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Géométrie Olympiades de Mathématiques

Le tome 7 de la série 'Objectif Olympiades de Mathématiques' est consacré à la géométrie et contient plus de 680 exemples et exercices avec des solutions détaillées. Il vise à fournir aux élèves les techniques et méthodes nécessaires pour réussir aux Olympiades de mathématiques, en mettant l'accent sur l'entraînement intensif. Chaque chapitre présente des résultats et des méthodes de manière progressive, accompagnés d'exercices pour renforcer la compréhension et la maîtrise des concepts.

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Le tome 7 de la série 'Objectif Olympiades de Mathématiques' est consacré à la géométrie et contient plus de 680 exemples et exercices avec des solutions détaillées. Il vise à fournir aux élèves les techniques et méthodes nécessaires pour réussir aux Olympiades de mathématiques, en mettant l'accent sur l'entraînement intensif. Chaque chapitre présente des résultats et des méthodes de manière progressive, accompagnés d'exercices pour renforcer la compréhension et la maîtrise des concepts.

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OBJECTIF OLYMPIADES

DE MATHÉMATIQUES
TOME 7 : GÉOMÉTRIE II

Mohammed AASSILA
Objectif Olympiades de Mathématiques

Livres publiés :

2 Volume 1 : Algèbre, 2020.


2 Volume 2 : Analyse, 2020.
2 Volume 3 : Combinatoire I, 2021.
2 Volume 4 : Combinatoire II, 2021.
2 Volume 5 : Arithmétique, 2021.
2 Volume 6 : Géométrie I, 2022.
2 Volume 7 : Géométrie II, 2022.
Avant propos
Le secret de la réussite dans la résolution des problèmes d’Olympiades consiste en deux
choses :
1 connaître les bonnes techniques ;
2 s’entraîner intensivement.
Petite explication :
❏ L’idée, c’est toujours de connecter quelque chose qui est inconnue à quelque chose de
connue. On « ramène » la résolution d’un problème qu’on découvre pour la première
fois à l’application d’une technique « classique » de résolution. D’où l’importance de
connaître les bonnes techniques.
❏ À partir du moment où l’on s’entraîne, et que l’on façonne notre cerveau à cette gymnas-
tique durant plusieurs heures par jour, et sur une longue durée, alors ça devient facile,
et en plus vraiment marrant.

C’est ainsi que l’on devient champion olympique !

« Objectif Olympiades de Mathématiques » est une série de livres ayant pour but de mettre
entre les mains des élèves des ouvrages où tous les résultats, méthodes et techniques, qu’il est
impératif de connaître sont exposés de manière claire et précise, commentés et mis en relief
par de très nombreux exemples et exercices corrigés en détail. Le contenu de chaque livre est
conçu pour être compréhensible par un élève courageux du collège ou lycée, tous les concepts
sont abordés de façon très progressive, et toutes les notions enseignées au delà du lycée sont
introduites avant d’être utilisées.

Chaque chapitre contient une présentation complète des principaux résultats, méthodes et
techniques, à connaître, commentés et mis en relief par des exemples, des prolongements, et
des mises en garde. De très nombreux exercices, corrigés en détail, et dont l’objectif est de :
- assimiler et mettre en pratique les notions vues en début de chapitre ;
- amener le lecteur à la compréhension et à la bonne maîtrise des notions étudiées ;
- mettre l’élève en situation de compétition mathématique nationale ou internationale.

Ce livre est le septième volume de la série Objectif Olympiades de Mathématiques. Il est entière-
ment consacré à la géométrie. Il comporte plus de 680 exemples et exercices, dont la solution
est rédigée avec le soin et le souci d’exposer les idées et les démarches de raisonnement. En-
richies de nombreuses remarques et généralisations, les solutions sont à la fois précises et
éducatives.

Merci d’avance à ceux qui voudront bien me faire part de leurs remarques, suggestions, cri-
tiques, ou autres solutions plus élégantes que celles proposées. J’accueillerai donc volontiers
les commentaires, corrections ou encouragements qui pourront m’être directement adressés à
l’adresse électronique : [Link]@[Link]

Strasbourg, 27 Février 2022


.
Table des matières

1 Géométrie analytique 5
1.1 Géométrie analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.1 Produit scalaire et déterminant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Calculs vectoriels dans l’espace . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.3 Relations métriques dans le triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.1.4 Aire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.1.5 Coordonnées cartésiennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.1.6 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
1.2 Coordonnées barycentriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
1.2.1 Coordonnées barycentriques de points remarquables . . . . . . . . . . . . . . 30
1.2.2 Droites. Alignement et concours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.2.3 Cercles. Puissance d’un point par rapport à un cercle . . . . . . . . . . . . . 41
1.2.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.3 Coordonnées trilinéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
1.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61

2 Transformations géométriques 83
2.1 Homothéties . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
2.1.1 Homothéties et cercles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
2.1.2 Composition des homothéties . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
2.1.3 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
2.2 Rotations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
2.2.1 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
2.3 Similitudes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
2.3.1 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
2.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115

3 Quadrilatères 125
3.1 Définitions. Propriétés fondamentales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
3.1.1 Théorèmes d’Euler et de Leibniz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
3.1.2 Quadrilatère orthodiagonal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
3.1.3 Médianes et bimédianes dans un quadrilatère . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132
3.2 Principaux théorèmes pour les quadrilatères convexes . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
3.2.1 Quadrilatère complet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
3.2.2 Relations métriques dans un quadrilatère convexe . . . . . . . . . . . . . . . 144
3.3 Quadrilatère cyclique (ou inscriptible) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
3.3.1 Exercices d’applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
3.3.2 Relations métriques dans un quadrilatère cyclique . . . . . . . . . . . . . . . 171
3.3.3 Théorème de Casey et généralisations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
3.4 Quadrilatère tangentiel (ou circonscriptible) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
3.4.1 Théorèmes du type Casey pour les quadrilatères tangentiels . . . . . . . . . 187

1
2 TABLE DES MATIÈRES

3.5 Quadrilatère bicentrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189


3.6 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195

4 Géométrie et nombres complexes 205


4.1 Propriétés de base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205
4.2 Colinéarité, orthogonalité et cocyclicité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 206
4.3 Triangles semblables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207
4.4 Triangles équilatéraux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209
4.5 Géométrie analytique dans le plan complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 212
4.6 Cercles et nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 216
4.7 Orthogonalité et parallélisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 218
4.8 Aire d’un polygone convexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
4.9 Céviennes et quelques points remarquables dans le triangle . . . . . . . . . . . . . . 223
4.10 Cercle des neuf points d’Euler . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227
4.11 Triangle podaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 230
4.12 Triangles orthopolaires ou triangles-S . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 235
4.13 Transformations géométriques et nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . 237
4.14 Relations métriques et nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238
4.15 Problèmes de colinéarité et nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243
4.16 Problèmes de concourance et nombres complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 248
4.17 Lieu géométrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 251
4.18 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 253

5 Maximum et minimum en géométrie 289


5.1 Problèmes d’extremums et transformations géométriques . . . . . . . . . . . . . . . 289
5.2 Problèmes d’extremums et inégalités algébriques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295
5.3 Problèmes d’extremums et combinatoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 300
5.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 304

6 Inégalités géométriques 307


6.1 Inégalité triangulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 307
6.2 Inégalités avec les côtés d’un triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 311
6.3 Étude des triangles. Utilisation des inégalités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 317
6.4 Étude des triangles. Éléments remarquables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 320
6.5 Convexité et trigonométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 322
6.6 Inégalité d’Euler et applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 329
6.7 Fonctions symétriques de a, b et c . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 334
6.8 Quelques inégalités géométriques dans le triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337
6.9 Aire et périmètre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 354
6.10 Un triangle à l’intérieur d’un autre triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 361
6.11 Un point à l’intérieur d’un triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363
6.12 Inégalités géométriques classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 376
6.13 Théorème d’Erdős-Mordell . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 382
6.13.1 Théorème d’Erdős-Mordell pour un triangle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 382
6.13.2 Théorème d’Erdős-Mordell pour un point extérieur . . . . . . . . . . . . . . 385
6.13.3 Inégalité d’Erdős-Mordell pour un polygone convexe . . . . . . . . . . . . . 387
6.13.4 Généralisation du théorème d’Erdős-Mordell . . . . . . . . . . . . . . . . . . 389
6.14 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 400

7 Inversions 413
7.1 Inversion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 413
7.1.1 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 419
7.2 √Pôles et polaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 423
7.3 bc -inversion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 428
7.3.1 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 430
7.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 433
TABLE DES MATIÈRES 3

8 Géométrie projective 443


8.1 Plan projectif, birapport et division harmonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 443
8.1.1 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 449
8.1.2 Faisceau harmonique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 453
8.1.3 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 459
8.2 Pôle et polaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 462
8.3 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 469
4 TABLE DES MATIÈRES
Chapitre

1
Géométrie analytique


On se place dans le plan affine euclidien orienté E2 , d’espace de vecteurs associé E 2 .

1.1 Géométrie analytique


Un vecteur du plan R2 est la donnée d’une direction, d’un sens et d’une longueur.

Le vecteur nul est noté 0 . La norme d’un vecteur #»
v , notée k #»
v k, est la longueur de #»
v.
# »
Deux points M et N du plan définissent un vecteur MN .

1.1.1 Produit scalaire et déterminant



❏ On dit que deux vecteurs #» u et #»v sont colinéaires si, et seulement si, #»v = 0 ou il existe
λ ∈ R tel que u = λ v .
#» #»
❏ Si #»
u et #»v ne sont pas colinéaires (on dit qu’ils sont indépendants) alors tout vecteur w #»
#» 2
peut s’écrire de manière unique sous la forme x u + y v avec (x, y) ∈ R . On dit que ( u , v )
#» #» #»

constitue une base de E 2 .

❏ Pour u et v deux vecteurs de E 2 , on note ( #»
#» #» v ) l’angle orienté défini par u
u , #» #» et #»
v.
❏ Si A, B, C sont trois points tels que A , B et A , C, la mesure de l’angle géométrique BAC [
[ = cos(AB, AC)
est l’unique réel de [0, π] tel que cos BAC
# » # »

Définition : Produit scalaire



Soient #»
u et #»
v deux vecteurs
 de E 2 . Le produit scalaire de u#» et #»
v est un réel noté u
#» · #»
v

k u k k v k cos( u , v ) si u et v sont non nuls
#» #» #» #» #» #»

donné par : u v =
#» · #»

0 sinon.

❏ Deux vecteurs u v sont dits orthogonaux lorsque u


#» et #» v = 0.
#» · #»
❏ Soient A et B deux points du plan, on note AB la distance usuelle de A à B. On a :

AB2 = kABk2 = AB · AB.


#» #» #»

❏ Expression du produit scalaire dans une base orthonormale de E 2 .
#» #» #» #» #» #» #»
Soit ( i , j ) une base orthonormale de E , soient u
2
#» = u i + u j et #»
1 2 v = v i + v j , alors :
1 2

v = u1 v 1 + u2 v 2 .
#» · #»
u

Définition : Déterminant

Soient u
#» et #»
v deux vecteurs
 de E 2 . Le déterminant de u et v est un réel noté det( u , v )
#» #» #» #»

k #» v k sin( #»
u k k #» v ) si u
u , #» #» et #»
v sont non nuls

donné par : det( #» v) = 
u , #» 
0 sinon.

5
6 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

❏ Expression du déterminant dans une base orthonormale directe.


#» #» #» #» #» #» #»
Soit ( i , j ) une base orthonormale directe de E 2 . Soient #»
u = u1 i + u2 j et #»
v = v1 i + v2 j ,
alors on a :
u v1
det( #» v) = 1
u , #» = u1 v 2 − u2 v 1 .
u2 v 2

❏ Caractérisation des bases orthonormales directes.



Une base orthonormale ( #» v ) de E 2 est directe si, et seulement si, det( #»
u , #» v ) > 0.
u , #»
Dans ce cas, on a en fait det( u , v ) = 1.
#» #»
❏ Interprétation en termes d’aire.
#» # »
Soient A, B, C, D quatre points de E2 tels que AB = DC. Le quadrilatère ABCD est un paral-
#» # »
lélogramme du plan, son aire est égale à det(AB, AD) .
b b
D C

b b
A B

❏ Caractérisation de la colinéarité de deux vecteurs.


#» et #»
u v sont colinéaires ⇐⇒ det( #» v ) = 0.
u , #»

En particulier on a :
#» # »
A, B, C alignés ⇐⇒ det(AB, AC) = 0.

1.1.2 Calculs vectoriels dans l’espace



On note E3 l’espace affine euclidien orienté de dimension 3 dirigé par l’ensemble des vecteurs E 3 .
#» #» #» #» #»
Soient i , j et k trois vecteurs de E 3 non coplanaires, alors pour tout vecteur u #» de E il existe
3
#» #» #»
un unique triplet (u1 , u2 , u3 ) de réels tels que u = u1 i + u2 j + u3 k .

#» #» #» #» = u #» #» #»
On rapporte E3 à un repère orthonormal direct (O, i , j , k ) et on se donne u 1 i + u2 j + u3 k
#» #» #» #»
v = u1 i + v2 j + v3 k deux vecteurs de E 3 .
et #»
❏ Produit scalaire :

 #» #» #» #»
k u k k v k cos( u , v ) si u , 0 et v , 0
 #» #» #» #»
u·v =
#» #»

0 sinon.

❏ Expression dans une base orthonormale :

v = u1 v 1 + u2 v 2 + u3 v 3 .
#» · #»
u

❏ Règles de calculs : comme dans le plan, le produit scalaire est bilinéaire et symétrique.
Pour A(xA , yA , zA ) et B(xB , yB , zB ) deux points de l’espace on a, en notant AB la distance de
AàB:
q
AB2 = kABk2 = AB · AB = (xB − xA )2 + (yB − yA )2 + (zB − zA )2 .
#» #» #»

Définition : Produit mixte

Pour (u, v, w) ∈ R3 × R3 × R3 , on définit le produit mixte de u, v, w, noté [u, v, w], par :

[u, v, w] = det(u, v, w),


B

où B est n’importe quelle base orthonormale directe de R3 .


1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 7

Définition : Produit vectoriel

Pour tous u, v de R3 , il existe x ∈ R3 unique tel que pour tout w ∈ R3 : [u, v, w] = x · w.


Cet élément x est appelé le produit vectoriel de u par v , et noté u ∧ v . On a ainsi pour tout
u, v, w ∈ R3 :
[u, v, w] = (u ∧ v) · w.
Pour toute base orthonormale directe (i, j, k) de R3 : i ∧ j = k, j ∧ k = i, k ∧ i = j .

Proposition 1

⋄ Les vecteurs #»
u et #»
v sont colinéaires si, et seulement si, u v = 0.
#» ∧ #»
⋄ Le vecteur u v est un vecteur orthogonal à u
#» ∧ #» #» et à #»
v.
⋄ Si u et v sont deux vecteurs orthogonaux de normes 1, alors ( #»
#» #» u , #»
v , #» v ) est une base
u ∧ #»

orthonormale directe de E 3 .

❏ Expression du produit vectoriel dans une base orthonormale directe :

u v2 #» u1 v1 #» u1 u2 #»
#» v = 2
u ∧ #» i − j + k
u3 v3 u3 v 3 v1 v2
#» #» #»
= (u2 v3 − u3 v2 ) i + (u3 v1 − u1 v3 ) j + (u1 v2 − u2 v1 ) k .

❏ Règles de calculs : le produit vectoriel est bilinéaire. Pour #» v et w
u , #» #» trois vecteurs de E
3,
pour α, β et γ trois réels on a :
#» ∧ (β #»
u v + γ w)
#» = β #» v + γ #»
u ∧ #» #»
u ∧ w, (α u
#» + β #»
v)∧w
#» = α u #» + β #»
#» ∧ w #»
v ∧ w.

Le produit vectoriel est antisymétrique : u v = − #»


#» ∧ #» u.
v ∧ #»
❏ Expression du produit mixte dans une base orthonormale directe :

u1 v1 w1
det( #»
u , #» #» = u
v , w) 1 v2 w2 .
u3 v3 w3

On utilise la règle de Sarrus pour développer le déterminant

det( #»
u , #» #» = u v w + v w u + w u v − w v u − u w v − v u w .
v , w) 1 2 3 1 2 3 1 2 3 1 2 3 1 2 3 1 2 3

❏ Le produit mixte det( #»


u , #» #» est nul si, et seulement si, l’un des vecteurs #»
v , w) v ou w
u , #» #» est
combinaison linéaire des deux autres.
Le produit mixte est trilinéaire. En particulier pour α, β et γ trois réels :

det(α u
#», β #» #» = αβγ det( #»
v , γ w) u , #» #»
v , w).

❏ Trois vecteurs sont coplanaires si, et seulement si, leur produit mixte est nul.
#» # »
❏ Soit ABCD un parallélogramme, c’est-à-dire qu’on a la relation AB = DC. L’aire de ce pa-
rallélogramme est égale à la norme du produit vectoriel des deux vecteurs sur lesquels il
s’appuie :
#» # »
[ABCD] = AB ∧ AD .

❏ | [u, v, w] | est égal au volume du parallélépipède construit sur u, v, w.


❏ Soient A, B, C et D quatre points de E3 , le volume V du tétraèdre ABCD est donné par :

1  # » # » # »
V = det AB, AC, AD .
6
8 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exemple 1

On se place dans E3 rapporté à un repère orthonormal. Soit A(2, 3, 2), B(0, 1, 2), C(2, 1, 0) et
D(0, 3, 0) quatre points de E3 . Montrer que le tétraèdre ABCD est régulier.

Un tétraèdre est dit régulier lorsque ses quatre faces sont des triangles équilatéraux, ce qui revient

à dire que ses six arêtes sont de même √longueur. Le vecteur
√ AB a pour coordonnées (−2, 2, 0), la

longueur AB est donc : AB = √kABk = 4 + 4 + 0 = 2 2. De la même manière, on obtient AC =
AD = BC = BD = CD = AB = 2 2. 

❏ Centre de gravité : Le centre de gravité G d’un triangle ABC vérifie :


# » # » # » #» # » 1  # » # » # »
GA + GB + GC = 0 ou aussi OG = OA + OB + OC .
3
❏ Orthocentre : L’orthocentre H d’un triangle ABC vérifie :
# » # » # » # » # » # »
HA · HB = HB · HC = HC · HA.
❏ Centre du cercle circonscrit : Le centre O du cercle circonscrit au triangle ABC vérifie :
kOAk2 = kOBk2 = kOCk2 .
# » # » # »

❏ Centre du cercle exinscrit : Les centres Ia , Ib et Ic des cercles exinscrits à un triangle ABC
vérifient les relations :
# » # » # » # » # » # » # » # » #»
a Ia A = b Ia B + c Ia C, b Ib B = c Ib C + a Ib A, c Ic C = a Ic A + b Ic B.

Exemple 2 : Droite d’Euler

Montrer que le centre de gravité G , le centre O du cercle circonscrit et l’orthocentre H d’un


triangle ABC sont alignés.
# » # »
Il suffit de montrer que OH = 3 OG. Soit D le point diamétralement opposé à B par rapport au
centre O du cercle circonscrit. Comme [BD] est un diamètre alors DC⊥BC et DA⊥AB. D’autre
part, comme H est l’orthocentre, alors AH⊥BC et CH⊥AB. Par conséquent (AD) (CH) et (AH)
# » # »
(CD), ce qui veut dire que AHCD est un parallélogramme, en particulier on a AH = DC. Donc :
# » # » # » # » # » # »  # » # » # » # » # » # »
OH = OA + AH = OA + DC = OA + DO + OC = OA + OB + OC = 3 OG.

Exemple 3

Soient ABC un triangle, et AM une médiane du triangle avec M ∈ [BC].


On considère les points P ∈ [AB] et Q ∈ [AC], et on suppose que (PQ) et (AM) se coupent
au point N .
AB AM AC
Montrer que , et forment une progression arithmétique.
AP AN AQ
#» #» # » # » # » # »
Posons AB = u AP, AM = v AN et AC = w AQ, avec u, v, w ∈ R, et montrons que w + u = 2v.
# » # »
Puisque les points P, N et Q sont alignés, alors il existe λ ∈ R tel que PN = λ QN , par suite :
# » #» # » # » # » #» # » 1−λ # » 1 # » λ # »
AN − AP = λ(AN − AQ), (1 − λ)AN = AP − λ AQ, AM = AB − AC,
v u w
   
1−λ 1 # » # » 1#» λ# » 1−λ 1 # » 1−λ λ # »
· (AB + AC) = AB − AC, − AB = − − AC.
v 2 u w 2v u 2v w
Comme (AB) et (AC) ne sont pas parallèles, alors les deux coefficients dans la dernière équation
doivent être tous les deux égaux à 0 :
1−λ 1 1−λ λ
− =0 et − − = 0.
2v u 2v w
En simplifiant par λ, on déduit que w + u = 2v, ce qui termine la preuve.
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 9

Exemple 4

Soient ABC un triangle, O le centre du cercle circonscrit au triangle, et M le milieu de


[AB]. On désigne par G le centre de gravité du triangle ACM .
Montrer que si (OG)⊥(CM), alors le triangle ABC est isocèle.

# » #» # » # »
On suppose que O est l’origine, et on écrit pour simplifier #»
a = OA, b = OB et #»
c = OC.
On a par hypothèses :
#» # » #»
# » a+b
#» # » a + #»
#» c + OM 3 #»
a + b + 2 #»
c
OM = , OG = = ,
2 3 6

# » ( #» c ) + ( #»
a − #» c)
a − #» a + b − 2 #»
#» c
CM = = .
2 2
# » # »
Puisque (OG)⊥(CM) alors OG · CM = 0, c’est-à-dire :
#» #»
3 #»
a + b + 2 #»
c #»a + b − 2 #»
c
· = 0.
6 2
#» #»
Or k #»
a k = k b k = k #»
c k, alors l’équation ci-dessus se simplifie en #»
a · ( b − #»
c ) = 0, ceci veut dire que
(OA)⊥(BC) ou AB = AC. Par conséquent, ABC est un triangle isocèle.

Exemple 5

Soit ABCD un rectangle non plat, M et N les projetés orthogonaux respectifs de A et B sur
la diagonale (BD). Déterminer la longueur MN en fonction des longueurs respectives a et
b des côtés AB et BC .

# » # » # » # » #» #» # » #»
On a AC · MN = AC · BD = (AB + BC) · (AD − AB), d’où

MN · a2 + b 2 = (AD + AB) · (AD − AB) = AD 2 − AB2 = b 2 − a2 .
# » #» # » #»

b 2 − a2
En conclusion, on a MN = √ .
a2 + b 2
Exemple 6 : Relation d’Euler

Montrer que, si A, B, C, D sont quatre points quelconques du plan, alors :


#» # » # » # » # » #»
AB · CD + AC · BD + AD · BC = 0.

En déduire que les hauteurs d’un triangle non plat sont concourantes.

On a d’après la relation de Chasles


#» # » # » # » # » #» #» # » # » # » #» # » # » # » #»
AB · CD + AC · DB + AD · BC = AB · (AD − AC) + AC · (AB − AD) + AD · (AC − AB)
#» # » #» # » # » #» # » # » # » # » # »
= AB · AD − AB · AC + AC · AB − AC · AD + AD · AC − AD = 0.

Pour A, B, C et H, le point d’intersection des hauteurs du triangle ABC issues de A et B, on a :


#» # » # » # » # » #»
AB · CH + AC · HB + AH · BC = 0
# » # » # » #» #» # »
et comme AC · HB = AH · BC = 0, on déduit que AB · CH = 0, ce qui prouve que le point H est
situé sur la hauteur issue de C.
10 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exemple 7

Soient ABC un triangle, et H son orthocentre. On désigne par P, Q et R les pieds respectifs
des hauteurs issues de A, B et C . Montrer que :

HA · HP = HB · HQ = HC · HR.

# » # » # » # » # » # » # » # » # » #» # » # » # » # »
On a HA · HB − HB · HC = HB · (HA − HC) = HB · CA = 0 . D’où HA · HB = HB · HC, et de même
# » # » # » # » # » # »
HA · HB = HA · HC. Comme HB se projette orthogonalement en HP sur la droite (AH), alors on a
# » # » # » # »
HA · HB = HA · HP = HA · HP, et les analogues. En conclusion :

HA · HP = HB · HQ = HC · HR.

Exemple 8

Soient ABC un triangle isocèle en A, et M le milieu de [BC]. H est le projeté orthogo-


nal de M sur (AC), et I est le milieu de [MH]. Montrer que les droites (AI) et (BH) sont
perpendiculaires.

#» # » # » # » # » # » #» # » # » # » # » # »
On a AI · BH = (AM + MI) · (BM + MH), d’où AI · BH = (AM + MH/2) · (BM + MH), ainsi :

2AI · BH = 2AM · MH + MH · BM + MH 2 = 2HM · MH + MH · BM + MH 2 =


#» # » # » # » # » # » # » # » # » # »

= −MH 2 + MH · BM = MH · (−MH + BM) = MH · (−MH − CM) = MH · (−CH) = 0.


# » # » # » # » # » # » # » # » # » # »

Donc, les droites (AI) et (BH) sont perpendiculaires.

Exemple 9

Soient ABC un triangle rectangle en A, et M le milieu de [BC]. H est le projeté orthogonal


de A sur (BC), I et J sont les projetés orthogonaux de H sur (AB) et (AC) respectivement.
Montrer que les droites (IJ) et (AM) sont perpendiculaires.

# » #» # » # » #» # » #» # » # » # » # » # » #» # » # »
On a 2AM · IJ = (AB + AC) · IJ. Or AB · IJ = AB · IA = AB · HA, et AC · IJ = AC · AH, donc
# » #» # » #» # » #» # »
2AM · IJ = (AC − AB) · AH = BC · AH = 0.

En conclusion, les droites (AM) et (IJ) sont perpendiculaires.

Exemple 10

Soient ABC un triangle, B′ et C ′ sont les milieux respectifs de [AC] et [AB]. Montrer que
les médianes (BB′ ) et (CC ′ ) sont perpendiculaires si, et seulement si, b 2 + c 2 = 5a2 .

On a d’après la définition du milieu :


# » # »
4BB′ · CC ′ = (BA + BC) · (CA + CB) = BA · CA + BC · (CA − BA) − BC 2
#» #» # » #» #» # » #» # » #» #»

= BA · CA + BC · (−BC) − BC 2 = AB · AC − 2BC 2
#» # » #» #» #» #» # » #»
h #» # » i h i
= − (AB − AC)2 − AB2 − AC 2 /2 − 2BC 2 = − BC 2 − AB2 − AC 2 /2 − 2BC 2
b 2 + c 2 − a2 b 2 + c 2 − 5a2
= − 2a2 = .
2 2

En conclusion, les médianes (BB′ ) et (CC ′ ) sont perpendiculaires si, et seulement si, b 2 + c 2 = 5a2 .
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 11

Exemple 11

Soit ABC un triangle. On construit, extérieurement au triangle, les deux carrés AEDB et
ACFG . Soit M le milieu de [BC].
Montrer que les droites (AM) et (EG) sont perpendiculaires.

On a
# » # » #» # » # » #» #» # » # » #»
2 AM · EG = (AB + AC) · (AG − AE) = AB · AG − AC · AE
#» # » # » #»
= AB · AG · cos(AB, AG) − AC · AE · cos(AC, AE)
h #» # » # » # »i
= AB · AC · cos(AB, AG) − cos(AC, AE .

Cette dernière expression est nulle car les angles géométriques sont égaux et la différence des
cosinus est nulle. Par conséquent, les droites (AM) et (EG) sont perpendiculaires.
Exemple 12 : Cercle d’Euler (démonstration par les rectangles)

Soient ABC un triangle, G le centre de gravité, H l’orthocentre, A′ , B′ , C ′ les milieux des


côtés, P, Q, R les pieds des hauteurs, et S, T , U les milieux respectifs de [AH], [BH], [CH].
Montrer que T UB′ C ′ est un rectangle. Trouver un autre rectangle analogue, et déduire
que les neuf points A′ , B′ , C ′ , P, Q, R, S, T , U sont cocycliques.

b
A

S
b b
Q

C′ B′
b b

b
R b b G

b
H b

T U C
b b b b

B P A′

Dans les configurations triangulaires HBCT U et ABCC ′ B′ on a d’après le théorème de Thalès :


#» # » # » # » # »
BC = 2 T U = 2 C ′ B′ . De même, dans la configuration triangulaire CAHB′ U on a : AH = 2 B′ U,
#′ » # ′ »′ # » # »
d’où B U et C B sont orthogonaux. Comme (B′ U)⊥(C ′ B′ ) et T U = C ′ B′ alors T UB′ C ′ est un
rectangle. On montre de même que ST A′ B′ est un rectangle (remarquons aussi que USC ′ A′ est un
rectangle). Puisque T UB′ C ′ et ST A′ B′ sont des rectangles qui ont la même diagonale [T B′ ] alors
ils ont le même centre. Ils ont aussi le même cercle circonscrit (Γ) qui passe par A′ , B′ , C ′ , S, T , U.
Montrons que P, Q, R ∈ (Γ). Comme le triangle rectangle PSA′ a pour hypoténuse la diagonale
[SA′ ] de T UB′ C, alors le point P est sur le cercle de diamètre [SA′ ], c’est-à-dire P ∈ (Γ). De même,
Q ∈ (Γ) et R ∈ (Γ). En conclusion, (Γ) est le cercle d’Euler (ou cercle des neuf points) du triangle
ABC.

1.1.3 Relations métriques dans le triangle


Soient A, B et C trois points de E2 non alignés. Les longueurs des côtés sont notées a = BC, b =
AC et c = AB. Les angles géométriques aux sommets sont notés A [ B
b = BAC, [ et C
b = ABC [
b = ACB.
2 2 2
❏ Formule d’Al-Kashi (1380-1429) : a = b + c − 2bc cos A. b
En effet, on a :

kBCk2 = kBA + ACk2 = (BA + AC) · (BA + AC)


#» #» # » #» # » #» # »

= kBAk2 + 2AC · BA + kACk2 = kBAk2 − 2AC · AB + kACk2 = c 2 − 2bc cos A b+ b2 ,


#» # » #» # » #» # » #» # »


comme kBCk2 = a2 , on en déduit la relation demandée.
1 #» # »
❏ L’aire [ABC] du triangle ABC est égale à : det(AB, AC) .
2
12 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exemple 13

a+b+c
Soit ABC un triangle non aplati de E2 ; s = désigne le semi-périmètre. Montrer
2
que :
2 2 2 p
b= b + c − a ,
1 cos A b = 2 s(s − a)(s − b)(s − c).
sin A
2bc bc
p
2 [ABC] = s(s − a)(s − b)(s − c) (formule de Héron).

➀ Pour le première identité, elle découle clairement de la relation d’Al-Kashi.


Pour la seconde identité on a :
2 2 2
! !
b = 1− b +c −a b 2 + c 2 − a2
sin2 A
b = 1 − cos2 A b = (1 − cos A)(1
b + cos A) 1+
2bc 2bc
1 1
= (2bc − b 2 − c 2 + a2 )(2bc + b 2 + c 2 − a2 ) = (−(b − c)2 + a2 )((b + c)2 − a2 )
4b 2 c 2 4b 2 c 2
1
= 2 2 (a − (b − c))(a + (b − c))((b + c) − a)((b + c) + a)
4b c
1 4
= (2s − 2b)(2s − 2c)(2s − 2a)(2s) = 2 2 (s − b)(s − c)(s − a)s.
4b 2 c 2 b c
Puisque Ab ∈ [0, π], alors sin A b ≥ 0. Il suffit donc de prendre la racine carrée pour conclure.
1 #» # » 1 #» # » b donc d’après la question 1. on a :
➁ On sait que [ABC] = det(AB, AC) = kABk kACk sin A,
2 2
1 2p p
[ABC] = cb s(s − a)(s − b)(s − c) = s(s − a)(s − b)(s − c).
2 bc

Exemple 14

Soient A, B et C trois points non alignés de E2 .


1 En exprimant de différentes manières l’aire du triangle ABC , montrer la loi des
sinus :
a b c
= = .
b sin B
sin A b sin C b

2 Montrer que le rayon R du cercle circonscrit au triangle ABC est donné par :

abc
R= p .
4 s(s − a)(s − b)(s − c)

abc
En déduire que [ABC] = .
4R
b avec [BC]. Montrer
3 On note A′ le point de rencontre de la bissectrice intérieure de A
que :
2bc b
A ac ab
AA′ = cos , A′ B = , A′ C = .
b+c 2 b+c b+c

1 #» # » 1 b On a aussi [ABC] = 1 det(BA, #» #» 1 b


➀ On a [ABC] = det(AB, AC) = bc sin A. BC) = ac sin B.
2 2 2 2
1 b = 1 ca sin B,
b ce qui donne a = b . On prouve la deuxième
Par conséquent cb sin A
2 2 b sin B
sin A b
égalité de la même manière grâce au rôle symétrique joué par les sommets du triangle.
➁ Soit A′ le point diamétralement opposé à A. Si A b est aigu alors a = 2R sin A′ = 2R sin A. Si A
b

est obtus, alors a = 2R sin A = 2R sin(π − A) = 2R sin A. Par conséquent, on a montré que
a b c
= = = 2R.
sin A sin B sin C
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 13

En remplaçant sin A par la valeur qu’on a trouvé dans l’exemple précédent, on déduit que :

abc
R= p .
4 s(s − a)(s − b)(s − c)

abc
Il est alors clair que [ABC] = .
4R
➂ On a [ABC] = [AA′ B] + [AA′ C], donc

1 b b b
b = 1 cAA′ sin A + 1 bAA′ sin A = 1 (b + c)AA′ sin A .
bc sin A
2 2 2 2 2 2 2
b b b
Comme on a sin A b = 2 sin A cos A , alors on déduit que AA′ = 2bc cos A .
2 2 b+c 2
[
On pose α = BA \
′ A et β = AA ′ C, alors en appliquant la loi des sinus dans les triangles AA′ B
et AA′ C on déduit que :

A′ B c AA′ A′ C b AA′
= = et = = .
b
sin A/2 sin α sin B
b b
sin A/2 sin β sin C
b

b
A′ C sin A/2 b
sin A/2 A′ B
Comme α + β = 180◦ , on a sin α = sin β et par suite :
= = = .
b sin β sin α c
a b 2bc b
A
Finalement, comme = et AA′ = cos alors on déduit que
b sin B
sin A b b+c 2

A′ B AA′ 2bc b
A a ac
= = cos × = .
b
sin A/2 b
sin B b + c 2 b
b sin A b
(a + c) sin A/2

A′ B a ac ab
En conclusion, = , ce qui permet de déduire que A′ B = et A′ C = .
c b+c b+c b+c

Exemple 15

On donne trois droites distinctes concourantes en un point. Donner un procédé de


construction des triangles dont ces droites sont les médianes.

Soient DA , DB et DC trois droites concourantes en G. Si ABC est solution, la symétrique de DB par


rapport au milieu I de [BC] coupe DC en C. D’où la construction : à partir de I quelconque de DA ,
avec I , G, on obtient C comme intersection de DC avec la symétrique de DB par rapport à I ; B
# » #»
par symétrie par rapport à I ; et A tel que GA = 2 IG.
Théorème 1 : Théorème de Stewart (1717-1785)

Soient ABC un triangle, et D ∈ [BC] tel que BD = m, CD = n. Alors :

b2 m + c2n
AD 2 = − mn.
m+n

Démonstration
On applique la relation d’Al-Kashi dans les triangles ABD et ABC. On obtient :

c 2 + m2 − AD 2 2 2 2
b= a +c −b .
= cos B
2mc 2ac
14 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Notons que a = BC = m + n, par suite

b2 m − c2m (m + n)c 2 + b 2 m − mc 2 b2 m + c2n


AD 2 = c 2 + m2 + − ma = + m2 − (m + n)m = − mn.
a a m+n

Exemple 16

Soient ABC un triangle, et D ∈ [BC].


1 Formule de la médiane : si AD est une médiane de ABC alors

1√ 2
AD = 2b + 2c 2 − a2 .
2

b alors
2 Formule pour la bissectrice : si AD est la bissectrice intérieure de A

2 p
AD = bcs(s − a).
b+c

a
➀ On applique le théorème de Stewart dans le cas m = n = , on obtient :
2
a
2 a2 1
AD 2 = (b 2 + c 2 ) − = (2b 2 + 2c 2 − a2 ).
a 4 4
1√ 2
Par conséquent AD = 2b + 2c 2 − a2 .
2
m c ac
➁ Si BD = m et DC = n, alors par le théorème de la bissectrice on a = , donc m = et
n b b+c
ab
n= . En utilisant le théorème de Stewart on a :
b+c

b 2 ac + c 2 ab a2 bc a2 bc bc[(b + c)2 − a2 ]
AD 2 = − 2
= bc − 2
=
a(b + c) (b + c) (b + c) (b + c)2
bc(b + c − a)(b + c + a = 4bc(s − a)s
= 2
= .
(b + c) (b + c)2

2 p
Par conséquent AD = bcs(s − a).
b+c

Exemple 17

Montrer que dans un triangle ABC on a :

s 2[ABC]
sin A + sin B + sin C = , sin(2A) + sin(2B) + sin(2C) = 4 sin A sin B sin C = ,
R R2
2[ABC]
a cos A + b cosB + c cos C = , tan A + tan B + tan C = tan A · tan B · tanC.
R

⋄ D’après la loi des sinus on a sin A = a/2R, sin B = b/2R et sin C = c/2R. En ajoutant ces trois
relations on obtient sin A + sin B + sin C = 2s/2R = s/R.
α+β α−β
⋄ Les formules trigonométriques sin α + sin β = 2 sin 2 cos 2 et sin(2C) = 2 sin C cos C im-
pliquent
sin(2A) + sin(2B) + sin(2C) = 2 sin(A + B) cos(A + B) + 2 sin C cos C.
Or sin(A + B) = sin(180◦ − C) = sin C et cos C = cos(180◦ − A − B) = − cos(A + B), d’où

2 sin(A + B) cos(A − B) + 2 sin C cos C = 2 sin C [cos(A − B) − cos(A + B)] = 2 sin C[2 sin A sin B].
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 15

Donc sin(2A) + sin(2B) + sin(2C) = 4 sin A sin B sin C = 4(a/2R)(b/2R)(c/2R) = abc/2R3 . Puisque
abc/4R = [ABC], alors
2[ABC]
sin(2A) + sin(2B) + sin(2C) = 4 sin A sin B sin C = .
R2
⋄ D’après la loi des sinus : a = 2R sin A, b = 2R sin B, c = 2R sin C, donc
a cos A + b cos B + c cosC = R [2 sin A cos A + 2 sin B cos B + 2 sin C cos C] .
Par suite, a cos A + b cos B + c cosC = R[sin(2A) + sin(2B) + sin(2C)] = 2[ABC]/R.
sin(2A) + sin(2B) + sin(2C)
⋄ D’après la deuxième identité on a : 4 tan A tan B tan C = . Or
cos A cos B cos C
sin(2A)
= 2 sin A = 2 sin(180◦ − B − C) = 2 sin(B + C) = 2[sin B cos C + sin C cos B],
cos A
donc sin(2A) = 2[tan B + tan C] cos A cos B cos C, et de même pour sin(2B) et sin(2C). Par consé-
quent :
sin(2A) + sin(2B) + sin(2C) = 4 [tan A + tan B + tan C] cos A cos B cos C,
et donc tan A tan B tan C = tan A + tanB + tan C.
Exemple 18

Montrer qu’un triangleABC est isocèle si, et seulement si, il a deux hauteurs de même
longueur.

Si hb et hc sont les longueurs respectives des hauteurs issues de B et C, alors on sait que :
2 [ABC] = b · hb = c · hc .
D’où hb = hc si, et seulement si, b = c.

1.1.4 Aire
Soit ABC un triangle. Il existe plusieurs formules qui permettent d’obtenir [ABC] l’aire de
ABC. Tout d’abord, la formule obtenue grâce à la base et la hauteur associée :
[ABC] = aha = bhb = chc .
Il y a aussi la formule de Héron qu’on a rencontrée dans un précédent paragraphe :
p
[ABC] = s(s − a)(s − b)(s − c).
Une autre formule de l’aire est obtenue en utilisant côté-angle-côté :
1 b = 1 bc sin A
b = 1 ca sin B.
b
[ABC] = ab sin C
2 2 2
abc
Nous avons rencontré aussi, dans un paragraphe précédent, la formule [ABC] = qui fait inter-
4R
venir les côtés du triangle et le rayon R du cercle circonscrit. On donne ci-dessous une nouvelle
formule qui fait appel au demi-périmètre s et au rayon du cercle inscrit :
Exemple 19

Montrer que pour tout triangle ABC on a :

[ABC] = rs.

Soit I le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC, alors


1 1 1 1
[ABC] = [BIC] + [CIA] + [AIB] = ar + br + cr = (a + b + c)r = sr. 
2 2 2 2
On donne ci-dessous quelques propriétés sur les aires :
16 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

❏ Si (d1 ) (d2 ) alors [ABC] = [A′ BC].


Ab b
A′
(d1 )

b b
(d2 )
B C
[ABP] BP
❏ On a : = .
[APC] CP
b
A

b b b
B P C
[ABP] BD [PBC] PD
❏ On a : = et = .
[ACP] CD [ABC] AD
b
A

b
P

b b b

B D C

Théorème 2
Si AB et PQ, ou leurs extensions, se coupent au point M, alors on a :

[PAB] PM
= .
[QAB] QM

Ce théorème est une généralisation des résultats cités ci-haut. Parmi les figures possibles on peut
citer les quatre suivantes :

b
P
A
b P
b
Q
b Q b
b
b P
A
M
b
M
b b b b b b b b b

P B(M) Q A M B A B Q b b B

Exemple 20

Soient ABCD un trapèze avec (AB) (CD), et O le point d’intersection des diagonales [AC]
et [BD]. Montrer que

[AOD] = [BOC] et [AOD] · [BOC] = [AOB] · [COD].

Comme (AB) (CD) alors [ACD] = [BCD] et donc [AOD] + [DOC] = [BOC] + [DOC], par suite
[AOD] DO
[BOC] = [AOD]. Pour la seconde identité, en considérant le triangle ABD on a : = .
[AOB] OB
[BOC] OB
De même, en considérant le triangle BCD on a : = . Il suffit finalement de multiplier
[DOC] DO
ces deux équations pour déduire l’identité souhaitée.
Exemple 21

Soient a, b et c les côtés d’un triangle rectangle. Exprimer le rayon r du cercle inscrit en
fonction de a, b et c .
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 17

On suppose que ABC est un triangle rectangle en C, et soit I le centre du cercle inscrit, alors
[ABC] = [ABI] + [ACI] + [BCI], par suite

1 1 1 1
· ab = · ar + · br + · cr.
2 2 2 2
ab
Donc r = , ou en utilisant le théorème de Pythagore c 2 = a2 + b 2 on obtient aussi :
a+b+c
a+b−c
r= .
2

Exemple 22

Soit ABCD un rectangle tel que AB = 3 et AD = 4. P est un point de [AD], et E, F sont


situés sur [AC] et [BD] de sorte que PE⊥AC et PF⊥BD . Calculer la valeur de PE + PF .

b b
P b
A D
b
b
b
E F
O
B b b
C

1 1
On a : [ADO] = [APO] + [DPO]. D’une part on a : [ADO] = · [ABCD] = × 3 × 4 = 3. D’autre part
4 4
on a :
1 1 1 5 5
[APO] + [DPO] = · AO · PE + · DO · PF = × × (PE + PF) = × (PE + PF).
2 2 2 2 4
12
D’où PE + PF = .
5
Exemple 23

Soit ABCD un rectangle avec AB = 4 et BC = 6. On suppose que AE = CG = 3, BF = DH = 4


et [AEPH] = 5. Déterminer l’aire de PFCG .

b b
H b
A D
b
P G
b

E b

B b b b
C
F

On a : [EFGH] = [ABCD] − [AHE] − [EBF] − [FCG] − [HDG]. Or [AEH] = [FCG] = 21 × 3 × 2 = 3


et [EBF] = [GDF] = 21 × 1 × 4 = 2. Par suite [EFGH] = 4 × 6 − (2 × 3 + 2 × 2) = 14. D’autre part,
les triangles AEH, CGF sont isométriques, ainsi que les triangles EBF, GDH. D’où HE = GF et
EF = GH. Par suite EFGH est un parallélogramme. Il est facile de voir que l’aire des triangles
HPE et FPG est la moitié de l’aire de EFGH, i.e., [HPE] + [FPG] = 14/2 = 7. De plus, on a :
[EPH] = [AEPH] − [AEH] = 5 − 3 = 2, donc [FPG] = 7 − [EPH] = 7 − 2 = 5, d’où

[PFCG] = [PFG] + [FCG] = 5 + 3 = 8.

Exemple 24

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . On suppose que (AP), (BP) et (CP) coupent
18 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

les côtés opposés respectivement aux points D, E et F . Montrer que


PD PE PF
+ + = 1.
AD BE CF

[PBC] [PCA] [PAB]


Il est clair que [ABC] = [PBC] + [PCA] + [PAB], donc + + = 1. Or
[ABC] [ABC] [ABC]
[PBC] PD [PCA] PE [PAB] PF
= , = , = .
[ABC] AD [ABC] BE [ABC] CF
Il suffit d’additionner ces trois dernières relations pour conclure.
Exemple 25 : Théorème de Céva

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . On suppose que (AP), (BP) et (CP) coupent
les côtés opposés aux points D, E et F respectivement. Montrer que

AF BD CE
· · = 1.
FB DC EA

AF [ACP] BD [BAP] CE [CBP]


On sait que = , = et = . Il suffit de multiplier ces trois rela-
FB [BCP] DC [CAP] EA [ABP]
tions entre elles pour conclure.
Exemple 26

sin(α + β) sin α sin β


Montrer que : = + .
PC PB PA
b P
β
α

b b b

A C B

On a : [PAB] = [PAC] + [PBC], d’où


1 1 1
· PA · PB · sin(α + β) = · PA · PB · sin α + · PC · PB · sin β.
2 2 2
1
En divisant les deux membres de l’égalité par · PA · PB · PC on obtient le résultat demandé.
2
Exemple 27

Soit H l’orthocentre du triangle acutangle ABC . Montrer que

a · BH · CH + b · CH · AH + c · AH · BH = abc,

où a = BC, b = CA et c = AB.

On sait, d’après les propriétés de l’orthocentre, que les points A, E, H et F sont cycliques, donc
[ b ce qui implique que BHC
EHC = A, [ = 180◦ − A. b Par suite :

1 [ = 1 · BH · CH · sin A.
b
[BHC] = · BH · CH · sin BHC
2 2
b = a , d’où [BHC] = BH · CH · a où R est le rayon du cercle
D’après la loi des sinus on a sin A
2R 4R
c b
circonscrit au triangle ABC. De même on a [AHB] = AH · BH · et [CHA] = CH · AH · .
4R 4R
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 19

abc
Finalement, puisque [ABC] = on conclut que :
4R
abc = 4R[ABC] = 4R([BHC] + [CHA] + [AHB]) = a · BH · CH + b · CH · AH + c · AH · BH.

Exemple 28 : (Chine, 2013)

Soit PABC un tétraèdre tel que AB = BC = CA et PA = PB = PC √ . On suppose que AB = 1


et que la longueur de la hauteur issue de P à ABC est égale à 2. Déterminer le rayon de
la sphère inscrite dans le tétraèdre PABC .

Soient V le volume, S l’aire, O le centre de la sphère inscrite, H la hauteur, et r le rayon


recherché. Alors on a :
VPABC = VOABC + VOPAB + VOPBC + VOPCA ,
et
1 1
· H · [ABC] = · r · ([ABC] + [PAB] + [PBC] + [PCA]) . (1)
3 3

3
D’après les données de l’exercice on a : AB = BC = CA = 1, d’où [ABC] = . De plus
4
 2 √ 2 √ !2
2 2 2 2 1 1 3 25
PM = PO + OM = PO + · AM = 2 + · = ,
3 3 2 12
1 1 5 5
[PBC] = · BC · PM = · 1 · √ = √ .
2 2 2 3 4 3
√ √ ! √
1 √ 3 1 3 5 2
D’après (1) on conclut que · 2 · = ·r · + 3 · √ , par conséquent r = .
3 4 3 4 4 3 6
Exemple 29 : (Hong-Kong, 1998)

Soient ABC un triangle, D, E, F des points des côtés [BC], [CA], [AB] respectivement et tels
que
BD CE AF 1
= = = .
DC EA FB 3
On suppose que (AD), (BD) et (CF) se coupent aux points K, L et M respectivement.
Si [ABC] = 1, déterminer la valeur de [KLM].

b A
b M
F b

b b E
K b
b b
L b

B D C

[ABL] AE 3 [ACL] AF 1
Supposons que [BCL] = s, alors on a = = , d’où [ABL] = 3s. De plus = = ,
[BLC] EC 1 [BLC] FB 3
1
d’où [ACL] = s. Par conséquent :
3
s 3
[ABC] = [ACL] + [BCL] + [ABL] = + s + 3s ce qui donne s= .
3 13
3
De même, on a : [CAM] = [ABD] = , et par suite :
13
4
[KLM] = [ABC] − [BCL] − [CAM] − [ABK] = .
13
20 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exemple 30 : (OIM, 1961)

Soit ABC un triangle acutangle. Montrer que



a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 · [ABC] (Inégalité de Weitzenböck).

€ = BFC
Soit F le point à l’intérieur du triangle ABC tel que : AFB [ = 120◦ .
€ = CFA
On construit extérieurement au triangle ABC trois triangles isocèles ABD3 , ACD2 , BCD1 et tels
que :
\
BD \ \ ◦
3 A = BD1 C = CD2 A = 120 .

Les triangles BFC et BD1 C partagent la même base et ont les deux angles correspondants égaux :
€ = BD
BFC \ 1 C. Comme BD1 C est isocèle, alors forcément [BD1 C] ≥ [BFC].
De même on a : [CD2 A] ≥ [CFA] et [AD3 B] ≥ [AFB]. En sommant ces inégalités on déduit que :
1
[BD1 C] + [CD2 A] + [AD3 C] ≥ [BFC] + [CFA] + [AFB] d’où √ (a2 + b 2 + c 2 ) ≥ [ABC]
4 3

c’est-à-dire : a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 · [ABC].
Exemple 31

Soient ABC un triangle, M le milieu de [BC], et P un point du segment [BC]. Montrer que
la droite passant par P et divisant le triangle ABC en deux régions d’aires égales coupe
l’un des côtés [AB] ou [AC] en un point Q tel que la droite (MQ) soit parallèle à la droite
(AP).

A
b
Q
b

B
b b b C
b
P M

[ABC]
On a : [ABPQ] = [ABP] + [APQ] = [ABP] + [APM] = [ABM] = .
2
Exemple 32

Soit ABC un triangle rectangle en A. On désigne par L, J et K les points de contact du cercle
inscrit avec les côtés [AB], [BC] et [AC] respectivement. Montrer que

[ABC] = BJ · JC.

Soit r le rayon du cercle inscrit, et I son centre. On a 2 [ABC] = AB · AC = (r + BL)(r + CK).


Or BL = BJ et CK = CJ (égalité de tangentes à un cercle). D’où

2 [ABC] = (r + BJ)(r + CJ) = r 2 + r(BJ + CJ) + BJ · JC.

Or on a [ABC] = [AIKL] + 2[BIJ] + 2[CIJ], donc :

[ABC] = r 2 + r · BJ + r · JC = [r 2 + r(BJ + JC) + BJ · JC] − [r 2 + r · BJ + r · JC] = BJ · JC.

1.1.5 Coordonnées cartésiennes


❏ La distance entre deux points A(x1 , y1 ) et B(x2 , y2 ) est donnée par :
q
(x1 − x2 )2 + (y1 − y2 )2 .
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 21

❏ La distance entre deux points A(x1 , y1 , z1 ) et B(x2 , y2 , z2 ) est donnée par :


q
(x1 − x2 )2 + (y1 − y2 )2 + (z1 − z2 )2 .

AP m
❏ Si le point P, appartenant au segment formé par A(x1 , y1 ) et B(x2 , y2 ), est tel que = ,
PB n
alors les coordonnées de P sont données par :
 
nx1 + mx2 ny1 + my2
, . (∗)
m+n m+n
En particulier, le milieu du segment d’extrémités (x1 , y1 ) et (x2 , y2 ) a pour coordonnées
 
x1 + x2 y1 + y2
, .
2 2
❏ Le centre de gravité du triangle de sommets (x1 , y1 ), (x2 , y2 ) et (x3 , y3 ) est donné par
 
x1 + x2 + x3 y1 + y2 + y3
, .
3 3
❏ Une équation de la droite passant par les points (x1 , y1 ) et (x2 , y2 ) est donné par :
y − y1 y2 − y1 y − y2 y2 − y1
= ou bien = .
x − x1 x2 − x1 x − x2 x2 − x1
❏ Toute droite (d) du plan a une équation cartésienne de la forme :
ax + by + c = 0 avec (a, b) , (0, 0).

m(−b, a) est un vecteur directeur de (d), et #»
n (a, b) est un vecteur normal à (d).
❏ Une équation d’Euler (ou équation normale) de (d) est de la forme :
x cos θ + y sin θ − p = 0
où l’on peut choisir l’angle θ pour que p soit positif égal à la distance de l’origine à (d).
❏ Tout plan (P) de l’espace a une équation cartésienne de la forme :
ax + by + cz + d = 0 avec (a, b, c) , (0, 0, 0).
n (a, b, c) est un vecteur normal à (P).

❏ Deux plans sont dits perpendiculaires si leurs vecteurs normaux sont orthogonaux.
❏ Dans le plan, le faisceau de droites engendré par deux droites distinctes (d) et (d ′ ) sécantes
(respectivement parallèles) est l’ensemble des droites passant par leur point d’intersection
(respectivement parallèles à (d) et (d ′ )) ; c’est l’ensemble des droites dont une équation est
combinaison linéaire d’équations de (d) et de (d ′ ).
❏ Condition de concours ou parallélisme : trois droites d’équations cartésiennes respectives
ax + by + c = 0, a′ x + b ′ y + c ′ = 0, a′′ x + b ′′ y + c ′′ = 0,
sont parallèles ou concourantes si, et seulement si :
a b c
a′ b′ c ′ = 0.
a′′ b ′′ c ′′
(=⇒) Si on a 3 droites concourantes ou parallèles, alors elles sont confondues ou membres
d’un même faisceau. Donc, le déterminant est nul car une ligne est combinaison linéaire
des 2 autres.
(⇐=) La nullité du déterminant signifie que ses lignes sont liées. Comme elles sont non
nulles, cela signifie qu’il y en a une qui est combinaison des deux autres. Si ces dernières
sont libres, alors les droites correspondantes engendrent un faisceau auquel appartient la
troisième droite, et les 3 droites sont alors concourantes ou parallèles. Si elles sont propor-
tionnelles, alors les 3 droites sont confondues.
22 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

❏ Une équation de la droite coupant l’axe des x en a, et l’axe des y en b est donnée par :
x y
+ = 1.
a b
❏ Une équation du plan coupant les axes x, y, z en a, b, c respectivement est donnée par :
x y z
+ + = 1.
a b c
❏ Une équation de la droite (AB), où A et B sont des points distincts dont les coordonnées
respectives sont (a, a′ ) et (b, b ′ ) est :
x y 1
a a′ 1 = 0.
b b′ 1
❏ Trois points (a, a′ ), (b, b ′ ) et (c, c ′ ) sont alignés si, et seulement si :
a a′ 1
b b′ 1 = 0.
c c′ 1
❏ La distance entre le point (x0 , y0 ) et la droite d’équation ax + by + c = 0 est donnée par :

ax0 + by0 + c
√ .
a2 + b 2
❏ La distance du point (x0 , y0 , z0 ) au plan d’équation ax + by + cz + d = 0 est donnée par :

ax0 + by0 + cz0 + d


√ .
a2 + b 2 + c 2
❏ L’aire du triangle de sommets (xa , ya ), (xb , yb ) et (xc , yc ) est donnée par :

xa (yb − yc ) + xb (yc − ya ) + xc (ya − yb )


.
2
Cette formule peut s’écrire sous forme de déterminant :
1 xa ya
1
1 xb yb
2
1 xc yc

Exemple 33

Soient deux demi-droites de même origine O et deux points variables M et N situés res-
pectivement sur chacune. On suppose que le segment [MN ] passe par un point fixe P de
\ . Montrer que la quantité 1 + 1 est constante.
la bissectrice de MON
OM ON

N b

P
b

α
O α M
b b

#» #» #» #»
On considère un repère normé (O, i , j ) où i et j sont des vecteurs unitaires dirigeant [OM) et
x y
[ON ). L’équation de la droite (MN ) est donné par : + = 1. La droite (MN ) passe par le
OM ON
α α 1 1
point P(α, α) si, et seulement si, + = 1, donc on déduit que + = α une constante.
OM ON OM ON
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 23

Exemple 34

Une feuille de papier rectangulaire ABCD , avec a = AB et b = BC , est pliée de sorte que le
coin D soit amené en D ′ sur le côté [BC]. Quelle est la longueur du pli [AE] en fonction de
a et b ?
Application : pour une feuille A4 on a les données a = 21cm et b = 29, 7cm.
b b
A D

b
E

b b b
B D′ C

b
b b
H b
A α D
α x
a b
E
b

b b b

B D′ C

D′H a b 2= b2 2b 2 2b 2
On a sin(2α) = = et x = , donc x = = √ .
AD ′ b cos α cos2 α 1 + cos(2α) 1 + 1 − a2 /b 2
En conclusion, on a : √
b 2
x= s r .
a 2
1+ 1− 2
b
Application : avec a = 21cm et b = 29, 7cm on trouve x ≃ 32, 1467cm.
Exemple 35 : (OIM, 1982)

Les diagonales [AC] et [CE] d’un hexagone régulier ABCDEF sont divisées respectivement
par des points intérieurs M et N de telle sorte que :

AM CN
= = λ.
AC CE
Déterminer λ lorsque B, M et N sont alignés.

On place ABCDEF dans un système de coordonnées de sorte que le centre de l’hexagone soit
l’origine du repère et que la droite (AD) coïncide avec l’axe des abscisses. Alors les coordonnées
des sommets sont données par :
√ ! √ ! √ ! √ !
−1 3 1 3 1 − 3 −1 − 3
A(−1, 0), B , , C , , D(1, 0), E , , F , .
2 2 2 2 2 2 2 2

D’après la formule (∗) on déduit que les coordonnées de M et N sont données par :
√ ! √ ! √ !
1 3 3r 3r 1 3 √
M r · + (1 − r) · (−1), r · + (1 − r) · 0 = − 1, , N , − 3r .
2 2 2 2 2 2

Si B, M et N sont alignés, alors les pentes (ou coefficients directeurs) des droites (BM) et (BN ) sont
les mêmes, c’est-à-dire : √ √  √
√ √ 3 3
3 3 2 − 3r − 2
2 r− 2
    =   .
3 1 1 1
2r − 1 − −2 2 − −2

3
La résolution de cette équation donne r = .
3
24 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exemple 36

Soit ABC un triangle rectangle en C avec AC , BC . On désigne par M le milieu de [AB].


b et la perpendiculaire à (AB) passant par M se coupent
On suppose que la bissectrice de C
au point D . Montrer que CM = DM .

b D
A

M
C b b
B

On prend C comme origine, CB et CA comme l’axe des x et l’axe des y. On suppose que les
coordonnées de A sont (0, 2a) et les coordonnées de B sont (2b, 0), alors le coefficient directeur de
la droite (AB) est égal à − ba . Il s’ensuit que le coefficient directeur de la droite (MD) est ba . Comme
les coordonnées de M sont (b, a) alors une équation de (MD) est donnée par : y − a = ba (x − b).
L’équation de la droite (CD) est clairement y = x. En reportant
p cette équation dans√l’avant dernière
on déduit que D(a + b, a + b). Par conséquent : DM = (a + b − a)2 + (a + b − b)2 = a2 + b 2 = MC.
Exemple 37

Soit ABC un triangle rectangle en C . On construit, extérieurement à ce triangle, trois carrés


de centres P, Q et R. Montrer que PQ = RC et (PQ)⊥(RC).

Ab b
R

b
P
b b
C B
Q
b

On suppose que C est l’origine, et que CB coïncide avec l’axe des x. Supposons que A(0, 2a) et
B(2b, 0), alors les coordonnées de P, Q et R sont données par P(−a, a), Q(b, −b) et R(a + b, a + b).
Par suite :
q √ q √
PQ = (b + a)2 + (−b − a)2 = 2 · (a + b), RC = (a + b)2 + (a + b)2 = 2 · (a + b).

a+b
Ainsi PQ = RC. Finalement, le coefficient directeur de (PQ) est −a−b = −1, et celui de (RC) est
a+b
a+b = 1. On conclut donc que (PQ)⊥(RC).

Exemple 38

On considère un carré de côté 1. Calculer l’aire de la partie grisée.

On suppose que le coin en bas à gauche du carré est l’origine du repère, et les côtés éma-
nant de ce point sont les axes de coordonnées. La partie grisée est délimitée par les trois droites
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 25

d’équations :
y − 1 1 − 0, 5 y − 1 0, 5 − 1
y = 2x, = , = .
x−1 1−0 x−0 1−0
En résolvant ce système
  d’équations,
   on déduit que les sommets de la région grisée ont pour
1 2 2 4 1 3
coordonnées , , , et , . L’aire est égale à :
3 3 5 5 2 4
     
1 1 4 3 2 3 2 1 2 4 1
× × − + × − + × − = .
2 3 5 4 5 4 3 2 3 5 120

Exemple 39

Soit P un point à l’intérieur d’un carré ABCD tel que AP = 1, BP = 3 et DP = 7.
Déterminer l’aire du carré ABCD .

b b
D C

b
P
A b b B

On suppose que A est l’origine, et que AB est confondu avec l’axe des x. Puisque AP = 1 alors on
peut supposer que les coordonnées de P sont (cos θ, sin θ). Si le côté du carré est égal à a, alors les
coordonnées de B et de D sont respectivement (a, 0) et (0, a). On a successivement

BP = 3 = 3 d’où (cos θ − a)2 + (sin θ − 0)2 = 9 donc 2a cos θ = a2 − 8.



DP = 7 d’où (cos θ − 0)2 + (sin θ − a)2 = 7 donc 2a sin θ = a2 − 6.

En sommant le carré des deux dernières relations, on obtient :



4a2 = (a2 − 8)2 + (a2 − 6)2 ce qui donne a4 − 16a2 + 50 = 0 par suite a2 = 8 ± 14.
√ √
Clairement on a : 2 · a > PB, donc a2 > 4, 5, ce qui montre que a2 = 8 + 14 est l’aire du carré
ABCD.
Exemple 40 : Droite d’Euler

Montrer que l’orthocentre, le centre du cercle circonscrit, et le centre de gravité d’un tri-
angle sont alignés.

b
A

b
H
G
b
Ob
B b b
C

On suppose que (AH) est l’axe des y et (BC) l’axe des x. Les coordonnées de A, B et C sont
(0, a), (b, 0) et (c, 0) respectivement.  
⋄ Coordonnées de G : on sait que les coordonnées de G sont données par b+c a
3 3 .
,
 
bc
⋄ Coordonnées de H : les coordonnées de H sont 0, − a , en effet le coefficient directeur de (AB)
est − ba , donc celui de CH doit être égal à ba . Par suite l’équation de (CH) est donnée par : y = ba (x−c).
En prenant x = 0 dans cette dernière équation on trouve alors  les coordonnées de H.
a2 +bc
⋄ Coordonnées de O : les coordonnées de O sont b+c 2 , 2a . En effet, si les coordonnées de O sont
(x, y) alors on doit avoir :

(x − 0)2 + (y − a)2 = (x − b)2 + (y − 0)2 = (x − c)2 + (y − 0)2 .


26 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

En résolvant ces équations on trouve la solution énoncée.


Le coefficient directeur de la droite (OH) est donné par :

a +bc2
− bc
a − 2a a2 + 3bc
= .
0 − b+c a(b + c)
2

Le coefficient directeur de la droite (GH) est donné par :

− bc a
a −3 a2 + 3bc
= .
0− b+c a(b + c)
3

Comme les droites (OH) et (GH) ont le même coefficient directeur, et elles ont un point commun,
alors O, H et G sont alignés.

Exemple 41

[ = 2ABC
Soit ABC un triangle tel que ACB [ . Soit D un point de BC tel que ABC
[ = 2BAD
[.
Montrer que
1 1 1
= + .
BD AB AC

[ alors ABC
[ = 2α et ACB
[ = 4α. D’après la loi des sinus AB BD
Posons α = BAD = , donc
sin(3α) sin α
1 sin(3α) AC AB 1 sin(4α)
= . De même, = , ce qui donne = . La relation deman-
BD AB sin α sin(2α) sin(4α) AC AB sin(2α)
dée est ainsi équivalente à :
sin(3α) sin(4α)
− = 1.
sin α sin(2α)

Cette relation est vraie, en effet :

sin(3α) sin(4α) sin(3α) sin(3α) − 2 sin α cos(2α)


− = − 2 cos(2α) =
sin α sin(2α) sin α sin α
sin(3α) − (sin(3α) + sin(−α))
= = 1.
sin α

Exemple 42 : (Chine, 1996)

Soient ABCD un quadrilatère inscrit dans un cercle, et E le point d’intersection des diago-
nales [AC] et [BD]. Montrer que si BE = ED alors :

AB2 + BC 2 + CD 2 + DA2 = 2 AC 2 .

[ABC] BE 1 [ et :
On sait que = = 1, d’autre part [ABC] = · AB · BC · sin ABC
[ADC] BD 2
1 [ Puisque ABCD est cyclique (inscrit dans un cercle) alors ABC
[+
[ADC] = · AD · DC · sin ADC.
2
[ = 180◦ , donc sin ABC
ADC [ = sin ADC,[ par suite AB · BC = AD · DC.
Maintenant, d’après la relation d’Al-Kashi on a :

AC 2 = AB2 + BC 2 − 2 · AB · BC · cos ABC,


[ AC 2 = CD 2 + DA2 − 2 · CD · DA · cos ADC.
[

[ = − cos ADC,
Notons que cos ABC [ et en sommant les deux équations ci-dessus on obtient le résul-
tat demandé.
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 27

Exemple 43 : (Suisse, 1983)

Soit ABC un triangle tel que AB = 33, AC = 21 et BC = m avec m ∈ N∗ . On considère deux


points D ∈ [AB] et E ∈ [AC] tels que AD = DE = EC = n avec n ∈ N∗ . Déterminer toutes les
valeurs possibles de m.

En appliquant la relation d’Al-Kashi dans les triangles ADE et ABC on a :

b= n2 + (21 − n)2 − n2 332 + 212 − m2


cos A = .
2 · n · (21 − n) 2 · 33 · 21

21 − n 1530 − m2
Donc = , ce qui donne n(2223 − m2 ) = 33 · 72 · 11, ainsi n divise 33 · 72 · 11.
2n 2 · 32 · 7 · 11
Notons que
AE < AC et AD + DE > AE impliquent que 7 < n < 21.
Les seules valeurs possibles pour n sont 9 et 11. Lorsque n = 9 alors m n’est pas un entier dans ce
cas. Pour n = 11 on obtient m = 30, et c’est l’unique solution.
Exemple 44

Soient ABC un triangle rectangle en C , et D le milieu de [AB]. On considère, comme dans


la figure, un point E tel que : DE = DC, EM⊥AB et EN ⊥CD.
Montrer que : MN · AB = AC · CB.
b b C
E

b
N
b b b b
A M D B

[ et β = EDC.
Posons α = ADE [ Comme EMD \ = EN \D = 90◦ , alors le quadrilatère EMDN est
cyclique. D’après le théorème de Ptolémée on a :

DE · MD = ME · DN + MD · N E.

Soit R le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC, alors AB = 2R, DE = DC = R. Par suite :

AB · MN = 2R · MN = 2(DE · MN ) = 2(ME · DN + MD · N E)
= 2(R sin α · R sin β + R cos α · R sin β) = 2R2 sin(α + β)
 
1
= 2 · AB · DC · sin(α + β) = 2[ABC] = AC · BC.
2

Exemple 45

Soient ABC un triangle, et (d) une droite du plan. On note A′ , B′ et C ′ les projetés orthogo-
naux respectifs des points A, B et C sur la droite (d). Montrer que les droites (da ), (db ) et (dc )
passant respectivement par A′ , B′ et C ′ et perpendiculaires respectivement à (BC), (CA) et
(AB) sont concourantes.

#» #» #»
On prend un repère orthonormé (O, i , j ) avec O ∈ (d) et i vecteur directeur de (d). Les points
sont alors A(a, a′ ), B(b, b ′ ), C(c, c ′ ), A′ (a, 0), B′ (b, O) et C ′ (c, 0). Les vecteurs normaux aux trois droites
#» # » #»
étudiées sont BC(c − b, c ′ − b ′ ), CA(a − c, a′ − c ′ ), AB(b − a, b ′ − a′ ), et les équations sont :

(x − a)(c − b) + y(c ′ − b ′ ) = 0, (x − b)(a − c) + y(a′ − c ′ ) = 0, (x − c)(b − a) + y(b ′ − a′ ) = 0.

Comme la somme de ces équations est nulle, alors les trois droites sont en faisceau et elles sont
donc concourantes (car non parallèles).
28 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exemple 46

Montrer que les milieux des côtés d’un quadrilatère forment un parallélogramme.

On considère un système de coordonnées tel que les sommets A, B, C et D du quadrilatère


soient donnés
 par  0), B(0,
 A(a,  0) et D(0,
 b), C(c,  d). Les milieux des côtés du quadrilatère sont don-
nés par M 2a , 2b , N 2c , 2b , P 2c , d2 et Q 2a , d2 . Les segments [MP] et [N Q] ont le même milieu, à
 
savoir le centre de gravité a+c 4 , 4
b+d
du quadrilatère. Par conséquent, MN PQ est un parallélo-
gramme.
Exemple 47

Soient ABC un triangle, et M un point du plan. Montrer que les centres de gravité des
triangles MAB, MAC et MCB forment un triangle semblable au triangle ABC .

On considère un système de coordonnées avec M comme origine.


On note par (xA , yA ), (xB , yB ), (xC , yC ) les coordonnées respectives des points A, B, C. Les coordon-
nées des centres de gravités GA , GB et GC sont données par :
     
xA + xB yA + yB xA + xC yA + yC xB + xC yB + yC
GA , , GB , , GC , .
3 3 3 3 3 3

Les coordonnées de GA , GB et GC sont obtenues en soustrayant les coordonnées de A, B et C de


(xA +xB +xC , yA +yB +yC ), et en divisant par 3. Donc, le triangle GA GB GC est obtenu en considérant
le symétrique du triangle ABC par rapport au point (xA + xB + xC , yA + yB + yC ), puis en faisant une
réduction de coefficient 13 par rapport à l’origine M. Par conséquent, les triangles ABC et GA GB GC
sont semblables.
Exemple 48

Soient A1 , A2 , · · · , A2022 des points distincts dans le plan. On désigne par m le nombre de
milieux déterminés par tous les segments [Ai Aj ] avec 1 ≤ i, j ≤ 2022.
Quelle est la plus petite valeur possible de m.

On se propose de montrer que la valeur minimale de m est 2 × 2022 − 3 = 4041.


On considère le problème général où 2022 est remplacé par n ∈ N∗ . On considère un système de
coordonnées de sorte qu’aucun des segments formés par A1 , A2 , · · · , An n’est parallèle à l’axe des
x. Si les coordonnées des milieux sont (xi , yi ), i = 1, 2, · · · , m, alors xi , xj pour i , j. On a ainsi
réduit le problème à une situation unidimensionnelle. Supposons que les points A1 , A2 , · · · , An
sont situés sur une droite, et dans cet ordre. Les milieux de [A1 A2 ], [A1 A3 ], · · · , [A1 An ] sont tous
distincts et différents des milieux (distincts aussi) de [A2 An ], [A3 An ], · · · , [An−1 An ]. Donc, il y a au
moins (n−1)+(n−2) = 2n−3 milieux. Cette borne est atteinte lorsque A1 , A2 , · · · , An sont les points
1, 2, · · · , n sur la droite réelle.

1.1.6 Exercices

Exercice 1

Soit ABC un triangle. On construit, extérieurement au triangle ABC, les rectangles


ABB1 A2 , BCC1 B2 et CAA1 C2 . Montrer que les médiatrices des segments [A1 A2 ], [B1 B2 ] et
[C1 C2 ] sont concourantes.

Solution. Soit O le point d’intersection des médiatrices des segments [A1 A2 ] et [B1 B2 ]. On se
propose de montrer que O appartient à la médiatrice de [C1 C2 ]. C’est le cas si, et seulement
# » # » # »
si, (OC 1 + OC 2 ) · C1 C2 = 0. Comme les médiatrices de [A1 A2 ] et [B1 B2 ] passent par le point O
1.1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE 29

alors :
 # » # » # »  # » # »  # » # » # »  # » # »
2 OA + AA2 + CC2 · CC2 − AA2 = 0 et 2 OB + AA2 + BB2 · AA2 − BB2 = 0.

Les côtés des rectangles forment entre eux des angles droits, donc :
 # » # » # »  # » # » # »  # » # » # »
OB − OA · AA2 = 0, OB − OC · BB2 = 0, OC − OA · CC2 = 0.

b A1
A2 b

b A
b
C2
B1 b
b

b b

B C
b b
B2 C1

 # » # » # »  # » # »
On doit montrer que 2 OC + BB2 + CC2 · BB2 − CC2 = 0. En effet, on a :
 # » # » # »  # » # »
2 OC + BB2 + CC2 · BB2 − CC2 = 2 OC · CC2 − 2 OC · BB2 + CC2 2 − BB2 2
# » # » # » # » # » # »
 # » # » # »
= 2 OB − OA · AA2 + 2 OA · CC2 − 2 OB · BB2 + CC2 2 − BB2 2
# » # » # » # » # » # »

= 2 OB · AA2 − 2 OB · BB2 + AA2 2 − BB2 2 + 2 OA · CC2 − 2 OA · AA2 − AA2 2 + CC2 2 = 0.


# » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # »

Exercice 2 : (Putnam, 1958)

Soient ABC un triangle acutangle, et AD une hauteur du triangle avec D ∈ [BC]. Soient M
un point quelconque de (AD), E le point d’intersection de (BM) avec (AC), et F le point
[ = ADF.
d’intersection de (CM) avec (AB). Montrer que ADE [

Solution.

b
M
b F

b
E b

b b
b
B D C

On considère un système de coordonnées avec D comme origine, (BC) et (AD) l’axe des x et
des y respectivement. Soient A(0, a), B(b, 0), C(c, 0) et M(0, m). Le triangle est acutangle, donc
a, c > 0 et b < 0. De plus m > 0. L’équation de (BM) est donnée par mx + by = bm, l’équation !
bc(a − m) am(b − c)
de (AC) est ax + cy = ac. Le point d’intersection E est donné par E , . No-
ab − cm ab − cm
tons que le dénominateur est strictement négatif, donc non nul, et le point E existe bien. Le
am(b − c)
coefficient directeur de la droite (DE) est égal à . En échangeant b et c, on trouve que
bc(a − m)
am(c − b)
le coefficient directeur de (DF) est égal à . C’est l’opposé du coefficient directeur de
bc(a − m)
la droite (DE). Par suite, les droites (DE) et (DF) sont symétriques par rapport à l’axe des y,
[ et ADF
c’est-à-dire que les angles ADE [ sont égaux.
30 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exercice 3

Soit ABC un triangle avec AB , BC. Soient BE la hauteur issue de B avec E ∈ [AC], et O le
milieu de [AC]. La droite passant par E et perpendiculaire à (BO) coupe la droite (AB) au
b = 90◦ .
point G et coupe la droite (BC) au point F. Montrer que si GE = EF alors B

Solution. On considère un système de coordonnées avec E comme origine et (EB) l’axe des y.
Soient A(−a, 0), B(0, b) et C(c, 0) avec a, b, c > 0. On se propose de montrer que b 2 = ac ce qui
prouve que B b = 90◦ . L’équation de (GF) est y = c−a x, l’équation de (BC) est x + y = 1, le
  2b c b
2c cb(c−a) y
point F a pour coordonnées 2b22b 2
+c −ac
, 2 2 , l’équation de (AB) est − x
+ = 1, et enfin les
 2b 2+c −ac  a b
2b c 2ab2
coordonnées de G sont données par 2b2 +c2 −ac , 2b2 −ac+a2 . La condition EG = EF est équivalente
à:
2b 2 c 2ab 2
= .
2b 2 + c 2 − ac 2b 2 − ac + a2
On déduit facilement que b 2 = ac ou bien a = c. Puisque AB , BC, alors forcément b 2 = ac ce
qui montre que Bb = 90◦ .

1.2 Coordonnées barycentriques


1.2.1 Coordonnées barycentriques de points remarquables
Dans ce chapitre, la notation d’aire [ABC] désigne l’aire orientée, c’est-à-dire l’aire [ABC] est
positive si les points A, B, C sont orientés dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. L’aire
[ABC] est négative si A, B, C ne sont pas orientés dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.
Définition : Barycentre

Soient A1 , A2 , · · · , An des points de l’espace E , et α1 , α2 , · · · , αn tels que α1 + α2 + · · · + αn , 0.


Il existe un point G et un seul vérifiant la relation :
# » # » # » #»
α1 GA1 + α2 GA2 + · · · + αn GAn = 0 .

Le point G est dit barycentre du système de points pondérés {(A1 , α1 ), (A2 , α2 ), · · · , (An , αn )}.
On note :
G = Bar{(A1 , α1 ), (A2 , α2 ), · · · , (An , αn )}.

✍ Pour tout point M de E on a :


# » # » # »
# » α MA1 + α2 MA2 + · · · + αn MAn
MG = 1 .
α1 + α2 + · · · + αn

✍ Le barycentre de plusieurs points affectés de coefficients de somme non nulle reste in-
changé si on multiplie tous les coefficients par un même réel k non nul :

Bar{(A1 , α1 ), (A2 , α2 ), · · · , (An , αn )} = Bar{(A1 , kα1 ), (A2 , kα2 ), · · · , (An , kαn )}.

✍ Le barycentre de plusieurs points affectés de coefficients tous égaux et non nuls est aussi
le barycentre de ces points affectés de coefficients tous égaux à 1.
On l’appelle alors l’isobarycentre de ces points.
✍ L’isobarycentre de deux points distincts A et B est le milieu de [AB].
✍ L’isobarycentre G de trois points A, B, C non alignés est le point de concours des médianes
du triangle ABC, aussi appelé centre de gravité du triangle ABC.
✍ Associativité des barycentres : dans la recherche du barycentre G de n points pondérés
(n ≥ 3), on peut remplacer plusieurs d’entre eux par leur barycentre K à condition d’affec-
ter K d’un coefficient égal à la somme des coefficients des points qu’il remplace.
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 31

✍ Applications conservant le barycentre : on dit qu’une application f de l’espace E dans


lui-même conserve le barycentre si, et seulement si, quels que soient les points pondérés
(A, α), (B, β) où α + β , 0, le barycentre G de {(A, α), (B, β)} a pour image par f le barycentre
G ′ de {(A′ , α), (B′ , β)} où A′ = f (A) et B′ = f (B). Exemple : toute translation conserve le
barycentre.
Théorème 3
Soient (d) une droite et B, C deux points fixes de (d). Pour tout M ∈ (d), il existe un unique
couple (α, β) ∈ R2 , avec α + β = 1, tel que : α · MB + β · MC = 0.
Réciproquement, pour tout couple (α, β) ∈ R2 , avec α + β = 1, il existe un unique point
M ∈ (d) tel que α · MB + β · MC = 0, et dans ce cas on dit que M a pour coordonnées
barycentriques (α, β) par rapport au segment [BC], et l’on note M = (α, β).

Définition : Coordonnées barycentriques

Soient n = dim(E) ≥ 1 et (A1 , A2 , · · · , An+1 ) une famille affinement libre formée de n + 1


points. Pour tout M ∈ E , il existe (x1 , x2 , · · · , xn+1 ) ∈ Rn+1 unique tel que :

M = Bar{(A1 , x1 ), (A2 , x2 ), · · · , (An+1 , xn+1 )} et x1 + x2 + · · · + xn+1 = 1,


n o
et l’application de E dans (x1 , x2 , · · · , xn+1 ) ∈ Rn+1 : x1 + x2 + · · · + xn+1 = 1 ainsi définie est
une bijection. On appelle coordonnées barycentriques de M dans (A1 , A2 , · · · , An+1 ) toute
famille (λx1 , λx2 , . . . , λxn ), λ ∈ R∗ .

Exemple 49

Soit M un point intérieur strictement au triangle ABC . Soient {A1 } = (AM) ∩ (BC), {B1 } =
(BM) ∩ (AC) et {C1 } = (CM) ∩ (AB).
1 Montrer que A1 = Bar{(B, [MAC]), (C, [MAC])}.
2 Montrer que M = Bar{(A, [MBC]), (B, [MAC]), (C, [MAB])}.

➀ Soient B2 et C2 les projetés orthogonaux respectifs de B et C sur (AM), alors on a : [MAC] =


AM × CC2 AM × BB2 CC2 [MAC]
et [MAB] = , d’où = . Soit H l’homothétie de centre A1
2 2 BB2 [MAB]
A C
qui envoie B vers C, son rapport k est égal à 1 . Le point M est strictement intérieur
A1 B
au triangle ABC, donc A1 ∈ ]BC[ et k < 0. La droite (AM) contient le centre A de H, donc
H((AM)) = (AM). Les droites (BB2 ) et (AM) sont perpendiculaires, donc H((BB2 )) est la
droite contenant C, parallèle à (BB2 ), donc perpendiculaire à (AM), c’est-à-dire H((BB2 )) =
# »
(CC2 ). B2 ∈ (AM) ∩ (BB2 ) donc H(B2 ) ∈ (AM) ∩ (CC2 ), c’est-à-dire H(B2 ) = C2 , donc CC2 =
# » CC2
k BB2 , d’où CC2 = |k| · BB2. Soit, puisque k < 0, = −k. On en déduit donc que :
BB2

A1 C [MAC]
=− ,
A1 B [MAB]
# » # » #»
d’où puisque A1 , B, C sont alignés : [MAB]A1 C + [MAC]A1 B = 0 . Comme [MAB] et [MAC],
réels strictement positifs, ont une somme non nulle, alors A1 = Bar{(B, [MAC]), (C, [MAB])}.
➁ Les trois nombres réels [MBC], [MAC], [MAB] sont strictement positifs, donc le barycentre
G du système {(A, [MBC]), (B, [MAC]), (C, [MAB])} est défini. Le théorème d’associativité ba-
rycentrique assure que G = Bar{(A, [MBC], (A1 , [MAC]+[MAB])}, donc G ∈ (AA1 ). De même,
on montre que G ∈ (BB1 ) et G ∈ (CC1 ). Les droites (AA1 ), (BB1 ), (CC1 ) sont donc concou-
rantes en G. Or, par construction, on sait que (AA1 ), (BB1 ), (CC1 ) sont concourantes en M,
32 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

donc M = G, c’est-à-dire :
M = Bar{(A, [MBC]), (B, [MAC]), (C, [MAB])}.
☞ Si (x, y, z) sont les coordonnées barycentriques d’un point M dans le plan de ABC, alors :
[MBC] [MCA] [MAB]
x= , y= , z= .
[ABC] [ABC] [ABC]
☞ Notons l’importance de la convention de signes. Si x = 0 alors M appartient à BC. Si x > 0,
alors MBC sont dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, ce qui veut dire que M
est du même côté de BC que A. Si x < 0, alors MBC sont dans le sens des aiguilles d’une
montre, ce qui veut dire que M est de l’autre côté de BC que A.
Théorème 4
Soient M1 , M2 , M3 des points avec coordonnées barycentriques (x1 , y1 , z1 ), (x2 , y2 , z2 ),
(x3 , y3 , z3 ), alors l’aire [M1 M2 M3 ] du triangle M1 M2 M3 est donnée par :

x1 x2 x3
[M1 M2 M3 ] = y1 y2 y3 · [ABC].
z1 z2 z3

❏ A, B et C, les sommets du triangle ABC, ont pour coordonnées barycentriques (1, 0, 0),
(0, 1, 0) et (0, 0, 1) respectivement.  
1 1
❏ D, le milieu de [BC], a pour coordonnées barycentriques 0, , .
2 2
❏ A1 , le symétrique de A par rapport à D, a pour coordonnées barycentriques(−1, 1, 1). 
1 1
❏ A2 le symétrique de D par rapport à A, a pour coordonnées barycentriques 2, − , − .
2 2
❏ I, le centre du cercle inscrit, a pour coordonnées barycentriques
! !
a b c a b c
, , = , , .
a+b+c a+b+c a+b+c 2s 2s 2s
En effet, [IBC] = 12 ra, donc les coordonnées sont proportionnelles à a, b, c.
❏ I1 , le centre du cercle exinscrit opposé au sommet A, a pour coordonnées barycentriques
!
−a b c
, , .
b+c−a b+c−a b+c−a
En effet [I1 BC] = − 12 r1 a, [I1 CA] = 12 r1 b, et ainsi de suite. On déduit que les coordonnées
sont proportionnelles à −a, b, c. De même pour I2 et I3 .
❏ I2 , le centre du cercle exinscrit opposé au sommet B, a pour coordonnées barycentriques
!
a −b c
, , .
c+a−b c+a−b c+a−b
❏ I3 , le centre du cercle exinscrit opposé au sommet C, a pour coordonnées barycentriques
!
a b −c
, , .
a+b−c a+b−c a+b−c
❏ O, le centre du cercle circonscrit, a pour coordonnées barycentriques
!
sin(2A) sin(2B) sin(2C)
, ,
4 · sin A · sin B · sin C 4 · sin A · sin B · sin C 4 · sin A · sin B · sinC
ou bien aussi !
R2 R2 R2
· sin(2A), · sin(2B), · sin(2C) .
2[ABC] 2[ABC] 2S
En effet, [OBC] = 12 (2R sin A)(R cos A). Les coordonnées sont proportionnelles à sin(2A),
sin(2B), sin(2C). Notons que sin(2A) + sin(2B) + sin(2C) = 4 · sin A · sin B · sin C.
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 33
 
1 1 1
❏ G, le centre de gravité, a pour coordonnées barycentriques , , .
3 3 3
❏ H, l’orthocentre de ABC, a pour coordonnées barycentriques
 
tan A tan B tan C
, ,
tan A + tanB + tan C tan A + tan B + tanC tan A + tan B + tanC

ou aussi (cotanB · cotanC, cotan C · cotanA, cotan A · cotanB) . En effet,


[HBC] = 12 (2R sin A)(2R cos B cos C), donc les coordonnées sont proportionnelles à tan A,
tan B, tan C, ou bien cotan B · cotanC, cotan C · cotan A, cotan A · cotanB.
❏ T , le centre du cercle des neuf points, a pour coordonnées barycentriques
!
sin(2B) + sin(2C) sin(2C) + sin(2A) sin(2A) + sin(2B)
, , .
8 · sin A · sin B · sin C 8 · sin A · sin B · sin C 8 · sin A · sin B · sin C
# » # »
En effet, on utilise le fait que OT = T H.
❏ N , le point de Nagel, a pour coordonnées barycentriques :
! !
s−a s−b s−c b+c−a c+a−b a+b−c
, , = , , .
s s s a+b+c a+b+c a+b+c

❏ Γ, le point de Gergonne, a pour coordonnées barycentriques :


!
(s − b)(s − c) (s − c)(s − a) (s − a)(s − b)
, , .
r(4R + r) r(4R + r) r(4R + r)

❏ L, le point de Lemoine, a pour coordonnées barycentriques :


!
a2 b2 c2
, , .
a2 + b 2 + c 2 a2 + b 2 + c 2 a2 + b 2 + c 2

Définition : Notations de Conway

Soit ABC un triangle de côtés BC = a, CA = b et AB = c . On définit

b 2 + c 2 − a2 c 2 + a2 − b 2 a2 + b 2 − c 2
Sa = , Sb = , Sc = .
2 2 2
De plus, et pour simplifier, on pose Sbc = Sb Sc , Sca = Sc Sa et Sab = Sa Sb .
Notons que Sa = [ABC] · cotanA b.

Proposition 2

On a :

Sb + Sc = a 2 , [ABC]2 = (bc)2 − Sa2 , a2 Sa + b 2 Sb − c 2 Sc = 2Sab , Sa Sb + Sb Sc + Sc Sa = [ABC]2 .

Preuve
En effet, il est clair que Sb +Sc = a2 . Maintenant on a : [ABC]2 = Sab +Sbc +Sca = Sbc +a2 Sa =
1 2
(a Sa + b 2 Sb + c 2 Sc ) = (bc)2 − Sa2 . En particulier, a2 Sa + b 2 Sb − c 2 Sc = 2Sab . Pour la dernière
2
identité, il faut développer le membre de gauche et puis le comparer avec la formule de
Héron.
34 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

☞ Les coordonnées barycentriques homogènes sont définies à une constante multiplicative près,
leur somme est non nulle. On utilise souvent les coordonnées barycentriques normalisées
dont la somme est égale à 1. On note pour x + y + z , 0 :
!
x y z
(x : y : z) = , , .
x+y +z x+y +z x+y +z

Une définition équivalente est comme suit : pour tout k , 0, les points (x : y : z) et (kx : ky :
kz) sont considérés comme identiques, et (x : y : z) = (x, y, z) lorsque x + y + z = 1.
Exemple 50

Si O et H sont respectivement le centre du cercle circonscrit et l’orthocentre du triangle


ABC , montrer que
!
2 2 2 1 1 1
O = (a Sa : b Sb : c Sc ) et H = (Sbc : Sca : Sab ) = : : .
Sa Sb Sc

1 [ = 1 aR cos A = 1 aR Sa = a2 Sa R , donc O = (a2 Sa :


Remarquons que [OBC] = · BC · BO · sin CBO
2 2 2 bc 2abc
2 2 1 2
b Sb : c Sc ). Notons aussi que [OBC] = R sin(2A), ce qui prouve que
2
O = (sin(2A) : sin(2B) : sin(2C)).

Soit D ∈ (BC) le pied de la hauteur issue de A, alors HD = BD · cotan C = c cotan B · cotanC, d’où
1 1 Sc
[HBC] = ac cosB cotan C = Sb , par conséquent
2 2 [ABC]
!
1 1 1
H = (Sbc : Sca : Sab ) = : : .
Sa Sb Sc

1 tan A
De plus, notons que puisque = , alors on a aussi H = (tan A : tan B : tan C) lorsque le
Sa [ABC]
triangle n’est pas rectangle.
☞ Tableau récapitulatif des coordonnées barycentriques homogènes :
Point Nom Coordonnées barycentriques
Centre de gravité G G = (1 : 1 : 1)
Centre du cercle circonscrit O O = (sin(2A) : sin(2B) : sin(2C))
Orthocentre H H = (tan A : tan B : tan C)
Centre du cercle inscrit I I =(sin A : sin B : sin C)
Point de Gergonne Γ Γ = tan A2 : tan B2 : tan C2
Savant Cosinus Ω Ω = (cos A : cos B : cos C)
Le point Savant Cosinus est défini comme le point de coordonnées barycentriques

(cos A : cos B : cos C)

(voir l’article, publié en 2005, dans le Bulletin de l’APMEP par François Rideau). Le point
Savant Cosinus Ω est le point X(63) dans l’Encyclopedia of Triangle Centers :
http ://[Link]/ck6/encyclopedia/[Link]
Exemple 51

On rappelle que les symédianes d’un triangle sont les droites symétriques des médianes
par rapport aux bissectrices. La symédiane en un sommet A d’un triangle est l’isogonale
de la médiane par rapport aux côtés de l’angle A b. Déterminer les coordonnées barycen-
b avec la symédiane de B.
triques du point d’intersection P de la bissectrice interne de A
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 35

b A

P b

B b C
b

P = (x : y : z) est le point d’intersection des droites (AI) et (BL), avec I centre du cercle inscrit
y b
et L le point de Lemoine. Comme I = (a : b : c) alors on déduit que = . De même, comme
z c
x a2
2 2 2
L = (a : b : c ) alors on déduit que = 2 . En conclusion, on peut prendre P = (a2 : bc : c 2 ).
z c
Exemple 52

Déterminer les coordonnées barycentriques du point d’intersection P de la symédiane de


A avec la médiane issue de B.

b A

P b

B b C
b

On fait comme dans l’exemple précédent, on déduit que P = (c 2 : b 2 : c 2 ).


Théorème 5 : Formule de Conway

\ et γ = BCM,
Soit M un point arbitraire, et posons β = MBC \ alors les coordonnées bary-
centriques de M sont données par :
 
M = −a2 : SC + Sγ : SB + Sβ .

Démonstration
La preuve n’est pas difficile, il suffit de calculer l’aire orientée des triangles MBC, MAB et MCA.

xA + yB + zC
❏ Un triplet (x, y, z) de réels tels que x + y + z , 0 représente un point .
x+y +z
❏ Un vecteur est représenté par un triplet (x, y, z) tel que x + y + z = 0. C’est par définition le
# » # » # »
vecteur xOA + y OB + zOC (cette définition ne dépend pas du choix de l’origine O).
❏ Un triplet de réels non tous nuls (u, v, w) détermine une équation de droite ux+vy +wz = 0,
ce triplet étant déterminé à un coefficient multiplicatif près.
Proposition 3 : Formule de distance

Si u
#» = (x, y, z) est un vecteur, alors :

1 
u · (x′ OA + y ′ OB + z′ OC) = − a2 (yz′ + y ′ z) + b 2 (zx′ + z′ x) + c 2 (xy ′ + x′ y) .
#» # » # » # »
2
u ′ = (x′ , y ′ , z′ ) est un vecteur, alors :
En particulier, si #»

1 
#» u ′ = − a2 (yz′ + y ′ z) + b 2 (zx′ + z′ x) + c 2 (xy ′ + x′ y)
u · #»
2
et  
u k2 = − a2 yz + b 2 zx + c 2 xy .
k #»
36 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

La preuve est facile, on verra en détail les calculs dans le paragraphe « cercles, puissance d’un
point par rapport à un cercle ». Il est vrai qu’une distance est toujours un réel positif, alors la
présence d’un signe − ne doit pas nous inquiéter puisqu’il ne faut pas oublier la contrainte x + y +
z = 0 qui oblige au moins l’une des coordonnées à être négative.
Théorème 6
b est donné par :
Le conjugué isogonal de la droite (0 : v : w) par rapport à l’angle A

(0 : c 2 w : b 2 v).

Démonstration
Soient (d) et (d ′ ) les droites en question. On peut supposer, sans perte de généralité, que (d) et (d ′ )
coupent la droite (BC) et sont distinctes de la bissectrice extérieure de A.b Soit M = (0 : by : cz) le
point d’intersection de (d) avec (BC), alors on voit facilement que M ′ = (0 : bz : cy) est le point
d’intersection de (d ′ ) avec (BC). On a :

# » 1 1
AM = (0, by, cz) − (1, 0, 0) = (−by − cz, by, cz).
by + cz by + cz

Le vecteur u
#» = (−by − cz, by, cz) est alors un vecteur directeur de (d), sa norme est donnée grâce à la
proposition précédente par :
 
u k2 = bc (b 2 + c 2 − a2 )yz + bc(y 2 + z2 ) .
k #»

L’expression ci-dessus est symétrique en y et z, alors comme M ′ s’obtient à partir de M en permutant


y et z, on déduit que le vecteur #»
u ′ = (−bz − cy, bz, cy) est un vecteur directeur de (d ′ ), et il est de
même norme que u . Donc, u + u ′ est un vecteur directeur d’une bissectrice de (d, d ′ ). On a :
#» #» #»


#»′ = (y + z)(−b − c, b, c) = (y + z)(a + b + c) AI.
#» + u
u

D’autre part, y + z , 0, sinon u
#» = (−b + c : b : −c) serait orthogonal à AI et M serait sur la bissectrice
b
extérieure de A, ceci prouve que (AI) est une bissectrice de (d, d ).

Théorème 7
Soit M = (x : y : z) un point n’appartenant pas au cercle circonscrit au triangle ABC, alors
le conjugué isogonal M ′ de M est donné par :
!
a2 b 2 c 2  
M′ = : : = a2 yz : b 2 zx : c 2 xy .
x y z

Démonstration
b la droite (0, −c 2 y, b 2 z)
La droite (0, z, −y) passe par M et a pour conjugué isogonal, par rapport à A,
b
qui passe par M . En raisonnant de même sur les deux autres angles B et C
′ b on obtient le résultat
énoncé.

Exemple 53

Déterminer les coordonnées barycentriques du point L de Lemoine.

Le point L de Lemoine est le point d’intersection des symédianes, c’est-à-dire c’est le conjugué
isogonal de G = (1 : 1 : 1). D’après le théorème on conclut que L = (a2 : b 2 : c 2 ).
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 37

Exemple 54

Montrer que la symédiane issue de A, i.e. le conjugué isogonal de la médiane, passe par
l’intersection des tangentes en B et C au cercle circonscrit.

Les tangentes en B et C ont pour équations respectives c 2 x + a2 z = 0 et b 2 x + a2 y = 0. Leur


intersection est (c 2 : 0 : a2 ) ∧ (b 2 : a2 : 0) = (−a4 : a2 b 2 : a2 c 2 ) = (−a2 : b 2 : c 2 ), donc appartient à la
droite d’équation c 2 y − b 2 z = 0 passant par A et L.

1.2.2 Droites. Alignement et concours

Théorème 8

Condition d’alignement de 3 points. Équation barycentrique d’une droite


Trois points M, M ′ , M ′′ du plan P ayant respectivement pour coefficients barycentriques
relativement à (A, B, C) les triplets (α, β, γ), (α ′ , β ′ , γ ′ ), (α ′′ , β ′′ , γ ′′ ) sont alignés si, et seule-
ment si :
α β γ
α ′ β ′ γ ′ = 0.
α ′′ β ′′ γ ′′
Si (x, y, z) sont les coordonnées barycentriques homogènes d’un point M, alors une équa-
tion de la droite (M ′ M ′′ ) est donnée par :

x y z
α′ β′ γ ′ = 0.
α ′′ β ′′ γ ′′

Cette équation barycentrique de droite est de la forme ax + by + cz = 0.

Démonstration
Par linéarité du déterminant par rapport aux lignes, quitte à diviser chacune d’elles par la somme
de ses termes, on peut supposer que les coefficients (les coordonnées) sont normalisés (i.e. de somme
égale à 1). On ajoute à la première colonne la deuxième et troisième, puis on soustrait la première
ligne aux deux autres et on développe par rapport à la première colonne, on obtient :

α β γ 1 β γ 1 β γ
α′ β′ γ ′ = 1 β′ γ′ = 0 β′ − β γ ′ − γ = (β ′ − β)(γ ′′ − γ) − (γ ′ − γ)(β ′′ − β).
α ′′ β ′′ γ ′′ 1 β ′′ γ ′′ 0 β ′′ − β γ ′′ − γ
# » #» # » # » #» # » # » #» # »
Comme AM = β AB + γ AC, AM ′ = β ′ AB + γ ′ AC et AM ′′ = β ′′ AB + γ ′′ AC, alors on a :
# » #» # » # » #» # »
MM ′ = (β ′ − β)AB + (γ ′ − γ)AC et MM ′′ = (β ′′ − β)AB + (γ ′′ − γ)AC.

Par conséquent :
# » # »
[MM ′ , MM ′′ ] = (β ′ − β)(γ ′′ − γ) − (γ ′ − γ)(β ′′ − β).
# » # »
La nullité du déterminant initial est équivalente à la colinéarité de MM ′ et MM ′′ , c’est-à-dire à
l’alignement des points M, M ′ et M ′′ .
Le point M = (x, y, z) appartient à la droite (M ′ M ′′ ) si, et seulement si, le déterminant de l’énoncé
est nul. En le développant selon sa première ligne on obtient une équation du type ax + by + cz = 0.
Remarquons qu’on ne peut jamais avoir a = b = c car la somme des trois coordonnées barycentriques
est toujours non nulle.

✍ La droite passant par M et N est M ∧ N


38 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exemple 55

Montrer qu’un point M de coordonnées barycentriques (x : y : z) appartient à la droite


d’Euler si, et seulement si :
     
c 2 Sc − b 2 Sb x + a2 Sa − c 2 Sc y + b 2 Sb − a2 Sa z = 0.

En effet, la droite d’Euler passe par les points O et G, donc son équation est :
   2   2 2 
1 a Sa   c Sc − b Sb 
     
G ∧ O = 1 ∧ b 2 Sb  =  a2 Sa − c 2 Sc  .
   2   2 2 
1 c Sc b Sb − a Sa
     
Ainsi, M = (x : y : z) ∈ (GO) si, et seulement si c 2 Sc − b 2 Sb x + a2 Sa − c 2 Sc y + b 2 Sb − a2 Sa z = 0.
❏ La droite passant par un point M = (x : y : z) et de vecteur directeur #» e = (x′ : y ′ : z′ ) est
′ ′ ′
donnée par : (x, y, z) ∧ (x , y , z ).
❏ Le point d’intersection de deux droites sécantes (d) et (d ′ ) est donné par (d) ∧ (d ′ ).
❏ Faisceau de droites : les droites dont une équation barycentrique est combinaison linéaire
des équations barycentriques de deux droites (d) et (d ′ ) sont exactement les droites passant
par le point I d’intersection de (d) et (d ′ ) si elles sont sécantes, ou parallèles à (d) et (d ′ ) si
ces dernières sont parallèles.
❏ Soit P = (x1 : y1 : z1 ) un point quelconque différent de A, alors l’ensemble des points de la
droite (AP) est paramétrisé par (t : y1 : z1 ) où t ∈ R et t + y1 + z1 , 0.
Théorème 9
Condition de concours ou parallélisme de 3 droites
Trois droites affines dont les équations barycentriques sont ax+by +cz = 0, a′ x+b ′ y +c ′ z = 0
et a′′ x + b ′′ y + c ′′ z = 0, sont concourantes ou parallèles si, et seulement si :

a b c
a′ b′ c ′ = 0.
a′′ b ′′ c ′′

Démonstration
Si le déterminant est nul alors une de ses lignes (qui sont toutes non nulles) est combinaison li-
néaire des deux autres. À l’exception du cas trivial où les trois droites sont confondues, on déduit que
l’une d’elles appartient au faisceau engendré par les deux autres, donc les droites sont parallèles ou
concourantes.

