Séquence 2 : La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, un
texte révolutionnaire ?
La plume est-elle un moyen efficace pour combattre les inégalités ?
Séance 2 : Présentation du parcours : « écrire et combattre pour l’égalité »
I. Définitions
Définition du verbe Tracer des caractères, mettre par écrit, exposer ses idées dans un langage écrit, produire
« écrire » des textes (notamment littéraires), faire le métier d’écrivain.
Synonymes du verbe Rédiger, composer.
« écrire »
Personnage en charge Scribe, copiste, auteur, écrivain.
d’écrire
Définition du verbe Se battre contre ou en faveur de qqch ou de qqn, au sens propre (physiquement) ou
« combattre » figuré (par d’autres moyens, notamment littéraires), livrer combat/bataille.
Synonymes du verbe S’opposer à, lutter contre, attaquer, affronter, contredire, réfuter, dénoncer. Se
« combattre » battre pour, plaider, défendre.
Personnage qui prend part … physiquement : guerrier, adversaire, militant.
à un combat… … avec des mots : pamphlétaire, polémiste, détracteur.
Définition du nom Caractère de ce qui est égal. Le fait pour les humains d’avoir les mêmes droits
« égalité » devant la loi.
Synonymes du nom Équilibre, parité.
« égalité »
Antonyme Inégalité.
II. Groupement de textes : la place des femmes au XVIIIe siècle : dénonciations et rébellions
Texte 1 : Montesquieu, lettre 161, Lettres persanes, 1721
Ce roman épistolaire rassemble la correspondance fictive entretenue pendant huit ans entre deux Persans, Rica et
Usbek. Tandis qu’Usbek décrit avec ironie la société française de Louis XIV, les femmes de son sérail, dont sa favorite,
Roxane, se sont révoltées contre lui.
OUI, je t’ai trompé ; j’ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j’ai su, de ton affreux sérail,
faire un lieu de délices et de plaisirs.
Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines : car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me
retenait à la vie n’est plus ? Je meurs ; mais mon ombre s’envole bien accompagnée : je viens d’envoyer devant moi
ces gardiens sacrilèges, qui ont répandu le plus beau sang du monde.
Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule pour m’imaginer que je ne fusse dans le monde que pour
adorer tes caprices ? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d’affliger tous mes désirs ? Non : j’ai pu
vivre dans la servitude, mais j’ai toujours été libre : j’ai réformé tes lois sur celles de la nature ; et mon esprit s’est
toujours tenu dans l’indépendance.
Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t’ai fait ; de ce que je me suis abaissée jusqu’à te
paraître fidèle ; de ce que j’ai lâchement gardé dans mon cœur ce que j’aurais dû faire paraître à toute la terre ;
enfin de ce que j’ai profané la vertu en souffrant qu’on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies.
Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l’amour : si tu m’avais bien connue, tu y aurais
trouvé toute la violence de la haine.
Mais tu as eu longtemps l’avantage de croire qu’un cœur comme le mien t’était soumis. Nous étions tous deux
heureux ; tu me croyais trompée, et je te trompais.
Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu’après t’avoir accablé de douleurs, je te forçasse
encore d’admirer mon courage ? Mais c’en est fait, le poison me consume, ma force m’abandonne ; la plume me
tombe des mains ; je sens affaiblir jusqu’à ma haine ; je me meurs.
Du sérail d’Ispahan, le 8 de la lune de Rébiab 1, 1720.
En quoi cette lettre de Roxane est-elle un acte de défi à l’égard d’Usbek ?
Texte 2 : Émilie du Châtelet, Discours sur le bonheur, 1741 (publication posthume 1779)
L’autrice s’empare d’un thème crucial au XVIIIe siècle, le bonheur. Elle en propose une approche toute personnelle.
Elle fait l’éloge des passions qu’elle a placées au cœur de sa vie : le jeu, l’amour, l’étude.
(Moins notre bonheur dépend des autres) et plus il nous est aisé d’être heureux. (…) Par cette raison
d'indépendance, l'amour de l'étude est de toutes les passions celle qui contribue le plus à notre bonheur. Dans
l'amour de l'étude se trouve renfermée une passion dont une âme élevée n'est jamais entièrement exempte, celle
de la gloire ; il n'y a même que cette manière d'en acquérir pour la moitié du monde, & c'est cette moitié justement
à qui l'éducation en ôte les moyens, & en rend le goût impossible.
