le continent comme "terre natale". Mais de manière métaphorique, patrie
coïncide aujourd'hui avec les limites spatiales de l'Etat moderne. Ainsi la
RDC, dans ses dimensions géographiques actuelles, est la patrie du citoyen
congolais, comme le Bénin actuel est celle du citoyen Béninois.
Mais on doit noter que la Patrie se distingue de l'Etat, et même de la Nation,
par le sentiment particulier d'intimité et d'affectivité qui est associé à la
notion de patrie.
La comprenant comme terre de ses pères et de ses ancêtres, l'individu a de
la patrie une conscience pour ainsi dire sacrée de ce lieu où reposent les
ossements et où continuent de vivre les esprits de ses pères. Le caractère
sacré de la notion de patrie est donc son trait distinctif majeur. La patrie fait
l'objet de révérence et d'un amour profond, presque religieux, qui aboutit
jusqu'à l'acceptation volontaire et enthousiaste du sacrifice de soi, de tous
les efforts qu'exigent la défense et l'honneur de la patrie : le patriotisme.
4.4.2. La cité comme nation
Cité signifie aussi nation. La nation (terme dérivé du verbe latin nasci :
naître) est à comprendre comme un groupement humain formant une
communauté sociale et politique établie sur un territoire défini, et
personnifiée par un ensemble de coutumes, de pratiques spirituelles et
d'activités matérielles propres. La nation se spécifie au moyen d'une culture
propre à laquelle communient tous les membres de la nation.
Toutes les personnes constituant une nation se sentent étroitement unies
entre elles par un lien spirituel et culturel puissant fondé sur l'appartenance
à une même communauté au sein de laquelle on est né. Le sentiment national
se justifie par le fait que les personnes habitant un même territoire sont nées
toutes dans ce territoire et par conséquent ont une origine commune, des
institutions communes, une identité spécifique, et forment un corps social
distinct (Voir Mzee Munzi-hirwa, 1987:5-19).
Ce sentiment implique, comme naturellement, la volonté de lutter pour un
idéal commun qui doit faire le bonheur de tous, et aussi la nécessité de
s'organiser pour l'atteindre. Cet idéal se définit essentiellement comme désir
d'exister et volonté d'identité propre de la communauté.
[51]

Tout comme "citoyen", le terme "nation" est de ceux qui furent fortement
valorisés par la Révolution Française. Le concept de "nation" fut
singulièrement affirmé en opposition au Roi et à l'Etat dont il personnifiait
le pouvoir. On marque désormais une nette séparation entre ce qui relève du
roi comme individu et ce qui relève de la nation tout entière. On crie non
plus "Vive le Roi !" mais désormais "Vive la Nation !". Du culte du roi, on
passe à celui de la nation. C'est ainsi que naît le terme "nationalisme",
comme exaltation de l'idée et de la réalité nationale.
Dans l'acception politique moderne (légèrement différente de l'acception
ethnologique), la nation se veut une communauté humaine autonome dirigée
par une autorité souveraine et reconnue légitime, c'est-à-dire autorisée (par
les habitants concernés et/ou par la communauté internationale au nom du
"droit des peuples à disposer d'eux-mêmes") à présider aux destinées de cette
communauté nationale.
Avec l'avènement des mouvements d'affirmation des peuples colonisés, le
nationalisme sera l'une des valeurs-instruments importantes de la lutte de
libération des pays africains. En République Démocratique du Congo, le
nationalisme a constitué un pilier fondamental de l'idéologie politique du
Président Mobutu. Recevant une forte accentuation, il fut même dit
spécifique : le Nationalisme Zaïrois Authentique. Chaque pays d'Afrique a
connu son moment d'éveil au nationalisme, spécifié par les réalités
historiques et la vision du monde locales. Mais au niveau de l'ensemble du
continent noir, le nationalisme a pris le nom de panafricanisme (idéologie
de l'unité politique de l'Afrique prônée essentiellement par des personnalités
célèbres comme Kwame Nkrumah, Sékou Touré, Cheikh Anta Diop).
Mais pour achever de définir la notion de nation, retenons qu'il existe de
nombreux éléments, objectifs et subjectifs, qui concourent à la formation
d'une Nation.
Le premier facteur généralement nommé c'est la race. La nation est alors
pensée comme un groupement d'êtres humains dont la cohésion se trouve
renforcée par l'homogénéité raciale. Cependant, l'avènement d'une nation
n'est pas strictement lié à cette notion. Le critère de race n'est pas pertinent
car on rencontre des nations multiraciales (les Etats-Unis, par exemple). Il
en est de même des groupes ethniques qui constituent diverses "nationalités"
(entités ethniques homogènes) mais qui peuvent se "sublimer" en nation-
Etat. Le Congo qui comporte plusieurs centaines d'ethnies peut cependant se
dire une "nation" dès lors qu'il y existerait un sentiment d'appartenance à une
entité commune, sur fond de mythes ou d'événements historiques partagés,
supérieure à l'ethnie.
[52]

Le deuxième facteur de nation c'est la langue. L'unité linguistique constitue


un élément important dans la formation d'une nation. Elle fait du corps social
une entité solidaire. Néanmoins, il faut retenir qu'une nation peut bel et bien
exister en situation de plurilinguisme (ainsi la Suisse, qui a quatre langues).
Par ailleurs, le fait de parler une seule langue dans un pays ne suffit pas pour
constituer une nation. L'élément linguistique doit donc être associé à
d'autres.
Le troisième facteur, c'est le territoire. Une nation se forme et ne peut
véritablement exister que dans un espace donné et identifiable. Le territoire
contribue davantage à l'unité et à l'identité des personnes qui ont une langue
et un héritage communs. Même s'il n'est pas un critère absolu de l'existence
d'une nation (le peuple palestinien, qui a vécu pendant longtemps sans
territoire, n'a jamais cessé d'être une nation), le territoire est cependant une
condition d'affirmation et de souveraineté nationale vis-à-vis des autres
nations. Classe, d'un groupe, d'un individu, d'exercer sa volonté exprimée
dans la politique et les normes du droit" (Bourlatski,
1979:29).
Le sociologue et économiste allemand Max Weber a donné des concepts
"pouvoir" et "Etat" des définitions célèbres qui inspirent, d'une manière
forte, les tentatives modernes de définition de ces mêmes réalités. "Le
pouvoir, dit-il, signifie toute chance d'imposer, au sein des rapports sociaux
donnés, sa propre volonté, contre toute résistance et quel que soit le
fondement sur lequel cette chance repose" (Bourlatski, 1979:27 ; Perroux,
1972:30). Cette définition introduit les rapports de volonté dans le concept
de pouvoir et se rapproche ainsi de la conception marxiste qui fait de la
volonté et des rapports de classes en lutte le fondement du pouvoir.
Le pouvoir politique est un pouvoir spécifique, exclusif à l'Etat. Ce dernier
est caractérisé par le fait qu'il détient le monopole de la contrainte légitime.
Il peut certes réaliser ses buts en recourant à des moyens non coercitifs (la
persuasion idéologique, l'éducation morale et civique, la stimulation
économique, etc.). Mais également, il lui est reconnu le droit de recourir à la
force physique, à la contrainte (les amendes, l'emprisonnement, et même la
peine de mort, etc.) pour imposer l'obéissance à la loi qu'il met en place.
Ainsi, le pouvoir d'Etat (le pouvoir politique que détient l'Etat) est toujours
et d'une manière ou d'une autre, "une forme de pouvoir social à caractère de
classe, qui s'appuie sur un appareil spécial de coercition et dispose du droit
exclusif de légiférer et de prendre d'autres dispositions dont l'exécution est
obligatoire pour tous" (Bourlatski 1979:30).
[53]

4.5. L’Etat-nation
Le pouvoir politique s'exerce sur un groupement humain situé sur un
territoire défini. Ces trois éléments constituent la base de l'Etat entendu dans
son second sens, celui d'Etat-Nation. Ainsi l'Etat signifie, dans le sens
moderne, "un ensemble socio-politique installé sur un territoire dont les
limites sont clairement définies, et soumis à des dirigeants qui sont
normalement indépendants de toute autorité étrangère et capables de se faire
obéir par tous leurs ressortissants" (Wright, s.d.: 15).
Dans le fonctionnement et la marche d'un Etat, chaque citoyen est soumis à
des obligations précises. Pour l'intérêt de la communauté, l'Etat (l'Etat-nation
à travers l'Etat-gouvernement) doit prendre des décisions justes et
rationnelles tout en commandant et surveillant leur exécution, tandis que le
citoyen, gouverné et gouvernant, est tenu d'obéir aux lois de la cité.
La liberté de l'individu est une valeur importante. Au nom de la liberté,
l'individu peut refuser d'obéir. Mais en même temps qu'il est du devoir de
l'Etat d'être juste et raisonnable, il est demandé au citoyen de se considérer
comme une liberté raisonnable, comme un citoyen libre de tout faire dans le
cadre de ce que les lois prescrivent parce que jugé bon, juste et rationnel
pour l'intérêt de chacun et de tous dans la société. Si donc, au nom de son
droit à la liberté, le citoyen refuse ou néglige ses obligations civiques
reconnues justes par la communauté, sa liberté devient extravagante. Dans
ce cas, l'Etat peut et a l'obligation, dans l'intérêt commun de la société, de le
contraindre à marcher sur la voie du respect de la loi, sur la voie du civisme.
Il existe un lien intime entre les différents concepts majeurs relativement à
l'attitude et au comportement du citoyen vis-à-vis de la cité. Si face à la cité
ou à l'Etat le citoyen doit faire preuve de civisme, il doit faire montre de
patriotisme face à la Patrie et de nationalisme face à la Nation. Mais la patrie
concrète du citoyen se présente sous la forme d'Etat-Nation, c'est-à-dire sous
la forme de l'Etat moderne. Ce dernier est la Cité. Il est un corps social
politique au sein duquel les membres (les citoyens) partagent une histoire
commune, un même idéal, une même destinée et une volonté commune de
mener une vie collective (Mwene Batende 1986:23). C'est à l'intérieur de cet
Etat-Nation (de cette cité) que le citoyen est appelé à manifester son civisme.
Dans ce chapitre, deux leçons essentielles sont à retenir. Primo, tout individu
est nécessairement citoyen d'un Etat donné et, en tant que tel, il constitue un
élément d'un ensemble vaste qui ne peut fonctionner comme il convient
qu'avec son concours, lequel traduit précisément le degré de son civisme.
Secundo, tout individu est citoyen d'un Etat précis et, en tant que tel, il doit
se soumettre et obéir, avec lucidité et à l'intérieur de sa situation ou sa
[54]

fonction particulière, à toutes les lois et convenances sociales susceptibles


de faire fonctionner son pays de façon correcte et efficace.
Et, avec l'insertion progressive et accélérée de l'individu dans une espèce
d'Etat planétaire symbolisé par la densification des interrelations, et par la
mondialisation, tout individu est désormais appelé à vivre un civisme trans
étatique ou mondial, en se conformant aux lois, règles et principes de vie
acceptés par la communauté internationale, à travers, notamment, les
dispositions pertinentes du droit international créé par les différents
organismes de l'Organisation des Nations Unies. En particulier, le respect
par tous les peuples des prescrits de la Cour Pénale Internationale devra
pouvoir aider à l'avènement d'une nouvelle culture civique mondiale.
[55]

CHAPITRE CINQUIEME FONDEMENTS ET


FACTEURS DU CIVISME
5.0. INTRODUCTION
Le civisme s'exprime pour le citoyen, au sein de l'Etat, à travers un ensemble
de vertus et de comportements au moyen desquels le citoyen témoigne d'un
amour profond à moyen de son pays. Et cet amour ne doit pas simplement
être contemplatif et verbal (« j'aime mon pays ») mais un acte conscient et
lucide d'engagement nationaliste et de participation politique à la gestion et
à l'orientation des affaires publiques.
Mais qu'est-ce donc qui justifie et légitime de manière ultime le
comportement civique, et comment amener le citoyen à acquérir et à vivre
le civisme d'une manière constante ?
L'objectif de ce chapitre est ainsi d'identifier les fondements de l'attitude
comme du comportement civique et, aussi, d'indiquer les éléments qui
favorisent et entretiennent la ferveur civique dans le cœur du citoyen. La
connaissance de ces fondements devrait permettre au citoyen de mieux
prendre conscience de la nécessité de pratiquer le civisme ; tandis que la
connaissance des facteurs du civisme vise à montrer l'exigence, pour les
dirigeants, de les établir dans toute société qui entend exalter et imposer
l'esprit civique chez ses citoyens, et elle vise à susciter chez les citoyens le
désir de les revendiquer comme des droits qui leur reviennent.
5.1. Les fondements du civisme

Le civisme en tant qu'attitude de docilité du citoyen à l'égard de sa


communauté nationale, semble trouver son fondement dans trois éléments
majeurs : la conscience politique nationaliste, la liberté raisonnable et le sens
éthique.
5.1.1. La conscience politique
Le civisme se fonde, en tout premier lieu, sur la prise de conscience, par le
citoyen, de sa responsabilité dans la destinée globale de la société et, donc,
de sa vocation politique.
[Link]. Nature de la conscience politique
La conscience politique est le sentiment et la perception de soit comme
responsabilité au sein de sa communauté nationale. Elle est à cet effet une
conscience, d'ordre moral, soucieuse non de ses intérêt personnels mais de
l'intérêt de toute nation. Avoir de la conscience politique, c'est se sentir
appelé par la nation et pour l'intérêt de la nation, à accomplir des devoirs.
[56]

Parce qu'elle est morale, cette conscience pousse le citoyen à construire à


l'orientation des décisions politiques vers les formes jugées rationnelles,
raisonnables et justes. Elle pousse à désirer la transformation de la société
pour une vie plus épanouie pour chacun et pour tous. Dans cette perspective,
la conscience politique se présente, à son état de germination, comme une
conscience qui se désole face à un état des choses lamentable, injuste et
contraire à une vie correcte.
La conscience politique commence avec la prise de conscience d'une faille
existant dans l'organisation, dans la gestion ou simplement dans l'état
général de la nation. Elle mûrit dans la décision de prendre plus continuer
ainsi et qu'elles doivent changer en faveur de chacun et du bienêtre général
de toute nation. La dimension politique entre en jeu dès l'instant où le citoyen
se découvre, face à cet état de choses insupportable, comme obligé en même
et conscience de faire quelque chose comme devant moralement contribuer
au changement améliorateur de la société.
Ainsi, la conscience politique est, pour le citoyen, la prise de conscience des
droits qu'il a à attendre des autres, notamment de l'Etat, mais aussi et surtout
des devoirs qu'il a à accomplir pour que sa société soit plus belle plus juste,
plus harmonieuse et mieux gouvernée.
La prise de conscience de ses droits et devoirs vis-à-vis du prochain et de la
communauté nationale constitue le contenu essentiel de la conscience
politique. Ces droits et devoirs sont fixés, facilement ou explicitement, par
les mœurs et coutumes ou par les lois écrites, au sein de chaque communauté
villageoise, clanique, tribale, éthique, étatique ou internationale. Mais
considérons les deux derniers niveaux, l'état-nation et la communauté
internationale (en commençant par les devoirs des citoyens ; les droits de
base sont étudiés plus loin).
S'il a des droits des libertés à atteindre et à défendre, le citoyen a aussi, et en
revanche, des devoirs à accomplir en faveur des autres et de la communauté
nationale. Et, en général, tout bon citoyen doit savoir que les droits qu'il
revendique auprès des autres sont précisément es devoirs qu'il a vis-à-vis des
autres et de la communauté nationale. La conscience politique est,
essentiellement, la prise de conscience parait qu'un citoyen a à accomplir
dans la cité. Et il apparait qu'un citoyen civilement mûr doit assumer deux
principaux devoirs de base.
[57]

[Link]. Le devoir de connaître et de défendre les droits de la personne


Le tout premier devoir du citoyen, c'est l'obligation de connaitre (et donc de
prendre conscience de) ses droits, qui sont introuvables parce que
fondamentaux pour la vie et la dignité humaine, et qu'il est en droit de
réclamer auprès des concitoyens et des différentes collectivités dont il fait
partie.
La connaissance de ces droits doit s'accompagner de la décision de devoir
les défendre avec acharnement chaque fois qu'ils sont violés. Le devoir de
base qui témoigne d'une maturité de conscience politique. S'il ne peut arriver
à les défendre tout seul, il a la liberté voire l'obligation de solliciter le
concours des services nationaux ou internationaux chargés de défendre les
droits de l'homme : le cours et tribunaux du pouvoir public ainsi que les
institutions privées (comme au Congo, la « Ligue Congolaise des Droits de
l'Homme », l'Association Africaine des Droits de l'Homme », la « Voix des
Sans Voix » et).
[Link]. Le devoir de contribuer efficacement aux efforts de son pays
Le deuxième devoir du citoyen, c'est la nécessité d'assumer la responsabilité
d'aider efficacement son pays dans ses efforts pour le développement social
et économique. Pour cela, il a le devoir de participer, de contrôler à la bonne
marche des affaires publiques de sa cité. « En régime démocratique, le
citoyen ne peut se contenter de profiter de la protection de l'Etat et des
garanties que lui accorde la Constitution. Il doit également contribuer dans
la mesure de ses moyens et de ses fonctions qu'il remplit dans la société, au
bien fonctionnement de celle-ci.
Il a le devoir de s'intéresser aux affaires publiques. Il doit s'informer des
grands problèmes qui intéressent le pays. Il doit s'efforcer de comprendre les
conditions du développement économique afin d'y participer activement ».
(De Quirini, 1980 :72-73).
Le devoir de participation politique ainsi qu'il est décrit plus haut
(participation directe, semi-directe, indirecte) reprend les formes majeures
de contribution du citoyen aux efforts pour exister et bien exister de sa
nation. Mais nous revenons, plus loin, sur cette question importante des
devoirs du citoyen dans l'examen du comportement qui convient au citoyen
dans le cadre d'une société démocratique.
Le citoyen doit garder ces droits et devoirs à la mémoire. A la base de cette
connaissance et de la revendication des droits se trouve la prise de
conscience, par le citoyen, de l'obligation et morale de se découvrir come un
responsable dont doit dépendre, d'une manière ou d'une autre, la bonne
gestion politique de la destinée intellectuelle, morale , sociale, culturelle et
économique de la nation.
[58]