Exemple 56 : Théorèmes de Céva et de Ménélaüs

A, B et C sont trois points non alignés. Soient P le barycentre de (B, β), (C, γ) ; Q le bary-
centre de (C, γ ′ ) et (A, α ′ ), et R le barycentre de (A, α ′′ ) et (B, β ′′ ).
1 Montrer que les points P, Q et R sont alignés si, et seulement si :

α ′ β ′′ γ + α ′′ βγ ′ = 0.

2 Montrer que les droites (AP), (BQ) et (CR) sont concourantes ou parallèles si, et
seulement si :
α ′ β ′′ γ − α ′′ βγ ′ = 0.

3 Retrouver les théorèmes de Céva et de Ménélaüs.


1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 39

➀ Les points P, Q et R sont alignés si, et seulement si, le déterminant de leurs coordonnées
barycentriques, qui sont respectivement (0, β, γ), (α ′ , 0, γ ′ ) et (α ′′ , β ′′ , 0) est nul :

0 β γ
α′ 0 γ ′ = α ′ β ′′ γ + α ′′ βγ ′ = 0.
α ′′ β ′′ 0

➁ Les équations barycentriques de (AP), (BQ) et (CR) sont données respectivement par :

x y z x y z x y z
1 0 0 = 0, 0 1 0 = 0, 0 0 1 = 0.
0 β γ α′ 0 γ′ α ′′ β ′′ 0

D’où : −γx + βz = 0, γ ′ x − α ′ z = 0 et −β ′′ x + α ′′ y = 0. Les trois droites sont concourantes


ou parallèles si, et seulement si, le déterminant des coefficients de leurs équations est nul,
donc :
0 −γ β
γ′ 0 −α ′ = −α ′ β ′′ γ + α ′′ βγ ′ = 0.
−β ′′ α ′′ 0

#» # » #» PB γ
➂ Comme P est le barycentre de (B, β) et (C, γ) alors β PB + γ PC = 0 , donc = − . On a de
PC β
QC α′ RA β ′′ PB QC RA
même = − ′ et = − ′′ . La condition de Ménélaüs · · = 1 est équivalente
QA γ RB α PC QA RB
à:
−γ −α ′ −β ′′ α ′ · β ′′ · γ
· ′ · ′′ = 1 c’est-à-dire = −1 d’où α ′ β ′′ γ + α ′′ βγ ′ = 0.
β γ α α ′′ · β · γ ′

PB QC RA
La condition de Céva · · = −1 est équivalente à :
PC QA RB

−γ −α ′ −β ′′ α ′ · β ′′ · γ
· ′ · ′′ = −1 c’est-à-dire =1 d’où α ′ β ′′ γ − α ′′ βγ ′ = 0.
β γ α α ′′ · β · γ ′

Exemple 57 : Théorème de Gergonne

A, B et C sont trois points non alignés. Soient P le barycentre de (B, β), (C, γ) ; Q le bary-
centre de (C, γ ′ ) et (A, α ′ ), et R le barycentre de (A, α ′′ ) et (B, β ′′ ).
1 Déterminer les coordonnées barycentriques du point de Gergonne.
2 Montrer que si les droites (AP), (BQ) et (CR) sont concourantes en M alors :

PM QM RM
+ + = 1.
PA QB RC

3 Montrer également que :

AM BM CM RA QA MA
+ + = 2, + = .
AP BQ CR RB QC MP

➀ Si A′ , B′ et C ′ sont les points de contact du cercle inscrit avec les côtés [BC], [CA] et [AB]
s−b BA′
du triangle ABC, alors = et les deux autres relations analogues par permutation
s − c A′ C
circulaire. Si (x : y : z) sont les coordonnées barycentriques du point de Gergonne, alors
40 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

s−b z
= , d’où y(s − b) = z(s − c), et par permutation circulaire x(s − a) = y(s − b) = z(s − c),
s−c y
d’où :
 
1 1 1
(x : y : z) = : : = ((s − b)(s − c) : (s − c)(s − a) : (s − a)(s − b)) .
s−a s−b s−c

➁ Comme les droites (AP), (BQ) et (CR) sont concourantes en M alors c’est un barycentre
#» # »
des points (A, α), (B, β) et (C, γ) et également de (A, α) et (M, β + γ), donc 0 = α MA + (β +
# » # » # » # » # » # » #» PM α
γ)MP = α(MP + MA) + (β + γ)MP, d’où α MA + (α + β + γ)MP = 0 , puis = . Par
PA α + β +γ
permutation circulaire, on a deux autres formules analogues pour Q et R. En sommant les
trois relations obtenues on déduit que :

PM QM RM
+ + = 1.
PA QB RC
#» # » # » # » # » #» # » #»
➂ On a aussi 0 = α MA + (β + γ)MP = α MA + (β + γ)(MA + AP) = (α + β + γ)MA + (β + γ)AP,
AM β +γ
d’où = , et par permutation circulaire deux autres formules analogues pour Q
AP α+β +γ
et R. En sommant les 3 relations obtenues on obtient :

AM BM CM
+ + = 2.
AP BQ CR

#» # » #» RA β
R est le barycentre de (A, α) et (B, β), donc α RA + β RB = 0 , d’où = − , et de façon
RB α
QA γ RA QA β + γ MA # » # » #»
analogue = − , donc + =− = puisque α MA+(β+γ)MP = 0 implique
QC α RB QC α MP
la dernière égalité.

Exemple 58

Soient A, B, C des points non alignés, et G le barycentre de (A, α), (B, β) et (C, γ). On désigne
par A′′ , B′′ et C ′′ les symétriques de G par rapport aux milieux respectifs de [BC], [CA] et
[AB]. Montrer que les droites (AA′′ ), (BB′′ ) et (CC ′′ ) sont concourantes en un point G ′ situé
sur la droite joignant G au centre de gravité I de ABC .

Soit A′ le barycentre de (B, β) et (C, γ), B′ celui de (A, α) et (C, γ), C ′ celui de (A, α) et (B, β). On
commence par déterminer les coefficients barycentriques (α ′ , β ′ , γ ′ ) de G par rapport aux points
# » # » # » # » # » # » # » # » # »
A′ , B′ , C ′ . On a (β + γ)OA′ = β OB + γ OC, (γ + α)OB′ = γ OC + α OA, (α + β)OC ′ = α OA + β OB, d’où
# »′ # »′ # »′ # » # » # » # »
(β + γ)OA + (γ + α)OB + (α + β)OC = 2(α OA + β OB + γ OC) = 2(α + β + γ)OG. Donc, G est le
barycentre de (A′ , β + γ), (B′ , γ + α), (C ′ , α + β).
# » # » # » # » # »
Dans la suite, on utilise les coefficients normalisés α + β + γ = 1, OG = α OA + β OB + γ OC, OG +
# » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # »
OA′′ = OB + OC, d’où OA′′ = OB + OC − OC = −α OA + (1 − β)OB + (1 − γ)OC. De même, OB′′ =
# » # » # » # » # » # » # »
(1 − α)OA − β OB + (1 − γ)OC et OC ′′ = (1 − α)OA + (1 − β)OB − γ OC. Alors, si G ′ est le point défini
# » # » # » # »
par 2OG ′ = (1 − α)OA + (1 − β)OB + (1 − γ)OC, on a :
# » # » # » # » # » # » # » # » # »
OA′′ = 2OG ′ − OA, OB′′ = 2OG ′ − OB, OC ′′ = 2OG ′ − OC,

ce qui montre que G ′ ∈ (AA′ ), (BB′ ), (CC ′ ), ces droites sont donc concourantes. De plus, on a :
# » # » # » # » # » # » # » #» # »
2OG ′ = OA + OB + OC − [α OA + β OB + γ OC] = 3OI − OG.

En conclusion, G ′ est le barycentre de (I, 3) et (G, −1), ces trois points sont alignés.
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 41

Définition : Conjugué isotomique d’un point

Soient ABC un triangle et P un point à son intérieur. On désigne par X ∈ [BC], Y ∈ [CA]
et Z ∈ [AB] les pieds des céviennes passant par P . Soit X ′ le symétrique de X par rapport
au milieu de [BC], et on définit de même Y ′ et Z ′ . Alors, les céviennes AX ′ , BY ′ et CZ ′ se
coupent en un point P ′ appelé le conjugué isotomique de P . Si P = (x : y : z), alors :
!
′ 1 1 1
P = (yz : zx : xy) = : : .
x y z

Par exemple, le conjugué isotomique du point de Gergonne est le point de Nagel


!
s−a s−b s−c
N = , , .
s s s

A
b

Z′ Y
b b
b b
Y′
Z b P P′ b
b b

b b b b b
B C
X X′

1.2.3 Cercles. Puissance d’un point par rapport à un cercle

Proposition 4

La puissance de M = (x, y, z) par rapport au cercle circonscrit C(O, R) est égale à :


 
PC (M) = − a2 yz + b 2 zx + c 2 xy .

# » # »
# » # » OA2 + OB2 − kOA − OBk2 # » # » c2
En effet, comme OA · OB = , on déduit que OA · OB = R2 − .
2 2
Maintenant, avec x + y + z = 1, on a :

kx OA + y OB + z OCk2 = (x OA + y OB + z OC) · (x OA + y OB + z OC),


# » # » # » # » # » # » # » # » # »

d’où

OM 2 = (x2 + y 2 + z2 )R2 + xy(2R2 − c 2 ) + yz(2R2 − a2 ) + zx(2R2 − b 2 )


= (x + y + z)2 R2 − (a2 yz + b 2 zx + c 2 xy) = R2 − (a2 yz + b 2 zx + c 2 xy).

Théorème 10
 
L’équation du cercle est de la forme : − a2 yz + b 2 zx + c 2 xy + (x + y + z)(ux + vy + wz) = 0.

Démonstration
Si C et C ′ sont deux cercles différents, la fonction M 7−→ PC (M) − PC ′ (M) est affine, elle est donc de la
forme (x, y, z) 7−→ ux + vy + wz. Étant donné un cercle, il existe des constantes u, v, w uniques telles
que la puissance de M = (x, y, z) par rapport à ce cercle est égale à : −(a2 yz+b 2 zx+c 2 xy)+ux+vy+wz.
Un point appartient au cercle si, et seulement si, sa puissance par rapport au cercle est égale à zéro,
alors pour rendre l’équation obtenue homogène on multiplie la partie affine par x + y + z, qui est égal
42 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

à 1, pour conclure que l’équation du cercle est de la forme énoncée.

Exemple 59

1 Déterminer l’équation du cercle inscrit.


2 Déterminer l’équation du cercle d’Euler.

➀ Soit D le projeté orthogonal de I sur [BC], alors BD = s − b et DC = s − c, d’où D = (0 : s − c :


s − b). On obtient de la même façon les deux autres projetés orthogonaux E et F. Le cercle
d’équation −(a2 yz + b 2 zx + c 2 xy) + (x + y + z)(ux + vy + wz) = 0 passe par D si :

(s − c)v + (s − b)w = a(s − b)(s − c) = ((s − b) + (s − c)) (s − b)(s − c).

Si on pose u = (s − a)2 , v = (s − b)2 et w = (s − c)2 , alors D vérifie l’équation, et il en est de


même pour E et F par permutation circulaire.
➁ Le cercle passe par (0 : 1 : 1), (1 : 0 : 1) et (1 : 1 : 0), donc :
1
−(a2 yz + b 2 zx + c 2 xy) + (x + y + z)(Sa x + Sb y + Sc z) = 0.
2

Proposition 5 : Axe radical

On considère deux cercles non concentriques et dont les équations sont données par :

−a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + (x + y + z)(u1 x + v1 y + w1 z) = 0
−a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + (x + y + z)(u2 x + v2 y + w2 z) = 0.

Alors l’équation de leur axe radical est donnée par :

(u1 − u2 )x + (v1 − v2 )y + (w1 − w2 )z = 0.

Il suffit d’écrire l’égalité des deux puissances et remarquer que x + y + z , 0.

Proposition 6

On considère le cercle d’équation −(a2 yz + b 2 zx + c 2 xy) + (x + y + z)(ux + vy + wz) = 0. Alors


l’équation de la droite tangente à ce cercle au point (x0 , y0 , z0 ) est donnée par :

1 2 
− a (y0 z + yz0 ) + b 2 (z0 x + zx0 ) + c 2 (x0 y + xy0 ) + (ux + vy + wz) = 0.
2

Il suffit de prouver que l’intersection de la droite et du cercle se réduit au point (x0 , y0 , z0 ).


Exemple 60

Donner l’équation de la tangente en A au cercle circonscrit au triangle ABC .

En prenant (x1 , y1 , z1 ) = (x −1, y, z) et (x2 , y2 , z2 ) = (1, 0, 0) on déduit que l’équation est b 2 z +c 2 y = 0.

Proposition 7
# » # »
Soient MN = (x1 , y1 , z1 ) et PQ = (x2 , y2 , z2 ) deux vecteurs. Alors :

(MN ) ⊥ (PQ) ⇐⇒ 0 = a2 (z1 y2 + y1 z2 ) + b 2 (x1 z2 + z1 x2 ) + c 2 (y1 x2 + x1 y2 ).

# » # » # » # » # » # »
Il suffit de développer et réduire l’expression (x1 OA+y1 OB+z1 OC)·(x2 OA+y2 OB+z2 OC) = 0.
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 43

❏ L’équation du cercle circonscrit au triangle ABC est donnée par :

a2 yz + b 2 zx + c 2 xy = 0.
# »
❏ On considère le vecteur PQ = (x1 , y1 , z1 ), alors :

(PQ) ⊥ (BC) ⇐⇒ 0 = a2 (z1 − y1 ) + x1 (c 2 − b 2 ).

❏ L’équation de la médiatrice du segment [BC] est donnée par :

0 = a2 (z − y) + x(c 2 − b 2 ).

1.2.4 Exercices
Dans quels cas est-il judicieux de travailler avec les coordonnées barycentriques ?
✍ présence de céviennes,
✍ présence de points remarquables dans le triangle (orthocentre, centre de gravité, etc.)
✍ problèmes d’alignement ou concours, surtout dans le cas des céviennes,
✍ problèmes symétriques par rapport aux sommets du triangle (car les coordonnées bary-
centriques sont symétriques)
✍ calcul d’aires, de longueurs, ou quotient.
Dans quels cas vaudrait-il mieux éviter de faire recours aux coordonnées barycentriques ?
☞ présence de beaucoup de cercles, par contre c’est recommandé s’il est question d’axe radi-
cal ou puissance d’un point,
☞ présence de cercles ne passant pas par les côtés ou les sommets du triangle de référence,
par contre c’est recommandé si le cercle passe par un sommet ou coupe un côté,
☞ présence de centres de cercles circonscrits arbitraires,
☞ présence de conditions générales sur les angles, par contre c’est recommandé si on arrive
à traduire la condition sur les angles en une condition sur les longueurs des côtés (dans ce
cas il faut faire appel au théorème de la bissectrice).

Exercice 4
Soit ABC un triangle.
1 Montrer que le centre de gravité, le point de Lemoine, et le conjugué isotomique de
H sont alignés.
2 Montrer que le conjugué isogonal de N (point de Nagel) appartient à la droite (OI)
(droite d’Euler).

Solution. Il suffit de voir qu’on a successivement

1 1 1 a b c
a2 b2 c2 =0 et sin(2A) sin(2B) sin(2C) = 0.
cotan A cotanB cotan C a2 (s − a) b 2 (s − b) c 2 (s − c)

Exercice 5 : Savant Cosinus

En 1995, François Rideau a appelé Savant Cosinus le point Ω du plan d’un triangle ABC
de coordonnées barycentiques (cos A, cos B, cos C). Montrer que Ω appartient à la droite
passant par le centre de gravité G et le point de Gergonne Γ du triangle ABC.

Solution. François Rideau a donné une construction géométrique et il a établi que Ω ∈ (GΓ).
On donne ci-dessous une autre démonstration de ce résultat. Elle a été proposée par Jacques
Borowczyk en 2005 dans le bulletin de l’APMEP.
Soient ra , rb et rc les rayons des cercles exinscrits. Le calcul de la distance du centre du cercle
44 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

circonscrit O aux côtés (BC), (CA) et (AB) permet d’obtenir les formules de Lemoine :
r − ra r − rb r − rc
R cos A = R + , R cos B = R + et R cos C = R + .
2 2 2
Donc, le Savant Cosinus Γ est le point de coordonnées barycentriques (cos A, cos B, cos C) ou
 
r − ra r − rb r − rc
R+ ,R + ,R + .
2 2 2
Or, on a
A ra B r C r
tan= , tan = b , tan = c ,
2 s 2 s 2 s
et comme l’on sait que ra + rb + rc = 4R + r, alors on a l’identité trigonométrique :

A B C r r r 4R + r
tan + tan + tan = a + b + c = .
2 2 2 s s s s
Le point de Gergonne Γ est donc le point de coordonnées barycentriques (ra , rb , rc ). Par suite,
pour tout point M, on a :
# » # » # » # »
(2R + 2r) MΩ = (4R + r − ra ) MA + (4R + r − rb ) MB + (4R + r − rc ) MC
# » # » # »
(2R + 2r) MΩ = 3 (4R + r) MG − (4R + r) MΓ

et l’égalité :
# » # » #»
(2R + 2r) GΩ = 3 (4R + r) GΓ = 0 montre que G ∈ [ΓΩ].

L’inégalité (2R + 2r) < (4R + r) montre que G est plus proche de Γ que de Ω. En fait, dès que
ABC n’est pas équilatéral, on a (2R+2r) < 3R < (4R+r) qui permet une localisation encore plus
précise. Par ailleurs, si le triangle n’est pas isocèle, l’inégalité entre les longueurs des côtés
a < b < c entraîne s − c < s − b < s − a d’où l’inégalité entre les rayons des cercles exinscrits
ra < rb < rc et, pour un triangle acutangle, celle des angles Ab< B b Les inégalités ra < rb < rc
b < C.
permettent de localiser le point Γ dans l’un des six triangles délimités par les médianes du
triangle ABC : pour un triangle acutangle, l’inégalité cos A b > cos B b prouve que le point
b > cos C
Ω appartient au triangle « symétrique » par rapport à G du triangle qui contient les points I
et Γ et, comme on l’a vu, on a : ΓG < GΩ. Dans le cas d’un triangle rectangle ABC, le Savant
Cosinus appartient à l’hypoténuse du triangle mais il est extérieur au triangle lorsque celui-ci
possède un angle obtus.

Exercice 6

Soient ABC un triangle, et P, Q, R les pieds des bissectrices issues de A, B et C respective-


ment. Montrer que si les points B, P, Q et R sont cocycliques alors :

b a c
= + .
a+c b+c a+b

Solution. On sait que les coordonnées barycentriques du centre du cercle inscrit sont (a : b : c).
On déduit que P = (0 : b : c), Q = (a : 0 : c) et R = (a : b : 0). De plus, on sait que l’équation d’un
cercle est :
−a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + (x + y + z)(ux + vy + wz) = 0.
Il nous reste à déterminer le triplet (u, v, w) pour que ce cercle passe par les points B, P, Q et
R. Puisque le cercle passe par B = (0 : 1 : 0) alors on voit facilement que v = 0. Pour les points
c2 b a2 b
P et Q on trouve u = a+b et w = b+c . Finalement, comme Q appartient au cercle on trouve que
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 45

b2 ac
ua + wc = a+c , c’est-à-dire :
ac 2 b a2 bc b 2 ac
+ = .
a+b b+c a+c
b a c
En simplifiant par abc dans les deux membres de l’égalité, on conclut que = + .
a+c b+c a+b

A
b
Q
b

R b

b b C
b
B
P

Exercice 7 : (OIM, 2014)

Les points P et Q appartiennent au côté BC du triangle ABC dont les angles sont aigus,
€ = BCA
de sorte que PAB [ et CAQ[ = ABC.
[ Les points M et N appartiennent respectivement
aux droites AP et AQ, avec P milieu de [AM] et Q milieu de [AN ]. Prouver que le point
d’intersection des droites BM et CN est sur le cercle circonscrit au triangle ABC.

AB c c2
Solution. Les triangles PBA et ABC sont semblables, et comme = , alors PB = , par
! ! BC a a
c2 c2 b2 b2
suite P = 0, 1 − 2 , 2 . De même on a Q = 0, 2 , 1 − 2 . Donc
a a a a
!
2c 2 2c 2
M = −1, 2 − 2 , 2 = (−a2 : 2a2 − 2c 2 : 2c 2 ).
a a

De même, N = (−a2 : 2b 2 : 2a2 − 2b 2 ). On a (BM) = (0, 1, 0) ∧ (−a2 , 2a2 − 2c 2 , 2c 2 ) = (2c 2 , 0, a2 )


et (CN ) = (2b 2 , a2 , 0). Par conséquent, les droites (BM) et (CN ) se coupent en D = (−a2 : 2b 2 :
2c 2 ) car (2c 2 , 0, a2 ) ∧ (2b 2 , a2 , 0) = (−a4 , 2a2 b 2 , 2a2 c 2 ). Le point D = (−a2 : 2b 2 : 2c 2 ) appartient
clairement au cercle circonscrit au triangle ABC dont l’équation est a2 yz + b 2 zx + c 2 xy = 0.

Exercice 8 : (Olympiade Européenne de mathématiques pour filles EGMO, 2013)

Le côté BC du triangle ABC est prolongé au-delà de C à D de sorte que CD = BC. Le côté
CA est prolongé au-delà de A à E de sorte que AE = 2CA. Montrer que, si AD = BE, alors
ABC est un triangle rectangle.

# » #»
Solution. Il est facile de voir que D = (0, −1, 2) et E = (3, 0, −2), donc AD = (−1, −1, 2) et BE =
(3, −1, −2). Par conséquent, la relation AD = BE s’écrit :

−a2 (−1)(2) − b 2 (2)(−1) − c 2 (−1)(−1) = −a2 (−1)(−2) − b 2 (−2)(3) − c 2 (3)(−1),

c’est-à-dire 2a2 + 2b 2 − c 2 = −2a2 + 6b 2 + 3c 2 , ce qui s’écrit aussi a2 = b 2 + c 2 , donc ABC est un


triangle rectangle en A.

Exercice 9 : (OIM, 2012)

Soit ABC un triangle et J le centre de son cercle exinscrit opposé au sommet A. Ce cercle
est tangent au côté [BC] en M et aux droites (AB) et (AC), respectivement, en K et L. Les
droites (LM) et (BJ) se coupent en F et les droites (KM) et (CJ) se coupent en G. Soit S le
point d’intersection des droites (AF) et (BC) et soit T le point d’intersection des droites
(AG) et (BC). Montrer que M est le milieu du segment [ST ].
46 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

(Le cercle exinscrit du triangle ABC opposé au sommet A est le cercle tangent au segment
[BC], à la demi-droite [AB) au-delà de B et à la demi-droite [AC) au-delà de C).

Solution.

b
A
G
b
Fb
b
b
b T
b
b C
S B M b

b L
K
b
J

Comme AK = s alors BK = s−c et K = (−(s−c) : s : 0). De plus, J = (−a : b : c) et M = (0 : s−b : s−c).


Le point G appartient à (CJ) donc on pose G = (−a : b : t), et puisque G, M, K sont alignés alors :

−a b t
0= 0 s−b s − c = −a (−s(s − c)) − (s − c) (b(s − c) − t(s − b)).
c−s s 0

b(s − c) − as
On en déduit que t = . Par conséquent G = (−a(s − b) : b(s − b) : b(s − c) − as), d’où
s−b !
b b
T = (0 : b(s −b) : b(s −c)−as). Or, b(s −b)+b(s −c)−as = ba −as = −a(s −b), ainsi T = 0, − , 1 + ,
a a
donc CT = b. De même, BS = c. Il est alors trivial de vérifier que MT = MS ce qui permet de
conclure que M est le milieu de [ST ].

Exercice 10 : (États-Unis, 2008)

Soient ABC un triangle, et G son centre de gravité. On désigne par P un point variable sur
le segment [BC]. Les points Q ∈ [AC] et R ∈ [AB] sont tels que (PQ) (AB) et (PR) (AC).
Montrer que, lorsque P varie sur [BC], le cercle circonscrit au triangle AQR passe par un
[ = CAX.
point fixe X tel que BAG [

Solution. Soit P = (0, s, t) avec s + t = 1. On peut vérifier que Q = (s, 0, t), en effet les troisièmes
coordonnées doivent coïncider puisque [AQB] = [APB]. De même, R = (t, s, 0). D’où l’équation
du cercle circonscrit au triangle AQR est donnée par :

−a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + (x + y + z)(ux + vy + wz) = 0,

avec u, v, w des nombres réels. En considérant le point A on déduit que u = 0. En considérant


le point Q on obtient wt = b 2 st, d’où w = b 2 s. En considérant le point R on obtient vs = c 2 st,
d’où v = c 2 t. Ainsi, l’équation du cercle circonscrit est égale à :

−a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + (x + y + z)(c 2 ty + b 2 sz) = 0.

A
b

b Q

b
b
R b

X G

b b b

B P C
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 47

Considérons maintenant l’intersection de la A-symédiane avec le cercle circonscrit, soit X =


(k : b 2 : c 2 ) ce point d’intersection. On se propose de montrer que k ne dépend pas de s ou t,
ceci est évident puisqu’en remplaçant x, y, z par k, b 2 , c 2 on obtient :

−a2 b 2 c 2 − 2b 2 c 2 k + (k + b 2 + c 2 )(b 2 c 2 )(s + t) = 0.

Comme s + t = 1, et l’équation est linéaire en k, on trouve exactement une solution pour k,


ce qui termine la preuve. En fait, on peut trouver la valeur explicite de k, cette valeur est
k = −a2 + b 2 + c 2 .

Exercice 11 : (OIM, 1988)

Soient ABC un triangle rectangle en A, et D le pied de la hauteur issue de A. La droite


joignant les centres des cercles inscrits aux triangles ABD et ACD coupe respectivement
(AB) et (AC) en K et L. Montrer que :

[ABC] ≥ 2 · [AKL].

Solution.
b
C
b
L D
J b
b

b
I

A K B
b b b

On considère un repère orthonormé d’origine A où les coordonnées de B et C sont respective-


BD a a2
ment (a, 0) et (0, b). Les triangles ABD et ABC sont semblables, donc = , d’où BD = ,
a c ! c
b2 ab ab 2 a2 b
et de même CD = et AD = . Les coordonnées de D sont données par D = , (on
c c c2 c2
remarque que xD /AD = b/c et yD /AD = a/c). Le point I est barycentre de (A, BD), (B, AD) et
(D, AB), donc
#» # » !
# » AD · AB + AB · AD ab(b + c) a2 b
AI = = , .
AB + BD + DA c(a + b + c) c(a + b + c)
De même, en intervertissant a et b, on a :
!
#» ab(a + c) ab 2
AJ = , .
c(a + b + c) c(a + b + c)
# » #» #» ab
En écrivant la condition XI ∧ IJ = 0 on obtient x + y = c comme équation de la droite (IJ). Par
conséquent, les coordonnées de K et L sont :
! !
ab ab
K= ,0 et L = 0, .
c c

Le triangle AKL est donc isocèle en A d’aire :


!2
1 ab 1 a2 b 2
[AKL] = · = · .
2 c 2 a2 + b 2

Ainsi, on a : [ABC] ≥ 2 · [AKL] ⇐⇒ a2 + b 2 ≥ 2ab ⇐⇒ (a − b)2 ≥ 0, ce qui est vrai. On a égalité


si, et seulement si, a = b, c’est-à-dire lorsque ABC est rectangle isocèle en A.
48 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exercice 12 : (Sharygin Geometry Olympiad, 2013)

Soit C1 un point arbitraire sur le côté AB du triangle ABC. Les points A1 et B1 sont situés
\
sur les demi-droites [BC) et [AC) de sorte que AC \ [
1 B1 = BC1 A1 = ACB. Les droites (AA1 ) et
(BB1 ) se coupent au point C2 . Montrer que toutes les droites (C1 C2 ) ont un point commun.

Solution. On utilise les coordonnées barycentriques. Soient A = (1, 0, 0), B = (0, 1, 0) et C =


(0, 0, 1), on se propose de montrer que ce point commun est X = (a2 − b 2 + c 2 : b 2 − a2 + c 2 : −c 2 )
où c = AB, b = CA et c = AB. Soit C1 = (u : v : 0) et A0 le point d’intersection de (C1 B1 )
avec (BC), remarquons que AC1 A0 C est un quadrilatère cyclique. On définit de façon simi-
uc
laire le point B0 . D’après la puissance d’un point, on observe que BA0 = , donc on obtient
  a
uc
A0 = 0 : a − : uc = (0 : a2 − uc : uc). En combinant avec C1 = (u : v : 0) on observe alors que
a
{B1 } = (AC) ∩ (C1 A0 ) = (a2 − uc : 0 : −vc). De façon similaire on obtient A1 = (0 : b 2 − vc : −uc).
Par conséquent C2 = (u(a2 − uc) : v(b 2 − vc) : −uvc). Montrons que les points C1 , C2 et X sont
alignés, on a :

u(a2 − uc) v(b 2 − vc) −uvc a2 − uc b 2 − vc 1


−1
· u v 0 = 1 1 0
c
a2 − b 2 + c 2 b 2 − a2 + c 2 −c 2 v(a2 − b 2 + c 2 ) u(b 2 − a2 + c 2 ) c
   
= u(b 2 − a2 + c 2 ) − v(a2 − b 2 + c 2 ) + c (a2 − uc) − (b 2 − vc)
= (u + v)(b 2 − a2 ) + (u − v)c 2 + c(a2 − b 2 ) − (u − v)c 2 = 0.

En conclusion, les points C1 , C2 et X sont alignés.

Exercice 13 : (Proposé à l’OIM, 2011)

Soit A1 A2 A3 A4 un quadrilatère non cyclique. Pour tout 1 ≤ i ≤ 4, on désigne par Oi et


ri le centre et le rayon du cercle circonscrit au triangle Ai+1 Ai+2 Ai+3 (avec la convention
Ai+4 = Ai ). Montrer que :

1 1 1 1
+ + + = 0.
O1 A1 − r1 O2 A2 − r2 O3 A3 − r3 O4 A24 − r42
2 2 2 2 2 2

Solution. On nous demande de montrer que la somme des inverses des puissances de Ai par
rapport au cercle passant par Ai+1 , Ai+2 , Ai+3 est nulle. On choisit A1 A2 A3 comme triangle de
référence. Il est facile de déterminer les équations des cercles puisqu’ils passent par au moins
deux points du triangle. Si (x0 , y0 , z0 ) sont les coordonnées barycentriques normalisées de A4 ,
alors on sait que la puissance de A4 par rapport au cercle A1 A2 A3 est égale à :

−a2 y0 z0 − b 2 z0 x0 − c 2 x0 y0 ,

d’où :
1 1
=− 2 .
O4 A24 − r42 a y0 z0 + b 2 z0 x0 + c 2 x0 y0
Cherchons la puissance par rapport au cercle A2 A3 A4 sous la forme :

−a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + (x + y + z)(ux + vy + wz).

Comme elle s’annule en A2 et en A3 alors v = w = 0. Comme elle s’annule en A4 , alors −a2 y0 z0 −


b 2 z0 x0 − c 2 x0 y0 + ux0 = 0. La puissance de A1 par rapport au cercle A2 A3 A4 est égale à u, donc
on a :
1 1 x0
2 2
= = 2 .
O 1 A 1 − r1 u a y0 z0 + b z0 x0 + c 2 x0 y0
2
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 49

1 1
Le calcul de 2 2
et s’obtient par permutation circulaire, on conclut que :
O 2 A 2 − r2 O3 A23 − r32

1 1 1 1
+ + + = 0.
O1 A21 − r12 O2 A22 − r22 O3 A23 − r32 O4 A24 − r42

Exercice 14 : (OIM, 2004)

Dans un quadrilatère convexe ABCD, la diagonale [BD] n’est ni la bissectrice de l’angle


[ ni celle de l’angle CDA.
ABC [ Soit P un point intérieur au quadrilatère tel que PBC
[ = DBA [
[ = BDA.
et PDC [ Montrer que ABCD est inscriptible (cyclique) si, et seulement si, AP = CP.

Solution. On utilise les coordonnées barycentriques avec PBD comme triangle de référence.
Soit P = (1, 0, 0), B = (0, 1, 0) et D = (0, 0, 1). Soit A = (au : bv : cw), comme C!est le conjugué iso-
a b c
gonal de A par rapport au triangle PBD, alors il s’ensuit que C = : : . Pour simplifier on
u v w
! !
−1 −1 −1 au bv cw au −1 bv −1 cw−1
pose S = au +bv +cw et T = au +bw +c , alors A = , , et C = , , ,
S S S T T T
d’où : ! !
#» au bv cw bv + cw bv cw
AP = 1 − ,− ,− = ,− ,− ,
S S S S S S
et ainsi
1  2  bc h i
PA2 = 2
−a (bv)(cw) + b 2 (cw)(bv + cw) + c 2 (bv)(bv + cw) = 2 −a2 vw + (bw + cv)(bv + cw) .
S S
En faisant de même pour C on obtient :

bc h 2 i bc h i
PC 2 = 2
−a (vw)−1 (bw−1 + cv −1 )(bv −1 + cw−1 ) = 2 2
−a2 vw + (bw + cv)(bv + cw) .
T T (vw)

On souhaite simplifier par le terme −a2 vw + (bw + cv)(bv + cw) les deux membres de l’égalité
PA2 = PC 2 , mais on doit tout d’abord s’assurer que ce terme est non nul. Ceci provient du fait
que PA , 0 et PC , 0, puisque P est situé à l’intérieur de ABCD. Donc, on peut simplifier par ce
terme et on a PA2 = PC 2 si, et seulement si, S 2 = T 2 (vw)2 . D’autre part, le quadrilatère ABCD
est cyclique si, et seulement si, il existe un certain γ tel que −a2 yz−b 2 zx−c 2 xy+(x+y+z)(γx) = 0
passe par A et par C (en fait, c’est la famille des cercles passant par B et D). En considérant les
valeurs de A = (au : bv : cw) et C = (au −1 : bv −1 : cw−1 ), on voit que la condition est équivalente
à:
−a2 (bv)(cw) − b 2 (cw)(au) − c 2 (au)(bv) −a2 (bv −1 )(cw−1 ) − b 2 (cw−1 )(au −1 ) − c 2 (au −1 )(bv −1 )
γ= = .
au · S au −1 T
On peut réécrire cette identité comme :

uvwT (uvw)−1 S
−abc · = −abc · ,
auS au −1 T
qui est équivalente à S 2 = T 2 (vw)2 . Donc, PA = PC si, et seulement si, ABCD est cyclique.

Exercice 15 : (Proposé à l’OIM, 2013)

Dans un triangle acutangle ABC, les points D, E et F sont les pieds des hauteurs issues de
A, B, C respectivement. Les centres des cercles inscrits à AEF et BDF sont I1 et I2 respecti-
vement ; les centres des cercles circonscrits à ACI1 et BCI2 sont O1 et O2 respectivement.
Montrer que les droites (I1 I2 ) et (O1 O2 ) sont parallèles.
50 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

# »
Solution. Le problème est équivalent à montrer que I1 I2 est orthogonal à l’axe radical des
deux cercles circonscrits à ACI1 et BCI2 . Les droites (AI1 ) et (BI2 ) se coupent en I puisque
ce sont les bissectrices des angles Ab et B.
b On doit montrer que les droites (CI) et (I1 I2 ) sont
perpendiculaires, et que le point
 I appartient
 à l’axe
 radical des deux cercles.
On sait que H = S1 : S1 : S1 , donc E = S1 : 0 : S1 , et puisque Sc + Sa = b 2 alors on déduit que
A b c a c
E = b12 (Sc , 0, Sa ), et de même F = c12 (Sb , Sa , 0). Comme les triangles AEF et ABC sont semblables,
alors les coordonnées barycentriques de I1 sont données par :
     
1 Sc  Sb 
1 1   1   1  
I1 = (aA + bE + cF) = 0 + 0
  + S 
a+b+c a   b(a + b + c)   c(a + b + c)  a 
0 Sa 0
 
a abc + cSc + bSb 
 
=  bSa  .
abc(a + b + c)  
cSa

On obtient de même, en échangeant a et b et en échangeant les coordonnées x et y, les coor-


données barycentriques de I2 :
 
 aSb 
b  
I2 = abs + aSa + cSc  .
abc(a + b + c)  cS

b

Par suite, on a :
 1

1

 2 ac(a + b + c)(a + b − c) 

I2 − I1 = 1  = (−a : b : a − b).
2 bc(a + b + c)(a + b − c)

abc(a + b + c)  1 
2 c(a − b)(a + b + c)(a + b − c)

Comme Ia − C = (−a : b : c) − (0 : 0 : −a + b + c) = (−a : b : a − b), alors la droite (I1 I2 ) est parallèle


à la bissectrice extérieure, donc est perpendiculaire à la bissectrice intérieure de C. b On a ainsi
prouvé que les droites (CI) et (I1 I2 ) sont perpendiculaires.
Montrons à présent que le point I appartient à l’axe radical des deux cercles. Comme le cercle
ACI1 passe par A et par C, alors son équation est de la forme :

−a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + γ(x + y + z)y = 0.

Ce cercle passe par I1 , donc γ(a + b + c)b = a2 Sa + (b + c)(abc + bSb + cSc ). De la même façon, le
cercle ABI2 admet pour équation −a2 yz − b 2 zx − c 2 xy + β(x + y + z)x = 0 avec

β(a + b + c)a = b 2 Sb + (a + c)(abc + aSa + cSc ).

L’axe radical a pour équation βx − γy = 0, et le fait que I appartient à cet axe s’écrit : βa = γb,
c’est équivalent à :

a2 Sa + (b + c)(abc + bSb + cSc ) = b 2 Sb + (a + c)(abc + aSa + cSc ),

ce qui se vérifie en développant le membre de gauche et en vérifiant qu’il est invariant par
l’échange de a et b.

Exercice 16 : (États-Unis, 2001)

Soient ABC un triangle et (ω) son cercle inscrit. On désigne par D1 et E1 les points de
tangence de (ω) avec [BC] et [AC] respectivement. D2 ∈ [BC] et E2 ∈ [AC] sont tels que
CD2 = BD1 et CE2 = AE1 , et soit P le point d’intersection de [AD2 ] avec [BE2 ]. Le cercle
(ω) coupe le segment [AD2 ] en deux points, on désigne par Q le plus proche de ces deux
points au sommet A. Montrer que AQ = D2 P.
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 51

Solution.
b A

b
F1 b
Q E1
b

F2 I b E2
b
b

P
B b b b C
b
D2
D1

1 1 1
On a : I = (a, b, c), D1 = (0, s − c, s − b), D2 = (0, s − b, s − c) (c’est le point de tangence de BC
2s a a
1 1
avec le cercle exinscrit opposé au sommet A), E2 = (s − a, 0, s − c) et P = (s − a, s − b, s − c)
b s
(c’est en fait le point de Nagel). Pour déterminer Q, notons que l’homothétie de centre A en-
b
voyant le cercle A-exinscrit vers le cercle inscrit doit envoyer le point D2 vers le point Q, ceci
veut dire que le rayon IQ est parallèle à Ia D2 ID1 , i.e., Q est diamétralement ! opposé à D1
a b s−c c s−b
par rapport au cercle inscrit, ainsi Q = 2I −D1 = , − , − . Il nous reste à montrer
s s a s a
# » # »
que AQ = PD2 . Il suffit de montrer en fait que AQ = PD2 , c’est-à-dire que :
! !
a b s−c c s−b s−a s−b s−b s−c s−c
− 1, − , − = − , − , − .
s s a s a s a s a s

Les premières coordonnées des termes de droite et de gauche sont égales. Pour les deuxièmes
coordonnées, leur égalité découle du fait que 2s = a+b+c. Il en est de même pour les troisièmes
coordonnées.
Une autre méthode consiste à montrer que [AQB] = [PD2 B], en effet cela s’écrit :

1 0 0 s−a s−b s−c


s s s
a b
s s − s−c
a
c
s − s−b
a
= 0 s−b
a
s−c
a
,
0 1 0 0 1 0

s−b c s−a s−c


i.e. − =− · , or ceci découle clairement de la relation a + b + c = 2s.
a s s a

Exercice 17 : (Proposé à l’OIM, 2011)

Soient ABC un triangle avec AB = AC, et D le milieu de [AC]. La bissectrice de BAC[ coupe
le cercle passant par D, B et C au point E à l’intérieur du triangle ABC. La droite (BD)
coupe le cercle passant par A, E et B aux points B et F. Les droites (AF) et (BE) se coupent
en un point I, et les droites (CI) et (BD) se coupent en un point K. Montrer que I est le
centre du cercle inscrit dans le triangle KAB.

Solution. Soit D ′ le milieu de [AB], il est clair que les points B, D ′ , D, E et C sont cocycliques. Par
symétrie, DE = D ′ E, et donc (BE) est une bissectrice de D \ ′ BD, par conséquent E est le centre
du cercle inscrit dans le triangle ABD. Puisque le centre du cercle passant par les points A, E, B
appartient à [DE) alors le symétrique de A par rapport à (ED) appartient au cercle passant par
les points A, E, B, et donc c’est le point F.
52 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

b
A

E
D′ b
D
b b

I b

b K
F
B C
b b

On se propose de montrer, en utilisant les coordonnées barycentriques dans le triangle ABD,


que DK · DB = DA2 . On pose A = (1, 0, 0), B = (0, 1, 0), C = (0, 0, 1) et soit a = BD, b = AD et
c = AB = 2b. Il s’ensuit d’après ce qui précède que F = (0 : b : b − a) et E = (a : b : c), ainsi
I = (a(a − b) : bc : c(a − b)) = (a(a − b) : 2b 2 : 2b(a − b)). Finalement, C = (−1, 0, 2), et si K = (0 : y : z)
alors on a :
0 y z 0 y z
0= −1 0 2 = −1 0 2 ,
a(a − b) 2b 2 2b(a − b) 0 2b 2 2(a2 − b 2 )
!
y b2 b2 b2 b2
d’où = 2 2
, par suite K = 0, 2
, 1 − 2
. Il s’ensuit immédiatement que DK = comme
z a −b a a a
annoncé. Remarquons maintenant que :

DK · DB = DA2 =⇒ △DAK ∼ △DBA =⇒ [ = B.


FAD b

[ = A−
Donc, BAK b B. [ = 1A
b Or, EAD d = 1B
b et FBE € = 1 (A−
b impliquent que BAF b B),
b ce qui permet
2 2 2
de conclure.

Exercice 18

Soient ABC un triangle, et D un point de [BC]. On désigne par I1 et I2 les centres des
cercles inscrits dans les triangles ABD et ADC respectivement. Les droites (BI2 ) et (CI1 ) se
coupent au point K. Montrer que :

K ∈ [AD] ⇐⇒ [
(AD) est la bissectrice de BAC.

Solution. On utilise les coordonnées barycentriques avec ABC comme triangle de référence.
On pose d = AD, p = CD et q = BD. Soit C1 le point d’intersection de [DI2 ) avec (AC), alors
C1 = (p : 0 : d) et D = (0 : p : q). Donc, si I2 = (a : b : t), alors on a :
p 0 d
ad + bq
0 p q =0 =⇒ t= ,
p
a b t
ce qui montre que I2 = (ap : bp : ad + bq).

On obtient de même I1 = (aq : ad + cp : cq). Les b A


droites (BI2 ) et (CI1 ) se coupent au point K =
(apq : p(ad + cp) : q(ad + bq)). Ce point est situé
p p(ad + cp)
sur (AD) si, et seulement si, = ,
q q(ad + bq)
p b
c’est-à-dire cp = bq, i.e. = , ce qui montre I2
q c b
I1
K b

que D est le pied de la bissectrice issue de A. b

b b b C
B
D
1.2. COORDONNÉES BARYCENTRIQUES 53

Exercice 19 : (États-Unis, 2008)

Soit ABC un triangle acutangle et tel qu’aucun côté n’est égal à un autre. On désigne par
M, N et P les milieux respectifs de [BC], [CA] et [AB]. On suppose que les médiatrices de
[AB] et [AC] coupent [AM) aux points D et E respectivement, et que les droites (BD) et
(CE) se coupent au point F à l’intérieur du triangle ABC. Montrer que les points A, N , F et
P sont cocycliques.

Solution.
A b

b
P b N
D
b
b
b

B F E
b
b
b C
M

On utilise les coordonnées barycentriques avec ABC comme triangle de référence. Puisque
D ∈ [AM] alors il est de la forme D = (t : 1 : 1) pour un certain t. D’après l’équation de la
c 2 + b 2 − a2
médiatrice on sait que 0 = b 2 (t − 1) + (a2 − c 2 ), ce qui donne t = , par conséquent
b2
D = (2Sa : c : c ). De même, on a E = (2Sa : b : b ), et il s’ensuit que F = (2Sa : b 2 : c 2 ). La
2 2 2 2

somme des coordonnées de F est : (b 2 + c 2 − a2 ) + b 2 + c 2 = 2b 2 + 2c 2 − a2 . Par suite le symétrique


F ′ de A par rapport à F est F ′ = 2F − A = (−a2 : 2b 2 : 2c 2 ). Il est alors facile de voir que F ′
appartient au cercle passant par les points A, B, C et d’équation −a2 yz − b 2 zx − c 2 xy = 0.

Exercice 20 : (États-Unis, 2011)

Soit ABC un triangle acutangle inscrit dans un cercle (ω). H et O sont respectivement
l’orthocentre et le centre du cercle circonscrit au triangle ABC. On désigne par M et N les
milieux respectifs de [AB] et [AC]. Les demi-droites [MH) et [N H) coupent le cercle (ω)
en P et Q respectivement. Les droites (MN ) et (PQ) se coupent au point R. Montrer que
(OA) et (RA) sont perpendiculaires.

Solution. On utilise les coordonnées barycentriques avec ABC comme triangle de référence.
On commence par calculer les coordonnées de P ′ le second point d’intersection de (MH) avec
(ω).

A
b

b
Q′
P′ N
b
b
b
M
b
R b b
O
b H
Q
b
b
C
B b

Comme P ′ est le symétrique de H = (Sbc , Sca , Sab ) par rapport à M, et que la somme des coor-
données de H est Sab + Sbc + Sca , alors :
 
S + Sbc + Sca Sab + Sbc + Sca
P ′ = 2 ab : : 0 − (Sbc : Sca : Sab ) = (Sab + Sac : Sab + Sbc : −Sab )
2 2
2 2
= (a Sa : b Sb : −Sab ).
54 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

On cherche à déterminer maintenant les coordonnées de P. On pose P = (x′ : y ′ : z′ ) = (x′ :


y ′ : −Sab ) (c’est possible en rééchelonnant ! les coordonnées de sorte que z′ = −Sab ). Puisque
S − Sbc ′
P ∈ (MH), alors 0 = x′ − y ′ + ac z , ce qui donne y ′ = x′ + Sbc − Sac . De plus, on sait que
Sab
a2 y ′ z′ + b 2 z′ x′ + c 2 x′ y ′ = 0, ce qui donne c 2 x′ y ′ = Sab (a2 y ′ + b 2 x′ ), en remplaçant on déduit que :
 
c 2 (x′ (x′ + Sbc − Sac )) = Sab a2 (x′ + Sbc − Sac ) + b 2 x′ .

En réduisant l’expression ci-dessus, on obtient une équation du second degré :


h i
c 2 x′2 + c 2 (Sbc − Sac − (a2 + b 2 )Sab x′ + constante = 0.

En faisant appel aux formules de Viète (relation entre les coefficients et les racines d’une équa-
tion), on voit que le terme x′ qu’on cherche est tout simplement :

a2 + b 2
Sab − Sbc + Sac − a2 Sa .
c2
En écrivant a2 = Sab + Sac l’expression ci-dessus se simplifie en :

a2 + b 2 − c 2 S S S
Sab − Sbc = a 2b c − Sbc .
c2 c
Sa Sb Sc
On a y ′ = − Sac et P = (Sb2 Sc : Sa2 Sc : c 2 Sab ). De même, on obtient Q = (Sb Sc2 : b 2 Sac :
c2
Sa2 Sb ). Il est assez difficile de déterminer l’équation de la droite (PQ), donc cherchons plutôt
la position R. On suppose que la tangente en A coupe la droite (MN ) en R′ , il est facile de
voir que R′ = (b 2 − c 2 : b 2 : −c 2 ). Pour montrer que les points P, Q et R′ sont alignés il suffit de
prouver que :
Sb2 Sc Sa2 Sc c 2 Sa Sb
0 = Sb Sc 2 b Sa Sc Sa2 Sb .
2
2
b −c 2 b2 −c 2
Notons que Sb2 Sc − Sa2 Sc − c 2 Sa Sb = c 2 [Sc (Sb − Sa ) − Sa Sb ]. En soustrayant la deuxième et troi-
sième colonne à partir de la première, le déterminant est égal à :

c2 Sa2 Sc c 2 Sa Sb
(Sbc − Sab − Sac ) · b 2 b 2 Sa Sc Sa2 Sb .
0 b2 −c 2

Pour montrer que c’est égal à zéro, il suffit de vérifier que


   
b 2 c 2 Sa2 Sb − b 2 c 2 Sa Sb = c 2 b 2 Sa2 Sc − b 2 c 2 Sa Sc .

Le terme de gauche se factorise comme suit : Sa Sb b 2 c 2 (Sa − b 2 ) = −Sa Sb Sc b 2 c 2 , et il en est de


même pour le membre de droite, ce qui permet de conclure.

1.3 Coordonnées trilinéaires


Soit ABC un triangle, on note comme d’habitude a = BC, b = CA et c = AB. On sait que si S est
a+b+c
l’aire du triangle, p = le demi-périmètre, R le rayon du cercle circonscrit, et r le rayon du
2
cercle inscrit dans le triangle, alors :

abc S
R= et r= .
4S p
1.3. COORDONNÉES TRILINÉAIRES 55

Définition : Coordonnées trilinéaires

On dit que les nombres réels x, y, z sont les coordonnées trilinéaires du point P , et l’on note
P = x : y : z, s’il existe k = k(a, b, c) , 0 tel que :

x = k · d(P, BC), y = k · d(P, AC), z = k · d(P, AB).

Si k = 1, les coordonnées trilinéaires sont dites exactes.

✍ Les coordonnées trilinéaires d’un point relativement à un triangle donné, notées x : y : z


décrivent les distances algébriques relativement aux côtés (étendus) du triangle. Elles sont
un exemple de coordonnées homogènes.
✍ Pour un triangle ABC, le rapport x : y est le rapport des distances du point aux côtés BC
et AC respectivement ; le rapport y : z est le rapport des distances du point aux côtés AC
et AB respectivement ; enfin, le rapport x : z est le rapport des distances du point aux côtés
BC et AC respectivement.
✍ Les coordonnées trilinéaires indiquent si le point est intérieur au triangle par rapport à
un côté : selon que le point est situé à l’intérieur, sur la droite ou à l’extérieur, la coor-
donnée correspondante sera positive, nulle ou négative. Il est donc impossible d’avoir trois
coordonnées négatives.
✍ La notation x : y : z des coordonnées trilinéaires est plus souple qu’une notation par triplet
(a′ , b ′ , c ′ ), qui n’a de sens que pour les distances exactes ; on peut ainsi écrire x : y : z = 2x :
2y : 2z mais pas (x, y, z) = (2x, 2y, 2z).
✍ Les coordonnées trilinéaires sont un système de coordonnées homogènes introduit en 1835
par le mathématicien et physicien allemand Julius Plücker (1801-1868).
✍ Les coordonnées barycentriques sont définies dans un cadre affine. Les coordonnées tri-
linéaires exigent une structure euclidienne. Les relations entre les deux systèmes sont
simples :
ax by cz
X= , Y = , Z = .
2S 2S 2S
où (x, y, z) sont les coordonnées trilinéaires, (X, Y , Z) sont les coordonnées barycentriques,
(a, b, c) sont les longueurs des côtés du triangle ABC et S l’aire du triangle ABC. 
On donne ci-dessus les coordonnées trilinéaires de quelques points remarquables.
❏ Les coordonnées trilinéaires exactes des sommets du triangle sont données par :

2S 2S 2S
A= : 0 : 0, B=0: : 0, C =[Link] .
a b c
❏ Les coordonnées trilinéaires exactes du symétrique du point A par rapport au point B sont
données par :
2S 4S
− : : 0.
a b
❏ Si M = u : v : w et N = u ′ : v ′ : w′ sont des coordonnées trilinéaires exactes, alors les
QM
coordonnées trilinéaires exactes du point Q ∈ [MN ] tel que = q sont données par :
QN

M + qN u + qu ′ v + qv ′ w + qw′
Q= = : : .
1+q 1+q 1+q 1+q

QB
Par exemple, les coordonnées trilinéaires exactes du point Q ∈ [BC] tel que = q sont
QC

2S 2Sq
0: : . (1)
b(1 + q) c(1 + q)

❏ Les coordonnées trilinéaires du centre I du centre inscrit sont I = r : r : r = 1 : 1 : 1.


56 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

❏ Soit O le centre du cercle circonscrit au triangle ABC, alors en appliquant le théorème de


Pythagore on a :
a2
d 2 (O, BC) = R2 − = R2 − R2 sin2 A = R2 cos2 A.
4
Donc, les coordonnées trilinéaires de O sont :
O = R cos A : R cos B : R cos C = cos A : cos B : cos C.
[
[ = ACB,
❏ Soient H l’orthocentre de ABC, et D le pied de la hauteur issue de A, alors BHD
d’où
BD c cosB 2R sin C cos B
d(H, BC) = = = = 2R cos B cos C,
tan C tan C tan C
d’où les coordonnées trilinéaires de H sont
H = 2R cos B cos C : 2R cos C cos A : 2R cos A cos B = cos B cos C : cos A cos C : cos A cos B
1 1 1
= : : .
cos A cos B cos C
x y z
❏ Par définition, si P = x : y : z = : : , alors pour trouver les coordonnées trilinéaires
k k k
x y z
exactes de P, il faut trouver k vérifiant la relation : A · + b · + c · = 2S, d’où k =
k k k
ax + by + cz
, par suite :
2S
2Sx 2Sy 2Sz
P = : : . (2)
ax + by + cz ax + by + cz ax + by + cz

Proposition 8 : Céviennes

Si P = x : y : z est le point de concours des céviennes (AAP ), (BBP ) et (CCP ), alors :

AP = 0 : y : z, BP = x : 0 : z, CP = x : y : 0.

(les coordonnées ne sont pas nécessairement exactes).

❏ Comme I = 1 : 1 : 1, alors les pieds des bissectrices ont pour coordonnées


Al = 0 : 1 : 1, Bl = 1 : 0 : 1, Cl : 1 : 1 : 0.
❏ Comme O = cos A : cos B : cos C, alors
AO = 0 : cos B : cos C, BO = cos A : 0 : cos C, CO = cos A : cos B : 0.
❏ Le centre de gravité G est le point d’intersection des médianes, donc par (1) avec q = 1 on
déduit que :
S S 1 1 1 1 1 1
AG = 0 : : =0: : , BG = :0: , CG = : : 0.
b c b c a c a b
D’après le théorème de Céva, on a :
1 1 1
G= : : .
a b c
❏ Le point de Lemoine L est le point d’intersection des symédianes (symétriques des mé-
c2
dianes par rapport aux bissectrices). Donc, par (1) avec q = 2 on déduit que
b
2Sb 2Sc
AL = 0 : : = 0 : b : c,
b2 + c2 b2 + c2
et donc :
L = a : b : c.
1.3. COORDONNÉES TRILINÉAIRES 57

❏ Le point de Gergonne Γ est le point d’intersection des trois céviennes qui aboutissent aux
p−b
points de contact des côtés du triangle avec le cercle inscrit. Donc, par (1) avec q =
p−c
on déduit que
2S(p − c) 2S(p − b) 1 1
AΓ = 0 : : = 0: : ,
ab ac b(p − b) c(p − c)
et donc :
1 1 1
Γ= : : .
a(p − a) b(p − b) c(p − c)
❏ Le point de Nagel N : nous nommons CA le cercle exinscrit touchant le côté [CB], CB
le cercle exinscrit touchant le côté [AC] et CC le cercle exinscrit touchant le côté [AB].
Notons UA le point de contact de CA avec [CB], UB le point de contact de CB avec [AC]
et UC le point de contact de CC avec [AB]. Alors les droites (AUA ), (BUB ) et (CUC ) sont
concourantes : leur point d’intersection Na s’appelle le point de Nagel du triangle. On
appelle le triangle UA UB UC le triangle de Nagel du triangle ABC. Donc, par (1) avec q =
p−c
on déduit que
p−b
2S(p − b) 2S(p − c) p−b p−c
AN = 0 : : = 0: : ,
ab ac b c
et donc
p−a p−b p−c
N = : : .
a b c
Exemple 61

Soient D, E, F les points de contact du cercle inscrit avec les côtés du triangle ABC , et Γ le
point de Gergonne. Montrer que :

ΓD ΓE ΓF r
· · = .
ΓA ΓB ΓC 4R

k k k
Les coordonnées trilinéaires exactes de Γ sont : : , on a :
a(p − a) b(p − b) c(p − c)
2S
k=
1/(p − a) + 1/(p − b) + 1/(p − c)
2S(p − c) 2S(p − b) 2S D + kA
et D = 0 : : ;A: : 0 : 0. De la condition Γ = on obtient
ab ac a 1+k
ΓD (p − b)(p − c)
= ,
ΓA a(p − a)
et ainsi :
ΓD ΓE ΓF (p − a)(p − b)(p − c) S 2 /p r
· · = = = .
ΓA ΓB ΓC abc 4RS 4R
Exemple 62

Soient AD, BE et CF des céviennes concourantes au point P . Montrer que


PD PE PF
+ + = 1.
AD BE CF

b
A

F b
P b E
b

b b b

B D C
58 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

D + kA
P = x : y : z, D = 0 : y : z. On doit trouver, avec l’aide de la relation (2), k tel que P = , on
1+k
obtient :
PD k ax
= = .
AD k+1 ax + by + cz
Par conséquent :

PD PE PF ax by cz
+ + = + + = 1.
AD BE CF ax + by + cz ax + by + cz ax + by + cz

Proposition 9 : Colinéarité

Les points M = x : y : z, N = x′ : y ′ : z′ et P = x′′ : y ′′ : z′′ sont alignés (les coordonnées ne


sont pas nécessairement exactes) si, et seulement si :

x y z
x′ y′ z′ = 0.
x′′ y ′′ z′′

Exemple 63 : Droite de Newton-Gauss

Dans le triangle ABC on considère les points M ∈ [BC], N ∈ [AC] et {P} = (AM) ∩ (BN ).
Montrer que les milieux respectifs des segments [AB], [MN ] et [CP] sont alignés.

b
A

b
N
P b b
B b b b C
b

MB NC DA 1
Notons = m, = n, {D} = (CP) ∩ (AB), alors d’après le théorème de Céva = . D’où
MC NA DB mn
B + mC 2S 2Sm 1 m
M = = 0: : = 0: : .
1+m b(1 + m) c(1 + m) b c

C + nA 2Sn 2S mn m mn 1 mn 1 m
De même, N = = :0: = : 0 : ,D = : : 0, donc P = : : .
1+n a(1 + n) c(1 + n) a c a b a b c
Par (2), les coordonnées trilinéaires exactes de P :

2Smn 2S 2Sm
P = : : .
a(mn + m + 1) b(mn + m + 1) c(mn + m + 1)

Le milieu A′ de [AB] a pour coordonnées

A+B S S 1 1
A′ = = : : 0 = : : 0.
2 a b a b
Le milieu B′ de [MN ] a pour coordonnées
 
M +N Sn S S m 1 mn + n 1 + n mn + 2m + 1
B′ = = : : + = : : .
2 a(1 + n) b(1 + m) c 1 + m n + 1 a b c

Le milieu C ′ de [CP] a pour coordonnées


 
P +C Smn S S m 1 mn 1 mn + 2m + 1
C′ = = : : + = : : .
2 a(mn + m + 1) b(mn + m + 1) c 1 + m n + 1 a b c
1.3. COORDONNÉES TRILINÉAIRES 59

Les points A′ , B′ et C ′ sont alignés car :


1 1 0
mn + 2m + 1
· mn + n 1+n 1 = 0.
abc mn 1 1
S S
B′ A′ A′ + kC ′ S b + k b(mn+m+1)
De plus, si l’on note ′ ′ = k, alors B′ = , il résulte que = , et
BC 1+k b(1 + m) 1+k
mn + m + 1
donc k = .
n
Exemple 64

\ = ACB
Dans le triangle ABC , les points M ∈ [AB] et N ∈ [AC] sont tels que AMN [ . Soit A′
le symétrique de A par rapport à B ; P et Q sont les milieux respectifs des segments [MN ]
et [A′ C]. Montrer que :

A, P et Q sont alignés ⇐⇒ AC = 2 · AB.

\ = ACB
La relation AMN [ veut dire tout simplement que les points M, B, C et N sont cocy-
cliques. On donne trois démonstrations différentes.

A b

b
N
b
b
P
M
b
b
b
C′ B C

b
Q

A′ b

1ère méthode : on utilise les coordonnées trilinéaires, on a :


2S 1 2S 4S 2S
A= : 0 : 0 = : 0 : 0; A′ = − : : 0; C =[Link]
a a a b c
et donc
A′ + C S 2S S 1 2 1
Q= =− : : =− : : .
2 a b c a b c
Comme MN est antiparallèle à BC, le lieu géométrique des milieux de l’antiparallèle est la symé-
diane (AQ est la A-symédiane de ABC), et la distance de n’importe quel point de la symédiane
aux côtés adjacents est proportionnelle à ces côtés, donc P = x : kb : kc. Par conséquent :
1
0 0 2 1
a
1 2 1 k k(2c 2 − b 2 ) √
A, P, Q alignés ⇐⇒ −a b c
= 0 ⇐⇒ b c = 0 ⇐⇒ = 0 ⇐⇒ b = 2 · c.
a b c abc
x kb kc
2ème méthode : On prend un repère affine normé d’origine A dont les vecteurs de base, pas for-
cément orthogonaux, portés respectivement par AB et AC, ont la même norme. On a A(0, 0),
B(b, 0), C(0, c), M(m, 0), N (0, n), A′ (2b, 0), P(m/2, n/2), Q(b, c/2). Les triangles ABC et AN M sont
semblables, donc
mb = nc. (1)
n c
Les coefficients directeurs des droites (AP) et (AQ) sont respectivement et . La relation (1)
m 2b
n b
entraîne que = . Les coefficients directeurs des droites (AP) et (AQ) sont donc égaux si, et
m c
seulement si
b c √
= ⇐⇒ c2 = 2 · b2 ⇐⇒ c = 2 · b.
c 2b
60 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

3ème méthode : Si C ′ est le symétrique de C par rapport à B, on a (C ′ A) (CA′ ) ; en outre, (MN )


est parallèle à la tangente en A au cercle (Γ) circonscrit à ABC puisque (MN , AB) = (CA, CB). Ainsi

A, P, Q alignés ⇐⇒ (MN ) (CA′ ) ⇐⇒ (C ′ A) est tangente à (Γ)


1
⇐⇒ C ′ A2 = C ′ B · C ′ C ⇐⇒ C ′ A2 = C ′ C 2 .
2
1
Or B est le milieu de [C ′ C], donc d’après le théorème de la médiane, C ′ A2 − C ′ C 2 = 2AB2 − AC 2 .
2
Le résultat en découle clairement.
Exemple 65

Soit ABC un triangle. E ∈ (BC) et D ∈ (AC) sont les pieds des bissectrices internes des
angles Ab et B
b respectivement. On note par F ∈ (AB) le pied de la bissectrice externe de
b. Montrer que les points D, E et F sont alignés.
l’angle C

A b

D
b b
b

B E C

Les coordonnées de F sont 0 : 1 : −1, et les deux autres points ont pour coordonnées 1 : 1 : 0 et
1 : 0 : 1. Il est facile de voir que :
1 0 1
1 1 0 = 0,
0 1 −1
ce qui permet de conclure.
Exemple 66 : Droite d’Euler

Montrer que les points remarquables O, G et H sont alignés, et que HG = 2 · GO .

H + 2O 2S 2R cos B cos C + 2R cos A


On montre que G = , i.e. = . Comme
3 3a 3
bc S
cos B cos C + cosA cos B cos C − cos(B + C) = sin B sin C = 2
= ,
4R aR
le résultat en découle clairement.
Exemple 67 : Droite de Nagel

Montrer que les points remarquables N , G et I sont alignés, et que N G = 2 · GI .

2r(p − a) 2r(p − b) 2r(p − c)


Les coordonnées trilinéaires exactes du point N sont N = : : .
a b c
N + 2I
On montre que G = , i.e.
3
2r(p−a)
2S a + 2r
= .
3a 3
Cette identité est facile à vérifier, ce qui permet de conclure.
1.4. EXERCICES 61

1.4 Exercices
Exercice 21

Montrer que le triangle ABC est isocèle si, et seulement si :


 
[ABC] a 2
+ = 1.
aR b+c

Solution. On a par équivalence :


 
[ABC] a 2 [ABC] 4s(s − a) [ABC] 4bc cos2 A2
+ = 1 ⇐⇒ = ⇐⇒ =
aR b+c aR (b + c)2 aR (b + c)2
[ABC] 16R[ABC] cos2 A2 A
⇐⇒ = ⇐⇒ 4R cos = b + c
R (b + c)2 2
A B−C b
b = C.
⇐⇒ 2 cos = sin B + sin C ⇐⇒ cos = 1 ⇐⇒ B
2 2

Exercice 22

Soient ABC un triangle non isocèle, et D ∈ (BC) le pied de la hauteur issue de A. On désigne
par r1 et r2 les rayons des cercles inscrits dans les triangles ABD et ACD respectivement.
Montrer que :
r1 c
AD 2 = DB · DC ⇐⇒ = .
r2 b

Solution. Remarquons que D < {B, C} (r1 = 0 ou r2 = 0 est absurde), et ha = c sin B = b sin C.
On distingue trois cas.
⋄ Cas 1 : D ∈ [BC]
Dans ce cas DB = c cosB, DC = b cos C et
[ADB] DB r (c + AD + BD) DB r (c + c sin B + c cosB) c cosB
= ⇐⇒ 1 = ⇐⇒ 1 =
[ADC] DC r2 (b + AD + CD) DC r2 (b + b sin C + b cos C) b cos C
r cos B (1 + sin C + cos C)
⇐⇒ 1 = .
r2 cos C (1 + sin B + cosB)
Par conséquent :
r1 c c cos C 1 + sin C + cos C sin(2C) 1 + sin C + cos C
= ⇐⇒ · = ⇐⇒ =
r2 b b cos B 1 + sin B + cos B sin(2B) 1 + sin B + cos B
(sin C + cos C)2 − 1 1 + sin C + cos C sin C + cosC − 1
⇐⇒ 2
= ⇐⇒ =1
(sin B + cos B) − 1 1 + sin B + cosB sin B + cosB − 1
√ √
⇐⇒ sin B + cos B = sin C + cos C ⇐⇒ 2 sin (B + 45◦ ) = 2 sin (C + 45◦ )
⇐⇒ sin (B + 45◦ ) = sin (C + 45◦ ) ⇐⇒ B b= Cb ou B
b+ Cb + 90◦ = 180◦
b= C
⇐⇒ B b ou A b = 90◦ (si B b ⇐⇒ A
b , C) b = 90◦ ⇐⇒ AD 2 = DB · DC.
⋄ Cas 2 : B ∈ [DC]
Dans ce cas DB = −c cosB, DC = b cos C et
r1 c b = 90◦ ,
= ⇐⇒ sin C + cos C = sin B − cosB ⇐⇒ sin(C + 45◦ ) = sin(B − 45◦ ) ⇐⇒ B
b− C
r2 b
d’où les triangles ADB et CDA sont semblables, c’est équivalent à AD 2 = DB · DC.
⋄ Cas 3 : C ∈ [BD]
r c
Dans ce cas on a de même 1 = ⇐⇒ C b− B
b = 90◦ , c’est équivalent au fait que les triangles
r2 b
ADC et BDA sont semblables, donc AD 2 = DB · DC.
62 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exercice 23

Soient ABCD un parallélogramme, M ∈ [AB], N ∈ [BC], P ∈ [CD] et Q ∈ [DA] tels que :

MA = α · MB, N B = β · N C, PC = γ · PD, QD = δ · QA.

Montrer que :
" #
1 (1 − αγ)(1 − βδ)
[MN PQ] = · 1+ · [ABCD].
2 (1 + α)(1 + β)(1 + γ)(1 + δ)

1
Solution. Comme [ABD] = [BCD] = [ABC] = [DAC] = [ABCD] et [MN PQ] = [ABCD] −
2
[AMQ] − [BN M] − [CPN ] − [DQP], alors il résulte que :

[MN PQ] 1 AM AQ 1 BN BM 1 CP CN 1 DQ DP
= 1− · · − · · − · · − · ·
[ABCD] 2 AB AD 2 BC BA 2 CA AB 2 DA DC
1 + αβγδ − αγ − βδ + (1 + α)(1 + β)(1 + γ)(1 + δ)
=
2(α + 1)(β + 1)(γ + 1)(δ + 1)
" #
1 (1 − αγ)(1 − βδ)
= 1+ .
2 (1 + α)(1 + β)(1 + γ)(1 + δ)

Exercice 24

Soient ABC un triangle, et M le milieu de [BC].


1 Montrer qu’on a équivalence entre :
a (OI) ⊥ (AM)
b 2bc = a(b + c)
A
c la = a cos .
2
2 Montrer que : (OH) ⊥ (AM) ⇐⇒ 2a2 = b 2 + c 2 .

Solution.
➀ On a : (IO)⊥(AM) ⇐⇒ AI 2 − AO 2 = MI 2 − MO 2 ⇐⇒ 4(AI 2 − R2 ) = 4 MI 2 − 4 MO 2 ⇐⇒
b+c
4 AI 2 − 4R2 = 2(IB2 + IC 2 ) − a2 − (4R2 − a2 ) ⇐⇒ 2 AI 2 = IB2 + IC 2 . Or, IA = l et
2s a
2 p bc(s − a)
la = · bcs(s − a), donc IA2 = . Par conséquent :
b+c s
(IO) ⊥ (AM) ⇐⇒ 2bc(s − a) = ac(s − b) + ab(s − c) ⇐⇒ 2bc = a(b + c).

Par exemple, on peut prendre a = 1, b = 3/4 et c = 3/2.


Dans ce cas, b(c − a) = c(a − b) implique (a − b)(a − c) ≤ 0, c’est-à-dire a est entre b et c.
➁ On sait que G ∈ (OH) (droite d’Euler), donc (OH)⊥(AM) ⇐⇒ (OG)⊥(AM) ⇐⇒ OA2 −
a2 1
OM 2 = GA2 − GM 2 ⇐⇒ = ma · ma ⇐⇒ 3a2 = 2(b 2 + c 2 ) − a2 ⇐⇒ 2a2 = b 2 + c 2 .
4 3

Exercice 25 : Pierre de Fermat (1601-1665)



Soient ABCD un rectangle tel que AB = 2·BC, et M un point appartenant au demi-cercle
de diamètre [AB] situé sur le même demi-plan définit par (AB) et (CD). Soient F le point
d’intersection de (DM) avec (AB), et G le point d’intersection de (CM) avec (AB).
Montrer que AG 2 + BF 2 = AB2 .
1.4. EXERCICES 63

Solution. On suppose, sans perte de généralité, que AB = 2 et BC = 1. Soit N le projeté
1
orthogonal de M sur (AB), et posons N A = x, N B = y, alors FA = kx, GB = ky avec k = √
1 − xy

et x + y = 2. D’où
√ √ √
AG 2 + BF 2 = ( 2 − GB)2 + (FA − 2)2 = 4 + FA2 + GB2 − 2 2 (GB + FA)

= 4 + k 2 (x2 + y 2 ) − 2 2 k(x + y) = 4 + k 2 (x2 + y 2 ) − 4k.

Or x2 + y 2 = (x + y)2 − 2xy = 2(1 − xy), donc

1 − xy 4
AG 2 + BF 2 = 4 + 2k 2 (1 − xy) − 4k = 4 + 2 ·
√ 2− √
(1 − xy) 1 − xy
√ √ √ √
1 + xy 4 4 − 4 xy + 2 + 2 xy − 4 2 − 2 xy
= 4+2· √ − √ = √ = √ = 2.
1 − xy 1 − xy 1 − xy 1 − xy

généralisation : Soit ABCD un rectangle avec AB = a et BC = b. Soit M un point appartenant


au demi-cercle de diamètre [AB] tel que la droite (AB) ne sépare pas les points M et C. Si
AM = x et MB = y, alors :
!2
  xy
AG 2 + BF 2 = AB2 + a2 − 2b 2 · .
xy + ab

Exercice 26
Soit ABC un triangle. Montrer que :
b b
1 Ab = 60◦ ⇐⇒ 2R · sin |B − C| = OI.
4
b b
b = 2 arcsin(λ) ⇐⇒ OI 2 = (2λ − 1)2 R2 + 8λR2 · sin2 |B − C| avec
2 généralisation : A
4
0 < λ < 1.

Solution.
r 1 1 r
➀ Puisque cos A + cos B + cos C = 1 + et cos 60◦ = , alors cos B + cos C = + ⇐⇒
R 2 2 R
B−C 1 r B−C 1 r B−C 1 R − 2r
cos = + ⇐⇒ 1 − cos = + ⇐⇒ 2 sin2 = + ⇐⇒
2 2 R 2 2 R 4 2 2R
B−C |B − C|
4R2 sin2 = R2 − 2Rr ⇐⇒ OI = 2R · sin car OI 2 = R2 − 2Rr. En particulier :
4 4
⋄ OI = b ⇐⇒ B b = 20◦ .
⋄ OI = BH ⇐⇒ B b = 80◦ .
⋄ OI = 2DF ⇐⇒ B b = 12◦ avec D et F les projetés orthogonaux respectifs de A et F sur la
droite (AB).
A r
➁ On a sin = λ ⇐⇒ cos A = 1 − 2λ2 . De la relation cos A + cos B + cos C = 1 + on déduit
2 R
que Ab = 2 arcsin λ ⇐⇒ −2λ2 + cos B + cos C = r ⇐⇒ 2λ cos B − C = 2λ2 + r ⇐⇒
   R  2 R
2 B−C 2 r 2 2 B−C 2 2
2λ 1 − 2 sin = 2λ + ⇐⇒ 4λR 1 − 2 sin = 4λ R + 2Rr.
4 R 4
B−C
Comme OI 2 = R2 − 2Rr il résulte que OI 2 = R2 + 4λ2 R2 − 4λR2 + 8λR2 sin2 , donc :
4
B−C
OI 2 = (1 − 2λ)2 R2 + 8λR2 · sin2 .
4
64 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exercice 27

Soient ABC un triangle, et M, N deux points de [AB] et [AC] respectivement. On suppose


que la droite (MN ) coupe le triangle ABC en deux régions, AMN et MN CB, qui ont le
même périmètre et la même aire.
Montrer que le centre I du cercle inscrit appartient à (MN ).

Solution. On a : 2 [ABC] = bc sin A et 2 [AMN ] = βγ sin A. Donc

[ABC] = [MBCN ] ⇐⇒ [ABC] = 2 [AMN ] ⇐⇒ bc = 2βγ. (1)

L’égalité des périmètres s’écrit :

β + γ + MN = a + b + c − β − γ + MN c’est-à-dire 2(β + γ) = a + b + c. (2)

A
b

β
γ

I b
N
M b
b
c−γ b−β
b
b
B a
C


Le centre I du cercle inscrit est le barycentre de A, B, C affectés de a, b,c, d’où : (a + b + c)AI =
#» # » #» # » b c
b AB + c AC. Dans le repère (A, AB, AC), les coordonnées de I sont donc a+b+c , a+b+c , alors que
x y
l’équation de la droite (MN ) est donnée par + = 1, c’est-à-dire cβx + bγy = βγ. Pour
γ/c β/b
montrer que I ∈ (MN ) il faut vérifier que :

cβb bγc
+ = βγ.
a+b+c a+b+c
C’est équivalent à bc(β + γ) = βγ(a + b + c). Cette dernière identité est vraie grâce à (1) et (2).

Exercice 28

Soit ABC un triangle. On considère la droite (d1 ) déterminée par les pieds des hauteurs
issues de B et de C ; la droite (d2 ) déterminée par les pieds des bissectrices intérieures en
B et C ; et la droite (d3 ) déterminée par les points de contact du cercle inscrit avec les côtés
[AB] et [AC].
Montrer que les droites (d1 ), (d2 ) et (d3 ) sont concourantes ou parallèles.

Solution.
b
A

H′
b
b
M′
b
P′
P b
b
b
M
O
b
H
b b b

B J C
#» #» #» #» # » #»
On considère le repère normé non orthogonal (A, i , j ) avec AB = c i et AC = b j .
x y
⋄ La droite (HH ′ ) des pieds des hauteurs admet pour équation + − 1 = 0.
AH AH ′
1.4. EXERCICES 65

Or, on a AH = b cos A, AH ′ = c cos A, par suite l’équation devient :

cx + by − bc cosA = 0. (1)
x y
⋄ La droite (PP ′ ) des pieds des bissectrices admet pour équation + − 1 = 0. Or, on a
AP AP ′
PA b bc bc
= et PA+PB = c, d’où PA = et de même P ′ A = , l’équation de la droite devient :
PB a a+b a+c
(a + b)x + (a + c)y − bc = 0. (2)
x y
⋄ La droite (MM ′ ) des points de contact du cercle inscrit admet pour équation + −1 =

AM AM ′
0. Or, on a AM = AM (longueurs égales de deux tangentes à un cercle), et pour la même raison
BM = BJ et CJ = CM ′ . D’où, 2s = 2AM + 2BJ + 2CJ, s = AI + BC, donc AM = s − a.
L’équation de (MM ′ ) devient :
x + y + a − s = 0. (3)
Pour montrer que les trois droites sont concourantes ou parallèles, il suffit de prouver que le
déterminant formé des coefficients des trois équations (1),(2) et (3) est nul. Pour développer ce
déterminant on fait les opérations suivantes : on soustrait la deuxième colonne à la première,
on met c − b en facteur, on ajoute la première ligne à la deuxième, et on développe selon la
première colonne pour obtenir un déterminant de taille 2 × 2 :

c b −bc cos A c−b b −bc cosA 1 b −bc cos A


a+b a+c −bc = b−c a+c −bc = (c − b) −1 a + c −bc
1 1 a−s 0 1 a−s 0 1 a−s
1 b −bc cosA
2s −bc(1 + cosA)
= (c − b) 0 2s −bc(1 + cosA) = (c − b)
1 a−s
0 1 a−s
= (c − b) [2s(a − s) + bc(1 + cosA)]
" #
(a + b + c)(a − b − c)
= (c − b) + bc + bc cosA
2
a2 − b 2 − c 2 + 2bc cosA
= (c − b) · = (c − b) · 0 = 0.
2

Exercice 29 : Théorème de Desargues (démonstration analytique)

Soient ABC et A′ B′ C ′ deux triangles aux sommets disjoints et aux côtés correspondants
deux à deux parallèles : (AB) (A′ B′ ), (BC) (B′ C ′ ) et (CA) (C ′ A′ ).
Montrer que les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) sont concourantes ou parallèles.

Solution.
C b b
b
C′ C′
b b

C b
A A′

Ab A′
b

b
b b
B B′
b B B′

#» # »
Dans le repère (A, AB, AC) les points sont A(0, 0), B(1, 0) et C(0, 1). Les droites (AC), (AB) et (BC)
ont pour équations respectives : x = 0, y = 0 et x + y − 1 = 0. Les droites (A′ C ′ ), (A′ B′ ) et (B′ C ′ )
qui leur sont parallèles ont pour équations respectives : x + p = 0, y + q = 0 et x + y + r = 0 où
p, q, r sont des nombres réels tels que p , 0, q , 0 et r , −1. Calculons à présent les coordonnées
des points A′ , B′ et C ′ . On a {A′ } = (A′ C ′ ) ∩ (A′ B′ ), {B′ } = (B′ C ′ ) ∩ (A′ B′ ) et {C ′ } = (A′ C ′ ) ∩ (B′ C ′ ),
66 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

d’où :
A′ (−p, −q), B′ (q − r, −q), C ′ (−p, p − r).
On détermine maintenant les équations des droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) :

(AA′ ) : qx − py = 0, (BB′ ) : −qx − (q − r − 1)y + q = 0, (CC ′ ) : (p − r − 1)x + py − p = 0.

Ces droites sont parallèles ou concourantes si, et seulement si, le déterminant des coefficients
de leurs équations est nul. Pour calculer ce déterminant, on ajoute la première ligne aux deux
autres pour faire apparaître des zéros, ensuite on calcule tout simplement :

q −p 0 q −p 0
−q −q + r + 1 q = 0 −p − q + r + 1 q
p−r −1 p −p p+q−r −1 0 −p
= q · (−p − q + r + 1) · (−p) + (−p) · q · (p + q − r − 1) = 0.

Exercice 30

Soit ABC un triangle. On désigne par M et N les milieux respectifs de [BC] et [CA]. Déter-
bB
miner les angles A, b pour que l’orthocentre du triangle ABC coïncide avec le centre
b et C
de gravité du triangle AMN .

# » # » # » #»
Solution. Soit G1 le centre de gravité du triangle AMN , alors G1 A + G1 M + G1 N = 0 .
Par équivalence on a donc :

# » 1 # » # » 1 # » # » #» # » # » # » #»
G1 A + (G1 B + G1 C) + (G1 C + G1 A) = 0 ⇐⇒ 3 G1 A + G1 B + 2 G1 C = 0
2 2
# » # » # » # » # » # » #» # » # » # » # » #»
⇐⇒ 3(G1 H + HA) + G1 H + HB + 2(G1 H + HC) = 0 ⇐⇒ 6 G1 H + 3 HA + HB + 2 HC = 0 .
# » # » # » #» # » # » #» #» # »
Par suite H = G1 ⇐⇒ 3 HA + HB + 2 HC = 0 ⇐⇒ 3 HA + 3 HP = 0 avec P ∈ BC et PB + 2 PC =
#» # » # » #»
0 ⇐⇒ HA + HP = 0 , c’est-à-dire H est le milieu de [AP], ceci veut dire que ABC est un
triangle acutangle et (AP) ⊥ (BC), d’où H est le milieu de la hauteur issue de A, et le projeté
orthogonal P de A sur (BC) vérifie la propriété BP = 2 PC. Par conséquent :

9h2a + 4a2 = 9c 2 ⇐⇒ 9c 2 sin2 B + 4a2 = 9c 2 ⇐⇒ 2a = 3c cos B ⇐⇒ 4a2 = 3(a2 + c 2 − b 2 )


⇐⇒ a2 + 3b 2 = 3c 2 ⇐⇒ 2 tan B = tan C.

Des relations
3 1 2 # » # » # » #»
= = ; 3 HA + HB + 2 HC = 0 ,
cotanB cotan C cotan C cotan A cotan A cotanB
et comme les coordonnées barycentriques de H sont (cotan B cotan C, cotanC cotan A,
tan A tan B tan C
cotanA cotan B), il résulte que = = . Or, tan A + tan B + tan C = tan A · tan B ·
3 1 2
tan C, par suite tan A = 3, tan B = 1 et tan C = 2.
En conclusion, A b = arctan3, B b = arctan 2.
b = 45◦ , C

Exercice 31

Dans le système de coordonnées xOy on considère les droites (d1 ), (d2 ), (d3 ) et (d4 ) d’équa-
tions respectives :

2x − y − 2 = 0, x + y − 4 = 0, y − 2 = 0, x − 4y + 3 = 0.

Déterminer les triangles qui admettent (d1 ), (d2 ), (d3 ) comme médianes, et (d4 ) comme hau-
teur.
1.4. EXERCICES 67

Solution. Soit ABC un triangle répondant aux questions. On suppose que A ∈ (d1 ), B ∈ (d2 ) et
C ∈ (d3 ), alors A(a, 2a − 2), B(b, 4 − b) et C(c, 2). On désigne par D, E et F les milieux respectifs
de [BC], [CA] et [AB], alors :
!   !
b+c 6−b a+c a + b 2a − b + 2
D , , E ,a , F , .
2 2 2 2 2

Comme D ∈ [BC], E ∈ [CA] et F ∈ [AB], alors :

b a+c 2a − b + 2
b+c−3+ − 2 = 0, + a − 4 = 0, = 2.
2 2 2
Par conséquent, en résolvant le système d’équations, on obtient a = λ, b = 2λ − 2 et c = 8 − 3λ
avec λ ∈ R réel arbitraire. Ainsi, A(λ, 2λ − 2), B(2λ − 2, 6 − 2λ) et C(8 − 3λ, 2) avec λ ∈ R. Donc, il
existe une infinité de triangles admettant (d1 ), (d2 ) et (d3 ) comme médianes. On a (d4 ) ⊥ (AB),
donc C ∈ (d4 ), par suite (8 − 3λ) − 4 · 2 + 3 = 0. En conclusion, λ = 1 et A(1, 0), B(0, 4) et C(5, 2).

Exercice 32

Soient ABCD un carré, E le milieu de [AB], M ∈ [CD] et N ∈ [AD] tels que (BM) (EN ).
Montrer que (MN ) est tangente au cercle C(S, r) inscrit dans le carré.

Solution.
M
b b b
D C

b
N

A B
b b b

On choisit un système de coordonnées tel que A(0, 0), B(2, 0), C(2, 2), D(0, 2), E(1, 0), M(m, 2)
2
avec 0 < m < 1. Puisque le coefficient directeur de (BM) est , alors l’équation de (EN )
  m −2
−2
est : 2x − (m − 2)y − 2 = 0 et N 0, . L’équation de (MN ) est : 2(m − 1)x − m(m − 2)y − 2m = 0,
m−2
et la distance d du centre S(1, 1) à (MN ) est égale à :

|2m − 2 − m2 + 2m − 2m| m2 − 2m + 2 m2 − 2m + 2
d = p = p = 2 = 1.
(2m − 2)2 + (m2 − 2m) (m2 − 2m)2 + 4(2m − 2) + 4 m − 2m + 2

Exercice 33
1
Soient ABCD un carré, et B ∈ [AE] avec BE = AB.
3
Montrer que (DE) est tangente au cercle de diamètre [AB].

Solution. On choisit un système de coordonnées tel que A(0, 0), B(3, 0), C(3, 3), D(0, 3) et E(4, 0).
On remarque que DE = 5 et que le centre O du cercle de diamètre [AB] a pour coordonnées
x y
(3/2, 0). L’équation de la droite (DE) est : + = 1, d’où 3x + 4y − 12 = 0. La distance d de O à
4 3
(DE) est égale à :
|3 · 32 − 12| 3
d = = ,
5 2
c’est exactement le rayon du cercle de diamètre [AB].
68 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

b b

D C

A O B E
b b b b

Exercice 34

Soient G1 , G2 et G3 les centres de gravité des triangles BLC, ALC et ALB respectivement où
L est le point de Lemoine d’un triangle ABC. Montrer que :
# » # » # » #»
AG1 + BG2 + CG3 = 0 ⇐⇒ ABC est un triangle équilatéral.

# » # » # » # » # » #» # » # » # » # » # » # » # »
Solution. AG1 + BG2 + CG3 = AG + GG1 + BG + GG2 + CG + GG3 = GG1 + GG2 + GG3 , car AG +
# » # » #»
BG + CG = 0 . Par suite
# » # » # » #» # » # » # » #»
AG1 + BG2 + CG3 = 0 ⇐⇒ GG1 + GG2 + GG3 = 0
1 # » #» # » #»
⇐⇒ · (AL + BL + CL) = 0
3
1 # » #»
⇐⇒ GL = 0 ⇐⇒ G = L ⇐⇒ ABC triangle équilatéral
3
#» # » #» # » #» # »
où on a utilisé AL = 3 GG1 , BL = 3 GG2 et CL = 3 GG3 .

Exercice 35

Soit ABCDE un pentagone inscriptible. On désigne par H1 , H2 , H3 , H4 et H5 les ortho-


centres des triangles ABC, BCD, CDE, DEA et EAB respectivement. Soient M1 , M2 , M3 , M4
et M5 les milieux respectifs de [DE], [EA], [AB], [BC] et [CD].
Montrer que les droites (H1 M1 ), (H2 M2 ), (H3 M3 ), (H4 M4 ) et (H5 M5 ) sont concourantes.

Solution. On se place dans le système de coordonnées xOy où O est le centre du cercle cir-
conscrit au pentagone ABCDE. On sait que si G (respectivement H) est le centre de gravité
# » # »
(respectivement l’orthocentre) du triangle ABC inscrit dans le cercle C(O, R), alors OH = 3 OG
# » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # »
et OA + OB + OC = 3 OG. Donc, OH = OA + OB + OC. Ainsi, OH1 = OA + OB + OC; OH2 = OB +
# » # » # » # » # »
OC + OD, etc. Or, P ∈ (Hk Mk ) ⇐⇒ il existe λk ∈ R tel que OP = (1−λk )OHk +λk OMk , k ∈ J1, 5K.
# » 1 # » # » # » # » # »
Remarquons que pour λ = 2/3 on a : OP = · (OA + OB + OC + OD + OE), cette expression est
3
symétrique par rapport aux sommets du pentagone ABCDE, par conséquent P ∈ (Hk Mk ) pour
tout k ∈ J1, 5K.

b
H3

M1 b
D
M5
b b H2
b b
b b
H4 C
E
b b
M2 M4

b b b
A B
M3 b
b H1
H5
1.4. EXERCICES 69

Exercice 36

Soient ABC un triangle, et O, H, I le centre du cercle circonscrit, l’orthocentre, et le cercle


du cercle inscrit dans ABC. Montrer que :

(a − b)(b − c)(c − a)
[OIH] = .
8r

Solution. D’après la formule donnant l’aire d’un triangle en fonction des coordonnées bary-
centriques de ses sommets on sait que :

a cos A b cos B c cosC


R 1 R
[OIH] = [ABC] · · · · a b c
2rs 2s rs
a cos B cos C b cos C cos A c cos A cos B
cos A cos B cos C
R2 abc
= · 1 1 1
4rs 2 cos B cos C cos C cos A cos A cos B
R3
= · (cos B − cos A)(cos C − cosB)(cos A − cosC).
s
En utilisant la relation :
c 2 + a2 − b 2 b 2 + c 2 − a2 (a − b)(a + b + c)(a + b − c) (a − b)(s − c)
cos B − cosA = − = = ,
2ca 2bc 2abc 2rR
on déduit que

1 1
[OIH] = · (s − a)(s − b)(s − c)(a − b)(b − c)(c − a) = (a − b)(b − c)(c − a)
8sr 3 8r
p
où l’on a utilisé la formule de Héron rs = s(s − a)(s − b)(s − c).

Exercice 37

ABC est un triangle inscrit dans un cercle (Γ). Le point P ∈ (BC) est tel que la droite (PA)
€ coupe les segments [AB] et [AC] en D et
est tangente à (Γ). La bissectrice interne de APB
E respectivement. Soit Q le point d’intersection de [BE] avec [CD]. On suppose que (PQ)
[
passe par le centre O de (Γ), déterminer alors la mesure de BAC.

Solution.
(Γ)

A
b

E
b

D b
b
b
O
Q
P b b b
C
B

PB PA
Les triangles PBA et PAC sont semblables, donc PA = PC = bc , d’où DA
BD
= bc et EC
AE
= bc . Par
conséquent D = (c : b : 0), E = (b : 0 : c) et Q = (bc : b 2 : c 2 ). Le point P appartient à (BC) est de
70 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

la forme P = (0 : x : y) pour certains x et y. Comme P, D et E sont alignés, alors :

0 x y
c b 0 = 0,
b 0 c

x b2
c’est-à-dire = − 2 , donc P = (0 : b 2 : −c 2 ). Finalement, puisque P, Q et O = (a cos A : b cos B :
y c
c cosC) sont alignés alors :

0 b2 −c 2 0 b −c
bc b2 c 2 = bc · bc b c = 0.
a cos A b cos B c cosC a cos A b cos B c cos C

1
D’où 2abc cosA = bc 2 cos B + b 2 c cosC = bc(c cosB + c cosC) = abc, c’est-à-dire cos A = et A =
2
60◦ .

Exercice 38 : (OIM, 2009)

[ et ABC
Soit ABC un triangle tel que AB = AC. Les bissectrices de CAB [ rencontrent respec-
tivement les côtés BC et CA en D et E. Soit K le centre du cercle inscrit dans le triangle
ADC. On suppose que BEK [
[ = 45◦ . Trouver toutes les valeurs possibles de CAB.

Solution.
b b
A A

2x

E
b

b
E
I
b 45˚
3x
I b
b
K
b
45◦ − x
K

45 − x
b b b b b

B D C D C

Soit I le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC, et posons DAC [ = 2x (de sorte que
◦ ◦ d [
0 < x < 45 ). De la relation AIE = DIC, il est facile de déduire que :

d = 90◦ − 2x,
KIE d = 45◦ − x,
ECI d = 45◦ ,
IEK [ = 3x.
KEC

D’où, par la loi des sinus on obtient :


EK
IK sin 45◦ · sin(90◦ −2x) sin 45◦ sin(45◦ − x)
= = .
KC EK
sin(3x) · sin(45◦ −x) sin(3x) sin(90◦ − 2x)

D’après le théorème de la bissectrice appliqué dans le triangle IDC on a :

IK ID sin(45◦ − x)
= = .
KC DC sin(45◦ + x)

En égalant ces deux équations, et en simplifiant par sin(45◦ − x) , 0, on déduit que :


sin 45◦ sin(45◦ + x) = sin(3x) sin(90◦ − 2x). Grâce aux formules trigonométriques, cette dernière
identité s’écrit
cos x − cos(90◦ + x) = cos(5x − 90◦ ) − cos(90◦ + x)
1.4. EXERCICES 71

d’où cos x = cos(5x − 90◦ ). Ainsi, 0 = cos(5x − 90◦ ) − cos x = 2 sin(3x − 45◦ ) sin(2x − 45◦ ). On a
donc deux cas possibles : sin(3x − 45◦ ) = 0 ou bien sin(2x − 45◦ ) = 0. Comme 0◦ < x < 45◦ , alors

on conclut que x = 15◦ ou x = 452 . Puisque A b = 4x, alors les valeurs possibles de A b sont 60◦ et
90◦ .

Exercice 39 : (États-Unis, 2010)

Soit ABC un triangle rectangle en A. Les points D et E sont situés sur les côtés AC et AB
[ = DBC
respectivement de sorte que ABD [ et ACE [ = ECB. [ Les segments [BD] et [CE] se
coupent au point I.
Est-il possible que les longueurs AB, AC, BI, ID, CI, IE soient toutes des nombres entiers
naturels ?

d = 90◦ + 1 · 90◦ = 90◦ + 45◦ = 135◦ . D’après la relation d’Al-Kashi :


Solution. On sait que BIC
2

BC 2 = BI 2 + CI 2 − 2BI · CI cos BIC
d = BI 2 + CI 2 − BI · CI · 2.

D’après le théorème de Pythagore on sait que BC 2 = AB2 + AC 2 , par conséquent :


√ BI 2 + CI 2 − AB2 − AC 2
2= .
BI · CI

Puisque 2 est un nombre irrationnel, alors il est impossible que BI, CI, AB, AC soient tous
des entiers naturels.

Exercice 40 : (Iran, 1999)

Soit I le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC. La demi-droite [AI) coupe le
cercle circonscrit au triangle ABC au point D. On désigne par E et F les pieds des per-
pendiculaires, issues de I, aux droites (BD) et (CD) respectivement. On suppose que
1 [
IE + IF = AD, déterminer BAC.
2

€=
Solution. On pose x = DB = DI = DC (voir chapitre « géométrie du triangle »). Comme IDE
[ = ACB [ on a : IE = ID · sin IDE
€ = x · sin C = x · c
ADB .
2R
A
b

b
I

B b b C
b
E F
b

b
De même IF = x · . D’autre part, AD · a = x · (b + c) d’après le théorème de Ptolémée appliqué
2R
x(b + c)
au quadrilatère ABCD, d’où AD = , et par conséquent :
a
1 x(b + c) x
· = IE + IF = · (b + c).
2 a 2R
a 1
Par suite on trouve a = R. Ainsi, il est nécessaire et suffisant que sin A = = . Les valeurs
2R 2
possibles sont donc Ab = 30◦ et Ab = 150◦ .
72 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exercice 41 : (Proposé à l’OIM, 2011)

Soient ABC un triangle acutangle, et (Γ) un cercle dont le centre L appartient au segment
[BC]. On suppose que (Γ) est tangent à [AB] en B′ et à [AC] en C ′ . On suppose aussi que
•
le centre O du cercle circonscrit du triangle ABC appartient au plus petit arc B ′ C ′ de (Γ).
Montrer que le cercle circonscrit au triangle ABC et (Γ) se coupent en deux points.

b < 60◦ .
Solution. Soit M le milieu de [BC]. On montre tout d’abord que A
[ = 2 BAC
b alors BOC
Posons α = A, [ = 2α. De plus :

1  1  1
B\
′ OC ′ = \
360◦ − B ′ LC ′ = 180◦ − 180◦ − B\
′ AC ′ = 90◦ + α.
2 2 2

On sait que B\ [ par suite 90◦ + 1 α > 2α, ce qui implique que α < 60◦ .
′ OC ′ > BOC,
2
1
Pour finir, il suffit de montrer que OL > R où R est le rayon du cercle circonscrit au triangle
2
ABC. On a :
1
OL ≥ OM = R · cos α > R cos 60◦ = R,
2
ce qui permet de conclure.

Exercice 42 : (OIM, 2001)

Soit ABC un triangle tel que A b = 60◦ . La droite (AP) est la bissectrice de A
b avec P sur (BC).
b avec Q sur (AC). On suppose que AB + BP = AQ + QB.
La droite (BQ) est la bissectrice de B
Trouver toutes les valeurs possibles de B.b

Solution. La réponse est B b = 80◦ et C b = 40◦ .


 
ac bc 2ac B
Comme BP = , AQ = et QB = cos , la condition AB + BP = AQ + QB est
a+c b+c a+c 2
équivalente à :
 
ac bc 2ac B
c+ = + cos ,
b+c a+c a+c 2
qui se simplifie en
 
a2 − b 2 + c 2 + 2ac + ab B
= 2a · cos .
b+c 2
Dans la dernière équation on remplace a2 − b 2 + c 2 par 2ac cos B et on divise les deux côtés par
a, on obtient  
2c(1 + cos B) + b B
= 2 cos ,
b+c 2
ou aussi  
B
4c cos2 +b  
2 B
= 2 cos ,
b+c 2
c’est-à-dire    
B B
4c cos2 − 2(b + c) cos + b = 0.
2 2
 
B 1 b
Les solutions de cette équation, en cos , sont et .
  2 2 2c
B 1 b = 120◦ et Cb = 0◦ .
⋄ Si cos = alors B
2
  2
B b b sin B
⋄ Si cos = , alors par la loi des sinus on a = , en remplaçant sin B par
  2   2c   c sin C
B B B b = 2 C. b D’où B b = 40◦ .
b = 80◦ et C
2 sin cos on déduit que sin = sin C, c’est-à-dire B
2 2 2
1.4. EXERCICES 73

Exercice 43 : (OIM, 2001)

Soient quatre entiers positifs a, b, c et d tels que a > b > c > d et

ac + bd = (a + b − c + d) (−a + b + c + d).

Montrer que ab + cd est un nombre composé.

Solution. L’égalité ac + bd = (b + d + a − c)(b + d − a + c) est équivalente à :

a2 − ac + c 2 = b 2 + bd + d 2 . (1)

Soit ABCD le quadrilatère avec AB = a, BC = d, CD = b, AD = c, BAD [ = 60◦ et BCD


[ = 120◦ .
Un tel quadrilatère existe grâce à (1) et la relation d’Al-Kashi ; la valeur commune dans (1) est
[ = α de sorte que CDA
BD 2 . Soit ABC [ = 180◦ − α. La relation d’Al-Kashi appliquée dans les
triangles ABC et ACD donne

a2 + d 2 − 2ad cos α = AC 2 = b 2 + c 2 + 2bc cosα.


a2 + d 2 − b 2 − c 2
D’où, 2 cos α = , et
ad + bc
a2 + d 2 − b 2 − c 2 (ab + cd)(ac + bd)
AC 2 = a2 + d 2 − ad = .
ad + bc ad + bc
Comme ABCD est cyclique, le théorème de Ptolémée donne (AC · BD)2 = (ab + cd)2 . Par consé-
quent
(ac + bd)(a2 − ac + c 2 ) = (ab + cd)(ad + bc). (2)
Comme (a − d)(b − c) > 0 et (a − b)(c − d) > 0 on en déduit que

ab + cd > ac + bd > ad + bc. (3)

Supposons que ab +cd est premier, donc par (3) on a ab +cd et ac +bd premiers entre eux. D’où,
par (2), ac + bd divise ad + bc. Or ceci est impossible par (3). Donc ab + cd n’est pas premier.

Exercice 44

Soit (Γ) un cercle de centre O et de rayon R. On considère les trois cordes [A1 A2 ], [B1 B2 ] et
[C1 C2 ], et on suppose qu’elles sont parallèles entre elles : (A1 A2 ) (B1 B2 ) (C1 C2 ).
Montrer que les orthocentres des huit triangles ayant leurs sommets parmi Ai , Bj et Ck
(i, j, k ∈ {1, 2}) sont tous situés sur une même droite parallèle aux trois cordes.

Solution. On choisit un système de coordonnées de sorte que les extrémités des trois cordes
soient données par :

A1 (− cos α, sin α), A2 (cos α, sin α), B1 (− cos β, sin β),


B2 (cos β, sin β), C1 (− cos γ, sin γ), C2 (cos γ, sin γ).