Il est certain que l'amour de l'étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu'à celui des femmes. Les
hommes ont une infinité de ressources pour être heureux, qui manquent entièrement aux femmes. Ils ont bien
d'autres moyens d'arriver à la gloire, & il est sûr que l'ambition de rendre ses talents utiles à son pays & de servir ses
concitoyens, soit par son habileté dans l'art de la guerre, ou par ses talents pour le gouvernement, ou les
négociations, est fort au- dessus de [celle] qu'on peut se proposer pour l'étude; mais les femmes sont exclues, par
leur état, de toute espèce de gloire, & quand, par hasard, il s'en trouve quelqu'une qui est née avec une âme assez
élevée, il ne lui reste que l'étude pour la consoler de toutes les exclusions & de toutes les dépendances auxquelles
elle se trouve condamnée par état.
En quoi cet éloge de l’étude est-il une dénonciation en creux de l’inégalité entre la condition des femmes
et celle des hommes ?
Questions-bilan sur le groupement de textes
1. Quels regards ces textes posent-ils sur l’attitude des hommes à l’égard des femmes ?
2. Quelle stratégie les textes mettent-ils en œuvre pour dénoncer l’inégalité des conditions des
hommes et des femmes ?
III. Lectures cursives en lien avec le parcours
Pour le 09/01 : avoir lu un des livres suivants. Remplir et envoyer son journal de lecture.
Édouard Louis, Qui a tué mon père, 2018.
- « Quand on lui demande ce que le mot racisme signifie pour elle, l’intellectuelle américaine Ruth Gilmore répond
que le racisme est l’exposition de certaines populations à une mort prématurée ».
- « Pendant toute mon enfance j’ai espéré ton absence ».
- « Tu as raison. Tu as raison, je crois qu’il faudrait une bonne révolution ».
Noire n’est pas mon métier, 2018.
- « Pour une Noire, vous êtes vraiment intelligente, vous auriez mérité d’être blanche ! Oh, la chance d’avoir des
fesses comme ça, vous devez être chaude au lit, non ? »
- « On est dans le hall, le Poulpe se pavane, les acteurs l’entourent, « je ne savais pas que tu connaissais cette
comédienne black », dit une voix. Je frissonne, je ne suis pas black, je suis noire, on est en France, bordel ».
- « Oh ma gazelle bla-bla-bla, ma panthère, j’entends les tams-tams de l’Afrique, la chaleur de la savane, ma tigresse
bla-bla-bla, je serai ton lion, ton taureau et toi, nue, oh l’odeur de la jungle africaine, toi la callipyge, oh tu me fais
rougir, oh ma gazelle africaine bla-bla-bla »
Djaïli Amadou Amal, Les Impatientes, 2020.
- « Je n’aime pas Moubarak ! fait-elle, en sanglotant de plus belle. Je ne veux pas me marier avec lui ».
- « Je me suis défendue comme je le pouvais mais trop de personnes s’acharnent sur moi. Que puis-je faire seule
contre tous ? Où chercher cette fameuse protection ? Tu connais quelqu’un d’efficace, toi ? »
- « Je ne veux pas seulement faire revenir mon époux à de meilleurs sentiments et être sa favorite. Je veux que mon
oncle se débarrasse de ma rivale. Car il n’est pas question pour moi de partager mon mari ».
Laetitia Colombiani, Le cerf-volant, 2021.
- « Si Léna reconnaît que ces années d'enseignement ont érodé son ardeur et son énergie, ses convictions restent
inchangées : l'éducation comme arme de construction massive, elle y croit ».
- Naitre fille ici est une malédiction, pense-t-elle en quittant le dhaba. L'apartheid commence à la naissance et se
perpétue, de génération en génération. Maintenir les filles dans l'ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de
museler leur pensées, leurs désirs. En les privant d'instruction, on les enferme dans une prison à laquelle elles n'ont
aucun moyen d'échapper. On leur retire toute perspective d'évolution dans la société. Le savoir est un pouvoir.
L'éducation, la clé de la liberté.