5.1.2. La liberté d'un individu responsable et raisonnable


Le deuxième fondement du civisme, c'est la liberté responsable et
raisonnable. En effet, de même qu'il n'y a pas de civisme en l'absence de la
conscience politique, il ne peut réellement exister de conscience politique
que si l'individu prend la libre décision de répondre positivement à l'appel
au civisme. Car en tant qu'il est une personne libre, l'homme peut refuser de
collaborer à la construction nationale. Il peut même choisir d'exercer une
liberté négative, destructrice de toute initiative de vie communautaire. Rober
Pelloix fait judicieusement remarquer au peuple français (et à nous) qu'à la
base du manque d'esprit civique se trouve habituellement, « une conception
erronée, ou en tout cas, anachronique de la liberté. La plupart des
philosophes et des juristes, jusqu'à ces dernières années, ont conçu la liberté
avant tout comme une résistance au pouvoir, dont on redoute l'arbitraire.
C'est là l'idée de 1789. C'est là l'idée d'Alain qui professe que l'autorité
corrompt toujours ceux qui l'exercent et campe le citoyen contre les
pouvoirs. C'est là, dans une large mesure, l'idée de publicistes comme
Hauriou et Deguit, dont toute l'œuvre est orientée vers la recherche d'une
stricte limitation de l'Etat par le droit. C'est là encore la notion la plus
répandue chez nos concitoyens, et ceci ne les empêche pas d'ailleurs de
manifester quelque indifférence à l'égard des problèmes concrets concernant
la mise en œuvre de cette liberté toute négative, par exemple l'amélioration
de leur justice » (Pelloux, 1955 :121).
On saisit là que la notion de liberté comporte deux facettes positives et
négative. La liberté négative _celle qui est comprise par l'individu comme
absence d'entraves, de toute contrainte ou, tout au moins, comme résistance
au pouvoir, et désobéissance aux lois nationales même lorsque ces dernières
sont bonnes et justes. La liberté négative est celle qui est comprise comme
une liberté absolue. En définitive, elle se transforme vite en liberté totalitaire
ou anarchiste, tout à fait dangereuse, car l'individu valorise alors sa liberté
et son individualisme d'une façon nuisible pour les autres. On mesurera le
danger d'une telle liberté chaque fois qu'on se rappellera que, déployant son
imagination, ses possibilités et ses actions en toute liberté, Adolf Hitler a
servi de nombreux peuples et massacré des millions d'êtres humains. On le
sait : si cette liberté n'avait pas été entravée par la défaite, les juifs et peut-
être le « Furher » auraient disparu de la surface terrestre.
A la fausse liberté, destructrice de la société, s'oppose la liberté véritable, la
liberté positive, créatrice. La vraie liberté est constructive et participative.
L'esprit civique trouve son envol sur une telle forme de liberté. C'est une
liberté lucide et raisonnable : qui sait que l'exigence d'épanouissement de
chacun et de toute la communauté impose des limites à la liberté. La
[59]

construction d'une société harmonieuse et épanouissante veut que chacun


connaisse et intériorise ce principe pragmatique fondamental : chaque
individu est entièrement libre mais, afin d'éviter les batailles perpétuelles et
le chaos, chacun doit savoir que « la liberté de balancer son bras s'arrête là
où commence le nez du voisin »
Ainsi, un bon citoyen doit être responsable, maitre de sa liberté, il doit mener
sa liberté, et non se faire mener par elle. C'est dans cette perspective que se
situe une liberté non pas démolisseuse mais constructive, participant à la
construction nationale. Une liberté raisonnable, c'est la liberté d'un citoyen
intelligent, qui sait qu'il est nécessairement situé dans un espace étatique qui,
dans son désir d'harmonie et de continuité historique, établit des normes que
chacun est tenu de respecter. C'est la liberté d'un individu respectueux et
responsable devant les autres, et qui sait que, même au nom de la liberté, il
ne lui sera jamais autorisé à dire ou à faire n'importe quoi, n'importe quand,
à n'importe qui et de n'importe quelle manière.
Le civisme trouve sa légitimité à partir d'une liberté lucide et raisonnable,
respectueuse de ses frontières, des droits des autres, et des lois, des chefs,
des structures, des valeurs de la nation. Dans la mesure où il est impossible
de vivre sans les autres, en dehors de la société, et étant donné qu'on ne peut
réellement vivre et s'épanouir, sur tous les plans, en entretenant une guerre
continuelle contre les autres, le civisme se donne comme une exigence
fondamentale inhérente à toute vie en communauté. Celle-ci demande (dans
un contrat social tacite) que chaque membre, quoique libre et justement
parce que libre, agisse conformément aux normes établies par le consensus
social raisonné. Et chaque citoyen, qu'il le veuille ou non, doit toujours se
reconnaitre comme une minorité au sein de sa communauté qui lui est
supérieure et qui lui impose de normes et des obligations précises pour
l'intérêt de chacun et de tous. Sa liberté consiste, comme Montesquieu le
note, à faire tout ce qu'il veut à l'intérieur des limites que la loi fixe.
Une liberté ivre d'elle-même dégénère en tyrannie, en licence ou en folie.
Par contre, une liberté libre c'est-à-dire non enchainée par les instincts,
consciencieuse et autodiscipline, est une liberté fonctionnant, comme un
sage penseur, la tête courbée, écoutant l'oreille attentive les conseils de
l'autorité supérieure que sont la raison et la société. La première se veut
absolue, anarchiste, et destructrice, tandis que la seconde est une liberté
relative, disciplinée et créatrice. C'est cette dernière qui fonde le civisme et
exige du citoyen des attitudes et des comportements conformes aux attentes
rationnelles et raisonnables de l'Etat.
[60]

5.1.3. Le sens éthique : amour de soi et de l'autre


Le civisme trouve son troisième et ultime fondement dans les valeurs et
règles morales à base desquelles se développe et s'organise toute
communauté humaine réussie, c'est-à-dire intégrée et heureuse. Ces valeurs
sont notamment, la liberté raisonnable, l'amour de l'autre, l'amour du bien,
le sens de la justice, la solidarité, l'égalité, la sagesse, la tolérance, la
démocratie.
Une vie vécue en conformité avec ces valeurs morale est une vie vertueuse.
Et toute communauté humaine qui aspire à son épanouissement total ne peut
y parvenir qu'en s'appuyant sur la vertu des citoyens. Ainsi, le civisme
comme participation positive du citoyen à la vie politique ne trouve sa
justification dernière que dans la vertu, plus précisément dans cette valeur
morale cardinale qu'est l'amour du bien, le bien à réaliser pour son pays, pour
l'homme.
Autrement dit, le civisme se fonde sur la connaissance du bien et du mal, de
ce qui est juste et de ce qui est injuste. Et développer une attitude civique
c'est opérer un choix en faveur du bien, en faveur de ce qui est juste pour la
communauté. En clair, quiconque agit de manière civique se dit toujours déjà
confusément « je pratique le civisme parce que c'est moralement bien pour
l'épanouissement de mon pays, de mes concitoyens et de ma propre personne
». Tel est le soubassement moral de toute attitude et de tout comportement
civique. Il n'y a donc point de pratique d'un civisme véritable qui ne se fonde
sur la morale. Celle-ci est pour la société, la norme régulatrice du
comportement civique.
C'est ce sens éthique ou la conscience morale qui trouve à la base de tout
comportement civique. Il est une reconnaissance des valeurs
universellement acceptées par la société dont on fait partie, et sans lesquelles
la vie en commun des individus tout comme le progrès de a nation s'avère
impossibles. La conscience discipline interne à l'homme qui doit admettre la
supériorité de l'intérêt public face à l'intérêt personnel.
La vie morale qui fonde le civisme est une vie de sagesse et de discipline de
soi-même, au nom de la valeur suprême des intérêts de l'ensemble de la
nation, et au nom de l'appel intérieur (émanant de la justesse de la loi créée
par les autorités politiques, par les autorités politiques, par les ancêtres ou
par Dieu), invitant à l'obéissance et au respect face à ce qui peut protéger la
vie et qui peut faire régner la paix, l'unité et d'exister dans la cité.
Tout comportement civique conscient et responsable a pour origine une
haute conscience morale. Et c'est cela qui est demandé à tout citoyen : d'avoir
le sens de la moralité, d'être attentif à ce qui est bien, bon et juste pour soi et
pour la société. Lorsqu'on est moral, c'est-à-dire vertueux, l'on adopte
[61]

nécessairement un comportement civique au sein de la communauté


nationale. Et en dehors de cette transformation intérieure de l'homme
écoutant l'impératif catégorique appelant à être bien, juste et sociable, rien
de grand et de noble ne peut s'accomplir dans la société. C'est à base de cette
conviction que, par exemple, les Facultés Catholiques de Kinshasa et
l'Association des Moralistes Congolais s'efforcent d'organiser des colloques
(voir notamment : Ethique et société) destinés à faire voir que la conscience
morale individuelle constitue la source du civisme, de l'altruisme, de la
solidarité et de l'engagement politique. Car c'est le désir de transformer le
monde (ou le refus de le laisser en l'état) qui porte le citoyen à agir et
éventuellement à devenir militant ; c'est donc la morale qui le porte à entrer
en politique (Valadier, 1980 :56).
C'est la morale qui amène le citoyen à accomplir des actions civiques qui
contribuent à la transformation qualitative de la vie en société et de
l'environnement physique en faveur de tous. Parler de vie morale c'est
signifier un effort constant de transformation intérieure croissante de la part
du citoyen, en résistant de toute sa volonté aux appels du mal, de l'égoïsme,
de l'intolérance, de l'agressivité, du sadisme. "Nous ne pouvons transformer
le système social sans nous réformer d'abord nous-mêmes, en provoquant en
nous-mêmes une rénovation de vie spirituelle et morale, en creusant
jusqu'aux fondements personnels, spirituels et moraux de la vie humaine, en
renouvelant les idées spirituelles et morales qui président à la constitution et
à la vie du groupe social comme tel, et en réveillant jusqu'au-dedans de ce
groupe à un élan nouveau" (Munzihirwaa, 1990:355). Un véritable
engagement civique et politique, par exemple en faveur de la création d'une
société démocratique, ne peut être sincère et efficace que s'il est commandé
et soutenu par une volonté permanente de prendre la morale comme règle
d'action fondamentale.
Agir moralement face à autrui et à la cité, c'est se conformer à la règle d'or
de la morale : "Ne fais jamais à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te
fasse". Cet "autrui", c'est à la fois la cité, l'Etat et, aussi, les autorités
politiques et administratives, en plus du prochain, le concitoyen. Mais le
sens moral qui mène au civisme n'apparaît jamais de façon spontanée. Il est
engendré ou, tout au moins, favorisé et entretenu par la société. Il nous faut
donc chercher à identifier les facteurs de la moralité face au bien commun
de la nation.
[62]

5.2. Les principaux facteurs du civisme


La naissance et l'évolution de la conscience civique et politique des citoyens
sont fonction d'un certain nombre de facteurs intimement liés entre eux. Les
six facteurs décrits ci-dessous Sont à considérer comme les plus importants.
5.2.1. La bonne gestion du pouvoir politique
Le mode de gestion [Link] distribution du pouvoir politique et économique
détermine pour une large part, au sein de l'Etat, la nature des attitudes du
citoyen l'égard des affaires publiques. Plus cette gestion est bonne (c'est-à-
dire plus elle répond aux attentes de la population), plus elle a des chances
de favoriser le civisme des citoyens. Par contre, lorsque la gestion du
pouvoir est irrationnelle et sa distribution injuste, le citoyen a tendance à
manifester ses frustrations au moyen de comportements inciviques.
Il s'agit, dans ce dernier cas, d'une sorte d'opposition au pouvoir politique en
place dont les actes, inciviques, entraînent également des réactions
inciviques mais "éur'taùt'des1réactions, qu'il faut juger légitimes, de
revendication des droits lésés. L'incivisme des dirigeants conduit à
l'incivisme des gouvernés et au désordre généralisé.
Un mode de gestion du pouvoir capable de favoriser l'émergence et le
développement de l'esprit civique est celui qui prend nécessairement en
compte la rationalité, la justice, l'égalité, en un mot, les principes d'un
gouvernement démocratique. En régime démocratique, le pouvoir se
distribue, autant que possible, entre les diverses compétences et instances de
la nation, selon le principe rigoureux de "l'homme qu'il faut à la place qu'il
faut". Ce dernier principe exige que la distribution du pouvoir se fasse selon
les mérites de chacun, et selon les compétences intellectuelles,
professionnelles et morales de chacun.
La gestion démocratique constitue la forme de gouvernement politique la
plus correcte et la plus noble. Elle est en effet ce régime politique au sein
duquel les chances de participation politique à la prise des décisions relatives
à la conduite du pays sont institutionnellement garanties et, autant que
possible, équitablement partagées parmi tous les citoyens adultes. Le
pouvoir y est détenu par le peuple qui gouverne, à travers des représentants
élus au suffrage universel, pour l'intérêt non de quelques personnes mais du
peuple tout entier. Forme de gouvernement idéalement fondée sur la
moralité et la rationalité, la démocratie met en valeur l'égalité, la justice,
l'unité, le consentement populaire et la liberté comme moyens d'atteindre
l'harmonie, la paix et le bonheur de la société. Si la rationalité s'acquiert à
travers la science, l'information correcte et la libre discussion intelligente à
propos des choix à opérer dans la société pour le bien et l'existence de la
communauté, la moralité se manifeste, quant à elle, comme discipline
[63]

personnelle, tolérance, patience, humilité, sincérité, reconnaissance de


l'autre dans sa personne comme dans ses opinions et options objectivement
jugées rationnelles.
L'on comprend aisément que parce qu'elle se veut vie morale dans la
politique, la démocratie est la forme de gouvernement la plus difficile à
réaliser. Elle exige la présence constante de la vertu civique, de l'amour chez
les citoyens, gouvernés et gouvernants. Il faut la désirer et se convaincre
qu'elle est la seule qui soit conforme aux aspirations fondamentales de
l'homme tendu vers la liberté, et qui soit capable de conduire au
développement de la nation et de chacun de ses habitants. Il n'y a donc point
de développement véritable en l'absence de la démocratie et des vertus
qu'elle implique (Ngoma-Binda, 1990b). Mais, plus encore, il faut la désirer
et réclamer son instauration parce qu'elle est, selon Leslie Lip-son, la forme
de gouvernement la plus noble. "Je crois que, dans ses formes les meilleures,
c'est le système politique le plus noble que les hommes aient imaginé ; même
quand elle est corrompue, ses défauts sont moins graves que les maux des
systèmes non démocratiques et les remèdes plus faciles à supporter'' (Lipson,
1972:11).
Il va de soi qu'une structuration politique qui confie tous les postes de
commandement et, donc, tous les avantages économiques et tous les
privilèges politiques à une minorité à base de liens d'ethnie, d'alliance ou de
classe, est non démocratique. De ce fait il aura tort de compter sur la parti-
cipation sereine et positive des citoyens aux affaires de la nation. Il apparaît
même cynique, sous certains aspects, d'exiger du civisme (sous forme de
participation) et de la fidélité à l'idéologie et aux idéaux d'un régime
politique structurellement injuste et totalitaire. Et, tout naturellement les
adhésions et participations politiques positives peuvent même spontanément
émerger au sein de la masse des citoyens lorsque ceux-ci sont persuadés de
la justesse et de l'équité des structures et mécanismes de gestion politique
mis en place.
Bref, dans un régime où les dirigeants organisent et distribuent le pouvoir
selon les règles strictes de la dictature, du favoritisme et de la confiscation
égoïste des privilèges, il y a très peu de chances de voir les citoyens pratiquer
le vrai civisme : le civisme responsable, découlant d'une intelligence claire
des choses et d'une libre volonté de participer positivement à la construction
de la nation.
Par contre, ces chances sont grandes dans un régime de gestion
démocratique et morale du pouvoir politique. C'est parce que, ici, chaque
citoyen adulte, où qu'il soit et quoi qu'il soit, se sent responsabilisé face à la
[64]

bonne marche de la nation, et des moyens de participation politique comme


de jouissance des avantages du pouvoir lui sont accordés au maximum.
C'est dire que la fleur du civisme ne pousse et ne s'épanouit véritablement
que sur le sol de la démocratie et de la justice. La justice sociale dont il est
question fait également penser aux règles et procédures juridiques mises en
place dans une société pour dire le droit. Si dans une société la justice est
régulièrement rendue et la sentence efficacement exécutée, les citoyens
finissent par avoir confiance da/is4A institutions publiques qui arbitrent leurs
conflits. La conséquence, sur le plan politique, en est que la participation
politique de la population et le civisme des citoyens se développent : parce
que les citoyens se sentent sécurisés par des lois justes qui sont
judicieusement respectées et rigoureusement appliquées. Autrement dit, le
civisme est pour une large part généré et favorisé par la mise sur pied, dans
la gestion du pouvoir, des structures et mécanismes efficaces garantissant
les droits et les libertés de tous les citoyens.
On ne doit pas se bercer d'illusions : à moins d'y être contraint, le citoyen ne
marche réellement en faveur de la communauté que s'il a confiance dans la
bonne foi de cette dernière, c'est-à-dire s'il est persuadé qu'en retour la
communauté le récompensera équitablement en reconnaissance des services
rendus. En l'absence de ce "civisme" de la communauté à regard du citoyen,
ce dernier se trouvant frustré se retranchera dans la nonchalance, dans
l'indifférence, dans la désobéissance civile ou dans l'opposition négative vis-
à-vis des affaires publiques.
5.2.2. L'éducation intégrative
L'éducation constitue le moyen essentiel d'intégrer les jeunes et d'aider les
adultes à pratiquer un bon civisme dans la société. Eue s'effectue avant tout
au niveau de la famille et des relations les phis proches. L'éducation morale
apprenant à l'homme à respecter les lois, les autorités (père, mère, maître,
chef, etc.), le bien d'autrui et la vie en commun, ne peut être efficace que si
elle commence dès la tendre enfance de l'individu.
"La discipline de soi-même que nous attendons d'un adulte dans une société
démocratique a son origine dans la première éducation de l'enfant, et, par
conséquent, le type d'éducation que nous donnons à nos enfants, tant à la
maison qu'à l'école, peut parfaitement déterminer la possibilité ou
l'impossibilité de l'existence d'une démocratie. Le contrôle de soi qu'un
adulte doit pouvoir exercer, si l'on ne peut pas voir la démocratie dégénérer
en anarchie, doit naître des habitudes prises dès l'enfance. Un enfant qui n'est
soumis à aucun contrôle, auquel aucune discipline n'est imposée, deviendra
sans doute un adulte qui ne supporte pas la retenue et qui est incapable de
discipline de soi-même" (Hallowell, 1977:185).
[65]