Rappelons
 x +x que le centrede gravité G des points A(xA , yA ), B(xB , yB ), C(xC , yC ) a pour coordon-
B +xC yA +yB +yC
# » # »
nées A
3 , 3 , et que OH = 3 OG, alors on déduit que les coordonnées des huit
orthocentres sont données par :

(± cos α ± cosβ ± cosγ, sin α + sin β + sin γ) .

Pour finir, il suffit d’observer que les huit orthocentres appartiennent à la droite d’équation
y = sin α + sin β + sin γ, et cette droite est parallèle aux trois cordes.
74 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Exercice 45 : (OIM, 1995)

Soient A, B, C et D, dans l’ordre, quatre points distincts d’une même droite. Les cercles de
dimaètres [AC] et [BD] se coupent aux points X et Y . La droite (XY ) rencontre la droite
(BC) au point Z. Soit P un point de la droite (XY ), distinct de Z. La droite (CP) rencontre le
cercle de diamètre [AC] aux points C et M et la droite (BP) rencontre le cercle de diamètre
[BD] aux points B et N .
Montrer que les droites (AM), (DN ) et (XY ) sont concourantes.

Solution.
b

M b
X
b
N

b
P
A b b b b b
D
B Z C

On considère que l’origine est en Z. Même si la figure n’est pas symétrique par rapport à (XY ),
il y a des paires de points (M, N ), (A, D) et (B, C) qui jouent des rôles symétriques. On travaille
alors sur la moitié gauche de la figure, les calculs sont identiques pour la moitié droite.
On considère que Z est l’origine, et que (AD) est l’axe des x. Soient (x1 , 0) et (x2 , 0) les coor-
données des centres des cercles circonscrits aux triangle AMC et BN D respectivement. r1 et
r2 sont les rayons respectifs de ces deux cercles. Alors les coordonnées de A et C sont respecti-
vement (x1 − r1 , 0) et (x1 + r1 , 0). Soit (0, y1 ) les coordonnées de P, alors comme (AM) ⊥ (CP), le
−y
coefficient directeur de (CP) est x1 +r01 , et l’équation de (AM) est (x1 + r1 )x − y0 y = x12 − r12 . Soit
 2 2
r −x
Q le point d’intersection des droites (AM) avec (XY ), alors Q a pour coordonnées 0, 1y 1 .
0
′ ′
De même,  si Q est le point d’intersection de (DN ) avec (XY ) alors les coordonnées de Q sont
r22 −x22
0, y . Puisque r12 − x12 = ZX 2 = r22 − x22 , alors Q = Q ′ .
0

Exercice 46 : (Asie Pacifique, 1998)

Soient ABC un triangle, et D ∈ [BC] le pied de la hauteur issue de A. Soient E et F appar-


tenant à la droite passant par D et tels que (AE)⊥(BE), (AF)⊥(CF), et E, F sont différents
de D. Soient M et N les milieux respectifs de [BC] et [EF]. Montrer que (AN ) et (N M) sont
perpendiculaires.

Solution. On peut choisir l’origine au point D et l’axe des x sur la droite (BC), mais alors le
calcul des coordonnées de E et F est très fastidieux dans ce cas. Un meilleur choix est de
considérer la droite horizontale passant par D, E, F.

b A

b
B
N
b b b b
E F
b
D
M
b

On choisit l’origine au point A, et l’axe des x parallèle à la droite (EF). Les coordonnées des
points D, E, F sont données respectivement par (d, b), (e, b), (f , b). Le cas b = 0 donne D = E, ce
1.4. EXERCICES 75

qui est exclu. On suppose donc que b , 0. Comme (BE)⊥(AE), et que le coefficient directeur
de (AE) est b/e, alors l’équation de (BE) est ex + by = e 2 + b 2 . De même, les équations des
droites (CF) et (BC) sont respectivement f x + by = f 2 + b 2 et dx + 2 2
 by = d + b . En résolvant
le système d’équation, on déduit que les coordonnées de B sont d + e, b − de b . De même, les
 df
  e+f de+df

coordonnées de C sont d + f , b − b . Donc, M a pour coordonnées d + 2 , b − 2b , et N
 e+f 
2b
a pour coordonnées 2 , b . D’où le coefficient directeur de (AN ) est e+f , et le coefficient
−(e+f )
directeur de (MN ) est 2b . Par conséquent, les droites (AN ) et (MN ) sont perpendiculaires.

Exercice 47 : (OIM, 2000)

Deux cercles (Γ1 ) et (Γ2 ) se coupent en M et N . Soit l la tangente commune à (Γ1 ) et (Γ2 )
telle que l soit plus proche de M que de N . La droite l est tangente à (Γ1 ) en A et à (Γ2 ) en
B. La droite passant par M et parallèle à l rencontre à nouveau le cercle Γ1 en C et le cercle
(Γ2 ) en D. Les droites (CA) et (DB) se coupent en E, les droites (AN ) et (CD) se coupent en
P, les droites (BN ) et (CD) se coupent en Q. Montrer que EP = EQ.

Solution.

N
O1 b
b

O2
b
P Q
b b b b b

C D
M
b b

A B

b
E

Remarquons que si on prend (O1 O2 ) comme axe des x alors l’équation de la droite (AB) serait
très compliquée. Il est donc préférable de prendre (AB) comme axe des x. Soit A l’origine du
repère, et posons B(b, 0), M(s, t), O1 (0, r1 ) et O2 (b, r2 ), alors C et D ont pour coordonnées (−s, t)
et (2b − s, t) respectivement. Comme (AB) (CD), alors CD = 2b = 2 AB implique que A et
B sont les milieux respectifs de [CE] et [DE]. D’où E a pour coordonnées (s, −t), on voit que
(EM)⊥(CD). Pour montrer que EP = EQ, il suffit de prouver que M est le milieu de [PQ].
Comme (O1 O2 )⊥(MN ) et le coefficient directeur de (O1 O2 ) est r2 −r b , l’équation de (MN ) est
1

donnée par bx +(r2 −r1 )y = bs +(r2 −r1 )t. Cette droite doit passer par le milieu de [AB]. Puisque
O2 M = r2 et O1 M = r1 on obtient :

(b − s)2 + (r2 − t)2 = r22 et s 2 + (r1 − t)2 = r12 .


2
En soustrayant ces deux équations on obtient b2 = bs + (r2 − r1 )t, ce qui implique que (b/2, 0)
appartient à la droite (MN ). Comme (PQ) (AB) et que (MN ) coupe [AB] en son milieu, alors
M doit être le milieu de [PQ]. Grâce au fait que (EM)⊥(PQ), on conclut alors que EP = EQ.

Exercice 48 : (Asie Pacifique, 2000)

Soient ABC un triangle, M ∈ [BC] le point de la médiane issue de A, et N ∈ [BC] le point de


b Soit Q (resp. P) le point de rencontre de la perpendiculaire
la bissectrice intérieure de A.
en N à (N A) avec (MA) (resp. avec (BA)). Soit O le point de rencontre de la perpendiculaire
en P à (BA) avec (AN ). Montrer que les droites (QO) et (BC) sont perpendiculaires.
76 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

Solution.
b
B
P
b

Q b b
M
A b
b b

N O

b
C

Soit N l’origine du repère, et (N O) l’axe des x. Soit y = ax + b l’équation de (AB), alors les
équations de (AC) et (PO) sont données respectivement par y = −ax  − b et y = (−1/a)x + b.
b bc
Si y = cx est l’équation de (BC), alors B a pour coordonnées c−a , c−a , C a pour coordonnées
     
−b −bc ab abc −b
c+a , c+a , M a pour coordonnées c2 −a2 , c2−a2 ,A a pour coordonnées a , 0 , O a pour coor-
données (ab, 0), et Q a pour coordonnées 0, ab c . Donc, (BC) a pour coefficient directeur c, et
(QO) a pour coefficient directeur −1/c. En conclusion (QO) et (BC) sont perpendiculaires.

Exercice 49 : (OIM, 1998)

Dans un quadrilatère convexe ABCD, les diagonales [AC] et [BD] sont perpendiculaires
et les côtés opposés (AB) et (DC) ne sont pas parallèles. On suppose que le point P, in-
tersection des médiatrices de [AB] et [DC], se trouve à l’intérieur de ABCD. Montrer que
les points A, B, C et D sont cocycliques si, et seulement si, les triangles ABP et CDP ont la
même aire.

Solution. Considérons un système de coordonnées où A = (a, 0), a < 0; B = (0, b), b < 0; C =
(c, 0), c > 0; D = (0, d), d > 0 sont les sommets du quadrilatère, et O = (0, 0) est l’intersection des
diagonales AC et BD.
Une condition nécessaire et suffisante pour que ABCD soit inscriptible est que BO · DO =
CO · AO, c’est-à-dire ac = bd. Montrons donc que les triangles ABP et CDP ont même aire
si, et seulement si, ac = bd. Si R et Q sont respectivement les milieux des segments [AB] et
[CD] alors on a R = (a/x, b/2) et Q = (c/2, d/2). Les droites RP et QP ont, respectivement, pour
équations :
   
b a a d c c
y− = x− y− = x− .
2 b 2 2 d 2
Le point P = (x0 , y0 ) appartient à l’intersection si, et seulement si :
a2 d − b 2 d − c 2 b + d 2 b a2 c − b 2 c − c 2 a + d 2 a
x0 = et y0 = .
2(ad − bc) 2(ad − bc)
Or, on sait que le triangle ayant pour sommets (x1 , y1 ), (x2 , y2 ), (x3 , y3 ) dans cet ordre (et en les
considérant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre), a pour aire :
x y1 1
1 1 1
x2 y2 1 = (x1 y2 + x2 y3 + x3 y1 − x1 y3 − x2 y1 − x3 y2 )
2 2
x3 y3 1
1 1
= (x2 − x1 )(y3 − y1 ) − (x3 − x1 )(y2 − y1 ).
2 2
Il résulte que les triangles ABP et CDP ont même aire si, et seulement si :
a 0 1 c 0 1
0 b 1 = 0 d 1
x0 y0 1 x0 y0 1
c’est-à-dire
ab − bx0 − ay0 = cd − dx0 − cy0 .
1.4. EXERCICES 77

En remplaçant x0 et y0 par leurs valeurs, on obtient :


h i
(bd − ac) (a − c)2 + (b − d)2 = 0.

Comme |a − c| , 0 et |b − d| , 0, les triangles ABP et CDP ont même aire si, et seulement si
bd = ac.

Exercice 50

Soient ABC un triangle, et D, E des points des côtés [AC] et [AB] respectivement tels que
(DE) et (CB) ne sont pas parallèles. Soient F et G des points de [BC] et [ED] respectivement
tels que :
BF EG BE
= = .
FC GD CD
[
Montrer que la droite (GF) est parallèle à la bissectrice de BAC.

#» #» # » # »
Solution. On choisit l’origine au point A, alors AE = p AB et AD = q AC pour certains p, q ∈ ]0, 1[.
BF
Soit t = , alors
FC
# » #» # » #» # » #»
# » t AC + AB # » t AD + AE tq AC + p AB
AF = et AG = = .
t+1 t+1 t+1
#» # »
Puisque BE = t CD, alors (1 − p)|AB| = t(1 − q)|AC|, donc :
#» # » #»!
# » # » # » t(1 − q) # » 1 − p # » (1 − p)|AB| AC AB
GF = AF − AG = AC + AB = # » + #» .
t+1 t+1 t+1 |AC| |AB|
# » #»
AC AB [
C’est parallèle à # » + # » , qui est la direction de la bissectrice de BAC.
|AC| |AB|

Exercice 51 : (États-Unis, 1975)

A, B, C et D sont quatre points dans le plan. Montrer que

AC 2 + BD 2 + AD 2 + BC 2 ≥ AB2 + CD 2 .

Solution. On choisit l’origine au point A, alors l’inégalité à montrer est équivalente à :


# » # » #» # » #» # » # » # » #» # » #» # »
AC · AC + (AB − AD) · (AB − AD) + AD · AD + (AB − AC) · (AB − AC) ≥
#» #» # » # » # » # »
≥ AB · AB + (AC − AD) · (AC − AD).

Après développement et simplification, c’est équivalent à :


#» # » # » #» # » # »
(AB − AC − AD) · (AB − AC − AD) ≥ 0,
#» # » # »
avec égalité si, et seulement si, AB − AC = AD, i.e., BCAD est un parallélogramme.

Exercice 52 : (Olympiade Balkanique, 1985 )

Soient O le centre du cercle circonscrit au triangle ABC, et D le milieu de [AB]. Soit E le


centre de gravité du triangle ACD. Montrer que

(CD) ⊥ (OE) ⇐⇒ AB = AC.


78 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

# » # »
# » OA + OB # » # » # » # »
Solution. On choisit l’origine au point O, alors OD = , OE = OA + OC + OD =
# » # » # » # » # » # » 2
3 OA + OB + 2 OC # » # » OA + OB − 2 OC
et OD − OC = . Donc
6 2
# » # » # » # » # » # »
(CD) ⊥ (OE) ⇐⇒ (OA + OB − 2 OC) · (3 OA + OB + 2 OC) = 0.
# » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # »
Comme OA · OA = OB · OB = OC · OC, alors c’est équivalent à : OA · (OB − OC) = OA · OB − OA ·
# »
OC = 0, qui est la même chose que (OA) ⊥ (BC), c’est-à-dire AB = AC.

Exercice 53 : (Proposé à l’OIM, 1990)

Soit ABC un triangle dont aucun côté n’est égal à un autre. On désigne par G, I et H le
centre de gravité, le centre du cercle inscrit, et l’orthocentre du triangle ABC.
[ > 90◦ .
Montrer que GIH

# » # »
Solution. On choisit l’origine au point O, alors comme OH = 3 OG, on déduit que :
# » # » # » # »
OH = OA + OB + OC.
BD c DI ca a
Si (AI) et (BC) se coupe en D, alors = et = ÷c = , donc
CD b AI b + c b+c
# » # » # » # » # »
# » b OB + c OC # » a OA + b OB + c OC
OD = et OI = .
b+c a+b+c
[ > 90◦ , on doit prouver que
Pour prouver que GIH
# » #» # » #» # » # » #» #» #» # » # »
(OG − OI) · (OH − OI) = OG · OH + OI · OI − OI · (OG + OH) < 0.
# » # » # » # » # » # »
Or OA · OA = OB · OB = OC · OC = R2 , et

2 OB · OC = OB · OB + OC · OC − (OB − OC) · (OB − OC) = 2R2 − a2 , · · ·


# » # » # » # » # » # » # » # » # » # »

alors
# » # » # » # » # » # »
# » # » (OA + OB + OC) · (OA + OB + OC) a2 + b 2 + c 2
OG · OH = = R2 − .
3 3
# » # » # » # » # » # »
# » # » (a OA + b OB + c OC) · (a OA + b OB + c OC) abc
OI · OI = = R2 − .
(a + b + c)2 a+b+c
# » # » # » # » # » # »
#» # » # » 4(a OA + b OB + c OC) · (OA + OB + OC)
OI · (OG + OH) =
3(a + b + c)
2[a2 (b + c) + b 2 (c + a) + c 2 (a + b)]
= 4R2 − .
3(a + b + c)

Donc, on doit montrer que :


h i
(a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 ) + 3abc > 2 a2 (b + c) + b 2 (c + a) + c 2 (a + b)

c’est-à-dire :
a(a − b)(a − c) + b(b − c)(b − a) + c(c − a)(c − b) > 0.
Supposons, sans perte de généralité, que a ≥ b ≥ c, alors a(a − b)(a − c) ≥ b(a − b)(b − c) de sorte
que la somme des deux premiers termes est positive ou nulle. Comme le troisième terme est
aussi positif ou nul, alors on conclut que :

a(a − b)(a − c) + b(b − c)(b − a) + c(c − a)(c − b) > 0.


1.4. EXERCICES 79

Exercice 54 : (Grèce, 1984)

Soit A1 A2 A3 A4 A5 A6 un hexagone convexe dont les côtés opposés sont parallèles.


Montrer que [A1 A3 A5 ] = [A2 A4 A6 ].

Solution. Plaçons l’origine en un point quelconque O. Puisque les côtés opposés sont parallèles
alors on a :
# » # » # » # » #» # » # » # » # » #» # » # » # » # » #»
(OA1 − OA2 )∧(OA4 − OA5 ) = 0 , (OA3 − OA2 )∧(OA5 − OA6 ) = 0 , (OA3 − OA4 )∧(OA6 − OA1 ) = 0 .

En développant ces trois équations, et en les sommant on obtient :


# » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # »
OA1 ∧ OA3 + OA3 ∧ OA5 + OA5 ∧ OA1 = OA2 ∧ OA4 + OA4 ∧ OA6 + OA6 ∧ OA2 .

Or, on a :
# » # » # » # » # » # » # » # » # » # »
(OA1 − OA3 ) ∧ (OA1 − OA5 ) OA1 ∧ OA3 + OA3 ∧ OA5 + OA5 ∧ OA1
[A1 A3 A5 ] = = .
2 2
# » # » # » # » # » # »
OA2 ∧ OA4 + OA4 ∧ OA6 + OA6 ∧ OA2
De même, [A2 A4 A6 ] = , donc [A1 A3 A5 ] = [A2 A4 A6 ].
2

Exercice 55 : (Olympiade Balkanique, 1996)

Soient ABCDE un pentagone convexe, et M, N , P, Q, R les milieux respectifs de [AB], [BC],


[CD], [DE], [EA]. On suppose que les segments [AP], [BQ], [CR] et [DM] ont un point en
commun, montrer que ce point appartient à la droite (EN ).

Solution. Soit O le point en commun, et choisissons l’origine en O. Les points A, P et O sont


alignés donc :
# » # »! # » # » # » # »
#» # » # » # » OC + OD OA ∧ OC + OA ∧ OD
0 = OA ∧ OP = OA ∧ = .
2 2
# » # » # » # »
D’où OA ∧ OC = OD ∧ OA. De même
# » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # » # »
OB ∧ OD = OE ∧ OB, OC ∧ OE = OA ∧ OC, OD ∧ OA = OB ∧ OD.
# » # » # » # » # » # » # » # » #»
Par suite, OE ∧ OB = OC ∧ OE, c’est-à-dire OE ∧ OB + OE ∧ OC = 0 . Donc
# » # »! # » # » # » # »
# » # » # » OB + OC OE ∧ OB + OE ∧ OC #»
OE ∧ ON = OE ∧ = = 0,
2 2

ce qui veut dire que les points E, N et O sont alignés.

Exercice 56 : (Autriche, 1985)

Soient ABC un triangle, et (d) une droite qui coupe (BC), (CA), (AB) aux points A1 , B1 , C1
respectivement. Les points A2 , B2 et C2 sont les symétriques de A1 , B1 et C1 par rapport
aux milieux de [BC], [CA] et [AB] respectivement.
Montrer que les points A2 , B2 et C2 sont alignés.

# » #» # » # » # » # » #»
Solution. On choisit l’origine au point C, alors CA1 = c1 CB, CB1 = c2 CA et CC1 = CA+c3 (CB −
# »
CA) pour des constantes c1 , c2 et c3 . Puisque les points A1 , B1 et C1 sont alignés alors :
#» # » # » # » # » # » #»
0 = (CB1 − CA1 ) ∧ (CC1 − CA1 ) = (c1 − c1 c2 − c1 c3 + c2 c3 ) CA ∧ CB.
80 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE

# » #» # » #» # » # » # » # » # » # » #» # »
Comme CA2 = CB− CA1 = (1−c1 )CB, CB2 = CA− CB1 = (1−c2 )CA et CC2 = (CA + CB)− CC1 =
# » #»
c3 CA + (1 − c3 )CB, alors les points A2 , B2 et C2 sont alignés si, et seulement si :
#» # » # » # » # » # » #»
0 = (CB2 − CA2 ) ∧ (CC2 − CA2 ) = (c1 − c1 c2 − c1 c3 + c2 c3 ) CA ∧ CB

qui est vraie.

Exercice 57 : Théorème de Pascal (1623-1662)

Soient A, B, C, D, E et F six points distincts sur un cercle Γ. Montrer que les trois points
d’intersection des droites (AB) et (DE), (BC) et (EF), et (CD) et (FA) sont alignés.

Solution.

b
E
A b

b C
b b
b
D b

b
F
b

On prend comme triangle de référence ACE, nos calculs sont alors symétriques, et les droites
(AB), (DE), (BC), (EF), (CD), (FA) sont symétriques. Soit a = CE, b = EA et c = AE. Posons A =
(1, 0, 0), C = (0, 1, 0) et E = (0, 0, 1). On écrit B = (x1 : y1 : z1 ), D = (x2 : y2 : z2 ) et F = (x3 : y3 : z3 ).
Ces points appartiennent au cercle passant par les points A, C, E donc on a :
−a2 y1 z1 −b 2 z1 x1 −c 2 x1 y1 = 0, −a2 y2 z2 −b 2 z2 x2 −c 2 x2 y2 = 0, −a2 y3 z3 −b 2 z3 x3 −c 2 x3 y3 = 0. (1)
y y
La droite (AB) est l’ensemble des points (x : y : z) avec = 1 , alors que la droite (ED) est
z z1
x x
l’ensemble des points avec = 2 . D’où le point d’intersection de (AB) avec (ED) est donné
! y y2
x2 z1
par : :1: . De la même façon, le point d’intersection de (CD) avec (AF) est donné par
y2 ! y1 !
x2 y3 y z
: : 1 , et le point d’intersection des droites (EF) et (CB) est donné par 1 : 3 : 1 . Pour
z2 z3 x3 x1
montrer que ces trois points d’intersection sont alignés, il suffit de prouver que :
y3 z1
1 x3 x1
x2 z1
y2 1 y1 = 0. (2)
x2 y3
z2 z3 1

Or, les conditions (1) s’écrivent aussi sous la forme :


1 1 1
a2 · + b2 · + c2 · =0
x1 y1 z1
1 1 1
a2 · + b2 · + c2 · =0
x2 y2 z2
1 1 1
a2 · + b2 · + c2 · = 0.
x3 y3 z3
Ces trois équations montrent que :
1 1 1
x1 y1 z1
1 1 1
x2 y2 z2 = 0.
1 1 1
x3 y3 z3
1.4. EXERCICES 81

Or, le déterminant ci-dessus est égal à :


z1 z1
x1 y1 1
1 x2 x2
· 1 y2 z2 .
x2 y3 z1 y3 y3
x3 1 z3

Donc, la relation (2) est vraie. On conclut que les trois points d’intersection sont alignés.

Exercice 58

Soit ABC un triangle isocèle avec AB = AC et A b = 120°. Soient P ∈ [AB] et Q ∈ [AC] tels
que (PQ) est tangente au cercle inscrit dans ABC. Montrer que :

[PBCQ] = BP · CQ.


Solution. Posons BP = p, CQ = q, AB = AC = 1 (d’où BC = 3). Comme PQ + BC √ = BP + CQ car
PBCQ est un quadrilatère circonscrit (théorème de Pitot), alors PQ = p + q − 3.
D’après la relation d’Al-Kashi appliquée dans le triangle APQ on a :
√ −1
(p + q − 3)2 = (1 − p)2 + (1 − q)2 − 2(1 − p)(1 − q) · = (1 − p)2 + (1 − q)2 + (1 − p)(1 − q),
2

√ √ √ 2+ 3
qui se simplifie en pq = (2 3 − 3)(p + q) = 3(2 − 3)(p + q), ou aussi : p + q = √ pq.
3
Maintenant, on a :
1 1
[PBCQ] = [ABC] − [APQ] = sin 120° − (1 − p)(1 − q) sin 120°
2 2
√ √ √ !
3 3 2+ 3 1 1
= (p + q − pq) = √ − 1 pq = pq = BP · CQ.
4 4 3 2 2

Exercice 59
Soient ABC un triangle équilatéral, et P un point du cercle inscrit dans ABC.
Montrer que la somme PA2 + PB2 + PC 2 est constante.

Solution. On utilise un système de coordonnées


√ avec le
√ centre O du cercle inscrit situé au point
(0, 0) et A au point (0, 2). Alors B = ( 3, −1) et C = (− 3, −1), comme O est le centre de gravité
et alors OD = 12 AO = 1. De plus, le cercle inscrit a clairement un rayon égal à 1.
Si P a pour coordonnées (x, y), alors x2 + y 2 = 1, et par suite :
 √ 2  √ 2
AP 2 + BP 2 + CP 2 = (x − 0)2 + (y − 2)2 + x − 3 + (y + 1)2 + x + 3 + (y + 1)2
 
= 3 x2 + y 2 + 12 = 15.

A
b

O
b

b P

b b b

C D B
82 CHAPITRE 1. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE
Chapitre

2
Transformations
géométriques

Les transformations géométriques auxquelles on va s’intéresser dans ce chapitre conservent


la plupart des propriétés géométriques intéressantes, par exemple toutes envoient une droite sur
une droite, un cercle sur un cercle, un angle de mesure donnée sur un angle de la même mesure,
un carré sur un carré, etc.
L’étude des transformations qui préservent certaines propriétés est un élément essentiel de la
géométrie moderne, mais aussi très utile dans la résolution des problèmes de géométrie plus
élémentaires comme les problèmes de géométrie de type olympique.
Un moyen pertinent de définir ces propriétés est : « l’ensemble des propriétés invariantes par une
certaine classe de transformations ». Par exemple, si on veut s’intéresser :
❏ aux distances : on peut considérer les propriétés invariantes par isométries (translations,
rotations, réflexions, etc.)
❏ aux rapports de longueurs, aux angles : on peut considérer les propriétés invariantes par
similitudes,
❏ aux parallélisme, aux milieux : on peut considérer les propriétés invariantes par transfor-
mation affines,
❏ aux alignements, aux points harmoniques : on peut considérer les propriétés invariantes
par transformation projective (voir chapitre sur la géométrie projective).
On commence par rappeler très brièvement les définitions de la symétrie axiale, la symétrie cen-
trale et la translation.
Définition (Symétrie axiale)

Soit (d) une droite. La symétrie axiale d’axe (d) est la transformation qui à tout point M
associe le point M ′ tel que (d) soit la médiatrice de [MM ′ ].

Exemple 1 : (OIM, 1985)

Soit ABC un triangle. Un cercle de centre O passe par les points A et C et recoupe les seg-
ments [AB] et [BC] en deux points distincts K et N . On suppose que les cercles circonscrits
aux triangles ABC et KBN se coupent en exactement deux points distincts B et M . Montrer
\ = 90°.
que OMB

Soit (d) la droite passant par O et perpendiculaire à (BM). On se propose de montrer que M
appartient à (d). Soient C ′ et K ′ les symétriques de C et K respectivement par rapport à (d), alors
(CC ′ )⊥(d) et (KK ′ )⊥(d), ce qui implique que les droites (CC ′ ), (KK ′ ) et (BM) sont parallèles.
On a : KC\ [ = BN
′ C = KAC [ \ ce qui implique que les points C ′ , K et M sont alignés.
K = BMK,
Maintenant on a :
C\ \
′ CK ′ = CC [ = CAB
′ K = CAK [ = 180° − BMC
\ = C\
′ CM,

ce qui implique que les points C, K ′ et M sont alignés. Donc, les droites (C ′ K) et (CK ′ ) se coupent
au point M. Puisque les droites (C ′ K) et (CK ′ ) sont symétriques par rapport à la droite (d), alors
on conclut que M ∈ (d). On a ainsi montré que OMB \ = 90°.

83
84 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

B
b
M
b

K b b N
C′ b b K′

b b
O C
b
A

Exemple 2

[ = 20°, DBC
Soit ABC un triangle. Les points D ∈ [AC] et E ∈ [AB] sont tels que : ABD [ =
[ [ [
60°, ACE = 30° et ECB = 50°. Déterminer EDB.

[ = ACB.
Notons que ABC [ Considérons la symétrie d’axe la médiatrice de [BC]. Soit F l’image
de D par cette symétrie axiale, et supposons que les droites (BD) et (CF) se coupent au point
G. Comme BG = CG, les droites (BD) et (CF) se coupent en formant un angle de 60°, donc les
triangles BGC et DGF sont équilatéraux, d’où DF = DG. On se propose de montrer que EF = EG,
[ = 1 FDG
alors dans ce cas les triangles EFD et EGD snt isométriques, d’où EDB [ = 30°. Montrons
2
alors que EF = EG. On a d’une part EFG[ = CDG
[ = 40° et FGB[ = 120°. D’autre part, BEC
[ = 50°.
D’où BE = BC. Comme BGC est équilatéral alors BE = BC = BG, ce qui donne EGB [ = 80°. Donc
[ [ [ [
EGF = FGB − EGB = 40° = EFG, ce qui implique que EF = EG.
Définition (Symétrie centrale)

Soit O un point. La symétrie centrale de centre O est la transformation du plan qui à tout
point M associe le point M ′ tel que O soit le milieu de [MM ′ ].

Définition (Translation)

Soit #»
v un vecteur. La translation t #»
v de vecteur v est la transformation qui à tout point M

# »
associe le point M ′ tel que MM ′ = v .

Exemple 3

On suppose que les côtés opposés d’un hexagone ABCDEF sont parallèles : (AB)
(DE), (BC) (EF) et (CD) (AF). Montrer que si BC − EF = ED − AB = AF − CD > 0, alors
tous les angles de ABCDEF sont égaux.

On a : tFA# » (E) = P, t # » (A) = Q et t # » (C) =


BC DE A b b
F
R. Donc, EFAP, ABCQ et CDER sont des pa-
rallélogrammes. Puisque les côtés opposés de b
P
b
R
b

l’hexagone sont parallèles, alors P ∈ AQ, Q ∈ E


b b
CR et R ∈ EP. Donc, BC − EF = AQ − AP = PQ. Q
B
De même, ED − AB = QR et AF − CD = RP. Par
conséquent, PQR est un triangle équilatéral.
b b

C D
2.1. HOMOTHÉTIES 85

[ = AQC
On a ABC [ = 120°, de plus BCD
[ = BCQ
[ + DCQ
\ = 60° + 60° = 120°. De la même façon,
[ = DEF
CDE [ = EFA
€ = FAB
€ = 120°.
Exemple 4

ABCD est un quadrilatère convexe avec AD = BC . Soient E et F les milieux respectifs de


[CD] et [AB]. On suppose que [AD) et [FE) se coupent en H , et que [BC) et [FE) se coupent
[ = BGF
en G . Montrer que AHF [.

# » (A) = I, donc BCAI est un parallélogramme. Puisque F est le milieu de [AB], alors F est
On a tCB
aussi le milieu de [CI]. D’après le théorème des milieux appliqué dans le triangle CDI on déduit
que (EF) (DI). Comme, en plus, (CB) (AI), on déduit que BGF [ = AID.
€ Comme AI = BC = AD,
€ € [ € €
on obtient AID = ADI. Puisque (EF) (DI), alors AHF = ADI = AID = BGF. [

Exemple 5

Soient M et N les milieux respectifs des côtés [AD] et [BC] d’un quadrilatère ABCD .
Montrer que si 2 MN = AB + CD , alors (AB) (CD).

# » (M), alors CDME et BAMF sont des parallélogrammes. Puisque


Soient E = t # » (M) et F = tAB
# » 1 # » # »DC
EC = 2 AD = BF, alors BFCE est un parallélogramme. Comme N est le milieu de [BC], alors N est
aussi le milieu de [EF]. Maintenant, soit K = tME# » (F), alors EMFK est un parallélogramme et :
MK = 2 MN = AB + CD = MF + EM = MF + FK. Donc, les points F, M, K et N sont alignés et
(AB) (MN ). De même, on a (CD) (MN ). Par suite les droites (AB) et (CD) sont parallèles.

2.1 Homothéties

Définition (Homothétie)

Soient H un point donné, et k un réel différent de 0 et de 1. Une homothétie de centre H


et de rapport k est une transformation du plan qui envoie un point A vers le point A′ tel
que :
1 les points H, A et A′ sont alignés,
2 HA′ = k · HA.
On note une telle homothétie par H(H, k).

✍ La partie (2) peut être énoncée sans utiliser les mesures algébriques si on ajoute l’hypothèse
que pour k > 0 les demi-droites [HA) et [HA′ ) coïncident, et pour k < 0 elles sont de sens
opposé.
✍ Si k = −1, alors H(H, −1) est la symétrie centrale par rapport au point H.

b A′

A
B′′ b
b
b
H b
b C′
C ′′ b C
b
b
B
A′′ b
B′

Les points A′ , B′ et C ′ sont les images de A, B et C par H(H, +2).


Les points A′′ , B′′ et C ′′ sont les images de A, B et C par H(H, −1).
86 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Proposition 1

Soit H(H, k) une homothétie, et désignons les images des points distincts non alignés A, B, C
par A′ , B′ , C ′ respectivement, alors :
1 les droites (A′ B′ ) et (AB) sont parallèles. De plus, A′ B′ = k · AB,
2 l’homothétie conserve les angles orientés et les rapports de longueurs, en d’autres
termes :
A′ B′ AB
A\ [
′ B′ C ′ = ABC et = .
B′ C ′ BC

Preuve

1 Si les points H, A et B sont alignés alors la proposition est clairement vraie. Sinon,
supposons que HA′ = k ·HA, HB′ = k ·HB, et A\ [ alors les triangles AHB
′ HB′ = AHB,
et A′ HB′ sont semblables (avec coefficient de similitude k), d’où (AB) (A′ B′ ) et
A′ B′ = k · AB.
2 Puisque (A′ B′ ) (AB) et (B′ C ′ ) (BC), on a A\ [ D’où :
′ B′ C ′ = ABC.

A′ B′ k · AB AB
′ ′
= = ,
BC k · BC BC
ce qui permet de conclure.

Comme conséquence de cette proposition, l’image d’une figure par une homothétie est une
figure semblable et de même orientation, en particulier :
➀ l’image d’une droite est une droite qui lui est parallèle,
➁ l’image d’un triangle est un triangle semblable avec les côtés correspondants parallèles
entre eux,
➂ l’image d’un cercle est un cercle,
➃ l’homothétie conserve toutes les propriétés qui peuvent s’exprimer avec des angles, comme
l’alignement ou la cocyclicité.

Proposition 2

1 Étant donnés deux segments parallèles [AB] et [A′ B′ ] de longueurs différentes.


Alors, il existe une unique homothétie qui envoie A vers A′ et B vers B′ .
2 Soient ABC et A′ B′ C ′ deux triangles non semblables et de côtés correspondants
parallèles entre eux, i.e. (AB) (A′ B′ ), (BC) (B′ C ′ ) et (CA) (C ′ A′ ). Alors, il existe
une unique homothétie qui envoie le triangle ABC vers le triangle A′ B′ C ′ . Comme
conséquence, les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) sont concourantes.

Preuve

1 Notons tout d’abord que le centre d’une telle homothétie doit appartenir aux
droites (AA′ ) et (BB′ ) et désignons par H leur point d’intersection. Les triangles
HA′ HB′  ′
HAB et HA′ B′ sont semblables, donc = et l’homothétie H H, HA HA ré-
HA HB
pond à la question (le cas où tous les points sont alignés est laissé au lecteur).
2 Notons H le centre de l’homothétie qui envoie AB vers A′ B′ . Une telle homothétie
envoie le triangle ABC vers un certain triangle A′ B′ X. Comme les deux triangles
A′ B′ X et A′ B′ C ′ sont semblables au triangle ABC et ont la même orientation, ils
2.1. HOMOTHÉTIES 87

sont en fait identiques, et par suite H, C et C ′ sont alignés.

Exemple 6 : (Tournoi des villes, 1984)

Soit P un point à l’intérieur d’un carré ABCD . Montrer que les centres de gravité des
triangles ABP, BCP, CDP et DAP forment un carré.

Soient G1 , G2 , G3 et G4 les quatre centres de gravité en question, et désignons par MAB , MBC , MCD
et MDA les milieux respectifs de [AB], [BC], [CD] et [DA].
 Puisque le centre de gravité divise la mé-
diane dans un rapport 2 : 1, alors l’homothétie H P, 23 envoie le quadrilatère MAB MBC MCD MDA
vers le quadrilatère G1 G2 G3 G4 . Comme MAB MBC MCD MDA est un carré alors G1 G2 G3 G4 est aussi
un carré.

MCD
D C
b b b

b G3

P G2
b b b b MBC
MDA b

G4

b
G1
b b b

A MAB B

Exemple 7

Soient ABCD un trapèze avec (AB) (CD), et E le point d’intersection des diagonales AC
avec BD . On construit extérieurement les triangles équilatéraux ABF et CDG .
Montrer que les points E, F et G sont alignés.

Puisque les triangles ABF et CDG sont sem- b


G
blables et ont les côtés correspondants pa-
rallèles entre eux deux à deux, i.e. (AF) D b b
C
(CG), (DG) (BF) et (CD) (AB), alors il existe b

une homothétie H qui envoie le triangle ABF A b


E
b B
vers le triangle CDG. D’après (2) de la pro-
position 2 les droites (AC), (BD) et (FG) sont
concourantes au centre de l’homothétie, ce qui
implique que E ∈ (FG). b
F

Exemple 8 : Droite d’Euler

Soient ABC un triangle non équilatéral, H, G et O l’orthocentre, le centre de gravité et le


centre du cercle circonscrit respectivement. Alors, les points H, G et O sont alignés (droite
d’Euler) et on a en plus : HG = 2 · GO .

Soient Ma et Mc les milieux respectifs de [BC] et [AB], et considérons l’homothétie H(G, −2).
Puisque le centre de gravité divise la médiane avec le rapport de longueur 2 : 1, alors l’image
de Ma par H est A. De plus, puisque toute homothétie envoie une droite à une droite qui lui est
parallèle, alors H envoie la médiatrice OMa vers la hauteur issue de A dans le triangle ABC. Le
même argument montre que H envoie OMc vers la hauteur issue de C. Ainsi, elle envoie le point
88 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

O, intersection de (OMa ) avec (OMc ), vers le point d’intersection H des hauteurs issues de A et
de C. En conclusion, les points O, G et H sont alignés et on a : GH = −2 · GO.
A
b

Mc b

b
O
b
b
b
G
H
b b b b
B Ma C

2.1.1 Homothéties et cercles


Les homothéties constituent un outil très efficace dans l’étude des cercles, spécialement lors-
qu’ils sont tangents.
Proposition 3

Soient (Γ1 ) et (Γ2 ) deux cercles de rayons différents r1 et r2 , et de centres O1 et O2 respecti-


vement. Alors :
1 il existe deux homothéties H+ et H− , de rapports positif et négatif respectivement,
qui envoient le cercle (Γ1 ) vers le cercle (Γ2 ).
2 Si les tangentes externes communes à (Γ1 ) et à (Γ2 ) existent et se coupent au point
H + , alors H + est le centre de l’homothétie H+ . De même, si les tangentes internes
communes à (Γ1 ) et à (Γ2 ) existent et se coupent au point H − , alors H − est le centre
de l’homothétie H− .
3 Si (Γ1 ) et (Γ2 ) sont tangents intérieurement au point T , alors T est le centre de H+ . De
même, si (Γ1 ) et (Γ2 ) sont tangents extérieurement au point T , alors T est le centre
de H− .

Preuve

T2
b

T1 Γ2
b

H+ O1 H− O2
b b b b

Γ1

1 Soient [AB] et [A′ B′ ] deux diamètres parallèles de (Γ1 ) et (Γ2 ) respectivement.


D’après (2) de la proposition 2 il existe une unique homothétie qui envoie A vers
A′ et B vers B′ , et il existe une unique homothétie qui envoie A vers B′ et B vers A′ .
Ces deux homothéties envoient (Γ1 ) vers un cercle de centre O2 et de rayon [O2 A′ ],
c’est exactement le cercle (Γ2 ).
H +O r
2 Il suffit de montrer que H + ∈ (O1 O2 ) et que + 2 = 2 . La première assertion est
H O 1 r1
claire grâce à la symétrie, et pour la seconde en notant que les triangles H + O1 T1 et
2.1. HOMOTHÉTIES 89

H + O2 T2 sont semblables alors :

H + O2 T O r
= 2 2 = 2.
H + O1 T1 O1 r1

Le même raisonnement peut être fait pour H − .


T O 2 r2
3 Si les cercles sont tangents en T , il suffit de montrer que = , or ceci est clair
T O 1 r1
puisque T O2 = r2 et T O1 = r1 .

Exemple 9

Les cercles (Γ1 ) et (Γ2 ) sont tangents intérieurement au point T . On suppose que la corde
[
[AB] de (Γ1 ) est tangente à (Γ2 ) au point D . Montrer que (T D) est la bissectrice de AT B.

On suppose que (T D) coupe (Γ1 ) une se- T Γ1


conde fois au point D ′ . Comme T est le centre b
Γ2
de l’homothétie qui envoie (Γ2 ) vers (Γ1 ), le
point D ′ est l’image de D et la tangente (t) à (Γ1 )
en D ′ est parallèle à (AB) (la tangente à (Γ2 ) au
point D). Par suite D ′ est le milieu de l’arc AB“ ne
” ”
contenant pas T . Les arcs AD et D B sont alors
′ ′ b b b
A B
égaux, et par conséquent les angles inscrits cor- D
respondants sont égaux, i.e. AT \ \
D′ = D ′ T B.
D′ (t)
b

Exemple 10

Soient (d) une droite, et (Γ1 ), (Γ2 ) deux cercles situés tous les deux du même côté par rapport
à (d) et qui lui sont tangents aux points T et U respectivement. Le cercle (Γ) ne coupe pas
(d) et il est tangent extérieurement à (Γ1 ) et à (Γ2 ) en K et L respectivement.
Montrer que les droites (T K), (UL) et le cercle (Γ) passent par un point commun V .

(d ′ ) V
b

Γ1
b
K b Γ2
L

(d)
b b

T U

Soit (d ′ ) la droite tangente à (Γ) et parallèle à (d) telle que (Γ) soit situé entre (d) et (d ′ ). On désigne
par V le point où (d ′ ) est tangente à (Γ). L’homothétie H1 de centre K envoyant (Γ1 ) vers (Γ) envoie
(d) vers (d ′ ), et donc envoie T vers V , ceci implique que les points T , K et V sont alignés. De même,
l’homothétie H2 de centre L envoyant (Γ2 ) vers (Γ) envoie (d) vers (d ′ ), et donc U vers V , d’où les
points U, L et V sont alignés, ce qui permet de conclure.
90 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Proposition 4

Soit ABC un triangle. On suppose que le cercle inscrit (ω) et le cercle ex-inscrit (ωa ), re-
lativement au sommet A, coupent le côté BC aux points D et E respectivement. Soit K le
point du cercle inscrit diamétralement opposé au point D. Alors, les points A, K et E sont
alignés.

Preuve
La démonstration fera appel à l’exemple précédent. On place BC de façon « horizontale »
avec A au « dessus » de BC (voir figure).

Le point E est alors le point « le plus haut » b


A
du cercle ωa , et le point K diamétralement
opposé au point D est le point « le plus b

K
haut » du cercle (ω). Par conséquent, le
b
point E est l’image du point K par l’homo- I
ω
thétie de rapport positif qui envoie le cercle B
b b b b
C

(ω) vers le cercle (ωa ). Puisque cette homo- D E


thétie a pour centre A, alors on conclut que ωa
les points A, K et E sont alignés.

Exemple 11 : (Proposé à l’OIM, 2005)

Dans un triangle ABC tel que AC + BC = 3 · AB, le cercle inscrit de centre I touche les côtés
[BC] et [CA] aux points D et E respectivement. Soient K et L les symétriques respectifs des
points D et E par rapport au point I . Montrer que les points A, B, K et L sont cocycliques.

AC + BC
La condition AB = peut s’écrire aussi :
3
AC + BC − AB
AB = = DC = EC.
2
Soit D ′ le point de contact du cercle ex-inscrit relativement au sommet A avec le côté BC, alors
on sait que BD ′ = DC, donc le triangle ABD ′ est isocèle et (AD ′ )⊥(BI). De plus, les points A, K et
D ′ sont alignés (voir proposition 4). Donc, par une chasse à l’angle on a :
\′ = 90° − KD
DKD \ [
′B = D d
′ BI = IBA,

et le quadrilatère ABIK est cyclique. De même, le quadrilatère ABLI est cyclique, donc les points
A, B, K et L sont cocycliques.

A
b

K b

b
E

b
I

b
L D
b b b b C
B D′
2.1. HOMOTHÉTIES 91

Exemple 12 : (États-Unis, 2010)

Soit ABC un triangle. M ∈ [AC] et N ∈ [BC] sont tels que (MN ) (AB). P ∈ [AB] et Q ∈ [BC]
sont tels que (PQ) (AC). On suppose que le cercle inscrit dans le triangle CMN touche le
côté AC au point E , et que le cercle inscrit dans le triangle BPQ touche le côté AB au point
F . Soient R le point d’intersection des droites (EN ) avec (AB), et S le point d’intersection
de (FQ) avec (AC). Montrer que si AE = AF , alors le centre du cercle inscrit dans le triangle
AEF appartient au cercle inscrit dans le triangle ARS .

b A

J
b M
P b
b
E
b
F b

B C
b b b b b b
b
F1 Q N E1
I

ω
b
b
b S
D
R

On considère que BC est horizontale. Comme AE = AF alors il existe un cercle (ω) tangent à AB
et à AC aux points F et E respectivement. On se propose de montrer que (ω) est en fait le cercle
inscrit dans le triangle ARS. Soient F1 et E1 les « pieds » des cercles inscrits des triangles BPQ et
CMN respectivement, et désignons par D le « pied » du cercle (ω). Considérons l’homothétie H
de centre F qui envoie le cercle inscrit dans le triangle BPQ vers le cercle (ω). Il est clair que H
envoie [PQ] vers [AS] et F1 vers D. Donc, elle envoie [F1 Q] vers [DS], ce qui implique que DS est
tangente à (ω). Le reste de la preuve est une chasse à l’angle, soit I le centre du cercle inscrit dans
le triangle ARS, et soit J le point d’intersection de (ω) avec [AI]. On veut montrer que J est le
€ et JF = JE,
centre du cercle inscrit dans le triangle AEF. Par symétrie, AJ est la bissectrice de FAE
d d d
donc EFJ = JEF = JFA (la seconde égalité est une conséquence de la tangence), on conclut que FJ
€ ce qui termine la preuve.
est une bissectrice de EFA,

2.1.2 Composition des homothéties

Théorème 1
Soient f = H(H, k) et g = H(H ′ , k ′ ), alors :
# » # »
1 si kk ′ = 1 : f ◦ g = t #» où #»
u u = (k − 1)HH ′ (donc colinéaire à HH ′ ),
2 si kk ′
, 1 : f ◦ g est une homothétie de rapport kk ′ et de centre H ′′ , avec H ′′
barycentre de : {H(1 − k), H ′ (k(1 − k ′ ))}.

☞ Sous les hypothèses du point (2), g ◦ f serait alors l’homothétie de rapport kk ′ , 1 et de


centre ω barycentre de {H(k ′ (1 − k)), H ′ (1 − k ′ )}.
☞ Si H , H ′ , il est clair que ω , H ′′ puisque kk ′ , 1 =⇒ k et k ′ ne peuvent valoir simultané-
ment 1, ce qui équivaut à f ◦ g , g ◦ f .
☞ Si H = H ′ , alors H ′′ = H = H ′ = ω. Seule la composition de deux homothéties de même
centre est commutative.
92 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Théorème 2 : Théorème de Monge (1746-1818)

Soient (ω1 ), (ω2 ) et (ω3 ) trois cercles tels que les tangentes communes extérieures à (ω1 ) et
à (ω2 ) se coupent en H3 ; celles de (ω2 ) et (ω3 ) se coupent en H1 , et finalement celles de
(ω3 ) et (ω1 ) se coupent en H2 . Alors, les points H1 , H2 et H3 sont alignés.

Démonstration

ω1 bc
H1

A
r

ω3
E
F

r
B

r
bc
ω2
r

H2
C
r

D
r

H3
bc

Le point H3 est le centre de l’homothétie positive h1 qui envoie (ω1 ) sur (ω2 ), et le point H1 est le
centre de l’homothétie positive h2 qui envoie (ω2 ) sur (ω3 ). Le point H2 est le centre de l’homothétie
positive h3 qui envoie (ω1 ) sur (ω3 ). Donc, par unicité h3 = h2 ◦h1 , et les centres des trois homothéties
sont alignés.

✍ Le théorème reste vrai si on remplace exactement deux fois les tangentes communes ex-
térieures par les tangentes communes intérieures. La preuve est pratiquement la même
mais avec cette fois une homothétie négative qui est la composée d’une négative et d’une
positive.
Exemple 13

Soit ABC un triangle inscrit dans le cercle (Γ). On désigne par (ωa ) le cercle tangent à ses
côtés AB, AC et en plus tangent intérieurement à (Γ) au point A1 . On définit (ωb ), B1 , (ωc )
et C1 de façon analogue. Montrer que les droites (AA1 ), (BB1 ), (CC1 ) et (OI) sont concou-
rantes, où O et I sont respectivement le centre du cercle circonscrit et le centre du cercle
inscrit dans le triangle ABC .

A
b

H+
b

ω
b b
B ωa C

A1
2.1. HOMOTHÉTIES 93

Remarquons que A1 est le centre de l’homothétie positive entre (Γ) et (ωa ) (voir proposition 3),
et que A est le centre de l’homothétie positive entre (ωa ) et le cercle inscrit (ω). Donc, la droite
(AA1 ) passe par le centre H + de l’homothétie positive entre (ω) et (Γ). De même, les droites (BB1 )
et (CC1 ) passent par H + . Finalement, comme l’homothétie qui envoie (ω) vers (Γ) envoie aussi I
vers O, alors le point H + appartient à (OI).
Exemple 14

Soit ABCD un quadrilatère, et considérons les points K ∈ [AB], L ∈ [BC], M ∈ [CD] et N ∈


[DA] tels que les droites (AB), (CD) et (LN ) se coupent au point P , et les droites (AD), (BC)
et (KM) se coupent au point Q . On désigne par X le point d’intersection des droites (KM)
et (LN ). Montrer que si les quadrilatères AKXN , BLXK et CMXL admettent des cercles
inscrits, alors le quadrilatère DN XM admet aussi un cercle inscrit.

b A

ωa
K b N
b

b
X

ωc b
D
B b
b
b

L b
M

Q
P b b b

On désigne par (ωa ), (ωb ) et (ωc ) les cercles inscrits dans les quadrilatères AKXN , BLXK et CMXL
respectivement. Soit (ωd ) le cercle tangent à [XM], à [XN ) et à [MD). On se propose de montrer
que (ωd ) est tangent aussi à (DN ). On envoie tout d’abord (ωa ) vers (ωc ) via (ωb ). Comme P est
le centre de l’homothétie positive entre (ωa ) et (ωb ), et Q est le centre de l’homothétie positive
entre (ωb ) et (ωc ), alors le centre de l’homothétie positive entre (ωa ) et (ωc ), que l’on appelle H,
appartient à la droite (PQ).
Ensuite, on envoie (ωa ) vers (ωd ) via (ωc ). Comme avant, on montre que le centre de l’homothétie
positive entre (ωa ) et (ωd ) appartient à (HP) qui coïncide avec (PQ). Or, ce centre doit aussi appar-
tenir à la tangente commune extérieure (QK) de (ωa ) et (ωd ), par suite le centre de l’homothétie
positive entre (ωa ) et (ωd ) est en fait le point Q. Finalement, puisque (ωa ) est tangent à (QA), alors
il est l’image de (ωd ) par l’homothétie de centre Q.

2.1.3 Exercices

Exercice 1 : (OIM, 2011)

Soit ABC un triangle dont les angles sont aigus et soit (Γ) son cercle circonscrit. Soit (l)
une droite tangente à (Γ). Soient (la ), (lb ), (lc ) les droites symétriques de (l) par rapport
respectivement aux droites (BC), (CA), (AB). Montrer que le cercle circonscrit au triangle
déterminé par les droites (la ), (lb ), (lc ) est tangent à (Γ).

Solution. On donne, pour cet exercice très difficile, une solution utilisant les homothéties. Deux
autres solutions seront proposées dans le chapitre « quadrilatères ».
Soit (l) la tangente à (Γ) au point T . On pose {A1 } = (lb ) ∩ (lc ), {B1 } = (lc ) ∩ (la ), {C1 } = (la ) ∩
(lb ), {A2 } = (l) ∩ (la ), {B2 } = (l) ∩ (lb ) et {C2 } = (l) ∩ (lc ). Sans perte de généralité, on suppose que
l’ordre des points sur la droite (l) est le suivant : C2 , T , B2 et A2 . Soit I le centre du cercle inscrit
94 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

dans le triangle A1 B1 C1 . On considère le triangle A2 B1 C2 , il est clair que (AB) est la bissectrice
interne de B\ \
1 C2 A2 , et il est clair aussi que (BC) est la bissectrice interne de B1 A2 C2 . Par suite B
est le centre du cercle inscrit dans le triangle A2 B1 C1 . D’où (BB1 ) est la bissectrice de A\ 1 B1 C1 .
\
De façon similaire, (AA1 ) est la bissectrice de B1 A1 C1 , donc par symétrie on peut conclure que
les droites (AA1 ), (BB1 ) et (CC1 ) concourent au point I. Maintenant, notons que :

B\
1 A1 C1 A\C B A\B C
d = B\
BIC 1 IC1 = 90° + = 180° − 1 2 2 − 1 2 2 = AC
\ \ [
2 B2 + AB2 C2 = 180° − BAC,
2 2 2
ceci implique que I ∈ (Γ).
b

A2

C1
b

B2
b

C
TC b lb
b

b T
Γ
l b A1
b Q

b
P b
b
I
O

la
b b B b
A C2

lc
b

TB

B1

Soit O le centre de (Γ), et désignont par TB et TC les symétriques de T par rapport à (OB)
et (OC) respectivement. Il est clair que TB et TC appartiennent à (Γ). Notons que C\ 1 A2 T =
[ − COT
BOT [ d’où (TB TC ) (B1 C1 ). Soit TA le symétrique de T par rapport à (OA) on a alors
(TA TB ) (A1 B1 ) et (TC TA ) (C1 A1 ). Par conséquent il existe une homothétie qui envoie le tri-
angle TA TB TC vers le triangle A1 B1 C1 . Il suffit de montrer que le centre de cette homothétie
appartient à (Γ) car alors l’homothétie envoie (Γ) vers le cercle circonscrit au triangle A1 B1 C1 ,
et on aura ainsi le point de tangence entre les deux cercles. Soit Q le symétrique de T par
rapport à (BC). Il est clair que Q ∈ (B1 C1 ). Puisque :

T[
BQ = 2 T[
BC = T\
BTC

alors Q ∈ (BTC ) et de même Q ∈ (CTB ). Soit P le second point d’intersection de (B1 TB ) avec
(Γ), et posons {X} = (PTC ) ∩ (IC1 ). Il suffit de montrer que X = C1 . D’après le théorème de
Pascal (voir chapitre « quelques théorèmes, applications ») appliqué à TC BICTB P on conclut
que Q, B1 et X sont alignés, d’où X ∈ (B1 C1 ) ce qui implique que X = C1 , d’où P est le point de
tangence recherché.
2.1. HOMOTHÉTIES 95

Exercice 2 : Lemme d’Archimède

Soit (ω2 ) un cercle tangent intérieurement à un plus grand cercle (ω1 ) au point A. Soit
[XY ] une corde de (ω1 ) tangente au cercle (ω2 ) au point B. On désigne par C le milieu de
”, du cercle (ω1 ), ne contenant pas le point A.
l’arc XY
1 Montrer que les points A, B et C sont alignés.
2 Montrer que : CA · CB = CX 2 .
3 Montrer que le rayon du cercle circonscrit au triangle CBY est indépendant de la
position du point B.

Solution.
1. Considérons l’homothétie de centre A qui envoie (ω2 ) vers (ω1 ). Cette homothétie envoie
clairement la droite (XY ) vers une droite (d) parallèle à (XY ) et tangente à (ω1 ). Or il est clair
que ceci n’est possible que si la droite (d) touche (ω1 ) au point C, et puisque la droite (XY )
touche (ω2 ) au point B, on conclut que cette homothétie envoie B vers C, et ainsi les points
A, B et C sont alignés.
2. On sait, d’après l’exemple 4, que la droite (AC) est la bissectrice de XAY [ , donc CAY [ =
[ = CY
CAX [ B, d’où les triangles CY B et CAY sont semblables, ceci implique immédiatement
que CA · CB = CX 2 .
3. Soit L le second point d’intersection de la droite (AY ) avec le cercle (ω2 ). L’homothétie de
centre A et qui envoie (ω2 ) vers (ω1 ) envoie aussi B vers C d’après le lemme d’Archimède, et
elle envoie L vers Y , donc on a : (BL) (CY ). Si R est le rayon de (ω1 ) ; r le rayon de (ω2 ), et r1 le
BY r
rayon du cercle circonscrit au triangle CBY . On a = 1 puisque les triangles CY B et CAY
AY R
AL r
sont semblables, et on a = grâce à l’homothétie. Comme la droite (Y B) est tangente au
AY R
cercle (ω2 ), alors on déduit que : Y B2 = Y L · Y A. Par conséquent :
 2  2
r1 BY LY AL r
= = = 1− = 1− .
R AY AY AY R
Donc r1 est fixe quel que soit le choix du point B.

Exercice 3 : (Roumanie, 2013)

Les cercles (Ω) et (ω) sont tangents au point P (avec (ω) à l’intérieur de (Ω)). Une corde
[AB] de (Ω) est tangente à (ω) au point C. La droite (PC) coupe (Ω) à nouveau au point Q.
Les cordes [QR] et [QS] de (Ω) sont tangentes à (ω). Soient I, X et Y les centres des cercles
d +PY
inscrits dans les triangles APB, ARB et ASB respectivement. Montrer que : PXI dI = 90°.

“ ne
Solution. Soient {T } = (ω) ∩ (QR) et {U} = (ω) ∩ (QS). Puisque Q est le milieu de l’arc AB
contenant pas P du cercle (Ω), on sait que QA = QX. De plus, par la question 2. du lemme
d’Archimède et la puissance d’un point on sait que : QT 2 = QC · QP = QA2 , d’où QT = QA =
[ donc puisque X est le centre du cercle inscrit dans
QX. Or la droite (RQ) bissecte l’angle ARB
ARB, alors X appartient à cette droite. Par suite X = T , et de même Y = U. Maintenant on sait
que QA = QI, d’où Q est aussi le centre du cercle circonscrit au triangle XIY . Par conséquent
XIY [
€ = 180°− RQS/2. D’après le lemme d’Archimède, on sait que la droite (PX) bissecte l’angle
[ et de même la droite (PY ) bissecte l’angle SPQ,
RPQ, [ d’où :

[ = RPS/2
XPY [
€ = 90° − RQS/2.

Par conséquent :    
 [  
RQS [ 
RQS
[ = 180° −
€ − XPY
XIY  − 90° −  = 90°.
 2   2 
96 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Exercice 4 : Lemme de Nagel (1803-1882)

Soient ABC un triangle, (ω) le cercle inscrit, et (ωa ) le cercle exinscrit relativement au
sommet A. On suppose que (ω) touche [BC] au point D. Soient D ′ ∈ (ω) le point diamé-
tralement opposé au point D , et {X} = (AD ′ ) ∩ (BC). Montrer que X est le point où (ωa )
touche [BC].
Lemme de Nagel : Si I et Ia sont respectivement les centres de (ω) et (ωa ) ; H le pied de la
hauteur issue de A dans le triangle ABC, et M le milieu de [AH]. Montrer que les droites
(XI) et (DIa ) se coupent en M.

Solution.

Considérons l’homothétie de centre A qui en- b A


voie (ω) vers (ωa ). Puisque (DD ′ ) et (BC) sont
perpendiculaires, alors il est clair que cette
D′
homothétie envoie D ′ vers le point où (ωa ) b

touche [BC]. Or cette homothétie envoie aussi ω


b

D ′ vers X, et par conséquent X est le point I


b
M

où (ωa ) touche [BC]. Notons que ceci implique


que BD = CX, en d’autres termes le milieu de
B C
[BC] est aussi le milieu de [DX]. b b b b b

X H
Lemme de Nagel : soit X ′ ∈ (ωa ) le point ωa
D

diamétralement opposé au point X. On sait


(d’après ce qui précède) que l’homothétie de
centre A qui envoie (ω) vers (ωa ) envoie aussi
D ′ vers X, et de même envoie D vers X ′ ,
b
par suite les points A, D et X ′ sont alignés, Ia

et les points A, D ′ et X sont alignés. Puisque


(DD ′ ) (HA), il est clair qu’il existe une ho-
mothétie centré en X qui envoie le segment
[DD ′ ] vers le segment [HA].
X′
b

Par conséquent, elle envoie le milieu de [DD ′ ] vers le milieu de [HA], par conséquent les points
X, I et M sont alignés. De plus, puisque (XX ′ ) (HA), il existe une homothétie de centre D qui
envoie [XX ′ ] vers [HA], elle envoie donc aussi le milieu de [XX ′ ] vers le milieu de [HA]. Par
suite les points D, Ia et M sont aussi alignés.

Exercice 5 : Droite de Nagel

Soit ABC un triangle. On suppose que le cercle exinscrit relativement au sommet A touche
le côté [BC] au point X. On définit de même les points Y ∈ [AC] et Z ∈ [AB].
1 Montrer que les droites (AX), (BY ) et (CZ) sont concourantes en un point N appelé
point de Nagel.
2 Si G et I sont respectivement le centre de gravité et le centre du cercle inscrit, mon-
trer que les points I, G et N sont alignés dans cet ordre, et que de plus : GN = 2 · IG.

Solution. On suppose que le cercle inscrit touche [BC] au point D, et soit D ′ le point diamé-
tralement opposé au point D. On sait (voir exercice lemme de Nagel) que les points A, D ′ et
X sont alignés. Soit M le milieu de [BC], puisque M est le milieu de [DX], alors (IM) (AX).
L’homothétie de centre G et de rapport −2 envoie M vers A, et donc envoie la droite (IM) vers
la droite passant par A et parallèle à (IM), i.e. la droite (AX). Par conséquent, l’image de I par
cette homothétie appartient à la droite (AD). De même, elle appartient aussi aux droites (BE)
2.1. HOMOTHÉTIES 97

et (CF), et en conclusion l’image de I est N . Par suite, les points I, G et N sont alignés dans cet
ordre avec GN = 2 · IG.
b
A

D′ b Y

Z b b
b
I
b
G
N
b b b b b

B X M D C

Exercice 6 : (OIM, 1992)

Dans le plan on se donne un cercle C, une droite (l) tangente à ce cercle C et un point M
de (l). Trouver l’ensemble des points P du plan tels qu’il existe deux points Q et R de (l)
vérifiant les deux conditions :
⋄ M est le milieu du segment [QR] ;
⋄ C est le cercle inscrit au triangle PQR.

Solution. On suppose que C touche (l) au point D, et supposons que [DE] est un diamètre
du cercle C. Pour de tels points P, Q et R, la droite (PE) doit couper (l) en un point F tel que
MD = MF d’après l’exercice lemme de Nagel. Le point F dépend uniquement de M, (l) et C. Par
suite P doit appartenir à [FE) au-delà de E. Réciproquement, étant donné un point P ∈ [FE)
au-delà de E, on suppose que les tangentes à C issues de P coupent (l) en Q et R. On doit
avoir QF = RD, et donc il s’ensuit que M est le milieu de [QR]. Par conséquent, l’ensemble des
points recherchés est la demi-droite [FE) au-delà de E.

Exercice 7

Soient ABC un triangle, et M, N , P les milieux respectifs de [BC], [CA], [AB]. On désigne
par J, K et L les centres des cercles inscrits dans les triangles APN , BMP et CN M respecti-
vement.
1 Montrer que les triangles JKL et ABC sont semblables.
2 Montrer que les droites (JM), (KN ) et (LP) sont concourantes sur la droite (IG) où I
et G sont respectivement le centre du cercle inscrit et le centre de gravité du triangle
ABC.

Solution.

b
A

J
b

P b b N
I b
b

b G b

K L C
B b b b

1. Les droites (PN ), (MN ) et (PM) coupent le triangle ABC en quatre triangles APN , PBM,
N MC et MN P qui ont tous la même orientation que celle du triangle ABC. Il suffit de mon-
trer que le triangle JKL possède aussi cette orientation. En considérant les triangles CN M et
98 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

BMP on voit facilement que KL = PN et (KL) (PN ). En faisant le même raisonnement pour
les autres côtés, on conclut que les triangles JKL et ABC sont semblables.
2. D’après la première question, on sait que les triangles JKL, ABC et MN P sont semblables
avec les côtés correspondants deux à deux parallèles. Les droites sont alors concourantes en
un point X de l’homothétie (en fait symétrie centrale dans ce cas) qui envoie le triangle JKL
vers le triangle MN P. Pour montrer la dernière partie de l’exercice on va utiliser la composée
des homothéties. Notons tout d’abord que les droites (AJ), (BK) et (CL) sont les bissectrices
des angles du triangle ABC, donc elles sont concourantes au point I. Par suite l’homothétie
positive qui envoie le triangle JKL vers le triangle ABC a pour centre I, et l’homothétie néga-
tive qui envoie le triangle ABC vers le triangle MN P a pour centre le point G et est de rapport
−1/2. Ainsi, leur composée est l’homothétie négative qui envoie le triangle JKL vers le triangle
MN P, elle a pour centre X, et ainsi les points I, G et X sont alignés.

Exercice 8 : (États-Unis, 1993)

Soit ABCD un quadrilatère convexe dont les diagonales se coupent en un point O en


formant un angle droit. Montrer que les symétriques de O par rapport aux droites
(AB), (BC), (CD) et (DA) sont cocycliques.

Solution. Soient A′ , B′ , C ′ et D ′ les projections orthogonales de O sur les côtés AB, BC,
CD et DA respectivement. Si on montre que les points A′ , B′ , C ′ et D ′ sont cocycliques,
alors on déduit que les symétriques de O par rapport aux droites AB, BC, CD et DA sont
aussi cocycliques en considérant l’homothétie H(O, 2). Remarquons que les quadrilatères
A′ BB′ O, B′ CC ′ O, C ′ DD ′ O et D ′ AA′ O sont cycliques avec diamètres BO, CO, DO et AO res-
pectivement. On utilise cette propriété pour montrer que A\ ′ D ′ C ′ + C\
′ B′ A′ = 180°.
En effet, on a :

A\ \
′ D′ C ′ = A \
′ D ′ O + OD [ + ODC
′ C ′ = BAO \ et de même C\ \
′ B′ A′ = C \
′ B′ O + OB \ + OBA,
′ A′ = DCO [

et en considérant les triangles rectangles DOC et AOB on voit que la somme des ces angles est
égale à 180°.

Exercice 9 : (États-Unis, 2001)

Soient ABC un triangle, et (ω) son cercle inscrit. On désigne par D1 et E1 les points de
tangence de (ω) avec les côtés BC et AC respectivement. D2 et E2 sont les points des côtés
BC et AC tels que CD2 = BD1 et CE2 = AE1 , et soit P le point d’intersection des segments
[AD2 ] et [BE2 ]. Le cercle (ω) coupe le segment [AD2 ] en deux points dont le plus proche
du sommet A est noté Q. Montrer que AQ = D2 P.

Solution. On pose x = CE2 = AE1 et z = CD1 = BD2 , on se propose de montrer que :


D2 P AQ
= .
PA PA
D’après le théorème de Ménélaüs appliqué dans le triangle ACD2 avec la transversale BP on
sait que :
D2 P AE2 CB D2 P x z x
· · =1 d’où = · = .
PA E2 C BD2 PA z a a
D’autre part, D2 est le point de tangence du cercle exinscrit (ωa ) relativement au sommet A
avec le côté BC. On désigne par F et F ′ les points de tangence de (ω) avec AB et de (ωa ) avec
AB respectivement. Alors, l’homothétie de centre A envoyant (ω) vers (ωa ), envoie aussi F vers
F ′ et Q vers D2 . Ainsi, les triangles AFQ et AF ′ D2 sont semblables et on a :
AQ AF AF x x
= ′
= ′
= = .
QD2 FF AF − AF s−x a
2.2. ROTATIONS 99

Exercice 10 : (Proposé à l’OIM, 1998)

Soient ABC un triangle, H son orthocentre, O le centre du cercle circonscrit, et R son rayon.
Soient D le symétrique de A par rapport à la droite (BC) ; E le symétrique de B par rapport
à la droite (CA), et F le symétrique de C par rapport à la droite (AB).
Montrer que les points D, E et F sont alignés si, et seulement si, OH = 2 R.

Solution. Rappelons que le centre O9 du cercle des neuf points d’un triangle ABC est le mi-
lieu du segment [OH]. Donc la relation OH = 2 R est vraie si, et seulement si, O9 appartient
au cercle circonscrit au triangle ABC. La présence d’un point sur un cercle et la demande
d’alignement des points devraient nous rappeler la droite de Simson. Si X, Y et Z sont les pro-
jections de O9 sur les droites (BC), (CA) et (AB), alors O9 appartient au cercle circonscrit au
triangle ABC si, et seulement si, les points X, Y et Z sont situés sur une même droite. On se
propose de montrer maintenant que les points D, E et F sont les images respectives de X, Y et
Z par une certaine homothétie, ceci permet alors de conclure. Le centre de cette homothétie
est le point G centre de gravité du triangle ABC, et son rapport est 4. En effet, soient M le
milieu de [BC], et A0 le pied de la hauteur issue de A . Comme A0 et M appartiennent tous
les deux au cercle des neuf points du triangle ABC alors on a : O9 A0 = O9 M, et ainsi X est le
milieu de [A0 M]. En appliquant le théorème de Ménélaüs au triangle AA0 M et les points D, X
et G on obtient :
AD A0 X MG 2 1 1
· · = · · = 1.
DA0 XM GA 1 1 2
Par conséquent, les points G, X et D sont alignés. Finalement, soit G0 le projeté orthogonal de
G sur BC, alors comme le point G « trissecte » la médiane et AA0 = A0 D, donc on déduit que :
GX GG0 1
= = , ce qui permet de conclure.
XD AA0 3

2.2 Rotations

Définition (Rotation)

Soient O un point du plan, et θ un angle. On appelle rotation de centre O et d’angle


(orienté) θ la transformation qui à tout point M associe le point M ′ tel que :
 # » # »
OM ′ = OM et OM, OM ′ = θ.

❏ Les symétries centrales sont des rotations d’angle π.


❏ Les rotations conservent les propriétés géométriques intéressantes : longueurs, droites,
cercles, angles, etc.
❏ L’image d’une droite (d) par une rotation d’angle θ fait un angle θ avec (d).

Proposition 5 : Composition de rotations

Soient r1 et r2 deux rotations d’angles θ1 et θ2 respectivement.


⋄ Si θ1 + θ2 est un multiple de 360°, alors r2 ◦ r1 est une translation.
⋄ Si θ1 + θ2 n’est pas un multiple de 360°, alors r2 ◦ r1 est une rotation d’angle θ1 + θ2 .

Proposition 6

Soient (d) et (d ′ ) deux droites qui se coupent en un point O en formant un angle θ. Soient
s la symétrie d’axe (d), et s ′ la symétrie d’axe (d ′ ). Alors, s ′ ◦ s est la rotation de centre O et
d’angle 2θ.
100 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Proposition 7

⋄ Soient A, B, A′ et B′ quatre points du plan. Alors, il existe une homothétie ou une transla-
tion qui envoie A sur A′ et B sur B′ si, et seulement si, AB = A′ B′ . De plus, dans ce cas, une
telle transformation est unique.
⋄ Soient O, A et A′ trois points du plan avec OA = OA′ . Alors, il existe une unique rotation
\′ .
de centre O qui envoie A sur A′ , et l’angle de la rotation est AOA

Exemple 15

Soient (d1 ), (d2 ) et (d3 ) trois droites parallèles. Construire un triangle équilatéral ABC
ayant un sommet sur chacune des trois droites.

On choisit A arbitrairement sur (d1 ). Pour tout point B ∈ (d2 ), le point C doit être tel que ABC soit
un triangle équilatéral. On prend alors C = r(B) où r est la rotation de centre A et d’angle 60°.
Le point C doit appartenir à (d3 ) et à r(d2 ) (elles se coupent car (d2 ) et (d3 ) sont parallèles et la
rotation r tourne (d2 ) de 60°).
Exemple 16

Soit F un point à l’intérieur d’un carré ABCD et tel que : BF = 1, AF = 2 et DF = 3.


€.
Déterminer AFB

On fait une rotation, dans le sens trigono- B b b


C
métrique, de centre A et d’angle 90° du triangle
[′ = 90°, et puisque AFD et AF ′ B
AFD. Alors FAF b
F

sont des triangles isométriques alors AF = AF ′ .


Donc, F ′ AF est un triangle √isocèle rectangle, F′
√ b

[′ = 45° et FF ′ = 22 + 22 = 2 2.
par suite AFF
b b

A D


Les trois côtés de F ′ FB ont pour longueurs 2 2, 1 et 3. C’est donc un triangle rectangle. Par
€ = AFF
conséquent AFB [′ + F[ ′ FB = 45° + 90° = 135°.

Exemple 17

Soit ABCDE un pentagone. On suppose que :

AB = AE, BC + DE = CD et [ + AED
ABC [ = 180°.

[ = ADC
Montrer que ADE [.

On fait une rotation du triangle AED autour du point A, dans le sens trigonométrique, jusqu’à
[ + ABD
ce que le point E arrive au point B, ceci est possible car AB = AE. Puisque ABC \′ = ABC [+
[ ′
AED = 180°, on conclut que les points D , B et C sont alignés. Maintenant, comme CD = BC +
DE = BC + BD ′ = CD ′ et AD ′ = AD, on trouve que AD ′ CD est un losange, ce qui veut dire que
[ = AD
ADC \ [
′ C = ADE.

Exemple 18

€ = 45°.
Soit ABCD un carré. Les points E ∈ [BC] et F ∈ [CD] sont tels que EAF
Si G ∈ [EF] est tel que (AG) ⊥ (EF), montrer que AG = AD .
2.2. ROTATIONS 101

On fait une rotation, dans le sens trigono- A b b


B
métrique, du triangle ABE autour du point A
et d’angle 90°. Puisque AB = AD et BAD [ = 90°,
alors B est envoyé vers D, et le point E est en- b
E
voyé vers E ′ . Les points E ′ , D et F sont alignés
\′ = ABE
car ADE € = 90° =⇒ E \ [ = 180°.
′ DA + ADF b
G
b b b b

E′ D F C

Il s’ensuit que E[ \
′ AF = E [ = EAB
′ AD + DAF [ = 45°. Les triangles AE ′ F et AEF sont isomé-
€ + DAF
triques, donc leurs hauteurs AG et AD doivent être égales.
Exemple 19

Soit ABCD un carré. Les points E ∈ [CD] et F ∈ [BC] sont tels que (AF) est la bissectrice
€ . Montrer que AE = DE + BF .
interne de l’angle EAB

On fait une rotation, dans le sens des ai- A b b


B
guilles d’une montre, du triangle ABF autour
du point A et d’angle 90°. Alors, F ′ ∈ (CD) et
DF ′ = BF. D’où AE = DE + BF ⇐⇒ AE = EF ′ .
Ceci est équivalent à montrer que le triangle
b F
EAF ′ est isocèle, ou aussi Fb′ = F[
′ AE. Les deux
[′ \
angles sont égaux car : F AE = F ′ AD + DAE[ = b b b b

€ + DAE
FAB [ = DAE [ + FAE€ = 90° − BAF € = AFB
€= F′ D E C
b
F.

Exemple 20

Soit P un point à l’intérieur du triangle équilatéral ABC avec PA = 2, PB = 2 3 et PC = 4.
Déterminer les longueurs des côtés du triangle ABC .

On fait une rotation, d’angle 60°, du triangle b


C
BPA autour du point B, alors A est envoyé vers P′
b

C, et P est envoyé vers P ′ . Puisque BP = BP ′ et


[′ = 60°, alors BPP ′ est un triangle équilaté-
PBP P
√ b

ral, d’où PP ′ = BP = 2 3. B b b A

D’autre part, CP ′ = AP = 2 et CP = 4, donc CPP ′ est un triangle rectangle, de plus CP ′ = 21 ·PC =⇒


√ √
\ [ = CPP
CPP ′ = 30°. Par conséquent, CPB \′ + P[ ′ PB = 30° + 60° = 90°, i.e. CB = BP 2 + CP 2 = 2 7.

Exemple 21

Soit P un point à l’intérieur du triangle équilatéral ABC tel que : PA = 3, PB = 4 et PC = 5.


€.
Déterminer APB

On fait une rotation, dans le sens trigonométrique, du triangle BPC autour du point B et
d’angle 60°. Alors C est envoyé vers A, et P est envoyé vers un point P ′ . Comme dans l’exemple
précédent, le triangle BPP ′ est équilatéral, d’où PP ′ = BP = 4. D’autre part, AP ′ = PC = 5 et
€ = APP
AP = 3. Ainsi, APP ′ est un triangle rectangle en P. Par conséquent, APB [′ + P[ ′ PB = 90° +
60° = 150°.
102 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 22

[ = 125°.
€ = 115° et BPC
Soit P un point à l’intérieur du triangle équilatéral ABC tel que APB
Déterminer les mesures des angles internes du triangle dont les côtés sont PA, PB et PC .

On fait une rotation, dans le sens trigonométrique, du triangle BPC autour du point B et
d’angle 60°. Il est facile de voir que les côtés du triangle APP ′ sont AP, BP et CP. Par conséquent :

[
AP [
′ P = AP [
′ B − PP [ − 60° = 125° − 60° = 65°,
′ B = BPC

[′ = APB
APP [′ = 115° − 60° = 55°,
€ − BPP
[′ = 180° − AP
PAP [ [′ = 180° − 65° − 55° = 60°.
′ P − APP

Exemple 23

Soit D un point à l’intérieur du triangle isocèle ABC de sommet principal A.


[ > ADC
Montrer que si ADB [ , alors DC > DB.

On fait une rotation, dans le sens trigonométrique, du triangle ADB autour du point A de
sorte que le point B soit envoyé vers le point C (ceci est possible car AB = AC). Si D ′ est l’image
de D par cette rotation, alors puisque AD = AD ′ on déduit que ADD\′ = AD \ ′ D. Par conséquent :
[ > ADC
ADB [ =⇒ AD \ [ =⇒ DD
′ C > ADC \ \
′C > D ′
′ DC =⇒ DC > D C =⇒ DC > DB.

Exemple 24

Soit ABC un triangle acutangle. On considère le triangle DEF , rectangle en D , avec D


milieu de [AB], E ∈ [BC] et F ∈ [AC]. Montrer que : [DEF] < [ADF] + [BDE].

On fait une rotation, dans le sens trigono- b A


métrique, du triangle ADF autour du point D
et d’angle 180°. Comme D est le milieu de [AB], b
F
D
alors A est envoyé, par cette rotation, vers le b
F′
point B. Soit F ′ l’image de F par cette rotation. b

Les triangles AFD et BF ′ D sont isométriques,


donc FD = DF ′ , par suite [EDF] = [EDF ′ ]. b b b

B E C

Comme ABC est acutangle et EDF [ = 90°, alors ADF est aussi acutangle, donc DEBF ′ est
convexe, et on a : [DEF] = [EDF ] < [EDF ′ B] = [BDE] + [BDF ′ ] = [BDE] + [ADF].

Exemple 25

Soient ABC et AMN deux triangles directement semblables, et tous les deux isocèles en A.
On note O le centre du cercle circonscrit au triangle ABM . Montrer que :

O, C, N et A sont cocycliques ⇐⇒ ABC est équilatéral.

[ = MAN
On pose θ = BAC \ . Soit r la rotation de centre A et d’angle θ, alors on a r(B) = C et

r(M) = N . De plus, O = r(O) est le centre du cercle circonscrit au triangle ACN . Ainsi, les points
O, C, N et A sont cocycliques ⇐⇒ O est sur le cercle de centre O ′ passant par A, C et N , donc si
\′ = θ.
et seulement si O ′ O = O ′ A. Or, O ′ = r(O), donc le triangle O ′ OA est isocèle en A avec OAO
′ ′ ′
D’où O O = O A ⇐⇒ O OA est un triangle équilatéral ⇐⇒ θ = 60° ⇐⇒ ABC est équilatéral.
2.2. ROTATIONS 103

O′ b
b N

b
A

b
B b b
C
O
b
M

2.2.1 Exercices

Exercice 11
Quatre carrés sont construits extérieurement sur les côtés d’un parallélogramme.
Montrer que les centres de ces quatre carrés sont les sommets d’un carré.

Solution. Soit A1 A2 A3 A4 le parallélogramme en question (on suppose qu’il est orienté positi-
vement). Soit Oij le centre du carré construit sur le côté Ai Aj en dehors de A1 A2 A3 A4 (voir
figure). Considérons les rotations r1 et r2 d’angle 90° et de centres O12 et O23 respectivement.
Alors r2 (A3 ) = A2 et r1 (A2 ) = A1 , par suite (r1 ◦ r2 )(A3 ) = A1 . Or, r1 ◦ r2 est une rotation d’angle
90° + 90° = 180°, i.e. c’est une symétrie centrale. Or, comme r1 ◦ r2 (A3 ) = A1 , le centre de
cette symétrie est le milieu O du segment [A1 A3 ], donc c’est le centre O du parallélogramme
A1 A2 A3 A4 . Notons que r1 ◦ r2 (O23 ) = r1 (r2 (O23 )) = r1 (O23 ) = Q où le point Q est défini par les
conditions : O12 Q = O12 O23 et O23 \ O12 Q = 90°. Comme r1 ◦ r2 est la symétrie par rapport à
O, alors O est le milieu de [O23 Q] qui est l’hypoténuse du triangle rectange isocèle O23 QO12 .
Donc, O12 O23 O est un triangle isocèle rectangle avec (OO12 ) ⊥ (OO23 ) et OO12 = OO23 .
De même, on a :

(OO23 ) ⊥ (OO34 ) , OO23 = OO34 , (OO34 ) ⊥ (OO41 ) et OO34 = OO41 .

Par conséquent O12 O23 O34 O41 est un carré.

O34
b

A4
O41 b b
A3
b
O
b O23
b

b b
A1
A2

O12

Exercice 12

Les carrés de centres P, Q et R sont construits extérieurement sur les côtés d’un triangle
ABC. Les carrés de centres X, Y et Z sont construits intérieurement sur les côtés du triangle
PQR. Montrer que X, Y et Z sont les milieux des côtés du triangle ABC.
104 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Solution. Soient P et Q les centres respectifs des carrés construits extérieurement sur les côtés
BC et CA du triangle ABC. On désigne par C1 le milieu de [AB]. Pour répondre à la question
posée, nous devons prouver que :

C1 Q = C1 P et \
PC 1 Q = 90°. (1)

On suppose que le triangle ABC est orienté positivement, et considérons les rotations r1 et r2 ,
d’angle 90°, et de centres P et Q respectivement. On a C = r2 (A) et B = r1 (C), i.e. r1 ◦ r2 (A) = B.
L’angle de la rotation r1 ◦ r2 est égal à 90° + 90° = 180°, c’est donc une symétrie centrale par
rapport à un point. Or, puisque r1 ◦ r2 (A) = B, alors ce centre de symétrie est le milieu C1 de
[AB]. Soit Q1 le symétrique de Q par rapport à C1 , alors : Q1 = r1 ◦r2 (Q) = r1 (r2 (Q)) = r1 (Q) (car
Q est le centre de r2 ). Donc, r1 envoie Q vers Q1 , et par suite QQ1 P est un triangle rectangle
isocèle. Le point C1 est le milieu de l’hypoténuse, et on conclut que la relation (1) ci-dessus est
vraie.

Exercice 13

Soit ABC un triangle. On construit extérieurement deux triangles équilatéraux BCM et


CAN sur les côtés BC et CA respectivement. On désigne par O et P le centre du triangle
ACN et le milieu de [AB] respectivement. Déterminer les angles internes du triangle OPM.

Solution.

On suppose que le triangle ABC est orienté b

N
positivement. Considérons la rotation r1 de b
C

centre O et d’angle 120°, et la rotation r2 de b


b

centre M et d’angle 60°. Alors C = r2 (A) et O


M

B = r1 (C), i.e. r2 ◦r1 envoie A vers B. La compo-


sée r2 ◦ r1 est une rotation d’angle 120° + 60° = b b
b
180°. A P B

b
O1

Donc, r2 ◦ r1 est une symétrie par rapport à un certain point. Comme r2 ◦ r1 (A) = B, alors ce
point est le milieu P de [AB]. Soit O1 le symétrique de O par rapport à P, alors O1 = r2 ◦r1 (O) =
r2 (r1 (O)) = r2 (O), ce qui veut dire que OO1 M est un triangle équilatéral. Comme P est le milieu
de [OO1 ] (car O1 est le symétrique de O par rapport à P), on conclut que les angles de OPM
sont égaux à : 60°, 90° et 30°.

Exercice 14

Soit ABCD un carré de côté 1. Les points P, Q, M et N sont situés sur les côtés AB, BC, CD
et DA respectivement et tels que : AP + AN + CQ + CM = 2. Montrer que (PM) ⊥ (QN ).

Solution. On utilise pour cet exercice une propriété de la rotation, à savoir : « si la rotation
R(O, θ) envoie une droite (AB) vers une droite (A1 B1 ), et si P est le point d’intersection des
deux droites, alors ces deux droites s’intersectent en formant un angle θ ». En effet, l’égalité
[ = OA
OAB \ \
1 B1 implique que les points O, A, P et A1 sont cocycliques de sorte que BPB1 =
\1 = θ. On considère la rotation R(A, 90°). Elle envoie B vers D, C vers C1 , D vers D1 , Q
AOA
vers Q1 et N vers N1 . Alors AN = AN1 et CQ = C1 Q1 . D’où :

PN1 = AP + AN1 = AP + AN = 2 − (CM + CQ) = CC1 − (CM + C1 Q1 ) = MQ1 .

Donc, PMQ1 N1 est un parallélogramme et (MP) (Q1 N1 ). D’après la propriété citée ci-haut,
les droites (QN ) et (Q1 N1 ) se coupent en formant un angle de 90°. En conclusion, (PM) ⊥ (QN ).
2.3. SIMILITUDES 105

b b b b b

C1 Q1 D
M C
N
b

Q
b

D1 N1 A P B
b b b b b

Exercice 15 : (Chine, 1989)

[ coupe le cercle circons-


Soit ABC un triangle avec AB > AC. La bissectrice externe de BAC
crit au triangle ABC au point E. Soit F le pied de la perpendiculaire à (AB) issue de E.
Montrer que : 2 AF = AB − AC.

Solution.

L’idée est de faire déplacer AC pour coïncider E b


avec une partie de AB. On considère pour cela b A
b
[ Remarquons que EBC
la rotation R(E, CEB). [=
F
[ = EAB
EAT € = ECB [ implique que EC = EB. b

[ envoie C vers B.
Donc la rotation R(E, CEB)
D

Soit D l’image de A par cette rotation. Comme


b
[ = CEB,
CAB [ alors par la propriété citée ci- b C
haut et le fait que AB > AC, on déduit que B
D ∈ [AB].

[ envoie le triangle AEC vers le triangle DEB. Par suite, DAE


Donc, la rotation R(E, CEB) [ =
[ [
EAT = EDA implique que AED est un triangle isocèle.
Comme (EF)⊥(AD), on conclut que : 2 AF = AD = AB − BD = AB − BC.

2.3 Similitudes

En géométrie euclidienne, une similitude est une transformation qui multiplie toutes les dis-
tances par une constante fixe, appelée son rapport. L’image de toute figure par une telle applica-
tion est une figure semblable, c’est-à-dire intuitivement « de même forme ».
Les isométries, c’est-à-dire les transformations qui conservent les distances sont des cas parti-
culiers de similitudes ; elles transforment des figures en des figures de même forme et de même
taille. Les autres similitudes sont les composées d’une isométrie et d’une homothétie qui agrandit
ou réduit la taille des figures. Parmi les similitudes, certaines conservent l’orientation. Elles sont
appelées similitudes directes et les autres sont appelées similitudes indirectes.
Dans le plan, les translations, les rotations, les symétries axiales, les homothéties sont des cas
particuliers de similitudes.
Si on considère, dans le plan euclidien, une transformation, c’est-à-dire une bijection du plan
dans lui-même, f , les propositions suivantes sont équivalentes :
⋄ f multiplie les distances par un réel strictement positif k ;
⋄ f conserve les rapports de distances ;
⋄ f conserve les angles géométriques (c’est-à-dire les mesures d’angles non orientés).
Une transformation du plan qui vérifie ces propositions est appelée une similitude du plan.
Les similitudes qui conservent les angles orientés sont appelées des similitudes directes, les autres
similitudes sont appelées indirectes. On démontre que les similitudes indirectes planes changent
tous les angles orientés en leur opposé.
106 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Définition

Étant donnés un point S , un réel strictement positif k , et un angle θ différent de 0° et


de 180°. La similitude S (S, k, θ), de centre S , rapport k et d’angle de rotation θ est la
transformation géométrique qui envoie le point A vers le point A′ tel que :
1 SA′ = k · SA,
\
2 (SA, SA′ ) = θ .
Si on suppose θ = 0° ou θ = 180°, la similitude se réduit à une homothétie. Pour k = 1, c’est
une rotation. Dans le cas général, c’est la composée de ces deux transformations.

À gauche S (S, 1.4, 60°), on a : △SBB′ = S (△SAA′ ) et △SCC ′ = S (△SBB′ ).


À droite S (S ′ , 2, −90°), on a : △E ′ F ′ G ′ = S (△EFG).

G
B b
b

F
b B′ A′ b
C b b E
b

b
A E′
b
G′
b

b
b

S
S′
C′ b

F′ b

Proposition 8

Soit S (S, k, θ) une similitude. Alors :


\
1 l’image d’une droite (d) est une droite (d ′ ), et (d, d ′ ) = θ,
2 l’image d’un triangle ABC est un triangle A′ B′ C ′ directement semblable avec rap-
port k, i.e. :

A′ B′ A′ C ′ B′ C ′ \ \ \
= = =k et (AB, A′ B′ ) = (AC, A′ C ′ ) = (BC, B′ C ′ ) = θ,
AB AC BC

3 l’image d’un cercle de rayon R est un cercle de rayon k · R.

Exemple 26 : Droite de Simson

Soient ABC un triangle, et X un point du plan. On désigne par P, Q et R les projections


orthogonales respectives de X sur les droites (BC), (CA) et (AB). Montrer que les points
P, Q et R sont alignés si, et seulement si, X appartient au cercle circonscrit au triangle
ABC .

Supposons que X ∈ Γ le cercle circonscrit au triangle ABC. Si X coïncide avec l’un des sommets
du triangle, alors le résultat est clair. De plus, si X est opposé diamétralement à l’un des sommets
(disons A par exemple), alors Q = C, R = B et c’est fini. Sinon, on considère les triangles rectangles
XPC et XRA. La cocyclicité des points A, B, C et X donne (XA, \ \
XB) = (XC, CB), ce qui veut dire
que les triangles sont directement semblables. On considère maintenant la similitude de centre
X qui envoie P vers C, et donc R vers A, et notons par Q ′ l’image de Q par cette similitude. Alors,
Q ′ ∈ (AC) et l’alignement des points P, Q et R découle de l’alignement de leus images C, Q ′ et A.
La preuve de l’autre sens se fait avec les mêmes arguments.
2.3. SIMILITUDES 107

Proposition 9

Soit S (S, k, θ) une similitude qui envoie A vers A′ et B vers B′ , alors :


1 les triangles SAB et SA′ B′ sont semblables,
2 les triangles SAA′ et SBB′ sont semblables,
3 la similitude S ′ (S, k ′ , θ ′ ) envoie A vers B et A′ vers B′ pour un choix convenable de
k ′ et θ ′ .

Preuve

B B
b b

A′ A′
b b

b
B′
b

b b b b
B′
S A S A

1 C’est clair puisque S envoie le triangle SAB vers le triangle SA′ B′ .


2 Résulte de la définition d’une similitude.
3 Conséquence de (2).

Proposition 10

Soient A, B, A′ et B′ quatre points dans le plan tels que trois quelconques parmi eux ne sont
pas alignés. On suppose que les droites (AB) et (A′ B′ ) se coupent au point P. Alors, il existe
une unique similitude qui envoie A vers A′ et B vers B′ . Le centre de cette similitude est le
second point d’intersection des cercles circonscrits aux triangles AA′ P et BB′ P.

Preuve

b
B
S
b
B
b
A′ P
b
b
b

A
b

b B′
A
b b
b
P
A′ b
B′
S

Pour que S soit le centre de la similitude S (S, k, θ) qui envoie AB vers A′ B′ , on doit avoir
\
(SA, \
SA′ ) = (SB, \
SB′ ) = (AB, A′ B′ ) = θ, donc S doit appartenir aux cercles circonscrits aux
triangles AA P et BB P. Il nous reste à montrer que les triangles SAA′ et SBB′ sont direc-
′ ′
108 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

\
tement semblables. On sait déjà que (SA, \
SA′ ) = (SB, SB′ ), et en utilisant les deux cercles
circonscrits on obtient :

(A\
′ A, AS) = (A\
′ P, PS) ≡ (B\
′ P, PS) = (B\
′ B, BS),

et donc les deux triangles SAA′ et SBB′ sont semblables (critère angle-angle).
Si les cercles circonscrits aux triangles AA′ P et BB′ P sont tangents, alors la similitude
devient une homothétie de centre P.

Proposition 11

1 Soient SAB et SA′ B′ deux triangles directement semblables de cercles circonscrits


(ω) et (ω ′ ) respectivement. Alors, (ω), (ω ′ ) et les droites (AA′ ), (BB′ ) passent par un
point commun.
2 On suppose que les cercles (ω) et (ω ′ ) se coupent aux points P et S. Soit S la simili-
tude de centre S qui envoie (ω) vers (ω ′ ). Alors, A′ ∈ (ω ′ ) est l’image de A ∈ (ω) par
S si, et seulement si, P ∈ AA′ .

Preuve

(1) Si les triangles SAB et SA′ B′ ont les côtés B b b A′


parallèles, alors le point commun est leur P
b

centre d’homothétie. Sinon, soit P le point


d’intersection de (AA′ ) avec (BB′ ). Comme b b
A
S est le centre de la similitude envoyant B′
ω
A vers B et A′ vers B′ , alors il est par b
ω′
construction le second point d’intersection S
des cercles circonscrits aux triangles ABP et
A′ B′ P. Donc P ∈ (ω)∩(ω ′ ), ce qui permet de
conclure.

(2) Notons tout d’abord qu’une telle similitude existe. Soient A et B deux points de (ω),
et désignons par A′ , B′ ∈ (ω ′ ) leurs images par S . Puisque les triangles SAB et SA′ B′ sont
semblables, alors par (1), la droite (AA′ ) passe par P. On a montré que l’(unique) image
de A par S est le second point d’intersection de AP avec (ω ′ ), ce qui permet de conclure.

Exemple 27 : (Proposé à l’OIM, 2006)

Soit ABCDE un pentagone convexe tel que :

[ = CAD
BAC [ = DAE,
[ [ = DCA
CBA [ = EDA.
[

On désigne par P le point d’intersection des droites (BD) et (CE). Montrer que la droite
(AP) passe par le milieu du segment [CD].

Soient (ω1 ) et (ω2 ) les cercles circonscrits aux triangles BAC et DAE respectivement. Notons
que les triangles BAC, CAD et DAE sont deux à deux semblables (critère angle-angle). Considé-
rons la similitude qui envoie le triangle ABC vers le triangle ADE. Alors, on sait que P est aussi
le second point d’intersection de (ω1 ) avec (ω2 ). Puisque CBA [ = DCA[ et ADC [ = AED,
[ il s’ensuit
que (CD) est tangente à (ω1 ) et à (ω2 ). Par conséquent, le milieu de [CD] a la même puissance par
rapport aux cercles (ω1 ) et (ω2 ), à savoir 21 CD 2 , donc il appartient à leur axe radical AP.
2.3. SIMILITUDES 109

ω2
A
ω1 b

b
E
b
B
P
b

b b

C D

Proposition 12 : Point de Miquel d’un quadrilatère

Soit ABCD un quadrilatère. On suppose que les demi-droites [BC) et [AD) se coupent au
point Q, et les demi-droites [BA) et [CD) se coupent au point R. Soient (ω1 ), (ω2 ), (ω3 ) et
(ω4 ) les cercles circonscrits aux triangles RAD, RBC, ABQ et CDQ respectivement. Alors,
les cercles (ω1 ), (ω2 ), (ω3 ) et (ω4 ) passent par un point commun M, que l’on appelle point
de Miquel du quadrilatère ABCD.

Preuve

Q
b
ω1 M ω3
b

b C
ω2
b ω4
D

b b b
R B
A

D’après la proposition 10, le second point d’intersection M (M , R) de (ω1 ) avec (ω2 ) est
le centre de la similitude qui envoie A vers D et envoie B vers C. D’après la proposition
9 il est aussi le centre de la similitude qui envoie A vers B et envoie D vers C, donc grâce
à la proposition 10 ce point appartient aux cercles (ω3 ) et (ω4 ). En conclusion, les quatre
cercles (ω1 ), (ω2 ), (ω3 ) et (ω4 ) passent par le point de Miquel M du quadrilatère ABCD.

Exemple 28 : (États-Unis, 2006)

Soit ABCD un quadrilatère tel que les côtés opposés ne sont pas parallèles. Soient E ∈ [AD]
AE BF
et F ∈ [BC] tels que = . On suppose que la demi-droite [FE) coupe les demi-droites
ED FC
[BA) et [CD) en S et T respectivement. Montrer que les cercles circonscrits aux triangles
SAE, SBF, T CF et T DE passent par un point commun.

Soit M le centre de la similitude S qui envoie A vers B et D vers C. Alors, elle envoie AD vers BC,
et comme les points E et F divisent ces segments dans le même rapport, alors elle envoie aussi
E vers F. Par suite, S envoie [AE] vers [BF] et envoie [ED] vers [FC], ce qui montre que M est
le point de Miquel des quadrilatères ABFE et EFCD. Donc, il appartient aux cercles circonscrits
aux triangles SAE, SBF, T CF et T DE.
110 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

b
M C
b

D
b
F
T b
b
E
b b b
S
A B

Exemple 29

On considère, dans le plan, les deux carrés ABCD et A′ B′ C ′ D ′ (les sommets sont dans le
sens trigonométrique). On désigne par A1 , B1 , C1 et D1 les milieux respectifs des segments
[AA′ ], [BB′ ], [CC ′ ] et [DD ′ ]. Montrer que A1 B1 C1 D1 est un carré.

Considérons la similitude S qui envoie A


C
b
D1 C1
b
D′
vers A′ et B vers B′ . L’image de ABCD par S
est aussi un carré. Ce carré partage les som- B
b
b b
A′
b
mets A′ , B′ avec le carré A′ B′ C ′ D ′ et ses som- b b

mets sont dans le sens trigonométrique, il est en D


A1
b
B1
b
C′
fait identique à A′ B′ C ′ D ′ . D’où S envoie ABCD b
b

vers A′ B′ C ′ D ′ . D’après la proposition 9, les tri- A B′


angles ASA′ , BSB′ , CSC ′ et DSD ′ sont deux à b

deux semblables. S

Puisque [SA1 ], [SB1 ], [SC1 ] et [SD1 ] sont des médianes de triangles semblables, alors les triangles
 
SA1 \
ASA1 , BSB1 , CSC1 et DSD1 sont semblables. Par conséquent, la similitude S S, , (SA, SA1 )
SA
envoie le carré ABCD vers A1 B1 C1 D1 , ce qui implique que A1 B1 C1 D1 est en fait un carré.
Exemple 30

Les cercles (ω1 ) et (ω2 ), de centres respectifs O1 et O2 , se coupent aux points P et S . Les
points A, D de (ω1 ), et B, C de (ω2 ) sont tels que les segments [AC] et [BD] se coupent en
P . Soient M, N et O les milieux respectifs de [AC], [BD] et [O1 O2 ].
Montrer que O est le centre du cercle circonscrit au triangle MN P .

C
D b
b
ω2
ω1 P
b

M
b N
b

b b b
O2
O1 O

b b
b
B
A S
2.3. SIMILITUDES 111

D’après la proposition 11 (2), S est le centre de la similitude qui envoie A vers C, D vers B, (ω1 )
vers (ω2 ), et aussi O1 vers O2 . Comme le triangle SAD « glisse » vers le triangle SCB, alors le
centre O1 de son cercle circonscrit glisse le long de O1 O2 et puisque P et S sont symétriques par
rapport à (O1 O2 ), son cercle circonscrit passe tout le temps par P. En regardant la situation au
milieu de son chemin (i.e. lorsque O est le milieu de [O1 O2 ]), on déduit que les points S, M, N
et P appartiennent au cercle de centre O. Donc, O est le centre du cercle circonscrit au triangle
MN P.

2.3.1 Exercices

Exercice 16

Soit ABC un triangle acutangle et scalène. On construit extérieurement sur les côtés [AB]
et [BC] les rectangles isométriques ABMN et BCKL (MB = N A = BC = LK et AB = MN =
BL = CK). Montrer que les droites (AL), (N K) et (MC) sont concourantes.

Solution. On considère la rotation de centre B et envoyant BMN A vers BCKL. La proposi-


tion 11 implique que toutes les trois droites, (AL), (N K) et (MC), passent par le second point
d’intersection des cercles circonscrits aux rectangles ABMN et LBCK.

Exercice 17
BM AN
Soient ABC un triangle, et M ∈ [AB], N ∈ [AC] sont tels que = .
MA N C
Montrer que les cercles circonscrits aux triangles AMN passent tous par un point fixe
différent de A.

 
AC \
Solution. La similitude S S, , (BA, AC) envoie [BA] vers [AC] (dans cet ordre des sommets).
AB
Puisque les points M et N divisent les segments correspondants dans le même rapport, alors
S envoie aussi M vers N . D’où (MS, \ \
SN ) = (BA, AC). Par suite, AMSN est un quadrilatère
cyclique, ce qui permet de conclure.