Le pouvoir politique a une part prépondérante dam cette tâche d'éducation à


la vie publique. Tout Etat qui oublie ou néglige de valoriser cet instrument
fondamental d'intégration et d'inspiration du civisme est voué au désordre, à
la désintégration et à la destruction totale. Le Congo actuel, incroyablement
anarchique depuis l'euphorie idéologique des années 70 où l'on a "zaïrianisé"
(confisqué) les bien» d'autrui, est le résultat d'une insuffisance d'éducation
morale et de la négligence de toute éducation humaine et intellectuelle par
le pouvoir public.
Eduquer, c'est intégrer le citoyen dans la société. Intégrer le citoyen signifie
procéder à l'unification de la société en établissant entre les différents
citoyens d'étroites relations de solidarité et d'interdépendance. L'objectif
dernier de l'intégration, c'est de faire de la société une cité civilisée, harmo-
nieuse, paisible, respectueuse de l'idéal commun et des règles adoptées pour
le réaliser. Intégrer politiquement, c'est amener le citoyen à s'occuper des
affaires publiques, avec le maximum de conscience morale, dans le but
d'aider la communauté à progresser.
L'un des moyens efficaces entre les mains de l'Etat (et aussi des
organisations privées, religieuses notamment), c'est l'éducation morale,
civique et politique des citoyens. Et, en gros, il y a deux manières
principales, pour l'Etat, d'éduquer les citoyens en vue de faire naître et
favoriser le civisme.
La première, c'est l'enseignement au sein des structures formelles : écoles,
organisations de jeunesse assumées par le pouvoir public, partie politique,
etc. Ces leçons d'éducation civique et politique se font sous forme
d'enseignement classique, académique, ou sous forme de Conférences,
d'écrits, d'émissions radiodiffusées et télévisées, d'exhortation politique. On
y reçoit des notions théoriques et des directives pratiques concernant les
solidarités qui doivent exister, avec leurs droits et devoirs réciproques, entre
l'individu et la communauté. Mais aussi, on y apprend les valeurs que
véhicule l'idéologie du pouvoir en place ainsi que celle de l'opposition. On
apprend les haute faite de 1 histoire nationale en exaltant les vrais héros
nationalistes (qu'il faut identifier adéquatement) afin d'inspirer les jeunes et
de leur insuffler l'esprit patriotique.
La leçon à noter est que ai le pouvoir public a l'obligation de mettre sur pied
les structures adéquates d'enseignement et d'éducation au civisme, le citoyen
a aussi l'obligation d'être attentif à la voix politique qui a la tâche délicate de
lui indiquer les principaux chemins à suivre pour une vie meilleure. Aucun
citoyen n'a le droit d'arborer la vaine et folle prétention de se passer de la loi
et des autorités qui sont chargées de la faire respecter. C'est faire preuve
d'esprit civique, de la part du pouvoir, d'assurer l'éducation au civisme et, de
[66]

la part du citoyen, de se prêter docilement (mais non sans lucidité) aux


normes qui régulent le comportement de tous les citoyens.
La seconde forme d'éducation qui s'offre à l'Etat en tant qu'éducateur, c'est
de pratiquer l'éducation par l'exemple à travers le comportement des
dirigeants. On dit habituellement que l'éducation par l'exemple vaut le triple
de l'éducation théorique. En effet, un inférieur est toujours très sensible et
très attentif au comportement de son supérieur. Et le citoyen se conforme
généralement à ce que font les dirigeants de son pays. L'éducation par
l'exemple, c'est l'éducation par excellence. Quand dans un Etat le pouvoir
est corrompu, injuste et incivique, les citoyens imitent facilement et sans
hésiter le comportement incivique des dirigeants. Par conséquent, ils cessent
d'obéir à leurs mots d'ordre et à leurs instructions désormais vis, mêmes
sincères et bons, comme intéressés, hypocrites et mensongers. Il n'y a rien
de plus démoralisant et de plus dépolitisant, pour le citoyen, que la
contradiction flagrante et éhontée entre tes» professions de foi et les com-
portements des dirigeants politiques et administratifs.
L'éducation ne favorise donc le civisme que si l'éducateur civique et
politique principal (l'Etat et chacun de ses gouvernants) se comporte lui-
même, face aux biens publics d'une façon correcte, juste et raisonnable. Ceci
présuppose que l'éducateur soit intimement convaincu de ce qu'il enseigne
et qu'il soit le premier à s'y conformer de manière stricte et rigoureuse.
On est parfois tenté de se réfugier dans les lieux théoriques paresseux et
fallacieux du genre "faites ce que je vous enseigne et ne faites pas ce que je
fais parce que je suis humain". C'est là une porte ouverte à tous les abus et à
toutes les impuretés possibles sous le prétexte facile de la faiblesse humaine.
Dans toute société et de tout temps, l'éducateur moral et civique est considéré
comme te modèle d'un homme tendant de toutes ses forces vers l'intégrité
morale et la pureté sociale. Et il est condamné à être ainsi, c'est-à-dire à se
comporter comme modèle s'il veut être écouté, s'il désire que son
enseignement soit pris au sérieux, soit intériorisé et soit reproduit en actes
conséquents par tous les autres citoyens.
5.2.3. La sanction, négative et positive
La sanction constitue, au sein de la société, un puissant facteur de civisme.
Elle peut être soit négative soit positive.
Par sanction négative il faut entendre la répression des actes d'incivisme au
moyen de l'armée, de la gendarmerie, de l'emprisonnement, du paiement des
amendes, de la confiscation des biens, et même de la peine capitale, etc. La
sanction négative est ici synonyme de contrainte sociale. Sa force est
fonction du degré de la volonté, de la part des dirigeants, à faire respecter la
loi et, AOrïc, à faire marcher les choses selon les règles de l'ordre, de la
[67]

rigueur, de la justice, La loi n'est forte et justifiée que si la peine qu'elle


prescrit est proportionnelle à l'infraction qu'elle interdit et si cette peine est
appliquée sans complaisance.
L'un des meilleurs moyens de détruire tout esprit divisé dans un pays, c'est
de supprimer la punition ou de faire semblant de punir. En l'absence d'une
sanction rigoureuse en effet, le citoyen se voit largement autorisé à faire
n'importe quoi. Et même s'il est puni, il sait qu'il peut facilement "acheter"
sa peine en commençant par ses juges et les gardiens de la prison. Seule la
sanction permet de soutenir le sens éthique. Aucune société humaine ne peut
ni subsister ni progresser si elle est dépourvue de structures de sanction juste
et sans complaisance. Il y naît plutôt un Etat de désordre généralisé où,
comme dans une jungle, chaque individu, se sentant garanti d'impunité, peut
librement se livrer à toutes sortes d'activités contraires à la morale et au
progrès de la nation.
Tel est le cas de plusieurs Etats africains d'aujourd'hui. Ils ne peuvent jamais
se développer tant qu'il y règne un étal généralisé d'incivisme toléré voire
généré et entretenu par les dirigeants politiques eux-mêmes.
Punir, c'est exercer une certaine violence sur l'individu : une violence
éducative et dissuasive. Mais elle demeure de la violence. Il se pose dès lors
le problème de la légitimité et, aussi, de l'efficacité de la violence comme
forme d'éducation. C'est là une question pédagogique controversée.
Néanmoins, nous pensons que la violence, entendue comme sanction, est
nécessaire et même moralement bonne, en tant qu'elle permet de redresser
le comportement des citoyens déviants, de faire naître l'amour du bien
public, et de faire régner l'ordre ainsi que le sentiment de sécurité et de
confiance mutuelle parmi les citoyens. La violence de la sanction sera
indispensable aussi longtemps que l'injustice, l'égoïsme et la méchanceté
demeureront dans le cœur de l'homme.
Quant à l'efficacité de la sanction négative, elle est évidente lorsque celle-ci
est appliquée sans complaisance. A moins qu'il ne soit viscéralement habité
par un esprit pathologique ou démoniaque: qui le pousserait à des récidives
inconditionnelles, le citoyen sanctionné peut se réformer et, généralement,
arrive à regretter son acte, à se rééduquer, et à réintégrer la société.
Pour les bandits et les criminels professionnels par exemple, l'efficacité de
la punition réside en ceci que leur emprisonnement ou leur exécution
capitale (car la peine de mort doit être envisagée dans les cas désespérés)
apporte la tranquillité au sein de la société. Bien plus, la sanction rigoureuse
vis-à-vis des déviants sociaux se donne comme un avertissement aux autres
citoyens qui seraient tentés de se méconduire. Instrument de dissuasion
[68]

efficace, elle inocule la crainte de la peine et permet de sacraliser les lois,


prescrits et devoirs du citoyen à l'égard du prochain et de la communauté.
Par sanction positive, nous comprenons l'ensemble des mesures, actes et
distinctions destinés à récompenser le citoyen pour son comportement
civique et pour le bienfait que ce dernier procure à l'existence et à l'honneur
de la communauté tout entière.
Cette forme de sanction est la plus susceptible d'encourager l'esprit civique
auprès des citoyens. Elle ne consiste pas à distribuer abusivement des
distinctions honorifiques à tous les bons citoyens. Cela entraînerait des
dépenses coûteuses à la charge de l'Etat, ainsi que la banalisation de
l'intention honorifiante. Bien que de telles récompenses soient
indispensables pour créer des héros et des modèles à suivre, nous estimons
que la forme la plus facile pour favoriser le civisme consiste à appliquer
judicieusement les règles de la justice et, en l'occurrence, à redistribuer
convenablement le travail accompli par le citoyen. En effet, un bon salaire
contribué, de manière efficace, à faire aimer le travail et aussi l'employeur,
qui peut être le pouvoir public.
La sanction positive favorise le civisme dans la société bien plus que la
sanction négative. Elle est fondée sur le principe de la méritocratie : à chacun
selon ses mérites, et seul celui qui a dû mérite détient le pouvoir. La
conséquence heureuse de la sanction sur mérite conduit à l'émulation
positive parmi les citoyens. L'avantage majeur de l'émulation est qu'elle
arrache la société à la mollesse, à la médiocrité, au culte de l'incompétence,
et lui donne de la vigueur, de la volonté d'excellence et de l'espoir pour un
avenir agréable.
Toute société qui veut avancer doit se créer ses héros. C'est sur ces derniers
que les jeunes généralement peuvent conformer leur comportement. Et pour
faire naître des héros, des modèles nationaux (pas nécessairement des
martyrs), l'Etat a l'obligation de mettre sur pied les conditions favorables à
l'épanouissement des talents des citoyens, notamment par l'institution des
encouragements, des récompenses, des distinctions honorifiques, des prix
d'excellence, des subsides à la production d'œuvres de génie, etc.
On comprendra davantage l'importance de créer des modèles nationaux si
on se rappelle que le nationalisme, forme insigne du civisme, se crée, se
développe et s'entretient au moyen, entre autres, de l'évocation des
personnages et hauts faits du passé historique commun à l'ensemble des
habitants d'une ethnie ou d'une cité.
[69]

5.2.4. La justesse des objectifs et des valeurs du projet de société


Un autre élément qui favorise l'attention et la conduite civiques dans la
société c'est, incontestablement, la justesse des objectifs et des valeurs
définis par le pouvoir pour l'ensemble de la société. Plus les idéaux sont
élevés et traduisent correctement les aspirations du peuple, plus les citoyens
seront amenés à travailler de bon cœur à leur réalisation.
Ainsi, si un gouvernement fixe un plan visant l'unité du pays en favorisant
la circulation des biens et des personnes par un vaste projet de construction
des routes, des ponts et des chemins de fer, il y a beaucoup de chances que
les citoyens puissent saluer favorablement un tel projet et qu'ils soient par
conséquent conduits à le soutenir parce qu'ils en saisissent la pertinence et
l'intérêt. Par contre, si un gouvernement, atteint de folie d'orgueil, entreprend
comme Hitler de conquérir les territoires de ses voisins, à soumettre ces
derniers et à les réduire en esclavage, il y a peu de chances que les citoyens
apportent de plein gré et spontanément leur consentement aux ordres du
pouvoir.
Seul ce qui traduit l'aspiration du peuple, c'est-à-dire ce qui se donne, de
façon objective, comme moralement acceptable, rationnellement correct,
socialement juste et économiquement bénéfique peut susciter une réponse
favorable, un comportement civique de la part du citoyen. L'inadéquation
des visées et projets de société des dirigeants par rapport aux aspirations du
peuple refroidit l'ardeur au travail et diminue les chances du comportement
civique de la part des gouvernés.
5.2.5. Des conditions de vie décentes
Un projet de société peut beau être rationnel, rigoureux et raisonnable. Mais
les citoyens ne peuvent spontanément et joyeusement participer à sa
réalisation que si leurs conditions d'existence le leur permettent. On veut dire
par là qu'il est difficile et parfois même impossible de faire preuve d'esprit
civique lorsque l'environnement politique, social, moral et psychologique est
étouffant ou insécurisant, et que les conditions de vie matérielle sont
misérables.
Dans une société où la fourberie et la corruption sont généralisées et où elles
passent même pour des valeurs nécessaires, il va de soi qu'il est difficile pour
ie citoyen de faire seul l'exception et d'être civique. En effet, il se ruinerait
et se ferait exclure sans pitié de toute possibilité d'existence s'il est le seul à
agir de manière civique. De même, dans une société dominée par
l'autoritarisme, la ruse et le mensonge, le citoyen vertueux est
psychologiquement porté à refuser d'obéir même si la demande qui lui est
faite est pertinente et raisonnable.
[70]

On aurait tort de s'attendre à ce que, placé en enfer, le citoyen se conduise


malgré tout, comme un saint. Demander par exemple à un citoyen d'aller
accomplir son devoir civique de vote aux élections nationales ou
communales, à pied et à dix kilomètres de chez lui revient, en fait, à lui
accorder implicitement la permission de désobéir, c'est-à-dire, de ne pas
accomplir cet acte pourtant important pour la nation. Ceci veut dire que la
pratique du civisme ne trouve son expression optimale que si et seulement
si les conditions matérielles, psychologiques, morales et sociales y sont
favorables.
6.2.6. La culture politique
Enfin, on doit nommer le degré de culture politique comme facteur de
civisme. La culture politique est faite de l'ensemble des connaissances qu'un
individu possède et de toutes les attitudes vertueuses qu'il développe
relativement à la vie politique de son pays et de la communauté
internationale.
Plus la culture politique d'un citoyen est élevée, plus grande est la chance
d'un comportement civique de sa part. Plus un citoyen est informé des
réalités politiques (de la nécessité de la relation gouvernant-gouverne ou
commandement-obéissance, des règles de bonne gestion économique,
politique et sociale, des instructions et règles de la démocratie, des pratiques
frauduleuses ou manipulatrices, etc.), plus il sera amené à s'intéresser et à
participer avec efficacité aux affaires publiques.
Ainsi que nous tâchons de le faire voir dans l'ensemble de ces leçons, la
participation politique est déjà en elle-même un acte insigne de civisme. Et
le degré de civisme d'un citoyen augmente avec l'accroissement de sa
volonté de participation politique. Or nul ne participe véritablement, c'est-à-
dire avec une conscience claire et morale de contribuer à la gestion correcte
et efficace de son pays, s'il ne possède pas une information politique et
morale, ou une culture politique suffisante et correcte.
Il revient à chaque citoyen de s'informer, de s'éduquer, de se cultiver,
d'élever son niveau de culture politique. Mais il est aussi du devoir de l'Etat
de travailler à l'élévation du niveau de culture politique de l'ensemble de ses
citoyens. Car aucune vie politique démocratique n'est possible si la majorité
des citoyens d'un pays sont politiquement illettrés. Le citoyen a donc droit à
l'information, à la formation et à l'éducation politiques, et il a le devoir
d'exiger du pouvoir public de créer des conditions favorables à
l'accroissement de la culture politique des citoyens. En effet, il faut
soupçonner de dictature tout pouvoir qui ne se soucie point de la culture
politique de son peuple.
[71]

Mais les organisations privées sont aussi indispensables. Elles


accomplissent une œuvre de civisme en travaillant à l'accroissement de la
culture politique d'une population. Leur action est nécessaire : elle épaule
l'Etat dans son devoir d'éducation politique.
Ainsi que l'indiquent Almond et Verba (1965:337374), l'avantage majeur
que la culture civique et politique du ci-toyen apporte à la nation réside dans
le fait qu'elle permet d'instaurer et de maintenir une vie politique
démocratique effective et stable. La culture civique permet de dépasser les
clivages pour placer en avant l'intérêt général, permet d'instaurer un climat
de confiance dans les relations, et permet de transcender les diverses
attitudes, de les brasser et de les tempérer. Il est donc du devoir de l'Etat de
créer, d'encourager et de soutenir les structures d'accroissement de la culture
civique et politique du citoyen.
Ce qui est vrai de la culture politique l'est aussi des autres facteurs de
civisme. Un minimum acceptable de conditions de vie favorables, un
contenu de projet de société solide et valable, un exercice sans complaisance
de la sanction, une éducation appropriée et une pratique du pouvoir politique
fondée sur les vertus démocratiques, sont tous des facteurs de civisme qu'il
appartient à l'Etat de cultiver dans la société. Si ces facteurs sont présents,
les chances sont grandes de voir les citoyens développer un civisme
conséquent, rationnel et responsable. Et si, par contre, ces éléments font
défaut, la conscience civique et politique du citoyen doit se révolter et, en
usant des procédures appropriées, doit amener les citoyens à exiger du
pouvoir public de travailler à leur instauration.
[72]

CHAPITRE SIXIEME LA NATIONALITE ET LA


CITOYENNETE CONGOLAISES

6.1. Généralités sur la Nationalité

Le terme nationalité comporte d'importants liens avec la citoyenneté. Mais


nous n'allons pas nous attarder sur le concept de la citoyenneté pour la simple
raison qu'elle a mobilisé toute notre attention dans le chapitre précédent.
La nationalité est un concept multiforme relatif à l'appartenance d'une
personne ou d’un groupe de personnes à une nation 3 culturelle ou politique
déterminée ou possédant la volonté d'exister. La latitude sémantique du
terme est principalement due à un désaccord entre deux écoles de pensée du
XIXe siècle basées sur des traditions opposés ; l'universalisme de la
philosophie des Lumières française et, le mouvement lui étant réactionnaire,
le relativisme culturel du nationalisme romantique allemand. On peut donc
parler de nationalité politique et de nationalité culturelle ou sociologique.
La nationalité politique se définit comme une preuve légale de
l'appartenance à un état. Comme nous venions de le dire, c'est un terme qui
possède d'importants liens avec la notion de citoyenneté.
La nationalité culturelle ou sociologique définit des communautés qui ne
forment pas forcément des états indépendants. Elles sont plutôt des
regroupements de populations sur un territoire plus ou moins défini qui
partagent soit une combinaison particulière de caractéristiques objectives
(langue, religion, culture, histoire) et/ou la caractéristique subjective
d'autodéfinition souvent exprimée par le nationalisme. (Lire à ce sujet
Brigitte Krulic, 1999. La nation : une idée moderne. Paris : Ellipses).
6.1.1. Acquisition de la nationalité
Les critères d'acquisition de la nationalité varient d'un pays à l'autre. La
nationalité s'acquiert normalement à la naissance par filiation (on parle de «
droit du sang »,jus sanguinis), mais aussi à la majorité du fait que l'on est né
sur le territoire national (on parle de « droit du sol ») et qu'on y a séjourné
jusqu'à sa majorité. Un individu peut changer de nationalité au cours de sa
vie en faisant une demande de naturalisation et en satisfaisant à certaines
conditions. En général, il faut parler la (ou une des) langue(s) nationale(s),
avoir résidé et travaillé dans un pays un certain temps et ne pas avoir été
condamné à des peines importantes. Il est possible dans certaines conditions
d'avoir deux nationalités ou plus.
Selon la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 «
Art. 15
[73]

0. Tout individu a droit à une nationalité.


1. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de
changer de nationalité. »
Nous reviendrons avec force détail sur le concept de nation dans le chapitre
suivant relatif à la trilogie Patrie-Nation-Etat.
La notion de nationalité peut être utilisée par un État de manière stratégique,
pour favoriser ou exclure une partie de la population. Par exemple, en Côte
d'ivoire, le parti démocratique de Côte d'ivoire (PDCI de Henri Konan
Bédié) a défini de manière restrictive la nationalité ivoirienne pour exclure
certains candidats à l'élection présidentielle, ainsi que pour nier le droit de
vote à une partie de la population (problème dit de 1'« ivoirité »). Le même
problème touche l'Estonie dont une grande partie des résidents, d'origine
russe, sont arrivés pendant l'occupation du pays par l'URSS.
6.1.2. Les effets de la nationalité
La nationalité ouvre généralement à la jouissance des droits et libertés
politiques (droit de vote) en ce sens elle se rapproche de la citoyenneté. Mais
elle implique aussi des droits et des obligations diverses :
• service national (souvent uniquement pour les hommes) ;
• droit à l'exercice d'une profession réglementée (ex: magistrat) ;
• droit à l'assistance sociale ;
• droit à la protection diplomatique (remise d'un passeport ; non extradition
des ressortissants) ;
• etc.
6.2. La nationalité congolaise
La loi n°4/024 du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise
distingue deux modes d'acquisition de la nationalité congolaise. La
nationalité congolaise d'origine et la nationalité congolaise d'acquisition.
6.2.1. La nationalité congolaise d'origine
Elle s'acquiert par appartenance, filiation et présomption de la loi.
• Par appartenance
Le critère de référence pour conférer la qualité de Congolais par
appartenance est l'ethnie. En effet il suffit d'appartenir à un des groupes
ethniques ou une des nationalités constituant le territoire national à la date
du 30 juin (l'Independence) 1960.
[74]