Exercice 18 : (Roumanie, 2001)

Soient ABC un triangle, et D un point situé dans son intérieur. On considère les points E
et F tels que les triangles AFB, CEA et CDB soient semblables, les points B et E sont situés
de part et d’autre par rapport à (AC), et les points C et F sont de part et d’autre par rapport
à (AB). Montrer que AEDF est un parallélogramme.

Solution.

b
A

F
b E
b

D
b b

B C

\
Posons θ = (CE, CA) et k = CA/CE. Alors, la similitude S (C, k, θ) envoie E vers A et D vers B.
\
Donc, elle envoie ED vers AB et par suite (ED, AB) = θ. Comme (AF,\ AB) = θ, alors (ED) (AF).
De même, on obtient (FD) (AE).
112 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Exercice 19 : Théorème de Napoléon (1769-1821)

Soit ABC un triangle. On construit, extérieurement au triangle ABC, les triangles équi-
latéraux BCD, CAE et ABF. Montrer que les centres de gravité, A1 , B1 et C1 , de ces trois
triangles forment un triangle équilatéral.


Solution. La similitude S (C, 3, +30°) envoie√le point B1 vers A et le point A1 vers D. Donc,
elle envoie
√ B1 A1 vers AD et par √suite AD = 3 · B1 A1 . Le même argument avec la similitude
S (B, 3, −30°) montre que AD = 3 · C1 A1 . Par conséquent, B1 A1 = C1 A1 , et de la même façon
on obtient B1 A1 = B1 C1 . Donc, A1 B1 C1 est un triangle équilatéral.

Exercice 20 : (Asie-Pacifique, 1998)

Soient ABC un triangle, et D le pied de la hauteur issue de A. Soient E et F deux points


d’une droite passant par D et tels que (AE) est perpendiculaire à (BE), (AF) est perpendi-
culaire à (CF), et E et F sont différents de D. On désigne par M et N les milieux respectifs
de [BC] et [EF]. Montrer que (AN ) et (N M) sont perpendiculaires.

Solution. On considère les cercles (ω1 ) et (ω2 ), de diamètres respectifs [AB] et [AC], et se cou-
pant aux points A et D. On est dans la situation d’appliquer la proposition 11. L’alignement des
points E, D, F, et l’alignement des points B, D, C impliquent que la similitude de centre A qui
envoie (ω1 ) vers (ω2 ) envoie aussi le triangle AEB vers le triangle AFC. Comme la « moyenne »
de ces deux triangles est le triangle AN M (en effet N est le milieu de [EF] et M est le milieu
de [BC]), alors il a la même forme, d’où (AN )⊥(MN ).

A ω2
ω1
b

b
E

N M
b
b b
b
B C
D
b

Exercice 21 : (Roumanie, 2006)

Soit ABC un triangle avec AB = AC. On désigne par D et M les milieux respectifs de [BC]
\
et [AD]. On note par N le projeté orthogonal de D sur (BM). Montrer que AN C = 90°.

Solution.
 Les triangles
 BN D et DN M sont semblables (critère angle-angle), donc la similitude
S N, N D
NB , +90° envoie le segment [BD] vers le segment [DM]. Puisque les triplets de points
(B, D, C) et (D, M, A) vérifient BD = DC et DM = MA, alors la similitude S envoie aussi C vers
A, et par suite \AN C = 90°.

Exercice 22 : (OIM, 2005)

Soit ABCD un quadrilatère tel que BC = DA et (BC) non parallèle à (DA). Soient E et F
deux points variables situés respectivement sur les côtés [BC] et [DA] tels que BE = DF.
Les droites (AC) et (BD) se coupent en P, les droites (BD) et (EF) en Q et les droites (EF)
2.3. SIMILITUDES 113

et (AC) en R. Montrer que, lorsque les points E et F varient, les cercles circonscrits aux
triangle PQR passent par un même point fixe, distinct de P.

Solution.

La façon la plus naturelle d’exploiter les don- C


nées BC = DA et BE = DF est de considérer b

la rotation R qui envoie B vers D et envoie C


vers A (et donc envoie E vers F). On note le D
b

centre de cette rotation par S. Comme la rota- P


b
tion est un cas spécial de la similitude, alors Q
F b b
son centre S est le second point d’intersection b b E
R
des cercles circonscrits aux triangles BCP et b

S
DAP. Or dans notre cas, R envoie aussi BE b

vers DF et envoie EC vers FA, donc S ap- B

partient aussi aux cercles circonscrits des tri- A b

angles BEQ, DFQ, ECR et FAR.

Avec toutes ces propriétés, il n’est pas difficile de deviner que le point S est celui qu’on cherche.
En effet, grâce aux quadrilatères cycliques BCPS et ECRS on conclut que :

\
(SR, \
RQ) ≡ (SR, \
RE) = (SC, \
CE) ≡ (SC, \
CB) = (SP, \
PB) ≡ (SP, PQ),

où on a utilisé les angles orientés pour couvrir tous les cas possibles.

Exercice 23 : (Proposé à l’OIM, 2006)

Les points A1 , B1 et C1 sont situés respectivement sur les côtés [BC], [CA] et [AB] d’un
triangle ABC. Les cercles circonscrits aux triangles AB1 C1 , BC1 A1 , CA1 B1 coupent le cercle
circonscrit (ω) au triangle ABC, une seconde fois, aux points A2 , B2 et C2 respectivement.
Les points A3 , B3 et C3 sont les symétriques respectifs de A1 , B1 et C1 par rapport aux
milieux des côtés [BC], [CA] et [AB].
Montrer que les triangles A2 B2 C2 et A3 B3 C3 sont semblables.

Solution.

A2
A b
b
ω
B2
b b
C1
B1
b

b
B3
C3 b

b b b
b

B A1 A3 C

b
C2

b qui, pour
Tout d’abord, on va identifier A2 comme étant le centre de la similitude S (A2 , k, A)
un certain k, envoie C1 vers B1 et B vers C. Alors, elle envoie BC1 vers CB1 , par suite son
rapport est égal à k = CB1 /BC1 . Ceci nous donne une chance d’utiliser la définition de B3 et
C3 , comme on a BC1 = AC3 et CB1 = AB3 et donc aussi k = AB3 /AC3 . Les triangles AB3 C3 et
A2 CB sont semblables (critère côté-angle-côté). De même, les triangles BC3 A3 et B2 AC sont
114 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

semblables, et les triangles CA3 B3 et C2 AB sont semblables. En utilisant les angles orientés :

\
(C3 A \ \ \ \
3 , A3 B3 ) = (C3 A3 , BC) + (BC, A3 B3 ) = (AC, CB2 ) + (C2 B, BA)

= (AA\ \ \
2 , A2 B2 ) + (C2 A2 , A2 A) = (C2 A2 , A2 B2 ).

Avec des arguments similaires, on conclut que les triangles A2 B2 C2 et A3 B3 C3 sont semblables.

Exercice 24 : (Russie, 1996)

[ = 60°. Un point O est situé à l’intérieur du triangle de


Soit ABC un triangle tel que BAC
[ = BOC
sorte que AOB [ = COA.[ Les points D et E sont les milieux respectifs de [AB] et [AC].
Montrer que les points A, D, O et E sont cocycliques.

Solution. Comme AOB[ = COA [ = 120° et OBA [ = 60° − OAB[ = OAC,


[ on voit que les triangles
AOB et COA sont semblables. Donc, la similitude S (O, OC/OA, 120°) envoie le triangle AOB
[ = 120° = 180°− BAC,
vers le triangle COA, et envoie aussi D vers E. D’où, DOE [ ce qui implique
que les points A, D, O et E sont cocycliques.

Exercice 25 : (Russie, 1980)

Soit ABC un triangle équilatéral. Les points M ∈ [AB] et P ∈ [CB] sont tels que (MP) (AC).
Le centre de gravité du triangle MBP est noté D, et le milieu de [PA] est noté E.
Déterminer les angles du triangle DEC.

Solution. Soient H et K les milieux respectifs de [PM] et [PB]. Remarquons que la similitude
S (D, 1/2, −60°) envoie P vers H, et B vers K, donc elle envoie PB vers KH. Les points H, K et
E sont alignés car ce sont les milieux respectifs de [PM], [PB] et [PA]. Notons que BC/BP =
BA/BM = KE/KH, ce qui implique que la similitude S (D, 1/2, −60°) envoie C vers E. Donc,
[ = 60° et DE = DC/2. D’où on a : DEC
EDC [ = 90° et DCE[ = 30°.

Exercice 26 : (Proposé à l’OIM, 1998)

b+ D
Soit ABCDEF un hexagone convexe tel que B b+Fb = 360° et AB · CD · EF = 1.
BC DE FA
Montrer que :
BC AE FD
· · = 1.
CA EF DB

Solution. Puisque Bb+ Db+F [ envoie le triangle


b = 360°, alors la similitude S (E, ED/EF, FED)
′ [
FEA vers le triangle DEA , et la similitude S (C, CD/CB, BCD) envoie le triangle BCA vers
le triangle DCA′′ . Donc, les triangles FEA et DEA′ sont semblables, et les triangles BCA et
BC DC DE DA′
DCA′′ sont semblables. Ceci donne = , = , et en utilisant l’équation donnée
CA CA′′ EF FA
on obtient :
A′′ D AB DE FA DA′
= = · = ,
DC BC CD EF CD
€=A
ce qui implique que A′ = A′′ . Maintenant, la relation AEF \ [ =A
′ ED implique que DEF \′ EA.
DE A E ′ AE AA ′
Comme = , alors les triangles DEF et A′ EA sont semblables et = . De même,
FE AE FE FD
DC DB
on obtient que les triangles DCB et A′ CA sont semblables et ′ = ′ . Par conséquent :
AC AA
BC AE FD DC AA′
· · = · = 1.
CA EF DB CA′′ DB
2.4. EXERCICES 115

2.4 Exercices

Exercice 27

Soit ABCD un quadrilatère convexe tel que les cercles inscrits dans les triangles ABC et
ADC soient tangents. Montrer que le quadrilatère ABCD admet un cercle inscrit.

Solution. Soient T , S et R les points de tangence du cercle inscrit dans le triangle ADC avec les
côtés AD, DC et AC respectivement. Soient P, Q et R les points de tangence du cercle inscrit
dans le triangle ABC avec les côtés AB, BC et CA respectivement. Remarquons que le point
R ∈ [AC] est le point de contact entre les deux cercles inscrits. On a :

AB + CD = AP + BP + CS + DS = AR + BQ + CR + DT = AT + BQ + CQ + DT = AD + BC,

ce qui permet de conclure que le quadrilatère ABCD admet un cercle inscrit grâce au théorème
de Pitot.

Exercice 28

Soit ABC un triangle. Les points E ∈ [AB] et D ∈ [AC] sont tels que :

EB = 2 × EA et AD = 2 × DC.
FD FE
Soit F le point d’intersection de (BD) avec (EC). Déterminer et .
FB FC

Solution. L’homothétie H(E, −1/2) envoie le point B vers A, et l’homothétie H(C, 1/3) envoie le
point A vers D. Puisque 1/3×−1/2 , 1, alors H(C, 1/3)◦H(E, −1/2) = H(O, −1/6) avec O ∈ (CE).
Or, H(C, 1/3) ◦ H(E, −1/2) envoie le point B vers D, donc O appartient aussi à la droite (BD).
FD OD 1
D’où, O doit être égal à F, par suite : = = .
FB OB 6
FE 4
De même, l’homothétie H(B, 2/3) ◦ H(D, −2) = H(F, −4/3) envoie C vers E, d’où = .
FC 3

Exercice 29

[ = EDA
Soit E un point à l’intérieur d’un carré ABCD tel que : EAD [ = 15°.
Montrer que EBC est un triangle équilatéral.

Solution. Soit O un point à l’intérieur du carré tel que ADO soit un triangle équilatéral. La
rotation R(D, 30°) envoie le point C vers O, et la rotation R(A, 30°) envoie le point O vers B.
[ = 15° = DAE,
Puisque EDA [ alors R(A, 30°) ◦ R(D, 30°) = R(E, 60°), d’où la rotation R(E, 60°)
envoie le point C vers B. Par conséquent, EBC est un triangle équilatéral.

Exercice 30

Soit ABC un triangle. On construit extérieurement, du triangle ABC, deux carrés ABEF
et ACGH. On désigne par M le milieu du segment [EG]. Montrer que MB = MC et que
(MB) ⊥ (MC).

Solution. Comme GC = AC et GCA [ = 90°, alors la rotation R(C, 90°) envoie le point G vers
A. De même, la rotation R(B, 90°) envoie A vers E. Par suite, R(B, 90°) ◦ R(C, 90°) envoie G
[ = 45° et CBO
vers E. Or, on a : R(B, 90°) ◦ R(C, 90°) = R(O, 180°), où O vérifie OCB [ = 45°.
Puisque R(B, 90°) ◦ R(C, 90°) envoie le point G vers E, alors O doit être égal à M. Maintenant,
[ = 90°, donc (MB) ⊥ (MC).
BOC
116 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Exercice 31

Sur les côtés d’un quadrilatère convexe ABCD, on construit intérieurement les tri-
angles rectangles isocèles ABO1 , BCO2 , CDO3 et DAO4 avec les angles droits aux points
O1 , O2 , O3 et O4 . Montrer que si O1 = O3 , alors O2 = O4 .

Solution. La rotation R(O1 , 90°) envoie A vers B, la rotation R(O2 , 90°) envoie B vers C, la
rotation R(O3 , 90°) envoie C vers D, et la rotation R(O4 , 90°) envoie D vers A. On sait que
R(O2 , 90°) ◦ R(O1 , 90°) = R(O, 180°) avec O\ \
1 O2 O = 45° (d’où O2 OO1 = 90°). Or, R(O2 , 90°) ◦
R(O1 , 90°) envoie A vers C, donc O doit être le milieu du segment [AC]. De même, on a
R(O4 , 90°) ◦ R(O3 , 90°) = R(O, 180°), avec O\ \ \
4 OO3 = 90° et OO3 O4 = 45° = O3 O4 O. Donc,
R(O, 90°) envoie O4 O2 vers O3 O1 . Par conséquent, si O1 = O3 alors O2 = O4 .

Exercice 32 : (Iran, 2000)

Deux cercles se coupent aux points A et B. Une droite (d) contenant A coupe à nouveau les
cercles en C et D respectivement. Soient M et N les milieux respectifs des arcs de cercle
“ et BD
BC “ qui ne contiennent pas le point A, et soit K le milieu du segment [CD].
Montrer que : MKN\ = 90°.

Solution. Comme CAB [ + BAD [ = 180°, il s’ensuit que BMC \ + DN[B = 180°. La rotation
\ envoie B vers C, la rotation R(K, 180°) envoie C vers D, et la rotation R(N , DN
R(M, BMC) [B)
[ \
envoie D vers B. Or, R(N , DN B) ◦ R(K, 180°) ◦ R(M, BMC) est une translation, et puisqu’elle
\ = 90°.
envoie B vers B, alors c’est l’identité. Par conséquent MKN

K A D
C b
b b
b

b b

b
N
B
M

Exercice 33

Soit H l’orthocentre du triangle ABC, on suppose que H est situé à l’intérieur du triangle.
Soient A′ , B′ et C ′ les centres des cercles circonscrits aux triangles BHC, CHA et AHB res-
pectivement. Montrer que les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) sont concourantes.

Solution. Soient O et G le centre du cercle circonscrit et le centre de gravité du triangle ABC.


[ = BA
Si A′′ est le symétrique de A par rapport à (BC) alors BAC \ ′′ C. On a :

   
[ = ABH
BHC [ + BAC[ + ACH[ = 90° − BAC [ + BAC [ + 90° − BAC [ = 180° − BA \ ′′ C,

donc A′′ appartient au cercle circonscrit au triangle HBC. La symétrie orthogonale par rap-
port à (BC) envoie O vers A′ , la symétrie orthogonale par rapport à (CA) envoie O vers B′ ,
et la symétrie orthogonale par rapport à (AB) envoie O vers C ′ . Si D, E et F sont les milieux
respectifs de [BC], [CA] et [AB], alors l’homothétie H(G, −1/2) envoie le triangle ABC vers le
triangle DEF, et l’homothétie H(O, 2) envoie le triangle DEF vers le triangle A′ B′ C ′ . Puisque
(−1/2) × 2 , 1, alors on peut écrire H(O, 2) ◦ H(G, −1/2) = H(X, −1) pour un certain point X.
Comme H(O, 2) ◦ H(G, −1/2) envoie le triangle ABC vers le triangle A′ B′ C ′ , alors on conclut
2.4. EXERCICES 117

que les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) sont concourantes au point X, et en fait le point X est le
milieu des segments [AA′ ], [BB′ ] et [CC ′ ].

b
A

B′
b b
C′
b b
F
E
b b
O H

b b b

B D C

A′

A′′
b

Exercice 34

Une droite (d) coupe en X, Y , Z les trois côtés (BC), (CA) et (AB) d’un triangle ABC. Soient
A′ , B′ , C ′ les projections orthogonales de A, B, C sur (d). Montrer que la droite (d) est une
droite de Simson relativement au triangle ABC si, et seulement si, les segments [A′ X], [B′ Y ]
et [C ′ Z] ont le même milieu.

Solution. Nous avons déjà rencontré cet exercice au chapitre « cercles ». Nous avons présenté
deux solutions différentes, la première utilise la notion d’orthopôle, et la deuxième la notion
de points cocycliques. On présente maintenant une troisième solution utilisant les transfor-
mations.
(=⇒) Si (d) est une droite de Simson d’un point P ; Y et Z sont sur le cercle de diamètre [PA] ;
Z et X sont sur le cercle de diamètre [PB] ; X et Y sont sur le cercle de diamètre [PC]. Donc,
on a les égalités d’angles suivantes :

(PA, PY ) = (ZA, (d)) = (PB, PX), (PB, PZ) = (XB, (d)) = (PC, PY ),
(PC, PX) = (Y C, (d)) = (PA, PZ).

Par suite, les 4 triangles rectangles PAY , ZAA′ , ZBB′ , PBX sont directement semblables.
Il en est de même pour les 4 triangles PBZ, XBB′ , XCC ′ , PCY , ainsi que les 4 triangles
PCX, Y CC ′ , Y AA′ , PAZ.

(d)
Z
b

b
A b
A′ P
b

Y
b

B′
b
b X
B b

b C
C′

Si l’on compose la similitude de centre P qui envoie Y en A (ainsi que X en B) et la similitude


de centre Z qui envoie A en A′ (ainsi que B en B′ ), on obtient donc une similitude d’angle nul
118 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

et de rapport 1, c’est-à-dire une translation, elle envoie Y en A′ et X en B′ :


# » # » # »
Y A′ + Y X = Y B′ ,

ce qui prouve que [A′ X] et [B′ Y ] ont le même milieu. On montre, de même, que [B′ Y ] et [C ′ Z]
ont le même milieu, ainsi que [C ′ Z] et [A′ X].
(⇐=) Supposons, par exemple, que [A′ X] et [B′ Y ] ont le même milieu. Soit P le point où la
perpendiculaire à (CA) en Y coupe la perpendiculaire à (AB) en Z. En s’inspirant du raisonne-
ment ci-dessus, la translation qui envoie A′ en Y est la composée de la similitude de centre Z
qui envoie A′ en A (ainsi que B′ en B) et d’une similitude qui envoie A en Y , de centre l’unique
point P ′ tel que P ′ AY soit directement semblable à ZAA′ , donc P ′ = P. Puisque cette même
translation envoie B′ en X, PBX est lui aussi directement semblable à ZAA′ , donc rectangle, et
P se projette bien orthogonalement en X, Y , Z sur (BC), (CA), (AB) respectivement, ce qui suffit
à montrer que (d) est la droite de Simson de P.

Exercice 35 : (OIM, 1978)

Dans un triangle ABC, les côtés AB et AC sont égaux. Un cercle est tangent intérieurement
au cercle circonscrit au triangle ABC et il est, de plus, respectivement tangent en P et Q
aux côtés [AB] et [AC].
Montrer que le milieu du segment [PQ] est le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC.

Solution.

On note (ω) le cercle tangent à [AB] et [AC] en


B′
P et Q respectivement. O est le centre de (ω), B
b

I est le milieu de [PQ], D est le point commun b

P
du cercle (ω) avec le cercle circonscrit au tri- b

angle ABC, et enfin O ′ est le milieu de [BC]


(voir figure ci-contre).
ω
Les points A, I, O et D sont alignés par symé-
A b b b b b
trie. Considérons l’homothétie de centre A qui D
I O O′
envoie le triangle ABC vers le triangle AB′ C ′
telle que D ∈ (B′ C ′ ). Puisque les triangles
rectangles AIP, ADB′ , ABD et APO sont sem- b

blables, alors on a : Q
b

b
C
AI AI AP AD AB AB C′
= · = · = .
AO AP AO AB′ AD AB′
Comme O est le centre du cercle inscrit dans le triangle AB′ C ′ , ceci implique que I est le centre
du cercle inscrit dans ABC.
autre formulation : soit h l’homothétie qui transforme O en I (les points A, I et O sont claire-
ment alignés). L’homothétie h transforme alors D en O ′ (les points A, D et O ′ étant clairement
alignés), on a :

AO ′ AI AO ′ AO ′ AB [ = AI · AP = AI .
= , = · = cos2 BAD
AD AO AD AB AD AP AO AO
Par suite h(ω) est un cercle de centre I, passant par O ′ et tangent à [AB] et à [AC], il s’agit du
cercle inscrit dans le triangle ABC. En conclusion, le point I est le centre du cercle inscrit dans
ABC.
2.4. EXERCICES 119

Exercice 36 : (OIM, 1981)

Soient trois cercles de même rayon ayant un point commun T et qui sont tous trois inté-
rieurs à un triangle ABC. On suppose que chaque cercle est tangent à deux des côtés du
triangle. Montrer que les centres I et O des cercles inscrit et circonscrit au triangle ABC et
le point T sont alignés.

Solution. On désigne par Oa , Ob et Oc les centres des trois cercles de l’énoncé. Puisque les trois
cercles ont le même rayon alors on déduit que (Oa Ob ) (AB), (Ob Oc ) (BC) et (Oc Oa ) (AC).
Par conséquent, il existe une homothétie de centre I qui transforme le triangle Oa Ob Oc en
ABC. Par cette homothétie, l’image du centre du cercle circonscrit au triangle Oa Ob Oc , i.e. T ,
est le centre du cercle circonscrit au triangle ABC, i.e. O. En conclusion, les points I, T et O
sont alignés.

A
b

Oa
b

I b
T
b
Ob
b b

Oc b

B O
C
b b

Exercice 37 : (OIM, 1982)

Soit A1 A2 A3 un triangle non isocèle de côtés a1 , a2 , a3 (ai est le côté opposé de Ai ). Pour
tout i ∈ J1, 3K, on désigne par Mi le milieu du côté ai , par Ti le point de contact du cercle
inscrit avec le côté ai et par Si le symétrique de Ti par rapport à la bissectrice intérieure de
l’angle de sommet Ai .
Montrer que les droites (M1 S1 ), (M2 S2 ) et (M3 S3 ) sont concourantes.

Solution. Soit I le centre du cercle inscrit dans le triangle A1 A2 A3 . Puisque le triangle A1 A2 A3


n’est pas isocèle, alors S1 , T1 , et par suite S1 < [A2 A3 ]. Ainsi, (M1 S1 ), (M2 S2 ) et (M3 S3 ) sont
bien des droites.

b A3

T1
b
T2 b

M1
M2 b S2 b
I
b b b

S1

S3
b
X b
b b b b

A1 T3 M3 A2

On a : S\ \ \ \ \ \
2 IT3 = S2 IA2 − A2 IT3 = T2 IA2 − A2 IT1 = T2 IT1 . On trouve de même ce résultat pour
S\ \ \
1 IT3 , si bien que S1 IT3 = S2 IT3 . De plus, on a : IS2 = IS1 et (IT3 )⊥(A1 A2 ), par conséquent
(S1 S2 ) (A1 A2 ). De même on a aussi (S2 S3 ) (A2 A3 ) et (S3 S1 ) (A3 A1 ). Donc, les triangles
A1 A2 A3 et S1 S2 S3 sont homothétiques, il existe ainsi une homothétie h1 telle que h1 (Ai ) =
Si pour tout i ∈ J1, 3K. D’autre part, les triangles A1 A2 A3 et M1 M2 M3 sont homothétiques
120 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

(homothétie h2 de centre le point G centre de gravité de ABC et de rapport −2/3). On a ainsi :

h1 ◦ h−1
2 (M1 ) = S1 , h1 ◦ h−1
2 (M2 ) = S2 et h1 ◦ h−1
2 (M3 ) = S3 .

⋄ Si h1 et h2 sont de rapports distincts : alors h1 ◦h−12 est une homothétie, et non une translation,
les droites (M1 S1 ), (M2 S2 ) et (M3 S3 ) sont alors concourantes et non pas parallèles.
⋄ Si h1 et h2 sont de même rapport : alors h1 ◦ h−1 2 est une translation, donc les triangles
M1 M2 M3 et S1 S2 S3 sont isométriques. Leurs cercles circonscrits ont donc le même rayon,
c’est-à-dire R = 2r, par suite ABC est un triangle équilatéral, cependant ce cas est exclu.

Exercice 38 : (OIM, 1983)

On se donne, dans un plan, deux cercles sécants C1 et C2 , de rayons inégaux et de centres


respectifs O1 et O2 . Soit A un de leurs points communs. Les points de contact des tangentes
communes à C1 et C2 sont P1 (sur C1 ) et P2 (sur C2 ) sur l’une des tangentes, Q1 (sur C1 ) et
Q2 (sur C2 ) sur l’autre. Soient M1 et M2 les milieux respectifs de [P1 Q1 ] et [P2 Q2 ]. Montrer
que les angles O\ \
1 AO2 et M1 AM2 sont égaux.

Solution.

Pour montrer que O\ \


1 AO2 = M1 AM2 il suf- P1
fit de prouver que O2 AM2 = O\
\ 1 AM1 . On
b
C1
considère l’homothétie de centre O qui envoie P2 b A′
b A
C2 vers C1 , on constate alors que O\ 2 AM2 =
b

O\1 A ′ M . Il nous reste encore à prouver que


1
b
C 2 M2
b b b b

O M1
O\ \ O2 O1
1 A M1 = O1 AM1 , i.e. les points O1 , M1 , A et

b

A sont cocycliques. On va utiliser la puis- Q2
sance d’un point par rapport à un cercle. b
Q1

OM1 \
On a : PA · OA′ = OP12 = · OO1 sin OP1 M1 = OM1 · OO1 . Donc, les points O1 , M1 , A
\
sin OP1 M1
et A′ sont cocycliques, ce qui permet de conclure.

Exercice 39 : (OIM, 1988)

On se place dans le plan. On considère deux cercles de rayons respectifs R et r (R > r) ayant
le même centre O. Soit P un point fixe du cercle de rayon r et B un point variable sur le
cercle de rayon R. La droite (BP) recoupe le cercle de rayon R au point C et la droite (d),
perpendiculaire à la droite (BP) en P, recoupe le cercle de rayon r au point A (si la droite
(d) est tangente au cercle, alors A = P).
1 Trouver l’ensemble des valeurs prises par BC 2 + CA2 + AB2 .
2 Trouver l’ensemble des milieux des segments [BC].

Solution. Soient Cr et CR les cercles de rayons respectifs r et R ; Q le point d’intersection (autre


que P) de la droite (BC) avec Cr , et enfin M le milieu de [BC] (il est aussi clairement le milieu
de [PQ]).
1. On suppose, quitte à intervertir B et C, que Q ∈ [PB] comme dans la figure ci-dessous.
D’après le théorème de Pythagore : BC 2 + CA2 + AB2 = (PB + PC)2 + (PA2 + PC 2 ) + (PA2 +
2 2 2 2 2 2 2
 ) = 2PB · PC + 2(PA + PB + PC ) = 2PB · PC + 2(PA + (PQ + PC) + PC) = 2PB · PC +
PB
2 (PA + PQ ) + 2PC · PQ + 2PC . Par conséquent, BC + CA + AB = 6 PB · PC + 2(PA2 +
2 2 2 2 2 2

PQ 2 ). Or, le terme PB · PC est l’opposé de la puissance du point P par raport à CR , il est


donc indépendant de B et C. Le terme PA2 + PQ 2 est égal, grâce au théorème de Pythagore,
2.4. EXERCICES 121

à AQ 2 = 4r 2 car [AQ] est un diamètre de Cr . En conclusion, BC 2 + CA2 + AB2 a une valeur


constante, calculée facilement pour (OP)⊥(BC) :

BC 2 + CA2 + AB2 = 6R2 + 2r 2 .

C
b
P
b

CR b
Q
M b
b
b b
O
A B
Cr

2. Le point M est le milieu du segment [PQ]. Or, lorsque B varie, le point Q décrit l’intégralité
du cercle Cr . Par suite, M décrit l’intégralité de l’image de ce cercle par l’homothétie de centre
P et de rapport 1/2. En conclusion, M décrit le cercle de diamètre [OP].

Exercice 40 : (OIM, 1999)

Deux cercles Γ1 et Γ2 sont intérieurs au cercle Γ et sont tangents à Γ respectivement en les


deux points distincts M et N . Le cercle Γ1 passe par le centre de Γ2 . La droite contenant
les deux points d’intersection de Γ1 et Γ2 rencontre Γ en A et B. Les droites (MA) et (MB)
coupent Γ1 respectivement en C et D.
Montrer que la droite (CD) est tangente au cercle Γ2 .

Solution.

Soit [EF] la corde de Γ qui est la tangente com- N B


F D
mune à Γ1 et Γ2 située du même côté que A b
b b
b

par rapport à la droite (O1 O2 ). On suppose (d)


b

que (EF) touche Γ1 au point C ′ . L’homothétie


b M

de centre M qui envoie Γ1 vers Γ va envoyer b


le point C ′ vers un certain point A′ , et va en- b C, C ′ b

voyer la droite (EF) vers la droite (d) tangente A A′ O1


à Γ en A′ .

•
Puisque (EF) et (d) sont parallèles, alors A′ doit être le milieu de l’arc de cercle FA ′ E. Par suite :

\
A \
′ EC ′ = A \
′ FC ′ = A ′ ME.

Ainsi, les triangles A′ EC et A′ ME sont semblables. La puissance de A′ par rapport Γ1 est alors
égale à : A′ C ′ · A′ M = A′ E 2 .
De même, la puissance de A′ par rapport à Γ2 est égale à A′ F 2 . Comme A′ E = A′ F, alors A′
a la même puissance par rapport à Γ1 et à Γ2 . Par conséquent A′ est sur l’axe radical AB. En
conclusion, A′ = A. Donc, C ′ = C et C appartient à EF.
De même, l’autre tangente commune à Γ1 et Γ2 passe par le point D. Si O1 et O2 sont les centres
respectifs de Γ1 et Γ2 , alors par symétrie par rapport à (O1 O2 ) on voit que O2 est le milieu de
l’arc de cercle CO – \ \ \
2 D. Par suite : DCO2 = CDO2 = FCO2 . Ceci implique que O2 appartient à
[ Comme (CF) est tangente à Γ2 , alors (CD) est tangente à Γ2 .
la bissectrice de l’angle FCD.
122 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES

Exercice 41 : (Asie-Pacifique, 2000)

Soit ABC un triangle. On suppose que la médiane et la bissectrice issues de A coupent le


côté BC aux points M et N respectivement. Soient Q et P les points d’intersection de la
perpendiculaire en N à (N A) avec les droites (MA) et (BA) respectivement. Finalement, O
est le point d’intersection de la perpendiculaire en P à (BA) avec la droite (AN ). Montrer
que les droites (QO) et (BC) sont perpendiculaires.

Solution.

Le cas AB = AC est clair. On suppose, sans


perte de généralité, que AB > AC. On sup-
pose que (AN ) coupe le cercle circonscrit au b A

triangle ABC à nouveau au point D. Alors :


[ = DAC
DBC [ = 1 BAC [ = DAB
[ = DCB. [ Donc
2
DB = DC et (MD)⊥(BC). Considérons l’ho-
mothétie de centre A qui envoie le triangle
DBC vers le triangle OB′ C ′ . Alors OB′ = OC ′
P b
et (BC) (B′ C ′ ). On suppose que (B′ C ′ ) coupe B′ Q C′
(PN ) au point K. On se propose de montrer b b b
b b b b
que K = Q. On a alors : B
M
C
N
\
OB [ = DAB
′ K = DBC [ = 90° − AOP[ = OPK.
[
b
O
b

\
Donc, les points P, B′ , O et K sont cocycliques. Par suite B \
′ KO = B ′ PO = 90° et B′ K = C ′ K.

Puisque (BC) (B′ C ′ ), alors ceci implique que K ∈ (AM). D’où K = Q. Comme B \′ KO = 90° et
′ ′
(BC) (B C ) on obtient que : (QO)⊥(BC).

Exercice 42 : (OIM, 2008)

Soit ABCD un quadrilatère convexe tel que BA , BC. Les cercles inscrits dans les triangles
ABC et ADC sont notés respectivement (ω1 ) et (ω2 ). On suppose qu’il existe un cercle (ω)
qui est tangent à la demi-droite [BA) au-delà de A, tangent à la demi-droite [BC) au-delà de
C, et qui est aussi tangent aux droites (AD) et (CD). Montrer que les tangentes communes
extérieures à (ω1 ) et à (ω2 ) se coupent en un point de (ω).

Solution. Soient P et Q les points de tangence de (ω1 ) et (ω2 ) avec [AC], alors on a :

AB + AC − BC CD + AC − AD
AP = = = CQ.
2 2
Soit (ωb ) le cercle exinscrit du triangle ABC relativement au sommet B, ce cercle B-exinscrit est
tangent à [AC] au point Q. Soit X le point d’intersection des tangentes extérieures communes
aux cercles (ω1 ) et (ω2 ). D’après le théorème de Monge appliqué aux cercles (ω1 ), (ω2 ) et (ωb )
on déduit que X ∈ (BQ).
De même, en introduisant le cercle (ωd ) D-exinscrit au triangle ACD, on déduit que X ∈ (DP).
Maintenant, soit Y le point de (ω) le plus proche de (AC) en lequel la tangente à (ω) est paral-
lèle à la droite (AC). En utilisant l’homothétie de centre B envoyant (ωb ) vers (ω), on déduit
que les points B, Q et Y sont alignés.
De même, en utilisant l’homothétie de centre D envoyant (ωd ) vers (ω), on déduit que les
points D, P et Y sont alignés. En conclusion :

X = Y et X ∈ (ω).
2.4. EXERCICES 123

b
B

ω1

A
b

b
P
b
C
b
Q
ω2
ωb

Ib
b

b
X

Exercice 43 : (Proposé à l’OIM, 2003)

ABC est un triangle isocèle avec AC = BC, et dont le centre du cercle inscrit est I. Soit
P un point du cercle circonscrit au triangle AIB et situé à l’intérieur du triangle ABC.
Les droites passant par P et parallèles à (CA) et (CB) coupent (AB) aux points D et E
respectivement. La droite passant par P et parallèle à (AB) coupe (CA) et (CB) aux points
F et G respectivement.
Montrer que les droites (DF) et (EG) se coupent sur le cercle circonscrit au triangle ABC.

Solution.

Les côtés correspondants des triangles PDE et b


C
CFG sont parallèles entre eux. Donc, si (DF)
et (EG) ne sont pas parallèles, alors elles sont
homothétiques, et ainsi (DF), (EG) et (CP)
sont concourantes au centre de l’homothétie.
I
Cette observation nous suggère l’affirmation F b
b
b
P
b G
suivante :
supposons que (CP) coupe le cercle circons-
b b b b
crit au triangle ABC à nouveau au point Q, A D E B
alors Q est le point d’intersection de (DF) avec b
Q
(EG).

[ = ABC
En effet, puisque AQP [ = BAC [ = PFC,
[ il s’ensuit que le quadrilatère AQPF est cyclique,
[ € d [
et donc FQP = PAF. Puisque IBA = CBA/2 = CAB/2 [ = IAC, d le cercle circonscrit au triangle
€ = DBP.
AIB est tangent à (CA) au point A, ce qui implique que PAF [ Comme QBD [ = QCA [ =
[ [
[ = DQP. Par conséquent
QPD, il s’ensuit que le quadtilatère DQBP est cyclique, et ainsi DBP
[ € [ [
FQP = PAF = DBP = DQP, ce qui implique que les points F, D et Q sont alignés. On obtient
de même que les points G, E et Q sont alignés. En conclusion, les droites (DF), (EG) et (CP)
coupent le cercle circonscrit au triangle ABC au même point.
124 CHAPITRE 2. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES
Chapitre

3
Quadrilatères

3.1 Définitions. Propriétés fondamentales

Définition (Quadrilatère)

Soient A, B, C et D quatre points tels que 3 quelconques d’entre eux ne sont pas alignés,
[AB] ∩ [CD] = ∅ et [BC] ∩ [DA] = ∅. Alors, l’ensemble Q = [AB] ∪ [BC] ∪ [CD] ∪ [DA] est
appelé quadrilatère.
Les points A, B, C et D sont les sommets ; [AB], [BC], [CD] et [DA] sont les côtés ; et
[AC], [BD] sont les diagonales du quadrilatère.

La figure à gauche est un quadrilatère. Les figures au milieu et à droite ne sont pas des qua-
drilatères.
b
b
C D
b b
B A
b
A

b b b
D b D B
b C b b A B C

Définition (Quadrilatère convexe)

Le quadrilatère ABCD est dit convexe si, pour tout côté, les sommets qui ne lui appar-
tiennent pas, sont situés dans le même demi-plan déterminé par ce côté. Un quadrilatère
est dit concave s’il n’est pas convexe.

La figure de gauche est un quadrilatère convexe. La figure de droite est un quadrilatère concave.
b
b b
B A
b C
A B
b

C D
b b
D b

Théorème 1
Soient a, b, c et d quatre nombres réels strictement positifs. Ces nombres sont les longueurs
des côtés d’un quadrilatère si, et seulement si :

a < b + c + d, b < c + d + a, c <d +a+b et d < a + b + c.

125
126 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Démonstration
(=⇒) Dans les triangles ABC et ACD on a res- a b
B
pectivement : a + b > AC et AC + c > d, d’où A
b

a + b + c > d. Les autres inégalités se montrent d


b

de façon similaire. b b
C D
c

(⇐=) Réciproquement, si les inégalités a + b > c + d, b + c > d + a, c + d > a + b et d + a > b + c


sont toutes vérifiées, alors en sommant on obtient 0 > 0, contradiction. Donc, il existe une inégalité
qui n’est pas vraie, disons par exemple a + b ≤ c + d. Posons ε1 = a, ε2 = b, ε3 = a + b − c + d, ε4 =
a + b + c − d, ε = min(ε1 , ε2 , ε3 , ε4 ) et a′ = a + b − 2ε . En tenant compte que ε ≤ ε3 on déduit que
a′ = a + b − 2ε ≥ a + b − a+b−c+d
2 = a+b+c−d
2 > 0, d’où a′ > 0. Puisque a′ ≥ a+b+c−d
2 et d + a + b > c,
(d+a+b)+c
alors a′ + d ≥ a+b+c−d
2 +d = 2 > c, d’où a′ + d > c. On montre de même que a′ + c > d. Or,
ε

a = a + b − 2 < a + b ≤ c + d, donc on a prouvé que a′ < c + d, c < a′ + d et d < a′ + c. Donc, il s’ensuit
que a′ , c, d peuvent être les longueurs des côtés d’un
 triangle
 ACD, avec CD = c, DA = d et AC = a .

ε 3a
En tenant compte que ε ≤ a, on a alors a + a = a + b − 2 + a ≥ 2 + b > b, d’où a + a > b. De même,
′ ′

on a aussi a′ + b > a. Or, a′ = a + b − 2ε < a + b, on a montré que a′ < a + b, a < a′ + b et b < a′ + a, ce qui
veut dire que a′ , a, b peuvent être les longueurs des côtés d’un triangle ABC avec AB = a et BC = b.
En conclusion, on a montré qu’il existe un quadrilatère ABCD avec comme côtés AB = a, BC =
b, CD = c et DA = d.

Théorème 2
Soient a, b, c et d des réels strictement positifs. Ces nombres peuvent être les longueurs des
côtés d’un quadrilatère si, et seulement si, il existe des nombres réels strictement positifs
x, y, z et t tels que :
−x + y + z + t x−y +z+t x+y −z+t x+y +z−t
a= , b= , c= et d= .
2 2 2 2

Démonstration
(=⇒) On considère le système d’équations :
−x + y + z + t x−y+z+t x+y −z+t x+y +z−t
= a, = b, = c, = d,
2 2 2 2

alors x + y + z + t = 2s, x = s − a, y = s − b, z = s − c et t = s − d avec s = a+b+c+d


2 est le semi-périmètre.
D’après le théorème précédent on a x = s − a = −a+b+c+d 2 > 0 et les inégalités similaires.
−x + y + z + t x − y + z + t x + y − z + t x + y + z − t
(⇐=) On calcule a + b + c − d = + + − = 2t > 0,
2 2 2 2
d’où a + b + c > d et les inégalités similaires. D’après le théorème précédent, il s’ensuit que a, b, c et d
peuvent être les longueurs d’un quadrilatère.

☞ Dans les conditions du théorème précédent on a :


X X X X X X
a= x, ab = xy, a2 = x2 , (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) = xyzt.

Théorème 3 : Théorème de Pompeiu (1873-1954)

Soient ABCD un parallélogramme, et M un point du plan différent des sommets A, B, C et


D. Alors il existe un quadrilatère avec des côtés de longueurs MA, MB, MC et MD respec-
tivement.
3.1. DÉFINITIONS. PROPRIÉTÉS FONDAMENTALES 127

Démonstration
On se propose de montrer que MD < MA + MB + MC. Les autres inégalités se montrent de la même
façon.

M
b
M
b b b b b
A B A B

D C D C
b b b b

Si M ∈ [AB] (figure de gauche), alors AB = MA + MB et MA + MB + MC = AB + MC = DC + MC.


Dans le triangle DMC on a DC + MC > MD et il s’ensuit alors que MA + MB + MC > MD. Si
M < [AB] (figure de droite), alors AB < MA + MB et MA + MB + MC > AB + MC = DC + MC. Dans
le triangle MDC, qui peut être dégénéré, on a DC + MC ≥ MC et dans ce cas on a aussi l’inégalité
souhaitée.

Théorème 4
Soient a, b, c et d des réels strictement positifs. On a équivalence entre :
1 il existe un quadrilatère avec des côtés de longueurs a, b, c et d respectivement ;
2 il existe un quadrilatère convexe avec des côtés de longueurs a, b, c et d respective-
ment.

Démonstration
Il est clair que (2) =⇒ (1). Supposons qu’il existe un quadrilatère concave ABCD avec des côtés de
longueurs a, b, c et d, et où C est un point appartenant à l’intérieur du triangle ABD. Soit C ′ le
symétrique de C par rapport au milieu de [BD], alors ABC ′ D est un quadrilatère convexe avec des
côtés de longueurs a, b, c et d.

Théorème 5
Un quadrilatère ABCD est convexe si, et seulement si, [AC] ∩ [BD] , ∅.

Démonstration
(=⇒) Si ABCD est un quadrilatère convexe, alors A appartient à l’intérieur de BCD, [ et comme
B ∈ [CB), D ∈ [CD), alors il s’ensuit que [CA) ∩ [BD] , ∅. De même, on a [AC] ∩ [DB) , ∅. Par
conséquent [AC] ∩ [BD] , ∅.
(⇐=) Soit {O} = [AC] ∩ [BD], alors les points B et D sont situés dans des demi-plans différents
déterminés par la droite (AC). De même, les points A et C sont situés dans des demi-plans différents
déterminés par la droite (BD). Comme [BO]∩(DC) = ∅ et [AO]∩(DC) = ∅, il s’ensuit que les points
A, O et B sont situés du même côté par rapport à la droite (DC). De même, il s’ensuit que les points
A, O, D sont situés du même côté par rapport à la droite (BC). Les points C, O, D sont situés du même
côté par rapport à la droite (AB). Enfin, les points B, O, C sont situés du même côté par rapport à la
droite (AD). On conclut alors que ABCD est un quadrilatère convexe.

Théorème 6
Un quadrilatère ABCD est convexe si, et seulement si, la somme des mesures de ses angles
est égale à 360°.
128 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Démonstration
(=⇒) Si le quadrilatère est convexe, alors en considérant un point à son intérieur, il s’ensuit immé-
diatement que la somme des mesures de ses angles est égale à 360°.
(⇐=) Supposons, par l’absurde, que ABCD n’est pas un quadrilatère convexe, et que les points B et C
sont situés dans des demi-plans opposés déterminés par la droite (AD). On a donc (AD)∩[BC] = {X}.

b E
A O
b

D b

B X C
b b b

[ Soit E un point dans le demi-plan déterminé par la droite


D’où D appartient à l’intérieur de ABC.
(AC), et opposé à celui contenant le point B. On voit immédiatement que ABCE est un quadrilatère
convexe. En considérant les triangles ADE et DEC on a :
 
[ = 360° − EAD
ADC [ + AEC[ + ECD
[ .

Si la somme des mesures des angles du quadrilatère ABCD est égale à 360°, alors [ [ [
 DAB+ABC+BCD+ 
[ = 360°. D’après les deux dernières égalités on a : DAB+
CDA [ ABC [ + BCD[ − EAD [ + AEC[ + ECD [ =
 
€ + ABC
0, ce qui donne EAB [ + BCE[ + CEA [ = 2 EAD [ + AEC
[ + ECD[ . Puisque ABCE est un qua-
€ + ABC
drilatère convexe, EAB [ + BCE[ + CEA [ = 360°, et par suite EAD
[ + AEC [ + ECD
[ = 180°. En
[
remplaçant dans la première égalité, on obtient que ADC = 180°, ce qui veut dire que les points A, D
et C sont alignés, contradiction avec le fait que ABCD est un quadrilatère.

3.1.1 Théorèmes d’Euler et de Leibniz


Dans la suite de cette sous-section, E et F désignent les milieux respectifs des diagonales [AC]
et [BD] du quadrilatère ABCD, et G est le milieu du segment [EF].
Théorème 7 : Théorème d’Euler (1707-1783)

Dans un quadrilatère ABCD on a l’identité :

4 · EF 2 = AB2 + BC 2 + CD 2 + DA2 − AC 2 − BD 2 .

Démonstration
En appliquant le théorème de la médiane dans les triangles ADC, ABC et DEB on a :

DA2 + DC 2 AC 2 BA2 + BC 2 AC 2 EB2 + ED 2 BD 2


DE 2 = − , BE 2 = − , EF 2 = − .
2 4 2 4 2 4
En remplaçant les expressions de DE 2 et BE 2 dans celle de EF 2 on déduit l’identité demandée.

Théorème 8
Soit ABCD un quadrilatère. On a équivalence entre :
1 ABCD est un parallélogramme ;
2 AB2 + BC 2 + CD 2 + DA2 = AC 2 + BD 2 .
3.1. DÉFINITIONS. PROPRIÉTÉS FONDAMENTALES 129

Démonstration
Si ABCD est un parallélogramme alors les points E et F coïncident, et le théorème d’Euler permet de
conclure. Réciproquement, d’après (2) et le théorème d’Euler, on déduit que E et F coïncident, donc les
diagonales [AC] et [BD] du quadrilatère ABCD se coupent en leurs milieux. Par conséquent, ABCD
est un parallélogramme.

Corollaire 1
Dans un quadrilatère ABCD on a l’inégalité :

AB2 + BC 2 + CD 2 + DA2 ≥ AC 2 + BD 2 ,

avec égalité si, et seulement si, ABCD est un parallélogramme.

Lemme
Soient ABCD un quadrilatère, et M, N les milieux respectifs de [AD] et [BC]. Alors on a
l’inégalité :
AB + CD
MN ≤ ,
2
avec égalité si, et seulement si, (AB) (DC).

Preuve
D’après le théorème des milieux on a : EM = CD AB
2 , (EM) (CD), EN = 2 et (EN ) (AB).
Dans le triangle MEN , éventuellement dégénéré, on a MN ≤ EM +EN , d’où la conclusion.
On a égalité si, et seulement si, E ∈ (MN ), ou de façon équivalente (AB) (MN ) et (DC)
(MN ), ce qui veut dire (AB) (DC).

Lemme
Soit ABCD un quadrilatère. Si M et N sont les milieux respectifs de [AD] et [BC], alors :

4 · MN 2 = AB2 − BC 2 + CD 2 − DA2 + AC 2 + BD 2 .

Preuve
En appliquant la formule de la médiane dans les triangles MCB, ACD et ABD on a :
2
! 2
!
 
2 2 2 2 2 2 AD 2 2 AD
4 · MN = 2 MC + MB − BC = CD + CA − + BD + BA − − BC 2 ,
2 2

ce qui donne la relation demandée.

Théorème 9
Soit ABCD un quadrilatère, alors on a :

AC 2 + BD 2 ≤ AD 2 + BC 2 + 2 · AB · CD,

avec égalité si, et seulement si, (AB) (CD).


130 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Démonstration
D’après les deux lemmes précédents on a :
 2
AB + CD
AB2 − BC 2 + CD 2 − DA2 + AC 2 + BD 2 = 4 · MN 2 ≤ 4 ,
2
ce qui donne la relation demandée.

Corollaire 2
Si ABCD est un trapèze avec (AB) (CD), alors :

AC 2 + BD 2 = AD 2 + BC 2 + 2 · AB · CD.

Lemme
Dans le quadrilatère ABCD on a l’identité

AC 2 + BD 2
GA2 + GB2 + GC 2 + GD 2 = + EF 2 ,
2
où E, F et G sont les milieux respectifs de [AC], [BD] et [EF].

Preuve
En appliquant la formule de la médiane dans les triangles AGC et BGD on a :

2(GA2 + GC 2 ) − AC 2 2(GB2 + GD 2 ) − BD 2
GE 2 = et GF 2 = .
4 4
En sommant ces deux relations, on obtient l’identité demandée.

Théorème 10 : Théorème de Leibniz (1646-1716)

Si X est un point quelconque dans le plan d’un quadrilatère ABCD, alors on a :

XA2 + XB2 + XC 2 + XD 2 = 4 · XG 2 + GA2 + GB2 + GC 2 + GD 2 .

Démonstration
En appliquant la formule de la médiane dans les triangles XAC, XBD et XEF on a :

2(XA2 + XC 2 ) − AC 2 2(XB2 + XD 2 ) − BD 2 2(XE 2 + XF 2 ) − EF 2


XE 2 = , XF 2 = , XG 2 = .
4 4 4
En remplaçant les expressions de XE 2 et XF 2 dans celle de XG 2 , et en tenant compte du lemme
précédent, on obtient l’identité souhaitée.

Corollaire 3
Si X est un point quelconque dans le plan d’un quadrilatère ABCD, alors on a :

1 2 
XA2 + XB2 + XC 2 + XD 2 − 4 · XG 2 = AB + BC 2 + CD 2 + DA2 + AC 2 + BD 2
4
et
1 2 
XA2 + XB2 + XC 2 + XD 2 ≥ AB + BC 2 + CD 2 + DA2 + AC 2 + BD 2 ,
4
3.1. DÉFINITIONS. PROPRIÉTÉS FONDAMENTALES 131

donc la somme XA2 + XB2 + XC 2 + XD 2 est minimale si, et seulement si, X coïncide avec G.

3.1.2 Quadrilatère orthodiagonal

Définition (Quadrilatère orthodiagonal)

Un quadrilatère ABCD est dit orthodiagonal si ses diagonales [AC] et [BD] sont perpendi-
culaires.

Théorème 11
Le quadrilatère ABCD est orthodiagonal si, et seulement si :

AB2 + CD 2 = BC 2 + AD 2 .

Démonstration
Soient E et F les projections orthogonales de B et D respectivement sur la droite (AC), alors le théo-
rème généralisé de Pythagore appliqué dans les triangles ABC et ADC nous donne :

BC 2 + AD 2 = (AB2 + AC 2 − 2 · AC · AE) + (AC 2 + CD 2 − 2 · AC · FC)


= AB2 + CD 2 + 2AC(AC − AE − FC) = AB2 + CD 2 + 2 · AC · EF.

L’inégalité du théorème 9 est équivalente à : 2 · AC · EF = 0, ce qui veut dire que E et F coïncident,


c’est équivalent à (AC)⊥(BD).
Le cas où E ou F n’est pas à l’intérieur du côté [AC] se traite de façon similaire.

Théorème 12
Dans un quadrilatère orthodiagonal ABCD on a :

2
AC + BD ≤ · (AB + BC + CD + DA) .
2

Théorème 13
Soient ABCD un quadrilatère convexe, et O le point d’intersection de (AC) avec (BD), alors
on a :
AB2 + CD 2 ≤ BC 2 + DA2 ⇐⇒ [ ≤ 90°.
BOA
On a égalité si, et seulement si, le quadrilatère est orthodiagonal.

Démonstration
[ alors par la relation d’Al-Kashi appliquée dans les triangles AOB, BOC, COD et DOA
Soit α = BOA,
on a : AB2 = OA2 +OB2 −2OA·OB cosα, BC 2 = OB2 +OC 2 −2OB·OC cos(180°−α), CD 2 = OC 2 +
OD 2 − 2OC · OD cos α et DA2 = OD 2 + OA2 − 2OD · OA cos(180° − α). Donc, AB2 + CD 2 = OA2 +
OB2 + OC 2 + OD 2 − 2 cos α(OA · OB + OC · OD), et par suite AB2 + CD 2 ≤ OA2 + OB2 + OC 2 + OD 2
si, et seulement si, α ≤ 90°. Or, BC 2 + DA2 = OA2 + OB2 + OC 2 + 2 cos α(OB · OC + OD · OA),
d’où BC 2 + DA2 ≥ OA2 + OB2 + OC 2 + OD 2 si, et seulement si, α ≤ 90°. La conclusion du théorème
découle des deux dernières assertions.
132 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

3.1.3 Médianes et bimédianes dans un quadrilatère

Définition
Dans un quadrilatère, les bimédianes sont les segments reliant les milieux des côtés oppo-
sés ou les milieux des diagonales.

b
b
M
D
b
A
F
b b
b N
Q b b
G
E
b b b

B P C

Théorème 14
Soit ABCD un quadrilatère.
1 Les milieux des côtés opposés de ABCD sont les sommets d’un parallélogramme.
2 Les bimédianes de ABCD sont concourantes en un point qui est le milieu de chaque
bimédiane.
3 On a : 2 · [MN PQ] = [ABCD].

Démonstration
AC AC
D’après le théorème des milieux on sait que (MN ) et (PQ) (AC), PQ = . (AC), MN =
2 2
Il s’ensuit que MN ≡ PQ et (MN ) (PQ), donc MN PQ est un parallélogramme. Soit G le point
d’intersection des diagonales (MP) et (QN ). Alors G est le milieu de ces segments. En appliquant le
théorème des milieux dans les triangles ABD et ACD on déduit que MEPF est un parallélogramme
de diagonales [MP] et [EF]. Donc la diagonale [EF] passe par le milieu de [MP], c’est-à-dire par
le point G. En conclusion, les bimédianes sont concourantes en G, et c’est le milieu de toutes les
QM 1
bimédianes. Enfin, puisque = , alors [AQM] = 12 [ADB], et par suite :
DB 2
1 1
[AQM] + [BMN ] + [CN P] + [PDQ] = ([ADB] + [BAC] + [CBD] + [CDA]) = · [ABCD].
2 2
En conclusion, on a prouvé que : 2 · [MN PQ] = [ABCD].

Définition (Médianes dans un quadrilatère)

Soient ABCD un quadrilatère, et G1 , G2 , G3 , G4 les centres de gravité des triangles BCD ,


CDA, DAB, ABC respectivement. Les segments [AG1 ], [BG2 ], [CG3 ] et [CG4 ] sont appelés
les médianes du quadrilatère ABCD .

M b
b D
b
A G3
b
b G2
b
G
b
b

G4 G1
B b
b
b
C
P
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 133

Théorème 15
Soit ABCD un quadrilatère, alors :
1 les médianes sont concourantes en G, c’est le point de concours des bimédianes. Le
point G est appelé le centre de gravité du quadrilatère ABCD ;
2 on a l’identité :
GG1 GG2 GG3 GG4 1
= = = = .
GA GB GC GD 3

Démonstration
En appliquant le théorème de Céva dans le triangle ABP il s’ensuit que les segments [AG1 ], [BG2 ] et
[PM] sont concourants. Si G ′ est le point de concours de ces segments, alors en appliquant le théorème
de Ménélaüs dans le triangle MAP avec la transversale BG ′ G2 on déduit que :

BM G2 A G ′ P
· · = 1,
BA G2 P G ′ M

par conséquent G ′ est le milieu de [PM]. Ainsi, les points G et G ′ coïncident. En conclusion, les
médianes et les bimédianes du quadrilatère ABCD concourent en G. Puisque (G1 G2 ) (AB), alors
△GG1 G2 ∼ △GAB et △PG1 G2 ∼ PBA, ce qui donne :

GG1 G G G1 G2 PG1 1
= 1 2 et = = ,
GA AB BA PB 3
GG1 1
d’où = . On montre de la même façon les autres relations similaires.
GA 3

3.2 Principaux théorèmes pour les quadrilatères convexes


Le point de Fermat, du nom du mathématicien français Pierre de Fermat, est un point remar-
quable d’un triangle en géométrie euclidienne. Il est également appelé point de Steiner (1796-
1863) ou point de Torricelli (1608-1647). Son existence correspond au théorème de Schruttka
(aussi connu sous le nom de théorème de Torricelli, ou théorème de Fermat).
Théorème 16 : Point de Fermat
Soient ABC ′ , ACB′ et BCA′ les 3 triangles équilatéraux construits extérieurement au tri-
angle ABC. Les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) sont concourantes en un point F appelé point
de Fermat.

Démonstration
En effet, par la rotation de centre C et d’angle 60°, B′ a pour image A et B a pour image A′ . La
rotation conservant la distance on a donc AA′ = BB′ et l’image de la droite (AA′ ) est (BB′ ) : elles sont
sécantes et forment un angle de même mesure que celui de la rotation soit 60°. On appelle F le point
d’intersection des droites (AA′ ) et (BB′ ) ; on a donc B[ € = 120°. Ainsi B[
′ FA = 60° et AFB ′ FA = 60°
\
et B ′ CA = 60° . On en déduit que les quatre points A, B′ , C et F sont cocycliques et appartiennent
au cercle Γ1 circonscrit au triangle AB′ C. De même les quatre points A, F, B et C ′ sont cocycliques et
appartiennent au cercle Γ2 circonscrit au triangle ABC ′ . L’angle CFA[ étant un angle inscrit dans le
\
cercle Γ1 , sa mesure est supplémentaire de celle de AB C et donc vaut 120°. L’angle C
′ \ ′ FA étant un
\
angle inscrit dans le cercle Γ2 , sa mesure est celle de C ′ BA, donc vaut aussi 60°. On en déduit que
\ [ \
CFC = CFA + AFC = 180°, et donc que C, F et C sont alignés : la droite (CC ′ ) passe aussi par F.
′ ′ ′
134 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

❏ Problème de Fermat : soit ABC un triangle. Trouver un point M du plan rendant minimum
la longueur AM + BM + CM. La solution est le point de Fermat.
❏ Cercles de Torricelli : les cercles circonscrits aux trois triangles équilatéraux précédents
ont un point commun qui, dans le cas d’un acutancle, est le point de Torricelli du triangle,
dont la somme des distances aux 3 sommets est minimale (théorème de Schruttka). Les
segments qui le relient aux 3 sommets forment entre eux des angles de 120°.
❏ remarque : si un des angles du triangle ABC est supérieur ou égal à 120°, le point M
minimisant la somme MA + MB + MC est le sommet de l’angle supérieur ou égal à 120°.
☞ On se propose de donner une « généralisation » de ces résultats dans le cadre d’un quadri-
latère.
Théorème 17 : Théorème de Torricelli pour un quadrilatère

Soit ABCD un quadrilatère convexe. On construit les triangles rectangles et isocèles


ABE, BCF, CDG et DAH, à l’extérieur de ABCD et dont les 4 côtés sont les hypoténuses de
ces triangles . Alors :
1 les cercles circonscrits aux triangles ABE, BCF, CDG et DAH ont un point commun
T si, et seulement si, ABCD est un quadrilatère orthodiagonal ;
2 si ABCD est un quadrilatère orthodiagonal, on a :
a les centres des cercles circonscrits aux triangles ABE, BCF, CDG et DAH sont les
sommets d’un rectangle,
b les droites (EG) et (FH) sont concourantes,
c EG = FH et (EG)⊥(FH).
Si les triangles ABE, BCF, CDG et DAH
√ sont construits à l’intérieur de ABCD, alors on a
2
les mêmes résultats sauf que : EG = · |AC − BD|.
2

Démonstration
➀ Supposons que les cercles circonscrits aux triangles ABE, BCF, CDG et DAH ont un point
commun.

b
E

B
b
b
b A

b
F

b
T b

b b
H
C
b

Comme [AB] et [BC] sont des diamètres des cercles circonscrits aux triangles ABE et BCF on
[
a AT [
B = 90° et BT C = 90°. Donc A, C et T sont alignés et (BD)⊥(AT ). Ainsi, (AC)⊥(BD), et
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 135

ABCD est un quadrilatère orthodiagonal. Réciproquement, supposons que ABCD est un qua-
drilatère orthodiagonal, et soit {T } = (AC)∩(BD). Puisque AT [ [
B = BT [
C = CT [
D = DT A = 90°,
il s’ensuit que T appartient aux cercles circonscrits aux triangles ABE, BCF, CDG et DAH. Par
conséquent, les quatre cercles ont un point commun T .
➁ Soient O1 , O2 , O3 et O4 les milieux respectifs des segments [AB], [BC], [CD] et [DA]. Puisque
les côtés de ABCD sont les hypothénuses des triangles rectangles isocèles ABE, BCF, CDG et
DAH, alors O1 , O2 , O3 et O4 sont les centres des cercles circonscrits de ces triangles. D’après le
théorème des milieux, il s’ensuit que O1 , O2 , O3 et O4 sont les sommets d’un parallélogramme.
Or, (O1 O2 ) (AC), (O1 O4 ) (BD) et (AC)⊥(BD), donc (O1 O2 )⊥(O1 O4 ), ce qui veut dire que
O1 O2 O3 O4 est un rectangle, ce qui prouve le point (a).
D’après 1. les quadrilatères AT BE et CT DG sont cycliques, donc ET [ € = 45° et CT
B = BAE [ G=
[ [ [ [ [ [
CDG = 45°. Comme BT C = 90°, alors ET G = ET B + BT C + CT G = 180°, d’où les points E, T
et G sont alignés. De même, les points F, T et H sont alignés, ce qui prouve le point (b).
Comme ABF est un triangle rectangle isocèle, et en appliquant le théorème de Ptolémée dans le
quadrilatère cyclique AT BE on a : AT · BE + AE · BT = AB · ET , c’est équivalent à :
√ √ √
AB 2 AB 2 2
AT · + · BT = AB · ET ce qui donne ET = · (AT + BT ).
2 2 2

2
De même, dans le quadrilatère CT DG on a T G = · (CT + DT ). En additionnant les deux
2
dernières égalités on déduit que :
√ √
2 2
EG = ET + T G = · (AT + BT + CT + DT ) = · (AC + BD).
2 2

2
De même, on obtient FH = · (AC + BD), d’où EG = FH. Dans les quadrilatères AT BE et
2
BT CF on a ET[ € = 45° et BT
B = EAB € € = 45°. En additionnant on obtient ET
F = BCF [ F = 90°,
ce qui veut dire que (EG)⊥(FH), ce qui prouve (c).

Théorème 18 : Théorème de Fermat pour un quadrilatère

Le point d’intersection des diagonales d’un quadrilatère convexe est le point du plan pour
lequel la somme des distances aux quatre sommets du quadrilatère est minimale.

Démonstration
Soient ABCD un quadrilatère convexe, {O} = (AC)∩(BD), et M un point dans le plan du quadrilatère
et différent de O. Dans les triangles AMC et BMD on a : MA+MC ≥ AC = AO +OC et MB+MD ≥
BD = BO + OD. Comme M et O sont distincts, alors :

MA + MB + MC + MD > OA + OB + OC + OD,

ce qui veut dire que le minimum de la somme des distances aux sommets est obtenu pour le point O.

b
B
b
A
O
b

D b M b
C
136 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Théorème 19 : Théorème de Céva pour un quadrilatère

Soient ABCD un quadrilatère convexe, M ∈ [AB], N ∈ [BC], P ∈ [CD] et Q ∈ [DA]. On


considère les points {A′ } = (BP) ∩ (DB), {B′ } = (CQ) ∩ (AP), {C ′ } = (DM) ∩ (BQ) et {D ′ } =
(AN ) ∩ (CM). Si :
MA N B PC QD
· · · = 1,
MB N C PD QA
alors les droites (AA′ ), (BB′ ), (CC ′ ) et (DD ′ ) sont concourantes.
Le résultat reste aussi vrai si M, N , P et Q sont des points arbitraires sur les droites
(AB), (BC), (CD) et (DA).

Démonstration
Les droites (AA′ ) et (DD ′ ) sont concourantes, soit O leur point d’intersection. On montre, tout
BA′ PB′ AO
d’abord, que les points B, O et B′ sont alignés. Si · · = 1, alors d’après la réciproque
BP B′ A OA ′
du théorème de Ménélaüs on conclut que les points B, O et B sont alignés. On applique le théo-

rème de Ménélaüs aux triangles DA′ P, PAD et A′ N A avec les transversales BN C, CB′ Q et DOD ′
respectivement, on trouve :

BA′ CP DN CP DQ AB′ DA′ N D ′ AO


· · = 1, · · =1 et · · = 1.
BP CD N A′ CD QA B′ P DN D ′ A OA′
Par multiplication on déduit que :

BA′ PB′ AO N A′ DQ D ′ A
· ′ · ′
= · · . (1)
BP B A OA DA′ QA D ′ N
En utilisant le théorème de Ménélaüs dans les triangles N DC et N BA on déduit que :

BN CP DA′ CN BM AD ′
· · =1 et · · = 1.
BC DP A′ N BC MA D ′ N
DQ MB CN DP
Par hypothèses on a : = · · . En multipliant les relations ci-haut on obtient :
QA MA N B PC

N A′ DQ D ′ A
· · = 1. (2)
DA′ QA D ′ N

BA′ PB′ AO
Des relations (1) et (2) on conclut que : · · = 1. Donc, les points B, O et B′ sont alignés.
BP ′ B′ A OA′
De même, on déduit que les points C, O et C sont alignés.

3.2.1 Quadrilatère complet

Définition : (Quadrilatère complet)

Un quadrilatère complet est une figure de géométrie plane constituée de quatre droites
dont deux quelconques ne sont pas parallèles ni trois quelconques concourantes.

❏ Une autre manière de définir un quadrilatère complet est de compléter un quadrilatère


convexe ABCD par le point E intersection des droites (AB) et (CD) et le point F intersection
des droites (AD) et (BC).
❏ Les intersections de ces quatre droites donnent six sommets A, B, C, D, E et F. L’intersection
de deux droites et l’intersection des deux autres droites sont des sommets opposés. Le
segment joignant deux sommets opposés est une diagonale. Il y a trois diagonales dans un
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 137

quadrilatère complet, [AC], [BD] et [EF].


❏ Le quadrilatère complet admet comme côtés ABE, BCF, DCE et ADF. Les côtés du quadri-
latère déterminent les triangles ADE, ABF, BCE et DCF.

b
F

D b

b
C

B E
A b b
b

Théorème 20 : Théorème de Gauss-Newton


Les milieux respectifs P, Q et R des diagonales [AC], [BD] et [EF] d’un quadrilatère com-
plet ABCDEF sont alignés. La droite passant par ces milieux est appelée droite de Newton-
Gauss du quadrilatère complet ABCDEF.

Démonstration
Soient G, H et I les milieux respectifs des côtés [CE], [EB] et [BC], alors par le théorème des milieux
les points G, I, P sont sur une droite parallèle à la droite passant par E, B, A ; les points H, I, Q sont sur
une droite parallèle à la droite passant par les points E, C, D, et les points H, G, R sont sur une droite
PI AB RG FC QH DE
parallèle à la droite passant par les points B, C, F. Par suite = , = et = ,
PG AE RH FB QI DC
d’où :
PI RG QH AB FC DE
· · = · · . (1)
PG RH QI AE FB DC
En appliquant le théorème de Ménélaüs au triangle BEC avec la transversale ADF on sait que :
AB DE FC
· · = 1, et en tenant compte de (1) on obtient :
AE DC FB
PI RG QH
· · = 1.
PG RH QI

D’où, la réciproque du théorème de Ménélaüs appliquée au triangle GHI avec la transversale PQR
permet de conclure que les points P, Q et R sont alignés.

Théorème 21 : Théorème de Miquel (1816-1851)

Les cercles circonscrits aux quatre triangles d’un quadrilatère complet ABCDEF ont
un point commun M. Ce point M est appelé point de Miquel du quadrilatère complet
ABCDEF.

Démonstration
Soient {E} = (AB) ∩ (CD), {F} = (BC) ∩ (AD), et M le second point d’intersection des cercles circons-
crits aux triangles BCE et DCF. Comme BCME et DCMF sont des quadrilatères cycliques, alors
\ = AED
BMC [ et CMF\ = CDA.[ Par suite :

BAF [ = BAF
€ + BMF \ + CMF
€ + BMC \ = BAF [ + ADE
€ + AED [ = 180°,

donc le quadrilatère ABMF est cyclique. De même, le quadrilatère ADME est cyclique. Ainsi, le
point M appartient aux cercles circonscrits aux triangles ABF, ADE, CBE et CDF.
138 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Théorème 22
Les centres des cercles circonscrits aux quatre triangles d’un quadrilatère complet sont
situés sur un cercle. Ce cercle s’appele cercle de Miquel. En particulier, le point de Miquel
appartient au cercle de Miquel.

Démonstration
Soient O1 , O2 , O3 et O4 les centres des cercles circonscrits aux triangles BCE, CDF, ABF et ADE
respectivement. On sait que (O1 O2 )⊥(MC), (O2 O3 )⊥(MF), (O3 O4 )⊥(MA) et (O4 O1 )⊥(ME).
De (O4 O1 )⊥(ME) et (O1 O2 )⊥(MC) on déduit que O\ \
2 O1 O4 = EMC. Des relations (O2 O3 )⊥(MF)
et (O3 O4 )⊥(MA) on déduit que O\ \
2 O3 O4 = 180°− AMF. Or, EBCM et ABMF sont des quadrilatères
cycliques, donc EMC = ABC et AMF = ABC. Par suite, \
\ [ \ [ AMF = O\ 2 O1 O4 et alors :
 
O\ \ \ \
2 O3 O4 + O2 O1 O4 = 180° − AMF + AMF = 180°,

\ = ABC
d’où le quadrilatère O1 O2 O3 O4 est cyclique. De l’égalité EMC [ (vue ci-haut) il résulte que
BEMC est un quadrilatère cyclique et alors M est situé sur le cercle circonscrit au triangle ABF. De
\ = ABC
l’égalité AMF [ (vue ci-haut) il résulte que EMCB est un quadrilatère cyclique et alors M est
situé sur le cercle circonscrit au triangle BEC. Par conséquent, les cercles circonscrits aux triangles
BCE, CDF, ABF et ADE ont un point en commun, et ce point est d’après le précédent théorème le
point de Miquel.

Théorème 23 : Théorème de Gauss-Bodenmiller


Soit ABCDEF un quadrilatère complet. Les cercles de diamètres [AC], [BD] et [EF] sont
coaxiaux. Leur axe radical est une droite passant par chacun des quatre orthocentres des
triangles FAB, FCD, EAD et EBC. Cette droite est appelée droite de Steiner (ou des fois
droite d’Aubert).

Démonstration
L’idée de démonstration est de prendre n’importe quel orthocentre, et puis de montrer qu’il a la même
puissance par rapport à tous les trois cercles. Par suite, les quatre orthocentres appartiennent tous
à l’axe radical. Soient (Γ1 ), (Γ2 ) et (Γ3 ) les cercles de diamètres [EF], [AC] et [BD] respectivement. Si
H1 est l’orthocentre du triangle BCE, alors il est facile de voir qu’il est le centre radical des cercles
(Γ1 ), (Γ2 ) et du cercle de diamètre [EC]. Donc, H1 appartient à l’axe radical des cercles (Γ1 ) et (Γ2 ). De
façon similaire, on obtient que H1 appartient à l’axe radical de (Γ1 ) et (Γ2 ), (Γ2 ) et (Γ3 ), (Γ3 ) et (Γ1 ).
De même, les orthocentres des trois autres triangles appartiennent tous aux axes radicaux. Ceci n’est
possible que lorsque les axes radicaux de (Γ1 ) et (Γ2 ), (Γ2 ) et (Γ3 ), (Γ3 ) et (Γ1 ) coïncident tous. Donc, les
quatre orthocentres appartiennent tous à la droite de Steiner. En particulier, les centres de (Γ1 ), (Γ2 )
et (Γ3 ) appartiennent tous à la droite de Gauss, c’est la droite perpendiculaire à la droite de Steiner
passant par les centres.

Exemple 1

Soient [AB] et [CD] deux segments dans le même plan ; P le point d’intersection des droites
(AC) avec (BD), et Q le second point d’intersection des cercles circonscrits aux triangles
PAB et PCD . Montrer que Q est le centre de la similitude envoyant [AB] vers [CD].

On considère la configuration ci-dessous, les autres peuvent être traitées de façon similaire. Alors
[ = 180° − QPB
on a : QAB [ = QPD [ = QCD,\ et de même QBA [ = QDC,\ donc les triangles QAB et
QCD sont semblables, par suite Q est le centre de la similitude envoyant [AB] vers [CD].
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 139

A b
P C
b
b
b
b
D
B

Exemple 2 : (États-Unis, 2006)

Soient ABCD un quadrilatère, et E, F des points des côtés [AD] et [BC] respectivement
AE BF
tels que = . La demi-droite [FE) coupe les demi-droites [BA) et [CD) en S et T
ED FC
respectivement.
Montrer que les cercles circonscrits aux triangles SAE, SBF, T CF et T DE passent par un
point commun.

P
b

C b

b
b
D
F
b

E b

b
b
T
B b
S
A

On considère la configuration ci-dessus, les autres se traitent de façon similaire. Soit P le second
[ = ASE
point d’intersection des cercles circonscrits aux triangles SAE et SBF. On a APE € = BPF, d et
[ = PSE
PAE € = PBF.
d Par suite les triangles PAE et PBF sont semblables, et ainsi les triangles PAB
et PDC sont aussi semblables. Donc P est le centre de la similitude envoyant le segment [AD]
vers le segment [BC]. Soit maintenant Q le second point d’intersection des cercles circonscrits
aux triangles T CF et T DE. On obtient de la même façon que Q est le centre de la similitude
envoyant le segment [AD] vers le segment [BC]. D’où, P = Q et la preuve est complète.
Exemple 3 : (États-Unis, 2013)

Dans le triangle ABC , les points P, Q et R appartiennent aux côtés [BC], [CA] et [AB] res-
pectivement. Soient (ωA ), (ωB ) et (ωC ) les cercles circonscrits aux triangles AQR, BRP et
CPQ respectivement. On suppose que le segment [AP] coupe (ωA ), (ωB ) et (ωC ), à nou-
Y X BP
veau, en X, Y et Z respectivement. Montrer que : = .
XZ PC

D’après le théorème de Miquel, on sait que les cercles (ωA ), (ωB ) et (ωC ) concourent en un
point M. Puisque {P} = (Y Z) ∩ (BC), et comme (ωB ) est le cercle circonscrit au triangle BPY et
(ωC ) est le cercle circonscrit au triangle CPZ, alors on sait que M est le centre de la similitude qui
envoie [BY ] vers [CZ]. Donc, M est le centre de la similitude qui envoie [Y Z] vers [BC]. Notons
aussi que MXZ\ = MQA \ = 180° − MQC \ = MPC,\ donc la similitude envoie aussi X vers P. Par
conséquent, X et P sont des points correspondants sur les segments [Y Z] et [BC] respectivement,
Y X BP
il s’ensuit que = .
XZ PC
140 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

A b

R
b

b Y
b
X
b
b
b Q
M
Z

b
b
B b
P C

Exemple 4 : (Asie-Pacifique, 2015)

Soient ABC un triangle, et D un point du côté [BC]. Une droite passant par D coupe le
côté [AB] en X et la demi-droite [AC) en Y . Le cercle circonscrit au triangle BXD coupe le
cercle (ω) circonscrit au triangle ABC , à nouveau, en Z (distinct de B). Les droites (ZD) et
(ZY ) coupent (ω), à nouveau, en V et W respectivement. Montrer que AB = V W .

A
b

b V

X
b

b b
D b
B C
b

b Y
W
b

On considère la configuration ci-dessus, les autres se traitent de la même façon. Z est le point
de Miquel du quadrilatère complet ACDXY B, donc Z appartient au cercle circonscrit au triangle
CDY . D’où :
W\ [ = DCY
ZV = 180° − DZY [ = 180° − ACB,[

donc les cordes [AB] et [V W ] interceptent des arcs égaux, ceci implique que AB = V W , ce qui
termine la preuve.
Exemple 5 : (Asie-Pacifique, 2014)

Les cercles (ω) et (Ω) se coupent aux points A et B. Soit M le milieu de l’arc AB “ du cercle
(ω), avec M à l’intérieur de (Ω ). Une corde [MP] du cercle (ω) coupe (Ω) en Q , avec Q à
l’intérieur de (ω). Soit (lP ) la tangente à (ω) en P , et soit (lQ ) la tangente à (Ω) en Q .
Montrer que le cercle circonscrit au triangle formé par les droites (lP ), (lQ ) et (AB) est tan-
gent à (Ω).

Soient O1 et O2 les centres respectifs de (ω) et (Ω). On définit {X} = (PM) ∩ (AB), {C} = (AB) ∩
\1 = AXM
[ = 90° − PMO
(lQ ), {D} = (lP ) ∩ (lQ ) et {E} = (AB) ∩ (lP ). Notons que MPE \ = PXE, [ d’où
2 2
EP = EX. Par suite, EX = EP = EB · EA. Soient Y le second point d’intersection de (PM) avec
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 141

(Ω), et T le second point d’intersection de (EY ) avec (Ω). D’après la puissance d’un point on
a : EX 2 = EA · EB = ET · EY , donc la droite (EX) est tangente au cercle circonscrit au triangle
Y XT . Par conséquent, T[
QC = T[ Y X = T[XC, d’où le quadrilatère T CQX est cyclique. De même,
2 [ =
on a EP = ET · EY , donc (EP) est tangente au cercle circonscrit au triangle Y PT . Ainsi, EXT
T[ [ , d’où le quadrilatère EPXT est cyclique aussi. Donc, T est le point de Miquel du
Y P = EPT
quadrilatère complet ECQPXD. Par suite T appartient au cercle circonscrit au triangle DEC. On
a maintenant :
[ + T[
EDT Y Q = T[CX + T[Y Q = T[QX + T[ [
Y Q = ET Q.
Ceci implique que le cercle circonscrit au triangle formé par (lP ), (lQ ) et (AB) est tangent à (Ω).

(ω)
A Y
b
(Ω) b

M
b O1 X b b
b
O2
Q b

b
B
b
T
b
C
b

b
b
E
D

Exemple 6

Soient ABCD un quadrilatère cyclique avec O comme centre du cercle circonscrit, {E} =
(AB) ∩ (CD), et {F} = (DA) ∩ (BC). Soit M le point de Miquel du quadrilatère complet
ABCDEF .
Montrer que M ∈ (EF) et que (OM)⊥(EF).

On considère la configuration ci-contre. Les


autres peuvent être traitées de façon similaire. F B O C
b b b
On a des quadrilatères cycliques donc : M1 b
b

b
b M2
A b
\ = EDA
EMA [ = 180° − ABF
€ = 180° − \
FMA,
b
D
M

donc M ∈ (EF). Soient M1 et M2 les milieux res- b

E
pectifs de [AB] et [CD].

Comme M est le centre de la similitude envoyant [AB] vers [DC], alors on a aussi M est le centre de
la similitude envoyant [AM1 ] vers [DM2 ]. Par suite M appartient au cercle circonscrit au triangle
\
EM1 M2 . Or, puisque OM \
1 E = OM2 E = 90°, ce cercle circonscrit a comme diamètre [OE], d’où
\ = 90°, ce qui termine la preuve.
OME
Exemple 7 : (Proposé à l’OIM, 1995)

Soient ABCD un quadrilatère cyclique, {E} = (AC) ∩ (BD) et {F} = (AB) ∩ (CD).
Montrer que F appartient à la droite passant par les orthocentres des triangles EAD et
EBC .
142 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Considérons le cercle (Γ1 ) de diamètre [AB] et le cercle (Γ2 ) de diamètre [CD], et soit (Γ) le
cercle circonscrit au quadrilatère ABCD. D’après le théorème de Gauss-Bodenmiller on sait que
les deux orthocentres appartiennent à l’axe radical de (Γ1 ) et de (Γ2 ) (i.e., la droite de Steiner de
ADBC). Donc, le problème sera résolu si on peut montrer que F appartient aussi à cet axe radical.
Or ceci découle du fait que F est le centre radical des cercles (Γ1 ), (Γ2 ) et (Γ).

Exemple 8 : (États-Unis, 2007)

Les cercles (Γ1 ) et (Γ2 ) se coupent en P et Q . Les segments [AC] et [BD] sont des cordes de
(Γ1 ) et (Γ2 ) respectivement, tels que [AB] et [CD) se coupent en P . La demi-droite [BD) et le
segment [AC] se coupent en X . Le point Y ∈ (Γ1 ) est tel que (PY ) (BD). Le point Z ∈ (Γ2 )
est tel que (PZ) (AC).
Montrer que les points Q, X, Y et Z sont alignés.

C b

Z Q
b

b X
b

b D
B b

b
Y

P
b

Soit Y ′ le second point d’intersection de [QX) avec (Γ1 ). On montre que (PY ′ ) (BD), ce qui
implique que Q, X, Y sont alignés. Le point Z est traité de la même manière.
Les conditions de l’exercice impliquent que Q est le point de Miquel du quadrilatère complet
DXAP. Donc, les quadrilatères CQDX et BQXA sont cycliques. Par conséquent :

\
QY [ = QCD
′ P = QCP \ = QXD
\ = QXB
[ ce qui implique que (PY ′ ) (BX).

Exemple 9 : (OIM, 2005)

Soit ABCD un quadrilatère tel que BC = DA et (BC) non parallèle à (DA). Soient E et F
deux points variables situés respectivement sur les côtés [BC] et [DA] tels que BE = DF .
Les droites (AC) et (BD) se coupent en P , les droites (BD) et (EF) en Q et les droites (EF)
et (AC) en R. Montrer que, lorsque les points E et F varient, les cercles circonscrits aux
triangles PQR passent par un même point fixe, distinct de P .

Soit M le point de Miquel du quadrilatère complet ADBC ; en d’autres termes, soit M le second
AF CE
point d’intersection des cercles circonscrits aux triangles APD et BPC. Comme = , alors
AD CB
M est aussi le centre de la similitude qui envoie [FA] vers [EC], c’est-à-dire le point de Miquel du
quadrilatère complet FACE. Comme {R} = (FE) ∩ (AC) on déduit que FARM est un quadrilatère
cyclique. Regardons maintenant de près le quadrilatère complet AFQP. Comme M appartient au
cercle (DFQ) passant par les points D, F, Q, et appartient aussi à (RAF), alors M est en fait le point
de Miquel de AFQP. Donc M ∈ (PQR). En conclusion, M est le point fixe recherché.
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 143

Exemple 10 : (États-Unis, 2012)

b coupe le côté BC
Le triangle ABC est inscrit dans un cercle (Γ). La bissectrice interne de A
et le cercle (Γ) en D et L (différent de A) respectivement. M est le milieu de [BC]. Le cercle
circonscrit au triangle ADM coupe les côtés AB et AC , à nouveau, en Q et P (différent
de A) respectivement. Soit N le milieu de [PQ], et H le pied de la perpendiculaire de L à
(N D). Montrer que la droite (ML) est tangente au cercle circonscrit au triangle HMN .

Le point principal dans l’exercice est de montrer que (MN ) (AD). Désignons par X le point
diamétralement opposé à L dans le cercle circonscrit au triangle ABC.

A b
X
b

b
Q N
b
b
P
b
B b b
b C
D M

b b
H
L

Comme XAD [ = XMD\ = 90°, il s’ensuit que les points A, M, D et X sont cocycliques. D’où X est le
point de Miquel du quadrilatère complet PQBC, et le centre de la similitude envoyant [QP] vers
[BC]. Donc, c’est aussi le centre de la similitude envoyant [N P] vers [MC]. De façon équivalente,
X est le centre de la similitude envoyant [N M] vers [PC]. Ceci implique que les triangles XN M
et XPC sont semblables avec la même orientation, par suite :

\
N [ = ACX
MX = PCX [ = ALX,
[

\ = HDL
ce qui entraîne que (MN ) (AL). Donc, HMN [ et la preuve est terminée.
[ = ALX,

Exemple 11 : (Proposé à l’OIM, 2006)

Les points A1 , B1 et C1 sont choisis respectivement sur les côtés [BC], [CA] et [AB] d’un
triangle ABC . Les cercles circonscrits aux triangles AB1 C1 , BC1 A1 et CA1 B1 coupent le
cercle circonscrit au triangle ABC , à nouveau, aux points A2 , B2 et C2 respectivement (avec
A2 , A, B2 , B, C2 , C ). Les points A3 , B3 et C3 sont les symétriques de A1 , B1 et C1 par
rapport aux milieux des côtés [BC], [CA] et [AB] respectivement. Montrer que les triangles
A2 B2 C2 et A3 B3 C3 sont semblables.

On se propose de montrer que AC\ \


3 B3 = A2 BC. Ceci résoudra le problème car la relation ana-
\
logue BC \ \ \ \ \ \
3 A3 = B2 AC implique que A3 C3 B3 = A3 C3 A + AC3 B3 = A3 C3 B + AC3 B3 , ce qui donne :

\2 + A
CAB \ \ \ \
2 BC = A2 C2 C + CC2 B2 = A2 C2 B2 .

Par la similitude de centre A2 , on déduit que △A2 C1 B ∼ △A2 B1 C, d’où :


A2 B A2 C1 C1 B AC3
= = = .
A2 C A2 B1 B1 C AB3

\
De plus, BA [ \
2 C = BAC = C3 AB3 . On peut voir facilement que A2 est du même côté que A par
rapport à (BC) puisque B1 et C1 sont contraintes à appartenir aux côtés du triangle. On déduit
alors que C\ \ \ \
3 AB3 = BA2 C, ce qui implique que △A2 BC ∼ △AC3 B3 . Donc, AC3 B3 = A2 BC, ce qui
termine la preuve.
144 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

A b

B2 C1 B3
b
b b A2
b

C3 b
b B1

b b
b b C
A1 A3
B

b
C2

3.2.2 Relations métriques dans un quadrilatère convexe


Théorème 24 : Théorème d’Archimède
Soit ABCD un quadrilatère convexe. On pose a = AB, b = BC, c = CD, d = DA, e = AC et
f = BD. Alors on a :

b+ D
B b
[ABCD]2 = (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) − abcd · cos2 ,
2
AB + BC + CD + DA
où s = est le semi-périmètre.
2

Démonstration
On a [ABCD] = [ABC] + [ADC], d’où 2[ABCD] = ab sin B + cd sin D, et en prenant le carré :

4[ABCD]2 = a2 b 2 sin2 B + c 2 d 2 sin2 D + 2abcd sin B sin D. (1)

D’autre part, d’après la relation d’Al-Kashi appliquée dans les triangles ABC et ADC on a : AC 2 =
a2 + b 2 − 2ab cos B et AC 2 = c 2 + d 2 − 2cd cos D, ce qui donne a2 + b 2 − 2ab cos B = c 2 + d 2 − 2cd cos D,
donc a2 + b 2 − c 2 − d 2 = 2ab cos B − 2cd cos D. En prenant le carré on déduit que :

(a2 + b 2 − c 2 − d 2 )2 = 4a2 b 2 cos2 B + 4c 2 d 2 cos2 D − 8abcd cos B cos D. (2)

En multipliant la relation (1) par 4 et en ajoutant la relation (2) on déduit que :

16[ABCD]2 + (a2 + b 2 − c 2 − d 2 )2 = 4a2 b 2 + 4c 2 d 2 − 8abcd cos(B + D),

ce qui s’écrit aussi :

16[ABCD]2 = (2ab + 2cd)2 − (a2 + b 2 − c 2 − d 2 ) − 8abcd(1 + cos(B + D))


B+D
= (2ab + 2cd + a2 + b 2 − c 2 − d 2 )(2ab + 2cd − a2 − b 2 + c 2 + d 2 ) − 16abcd cos2
2

h i h i B+D
16[ABCD]2 = (a + b)2 − (c − d)2 · (c + d)2 − (a − b)2 − 16abcd cos2
2
B+D
= (a + b + c − d)(a + b − c + d)(c + d + a − b)(c + d − a + b) − 16abcd cos2 .
2
En remplaçant a + b + c + d par 2s dans la relation ci-dessus on trouve la formule d’Archimède.
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 145

Théorème 25 : Relation d’Al-Kashi pour un quadrilatère convexe

Soit ABCD un quadrilatère convexe. Alors on a :

AB2 = BC 2 + CD 2 + DA2 − 2AD · DC · cos B b + 2AD · BC · cos(C


b − 2BC · CD · cos C b + D).
b

Démonstration

[ = AC 2 + DC 2 − AD 2
Dans le triangle ADC on a : cos ACD . En remplaçant AC 2 par AC 2 = AD 2 +
2AC · DC
b
DC 2 −2AD·DC cos D, [ = DC − AD cos D . D’après la loi des sinus dans le triangle
b on obtient cos ACD
AC
AD sin b
D
[ =
ACD on a sin ACD , et d’après la relation d’Al-Kashi dans le triangle ABC on a :
AC

AB2 = BC 2 + AC 2 − 2BC · AC cos(C [


b − ACD)

= BC 2 + AC 2 − 2BC · AC(cos C [ + sin C


b · cos ACD [
b · sin ACD).

En développant, on déduit que :


!
DC − AD cos D b b
AB2 = BC 2 + AD 2 + DC 2 − 2AD · DC · cos D
b − 2BC · AC cos C · b · AD sin D
+ sin C
AC AC
2 2 2 b b b b b b
= BC + AD + DC − 2AD · DC cos D − 2BC · DC cos C + 2BC · AD(cos C · cos D − sin C · sin D),
ce qui permet de conclure.

Corollaire 4
Si ABCD est un quadrilatère convexe, alors :

AB2 + CD 2 = AC 2 + BD 2 + 2AD · BC · cos(C + D).

Preuve
AD 2 + DC 2 − AC 2
Dans les triangles ADC et BCD on a respectivement : cos D = et cos C =
2AD · DC
BC 2 + DC 2 − BD 2
. Le théorème précédent permet alors de conclure.
2BC · DC

Corollaire 5
Si ABCD est un quadrilatère convexe, alors :

2AD · BC + AB2 + CD 2 ≥ AC 2 + BD 2 .

On a égalité si, et seulement si, (AD) (BC).

Preuve
Puisque cos(C + D) ≥ −1, alors le résultat découle du corollaire précédent. On a égalité si,
et seulement si, cos(C + D) = −1, ce qui veut dire C + D = 180° ou aussi (AD) (BC).
146 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Corollaire 6
Si ABCD est un quadrilatère convexe, alors :

(AB + CD)2 + (AD + BC)2 ≥ 2 · (AC 2 + BD 2 ).

On a égalité si, et seulement si, ABCD est un parallélogramme.

Preuve
C’est une simple conséquence du corollaire précédent.

Corollaire 7
Soit ABCD un quadrilatère convexe. Si C + D ∈ {90°, 270°}, alors :

AB2 + CD 2 = AC 2 + BD 2 .

Preuve
C’est une conséquence immédiate du corollaire 4.

Théorème 26 : Théorème de Stewart


Soit ABCD un quadrilatère convexe avec {O} = (AC) ∩ (BD). Alors :

AB2 ·OC ·OD +BC 2 ·OD ·OA +CD 2 ·OA ·OB +DA2 ·OB ·OC = AC ·BD ·(OA ·OC +OB ·OD).

Démonstration
b
B
b
A α
b

O
D C
b b

La relation d’Al-Kashi appliquée dans les triangles AOB, BOC, COD et DOA donne : AB2 = OA2 +
OB2 −2OA·OB cos α, BC 2 = OB2 +OC 2 −2OB·OC cos(180°−α), CD 2 = OC 2 +OD 2 −2OC·OD cos α
AB2 BC 2 CD 2 DA2
et DA2 = OD 2 +OA2 −2OD ·OA cos(180°−α). Donc, + + + =
     OA · OB OB · OC   OC · OD OD · OA 
OA OB OB OC OC OD OD OA
+ − 2 cos α + + + 2 cos α + + − 2 cos α + + + 2 cos α =
 OB OA   OC
  OB   OD OC  OA OD
OA OC OB OD OB OD OC OA AC BD BD AC
+ + + + + + + = + + + , ce qui per-
OB OB OA OA OC OC OD OD OB OA OC OD
met de conclure.

Corollaire 8
Si ABCD est un parallélogramme, alors :

AB2 + BC 2 + CD 2 + DA2 = AC 2 + BD 2 .
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 147

Preuve
AC BD
En effet, on a dans un parallélogramme ABCD : OA = OC = et OB = OD = .
2 2

Lemme
Si ABC et A′ B′ C ′ b= A
sont deux triangles tels que A b′ , et les angles B, bB
b C, b′ sont aigus
b′ et C
ou droits, alors on a :   
BC AC BC AB
− − ≤ 0.
B′ C ′ A′ C ′ B′ C ′ A′ B′

Preuve

On suppose, sans perte de généralité, que B b≤ B b′ , alors Cb≥ C b′ . La fonction x 7−→ sin x est
′ ′
croissante, alors sin B ≤ sin B et sin C ≥ sin C . La loi des sinus appliquée dans les triangles
BC CA BA B′ C ′ C ′ A′ B′ A′
donne = = et = = . En divisant les deux relations on
sin A sin B sin C sin A′ sin B′ sin C ′
obtient :
BC CA sin B′ BA sin C ′
= ′ ′· = ′ ′· .

BC ′ C A sin B B A sin C
BC CA BC
Les inégalités avec le sin vues ci-haut permettent de déduire que ′ ′ ≥ ′ ′ et ′ ′ ≤
BC CA BC
BA ′ B′ C ′ sont semblables.
. On a égalité si, et seulement si, les triangles ABC et A
B′ A′

Corollaire 9 : Inégalité de Ptolémée

Si ABCD est un quadrilatère convexe alors :

AC · BD ≤ AB · CD + AD · BC.

Preuve
En appliquant le lemme précédent aux triangles AOB et COD, puis AOD et BOC on
déduit que :
     
AB OB AB OA BC OB BC OC
− − ≤0 et − − ≤ 0.
CD OC CD OD AD OA AD OD
C’est équivalent à :

(AB·OC −CD ·OB)(AB·OD −CD ·OA) ≤ 0 et (BC ·OA−AD ·OB)(BC ·OD −AD ·OC) ≤ 0.

En additionnant ces deux inégalités on déduit que :

AB2 · OC · OD + BC 2 · OA · OD + CD 2 · OA · OB + DA2 · OB · OC ≤
≤ (AB · CD + AD · BC)(OA · OC + OB · OD).

Le théorème précédent permet alors de conclure.

Corollaire 10
Si ABCD est un quadrilatère convexe avec (AB) (CD), alors :
AC 2 + BD 2 = AD 2 + BC 2 + 2AB · CD.
148 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Preuve
AO
Comme (AB) (CD), alors les triangles AOB et COD sont semblables, et donc =
CO
AB AB · AC
. D’où, AO = , et des relations similaires pour BO, CO et DO. Il suffit de
CD AB + CD
développer le membre de droite dans l’égalité du dernier théorème pour conclure.

Théorème 27 : Théorème de Bretschneider (1808-1878)

Si ABCD est un quadrilatère convexe, alors :

(AC · BD)2 = (AB · CD)2 + (AD · BC)2 − 2AB · BC · CD · DA · cos(B + D).

Démonstration
[ = ADE
On construit un triangle ADE semblable au triangle ABC : ABC [ et BAC [ = DAE.
[ Donc,
AD DE AE
= = , par suite :
AB BC AC
BC · AD
DE = , (1)
AB
AD AB [ = DAB,
[ il s’ensuit que △EAC ∼ △DAB,
et = . En considérant cette égalité ainsi que EAC
AE AC
AC EC
d’où = , ce qui veut dire que :
AB DB
AC · DB
EC = . (2)
AB
La relation d’Al-Kashi appliquée dans le triangle EDC, éventuellement dégénéré, montre que EC 2 =
ED 2 + DC 2 − 2ED · DC cos(B + D). En remplaçant DE et EC grâce aux relations (1) et (2) ci-dessus
on déduit que :
 2  2
AC · BD BC · AD BC · AD
= + DC 2 − 2 · · DC · cos(B + D),
AB AB AB
ce qui permet de conclure.

Corollaire 11 : Inégalité de Ptolémée

Soit ABCD un quadrilatère convexe, alors :

AC · BD ≤ AB · CD + AD · BC.

On a égalité si, et seulement si, ABCD est un quadrilatère cyclique.

Preuve
La relation de Bretschneider s’écrit sous la forme :

(AC · BD)2 = (AB · CD)2 + (AD · BC)2 + 2AB · BC · CD · DA − 2AB · BC · CD · DA·


B+D
(1 + cos(B + D)) = (AB · CD + AD · BC)2 − 4AB · BC · CD · DA · cos2 ,
2
d’où (AC · BD)2 ≤ (AB · CD + AD · BC)2 ce qui donne l’inégalité de Ptolémée. On a égalité
3.2. PRINCIPAUX THÉORÈMES POUR LES QUADRILATÈRES CONVEXES 149

B+D b = 180°, ce qui veut dire que ABCD est cyclique.


b+ C
si, et seulement si, cos = 0, i.e. B
2

Corollaire 12
Si deux angles opposés d’un quadrilatère convexe ABCD sont complémentaires alors :

(AC · BD)2 = (AB · CD)2 + (BC · AD)2 .

Théorème 28
Dans un quadrilatère convexe ABCD on a les identités :

f2 (ad + bc) · [(ad + bc)(ac + bd) − 2abcd(cosB + cos D)]


2
=
e (ab + cd) · [(ab + cd)(ac + bd) − 2abcd(cosA + cosC)]
et
f2 a2 d 2 + b 2 c 2 − 2abcd cos(B + D)
= .
e2 a2 b 2 + c 2 d 2 − 2abcd cos(A + C)

Démonstration
D’après la relation d’Al-Kashi appliquée dans les triangles ABC et ADC, on a :

a2 + b 2 − f 2 c 2 + d 2 − f 2 (ad + bc)(ac + bd) − f 2 (ab + cd)


cos B + cosD = + = ,
2ab 2cd 2abcd
(ad + bc)(ac + bd) − 2abcd(cosB + cos D)
d’où : f 2 = et de même :
ab + cd
(ab + cd)(ac + bd) − 2abcd(cosA + cosC)
e2 = .
ad + bc
Ces deux dernières égalités permettent de conclure. Pour montrer la seconde égalité dans le théorème,
le point de départ est l’égalité de nombres complexes suivante :

(z2 − z1 )(z2 − z3 ) − (z4 − z1 )(z4 − z3 ) z −z


= 2 4.
(z1 − z2 )(z1 − z4 ) − (z3 − z2 )(z3 − z4 ) z3 − z1

On prend ensuite le conjugué de cette dernière expression, on laisse au lecteur le soin de finir la
preuve.

Corollaire 13
Soit ABCD un quadrilatère convexe.
b+ D
Si B b < 180° (respectivement B b > 180°), alors f < ad + bc ; respectivement f > ad + bc .
b+ D
e ab + cd e ab + cd

Preuve

b+ D
Si B b < 180° alors A b+ C b > 180°, d’où : cos B + cos D = 2 cos B + D cos B − D > 0 et
2 2
A+C A−C f 2 (ad + bc)2 (ac + bd)
cos A+cosC = 2 cos cos < 0. D’après le théorème 28 : 2 < =
2 2 e (ab + cd)2 (ac + bd)
!2
ad + bc
. L’autre inégalité se montre de la même façon.
ab + cd
150 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

3.3 Quadrilatère cyclique (ou inscriptible)


Nous avons déjà rencontré, voir chapitres précédents, des critères pour montrer qu’un quadri-
latère convexe est cyclique (ou inscriptible), en particulier le théorème de Ptolémée (dit parfois
premier théorème de Ptolémée). Nous donnons dans ce paragraphe de nouveaux critères, ainsi
que des exercices d’applications.
Théorème 29 : Second théorème de Ptolémée
Soit ABCD un quadrilatère convexe. Alors on a équivalence entre :
1 ABCD est cyclique ;
AC AB · AD + CB · CD
2 = .
BD BA · BC + DA · DC

Démonstration
b C
Si ABCD est cyclique, alors A+ b = 180° et B+
b Db = 180°. Donc, cos A+cosC = 0 et cos B+cos D = 0.
Le théorème 28 permet alors de conclure.
b+ D
Réciproquement, d’après le corollaire 13 on déduit que la seule option possible est B b = 180°, et
comme ABCD est convexe alors il est cyclique.

Lemme de Brahmagupta
Si R est le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC, et [AA′ ] une hauteur de ce triangle
avec A′ ∈ (BC), alors on a :
AB · AC = 2R · AA′ .

Preuve
Soit A1 le point diamétralement opposé au point A dans le cercle circonscrit au triangle
AB AA′
ABC. Les triangles ABA′ et AA1 C sont semblables, donc = , or AA1 = 2R, donc
AA1 AC ′
AB · AC = 2R · AA′ .