• Par filiation
Le critère pris en compte pour être considéré comme congolais dès la
naissance est la nationalité des parents de l'enfant. L'un au moins, doit avoir
la nationalité Congolaise. Trois cas de figure sont possibles : 1/ Le père et la
mère ont tous la nationalité congolaise ; 2/ Le père est Congolais, la mère
est étrangère ; 3/ la mère est Congolaise, le père étranger.
Toutefois, la filiation doit être établie durant la minorité de l'enfant
conformément à la législation congolaise (lire Code de la Famille, LII, titre
II).
• Par présomption de la loi
La présomption de nationalité en RD Congo repose sur le jus sanguinis ;
l'enfant nouveau-né trouvé au Congo est supposé être né d'un congolais
jusqu'à preuve du contraire, il possède donc la nationalité congolaise par
filiation. Remarquons qu'un enfant né en République du Congo de parents
apatrides est présumé Congolais.
6.2.2. La nationalité Congolais d'acquisition
La nationalité Congolaise s'acquiert par la naturalisation, l'option, l'adoption
le mariage ou la naissance et la résidence.
• La naturalisation
Le candidat à la naturalisation doit remplir les conditions suivantes :
- introduire une déclaration individuelle,
- renoncer à toute autre nationalité,
- être de bonne vie et mœurs,
- avoir une résidence au Congo depuis 5 ans,
- n'avoir pas fait l'objet d'une condamnation définitive pour les infractions
d'atteinte à la sûreté de l'Etat, de crime de guerre, de génocide, de crime
contre humanité, de terrorisme, de blanchissements des capitaux, de fraude
fiscale, de fraude douanière, de trafic d'armes et de drogue.
Cette candidature est statuée en tenant compte d'éminents services que
l'étranger doit avoir rendu au pays ou d'un intérêt réel à impact visible que
le pays a à voir le candidat avoir la nationalité congolaise.
La naturalisation est une institution strictement personnelle qui ne produit
des effets que sur la personne des enfants du naturalisé à conditions que ces
enfants aient moins de 18 ans et qu'ils aient la même résidence permanente
que la naturalisé.
• L'option
Les personnes autorisées à opter pour la nationalité congolaise sont :
> L'enfant né au pays ou à l'étranger de parents dont l'un a eu la nationalité
congolaise.
[75]

> L'enfant adopté légalement par un Congolais ;


L’Enfant dont 1’un des parents adoptifs a acquis ou recouvré volontairement
la nationalité Congolaise ;
> L’enfant mineur non émancipé dont le père ou la mère est décédé, inconnu
ou sans nationalité a obtenu la nationalité congolaise par effet de l'option.
Toute personne qui désire opter en faveur de la nationalité congolaise et qui
rentre dans une des catégories de gens susmentionnées doit y Avoir une
résidence en RDC depuis au moins sans ;
> Parler une des langues congolaises ;
> Renoncer au préalable à toute autre nationalité.
Elle remplira, en respectant les formes prévues, une déclaration. Le délai
dans lequel celle-ci doit être introduite, se calculant en principe à partir de
la majorité, est de six mois. C'est à la date de l'enregistrement que l'option
produit ses effets et que la nationalité congolaise se trouve acquise par le
requérant. Toutefois, le gouvernement peut s'opposer à l'acquisition par un
étranger de la nationalité par voie d'option pour indignité, incapacité
physique ou mental grave de l'impétrant.
• L'adoption
Les personnes autorisées à acquérir la nationalité congolaise par l'effet de
l'adaptation sont :
> L'enfant mineur légalement adopté par un Congolais ;
> L'enfant dont l'auteur adoptif est devenu Congolais ;
> L'enfant mineur dont le parent adoptif a recouvré volontairement la
nationalité congolaise.
Toutefois, l'enfant légalement adopté pourra, pendant les six mois qui
suivent sa majorité, renoncer à sa nationalité congolaise, à condition d'établir
qu'il a acquis une nationalité étrangère. Cette condition a pour but d'éviter
un conflit négatif de nationalité.
• L'effet du mariage
a) principe : le mariage n'exerce aucun effet sur la nationalité congolaise
b) les conditions requises pour obtenir la nationalité par l'effet du mariage
sont :
> Être étranger ou apatride ;
> avoir contracté un mariage avec un conjoint de nationalité congolaise ;
> avoir mené une communauté de vie de façon continue depuis sept ans ;
> La conservation de la nationalité congolaise par le conjoint Congolais.
Le processus d’octroi de la nationalité par effet du mariage est la même que
pour la naturalisation.
c) les effets de la nationalité par effet du mariage
[76]

L’acquisition de la nationalité par effet du mariage produit un effet collectif


sur la personne des enfants qui acquièrent la nationalité congolaise et la date
de la signature du décret. Ceux des enfants qui sont concernés par la
nationalité congolaise sont expressément mentionnés sur ledit décret. Ces
enfants conservent leur nationalité congolaise même après dissolution du
mariage.
Notions qu'une acquisition de nationalité congolaise par effet du mariage, en
violation de la loi (art.24) entraîne la déchéance de cette nationalité. Celle-
ci est prononcée par le gouvernement dans un délai d'un an, à compter de la
date de l'acquisition de nationalité.
> Exprimer sa volonté d'avoir la résidence congolaise ;
> Avoir une résidence en RDC ;
> satisfaire aux conditions communes relatives à la nationalité d'acquisition
;
> renoncer à toute autre nationalité
> Être de bonnes vies et mœurs ;
> N’avoir pas fait l'objet d'une condamnation définitive pour les infractions
d'atteinte à la sûreté de l'Etat, de crimes de guerre, de génocide et cotre
l'humanité, de terrorisme, de blanchissement de capitaux, de fraude fiscale,
de fraude douanière, de trafic d'armes et de drogue. Dans l'ensemble, la
personne qui a acquis la nationalité congolaise jouit de tous les droits et est
tenue à toutes les obligations attachées de nationalité congolaise à dater du
jour de cette acquisition. Toutefois les lois particulières peuvent exclure de
l'exercice de droits certaines personnes bénéficiaires de la nationalité
congolaise d'acquisition.
6.2.3. Perte de la nationalité Congolaise
La loi Congolaise retient un seul cas de perte de la nationalité Congolaise :
c'est celui de l'acquisition volontaire d'une nationalité étrangère.
6.2.4. La déchéance de la nationalité Congolaise
La déchéance ne peut être encourue que par un individu qui a obtenu la
nationalité Congolaise par acquisition. Il doit s'être rendu coupable de :
> Conservation de sa nationalité d'origine concurremment avec la nationalité
Congolaise ;
> Acquisition de la nationalité Congolaise par fraude, par déclaration
erronée ou mensongère, par dol, ou sur présentation d'une fausse pièce
contenant une assertion mensongère, ou erronée ;
> Corruption envers une personne appelée à concourir au déroulement de la
procédure tenant à acquérir la nationalité congolaise. La déchéance est
prononcée par voie de décret délibéré en Conseil des ministres, après avis
[77]

conforme de l'assemblée Nationale. Le décret prononçant la déchéance peut


être attaqué en recours gracieux auprès du Président de la République et, le
cas échéant, d'un recours en annulation devant la Cour Suprême de justice.
Les modes de recouvrement de la nationalité congolaise se différencient
selon qu'il s'agit de la nationalité d'origine ou de la nationalité par
acquisition.
[78]

CHAPITRE SEPTIEME LA TRILOGIE PATRIE -


NATION - ETAT
L'homme citoyen s'identifie par rapport à une entité sociale donnée. D'où la
nécessité de connaître d'abord cette réalité sociale avant de chercher à mettre
en relief ce que la société doit garantir au citoyen (droits) et ce que le citoyen
doit faire pour la société DROITS et DEVOIRS du citoyen tendent et sous-
tendent la trilogie existentielle de « patrie -Nation -Etat ».
Comme le souligne le philosophe Jean Lacroix (1955 : 80-82) dans son livre
intitulé Personne et L'amour. Paris : Seuil, «Patrie, Nation, Etat, si
différentes soient-ils, ces termes indiquent tous l'unité d'un peuple qui veut
vivre en une communauté et réaliser son destin. La patrie exprime l'aspect
le plus affectif et le plus charnel de cette unité, l'aspect senti et vécu plutôt
que réfléchi ou objectivé : lorsque la nation paraît se désagréger et que l'Etat
chancelle, le patriotisme a de ces sursauts qui naissent au plus profond de
l'être et l'empotent tout entier. La nation, c'est l'aspect surtout culturel et
moral, l'aspect intériorisé et réfléchi de cette unité. Les "intellectuels" ont
parfois tendance à ne voir que cela, à identifier leur nation avec sa culture et
à vouloir imposer cette culture aux autres. Il y a dans la conscience nationale,
une force explosive redoutable : l'idéal et l'histoire, conjuguant leurs forces,
peuvent être à l'origine des pires violences collectives. Le nationalisme
consiste à vouloir universaliser de force un particularisme et à essayer de le
reprendre et de l'imposer en utilisant le patriotisme, dont il se nourrit et qu'il
déforme. Mais la nation n'est cette caricature. Elle est plus et mieux : c'est
une tradition consciente toujours à parfaire dont on sait les limites, un idéal
qui ne songe pas à dominer, mais à s harmoniser. La nation, on la reçoit et
on la lègue. Et sans cette communauté avec son peuple chacun s'aperçoit
plus ou moins confusément qu'il ne peut réaliser sa vocation, qu'il ne peut
être une personne. La nation ne doit pas dominer ma personne, mais lui
permettre de s'exprimer, et je ne dois pas oublier que, le service qu'elle me
rend, d'autres nations le rendent à d'autres individus. L'Etat, enfin, c'est
l'ordre qui maintient cette unité. Le gouvernement et les fonctionnaires ont
parfois tendance à penser : « l'Etat, c'est nous », et le danger c'est de
confondre son pays avec l'appareil étatique. Mais l'Etat aussi est plus et
mieux : c'est la réalisation la plus haute, la plus facilement reconnaissable de
l'unité de la nation, son unité objective. Aussi la vraie politique est celle de
service même à la patrie.
Patrie, nation, Etat sont donc des expressions différentes d'une même unité :
unité affective, unité moral, unité de service. »
[79]

7.1. La patrie comme unité affective


7.1.1. La patrie comme expérience du sacré

Georges Gusdorf, - 1949. Ti'aité de l'existence morale, Paris : Armand Colin


- écrit :
« Il y a dans la mot même de patrie une résonnance qui l'apparente aux
exigences les plus fondamentales de la vie personnelle. La nation est un
concept politique, l'Etat une réalité juridique et administrative. La patrie au
contraire met enjeu certains moments très primitifs de l'existence. Elle
évoque la terre des ancêtres dans le monde où la présence de l'homme se
justifie par un enracinement qui dépasse la portée de la seule intelligence.
Dans l'antiquité, le culte des ancêtres et des tombeaux donnait une
signification religieuse au son de la patrie. Les dieux mêmes étaient, en
quelque sorte, solidaires de tel ou tel coin de la terre. Il semble bien
qu'aujourd'hui encore, malgré la transformation de la pratique religieuse, le
sens de la patrie mette en jeu une certaine expérience du sacré. »
7.1.2. La patrie comme droit et intégration à la communauté
Poursuivant ses analyses, Gusdolf met l'accent sur ce qui suit : « La patrie
représente donc un engagement fondamental dont chaque homme porte en
soi la réclamation. Il y a droit à la patrie, un droit pour chaque homme à une
place dans l'univers parmi les autres hommes (...) Le droit a la patrie
correspond à l'existence d'une intégration authentique à la communauté,
qui fait de chaque membre participant à ses richesses matérielles et
spirituelles. Le travailleur rivé à tâche dans un paysage ingrat, accable de
besogne, asservi à son employeur fait en effet figure d'exile à l'intérieur de
son propre pays. De là sa révolte et son désir d'une existence meilleure. »
L'historien Denys d'Halicarnasse attribuait très exactement cette même
attitude aux plébéiens romains révoltés contre l'aristocratie, et qui s'étaient
retirés sur le Mont sacré ;
« Puisque les patriciens veulent posséder seuls la cité, qu'ils en jouissent à
leur aise. Pour nous, Rome n'est rien. Nous n'avons là ni foyers, ni sacrifices,
ni patrie. Nous ne quitterons qu'une ville étrangère ; aucune religion
héréditaire ne nous attache à ce lieu. Toute terre nous est bonne ; là où nous
trouvons la liberté, là sera notre patrie. »
7.1.3. Un sentiment complexe : le patriotisme
Aux yeux de Georges DAVY, {(1950) [2010] plusieurs fois réédité), Préface
à Emile Durkheim, Elément de sociologie}, la patrie évoque le sentiment de
patriotisme qui est on ne peut complexe.
[80]

« Le patriotisme est d'autant plus facile à déformer en vue des fins sacrilèges
que c'est un sentiment très complexe : il se compose de forces multiples
qu'une idée discipline, mais dont certains, si on les soustrait à cette
discipline, se prêtent facilement aux plus funestes utilisations. L'analyse que
nous avons fait de l'idée de nation nous permet de comprendre sans avoir
besoin d'y insister de nouveau, de quels est fait ce patriotisme qui est
justement, disons-nous, le sentiment national ; puisque la nation est une
réalité à la fois matérielle et spirituelle, le sentiment qui nous attache à elle
aura nécessairement pour Objet des valeurs à la fois matérielles et
spirituelles ; et puisque dans la nation qui, avons-nous dit avec Renan, est
une âme, c'est le principe spirituel, l'idéal qui l'emporte, il en sera de même
aussi dans notre patriotisme. Nous aimerons notre terre paternelle sans
doute, comme nous tenons à notre corps ; mais nous l'aimerons
essentiellement pour la civilisation qui est nôtre et notre peuple a fait germer
sur cette terre, de même que nous désirons conserver l'intégrité et la santé de
notre corps pour permettre la vie de notre pensée. »
7.1.4. Patriotisme et collégialité
Dans Solidarité et patriotisme GOBLOT souligne que le patriotisme est lié
à la solidarité, en effet ;
"Etre fier de la puissance, de la prospérité et des gloires de la patrie, ou au
contraires, souffrir de ses infortunes, ressentir l'humiliation de ses faiblesses
et de ses fautes, c'est aussi bien dans un cas que dans l'autre, faire au fond de
soi-même l'expérience de cette solidarité profonde qui est le lien national.
On aurait bien tort de choisir, de présenter et de commenter les faits de
manière à en faire une sorte de panégyrique..., la vérité y perdrait, le
patriotisme n'y gagnerait pas (...) C'est tourner le dos à la vie que de réduire
le patriotisme au traditionalisme. Dans cette grande solidarité de cœurs, les
berceaux nous unissent mieux que les tombes, nous gardons en commun le
souvenir de morts, mais surtout nous voulons assurer l'avenir de nos enfants.
De tout ce qui surgit du son natal, le plus précieux ce qui exprime le mieux
le sentiment commun, ce n'est pas le dôme du panthéon, ce sont les
innombrables écoles où se prépare l'âme des générations nouvelles. »
[81]

7.2. La nation comme unité morale


7.2.1. La nation comme représentation de collectivité
Penchons-nous sur les analyses de l'Encyclopaedia universalis, vol. 2, Paris,
1982, p. 565 : ' „ ' ' La nation n'est pas une réalité concrète, mais une idée.
Elle n'est pas du même ordre que les formations sociales primaires telles que
les clans, les tribus, les villages et les cités. Aucun des facteurs qui
expliquent la formation de ces groupements, l'ethnie, le territoire, la religion,
la langue, suffit à rendre compte de la réalité nationale. En admettent ce qui
est douteux, que l'on puisse identifier les caractères raciaux, on constate
qu'ils ne se retrouvent pas dans les nations modernes. Et pas davantage
celles-ci ne procèdent de l'identité de langue ou de religion. Il y a des nations
plurilingües et il en est où plusieurs religions sont professées. Enfin,
l'histoire nous fait connaître des nations qui furent ou sont encore sans
territoire propre.
On ne peut nier cependant que la nation s'extériorise dans le comportement
de ses membres. Comme il existe de plats nationaux on peut observer des
réflexes, des répugnances et des goûts auxquels s'attache un caractère
national. Mieux encore : si personne n'a jamais vu la nation, on sait, par
expérience quelle est l'ampleur des sacrifices qu'il lui arrive d'exiger et que
ses membres lui consentent. Dans ces conditions, puisque la nation n'est pas
un phénomène directement observable, puisqu'elle ne se relève que par les
sentiments qu'on lui porte et les attitudes qu'elle suscite, force est de voir en
elle une idée, une représentation que les individus se font de l'être collectif
que tous ensemble ils constituent, c'est-à-dire en définitive, un mythe.
Mais ce qu'il faut d'emblée souligner, c'est que l'idée de nation s'enracine
dans des différences. La cohérence n'est acquise qu'au prix d'une opposition
flagrante ou virtuelle à tout ce qui est étranger. C'est pourquoi la valeur
spirituelle des traits qui font une nation ne doit pas cacher qu'elle s'adresse à
des passions moins nobles, dont la plus farouche est l'orgueil. Et il ne saura
en être autrement puisque, née de la légende et vivant du mythe, la nation
doit, sous peine de disparaître, parfaire sans cesse l'image qu'elle veut donner
d'elle-même.
7.2.2. La nation comme âme ou principe spirituel