Théorème 30 : Théorème de Pappus

Soient ABCD un quadrilatère cyclique, et M un point du cercle circonscrit à ABCD. On


désigne par A′ , B′ , C ′ et D ′ les projections orthogonales de M sur les côtés AB, BC, CA et
DA respectivement. Alors, on a :

MA′ · MC ′ = MB′ · MD ′ .

Démonstration
D’après le lemme de Brahmagupta on sait que : MA·MB = 2R·MA′ , MB·MC = 2R·MB′ , MC·MD =
2R · MC ′ et MD · MA = 2R · MD ′ , par suite MA′ · MC ′ = MB′ · MD ′ .

Théorème 31 : Théorème de Jules Mathot (1901)

Dans un quadrilatère cyclique les perpendiculaires issues des milieux des côtés aux cô-
tés opposés sont concourantes. Le point de concours M s’appelle le point de Mathot du
quadrilatère cyclique ABCD.
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 151

Démonstration
Soit O le centre du cercle circonscrit au qua-
drilatère cyclique ABCD, et désignons par A b

A′ , B′ , C ′ et D ′ les milieux respectifs des seg- D′


b
ments [AB], [BC], [CD] et [DA]. On sait
que (OA′ )⊥(AB), (OB′ )⊥(BC), (OC ′ )⊥(CD) et O
A′ b
b
D
(OD ′ )⊥(DA). Les bimédianes du quadrilatère se b

coupent en un point G. Considérons le point M G b

symétrique de O par rapport à G, alors MA′ OC ′ M


b

C′
est un parallélogramme car ses diagonales se b
b
B
coupent en leurs milieux. B′
b
C

Par suite (MA′ ) (OC ′ ). Or (OC ′ )⊥(DC), donc (MA′ )⊥(CD). De même, on montre que
(MB′ )⊥(AD), (MC ′ )⊥(AB) et (MD ′ )⊥(BC).

Théorème 32
Soient ABCD un quadrilatère orthodiagonal, et {M} = (AC) ∩ (BD). Si A′ , B′ , C ′ et D ′ sont
les projections orthogonales de M sur les côtés [AB], [BC], [CD] et [DA] respectivement,
alors A′ B′ C ′ D ′ est un quadrilatère cyclique.

Démonstration
\
Dans les quadrilatères cycliques MA′ AD ′ , MA′ BB′ , MB′ CC ′ et MC ′ DD ′ on a les relations MA ′ D′ =
\ \
MAD , MA B = MBB
′ ′ ′ ′ \ ′ ′ \ ′ \
\ , MC B = MCB et MC D = MDD
′ ′ \ . En sommant ces relations on déduit

que : B\ ′ A′ D ′ + B\ \′ + MDD
′ C ′ D ′ = MAD \′ + MBB
\′ + MCB \′ = 90° + 90° = 180°. Donc, A′ B′ C ′ D ′ est
un quadrilatère cyclique.

A b

D′
b
D
b

A′ b
b
b C′
M

b
b
B b
B′ C

Théorème 33
Soient ABCD un quadrilatère orthodiagonal et cyclique, et {M} = (AC)∩(BD). Si les points
A′ , B′ , C ′ et D ′ sont les projections orthogonales de M sur les côtés [AB], [BC], [CD] et [DA]
respectivement, alors :
1 le point M est le point de Mathot du quadrilatère ABCD ;
2 les milieux des côtés de ABCD appartiennent au cercle circonscrit au quadrilatère
A′ B′ C ′ D ′ ;
3 le centre du cercle circonscrit au quadrilatère A′ B′ C ′ D ′ est le milieu du segment
[MO] où O est le centre du cercle circonscrit au quadrilatère ABCD.
152 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Démonstration
D’après le théorème précédent, le quadrilatère A
A′ B′ C ′ D ′ est cyclique. Soient E, F, G et H les b

milieux respectifs de [AB], [BC], [CD] et [DA].


Dans le triangle rectangle DMC on a CDM \ =
H
\ Dans le triangle AMA on a MAA
DMG. ′ \′ + A′ b b

\′ = 90°, et dans le quadrilatère cyclique


AMA b
D′

ABCD on a \ \ Puisque ABCD est


MAB = CDM. O b
b
orthodiagonal alors : b
N b b

A\ \′ + AMD \ + DMG \ = AMA \′ +


′ MG = AMA B M D

\
MAB + 90° = 180°. b b
C′
F b

B′
b

Il s’ensuit que les points A′ , M et G sont alignés. De même, les triplets de points (B′ , M, H), (C ′ , M, E)
et (D ′ , M, F) sont alignés. Par conséquent, M est le point de Mathot de ABCD.
Comme GA \ \
′ E = EC ′ G = 90°, les points E, A′ , C ′ et G sont sur le cercle de diamètre [EG]. De même,
′ ′
les points H, D , B et F sont sur le cercle de diamètre HF. Si le quadrilatère EFGH est un rectangle,
alors ses diagonales sont égales, d’où GE = FH, et par suite les points A′ , B′ , C ′ , D ′ , E, F, G et H sont
sur un même cercle, de centre N le milieu de [GE].
Comme (EC ′ )⊥(DC) et (OG)⊥(DC), alors (EC ′ ) (OG). De même, (GA′ ) (OE). Par suite MGOE
est un parallélogramme et il s’ensuit que N est le milieu de [MO].

Théorème 34
Soit ABCD un quadrilatère cyclique. La tangente en A au cercle circonscrit au quadrilatère
ABCD coupe les tangentes en B et D aux points A′ et D ′ respectivement. La tangente en C
coupe les tangentes en B et D aux points B′ et C ′ respectivement. Alors :

A′ B′ C ′ D ′ est cyclique ⇐⇒ ABCD est orthodiagonal.

Démonstration

A′ A
b

α D′

O b

β
b b
B
D

b
b
b
C′
B′ C

Posons α = BAC[ et β = ABD, [ alors D \′ AD = D \ ′ DA = β, d’où D c′ = 180° − 2β. De même, on a


b′ = 180° − 2α. Donc le quadrilatère A′ B′ C ′ D ′ est cyclique si, et seulement si, B
B b′ + c
D ′ = 180°, ce qui
s’écrit α + β = 90°, c’est équivalent à (AC)⊥(BD).
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 153

Théorème 35 : Théorème de Sturm (1803-1855)

Soit ABCD un quadrilatère de côtés a = AB, b = BC, c = CD et d = DA. Alors, il existe un


quadrilatère cyclique MN PQ tel que a = MN , b = N P, c = PQ et d = QM.

Démonstration
On sait déjà que a, b, c et d peuvent être les longueurs des côtés d’un quadrilatère convexe. On va
montrer que :
a2 + d 2 − b 2 − c 2
−1 < < 1. (1)
2(ad + bc)


a2 + d 2 − b 2 − c 2 < 2(ad + bc)

Les inégalités ci-dessus sont équivalentes à : 
 , ce qui s’écrit :
−2(ad + bc) < a2 + d − b 2 − c 2
 
 
0 < (b + c)2 − (a − d)2
 0 < (−a + b + c + d)(a + b + c − d),


 ou de façon équivalente 

0 < (a + d) − (b − c)2 0 < (a + b − c + d)(a − b + c + d).

Les dernières inégalités sont vraies car a, b, c et d sont les côtés d’un quadrilatère convexe. Donc
la relation (1) est vraie. Construisons le triangle MN Q avec MN = a, MQ = d et N \MQ = x =
a2 + d 2 − b 2 − c 2
arccos . Alors :
2(ad + bc)
a2 + d 2 − b 2 − c 2
cos x = . (2)
2(ad + bc)
De la dernière égalité on déduit que

a2 + d 2 − 2ad cos x = b 2 + c 2 + 2bc cos x. (3)

Dans le triangle MN Q on a N Q 2 = MN 2 + MQ 2 − 2MN · MQ cosx = a2 + d 2 − 2ad cos x, et en


tenant compte de (3) il s’ensuit que N Q 2 = b 2 + c 2 + 2bc cosx. D’où :

(b − c)2 = b 2 + c 2 − 2bc < N Q 2 < b 2 + c 2 + 2bc = (b + c)2 donc |b − c| < N Q < b + c.




 b < c + NQ



Si b ≤ c, les inégalités ci-dessus donnent   c < b + N Q , et on a des relations similaires lorsque b > c.


N Q < b + c
On peut donc construire un triangle PN Q de côtés PN = b, PQ = c et N Q = a2 + d 2 − 2ad cos x où
x est donné par (2). Dans ce triangle, la relation d’Al-Kashi et la relation N Q 2 = b 2 + c 2 + 2bc cosx
ci-haut montrent que :
b2 + c2 − N Q2
cos \
N PQ = = − cos x,
2bc
donc MN PQ est un quadrilatère cyclique.

☞ L’interprétation géométrique du théorème de Sturm est qu’on peut « déformer » n’importe


quel quadrilatère pour obtenir un quadrilatère cyclique.
Théorème 36 : Théorème japonais

Soit ABCD un quadrilatère convexe inscrit dans un cercle. On désigne par Ia (ra ), Ib (rb ),
Ic (rc ) et Id (rd ) les cercles inscrits dans les triangles BCD, CDA, DAB et ABC respective-
ment. Alors Ia Ib Ic Ic est un rectangle et on a :

ra + rc = rb + rd .
154 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Note historique

Le théorème japonais dit que quelle que soit la manière dont on triangule un polygone inscrip-
tible, la somme des rayons des cercles inscrits dans ces triangles est constante. Réciproquement,
si la somme des rayons des cercles inscrits est constante quelle que soit la triangulation, alors le
polygone est inscriptible. Le théorème japonais découle du théorème japonais de Carnot. Ce théo-
rème est aussi une généralisation du théorème japonais pour les quadrilatères inscriptibles. Ce
théorème montre que les centres des cercles inscrits dans les triangles issus des deux triangula-
tions possibles d’un quadrilatère inscriptible forment un rectangle. Le nom de théorème japonais
fait référence aux sangakus, ces figures géométriques illustrant une propriété mathématique et
accrochées dans les temples japonais. D’après le professeur Yoshida de l’université de Kyoto, ce
théorème est d’origine chinoise et porte, au Japon, le nom de théorème chinois. C’est le japonais
Ryokan Maruyama qui en fait un sangaku vers 1800. C’est ainsi que le théorème porte aussi le
nom de théorème de Maruyama. Mais d’après le professeur Sato Naonobu de l’université d’Akita,
il existe une preuve de ce théorème antérieure à 1800, œuvre du samouraï Shinpei Ito. Ce théo-
rème est popularisé en Occident par Roger A. Johnson qui le nomme en 1929 théorème d’origine
orientale, puis est nommé théorème japonais vers 1993.

Démonstration
1[ 1[
On observe que I[ d AIc = BAD − BAC = A
  2 2 b

1[ 1 [ [ 1[
BAD − BAD − CAD = CAD, et I[
d BIc =
2 2 2
1[ 1[ 1 [ 1 [ [ Ic b

ABC − ABD = ABC − ABC − CBD = b


D
2 2 2 2
1[ Id b
b

CBD. Puisque ABCD est un quadrilatère cy- Ib


2 b
b
[ = CBD.
clique, alors CAD [ B
Ia
D’où I[ [
d AIc = Id BIc , ce qui veut dire que le qua-
drilatère ABId Ic est cyclique. b
C

De même, on déduit que les quadrilatères BCIa Id , CDIb Ia et DAIc Ib sont cycliques. Soit V un point
tel que Id ∈ [BV ], il est facile de voir que I\ [ \ [
c Id V = BAIc et Ia Id V = BCIa . D’où :

[ + BAD
BCD [
I\ \ \ [ [
a Id Ic = Ia Id V + Ic Id V = BCIa + BAIc = = 90°.
2

De même, on déduit que I\ [ \


b Ia Id = Ia Ib Ic = Ib Ic Id = 90°, ce qui veut dire que Ia Ib Ic Id est un rectangle.
Soit {M} = (Ia Ic ) ∩ (Ib Id ), alors M est le milieu de [Ia Ic ] et de [Ib Id ], et soit O le centre du cercle
circonscrit au quadrilatère ABCD, alors :
   
4 · OM 2 = 2 OIa2 + OIc2 − Ia Ic2 et 4 · OM 2 = 2 OIb2 + OId2 − Ib Id2 .

Donc, et comme Ia Ic = Ib Id , on conclut que :

OIa2 + OIc2 = OIb2 + OId2 . (1)

D’après la relation d’Euler, OI 2 = R2 −2Rr, appliquée aux triangles ABC, BCD, CDA et DAB, et qui
ont le même rayon du cercle circonscrit, on conclut que :

R2 − 2Rra + R2 − 2Rrc = R2 − 2Rrb + R2 − 2Rrd ,


# » # » # » # »
ce qui donne ra +rc = rb +rd . Remarquons que la relation (1) nous donne l’égalité : OIa ·OIc = OIb ·OId .
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 155

Théorème 37 : Théorème de Lemoine (1869)

Soient ABCD un quadrilatère cyclique, et H1 , H2 , H3 , H4 les orthocentres respectifs des


triangles BCD, CDA, DAB, ABC. Alors :
1 les quadrilatères ABCD et H1 H2 H3 H4 sont isométriques ;
2 les droites (AH), (BH), (CH) et (DH) sont concourantes ;
3 les droites (AH1 ), (BH2 ), (CH3 ) et (DH4 ) sont concourantes au point de Mathot de
ABCD ;
4 les cercles d’Euler des triangles BCD, CDA, DAB et ABC ont un point en commun,
c’est le point de Mathot du quadrilatère ABCD.

Démonstration
b
H3

A
b
b

H2
M
b b b
H4 D

H1
b
B b

b
C

➀ Soient P le milieu de [DC], et C(O, R) le cercle circonscrit au quadrilatère ABCD. En considé-


rant les triangles ADC et BDC on déduit que (AH2 ) (BH1 ) et AH2 = 2 OP = BH1 . De même,
on a (BC) (H2 H3 ), (CD) (H3 H4 ), (DA) (H4 H1 ) et BC = H2 H3 , CD = H3 H4 , DA = H4 H1 .
Il s’ensuit que les triangles H1 H2 H3 et ABC sont isométriques, par suite H1 H2 H3 H4 et ABOD
sont aussi isométriques.
➁ De la question 1. on déduit que ABH1 A2 , BCH2 H3 et CDH3 H4 sont des parallélogrammes.
Soient {O1 } = (AH1 ) ∩ (BA2 ), {O2 } = (BH2 ) ∩ (CH3 ) et {O3 } = (CH3 ) ∩ (DH4 ) les centres de ces
parallélogrammes. Comme les 3 parallélogrammes ont deux à deux une diagonale en commun,
il s’ensuit que O1 = O2 = O3 et (AH1 ) ∩ (BH2 ) ∩ (CH3 ) ∩ (DH4 ) = {O1 }. Par conséquent O est
le point commun des segments [AH1 ], [BH2 ], [CH3 ], [CH4 ].
➂ Soit N le milieu de [AB]. En considérant le parallélogramme ABH1 H2 il s’ensuit que (N O1 )
(AH2 ) et (AH2 )⊥(DC), (N O1 )⊥(DC). De même on a (PO1 )⊥(AB).
➃ Soit M le point de Mathot du quadrilatère ABCD, M est le point d’intersection de (AH1 ) avec
(BH2 ). On montre que M ∈ C(U, R/2) (le cercle d’Euler du triangle ACD).
Comme U est le milieu de [OH2 ], et M est le milieu de [H2 B], alors (UM) passe par les milieux
1 R
de deux côtés du triangle H2 OB. Par suite UM = OB = , par suite M ∈ C(U, R/2). De
2 2
même on a M ∈ C(V , R/2), où V est le milieu de [OH3 ], etc.

Théorème 38
Soit ABCD un quadrilatère cyclique et orthodiagonal. M est le point d’intersection de [AC]
avec [BD]. Alors la somme des aires des cercles de diamètres [MA], [MB], [MC] et [MD] est
égale à l’aire du cercle circonscrit au quadrilatère ABCD.
156 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Démonstration
Soit O le centre du cercle circonscrit au qua- D b

drilatère ABCD, et posons a = AB, b = BC, c =


CD, d = DA, r = OA = OB, x = MA, y =
MC, u = MD, v = MB, q = OG et p = OF où
F et G sont respectivement les projections or-
thogonales de O sur (AC) et (BD). En utilisant b b
M b
C
le théorème de Pythagore dans les triangles rec- A

tangles OFC et OBG on obtient r 2 = p 2 + FC 2


x+y
et r 2 = q 2 + BG 2 . On a de plus : FC = ,p =
2
v −u v +u y−x
v − BG = BG = , q = y − FC = .
2 2 2 b

      
x+y 2 v −u 2 v +u 2 y−x 2
Donc 2r 2 = p 2 + q 2 + FC 2 + BG 2 devient 2v 2 = + + + , c’est
2 2 2 2
2 2 2 2 2
équivalent à : 4v = x + y + u + v , ce qui est équivalent à son tour à :
 2  2  2  2
x y u v
πr 2 = π +π +π +π ,
2 2 2 2
ce qui permet de conclure.

Corollaire 14
Soit ABCD un quadrilatère cyclique et orthodiagonal. Alors, la somme des aires des cercles de
diamètres [AB], [BC], [CD] et [DA] est égale à deux fois l’aire du cercle circonscrit au quadrilatère
ABCD.

Théorème 39
Soient ABCD un quadrilatère cyclique et orthodiagonal, et M le point d’intersection de
ses diagonales.
1 Si P, Q, R, S sont les projections orthogonales de M sur les côtés de ABCD, alors
la droite passant par M et sa projection sur un côté coupe le côté opposé en son
milieu ;
2 les médiatrices des côtés se coupent en M ;
3 le quadrilatère PQRS est tangentiel et cyclique ;
4 les tangentes en A, B, C et D au cercle circonscrit au quadrilatère ABCD forment un
quadrilatère cyclique et tangentiel.

Démonstration
\ = DMT
➀ On a DCM \ et DMT \ = BMR [ = MBR,
[ donc MRB est un triangle isocèle, d’où MR est
une médiane dans le triangle AMB.
➁ Cette question découle de 1.
➂ Il est clair que les quadrilatères MSCP, MPDQ, MQAR et MRBS sont cycliques, ceci implique
\ = PSM,
que PCM [ PCM \ = DBA [ et MBR [ Si DCM
[ = MSR. \ = α alors PSR€ = 2α et CDM \=
90° − α. Or CDB[ = CAB,[ donc MQP \ = MDP \ = RQM
\ = RAM \ = 90° − α et PQR
[ = 180° − 2α.
Par conséquent PQRS est un quadrilatère cyclique. Puisque SM et MQ sont des bissectrices, les
bissectrices internes de PQRS sont concourantes, c-à-d PQRS est un quadrilatère tangentiel.
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 157

➃ On suppose que les tangentes en A, B, C et D au cercle circonscrit se coupent aux points N , T , K


et L (avec N entre A et B ; T entre B et C ; K entre C et D ; et L entre D et A), alors comme
[ = LAD
LDA [ = DCA[ = α, KLN [ = 180° − 2α et BCT [ = CBT [ = CDB [ = 90° − α, on a :

\
KT N = 180° − 2 (90° − α) = 2α,

donc KLN T est un quadrilatère cyclique et tangentiel.

3.3.1 Exercices d’applications

Exercice 1

Soit ABCD un quadrilatère convexe. On considère le cercle de centre M et touchant les


côtés (AB), (AD) et (BC). Le cercle de centre N et touchant les côtés (BC), (AB) et (DC).
Le cercle de centre P et touchant les côtés (DC), (BC) et (AD). Le cercle de centre Q et
touchant les côtés (AB), (AD) et (DC).
Montrer que MN PQ est un quadrilatère cyclique.

Solution.

M
b

A
b B
b

b
Q
b
N

b
b
D C

Comme M et Q sont sur la bissectrice de l’angle A, b il résulte que les points M, A et Q sont
alignés. De même, les points M, B, N ; N , C, P et P, Q, D sont alignés. On a :

[ 180° − ABC
180° − BAD [ [ + ABC
BAD [
\
AMB = 180° − \
MAB − \
MBA = 180° − − = .
2 2 2
[ [
[ = ADC + BCD , et donc QMN
De même, CPD \ +\QPN = 180°.
2

Exercice 2

Soient ABC un triangle équilatéral de côté a, et M, N deux points tels que C ∈ [AM], N ∈
[BC] et AM · BN = a2 . Soit P le point d’intersection de (AN ) avec (BM).
Montrer que ABCP est un quadrilatère cyclique.
158 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

AM AB
Solution. La relation de l’énoncé s’écrit= , et comme \ [ , il résulte que les
MAB = ABN
AB BN
[ = AMB.
triangles MAB et ABN sont semblables, d’où BAN \ Les triangles MAB et APB sont
semblables car AMB = PAB et ABM est en commun. Donc, 60° = \
\ € \ € et par suite
MAB = APB,
[ D’où ABCP est un quadrilatère cyclique.
€ = ACB.
APB

Exercice 3

Soient ABCD un carré, et M ∈ [AB], N ∈ [BC], P ∈ [CD], Q ∈ [DA] tels que :

AM = BN = CP = AQ.

Montrer que MN PQ est un quadrilatère cyclique.

Solution. Soit O le centre du carré. Les triangles OAM et OAQ sont isométriques et donc OM =
QO = r, les triangles OBM, ON C et OPD sont isométriques. Il résulte que OM = ON = OP = r.
Ainsi, les points M, N , P, Q appartiennent au cercle de centre O et de rayon r.

x M a−x
A b b b
B

x
Q b b
N

O
b

a−x

b b b
D C
a−x P x

Exercice 4

Soient ABC un triangle, G son centre de gravité, et M le milieu de [AG].


Montrer que M appartient au cercle d’Euler si, et seulement si :

2a2 = b 2 + c 2 .

Solution. Soient A′ , B′ , C ′ les milieux respectifs de [BC], [CA], [AB], et {N } = (AA′ ) ∩ (BB′ ). On a
a m m
N B′ = N C ′ = , N A′ = a , N M = a . Les points M, B′ , A′ , C ′ sont cocycliques si, et seulement
4 2 6
si : N B′ · N C ′ = N M · N A′ , i.e.

a2 m2a
= ⇐⇒ 3a2 = 4m2a ⇐⇒ 3a2 = 2(b 2 + c 2 ) − a2 ⇐⇒ b 2 + c 2 = 2a2 .
16 12

Exercice 5

Soient ABC un triangle équilatéral, et M un point du plan tel que MA = MB + MC.


Montrer que le quadrilatère ABCM est cyclique.

Solution. Soit a le côté du triangle équilatéral. La relation de l’énoncé s’écrit :

a · MA = a · MB + a · MC ⇐⇒ BC · MA = AC · MB + AB · MC,

et le théorème de Ptolémée permet de conclure que A, B, C, M sont cocycliques.


3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 159

Exercice 6

Soient [AB] et [CD] deux cordes perpendiculaires d’un cercle. Montrer que les tangentes
au cercle en A, B, C, D forment un quadrilatère cyclique MN PQ.

“ “
[ = 90° = AC + BD , d’où
Solution. Soit R le point d’intersection de (AB) avec (CD), alors ARC
2
“ + BD
AC “ = 180°,

“ “ ” “ “
\ = BC + BD + AD − AC = 360° − 2AC = 180° − AC.
AMC “
2 2

De même, on a \ “ D’où :
N PQ = 180° − BD.

\ +\
QMN “ + 180° − BD
QPN = 180° − AC “ − BD
“ = 360° − AC “ = 180°,

donc MN PQ est un quadrilatère cyclique.

b N

C b
b B
b
M
R b

b b
A
O

b
E
Q b P
D

Exercice 7

Soit ABC un triangle tel que b 2 + c 2 = 5a2 . Montrer que les sommets B et C, le centre de
gravité G, et les pieds des hauteurs issues de B et de C sont cocycliques.

Solution. Soient M le milieu de [BC], B′ et C ′ les pieds des hauteurs issues respectivement de
a
B et C. Alors on a MB = MC = MB′ = MC ′ = . De plus :
2
r r
1 1 b 2 + c 2 a2 1 5a2 a2 a
MG = · ma = · − = · − = .
3 3 2 4 3 2 4 2
 
a
Donc, les points B, C, B′ , C ′ et G appartiennent au cercle C M, .
2
autre solution : on a
4 2
GB2 + GC 2 = BC 2 ⇐⇒ (m − m2c ) = a2 ⇐⇒ 2(a2 + c 2 ) − b 2 + 2(a2 + b 2 ) − c 2 = 9a2
9 b
⇐⇒ b 2 + c 2 = 5a2 .

[ = 90° ⇐⇒ b 2 + c 2 = 5a2 , ce qui permet de conclure.


Donc, BGC

Exercice 8

Soient ABCD un quadrilatère cyclique, et C1 , C2 , C3 , C4 quatre cercles passant respective-


ment par les points A, B; B, C; C, D; D, A. On définit {M} = C1 ∩C2 , {N } = C2 ∩C3 , {P} = C3 ∩C4
et {Q} = C4 ∩ C1 . Montrer que MN PQ est un quadrilatère cyclique.
160 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Solution.

Les quadrilatères ABMQ, BCN M, CDPN et


DAQP sont cycliques, et on a : B b
b C
Q P
b b

b b

\ +\
QMN [ + BCD
QPN = BAD [ = 180°, M N
b
b D
A

d’où MN PQ est un quadrilatère cyclique.

Exercice 9

Soit ABC un triangle tel que A b = 60° ; O et I sont respectivement le centre du cercle cir-
conscrit et le centre du cercle inscrit. Montrer que BCOI est un quadrilatère cyclique.

Solution.

Puisque Ab < 90°, alors les points O et I se


trouvent du même côté dans le demi-plan dé-
d=
terminé par (BC). Il reste à montrer que BIC
[
BOC.
On a d’une part :
b B

b
b b b
d = 180° − B + C = 180° − 180° − A = 120°.
C
I
BIC O b

2 2 b

60˚

[ = 2·A
D’autre part, on a : BOC b = 120°. D’où b
A
BCOI est un quadrilatère cyclique.

Exercice 10

Soient ABC un triangle, et M est le milieu de [AI] où I est le centre du cercle inscrit.
b = 60°.
Montrer que le cercle d’Euler passe par le point M si, et seulement si, A

Solution. Soient A′ , B′ , C ′ les milieux respectifs de [BC], [CA], [AB], et A′′ le pied de la hauteur
AI b+c AM b+c 1
issue de A. On a = et donc = < et M est à l’intérieur du
AA′′ a+b+c AA′′ 2(a + b + c) 2
triangle AB′ C ′ . Comme (MB′ ) (IC) et (MC ′ ) (IB), il résulte que C\ d = 90° + 1 A.
′ MB′ = BIC b
2
Comme (A′ B′ ) (AB) et (A′ C ′ ) (AC), alors B\ b Le quadrilatère MB′ A′ C ′ est cyclique
′ A′ C ′ = A.
si, et seulement si :
1b b
C\
′ MB′ + B\
′ A′ C ′ = 180° ⇐⇒ 90° + A b = 60°.
+ A = 180° ⇐⇒ A
2

Exercice 11

Soit ABC un triangle tel que b + c = 2a. Montrer que les milieux de [AB], de [AC], et les
points A et I sont cocycliques.
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 161

Solution. Supposons que b ≥ c, il résulte que b ≥ a. Soient M et N les projetés orthogonaux de


b+c−a a b
I sur les côtés AC et AB respectivement. On a AM = AN = s − a = = , AB′ = , AC ′ =
2 2 2
c b−a a c a − (2a − b) b−a
, AB′ − AM = ≥ 0 donc M ∈ [AB′ ]. De plus, AN − AC ′ = − = = ,
2 2 2 2 2 2
b−a b−a b=N b il résulte que les
d’où C ′ ∈ [AN ] et MB′ = N C ′ = . Comme B′ M = C ′ N = et M
2 2
triangles IMB′ et IN C ′ sont isométiques, d’où B\ ′ IC ′ = \ b ainsi AB′ IC ′ est un
MIN = 180° − A,
quadrilatère cyclique.

Exercice 12

Soient ABCD un quadrilatère, {E} = (AB) ∩ (CD) et {F} = (AD) ∩ (BC).


1 Montrer que les cercles circonscrits aux triangles ABF, ADE, CDF et BCE passent
par un point I.
2 Montrer que le quadrilatère ABCD est cyclique si, et seulement si, les points E, F et
I sont alignés.

Solution.
1 Soit I le point d’intersection des cercles circonscrits aux triangles BCE et CDF. Puisque
ICBE et ICDF sont des quadrilatères cycliques alors :

[
d = ABC
CIE et [ = CFD,
CID [

d’où € [ + CFD
EID = ABC [ = 180° − DAE,[ ainsi ADIE est un quadrilatère cyclique. De
même, le quadrilatère ABIF est cyclique.
[ Comme CIE
d = ADC.
2 On a CIF [ alors ADC
d = ABC, [ + ABC
[ = EIF,
d ce qui permet de
conclure.

E
b

I
b

b D
b

F b A

b
B
C

Exercice 13

Soit ABCD un quadrilatère convexe. On pose a = AB, b = BC, c = CD et d = DA.


Montrer que si AC 2 = b 2 + ac et BD 2 = d 2 + ac, alors ABCD est un quadrilatère cyclique.

Solution. D’après la relation d’Al-Kashi on a : AC 2 = a2 +b 2 −2ab cos B et BD 2 = a2 +d 2 −2ad cos A.


a−c a−c
D’après les hypothèses on a donc : b cos B = et d cos A = . Comme b cos B = d cos A, il
2 2
résulte que Ab ≤ 90°, B b > 90°, B
b ≤ 90° ou A b > 90°.
Soient M et N les projetés orthogonaux de C et D sur AB, alors BM = b cos C et AN = d cos A,
162 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

a−c
d’où AN = BM = et donc MN = c si DCMN est un rectangle. De (DC) (AB) et AN = BM,
2
il s’ensuit que ABCD est un trapèze isocèle, donc cyclique.
Le cas Ab > 90° et B
b > 90° se traite de la même façon.

Exercice 14

On considère un cercle de centre O, de diamètre [AB], et C un point du cercle. M et N sont


les centres des cercles circonscrits aux triangles AOC et BOC respectivement, et {D} =
(AM) ∩ (BN ). Montrer que les points M, N , O, D et C sont cocycliques.

Solution.

[ y = BOC,
Soit x = AOC, [ alors x + y = 180°. C
D b b

Comme MA = MO il résulte que MAO \ =


\ x [ [ y \+
AOM = et N BO = N OB = , d’où MAO N b

2 2
N[BO = 90°, donc D appartient au demi-
\ = x + y =
b M
\ + CON
cercle. De même, MOC
2 2
\ = 90°. Puisque MON
90° et donc MON \ =
b b b
\ = 90°, il résulte que le quadrilatère
MDN O A
B
MON D est inscrit dans le cercle de diamètre
[MN ].

\ = MOC
De même, on a MCO \ = x , MDO\ = MAO \ = x , d’où MCO
\ = MDO,
\ donc OMCD est
2 2
cyclique et C appartient au cercle de diamètre [MN ].

Exercice 15

Soient ABC un triangle, M, N ∈ [BC], P ∈ [AB], Q ∈ [AC], (MP) (AC) et (N Q) (AB).


NB c2
Montrer que le quadrilatère MN PQ est cyclique si, et seulement si, = 2.
CM b

Solution.

A
b

P b Q
b

b b b b

B M N C

Il y a deux cas à distinguer M ∈ [BN ] et N ∈ [BM].


⋄ Cas 1 : M ∈ [BN ]. On a N \ QC = A [ = C.
b et PMB b Le quadrilatère MN PQ est cyclique si, et
\ [ b [
seulement si, N QC = BMP = C, et donc AQP = 180° − C b− A
b = B,
b d’où si et seulement si BPQC
AP b AP MC AQ BN
est cyclique, c’est-à-dire = . Puisque = et = , alors :
AQ c c a b a

CM b2
= 2.
BN c
⋄ Cas 2 : N ∈ [BM]. Même démonstration que dans le cas 1.
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 163

Exercice 16

• du cercle circonscrit
Soient ABC un triangle acutangle, et H son orthocentre. Sur l’arc BHC
au triangle BHC on considère un point M dont les symétriques par rapport aux côtés
BC, CA, AB sont respectivement A′ , B′ , C ′ .
Montrer que AC ′ A′ B′ est un quadrilatère cyclique.

Solution.

Soient A1 , B1 , C1 les points d’intersection de A


MA′ , MB′ , MC ′ avec les côtés du triangle. b

On a (A1 B1 ) (A′ B′ ), (A1 C1 ) (A′ C ′ ) et donc


C′
B\
′ A′ C ′ = B\
1 A1 C1 . Or CA1 MB1 est un qua-
b
C1
B1 b B′
drilatère cyclique donc MA \ \
1 B1 = MCB1 , et
b
b

de même MA \ \ \
1 C1 = MBC1 , donc B1 A1 C1 =
b b

H M
\ \ b \ b \
MCB1 + MBC1 = C − MCB + B − MBC = 180° − B b
C
b
b
A \ = BMC
b− (180° − BMC) \−A b = 180° − A b− Ab= A1

180° − 2A.b b
A′

Puisque C\′ AC = C
1
\ \ \ \
1 AM et B AB1 = B1 AM, il résulte que C AB = 2A.
′ ′ ′ b
\ \ ′ ′ ′
Par conséquent C AB + C A B = 180°, le quadrilatère AC A B est donc cyclique.
′ ′ ′ ′ ′

Exercice 17

Soient ABC un triangle, et M un point du plan. La droite passant par M et parallèle à (BC)
coupe le cercle circonscrit au triangle MBC au point A′ . On définit de la même façon les
points B′ et C ′ . Montrer que MA′ B′ C ′ est un quadrilatère cyclique.

Solution. Le quadrilatère BMA′ C est un trapèze isocèle, donc A′ est le symétrique de M par
rapport à la médiatrice de [BC]. Si O est le point d’intersection des médiatrices du triangle
ABC, alors OM = OA′ = OB′ = OC ′ , et par suite les points M, A′ , B′ , C ′ appartiennent au cercle
de centre O et de rayon OM.

Exercice 18

On considère un demi-cercle de centre O et de diamètre [AB]. Soient C ∈ [OA], et E, F


[ = FCB.
deux points du demi-cercle tels que ECA € Montrer que OCEF est un quadrilatère
cyclique.

Solution.

F
b

b
E

x x
b b b b

B O C A

[ = FCB
Posons ECA € = x, et supposons que x < 90°. On applique la formule d’Al-Kashi dans les
triangles FCO et ECO on obtient : R2 = a2 +FC 2 −2a FC cos x et R2 = a2 +EC 2 +2a EC cos x avec
164 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES
√ √
a = OC et R = OA. Par suite FC = a cos x + R2 − a2 sin2 x et EC = −a cos x + R2 − a2 sin2 x. Par
conséquent :
FC − EC = 2a cos x (1)
et EC · FC = R2 − a2 . En appliquant la relation d’Al-Kashi dans le triangle ECF on a : EF 2 =
CE 2 +CF 2 +2EC ·EF cos(2x) = (FC −EC)2 +2EC ·EF(1+cos(2x)) = 4a2 cos2 x +4(R2 −a2 ) cos2 x =
4R2 cos2 x, et ainsi :
EF = 2R cos x. (2)
Des relations (1) et (2) il résulte que :

R · CF − R · EC = a · EF et donc EF · OC + OF · EC = FC · OE.

On conclut, grâce au théorème de Ptolémée, que les points O, E, C et F sont cocycliques.


autre solution : on considère le cercle C(O, R) et le point G symétrique de E par rapport à
[ = x = FCB,
(AB). Le point G appartient à C(O, R) et on a ACG € donc les points F, C et G sont
[ = 180° − 2x [ = EF, 1 “ il résulte que EF
“ = 180° − 2x. Par
alignés. On a EGC et comme EGC
2 2
[ = EF
conséquent EOF [ et donc OCEF est un quadrilatère cyclique.
“ = 180° − 2x = FCE,

Exercice 19

Soient ABC un triangle, A′ le point d’intersection de la bissectrice de A b avec BC, et D le


symétrique de I par rapport à A .′

Montrer que les points A, B, C, D sont cocycliques si, et seulement si, b + c = 2a.

Solution. Les points sont cocycliques si, et seulement si :

A′ B · A′ C = A′ D · A′ A.

Puisque A′ D = A′ I, cette condition s’écrit :


A′ B A′ A
= . (1)
A′ I A′ C

A
b

c
b

b I

A′ b
b b

a C
B

En appliquant la loi des sinus dans les triangles A′ BI et A′ AC, la relation (1) s’écrit :

sin A+B
2 sin C A C C C B A B C
= ⇐⇒ sin cos = 2 sin cos sin ⇐⇒ sin = 2 sin sin
sin B
2 sinA 2 2 2 2 2 2 2 2
2
 
A A A B C A B−C B+C
⇐⇒ 2 sin cos = 4 cos sin sin ⇐⇒ sin A = 2 cos cos − cos
2 2 2 2 2 2 2 2
A B−C A A
⇐⇒ sin A = 2 cos cos − 2 cos sin
2 2 2 2
A−B+C A+B−C
⇐⇒ 2 sin A = cos + cos ⇐⇒ 2 sin A = sin B + sin C ⇐⇒ 2a = b + c.
2 2
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 165

Exercice 20

Soient ABC un triangle, et C un cercle passant par B et C et coupant les côtés [AB] et [AC]
en E et F respectivement. Soit D un point à l’intérieur du triangle AEF tel que :

d(D, AB) · d(D, AC) = d(D, BC) · d(D, EF).

Montrer que D appartient au cercle C.

[ y = DEF
Solution. Posons x = DEA, [ Comme AEF
[ et z = DCA. [ alors DCB
€ = ACB, [ = x + y − z. La
relation de l’énoncé devient alors :

DE · sin x · DC · sin z = DC · sin(x + y − z) · DE · sin y


cos(x − z) − cos(x + e) cos(x − z) − cos(x + 2y − z)
⇐⇒ =
2 2
⇐⇒ cos(x + z) = cos(x + 2y − z).

b < 2π il s’ensuit que x + z = x + 2y − z ⇐⇒ y = z et


Puisque (x + y) + (x + 2y − z) = 2(x + y) = 2C
donc le quadrilatère DECF est cyclique, ce qui prouve que D ∈ C.

Exercice 21

Soient ABC un triangle inscrit dans le cercle C(O, R), et D le point diamétralement opposé
à A. La tangente en D au cercle C coupe (AB) et (AC) en M et N respectivement. Soit
P le point d’intersection de (AD) avec (BC). Montrer que si AP = 2 · PB, alors les points
O, B, C, M et N sont cocycliques.

” “ “
Solution. Le quadrilatère BMN C est cyclique car BMN\ + BCN[ = AD − BD + 180° − AB =
2 2
“ − AB
180° − BD “ 4R
+ 180° = 180°. Puisque AP = 2 · PD et AD = 2R alors AP = . D’après la
2 3
AP AB 4R c 2R sin C
loi des sinus = , d’où = = . Il résulte que :
sin B sin P 2 sin B sin(90° + C − B) cos(C − B)

2 cos(C − B) = 2 sin B sin C ⇐⇒ 2 cos B cos C = sin B sin C ⇐⇒ tan B tan C = 2.

A
b

O
b

b C
b
B b
P
N
b
b
M b
D

\ = C,
Le quadrilatère BMN C est donc cyclique. On a AMD b donc :

\= AD 2R \ = OD = R tan C = tan C .
tan AMD = = tan C d’où MD = 2R cotanC, tan OMD
MD MD MD 2R 2
tan C
De la relation tan B tan C = 2 vue ci-haut il s’ensuit que = cotanB = tan(90° − B), donc
2
\ = 90° − B,
OMD \ =C
b d’où BMO b − 90° + B
b = 90° − A [ Par conséquent BOCM est un
b = OCB.
quadrilatère cyclique, et les cinq points en question sont cocycliques.
166 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Exercice 22

Soient ABC un triangle, et M, N , P des points tels que C ∈ [AM], N ∈ [BC] et {P} = (AN ) ∩
(BM). Montrer que les points A, B, C et P sont cocycliques si, et seulement si :

AM BN
a2 · = b2 · + c2.
CM CN

Solution.

M
b

b P
C a−y b

b
b
N
y

b b

A c B

Les points sont cocycliques si, et seulement si :

N C · N B = N A · N P. (1)

Posons x = CM, y = BN , alors en appliquant le théorème de Ménélaüs dans le triangle AN C et


avec la transversale BPM on obtient :
PN MA BC
· · = 1,
PA MC BN
PA b+x a AN + PN a(b + x) AN · xy
et donc = · ⇐⇒ = . Or PN = , et la relation (1)
PN x y PN xy ab + ax − xy
devient :
AN 2 · xy (ab + ax − xy)(a − y)
y · (a − y) = ⇐⇒ AN 2 = . (2)
ab + ax − xy x
D’après le théorème de Stewart appliqué dans le triangle ABC avec la cévienne AN on sait
que : AN 2 · a + y(a − y)a = b 2 y + c 2 (a − y), et donc :

b 2 y + c 2 (a − y) − ay(a − y)
AN 2 = .
a
La relation (2) devient alors :

b 2 xy + c 2 x(a − y) − axy(a − y) = a(a − y)(ab + ax − xy)


y a2 (b + x)
⇐⇒ b 2 xy + c 2 x(a − y) = a(a − y)(ab + ax) ⇐⇒ b 2 · + c2 =
a−y x
BN AM
⇐⇒ b 2 · + c 2 = a2 · .
CN CM

Exercice 23

Soient ABC un triangle, et B′ , C ′ , M des points tels que B′ ∈ [AC], C ′ ∈ [AB] et {M} = (BB′ ) ∩
(CC ′ ). Montrer que le quadrilatère AB′ MC ′ est cyclique si, et seulement si :

b · CB′ + c · BC ′ = a2 .
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 167

Solution. On pose AB′ = by, AC ′ = cz avec y, z ∈ ]0, 1[. Donc, CB′ = b(1 − y), BC ′ = c(1 − z). Le
quadrilatère AB′ MC ′ est cyclique si, et seulement si : BM · BB′ = BC ′ · BA. En appliquant le
théorème de Ménélaüs au triangle BB′ A avec la transversale CMC ′ on déduit que :

MB CB′ C ′ A MB 1−z MB 1−z


· · =1 et donc = d’où = .
MB′ CA C ′ B MB ′ (1 − y)z BB ′ 1 − yz

La relation BM · BB′ = BC ′ · BA devient successivement :


1−z
· BB′2 = c 2 (1 − z), BB′2 = c 2 (1 − yz). (1)
1 − yz

D’après le théorème de Stewart on a : BB′2 · AC = BC 2 · AB′ + BA2 · CB′ − AC · CB′ · AB′ , donc
BB′2 b = a2 by + c 2 b(1 − y) − b 3 y(1 − y), d’où BB′2 = a2 y + c 2 (1 − y) − b 2 y(1 − y). La relation (1)
devient alors : a2 y + c 2 − c 2 y − b 2 y(1 − y) = c 2 − c 2 yz ou aussi a2 y = b 2 y(1 − y) + c 2 y(1 − z), donc
b 2 (1 − y) + c 2 (1 − z) = a2 , ou aussi b · CB′ + c · BC ′ = a2 .

Exercice 24

Soient ABC un triangle, et A′ , B′ , C ′ les points de contact du cercle inscrit avec les cô-
tés BC, CA, AB respectivement. On considère, sur les droites (IA), (IB), (IC), des points
A1 , B1 , C1 respectivement tels que IA1 , IB1 , IC1 soient égales aux hauteurs issues de
A′ , B′ , C ′ dans le triangle A′ B′ C ′ . On considère les projections orthogonales de A1 sur AB
et AC, de B1 sur BA et BC, et enfin de C1 sur CA et CB. Montrer que ces 6 projections
orthogonales sont cocycliques.

Solution. Soient x = IA1 , y = IB1 , z = IC1 et M, N les projections orthogonales de A1 sur AB, AC
respectivement. Alors :
 
A  r  A A b
A
A1 M = AA1 · sin =  − x sin = r − x sin et \
MA 1 I = 90° + .
2 sin A 2 2 2
2

La relation d’Al-Kashi appliquée dans le triangle MA1 I donne :


!
b
A
2
IM = IA21 + MA21 − 2IA1 · MA1 · cos90° +
2
   
A A A A
= x2 + r − x sin + 2x r − x sin sin = r 2 + x2 cos2 .
2 2 2 2

A 2[A′ B′ C ′ ] a 2
Or, B′ C ′ = 2r cos et donc x = = , d’où IM 2 = IN 2 = r 2 + s .
2 B′ C ′ r cos A2 r2
Puisque cette expression est symétrique, il résulte que les six points en question appartiennent
à un même cercle de centre I.
remarque : le fait que A1 ∈ [IA] résulte de l’inégalité :

B C r
IA1 < IA ⇐⇒ 2r cos cos < ⇐⇒ a < b + c.
2 2 sin A2

Exercice 25

Soient ABC un triangle, M un point du plan, et H l’orthocentre. On suppose que la droite


passant par H et perpendiculaire à (AM) coupe le cercle de diamètre [BC] aux points
A′ et A′′ . On définit de la même façon les points B′ , B′′ et C ′ , C ′′ . Montrer que les points
A′ , A′′ , B′ , B′′ , C ′ et C ′′ sont cocycliques.
168 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Solution. Soient A1 , B1 et C1 les pieds des hauteurs issues respectivement de A, B et C. Alors,


d’après la puissance d’un point par rapport à un cercle on a :

HA′ · HA′′ = HB · HB1 = HC · HC1 .

De même on a : HB′ ·HB′′ = HA·HA1 = HC ·HC1 . Donc HA′ ·HA′′ = HB′ ·HB′′ . D’où les points
A′ , A′′ , B′ , B′′ appartiennent à un cercle de centre N . Soient A2 , B2 et C2 les milieux respectifs
de [BC], [CA] et [AB]. La médiatrice de [A′ A′′ ] est parallèle à (AM) et passe par N et A2 . Donc
(A2 N ) (AM). De même on a (B2 N ) (BM). Puisque les triangles ABC et A2 B2 C2 ont les côtés
parallèles alors il résulte que (C2 N ) (CM), et par conséquent N est le centre du cercle passant
par les points A′ , A′′ , C ′ et C ′′ .

A
b
B′ b C′
b
b
A′′
b
C1
b B1
b B2
b
b
H
C2 M
b
A′ b

A2
b
b b
b
C
b A1
B b

C ′′
B′′

Exercice 26

Montrer que si ABCD est un quadrilatère cyclique alors les centres de gravité des triangles
ABC, BCD, CDA et DAB sont cocycliques. Montrer que la propriété reste vraie pour les
orthocentres.

Solution.

Soient G1 , G2 , G3 et G4 les centres de gravité,


et M le milieu de [BC], alors G4 ∈ [AM], G1 ∈ M b
C
b
[DM] et B b

MG4 MG1 1 G4
= = . b b
G1
MA MD 3
Donc, (G1 G4 ) (AD). De même, on montre b
b
G2
que les côtés de G1 G2 G3 G4 sont parallèles G3

aux côtés de ABCD. On conclut que si ABCD A


b b b
D
est cyclique alors il en est de même pour
G1 G2 G3 G4 .
GO 1
Maintenant, puisque les points O, G et H sont alignés (droite d’Euler), et que = , alors il
GH 2
résulte que (H1 H2 ) (G1 G2 ), etc.

Exercice 27

\=N
Soient ABCD un parallélogramme, et M ∈ [AB], N ∈ [AD] tels que MCB \ CD.
Montrer que les milieux des segments [AB], [AD], [N B] et [MD] sont cocycliques.
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 169

Solution.

Soient A′ , B′ et C ′ les milieux respectifs de D


b b

[BD], [AD] et [AB]. On pose {S} = [A′ B′ ] ∩ C

[DM] et {T } = [A′ C ′ ] ∩ [BN ]. Il résulte immé- B′ b b b A′


diatement que S et T sont les milieux respec- b
S
N
tifs des segments [DM] et [BN ]. b b
b T
b b

A C′ M B

On a les équivalences suivantes :

BM AB DN AD BM BC
A′ S · A′ B′ = A′ T · A′ C ′ ⇐⇒ · = · ⇐⇒ = .
2 2 2 2 DN DC
Cette dernière relation découle de la similitude entre les triangles BMC et DN C. Par suite
B′ ST C ′ est un quadrilatère cyclique.

Exercice 28

Soient ABCD un quadrilatère convexe, et Ra , Rb , Rc , Rd les rayons respectifs des cercles


circonscrits aux triangles BAD, ABC, BCD, ADC.
1 Montrer que si trois des rayons parmi Ra , Rb , Rc , Rd sont égaux, alors ABCD est un
quadrilatère cyclique.
2 Montrer que si Ra = Rb et Rc = Rd , alors ABCD est un quadrilatère cyclique.
3 Montrer que si f : ]0, +∞[−→ R est une fonction strictement monotone et f (Ra ) +
f (Rc ) = f (Rb ) + f (Rd ), alors ABCD est un quadrilatère cyclique.

Solution.
b
A
d
D
b
x

u b
a
α
O
c
y
z
B
b

C
b b

1 On suppose, sans perte de généralité, que Ra = Rb = Rc . On suppose, par l’absurde,


que ABCD n’est pas un quadrilatère cyclique. On a Ra = Rb et d’après la loi des sinus
AB AB [ = sin ACB,
[ ainsi :
= , par suite sin ADB
[ [
sin ADB sin ACB
[ + ACB
ADB [ = 180°. (1)
BC BC [ = sin BDC,
[ par conséquent :
On a Rb = Rc et donc = , d’où sin BAC
[ [
sin BAC sin BDC
[ + BDC
BAC [ = 180°. (2)
Des relations (1) et (2) il s’ensuit que :
b + 180° − B
D b = 360° et donc b+ D
B b = 180°,

ce qui est une contradiction avec le fait que ABCD n’est pas un quadrilatère cyclique.
170 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

2 On suppose, par l’absurde, que ABCD n’est pas un quadrilatère cyclique. De Ra = Rb


on déduit la relation (1). De même, de Rc = Rd il résulte que :

[ + DBC
DAC [ = 180°. (3)

[ − AOD
Des relations (1) et (3) on obtient la contradiction : 360° − BOC [ = 360°.
remarque : de façon similaire, on montre que si Rb = Rc et Ra = Rd , alors ABCD est
cyclique.
[ ou AOD
3 Un des angles AOB [ n’est pas obtus. Supposons que c’est AOB, [ alors AOB
[ =
α ≤ 90°. Si Ra = Rb , alors la relation de l’énoncé devient f (Rc ) = f (Rd ). Comme f est
injective alors Rc = Rd , et les questions précédentes permettent de conclure. Notons
OA = x, OB = y, OC = z, OD = u, AB = a, BC = b, CD = c et DA = d. On a bc = 2Rha et :

ad ab bc dc
Ra = , Rb = , Rc = , Rd = .
2x sin α 2y sin α 2z sin α 2u sin α

La relation de l’énoncé s’écrit f (Ra ) − f (Rb ) + f (Rc ) − f (Rd ) = 0, ou aussi :

f (Ra ) − f (Rb ) f (Rc ) − f (Rd )


2 2
· (R2a − R2b ) + · (R2c − R2d ) = 0. (4)
Ra − Rb R2c − R2d

D’après la relation d’Al-Kashi on a : b 2 = y 2 + z2 + 2yz cos α, d 2 = x2 + u 2 + 2xu cos α, et


! !
2 2 a d 2 b2 a2 x2 + u 2 + 2xu cos α y 2 + z2 + 2yz cos α
Rd − Rb = − = −
4 sin2 α x2 y 2 4 sin2 α x2 y2
!
a2 u2 u z2 z
= 2 2
+ 2 cos α − 2 cos α − 2 cos α
4 sin α x x y y
! ! !
a2 u z u z a2 (uy − xz) u z
= − + + 2 cos α = + + 2 cos α .
4 sin2 α x y x y 4xy sin2 α x y

De même, on a :
 
c 2 (yu − xz) y x
R2c − R2d = + + 2 cos α .
4zu sin2 α z u
La relation (4) devient :
 !  
 f (Ra ) − f (Rb ) a2 u z f (Rc ) − f (Rd ) c 2 y x 
(yu − xz)  · + + 2 cos α + · + + 2 cos α  = 0. (5)
R2a − R2b xy x y R2c − R2d zu z u

f (Ra ) − f (Rb ) f (Rc ) − f (Rd )


⋄ Si f est strictement croissante alors > 0 et > 0, et puisque cos α >
R2a − R2b R2c − R2d
0, la relation (5) montre que yu = xz ce qui permet de conclure que ABCD est un quadrilatère
cyclique.
f (Ra ) − f (Rb ) f (Rc ) − f (Rd )
⋄ Si f est strictement décroissante alors 2 2
< 0 et < 0, et de la relation
Ra − Rb R2c − R2d
(5) on déduit que yu = zx, ce qui permet de conclure.
1
remarque : en considérant f (x) = x, f (x) = ln x et f (x) = , on obtient les caractérisations
x
suivantes :
1 1 1 1
Ra + Rc = Rb + Rd , Ra Rc = Rb Rd , + = + ,
Ra Rc Rb Rd

qui permettent de déduire que ABCD est un quadrilatère cyclique.


3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 171

3.3.2 Relations métriques dans un quadrilatère cyclique


Théorème 40 : Christiaan Huygens (1629-1695)

Parmi tous les quadrilatères convexes ayant les mêmes longueurs des côtés, le quadrilatère
cyclique est celui qui a la plus grande aire.

Démonstration
Comme a, b, c et d sont donnés, alors d’après le théorème d’Archimède on a :
r
A+C
[ABCD] = (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) − abcd cos2 ,
2
p
on déduit que [ABCD] ≤ (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) = constante. Par suite [ABCD]2 est maximale
B+D b+ Db = 180°, ce qui veut dire que ABCD est un quadrilatère
si, et seulement si, cos = 0, d’où B
2
cyclique.

Théorème 41 : Zénodore (−200 av. J.C. - −140 av. J.C.)

Pour tout cercle donné, parmi tous les quadrilatères inscrits et de même périmètre, celui
qui a la plus grande aire est le carré.

Démonstration
D’après l’inégalité de la moyenne et la formule de Brahmagupta :
!2
p (s − a) + (s − b) + (s − c) + (s − d) s2
[ABCD] = (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) ≤ = = constante.
4 4

Donc, [ABCD] est maximale si, et seulement si, s − a = s − b = s − c = s − d, ou de façon équivalente


le quadrilatère est un carré.

Proposition 1

Dans le quadrilatère cyclique ABCD on a :


a2 − b 2 − c 2 + d 2 2[ABCD] A C (s − b)(s − c) A
1 cos A = ; sin A = ; cos2 = sin2 = ; tan2 =
2(ad + bc) ad + bc 2 2 ad + bc 2
C (s − a)(s − d)
cotan2 = .
2 (s − b)(s − c)
2 Formule de Girard (1595-1632) : 16R2 [ABCD]2 = (ab + cd)(ac + bd)(ad + bc).
3
p s
(ab + cd)(ac + bd)(ad + bc) 1 (ac + bd)(ad + bc)(ab + cd)
R= = · .
4 · [ABCD] 4 (s − a)(s − b)(s − c)(s − d)

Preuve
En appliquant la relation d’Al-Kashi dans les triangles ABD et BDC on obtient :
f 2 = BD 2 = a2 + d 2 − 2ad cos A = b 2 + c 2 − 2bc cos C.
Comme ABCD est cyclique, alors cos C = − cos A et donc 2(ad + bc) cos A = a2 − b 2 − c 2 + d 2 ,
172 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

ce qui veut dire :


a2 − b 2 − c 2 + d 2
cos A = .
2(ad + bc)
On a : 2[ABCD] = ad sin A + bc sin C = ad sin A + bc sin A = (ad + bc) sin A, donc sin A =
2[ABCD] A 1 + cos A
. Puisque cos2 = , il s’ensuit que :
ad + bc 2 2
2
−c +d 2 2 2
1 + a −b (a + d)2 − (b − c)2 (a + d − b + c)(a + d + b − c) (s − b)(s − c)
2A 2(ad+bc)
cos = = = = .
2 2 2(ad + bc) 2(ad + bc) ad + bc

A (s − a)(s − d) A (s − b)(s − c)
Comme sin2 = et cos2 = on obtient la relation :
2 ad + bc 2 ad + bc
A C (s − a)(s − d)
tan2 = cotan = .
2 2 (s − b)(s − c)

f e
On applique dans les triangles ABD et ABC la loi des sinus, alors = 2R et = 2R.
sin A sin B
2[ABCD]
Puisque sin A = , alors on a : f (ad + bc) = 4R[ABCD] et e(ab + cd) = 4R[ABCD],
ad + bc
2 2
d’où 16R [ABCD] = (ab + cd)(ac + bd)(ad + bc), on conclut que :
p
(ab + cd)(ac + bd)(ad + bc)
R= .
4[ABCD]

Théorème 42
Dans le quadrilatère cyclique ABCD avec AC = e et BD = f , on a les relations :

(ad + bc)(ac + bd) (ab + cd)(ac + bd)


e2 = et f2 = .
(ab + cd) (ad + bc)

Démonstration
Des relations f (ad + bc) = 4R[ABCD] et e(ab + cd) = 4R[ABCD] vues ci-haut, et d’après la formule
de Girard on déduit que :

f 2 (ad + bc)2 = 16R2 [ABCD]2 = (ab + cd)(ac + bd)(ad + bc) et


2 2 2 2
e (ab + cd) = 16R [ABCD] = (ab + cd)(ac + bd)(ad + bc).

Par conséquent :

(ab + cd)(ac + bd) (ad + bc)(ac + bd)


f2 = et e2 = .
(ad + bc) (ab + cd)

Définition

Le cercle tangent à un côté [AB] d’un quadrilatère cyclique ABCD et tangent aux droites
(AD) et (BC) est appelé cercle exinscrit du quadrilatère cyclique relativement au côté [AB].
On désigne par Ia le centre, et ra le rayon, de ce cercle.
Nous avons déjà vu à l’exercice 1 que Ia Ib Ic Id est un quadrilatère cyclique.
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 173

Théorème 43
On a les relations suivantes donnant les rayons des cercles exinscrits d’un quadrilatère
cyclique ABCD :

a b c d
ra = A B
, rb = B C
, rc = C D
, rd = D
.
tan 2 + tan 2 tan 2 + tan 2 tan 2 + tan 2 tan 2 + tan A2

Démonstration
rb
Soit E la projection orthogonale de Ib sur BC, et posons x = BE, y = CE, alors tan I[
b BE = . Or
x
π − B B B r B
tan I[
b BE = tan = cotan . Donc, cotan = b , d’où x = rb tan . De même, on peut montrer
2 2  2 x  2
C B C
que y = rb tan , d’où b = BC = x + y = rb tan + tan . Par conséquent :
2 2 2
b
rb = B
.
tan 2 + C2

On montre de la même façon les autres relations donnant ra , rc et rd .

Corollaire 15
Dans tout quadrilatère cyclique ABCD on a les relations :
 
a b c d A B C D
+ + + = 2 tan + tan + tan + tan ,
ra rb rc rd 2 2 2 2
a b c d
+ + + ≥ 8,
ra rb rc rd

a · [ABCD] b · [ABCD] c · [ABCD] d · [ABCD]


ra = , rb = , rc = , rd = .
(s − a)(a + c) (s − b)(b + d) (s − c)(a + c) (s − d)(b + d)

3.3.3 Théorème de Casey et généralisations


Soient C1 (O1 , R1 ) et C2 (O2 , R2 ) deux cercles.
⋄ Si |R1 − R2 | < O1 O2 , on note la longueur de la tangente commune aux cercles par tO1 O2 (figure
de gauche). Alors on a : q
t O1 O2 = O1 O22 − (R1 − R2 )2 . (1)
⋄ Si O1 O2 ≥ R1 + R2 , on note la longueur de la tangente commune transversale aux deux cercles

par tO (figure de droite). Alors on a :
1 O2
q

tO 1 O2
= O1 O22 − (R1 + R2 )2 . (2)

T1
b
b
T2
b
T2′
b

b
b b
b
O1 O2 b
O1
O2

T1′
174 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

On détermine la longueur de ces tangentes dans le cas où elles existent. Soient C(O1 , R1 ) et
C(O2 , R2 ) deux cercles tangents intérieurement, ou extérieurement, au cercle C(O, R) aux points
T1 et T2 (les deux figures ci-dessous) :

T2 O1 O2
b b
b

b
b O2 b
T2
T1 T1
b
b

O1 b b

O O

Dans les deux cas, et en considérant le triangle OT1 T2 on a :

2R2 − T1 T22 T1 T22


cos T\
1 OT2 = = 1 − . (3)
2R2 2R2
En appliquant la relation d’Al-Kashi dans le triangle OO1 O2 , et en prenant en compte la relation
(3) ci-dessus, on obtient :
!
T1 T22
O1 O22 = OO12 + OO22 − 2OO1 · OO2 cos T\
1 OT2 = OO 2
1 + OO 2
2
− 2OO 1 · OO 2 1 − .
2R2

D’où
T1 T22
O1 O22 = (OO1 − OO2 )2 + OO1 · OO2 · . (4)
R2
Lemme
Soient C(O1 , R1 ) et C(O2 , R2 ) deux cercles tangents au cercle C(O, R) aux points T1 et T2 .
⋄ Si C(O1 , R1 ) et C(O2 , R2 ) sont tangents intérieurement à C(O, R), alors :

T1 T2 p
t O1 O2 = · (R − R1 )(R − R2 ). (5)
R
⋄ Si C(O1 , R1 ) et C(O2 , R2 ) sont tangents extérieurement à C(O, R), alors :

T1 T2 p
t O1 O2 = · (R + R1 )(R + R2 ). (6)
R

Preuve
Si les cercles C(O1 , R1 ) et C(O2 , R2 ) sont tangents intérieurement au cercle C(O, R), alors
OO1 = R − R1 , OO2 = R − R2 . En substituant dans (4), la relation (1) implique (5). On
montre de même la relation (6).

Lemme
On suppose que le cercle C(O1 , R1 ) est tangent intérieurement à C(O, R) au point T1 , et le
cercle C(O2 , R2 ) est tangent extérieurement à C(O, R) au point T2 . Alors on a :

′ T1 T2 p
tO 1 O2
= · (R − R1 )(R + R2 ). (7)
R
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 175

Preuve
On a OO1 = R − R1 , OO2 = R + R2 , et en prenant en compte (4) et (2) on conclut la relation
(7).

❏ Dans les conditions du premier lemme, on a :


s
′ T1 T22
tO = · (R − R1 )(R − R2 ) − 4R1 R2 ,
1 O2 R2
r
′ T1 T22
dans le premier cas, et tO = · (R + R1 )(R + R2 ) dans le second cas.
1 O2 R2
❏ Dans les conditions du second lemme on a :
s
T1 T22
t O1 O2 = · (R − R1 )(R + R2 ) + 4R1 R2 .
R2

Théorème 44 : Théorème de Casey (1881)

Si les cercles C(O1 , R1 ), C(O2 , R2 ), C(O3 , R3 ) et C(O4 , R4 ) sont tous tangents intérieurement,
ou tous tangents extérieurement, au cercle C(O, R), alors on a :

t O1 O2 · t O3 O4 + t O2 O3 · t O4 O1 = t O1 O3 · t O2 O4 . (8)

Démonstration
Soient T1 , T2 , T3 et T4 les points de tangence des cercles C(O1 , R1 ), C(O2 , R2 ), C(03 , R3 ) et C(O4 , R4 )
avec le cercle C(O, R). Puisque T1 T2 T3 T4 est un quadrilatère cyclique, alors d’après le théorème de
Ptolémée on sait que :
T1 T2 · T3 T4 + T2 T3 · T4 T1 = T1 T3 · T2 T4 ,
et en prenant compte de (5) ou (6), on déduit le résultat demandé (8).

T1 b T2
O1 O2 b
b
b

O
b

O3
b

b b
O4 T3
b
T4

Théorème 45
Si les cercles C(O1 , R1 ), C(O3 , R3 ) sont tangents intérieurement au cercle C(O, R), et les
cercles C(O2 , R2 ), C(O4 , R4 ) sont tangents extérieurement au cercle C(O, R), alors on a :
′ ′ ′ ′ ′ ′
tO 1 O2
· tO 3 O4
+ tO 2 O3
· tO 4 O1
= tO 1 O3
· tO 2 O4
. (9)
176 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Démonstration
Soient T1 , T2 , T3 et T4 les points de tangence des cercles C(O1 , R1 ), C(O2 , R2 ), C(O3 , R3 ) et C(O4 , R4 )
avec le cercle C(O, R). Puisque T1 T2 T3 T4 est un quadrilatèral cyclique, alors d’après le théorème de
Ptolémée on a :
T1 T2 · T3 T4 + T2 T3 · T4 T1 = T1 T3 · T2 T4 ,
et en tenant compte de (7) on déduit la relation demandée (9).

O2
b
T1 b
O1 b
b
T2
O
b

O3
b

b
T4 T3
b

b
O4

Théorème 46
⋄ Si les cercles C(O1 , R1 ), C(O2 , R2 ), C(O3 , R3 ) et C(O4 , R4 ) sont tangents intérieurement au
cercle C(O, R), alors on a :

t O1 O3 (R − R3 ) · tO1 O2 · tO1 O4 + (R − R1 ) · tO3 O2 · tO3 O4


= . (10)
t O2 O4 (R − R4 ) · tO2 O1 · tO2 O3 + (R − R2 ) · tO4 O1 · tO4 O3

⋄ Si les cercles C(O1 , R1 ), C(O2 , R2 ), C(O3 , R3 ) et C(O4 , R4 ) sont tangents extérieurement au


cercle C(O, R), alors on a :

t O1 O3 (R + R3 ) · tO1 O2 · tO1 O4 + (R + R1 ) · tO3 O2 · tO3 O4


= . (11)
t O2 O4 (R + R4 ) · tO2 O1 · tO2 O3 + (R + R2 ) · tO4 O1 · tO4 O3

Démonstration
Soient T1 , T2 , T3 et T4 les points de tangence des cercles C(O1 , R1 ), C(O2 , R2 ), C(O3 , R3 ) et C(O4 , R4 )
avec le cercle C(O, R). Puisque T1 T2 T3 T4 est un quadrilatèral cyclique, alors d’après le second théo-
rème de Ptolémée on a :
T1 T3 T T · T T + T3 T2 · T3 T4
= 1 2 1 4 ,
T2 T4 T2 T1 · T2 T3 + T4 T1 · T4 T3
et en tenant compte de (5) on obtient après simplifications la relation (10). La relation (11) est
obtenue de façon similaire à partir de (6).

Théorème 47
Si les cercles C(O1 , R1 ), C(O3 , R3 ) sont tangents intérieurement au cercle C(O, R), et les
cercles C(O2 , R2 ), C(O4 , R4 ) sont tangents extérieurement au cercle C(O, R), alors on a :
′ ′ ′ ′ ′
tO 1 O3
(R − R3 ) · tO 1 O2
· tO 1 O4
+ (R − R1 ) · tO 3 O2
· tO 3 O4
′ = ′ ′ ′ ′ . (12)
tO (R + R4 ) · tO · tO + (R + R2 ) · tO · tO
2 O3 2 O1 2 O3 4 O1 4 O3
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 177

Démonstration
La preuve est semblable à celle du théorème précédent en faisant appel à la relation (7).

Remarque

Si les cercles C(O1 , R1 ), C(O2 , R2 ), C(O3 , R3 ) et C(O4 , R4 ) sont dégénérés, et sont donc réduits
à un point, alors les 4 derniers théorèmes donnent les théorèmes de Ptolémée.
La réciproque du théorème de Casey est aussi vraie. La preuve est difficile. On utilise dans
la suite l’expression théorème de Casey pour parler aussi bien du sens direct que de la
réciproque.

On passe aux applications du théorème de Casey à la résolution des problèmes d’Olympiades.


Exemple 12

Soit ABC un triangle isocèle avec AB = AC . Un cercle (Γ) est tangent à [BC], et tangent à
“ , ne contenant pas le point A, du cercle circonscrit au triangle ABC . Une
l’arc de cercle BC
tangente à (Γ), et issue de A, touche (Γ) en P .
Montrer que le lieu géométrique du point P , lorsque (Γ) varie, est un arc de cercle.

On pose AB = AC = d. On applique le théorème de Casey au cercle (Γ) et aux cercles dégénérés


(i.e. les points) A, B et C, tous ces quatre cercles sont tangents intérieurement au cercle circonscrit
au triangle ABC. Donc, si (Γ) touche BC au point Q, alors :

BQ · d + CQ · d = AP · BC =⇒ AP = d.

Donc, le lieu des points P est un arc de cercle centré en A et de rayon d.

b
A

Q
b b b

B P b C
(Γ)

Exemple 13

Soit (Γ) un cercle de diamètre [AB]. Soient P et Q deux points du cercle et situés de part et
d’autre par rapport à [AB]. Soit T le projeté orthogonal de Q sur AB. (Γ1 ) et (Γ2 ) sont deux
cercles de diamètres [T A] et [T B] respectivement. PC et PD sont les tangentes issues de P
à (Γ1 ) et à (Γ2 ) respectivement. Montrer que : PC + PD = PQ .

Soit t la longueur de la tangente commune externe aux cercles (Γ1 ) et (Γ2 ). On applique le théorème
de Casey aux cercles (Γ1 ), (Γ2 ) et aux cercles dégénérés P et Q. Ils sont tous les quatre tangents
intérieurement à (Γ). Alors on a :
t
PC · QT + PD · QT = PQ · t =⇒ PC + PD = · PQ.
QT

Il suffit donc de montrer que t = QT pour conclure.√ Or, il est facile de voir que QT = T A · T B, et
par le théorème de Casey on peut vérifier que t = T A · T B, ce qui permet de conclure.
178 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

P
b

b
b

C D
A T B
b b b

Q
b

Exemple 14

Dans le triangle ABC de cercle circonscrit (Γ), on considère (ωA ) le cercle tangent intérieu-
rement à (Γ) et à [BC] en son milieu. On définit de même les cercles (ωB ) et (ωC ). Soient
tBC , tCA et tAB les longueurs des tangentes externes communes des cercles (ωB ) et (ωC ) ;
(ωC ) et (ωA ) ; (ωA ) et (ωB ) respectivement. Montrer que :

a+b+c
tBC = tCA = tAB = ,
4
où a = BC, b = CA et c = AB.

Soient D, E et F les milieux respectifs de b


A
[BC], [CA] et [AB]. On désigne par tA , tB et tC les
longueurs respectives des tangentes communes
externes issues des points A, B et C aux cercles
(ωA ), (ωB ) et (ωC ). D’après le théorème de Casey b b
F
appliqué au cercle (ωA ) et aux cercles dégénérés E

A, B et C, ils sont tous tangents intérieurement


à (Ω), on obtient : D
b b b

B C

b+c
a · tA = b · BD + c · CD =⇒ tA = .
2
c+a a+b
On obtient de même tB = et tC = . En appliquant le théorème de Casey aux cercles (ωB ),
2 2
(ωC ) et aux cercles dégénérés B et C, ils sont tous tangents intérieurement à (Ω), on obtient :
  
a+c a+b
2 2 − bc
4 a+b+c
tB · tC = a · tBC + BF · CE =⇒ tBC = = ,
a 4
a+b+c
et comme on peut faire la même chose pour tCA et tAB , on conclut que tBC = tCA = tAB = .
4
Exemple 15

Soient (Ω) un cercle passant par les sommets B et C d’un triangle ABC , et (ω) un cercle
tangent aux segments [AB] et [AC] aux points P et Q respectivement, et tangent extérieu-
•
rement à (Ω) au point T . Soit M le milieu de l’arc BT C de (Ω). Montrer que les droites
(BC), (PQ) et (MT ) sont concourantes.
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 179

Soient R et r les rayons de (Ω) et (ω) respectivement. D’après le théorème de Casey appliqué
au cercle (ω) et au cercle dégénéré B, tous les deux tangents extérieurement à (Ω), on obtient :
TB p TC p
BP = · R(R + r) et de même CQ = · R(R + r).
R R
TB BP
Donc, en divisant ces deux expressions on déduit que : = . Soit X le point d’intersection
T C CQ
des droites (BC) avec (PQ), alors d’après le théorème de Ménélaüs appliqué au triangle ABC et à
la transversale PQX on sait que :
PB QA XC
· · = 1,
PA QC XB
et puisque AP = AQ (car tangentes à (ω) issues de A), alors on déduit que :
XC QC TC
= = .
XB PB TB
D’où, par le théorème de la bissectrice appliqué dans le triangle BT C, on déduit que X appartient
[
à la bissectrice externe de l’angle BT C. Ainsi, les droites (PQ), (BC) et (MT ) se coupent en X.
b
A

P b

b
Q

b b

M T

B C X
b b b

Exemple 16

Soit (ω) le cercle inscrit dans le triangle ABC . S et T sont des points de [AB] et [AC]
respectivement tels que la droite (ST ) est tangente à (ω) et parallèle à (BC). Soit (ω ′ ) le
cercle inscrit dans le triangle AST . Montrer que le cercle passant par B et C et tangent à
(ω) est aussi tangent à (ω ′ ).

b
A

F′ b
b
E′

b b
S b b T
D′ X b E
F b

b
b
b
b
B
D Y
C

Supposons, sans perte de généralité, que CA ≥ AB. On suppose que (ω) touche BC, CA, AB, ST
en D, E, F, X respectivement, et que (ω ′ ) touche ST , AT , AS en D ′ , E ′ , F ′ respectivement. D’après le
théorème de Casey appliqué aux cercles (ω), (ω ′ ), et aux cercles dégénérés B, C, il suffit de montrer
que : BF ′ · CE = a · D ′ X + BF · CE ′ pour conclure. Remarquons que l’homothétie de centre A et de
s−a
rapport envoie (ω) vers (ω ′ ), et que :
s
s−a (s − a)2 (s − a)2
AE ′ = · AE = =⇒ CE ′ = b − ,
s s s
180 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

(s − a)2
et de même BF ′ = c − . Soit maintenant Y le point où le cercle ex-inscrit relativement au
s
sommet A touche le côté BC, on a :

s−a (b − c)(s − a)
D′ X = · DY = ,
s s

et puisque BF = s − b et CE = s − c, alors on voit facilement que : BF ′ · CE = a · D ′ X + BF · CE ′ .

Exemple 17 : (Chine, 2009)

Soit ABC un triangle rectangle en C . Le pied de la hauteur issue de C est noté D . (Γ)
est le cercle circonscrit au triangle BCD . (ω) est un cercle situé à l’intérieur du triangle
ACD , il est tangent aux segments [AD] et [AC] aux points M et N respectivement, et il est
également tangent au cercle (Γ).
1 Montrer que : BD · CN + BC · DM = CD · BM .
2 Montrer que : BM = BC .

C
b (Γ)

N
b

b O
b
b
(ω)
O′
P
b b b b

A M D B

1 Il suffit d’appliquer le théorème de Casey aux cercles dégénérés B, C et D, tous tangents


extérieurement au cercle (Γ), alors on a :

BD · CN + BC · DM = CD · BM.

2 On suppose que les cercles (Γ) et (ω) se touchent au point P, alors BPC [ = 90°. Si O et O ′

sont les centres respectifs de (Γ) et (ω) alors O, P et O sont alignés, d’où :

\ [ \ \
[ = PO N + POC = 360° − O N C − OCN = 90°.
′ ′
[
PN C + PCN
2 2

Donc, N[PC = 90°, ainsi les points B, P et N sont alignés. D’après la puissance d’un point
par rapport à un cercle on a : BM 2 = BP · BN . Ainsi, C
b = 90° et (CP)⊥(BN ) impliquent que
2
BC = BP · BN . En conclusion, BM = BC.

Exemple 18 : Théorème de Feuerbach (1822)

Soient D, E et F les milieux respectifs des côtés BC, AC et AB du triangle ABC .


1 Montrer que le cercle (ω), inscrit dans le triangle ABC , est tangent au cercle des
neuf points (Γ) passant par les points D, E et F .
2 Montrer que le cercle (ω ′ ), ex-inscrit relativement au côté [BC], est tangent au cercle
des neuf points (Γ).
3.3. QUADRILATÈRE CYCLIQUE (OU INSCRIPTIBLE) 181

R b

(Γ) (ω ′ )
C
b
B′ I′
b
b A′ b

E b (ω) I b
b

D b
P

b b b b b

A F C′ B Q

1 On considère les points D, E et F comme des cercles dégénérés. Soient A′ , B′ et C ′ les points
de contact du cercle inscrit avec les côtés du triangle ABC. On sait que AB′ = AC ′ ; BA′ =
BC ′ et CA′ = CB′ (égalité des tangentes à un cercle et issues d’un même point). Donc, en
posant AB′ = x = C ′ A, BC ′ = y = A′ B et CA′ = z = B′ C, et puisque y + x = AB = c, z + y =
CB = a et x + z = AC = b on déduit que :
c+b−a
x= = s − a, y = s − b, z = s − c.
2
BA c
Maintenant, on a tDE = DE = = et :
2 2
c |c − 2(s − b)| |b − a|
tFω = FC ′ = |FB − BC ′ | = −y = = .
2 2 2
a |c − b| b |a − c|
De même, tEF = ,t = , tFD = et tEω = . On suppose, sans perte de généra-
2 Dω 2 2 2
lité, que a ≤ b ≤ c, alors :
c(b − a) a(c − b) b(c − a)
tDE · tFω + tEF · tDω = + = = tFD · tEω .
4 4 4
D’après le théorème de Casey, on déduit que (ω) est tangent au cercle des neuf points (Γ).
2 Soit I ′ le centre de (ω ′ ), et désignons par P, Q, R les points de tangence de (ω ′ ) avec les
c
droites (BC), (AB), (CA) respectivement. Comme dans la question (1) on sait que tDE = .
2
Pour déterminer tFω′ on doit connaître BQ. Notons tout d’abord que AQ = AR, BP = BQ et
CR = CP. Donc, 2 · AQ = AQ + AR = AB + BP + CP + AC = 2s. D’où AQ = s/2. Maintenant,
BQ = AQ − AB = s − c, donc :
c b+a
tFω′ = FQ = FB + BQ = + (s − c) = .
2 2
a+c a c−b
De même, tEω′ = . On a : tDω′ = DP = DB − BP = DB − BQ = − (s − c) = . D’où :
2 2 2
b(a + c) a(c − b) c(b + a)
tFD · tEω′ + tEF · tDω′ = + = = tDE · tFω′ .
4 4 4
Le théorème de Casey permet de conclure que (ω ′ ) est tangent au cercle (Γ) des neuf points.

Exemple 19 : (OIM, 2011)

Soit ABC un triangle dont les angles sont aigus et soit (Γ) son cercle circonscrit. Soit (l)
une droite tangente à (Γ). Soient (la ), (lb ), (lc ) les droites symétriques de (l) par rapport
respectivement aux droites (BC), (CA), (AB). Montrer que le cercle circonscrit au triangle
déterminé par les droites (la ), (lb ), (lc ) est tangent à (Γ).

Dans la figure ci-dessous, L est une droite tangente à (Γ), T est le point de tangence. hA , hB et hC
sont les longueurs des hauteurs issues de A à B, C et L respectivement. On commence par montrer
le résultat suivant : p p p
hA · sin A + hB · sin B = hC · sin C. (1)
182 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

b C

b hC

b
A b B

hA hB
α L
b b b b b b

En effet, d’après le théorème de Ptolémée et la loi des sinus on a : AT · BC + BT · CA = CT · BC,


ou aussi AT · sin A + BT · sin B = CT · sin C. Soit α l’angle entre (AT ) et L (voir figure), alors AT =
hA h 2k
= A où k est le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC. En résolvant cette équation
sin α AT
avec AT comme inconnue (puis en faisant de même pour BT et CT ) on obtient :
p p p
AT = 2khA , BT = 2khB , CT = 2khC .

Il suffit de remplacer ces expressions dans la relation de Ptolémée vue ci-haut pour déduire (1).
Soient maintenant {A′ } = la ∩ l, {B′ } = lb ∩ l, {C ′ } = lc ∩ l, {C ′′ } = la ∩ lb , {A′′ } = lc ∩ la et {B′′ } = lc ∩ la .
On a :
A\
′′ C ′′ B′′ = A\
′′ B′ A′ − C\
′′ A′ B′ = 2CB\ ′ A′ − (180° − 2CA \ ′ B′ ) = 180° − 2C. b

De même on a :

A\ b
′′ B′′ C ′′ = 180° − 2B et B′′\ b
A′′ C ′′ = 180° − 2A. (2)

Considérons le triangle A′ C ′ B′ . La droite A′ B est une bissectrice de B\ ′ A′ B′′ et C ′ B est une bis-

sectrice de A\′ C ′ B′ . Donc, B est le centre du cercle exinscrit du triangle A′ C ′ B′′ relativement au

sommet C ′ . De même, la droite A′′ A est une bissectrice de B′′\ A′′ C ′′ et C ′′ C est une bissectrice de
\
B C A . Par conséquent, elles se coupent au centre I du cercle inscrit dans le triangle A′′ B′′ C ′′ .
′′ ′′ ′′
On a :
d = AA \ \
′′ C ′ + AC ′ A′′ =
B\
′ A′′ C ′ + B\
′ C ′ A′′ A\
′ B′ C ′′
IAB = ,
2 2
\
′ ′ ′′
d = B A C . Donc par (2) on a :
et de même IBA
2

d = 180° − IA\ \
′′ B′′ − IB
1 ′′ ′′ ′′ 1 \
′′ A′′ = 180° − C\
AIB A B − C ′′ B′′ A′′
2 2
1 \ 1 [
b = 180° − ACB.
= 90° + A′′ C ′′ B′′ = 90° + (180° − 2C)
2 2
Par conséquent I ∈ (Γ). Soit D le pied de la perpendiculaire de I à A′′ B′′ , alors ID = r est le rayon
du cercle inscrit dans le triangle A′′ B′′ C ′′ . Soient E et F les pieds des perpendiculaires de B à
A′′ B′′ et B′ A′ respectivement, alors BE = BF = hB . Soit T (X) la longueur de la tangente de X à (Γ),
1 ′′ ′′ ′′
où X est en dehors de (Γ). Puisque A\ ′′ B′′ I = A\ B C = 90° − Bb par (2), on obtient :
2
s √
′′
√ BE ID hB r
T (B ) = B B · B I =
′′ ′′ · = .
b b
sin(90° − B) sin(90° − B) b
cos B

Soit R le rayon du cercle circonscrit au triangle A′′ B′′ C ′′ alors :



′′ ′′ hB r ′′
√ p
T (B ) · C A = b = 4R r hB sin B.
· 2R · sin(180° − 2B) b
b
cos B
3.4. QUADRILATÈRE TANGENTIEL (OU CIRCONSCRIPTIBLE) 183

De même, on obtient des expressions similaires pour T (A′′ ) · B′′ C ′′ et T (C ′′ ) · A′′ B′′ . D’après la
relation (1) on déduit que : T (A′′ ) · B′′ C ′′ + T (B′′ ) · C ′′ A′′ = T (C ′′ ) · A′′ B′′ . Le théorème de Casey
permet alors de conclure.
autre méthode : On raisonne ci-après sur des angles orientés de droites, pour éviter des discus-
sions sur les cas de figure. Soit T le point de contact de l et (Γ). Soit {A′ } = lb ∩lc , {B′ } = la ∩lc , {C ′ } =
la ∩ lb . Soit X, Y , Z les symétriques respectifs de T par rapport à (BC), (CA), (AB).
Comme T appartient au cercle circonscrit de ABC, on sait (droite de Simson) que les points X, Y , Z
sont alignés (avec l’orthocentre de ABC, mais on n’utilise pas ce résultat). On a X ∈ (B′ C ′ ), Y ∈
(C ′ A′ ), Z ∈ (A′ B′ ). Soit α = (l, T C) = (BT , BC) (angles orientés de droites). Avec la symétrie par
rapport aux droites (AC) et (BC), on obtient (BC, BX) = (BT , BC) = α et (XC, XC ′ ) = (l, T C) =
(Y C, Y C ′ ) = α. Comme (XC, XC ′ ) = (Y C, Y C ′ ), les points X, Y , C, C ′ appartiennent à un certain
cercle Γc . On définit les cercles Γa et Γb de façon analogue.

Γ′
lc
Z
b
b
A′
A b
T
b

Y
b

b l
O
b
b
B′
b
B C
lb

la
X
b
b

C′

Soit Γ ′ le cercle circonscrit au triangle A′ B′ C ′ . Appliquant le théorème de Miquel aux quatre


droites (A′ B′ ), (A′ C ′ ), (B′ C ′ ) et (XY ), on obtient que les cercles Γ ′ , Γa , Γb , Γc se coupent en un point
K. On montre que K appartient à Γ et que les tangentes à Γ et Γ ′ en ce point coïncident, ce qui
résout le problème.
Par symétrie, on a XB = T B = ZB, donc le point B est le milieu de l’un des arcs XZ ” du cercle
Γb . D’où (KB, KX) = (XZ, XB). De même, (KX, KC) = (XC, XY ). Sommant ces égalités et utilisant
la symétrie par rapport à la droite (BC) on obtient (KB, KC) = (XZ, XB) + (XC, XZ) = (XC, XB) =
(T B, T C). Donc K appartient à Γ. Enfin, soit ∆ la tangente à Γ en K. On a :

(∆, KC ′ ) = (∆, KC) + (KC, KC ′ ) = (KB, BC) + (XC, XC ′ )


= (KB, KX) − (BC, BX) + α = (KB′ , B′ X) − α + α = (KB′ , B′ C ′ ),

ce qui signifie que ∆ est tangente à Γ ′ .

3.4 Quadrilatère tangentiel (ou circonscriptible)

Définition : Quadrilatère tangentiel (ou circonscriptible)

Un quadrilatère tangentiel (ou circonscriptible) est un quadrilatère dont les côtés sont tous
tangents à un unique cercle inscrit dans le quadrilatère.

✍ Tout quadrilatère tangentiel est convexe.


Théorème 48
Un quadrilatère convexe ABCD est tangentiel si, et seulement si, les bissectrices des angles
[ BCD,
ABC, [ CDA [ et DAB[ se coupent au centre I du cercle inscrit.
184 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Démonstration
(=⇒) Comme ABCD est tangentiel alors ses côtés sont tous tangents à un unique cercle inscrit de
centre I. Soient M, N , P et Q les points de tangence du quadrilatère ABCD avec le cercle inscrit.
Puisque △BIM ≃ △BIN , alors MBI [ =N € BI , d’où le point I appartient à la bissectrice de l’angle
[ De la même façon on montre que I appartient aux bissectrices des angles BCD,
ABC. [ CDA [ et DAB.[
En conclusion, les quatre bissectrices se coupent au centre du cercle inscrit.
(⇐=) Si ABCD est un quadrilatère convexe pour lequel les quatre bissectrices se coupent en un point
I, alors d(I, AB) = d(I, BC) = d(I, CD) = d(I, DA). Donc, le cercle de centre I et de rayon r = d(I, AB)
est tangent à tous les côtés du quadrilatère. Par conséquent ABCD est un quadrilatère tangentiel.

Théorème 49
Un quadrilatère ABCD est tangentiel si, et seulement si, AB + CD = BC + DA.

Démonstration
(=⇒) C’est le théorème de Pitot.
(⇐=) On considère un cercle tangent aux côtés [AB], [BC] et [CD]. On construit une droite (AD ′ )
tangente au cercle C de sorte que D ′ ∈ (CD). Alors le quadrilatère ABCD ′ est tangentiel (circonscrit
au cercle C), d’où par le théorème de Pitot on a :

AB + CD ′ = BC + AD ′ . (1)

Par hypothèses on a AB + CD = BC + DA, alors en soustrayant cette dernière relation de la relation


(1) on obtient :
DD ′ = AD ′ − AD .
Cette égalité est vraie si, et seulement si, le triangle ADD ′ est dégénéré, donc D coïncide avec D ′ . Par
conséquent ABCD est un quadrilatère tangentiel.

☞ Il existe des quadrilatères concaves ABCD qui vérifient la relation AB + CD = BC + DA.


Si on prend AB = AD et BC = CD comme dans la figure ci-dessous alors on obtient AB +
CD = BC + DA.
b A

D
B C
b b

Théorème 50
Soit ABCD un quadrilatère. On pose AB = a, BC = b, CD = c, DA = d, AC = e, BD = f et s
est le semi-périmètre. Si ABCD est un quadrilatère tangentiel alors on a :

s − a = c, s − b = d, s−c = a et s − d = b.

Démonstration
Si ABCD est un quadrilatère tangentiel alors on a la relation a + c = b + d, donc on obtient :

a+b+c+d 2a + 2c
s−a = −a = − a = a + c − a = c.
2 2
De la même façon, on obtient les autres relations.
3.4. QUADRILATÈRE TANGENTIEL (OU CIRCONSCRIPTIBLE) 185

Théorème 51 : Théorème d’Archimède


L’aire d’un quadrilatère tangentiel ABCD est donnée par :

√ b+ C
A b
[ABCD] = abcd · sin .
2

Démonstration
D’après le théorème précédent et la formule de Bretschneider on a :
s
b+ C
A b
[ABCD] = (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) − abcd · cos2 .
2

Par suite :
s s
b+ C
A b b+ C
A b
[ABCD] = (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) − abcd · cos2 = abcd − abcd · cos2
2 2
√ b+ C
A b
= abcd · sin .
2

Théorème 52
Soit ABCD un quadrilatère convexe. On pose a = AB, b = BC, c = CD, d = DA, e = AC, f =
BD et {O} = (AC) ∩ (BD). Alors, le quadrilatère ABCD est tangentiel si, et seulement si :

[
ac − bd = ef · cos AOB.

Démonstration
On a pour tout quadrilatère convexe ABCD :

[ = (AO + OC)(BO + OD) cos AOB


ef cos AOB [
[ + AO · OD cos AOB
= AO · OB cos AOB [ + OC · OB cos AOB
[ + OC · OD cos AOB
[
AO 2 + OB2 − b 2 AO 2 + OD 2 − d 2 OC 2 + OB2 − b 2 OC 2 + OD 2 − c 2
= + − +
2 2 2 2
b 2 + d 2 − a2 − c 2 (b + d)2 − (a + c)2
= = + ac − bd.
2 2
Si ABCD est tangentiel alors d’après le théorème de Pitot on sait que a + c = b + d, par suite ac − bd =
[
ef cos AOB.
[ alors l’identité
Réciproquement, si pour le quadrilatère ABCD on a la relation ac − bd = ef cos AOB,
2 2
[ = (b + d) − (a + c) + ac − bd devient a + c = b + d. La réciproque du théorème de Pitot
ef cos AOB
2
permet alors de conclure que ABCD est un quadrilatère tangentiel.

Remarque

Un quadrilatère orthodiagonal ABCD est tangentiel si, et seulement si, ac = bd.


186 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Théorème 53
b et de C
On suppose que dans le quadrilatère convexe ABCD les bissectrices internes de A b
se coupent en un point I. Alors, ABCD est tangentiel si, et seulement si :

[AIB] + [CID] = [AID] + [BIC]. (1)

Démonstration
Si le quadrilatère ABCD est tangentiel, alors les bissectrices internes des angles A b et C
b se coupent au
point I centre du cercle inscrit. Si r est le rayon du cercle inscrit alors, d’après le théorème de Pitot on
sait que a + c = b + d, et donc ar + cr = br + dr, par suite : 2[AIB] + 2[CID] = 2[AID] + 2[BIC], c’est
équivalent à la formule (1).
Réciproquement, on suppose que [AIB]+[CID] = [AID]+[BIC], on note x = d(I, AB) et y = d(I, BC).
Puisque AI est la bissectrice de A b et CI la bissectrice de l’angle C,b alors d(I, AB) = d(I, AD) = x et
x·a y·c x·d y·b
d(I, BC) = d(I, CD) = y, donc la relation (1) devient : + = + , d’où x(a−d) = y(b−c).
2 2 2 2
Si a = d alors par la dernière identité on déduit que b = c. Par conséquent a+c = b+d, ce qui permet de
dire que ABCD est tangentiel. Supposons, sans perte de généralité, que a > d, alors d’après la relation
x(a − d) = y(b − c) on déduit que b > c. On construit les points E et F tels que E ∈ [AB], AE = AD, F ∈
[BC] et CF = DC. On remarque que les triangles AEI et ADI sont isométriques, par suite EI = DI.
Comme les triangles DCI et FCI sont isométriques alors DI = IF. Par conséquent on obtient EI = FI.
Comme [AIB]+[CID] = [AID]+[BIC], il s’ensuit que [AIE]+[BIE]+[CID] = [AID]+[BIF]+[CIF],
d BI · FI sin BIF
BI · EI sin BIE d
donc [BEI] = [BFI], d’où = d = sin BIF,
, ce qui est équivalent à sin BIE d
2 2
ou de façon équivalente BIEd ≡ BIF.
d Il est facile de voir que les triangles BIE et BIF sont isométriques,
x · BE y · BF
ceci veut dire BE = BF. Puisque [BEI] = [BFI], on obtient = . Par conséquent x = y et
2 2
en utilisant x(a − d) = y(b − c) on trouve a − d = b − c. Ainsi, a + c = b + d, ce qui permet de conclure
que ABCD est tangentiel.

Théorème 54
Un quadrilatère convexe ABCD est tangentiel si, et seulement si :

[
ABD [
BDC [
ADB [
DBC
tan · tan = tan · tan .
2 2 2 2

Démonstration
[ y=
On applique la loi des sinus dans les triangles ADB et BDC, on obtient alors en posant x = ABD,
[ z = BDC
ADB, [ et u = DBC [ :
a f d b f c
= = et = = .
sin y sin(x + y) sin x sin z sin(u + z) sin u
f sin y f sin u f sin z f sin x
Par suite a = ,c= ,b= et d = . Par conséquent :
sin(x + y) sin(u + z) sin(u + z) sin(x + y)
sin y sin u sin z sin x
+ = + d’où (sin y −sin x) sin(u +z) = (sin z−sin u) sin(x+y),
sin(x + y) sin(u + z) sin(u + z) sin(x + y)
y −x u +z z−u x+y
c’est équivalent à : sin · sin = sin · sin . Cette dernière identité s’écrit :
2 2 2 2
y       y

sin 2 − 2x sin u2 + 2z sin 2z − u2 sin 2x + 2
y · z = · ,
u
cos 2 · cos 2x cos 2 · cos 2 cos 2z · cos u2 cos x2 · cos 2y
3.4. QUADRILATÈRE TANGENTIEL (OU CIRCONSCRIPTIBLE) 187

       
y x u z z u x y
ce qui veut dire : tan − tan · tan + tan = tan − tan · tan + tan . Il s’ensuit
2 2 2 2 2 2 2 2
y u z x
que : tan · tan = tan · tan .
2 2 2 2

3.4.1 Théorèmes du type Casey pour les quadrilatères tangentiels


Théorème 55
Soient ABCD un quadrilatère tangentiel, C(I, r) son cercle inscrit, et considérons les cercles
C(O1 , ra ), C(O2 , rb ), C(O3 , rc ), C(O4 , rd ) tangents aux droites AB et AD, BA et BC, CB et CD,
DC et DA respectivement de sorte que O1 ∈ [AI), O2 ∈ [BI), O3 ∈ [CI) et O4 ∈ [DI) (figure
de gauche), ou bien A ∈ [O1 I), B ∈ [O2 I), C ∈ [O3 I) et D ∈ [O4 I) (figure de droite).
Alors on a la relation :
t O1 O2 + t O3 O4 = t O2 O3 + t O1 O4 .

Démonstration

D1 C2 O3
D O4 b
b b b b C b

D2 b b
b b C1 D b
b
O4 O3 C

I
b
b I
B2
b

A2 b O1 O2 b
b
A B
b b
b b b b b

A1 B1 O1 b O2 b

A E B

On considère la figure de gauche. On a : (O1 A1 )⊥(AB), (O1 A2 )⊥(AD), (O2 B)⊥(AB), (O2 B2 )⊥(BC),
(O3 C)⊥(BC), (O3 C2 )⊥(CD), (O4 D1 )⊥(CD), (O4 D2 )⊥(DA); A1 , B1 ∈ (AB), B2 , C1 ∈ (BC), C2 ,
D1 ∈ (CD) et D2 , A2 ∈ (DA). On a AA1 = AA2 , BB1 = BB2 , CC1 = CC2 et DD1 = DD2 .
Donc, tO1 O2 = AB − BB1 et tO3 O4 = CD − CC2 − DD1 , par suite :

tO1 O2 + tO3 O4 = AB + CD − (AA1 + BB1 + CC1 + DD1 ) .

De même, tO2 O3 + tO1 O4 = BC + AD − (BB2 + CC1 + DD2 + AA2 ). Finalement, comme ABCD est
tangentiel, alors on conclut grâce au théorème de Pitot et sa réciproque.
L’autre cas se traite de la même façon.

Proposition 2

Dans les conditions du théorème précédent on a :


!
b
A b
B b
A b
B
tO1 O2 = r cotan + cotan − ra cotan − rb cotan (1)
2 2 2 2

dans le premier cas, et


!
b
A b
B b
A b
B
t O1 O2 = r cotan + cotan + ra cotan + rb cotan (2)
2 2 2 2

dans le second cas, et les relations similaires.


188 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Preuve
Dans le premier cas on utilise la figure de gauche. On a (IE)⊥(AB), E ∈ (AB). Donc :

b
A b
B b
A b
B
AE = r cotan , BE = r cotan , AA1 = ra cotan , BB1 = rb cotan ,
2 2 2 2
et en remplaçant dans tO1 O2 = A1 B1 = AB − AA1 − BB1 = (AE + BE) − AA1 − BB1 on obtient
l’identité (1). La démonstration est similaire dans le cas de la figure de droite.

Théorème 56
Soient ABCD un quadrilatère tangentiel, C(I, r) son cercle inscrit. Les cercles C(O1 , ra ),
C(O2 , rb ), C(O3 , rc ), C(O4 , rd ) sont tangents aux droites AB et AD, BA et BC, CB et CD, DC
et DA respectivement de sorte que O1 ∈ [AI), O2 < [BI), O3 ∈ [CI) et O4 < [DI). Alors on a :
′ ′ ′ ′
tO 1 O2
+ tO 3 O4
= tO 2 O3
+ tO 1 O4
.

Démonstration

O4
b

C2 C
D1 b
b b

b
b
b b C1
D2 D O3

I
A2 b
O1
b

A B B1
b b b b

A1 b b
B2
O2


On considère la figure ci-dessus. On a : tO = A1 B1 = AB − AA1 + BB1 , et le reste de la preuve se
1 O2
fait de la même manière que pour le théorème précédent. Ainsi :
′ ′ ′ ′
tO 1 O2
+ tO 3 O4
= tO 2 O3
+ tO 1 O4
.

Proposition 3

Sous les conditions du théorème précédent on a :


!
b
A b
B b
A b
C

tO 1 O2
= r cotan + cotan − ra cotan + rb cotan ,
2 2 2 2

et les relations similaires.

Remarque

Si les cercles C(O1 , ra ), C(O2 , rb ), C(O3 , rc ) et C(O4 , rd ) sont réduits à des points, alors les deux
théorèmes précédents se réduisent au théorème de Pitot.
3.5. QUADRILATÈRE BICENTRIQUE 189

3.5 Quadrilatère bicentrique

Définition (Quadrilatère bicentrique)

Un quadrilatère est bicentrique s’il est à la fois cyclique et tangentiel.

Théorème 57
Soit ABCD un quadrilatère cyclique tel que (AC)⊥(BD). On désigne par M le point d’in-
tersection de (AC) avec (BD), et A1 , B1 , C1 , D1 les projections orthogonales de M sur les
côtés AB, BC, CD, DA respectivement. Alors, A1 B1 C1 D1 est un quadrilatère bicentrique.

Démonstration
Dans les quadrilatères cycliques AA1 MD1 , B
b
ABCD et A1 BB1 M on a D\ 1 AM = A1

D\ A
1 1 M, D\1 AM = \
MBC et \
MBB 1 = \
MA 1 1,
B b b
B1

\ \
par suite D1 A1 M = MA1 B1 , ce qui veut dire que A
b

A1 M est la bissectrice de D\ 1 A1 B1 . De la même D1


façon, B1 M, C1 M et D1 M sont les bissectrices b b

M
des angles A\ \ \
1 B1 C1 , B1 C1 D1 et C1 D1 A1 . Donc, le
quadrilatère A1 B1 C1 D1 est tangentiel, et M est
le centre du cercle inscrit. Il est facile de voir que :
D\ \ \ \
1 A1 B1 + B1 C1 D1 = 2MAD + 2MDA = 180°,
b

C
donc le quadrilatère A1 B1 C1 D1 est cyclique. En b
b

conclusion, A1 B1 C1 D1 est un quadrilatère bicen- D


C1

trique.

✍ Comme AC · BD = BD · AC, on déduit que (MA + MC)BD = (MB + MD)AC, donc :

b+ MC · sin C
MA · sin A b = MB · sin B
b+ MD · sin D.
b

D’où on a : A1 D1 + B1 C1 = A1 B1 + D1 C1 , ce qui veut dire que le quadrilatère A1 B1 C1 D1 est


tangentiel.
Théorème 58
Soit ABCD un quadrilatère tangentiel, et notons par A1 , B1 , C1 , D1 les points de tangence
avec le cercle inscrit. Le quadrilatère est cyclique si, et seulement si, A1 B1 C1 D1 est un
quadrilatère orthodiagonal.

Théorème 59
Si ABCD est un quadrilatère bicentrique de côtés a, b, c et d, alors on a :

[ABCD] = abcd.

Démonstration
p √
D’après la formule de Brahmagupta on sait que [ABCD] = (s − a)(s − b)(s − c)(s − d) = abcd car
a + c = b + d = s.
190 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Théorème 60
Soient C(O, R) et C(I, r) deux cercles. Si :

OI 2 = R2 + r 2 − r · 4R2 + r 2

alors il existe un quadrilatère inscrit dans le cercle C(O, R) et circonscrit au cercle C(I, r).