Comme le souligne Renan dans Le discours et conférences : "Une nation est


une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une,
constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre
dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de
souvenirs ; l'autre le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la
[82]

volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme


ne s'improvise pas. La nation comme l'individu est l'aboutissant d'un long
passé d'effort, de sacrifices et de dévouement. Le culte des ancêtres est de
tout le plus légitimes ; les ancêtres nous ont fait ce que nous sommes. Un
passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends la véritable),
voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des
gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ;
avoir fait des grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les
conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des
sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison
qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant Spartiate : « Nous sommes ce que
vous fûtes, nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l'hymne
abrégé de toute patrie.
Dans le passé un héritage de gloire et regrets à partager dans l'avenir un
même programme à réaliser ;
7.2.3. L'Etat comme unité de Service
[Link]. Sens du mot Etat
- XVIème Siècle : apparition du terme Etat, désignant la forme
d'organisation par laquelle une communauté humaine institutionnalise son
unité et assume son destin.
- Usage courant : l'Etat désigne le pouvoir ou le gouvernement d'une Nation.
- Signification de l'Etat :
a) Entité juridique constituée par 3 éléments fondamentaux :
- un territoire
- une population
- Un gouvernement
b) Pouvoir politique institué, organisé, protégé et efficace.
c) Personnalité M orale ayant une certaine indépendance au niveau
international.
[Link]. Condition d'existence de l'Etat
Trois éléments déterminants l'existence d'un Etat :
- Le territoire
- La population
- Le consentement populaire.
7.2.4. Le territoire
- Espace géographiquement déterminé qui est de cadre naturel à l'exercice
d'un Etat.
- Le territoire d'un pays comprend les éléments ci-après :
[83]

a) Le sol et le Sous-sol dont l'importance grandit selon qu'ils sont riches ou


pauvres ; stratégiques ou non stratégiques. Par exemple : le cuivre,
l'uranium, etc.
b) Domaine fluvial et lacustre : fleuve, rivières, et lacs qui interviennent dans
l'établissement des frontières et dans la maximisation de l'Economie.
c) Domaine maritime et aérien
Les domaines maritimes et aériens incitent les Etats à exercer leur doit de
surveillance, de pêche et de douane. Dans le cadre de l'aviation civile
Internationale, le domaine aérien connaît une réglementation en matière de
trafic aérien. La convention de l'organisation de l'Aviation Civile
Internationale (OACI) note ceci :
1) En temps de paix, tout Etat accordera la liberté de passage inoffensif sur
l'air de son territoire.
2) Tout aéronef civil peut traverser librement l'atmosphère d'un Etat sans y
atterrir. S'il le fait, il sera soumis aux lois du pays concerné.
3) Tous les pays qui ont souscrit à cette convention sont égaux en ce qui
concerne le trafic aérien.
4) Le domaine colonial : toute colonie reconnue officiellement est l'objet de
son possesseur.
5) Les frontières
Les frontières sont des limites conventionnelles qui délimitent le territoire
d'un Etat. L'on distingue plusieurs théories de frontières :
1- Frontières naturelles : ex. Fleuve, montagne, lac, océan.
2- Frontières stratégiques : liées aux impératifs militaires.
3- Frontières ethniques : liées aux limites de la race, etc.
4- Frontières liées à la volonté des individus d'évaluer dans une même entité
sociale.
Notons que le caractère conventionnel des frontières suscite de sérieux
problèmes, au niveau des Etats. Songeons à la Bande d'Aouzou, à l'existence
d'un futur Etat palestinien, au problème de nationalité au niveau des
frontières
Par ex. Un Lunda du Zaïre dont le village d'origine serait au Zaïre, grands-
parents vivaient en Zambie et les oncles en Angola. Peut-on dès lors parler
d’un Citoyen "International" du type " Zaïre- anglo-zambien " ?
[84]

[Link]. La population Le problème de nationalité est justement lié à


l'existence de la population humaine.
Notons ici que l'affaire de 50 éléphants de " nationalité Zambienne" qui
venaient manger du maïs à Kipushi et qui rentraient " qui rentraient
"impunis" en Zambie relève simplement d'une méprise. Car L'animal est un
individu qui n'a pas de nationalité.
[Link]. Le Consentement populaire
- pour être accepter et reconnu officiellement, l'Etat a besoin du
consentement du peuple.
- D'où le système du suffrage universel qui permet aux populations d'élire
leur gouvernants.
[85]

CHAPITRE HUITIEME CITOYENNETE ET


PRATIQUE DE LA CORRUPTION EN AFRIQUE
La corruption est un fléau qui gangrène le progrès des pays africains et de la
RD Congo, notre pays en particulier où cette pratique fait partie du quotidien
de la majorité des acteurs nationaux. Il est de plus en plus rare aujourd'hui
de rencontrer des gens qui ne se livrent pas à cette pratique. Dans les
administrations publiques et privées, tous ceux qui ont une parcelle de
pouvoir ou contrôlent la délivrance d'un service veulent en tirer profit. Les
milieux universitaires, les services douaniers, les hôpitaux sont terriblement
touchés par ce phénomène.
D'après une enquête de Transprency International portant sur un
échantillon de 95 pays estime qu’une personne sur quatre dans le monde
aurait versé des pots-de-vin à une instance publique l'année dernière.
Les dessous-de-table sont surtout répandus sur le continent africain,
constate-t-on en consultant la liste des pays les plus corrompus du monde.
La République démocratique du Congo et la Somalie ont été classés les pays
les plus corrompus au monde.
L'Indice de risque de corruption Maplecroft place deux Etats africains
comme le numéro un et numéro deux, suivies par la Birmanie en Asie du
Sud Est et le Soudan égale troisième.
Les pays africains représentent six des 10 premiers pays les plus corrompus,
bien que plusieurs pays africains sont aussi parmi ceux qui ont les plus
amélioré leur classement.
Le Mozambique a connu la plus grande amélioration des 197 pays dans
l'indice, se déplaçant de 51 - du "risque extrême" - à 71 - un «risque élevé»
- au cours d'une année, à la suite d'une nouvelle loi anti-corruption et
infractions subséquentes , selon Maplecroft.
Le Sénégal a augmenté de 34 à 48, grâce aux efforts du président Macky
Sali pour lutter contre la corruption, tandis que le Burkina Faso a grimpé 14
places à 54 et la Papouasie- Nouvelle-Guinée 18 places à 60. Le Botswana,
au 154, reste le pays africain le moins corrompu.
La position de la Chine dans le classement s'est dégradée, passant de 88 à 75
dans la catégorie «risque élevé».
Le Royaume-Uni est placé au numéro 181, avec l'Allemagne, devant les
États-Unis à 173. Andorre est le pays le moins corrompu au 197.
Le Forum économique mondial estime que la corruption a augmenté de 10
pour cents pour le coût de faire des affaires au niveau mondial et jusqu'à 25
pour cents pour obtenir des contrats dans les pays en développement.
[86]

Trevor Slack, analyste principal de la corruption à Maplecroft, a déclaré:


«Les scandales continuent de se poser dans tous les marchés des de la
croissance et de la corruption reste l'un des risques de conformité les plus
importants que les entreprises font face. Lorsque la corruption est très
répandue, elle entrave aussi la démocratie, la primauté du droit, la protection
des droits de l'homme et le développement économique ".
Le top 10 des pays les plus corrompus en 2013 sont : (1) République
démocratique du Congo, (2) Somalie, (3) Birmanie, (4) Soudan, (5)
Zimbabwe, (6) Guinée équatoriale, (7) Guinée, 8) Corée du Nord, (9)
Cambodge et (10) Venezuela
Les pays les moins touchés par le fléau sont le Danemark, la Finlande, le
Japon et l'Australie. Seul 1% des citoyens sondés auraient donné
illégalement une somme d'argent à quelqu'un.
Les pays africains les mieux placés sont le Botswana (3oè place) et le Cap-
Vert (4iè). Le rapport note qu'aucun pays classé n'atteint un score parfait et
s'inquiète de la propagation de la corruption. En effet, plus de deux tiers des
pays classés ont obtenu moins de 50 points, ce qui les classe dans la
fourchette des pays où la corruption est endémique.
Reconnaître le problème de la corruption n'est qu'une étape, estime
Transparency International qui recommande aux dirigeants du monde de
transformer les plaidoyers contre la corruption en actions concrètes.
Transparency International, organisation non gouvernementale, établit
chaque année un indice de perception de la corruption au sein des partis
politiques, de la police, du système judiciaire et des services publics dans
tous les pays.
[87]

CHAPITRE NEUVIEME CITOYENNETE, BONNE


GOUVERNACE ET DEVELOPPEMENT
Il existe un certain lien entre la citoyenneté, la bonne gouvernance et le
développement. Dans la mesure où la citoyenneté traduit un état d'esprit, une
culture personnelle, un ensemble d'attitudes positives... dont chaque citoyen
doit prendre conscience afin de rayonner positivement dans son pays, cet
état d'esprit devrait normalement se manifester dans certaines pratiques
sociales et notamment la manière de gouverner, étant entendu que les jeunes
qui suivent aujourd'hui le cours d'éducation à la citoyenneté sont appelés à
gouverner un jour, à différents niveaux, la société à laquelle ils
appartiennent. Etant donné que ces pratiques sociales découlent du
processus intériorisé de la compréhension et de l'assomption des principaux
devoirs et droits du citoyen, elles devraient forcément influer sur le
développement
9.1. Le concept de bonne gouvernance
9.1.1. Origine foucaldienne du concept
On ne le dit pas souvent, mais c'est Michel Foucault qui est à l'origine du
concept de gouvernance. On ne peut parler de la gouvernance sans évoquer
la principale contribution de cet auteur à la science politique. Cette
contribution réside dans le déplacement qu'il a effectué de la théorisation de
l'État à sa saisie sous l'angle de ses pratiques, c'est-à-dire de sa «
gouvernementalité » définie comme un mode spécifique d'exercice du
pouvoir, (cf. à ce sujet Pierre Lascoumes, 2004. « La Gouvernementalité :
de la critique de l'État aux technologies du pouvoir », Le Portique [Enligne],
13-14 mis en ligne le 15 juin 2007. URL :
[Link] . Il est question d'envisager
l'Etat non pas comme une entité substantive, mais de le saisir sous l'angle de
ses pratiques en s'attachant davantage à ses activités, c'est-à-dire à sa
dimension concrète, dans ses actions.
« Quand j'ai commencé à m'intéresser de façon plus explicite au pouvoir, ce
n'était pas du tout pour faire du pouvoir quelque chose comme une
substance, comme un fluide plus ou moins maléfique qui se répandait dans
le corps social, avec la question de savoir s'il vient d'en haut ou d'en bas.
J'ai simplement voulu ouvrir une question générale qui est : "Que sont les
relations de pouvoirs ?... Comment cela se passe-t-il, par quels instruments
et puisque en un sens je suis un historien de la pensée et des sciences, de
quels effets sont ces relations de pouvoir dans l'ordre de la connaissance ?
[88]

» (Michel Foucault, 1994. « L'intellectuel et les pouvoirs », p. 750-751 : Dits


et écrits, T. IV, Paris : Gallimard.
9.1.2. La « bonne gouvernance : contexte d'émergence et sens actuel du
terme
Le concept est né au lendemain de l'accession des pays en développement à
l'indépendance. En effet, deux décennies seulement après leur accession à la
souveraineté internationale (généralement survenue aux environs de l'année
i960), la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, surtout ceux
francophones, se sont trouvés confrontés à des difficultés économiques d'une
acuité telle que, à partir de 1980, les institutions de Bretton Woods (Banque
mondiale et FMI) ont commencé à leur appliquer les fameux programmes
d'ajustement structurel (PAS).
Le but visé à travers ces PAS, outre celui premier mais non avoué de mettre
ces pays en mesure de rembourser la dette extérieure, était de les sortir de la
crise pour les engager sur la voie de la croissance et du développement
économiques. Mais, à la fin de ces mêmes années 1980, les résultats des PAS
se sont révélés tellement catastrophiques que l'on a parlé de décennie perdue
pour le développement économique de l'Afrique. Non seulement la
croissance et le développement économiques escomptés n'ont pas suivi, mais
les PAS se sont traduits par des coûts sociaux si exorbitants que, en son
temps, le ministre tanzanien de l'économie, dans des propos rapportés par
Pierre-François GONIDEC, avait estimé que le remède avait parfois été pire
que le mal. Réagissant à cet échec des PAS, les deux sœurs jumelles de
Bretton Woods en tinrent pour responsable la mauvaise gestion qui avait été
faite des crédits qu'elles avaient consentis aux pays concernés. C'est dans ce
contexte que, en 1989, la BM, dans une étude intitulée « L'Afrique
subsaharienne : de la crise au développement durable, une perspective à long
terme », lança, pour la première fois, la notion de bonne gouvernance (BG),
notion qu'elle reprendra du reste avec plus de force dans un document de
1992 intitulé « Gouvernance et développement ». Dans l'entendement des
experts de la BM qui avaient conçu ces deux documents, la BG apparaît
comme la condition du développement, et cela particulièrement dans les pays
africains sous ajustement structurel. Depuis, la notion de BG, en relation
avec le développement, est devenue récurrente dans les discours et débats
politico- économiques en cours en Afrique subsaharienne. Mais toute
réflexion sérieuse sur la BG dans son rapport au développement suppose un
préalable : la définition des concepts de BG et de développement.
S'agissant d'abord de la BG, l'expression comprend deux termes : l'adjectif
qualificatif « bonne » et le substantif « gouvernance ». Ce substantif vient
[89]

de l'anglais « governance » et désigne le mode de gestion des affaires


publiques. Lorsque cette gestion est bien faite, on parle de bonne
gouvernance ; au cas contraire, on parle de mauvaise gouvernance ou de mal
-gouvernance. Pour ce qui est du contenu concret de cette bonne gestion et
des affaires publiques en question, c'est-à-dire donc de la notion de BG elle-
même, il fait l'objet de deux conceptions. La première conception est le fait
de l'institution même qui a conçu, enfanté, et promu la notion de BG : la BM.
Et cette institution de Bretton Woods, peut-être par souci de fidélité à ses
statuts dont l'article 4 (section 10) l'enjoint de ne pas s'immiscer dans les
affaires politiques de ses membres et de s'en tenir aux seules considérations
économiques, revendique une conception purement économiciste de la BG.
Dans son entendement, celle-ci se ramène tout simplement à une gestion
économiquement saine, transparente, et efficace des deniers publics. Cette
conception dite technico-gestionnaire, parce que mettant en avant le seul
critère d'efficacité des modes de gestion économique sans considération
aucune de l'environnement socio-politique dans lequel s'inscrivent ces
modes de gestion, se réduit ainsi à une approche exclusivement financière et
comptable de la BG : gérés d'une façon économiquement saine, transparente,
et efficace, l'argent public et celui mis à la disposition des Etats par les
bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux devraient déclencher une
dynamique de croissance et de développement. L'ajustement que la BM
prône dans ce cadre est, par conséquent, un ajustement purement
économique ; de même, la BG visée est une BG économique. Mais les
questions économiques, en tant qu’elles sont culturellement, socialement et,
surtout, politiquement situées, ne peuvent pas être traitées ex nïhilo, c'est-à-
dire sans considération du contexte et de l'environnement dans lesquels elles
baignent et avec lesquels elles entretiennent des rapports dialectiques
positifs ou négatifs. C'est pour l'avoir compris que, au début des années
1990, les bailleurs de fonds bilatéraux et les dirigeants des mouvements
subsahariens de revendications démocratiques ont repris à leur compte et
popularisé la notion de BG dans le cadre d'une conception nouvelle, qui
transcende celle de la BM. Selon cette deuxième conception, la BG, ce n'est
pas seulement une question de gestion économique rigoureuse ; elle postule
également et surtout un régime politique fondé sur la démocratie libérale et
l'Etat de droit. En d'autres termes, elle suppose le pluralisme idéologique, le
multipartisme, la séparation des pouvoirs, le suffrage universel, l'égalité
juridique des citoyens, le respect des droits de l'homme, une justice
indépendante, un Etat libéral, la possibilité juridique pour les citoyens
d'attaquer l'Etat et ses démembrements en justice, la transparence dans la
gestion des affaires publiques, l'association des populations à cette gestion
[90]

(notamment par le moyen de leur consultation et de la décentralisation


administrative), la responsabilité (dans le sens anglais de « accountability »,
c'est-à-dire de l'obligation de rendre des comptes), la lutte contre la
corruption. Cette deuxième conception consacre ainsi un élargissement de
la notion de BG, et cet élargissement va dans le sens de la politisation du
concept. La BG recherchée ici, c'est la BG démocratique, laquelle se situe
au plan politique. En somme, avec cette conception, l'ajustement politique
vient s'ajouter à l'ajustement économique pour le compléter et en assurer la
réussite. Tel est aujourd'hui le contenu généralement conféré à la notion de
BG et qui sera retenu dans le cadre de cette étude. Paradoxalement, la BM,
même si elle s'en défend au nom des interdits posés par l'article 4 (section
10) précité de ses statuts, semble quelque peu adhérer, dans la pratique, à
cette conception, et cela à travers certaines conditionnalités insérées dans les
PAS, exprimées dans certains de ses documents (voir le rapport précité de
1989 portant sur l'Afrique subsaharienne ainsi que le document
susmentionné de 1992), et tournant autour de l'Etat de droit et de la
participation populaire : c'est ce qui explique que beaucoup d'études menées
sur la BG parlent de conditionnalités démocratiques posées par la BM ; de
même, beaucoup de chercheurs n'ont pas hésité à parler de conditionnalités
démocratiques avancées par la BM comme facteurs externes explicatifs des
mouvements africains de revendications démocratiques du début des années
1990.
9.2. Le concept de développement
S'agissant maintenant de la notion de développement, elle est souvent perçue
comme h situation d'un pays où la croissance économique est plus rapide
que la croissance démographique. Cette liaison établie entre croissance
économique et développement fait que, aujourd'hui, celui-ci est
généralement assimilé à celle-là évaluée en termes de PNB ; et, de fait, on
considère généralement de nos jours que les pays développés sont ceux dont
le PNB par tête d'habitant est supérieur à 5.000 dollars. Mais croissance
économique et développement ne coïncident pas nécessairement. On parle
de croissance économique lorsqu'il y a augmentation, sur une longue
période, du PNB réel par tête d'habitant. La croissance apparaît ainsi comme
une notion quantitative parce que s'évaluant en termes de PNB. Elle se
distingue donc du développement, lequel est une notion qualitative, bien qu'il
s'agisse là de deux phénomènes intimement liés. Le caractère qualitatif du
développement signifie que celui-ci se ramène, concrètement, à une
amélioration qualitative du niveau et des conditions de vie de la grande
majorité, au moins, de la population dans les domaines de l'alimentation, du
[91]

logement, des transports, des communications, de l'éducation, de la santé,


des loisirs, des libertés, de l'emploi, etc. Le développement, au sens plein du
terme, ne relève donc pas seulement de l'économie ; il constitue un
phénomène global parce qu'embrassant des domaines aussi variés que le
culturel, le social, le politique, l'économique, le technique, les droits et
libertés individuels et collectifs, etc. C'est tout l'engagement du citoyen qui
est impliqué. En résumé, on peut dire que le développement véritable
s'entend de l'épanouissement de la population d'une société donnée, et cela
aux plans intellectuel, culturel, social, politique, économique, matériel, etc.
Ces clarifications sémantiques étant faites, il importe de souligner que
l'étude de la BG dans son rapport au développement est triplement
intéressante : économiquement d'abord, en ce qu'elle permet d'examiner les
aspects économiques de la BG, du développement, et de leurs rapports ;
politiquement ensuite, en ce qu'elle pose le problème des conditions
politiques d'une BG ; juridiquement enfin, en ce qu'elle permet de réfléchir
sur l'environnement juridique nécessaire à la BG. Il s’agira, pour une telle
étude, de montrer que si le développement économique est un phénomène
possible sans la BG (I), celle-ci demeure la condition sine qua non du
développement global et durable (II). Cette démarche analytique se justifie
par le fait qu'elle permet d'envisager, sous leurs divers aspects, les rapports
qu'il y a entre la citoyenneté, la BG et le développement.
9.3. Définition du développement
Puisqu'il est entendu que tout développement doit partir de la base, il est
intéressant de se poser la question sur le concept même de « développement
». Qu'est-ce que le développement ?
- Pour le Pape Paul VI, prédécesseur de Jean-Paul Ier et de Jean-Paul II, le
développement c'est « le fait pour un individu de passer de la condition
inhumaine à une condition humaine »2
Et, la condition humaine implique plusieurs facteurs comme le fait, pour
l'homme, tout homme, d'avoir à sa disposition une nourriture saine,
abondante et régulière ; de disposer d'un logement confortable ; de s'habiller
décemment ; d'avoir accès à l'éducation ou d'avoir la facilité d'assurer à soi-
même et à sa famille cette éducation, des soins de santé ; de se déplacer
aisément d'un endroit à un autre, etc.
Le jeu de tous ces facteurs est cependant conditionné par certains préalables
dans une entité étatique donnée. Celle-ci, en effet, devrait développer son
agriculture, disposer d'un meilleur réseau des voies des communications
terrestres, fluviales, martines, ferroviaires, lacustres et parfois aériennes.