Démonstration

Si R = r· 2 alors OI = 0 et les deux cercles sont√concentriques. On peut alors construire un carré avec
les propriétés requises. On suppose que R > r · 2, alors O , I. On construit (AB)⊥(OI) avec A, B ∈
C(O, R), (AB) est tangente à C(I, R), BC et AD sont tangentes à C(I, r) et C, D ∈ C(O, R). Il s’ensuit
que ABCD est un trapère isocèle. Soit (IP)⊥(AB), P ∈ AB, (IR)⊥(AD), R ∈ AD, (OQ)⊥(AD), Q ∈
AD, (IS)⊥OQ, S ∈ (OQ). Si I ∈ [OP], alors on pose OI = d. Comme (OP)⊥(AB) il s’ensuit que P est
le milieu de [AB]. Dans le triangle APO on a :

AP 2 = AO 2 − OP 2 = R2 − (r + d)2 = R2 − r 2 − 2rd − d 2 ,
q √ 
ou de façon équivalente AP = r 4R2 + r 2 − 2r − 2d . Dans le triangle AIP on a :
p√
b
A r b
A 4R2 + r 2 − 2r + 2d
tan = d’où tan = √ .
2 AP 2 r

A b
b
b B
P

R b

Q b
b
I

b b

S O

D b b
C

q √ 

1 − tan2 A2 d( 4R2 + r 2 + r) r 4R2 + r 2 + r
b=
Or cos A b
, d’où cos A = − b=
et sin A √ . Comme
1 + tan2 A2 2R2 R 2
[ = 180°−A
APOQ est un quadrilatère cyclique, on a POQ d = OS .
b et dans le triangle IOS on a cos IOS
IO
D’où OS = √ b Puisque RISQ est un rectangle on a IR = SQ et OQ = QS + SO. Or RI = r,
−d cos A.
4R2 + r 2 − r
d’où OQ = . Dans le triangle AOQ on a AQ 2 = AO 2 − OQ 2 et ainsi on obtient :
2
q √ 
AD = 2r 4R2 + r 2 − r .

Soit U ∈ (DC) tel que (AU)⊥(DC). Dans le triangle ADU on a AU = AD ∈ D. b Or, D b et


b = 180° − A,
par suite AU = 2r. Comme IP = r il s’ensuit que la distance de I à (DC) est égale à r, ceci veut dire
que (DC) est tangente au cercle C(I, r). Si O ∈ (IP), la construction est similaire.
3.5. QUADRILATÈRE BICENTRIQUE 191

Théorème 61
Soient C(O, R) et C(I, r) deux cercles tels que :

OI 2 = R2 + r 2 − r · 4R2 + r 2 .

Si A est un point arbitraire et B, C, D, E ∈ C(O, R) sont des points distincts tels que
AB, BC, CD et DE sont tangents au cercle C(I, r), alors E ≡ A.

❏ Dans la suite, ABCD est un quadrilatère tangentiel, C(I, r) le cercle inscrit et x, y, z, t les
longueurs des tangentes issues des sommets A, B, C et D respectivement au cercle inscrit.
On commence par énoncer et démontrer trois lemmes préliminaires avant de donner le
théorème du géomètre jordanien Mowaffaq Hajja (1946−).

y
b
B
x b
A b

y
x

O b
b b

t z

b b b

D t z C

Lemme 1
Le quadrilatère ABCD est cyclique si, et seulement si :

b
A b
C b
B b
D
tan · tan = tan · tan ,
2 2 2 2
ou de façon équivalente : x · z = y · t.

Preuve
!
b C
A b B b D b π b
A π C b
Si ABCD est un quadrilatère cyclique, alors + = + = , d’où tan = tan − ,
2 2 2 2 2 2 2 2
b
A b
C Bb b
D
ou de façon équivalente tan · tan = 1. De même, on a tan · tan = 1, ce qui permet
2 2 2 2
de conclure. Réciproquement, si ABCD n’est pas un quadrilatère cyclique, on suppose
Ab C b π b C
B b π
que + > , alors + < . Comme
2 2 2 2 2 2
!
Ab C b tan A2 + tan C2
0 > tan + =
2 2 1 − tan A2 tan C2

b
A b
C b
A b
C b
B
et puisque et sont aigus, on conclut que tan · tan > 1. De même, on a tan ·
2 2 2 2 2
Db b
A Cb b
B b
D
tan < 1, et par conséquent tan · tan , tan · tan . Maintenant, en utilisant le fait
2 2 2 2 2
b r
A b r
B Cb r b r
D
que tan = , tan = , tan = et tan = , on conclut que xz , yt.
2 x 2 y 2 z 2 t
192 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Lemme 2
xz(y + t) + yt(x + z)
On a la relation : r 2 = .
x+y +z+t

Preuve
b B
A b D
b C b
On sait que + + + = π, d’où :
2 2 2 2
P P
tan A2 − tan A2 tan B2 tan C2
0= P ,
1 − tan A2 tan B2 + tan A2 tan B2 tan C2 tan D2

b
A b
B b
C b
D
et en remplaçant les expressions tan , tan , tan et tan en fonction de x, y, z et t
2 2 2 2
comme dans le lemme précédent, on arrive à la relation demandée.

Lemme 3
On a les deux identités :
x+z y +t
f2 = · [(x + z)(y + t) + 4yt] et e2 = · [(x + z)(y + t) + 4xz] .
y +t x+z

Preuve
En tenant compte du lemme précédent on a :

1 − tan2 A2 x2 − r 2 x2 (x + y + z + t) − (xz(y + t) + yt(x + z))


b=
cos A = = 2
2
x +r 2 x (x + y + z + t) + (xz(y + t) + yt(x + z))
1 + tan2 A2
x2 (x + y + z + t) − (xz(y + t) + yt(x + z))
= .
(x + y)(x + z)(x + t)

Or, e 2 = (x + y)2 + (x + t)2 − 2(x + y)(x + t) cos A,


b et en remplaçant cos A
b par l’expression ci-
dessus on obtient immédiatement la formule donnant e . La formule donnant f 2 s’obtient
2

de la même façon.

Théorème 62 : Théorème de Mowaffaq Hajja (2008)

Le quadrilatère ABCD est cyclique si, et seulement si :

f x+z
= .
e y +t

Démonstration
En utilisant les lemmes 1 et 3 ci-dessus on sait que ABCD est cyclique si, et seulement si, xz = yt, ou
de façon équivalente (x + z)(y + t) + 4yt = (x + z)(y + t) + 4xz. C’est le cas si, et seulement si :
!2
f2 x+z
= .
e2 y +t
3.5. QUADRILATÈRE BICENTRIQUE 193

Théorème 63 : Théorème de Leonard Carlitz


Si ABCD est un quadrilatère inscrit dans le cercle C(O, R) et circonscrit au cercle C(I, r),
alors : s
(ab + cd)(ad + bc)
OI 2 = R2 − 2Rr · .
(a + c)(b + d)(ac + bd)

Note historique

Leonard Carlitz (1907-1999) a été un mathématicien américain très prolifique, il a publié 771
articles, soit environ 7000 pages, et encadré 45 étudiants doctorants et 51 thèses de master.

Démonstration
On pose α = AB, “ β = BC,“ γ = CD ” et δ = DA.
”
A U
Soient {A, P} = (AI) ∩ C(O, R), {P, Q} = (PO) ∩ b b b B
Q b
C(O, R) et U ∈ [AB] tel que (UI)⊥(AB).
Puisque les triangles BPQ et UIA sont sem-
PQ BP I
blables, alors = , d’où PQ · IU = AI · BP. b
b
IA UI
Or, PQ = 2R, UI = r et en considérant la puis- O

sance de I par rapport au cercle C(O, R) on ob-


tient : AI · IP = R2 − OI 2 . Par conséquent : 2Rr =
b
b C
BP
· (R2 − OI 2 ).
b
D P
IP

Puisque I est le point d’intersection des bisectrices internes, alors :


[ [
€ = BAD = β + γ ,
BAP d = ABC = γ + δ
ABI et € = α.
APB
2 2 2 2 2
De plus on a :
d = IAB
BIP d = (β + γ) + (γ + δ) = π − α − γ ,
d + IBA
4 2 4
  π α +γ
d = π − BIP
et dans le triangle BIP on a : IBP d + BPI
d = − . En utilisant la loi des sinus dans
2 4
le triangle BIP on a :
α−γ   cos α−γ
BP d
sin BIP cos 4 4
= = α+γ et on obtient 2Rr = R2 − OI 2 · α+γ .
IP d
sin IBP cos 4 cos 4
D’autre part, on a :
α β γ δ
a = 2R sin , b = 2R sin , c = 2R sin , d = 2R sin et α + β = 2π − (γ + δ),
2 2 2 2
donc :
α +γ α +δ α+β α +δ
ab + cd = 4R2 sin sin , ac + bd = 4R2 sin sin ,
2 2 2 2
α +β α +δ α +δ α−γ
ad + bc = 4R2 sin sin , a + c = b + d = 4R sin cos .
2 2 4 4
Par conséquent :
s
α+γ α+γ
(ab + cd)(ad + bc) sin2 2 (ab + cd)(ad + bc) cos 4
= c’est-à-dire = α−γ ,
(a + c)(b + d)(ac + bc) 4 sin2 α+γ cos α−γ (a + c)(b + d)(ac + bd) cos 4
2 4
ce qui termine la preuve.
194 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Théorème 64 : Théorème de Jean-Baptiste Durrande (1820)

Pour tous les quadrilatères bicentriques on a :



OI 2 = R2 + r 2 − r · 4R2 + r 2 .

Note historique

Malgré sa vie très courte, Durrande (1796-1824) était un excellent géomètre. Il a donné des
cours appelés mathématiques spéciales (ce sont des cours de niveau moyen/intermédiaire, pré-
paratoire pour les grandes écoles en France), ainsi que des cours de physique. Il est passé par le
collège royal de Cahors en 1820 et par le collège royal de Montpellier en 1824. Enthousiasmé par
les innovations des travaux de Poncelet, il a été un des premiers à reconnaître l’importance du
« traité des propriétés projectives des figures », en les défendant publiquement après les premières
critiques de Cauchy. Il a publié son premier article de recherche à seulement 17 ans.

Démonstration
Soient L et S les points de tangence du cercle
A
inscrit C(I, r) avec les côtés AB et AD respecti- b

vement. M et V sont les milieux respectifs de b


b

V
D
[AB] et [AD]. On suppose que les droites (OV ) b S L
b
et (OL) se coupent au point G. On considère les G b M
points E ∈ IL et F ∈ OV tels que (OE) (AB) et b
b

I
(IF) (AD). Alors on a les identités : b

b
B
b
C

  sin A+B
r r A B 2
AB = AL + LB = + = r cotan + cotan = r· .
tan A2 tan B2 2 2 sin A2 sin B2
Puisque ABCD est un quadrilatère cyclique, alors :
  cos A−B   sin A+B
A B 2 A B 2
BC = r tan + cotan =r· , CD = r tan + cotan =r· ,
2 2 cos A sin B 2 2 cos A cos B
2 2 2 2
  cos A−B
A B 2
et DA = r cotan + tan = r· . D’après la loi des sinus on sait que AC = 2R sin B, BD =
2 2 sin A2 cos B2
2R sin A, et en considérant le premier théorème de Ptolémée on trouve : AB ·CD +BC ·AD = AC ·BD,
ce qui est équivalent à :
 
A+B A−B
r 2 sin2 + cos2 = R2 (sin A sin B)2 .
2 2
Après simplifications on obtient : R2 (sin A sin B)2 − r 2 (sin A sin B) − r 2 = 0, et puisque A, B ∈ ]0, π[,
i.e. sin A sin B > 0, l’équation devient :
√ 
r 4R2 + r 2 + r
sin A · sin B = . (1)
2R2
Comme (OV )⊥(AD) et (IS)⊥(AD), il s’ensuit que (FV ) (SI). Puisque (IF) (SV ) et (FV ) (SI),
le quadrilatère FV SI est un parallélogramme, donc IF = SV . Puisque GV AL est un quadrilatère
3.6. EXERCICES 195

[ = π − A.
cyclique, on a LGV b Dans le triangle rectangle IFG on a : IG = FI = SV et dans le
sin A sin A
OE ML
triangle rectangle OEG on a : OG = = . En appliquant la relation d’Al-Kashi dans le
sin A sin A
2 2 2
triangle GOI on a : OI = GI + GO − 2GI · GO · cos(π − A) et en utilisant les identités ci-dessus on
obtient :
SV 2 + ML2 + 2SV · ML · cosA
OI 2 = .
sin2 A
r sin A−B
2 r cos A+B
2
Or ML = AM − AL = · , SV = SA − V A = · et en remplaçant dans OI 2 , et
2 sin A sin B 2 sin A cos B
2 2 2 2
après quelques simplifications, on arrive à :

r 2 (1 − sin A sin B)
OI 2 = . (2)
(sin A sin B)2

Les relations (1) et (2) permettent de conclure.

remarque : on peut aussi donner une autre démonstration du théorème de Durrande en utilisant
le théorème de Poncelet.
Corollaire 16
Considérons les cercles C(O, R) et C(I, r). Il existe un quadrilatère inscrit dans C(O, R) et circons-
crit au cercle C(I, r) si, et seulement si :

OI 2 = R2 + r 2 − r · 4R2 + r 2 .

3.6 Exercices

Exercice 29

ABCD est un quadrilatère tangentiel (ou circonscriptible). Le cercle inscrit dans le triangle
ABC est tangent à AB en M et à BC en N . Le cercle inscrit dans le triangle ADC est tangent
à CD en P et à AD en Q. Montrer que les points M, N , P, Q sont cocycliques.

Solution. On pose a = AB, b = BC, c = CD, d = DA et x = AC. Puisque ABCD est tangentiel
alors a + c = b + d (théorème de Pitot). Si b = c alors a = d et le résultat est évident dans ce cas.
b+x−a
Soient E et F les points de tangence de la droite (AC) avec les deux cercles. On a CE =
2
c+x−d
et CF = donc CE = CF, d’où E et F sont confondus. Soient {S} = (MN ) ∩ (AC) et
2
AM BN SC
{T } = (PQ)∩(AC). D’après le théorème de Ménélaüs on a : · · = 1. Puisque BM = BN ,
BM N C SA
SC NC AQ DP T C TC PC
alors = . De même, · · = 1, et comme DP = DQ alors = . Or
SA AM QD PC T A TA AQ
SC TC
N C = PC et AM = AQ, donc = , et ainsi T et S sont confondus. D’après la puissance
SA T A
d’un point par rapport à un cercle on sait que : SE 2 = SN ·SM et SE 2 = SP ·SQ. Par conséquent
SN · SM = SP · SQ, ce qui montre que les points M, N , P, Q sont cocycliques.

Exercice 30

Soit ABCD un quadrilatère convexe. O ∈ AC, M ∈ AB et N ∈ CD sont des points arbitraires.


Si (OM)∩(BC) = {P} et (ON )∩(AD) = {Q}, montrer alors que les droites (MQ), (N P) et (BD)
196 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

sont concourantes.

Solution. On applique le théorème de Ménélaüs dans les triangles OAM, OMQ et OQA avec
les transversales PCB, PSN et DN C respectivement, alors on a :

PM CO BA PO SM N Q DQ CA N O
· · = 1, · · = 1, · · = 1.
PO CA BM PM SQ N O DA CO N Q
BA SM DQ
En multipliant ces trois relations on déduit que : · · = 1. La réciproque du théorème
BM SQ DA
de Ménélaüs dans le triangle AMQ et la transversale BSQ permet de conclure.

Exercice 31

Soit ABCD un quadrilatère tangentiel √


(ou circonscriptible). On pose a = AB, b = BC, c = CD
et d = AD. Montrer que si [ABCD] = abcd alors ABCD est un quadrilatère cyclique (ou
inscriptible)

b
A b
B b
C
Solution. Soit C(I, r) le cercle inscrit dans le quadrilatère ABCD. On pose x = ,y = ,z =
2 2 2
b
D r sin(x + y)
et u = , alors x + y + z + u = 180°. D’où a = r(cotan x + cotan y) = . On a de même :
2 sin x sin y

r sin(y + z) r sin(z + u) r sin(x + y) r sin(y + z)


b= , c= = , d= .
sin y sin z sin z sin u sin z sin u sin u sin x

√ r 2 sin(x + y) sin(y + z)
D’où abcd = , et d’autre part :
sin x sin y sin z sin u

r(a + b + c + d) 2r 2 (cotan x + cotan y + cotanz + cotan u)


[ABCD] = =
2 2
!
r 2 sin(x + y) sin(z + u) r 2 sin(x + y)(sin z sin u + sin x sin y)
= + = .
2 sin x sin y sin z sin u 2 sin x sin y sin z sin u

Or on a :
cos(z − u) − cos(z + u) + cos(x − y) − cos(x + y)
sin z sin u + sin x sin y =
2
   
cos(z − u) + cos(x − y) z−u +x−y z−u −x+y
= = cos cos
2 2 2
! !
z + x − (180° − z − x) z + y − (180° − z − y)
= sin sin
2 2
= sin(x + z) sin(z + y).

r 2 sin(x + y) sin(x + z) sin(z + y) √


Donc, [ABCD] = . La condition [ABCD] = abcd montre alors
sin x sin y sin z sin u
b+ C
A b
que : sin(x + z) = 1, d’où = 90°, c’est équivalent à A b+ Cb = 180°.
2

Exercice 32

Soient ABCD un quadrilatère convexe et Ia le centre du cercle exinscrit correspondant au


côté AB de longueur a (AB = a). On définit de même Ib , Ic et Id . On désigne par M le projeté
orthogonal de Ia sur AB, N le projeté orthogonal de Ib sur BC, P le projeté orthogonal de Ic
3.6. EXERCICES 197

sur CD, et Q le projeté orthogonal de Id sur DA. On suppose que {A′ } = (BP) ∩ (DN ), {B′ } =
(CQ) ∩ (AP), {C ′ } = (DM) ∩ (BQ) et {D ′ } = (AN ) ∩ (CM).
Montrer que les droites (AA′ ), (BB′ ), (CC ′ ) et (DD ′ ) sont concourantes.

A
Solution. Si ra est le rayon du cercle exinscrit correspondant au côté AB, alors MA = ra tan
2
B MA tan A2
et BM = ra tan , d’où = . On obtient des relations similaires avec les autres rayons
2 MB tan B2
rb , rc et rd . Puisque :

MA N B PC QD tan A2 tan B2 tan C2 tan D2


· · · = · · · = 1,
MB N C PD QA tan B2 tan C2 tan D2 tan A2

alors le théorème de Céva pour les quadrilatères permet de conclure.

Exercice 33

Soit ABCD un quadrilatère convexe. On construit, extérieurement, les carrés ABEF,


BCGH, CDIJ, DAKL et les parallélogrammes AKMF, CGN J.
Montrer que [MN ] et [AC] ont le même milieu.

Solution. Soit O le milieu de [AC] et {Ω} = (AC) ∩ (BD). Puisque △CGN ≃ △BCD et △AKM ≃
△DAB, il s’ensuit que CN = BD et AM = DB, d’où CN = AM, N \ [ et MAK
CG = DBC \ = BDA.[
\ [
En tenant compte que N CG = DBC on a :

\ \ π [ π [ [ 3π [
N CA = N CG + + ACB = + ACB + DBC = − BΩC
2 2 2
[ + DBC
car dans le triangle BΩC on a l’identité ACB [ De la même façon on a :
[ = π − BΩC.
\= 3π \ Or BΩC [ = AΩD,\ donc \ \ Si les points N , C, A, M sont alignés,
MAC − AΩD. N CA = MAC.
2
alors CN = AM implique que [MN ] et [AC] ont le même milieu. Si les points N , C, A, M ne
sont pas alignés, alors de la relation \ \ il s’ensuit que (CN ) (AM), et puisque
N CA = MAC
CN = AM il découle que N CMA est un parallélogramme. En conclusion, [MN ] et [AC] ont le
même milieu.

Exercice 34

Soit ABCD un quadrilatère cyclique tel que AB = AD, et soit C(O, R) son cercle circonscrit.
MC NC
On suppose que {M} = (BC) ∩ (AO) et {N } = (DC) ∩ (AO). Montrer que : = .
MB ND

\ = BAN
Solution. Le cas où [AC] est un diamètre est immédiat. Posons DAN [ = α, DN
\ A=
\ \
CN M = β et N MC = γ. Dans les triangles MN C, ABM et ADN on a :

MC sin β AB sin γ N D sin α


= , = , = .
N C sin γ MB sin α AD sin β

MC N D
En multipliant ces trois relations on déduit que : · = 1, ce qui permet de conclure.
N C MB

Exercice 35

Montrer que dans un quadrilatère cyclique on a les relations : |e−f | ≤ |a−c| et |e−f | ≤ |b−d|.
198 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Solution. La relation d’Euler et le théorème de Ptolémée donnent a2 +b 2 +c 2 +d 2 = e 2 +f 2 +4EF 2


et ac + bd = ef , où E et F sont les milieux des diagonales de ABCD. Alors (a − c)2 + (b − d)2 =
(e − f )2 + 4EF 2 et en prenant en compte les inégalités 2EF ≥ |a − c| et 2EF ≥ |b − d|, on déduit les
inégalités énoncées.

Exercice 36

Soit ABCD un quadrilatère cyclique. On pose a = AB, b = BC, c = CD et d = DA.


Montrer que : √
8 · abcd b (a + d)2 + (b + c)2
sin B
2 2
≤ ≤ √ .
(a + b) + (c + d) b
sin A 8 · abcd

b ad + bc
sin B
Solution. D’après la proposition 1 on sait que = . Or 4(ab + cd) ≤ (a + b)2 + (c + d)2 ,
sin Ab ab + cd
1 4 √
d’où ≥ . Or on a aussi ad + bc ≥ 2 · abcd. En multipliant ces inégalités
ab + cd (a + b)2 + (c + d)2
on a : √
sin Bb ad + bc 8 · abcd
= ≥ ,
sin Ab ab + cd (a + b)2 + (c + d)2
avec égalité si, et seulement si, a = b et c = d. La seconde inégalité se montre de la même façon.

Exercice 37 : (États-Unis, 1999)

Montrer que si ABCD est un quadrilatère cyclique alors :

|AB − CD| + |AD − BC| ≥ 2 · |AC − BD|.

Solution. Supposons, par l’absurde, que le résultat est faux, alors |AC − BD| > |AB − CD| ou
|AC − BD| > |AD − BC|. On suppose, sans perte de généralité, que |AC − BD| > |AB − CD|, ceci
veut dire AC 2 +BD 2 −2AC ·BD > AB2 +CD 2 −2AB·CD. En additionnant cette relation avec celle
d’Euler : AB2 + BC 2 + CD 2 + DA2 = AC 2 + BD 2 + 4EF 2 , où E et F sont les milieux des diagonales
|BC − DA|
de ABCD, on obtient BC 2 + DA2 − 2AC · BD > 4EF 2 − 2AB · CD. On sait que EF ≥ , ou
2
2 2
de façon équivalente 4EF > (BC − DA) , et alors AC · BD < AB · CD + BC · DA, contradiction
avec le théorème de Ptolémée.

Exercice 38

Soient A et B les points d’intersection des cercles C(O, r) et C(O1 , r1 ). Les droites (OA) et
(O1 A) coupent les cercles une seconde fois aux points E et F.
Montrer que les points O, B, O1 , E et F sont cocycliques.

Solution. Soient {M} = (OA) ∩ C(O, r), {N } = (OA) ∩ C(O1 , r1 ) et {P} = (MF) ∩ (N E). On a
(MB)⊥(AB), (MF)⊥(AF), (N B)⊥(AB) et (N E)⊥(AE). Par suite N F et MF sont des hauteurs
dans le triangle PMN , et {A} = (N F) ∩ (ME) est l’orthocentre du triangle MN P. Par consé-
quent, O, B, O1 , E et F sont situés sur le cercle des neuf points du triangle MN P, et ainsi ils
sont cocycliques.

Exercice 39

Soient ABCD un quadrilatère cyclique, {P} = (AD) ∩ (BC) et {Q} = (AB) ∩ (CD). Soit E
un point dans le plan du quadrilatère tel que ABCE est un parallélogramme, et {F} =
(CE) ∩ (PQ). Montrer que DEFQ est un quadrilatère cyclique.
3.6. EXERCICES 199

QB PB
Solution. Comme ABCE est un parallélogramme alors CE = AB et (CF) (AB), d’où = ,
CF PC
ou de façon équivalente :
QB · PC
CF = . (1)
AB
Les triangles PCD et PAB sont semblables, et les triangles QBC et QDA sont semblables,
donc :
AB PB QB QD
= et = . (2)
CD PD QC QA
Les points D, E, F et Q sont cocycliques si, et seulement si :

CE · CF = CD · CQ. (3)

Des relations (1) et (3) on déduit que :

AB · QB · PC = CD · PB · CQ. (4)

QA PC
Maintenant en tenant compte de la relation (2) on obtient de (4) que : = . Or ceci est
QD PD
la loi des sinus appliquée dans les triangles QAD et PCD.

Exercice 40

Soient ABCD un quadrilatère tangentiel, {S} = (AB)∩(CD) et {T } = (AD)∩(BC). On suppose


que la droite passant par A et parallèle à (BC) coupe (CD) au point B1 , et que la droite
passant par C et parallèle à (AD) coupe (AB) au point D1 . Montrer que AB1 CD1 est un
quadrilatère tangentiel.

Solution. Si {F1 } = (AB1 ) ∩ (CD1 ) et {B1 } = (SC) ∩ (AF1 ), alors on a : SA + AT = T C + SC et


AT = CF1 aussi bien que T C = AF1 . D’où SA + CF1 = AF1 + SC. Par conséquent AB1 CD1 est
tangentiel.

Exercice 41

Montrer que le quadrilatère ABCD est tangentiel si, et seulement si, les cercles inscrits des
triangles ABC et ADC sont tangents à la diagonale AC au même point, ou bien que les
cercles inscrits des triangles BAD et BCD sont tangents à la diagonale BD au même point.

Solution. Tout d’abord on montre le résultat suivant :


soit ABCD un quadrilatère convexe. Si les cercles inscrits des triangles ABC et ADC sont
tangents à la diagonale AC aux points B1 et D1 , alors que les cercles inscrits des triangles BAD
et BCD sont tangents à la diagonale BD aux points A1 et C1 , alors A1 C1 = B1 D1 .
On a les identités :
AC + d − c AC + a − b
AD1 = et AB1 = .
2 2
Si ABCD est tangentiel, alors a + c = b + d et a − b = d − c. Par suite AD1 = AB1 , d’où B1 = D1 .
On peut montrer, de la même façon, les autres affirmations.

Exercice 42

Soient ABCD un quadrilatère convexe, {O} = (AC) ∩ (BD), et M, N , P, Q les projetés ortho-
gonaux du point O sur les côtés AB, BC, CD et DA respectivement. Montrer que :

ABCD est un quadrilatère cyclique ⇐⇒ MN PQ est un quadrilatère tangentiel.


200 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

Solution.
(=⇒) Dans les quadrilatères cycliques MBN O et PDQO on a : MN = OB·sin B, PQ = OD·sin D,
AC
et donc MN +PQ = (OB+OD) sin B = BD ·sin B car ABCD est cyclique. D’autre part, sin B =
2R
AC · BD
où R est le rayon du cercle circonscrit de ABCD, donc MP + PQ = et de même
2
AC · BD
PN + QM = . D’où MP + PQ = PN + QM, ainsi le quadrilatère MN PQ est tangen-
2R
tiel.
(⇐=) Soient I le centre du cercle inscrit, X, Y , Z, T les points de contact du cercle inscrit
avec les côtés MN , N P, PQ, QM respectivement. On pose α1 = T[ [ α2 = XIN
IM = MIX, [ =
[ d d € € ′ ′ ′ ′
N IY , α3 = Y IP = PIZ, α4 = ZIQ = QIT . Soit A B C D le quadrilatère obtenu par la construc-
tion suivante : (A′ B′ )⊥(IM), (B′ C ′ )⊥(IN ), (C ′ D ′ )⊥(IP) et (D ′ A′ )⊥(IQ). Alors Ab′ = π − (α1 + α2 )
b′ = π − (α2 + α3 ), d’où A
et C b′ + C
b′ = π car α1 + α2 + α3 + α4 = π. Par conséquent le quadrilatère
A′ B′ C ′ D ′ est cyclique. On a :
π [ \ [ = A\ π
=A ′ QI = A ′ QM + MQI ′ QM + − α4 d’où A\
′ QM = α .
4
2 2

Donc, A\ \
′ IC ′ = A ′ IM + \ \
MIN + N IC ′ = A\
′ QM + α + α + N
1 2
\PC4 = α1 + α2 + α3 + α4 = π, par suite
les points A, I et C sont alignés. De même, les points B, I et D sont alignés, et par conséquent
I coïncide avec O, le quadrilatère A′ B′ C ′ D ′ devient alors le quadrilatère ABCD.

Exercice 43 : (Turquie, 1996)

On suppose que dans le quadrilatère convexe ABCD les triangles ABC et ADC ont la
même aire. Soit E le point d’intersection de (AC) avec (BD). On suppose que les droites
passant par E et parallèles aux droites AD, DC, CB, BA coupent les droites AB, BC, CD, DA
[KLMN ]
aux points K, L, M, N respectivement. Déterminer la valeur de .
[ABCD]

Solution. Puisque [ABC] = [ADC] alors BE = ED, donc les points K, L, M, N sont les milieux
[KLMN ] 1
respectifs de [AB], [BC], [CD], [DA]. Par conséquent = .
[ABCD] 2

Exercice 44 : (Canada, 1997)

[ + COD
Soit O un point à l’intérieur du parallélogramme ABCD tel que : AOB \ = π.
[
Montrer que OBC = ODC.\

Solution. Soit E le point tel que (AE) (DO) et (BE) (CO). Alors :

[ + AEB
AOB [ +\
€ = AOB COD = π,

par conséquent le quadrilatère AOBE est cyclique, ce qui implique que EAB [ Or EAB
€ = EOB. €=
\ [ [
ODC et EOB = OBC, ce qui permet de conclure.

Exercice 45 : (Russie, 1996)

E et F sont deux points du côté [BC] d’un quadrilatère convexe ABCD (avec E entre F et
€ = CDF
B). On suppose que BAE [ et EAF [ Montrer que FAC
€ = FDE. [ = EDB.
[

[ il s’ensuit que ABCD est un quadrilatère cyclique, par suite


€ = FDE
Solution. Comme EAF
3.6. EXERCICES 201

[ = π. En utilisant l’égalité entre les angles BAE


€ + ADF
AEF [ on a :
€ et CDF
   
[ + CBA
ADC [ = ADF [ + FDC[ + AEA [ − BAE
€ = π.

[ = BDC.
Donc, ABCD est un quadrilatère cyclique, et par suite BAC [ Or, d’après les hypothèses,
€ [ [ [
on déduit que BAF = CDE, et on conclut finalement que FAC = EDB.

Exercice 46 : (Biélorussie, 2009)

On suppose que les diagonales AC et BD du quadrilatère convexe ABCD se coupent au


point T . On suppose aussi que l’orthocentre du triangle ABT coïncide avec le centre du
cercle circonscrit au triangle CDT .
1 Montrer que ABCD est un quadrilatère cyclique.
2 Montrer que le centre du cercle circonscrit au triangle CDT appartient au cercle
circonscrit au quadrilatère ABCD.

Solution.

1. Soit H l’orthocentre du triangle ABT , et B b

supposons que (BH) et (AC) se coupent au


point K, alors (HK)⊥(T C) au point K. Comme C
H est le centre du cercle circonscrit au tri- b

angle CDT , alors KH est la médiatrice de b

T b
K
[T C]. Par suite T BC est un triangle isocèle de b

sommet principal B, i.e, BT = BC et BCT [ = b


H
[
BT C. De même on a AT [ [ , par consé-
D = ADT L
b
[ [ [
quent : ADB = ADT = AT D = BT [ [=
C = BCT A b

[ et ABCD est alors cyclique.


BCA, D

2. Supposons que (HA) coupe (BD) en L, alors (HL)⊥(T D) au point L (voir figure). Puisque
(HK)⊥(T C) au point K, alors LT KH est un quadrilatère cyclique, par conséquent :

[ = LHK
AHB [ = 180° − LT
[ [
K = BT [ = BCA.
C = BCT [

Par suite ABCH est un quadrilatère cyclique, c’est-à-dire que le centre du cercle circonscrit au
triangle CDT est situé sur le cercle circonscrit au quadrilatère ABCD.

Exercice 47

On considère n segments de longueurs 1, 2, · · · , n, et on choisit 4 d’entre eux de sorte à


former un quadrilatère tangentiel. Montrer que le nombre de quadrilatères tangentiels
qu’on peut former de cette façon est égal à :

2n(n − 2)(2n − 5) − 3 + 3 · (−1)n


.
48

Solution. Soient a, b, c et d les longueurs des côtés d’un quadrilatère tangentiel. On peut sup-
poser que a est la longueur du côté le plus court, et que c est la longueur du côté opposé et que
b < d. Alors on a les conditions a < b < d et a < c. On sait que le quadrilatère est tangentiel si, et
seulement si, la somme des longueurs opposés est la même, i.e., a+c = b+d. On a alors a+c > 2b.
Donc, pour des valeurs données de a et b, la longueur c peut prendre des valeurs entre 2b−a+1
a+n−1
et n et on a l’inégalité : 2b − a ≤ n − 1. On obtient ainsi : b ≤ et 2b − a + 1 ≤ c ≤ n.
2
202 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES

  Xp
a+n−1
Soit p = , pour une valeur donnée de a on a : (n + a − 2b) = (p − a)(n − p − 1)
2
b=a+1
quadrilatères.
⋄ Si n est pair ∗ ∗
 : on a n = 2m avec m ∈ N , alors si a est impair, a = 2k − 1, k ∈ N , on a :
a+n−1
p= = m + k − 1, ce qui donne un nombre de (m − k)2 quadrilatères possibles. Si a est
2  
a+n−1
pair, a = 2k, k ∈ N∗ , on a : p = = m+k −1, ce qui donne un nombre de (m−k −1)(m−k)
2
quadrilatères possibles. En sommant toutes ces valeurs de a, on obtient le nombre total de
quadrilatères :
m
X m
X m(m − 1)(4m − 5) n(n − 2)(2n − 5)
(m − k)2 + (m − k)(m − k − 1) = = .
6 24
k=1 k=1

⋄ Si n est impair : même preuve que dans le cas précédent.

Exercice 48 : (Chine, 1991)

ABCD est un quadrilatère inscrit dans un cercle de centre O. Le point d’intersection des
diagonales (AC) et (BD) est noté P. On désigne par O1 , O2 , O3 et O4 les centres des cercles
circonscrits aux triangles ABP, BCP, CDP et DAP respectivement.
Montrer que les droites (OP), (O1 O3 ) et (O2 O4 ) sont concourantes.

Solution. Puisque (O1 O4 ) et (O2 O3 ) sont toutes les deux perpendiculaires à (AC), alors elles
sont parallèles entres elles. Il en est de même des droites (O1 O2 ) et (O3 O4 ). D’où O1 O2 O3 O4
est un parallélogramme, et les diagonales se coupent en leur milieu G. Posons α = CAB [ = CDB [
[ = CBD.
et β = CAD [ Comme (OO1 )⊥(AB) alors que (O1 O4 )⊥(AC), alors on a OO \ 1 O4 = α.
\ 1\ [ \ \
D’autre part, on a aussi : PO3 O2 = 2 PO3 C = BDC = α. De même, OO4 O1 = β = PO 2 O3 . Si
on fait une rotation d’angle 180° et de centre G, alors le triangle OO1 O4 est envoyé vers le
triangle PO3 O2 . Donc, G est aussi le milieu de [OP], de sorte que les droites (OP), (O1 O3 ) et
(O2 O4 ) sont en fait concourantes.

Exercice 49 : (Proposé à l’OIM, 2004)

Le cercle (Γ) et la droite (d) ne se coupent pas. Soit [AB] le diamètre de (Γ) perpendiculaire
à (d), avec B plus proche de (d) que A. On choisit un point arbitraire C , A, B sur le cercle
(Γ). La droite (AC) coupe (d) en D, et la droite (DE) est tangente à (Γ) en E, avec B et E du
même côté de AC. On suppose que (BE) coupe (d) en F, et que (AF) coupe (Γ) en G , A.
Montrer que le symétrique de G par rapport à (AB) appartient à (CF).

Solution.

On suppose que (CF) coupe (Γ) au point H. A


Comme (AB)⊥(d), alors le problème est équi- b

valent à montrer que (GH) (d). C’est vrai (Γ)


[ = DFA
si, et seulement si, AGH [ ; or AGH
[ =
b b G
[ [
ACH = DCF, donc un énoncé équivalent est H b

O
[ = DFA.
DCF [ Puisque les triangles DCF et
DFA partagent un angle commun en D, la
b C
b B
dernière condition est équivalente à montrer b

E
que ces triangles sont semblables. Ceci est b b b

vrai si, et seulement si, DC/DF = DF/DA, i.e., X D F


DF 2 = DA · DC.
3.6. EXERCICES 203

Remarquons que DE 2 = DA · DC d’après la puissance d’un point par rapport à un cercle.


[ = DFE.
Donc, le problème revient à montrer que DE = DF, c’est-à-dire, DEF [ On suppose que
(AB) coupe (d) au point X, alors FXB[ = 90°. De plus, AEB
€ = 90° car [AB] est un diamètre de
[ = EAB.
(Γ). D’où, les points A, F, X et E sont cocycliques, donc XFE € Finalement, DEF [ = EAB€
[ = DFE
d’après le théorème corde-tangente, et l’égalité demandée DEF [ est alors prouvée.

Exercice 50

(Γ1 ) et (Γ2 ) sont deux cercles qui se coupent aux points M et N . Leur tangente commune, la
plus éloignée de M, coupe (Γ1 ) et (Γ2 ) aux points A et B respectivement. Une droite passant
par M coupe (Γ1 ) et (Γ2 ) aux points C et D respectivement. Soit E le point d’intersection de
(AC) avec (DB). Montrer que EN [ \
C = EN D.

Solution. Soient G et H deux points de (AB) tels que A est entre G et B, et B est entre A et H.
Alors, comme les quadrilatères ACMN et BDMN sont cycliques on a :

[ + EBN
EAN \ + DMN
[ = CMN \ = 180°,

ce qui montre que EAN B est un quadrilatère cyclique. Donc, comme (AB) est tangente aux
deux cercles, on a :

[E = ABE
AN [ = BN
€ = HBD [ D et \
AN [ = EAB
C = GAC [B.
€ = EN

[
Par conséquent, EN \
C = EN D.

Exercice 51

Les droites (AB) et (AC) sont tangentes à un cercle (Γ) en B et C respectivement. Soient D
un point de [AB) et au-delà de B, et P le second point d’intersection de (Γ) avec le cercle
circonscrit au triangle ACD. Le point Q est le pied de la perpendiculaire de B à (CD).
[ = 2 ADC.
Montrer que DPQ [

Solution.

Soit E le second point d’intersection de (Γ) D


b

avec (CD). Alors : APD [ = ACD [ = CPE [


puisque (AC) est tangente à (Γ) en C, d’où M b
b
E P
b
[ = CPA
EPD [ = CDA. [ Ceci veut dire que le
B b

cercle circonscrit au triangle DEP est tangent b


Q
à (AD) en D.

(Γ)
b
b

A C

Si M est le point d’intersection de (PE) avec (AD) alors DM 2 = ME · MP = MB2 puisque (MB)
est tangente à (Γ) en B, d’où DM = MB. Par suite M est le milieu de [BD], et il est aussi le
[ = EDM
centre du cercle circonscrit au triangle DBQ. Par conséquent : DPE \ Ainsi, les
\ = DQM.
points D, M, Q et P sont cocycliques, et on a alors :

[ = DPE
DPQ \ = ADC
[ + MPQ [ + ADC
[ = 2 ADC.
[
204 CHAPITRE 3. QUADRILATÈRES
Chapitre

4
Géométrie et nombres
complexes

4.1 Propriétés de base


Le choix d’un repère orthonormé direct (O, #» e 2 ) permet d’identifier le plan affine euclidien à
e 1 , #»
l’ensemble C. Le point M de coordonnées (x, y) a pour affixe zM = x + iy.
Le vecteur u #» de composantes (X, Y ) a pour affixe z #» = X + iY .
u
Si z = x+iy, on note respectivement par M(z) et #» u (z) le point et le vecteur d’affixe z (vecteur image
de z, et point image de z). L’ensemble C possède alors une structure de plan vectoriel euclidien et
une structure de plan affine euclidien, on l’appelle le plan complexe.
Le produit scalaire, la norme et la distance sont donnés par :
  1 
Produit scalaire de u v (z′ ) : #»
#»(z) et #» v = ℜ zz′ =
u · #» zz′ + zz′ .
2
Norme : k #» u |, distance entre A(a) et B(b) : AB = |b − a|.
u k = |z #»
L’utilisation des nombres complexes pour la résolution des problèmes géométriques est un outil
puissant et efficace, il y a de nombreux avantages par rapport à l’utilisation de la géométrie car-
tésiennne classique, en effet :
⋄ on travaille avec une seule coordonnée au lieu de deux ;
⋄ les calculs trigonométriques sont très simplifiés grâce à la notation exponentielle ;
⋄ on dispose d’une nouvelle opération, en l’occurence la multiplication, qui possède des proprié-
tés géométriques très intéressantes.
On notera, dans toute cette leçon, les affixes des points A, B, C, . . . par des lettres minuscules
a, b, c, . . ..
On donne ci-après quelques propriétés de base sur les nombres complexes et la géométrie :
✍ Soient A(a) et B(b) deux points distincts, alors on a équivalence entre :
(i) M(z) ∈ ]AB[,
(ii) il existe un réel k > 0 tel que z − a = k(z − b),
(iii) il existe un réel t ∈ ]0, 1[ tel que z = (1 − t)a + tb.
✍ Soient A(a) et B(b) deux points distincts, alors on a équivalence entre :
(i) M(z) ∈ [AB),
(ii) il existe un réel t > 0 tel que z = (1 − t)a + tb,
(iii) arg(z − a) = arg(b − a),
z−a
(iv) ∈ R+ .
b−a
✍ Soient A(a) et B(b) deux points distincts, alors on a équivalence entre :
(i) M(z) ∈ (AB),
(ii) il existe t ∈ R tel que z = (1 − t)a + tb,
z−a
(iii) ∈ R.
b−a
z−a z−a
(iv) = 0.
b−a b−a
✍ Soient M1 (z1 ) et M2 (z2 ) deux points distincts et différents de l’origine O du plan complexe.
L’angle M\ 1 OM2 est direct si les points M1 et M2 sont dans le sens contraire des aiguilles
z2
d’une montre. La mesure de l’angle orienté direct M\ 1 OM2 est égale à arg .
z1

205
206 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Le résultat est encore vrai si les points O, M1 et M2 sont colinéaires.


✍ Soient M1 (z1 ), M2 (z2 ) et M3 (z3 ) des points distincts. La mesure de l’angle orienté M\ 2 M1 M3
z3 − z1
est égale à : arg .
z2 − z1
✍ Soient M1 (z1 ), M2 (z2 ), M3 (z3 ) et M4 (z4 ) des points distincts. La mesure de l’angle formé par
z −z z −z
les droites (M1 M3 ) et (M2 M4 ) est égale à arg 3 1 ou arg 4 2 .
z4 − z2 z3 − z1
✍ Si le point C(c) est l’image par la rotation, d’angle α, du point B(b) par rapport au point
A(a), alors on a :
c = a + (b − a)(cosα + i sin α).

Exemple 1 : (États-Unis, 1994)

On suppose que les points O(0, 0), A(a, 11) et B(b, 37) forment les sommets d’un triangle
équilatéral. Déterminer la valeur de ab .

On se place dans le plan complexe, alors si le triangle OAB est direct, le point b + 37i est l’image
du point a + 11i par la rotation d’angle 60◦ et de centre O. Par suite :
√ !
◦ ◦ 1 3
b + 37i = (a + 11i)(cos 60 + i sin 60 ) = (a + 11i) + i .
2 2
En identifiant les parties réelles et les parties imaginaires on conclut que :
√ √
a 11 3 11 a 3
b= − et 37 = + .
2 2 2 2
√ √
La résolution de ce système donne la solution a = 21 3 et b = 5 3, finalement ab = 315.
Remarque : il y a une autre solution dans laquelle le point b + 37i est l’image de a + 11i par
la rotation d’angle −60◦ et de centre O. Ce triangle est le symétrique du premier triangle par
rapport à l’axe des ordonnées, et les signes de a et b sont alors inversés, cependant le produit ab
reste toujours le même et est égal à 315.

4.2 Colinéarité, orthogonalité et cocyclicité


On considère quatre points distincts M1 (z1 ), M2 (z2 ), M3 (z3 ) et M4 (z4 ). Les principaux résultats
de ce paragraphe sont rappelés ci-dessous :
❏ les points M1 , M2 et M3 sont colinéaires si, et seulement si :
z3 − z1
∈ R∗ .
z2 − z1
❏ Les droites (M1 M2 ) et (M3 M4 ) sont perpendiculaires si, et seulement si :
z1 − z2
∈ iR∗ .
z3 − z4
z1 − z2
Si M2 = M4 , alors (M1 M2 ) ⊥ (M3 M2 ) si et seulement si ∈ iR∗ .
z3 − z2
❏ Les points distincts M1 (z1 ), M2 (z2 ), M3 (z3 ) et M4 (z4 ) sont cocycliques ou colinéaires si, et
seulement si :
z3 − z2 z3 − z4
÷ ∈ R∗ .
z1 − z2 z1 − z4
❏ Les points M1 , M2 , M3 et M4 sont colinéaires si, et seulement si :
z3 − z2 z3 − z4
∈ R∗ et ∈ R∗ .
z1 − z2 z1 − z4
❏ Les points M1 , M2 , M3 et M4 sont cocycliques si et seulement si :
z3 − z2 z3 − z4 z3 − z2 z −z
÷ ∈ R∗ mais < R et 3 4 < R.
z1 − z2 z1 − z4 z1 − z2 z1 − z4
4.3. TRIANGLES SEMBLABLES 207

Exemple 2 : Théorème de Van Aubel (1878)

Soit ABCD un quadrilatère. On construit, en dehors de ABCD , quatre carrés de côtés res-
pectifs AB, BC, CD et DA. On notre respectivement par O1 , O2 , O3 et O4 les centres de ces
carrés. Montrer que :

(O1 O3 ) ⊥ (O2 O4 ) et O1 O3 = O2 O4 .

On désigne par les lettres minuscules les affixes des points en majuscule, par exemple m est
l’affixe de M. Le point M est l’image de A par la rotation de centre B et d’angle θ = π/2, par suite
m = b + (a − b)i. On a de même : n = c + (b − c)i; p = d + (c − d)i et q = a + (d − a)i. Par conséquent :
a + m a + b + (a − b)i b + c + (b − c)i c + d + (c − d)i d + a + (d − a)i
o1 = = , o2 = , o3 = , o4 = . Ainsi, on
2 2 2 2 2
o3 − o1 c + d − a − b + i(c − d − a + b)
déduit que : = = −i ∈ iR∗ . Par suite O1 O3 ⊥ O2 O4 . De plus,
o4 − o2 a + d − b − c + i(d − a − b + c)
o −o
on a : 3 1 = | − i| = 1, ce qui montre que O1 O3 = O2 O4 .
o4 − o2

P
b

b
P′
Q′ O3
b b
D
b N
O4 C b
b b
Q O2
b b
N′
b
b b

A B

O1
b

M′ M
b b

Exemple 3

Soient ABCD un quadrilatère convexe, et P le point, en dehors de ce quadrilatère, tel que


€ = 90◦ et PA = PB. On définit de même les
APB est un triangle rectangle isocèle, i.e., APB
points Q, R et S relativement aux autres côtés du quadrilatère. On désigne respectivement
par J, K, L et M les milieux des segments [PQ], [QR], [RS] et [SP].
Montrer que JKLM est un carré.

D’après le théorème de Van Aubel on sait que les droites (PR) et (QS) sont perpendiculaires et
que PR = QS. Soit O le point d’intersection des droites (PR) et (QS). Supposons, sans perte de
généralité, que PR = QS = 1 et considérons le système de coordonnées centré en O et d’axes PR
et QS, alors on a dans ce cas : Q(u, 0), S(u − 1, 0), R(0, v), P(0, v − 1) avec u, v des réels éléments de
]0, 1[. Par suite :
       
u v −1 u v u −1 v u −1 v −1
J , , K , , L , , M , .
2 2 2 2 2 2 2 2
Il est facile de vérifier, grâce au théorème de Pythagore, que JKLM est un carré.

4.3 Triangles semblables


On considère dans le plan complexe les six points A1 (a1 ), A2 (a2 ), A3 (a3 ), B1 (b1 ), B2 (b2 ) et B3 (b3 ).
On dit que les triangles A1 A2 A3 et B1 B2 B3 sont semblables si l’angle en Ak est égal à l’angle en Bk
pour k ∈ J1, 3K.
208 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Proposition 1

Les triangles A1 A2 A3 et B1 B2 B3 sont directement semblables si, et seulement si :

a2 − a1 b −b
= 2 1.
a3 − a1 b3 − b1

Preuve
En effet, les triangles A1 A2 A3 et B1 B2 B3 sont directement semblables si, et seulement si,
A1 A2 B1 B2 a2 − a1 b − b1 a −a
= et A\ \
3 A1 A2 = B3 B1 B2 , c’est équivalent à = 2 et arg 2 1 =
A1 A3 B1 B3 a3 − a1 b3 − b1 a3 − a1
b −b a −a b −b
arg 2 1 . On obtient 2 1 = 2 1 .
b3 − b1 a 3 − a 1 b3 − b1

☞ La condition de la proposition est équivalente à


1 1 1
a1 a2 a3 = 0.
b1 b2 b3
☞ Les triangles de sommets A1 (0), A2 (1), A3 (2i) et B1 (0), B2 (−i), B3 (−2) sont indirectement
semblables. Dans ce cas la condition de la proposition n’est pas satisfaite, en effet on a :
a2 − a1 1−0 1 −i b2 − b1 −i − 0 i
= = = , = = .
a3 − a1 2i − 0 2i 2 b3 − b1 −2 − 0 2

Proposition 2

Les triangles A1 A2 A3 et B1 B2 B3 sont indirectement semblables si, et seulement si :

a2 − a1 b − b1
= 2 .
a3 − a1 b3 − b1

Preuve
En effet, la symétrie par rapport à l’axe des abscisses envoie les points B1 , B2 , B3 vers les
points M1 (b 1 ), M2 (b 2 ), M3 (b 3 ). Les triangles B1 B2 B3 et M1 M2 M3 sont indirectement sem-
blables, donc les triangles A1 A2 A3 et M1 M2 M3 sont directement semblables. Il suffit d’ap-
pliquer la proposition 1 pour conclure.

Exemple 4

Soient A1 A2 A3 un triangle dont tous les angles sont aigus, et H1 , H2 , H3 les pieds
des hauteurs issues de A1 , A2 , A3 respectivement. Montrer que chacun des triangles
A1 H2 H3 , A2 H3 H1 et A3 H1 H2 est semblable au triangle A1 A2 A3 .

On choisit un système de coordonnées tel que A1 = (0, 0), A2 = (t, 0) et A3 = (x, y), donc a1 = 0, a2 =
c1 = p tx tx(x + iy)
t et a3 = x + iy. Comme A1 H2 = A1 A2 cos A , alors h2 = 2 . On a aussi h3 = x, et
2
x +y 2 x + y2
ainsi
h2 − a 1 t(x + iy) t a −a
= 2 = = 2 1.
h3 − a 1 x + y2 x − iy a3 − a1
Donc, en fait le triangle A1 H2 H3 est semblable au symétrique du triangle A1 A2 A3 . On montre de
même le résultat pour les triangles A2 H3 H1 et A3 H1 H2 .
4.4. TRIANGLES ÉQUILATÉRAUX 209

Exemple 5 : (Proposé à l’OIM, 1989)

Soient ABO un triangle équilatéral de centre S et A′ B′ O un autre triangle équilatéral avec


la même orientation et tel que S , A′ , S , B′ . Les points M et N désignent respectivement
les milieux des segments [A′ B] et [AB′ ]. Montrer que les triangles SB′ M et SA′ N sont
semblables.

2π 2π
Soient R le rayon du cercle circonscrit au triangle ABO et j = cos + i sin . Considérons le
3 3
plan complexe avec comme origine S et tel que O soit situé du côté droit de l’axe réel, alors les
points O, A, B ont pour affixes R, Rj, Rj 2 respectivement. Si R + z est l’affixe de B′ alors l’affixe de
A′ est R − zj, par suite les affixes des points M et N sont données par :

zB + zA′ Rj 2 + R − zj R(j 2 + 1) − zj −Rj − zj −j(R + z)


zM = = = = = .
2 2 2 2 2
z + z ′ Rj + R + z R(j + 1) + z −Rj 2 + z z − R/j R − zj
zN = A B = = = = = .
2 2 2 2 2 −2j

Maintenant on a :

z B′ − z S z A ′ − z S R+z R − zj
= ⇐⇒ −j(R+z) = ⇐⇒ j · j = 1 ⇐⇒ |j|2 = 1.
zM − zS z N − z S R−zj
2 −2 j

Donc, les triangles SB′ M et SA′ N sont indirectement semblables.

4.4 Triangles équilatéraux

Proposition 3

Considérons le triangle de sommets A1 (z1 ), A2 (z2 ) et A3 (z3 ). On a équivalence entre :


(i) A1 A2 A3 est un triangle équilatéral ;
(ii) |z1 − z2 | = |z2 − z3 | = |z3 − z1 | ;
(iii) z12 + z22 + z32 = z1 z2 + z2 z3 + z3 z1 ;
(iv)
z2 − z1 z3 − z2
= ;
z3 − z1 z1 − z2
1 1 1 z +z +z
(v) + + = 0 avec z = 1 2 3 ;
z − z1 z − z2 z − z3 3
   2π 2π
2 2
(vi) z1 + jz2 + j z3 z1 + j z2 + jz3 = 0 avec j = cos + i sin ;
3 3
(vii)
1 1 1
z1 z2 z3 = 0.
z2 z3 z1

Preuve
Le triangle A1 A2 A3 est équilatéral si, et seulement si A1 A2 A3 est semblable à A2 A3 A1 avec
la même orientation, c’est-à-dire :

1 1 1
z1 z2 z3 = 0,
z2 z3 z1
210 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

par suite (i) ⇐⇒ (vii). En développant le déterminant on obtient :

1 1 1  
0 = z1 z2 z3 = z1 z2 + z2 z3 + z3 z1 − z12 + z22 + z32 = −(z1 + jz2 + j 2 z3 )(z1 + j 2 z2 + jz3 ),
z2 z3 z1

par conséquent (vii) ⇐⇒ (iii) ⇐⇒ (vi). Les équivalences (iv) ⇐⇒ (iii) ; (i) ⇐⇒ (ii) et
(i) ⇐⇒ (v) sont faciles à établir.

Proposition 4

Soit A1 (z1 )A2 (z2 )A3 (z3 ) un triangle direct, alors on a équivalence entre :
(i) A1 A2 A3 est
 un triangle équilatéral ;
(ii) z3 − z1 = cos π3 + i sin π3 (z2 − z1 ) ;
 
(iii) z2 − z1 = cos 5π3 + i sin 5π
3 (z3 − z1 ) ;
2
(iv) z1 + jz2 + j z3 = 0.

Preuve
Le triangle A1 A2 A3 est équilatéral et orienté positivement si, et seulement si, A3 est
l’image de A2 par la rotation de centre A1 et d’angle π3 , d’où :
 
π π
z3 = z1 + cos + i sin (z − z ),
3 3 2 1

c’est-à-dire (i) ⇐⇒ (ii). La rotation de centre A1 et d’angle 5π


3 envoie le point A3 vers A2
ce qui montre que (i) ⇐⇒ (iii). Pour montrer que (ii) ⇐⇒ (iv), remarquons que (ii) est
équivalente à (ii)’ :
√ ! √ ! √ !
1 3 1 3 1 3
z3 = z1 + +i (z2 − z1 ) = −i z + +i z .
2 2 2 2 1 2 2 2

D’où :
√ ! √ !
2 1 3 1 3
z1 + jz2 + j z3 = z1 + − + i z + − −i z
2 2 2 2 2 3
√ ! √ !" √ ! √ ! #
1 3 1 3 1 3 1 3
= z1 + − + i z2 + − − i −i z1 + +i z
2 2 2 2 2 2 2 2 2
√ ! √ !
1 3 1 3
= z1 + − + i z −z + −i z = 0, donc (ii) ⇐⇒ (iv).
2 2 2 1 2 2 2

Proposition 5

Soit A1 (z1 )A2 (z2 )A3 (z3 ) un triangle indirect, alors on a équivalence entre :
(i) A1 A2 A3 est un triangle équilatéral
 ;
5π 5π
(ii) z3 − z1 = cos 3 + i sin 3 (z2 − z1 ) ;
 
(iii) z2 − z1 = cos π3 + i sin π3 (z3 − z1 ) ;
(iv) z1 + j 2 z2 + jz3 = 0.
4.4. TRIANGLES ÉQUILATÉRAUX 211

Preuve
Le triangle équilatéral A1 A2 A3 est indirect si, et seulement si, A1 A3 A2 est un triangle
équilatéral direct. Il suffit alors d’appliquer la proposition 4.

Exemple 6 : Théorème de Napoléon

À l’extérieur d’un triangle ABC on construit 3 triangles équilatéraux directs AC ′ B, BA′ C


et CB′ A. Montrer que les centres de gravité de ces trois triangles sont les sommets d’un
triangle équilatéral.

On désigne par a, b, c les affixes respectives des sommets A, B, C. D’après la proposition 4 on


sait que si a′ , b ′ , c ′ sont les affixes de A′ , B′ , C ′ alors : a+c ′ j +bj 2 = 0, b+a′ j +cj 2 = 0 et c+b ′ j +aj 2 = 0.
Les centres de gravité des triangles A′ BC, AB′ C et ABC ′ ont pour affixes respectives :

a′ + b + c a + b′ + c a + b + c′
a′′ = , b ′′ = , c ′′ = .
3 3 3

Pour conclure, il suffit de vérifier que c ′′ + ja′′ + j 2 b ′′ = 0. On a :


 
3 c ′′ + ja′′ + j 2 b ′′ = (a + b + c ′ ) + j(a′ + b + c) + j 2 (a + b ′ + c)
= (b + ja′ + j 2 c) + (c + jb ′ + j 2 a) + j 2 (a + jc ′ + j 2 b) = 0.

Exemple 7 : (Proposé à l’Olympiade Balkanique, 1990)

À l’extérieur d’un triangle ABC on construit trois polygones réguliers à n côtés. Quels sont
les entiers n pour lesquels les centres de ces polygones sont les sommets d’un triangle
équilatéral.

Pour n = 3 on retrouve le théorème de Napoléon. On se propose de montrer que n = 3 est


l’unique réponse de l’exercice. Notons par A0 , B0 , C0 les centres des polygones réguliers construits
extérieurement sur les côtés BC, CA, AB respectivement. Les angles AC \ \ \
0 B, BA0 C et AB0 C ont pour

mesure . Notons par a, b, c et a0 , b0 , c0 les affixes respectives des points A, B, C et A0 , B0 , C0 , et
n
2π 2π
posons ωn = cos + i sin , alors d’après les formules pour la rotation on a :
n n

a = c0 + (b − c0 )ωn , b = a0 + (c − a0 )ωn , c = b0 + (a − b0 )ωn .

Par suite :
b − cωn c − aωn a − bωn
a0 = , b0 = , c0 = .
1 − ωn 1 − ωn 1 − ωn

Le triangle A0 B0 C0 est équilatéral si, et seulement si : a20 +b02 +c02 = a0 b0 +b0 c0 +c0 a0 ; et en utilisant
les valeurs de a0 , b0 , c0 ci-haut c’est équivalent à :

(b − cωn )2 + (c − aωn )2 + (a − bωn )2 = (b − cωn )(c − aωn ) + (c − aωn )(a − bωn ) + (a − bωn )(c − aωn ).

L’identité ci-dessus est équivalente à :


h i
(1 + ωn + ωn2 ) (a − b)2 + (b − c)2 + (c − a)2 = 0.

2π 2π
On doit donc avoir 1 + ωn + ωn2 = 0, c’est-à-dire = , ce qui donne n = 3.
n 3
212 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exemple 8 : (OIM, 1986)

Dans le plan euclidien orienté, on donne un triangle A1 A2 A3 et un point P0 . On pose


As = As−3 pour tout s ≥ 4. La suite de points (Pk )k≥0 est définie par P0 et par : « pour tout k ,
Pk+1 est l’image de Pk par la rotation de centre Ak+1 et d’angle 2π/3 ».
Sachant que P1986 = P0 , montrer que A1 A2 A3 est un triangle équilatéral.

On désigne par les lettres minuscules les affixes des points en majuscule, par exemple pk est
2π 2π
l’affixe de Pk . On a : pk+1 − ak+1 = j (pk − ak+1 ) avec j = cos + i sin . Par suite :
3 3

(p1986 − a1986 ) + j (p1985 − a1985 ) + j 2 (p1984 − a1984 ) + · · · + j 1985 (p1 − a1 ) =


j (p1985 − a1986 ) + j 2 (p1984 − a1985 ) + j 3 (p1983 − a1984 ) + · · · + j 1986 (p0 − a1 ) .

En simplifiant par les termes égaux dans les deux membres de l’égalité, en notant que j 1986 p0 =
p0 = p1986 , et en faisant passer à droite les termes situés à la gauche, on obtient :
   
0 = (1 − j) a1986 + ja1985 + j 2 a1984 + · · · + j 1985 a1 = 662(1 − j) a3 + ja2 + j 2 a1

par définition de ak et le fait que j 3 = 1. Puisque j , 1, alors on conclut que A1 A2 A3 est un triangle
équilatéral.

4.5 Géométrie analytique dans le plan complexe

Proposition 6 : Équation d’une droite

L’équation d’une droite dans le plan complexe est donnée par : α z + α z + β = 0 avec α ∈
C∗ , β ∈ R et z = x + iy ∈ C.

Preuve
On sait que l’équation cartésienne d’une droite est donnée par Ax+By+C = 0 avec A, B, C ∈
R et A2 + B2 , 0. En posant z = x + iy on déduit que x = z+z z−z
2 et y = 2i . L’équation de la
droite devient alors
 
z+z z−z A + Bi A − Bi
A − Bi +C = 0 i.e. z +z + C = 0.
2 2 2 2
A − Bi
Il suffit de poser α = ∈ C∗ et β = C ∈ R pour conclure.
2

Proposition 7

Considérons les deux droites (d1 ) et (d2 ) d’équations respectives α 1 z + α1 z + β1 = 0 et α 2 z +


α2 z + β2 = 0. Alors :
α α
(i) (d1 ) et (d2 ) sont parallèles si, et seulement si, 1 = 2 ;
α1 α2
α α
(ii) les droites (d1 ) et (d2 ) sont perpendiculaires si, et seulement si, 1 + 2 = 0 ;
α1 α2
α1 α2
(iii) (d1 ) et (d2 ) sont concourantes si, et seulement si, , .
α1 α2
4.5. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE DANS LE PLAN COMPLEXE 213

Preuve
Si α , α, on définit le coefficient angulaire m de la droite d’équation cartésienne Ax + By +
C = 0 (et d’équation complexe α z + αz + β = 0) par :

A α+α α +α
m=− = α−α = i.
B α−α
i

Remarquons que si α = α, alors B = 0 et on a alors une droite verticale.


Le terme md = − αα est appelé le coefficient angulaire complexe de la droite d’équation
α z + αz + β = 0.
α + α1 α + α2
(i) (d1 ) et (d2 ) sont parallèles si, et seulement si, m1 = m2 , donc 1 i= 2 i, d’où
α1 − α 1 α2 − α 2
α α
α2 α 1 = α1 α 2 , et on a ainsi 1 = 2 .
α1 α2
(ii) Les droites (d1 ) et (d2 ) sont perpendiculaires si, et seulement si, m1 m2 = −1, c’est-à-
dire α2 α 1 + α1 α 2 = 0, ce qui permet de conclure.
(iii) Les droites (d1 ) et (d2 ) sont concourantes si, et seulement si, m1 , m2 , ce qui donne
α1 α2
, .
α1 α2

Proposition 8 : Équation d’une droite passant par deux points donnés

L’équation de la droite passant par les points P1 (z1 ) et P2 (z2 ) est donnée par :

z1 z1 1
z1 z2 1 = 0.
z z 1

Preuve
En utilisant les coordonnées cartésiennes on sait que l’équation de la droite passant par
P1 (x1 , y1 ) et P2 (x2 , y2 ) est donnée par :

x y1 1
1 1
x2 y2 1.
2
x3 y3 1

zk + z k z − zk
Puisque, pour k ∈ J1, 3K, on a : xk = et yk = k , alors en remplaçant dans le
2 2i
déterminant c’est équivalent à

z +z z1 − z 1 1 z1 z1 1
1 1 1
z +z z2 − z 2 1 =0 i.e. z1 z2 1 = 0.
4i 2 2
z+z z−z 1 z z 1

✍ Les points M1 (z1 ), M2 (z2 ) et M3 (z3 ) sont colinéaires si, et seulement si :

z1 z1 1
z2 z2 1 = 0.
z3 z3 1

✍ Le coefficient angulaire complexe m d’une droite passant par les points d’affixes z1 et z2
z −z
est égal à : m = 2 1 . En effet, le déterminant ci-dessus est égal, après développement, à
z 2 − z1
214 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

z1 z2 +z2 z +zz1 −zz2 −z1 z −z2 z1 = 0, c’est-à-dire : z(z2 −z1 )−z(z2 −z1 )+z1 z2 −z2 z1 = 0. Il suffit
finalement d’appliquer la définition du coefficient angulaire complexe pour conclure.

Proposition 9 : Aire d’un triangle

L’aire du triangle de sommets A1 (z1 ), A2 (z2 ) et A3 (z3 ) est égale au module du nombre :

z z1 1
i 1
z z2 1
4 z2 z3 1
3

Preuve
En utilisant les coordonnées cartésiennes on sait que l’aire du triangle de sommets
(x1 , y1 ), (x2 , y2 ) et (x3 , y3 ) est égale à la valeur absolue du nombre :

x y1 1
1 1
x2 y2 1.
2
x3 y3 1

zk + z k z − zk
Puisque, pour k ∈ J1, 3K, on a : xk = et yk = k , alors en remplaçant dans le
2 2i
déterminant on obtient le résultat énoncé.

Corollaire 1
L’aire du triangle direct de sommets A1 (z1 ), A2 (z2 ) et A3 (z3 ) est donnée par :

1
[A1 A2 A3 ] = · ℑ ( z 1 z2 + z 2 z3 + z 3 z1 ) .
2

En effet, on a :

z1 z1 1
z2 z2 1 = z1 z 2 + z2 z 3 + z3 z 1 − z 2 z3 − z1 z 3 − z2 z 1
z3 z3 1
h i
= (z1 z2 + z2 z3 − z3 z1 ) − (z1 z2 + z2 z3 − z3 z1 ) = −2i ℑ ( z1 z2 + z2 z3 + z3 z1 ) .

Exemple 9

Soient ABC un triangle et F, G, H des points des segments [BC], [CA], [AB] respectivement
tels que :
FB GC HA
= λ1 , = λ2 , = λ3 .
FC GA HB
Montrer que
1 − λ1 λ2 λ3
[FGH] = · [ABC].
(1 − λ1 )(1 − λ2 )(1 − λ3 )

Les affixes f , g, h des points F, G, H sont données par :

b − λ1 c c − λ2 a a − λ3 b
f = , g= , h= .
1 − λ1 1 − λ2 1 − λ3
4.5. GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE DANS LE PLAN COMPLEXE 215

D’après le corollaire 1 on a :
" #
1 (b − λ1 c)(c − λ2 a) (c − λ2 a)(a − λ3 b) (a − λ3 b)(b − λ1 c)
[FGH] = ℑ + +
2 (1 − λ1 )(1 − λ2 ) (1 − λ2 )(1 − λ3 ) (1 − λ3 )(1 − λ1 )
" #
1 1 − λ1 λ2 λ3   1 − λ1 λ2 λ3
= ℑ ab + bc + ca = · [ABC].
2 (1 − λ1 )(1 − λ2 )(1 − λ3 ) (1 − λ1 )(1 − λ2 )(1 − λ3 )

Proposition 10 : Équation de la droite passant par un point et parallèle à


une droite donnée

Soient (d) la droite d’équation : α z + αz + β = 0, et P0 (z0 ) un point donné. L’équation de la


droite passant par P0 et parallèle à (d) est donnée par :

α
z − z0 = − · (z − z0 ) .
α

Preuve
En coordonnées cartésiennes la droite passant par le point P0 (x0 , y0 ) et parallèle à la droite
α+α
(d) a pour équation : y − y0 = i (x − x0 ). Avec les nombres complexes, cette dernière
α−α
équation devient : !
z − z z0 − z 0 α + α z + z z0 + z 0
− =i − .
2i 2i α−α 2 2
L’équation ci-dessus est équivalente à : (α − α)(z − z0 − z + z0 ) = −(α + α)(z + z − z0 − z0 ),
α
c’est-à-dire α(z − z0 ) = −α(z − z0 ), ce qui donne finalement z − z0 = − (z − z0 ).
α

Proposition 11 : Équation de la droite passant par un point et perpendicu-


laire à une droite donnée

Soient (d) la droite d’équation α z + αz + β = 0, et P0 (z0 ) un point donné.


L’équation de la droite passant par P0 et perpendiculaire à (d) est donnée par :

α
z − z0 = · (z − z0 ) .
α

Preuve
En coordonnées cartésiennes la droite passant par le point P0 (x0 , y0 ) et perpendiculaire
1 α−α
à la droite (d) a pour équation : y − y0 = − · · (x − x0 ). En utilisant les nombres
i α +α
complexes, et comme dans la preuve précédente, on aboutit à la conclusion souhaitée.

Proposition 12 : Pied de la perpendiculaire issue d’un point à une droite


donnée

Soient P0 (z0 ) un point, et (d) la droite d’équation α z + αz + β = 0. Le pied de la perpendi-


culaire issue de P0 à la droite (d) a pour affixe :

α z0 − α z 0 − β
z= .

216 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Preuve



α z + α z + β = 0
Le nombre z est solution du système 
 .
α(z − z0 ) = α(z − z0 )
−αz − β
La première équation donne z = , et en substituant dans la seconde équation on
α
obtient :
αz0 − α z0 − β
αz − αz0 = −αz − β − α · z0 par conséquent z= .

Proposition 13 : Distance d’un point à une droite

La distance D du point P0 (z0 ) à la droite (d) d’équation : α z + αz + β = 0 (avec α ∈ C∗ ) est


égale à :
αz0 + α · z0 + β
D= √ .
2 α·α

Preuve
D’après ce qui précède on a :

αz0 − α · z0 − β −αz0 + α · z0 + β αz0 + α · z0 + β αz0 + α · z0 + β


D= − z0 = = = √ .
2α 2α 2|α| 2 α·α

4.6 Cercles et nombres complexes

Proposition 14 : Équation d’un cercle

L’équation d’un cercle dans le plan complexe est donnée par :

z · z + α · z + α · z + β = 0,

avec α ∈ C et β ∈ R, β < |α|2 .

Preuve
En coordonnées cartésiennes l’équation d’un cercle est donnée par : x2 +y 2 +mx+ny+p = 0
2 2 z+z z−z
avec m, n, p ∈ R et p < m 4+n . En prenant x = et y = on déduit que :
2 2i
z+z z−z m − ni m + ni
|z|2 + m +n +p = 0 c’est-à-dire z·z+z +z + p = 0.
2 2i 2 2
m − ni
Il suffit de prendre, dans la dernière équation, α = ∈ C et β = p ∈ R pour conclure.
2

✍ Le rayon r du cercle est égal à :


r
m2 n2 p
r = + − p = α · α − β.
4 4
4.6. CERCLES ET NOMBRES COMPLEXES 217

m n
L’équation du cercle est équivalente à : (z + α)(z + α) = r 2 , et en posant γ = −α = − − i,
2 2
2
alors l’équation du cercle de centre γ et de rayon r est donnée par : (z − γ) (z − γ) = r .

Proposition 15 : Affixe du centre du cercle circonscrit d’un triangle donné

L’affixe z0 du centre du cercle circonscrit au triangle de sommets A1 (z1 ), A2 (z2 ), A3 (z3 ) est
donnée par :

1 1 1
z1 z2 z3
|z1 |2 |z2 |2 |z3 |3 z1 z1 (z2 − z3 ) + z2 z2 (z3 − z1 ) + z3 z3 (z1 − z2 )
z0 = = .
1 1 1 1 1 1
z1 z2 z3 z1 z 2 z3
z1 z2 z3 z1 z2 z3

Preuve
L’équation de la droite passant par P(z0 ) et perpendiculaire à la droite (A1 A2 ) peut s’écrire
sous la forme :
z (z1 − z2 ) + z(z1 − z2 ) = z0 (z1 − z2 ) + z0 (z1 − z2 ).
En appliquant cette équation aux milieux des segments [A2 A3 ], [A1 A3 ] et les droites
(A2 A3 ), (A1 A3 ) on obtient les deux équations :

z (z2 − z3 ) + z(z2 − z3 ) = |z2 |2 − |z3 |2 et z (z3 − z1 ) + z(z3 − z1 ) = |z3 |2 − |z1 |2 .

En éliminant z de ces deux équations on voit que :


   
z [(z2 − z3 ) (z1 − z3 ) + (z3 − z1 ) (z2 − z3 )] = (z1 − z3 ) |z2 |2 − |z3 |2 + (z2 − z3 ) |z3 |2 − |z1 |2 ,

par suite :
1 1 1 1 1 1
z z1 z2 z3 = z1 z2 z3 ,
z1 z2 z3 |z1 |2 |z2 |2 |z3 |2
ce qui permet de conclure.

Proposition 16 : Puissance d’un point par rapport à un cercle

Soit P0 (z0 ) un point, et considérons le cercle d’équation z · z + αz + α · z + β = 0 avec α ∈ C et


β ∈ R. La puissance ρ(z0 ) de P0 par rapport au cercle est donnée par :

ρ(z0 ) = z0 z0 + α z0 + α z0 + β.

Preuve
Soit O(−α) le centre du cercle. La puissance ρ(z0 ) du point P0 par rapport au cercle de
rayon r est donnée par : ρ(z0 ) = OP02 − r 2 . Par suite :

ρ(z0 ) = OP02 − r 2 = |z0 + α|2 − r 2 = z0 z0 + αz0 + α z0 + α α − α α + β = z0 z0 + αz0 + α z0 + β.


218 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Proposition 17 : Axe radical de deux cercles

On considère les deux cercles d’équations :

z z + α1 z + α 1 z + β1 = 0 et zz + α2 z + α 2 z + β2 = 0,

avec α1 , α2 ∈ C et β1 , β2 ∈ R. L’axe radical est l’ensemble des points ayant des puissances
égales par rapport à ces deux cercles. Si P(z) est un tel point alors : z z + α1 z + α 1 z + β1 =
z z + α2 z + α 2 z + β2 , ou de façon équivalente :

(α1 − α2 )z + (α 1 − α 2 ) z + β1 − β2 = 0.

Définition : Angle entre deux cercles

L’angle θ entre deux cercles, de rayon r1 et r2 , se coupant en deux points, et ayant pour
équations z z + α1 z + α 1 z + β1 = 0 et z z + α2 z + α 2 z + β2 = 0 avec α1 , α2 ∈ C et β1 , β2 ∈ R est
l’angle déterminé par les tangentes aux deux cercles en un point d’intersection.

C
b

θ
ϕ
b b
A B
b

Proposition 18

On a :
β1 + β2 − (α1 α 2 + α 1 α2 )
cos θ = .
2r1 r2

Preuve
[ ou à 180◦ − ACB,
L’angle θ est égal à ACB [ par suite :

r12 + r22 − AB2 α1 α 1 − β1 + α2 α 2 − β2 − |α 1 − α 2 |2


[ =
cos θ = cos ACB =
2r1 r2 2r1 r2
α1 α 1 + α2 α 2 − β1 − β2 − α 1 α1 − α2 α 2 + α 1 α2 + α1 α 2 β1 + β2 − (α1 α 2 + α 1 α2 )
= = .
2r1 r2 2r1 r2

Les deux cercles sont orthogonaux si, et seulement si, β1 + β2 = α1 α 2 + α 1 α2 .

4.7 Orthogonalité et parallélisme


Proposition 19

Supposons que A(a), B(b), C(c) et D(d) sont quatre points distincts dans le plan. On a équi-
valence entre :
(i) AB ⊥ CD ;
4.7. ORTHOGONALITÉ ET PARALLÉLISME 219

(ii) (b − a) · (d − c) = 0 ; !
b−a ∗ b−a
(iii) ∈ iR , ou de façon équivalente ℜ = 0.
d −c d −c

Proposition 20

Le centre du cercle circonscrit au triangle ABC est à l’origine du plan complexe. Si a, b, c


sont les affixes des sommets A, B, C respectivement, alors l’orthocentre H a pour affixe h =
a + b + c.

Preuve
Les équations des trois hauteurs AA′ , BB′ , CC ′ du triangle sont données respectivement
par :
(z − a) · (b − c) = 0, (z − b) · (c − a) = 0, (z − c) · (a − b) = 0.
On se propose de montrer que le point d’affixe h = a + b + c appartient aux trois hauteurs.
En effet : (h − a) · (b − c) = 0 si, et seulement si, (b + c) · (b − c) = 0. La dernière relation est
équivalente à : b · b − c · c = 0, i.e., |b|2 = |c|2 , c’est vrai puisque |a|2 = |b|2 = |c|2 = R2 , où R est
le rayon du cercle circonscrit. De même, on a H ∈ BB′ et H ∈ CC ′ .

remarque : si a, b, c, o, h sont les affixes des sommets A, B, C, du centre du cercle circonscrit, et


de l’orthocentre du triangle, alors h = a + b + c − 2o.
En effet, si A′ est opposé diamétralement au point A dans le cercle circonscrit au triangle, alors le
quadrilatère HBA′ C est un parallélogramme. Si M est le point d’intersection de HA′ et BC alors :
b + c zH + zA′ zH + 2o − a
zM = = = , ce qui donne zH = a + b + c − 2o.
2 2 2
Exemple 10

Soient ABCD un quadrilatère cyclique et Ha , Hb , Hc , Hd les orthocentres des triangles


BCD, ACD, ABD, ABC respectivement.
Montrer que les segments [AHa ], [BHb ], [CHc ], [DHd ] ont le même milieu.

Soient α, β, γ et δ les affixes respectives des points A, B, C et D. Posons s = α + β + γ + δ, alors


ha = s − α, hb = s − β, hc = s − γ et hd = s − δ. D’où s = α + ha = β + hb = γ + hc = δ + hd .
remarque : on peut aussi donner une démonstration ne faisant pas appel aux nombres complexes,
en effet : CH\ [ [ ◦ \ \
a D = CBD = CAD = 180 − CHb D, d’où CHa DHb est cyclique. CHa B + CHa Hb =
\
[ \ [ \ \
BDC + CDHb = BAC + CAHb = BAHb , donc ABHa Hb est un parallélogramme.
Exemple 11

Soit ABCD un quadrilatère convexe. Montrer que :

AB2 + CD 2 = AD 2 + BC 2 ⇐⇒ (AC) ⊥ (BD).

On a : AB2 + CD 2 = BC 2 + DA2 ⇐⇒ (b − a) · (b − a) + (d − c) · (d − c) = (c − b) · (c − b) + (a − d) · (a − d),


i.e., a · b + c · d = b · c + d · a, et finalement (c − a) · (d − b) = 0, c’est-à-dire de façon équivalente on a
(AC) ⊥ (BD).
Exemple 12 : (Roumanie, 1994)

Soit ABCDEF un hexagone. On désigne par M, N , P, Q, R, S les milieux respectifs des côtés
220 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

[AB], [BC], [CD], [DE], [EF], [FA]. Montrer que

RN 2 = MQ 2 + PS 2 ⇐⇒ (MQ) ⊥ (PS).

Si a, b, c, d, e, f sont les affixes des sommets de l’hexagone, alors les affixes de M, N , P, Q, R, S


sont données respectivement par :

a+b b+c c+d d +e e+f f +a


m= , n= , p= , q= , r= , s= .
2 2 2 2 2 2

On a : RN 2 = MQ 2 + PS 2 ⇐⇒ (e + f − b − c) · (e + f − b − c) = (d + e − a − b) · (d + e − a − b) + (f + a − c −
d) · (f + a − c − d), i.e., (d + e − a − b) · (f + a − c − d) = 0, d’où (MQ) ⊥ (PS).

Exemple 13 : (Olympiade Balkanique, 1985)

Soient O le centre du cercle circonscrit au triangle ABC ; D le milieu du segment [AB], et


E le centre de gravité du triangle ACD . Montrer que :

(CD) ⊥ (OE) ⇐⇒ AB = AC.

Soit O l’origine du plan complexe et désignons par a, b, c, d, e les affixes des points A, B, C, D, E
respectivement, alors on a :

a+b a + c + d 3a + b + 2c
d= et e= = .
2 3 6

Si R est le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC alors a · a = b · b = c · c = R2 . Les droites (CD)
et (OE) sont perpendiculaires si, et seulement si, (d −c)·e = 0, c’est-à-dire (a+b−2c)·(3a+b+2c) = 0.
Cette égalité est équivalente à :

3a · a + a · b + 2a · c + 3a · b + b · b + 2b · c − 6a · c − 2b · c − 4c · c = 0,

c’est-à-dire a · b = a · c. D’autre part, la relation AB = AC est équivalente à |b − a|2 = |c − a|2 , i.e.,


(b − a) · (b − a) = (c − a) · (c − a), c’est-à-dire b · b − 2a · b + a · a = c · c − 2a · c + a · a, ce qui s’écrit a · b = a · c.
On a ainsi (CD) ⊥ (OE) ⇐⇒ AB = AC.
Exemple 14

Soient ABCD un quadrilatère convexe et E, F, G, H les milieux respectifs des côtés


[AB], [BC], [CD], [DA]. Montrer que
 
(AB) ⊥ (CD) ⇐⇒ BC 2 + AD 2 = 2 EG 2 + FH 2 .

On désigne par a, b, c, d, e, f , g, h les affixes respectives des points A, B, C, D, E, F, G, H, alors on a :

a+b b+c c+d d +a


e=, f = , g= , h= .
2 2 2 2
 
La relation BC 2 + AD 2 = 2 EG 2 + FH 2 est équivalente à :

1 1
(c − b) · (c − b) + (d − a) · (d − a) = (c + d − a − b) · (c + d − a − b) + (a + d − b − c) · (a + d − b − c).
2 2

C’est équivalent à : c ·c +b ·b +d ·d +a ·a −2b ·c −2a ·d = a ·a +b ·b +c ·c +d ·d −2a ·c −2b ·d, c’est-à-dire


a · d + b · c = a · c + b · d. Cette dernière relation montre que (a − b) · (d − c) = 0 si, et seulement si
(AB) ⊥ (CD).
4.7. ORTHOGONALITÉ ET PARALLÉLISME 221

Proposition 21

Soient A(a), B(b) et C(c) trois points distincts dans le plan. On a équivalence entre :
(i) les points A, B, C sont colinéaires ;
(ii) (b − a) ∧ (c − a) = 0 ;
(iii) a ∧ b + b ∧ c + c ∧ a = 0.

Preuve
Les points A, B, C sont colinéaires si, et seulement si [ABC] = 0, c’est-à-dire a ∧ b + b ∧ c +
c ∧ a = 0. Cette équation peut s’écrire sous la forme (b − a) ∧ (c − a) = 0.

Proposition 22

Soient A(a), B(b), C(c) et D(d) quatre points du plan tels que trois quelconques parmi eux
ne sont pas colinéaires, alors on a :

(AB) (CD) ⇐⇒ (b − a) ∧ (d − c) = 0.

Preuve
On choisit les points M(m) et N (n) de sorte que OABM et OCDN soient des paral-
lélogrammes, alors m = b − a et n = d − c. Les droites (AB) et (CD) sont parallèles
si, et seulement si, les points O, M, N sont colinéaires, c’est-à-dire si et seulement si
0 = m ∧ n = (b − a) ∧ (d − c).

Exemple 15

AD AE
Soient ABC un triangle, et D, E des points des segments [AB] et [AC] tels que = =
AB AC
3
. On considère les points E ′ ∈ [BE) et D ′ ∈ [CD) tels que EE ′ = 3BE et DD ′ = 3CD .
4
1 Montrer que les points D ′ , A et E ′ sont colinéaires.
2 Montrer que AD ′ = AE ′ .

A
D′ E′
b b b

b
b
D E

b b

B C

La figure proposée n’est pas en vraie grandeur. Les points D, E, D ′ et E ′ ont pour affixes respec-
tives :
a + 3b a + 3c
d= , e= , e ′ = 4e − 3b = a + 3c − 3b, d ′ = 4d − 3c = a + 3b − 3c.
4 4
➀ Puisque (a − d ′ ) ∧ (e ′ − d ′ ) = (3c − 3b) ∧ (6c − 6b) = 18(c − b) ∧ (c − b) = 0, alors les points D ′ , A
et E ′ sont colinéaires.
AD ′ a − d′ 1
➁ Notons qu’on a l’identité ′ ′ = ′ = , par suite A est le milieu du segment [D ′ E ′ ].
DE e − d′ 2
222 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exemple 16

Soient ABCDE un pentagone convexe, et M, N , P, Q, X, Y les milieux respectifs des seg-


ments [BC], [CD], [DE], [EA], [MP ], [N Q]. Montrer que (XY ) (AB).

b
E

b
P
Qb D
b
Y
b
Ab b
X b N

b b b
B M C

Si a, b, c, d, e sont les affixes des points A, B, C, D, E, alors les affixes des points M, N , P, Q, X, Y sont :

b+c c+d d +e e+a b+c+d +e c+d +e+a


m= , n= , p= , q= , x= , y= .
2 2 2 2 4 4
a−b
y−x 1 1
Par suite = 4 = − ∈ R. Donc (y − x) ∧ (b − a) = − (b − a) ∧ (b − a) = 0. Il s’ensuit que
b−a b−a 4 4
(XY ) (AB).

4.8 Aire d’un polygone convexe


On dit que le polygone convexe A1 A2 · · · An est direct (ou orienté positivement) si pour tout
point M situé à l’intérieur du polygone, les triangles MAk Ak+1 (pour k ∈ J1, nK) sont directs (ou
orientés positivement), avec An+1 = A1 .
Théorème 1 : Aire d’un polygone convexe

Soit A1 A2 . . . An un polygone convexe direct. Si a1 , a2 , . . . , an sont les affixes respectives de


ses sommets, alors on a :
1
[A1 A2 · · · An ] = ℑ ( a1 a2 + a2 a3 + · · · + an−1 an + an a1 ) .
2

Démonstration
On fait un raisonnement par récurrence sur n. On a déjà vu le résultat pour n = 3. À l’étape k + 1 :

[A1 A2 · · · Ak Ak+1 ] = [A1 A2 · · · Ak ] + [Ak Ak+1 A1 ]


1 1
= ℑ ( a1 a2 + a2 a3 + · · · + ak−1 ak + ak a1 ) + ℑ ( ak ak+1 + ak+1 a1 + a1 ak )
2 2
1 1
= ℑ ( a1 a2 + a2 a3 + · · · + ak−1 ak + ak ak+1 + ak+1 a1 ) + ℑ ( ak a1 + a1 ak )
2 2
1
= ℑ ( a1 a2 + a2 a3 + · · · + ak ak+1 + ak+1 a1 ) puisque ℑ ( ak a1 + a1 ak ) = 0.
2

Corollaire 2
Les points A1 (a1 ), A2 (a2 ), · · · , An (an ), comme dans le théorème ci-dessus, sont colinéaires si et
seulement si :
ℑ (a1 a2 + a2 a3 + · · · + an−1 an + an a1 ) = 0.
4.9. CÉVIENNES ET QUELQUES POINTS REMARQUABLES DANS LE TRIANGLE 223

☞ Les hypothèses du théorème sont essentielles, en effet les points d’affixes a1 = 0, a2 = 1, a3 =


i et a4 = 1 + i ne sont pas colinéaires et pourtant on a :

ℑ ( a1 a2 + a2 a3 + a3 a4 + a4 a1 ) = 0.

Exemple 17

Soient A1 A2 · · · An un polygone convexe (avec n ≥ 5), et Bk le milieu du segment [Ak Ak+1 ]


pour k ∈ J1, nK avec An+1 = A1 . Alors on a :
1
[B1 B2 · · · Bn ] ≥ · [A1 A2 · · · An ].
2

Soient ak et bk les affixes des points Ak et Bk respectivement avec k ∈ J1, nK. Il est clair que le
polygone B1 B2 · · · Bn est convexe, et si on suppose que A1 A2 · · · An est direct alors B1 B2 · · · Bn l’est
aussi. On choisit comme origine du plan complexe un point O situé à l’intérieur du polygone
a + ak+1
A1 A2 · · ·An . On a pour tout k ∈ J1, nK : bk = k et :
2
 n   n 
1 X  1 X 
[B1 B2 · · · Bn ] = ℑ  b k bk+1  = ℑ  (ak + ak+1 ) (ak+1 + ak+2 )
2 8
k=1 k=1
 n   n   n 
1 
X 
 1 
 X  1 X 
= ℑ  ak ak+1  + ℑ  ak+1 ak+2  + ℑ  ak ak+2 
8 8 8
k=1 k=1 k=1
 n  n
1 1 
 X 
 1 1X
= [A1 A2 · · ·An ] + ℑ  ak ak+2  = [A1 A2 · · · An ] + ℑ (ak ak+2 )
2 8 2 8
k=1 k=1

1X
n
1 1
= [A1 A2 · · ·An ] + OAk · OAk+2 · sin Ak\
OAk+2 ≥ [A1 A2 · · · An ]
2 8 2
k=1

où on a utilisé les relations :


 n   n 
X  X 
ℑ   
ak ak+1  = ℑ  ak+1 ak+2  = 2[A1 A2 · · ·An ] et sin Ak\
OAk+2 ≥ 0
k=1 k=1

pour k ∈ J1, nK avec An+2 = A2 .

4.9 Céviennes et quelques points remarquables dans le triangle


En géométrie, une cévienne d’un triangle est un segment de droite partant d’un sommet et
joignant son côté opposé. Les hauteurs, médianes et bissectrices sont des céviennes particulières.
Le mot cévienne vient du nom du mathématicien italien Giovanni Céva, qui a prouvé un théorème
sur les céviennes portant lui aussi son nom.
Théorème 2
Considérons les points A′ , B′ , C ′ sur les côtés BC, CA, AB d’un triangle ABC et tels que
(AA′ ), (BB′ ), (CC ′ ) se coupent au point Q et posons :

BA′ p CB′ m AC ′ n
= , = , = .
A′ C n B′ A p ′
CB m

Si a, b, c sont les affixes respectives de A, B, C alors l’affixe q du point Q est donnée par :

ma + nb + pc
q= .
m+n+p
224 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Démonstration
Les affixes a′ , b ′ , c ′ des points A′ , B′ , C ′ sont données respectivement par :

nb + pc ma + pc ma + nb
a′ = , b′ = , c′ = .
n+p m+p m+n

A
b

C′
b

B′
b
b

Q
b b b

B A′ C

ma + nb + pc
Montrons que les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) se coupent au point Q d’affixe q = .
m+n+p
Les points A, Q, A′ sont colinéaires si, et seulement si (q − a) ∧ (a′ − a) = 0, c’est équivalent à :
! !
ma + nb + pc nb + pc
−a ∧ − a = 0 c’est-à-dire (nb + pc − (n + p)a) ∧ (nb + pc − (n + p)a) = 0,
m+n+p n+p

qui est vraie. Donc Q ∈ (AA′ ), et on montre de même que Q ∈ (BB′ ) et Q ∈ (CC ′ ).

On donne maintenant les affixes de quelques points remarquables du triangle ABC. On note
a, b, c les affixes des sommets A, B et C respectivement, et on pose α = BC, β = CA et γ = AB.
❏ Si Q = G le centre de gravité du triangle ABC, alors m = n = p et l’affixe zG de G est :
a+b+c
zG = .
3
❏ Si Q = I le centre du cercle inscrit au triangle ABC, alors m = α, n = β et p = γ, par suite
l’affixe zI de I est donnée par :
aα + bβ + cγ
zI = .
α+β +γ
BA′ tan C CB′ tan A
❏ Si Q = H l’orthocentre du triangle ABC on a alors les relations = , =
A′ C tan B B′ A tan C
AC ′ tan B
et = , par suite m = tan A, n = tan B et p = tan C.
C ′ B tan A
Finalement, l’affixe zH de l’orthocentre H est donnée par :
(tan A)a + (tan B)b + (tan C)c
zH = .
tan A + tan B + tan C
Lorsque, à la limite, A tend vers 90◦ , alors tan A tend vers ±∞ et dans ce cas la formule
ci-dessus donne zH = a, i.e., l’orthocentre du triangle rectangle ABC est le sommet A.
Exemple 18 : Point de Gergonne (1771-1859)

Soit un triangle ABC admettant le point I comme centre du cercle inscrit. Ce cercle inscrit
est tangent aux côtés AC, BC et AB respectivement aux points E, D et F .
1 Montrer que (AD), (BE) et (CF) sont concourantes en un point J (point de Ger-
gonne).
2 Montrer que l’affixe du point de Gergonne J est donnée par :
arα + brβ + crγ
zJ =
rα + rβ + rγ
4.9. CÉVIENNES ET QUELQUES POINTS REMARQUABLES DANS LE TRIANGLE 225

où rα , rβ et rγ sont les rayons des trois cercles ex-inscrits au triangle ABC .

B
b

b
F b

D
b b

b b b

A E C

➀ Remarquons que le point I (centre du cercle inscrit) est sur les bissectrices du triangle ABC,
et les rayons ID, IE, et IF sont perpendiculaires aux côtés du triangle ABC. De ce fait, trois
triangles rectangles isocèles congruents existent. Les produits : AF · BD · CE et AE · CD · BF
sont égaux car BF = BD, CD = CE, et AE = AF. Donc les rapports de ces nombres est égal à
1. D’après le théorème de Céva, les trois céviennes du triangle sont concourantes.
➁ On a :
1 1 1
BD s−γ s−β CE s−α s−γ AF s−β s−α
= 1
= , = 1
= , = 1
= ,
DC s−β
s−γ EA s−γ
s−α FB s−α
s−β

α +β +γ arα + brβ + crγ


avec s = . D’où zJ = .
2 rα + rβ + rγ
[ABC] [ABC] [ABC]
Il n’est pas difficile de voir que rα = , rβ = et rγ = .
s−α s−β s−γ

Définition : Symédianes

Les symédianes d’un triangle sont définies comme étant les droites symétriques des mé-
dianes par rapport aux bissectrices.

Exemple 19 : Point de Lemoine (1840-1912)

1 Les trois symédianes d’un triangle sont concourantes, leur point d’intersection L
s’appelle le point de Lemoine.
aα 2 + bβ 2 + cγ 2
2 L’affixe zL du point de Lemoine est donnée par : zL = .
α2 + β 2 + γ 2

A
b

L
b b B′
C′ b

b
b
b
B A′
C

➀ Soit NA ∈ [BC] le point où la symédiane issue de A coupe le segment [BC]. On définit de


même les points NB et NC .
226 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Pour montrer que les trois symédianes du triangle sont concourantes il suffit en fait d’utili-
ser la version trigonométrique du théorème de Céva. Selon ce théorème, les trois symédianes
sont concourantes si, et seulement si :

\
sin N \ \
C CB sin NA AC sin NB BA
· · = 1.
\
sin N \ \
C CA sin NA AB sin NB BC

Or, vu que les symédianes sont les droites symétriques aux médianes par rapport aux bis-
sectrices, on a N \ \ \ \
C CB = MC CA, NC CA = MC CB et de même pour les quatre autres angles.
\
sin M \ \
C CA sin MA AB sin MB BC
La dernière relation s’écrit donc : · · = 1. Mais cette re-
\
sin M \ \
C CB sin MA AC sin MB BA
lation est, quitte à inverser le membre de gauche, exactement la version trigonométrique
du théorème de Céva pour les trois médianes du triangle ABC. Comme on sait déjà que les
médianes sont concourantes, cette relation est bien vérifiée et les symédianes sont à leur
tour concourantes.
Le point de Lemoine possède différentes propriétés. Par exemple, les symédianes joignent
les sommets du triangle aux sommets du triangle tangentiel (pour un triangle ABC, de
cercle circonscrit (C), les tangentes à (C) en A, B, C forment un triangle T1 T2 T3 dit tangen-
tiel de ABC). Il s’ensuit que le point de Lemoine est le barycentre des points pondérés :
(A, α 2 ), (B, β 2 ) et (C, γ 2 ). Les distances de ce point aux trois côtés du triangle sont propor-
tionnelles à ces côtés. C’est le point dont la somme des carrés des distances aux côtés du
triangle est minimale.
BD γ 2 CE α 2 AF β 2
➁ D’après le théorème 2 on a : = , = , = . Par suite on a bien :
DC β 2 EA γ 2 FB α 2

aα 2 + bβ 2 + cγ 2
zL = .
α2 + β 2 + γ 2

Exemple 20 : Point de Nagel

Deux bissectrices externes, associées à deux sommets, et la bissectrice interne, associée au


troisième sommet, sont concourantes. Leur point d’intersection est à égale distance des
trois côtés du triangle. Il permet de tracer un cercle exinscrit, tangent aux trois côtés du
triangle.
Soient (C1 ), (C2 ) et (C3 ) les trois cercles exinscrits au triangle ABC . Notons I1 , I2 et I3 leurs
centres. Notons A′ le point de contact de (C1 ) avec [BC], B′ le point de contact de (C2 ) avec
[AC] et C ′ le point de contact de (C3 ) avec [AB].
1 Montrer que les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) sont concourantes ; leur point d’inter-
section s’appelle le point de Nagel du triangle.
2 Montrer que l’affixe du point de Nagel N est donnée par :
     
α β γ
zN = 1 − a+ 1− b+ 1− c.
s s s

➀ Le calcul des distances des sommets aux points de contact donne : BA′ = s − γ; CA′ = s −
AC ′ BA′ CB′
β; AB′ = s − γ; CB′ = s − α; AC ′ = s − β; BC ′ = s − α. On a : × × = 1. La relation
BC CA′ AB′
de Céva est vérifiée et les droites en question sont concourantes.
➁ D’après le théorème on a :

(s − α)a + (s − β)b + (s − γ)c (s − α)a + (s − β)b + (s − γ)c


zN = =
(s − α) + (s − β) + (s − γ) s
     
α β γ
= 1− a+ 1− b+ 1− c.
s s s
4.10. CERCLE DES NEUF POINTS D’EULER 227

(c1 ) (c2 )

b
C I2
b
I1
b

B′
b
A′ b
N
b

b b b

B C′ A
(c3 )

I3
b

Exemple 21

Soient α, β, γ les longueurs des côtés BC, CA, AB du triangle ABC , et supposons que α <
β < γ . Si O, I et H sont respectivement le centre du cercle circonscrit, le centre du cercle
inscrit et l’orthocentre, alors
(α − β)(β − γ)(γ − α)
[OIH] = où r est le rayon du cercle inscrit.
8r

On considère le triangle ABC direct et centré en O. On a alors :


" #
1 1 aα + bβ + cγ
[OIH] = (zI ∧ zH ) = ∧ (a + b + c)
2i 2i α+β +γ
(α − β)a ∧ b + (β − γ)b ∧ c + (γ − α)c ∧ a
=
4si
(α − β) · [OAB] + (β − γ) · [OBC] + (γ − α) · [OCA]
= =
" 2s #
1 R2 sin 2C R2 sin 2A R2 sin 2B
= (α − β) + (β − γ) + (γ − α)
2s 2 2 2
R2 [(α − β) sin 2C + (β − γ) sin 2A + (γ − α) sin 2B] (α − β)(β − γ)(γ − α)
= = .
4s 8r

4.10 Cercle des neuf points d’Euler


Exemple 22

Soient ABC un triangle et R le rayon de son cercle circonscrit. Considérons un point X(x)
du cercle circonscrit et soit P sa projection orthogonale sur la droite (BC). Montrer que
228 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

l’affixe p de P est : !
1 bc
p= x− 2 x+b+c .
2 R
Déduire les affixes zA′ , zB′ et zC ′ des pieds des hauteurs A′ ∈ (BC), B′ ∈ (CA) et C ′ ∈ (AB)
issues des points A, B et C .

Les équations des droites (BC) et (XP) sont données respectivement par :

(z − b) ∧ (c − b) = 0 et (z − x) · (c − b) = 0.

L’affixe p de P vérifie les deux équations, donc on a : (p − b) ∧ (c − b) = 0 et (p − x) · (c − b) = 0, c’est


équivalent à :

(p − b)(c − b) − (p − b)(c − b) = 0 et (p − x)(c − b) + (p − x)(c − b) = 0.

Par conséquent :
" #  
1 c−b 1  c−b 
p= b+x+ (x − b) = b + x + 2 2
(x − b)
2 c−b 2 R R
c − b
" # !
1 bc 1 bc
p= b + x − 2 (x − b) = x− 2 x+b+c .
2 R 2 R
On déduit facilement que :
! ! !
1 bc a 1 ca b 1 ab c
zA ′ = a+b+c− 2 , z B′ = a+b+c− 2 , zC ′ = a+b+c− 2 .
2 R 2 R 2 R

Théorème 3 : Cercle des neuf points d’Euler

Soit ABC un triangle de sommets A(a), B(b) et C(c). On choisit son centre O du cercle
circonscrit comme étant l’origine du plan complexe. On désigne par A1 , B1 , C1 les milieux
des segments [BC], [CA], [AB], par A′ , B′ , C ′ les pieds des hauteurs, et par A′′ , B′′ , C ′′ les
milieux des segments [AH], [BH], [CH] respectivement.
Les neuf points A1 , B1 , C1 , A′ , B′ , C ′ , A′′ , B′′ , C ′′ se trouvent tous sur le même cercle dont le
centre est situé au milieu du segment [OH] et dont le rayon est égal à la moitié du rayon
du cercle circonscrit.