2
PAUL VI (Pape), Encyclique « Populorum Progresio ». Le développement des peuples : n°25.
[92]

- Pour Maurice Plévoets, le développement se définit comme étant « une


question de moralité, de discipline, de travail, de justice ».3
- Dans « l'Economie du développement », Elias Gannage donne la définition
suivante : « Le développement, d'une part, est l'ensemble des changements
dans la structure mentale et les habitudes sociales d'une population en état
d'augmenter de façon durable un produit réel global ; d'autre part, le
développement peut être entendu comme l'ensemble des changements,
observables dans le système économique et dans le type d'organisation qui
conditionne la croissance entendue comme l'augmentation soutenue de
produit réel global ».4
- Pour F. NKOMBE OLEKO, « le développement est justement la marque
de la contingence de l'être en soi ou d'une totalité d'être »5. En ce sens le
développement est sous-tendu pour la structure d'être-vers-le plein-être
et s'identifie au procès d'actualisation des possibilités de l'être, de
transcendance, de ses limitations. En vertu de cette identification, le
développement est expression du mouvement même de l'existence
humaine. Le développement pose un « problème de l'être, celui de l'être
dans l'être et de l'inter-être »6. Développer, c'est raccourcir les distances,
pour permettre une rapide circulation des personnes, des biens, des services
et des informations. Pour raccourcir les distances, il faut développer les
moyens de transport et de communication. Ceux-ci facilitent le
développement de l'agriculture et de l'industrie minière, ces deux ailes de
l'économie congolaise et bases de toutes industries de transformation et du
commerce, le fer de lance du développement. L'énergie constitue la pierre
angulaire, sans laquelle il ne peut y avoir ni transport ni industrie. Le
développement des moyens de transport et de communication ainsi que
l'industrialisation se font dans un environnement idéologique où l'humanité
oscille constamment entre le pôle liberté et le pôle autorité, cherchant à
établir l'équilibre dialectique entre les deux.
Par développement, on entend aussi une amélioration du niveau et de la
qualité de vie de tous. Le développement est donc l'augmentation du bien-
être. Il vise le bien-être. Il se donne comme l'enjeu de ce siècle. Il résulte
d'une lecture et d'une interprétation qu'on fait de l'ensemble du vécu humain,
d'une part et de la mission que l'ensemble des mortels s'assignent pour
générer et gérer le sens de l'existence, d'autre part. Ainsi que l'écrit NGWEY
Ngond'a Ndenge, « le développement constitue un aveu de l'inachèvement
3
M. PLEVOETS, Le chrétien à l'heure du changement, Kinshasa, filles de saint, inédit, 1985, p.51.
4
E. GANNAGE., l'Economie du développement, Paris, François Peroux, 1990, p.87.
5
F. NKOMBE OLEKO, Pour une axiomatique du développement. Essai de logique existentielle dans une
vision africaine chrétienne du développement, Bruxelles, Noraf, 1986, p.25.
6
IBIDEM., p.15.
[93]

ontologique de l'homme, du hiatus entre son être et ses aspirations


fondamentales et un vœu immense, un désir véhément de vivre, sans jamais
cesser de vivre »7.
« Par ce concept, on met en lumière une dimension fondamentale de
l'existence humaine comme quête ; comme marche par laquelle on saisit
l'homme comme une réalité vivante, sans cesse en devenir, acquérant
toujours de nouvelles déterminations susceptibles-au-delà d'un certain seuil
critique de remanier sa configuration sociale et intérieure ».8
Le développement conçu comme une lente et continuelle croissance vers une
plénitude fascinante implique une transformation structurelle et un
renouvellement de l'homme et de sa culture.
L'homme est en quête de sa plénitude. De cette considération, il ressort que
le développement est une marche qui n'a rien de préfabriqué, de clos,
d'inachevé à jamais. Le progrès de la technoscience est le résultat de la prise
en charge par -tout un peuple de ses conditions humaines d'existence. Il est
l'expression de sa volonté de maitrise de l'espace naturel à partir de ses
virtualités, de son génie culturel.
Alain Pons9 rapporte que le mot développement a été employé pour la
première fois dans son sens biologique par Charles Bonnet en 1754.
D'après Olivier Bloch10, ce concept trouve ses origines dans une série de
notions et de thèmes, depuis l'Antiquité, et qui sont tout aussi de modèle ou
d'application biologique : le vocabulaire lucrétien utilise le terme "semence",
prolongeant en cela la lignée de la médecine et de la cosmogonie
d'Empédocle, pour expliquer l'apparition de toutes choses par l'existence
antérieure de germes matérielles, toujours présents bien qu'invisibles.
L'antimatérialisme n'est pas en reste, notamment „ avec la thèse
aristotélicienne de la préexistence nécessaire d'une forme achevée qui fait
passer de la puissance à l'acte les dormes virtuelles que recèle la matière, ou
encore la notion stoïcienne et augustinienne de „' raisons séminales „' qui
régissent le devenir de chaque individu comme celui du monde dans sa
totalité''11

7
NWEY NGOND'A NDENGE., '' Développement et Culture'', dans Philosophie en Afrique. Philosophie et vie. Actes des
Premières Journées Philosophiques de Boma du 26 au 29 1993, Grand séminaire '' ABBE NGIDI'' de Boma, Institut de
Philosophie, Boma, 1994, p.163
8
Ibidem., p.15.
9
A. PONS., « L'idée de développement », dans Entre forme et histoire. La formation de la notion du développement à l'âge
classique, n°225 (1988), p.187.
10
Cfr. O. BLOCH., Avant-propos, dans Entre forme et histoire. La formation de la notion de développement à l'âge classique,
actes de journées d'études organisées à la Sorbonne les 20 et 27 janvier 1989, 26 avril et juin 1986, Paris, Méridiens
Klincksieck, 1989, p.8.
11
J ROBIN.., De la croissance au développement humain, Préface de R. PASSET, Paris, éditions du seuil,
1975, p.6.
[94]

C'est récemment que les termes développement et sous-développement sont


entrés dans la littérature économique tout comme dans le langage courant.
Celso Furtado y observe deux sens distincts : le premier se réfère à «
l'évolution d'u système social de production dans la mesure où celui-ci élève
la productivité de l'ensemble de la force de travail ; le second concerne le
degré de satisfaction des nécessitées humaines »12.
Avec Philippe Hugon13 nous conviendrons que l'essentiel de corpus
théorique de l'économie du développement a été au lendemain de la seconde
guerre mondiale. Les théoriciens classiques et Keynésiens réduisent la
problématique du développement à la théorie de la croissance, aux
imperfections du marché et à l'économie internationale ; tandis que les „'
constructeurs'' de l'économie du développement, eux, focalisent leur
attention sur les structures des économies des pays dits développés ou sous-
développés. Les débats sont alors théoriques et conceptuels.
De quelque manière qu'on le définisse, il apparait que le développement
déborde la croissance économique, dans la mesure où il entend promouvoir
tout l'homme, c'est-à-dire l'homme considéré dans la totalité de ses
dimensions matérielle, éthique, spirituelle, etc. c'est dire que le
développement est un processus intégral. C'est Jean-Marie Aubert qui écrit
à propos : « [...] le développement est un processus de valorisation humaine
des personnes et des sociétés qui, à travers l'amélioration des conditions
matérielles d'existence, permet un épanouissement de l'être individuel et
collectif. Processus d'accomplissement humaine intégral, il est bien une
marche progression vers une meilleure humanité »14
Lebret dit avec raison que « le développement ne consiste pas seulement à
élever les éléments matériels des niveaux de vie, mais des hommes en tant
qu'hommes avec leurs dimensions intellectuelles, morales, sociales et
spirituelles »15 François Partant parle d'"évolution globale16 ; François
Peroux, aussi de développement global en ces termes : « Global, dit-il,
désigne une vie d'ensemble des dimensions d'un tout humain et la diversité
des aspects qui doit être assumée dans leurs relations, au-delà des analyses
spéciales »17. Certains auteurs comme François Perroux, Pecqueur, Julien,
Bungener, Vachon, Jean-Marie Albertini, Lebret, Samir Amin, Gribnevald,

12
Cfr. C. FURTADO., Brève introduction au développement : une approche interdisciplinaire, traduction
et préface d'Abdelkader Silahmed, Paris, Publisd, 1989, p.23.
13
Cfr. P. Hugon., Economie du développement, paris, Dalloz, 1989, p.5.,
14
J.-M. AUBERT., Pour une théorie de l'âge industriel, tome I Eglise et croissance du monde, Paris, les
éditions du cert, 1971, p.198.
15
L.-J. LEBRET., Développement : révolution solidaire, avec la collaboration de R. DELPRAT et M.-F.
DEBRUYERES, Paris, les Editions ouvrières, 1967, p.83
16
Fr. PARTANT., la fin du développement, naissance d'une alternative ?, paris, Maspero, 1983, p.29.
17
Fr. PERROUX., [Link]., p.30.
[95]

Hugon, François Partant, Reynaud, Robin, Joseph Ki-zerbo, Jean-Marc Ela,


etc. estiment que « non seulement la croissance économique ne signifie pas
développement, ne suffit pas à développer une société, et que même elle peut
être dévastatrice à certains égards ; non seulement elle est un modèle
arbitrairement imposé ; mais encore son mode de calcul est figé et figeant,
son approche réductionniste et simpliste »18
Le progrès de la techno-science en Occident est le résultat de la prise en
charge par les Occidentaux de leurs conditions humaines d'existence. Il est
l'expression de leur volonté de maitrise de l'espace naturel à partir de leurs
virtualités, de leur génie culturel.
Le développement consiste dans la reproduction des institutions et des
organisations sociales des "sociétés archétypes'', reproduction qui fait des
sociétés en quête de plénitude des succursales des „' sociétés modernes''. Le
développement implique un changement radical comportant la renonciation
à sa tradition propre, la transformation profonde des mentalités, c'est-à-dire
l'abandon d'une mentalité et l'adoption substitutive d'une autre mentalité qui
caractérise la modernité. Celle-ci serait réalisée quelque part et exigerait,
pour son séjour dans les bosquets des sociétés en quête de leur plénitude, un
renouement, un "déracinement culturel."
Se développer pour les habitants de ces sociétés en voie de développement
signifie „' produire et s'installer dans une brèche, dans une rupture radicale
face à leur tradition culturelle''.
Si le développement exige l'instauration d'une brèche, il ne signifie
nullement la rupture d'avec une tradition historique, comme lieu de prise en
charge de sa vocation au plus-être mais il implique une exigence citrique
face aux apports extérieurs à la société en quête de plénitude et face à ses
valeurs propres ; il exige une ouverture discernant pour dégager les ruptures
voulues et les continuités exigées.
Le développement est un processus de transformation structurelle de toutes
ces instances de l'existence sociale tendant à créer une situation historique
caractérisée par la capacité acquise par cette société de rendre relativement
épanouie l'existence matérielle, sociale et spirituelle de la plupart de ses
membres grâce à un ensemble d'institutions et de moyens dont cette société
se sera dotée.
Cette rupture d'avec la tradition historique suppose que le développement se
donne comme quelque chose à prendre ou à laisser, quelque chose
d'incompatible avec certaines traditions culturelles.

18
F.Y.M. MALONGI MUSAMBI., Conception du temps et développement intégré, Paris/Montréal,
l'Harmattan, 1996, p.18.
[96]

9.4. Facteurs culturels du développement


Après beaucoup d'énergies déployées dans la lutte contre la misère et la
pauvreté, les organismes humanitaires, les Eglises, les Gouvernements et les
responsables sociaux se rendent compte que leur action reste entravée aussi
longtemps que sont négligés les facteurs culturels « qui conditionnent
l'entreprise complexe du développement des peuples ».19
En effet, la culture, c'est l'univers humanisé que se crée, consciemment ou
inconsciemment, une collectivité : c'est sa représentation propre du passé et
de son projet d'avenir, de ses institutions et ses croyances typiques, ses
habitudes et ses croyances, ses attitudes et ses comportements
caractéristiques, sa manière originale de communiquer, de travailler, de
célébrer, de créer des techniques et des œuvres révélatrices de son âme, et
ses valeurs ultimes. « La culture c'est la mentalité typique qu'acquiert tout
individu s'identifiant à une collectivité, c'est le patrimoine transmis de
génération en génération ».20
Par conséquent, « la vitalité culturelle apparaît comme le plus grand soutien
des peuples dans leur lutte pour la libération totale et l'édification d'une
société capable d'affronter les problèmes de notre temps ».21
« La culture africaine doit encore s'humaniser davantage avec les exigences
de la vie moderne, notamment en ce qui concerne l'habitat et l'urbanisme,
l'encadrement des communautés rurales, le respect de l'autorité, l'intégrité
des chefs et la sécurité sociale des cadres »22
Le développement se donne comme l'enjeu majeur de ce siècle finissant. Il
résulte d'une lecture et d'une interprétation qu'on fait de l'ensemble du vécu
humain, d'une part et de la mission que l'ensemble des mortels s'assignent
pour générer et gérer le sens de l'existence, d'autre part.

19
H. CARRIER, Evangile et cultures. De Léon XIII à Jean-Paul II, Paris, Seuil, 1987, p.75.
20
IBIDEM, P.19.
21
L'église et la promotion humaine en Afrique aujourd'hui. Exhortation pastorale des Evêques d'Afrique et de Madagascar,
Kinshasa, 1990, p.40.
22
Le chrétien et le développement de la nation, p.18.
[97]

« Le développement constitue un aveu de l'inachèvement ontologique de


l'homme, du hiatus entre son être et ses aspirations fondamentales et un vœu
immense, un désir véhément de vivre, sans jamais cesser de vivre »24. Par ce
concept, on met en lumière une dimension fondamentale de l'existence
humaine comme quête ; comme marche vers la plénitude fascinante et
toujours différée, marche par laquelle on saisit l'homme comme une réalité
vivante, sans cesse en devenir, acquérant toujours de nouvelles
déterminations susceptibles-au-delà d'un certain seuil critique de remanier
sa configuration sociale et intérieure.
Le développement conçu comme une lente et continuelle croissance vers une
plénitude fascinante implique une transformation structurelle et un
renouvellement de l'homme et de sa culture.
« Le développement est une élaboration culturelle et la culture est en quelque
sorte l'expression organisée, structurée, du développement. Le
développement, pour un peuple, ne signifie pas un réaménagement d'un
univers culturel d'un autre peuple, d'un charisme vécu, organisé et structuré
par un autre peuple grâce à son génie culturel, mais plutôt une organisation,
une structuration de son expérience de l'aventure humaine, conformément à
son génie culturel et aux virtualités immanentes à son univers de sens en
s'inspirant de et non en répétant l'expérience culturel de notre peuple. Cette
répétition est du reste impossible hors du contexte spatio-temporel de son
émergence, ».23 Car, écrit Joseph Kizerbo, "on ne développe pas un peuple
lais le peuple se développe lui-même''24.
« Les sociétés dites "développées" qui ont dû organiser ainsi leur monde
conformément aux virtualités de leur univers de sens, en s'inspirant des
expériences d'autres peuples, en sont venues à considérer leur expérience
culturelle comme l'unique et valable mode d'assomption de l'existence,
comme l'unique réalisation efficace de l'humanité »25.
Dans cette perspective, le développement comme quête d'un asile culturel
signifie une répétition de la manière dont une société a organisé et structuré
son environnement, de la manière dont elle gère l'espèce vital, pense et
assume, par la réflexion, son destin C'est, en d'autres termes, un
approfondissement, une adaptation d'un charisme déjà organisé. La
transformation culturelle, le renouvellement de l'univers de sens se fait à
partir du génie culturel d'un autre peuple.
23
NGWEY NGOD'A NDENGE., Développement et culture, dans Philosophie en Afrique. Actes des
Premières Journées Philosophiques de Boma du 26 au 29 mai 1993, p.163.
24
IBIDEM., p.163.
25
J. KI-ZERBO., Culture et développement, Genève, Institut International d'Etudes sociales, 1976, p.7.
[98]