Démonstration
Il est clair que les points A1 , B1 , C1 , A′′ , B′′ , C ′′ ont pour affixes respectives :
b+c c+a a+b b+c c+a a+b
zA 1 = , z B1 = , zC1 = , zA′′ = a + , zB′′ = b + , zC ′′ = c + .
2 2 2 2 2 2
a+b+c
Notons par O9 le milieu du segment [OH], alors on a : zO9 = , de plus on a : |a| = |b| = |c| = R
2
1 1
où R est le rayon du cercle circonscrit. Remarquons que O9 A1 = |zA1 − zO9 | = |a| = R, et aussi
2 2
1 1 1 1
O9 B1 = O9 C1 = R. On peut écrire O9 A′′ = |zA′′ − zO9 | = |a| = R, et aussi O9 B′′ = O9 C ′′ = R.
2 2 2 2
La distance O9 A′ est donnée par :
!
1 bc a 1 |bc a| |a| |b| |c| R3 1
O9 A′ = |zA′ − zO9 | = a + b + c − 2 − (a + b + c) = 2
= 2
= = R.
2 R 2 2R 2R 2R2 2
1
De même, on obtient O9 B′ = O9 C ′ = R. Par conséquent, O9 A1 = O9 B1 = O9 C1 = O9 A′ = O9 B′ =
2
4.10. CERCLE DES NEUF POINTS D’EULER 229

1
O9 C ′ = O9 A′′ = O9 B′′ = O9 C ′′ = R, et le résultat est ainsi montré.
2

b
A
C′
b
A′′ b
b
B′
b

H
C1 B1
b b

b b
C ′′
B′′

b b b b

B A1 A′ C

Exemple 23 : Droite d’Euler d’un triangle

Dans tout triangle ABC , les points O, G et H sont alignés.

a+b+c
Si O le centre du cercle circonscrit est l’origine du plan complexe, alors z0 = 0, zG = et
3
zH = a +b +c, ce qui permet de voir que les points sont colinéaires puisque (zG −zO )∧(zH −zO ) = 0.
Exemple 24 : Droite de Nagel d’un triangle

Dans tout triangle ABC , les points I, G et N sont alignés.

α β
Si O le centre du cercle circonscrit est l’origine du plan complexe, alors on a : zI = a + b +
      2s 2s
γ a+b+c α β γ
c, zG = et zN = 1 − a+ 1− b+ 1− c, et on peut écrire zN = 3zG − 2zI . Ainsi :
2s 3 s s s
(zG − zI ) ∧ (zN − zI ) = (zG − zI ) ∧ 3(zG − zI ) = 0.

En conclusion, les points I, G et N sont colinéaires.


Notons que N G = 2GI, et par suite les triangles OGI et HGN sont semblables. Il s’ensuit que les
droites (OI) et (N H) sont parallèles.
Définition : Point de Spiecker

Le milieu Gs du segment [IN ] est appelé le point de Spiecker, son affixe est donnée par :

zI + zN (β + γ) (γ + α) (α + β)
zGs = = a+ b+ c.
2 4s 4s 4s

☞ Il est facile de voir que Gs est le centre du cercle inscrit du triangle A1 B1 C1 .


Exemple 25

Soit M un point appartenant au cercle circonscrit au triangle ABC . Montrer que les centres
A′ , B′ et C ′ des cercles des neuf points relativement aux triangles MBC, MCA et MAB sont
les sommets d’un triangle semblable à ABC .

Supposons que le centre du cercle circonscrit au triangle ABC est l’origine du plan complexe,
alors les affixes a′ , b ′ , c ′ des points A′ , B′ , C ′ sont données par :

m+b+c m+c+a m+a+b


a′ = , b′ = , c′ =
2 2 3
230 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

puisque M(m) appartient au cercle circonscrit au triangle ABC. Par conséquent :


b ′ − a′ a−b b−a
′ ′
= = ,
c −a a−c c−a
et ainsi les triangles A′ B′ C ′ et ABC sont semblables.
Exemple 26

Montrer que le triangle ABC est un triangle rectangle si, et seulement si, son cercle cir-
conscrit et son cercle des neuf points sont tangents.

On prend l’origine du plan complexe au centre O du cercle circonscrit au triangle ABC. Alors,
le cercle circonscrit au triangle ABC est tangent au cercle des neuf points du même triangle si, et
R R2
seulement si, OO9 = , ce qui est équivalent à OO92 = , i.e., |a + b + c|2 = R2 . Or, on a :
2 4
|a + b + c|2 = (a + b + c) · (a + b + c) = |a|2 + |b|2 + |c|2 + 2(a · b + b · c + c · a) =
3R2 + 2(a · b + b · c + c · a) = 3R2 + (2R2 − α 2 + 2R2 − β 2 + 2R2 − γ 2 ) = 9R2 − (α 2 + β 2 + γ 2 )
où α, β, γ sont les longueurs des côtés du triangle ABC, et où on a utilisé les relations a · b =
γ2 2 β2
R2 − 2 , b · c = R2 − α2 et c · a = R2 − 2 . Par conséquent on doit avoir α 2 + β 2 + γ 2 = 8R2 , c’est
équivalent à sin2 A+sin2 B+sin2 C = 2, i.e., 1−cos(2A)+1−cos(2B)+1−cos(2C) = 4, c’est équivalent
à : 2 cos(A+B) cos(A−B)+2 cos2 C = 0 c’est-à-dire 4·cos A·cos B·cos C = 0, ce qui termine la preuve.
Exemple 27

Soit ABCD un quadrilatère cyclique, et considérons Ea , Eb , Ec et Ed les centres des cercles


des neuf points des triangles BCD, CDA, DAB et ABC respectivement.
Montrer que les droites (AEa ), (BEb ), (CEc ) et (DEd ) sont concourantes.

On prend l’origine du plan complexe au centre O du cercle circonscrit du quadrilatère ABCD.


Les affixes des centres des cercles des neuf points sont alors :
b+c+d c+d +a d +a+b a+b+c
ea = , eb = , ec = , ed = .
2 2 2 2
L’équation de la droite (AEa ) est : z = ka + (1 − k)ea avec k ∈ R, et de même pour les droites
a+b+c+d
(BEb ), (CEc ) et (DEd ). Remarquons que le point d’affixe appartient aux quatre droites
3
(AEa ), (BEb ), (CEc ) et (DEd ) (avec k = 1/3), ce qui termine la preuve.

4.11 Triangle podaire


Étant donné un triangle ABC et un point P quelconque dans le plan, on appelle triangle podaire
relatif à P le triangle A′ B′ C ′ dont les sommets A′ , B′ et C ′ sont les projections orthogonales de P
sur BC, AC et AB, respectivement. Sur la figure suivante, le point P est à l’intérieur du triangle,
mais il peut tout à fait se situer à l’extérieur.

A
b

C′ b

B′
b

P
b

b b b

B A′ C
4.11. TRIANGLE PODAIRE 231

Les triangles podaires apparaissent parfois dans des problèmes de géométrie. Une première re-
marque que l’on peut toujours faire est que, dans une telle situation, les quadrilatères AB′ PC ′ ,
BC ′ PA′ et CA′ PB′ sont toujours cycliques, de diamètres respectifs [AP], [BP] et [CP]. Cette infor-
mation permet notamment de trouver les longueurs des côtés du triangle podaire A′ B′ C ′ en fonc-
tion d’autres paramètres. En effet, par la loi des sinus dans le triangle AB′ C ′ , on a par exemple :
|B′ C ′ | = |PA| sin A (où |PA| prend le rôle de 2R dans la loi des sinus).
Observons à présent les propriétés des triangles podaires relatifs à certains points particuliers du
triangle.
❏ Si P = O, le centre du cercle circonscrit à ABC, alors comme O se situe sur les médiatrices
des différents côtés, les points A′ , B′ et C ′ sont les milieux des côtés [BC], [AC] et [AB], res-
pectivement. Dans ce cas, la situation est très claire. En effet, par Thalès, B′ C ′ est parallèle
à BC, A′ C ′ est parallèle à AC et A′ B′ est parallèle à AB. Le triangle A′ B′ C ′ est donc sem-
blable à ABC (avec un rapport 1/2). De plus, le point O n’est rien d’autre que l’orthocentre
du triangle A′ B′ C ′ , puisque A′ O est perpendiculaire à BC et donc également à B′ C ′ . (et de
même pour B′ O et C ′ O).
❏ Si P = H, l’orthocentre de ABC, alors les points A′ , B′ et C ′ sont les pieds des hauteurs
issues de A, B et C, respectivement. Le triangle A′ B′ C ′ est également appelé dans ce cas le
triangle orthique. Afin que H reste à l’intérieur de ABC, nous supposons dorénavant que
le triangle ABC est acutangle. On peut alors utiliser le fait que AB′ HC ′ et CA′ HB′ sont
cycliques pour trouver :

\
HB \′ = 90◦ − ABC,
′ C ′ = HAC [ \
HB \′ = 90◦ − ABC.
′ A′ = HCA [

Nous venons donc de montrer que H est sur la bissectrice de l’angle A\ ′ B′ C ′ . De la même
manière, il est sur les deux autres bissectrices du triangle podaire et on en déduit que H
est en fait le centre du cercle inscrit à A′ B′ C ′ . (Attention : cela n’est vrai que si ABC est
acutangle.)
Nous parlons de triangle podaire, mais il n’est a priori pas impossible que, pour un certain choix
de P, les points A′ , B′ et C ′ soient alignés ! Dans un tel cas, on ne parle plus réellement de triangle
podaire, mais plutôt de droite de Simson associée à P. En fait, il existe une condition nécessaire
et suffisante sur P pour que le triangle podaire se transforme en droite de Simson :
Théorème 4 : Droite de Simson
Soit ABC un triangle et P un point quelconque du plan. Les projections A′ , B′ et C ′ du point
P sur les droites BC, AC et AB respectivement sont alignées si et seulement si P appartient
au cercle circonscrit au triangle ABC.

Démonstration
Nous donnons la démonstration en supposant b
C′
que les différents points sont situés comme sur A
b
la figure ci-contre (c’est-à-dire tels que B′ ∈ [AC]
et A′ ∈ [BC] mais A ∈ [BC ′ ]). Les trois points b
P
A′ , B′ et C ′ sont alors alignés si et seulement
si PB\ \
′ A′ + PB ′ C ′ = 180◦ . Or, le quadrilatère b
B′
PB A C étant cyclique, on a : PB
′ ′ \ ′ A′ = 180◦ −
b b b
\′ = 180◦ − PCB.
PCA [ B A′ C

De la même façon, PB′ AC ′ est cyclique et on en déduit PB \ \′ = 180◦ − PAB.


′ C ′ = PAC € Les trois points
sont donc alignés si et seulement si PCB [ + PAB€ = 180◦ , ce qui revient exactement à dire que P se
situe sur le cercle circonscrit à ABC.
autre démonstration : on donne maintenant une preuve utilisant les nombres complexes.
On suppose, sans perte de généralité, que le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC est de rayon
1, donc |a| = |b| = |c| = |p| = 1. Le point B′ appartient à la droite (AC) et à la droite passant par P et
232 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

perpendiculaire à (AC), donc b ′ vérifie les deux équations :

b ′ + ac b ′ = a + c et b ′ − ac b ′ = p − ac p.

a + c + p − ac p
La résolution de ces deux équations (avec comme inconnue b ′ ) nous donne : b ′ = . On
2
obtient de même :
a + b + p − ab p b + c + p − bc p
c′ = et a′ = .
2 2

b ′ − a′ b ′ − a′
Pour montrer que A′ , B′ , C ′ sont alignés, il suffit de vérifier que : = . Le membre de
c ′ − a′ c ′ − a′
a − b − ac p + bc p
droite est égal à : . En multipliant le numérateur et le dénominateur par abc p et en
a − c − ab p + bc p
utilisant le fait que a a = b b = c c = 1 = p p, on obtient :

bc p − ac p − b + a
.
bc p − ab p − c + a

Cette expression est égale au membre de gauche (b ′ − a′ )/(c ′ − a′ ), et la preuve est ainsi complète.

Théorème 5 : Aire du triangle podaire

Soit ABC un triangle et PQR son triangle podaire relatif à un point X(x), alors on a :

|x|2 − R2
[PQR] = · [ABC],
4R2
où R est le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC.

Démonstration
Les points P, Q, R appartiennent respectivement aux côtés BC, AC, AB. Les affixes p, q, r des points
P, Q, R sont données par :
!   !
1 bc 1 ca 1 ab
p= x− 2 x+b+c , q= x− 2 x+c+a , r= x− 2 x+a+b .
2 R 2 R 2 R

L’aire du triangle PQR est égale au module du nombre complexe :

p p 1
i i q−p q−p
q q 1 = .
4 4 r −p r −p
r r 1

En développant le déterminant on trouve :

i(a − b)(b − c)(a − c)  


[PQR] = x x − R2
16 abc
|a − b| · |b − c| · |c − a| αβγ |x|2 − R2
= · |x|2 − R2 = · |x| 2
− R 2
= · [ABC].
16 |a| · |b| · |c| 16R3 4R2

✍ Les points P, Q, R sont colinéaires si, et seulement si [PQR] = 0, c’est-à-dire |x x − R2 | = 0,


i.e., x x = R2 . Par suite |x| = R et P est situé sur le cercle circonscrit au triangle ABC.
4.11. TRIANGLE PODAIRE 233

Corollaire 3
Si X appartient à un cercle de rayon R1 et de centre O (le centre du cercle circonscrit au triangle
ABC), alors [PQR] ne dépend pas de la position du point X sur le cercle.

Preuve
|R21 − R2 |
On a x x = R21 , et donc [PQR] = ·[ABC]. Par suite l’aire du triangle PQR ne dépend
4R2
pas du point X. La réciproque est aussi vraie : l’ensemble de tous les points X du plan tels
4R2 k
que [PQR] = k (constante) est défini par : |x|2 − R2 = . C’est équivalent à :
[ABC]
!
2 2 4R2 k 2 4k
|x| = R ± = R 1± .
[ABC] [ABC]

1
⋄ Si k > · [ABC] :
4 r
4k
alors l’ensemble est un cercle de centre O et de rayon R1 = R 1+ .
[ABC]
1
⋄ Si k ≤ · [ABC] :
4 r
4k
alors l’ensemble est formé de 2 cercles de centre O et de rayon R 1± , l’un d’eux
[ABC]
1
devient O lorsque k = [ABC].
4

Théorème 6
Pour tout point X dans le plan du triangle ABC, on peut construire un triangle de côtés :

AX · BC, BX · CA et CX · AB.

Ce triangle est alors semblable au triangle podaire de ABC relatif au point X.

Démonstration
Soit PQR le triangle podaire de ABC relatif au point X, alors

1 R2 − c x 1 R2 − c x
|q − p| = (a − b)(x − c) 2 = |a − b| |x − c| .
2 R (x − c) 2R2 x−c

D’autre part, on a :
2
R2 − c x R2 − c x R2 − cx R2 − c x R2 − cx R2 − c x R2 (c − x)
= · = · = · = R2 ,
x−c x−c x−c x−c x − Rc
2
x−c c x − R2

1
ce qui donne |q − p| = |a − b| |x − c|. Par conséquent :
2R
PQ QR RP 1
= = = , (1)
CX · AB AX · BC BX · CA 2R
ce qui permet de conclure.
234 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Corollaire 4
Dans le plan du triangle ABC on considère un point X et on note par A′ B′ C ′ le triangle de côtés
AX · BC, BX · CA et CX · AB. Alors on a :

[A′ B′ C ′ ] = |x|2 − R2 · [ABC]. (2)

Preuve
D’après la relation (1) on a : [A′ B′ C ′ ] = 4R2 · [PQR] où PQR est le triangle podaire de ABC
relatif au point X. Il suffit maintenant d’appliquer le théorème 5 pour conclure.

Corollaire 5 : Inégalité de Ptolémée

Pour tout quadrilatère ABCD on a :

AC · BD ≤ AB · CD + BC · AD.

Corollaire 6 : Théorème de Ptolémée


Le quadrilatère convexe ABCD est cyclique si, et seulement si :

AC · BD = AB · CD + BC · AD. (3)

Preuve
Si la relation (3) est vraie alors le triangle A′ B′ C ′ dans le corollaire 4 est dégénéré, i.e.,
[A′ B′ C ′ ] = 0. De la relation (2) il s’ensuit que d d = R2 où R est rayon du cercle circonscrit
au triangle ABC. Donc, le point D(d) appartient au cercle circonscrit.
Si ABCD est cyclique, alors le triangle podaire de ABC relatif au point D est dégénéré. La
relation (1) permet de conclure.

Corollaire 7 : Théorème de Pompeiu (1873-1954)

Pour tout point X dans le plan d’un triangle équilatéral ABC, les trois segments XA, XB et XC
peuvent être les côtés d’un triangle.

Preuve
Dans le théorème ci-dessus on a BC = CA = AB, et le résultat en découle.

✍ Le triangle dans le corollaire ci-dessus s’appelle triangle de Pompeiu du point X relative-


ment au triangle équilatéral ABC. Ce triangle est dégénéré si, et seulement si X appartient
au cercle circonscrit au triangle ABC. En utilisant la seconde partie du théorème 6 on
trouve que le triangle de Pompeiu est semblable au triangle podaire de ABC relatif au
point X et :

CX AX BX 2R 2 3
= = = = .
PQ QR RP α 3
4.12. TRIANGLES ORTHOPOLAIRES OU TRIANGLES-S 235

4.12 Triangles orthopolaires ou triangles-S

Définition : Triangles-S

Considérons un triangle ABC et les points X, Y , Z situés sur son cercle circonscrit. On dit
que les triangles ABC et XY Z sont des triangles orthopolaires (ou des triangles-S) si la droite
de Simson du triangle ABC relative au point X est perpendiculaire à la droite (Y Z).

☞ La notion de triangles-S a été introduite par le mathématicien Roumain Traian Lalescu en


1915.
On choisit le centre O du cercle circonscrit au triangle ABC comme étant l’origine du plan
complexe. Les affixes des points A, B, C, X, Y , Z sont respectivement a, b, c, x, y, z, on a de plus :
|a| = |b| = |c| = |x| = |y| = |z| = R où R est le rayon du cercle circonscrit.
Théorème 7
Les triangles ABC et XY Z sont des triangles-S si, et seulement si : abc = xyz.

Démonstration
Soient P, Q, R les pieds des perpendiculaires issues de X aux droites BC, CA, AB respectivement. Les
points P, Q, R sont sur la même droite, c’est la droite de Simson du triangle ABC relative au point X.
Si p, q, r sont les affixes respectives des points P, Q, R alors on a :
!   !
1 bc 1 ca 1 ab
p= x− 2 x+b+c , q= x− 2 x+c+a , r= x− 2 x+a+b .
2 R 2 R 2 R

On distingue deux cas.


⋄ Cas 1 : le point X n’est pas un sommet du triangle ABC.
Dans ce cas la droite (PQ) est perpendiculaire à la droite (Y Z) si, et seulement si (p − q) · (y − z) = 0,
c’est-à-dire :
" !#
cx
(b − a) 1 − 2 · (y − z) = 0 i.e. (b − a)(R2 − c x)(y − z) + (b − a)(R2 − c x)(y − z) = 0.
R

On obtient alors :
! ! ! !
R2 R2 2 R2 2 R2 R2 R2
− R − x (y − z) + (b − a) R − c − = 0.
b a c x y z

Par suite
1 1
(a − b)(c − x)(y − z) − (a − b)(c − x)(y − z) = 0,
abc xyz
ce qui est équivalent à :
(abc − xyz)(a − b)(c − x)(y − z) = 0.
Finalement, on obtient abc = xyz.
⋄ Cas 2 : le point X est un des sommets du triangle ABC.
On suppose, par exemple, que X = B, alors la droite de Simson relative au point B est la droite
passant par B et perpendiculaire à (AC). Donc, (BQ) est perpendiculaire à (Y Z) si, et seulement si,
les droites (AC) et (Y Z) sont parallèles. C’est équivalent à ac = yz, et comme b = x alors on conclut
que abc = xyz.
Comme la relation abc = xyz est symétrique, alors la droite de simson du triangle ABC relative à
chaque sommet du triangle XY Z est perpendiculaire au côté opposé du triangle XY Z. De plus, la
même propriété est vraie pour chaque sommet du triangle ABC. Donc les triangles ABC et XY Z sont
des triangles-S si, et seulement si, les triangles XY Z et ABC sont des triangles-S.
236 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exemple 28

Soit ABC un triangle. Les triangles médian et orthique de ABC sont des triangles-S dans
le cercle des neuf points.

Considérons le centre O du cercle circonscrit au triangle ABC comme étant l’origine du plan
complexe. Soient M, N , P les milieux respectifs des segments [AB], [BC], [CA], et A′ , B′ , C ′ les pieds
des hauteurs du triangles ABC issues de A, B, C respectivement. Si m, n, p, a′ , b ′ , c ′ sont les affixes
de M, N , P , A′ , B′ , C ′ alors on a :
a+b b+c c+a
m= , n= , p= ,
2 2 2
et
! !   !
′ 1 bc 1 bc ′ 1 ca ′ 1 ab
a = a+b+c− 2 a = a+b+c− ,b = a+b+c− ,c = a+b+c− .
2 R 2 a 2 b 2 2

Le centre O9 du cercle des neuf points est le milieu du segment [OH] où H(a + b + c) est l’ortho-
a+b+c
centre du triangle ABC. L’affixe ω de O9 est égale donc à . Finalement on a :
2
1
(a′ − ω)(b ′ − ω)(c ′ − ω) = (m − ω)(n − ω)(p − ω) = − abc,
8
et la preuve est ainsi terminée.
Exemple 29

Soient P et P ′ des points distincts du cercle circonscrit au triangle ABC et tels que les
[.
droites (AP) et (AP ′ ) soient symétriques par rapport à la bissectrice de l’angle BAC
Montrer que ABC et APP ′ sont des triangles-S.

A
b

b
C
b
B b
P′
b
P

Soient p et p ′ les affixes de P et P ′ respectivement. Il est clair que les droites (PP ′ ) et (BC) sont
parallèles, donc (p − p ′ ) ∧ (b − c) = 0. Par suite :

(p − p ′ )(b − c) − (p − p ′ )(b − c) = 0.

On considère que O, le centre du cercle circonscrit au triangle ABC, comme étant l’origine du
plan complexe, alors on a :
2
! ! !
′ R R2 R2 R2 2 ′ 1 1
(p − p ) − − − ′ (b − c) = 0 i.e. R (p − p )(b − c) − = 0.
b c p p bc pp ′

Par conséquent bc = pp ′ , c’est-à-dire abc = app ′ . En conclusion ABC et APP ′ sont des triangles-S.
4.13. TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES ET NOMBRES COMPLEXES 237

4.13 Transformations géométriques et nombres complexes


Si f est une transformation du plan, on peut lui associer une bijection g de C dans lui-même
telle que pour tous points M et M ′ d’affixes respectives z et z′ on ait : M ′ = f (M) ⇐⇒ z′ = g(z).
On dit alors que f est représentée dans le plan complexe par l’application g

Proposition 23

1 Si #»
u est un vecteur d’affixe b, la translation de vecteur #»
u est représentée dans le
plan complexe par l’application z 7→ z + b.
2 Si Ω est un point d’affixe ω et k un réel non nul, l’homothétie de centre Ω et de
rapport k est représentée dans le plan complexe par l’application z 7→ ω + k(z − ω).
3 Si Ω est un point d’affixe ω et θ un réel, la rotation de centre Ω et d’angle θ est
représentée dans le plan complexe par l’application z 7→ ω + e iθ (z − ω).

❏ Les similitudes directes sont les transformations représentées dans le plan complexe par
les applications z 7→ az + b, avec (a, b) ∈ C∗ × C.
❏ Une similitude f directe de rapport k qui n’est pas une translation :
⋄ possède un unique point fixe Ω appelé centre de la similitude,
⋄ est la composée commutative de l’homothétie de centre Ω et de rapport k avec une
unique rotation de centre Ω, dont l’angle est appelé angle de la similitude.
❏ Soit f une similitude représentée par z 7→ az + b.
⋄ Si a = 1, c’est une translation.
⋄ Si |a| = 1 et a , 1, c’est une rotation d’angle arg(a).
⋄ Si a ∈ R \ {1}, c’est une homothétie de rapport a.
❏ Similitude indirecte

⋄ La réflexion s d’axe (O, i ) est représentée par la conjugaison z 7→ z.
⋄ Si f est une similitude indirecte, la composée f ◦ s est une similitude directe, donc est
représentée par une application de la forme z 7→ az + b, avec (a, b) ∈ C∗ × C. Par conséquent
f est représentée par z 7→ az + b.
⋄ Réciproquement, toute transformation représentée par une application du type z 7→ az+b
est une similitude indirecte du plan comme composée de s et d’une similitude directe.
Exemple 30

Montrer que si 4 points A, B, A′ , B′ sont donnés (A, B distincts ainsi que A′ , B′ ), il existe une
unique similitude directe f transformant (A, B) en (A′ , B′ ) ; montrer l’analogue pour une
similitude indirecte. Si l’on note a, b, a′ , b ′ les affixes respectives de A, B, A′ , B′ , montrer que
f est donnée implicitement par la relation :

z′ z 1
a′ a 1 = 0. (1)
b′ b 1

En déduire une condition pour qu’un triangle ABC soit équilatéral.

L’expression générale d’une similitude directe est z 7→ z′ = αz + β, on a alors : a′ = αa + β et


b ′ = αb + β. Ces deux équations linéaires forment un système de Cramer d’inconnues α et β car
son déterminant est a − b , 0. Il admet donc une solution unique, d’où l’existence et l’unicité de
la similitude cherchée.
Il existe aussi une similitude indirecte f transformant (A, B) en (A′ , B′ ) : il suffit de composer la
similitude directe précédente avec la réflexion selon (AB). Elle est unique car si g en est une autre,
la similitude directe g −1 ◦ f , étant fixe en A et B, est l’identité, d’où f = g.
Finalement, la relation (1) ci-dessus détermine une similitude car, par développement du déter-
minant, elle implique une relation de la forme z′ = αz + β, les coefficients de z et z′ étant non nuls.
Ce déterminant s’annule lorsqu’on remplace (z, z′ ) par (a, a′ ) ou (b, b ′ ), car il a alors deux lignes
238 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

égales. La similitude transforme donc a en a′ et b en b ′ . La condition

a 1 1
b j 1 =0
c j2 1

signifie donc que ABC est directement semblable au triangle équilatéral 1, j, j 2 . En développant
et simplifiant par (1 − j) on trouve la condition aj + bj 2 + c = 0 ; on trouve de même la condition
aj 2 + bj + c = 0 avec le triangle 1, j 2 , j de sens opposé (par échange de j et j 2 ) et le produit de ces
deux conditions est la condition générale a2 +b 2 +c 2 −ab −bc −ca = 0 déjà trouvée dans ce chapitre.
Exemple 31

Étudier les similitudes planes dont les formes complexes sont :

f 1 : z 7−→ (1 + i)z − 1, f 2 : z 7−→ j z + 1.

√ √
➀ f 1 est une similitude indirecte avec a = (1 + i) = 2e iπ/4 , son rapport est 2 et son axe fait
un angle de π/8 avec Ox (car la forme complexe de la réflexion vectorielle dont l’axe fait un
angle ϕ avec Ox est z 7→ e 2iϕ z). L’application f 1 ◦ f 1 est z 7→ (1 + i) ((1 − i)z − 1) − 1 = 2z − 2 − i ;
elle a pour point fixe unique Ω(ω) tel que ω = 2ω − 2 − i, d’où ω = 2 + i, c’est donc le point
fixe de f 1 . √
La similitude étudiée a donc pour centre Ω(2 + i), pour rapport 2 et son axe est la droite
qui passe par Ω et fait un angle de π/8 avec l’axe Ox.
➁ Le coefficient de z est j = e 2iπ/3 , le rapport est donc 1 ; c’est un antidéplacement, son axe
fait un angle de π/3 avec Ox. C’est une réflexion ou symétrie glissée. L’application f 2 ◦ f 2 est
z 7→ j(jz +1)+1 = z +j +1 = z −j 2 , donc f 2 est une symétrie glissée dont le vecteur translation
u a pour affixe −j 2 /2 : en effet, le carré d’une symétrie glissée de vecteur #»
#» u est la translation
de vecteur 2 #»
u . L’axe est dirigé par ce même vecteur et passe par le point d’affixe 1/2 car
c’est le milieu de [0, f 2 (0)].

Exemple 32

Soient O, A, B trois points, C, D les images respectives de A, B dans une similitude directe
S de centre O . On construit les triangles ADM et CBN directement semblables à ABO .
Montrer que O est le milieu de [MN ].

Il existe α ∈ C∗ tel que : c = αa et d = αb. D’où ad − bc = 0. D’autre part, puisque les triangles ABO
m−a d −a b−d
et ADM sont directement semblables alors = donc m = a . On obtient de même
−a b−a b−a
c−a bc − ad
n=b . Par conséquent : m + n = = 0, donc O est le milieu de MN .
b−a b−a

4.14 Relations métriques et nombres complexes


Exemple 33

Soit ABC un triangle équilatéral inscrit dans un cercle. M est un point mobile sur le cercle.
Montrer que
MA2 + MB2 + MC 2 = constante.

On suppose que l’origine du plan complexe est située au centre du cercle, et que l’axe réel passe
par le point A, alors les affixes des points A, B, C sont données par R, Rj, Rj 2 . Si l’affixe de M est
Re ix alors :
2
MA2 = (Re ix − R)(Re −ix − R), MB2 = (Re ix − Rj)(Re −ix − Rj), MC 2 = (Re ix − Rj 2 )(Re −ix − Rj ).
4.14. RELATIONS MÉTRIQUES ET NOMBRES COMPLEXES 239

En sommant ces trois expressions on obtient MA2 + MB2 + MC 2 = 6R2 puisque 1 + j + j 2 = 0 et


2
1+j+j = 0. On peut montrer, plus généralement, que MA21 +MA22 +· · ·+MA2n = 2nR2 ; A1 , A2 , · · · , An
étant les sommets d’un polygone régulier inscrit dans un cercle de rayon R.
Exemple 34 : Théorème de Steiner (1796-1863)

Soient ABC un triangle et M, N des points du segment [BC] tels que (AM) et (AN ) sont
[ . Montrer que
symétriques par rapport à la bissectrice intérieure de l’angle BAC

CM CN AC 2
· = .
BM BN AB2

b
A

b
b
b
B M b
N
C

Soient α = \
BAM = \ \ ; CM = k1 et CN = k2 . Le segment [MA] s’obtient à partir du
N AC; 2β = MAN
BM BN
MA
segment [BA] par une rotation d’angle α et d’une homothétie de rapport p1 = . Le segment
BA
[N A] s’obtient à partir du segment [CA] par une rotation d’angle α (dans le sens des aiguilles
NA
d’une montre) et d’une homothétie de rapport p2 = . Donc, les affixes vérifient :
CA

m = p1 be iα , n = p2 ce −iα , m = p1 b e −iα , n = p2 c e iα .

c − k1 b c − k2 b
Par conséquent : m b = m be i2α , n c = n c e i2α . Or, m = ,n= , donc on obtient :
1 − k1 1 − k2

c − k1 b c − k1 b i2α
b = be ,
1 − k1 1 − k1

c b − c be i2α c c (1 − e i2α )
ce qui donne : k1 = et de même k2 = .
b b (1 − e i2α ) c b − c be i2α
cc
Finalement, on a : k1 k2 = , ce qui permet de conclure.
bb
Exemple 35

Soit ABCD un quadrilatère convexe de diagonales AC et BD . Une droite passant par le


point d’intersection O des diagonales coupe les côtés [AB] et [CD] en M et N respective-
ment. Montrer que
MA N D
· = constante.
MB N C

MA ND
On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O, et posons = k1 , = k2 ,
MB NC
alors :
a − k1 b d − k2 c
m= , n= .
1 − k1 1 − k2
240 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Les points A, O et C sont alignés, donc

a a 1
0 0 1 = 0,
c c 1

ce qui donne a c = a c. De même on a : b d = b d. On a aussi : m n = m n, par suite :

a − k1 b d − k2 c a − k1 b d − k2 c
· = · .
1 − k1 1 − k2 1 − k1 1 − k2

ad − ad
En développant et en réduisant l’égalité ci-dessus on obtient : k1 k2 = , et il s’agit bien
bc − bc
d’une constante réelle.
Exemple 36

Soient ABC un triangle, D ∈ (AB) et E ∈ (AC). Les droites (BE) et (CD) se coupent au point
O . Une droite passant par O coupe les côtés AB et AC aux points M et N respectivement.
Montrer que
DA MB EA N C
· + · = 1.
DB MA EC N A

DA EA
On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O, et posons = k1 , =
DB EC
MB NC
k2 , = p1 , = p2 . Alors on a :
MA NA
a + k1 b a + k2 c b + p1 a c + p2 a
d= , e= , m= , n= .
1 + k1 1 + k2 1 + p1 1 + p2

Les points D, O et C sont alignés donc

d d 1
0 0 1 =0
c c 1

ce qui donne d c = d c, par suite (a + k1 b) c = ( a + k1 b)c, ce qui donne

a c = a c = k1 (b c − b c). (1)

De même, puisque les points E, O et B sont alignés on obtient

a b − a b = k2 (b c − b c). (2)

Finalement, puisque les points M, O et N sont alignés alors on obtient :

p1 (a c − a c) + p2 (a b − a b) = b c − b c. (3)

Les trois relations (1),(2) et (3) permettent de déduire que : p1 k1 + p2 k2 = 1, ce qui termine la
preuve.
Exemple 37

Soit ABC un triangle. On suppose que la médiane issue du sommet C coupe le cercle
circonscrit au triangle ABC au point D . Montrer que si le milieu G de la corde [CD] est le
centre de gravité du triangle ABC , alors on a :

AC 2 + BC 2 = 2 AB2 .
4.14. RELATIONS MÉTRIQUES ET NOMBRES COMPLEXES 241

On suppose que l’origine du plan complexe est située au point O centre du cercle circonscrit.
On suppose aussi que le rayon du cercle circonscrit est égal à 1, alors les affixes a, b, c des points
A, B, C vérifient : a a = b b = c c = 1. Les affixes g et d des points G et D sont données par : g =
a+b+c 2a + 2b − c
et d = . Puisque le point D appartient au cercle circonscrit alors d d = 1, donc
3 3
2a + 2b − c 2 a + 2 b − c
· =1 c’est-à-dire (2a + 2b − c)(2 a + 2 b − c) = 9.
3 3
D’où, 4(a b + b a) = 2(a c + a c) + 2(b c + b c). Ainsi, 2(a − b)(a − b) = (a − c)(a − c) + (b − c)(b − c), i.e.,

2|a − b|2 = |a − c|2 + |b − c|2 ⇐⇒ AC 2 + BC 2 = 2 AB2 .

Exemple 38

Une droite (∆) coupe les côtés d’un triangle ABC aux points D, E, F . Soit O un point du
plan, les droites (AO), (BO), (CO) coupent la droite (∆) aux points I, J, K . Montrer que :
IE JF KD
· · = 1.
IF JD KE

On suppose que l’origine du plan complexe est située au point O. On note les affixes des points
A, B, C, D, E, F, I, J, K par a, b, c, α, β, γ, α ′ , β ′ , γ ′ respectivement.
IE JF KD
On pose : = k1 ∈ R, = k2 ∈ R, = k3 ∈ R.
IF JD KE

b
A

F
b
b
I

O b E
b J b
D
b b b
b
B C
K

β − k1 γ
Les points I, E, F sont alignés donc α ′ = , et de même puisque les points J, D, F et K, D, E
1 − k1
sont alignés on a :
γ − k2 α α − k3 β
β′ = , γ′ = .
1 − k2 1 − k3
Les points O, A, I sont alignés donc
0 0 1
a a 1 = 0,
α′ α′ 1
β − k1 γ β − k1 γ
ce qui donne a α ′ = a α ′ , d’où a =a , ce qui donne
1 − k1 1 − k1

aβ − aβ
k1 = . (1)
aγ − aγ
De même, les points O, B, J sont alignés, alors on a :

bγ − bγ
k2 = . (2)
bα − bα
Finalement, les points O, C, K sont alignés, alors on a :
cα −cα
k3 = . (3)
cβ −cβ
242 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

aβ − aβ bγ − bγ c α − cα
Les relations (1),(2) et (3) donnent : k1 · k2 · k3 = · · .
aγ − aγ bα − bα c β − cβ
FA DB EC
Or, d’après le théorème de Ménélaüs (puisque D, E, F alignés) : · · = 1. Posons
FB DC EA
FA DB EC
= λ1 ∈ R, = λ2 ∈ R, = λ3 ∈ R,
FB DC EA
a−γ a − λ1 a − λ1
alors = λ1 , ce qui donne γ = ,γ = et (a − λ1 b) γ = (a − λ1 b ) = γ, par suite :
b−γ 1 − λ1 1 − λ1

aγ − aγ
λ1 = .
bγ −bγ

bα − bα cβ −cβ
De même on a : λ2 = et λ3 = . Par conséquent, et grâce au théorème de Ménélaüs :
cα −cα aβ − aβ

aγ − aγ bα − bα cβ − cβ
λ1 · λ2 · λ3 = · · = 1.
bγ − bγ c α − cα aβ − aβ

1
Ainsi, λ1 λ2 λ3 = = 1, ce qui montre que k1 k2 k3 = 1.
k1 k2 k3
Exemple 39 : Théorème de Céva (1647-1734)

Soient ABC un triangle, et O un point du plan. Les droites (AO), (BO), (CO) coupent les
côtés BC, CA, AB aux points A′ , B′ , C ′ respectivement. Montrer que

A′ B B′ C C ′ A
· · = −1.
A′ C B′ A C ′ B

A′ B B′ C
On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O. Posons ′
= k1 , ′ =
AC BA
C′A b − k1 c
k2 , = k3 alors a′ = , par suite (b − k1 c) a = (b − k1 c)a, ce qui donne
C′B 1 − k1

ab − ab
k1 = . (1)
ac − ac
On obtient de même que :

bc −bc ca−ca
k2 = , et k3 = . (2)
ba −ba cb −cb
On conclut alors de (1) et (2) que : k1 k2 k3 = −1.
Exemple 40 : (Olympiade Balkanique, 1985)

Soit O le centre du cercle circonscrit au triangle ABC ; D le milieu du segment [AB] et E le


centre de gravité du triangle ACD . Montrer que les droites (CD) et (OE) sont perpendicu-
laires si, et seulement si, AB = AC .

On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O, alors les affixes a, b, c, d, e des
points A, B, C, D, E vérifient :

a+b a+c+d 2(a + c) + a + b 3a + b + 2c


d= , e= = = . (1)
2 3 6 6
4.15. PROBLÈMES DE COLINÉARITÉ ET NOMBRES COMPLEXES 243

A
b

D E
b b
O
b

b b
B
C

D’autre part, on a : AB = AC ⇐⇒ AB2 = AC 2 ⇐⇒ (b − a)(b − a) = (c − a)(c − a), et puisque


a a = b b = c c = R2 , avec R rayon du cercle circonscrit, alors on conclut que la condition AB = AC
est équivalente à : a b + a b = a c + a c.
On se propose de montrer que si x, y sont deux nombres complexes, alors :
!  
x π 3π
arg ∈ , ⇐⇒ x y + x y = 0. (2)
y 2 2
!
x x x x x
⋄ On a : arg = 90◦ ⇐⇒ = r(cos 90◦ + i sin 90◦ ) = ri. Donc, = −ri, d’où + = 0, et en
y y y y y
développant on déduit que x y + x y = 0.
x x x
⋄ On a : x y + x y = 0 ⇐⇒ = − , si = r(cos u + i sin u), alors on déduit que : cos u − i sin u =
y y y !
◦ x
− cos u − i sin u, ce qui donne cos u = 0, ainsi u = 90 et arg = 90◦ .
y
D’après (2) on doit montrer que : (d − c) e + ( d − c)e = 0, ce qui donne compte-tenu de (1) :
! ! ! !
a+b 3a + b + 2c a+b 3a + b + 2c
−c + −c =0 (3)
2 6 2 6

En éliminant les dénominateurs dans (3), et en tenant compte de la relation : a a = b b = c c = R2


on conclut que a b + a b = a c + a c, ce qui termine la preuve.

4.15 Problèmes de colinéarité et nombres complexes


Nous présentons dans ce paragraphe cinq résultats majeurs sur la colinéarité avec des preuves
basées sur l’utilisation des nombres complexes.
Exemple 41 : Théorème de Monge-d’Alembert

On considère dans le plan les trois cercles C1 (O1 , R1 ), C2 (O2 , R2 ) et C3 (O3 , R3 ). Soient S1 , S1′
les centres de similitudes directe et inverse des cercles C2 et C3 . On définit de même S2 , S2′
et S3 , S3′ .
1 Montrer que les points S1 , S2 , S3 sont alignés.
2 Montrer que les triplets de points (S1′ , S2′ , S3 ); (S1′ , S2 , S3′ ) et (S1 , S2′ , S3′ ) sont alignés
(par exemple : les points S1′ , S2′ , S3 sont alignés).

S1 O 2 R2
➀ Le point S1 est le centre de l’homothétie directe donc = . De même on a :
S1 O 3 R3

S2 O 3 R S3 O 1 R
= 3, = 1.
S2 O 1 R1 S3 O 2 R2
244 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

o 2 − s 1 R2
Par suite, les affixes vérifient = , i.e., s1 (R3 − R2 ) = o2 R3 − o3 R2 .
o 3 − s 1 R3
De même, on a :

s2 (R3 − R1 ) = R3 o1 − R1 o3 et s3 (R2 − R1 ) = R2 o1 − R1 o2 .

Pour montrer que les points d’affixes s1 , s2 , s3 sont alignés il suffit de prouver l’existence de
trois nombres réels k1 , k2 , k3 tels que k1 + k2 + k3 = 0 et k1 s1 + k2 s2 + k3 s3 = 0. Or, on a :

s1 (R3 − R2 )R1 − s2 (R3 − R1 )R2 + s3 (R2 − R1 )R3 =


= (o2 R3 − o3 R2 )R1 − (R3 o1 − R1 o3 )R2 + (R2 o1 − R1 o2 )R3
= o2 R3 R1 − o3 R2 R1 − o1 R3 R2 + o3 R1 R2 + o1 R2 R3 − o2 R1 R3 = 0.

Il suffit donc de choisir k1 = (R3 − R2 )R1 , k2 = −(R3 − R1 )R2 et k3 = (R2 − R1 )R3 , et il facile de
voir que k1 + k2 + k3 = 0.
➁ La preuve est identique à celle de la première question. Nous laissons le soin au lecteur de
la rédiger.

Exemple 42 : Théorème de Desargues (1591-1661)

Soient ABC et A′ B′ C ′ deux triangles donnés. On suppose que les droites (AA′ ), (BB′ )
et (CC ′ ) se coupent en un point O . Soient u, v, w les points d’intersections des droites
(BC), (B′ C ′ ); (CA), (C ′ A′ ) et (AB), (A′ B′ ). Montrer que les points u, v et w sont alignés

v b

b
w A′
b
A b

O B′
B
b b b

b C

b
C′

b
u

On suppose que l’origine du plan complexe est située au point O. Comme les points C, A et A′
sont alignés alors les affixes vérifient a′ = k1 a, et de même b ′ = k2 b et c ′ = k3 c. L’équation de la
droite (BC) est donnée par :
(b − c) z − (b − c) z + b c − b c = 0. (1)
′ ′
L’équation de la droite (B′ C ′ ) est donnée par : (b − c′ ) z − (b ′ − c ′ ) z + b ′ c′ − b c ′ = 0, i.e.,

(k2 b − k3 c) z − (k2 b − k3 c) z + k2 k3 (b c − b c) = 0. (2)

On multiplie l’équation (1) par k2 b − k3 c et l’équation (2) par b − c, on déduit que :


   
1 1
k3 − 1 b − k2 − 1 c
z= 1 1
. (3)
k −k 3 2

1
On pose pi + 1 = pour i = 1, 2, 3, alors la relation (3) devient :
ki
p3 b − p2 c
z= .
p3 − p2
4.15. PROBLÈMES DE COLINÉARITÉ ET NOMBRES COMPLEXES 245

L’expression ci-dessus est l’affixe du point u, et on obtient de même les affixes v et w :

p1 c − p3 a p2 a − p1 b
v= , w= .
p1 − p3 p2 − p1

Les points d’affixes u, v, w sont alignés s’il existe des réels s1 , s2 , s3 tels que s1 + s2 + s3 = 0 et
s1 u + s2 v + s3 w = 0. Il suffit de prendre

s1 = (p3 − p2 )p1 , s2 = (p1 − p3 )p2 , s3 = (p2 − p1 )p3

pour conclure.
Exemple 43 : Théorème de Pappus

Dans un plan, soient A, B, C trois points distincts alignés sur une droite (d) , et soient
A′ , B′ , C ′ trois autres points distincts alignés sur une autre droite (d ′ ). Montrer que les
points : U intersection de (B′ C) avec (C ′ B) ; V intersection de (A′ C ) avec (C ′ A) ; W inter-
section de (A′ B) avec (B′ A) sont alignés.

Soit O = (d) ∩ (d ′ ) et OA′ = a′ , OB′ = b ′ , OC ′ = c ′ , OA = a, OB = b, OC = c et α l’angle formé


par les droites (d) et (d ′ ). On suppose que l’origine du plan complexe est située au point O et
que (d) est l’axe des réels, alors les affixes de A, B, C sont a, b, c et les affixes de A′ , B′ , C ′ sont
a′ e iα , b ′ e iα , c ′ e iα .

C′
b
b
B′
A′
b

b U
b
b
W
V

b b b

A B C

L’équation de la droite (B′ C) est donnée par



(b e −iα − c)z − (b ′ e iα − c) z + b ′ ce iα − b ′ e −iα c = 0. (1)

L’équation de la droite (BC ′ ) est donnée par

(b − c ′ e −iα )z − (b − c ′ e iα )z + bc ′ e −iα − bc ′ e iα = 0. (2)

En multipliant (1) par b − c ′ e iα et (2) par b ′ e iα − c on obtient :

b ′ c(e iα − e −iα )(b − c ′ e iα ) − bc ′ (e −iα − e iα )(b ′ e iα − c)


z=
(b ′ e −iα − c)(b − c ′ e iα ) − (b − c ′ e −iα )(b ′ e iα − c)
(e iα − e −iα )[b ′ c(b − c ′ e i ) − bc ′ (b ′ e i − c)] bc(b ′ − c ′ ) + b ′ c ′ (b − c)e iα
= = .
(e iα − e −iα )(cc ′ − bb ′ ) cc ′ − bb ′

bc(b ′ − c ′ ) + b ′ c ′ (b − c)e iα
L’affixe du point U est donnée par : . De même les affixes de V et W sont
cc ′ − bb ′
données respectivement par :

ca(c ′ − a′ ) + c ′ a′ (c − a)e iα ab(a′ − b ′ ) + a′ b ′ (a − b)e iα


, .
aa′ − cc ′ bb ′ − aa′
En prenant
cc ′ − bb ′ aa′ − cc ′ bb ′ − aa′
k1 = , k 2 = , k 3 = ,
bb ′ cc ′ aa′ cc ′ bb ′ aa′
alors on a k1 + k2 + k3 = 0 et k1 + +k2 v + k3 v = 0. Les points U, V et W sont alignés.
246 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exemple 44 : Théorème de Salmon (1819-1904)

Soit O un point d’un cercle. On trace les cordes [OA], [OB] et [OC] (avec A, B, C des points
du cercle). Montrer que les cercles de diamètres [OA], [OB], [OC] se coupent deux à deux
en trois points P, Q, R qui sont alignés.

On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O. On note a, b, c les affixes des
points A, B, C. L’équation du cercle de diamètre [OA] dans le plan complexe est donnée par :
  !
a a a a
z− z− = c’est-à-dire 2 z z − a z − a z = 0. (1)
2 2 22

De même, les équations des cercles de diamètres [OB] et [OC] ont pour équations respectivement :

2 z z − b z − b z = 0, 2 z z − c z − c z = 0. (2)

P
b

A b

b
O

b
b
B Q

b
b
R
C

L’équation (1) et la première équation dans (2) donnent (a − b) z + (a − b)z = 0.


a−b
D’où z = − z, et donc (1) devient :
a−b
!
a−b 2 a−b
−2 z − az − a − z = 0.
a−b a−b

ab − ab
On obtient z = 0 c’est-à-dire le point O, et z = qui est l’affixe du point d’intersection des
2(a − b)
cercles de diamètres [OA] et [OB], on le note :

ab − ab
z12 = .
2(a − b)

On obtient, de même, les affixes des points d’intersections des cercles de diamètres [OB], [OC], et
des cercles de diamètres [OC], [OA] :

bc −bc ca −ca
z23 = , z31 = .
2(b − c) 2(c − a)

b−o c−o
Les points O, A, B, C sont cocycliques donc ÷ est un réel. Il s’ensuit que :
b−a c−a

b(a − c) b(a − c)
∈R et ∈ R.
c(a − b) c(a − b)
4.15. PROBLÈMES DE COLINÉARITÉ ET NOMBRES COMPLEXES 247

On obtient de même que :

c(b − a) a(c − b)
∈R et ∈ R.
a(b − c) b(c − a)
Posons :
m = b (a − c), n = c (b − a), p = −a (b − c).
Remarquons que m + n + p = 0. Comme m/n est un réel r, alors arg(m) = arg(n) (mod π), et de
même arg(n) = arg(p). Ainsi
m = k1 (cos t + i sin t), n = k2 (cos t + i sin t), p = k3 (cos t + i sin t) (1)
avec k1 , k2 , k3 des réels strictement positifs. Comme m +n +p = 0 et d’après (1) on voit que k1 +k2 +
k3 = 0. On a :
1 1 1
−nz12 − pz23 − mz31 = c (a b − a b) + a (b c − b c) + b (c a − c a) = 0. (2)
2 2 2
Des relations (1) et (2), et puisque cos t + i sin t , 0, il s’ensuit que : k1 z31 + k2 z32 + k3 z23 = 0, ce qui
montre que les points d’affixes z12 , z23 et z31 sont alignés.
Exemple 45 : Théorème de Pascal (1623-1662)

Soit A1 A2 A3 A4 A5 A6 un hexagone quelconque inscrit dans un cercle. On définit les points


B1 , B2 et B3 par :

{B1 } = (A1 A2 ) ∩ (A4 A5 ), {B2 } = (A3 A4 ) ∩ (A6 A1 ), {B3 } = (A2 A3 ) ∩ (A5 A6 ).

Montrer que les points B1 , B2 et B3 sont alignés.

b B2

b B1
B3

A3
b A2
A4 b
b

b
A5 b A1

A6

L’équation complexe de la droite (A1 A2 ) est : z + a1 a2 z = a1 + a2 , et celle de la droite (A4 A5 ) est :


z + a4 a5 z = a4 + a5 . En multipliant la première équation par a4 a5 et la seconde par a1 a2 on déduit
que :
(a + a2 )a4 a5 − (a4 + a5 )a1 a2
z= 1 .
a4 a5 − a1 a2
L’affixe b1 du point B1 = (A1 A2 ) ∩ (A4 A5 ) vérifie donc :
(a1 + a2 )a4 a5 − (a4 + a5 )a1 a2 (a + a2 ) − (a4 + a5 )
b1 = = 1 .
a4 a5 − a1 a2 a 1 a 2 − a4 a5
De même, les points B2 = (A3 A4 ) ∩ (A6 A1 ) et B3 = (A2 A3 ) ∩ (A5 A6 ) ont pour affixes respectives :
(a3 + a4 ) − (a6 + a1 ) (a2 + a3 ) − (a5 + a6 )
b2 = , b3 = .
a 3 a4 − a 6 a 1 a 2 a3 − a5 a 6
248 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Pour montrer que B1 , B2 , B3 sont alignés, il suffit de montrer l’existence de k1 , k2 , k3 ∈ R tels que :

k1 + k2 + k3 = 0 et k1 b1 + k2 b2 + k3 b3 = 0.

Posons u = a1 − a4 , v = a5 − a2 et w = a3 − a6 , alors :
u−v w−u v−w
b1 = , b2 = , b3 = .
a 1 a2 − a4 a 5 a 3 a4 − a6 a 1 a 5 a6 − a2 a 3
Remarquons que

w(a1 a2 − a4 a5 )b1 + v(a3 a4 − a6 a1 )b2 + u(a5 a6 − a2 a3 ) = w(u − v) + v(w − u) + w(v − u) = 0 et

w(a1 a2 − a4 a5 ) + v(a3 a4 − a6 a1 ) + u(a5 a6 − a2 a3 ) = (a3 − a6 )(a1 a2 − a4 a5 )+


+ (a5 − a2 )(a3 a4 − a6 a1 ) + (a1 − a4 )(a5 a6 − a2 a3 ) = 0.

Soit a = cos α + i sin α et b = cos β + i sin β, alors :


 
α−β α +β α−β α+β α−β α +β α+β
a − b = −2 sin sin + 2i sin cos = 2i sin cos + i sin ,
2 2 2 2 2 2 2
d’où
α +β π arg a + argb
arg(a − b) = arg i + = + .
2 2 2
Par suite :

arg(w(a1 a2 − a4 a5 )) = arg w + arg(a1 a2 − a4 a5 ) = arg(a3 − a6 ) + arg(a1 a2 − a4 a5 )


π arg a3 + arga6 π arg(a1 a2 ) + arg(a4 a5 )
= + + +
2 6 2 2
arg a3 + arg a6 arg a1 + arg a2 + arg a4 + arga5
= π+ +
2 2
6
1X
= π+ arg(ak ).
2
k=1

6
1X
De même, on a : arg(v(a3 a4 − a6 a1 )) = arg(u(a5 a6 − a2 a3 )) = π + arg(ak ).
2
k=1
Par conséquent :

w(a1 a2 − a4 a5 ) = r1 e ix , v(a3 a4 − a6 a1 ) = r2 e ix , u(a5 a6 − a2 a3 ) = r3 e ix


6
1X
avec x = π+ arg(ak ). Donc, puisque e ix = cos x+i sin x , 0, on a montré que : r1 b1 +r2 b2 +r3 b3 =
2
k=1
0 et r1 + r2 + r3 = 0, ce qui montre que les points B1 , B2 et B3 sont alignés.

4.16 Problèmes de concourance et nombres complexes


On donne dans ce paragraphe quelques résultats sur la concourance, et dont la technique de
résolution n’utilise que les propriétés des nombres complexes.
Exemple 46

Soit ABC un triangle inscrit dans un cercle de centre O . On note par M, N , P les milieux des
segments [BC], [CA], [AB] respectivement. Les droites (OA), (OB), (OC) coupent les côtés
[N P], [PM], [MN ] en E, F, G respectivement. Montrer que les droites (ME), (N F) et (PG)
sont concourantes.
4.16. PROBLÈMES DE CONCOURANCE ET NOMBRES COMPLEXES 249

C
b

N G
b b b
M

b
b F
E
A b b b
B
P

On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O, alors les affixes m, n et p vérifient
b+c a+c a+b
m= , n= , p= .
2 2 2
EN FP GM n − k1 p
On pose = k1 , = k2 et = k3 , alors on déduit de la première relation que : = e.
EP FM GN 1 − k1
n − k1 p
Puisque les points A, E, O sont alignés, alors e = λ1 a, avec λ ∈ R, par suite = λ1 a et en
1 − k1
n − k1 p
prenant le conjugué = λ1 a, donc (n − k1 p) a = (n − k1 p)a, d’où
1 − k1

ac − ac ab − ab bc −bc
k1 = et de même k2 = , k3 = .
ab − ab bc −bc ac − ac
On a alors : k1 k2 k3 = −1, ce qui permet de conclure, grâce au théorème de Céva, que les droites
(ME), (N F) et (PG) sont concourantes.
Exemple 47

Soit ABC un triangle. On construit extrérieurement sur ses côtés les triangles équilatéraux
ABC1 , BCA1 et CAB1 . Soient U, V , W les milieux respectifs des segments [B1 C1 ], [C1 A1 ]
et [A1 B1 ]. Montrer que les droites passant par U, V , W , et perpendiculaires aux droites
(BC), (CA), (AB) respectivement, sont concourantes.

A1
b
W
b

B1
C
b

b
b
A
b
B
b
V
U

b
C1
250 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

On note les affixes des points A, B, C, A1 , B1 , C1 , U, V , W par a, b, c, a1 , b1 , c1 , α, β, γ respectivement.


Les triangles ABC1 , BCA1 et CAB1 sont équilatéraux, donc :

c1 + jb + j 2 a = 0, a1 + jc + j 2 b = 0, b1 + ja + j 2 c = 0.

De plus, on a :

1h i 1h i
α=− (a + b)j + (a + c)j 2 , β=− (b + c)j + (b + a)j 2 .
2 2
Or, l’équation complexe de la droite passant par le point d’affixe z0 et perpendiculaire à la droite
(BC) est donnée par : (b − c)(z − z0 ) = −(b − c)(z − z0 ). Donc, les équations des droites passant par les
points U, V , W et perpendiculaires aux droites (BC), (CA), (AB) sont données respectivement par :
! !
  a+b a+c 2 a+b a+c 2
b−c z+ j+ j = −(b − c) z + j+ j
2 2 2 2
! !
b+c b+a 2 b+c b+a 2
(c − a) z + j+ j = −(c − a) z + j+ j
2 2 2 2
!
  c+a c+a 2

c+a c+b 2
a−b z+ j+ j = −(a − b) z + j+ j .
2 2 2 2

Il suffit d’additionner les trois équations ci-dessus pour conclure que les trois droites en question
sont concourantes.
Exemple 48

Soient ABC un triangle et (d) une droite dans le plan du triangle. On note par A′ , B′ , C ′ les
symétriques de A, B, C par rapport à (d). Montrer que les droites passant par A′ , B′ , C ′ , et
perpendiculaires à (BC), (CA), (AB) respectivement, sont concourantes.

C
b

B′
b (d)

A
b

b C′
B
b

A′
b

On suppose que l’axe réel est la droite (d). Les affixes des points A, B, C sont notées par a, b, c
respectivement. Les équations complexes des droites passant par A′ , B′ , C ′ , et perpendiculaires
aux droites (BC), (AC) et (AB) respectivement sont données par : (z − a)(b − c) + (b − c)(z − a) = 0,
(z − b)(a − c) + (a − c)(z − b) = 0 et (z − c)(a − b) + (a − b)(z − c) = 0. En sommant ces trois équations on
conclut que les trois droites en question sont concourantes.
Exemple 49

Soit ABC un triangle inscrit dans un cercle de centre O . Soient Oa , Ob et Oc les symé-
triques de O par rapport aux droites (BC), (CA) et (AB) respectivement. Montrer que les
droites (AOa ), (BOb ) et (COc ) sont concourantes au centre du cercle d’Euler du triangle en
question.
4.17. LIEU GÉOMÉTRIQUE 251

Ob
b C
b

Oa
b

b
b
A
O

b
b
Oc B

On suppose que l’origine du plan complexe est située au point O, et notons par a, b, c les affixes
des points A, B, C. On a les relations o + oa = b + c avec oa l’affixe de Oa . De même on trouve que les
affixes de Ob et Oc sont ob = a + c et oc = a + b. L’équation complexe de la droite (AOa ) est donnée
par :
z z 1
a a 1 =0
b+c b+c 1
c’est-à-dire :
z(a − b − c) − z(a − b − c) + a(b + c) − a(b + c) = 0. (1)
a+b+c
L’affixe du centre du cercle d’Euler est donnée par : . Pour montrer que le centre du cercle
2
d’Euler est sur la droite d’équation (1), on doit montrer que son affixe vérifie cette équation. On
a:
a+b+c a+b+c
(a − b − c) − (a − b − c) + a(b + c) − a (b + c) = 0
2 2
est équivalent à :

(a + b + c)(a − b − c) − ( a + b + c )(a − b − c) + 2a( b + c ) − 2 a (b + c) = 0 ⇐⇒ 0 = 0.

On a donc montré que le centre du cercle d’Euler appartient à la droite (AOa ). De même, on
montre qu’il appartient aux droites (BOb ) et (COc ).

4.17 Lieu géométrique


Dans ce paragraphe on donne des exemples de problèmes de lieux géométriques. La résolution
se fait uniquement à l’aide des nombres complexes.
Exemple 50

Soient ABC un triangle équilatéral, et M un point du plan. On note par M1 , M2 , M3 les


projections du point M sur les droites (BC), (CA), (AB) respectivement.
Déterminer le lieu géométrique du point G centre de gravité du triangle M1 M2 M3 .

On suppose que l’origine du plan complexe est située au centre du cercle circonscrit au tri-
angle ABC. On suppose aussi que l’axe réel passe par le point A, et enfin que le rayon du cercle
circonscrit au triangle ABC est égal à 1. Alors, les affixes des points A, B, C sont 1, j, j 2 respective-
ment. Les affixes m1 , m2 , m3 des points M1 , M2 , M3 sont données par :

1+j +jm j + j2 + m − m j2 + 1 + m − j2 m
m1 = , m2 = , m3 = ,
2 2 2
où m est l’affixe du point M. L’affixe g du centre de gravité G est donnée par :

m1 + m2 + m3 1 + j + j 2 + j + j 2 + 1 + 3m − m (1 + j + j 2 ) m
g = = = .
3 6 2
252 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

1
D’où OG = OM. Donc, lorsque M parcourt l’intérieur du triangle ABC, le point G parcourt
2
l’intérieur d’un triangle semblable à ABC et dont les côtés sont parallèles à ceux de ABC, et les
longueurs de ses côtés sont égales à la moitié de celles des côtés de ABC. Les deux triangles ont le
même centre.

Exemple 51

On considère deux cercles de centres O1 et O2 (avec O1 , O2 ) et de rayons R1 et R2 res-


pectivement. Soient A un point du premier cercle, et B un point du second cercle tel que
(O1 A) (O2 B).
Quel est le lieu géométrique du point C tel que ABC est un triangle équilatéral ?

On suppose que l’axe réel est la droite (O1 O2 ). Posons O1 O2 = d > 0, alors les affixes de A
et B sont données respectivement par : R1 (cos α + i sin α) et R1 (cos α + i sin α) + d. Soient a, b, c les
affixes des points A, B, C, pour former un triangle équilatéral on doit avoir : a + bj + cj 2 = 0 ou bien
c + bj 2 + aj = 0. On a : c + R2 (cos α + i sin α)j 2 + dj 2 + R1 (cos α + i sin α) = 0, on trouve alors :

c + dj 2 = −R2 (cos α + i sin α)j 2 − R1 (cos α + i sin α)j c + dj 2 = −(cos α + i sin α)j(R1 + R2 j).

Donc : c + dj 2 = |−(cos α + i sin α)j(R1 + R2 j)| = |R1 + R2 j| = constante.


D’où le lieu géométrique du point C est le cercle de rayon |R1 + R2 j| et de centre le point d’affixe
−dj 2 dans le cas où on prend l’orientation du triangle ABC. Dans le cas où on prend l’orientation
du triangle ACB on a la relation c + aj 2 + bj = 0, ce qui donne :

c + R1 (cos α + i sin α)j 2 + R2 (cos α + i sin α)j + dj = 0,

d’où |c + dj| = |R1 j + R2 |, alors dans ce cas le lieu géométrique du point C est le cercle de rayon
|R1 j + R2 | et de centre le point d’affixe −dj. Il résulte donc que le lieu géométrique est formé de
deux cercles.

Exemple 52

Sur les côtés [CA] et [AB] d’un triangle ABC on place les points M et N tels que :

MC NA
= =k
MA NB
où k est un nombre réel. Soit P un point fixe dans le plan du triangle. Déterminer le lieu
géométrique du centre de gravité du triangle MN P lorsque k varie.

c − ka
Soient a, b, c, m, n, p les affixes respectives des points A, B, C, M, N , P , alors on a : m = et
1−k
a − kp
n= . Notons G1 , G2 les centres de gravité des triangles ABP et ACP respectivement, et G le
1−k
centre de gravité du triangle MN P, alors en notant g1 , g2 , g les affixes respectives on a :

m+n+p c − ka a − kb c + a + p k(a + b + p) g2 − g1 k
g = = + = − = .
3 3(1 − k) 3(1 − k) 3(1 − k) 3(1 − k) 1−k

c−b
Comme G1 et G2 sont des points fixes, alors G décrit le segment [G1 G2 ]. Or, g2 − g1 = , donc
3
le segment [G1 G2 ] est parallèle à (BC). En conclusion, le lieu géométrique du centre de gravité du
triangle MN P est un segment parallèle à (BC).
4.18. EXERCICES 253

4.18 Exercices

Exercice 1

1 Déterminer les équations complexes des médiatrices d’un triangle ABC dont les
sommets ont pour affixes les nombres complexes a, b, c respectivement.
2 Déterminer l’affixe du centre du cercle circonscrit.

Solution.
➀ La médiatrice ∆C du segment [AB] est l’ensemble des points équidistants de A et B et
a donc pour équation |z − a| = |z − b|, c’est-à-dire (z − a)(z − a) = (z − b)(z − b), soit en
développant :  
b − a z + (b − a) z + a a − b b = 0.
 
Par permutation circulaire, l’équation de ∆A est : c − b z + (c − b) z + c c − b b = 0.
➁ En multipliant l’équation de ∆C par (c − b), et celle de ∆A par (a − b) et en ajoutant on
trouve l’affixe z du centre du cercle circonscrit :

a a(b − c) + b b(c − a) + c c(a − b)


z=    .
c b − b c + (a c − c a ) + b a − a b

Exercice 2

Soient ABC un triangle non aplati et ABC ′ , BCA′ , CAB′ des triangles construits extérieu-
rement à ABC et tels qu’ils sont directement semblables entre eux. Montrer que A′ B′ C ′
possède le même centre de gravité que ABC.

Solution. Puisque les triangles ABC ′ , BCA′ , CAB′ sont directement sembles entre eux alors il
existe k ∈ C∗ tel que : 

 c ′ − b = k(c ′ − a)


 ′

 a − c = k(a′ − b)

 ′
 b − a = k(b ′ − c).
Alors, par addition on déduit que 3g ′ − 3g = k(3g ′ − 3g), et donc g ′ = g, ce qui donne G = G ′ .
Remarquons que k , 1 car sinon a = b = c.

Exercice 3

Soient ABC un triangle non aplati. Les points B1 et C2 partagent le segment [BC] en trois
segments de même longueur avec B1 plus proche de B que de C. On définit de même les
points A1 , B2 et A2 , C1 . On construits les points A′ , B′ , C ′ extérieurement à ABC de sorte
que les triangles B1 C2 A′ , C1 A2 B′ et A1 B2 C ′ soient équilatéraux. Montrer que le triangle
A′ B′ C ′ est équilatéral.

Solution. Le triangle A′ C2 B1 est équilatéral direct donc A′ est l’image de B1 par la rotation de
centre C2 et d’angle 60◦ . Ainsi :
π
a′ − c2 = e i 3 (b1 − c2 ) = −j 2 (b1 − c2 ) ou encore a′ = −j 2 b1 − jc2 .

2b + c b + 2c
Comme b1 = et c2 = , on déduit que :
3 3

3a′ = (−j − 2j 2 )b + (−2j − j 2 )c = (2 + j)b + (1 − j)c.


254 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

On obtient des relations similaires pour b ′ et c ′ :

3b ′ = (2 + j)c + (1 − j)a, 3c ′ = (2 + j)a + (1 − j)b.

En multipliant ces trois dernières équations respectivement par 1, j, j 2 et en sommant on a :


 
3 a′ + jb ′ + j 2 c ′ = (1 + j + j 2 )(a + b + c) = 0.

En conclusion, A′ B′ C ′ est un triangle équilatéral.

Exercice 4

Soient ABC un triangle non aplati, et A′ , B′ , C ′ des points construits extérieurement à ABC
de sorte que les triangles BCA′ , CAB′ , ABC ′ soient rectangles isocèles.
1 Montrer que les droites (AA′ ) et (B′ C ′ ) sont perpendiculaires, et que AA′ = B′ C ′ .
2 En déduire que les droites (AA′ ), (BB′ ), (CC ′ ) sont concourantes.

Solution.

b
B′ C
b
A′
b

b A B
b b

C′ b

➀ B est l’image de C par la rotation de centre A′ et d’angle 90◦ , c’est équivalent successive-
ment à :
π b − ic
b − a′ = e i 2 (c − a′ ) ⇐⇒ b − a′ = i(c − a′ ) ⇐⇒ a′ = .
1−i
c − ia a − ib
De même on obtient b ′ = et c ′ = . Par conséquent :
1−i 1−i
b − ic + i(1 + i)a b − ic
i(c ′ − b ′ ) = = − a = a′ − a.
1−i 1−i
# » # »
Ceci montre que AA′ est l’image de B′ C ′ par la rotation d’angle 90◦ , ainsi (AA′ ) ⊥ (B′ C ′ )
et AA′ = BC ′ .
➁ D’après la première question, les droites (AA′ ), (BB′ ) et (CC ′ ) sont les hauteurs du tri-
angle A′ B′ C ′ , par suite elles sont concourantes.

Exercice 5

Soit ABCDEF un hexagone inscrit dans un cercle C(O, R) de sorte que AB = CD = EF =


R. Montrer que les milieux P, Q, R des segments [BC], [DE], [FA] respectivement sont les
sommets d’un triangle équilatéral.

Solution. Comme b = −ja, d = −jc et f = −je (avec −j = e iπ/3 ), et puisque 2p = b + c, 2q =


4.18. EXERCICES 255

d + e, 2r = f + a, alors on déduit que :

2(q − p) = d + e − b − c = −jc + e + ja − c = ja + j 2 c + e,
2(r − p) = f + a − b − c = −je + a + ja − c = −j 2 a − c − je.

On a donc (r − p) = −j(q − p) ce qui prouve que PQR est un triangle équilatéral.

Exercice 6

Sur les côtés d’un triangle quelconque ABC, et à l’extérieur de celui çi, on construit trois
carrés BCB′ C ′′ , CAC ′ A′′ , ABA′ B′′ dont les milieux respectifs sont P, Q, R. Montrer que les
droites (AP), (BQ) et (CR) sont les hauteurs de PQR et que : AP = QR, BQ = RP et CR = PQ.

Solution.
B′′
b

C′
b

A′ R A
b b b
Q
b
A′′
b

b b
B C

C ′′ b b B′

# » #»
Le vecteur CB′ est directement orthogonal à CB, donc b ′ − c = i(b − c). Comme P est le milieu
de [BB′ ] alors on a :

2p = b + b ′ = b + c + i(b − c) = b(1 + i) + c(1 − i).

De même on a : 2q = c(1+i)+a(1−i) et 2r = a(1+i)+b(1−i). Par suite : 2(q −r) = −2ia −b(1−i)+


c(1+i), et de même 2(a−p) = 2a−b(1+i)−c(1−i) = 2i(q−r). Ainsi, [AP] et [QR] sont orthogonaux
et de même longueur. On fait de même pour les segments [BQ], [RP] et [CR], [PQ].

Exercice 7

Sur chaque côté d’un parallélogramme ABCD, on construit extérieurement un carré.


Montrer que les centres O1 , O2 , O3 , O4 de ses quatre carrés forment les sommets d’un autre
carré.

Solution. On suppose, sans perte de généralité, que le centre du plan complexe est le point
d’intersection des diagonales du parallélogramme. Soient a, b, −a, −b les affixes respectives de
b + ai
A, B, C, D. D’après la formule de la rotation on a : b = zO1 + (a − zO1 )(−i), i.e., zO1 = . De
1+i
même on déduit que :

a − bi −b − ai −a + bi
z O2 = , z O3 = et z O4 = .
1+i 1+i 1+i
z O2 − z O1 a − bi − b − ai π
Par conséquent : O\
4 O1 O2 = arg = arg = arg i = ,
z O4 − z O1 −a + bi − b − ai 2
z O4 − z O3 −a + bi + b + ai π
donc O1 O2 = O1 O4 . De plus : O\
2 O3 O4 = arg = arg = arg i = ,
z O2 − z O3 a − bi + b + ai 2
donc O3 O4 = O3 O2 . En conclusion, O1 O2 O3 O4 est un carré.
256 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exercice 8

Sur les côtés [AB] et [BC] d’un triangle ABC, on construit extérieurement deux triangles
équilatéraux ABN et ACM. On note par P, Q, R les milieux des segments [BC], [AM], [AN ]
respectivement. Montrer que PQR est un triangle équilatéral.

Solution. On suppose que le centre du plan complexe est situé au point A. La rotation de
centre A et d’angle 60◦ envoie les points N et C vers les points B et M respectivement. Donc,
en posant ω = cos 60◦ + i sin 60◦ , on a : b = n ω et m = c ω. Par suite :

b+c m cω n b b ω5 b ω2
p= , q= = , r= = = =− .
2 2 2 2 2ω 2 2
Il suffit d’observer que p 2 +q 2 +r 2 = pq+qr+rp pour conclure que le triangle PQR est équilatéral.

Exercice 9

Sur les côtés [AB] et [AC] d’un triangle ABC, on construit extérieurement les carrés ABDE
et ACFG. On note par M le milieu du segment [BC].
Montrer que (AM) et (EG) sont perpendiculaires et que EG = 2 AM.

Solution. On suppose, sans perte de généralité, que le centre du plan complexe est situé au
b+c
point A. Alors, on a : g = ci, e = −bi, m = et par conséquent :
2
m−a −(b + c) i 1
= = ∈ iR∗ et |m − a| = |e − g|.
g −e 2i(b + c) 2 2

Donc, (AM) ⊥ (EG) et 2AM = EG.

Exercice 10

Sur les côtés [AB] et [AD] du triangle ABD, on construit extérieurement les carrés ABEF
et ADGH de centres respectifs O et Q. On note par M le milieu du segment [BD].
Montrer que OMQ est un triangle rectangle et isocèle.

a − zO d − zQ
Solution. D’après la formule de la rotation on a : = = i, d’où
b − zO a − zQ

b + a + (a − b)i a + d + (d − a)i
zO = et zQ = .
2 2
b+d
L’affixe zM du point M milieu de [BD] est égale à , par suite :
2
zO − zM a − d + (a − b)i
= = i.
zQ − zM a − b + (d − a)i

Par conséquent (QM) ⊥ (OM) et OM = QM.

Exercice 11

Soient ABCD un carré de centre O, et M, N les milieux respectifs des segments [BO] et
[CD]. Montrer que AMN est un triangle rectangle et isocèle.
4.18. EXERCICES 257

Solution. On suppose que le centre du plan complexe est situé en O de sorte que les affixes
de A, B, C, D soient égales respectivement à 1, i, −1, −i. Les affixes de M et N sont données par
i −1 − i
m = et n = . Par suite :
2 2

a−m 1 − 2i 2−i
= = = i.
n−m −1−i
− i −1 − 2i
2 2

Donc (AM) ⊥ (MN ) et AM = N M.

Exercice 12

Sur les côtés du quadrilatère convexe ABCD on construit extérieurement les triangles
équilatéraux ABM, BCN , CDP et DAQ.
Montrer que les quadrilatères ABCD et MN PQ ont le même centre de gravité.

Solution. Comme les triangles ABM, BCN , CDP et DAQ sont équilatéraux alors on a :

m + bj + aj 2 = 0, n + cj + bj 2 = 0, p + dj + cj 2 = 0, q + aj + dj 2 = 0.

En sommant ces relations on trouve : m + n + p + q + (a + b + c + d) · (j + j 2 ) = 0. Or, j + j 2 = 0 − 1,


donc m + n + p + q = a + b + c + d, ce qui permet de conclure.

Exercice 13

Sur les côtés [AB] et [AC] d’un triangle ABC on construit extérieurement les triangles
équilatéraux ABN et ACM. On note par P, Q, R les milieux respectifs des segments
[BC], [AM], [AN ]. Montrer que le triangle PQR est équilatéral.

Solution.
M
b

Q
b
N
R
b b b

b b b
B C
P

On suppose que l’origine du plan complexe est située au point A, alors puisque ABN et ACM
sont des triangles équilatéraux on a :

n + bj + 0 · j 2 = 0 et m + j · 0 + rj 2 = 0.

Par suite n = −bj et m = −cj 2 . De plus, on a :

b+c a + m 0 − cj 2 −cj 2 a + n 0 − bj −bj


p= , q= = = , r= = = .
2 2 2 2 2 2 2
Finalement, PQR est équilatéral si, et seulement si p + qj + rj 2 = 0, c’est-à-dire :
! !
b+c −cj 2 −bj 2
+ j+ j = 0,
2 2 2

qui est vraie puisque j 3 = 1.


258 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exercice 14

Soit ABCD un quadrilatère convexe. On note par M et N les milieux respectifs des dia-
gonales [AC] et [BD]. Les milieux respectifs des segments [AN ], [MB], [N C] et [MD] sont
notés P, N , S et T . Montrer que PRST est un parallélogramme.

a+c b+d
Solution. Les affixes de M et N sont données par et respectivement. Les affixes des
2 2
points P, R, S et T sont données respectivement par

2a + b + d a + 2b + c b + 2c + d a + c + 2d
, , , .
2 4 4 4
On a clairement
2a + b + d b + 2c + d a + 2b + c a + c + 2d
+ = + ,
4 4 4 4
donc les segments [PS] et [RT ] ont le même milieu, ce qui permet de déduire que PRST est
un parallélogramme.

Exercice 15

Soient ABC un triangle, et A′ , B′ , C ′ des points des côtés BC, AC, AB respectivement tels
que :
BA′ CB′ AC ′

= ′ = ′ = k.
AC BA CB
′ ′ ′
Montrer que les triangles ABC et A B C ont le même centre de gravité.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au point G centre de gravité
du triangle ABC, alors : a + b + c = 0. Les affixes a′ , b ′ , c ′ des points A′ , B′ , C ′ sont données
respectivement par :

a + bk b + ck c + ak
a′ = , b′ = , c′ = .
1+k 1+k 1+k
a′ + b ′ + c ′ a+b+c
On a clairement : = = 0, ce qui montre que le centre de gravité G ′ du
3 3
triangle A′ B′ C ′ est le même que G centre de gravité de ABC.

Exercice 16

On considère, dans le plan, les carrés ABCD, AB1 C1 D1 et A2 B2 CD2 . Soit M le milieu du
segment [B1 B2 ]. Montrer que :
1 D1 D2 = 2 BM.
2 (D1 D2 ) ⊥ (BM).

Solution.
➀ On suppose que l’origine du plan complexe est située au point A. Soient a, a + x, a + y les
affixes des points B, D1 , D2 ; et c, b1 , b2 les affixes des points C, B1 , B2 . Le segment [CB] est
obtenu à partir de [AB] par une rotation d’angle 3π/2, donc c − b = −i(0 − a), ce qui donne
c = a + ai. De même on a : b2 − c = i(d2 − c) =⇒ b2 = 2a + ia + ix et b1 − 0 = −i(d1 − 0) =⇒
2a + i(x − y)
b1 = −i(a + y). L’affixe m du point M, milieu de [B1 B2 ], est donnée par m = .
2
Par suite :
i(x − y) |x − y|
BM = a − a − = et D1 D2 = a + x − a − y = |x − y|.
2 2
4.18. EXERCICES 259

Par conséquent D1 D2 = 2 BM.

➁ On a :
2a−i(b−c)
b−m a− 2 −i(b − c) i
= = = ,
d1 − d2 a+c−a−b 2(c − b) 2
b−m π
ce qui donne arg = , et ainsi (D1 D2 ) ⊥ (BM).
d1 − d2 2

B2
b

D C
b b

A2
b
M
b
b

D2
A b b

B
B1 b
b D1

C1

Exercice 17

Sur les côtés [AB] et [AC] d’un triangle ABC on considère les points M et N tels que :

MB N C
+ = 1.
MA N A
Montrer que les points M, N et G sont alignés, où G est le centre de gravité du triangle
ABC.

MB
Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au point A. On pose = p1
MA
NC
et = p2 avec p1 , p2 des réels strictement positifs et vérifiant p1 + p2 = 1. Les affixes m, n et
NA
g des points M, N et G sont données par :

b c b+c
m= , n= , g = .
1 + p1 1 + p2 3

Soit p1 = k, alors p2 = 1 − k, il résulte que

b c
m= , n= .
1+k 2−k
En prenant k1 = 1 + k; k2 = −3; k3 = 2 − k on obtient : k1 m + k2 g + k3 n = 0 et k1 + k2 + k3 = 0, d’où
les points M, G et N sont alignés.

Exercice 18 : Théorème de Clifford (1845-1879)

Montrer que, si trois cercles de même rayon ρ et de centres P, Q, R passent par un même
point O, les trois autres points A, B, C en lesquels ils se coupent sont sur un cercle de même
rayon ρ. Montrer que O est l’orthocentre de ABC et que ABC et PQR sont symétriques par
rapport à un point.
260 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Solution.

A Q
b
b

O
R b b
b C

b
P
b

On suppose, sans perte de généralité, que l’origine du plan complexe est en O. L’égalité des
rayons montre que ORAQ, ORBP et OPCQ sont des losanges, donc a = q + r, b = r + p, c = p + q.
Le point Ω d’affixe ω = p + q + r est centre d’un cercle de rayon ρ passant par les points A, B, C,
en effet :
|ω − a| = |p| = ρ, |ω − b| = |q| = ρ, |ω − c| = |r| = ρ.
Les droites (OA) et (BC) sont perpendiculaires car :
# » #»
OA · BC = ℜ (a(c − b)) = ℜ ((q + r)(q − r)) = ℜ (q q − r r + q r − r q) .

Or, q q = r r = ρ 2 , donc a(c − b) = q r − r q est imaginaire pur, sa partie réelle est nulle.
On montre de même que les droites (OB) et (CA) sont perpendiculaires, d’où O est l’ortho-
centre du triangle ABC. Finalement, on vérifie facilement par les affixes que les triangles ABC
et PQR sont symétriques par rapport au point I(ω/2).

Exercice 19

Soient ABC un cercle et C son cercle circonscrit. On considère les symétriques de C par
rapport aux droites (AB), (AC) et (BC). On obtient trois nouveaux cercles CAB , CAC et CBC
de même rayon que C. Montrer que ces trois nouveaux cercles se coupent en un point
commun.

Solution. On suppose, sans perte de généralité, que C est le cercle unité. Soit O ′ le centre du
cercle CAB , alors O ′ est le symétrique de O par rapport à (AB), d’où o ′ = a + b car les segments
[OO ′ ] et [AB] se coupent mutuellement en leurs milieux. De même, les centres des cercles CAC
et CBC ont pour affixes respectives a + c et b + c. On doit montrer qu’il existe un point Z qui
appartient à ces trois cercles, c’est-à-dire :

|z − (a + b)| = |z − (a + c)| = |z − (b + c)| = 1.

On voit facilement que l’orthocentre du triangle ABC, i.e., z = h = a+b+c vérifie les 3 équations.
En conclusion, les cercles CAB , CAC et CBC se coupent à l’orthocentre du triangle ABC.

Exercice 20

Soient A1 , A2 , A3 les milieux des segments [W2 W3 ], [W3 W1 ], [W1 W2 ] respectivement.


Pour i ∈ J1, 3K, on trace la droite passant par Ai et perpendiculaire à la tangente en Wi
au cercle circonscrit au triangle W1 W2 W3 . Montrer que ces trois droites, ainsi construites,
sont concourantes.

Solution. On suppose, sans perte de généralité, que le cercle circonscrit au triangle W1 W2 W3
est de rayon 1. La perpendiculaire à la tangente au cercle en W1 et passant par A1 w2 +w 2
3
a
4.18. EXERCICES 261

pour équation :
w2 + w3 w + w3
z − w12 z = − w12 2 .
2 2
Comme w1 w1 = 1, alors le membre de droite de l’équation ci-dessus est égal à :

w1 + w2 + w3 w + w2 + w3
− w12 1 .
2 2
w1 + w2 + w3
Il est facile de voir que le point N d’affixe appartient à cette droite (il vérifie
2
l’équation ci-dessus). Puisque l’expression définissant N est symétrique en w1 , w2 , w3 alors ce
point appartient aussi aux deux autres droites. En conclusion, les trois droites se coupent au
point N qui est le centre du cercle des neuf points du triangle W1 W2 W3 .

Exercice 21

Soit M un point du cercle circonscrit au quadrilatère cyclique ABCD. Montrer que

d(M, AB) · d(M, CD) = d(M, BC) · d(M, DA) = d(M, AC) · d(M, BD),

où d(M, XY ) désigne la distance du point M à la droite (XY ).

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au centre du cercle circonscrit
au quadrilatère ABCD. Si M1 est le pied de la perpendiculaire à (AB) issue de M, alors on a :

m − ab m + a + b
z M1 =
2
et par suite, comme m m = 1, on a :

m − ab m + a + b (m − a)(m − b)
d(M, AB) = |m − m1 | = m − = .
2 2m
De même on a :
(m − b)(m − c) (m − c)(m − d) (m − d)(m − a)
d(M, BC) = , d(M, CD) = , d(M, DA) =
2m 2m 2m
(m − a)(m − c) (m − b)(m − d)
d(M, AC) = , d(M, BD) = .
2m 2m

En conclusion, on a : d(M, AB) · d(M, CD) = d(M, BC) · d(M, DA) = d(M, AC) · d(M, BD).

Exercice 22 : Théorème de Gheorghe Ţiţeica (1873-1939)

Trois cercles C1 (O1 , r), C2 (O2 , r) et C3 (O3 , r) ont un point commun O. Les cercles C1 et C2 , C2
et C3 , C3 et C1 se coupent une autre fois en A, B, C respectivement.
Montrer que le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC est égal à r.
Remarque : ce théorème a été montré par Ţiţeica en 1908, et a été redécouvert en 1916 par
Roger A. Johnsson : A circle theorem, American Mathematical Monthly 23, pages 161-162.

Solution. On suppose que le centre du plan complexe est situé au point O, et notons par
z1 , z2 , z3 les affixes des centres O1 , O2 , O3 respectivement. Alors les affixes des points A, B, C
sont données par z1 + z2 , z2 + z3 , z3 + z1 , et par suite :

AB = |(z1 + z2 ) − (z2 + z3 )| = |z1 − z3 | = O1 O3 .

De même, on a BC = O1 O2 et AC = O2 O3 . Ainsi, les triangles ABC et O1 O2 O3 sont semblables,


leurs rayons des cercles circonscrits sont égaux. Puisque OO1 = OO2 = OO3 = r, les rayons des
cercles circonscrits aux triangles O1 O2 O3 et ABC sont égaux tous les deux à r.
262 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

A
b

b C

O
b

Exercice 23

Les côtés [AB], [BC] et [CA] d’un triangle ABC sont divisés en trois segments égaux par les
points M, N ; P, Q et R, S respectivement :

AM = MN = N B, BP = PQ = QC et CR = RS = SA.

On construit, extérieurement au triangle ABC, trois triangles équilatéraux MN D, PQE et


RSF. Montrer que DEF est un triangle équilatéral.

Solution. Le point D est l’image de M par la rotation de centre N et d’angle 60◦ , donc d =
a + 2b + (a − b)ω
n + (m − n)ω = où ω = cos 60◦ + i sin 60◦ . De même on a :
3
b + 2c + (b − c)ω c + 2a + (c − a)ω
e = q + (p − q)ω = et f = s + (r − s)ω = .
3 3
Puisque
h i
ω b + c − 2a + (c + a − 2b)(−ω 2)
f −d c + a − 2b + (b + c − 2a)ω
= = =ω
e−d 2c − a − b + (2b − a − c)ω 2c − a − b + (2b − a − c)ω

[ = 60◦ et FD = FE, par conséquent DEF est un triangle équilatéral.


alors FDE

Exercice 24

Sur les côtés d’un triangle ABC on construit extérieurement les carrés ABMM ′ , ACN N ′ et
BCPP ′ . Soient A′ , B′ et C ′ les milieux respectifs des segments [M ′ N ′ ], [P ′ M] et [PN ].
Montrer que les triangles ABC et A′ B′ C ′ ont le même centre de gravité.

Solution. D’après la formule de la rotation on a : n′ = a + (c − a)i et m′ = a + (b − a)(−i), d’où


m′ + n′ 2a + (c − b)i 2b + (a − c)i ′ 2c + (b − a)i
a′ = = , et de même : b ′ = ,c = . Les triangles ABC
2 2 2 2 ′ ′ + c′
a + b + c a + b
et A′ B′ C ′ ont le même centre de gravité si, et seulement si, = . Or, on a :
3 3
2a + 2b + 2c + (c − b + a − c + b − a)i
a′ + b ′ + c ′ = = a + b + c,
2
ce qui permet de conclure.
4.18. EXERCICES 263

Exercice 25

Sur les côtés [AB] et [CD] du parallélogramme ABCD on construit extérieurement les
triangles équilatéraux ABE et CDF.
Sur les côtés [AD] et [BC] on construit extérieurement deux carrés de centres G et H.
Montrer que EHFG est un parallélogramme.

Solution. Comme ABCD est un parallélogramme alors a + c = b + d. Les rotations d’angle 90◦
et de centres respectifs G et H envoient les points A et C vers D et B, par suite d − g = (a − g)i
et b − h = (c − h)i, ce qui donne :

d − ai b − ci
g = et h= .
1−i 1−i
Les rotations d’angle 60◦ et de centres respectifs E et F envoient les points B et D vers A et C,
par suite a − e = (b − e) ω et c − f = (d − f ) ω avec ω = cos 60◦ + i sin 60◦ . D’où :

a −bω c−dω
e= et f = .
1−ω 1−ω
Or, on a
d + b − (a + c)i (a + c) − (a + c)i
g +h = = = a+c et
1−i 1−i
a + c − (b + d)ω a + c − (a + c)ω
e+f = = = a + c,
1−ω 1−ω
ce qui permet de conclure que EHFG est un parallélogramme.

Exercice 26

Soient ABC un triangle rectangle en C, et D le pied de la hauteur issue de C. On note par


M et N les milieux respectifs des segments [DC] et [BD].
Montrer que les droites (AM) et (CN ) sont perpendiculaires.

a−d 0−d
Solution. Les triangles ABC et CDB sont directement semblables, donc = , i.e., d =
d −0 d −b
ab d ab b + d 2ab + b 2
. Donc, m = = et n = = . Par conséquent :
a+b 2 2(a + b) 2 2(a + b)
ab
−a  
m−a 2(a+b) a π
arg = arg = arg − = .
n−0 2ab+b2 b 2
2(a+b)

En conclusion, (AM) et (CN ) sont perpendiculaires.

Exercice 27

Soit B un point du segment [AC] différent de A et de C. On construit, du même côté de la


droite (AC), deux triangles équilatéraux ABE et BCF. On note M et N les milieux respectifs
des segments [AF] et [CE]. Montrer que BMN est un triangle équilatéral.

Solution. Le point E est l’image de B par la rotation de centre A et d’angle 60◦ , donc e =
a + (b − a) ω avec ω = cos 60◦ + i sin 60◦ . De même, on a : f = b + (c − b) ω. Les affixes de M et N
sont données par :

a + b + (c − b) ω c + a + (b − a) ω
m= et n= .
2 2
264 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

m−b
Il suffit de montrer que = ω, en effet on a : m−b = (n−b) ω si et seulement si a−b+(c−b) ω =
n−b
2
(c + a − 2b) ω + (b − a) ω , c’est-à-dire a − b = (a − b) ω + (b − a)(ω − 1), ce qui permet de conclure.

Exercice 28
On considère dans le plan les trois triangles équilatéraux OAB, OCD et OEF. Montrer que
les milieux des segments [BC], [DE] et [FA] forment les sommets d’un triangle équilatéral.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O, et que les triangles
OAB, OCD, OEF sont directs. On a : b = a ω, d = c ω, f = e ω avec ω = cos 60◦ + i sin 60◦ . D’où

b + c aω + c d +e cω+e f +a eω+a
m= = , n= = , p= = .
2 2 2 2 2 2
Le triangle MN P est équilatéral si, et seulement si : m + j n + j 2 p = 0 avec j = cos 120◦ +
i sin 120◦ = ω 2 . Or, on a :
1
m + ω2 n + ω4p = m + ω2 n − ω p = (a ω + c − c + e ω 2 − e ω 2 − ω a) = 0,
2
ce qui permet de conclure.

Exercice 29
Soit ABC un triangle tel que :
AB2 + AC 2 = 5 BC 2 .
Montrer que les médianes issues de B et de C sont perpendiculaires.

Solution. La condition AB2 + AC 2 = 5BC 2 s’écrit |b − a|2 + |c − a|2 = 5|c − b|2 , c’est-à-dire

(b − a) · (b − a) + (c − a) · (c − a) = 5(c − b) · (c − b),

c’est équivalent à : c 2 − 2a · c + a2 + b 2 − 2a · b + a2 = 5c 2 − 10b · c + 5b 2 , i.e.

2a2 − 4b 2 − 4c 2 − 2a · b − 2a · c + 10b · c = 0.

Par suite a2 − 2b 2 − 2c 2 − a · b − a · c + 5b · c = 0, i.e., (a + c − 2b) · (a + b − 2c) = 0, donc


  !
a+c a+b
−b · − c = 0.
2 2

Ainsi, les médianes issues de B et de C sont perpendiculaires.

Exercice 30

Sur les côtés BC, CA et AB d’un triangle ABC on place les points A′ , B′ et C ′ tels que :

A′ B B′ C C′A
= = = k.
A′ C B′ A C′B
Sur les segments [B′ C ′ ], [C ′ A′ ] et [A′ B′ ] on place les points A′′ , B′′ et C ′′ tels que

A′′ C ′ C ′′ B′ B′′ A′
′′ ′
= ′′ ′ = ′′ ′ = k.
A B C A B C
Montrer que les triangles ABC et A′′ B′′ C ′′ sont semblables.
4.18. EXERCICES 265

b − kc ′ c − ka ′ a − kb ′′ c ′ − kb ′ (1 + k 2 )a − k(b + c)
Solution. On a clairement a′ = ,b = ,c = ,a = = ,
1−k 1−k 1−k 1−k (1 − k)2
et
a′ − kc ′ (1 + k 2 )b − k(a + c) b ′ − ka′ (1 + k 2 )c − k(b + a)
b ′′ = = , c ′′ = = .
1−k (1 − k)2 1−k (1 − k)2
Par conséquent :
c ′′ − a′′ (1 + k 2 )(c − a) − k(a − c) c−a
= 2
= ,
′′
b −a ′′ (1 + k )(b − a) − k(a − b) b−a
ce qui montre que les triangles ABC et A′′ B′′ C ′′ sont semblables.

Exercice 31

Soit ABCD un quadrilatère inscrit dans le cercle C(O, R). Donner une condition nécessaire
et suffisante pour que :
AB2 + BC 2 + CD 2 + DA2 = 8R2 . (1)

Solution. On se propose de montrer que la relation (1) est vraie si, et seulement si, les droites
(AC) et (BD) sont perpendiculaires ou bien l’une des diagonales est un diamètre du cercle C.
a+c
Notons par E et F les milieux des diagonales [AC] et [BD], leurs affixes sont données par
2
b+d
et respectivement. En utilisant les produits scalaires la relation (1) est équivalente à :
2

(b − a) · (b − a) + (c − b) · (c − b) + (d − c) · (d − c) + (a − d) · (a − d) = 8R2 ,

c’est-à-dire : 2 a · b + 2 b · c + 2 c · d + 2 d · a = 0.
Cette dernière relation est équivalente à : b · (a + c) + d · (a + c) = 0, i.e., (b + d) · (a + c) = 0. Donc,
b+d a+c
· = 0, ce qui donne OE ⊥ OF ou E = O ou F = O. D’où, les droites (AC) et (BD) sont
2 2
perpendiculaires ou bien l’une des diagonales AC et BD est un diamètre du cercle C.

Exercice 32

Soit ABCD un quadrilatère, et considérons les rotations R1 , R2 , R3 , R4 de centres A, B, C, D,


d’angle θ et de même orientation. On note par M, N , P, Q les images des points A, B, C, D
par les rotations R2 , R3 , R4 , R1 respectivement.
Montrer que les milieux des diagonales des quadrilatères ABCD et MN PQ sont les som-
mets d’un parallélogramme.

Solution. D’après la formule de la rotation on a :

m = b + (a − b) ω, n = c + (b − c) ω, p = d + (c − d) ω, q = a + (d − a) ω

où ω = cos θ + i sin θ. Si E, F, G et H sont les milieux des diagonales [BD], [AC], [MP] et [N Q]
respectivement alors :

b+d a+c b + d + (a + c − b − d) ω a + c + (b + d − a − c) ω
e= , f = , g= , h= .
2 2 2 2
Puisque e + f = g + h, il s’ensuit que EGFH est un parallélogramme.

Exercice 33
Soit M un point à l’intérieur d’un parallélogramme ABCD. Montrer que

MA · MC + MB · MD ≥ AB · BC.
266 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est situé au centre du parallélogramme,
alors c = −a et d = −b. On doit montrer que

|m − a| · |m + a| + |m − b| · |m + b| ≥ |a − b| · |a + b|,

c’est-à-dire : m2 − a2 + m2 − b 2 ≥ a2 − b 2 . Cette inégalité découle clairement de l’inégalité


triangulaire.

Exercice 34 : (Proposé à l’OIM, 1982)

[ = PBC.
Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC tel que : PAC [ Soient L et M les
projections orthogonales de P sur les côtés [BC] et [CA] respectivement. D est le milieu du
segment [AB]. Montrer que DL = DM.

Solution.

b
A

D b

B P M
b b
b

L C
b

BL AM
Remarquons que les triangles PAM et PBL sont semblables, d’où = = k. Le segment
PL PM ◦
[BL] est obtenu à partir du segment [PL] par la rotation de centre L, d’angle 90 et l’homothétie
de rapport k, donc :
1−b
= ki. (1)
1−p
Le segment [PM] est obtenu à partir du segment [AM] par la rotation de centre M, d’angle 90◦
1
et l’homothétie de rapport , donc :
k
m−a
= k(−i). (2)
m−p
Des relations (1)-(2) on déduit que :
b + kip a + kip
l= et m= .
1 − ki 1 + ki
Maintenant on a :
! ! ! !
2 a+b a+b a + kip a + b a − ki p a + b
DM = m − m− = − −
2 2 1 − ki 2 1 + ki 2
! ! 2
aa a+b a+b kip a kia p k pp
= + + − + .
1 + k2 2 2 1 + k2 1 + k2 1 + k2
! ! ! !
2 a+b a+b b − kip a + b b + ki p a + b
DL = l − l− = − −
2 2 1 − ki 2 1 + ki 2
! ! 2
bb a+b a+b kip b kib p k pp
= 2
+ + 2
− 2
+ .
1+k 2 2 1+k 1+k 1 + k2
a+b
Si l’origine du plan complexe est située au point D, alors d = 0, d’où = 0, i.e., a = −b, et
2
des deux relations ci-dessus on déduit que DM 2 = DL2 , ce qui donne DM = DL.
4.18. EXERCICES 267

Exercice 35

Sur les côtés d’un triangle ABC on construit extérieurement les triangles ADB, BEC, CFA
tels que :
AD BE CF [ = BEC
[ = CFA [ = α.
= = =k et ADB
BD CE AF
1 Montrer que les milieux respectifs M, N , P, Q des segments [AC], [DC], [BC], [EF]
sont les sommets d’un parallélogramme.
2 Montrer que dans ce parallélogramme, la mesure de deux angles est égale à α et
que le rapport de deux de ses côtés est égal à k.

Solution.
➀ D’après les hypothèses de l’exercice on a :

d −a b−e c−f
= = = k e iα .
d −b c−e a−f

Par conséquent :

a − ke iα b b − ke iα c c − ke iα a
d= , e = , f =
1 − ke iα 1 − ke iα 1 − ke iα
a+c b+c a + b + 2c
m= , p= , m+p =
2 2 2
c + d c + a − ke iα (c + b) e+f b + c − ke iα (c + a)
n= = , q = = .
2 2(1 − e iα k) 2 2(1 − ke iα )

Il est alors facile de voir que m + p = n + q, ce qui permet de conclure que MN PQ est un
parallélogramme.
➁ On a : ! !
q−m b + c − ke iα (c + a) a + c c + a − ke iα (c + b) a + c
= − ÷ − ,
n−m 2(1 − ke iα ) 2 2(1 − ke iα ) 2
ce qui donne
q−m 1
= − e −iα .
n−m k
La relation ci-dessus montre que le segment [MQ] est obtenu à partir du segment [MN ]
1
par la rotation de centre M, d’angle α et d’une homothétie de rapport .
k

Exercice 36

Soit A1 A2 A3 A4 un quadrilatère inscrit dans un cercle. On note par H1 , H2 , H3 , H4 les or-


thocentres des triangles A2 A3 A4 , A3 A4 A1 , A4 A1 A2 , A1 A2 A3 respectivement.
Montrer que H bi pour i ∈ {1, 2, 3, 4}.
bi = A

Solution. On sait que si l’origine du plan complexe est située au point O centre du cercle
circonscrit au triangle ABC alors l’orthocentre H admet pour affixe a + b + c. Donc les affixes
h1 , h2 , h3 et h4 sont données par :

h1 = a 2 + a 3 + a 4 , h2 = a 1 + a 3 + a 4 , h3 = a 1 + a 2 + a 4 , h4 = a 1 + a 2 + a 3 .

Il résulte que pour i ∈ {1, 2, 3, 4} :


hi − hj = a i − a j ,
bi pour i ∈ {1, 2, 3, 4}, on dit
bi = A
d’où Hi Hj = Ai Aj et alors Hi Hj Hk = Ai Aj Ak . Il s’ensuit que H
que les deux quadrilatères sont semblables.
268 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

H2
b

A2
b

H3
b
A1
b

H1
b

b A3

b
H4

b
A4

Exercice 37

Soient ABCD un carré, et M un point à l’intérieur de ce carré tel que :

\ = MBA
MAB \ = 15◦ .