A la suite des tenants des sociétés en quête de plénitude qui estiment que le
développement consiste dans la reproduction des institutions et des
organisations sociales des „' sociétés archétypes'', reproduction qui fait des
sociétés en quête de plénitude des succursales des "sociétés modèles,
d'autres tenants renchérissent que le développement implique un
changement radical comportant la renonciation à sa traduction propre, la
transformation profonde des mentalités, c'est-à-dire l'abandon d'une
mentalité et d'adoption substitutive d'une autre mentalité qui caractérise la
modernité. Celle-ci serait réalisée quelque part et exigerait, pour son séjour
dans les bosquets des sociétés en quête de leur plénitude, un renoncement,
un „' déracinement culturel ».
Face à l'invasion des modèles déshumanisant de développement „' la lecture
de la réalité humaine comme toute démarche épistémologique en quête
d'objectivité scientifique, postule à certaines étapes décisives de la pensée,
la rupture pure et simple avec une tradition intellectuelle''26
La culture désigne « tout ce par quoi l'homme affine et développe les
multiples capacités de son esprit et de son corps : s'efforce de soumettre
l'univers par la connaissance et le travail, humanise la vie sociale aussi bien
que la vie familiale et la vie civile ; traduit, communique et conserve enfin,
dans ses œuvres au cours des temps, les grandes exigences spirituelles et les
aspirations majeures de l'homme »27. Dans le même sens le Pape Jean-Paul
II soutient que " l'homme vit d'une vie vraiment humaine grâce à la culture.
La vie humaine est culture en ce sens que l'homme se distingue et se
différencie à travers elle de toute ce existe par ailleurs dans le monde visible
: l'homme ne peut pas se passer de la culture. L'homme vit toujours selon
une culture qui lui est propre et qui, à son tour, crée, entre les hommes un
lien qui leur soit propre, lui aussi en déterminant le caractère inter humain et
social de l'existence humaine. Dans l'unité de la culture comme mode propre
de l'existence humaine, s'enracine en même temps la pluralité des cultures
au sein de laquelle l'homme vit. Sans perdre cependant le contact essentiel
avec l'unité de la culture en tant que dimension fondamentale et essentielle
de son existence et de son être »28
A en croire Alain Guy, " l'homme ne peut trouver son accomplissement et
son'' apaisement''. Dans le conformisme, dans l'établissement, dans les
coutumes reçues ni même dans les idées les plus éclairées, mais dans la force
de la conscience personnelle'', il s'épure de la tentation déshumanisante qui
26
A.T. HOCINE. AHMED., L'AFRO-fascisme des droits de l'homme dans la charte et la pratique de
l'O.U.A, Paris, L'HARMATTAN, 1980, p.100.
27
Gandium et spes, n°53.
28
JEAN-PAUL II (Pape)., ''L'homme est le fait primordiale de la culture'' dans France que fais-tu de ton
baptême ? Le Centurion, 1980, p 209-210.
[99]

le pousserait vers une culture froidement institutionnalisée, et donc,


sclérosée. Il y a là un devoir d'auto-possession : la culture n'est pas
simplement instrumentale, elle est un moyen direct de la reconnaissance de
soi-même ».29
Ce dialogue intra et interculturel ne pourra être promoteur de la dignité
humaine que par la revalorisation de l'histoire de chaque peuple comme
mémoire rafraichissante de la culture. Car „' la personne ne se culture pas en
répétant passivement le passé. Elle cherche à le repenser, à le comprendre
aussi bien et peut-être mieux qu'il ne s'est compris lui-même''32. Il poursuit :
« ... La culture est, par elle-même, une force de transformation et de
perfectionnement indéfini : elle " exprime l'homme comme transcendance
de lui-même »30.
« Prenez un homme, écrit Joseph KI-ZERBO, retranchez-lui brutalement
toutes données enregistrées et conservées par sa mémoire. Infligez-lui, par
exemple, une amnésie totale. Cet homme n'est plus qu'être errant dans un
monde où il ne comprend plus rien, dénué qu'il est de tout axe de référence.
Dépouillé ainsi de son histoire, il est étranger à lui-même, on dira qu'il est
aliéné et il l'est... De même, les collectivités les peuples sont le fruit de leur
histoire. L'histoire est la mémoire des nations. C'est pourquoi, conclut
Joseph KI-ZERBO, il est de la plus haute importance pour la personnalité
d'un peuple de cultiver cette mémoire collective ou, au contraire, d'en laisser
oblitérer les trésors. Ainsi, le fait de reprendre conscience de son histoire est
un signe de renaissance pour un peuple ». 31 La valorisation de l'histoire n'est
pas un retour complaisant et une sacralisation du passé, elle est une manière
d'assumer la temporalité. Nous rejoignons ainsi l'idée selon laquelle le
développement de l'homme ou de peuple comme maitrise de sa vocation au
plus être et quête d'une plénitude s'enracine dans la culture comme force
transformatrice. Et la culture comme ce par quoi l'homme assume la
restructuration de son espace vital signifie, de ce fait, développement.
En guise de conclusion à ce chapitre, il faut vivement souhaiter à ce point
important toutes les chances de secouer littéralement les consciences
africaines face à l'impératif du bon et vrai développement font les peuples
d'Afrique ont plus que jamais tant besoin pour enfin vivre debout comme
ailleurs. Rappelons-nous ces trois grandes vérités „' : D'abord que être
homme, c'est précisément qu'être responsable de son développement ;
ensuite qu'être responsable de son développement, c'est précisément se

29
A. GUY., ''La culture selon Adolfo Munoz ALONSO'', dans La Culture. Actes du 16ème Congrès des sociétés
de philosophie de langue française du 03 au 06 septembre 1974, Vander, 1975, p.339.
30
A. GUY. [Link], p.340.
31
M. NEDOCELLE., '' Culture er personne, dans culture, p.207.
[100]

résoudre à sortir scrupuleusement et coûte que coûte du lot quotidien des


situations déshumanisantes et enfin qu'être véritablement africain
aujourd'hui, c'est être acquis irrémédiablement à la cause du développement
de chaque coin et chaque recoin de l'Afrique » 32

32
A. NYEME TESE., le chrétien et le développement de la Nation, dans Démocratie, naissance et
projets
[101]

CHAPITRE DIXIEME : CITOYENNETE MONDIALE


ET DEVELOPPEMENT DURABLE
L'éducation à la citoyenneté globale ou mondiale fait désormais partie du
vocabulaire dans le domaine de l'éducation. D'après Renald LEGENDRE,
(1963. Dictionnaire actuel de l'éducation. Guérin/ESKA : Montréal et
Paris), cette éducation a pour but de « favoriser chez les personnes la
compréhension des multiples dimensions du monde actuel, et la
participation efficace aux enjeux inhérents ».
Aujourd'hui, les Etats sont aujourd'hui en crise, s'accorde-t-ton de dire.
D'aucuns parlent même de son inévitable déclin, d'autres de sa nécessaire
revitalisation à une époque de l’histoire où la mondialisation fait de la
tangibilité de leurs frontières un repaire identitaire poreux.
Les politiques des Etats font non plus seulement influencées comme jadis
par l'apport les idées du monde extérieur, mais impulsées par les décisions
transnationales et transfrontalières relayées par des puissants moyens de
communication sur lesquels leur pouvoir de contrôle est de plus en plus
limité.
« La réalité du pouvoir mondial, disait le Secrétaire Général des Nations
Unies (1990. Le temps du changement. Paris : Rocher), échappe largement
aux Etats. Tant il est vrai, ajoute-il, que la globalisation implique
l'émergence des pouvoirs qui transcendent les structures étatiques ».
La mondialisation des rapports sociaux, culturels et économique, exerce un
effet déstabilisateur notamment sur les Etat démocratiques fondés sur la
souveraineté populaire. C'est en ces lieux que s'appuient l'exercice de la
citoyenneté responsable et l’apprentissage de la démocratie, et ce, dès
l'enfance par la mise en œuvre des politiques éducatives qui se veulent à la
hauteur de cet idéal.
Aujourd'hui il n y a pas à proprement parlé d'organisme - gouvernemental
ou non gouvernemental -œuvrant dans le domaine de l'éducation qui a la
force et les moyens d'imposer ses vues aux Etats, contrairement aux
structures mondialisées de régulation et d'extension de l'économie du
marché mises en place par ses dirigeants. Maigre l'érosion de leur pouvoir,
les Etats demeurent encore les leviers décisionnels les plus importants pour
avaliser l'intégration d'une éducation à la citoyenneté mondiale dans les
contenus d'enseignements et dans la formation des maîtres.
Soucieux par ailleurs de préserver une souveraineté mise à mal pour de
raisons reprises ci-dessous, les Etats ne consent que difficilement à
s'identifier à une éducation qui, du reste, a également des prétentions sans
frontières. Ils exigeront des garanties, notamment celle qui voudra que cette
[102]

éducation n'effrite pas son droit de regard sur des contenus qui
contribueraient à mettre en question leurs politiques.
En effet, l'ouverture au monde » appelle aujourd'hui à un véritable métissage
des idées auquel la plupart des Etats, surtout du sud, se montrent hésitants,
si l'on en juge par la résurgence observée des tendances xénophobes, des
nationalismes exacerbes et d'intégrisme ou tout simplement de replis sur soi.
L'arrimage des cultures et civilisations qui les dépassent et les englobent est
un fait de l'humanité dont on a, dans l'histoire récente, réduit, à maintes
occasions, la portée en les soumettant aux impératifs du développement des
identités particulières.
Quant à l'éducation au développement, appelée affectueusement « ED » dans
l'univers de la coopération au développement, elle « une des composantes
de l'éducation à la citoyenneté mondiale dont l'objectif général est de
concourir à un monde plus juste et solidaire empreint des valeurs
démocratiques [...] (et dont la) spécificité (est) de mettre en exergue les
relations Nord/Sud ». L'éducation à la citoyenneté mondiale est définie
comme une « éducation holistique qui ouvre les yeux des individus aux
réalités du monde et les incite à œuvrer pour davantage de justice, d'équité
et de droits humains pour tous ».
Eduquer au développement ou à la citoyenneté mondiale, c'est donc amener
à connaître et surtout à comprendre son « environnement pertinent », c'est-
à-dire, à l'heure actuelle, le monde. C'est faire prendre conscience que celui-
ci est un système, un nœud d'interdépendances, notamment entre les pays du
Nord et ceux du Sud, dans lequel nos actes ici ont des conséquences ailleurs.
Aujourd'hui, on accole au concept développement l'épithète « durable » au
point que parler du développement sous-entend le « développement durable
».
La définition la plus répandue du « développement durable » constitue plus
un programme d'action qu'une définition à proprement parler : le
développement durable, c'est s'efforcer de répondre aux besoins du présent
sans compromettre la capacité de satisfaire ceux de générations futures »
(Cf. Rapport Brundtland, 1987, cité par Brunei, S., 2004. Le développement
durable. Paris : PUF (Collection Que sais-je ?)).
Comprendre ce qu'est le développement durable est essentiel dans la mesure
où celui-ci est devenu aujourd'hui une référence majeure des politiques
nationales et internationales. Les ONG ont beaucoup contribué à diffuser et
à imposer ce concept, au point qu'Etats et entreprises l'invoquent désormais
pour mettre en œuvre de nouveaux modes de production et de
consommation.
[103]

Mais ce n'est pas pour autant que tous les Etats en ont fait une véritable
composante de leurs politiques publiques ni comme des actions privées.
L'ambiguïté persiste, car brandir ce concept comme emblème c'est aussi un
moyen de se concilier les bonnes grâces de ses interlocuteurs, de ses
partenaires, de ses cibles, qu'il s'agisse de ses électeurs, de consommateurs,
de donateurs, des bailleurs de fonds, bref de se doter d'un vernis responsable
et séduisant.
Aujourd'hui on réduit ce concept à un fourre-tout que l'on qualifie de 3 M :
■ les menaces qui pèsent sur la planète : désertification, atteintes à la
biodiversité, pollution des eaux et de l'air, changement climatique, etc. Il
s'agit ici du volet international du développement durable, sans doute, le
puissant aujourd'hui ;
■ les misères de l'humanité : persistance de la pauvreté, inégalités de
croissances, Sous Alimentation et manque d'eau potable, endémies. C'est le
volet social du développement durable ;
■ les manques de la gouvernance mondiale : dysfonctionnements et injustice
des relations internationales, notamment entre les pays développés et les
pays pauvres, difficulté d'adopter des réglementations permettant d'instaurer
un développement durable, comme de faire respecter les traités et
conventions existants. C'est le volet économique et politique du
développement durable.
10.1. Définition du développement durable
Le développement durable (traduction de subsidiables développement) est
une nouvelle conception de l'intérêt public, appliquée à la croissance
économique et reconsidérée à l'échelle mondiale afin de prendre en compte
les aspects environnementaux généraux d'une planète globalisée. Selon da
définition proposée en 1987 par la commission mondiale sur
l'environnement et le développement dans le rapport Brundtland, « le
développement durable est un développement qui répond aux besoins des
générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures
à répondre aux leurs ».
Le développement durable désigne un mode de développement qui tente de
répondre tant aux besoins des générations présentes que futures. Cette
expression est surtout employée au niveau politique, où elle insiste sur
l'intégration des préoccupations relatives au développement et à
l'environnement. Bien que, dans la pratique, il soit surtout fait référence au
développement durable [ou soutenable) en matière d'environnement, cette
notion offre un cadre pour un projet de développement qui cherche à
concilier les dimensions économiques, sociales et environnementales.
[104]

Le développement durable est la traduction française la plus courante de


l'expression anglaise « sus-tainable développement », que l'on trouve parfois
traduite aussi par développement « soutenable » ou «viable».
L'Organisation des Nations Unies a beaucoup contribué à cadrer et à lancer
cette notion sur le plan politique. C'est dans un rapport de la Commission
Mondiale (de l'ONU) pour l'Environnement et le Développement de 1987,
généralement dénommé Rapport Brundtland du nom de la présidente de la
Commission, que l'on trouve la définition la plus citée à ce propos. « Le
développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du
présent sans compromettre les capacités des générations futures de répondre
aux leurs ». Cette définition n'est pas la seule reprise dans ce document, tout,
.entier consacré à tracer une perspective pour un développèrent durable à
échelle de la planète.
Deux concepts sont inhérents à cette notion indique encore le rapport, à
savoir :
- le concept de besoins, et plus particulièrement des besoins essentiels de
plus démunis, à qui, il convient d'accorder la plus grande priorité, et
- l'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation
sociale impose sur la capacité de l'environnement à répondre aux besoins
actuels et à venir.
Ou encore : « Le développement durable n'est pas un état d'équilibre, mais
plutôt un processus de changement dans lequel l'exploitation des ressources,
le choix des investissements, l'orientation du développement technique ainsi
que le changement institutionnel sont déterminés en fonction des besoins
tant actuels ou à venir ».
10.2. Naissance du développement durable
Le développement durable apparaît: tout d'abord comme une notion
politique qui provoque la controverse. Son émergence au début des années
1970 est comme on va le voir perçue comme une entrave à la croissance,
dans le contexte économique exceptionnel des Trente Glorieuses faisant
suite au traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, les années
suivant la guerre sont marquées par une croissance unique dans l'histoire
moderne, un chômage presque nul et l'essor rapide de la production et de la
consommation de masse.
Un contexte de prospérité économique quasi parfait, que viennent troubler
pour la plus grande contrariété de beaucoup les questions d'environnement
et de développement durable. Dès 1951, l'Union Internationale pour la
Conservation de la Nature (UICN) publie le premier rapport sur l'Etat de
l'Environnement dans le Monde. Toutefois, ce rapport est peu pris en compte
[105]

par les décideurs politiques occidentaux, attachés à relever leurs pays


respectifs après les conséquences dramatiques de la guerre.
Les années 1960 commencent cependant à faire émerger la prise de
conscience des dangers de la croissance économique à tout va, tant du point
de vue des conséquences environnementales directes (déchets, fumées
d'usine, pollution de l'air et des cours d'eau) qu'à plus long terme (épuisement
des ressources, surexploitation des systèmes naturels). Préoccupés par ces
données, le Club de Rome - association privée internationale créée en 1968
et rassemblant quelques personnalités occupant des postes relativement
importants dans leur pays et souhaitant que la recherche s'empare du
problème du devenir de l'humanité - publie en 1971 le rapport The Limits to
Growth. Traduit en français par le titre « Halte à la Croissance », ce
document s'inquiète des répercussions de la croissance économique et
démographique sur les ressources naturelles de la planète, et présente le
développement économique comme incompatible avec la protection de la
planète à long terme. En effet, grâce à des simulations informatiques, « Halte
à la Croissance » démontre que la poursuite de la croissance économique
entraînera au cours du XXIème siècle une chute brutale de la population à
cause de la pollution, de l'appauvrissement considérable des sols cultivables,
et de la raréfaction des ressources énergétiques. Le rapport, originellement
rédigé par Meadows et son équipe du Massachusetts Institute of Technology,
en conclut alors que développement et environnement doivent absolument
être traités comme un seul et même problème, pour une société stable à long
terme. Toutefois, la conciliation du développement et de l'environnement est
perçue par la majorité des décideurs politiques comme une confrontation
mettant en péril leurs objectifs de croissance économique. C'est dans ce
contexte que se tient en juin 1972 à Stockholm la première conférence des
Nations Unies sur l'homme et son environnement. Intitulée « Une seule
Terre », cette conférence voit l'affrontement de plusieurs pays ou blocs de
pays autour du concept d'écodéveloppement 5, soit les interactions entre
écologie et économie. En effet, les Etats-Unis y sont notamment montrés du
doigt pour leur utilisation massive de défoliants 6, provoquant un « écocide
» dont on observe encore aujourd'hui les conséquences. Par ailleurs, mis à
pan l'opposition Est-Ouest dans un contexte international de Guerre Froide,
on observe également un clivage Nord-Sud qui perdure d'ailleurs
aujourd'hui. Malgré ces tensions, la Conférence de Stockholm débouche sur
la création du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE),
qui complète le Programme des Nations Unies pour le Développement
(PNUD).
[106]

À cette conférence fait néanmoins suite une période de stagnation politique,


fort heureusement palliée par les nombreuses actions des associations de
protection de l'environnement Au slogan « Une seule Terre » répond alors
l'appel des ONG pour « Un seul peuple », Ainsi, les années 1980 permettent
au grand public de découvrir l'état de dégradation de la planète, par le biais
de phénomènes tels que le trou dans la couche d'ozone, les pluies acides, la
désertification, ou encore la déforestation. La société civile prend alors
conscience de l'urgence de mettre en œuvre une solidarité planétaire.
10.3. Genèse du développement durable
L'écodéveloppement devient développement durable en 1980, lorsque cette
expression est employée pour la première fois dans un rapport de l'UICN
intitulé La stratégie mondiale pour la conservation. Toutefois, le terme passe
inaperçu jusqu'à sa réutilisation dans le rapport de Mme Gro Harlem
Brundtland, alors Premier ministre de Norvège et présidente de la
Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement, créée par
l'ONU en 1983. Après cinq ans de travail, la CMED publie un document
intitulé Notre Avenir à Tous, plus connu sous le nom de Rapport Brundtland.
Dans ce rapport, les questions d'environnement et de développement sont
envisagées ensemble, afin de parvenir à un développement durable
constituant une solution unique à un problème unique, parce que traité
globalement. Il s'agit en fait d'entrer dans une nouvelle ère de croissance qui
permettrait « Un développement qui répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs » 7.
Cette définition est-celle qui ancrera le développement durable dans les
mémoires jusqu'à aujourd'hui. Par ailleurs, le Rapport Brundtland est suivi
cinq ans plus tard de la Conférence des Nations Unies sur l'Environnement
et le Développement (CNUED), qui se tient du 3 au 14 juin 1992 à Rio de
Janeiro. Egalement appelé Sommet de la Terre, cet événement voit la
consécration de la notion de développement durable par 172 Etats et
déclenche sa médiatisation à destination du grand public. Au terme de dix
jours de discussion entre chefs d'Etat et de gouvernement, plusieurs textes
majeurs sont adoptés. La Déclaration de Rio, tout d'abord, qui reprend en
préambule celle de Stockholm, et entend lui donner de nouveaux
prolongements. Cette Déclaration se base en grande partie sur le Rapport
Brundtland, mais modifie considérablement la définition du développement
durable.
En effet, alors que le Rapport Brundtland était prioritairement axé sur la
préservation de l'environnement et la consommation prudente des ressources
naturelles, la Déclaration de Rio introduit le triptyque du développement
[107]

durable [cf. ci-dessous}. Un plan d'action, baptisé Agenda 21, est également
adopté lors du Sommet de la Terre. Il recense plus d'une centaine d'actions
pouvant aider a mettre en place les principes du développement durable.
Bien que n'ayant aucune valeur contraignante, on verra que ce document sera
largement utilisé par les Etats occidentaux par la suite, tant au niveau
national que local. Enfin, deux conventions cadres sont signées à Rio : la
Convention Cadre sur le Changement Climatique (qui sera complétée par le
célèbre Protocole de Kyoto en 1997 8) et la Convention Cadre sur l'Erosion
de la Diversité Biologique. Avec le Sommet de la Terre, la communauté
internationale se saisit enfin du développement durable, et elle ne lâchera
plus ce sujet. Dix ans plus tard, du 26 août au 4 septembre 2002, se tient le
Sommet mondial du développement durable à Johannesburg. Initialement
organisé pour évaluer la mise en œuvre des objectifs fixés à Rio, ce sommet
est malheureusement rattrapé par une actualité internationale difficile (crises
financières et problèmes de sécurité en particulier) et n'atteindra donc pas
ses objectifs. Toutefois, il a le mérite de réunir plus de 100 chefs d'Etats, 800
entreprises et de très nombreuses ONG. Il met ainsi en valeur les « initiatives
de type H », à savoir les partenariats conclus entre gouvernements et acteurs
privés pour appuyer la mise en place de l'Agenda 21. Si beaucoup reste à
faire, le concept de développement durable est néanmoins fermement ancré
sur les scènes internationales, européennes, nationales, régionales et locales.
Son importance est désormais incontestable, même si sa définition exacte
pose toujours problème, entraînant parfois des difficultés de compréhension.
Ceci est toutefois largement entendu par la communauté internationale, à
l'image de l'UNESCO qui a lancé la Décennie des Nations Unies pour
l'Education en vue du Développement Durable (2005-2014).
10.4. Piliers, objectifs et enjeux du développement durable
10.4.1. Les Piliers du développement durable
L'objectif du développement durable est de définir des schémas viables qui
concilient les trois aspects économique, social, et écologique des activités
humaines: ' trois piliers' à prendre en compte par les collectivités comme par
les entreprises et les individus. La finalité du développement durable est de
trouver un équilibre cohérent et viable à long terme entre ces trois enjeux. A
ces trois piliers s'ajoute un enjeu transversal indispensable à la définition et
à la mise en œuvre de politiques et d'actions relatives au développement
durable: la gouvernance.
La gouvernance consiste en la participation de tous les acteurs (citoyens,
entreprises, associations, élus..,) au processus de décision; elle est de ce fait
une forme de démocratie participative. Le développement durable n'est pas
[108]

an état statique d'harmonie, mais un processus de transformation dans lequel


l'exploitation des ressources naturelles, le choix des investissements,
l'orientation des changements techniques et institutionnels sont rendus
cohérents avec l'avenir comme avec les besoins du présent. On peut
considérer que les objectifs du développement durable se partagent entre
trois grandes catégories: ceux qui sont à traiter à l'échelle de la planète:
rapports entre nations, individus, générations ; ceux qui relèvent des
autorités publiques dans chaque grande zone économique [union
européenne, Amérique du Nord, Amérique latine, Asie.,.) à travers les
réseaux territoriaux par exemple; ceux qui relèvent de la responsabilité des
entreprises.
10.4.2. Les objectifs du développement durable
Ils se résument au grands axes suivants; la crise écologiques et sociale; une
nouvelle démarche: «Agir local, penser global» ; à ses trois piliers et enfin
répondre aux besoins des générations actuelles et à venir,
10.4.3. Les enjeux du développement durable
Suite à la conférence de Rio, la plupart des Etats se sont engagés à
élaborer une stratégie nationale de développement durable. Sa mise en
œuvre sera complexe car elle devra faire face aux enjeux du développement
durable. En effet, le développement durable impose des changements
structurels en profondeur. Il faut rééquilibrer les pouvoirs entre les priorités
économiques et les impératifs sociaux et écologiques. Comment ? En
intégrant des obligations de respect de l'environnement et des normes
sociales dans le mécanisme des marchés financiers. Et en substituant aux
spéculations boursières rapides des projets économiques viables et
équitables à long terme. Remettre l'homme au cœur de l'économie est une
priorité. Il faut instaurer une nouvelle pratique des décisions
gouvernementales. Les décisions politiques sont encore trop souvent
calculées à court terme, pour répondre à des intérêts économiques
particuliers sans tenir compte de l'impact à long terme pour l'ensemble de la
population. L'Etat n'est pas le seul responsable du développement durable.
Il faut une implication de tous les groupes socio-économiques. La réalisation
effective des objectifs du développement durable, ne peut aboutir que si
l'ensemble des acteurs de la société agit en commun : les entreprises privées,
publiques, les associations, les ONG, les syndicats et les citoyens.
Il faut rééquilibrer les forces économiques entre les pays du Sud et du Nord.
Les pays en voie de développement sont trop endettés et freinés dans leurs
échanges commerciaux pour consacrer l'énergie et les moyens suffisants à
l'éducation, la santé et la protection de l'environnement. Il faut annuler la
[109]

dette extérieure publique du Tiers-Monde, appliquer une taxe de type Tobin


en affectant les recettes à des projets de développement durable, et enfin
abandonner les politiques d'ajustement structurels. Pour mettre en œuvre
toutes les conventions et les accords multilatéraux sur l'environnement, il
faut créer une institution internationale chargée de faire respecter les
obligations souscrites par les Etats. A l'instar de l'Organisation Mondiale
du Commerce (OMC) qui gère les échanges commerciaux, il faudrait une
Organisation Mondiale de l'Environnement pour gérer les problèmes
écologiques.
[110]

CONCLUSION GENERALE

Il faut conclure mais que dire ? Comment conclure ? Le cours « Education


à la Citoyenneté » s'est consacré cette année académique 2016 - 2017 sur
une activité essentielle pour l'être humain. C'est l'activité de la connaissance,
laquelle dirige toutes les autres activités et fonde l'éducation et la
citoyenneté.
En d'autres termes, sans connaissance il n'y a rien pour l'homme ; de plus,
grâce à la connaissance, l'homme devient de plus en plus lui-même et jusque
dans l'au-delà. Quand tout disparaitre, il y a une chose qui ne disparaitre
jamais : c'est la « connaissance ».
Ce faisant, l'éducation est un pilier du progrès et du développement de la
société humaine. La crise de l'éducation que nous vivons aujourd'hui chez
nous est un véritable drame pour le présent, une catastrophe funeste pour
l'avenir de notre société.
Lever le voile sur l'éducation et ses problèmes, c'est entreprendre une
véritable autopsie d'une société elle-même en crise. Crise matérielle, crise
de modèle d'homme et de société, désarrois d'une jeunesse qui ne sait plus à
quel éducateur se vouer.
Mais au fond, l'éducation pose des problèmes qui touchent à la vision que la
société et les pouvoirs publics, ont de deux constituants d'indispensables :
l'étudiant et l'enseignant. L'étudiant est un futur cadre qui devient ce que la
communauté fait de lui. Mais comment, l'enseignant peut-il valablement
servir la nation si, à l'issue d'une formation théorique, aliénante et
extravertie, au milieu d'un environnement qui le clochardise, il ne trouve le
salut que dans la débrouillardise et des aventures d'apprenti -trafiquant ?
Tout compte fait, la citoyenneté, avons-nous dit, traduit un état d'esprit, une
culture personnelle, un ensemble d'attitudes positives, un ensemble
de responsabilités dont chaque citoyen doit prendre conscience afin de
rayonner positivement dans son pays, considéré comme sa nation.
La citoyenneté s'exprime ainsi au niveau de la pensée, de l'intention, de la
volonté, de la parole et des actions propres à la protection et la promotion de
ce qui constitue la propriété de son pays, à savoir, les habitants (ou autres
citoyens), le patrimoine culturel, immobilier, mobilier, minier, agricole,
technologique, routier, etc.
Puisque faisant partie intégrante de la culture d'un citoyen, la citoyenneté
s'acquiert par une éducation ou un enseignement devant être actualisé au
niveau du vécu quotidien, de la pratique quotidienne et au niveau du savoir-
être et du savoir -faire. C'est pourquoi l'éducation à la citoyenneté doit faire
appel à un processus d'intériorisation résultant de la compréhension de la
[111]

nature et des fonctions des finalités véritables des dispositifs politiques,


administratifs et juridiques de l'organisation du pays.
La recherche et la réflexion a progressé à travers neuf étapes. Le premier
chapitre a proposé la morale domestique comme fondement de la
citoyenneté. Exploitant judicieusement ce chapitre, nous avions montré
l'intérêt qu'il y a à concentrer l'attention sur la nature de la famille, le rôle
social de la famille. Sur la lancée, le deuxième chapitre a abordé la question
de l'origine et l'évolution du concept de citoyenneté. Il a présenté d'abord
l'origine du concept, puis l'évolution de la citoyenneté à travers les âges et
les régions du monde. Le troisième chapitre a traité de la citoyenneté :
citoyen, civisme et cité. Le quatrième chapitre concerne les fondements et
facteurs du civisme. Le cinquième chapitre passe à l'étude de la nationalité
et la citoyenneté congolaises qu'il décrit, puis analyse. Le sixième chapitre
vient alors proposer une trilogie Patrie -Nation -Etat. Le septième chapitre a
abordé la citoyenneté et la pratique de la corruption en Afrique. Le huitième
chapitre concerne le lien entre la citoyenneté, la bonne gouvernance et le
développement. Enfin, le neuvième et dernier chapitre a traité de la
citoyenneté mondiale et le développement durable.
Alexandre DUMAS Fils me semble poser une question fondamentale que je
soumets à l'attention des étudiants : « Pourquoi, les enfants étant si
intelligents, les hommes sont-ils si bêtes ? Cela doit tenir à l'éducation,
répond-il lui-même » ?
[112]

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latines. Lubumbashi : UNILU. KRULIC, Brigitte, 1999- La
natiOTi : une idee moderne. Paris : Ellipses.
SESTON, William & EUZENNAT, 1961. « La citoyenneté romaine au
temps de Marc Aurèle et de Commode, d'après la Tabula
Banasitana », CRAI, 105-2, p, 317324.
ULYSSE, P.J, 2000. "(Re) poser la citoyenneté américaine de
manière sociologique", 14-22 : Le Cahier du Gres 1 (1)
[115]

TRAVAIL PRATIQUE
ORGANISATION MODERNE DE LA CITE : FORME,
REGIME, SYSTEME
TD N° 1
Pour Goetz « l'éducation a comme but démener chaque individu des
connaissances communes et des et de comportements communs qui
sont indispensables à la cohérence du groupe quel il appartient : qu'est
- ce à dire ?
TD N° 2
Faisant partie intégrante de la culture d'un citoyen, la citoyenneté
s'acquirent per une éducation ou un enseignement devant être actualisé
au niveau du vécu quotidienne de la pratique quotidienne, et au niveau
du savoir - être et du savoir - faire. Qu'est - ce à p.3
TD. N° 3
Un des objectifs généraux du cours d'éducation à la citoyenneté consiste
à favoriser l'éclosion d'un véritable comportement citoyen. Qu'est-ce à
dire ? P.4
TD N° 4
Puisqu' il est entendu que la famille est une structure essentiellement
maurelle qui répond au besoin si vif et si profond de notre nature, de
vivre et de suivre à en ru autrui, dans cette perceptive, par quoi est telle
constituée ? p.5
TD N° 5
D' après jean jacques Rousseau, le citoyen est un être éminemment
politique [....] qui exprime non pas son intérêt individuel mais l'intérêt
général ne se résume pas à la somme des volontés particulières mais la
dépasse Qu'est-ce à dire ? P.10
TD N°6
Donnez, en l'expliquant, le double aspect de la citoyenneté ? P 22
TD N° 7
Donnez les différences entre le citoyen et être citoyen ? p9 et 22
TD N° 8
Puisqu'il est entendu que le civisme est une obligation d'assumer sa
citoyenneté, dans cette perspective qu'elle peut être la différence entre
sa perspective théorique et sa perspective pratique ? P.23
[116]

TD N° 9
Du point de vie de l'état, comment le citoyen le civisme ? P. 23
TD N° 10
Du point de vie de citoyen lui-même, comment le citron peut- il
comprendre le civisme ? P 24
TD N° 11
Le véritable civisme se fonde sur des motivations rationnelles et
raisonnables, et se pratique à partir d'une décision libre et éclairée d'
obéir, et de se conformer aux idéaux, règles et convenances de sa
société. Qu'est-ce que cela signifie ? P24
TD N° 12
Quelle différence faites- vous entre le bon citoyen et les citoyens
médiocres ? 24- 25
TD N° 13
Chaque citoyen d'un état- nation est, en quelque sorte et désormais, un
citoyen du monde « de l'état monde» Qu'est à dire ? P. 26
TD N° 14
Puisqu'il est entendu que pratiquer le civisme c'est, fondamentalement,
être un bon citoyen. Il est intéressant de se poser la question suivante :
Qu'est ce être un bon citoyen ? P.28
TD N° 15
Aimer ses concitoyens, c'est éviter de leur faire quoi que ce soit qu'on
n'aimerait jamais subir sois même. Qu'est-ce à dire ? P.29
TD N° 16
Un gestionnaire qui vole les biens publics pour investir ailleurs, dans
les autres pays, doit être condamné à un mort pour trahison contre sa
patrie et attendant délibéré à la vie de ses concitoyens. Qu'en pensez-
vous ? P.29
TD N° 17
Aimer sa patrie c'est éviter, de toutes ses forces, number à la tentation
de la corruption, de la commission, du détournement des biens publics
et de la fraude fiscale. Qu'est-ce à dire ? P29
TD N° 18
Que signifie faire preuve de civisme ? P31
TD N° 19
Que signifie Aimer ses compatriotes ? 31
TD N° 20
Que signifie être un citoyen véritable ? p33
[117]

TD N° 21
Vis- à- vis de la cité, le tout premier cite de civisme que chaque citoyen
est constamment invité à accomplir c'est d'aimer sa cité, sa communauté
d'existence. Qu'est-ce à dire ? P.33
TD. N° 22
Expliquez brièvement la notion de la cité comme patrie ? P.33
TD N° 23
Expliquez brièvement la notion de la cité comme nation ? P.34
TD N°24
Expliquez brièvement la notion de l'état- nation ? P. 38
TD N°25
Citez, en les expliquant brièvement, les fondements du civisme ? P.41
TD N°26
Quelle différence faites-vous entre la liberté négative et la liberté
positive ? P 45-47
TD N°27
Quelle différence faites-vous entre la sanction négative et la sanction
positive ? p56-58
TD N° 28
Citez en expliquant brièvement les principaux facteurs du civisme ?
p49
TD N°29
Expliquez brièvement les deux modes d'acquisition de la nationalité
congolaise ? p65
TD N°30
Quel rapport faites-vous entre la trilogie : patrie-Nation-Etat ? p70
TD N°31
Puisqu'il est entend que développer, c'est raccourcir les distances, pour
permettre une rapide circulation des personnes, des biens, des services
et des informations. Qu'est-ce qu'il faut faire pour raccourcir les
distances ? p28
TD N°32
Eduquer au développement ou à la citoyenneté mondiale, c'est donc
amener à connaitre et surtout à comprendre son « environnement
pertinent, » c'est-à-dire, à l'heure actuelle, le monde. Qu'est-ce à dire ?
p100.
[118]

TABLE DES MATIERES

0. INTRODUCTION GENERALE ......................................................................................................... 2


0.1. Notion ........................................................................................................................................... 2
0.2. Objectifs généraux ........................................................................................................................ 4
0.3. Objectifs particuliers .................................................................................................................... 5
CHAPITRE PREMIER : LA MORALE DOMESTIQUE COMME FONDEMENT DE LA
CITOYENNETE .................................................................................................................................... 6
1.1. Nature de la famille ...................................................................................................................... 6
1.2. Rôle social de la famille ............................................................................................................... 7
CHAPITRE DEUXIEME LA CITOYENNETE : ORIGINE ET EVOLUTION DU CONCEPT .... 9
2.1. Origine du concept ....................................................................................................................... 9
2.2. La citoyenneté à travers les âges et les régions du monde ......................................................... 10
HYMNE NATIONAL DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO : ........................ 17
L'HYMNE AUX KASAPARDS ........................................................................................................... 18
CHAPITRE TROISIEME EXPRESSIONS MAJEURES DU CIVISME ...................................... 19
3.0. Introduction ........................................................................................................................... 19
3.1. LA PARTICIPATION POLITIQUE ..................................................................................... 19
3.2. LE NATIONALISME ................................................................................................................ 32
3.2.1. Signification du nationalisme .................................................................................................. 33
3.2.3. Le patriotisme : une expression forte du nationalisme............................................................ 35
3.2.4. Quelques modèles du patriotisme............................................................................................ 38
3.2.5. Symboles patriotiques.............................................................................................................. 39
CHAPITRE QUATRIEME LA CITOYENNETE : CITOYEN, CIVISME, CITE ............................. 40
4.1. Introduction ................................................................................................................................ 40
4.2. Le Citoyen .................................................................................................................................. 40
4.3. Le civisme : obligation d'assumer sa citoyenneté....................................................................... 42
4.4. La Cité ........................................................................................................................................ 49
CHAPITRE CINQUIEME FONDEMENTS ET FACTEURS DU CIVISME ................................ 55
5.0. INTRODUCTION ...................................................................................................................... 55
5.1. Les fondements du civisme ........................................................................................................ 55
5.2. Les principaux facteurs du civisme ............................................................................................ 62
CHAPITRE SIXIEME LA NATIONALITE ET LA CITOYENNETE CONGOLAISES ............... 72
6.1. Généralités sur la Nationalité ..................................................................................................... 72
6.1.1. Acquisition de la nationalité ............................................................................................... 72
6.1.2. Les effets de la nationalité ................................................................................................... 73
[119]

6.2. La nationalité congolaise ............................................................................................................ 73


6.2.1. La nationalité congolaise d'origine ..................................................................................... 73
6.2.2. La nationalité Congolais d'acquisition................................................................................ 74
6.2.3. Perte de la nationalité Congolaise ...................................................................................... 76
6.2.4. La déchéance de la nationalité Congolaise ......................................................................... 76
CHAPITRE SEPTIEME LA TRILOGIE PATRIE - NATION - ETAT ........................................... 78
7.1. La patrie comme unité affective ..................................................................................................... 79
7.1.1. La patrie comme expérience du sacré.................................................................................. 79
7.1.2. La patrie comme droit et intégration à la communauté ....................................................... 79
7.1.3. Un sentiment complexe : le patriotisme .............................................................................. 79
7.1.4. Patriotisme et collégialité .................................................................................................... 80
7.2. La nation comme unité morale ................................................................................................... 81
7.2.1. La nation comme représentation de collectivité .................................................................. 81
7.2.2. La nation comme âme ou principe spirituel ........................................................................ 81
7.2.3. L'Etat comme unité de Service............................................................................................. 82
7.2.4. Le territoire ......................................................................................................................... 82
CHAPITRE HUITIEME CITOYENNETE ET PRATIQUE DE LA CORRUPTION EN
AFRIQUE ............................................................................................................................................. 85
CHAPITRE NEUVIEME CITOYENNETE, BONNE GOUVERNACE ET DEVELOPPEMENT87
9.1. Le concept de bonne gouvernance ............................................................................................. 87
9.1.1. Origine foucaldienne du concept......................................................................................... 87
9.1.2. La « bonne gouvernance : contexte d'émergence et sens actuel du terme .......................... 88
9.2. Le concept de développement .................................................................................................... 90
9.3. Définition du développement ..................................................................................................... 91
9.4. Facteurs culturels du développement ......................................................................................... 96
CHAPITRE DIXIEME : CITOYENNETE MONDIALE ET DEVELOPPEMENT DURABLE . 101
10.2. Naissance du développement durable .................................................................................... 104
10.3. Genèse du développement durable ......................................................................................... 106
10.4. Piliers, objectifs et enjeux du développement durable ........................................................... 107
10.4.1. Les Piliers du développement durable ............................................................................ 107
10.4.2. Les objectifs du développement durable.......................................................................... 108
10.4.3. Les enjeux du développement durable ............................................................................. 108
CONCLUSION GENERALE ............................................................................................................. 110

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