Montrer que MCD est un triangle équilatéral.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point A, la droite (AB) re-
présente l’axe réel, et la droite (AD) l’axe imaginaire. On suppose aussi, pour simplifier, que le
côté du carré mesure 1, alors les affixes des points A, B, C, D sont données respectivement par :
0, 1, 1 + i, i. Le segment [BM] s’obtient à partir du segment [AM] par la rotation d’angle 150◦ ,
donc :

m − 1 = (m − 0)(cos 150◦ + i sin 150◦ ) c’est-à-dire (m − 1)(cos 150◦ − i sin 150◦ ) = m


√ ! √
3 i 1 2− 3
d’où (m − 1) − − = m, ce qui donne m = + i. Pour que le triangle MCD soit
2 2 2 2
équilatéral, les affixes m, c, d de M, C, D doivent vérifier

m + c (cos 120◦ + i sin 120◦ ) + d (cos 240◦ + i sin 240◦ ) = 0,

c’est-à-dire √ √ ! √ !
1 2− 3 1 3 1 3
+ i + (1 + i) − + i +i − − i = 0,
2 2 2 2 2 2
ce qui est clairement vrai.

Exercice 38

Soit ABC un quadrilatère convexe. On note par M et N les milieux des côtés [AB] et [CD]
respectivement ; et E, F les milieux des diagonales [AC] et [BD].
1 Montrer que les milieux des segments [MC], [MD], [N A], [N B] forment un parallé-
logramme.
2 Montrer que les milieux des segments [AF], [BE], [CF], [DE] forment un parallélo-
gramme.
3 Montrer que si AD 2 + BC 2 = 2EF 2 , alors ABCD est un parallélogramme.
4.18. EXERCICES 269

Solution.
➀ Soient G, H, I, J les milieux respectifs des segments [MC], [MD], [N A], [N B], alors les af-
fixes sont données par :

a+b c+d a+b c a+b d c+d a c+d b


m= , n= , g= + , h= + , i= + , j= + .
2 2 4 2 4 2 4 2 4 2
Remarquons que g + h = i + j, donc les milieux de [GH] et [IJ] coïncident, ce qui montre
que GIHJ est un parallélogramme.
➁ Soient P, R, S, T les milieux respectifs des segments [AF], [BE], [CF], [DE], alors les affixes
sont données par :

a+c b+d 2a + b + d a + c + 2b 2c + b + d a + c + 2d
e= , f = , p= , r= , s= , t= .
2 2 4 4 4 4
Remarquons que p + s = r + t, donc les milieux de [PS] et [RT ] coïncident, ce qui montre
que PRST est un parallélogramme.
➂ La condition AD 2 + BC 2 = 2EF 2 s’écrit :
! !
    a+b−c−d a+b−c−d
(d − a) d − a + (c − b) c − d = 2 ,
2 2

c’est-à-dire

2(d − a)(d − a) + 2(c − b)(c − b) = (a − d)(a − d) + (a − d)(b − c) + (b − c)(a − d) + (b − c)(b − c).

L’équation ci-dessus s’écrit aussi sous la forme :


 
(a + c − b − d) a + c − b − d = 0,

ce qui donne a + c = b + d, et ainsi ABCD est un parallélogramme.

Exercice 39

Sur le même côté du segment [AB] on construit trois triangles ABK, BLA et MAB tels que :

[ = ABL
KAB d =\BMA = α, [ = ALB
KBA d =\BAM = β, [ = BAL
AKB \ = γ,
d = MBA

avec α < β < γ. Montrer que les trois triangles construits sont semblables au triangle MLK.

Solution. Comme les triangles ABK, BLA et MAB sont semblables alors on a :

k − a = λ(k − b), a − b = λ(a − l), b − m = λ(b − a), λ ∈ C.

D’où 

 a − λb = k − λk




 (1 − λ)a − b = −λl


λa + (1 − λ)b = m.
C’est un système à deux inconnues, a et b, et trois équations, donc le déterminant est nul :

1 −λ k − λk
1 − λ −1 −λl = 0.
λ 1−λ m
 
Le calcul de ce déterminant donne : λ2 − λ + 1 (k − λk + λl − m) = 0, donc

λ2 − λ + 1 = 0 ou bien k − λk + λl − m = 0.
270 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

1 3
La première équation donne λ = ± i, il résulte alors que ABK, BLA, MAB sont des triangles
2 2
k−m
équilatéraux, ce qui est exclu car α < β < γ. La seconde équation donne = λ, ce qui
k −l
montre que les triangles construits sont semblables au triangle MLK.

Exercice 40

Soit ABC un triangle équilatéral. (MM ′ ) et (N N ′ ) sont deux droites parallèles à (BC) avec
M, N ∈ [AB] et M ′ , N ′ ∈ [AC]. Montrer que les milieux des segments [CM], [BN ′ ] et [N M ′ ]
forment un triangle équilatéral.

AM AN
Solution. Les affixes des points A, B, C sont 1, j, j 2 respectivement, et en posant = k, =
MB NB
p, on déduit grâce au théorème de Thalès que :

1 + kj 1 + kj 2 1 + pj 1 + pj 2
m= , m′ = , n= , n′ = .
1+k 1+k 1+p 1+p

Soient Q, L et S les milieux des segments [CM], [BN ′ ] et [N M ′ ] respectivement, alors leurs
affixes q, l et s sont données par :
!
m + j2 1 1 + kj 2 1 + kj + kj 2 + j 2
q= = +j =
2 2 1+k 2(1 + k)
2
!

n +j 1 1 + pj 1 + j + pj + pj 2
l = = +j =
2 2 1+p 2(1 + p)
2
!
n+m ′ 1 1 + pj 1 + kj 1 + k + (1 + k)pj + 1 + p + (1 + p)kj 2
s= = + = .
2 2 1+p 1+k 2(1 + k)(1 + p)

On doit montrer que q + lj + sj 2 = 0 ou bien qj 2 + lj + s = 0, i.e.

1 + k + (1 + k)pj + 1 + p + (1 + p)kj 2 1 + j + pj + pj 2 1 + kj + kj 2 + j 2 2
+ j+ j = 0.
2(1 + k)(1 + p) 2(1 + p) 2(1 + k)

En réduisant au même dénominateur, on déduit qu’il faut montrer que :

2k + p + (1 + k)pj + (1 + p)kj 2 + (1 + k)j + (1 + k)(1 + p)j 2 + (1 + k)p + (1 + p)j 2 +


+ (1 + p)k + (1 + k)(1 + p)j = 2(1 + k)(1 + p)(1 + j + j 2 ) = 0,

qui est clairement vraie puisque 1 + j + j 2 = 0.

Exercice 41

Soit ABO un triangle équilatéral de centre S. On construit le triangle équilatéral A′ B′ O


avec A′ , S, B′ , S et A′ est situé à l’intérieur du triangle ABO. Soit M le milieu du segment
[A′ B] et N le milieu du segment [AB′ ].
Montrer que les triangles SB′ M et SA′ N sont semblables.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au point S, et notons par z
# » # » # »
l’affixe de O, alors les affixes de A et B sont jz et j 2 z respectivement. Comme SB′ = SO + OB′ ,
alors si l’affixe de B′ est z + t, celle de A′ est z − jt. L’affixe n du milieu N du segment [AB′ ] est
donnée par :
jz + z + t (j + 1)z + t −j 2 z + t z − jt
x= = = = .
2 2 2 −2j
4.18. EXERCICES 271

L’affixe y du point M milieu du segment [A′ B] est :

j 2 z + z − jt z(j 2 + 1) − jt −jz − jt −j(z + t)


y= = = = .
2 2 2 2
D’où
| − j(z + t)| |z + t| z − jt |z − jt|
SM = = , SB′ = |z + t|, SN = = , SA′ = |z − jt|.
2 2 −2j 2

SM SN 1 SM SB′
Il s’ensuit que = = , et ainsi = . De façon analogue on a :
SB′ SA′ 2 SN SA′

′ j(z + t) 2−j 3
B M = z+t− = |z + t| = |z + t|
2 2 2
et √
′ z − jt |(2j + 1)(z − jt)| 3
A N = z − jt + = = |z − jt| ,
2j 2j 2
SM B′ M SM SB′
il s’ensuit que : = ′ . Cette dernière relation et = montrent que SMB′ et SN A′
SN AN SN SA′
sont deux triangles semblables.

A
b

N
b
S b
A′
b
M
B b
O
b b

B′

Exercice 42
MB NA
Soient ABCD un quadrilatère convexe, N ∈ [AD], M ∈ [BC] tels que = . On note
MC N D
par P, Q et R les milieux respectifs des segments [AB], [MN ] et [DC].
Montrer que les points P, Q et R sont alignés.

Solution.

MB NA
Soit k = = , alors les affixes m, n, p, r C
MC ND R b
et q sont données par : D b

b − kc a − kd a+b b

m= ,n= ,p= ,
1−k 1−k 2
d +c m + n a + b − k(c + d) N Q M
r= ,q= = . b b b

2 2 2(1 − k)
Pour montrer l’existence de k1 , k2 , k3 tels que :
k1 p + k2 q + k3 r = 0 et k1 + k2 + k3 = 0, il suffit de
1 k
prendre k1 = − , k = 1, k3 = .
k−1 2 1−k b b b

A P B
272 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exercice 43

1 Soient a, b, c des nombres entiers. Montrer que le produit de deux nombres de la


forme a3 + b 3 + c 3 − 3abc est de la même forme, i.e.
  
a3 + b 3 + c 3 − 3abc a′3 + b ′3 + c ′3 − 3a′ b ′ c ′ = A3 + B3 + C 3 − 3ABC.

2 Montrer, de plus, que :

(a + b + c) (a′ + b ′ + c ′ ) = A + B + C.

Solution.
3 
Y 
2kπ 2kπ
➀ Soit ωk = cos + i sin , alors : a3 + b 3 + c 3 − 3abc = a + ωk b + ωk2 c . Donc
3 3
k=1

   Yn   
a3 + b 3 + c 3 − 3abc a′3 + b ′3 + c ′3 − 3a′ b ′ c ′ = a + ωk b + ωk2 c a′ + ωk b ′ + ωk2 c ′ .
k=1
  
En développant l’expression a + ωk b + ωk2 c a′ + ωk b ′ + ωk2 c on obtient un polynôme en
ωk de degré 4. Or comme ωk3 = 1 on obtient en fait un polynôme en ωk de degré 2 tel
que :   
a + ωk b + ωk2 c a′ + ωk b ′ + ωk2 c ′ = A + ωk B + ωk2 C, k = 1, 2, 3.
Si a, b, c sont des entiers, alors A, B, C sont des entiers. On a :
3 
Y 3 
Y  3 
Y 
a + ωk b + ωk2 c ′
a + ωk b ′
+ ωk2 c ′ = A + ωk B + ωk2 C = A3 + B3 + C 3 − 3ABC.
k=1 k=1 k=1

➁ La réponse découle immédiatement de :


  
A + B + C = A + ω3 B + ω32 C = a + ω3 b + ω32 c a′ + ω3 b ′ + ω32 c ′ = (a + b + c)(a′ + b ′ + c ′ ).

Exercice 44

Soient ABC un triangle équilatéral, R le rayon de son cercle circonscrit, et K un point


à l’intérieur du triangle. Notons par M, N et P les points d’intersection des droites
(AK), (BC); (BK), (CA) et (CK), (AB). Montrer que si

1 1 1 2
+ + = ,
AM BM CP R
alors K est le centre du cercle circonscrit au triangle ABC.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au centre du cercle circonscrit,
et que l’axe réel passe par le point A, alors les affixes des points A, B, C sont données respecti-
vement par : R, Rj, Rj 2 . Soient
MB NC PA
= −x, = −y, = −z avec x, y, z > 0,
MC NA PB
Rj + xRj 2
alors m = et
1+x
Rj + xRj 2 j − 1 + x(j 2 − 1) 1 + x(j + 1)
AM = −R = R = R |j − 1| .
1+x 1+x 1+x
4.18. EXERCICES 273

1 3 √ √
Or, j = cos 120◦ + i sin 120◦ = − + i , donc |j − 1| = 3 et |1 + x(j + 1)| = 1 + x + x2 . Par suite
2 2
1 1+x 1 1+y 1 1+z
= √ √ et de même = √ p , = √ √ .
AM R 3 1 + x + x2 BN R 3 1 + y + y 2 CP R 3 1 + z + z2

1+x 1+y 1+z √


On doit montrer que si √ +p +√ = 2 3 alors x = y = z = 1. En
1 + x + x2 1 + y + y2 1 + z + z2
1+x 2
effet, on a : √ ≤ √ , c’est équivalent à (x − 1)2 ≥ 0 après suppression de la racine
1 + x + x2 3
1+y 2 1+z 2
carrée et développement. De même, on a aussi p ≤ √ et √ ≤ √ . Donc, il
1 + y + y2 3 1 + z + z2 3
est nécessaire d’avoir x = y = z = 1.

Exercice 45 : (Proposé à l’OIM, 1974)

Sur les côtés d’un triangle ABC on construit extérieurement les triangles ADB et BCE tels
que :
[ = BEC
ADB [ = 90◦ et [ = EBC
DAB [ = 30◦ .

Sur le côté [AC] on place un point F tel que AF = 3 FC. Montrer que dans le triangle DEF
on a :
[ = 90◦
DFE et [ = 30◦ .
FDE

Solution.
A
b

D b

b
F
C
B b b

Le segment [AD] est obtenu à partir du segment [BD] par la rotation d’angle 90◦ et de l’homo-
AD sin 60◦ √
thétie de rapport = = 3, donc
BD sin 30◦
a−d √ b−e √
=i 3 et de même = i 3.
b−d c−e
√ √
a − i 3b b − i 3c
Des relations ci-dessus, on déduit que d = √ ,e= √ . La relation AF = 3FC montre
1−i 3 1−i 3
a + 3c
que f − a = 3(c − f ), c’est-à-dire f = . On déduit alors que :
4

a−i √3b
− a+3c √ √
d −f 1−i 3 4 4(a − i 3b) − (1 − i 3)(a + 3c)
= √ = √ √
e−f b−i √3c
− a+3c 4(b − i 3c) − (1 − i 3)(a + 3c)
1−i 3 4
√ √ √
(3 + i 3)a − 4i 3b − 3(1 − i 3)c √
= √ √ = −i 3.
(i 3 − 1)a + 4b − (i 3 + 3)c
La dernière relation montre que le segment [DF] est obtenu à partir du segment [EF] par la
rotation de centre F, d’angle 90◦ (dans le sens des aiguilles d’une montre), et de l’homothétie
√ √
de rapport 3. Par conséquent : DFE[ = 90◦ et DF = tan DEF [ = 3, d’où DEF [ = 60◦ et FDE[=

EF
30 .
274 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Exercice 46 : (OIM, 1975)

Dans le plan d’un triangle ABC quelconque, extérieurement à ce triangle, on construit les
triangles BCP, CAQ, ABR tels que :

[ = CAQ
PBC [ = 45◦ , [ = QCA
BCP [ = 30◦ , [ = RAB
ABR [ = 15◦ .

[ = 90◦ et que RQ = RP.


Montrer que QRP

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point R. On doit montrer
que p = qi. Soient U la projection orthogonale de√Q sur AC, et V la projection orthogonale de
CU tan 30◦ 3
P sur BC, alors on a la relation = = . Donc l’affixe u de U vérifie :
UA tan 45 ◦ 3

c + 3a
u = √ .
1+ 3
Le segment [QU] s’obtient à partir du segment [AU] par la rotation de centre U et d’angle 90◦ ,
donc q − u = (a − u)i et par suite :
√ √ ! √
c + 3a c + 3a (1 − i)c + ( 3 + i)a
q = u + (a − u)i = √ + a− √ i = √ . (1)
1+ 3 1+ 3 1+ 3
√ √
CV tan 30◦ 3 c + 3b
On a : = = , et par suite v = √ . Le segment [PV ] s’obtient à partir du
VB tan 45◦ 3 1+ 3
segment [BV ] par la rotation (dans le sens des aiguilles d’une montre) de 90◦ , donc :

(1 + i)c + ( 3 − i)b
p − v = (b − v)(−i); p = v + (b − v)(−i) = √ . (2)
1+ 3
Le segment [BR] s’obtient à partir du segement [AR] par la rotation d’angle 150◦ , donc :
√ !
◦ ◦ 3 1
b = a (cos 150 + i sin 150 ) = a − +i . (3)
2 2

[ = 90◦
À partir des relations (1),(2) et (3) on conclut que p = qi, ce qui permet de dire que QRP
et que RQ = RP.

Exercice 47

Soit OAB un triangle rectangle en O. Sur le segment [AB] on place les points M et N tels
\ y = MON
que : AM = MN = N B. On note x = AOM, \ et z = N [OB. Montrer que

sin y
sin x · sin z = .
3

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O. L’axe réel est
(OA), et l’axe imaginaire est (OB). Les coordonnées de A sont (a, 0) et celle de B sont (0, b).
MA 1 2a + bi
Puisque = − il résulte que l’affixe m de M est donnée par m = . Comme
MB 2 3
NA a + 2bi
= −2 alors l’affixe n de N est donnée par n = . Or m = |m| (cos x + i sin x), i.e.,
NB √ 3
2a + bi b 2 + 4a2 2a + bi 2a − bi
= (cos x + i sin x), d’où cos x + i sin x = √ et cos x − i sin x = √ ,
3 3 2
b + 4a 2 b 2 + 4a2
4.18. EXERCICES 275

ce qui donne :
b
sin x = √ . (1)
b 2 + 4a2
Le segment [ON ] s’obtient à partir du segment [OM] par une rotation d’angle y et d’une ho-
|n| n m
mothétie de rapport , d’où = cos y + i sin y, i.e.
|m| m n
r r
a + 2bi b 2 + 4a2 a − 2bi b 2 + 4a2
= cos y + i sin y et = cos y − i sin y.
2a + bi a2 + 4b 2 2a − bi a2 + 4b 2
De ces deux relations on déduit que :

3ab
sin y = p . (2)
(b + 4a2 )(4b 2 + a2 )
2

Le segment [OB] s’obtient à partir du segment [OM] par une rotation d’angle z et d’une ho-
|n| bi n
mothétie de rapport , d’où = cos z + i sin z, i.e.
|bi| n bi
√ √
3bi a2 + 4b 2 −3bi a2 + 4b 2
= cos z + i sin z et = cos z − i sin z.
a + 2bi 3b a − 2bi 3b
De ces deux relations on déduit que :
a
sin z = √ . (3)
a2 + 4b 2
sin y
Finalement, à partir des relations (1),(2) et (3) on conclut que sin x · sin z = .
3

Exercice 48 : (OIM, 2003)

Soit ABCD un quadrilatère convexe inscriptible. Soient P, Q et R les pieds des perpendi-
culaires issues de D respectivement sur les côtés (BC), (CA) et (AB). Montrer que PQ = QR
[ et ADC
si, et seulement si, les bissectrices des angles ABC [ se coupent sur (AC).

Solution. Supposons, sans perte de généralité, que les points A, B, C, D sont situés sur le cercle
unité et que la médiatrice sur segment [AC] est l’axe des abscisses. Soit a = cos θ + i sin θ, alors
[ et
c = a = cos θ − i sin θ, d’où ac = 1 et a + c = 2 cos θ. Comme les bissectrices des angles ABC
[ passent par les milieux du grand et du petit arc AC,
ADC “ on peut supposer que les bissectrices
[ [
de ABC et ADC passent par 1 et −1 respectivement. Si AC coupe la bissectrice de ABC [ en Z
alors z vérifie l’équation : z+ac z = a+c = 2 cos θ et z+b z = b+1. En résolvant ces deux équations
on trouve
2b cos θ − b − 1
z= .
b−1
De même, le point Z ′ d’intersection de AC et de la bissectrice de l’angle ADC [ a pour affixe :
2d cos θ + d − 1
z′ = . Maintenant, le point R est sur la droite (AB) et sur la droite passant par D
d +1
et perpendiculaire à (AB), donc r + ab r = a + b et r − ab r = d − ab d, ce qui donne :

a + b + d − ab d
r= .
2

b + c + d − bc d c + a + d − ca d
On obtient de même p = et q = . On sait d’après le théorème de
2 2
Simson (droite de Simson) que les points P, Q, R sont alignés, par suite PQ = QR si et seulement
276 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

p+r
si q = , ce qui donne :
2
c + a − 2b = (2ca − ab − bc) d,
c’est équivalent à : (2 cos θ − 2b)d = 2 − 2b cos θ, i.e.

2 cos θ − b − 1 2d cos θ + d − 1
= c’est-à-dire Z = Z′.
b−1 d +1

Exercice 49

Soient A, B et C trois points distincts du cercle de centre O et de rayon 1. Les points A′ , B′


et C ′ sont les opposés diamétraux de A, B et C respectivement. Soit M un point du cercle
tel que A′ M, B′ M et C ′ M coupent BC, CA et AB en A′′ , B′′ et C ′′ respectivement.
Montrer que les points O, A′′ , B′′ , C ′′ sont alignés.

Solution.

A
b

C′
b
b
B′

b
O B′′
b
C ′′ b
A′′
C b
B b
b

b
A′

Les affixes de A′ , B′ et C ′ sont données par a′ = −a, b ′ = −b et c ′ = −c. Les affixes de A′′ , B′′ et C ′′
sont données par :

bc(m − a) + ma(b + c) ca(m − b) + mb(c + a) ab(m − c) + mc(a + b)


a′′ = , b ′′ = , c ′′ = .
bc + ma ca + mb ab + mc
Il suffit de montrer que les trois nombres complexes ci-dessus ont le même argument modulo
π, et on aura alors prouvé que leurs images sont alignées avec O. Les numérateurs des expres-
sions donnant a′′ , b ′′ et c ′′ sont tous égaux à m(bc + ca + ab) − abc, il suffit alors de vérifier que
les dénominateurs ont un même argument modulo π. Posons a = e iα , b = e iβ , c = e iγ et m = e iθ ,
alors on a par exemple :

β + γ − α − θ i(α+β+γ+θ)/2
bc + ma = e i(β+γ) + e i(α+θ) = 2 cos ·e .
2
| {z }
∈R

De même pour ca + mb et ab + mc. La conclusion est alors claire.

Exercice 50

Une corde [AB] d’un cercle C a pour milieu un point M. Par ce point M passent deux cordes
[PQ] et [RS]. Les droites (PR) et (QS) coupent la droite (AB) en M ′ et M ′′ respectivement.
Montrer que M est le milieu du segment [M ′ M ′′ ].

Solution. On suppose, sans perte de généralité, que le cercle est de rayon 1 et que l’axe des
ordonnées est parallèle à (AB), alors les affixes des points A et B sont conjuguées. L’affixe du
4.18. EXERCICES 277

a+a
point B est b = a et celle du point M est m = . On a alors : a a = 1, a + b = 2m et m = m.
2
Comme les droites (PQ) et (RS) passent par M alors : m = p + q − mpq et m = r + s − mrs.
Les affixes des points M ′ et M ′′ sont donc :

(a + b)pr − (p + r)ab 2mpr − (p + r) 2mqs − (q + s)


m′ = = et m′′ = .
pr − ab pr − 1 qs − 1

Pour montrer que M est le milieu de [M ′ M ′′ ] il faut prouver que :

2mpr − (p + r) 2mqs − (q + s)
+ = 2m
pr − 1 qs − 1

c’est-à-dire

4mpqrs − 2m(pr + qs) − pq(r + s) − rs(p + q) + (p + q) + (r + s) = 2mpqrs − 2m(pr + qs) + 2m.

Donc, après simplification par 2m(pr + qs) dans les deux membres, et en remplaçant p + q et
r + s par leurs valeurs respectives m(pq + 1) et m(rs + 1) :

2mpqrs − pqm(rs + 1) − rsm(pq + 1) + m(pq + 1) + m(rs + 1) = 2m.

Cette identité est clairement vraie.

A
b
P b

b R
b
M′

O b M
b

b Q
M ′′ b

b
B
S

Exercice 51 : (Chine, 1998)

Soient ABC un triangle acutangle, et P un point situé à son intérieur. Montrer que

α · PB · PC + β · PC · PA + γ · PA · PB = αβγ (1)

si, et seulement si, P est l’orthocentre du triangle ABC.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au point P. La relation (1) est
équivalente à :
|ab(a − b)| + |bc(b − c)| + |ca(c − a)| = |(a − b)(b − c)(c − a)| .
ab bc ca
Posons z1 = , z2 = et z3 = . Il n’est pas difficile de voir
(a − c)(b − c) (b − a)(c − a) (c − b)(a − b)
que :
|z1 | + |z2 | + |z3 | = 1 et z1 + z2 + z3 = 1.
⋄ Si P est l’orthocentre du triangle ABC, alors il est situé à l’intérieur du triangle puisque ce
dernier est supposé acutangle. Donc, il existe des nombres réels strictement positifs r1 , r2 , r3
tels que :
a b c
= −r1 i, = −r2 i, = −r3 i,
b−c c−a a−b
ce qui implique que z1 = r1 r2 > 0, z2 = r2 r3 > 0 et z3 = r3 r1 > 0, ce qui permet de conclure.
278 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

⋄ Si z1 , z2 , z3 sont tous des nombres réels strictement positifs, alors puisque :


!2    
z z b z2 z3 c 2 z3 z1 a 2
− 1 2= , − = , − = ,
z3 c−a z1 a−b z2 b−c

a b c
il s’ensuit que , , sont des nombres imaginaires purs. Par suite, (AP) ⊥ (BC) et
b−c c−a a−b
(BP) ⊥ (CA), ce qui montre que P est l’orthocentre du triangle ABC.

Exercice 52 : (Proposé à l’OIM, 1982)

Sur les côtés d’un quadrilatère convexe ABCD, on construit extérieurement les triangles
équilatéraux ABM et CDP, et on construit intérieurement les triangles équilatéraux BCN
et ADQ. Quelle est la nature du quadrilatère MN PQ ?

Solution. D’après la formule de la rotation, et en posant ω = cos 60◦ + i sin 60◦ , on a :

m = a + (b − a) ω, n = c + (b − c) ω, p = c + (d − c) ω, q = a + (d − a) ω.

Il est facile de voir que : m + p = a + c + (b + d − a − c) ω = n + q, ce qui permet de conclure que


MN PQ est un parallélogramme ou bien que les points M, N , P, Q sont alignés.

Exercice 53 : (OIM, 1982)

Les diagonales [AC] et [CE] d’un hexagone régulier ABCDEF sont divisées respectivement
par des points intérieurs M et N de sorte que :

AM CN
= = λ.
AC CE
Déterminer λ lorsque B, M et N sont alignés.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au centre de l’hexagone régulier
de sorte que les sommets√B, C, D, E, F, A ont pour affixes respectives 1, ω, ω 2 , ω 3 , ω 4 , ω 5 où ω =
1+i 3 MC NE 1−λ
cos 60◦ + i sin 60◦ = . Puisque = = , les affixes des points M et N sont
2 MA NC λ
5 2
données par m = ω λ + ω (1 − λ) et n = ω λ + ω (1 − λ) respectivement. Les points B, M, N sont
m−1
alignés si, et seulement si ∈ R∗ . Or :
n−1
√ √ √
5 2 1+i 3 −1 + i 3 1 i 3
m − 1 = ω λ + ω (1 − λ) − 1 = ω λ − ω (1 − λ) − 1 = λ− (1 − λ) = − + (2λ − 1)
2 2 2 2
√ √
3 1+i 3 1 3λ i 3
et n − 1 = ω λ + ω(1 − λ) − 1 = −λ + (1 − λ) − 1 = − − + (1 − λ). Donc
2 2 2 2

m−1 −1 + i 3 (2λ − 1) √ √
= √ ∈ R∗ ⇐⇒ 3 (1 − λ) − (1 + 3λ) · 3 (2λ − 1) = 0.
n − 1 −(1 + 3λ) + i 3 (1 − λ)

1 1
C’est équivalent à : 1 − λ = 6λ2 − λ − 1, i.e., λ2 = , ce qui donne λ = √ .
3 3

Exercice 54

Soient O9 , I et G le centre du cercle des neuf points, le centre du cercle inscrit, et le centre
4.18. EXERCICES 279

de gravité d’un triangle ABC. Montrer que

(O9 G) ⊥ (AI) ⇐⇒ b = 60◦ .


A

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au centre O du cercle circons-
crit au triangle ABC. On suppose aussi, sans perte de généralité, que le rayon du cercle cir-
conscrit au triangle ABC est égal à 1, donc |a| = |b| = |c| = 1. Si o, g, zI sont les affixes de O9 , G, I
alors on a :
a+b+c a+b+c a |b − c| + b |a − c| + c |a − b|
o= , g= , zI = .
2 3 |a − b| + |b − c| + |a − c|

On sait que O9 G ⊥ AI si, et seulement si (o − g) · (a − zI ) = 0, i.e.,

a + b + c (a − b) |a − c| + (a − c) |a − b|
· = 0.
6 |a − b| + |b − c| + |a − c|
C’est équivalent à :
(a + b + c) · [(a − b) |a − c| + (a − c) |a − b| ] = 0
c’est-à-dire n h  io
ℜ (a + b + c) a − b |a − c| + (a − c) |a − b| = 0.
L’équation ci-dessus devient :
n   o
ℜ |a − c| a a + b a + c a − a b − b b − c b + |a − b| (a a + b a + c a − a c − b c − c c) = 0.

Or, a a = b b = c c = 1 et ℜ (b a − a b) = ℜ (c a − a c) = 0, donc la relation ci-dessus devient


n   o
ℜ |a − c| c a − c b + |a − b| (b a − b c) = 0
   
c’est-à-dire : |a − c| c a + c a − c b − c b + |a − b| a b + a b − b c − b c = 0.
h  i
Par conséquent : |a − c| b b − b c − c b + c c − (a a − c a − c a + c c) +
h   i
+|a − b| b b − b c − c b + c c − a a − a b − a b + b b = 0, ou aussi
   
|a − c| |b − c|2 − |a − c|2 + |a − b| |b − c|2 − |a − b|2 = 0.

Cette dernière relation est équivalente à : AC · BC 2 − AC 3 + AB · BC 2 − AB3 = 0, c’est-à-dire

BC 2 (AC + AB) = (AC + AB)(AC 2 − AC · AB + AB2 ) i.e. AC · AB = AC 2 + AB2 − BC 2 .

b= 1 b = 60◦ .
On obtient alors, d’après la relation d’Al-Kashi, cos A , ce qui donne A
2

Exercice 55

Soit ABCD un quadrilatère convexe. Sur le côté [AB] on place les points M et N tels que
AM = MN = N B. Sur le côté [CD] on place les points P et Q tels que CP = PQ = QD. Soit
O le point d’intersection des diagonales (AC) et (BD). Montrer que : [N OQ] = [MOP].

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe se trouve au point O. On note par
AM 1
a, b, c, d, m, n, p, q les affixes respectives des points A, B, C, D, M, N , P , Q. On a = et donc
AB 3
m−a 1 2a + b 2b + a 2c + d 2d + c
= , par suite m = . De même on a : n = ,p = et q = . L’aire
b−a 3 3 3 3 3
280 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

[N OQ] du triangle N OQ est égale au module du nombre complexe suivant :

n n 1 !
i i i 2b + a 2 d + c 2 b + a 2d + c
0 0 1 = (n q − n q) = · − · .
4 4 4 3 3 3 3
q q 1

Les points A, O et C sont alignés, donc a c = a c, et de même b d = b d puisque les points B, O et


D sont alignés. Donc
i  
[N OQ] = bc − bc + ad − ad .
18
Maintenant, comme on a :

m m 1
i i i
[MOP] = 0 0 1 = (m p − m p) = (a d − a d + b c − b c) ,
4 4 18
p p 1

alors on conclut que [N OQ] = [MOP].

Exercice 56 : (Iran, 2000)

Soit A1 A2 A3 un triangle. On construit extérieurement les triangles isocèles A3 A1 O2 et


A1 A2 O3 avec O2 A3 = O2 A1 et O3 A1 = O3 A2 . Soit O1 un point situé de l’autre côté que A1
par rapport à la droite A2 A3 et vérifiant :

1 \ 1 \
O\
1 A3 A2 = A O A et O\
1 A2 A3 = A O A .
2 1 3 2 2 1 2 3
Soit T le pied de la perpendiculaire à (A2 A3 ) issue de O1 . Montrer que

A1 O1 O T
(A1 O1 ) ⊥ (O2 O3 ) et =2 1 .
O2 O3 A2 A3

Solution.

A1
b
O3
b b
O2

A2
T A3
b b b

b
O1

On suppose, sans perte de généralité, que le triangle A1 A2 A3 est orienté dans le sens contraire
des aiguilles d’une montre. Soit P le symétrique de O1 par rapport à T . On suppose que le
a
plan complexe a pour origine située au point O1 . Pour k = 1, 2, z 7−→ k (z − z0 ) la similitude
p
\ O A
1 3
d’angle PO 1 Ak , de rapport , et autour du point d’affixe z0 . Comme O1 et A1 sont situés
O1 P
de part et d’autre par rapport à la droite (A2 A3 ) alors les angles A\ \
2 A3 O1 et A2 A3 A1 ont des
orientations différentes. Donc, les angles PA \ \
2 O1 et A2 O3 A1 sont tous les deux orientés dans
4.18. EXERCICES 281

le sens contraire des aiguilles d’une montre. Comme PA \ \ \


3 O1 = 2 A2 A3 O2 = A2 O3 A1 , il s’ensuit
que les triangles isocèles PA3 O1 et A2 O3 A1 sont semblables et ont la même orientation. D’où
a a
o3 = a1 + 3 (a2 − a1 ). De même, on a : o2 = a1 + 2 (a3 − a1 ), donc
p p
! ! !
a a a a a a a a a a
o3 − o2 = 2 − 3 a1 + 3 a2 − 2 a3 = 2 (a2 − a3 ) + 3 2 p − 2 3 = 2 (a2 − a3 ),
p p p p p p p p p p

ou puisque o1 = 0 et t = 2p, alors :

o3 − o2 a a −a 1 a2 − a3
= 2 = 2 3 = .
a1 − o1 p p − o1 2 t − o1

Donc, l’angle entre [O1 A1 ] et [O2 O3 ] est égal à l’angle entre [O1 T ] et [A3 A2 ], et cet angle est
de mesure 90◦ . De plus, on a :

O2 O3 1 A3 A2 O1 A1 O T
= c’est-à-dire =2 1 .
O1 A1 2 O1 T O2 O3 A2 A3

Exercice 57 : (OIM, 1986)

Dans le plan euclidien orienté, on donne un triangle A1 A2 A3 et un point P0 . On pose


As = As−3 pour tout s ≥ 4. La suite de points (Pk )k≥0 est définie par P0 et par :
« pour tout k, Pk+1 est l’image de Pk par la rotation de centre Ak+1 et d’angle 2π/3 ».
Sachant que P1986 = P0 , montrer que A1 A2 A3 est un triangle équilatéral.

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au centre du cercle circonscrit
au triangle A1 A2 A3 . Alors les affixes des sommets A1 , A2 , A3 vérifient |a1 | = |a2 | = |a3 | = R.
L’affixe z1 du point P1 vérifie : z1 = z0 j + (1 − j)a1 où z0 est l’affixe de P0 . L’affixe z2 de P2 est
donnée par : z2 = z0 j 2 + (1 − j)a1 j + (1 − j)a2 , et enfin l’affixe z3 de P3 est donnée par :

z3 = z0 j 3 + (1 − j)a1 j 2 + (1 − j)a2 j + (1 − j)a3 = z0 + (1 − j)(a1 j 2 + a2 j + a3 ).

Une récurrence simple sur n montre que l’affixe z3n de P3n vérifie :

z3n = z0 + n(1 − j)(a1 j 2 + a2 j + a3 ).

Dans notre cas, pour n = 662 on obtient : z1986 = z0 + 662(1 − j)(a1 j 2 + a2 j + a3 ) = z0 . Donc, on
a : a1 j 2 + a2 j + a3 = 0, c’est-à-dire a3 = a1 (1 + j) + (−j)a2. Cette équation montre que le point A3
π π
est l’image de A1 par la rotation de centre A2 et d’angle π/3 car 1 + j = cos + i sin .
3 3
Par conséquent, A1 A2 A3 est un triangle équilatéral.

Exercice 58 : (OIM, 1977)

Soit ABCD un carré donné. On construit intérieurement à ABCD les triangles équilatéraux
ABK,BCL, CDM et DAN . Montrer que les milieux des 4 segments [KL], [LM], [MN ], [N K]
et les milieux des 8 segments [AK], [BK], [BL], [CL], [CM], [DM], [DN ], [AN ] sont les som-
mets d’un polygone régulier (dodécagone).

Solution. Soient A(1 + i), B(−1 + i), C(−1 − i), D(1 − i) les sommets du carré. Pour des raisons de
symétrie, on peut se contenter de résoudre le problème √ en considérant
√ uniquement le premier
quadrant. Les affixes de L et √M sont données
 par 3 − 1 et ( 3 − 1)i respectivement. Le mi-
√ √
3−1 3−1
lieu du segment [LM] est P 2 + i 2 . Comme K est d’affixe −i( 3 − 1) alors le milieu de
 √   √ 
[AK] est Q 21 + i 2−2 3 . De même, le milieu de [AN ] est R 2−2 3 + 2i , et le milieu de [BL] est
282 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES
 √ 
−2+ 3 [=
€ = RPQ 5π
S 2 + 2i . Il suffit de montrer que SR = RP = PQ et SRP 6 . Pour un point X on
note par zX son affixe. On a :
√ √
RS 2 = |zS − zR |2 = (−2 + 3)2 = 7 − 4 3

et √ √ √ 2
2 2 3−3
2 3−2 28 − 16 16 √
RP = |zP − zR | = +i = = 7 − 4 3.
2 2 4

En utilisant la symétrie par rapport à (OA) on a aussi PQ 2 = RP 2 = 7 − 4 3.
Maintenant pour les angles on a :
√ √ √ √ √ √
3−2 2
· (2 − 3) + 2−22 3 · 0
2 (12 − 7 3)(7 + 4 3) 3
€
cos SRP = √ = √ √ =− .
7−4 3 2(7 − 4 3)(7 + 4 3) 2

€= 5π [ = − 3 et RPQ [ = 5π .
Ceci montre que SRP . De même, on a cos RPQ
6 2 6

Exercice 59 : (Proposé à l’OIM, 1998)

Soit ABC un triangle, H l’orthocentre, O le centre du cercle circonscrit, et R le rayon du


cercle circonscrit. Soit D le symétrique de A par rapport à (BC) ; E le symétrique de B par
rapport à (CA), et F le symétrique de C par rapport à (AB).
Montrer que les points D, E et F sont alignés si, et seulement si, OH = 2R.

Solution. On a : a a = b b = c c = R2 et h = a + b + c. Les affixes d et a de D et A respectivement


vérifient :
!
d −b a−b
= c’est-à-dire (b − c) d − (b − c) a + (b c − b c) = 0. (1)
c−b c−b

Puisque :
R2 (b − c) R2 (b 2 − c 2 )
b−c = − et bc − bc = ,
bc bc
alors par (1) on déduit que :

−bc + ca + ab k − 2bc R2 (−a + b + c) R2 (h − 2a)


d= = , d= = ,
a a bc bc
où k = bc + c + ab. De même on a :
k − 2ca R2 (h − 2b) k − 2ab R2 (h − 2c)
e= , e= , f = , f = .
b ca c ab
Comme

d d 1 (b − a)(k − 2ab) R2 (a − b)(h − 2c)


e−d e−d ab abc
∆= e e 1 = =
f −d f −d (c − a)(k − 2ca) R2 (a − c)(h − 2b)
f f 1
ca abc
R2 (c − a)(a − b) −(ck − 2abc) (h − 2c) −R2 (b − c)(c − a)(a − b)(hk − 4abc)
= × =
a2 b 2 c 2 (bk − 2abc −(h − 2b) a2 b 2 c 2

et h = R2 k/abc, il s’ensuit que D, E et F sont alignés si, et seulement si, ∆ = 0. C’est équivalent
à hk − 4abc = 0, i.e., h h = 4R2 , ce qui permet de conclure que OH = 2R.
4.18. EXERCICES 283

Exercice 60

Soient ABCD un quadriltère inscrit dans un cercle, et M un point du cerle. On définit

d1 = d(M, (AB)), d2 = d(M, (BC)), d3 = d(M, (CD)),


d4 = d(M, (DA)), d5 = d(M, (AC)), d6 = d(M, (BD)).

Montrer que :
d1 d3 = d2 d4 = d5 d6 .

a−b
Solution. Le coefficient angulaire complexe de la droite (AB) est = −ab car a a = b b =
a−b
c c = d d = m m = 1 = rayon du cercle circonscrit du quadrilatère ABCD. Soit M1 la projection
orthogonale de M sur (AB), alors l’affixe m1 de M1 est solution du système suivant :


z + ab z = a + b



z − m = ab(z − m).

a + b + m − ab m
La somme des deux équations donne 2z = a + b + m − ab m, donc m1 = . Ainsi
2
a + b + m − ab m m − (a + b) + ab m
d1 = |m − m1 | = m − =
2 2
m2 − (a + b)m + ab (m − a)(m − b)
= = .
2m 2m

De même on obtient :
(m − b)(m − c) (m − c)(m − d) (m − d)(m − a)
d2 = , d3 = , d4 = ,
2m 2m 2m
(m − a)(m − c) (m − b)(m − d)
d5 = , d6 = .
2m 2m
On obtient immédiatement les relations : d1 d3 = d2 d4 = d5 d6 .

Exercice 61 : Théorème de Ménélaüs

Une droite coupe les côtés AB, BC, CA d’un triangle ABC aux points M, N , P respective-
ment. Montrer que
MA N B PC
× × = 1.
MB N C PA

Solution. On suppose que l’origine du plan complexe est située au point A. Posons k1 =
MA NB PC −k1 b b − k2 c c
, k2 = et k3 = , alors on a : m = ,n= et p = .
MB NC PA 1 − k1 1 − k2 1 − k3
Les points M, N , P sont alignés donc MP = k · MN avec k nombre réel, donc :
!
c k1 b b − k2 c k1 b
p − m = k(n − m) c’est-à-dire + =k + .
1 − k3 1 − k1 1 − k2 1 − k1

Les coefficients de b et de c sont nuls car sinon on aurait une relation de la forme b = k4 c, avec
k4 ∈ R, ceci veut dire que les points A, B, C sont alignés. Donc on a :

1 kk2 k1 kk2 k
+ = 0, + − = 0.
1 − k3 1 − k2 1 − k1 1 − k1 1 − k2
On souhaite prouver qu’en éliminant k des relations ci-dessus il résulte que k1 k2 k3 = 1.
284 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Des relations ci-dessus on a :


!
1 kk2 k1 k1 1
=− et =k + .
1 − k3 1 − k2 1 − k1 1 − k1 1 − k2

k1 (1 − k3 ) k (1 − k2 ) + 1 − k1
Les deux dernières égalités impliquent : = 1 , i.e., −k1 k2 (1 − k3 ) =
1 − k1 −k2 (1 − k1 )
k1 − k1 k2 + 1 − k1 , c’est-à-dire : −k1 k2 + k1 k2 k3 = −k1 k2 + 1, ce qui donne k1 k2 k3 = 1.

Exercice 62

Soient ABC un triangle, A′ , B′ , C ′ les milieux des côtés [BC], [CA], [AB], et A1 , B1 , C1 les
pieds des hauteurs issues des sommets A, B, C. Soient G, Ga , Gb , Gc les centres de gravité
des triangles ABC, A1 B′ C ′ , B1 C ′ A′ , C1 A′ B′ respectivement.
1 Montrer que les points G, Ga , Gb , Gc sont sur un cercle de centre O9 (le centre du
cercle des neuf points d’Euler).
2 Montrer que le triangle Ga Gb Gc est semblable au triangle ABC.

Solution.

C
B1 b
b
A1
b

B′
b
Ga
b
Gb
b
b A′

b b
G Gc

A
b
b
C′ C1
b
B

➀ On suppose, pour simplifier, que le rayon du cercle circonscrit au triangle ABC est égal
b−c
à 1. L’équation complexe de la droite (AA1 ) est donnée par : z − a = − (z − a), i.e.,
b−c
z − a = bc(z − a), par suite : z − bc z = a − bc a. L’équation (BC) a pour équation complexe :
z + bc z = b + c. On déduit de ces deux dernières équations que :
a + b + c − bc a
z= = a1 .
2
a + b + c − ca b a + b + c − ab c
De même, on a : b1 = et c1 = . De plus on a :
2 2
b+c c+a a+b a+b+c
a′ = , b′ = , c′ = , g= .
2 2 2 3
Donc
a+b+c−bc a
a′ + b ′ + c ′ 2 + c+a a+b
2 + 2 3a + 2b + 2c − bc a a + b + c a − bc a
ga = = = = + .
3 3 6 3 6
On sait que l’affixe du point O9 (centre du cercle des neuf points d’Euler) est donnée par
a+b+c
.
2
4.18. EXERCICES 285

On a alors :
! !
a+b+c a+b+c
ga − ga −
2 2
! !
a + b + c a − bc a a + b + c a + b + c a − b c a a + b + c
= + − + −
3 6 2 3 6 2
! !
a − bc a a + b + c a − b c a a + b + c
= − − =
6 6 6 6
! !
bc a + b + c b c a + b + c
=
6 6
! ! ! !
bc a + b + c bca +b +c a+c+b a+c+b
= bc = = p p = |p|2
6bc 6 6 6

a+b+c
avec p = . De même on a :
6
! !
a+b+c a+b+c a + b + c ab + c
gb − gb − = · = p · p = |p|2
2 2 6 6
! !
a+b+c a+b+c a + b + c ab + c
gc − gc − = · = p · p = |p|2 .
2 2 6 6

Donc, les points Ga , Gb , Gc se trouvent sur le cercle de centre O9 et de rayon |p| =


|a + c + b|
. Finalement, on a
6
! ! ! !
a+b+c a+b+c a+b+c a+b+c a+b+c a+b+c
g− g− = − −
2 2 3 2 3 2
! !
a+b+c a+b+c
= − − = p · p = |p|2 .
6 6

Donc, le point G appartient aussi au cercle de centre O9 et de rayon |p|.


➁ Pour montrer que les triangles Ga Gb Gc et ABC sont semblables il est nécessaire et suffi-
g −g c−a
sant de montrer que c a = . On a :
gb − ga b − a
a+b+c
gc − ga 3 + c−ab c a+b+c
6 − 3 − 6
a−bc a
c − ab c − a + bc a
= =
gb − ga a+b+c
+ b−ac b a+b+c a−bc a b − ac b − a + bc a
3 6 − 3 − 6
 
c − a + b(a c − a c) c − a + b ac − ac (c − a)(ac + bc + ab) c−a
= =   = = .
b − a + c(a b − a b) b−a+c a − bb a (b − a)(ab + bc + ca) b −a

Exercice 63

Soit ABC un triangle. Sur les demi-droites [AB) et [AC) on considère les points A′ et A′′
tels que BA′ = BC = CA′′ . Le milieu de [A′ A′′ ] est noté A′′′ . On définit de même les points
B′′′ et C ′′′ . Montrer que le triangle ABC est inscrit dans le triangle A′′′ B′′′ C ′′′ (i.e. A ∈
[B′′′ C ′′′ ], B ∈ [C ′′′ A′′′ ] et C ∈ [A′′′ B′′′ ]).

Solution. Le segment [BA′ ] est obtenu à partir de [BC] par la rotation de centre B et d’angle
b ce qui s’écrit en termes complexes (tenant compte que la rotation est dans le sens
180◦ − B,
inverse du sens trigonométrique) : a′ − b = (c − b) [cos(B − π) + i sin(B − π)] = (c − b)e i(B−π). Le
segment [CA′′ ] est obtenu à partir de [BC] par la rotation de centre C et d’angle 180◦ − C, b ce
286 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

qui s’écrit en termes complexes :

a′′ − c = (b − c) [cos(π − C) + i sin(π − C)] = (b − c)e i(π−C).

a′ + a′′ b + (c − b)e i(B−π) + c + (b − c)e i(π−C)


On a : a′′′ = = .
2 2
On obtient de même b ′ − c = (a − c)e i(C−π) et b ′′ − a = (c − a)e i(π−A) et ainsi

b ′ + b ′′ c + (a − c)e i(C−π) + a + (c − a)e i(π−A)


b ′′′ = = .
2 2
Maintenant, on a :
! !
c − b ′′′ (c − a)[−e i(π−A) + e i(C−π) + 1]
arg = arg
c − a′′′ (c − b)[−e i(B−π) + e i(π−C) + 1]
  !
c−a −e i(π−A) + e i(C−π) + 1
= arg + arg = (π − C) + (C − π) = 0
c−b −e i(B−π) + e i(π−C) + 1
!
−e i(π−A) + e i(C−π) + 1 i(C−π) c − b ′′′ \
car i(B−π) i(π−C) =e . Par suite, arg = 0 = B′′′ CA′′′ , ce qui montre que les
−e +e +1 c − a′′′
points A′′′ , C et B′′′ sont alignés. On montre, de même, que les points A, B′′′ , C ′′′ et A′′′ , B, C ′′′
sont alignés.

Exercice 64

Soient ABC et A′ B′ C ′ deux triangles directement semblables. Montrer que les centres de
gravités G1 , G2 , G3 des quadrilatères BCB′ C ′ , CAA′ C ′ , ABA′ B′ forment un triangle sem-
blable au triangle ABC.

Solution. Comme ABC et A′ B′ C ′ sont directement semblables alors il existe p, q ∈ C tels que :
a′ = pa + q, b ′ = pb + q et c ′ = pc + q.
Les affixes g1 , g2 et g3 des points G1 , G2 et G3 sont données par :
b + c + b′ + c′ b + c + pb + q + pc + q p+1 p+1 q
g1 = = = b+ c+ ,
4 4 4 4 2
c + a + c ′ + a′ c + a + pc + q + pa + q p+1 p+1 q
g2 = = = c+ a+ ,
4 4 4 4 2
a + b + a′ + b ′ a + b + pa + q + pb + q p+1 p+1 q
g3 = = = a+ b+ .
4 4 4 4 2
Pour que les triangles G1 G2 G3 et ABC soient semblables il faut que le déterminant ∆ soit nul :
1 1 1
∆= a b c =0
g1 g2 g3
c’est-à-dire :
1 1 1
a b c = 0.
(p + 1)b (p + 1)c q (p + 1)c (p + 1)a q (p + 1)a (p + 1)b q
+ + + + + +
4 4 2 4 4 2 4 4 2
En développant par rapport à la première ligne, on obtient
p+1
∆= [(a + b)b − (a + c)c − (a + b)a + (b + c)c + (a + c)a − (b + c)b]
4
p+1 h i p+1
= ab + b 2 − ac − c 2 − a2 − ab + bc + c 2 + a2 + ac − b 2 − bc = · 0 = 0.
4 4
4.18. EXERCICES 287

Exercice 65

Soit ABCD un quadrilatère convexe. On suppose que les cercles de diamètres [AB] et [CD]
sont tangents ; et que les cercles de diamètres [AD] et [BC] sont aussi tangents. Montrer
que ABCD est un carré.

Solution. Soient O1 , O2 , O3 et O4 les milieux respectifs des segments [AB], [BC], [CD] et [DA].
On a par hypothèses :

a+b c+d a−b c−d


O 1 O 3 = r1 + r3 c’est-à-dire − = + ,
2 2 2 2
a+d b+c a−d b−c
O 2 O 4 = r2 + r4 c’est-à-dire − = + .
2 2 2 2
Des deux égalités ci-dessus on déduit que :

|a − d + b − c| = |a − b| + |c − d|, |a − b + d − c| = |a − d| + |b − c|. (1)

Or, d’après l’inégalité triangulaire, on a |z1 + z2 | ≤ |z1 | + |z2 |, donc par (1) on a :

|a − d + b − c| = |a − b| + |c − d| ≥ |a − b + d − c| (2)

et
|a − b + d − c| = |a − d| + |b − c| ≥ |a − d + b − c| . (3)
D’où |a − d + b − c| ≥ |a − b + d − c| ≥ |a − d + b − c|, et par conséquent :

|a − d + b − c| = |a − b + d − c| . (4)

Des relations (1) et (4) il s’ensuit que :

|a − b + d − c| = |a − b| + |d − c| (5)

et
|a − d + b − c| = |a − d| + |b − c|. (6)
Or, on sait que |z1 + z2 | = |z1 | + |z2 | si, et seulement si, z1 = λz2 avec λ ∈ R+ , donc par les
relations (5) et (6) on a : a −b = λ(d −c) avec λ ∈ R+ , donc (AB) (CD). De même, a −d = µ(b −c)
avec µ ∈ R+ , donc (AD) (BC). Par conséquent, ABCD est un parallélogramme. De la relation
(4) il résulte que O1 O3 = O2 O4 , d’autre part O1 O2 O3 O4 est un parallélogramme ayant des
AC BD
diagonales égales c’est donc un rectangle. Comme : O3 O4 = = O1 O2 = = O2 O3 =
2 2
O1 O4 , il résulte que AC = BD, donc ABCD est un carré.

Exercice 66 : (OIM, 2000)

Soient [A1 H1 ], [A2 H2 ] et [A3 H3 ] les trois hauteurs d’un triangle A1 A2 A3 dont tous les
angles sont aigus. Le cercle inscrit dans le triangle A1 A2 A3 est tangent respectivement aux
côtés [A2 A3 ], [A1 A2 ], [A1 A2 ] en T1 , T2 , T3 . On désigne respectivement par l1 , l2 et l3 les sy-
métriques des droites (H2 H3 ), (H3 H1 ), (H1 H2 ) par rapport aux droites (T2 T3 ), (T3 T1 ), (T1 T2 ).
Montrer que l1 , l2 , l3 déterminent un triangle dont les sommets appartiennent au cercle
inscrit dans le triangle A1 A2 A3 .

Solution. Soit (ω) le cercle inscrit dans le triangle ABC, et supposons sans perte de généralité
qu’il est de rayon égal à 1. Alors on a :

2t2 t3 2t1 t3 2t1 t2


a= , b= , c= .
t2 + t3 t1 + t3 t1 + t2
288 CHAPITRE 4. GÉOMÉTRIE ET NOMBRES COMPLEXES

Puisque H2 est la projection de B sur la tangente à (ω) en T2 , alors on a :

1  t2 t3 + t3 t1 + t1 t2 − t 2
2
h2 = b + 2t2 − t22 b = .
2 t1 + t3

t1 (t22 + t32 )
Si P2 est le symétrique de H2 par rapport à (T2 T3 ) alors : p2 = t2 + t2 − t2 t3 h2 = . De
t2 (t1 + t3 )
t1 (t22 + t32 )
même, si P3 est le symétrique de H3 par rapport à (T2 T3 ), alors p3 = . Par conséquent :
t3 (t1 + t2 )

t12 (t3 −t2 )(t22 +t32 )


t 2 (t3 − t2 )(t22 + t32 ) p2 − p3 t2 t3 (t1 +t3 )(t1 +t2 )
p2 − p3 = 1 et = = −t12 .
t2 t3 (t1 + t3 )(t1 + t2 ) p 2 − p3 (t2 −t3 )(t22 +t32 )
t2 t3 (t1 +t3 )(t1 +t2 )

Soit Z un point d’intersection de la droite (P2 P3 ) avec le cercle (ω), alors comme Z ∈ (P2 P3 ) on
z − p2 p2 − p3 1
a: = = −t12 , et puisque Z ∈ (ω) alors on a aussi z = . Par suite :
z − p2 p 2 − p3 z
z − p2  
1
= −t12 =⇒ z2 − p2 + t12 p 2 z + t12 = 0.
z − p2

t1 (t22 + t32 ) t t t t
On peut calculer que p2 + t12 p 2 = , et donc z peut être égal à 1 2 ou à 1 3 . Par
t2 t3 t3 t2
symétrie, ceci implique que les sommets du triangle formé par les droites (P1 P2 ), (P2 P3 ), (P3 P1 )
t t t t t t
(où P1 est définie de façon analogue à P2 et P3 ) ont pour coordonnées complexes 1 2 , 2 3 , 3 1 ,
t3 t1 t2
et chacune d’elles appartient clairement à (ω), ce qui termine la preuve.

Exercice 67 : (Proposé à l’OIM, 2006)

Les points A1 , B1 et C1 sont choisis respectivement sur les côtés [BC], [CA] et [AB] d’un tri-
angle ABC. Les cercles circonscrits aux triangles AB1 C1 , BC1 A1 et CA1 B1 coupent le cercle
circonscrit au triangle ABC à nouveau aux points A2 , B2 et C2 respectivement. Les points
A3 , B3 et C3 sont les symétriques de A1 , B1 et C1 par rapport aux milieux de [BC], [CA] et
[AB] respectivement.
Montrer que les triangles A2 B2 C2 et A3 B3 C3 sont semblables.

Solution. A2 est le centre de la similitude envoyant [BC] vers [C1 B1 ], donc :

bb1 − cc1 cc1 − aa1 aa1 − bb1


a2 = et de même b2 = , c2 = .
b + b1 − c − c 1 c + c1 − a − a1 a + a 1 − b − b1

De plus, il est clair que b1 + b3 = c + a et c1 + c3 = a + b, d’où :

b3 − c3 = (c + a − b1 ) − (a + b − c1 ) = c + c1 − b − b1 ,

et de même : c3 − a3 = a + a1 − c − c1 et a3 − b3 = b + b1 − a − a1 . Par conséquent :

a2 (b3 − c3 ) + b2 (c3 − a3 ) + c2 (a3 − b3 ) = (cc1 − bb1 ) + (aa1 − cc1 ) + (bb1 − aa1 ) = 0.

En conclusion, les triangles A2 B2 C2 et A3 B3 C3 sont semblables.


Chapitre

5
Maximum et minimum en
géométrie

5.1 Problèmes d’extremums et transformations géométriques


Les transformations géométriques, comme par exemple la symétrie centrale, la symétrie axiale,
la rotation, etc., jouent un rôle important dans la recherche d’extremums en géométrie.
Nous présentons, ci-dessous, des exemples pour illustrer cette utilisation.
Exemple 1

Soit M le milieu du segment [AB]. Montrer que pour tout point C dans le plan, on a :

CA + CB
CM ≤ .
2
Dans quels cas a-t-on égalité ?

Soit C ′ le symétrique de C par rapport à A


M. On a alors C ′ A = CB, et d’après l’inégalité b

1 1 C′
triangulaire : CM = CC ′ ≤ (CA + C ′ A) = M
b

2 2 b
1
(CA + CB). On a égalité si, et seulement si, C
b

2
M ∈ (AB) \ ]AB[. b
B

Exemple 2

Soient M et N les milieux respectifs des segments [AD] et [BC]. Montrer que :

AB + CD
MN ≤ .
2

Soient C ′ le point tel que ADCC ′ soit un D b


b
C
parallélogramme, et C ′′ le milieu du segment M b
1 1
[C ′ B]. On a alors C ′′ N = C ′ C = AD et C′
b
N
2 2 A
b
b
(C ′′ N ) (CC ′ ) (AD), donc AC ′′ N M est un pa- b

rallélogramme, d’où MN = AC ′′ . b
B
C ′′

1 1
D’après l’exemple précédent on déduit que : MN = AC ′′ ≤ (AB + AC ′ ) = (AB + CD).
2 2
289
290 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

Exemple 3

Déterminer tous les points X dans le plan tels que la somme des distances de X aux som-
mets d’un quadrilatère convexe donné ABCD soit minimale.
Même question avec un polygone A1 A2 · · · An de centre de symétrie O .

Soit ABCD un quadrilatère convexe, alors d’après l’inégalité triangulaire on a : XA + XB + XC +


XD ≥ AC +BD, avec égalité uniquement lorsque X coïncide avec le point d’intersection des diago-
nales AC et BD. Dans le cas d’un polygone A1 A2 . . . An de centre de symétrie O, on considère le sy-
métrique X ′ de X par rapport à O, alors d’après l’exemple 1 on a pour tout i ∈ J1, nK : Ai X +Ai X ′ ≥
2Ai O. Donc, si f (X) = A1 X + A2 X + · · · + An X alors f (X) = f (X ′ ) et
f (X) + f (X ′ )
f (X) = ≥ f (O),
2
avec égalité uniquement lorsque X = O.
Exemple 4

Soit ABCD un quadrilatère convexe. Tracer une droite passant par C , coupant les droites
1 1
(AB) et (AD) en M et K respectivement, et telle que + soit minimale.
[BCM] [DCK]

K b

K0 b

D b
C
b

b b b b

A B M M0

On se propose de montrer que la droite recherchée est parallèle à (BD). En effet, soient M0 et K0
les points d’intersection de cette droite avec les droites (AB) et (AD) respectivement. Montrons
1 1 1 1
alors que + > + , c’est équivalent à :
[BMC] [DCK] [BM0 C] [DCK0 ]
1 1 1 1
− > − . (1)
[BMC] [BM0 C] [DCK0 ] [DCK]
Supposons que M ∈ [BM0 ], alors K0 ∈ [DK] et la relation (1) ci-dessus est équivalente alors à :
[MCM0 ] [KCK0 ]
> . (2)
[BMC] · [BM0 C] [DCK0 ] · [DCK]
\0 = KCK
Puisque MCM \0 , alors la relation (2) ci-dessus peut s’écrire sous la forme :
MC CM0 KC CK0
· > · . (3)
[BMC] [BM0 C] [DCK] [DCK0 ]
CM0 CK0
D’autre part, comme (M0 K0 ) (BD), alors = , et la relation (3) est équivalente à :
[BM0 C] [DCK0 ]
MC KC
> .
[BMC] [DCK]
Cette dernière inégalité est vraie puisque la distance de B à (MK) est plus courte que la distance
de D à (MK).
5.1. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES 291

Exemple 5

[ . Trouver les points A ∈ [OX) et B ∈


Soit M un point à l’intérieur d’un angle donné XOY
[OY ) tels que : OA = OB et la somme MA + MB est minimale.

[ , alors les triangles OAM et


Soit M ′ l’image de M par la rotation de centre O et d’angle XOY
OBM ′ sont isométriques, par suite AM = BM ′ . Donc
MA + MB = MB + BM ′ ≥ MM ′ .
Par conséquent, l’expression MA+MB est minimale lorsque B coïncide avec le point d’intersection
des droites (MM ′ ) et (OY ).
Exemple 6

Comment peut-on inscrire un quadrilatère de périmètre minimal dans un rectangle


donné ?

Soit ABCD un rectangle donné. BA′ C ′ C désigne son symétrique par rapport à (BC). On construit
ensuite CC ′ A′′ B′′ le symétrique de BA′ C ′ C par rapport à (CD). Finalement, on construit le rec-
tangle C ′ C ′′′ B′′′ A′′ symétrique de CC ′ A′′ B′′ par rapport à (A′′ C ′ ).

B′′ A′′ M′ B′′′


b b b b

D P C
b b b b b

b C′ C ′′′
Q
b
N
b b b b

A M B A′

Soit M un point quelconque de [AB], et M ′ ∈ [A′′ B′′′ ] tel que A′′ M ′ = AM, alors MM ′ = 2 · AC. Si
N , P et Q sont des points quelconques de [BC], [CD] et [DA] respectivement, alors le périmètre
de MN PQ est égal à la longueur de la ligne brisée reliant M à M ′ . Cette dernière est minimale
lorsque (MN ) (AC) (PQ) et (N P) (BD) (QM). Tout parallélogramme MN PQ avec ces pro-
priétés et inscrit dans ABCD admet un périmètre minimal. Notons qu’il y a une infinité de tels
parallélogrammes.
Exemple 7

Parmi tous les quadrilatères ABCD tels que AB = 3, CD = 2 et \


AMB = 120◦ , où M est le
milieu de [CD], lequel est de périmètre minimal ?

Soient C ′ et D ′ les symétriques de C et D par rapport aux droites (BM) et (AM) respectivement.
Puisque C ′ M = D ′ M = 12 CD et C\ \ DMA
′ MD ′ = 180◦ −2 CMB−2 \ = 60◦ , alors C ′ MD ′ est un triangle
équilatéral. Par suite :
1
AD + CD + CB = AD ′ + D ′ C ′ + C ′ B ≥ AB.
2
Il s’ensuit que AD + CB ≥ AB − 12 CD = 2, ainsi AB + BC + CD + DA ≥ 7 avec égalité si, et seulement
si, C ′ et D ′ appartiennent à (AB).
b
M C
b

b
D

b b

A B
b
b
C′
D′
292 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

\ = AD
Dans le cas où C ′ et D ′ appartiennent à (AB) alors ADM \ \ = BC
′ M = 120◦ , BCM \ ′ M = 120◦ et
\ = 60◦ − CMB
AMD \ = CBM. \ Donc, les triangles AMD et MBC sont semblables, ce qui implique
que AD · BC = (CD/2)2 = 1. D’autre part, AD + BC = 2, et on conclut que AD = BC = 1.
En conclusion, le quadrilatère ABCD de périmètre minimal est un trapèze isocèle, i.e. AD = BC
et (DC) (AB), tel que AB = 3, BC = AD = 1 et CD = 2.
Exemple 8 : Problème de Héron

Soient A et B deux points situés du même côté par rapport à une droite donnée (d).
Trouver un point X ∈ (d) tel que AX + XB soit minimale.

Soit B′ le symétrique de B par rapport à (d), A b

alors pour tout X ∈ (d) on a XB = XB′ , par suite : b


B

b b

(d) X X0

b
AX + XB = AX + XB′ ≥ AB′ . B′

On a égalité lorsque X est le point X0 d’intersection de (d) avec (AB′ ). Donc, pour tout point
X ∈ (d) différent de X0 on a :
AX + XB ≥ AB′ = AX0 + X0 B,
ce qui montre que X0 est l’unique solution du problème.
Exemple 9 : Problème de Fagnano

Peut-on inscrire un triangle de périmètre minimal dans un triangle acutangle donné ?

Le problème de Fagnano, encore appelé « problème du triangle de Schwarz », est un célèbre


problème de géométrie euclidienne résolu par le mathématicien italien Giulio Fagnano (1682-
1766) et son fils Giovanni Fagnano (1715-1797).
Théorème de Fagnano

Soit ABC un triangle acutangle donné. Il existe un unique triangle MN P de périmètre


minimal, inscrit dans ABC. Ce triangle a pour sommets les pieds des hauteurs issues de
A, B et C.
Le triangle MN P est appelé le triangle orthique.

Démonstration
La démonstration donnée ci-dessous a été proposée en 1900, à l’âge de 20 ans, par le grand mathéma-
ticien hongrois Lipót Fejér (1880-1959). Premièrement, nous considérons une version plus simple du
problème. Fixons un point P arbitraire sur la droite (AB). Nous allons maintenant trouver les points
M et N sur (BC) et (AC) respectivement, de sorte que le triangle MN P soit de périmètre minimal
(bien entendu, le minimum dépendra du choix de P).
Soit P1 le symétrique de P par rapport à (BC) et P2 le symétrique de P par rapport à (AC). Alors :

CP1 = CP = CP2 , P[ [
1 CB = PCB et \
P [
2 CA = PCA.

On pose γ = BCA, [ alors P\ 1 CP2 = 2γ, de plus 2γ < 180 puisque γ < 90 par hypothèses. Donc,
◦ ◦

(P1 P2 ) coupe [BC] et [AC] aux points M et N respectivement et le périmètre du triangle MN P est
égal à P1 P2 . D’une manière analogue, si Z est un point quelconque sur [BC] et Y un point quelconque
sur [AC], le périmètre de ZPY est égal à la longueur de la ligne brisée P1 ZY P2 , qui est supérieure
ou égale à P1 P2 . Ainsi, le périmètre du triangle PZY est supérieur ou égal au périmètre du triangle
PMN et l’égalité a lieu précisément lorsque Z = M et Y = N .
5.1. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET TRANSFORMATIONS GÉOMÉTRIQUES 293

Ainsi, nous devons trouver un point P ∈ [AB] de sorte que [P1 P2 ] soit de longueur minimale. Remar-
quons que ce segment est la base d’un triangle isocèle P2 P1 C avec comme angle constant 2γ au point
C et comme côtés CP1 = CP2 = CP. Ainsi, nous devons choisir P sur [AB] de sorte que CP1 = CP soit
minimal. Il est évident que ce minimum est obtenu lorsque P est le pied de la hauteur issue de C.
Remarquons maintenant que si P est le pied de la hauteur issue de C, alors M et N sont les pieds des
deux autres hauteurs du triangle ABC. Pour prouver cette assertion, notons M1 et N1 les pieds des
hauteurs du triangle ABC passant par A et B respectivement. Alors :

\
BM \ [ \
1 P1 = BM1 P = BAC = CM1 N1 ,

ce qui montre que le point P1 appartient à (M1 N1 ).


De même, P2 appartient à (M1 N1 ) et donc M = M1 et N = N1 .
En conclusion, de tous les triangles inscrits dans le triangle ABC, celui ayant ses sommets confondus
avec les pieds des hauteurs issues de A, B et C a son périmètre qui est minimal.

☞ Lorsque ABC est obtusangle, le triangle MN P est tel que M = N = C et P le pied de la


hauteur issue de C. Dans ce cas, on dit que le triangle MN P est dégénéré.
Exemple 10

Les villes de Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne) sont séparées par un fleuve (le Rhin).
On suppose que les deux rives du Rhin sont parallèles entre elles.
Trouver le plus court chemin pour aller de Strasbourg à Kehl en traversant un pont sur le
Rhin qui est perpendiculaire aux deux rives du fleuve.

On désigne par S la ville de Strasbourg, K


la ville de Kehl, et r1 , r2 sont les deux rives du S ′′ S′
Rhin. Les deux rives sont symétriques par rap- S
b b b

port à la droite r. Soit S ′ le symétrique de S par


rapport à (r), et S ′′ le symétrique de S ′ par rap- b
M
b
N
port à (r2 ). Soit N0 le point d’intersection de (r2 ) b b
avec (KS ′′ ), et soit M0 le point de (r1 ) tel que M0 N0
(M0 N0 ) ⊥ (r1 ).

b
K
r1 r r2

Soient M ∈ (r1 ) et N ∈ (r2 ) deux points arbitraires tels que (MN ) ⊥ (r1 ), alors SM = S ′ N = S ′′ N , et
par suite : SM +MN +N K = S ′′ N +N K +M0 N0 ≥ S ′′ K +M0 N0 , avec égalité lorsque N = N0 . Dans
ce cas on a clairement M = M0 . En conclusion, le plus court chemin est SM0 N0 K.
Exemple 11 : Problème de Pompeiu (1873-1954)

Soit P un point dans le plan d’un triangle équilatéral ABC . Montrer qu’il existe un triangle
de côtés AP, BP et CP . Ce triangle est dégénéré si, et seulement si, P appartient au cercle
circonscrit au triangle ABC .

Le problème est équivalent à la formulation suivante : pour tout point P du plan on a l’inégalité

AP + BP ≥ CP,
“ du cercle circonscrit au triangle ABC.
avec égalité si, et seulement si, P appartient à l’arc AB
Supposons que CP ≥ AP et CP ≥ BP. Considérons la rotation R de centre A et d’angle 60◦ . Si P ′ est
[′ = 60◦ , donc APP ′ est un triangle équilatéral,
l’image de P par la rotation R alors AP = AP ′ et PAP
294 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

par conséquent PP ′ = PA. Notons que la rotation R envoie B vers C, donc [P ′ C] est l’image de [PB]
par R, par suite CP ′ = BP. Par conséquent, le triangle PCP ′ a des côtés dont les longueurs sont
égales à AP, BP et CP. Puisque CP ≥ AP, CP ≥ BP et APP [′ = 60◦ , le triangle PCP ′ est dégénéré
[ = 60◦ = ABC,
si, et seulement si APC [ dans un tel cas APBC est un quadrilatère cyclique, d’où P
“
appartient à l’arc AB du cercle circonscrit au triangle ABC.

Exemple 12 : (OIM, 1995)

Soit ABCDEF un hexagone convexe tel que :

AB = BC = CD, DE = EF = FA et [ = EFA
BCD € = 60◦ .

[ =\
Soient G et H deux points intérieurs à l’hexagone tels que AGB DHE = 120◦ . Montrer
que :
AG + GB + GH + DH + HE ≥ CF.

Par hypothèses les triangles BCD et EFA sont équilatéraux, donc (BE) est un axe de symétrie
de ABDE.

b
B

A
b
b
b
C
G

b
H
b
F

b
b
E
D

Soient BC ′ A et EF ′ D les symétriques de BCD et EFA par rapport à (BE) respectivement. Puisque
[ = 180◦ − AC
BGA \ ′ B, alors le point G appartient au cercle circonscrit au triangle ABC ′ . D’après le
théorème de Pompeiu on a : AG + GB = C ′ G, et de même DH + HE = HF ′ , par suite :

CF = C ′ F ′ ≤ C ′ G + GH + HF ′ = AG + GB + GH + DH + HE,

avec égalité si, et seulement si, G et H appartiennent tous les deux à (C ′ F ′ ).

Exemple 13 : Problème du triangle de Steiner (1796-1863)

Trouver un point X dans le plan d’un triangle donné ABC tel que la somme AX + BX + CX
soit minimale.

Soit f (X) = AX + BX + CX. Il est clair que si X est situé en dehors du triangle ABC, alors il
existe un point X ′ tel que f (X ′ ) < f (X). En effet, supposons que X est en dehors du triangle ABC,
alors une des droites (AB), (BC) et (CA), disons que c’est (AB), est telle que le point X et le triangle
ABC sont de part et d’autre par rapport à la droite (AB).
5.2. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET INÉGALITÉS ALGÉBRIQUES 295

C
b

X′
b

A Y
b b b

B
b
X

Soit X ′ le symétrique de X par rapport à (AB), alors AX ′ = AX, BX ′ = BX. De plus, le segment
[CX] coupe la droite (AB) en un point Y , et on a : XY = X ′ Y . D’après l’inégalité triangulaire on a :
CX ′ < CY + X ′ Y = CY + XY = CX,
ce qui implique que f (X ′ ) < f (X).
Dans la suite, on ne considère que le cas où X est situé à l’intérieur ou sur les bords du triangle
ABC. On note les angles du triangle ABC par α, β et γ, et on suppose sans perte de généralité que
γ ≥ α ≥ β. Alors, α et β sont tous les deux aigus. Soit ϕ la rotation de centre A et d’angle 60◦ (dans
le sens contraire des aiguilles d’une montre). Pour tout point M du plan, on note par M ′ l’image
de M par ϕ, alors AMM ′ est un triangle équilatéral, en particulier ACC ′ est équilatéral.
Soit X un point arbitraire dans le triangle ABC, alors AX = XX ′ , et ϕ(X) = X ′ , ϕ(C) = C ′ im-
pliquent que CX = C ′ X ′ , par conséquent f (X) = BX + XX ′ + X ′ C ′ , c’est-à-dire f (X) est égale à la
longueur de la ligne brisée BXX ′ C ′ . On considère trois cas.
⋄ Cas 1 : γ < 120◦ .
\′ = γ + 60◦ < 180◦ . Comme α < 90◦ alors on a aussi BAC
Alors BCC \′ < 180◦ , donc le segment
[BC ] coupe le côté AC en un point D. Soit X0 le point d’intersection de BC ′ avec le cercle cir-

conscrit au triangle ACC ′ , alors X0 est situé à l’intérieur du segment [BD] et X0′ ∈ [C ′ X0 ] puisque
\
AX \′ ◦
0 C = ACC = 60 . De plus, on a :

f (X0 ) = BX0 + X0 X0′ + X0′ C ′ = BC ′ ,


d’où f (X0 ) ≤ f (X) pour tout point X dans le triangle ABC. On a égalité lorsque X et X ′ sont tous
les deux des éléments de [BC ′ ], ce qui n’est possible que lorsque X = X0 .
Notons que le point X0 , ainsi construit, vérifie :
\
AX \ \ ◦
0 C = AX0 B = BX0 C = 120 .

X0 s’appelle le point de Torricelli du triangle ABC.


⋄ Cas 2 : γ = 120◦ .
Dans ce cas le segment [BC ′ ] contient le point C et f (X) = BX + XX ′ + X ′ C ′ = BC ′ précisément
lorsque X = C.
remarque : les cas 1 et 2 découlent aussi du théorème de Pompeiu. En effet, le triangle ACC ′ est
équilatéral et on a f (X) = AX + BX + CX ≥ C ′ X + BX ≥ C ′ B.
⋄ Cas 3 : γ > 120◦ .
Alors BC ′ n’a pas de points communs avec le côté AC. Si AX ≥ AC alors par l’inégalité triangu-
laire :
f (X) = AX + BX + CX ≥ AC + BC.
Si AX < AC, alors X ′ est à l’intérieur du triangle ACC ′ et f (X) = BX + XX ′ + X ′ C ′ ≥ AC + BC
puisque C est dans le rectangle BC ′ X ′ X. Dans les deux cas, on a égalité lorsque X = C.
En conclusion, si tous les angles du triangle ABC sont < 120◦ , alors f (X) est minimale lorsque X
coïncide avec le point de Torricelli du triangle ABC. Si l’un des angles du triangle ABC est ≥ 120◦ ,
alors f (X) est minimale lorsque X coïncide avec le sommet de cet angle.

5.2 Problèmes d’extremums et inégalités algébriques


Dans ce paragraphe on va étudier les problèmes d’extremums à l’aide des inégalités algé-
briques comme, par exemple, l’inégalité de la moyenne, l’inégalité de Cauchy-Schwarz, l’inégalité
de Minkowski, etc. Pour plus de détails, voir le chapitre « inégalités géométriques ».
296 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

Exemple 14

Montrer que, parmi tous les rectangles inscrits dans un cercle donné, c’est le carré qui a la
plus grande aire.

Soient a, b les côtés du rectangle, et R le rayon du cercle, alors a2 + b 2 = (2R)2 = 4R2 .


a2 + b 2
La conclusion découle clairement de l’inégalité ab ≤ .
2
Exemple 15

Montrer que, parmi tous les parallélépipèdes rectangles de volume fixe, c’est le cube qui a
la plus petite aire latérale.

Soient a, b et c les longueur, largeur et hauteur du parallélépipède, alors le volume V est donné
par V = abc. Si S est la surface latérale, alors on sait que S = 2(ab + bc + ca). Maintenant grâce à
l’inégalité de la moyenne on a :
q
S ab + bc + ca
= ≥ 3
(abc)2 = V 2/3 .
6 3
Ainsi, le minimum de S est atteint lorsque a = b = c.
Exemple 16

Un carré et un triangle ont la même aire. Qui des deux a le plus grand périmètre ?

Soient a et ha la longueur d’un côté du triangle et la hauteur correspondante, alors le périmètre


ah √
est plus grand que a + 2ha . Si c est le côté du carré alors : a = c 2 et a + 2ha ≥ 2 2aha = 4c. Donc,
2
le périmètre du triangle est plus grand que le périmètre du carré.
Exemple 17

1 Déterminer la longueur du plus court segment divisant un triangle donné ABC en


deux parties de même aire.
2 Déterminer la longueur du plus court segment divisant un triangle donné ABC en
deux parties de même périmètre.

➀ On commence par trouver la longueur du plus court segment [XY ] qui coupe les côtés [AB]
et [AC] formant un angle de mesure α.

C
b

Y
b

b
a

b
α b b

A c
X B

On pose AX = c, AY = b et XY = a. D’après la relation d’Al-Kashi on a : a2 = b 2 +c 2 −2bc cos α.


D’après l’inégalité b 2 +c 2 ≥ 2bc, il s’ensuit que : a2 ≥ 2bc(1−cos α). Puisque 2[ABC] = bc sin α,
on obtient :
1 − cos α α
a2 ≥ 4 · [ABC] · = 4 · [ABC] · tan .
sin α 2
5.2. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET INÉGALITÉS ALGÉBRIQUES 297
r
α
Par conséquent, le plus court chemin dans ce cas a pour longueur : a = 4 · [ABC] · tan .
2
En conclusion, la solution du problème est donnée par un segment de longueur
r
α
2 · [ABC] · tan
2
avec α le plus petit des angles du triangle.
➁ D’après la relation d’Al-Kashi on a : a2 = b 2 + c 2 − 2bc cos α, d’où
(b + c)2
a2 = (b + c)2 − 2bc(1 + cosα) ≥ (b + c)2 − · (1 + cos α)
2
   
(b + c)2 (1 − cos α) α 2 α 2
= = (b + c) sin = s · sin
2 2 2
α
c’est-à-dire a ≥ s · sin où s est le semi-périmètre du triangle.
2
α
En conclusion, la solution du problème est donnée par un segment de longueur s · sin où
2
s est le semi-périmètre et α le plus petit des angles du triangle.

Exemple 18

Soit O un point dans le plan d’un quadrilatère ABCD tel que :

AO 2 + BO 2 + CO 2 + DO 2 = 2 · [ABCD].

Montrer que ABCD est un carré de centre O .

AO 2 + BO 2 [ = 90◦ et AO = BO.
On a : 2 [AOB] ≤ AO · BO ≤ avec égalité si, et seulement si, AOB
2
De même on a :
BO 2 + CO 2 CO 2 + DO 2 DO 2 + AO 2
2[BOC] ≤ , 2[COD] ≤ , 2[DOA] ≤ .
2 2 2
En sommant les quatre inégalités on déduit que :
2 ( [AOB] + [BOC] + [COD] + [DOA] ) ≤ AO 2 + BO 2 + CO 2 + DO 2 ,
[ = BOC
avec égalité si, et seulement si, AOB [ = COD
\ = DOA[ = 90◦ et AO = BO = CO = DO.
D’autre part, pour tout quadrilatère ABCD, convexe ou non, et tout point O on a :
2 [ABCD] ≤ 2 ( [AOB] + [BOC] + [COD] + [DOA] ).
Il s’ensuit que ABCD est un carré de centre O.
Exemple 19

Soit ABCD un quadrilatère convexe d’aire égale à 1.


1 Déterminer le maximum de la somme AB + BC + CD + DA.
2 Déterminer le maximum de la somme AC + BD .

➀ On a clairement :
1 1
1 = [ABD] + [BCD] ≤ (AB · AD + BC · CD) et 1 = [ABC] + [ACD] ≤ (AB · BC + AD · CD).
2 2
En sommant on déduit que (AB + CD)(AD + BC) ≥ 4, et par l’inégalité de la moyenne :
p
AB + CD + AD + BC ≥ 2 (AB + CD)(AD + BC) ≥ 4.
Par conséquent, la valeur minimale de la somme AB + BC + CD + DA est égale à 4, et cette
valeur est atteinte uniquement lorsque ABCD est un carré.
298 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

1
➁ On a : 1 = [ABCD] = · AC · BD · sin ϕ où ϕ est l’angle entre les diagonales AC et BD.
2 √ √
Donc, AC · BD ≥ 2, et par l’inégalité de la moyenne : AC + BD ≥ 2 AC · BD ≥ 2 2, avec
égalité si, et seulement si, AC ⊥ BD et AC = BD.

Exemple 20

Soit X un point à l’intérieur d’un triangle donné ABC . Les droites passant par X et pa-
rallèles aux trois côtés du triangle divisent ce dernier en six parties, trois d’entres elles
sont des triangles d’aires S1 , S2 et S3 . Déterminer la position de X pour laquelle la somme
S1 + S2 + S3 est minimale.

Comme les triangles en question sont semblables au triangle ABC, alors il est facile de voir que
√ √ √ 2
[ABC] = S1 + S2 + S3 . D’après l’inégalité de la moyenne on a :
√ √ √ 2
S1 + S2 + S3 [ABC]
S1 + S2 + S3 ≥ = .
3 3
[ABC]
On a égalité si, et seulement si, S1 = S2 = S3 = .
9
Donc, la somme S1 + S2 + S3 est minimale lorsque X est le centre de gravité du triangle [ABC].
Exemple 21

Soit ABC un triangle équilatéral et P un point à son intérieur. Montrer que l’aire du tri-
[ABC]
angle de côtés PA, PB et PC est plus grande ou égale à .
3

On trace les droites passant par P et parallèles aux côtés du triangle. On note ces droites
(B2 A1 ), (C2 B1 ), (A2 C1 ). On a : PA = B2 C2 , PB = C2 A2 et PC = A2 B2 . Donc, il suffit de montrer que
1
[A2 B2 C2 ] ≤ [ABC].
3

C
b

B1 b
A2
b

B2 A1
b b b

b b b b

A C1 C2 B

On a :
1
[A2 B2 C2 ] = [A2 B2 P] + [B2 C2 P] + [C2 A2 P] = ([A2 CB1 P] + [B2 AC1 P] + [C2 BA1 P])
2
1
= ([ABC] − [A1 A2 P] − [B1 B2 P] − [C1 C2 P]) .
2
1
L’exemple précédent montre que [A2 B2 C2 ] ≤ [ABC].
3
Exemple 22

Parmi tous les triangles de périmètre fixé, déterminer celui qui a la plus grande aire.
5.2. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET INÉGALITÉS ALGÉBRIQUES 299

Si a, b et c sont les longueurs des côtés du triangle, alors par la formule de Héron on a :
p a+b+c
Aire = s(s − a)(s − b)(s − c) avec s= .
2
p
3 (s − a) + (s − b) + (s − c) s
D’après l’inégalité de la moyenne, on a : (s − a)(s − b)(s − c) ≤ = .
3 3
Par conséquent :
r   √
s 3 2 3
Aire ≤ s =s · ,
3 9
avec égalité si, et seulement si, s−a = s−b = s−c, c’est-à-dire lorsque a = b = c (triangle équilatéral).
Exemple 23

Soit X un point situé à l’intérieur d’un triangle donné ABC . On note par x, y et z les dis-
tances de X aux côtés BC, AC et AB respectivement. Pour quelles positions du point X , la
somme x2 + y 2 + z2 est-elle minimale ? est-elle maximale ?

Posons a = BC, b = CA et c = AB, alors 2 [ABC] = ax + by + cz, et d’après l’inégalité de Cauchy-


Schwarz on a :   
4 [ABC]2 = (ax + by + cz)2 ≤ a2 + b 2 + c 2 x2 + y 2 + z2 .

Par conséquent :
4 [ABC]2
x2 + y 2 + z2 ≥ .
a2 + b 2 + c 2
x y z
En conclusion, la somme x2 +y 2 +z2 est minimale pour les points X tels que = = .
a b c

Point de Lemoine
Il existe, en fait, un unique point vérifiant de telles conditions, il s’agit du point de lemoine,
il est défini comme étant le point d’intersection des droites symétriques des médianes du
triangle par rapport aux bissectrices correspondantes.

Pour la valeur maximale de x2 +y 2 +z2 , il n’est pas difficile de voir qu’elle est atteinte lorsque X
coïncide avec le sommet du plus petit angle du triangle. En effet, si par exemple a = BC est le plus
côté du triangle, alors a(x + y + z) ≤ ax + by + cz = 2 [ABC], donc x + y + z ≤ ha , où ha est la longueur
de la hauteur issue de A. D’autre part, x2 + y 2 + z2 ≤ (x + y + z)2 , et par suite x2 + y 2 + z2 ≤ h2a , avec
égalité seulement si X = A.
Exemple 24

Soit X un point situé à l’intérieur d’un triangle donné ABC . On suppose que les droites
(AX), (BX) et (CX) coupent les côtés BC, CA et AB aux points A1 , B1 et C1 respectivement.
Déterminer les positions du point X pour lesquelles l’aire du triangle A1 B1 C1 est maxi-
male.

AC1 BA1 CB1


On pose λ = ,µ= et ν = . D’après le théorème de Céva on sait que λµν = 1.
C1 B A1 C B1 A
D’autre part, on a :

[AB1 C1 ] AC1 AB1 λ [BA1 C1 ] BA1 BC1 µ


= · = , = · = ,
[ABC] AB AC (λ + 1)(ν + 1) [ABC] BC BA (µ + 1)(λ + 1)
[CB1 A1 ] CB1 CA1 ν
= · = .
[ABC] CA CB (ν + 1)(µ + 1)
300 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

Par suite
[A1 B1 C1 ] λ µ ν 1 + λνµ
= 1− − − =
[ABC] (λ + 1)(µ + 1) (µ + 1)(λ + 1) (ν + 1)(λ + 1) (λ + 1)(µ + 1)(ν + 1)
2
= .
(λ + 1)(µ + 1)(ν + 1)
√ √ √
En multipliant, entre elles, les trois inégalités : 1 + λ ≥ 2 λ, 1 + µ ≥ 2 µ et 1 + ν ≥ 2 ν on obtient
(1 + λ)(1 + µ)(1 + ν) ≥ 8. Par conséquent, [A1 B1 C1 ] ≤ 14 · [ABC], avec égalité lorsque λ = µ = ν = 1,
c’est-à-dire lorsque X est le centre de gravité du triangle ABC.
En conclusion, l’aire du triangle A1 B1 C1 est maximale lorsque X est le centre de gravité de ABC.
Exemple 25

Soit ABC un triangle équilatéral. On considère les points C1 , A1 et B1 éléments des seg-
ments [AB], [BC] et [CA] respectivement. Quelle est la valeur maximale de la somme des
rayons ra , rb et rc des cercles inscrits dans les triangles AB1 C1 , BC1 A1 et CA1 B1 ?

2 [AB1 C1 ] 3 AB1 · AC1
On a : ra = = · , par suite :
AB1 + AC1 + B1 C1 2 AB1 + AC1 + B1 C1
√ √
3 AB1 · AC1 3p 1
ra ≤ · √ √ = AB1 · AC1 ≤ √ · (AB1 + AC1 ).
2 2 AB1 · AC1 + AB1 · AC1 6 4 3
On obtient de façon analogue, et par symétrie, des inégalités identiques pour rb et rc .
En sommant les trois inégalités ainsi obtenues on déduit que :
1 1
ra + rb + rc ≤ √ (AB1 + AC1 + BC1 + BA1 + CA1 + CB1 ) = √ (AB + BC + CA).
4 3 4 3
On a égalité lorsque A1 , B1 et C1 sont les milieux des segments [BC], [AC] et [AB] respectivement.

5.3 Problèmes d’extremums et combinatoire


Dans ce paragraphe on s’intéresse aux problèmes de recherche d’extremums en rapport avec la
combinatoire. On commence par énoncer et démontrer un résultat fondamental dans ce domaine.
Le théorème de Pick (1899) fournit une formule simple pour calculer l’aire A d’un polygone
construit sur une grille de points équidistants (c’est-à-dire des points de coordonnées entières) tel
que tous ses sommets soient des points de la grille de ce polygone en se servant du nombre i de
points intérieurs du polygone et du nombre b de points du bord du polygone.
Théorème de Pick (1859-1942)

b
A = i+ − 1.
2

Démonstration
On commence la démonstration du théorème de Pick par un exemple simple : prenons pour polygone
P un carré horizontal de côté n ≥ 2 dont les sommets sont les points de coordonnées (0, 0), (n, 0), (0, n)
et (n, n). Alors, on a clairement A = n2 , b = 4(n + 1) − 4 = 4n (les sommets sont comptés deux fois), et
i = (n − 1)2 . On voit ainsi que (n − 1)2 + 2n − 1 = n2 .
Pour montrer le cas général, l’idée consiste à découper le polygone P en polygones plus simples (pas
des carrés du type ci-dessus mais plutôt des triangles). Il suffira alors d’établir la formule pour un
triangle, car on observe que la formule est additive au sens suivant : supposons que P1 et P2 sont
deux polygones ayant une ou plusieurs arêtes consécutives en commun mais dont les intérieurs sont
disjoints.
5.3. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET COMBINATOIRE 301

P1 P2

On note P le polygone P1 ∪ P2 et A1 , i1 , b1 (respectivement A2 , i2 , b2 ) l’aire, le nombre de points


intérieurs et sur la frontière de P1 (respectivement P2 ). On a clairement A = A1 + A2 . Soit x le
nombre de points qui sont sur la frontière commune à P1 et à P2 et dans l’intérieur de P1 ∪ P2 , alors
on a les relations : i = i1 + i2 + x et b = b1 + b2 − 2x − 2, par suite :

b b + b2 − 2x − 2 b b
i+ − 1 = i1 + i2 + x + 1 − 1 = i1 + 1 − 1 + i2 + 2 − 1.
2 2 2 2
Par conséquent, si la formule est vraie pour P1 et P2 , elle est aussi vraie pour P. Montrons maintenant
que tout polygone P peut être décomposé en triangles à sommets dans Z × Z, et même en triangles
élémentaires, c’est-à-dire qui n’ont aucun point à coordonnées entières dans leur intérieur ou au bord
hormis les sommets. On procède de la façon suivante : on commence par trianguler le polygone P
n’importe comment (en fait, il est facile de montrer par récurrence sur le nombre de sommets que tout
polygone admet une triangulation, voir figure précédente à droite). Si un des triangles contient un
point à coordonnées entières dans son intérieur, on le relie aux trois sommets. On continue cela tant
qu’il reste des points intérieurs à coordonnées entières. Enfin, pour un triangle sans point intérieur à
coordonnées entières, on regarde s’il y a des points à coordonnées entières sur un des bords en dehors
des sommets. Si tel est le cas, on relie le sommet opposé à tous les points entiers du côté en question. En
conclusion, tout polygone admet une triangulation en triangles élémentaires . Comme P est obtenu
en assemblant ces triangles élémentaires avec 1 ou 2 arêtes en commun, il suffit, d’après l’additivité
de vérifier que la formule est vraie pour un triangle élémentaire T . Comme pour un tel triangle on
a : i = 0 et b = 3, on est ramené à montrer que l’aire de T est égale à 1/2. Quitte à effectuer une
translation, on peut supposer que l’un des sommets de T est l’origine (0, 0). On note (a, b) et (c, d)
les coordonnées des deux autres sommets. Puisque T est élémentaire alors u = (a, b) et v = (c, d)
forment une base du réseau Z2 car si (x, y) ∈ Z2 on peut écrire (x, y) = αu + βv avec (α, β) ∈ R2
puisque (u, v) est une base de R2 . On va voir que α et β sont des entiers. On peut écrire α = ⌊α⌋ + r
et β = ⌊β⌋ + s avec r, s ∈ [0, 1[. Le point (x, y) − ⌊α⌋u − ⌊β⌋v = ru + vs est dans Z2 et se trouve dans
le parallélogramme de base (u, v). Comme T est élémentaire, ce parallélogramme ne contient aucun
point à! coordonnées entières en dehors de ses sommets. Ainsi, r = s = 0. Il en résulte que la matrice
a c
est dans GL2 (Z). Son déterminant est donc égal à ±1. Or ce déterminant représente l’aire
b d
algébrique du parallélogramme défini par u et v. L’aire de T est donc égale à 1/2.

Dans l’exemple ci-dessous on a : i = 8, b = 13, d’où A = 8 + 6, 5 − 1 = 13, 5.

Exemple 26

Soit n ≥ 4 un entier naturel. Quel est le nombre maximal de points à coordonnées entières
contenus à l’intérieur ou sur le bord d’un carré de côté n ?
302 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

Soit K un carré arbitraire de côté n, et soit M le plus petit polygone convexe contenant les points à
coordonnées entières situés dans K. Alors, l’aire [M] de M est ≤ n2 , et le périmètre P (M) de M est
m
≤ 4n. D’après la formule de Pick on a : [M] = +k −1, où k est le nombre de points à coordonnées
2
entières situés à l’intérieur de M, et m le nombre de points à coordonnées entières situés sur la
m
frontière (ou les bords) de M. Donc, +k −1 ≤ n2 . Puisque la distance entre deux points distincts
2
et à coordonnées entières est ≥ 1, alors P (M) ≤ m. Par conséquent, m ≤ 4n et on déduit que :
 
m m
m+k = + k − 1 + + 1 ≤ n2 + 2n + 1 = (n + 1)2 .
2 2
D’où, le nombre m + k de points à coordonnées entières dans K ne dépasse pas (n + 1)2 .
D’autre part, il est clair qu’il existe un carré de côté n contenant (n + 1)2 points à coordonnées
entières.
Exemple 27

Quel est le nombre minimum de plans nécessaires pour couper un cube en au moins 300
pièces ?

En utilisant une preuve par récurrence sur n, il n’est pas difficile de montrer que n droites
n(n+1)
divisent le plan en moins de p(n) = 2 + 1 parts. On obtient précisément p(n) lorsque deux
droites quelconques se coupent, et aucun triplet de droites quelconques ne se coupent en un
point. En utilisant encore une fois la récurrence sur n, on montre que n plans divisent l’espace en
3
moins de q(n) = n +5n+6
6 parts, et on obtient précisément q(n) lorsque deux plans quelconques se
coupent, aucun triplet de plans quelconques n’ont une droite en commun, et aucun quadruplet
de plans quelconques n’ont un point en commun.
Puisque q(12) = 299 < 300 < 378 = q(13), alors pour couper l’espace en au moins 300 parts il
nous faut 13 plans. Il est clair de voir, maintenant, que le même nombre de plans est nécessaire
pour couper un cube en au moins 300 pièces.
Exemple 28

Soit n ≥ 3 un entier donné. Pour des points A1 , A2 , · · · , An dans le plan, et tels que trois
points quelconques ne sont pas alignés, on note par α le plus petit des angles A\ i Aj Ak pour
i, j et k différents. Quelle est la plus grande valeur possible pour α ?

180◦
On se propose de montrer que : α ≤ .
n
Il existe deux points, disons par exemple A1 , A1 b b
A2 , tels que tous les autres points sont situés du b

même côté par rapport à la droite (A1 A2 ). Choi-


b

sissons un point A3 tel que A\ 1 A2 A3 soit maxi- b

mal, alors tous les autres points sont contenus b


A3
A2
dans cet angle.

De plus, A\ 1 A2 A3 ≥ α(n − 2) puisque l’angle entre deux demi-droites consécutives [A2 Ai ) est
≥ α. Ensuite, on choisit un point A4 tel que A\ 2 A3 A4 est un maximum, etc. On a clairement
A\ A A
2 3 4 ≥ α(n − 2), A\ A A
3 4 5 ≥ α(n − 2), etc. Comme le nombre de points est n, alors il existe un
nombre minimal m ≤ n tel que Am+1 ∈ {A1 , A2 , · · · , Am−1 } (il est clair que Am+1 , Am ), c’est-à-dire
\
Am−1 Am A est maximal pour A = Ai pour un certain i ∈ J1, m − 1K. Si i , 1, alors A1 est situé dans
l’angle Am−1\ Am Ai , une contradiction. Par suite, i = 1 et chacun des angles du polygone convexe
A1 A2 · · ·Am est ≥ α(n − 2). Par conséquent : 180◦ (m − 2) ≥ mα(n − 2), ce qui implique :
   
180◦ (m − 2) 180◦ 2 180◦ 2 180◦
α≤ = 1− ≤ 1− = .
m(n − 2) n−2 m n−2 n n
5.3. PROBLÈMES D’EXTREMUMS ET COMBINATOIRE 303

Il est facile de voir que si A1 , A2 , · · · , An sont les b

sommets d’un polygone régulier à n côtés, alors b b

180◦
on a : α = . b
α b
n α
En conclusion, la plus grande valeur possible
180◦ α
de α est égale à : . b b

n
b b

Exemple 29

Quel est le plus grand nombre de points que l’on peut placer dans le disque unité de sorte
que la distance entre deux points quelconques soit strictement supérieure à 1 ?

Soient O le centre du disque, et A1 , A2 , · · · , An des points à l’intérieur du disque tels que Ai Aj >
1 pour i , j. On peut supposer que ces points sont rangés dans le sens des aiguilles d’une montre
puisque deux quelconques d’entre eux n’appartiennent pas au même rayon. Posons αi = A\ i OAi+1
pour i ∈ J1, nK, avec An+1 = A1 . Alors αi > 60◦ puisque Ai Ai+1 est le plus grand côté du triangle
Ai OAi+1 . D’où :

360◦ = α1 + α2 + · · · + αn > n · 60◦ et par suite n ≤ 5.

Pour montrer que le nombre cherché est 5, on b

prend 5 points A1 , A2 , A3 , A4 , A5 qui sont suffi- b

samment proches des sommets d’un pentagone


A1
régulier inscrit dans le cercle unité (voir figure b
b
A2 b
b
ci-contre). En conclusion, 5 est le plus grand A5 O
b
nombre de points que l’on peut placer dans le
disque unité de sorte que la distance entre deux A3
A4
points quelconques soit strictement supérieure b b

à un. b b

Exemple 30

Soit n ≥ 4 un entier. Quel est le nombre maximal d’angles aigus dans un polygone convexe
à n côtés ?

Si le polygone convexe à n ≥ 4 côtés admet


au moins 4 angles aigus, alors leurs angles exté- b
b

rieurs seront obtus, donc leur somme sera plus α4

grande que 360◦ . Cependant, la somme de tous b

les angles extérieurs α1 , α2 , · · · , αn du polygone


αn α3
convexe est égale à : n·180◦ −(n−2)·180◦ = 360◦ , b
b
une contradiction. α1 b
α2

Exemple 31

Quel est le plus petit nombre de points qui peuvent être placés dans un polygone convexe
à n côtés de sorte que chaque triangle, formé par trois des sommets du polygone convexe,
contienne un au moins de ces points ?
304 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

Soit A1 A2 · · ·An un polygone convexe quel- b b


Ai
conque. Les diagonales issues du sommet A1
b
le coupent en n − 2 triangles. Donc, le nombre b

cherché est inférieur ou égal à : n−2. Une répar- An b b

tition des n−2 points dans un polygone convexe b

à n côtés et vérifiant les conditions de l’exercice b

est présentée dans la figure ci-contre.


b b
b A3
A1
b

A2

5.4 Exercices

Exercice 1
Soit ABC un triangle rectangle en C. Trouver un point M du cercle circonscrit au triangle
ABC pour lequel la somme MA + MB + MC est maximale.

Solution. Posons f (M) = AM + BM + CM. Si M appartient à l’un des arcs AC “ et BC,


“ alors
′ ′
pour le symétrique M de M par rapport à la droite (AB) on obtient f (M ) > f (M) puisque
AM = AM ′ , BM = BM ′ et CM ≤ CM ′ . Donc, il suffit de considérer les points M du cercle cir-
conscrit tels que (MC) coupe (AB). Posons ϕ = MCB, \ alors d’après la loi des sinus on a : BM =
c sin ϕ, AM = c sin(90◦ − ϕ) = c cosϕ et CM = c sin(α + ϕ) = c sin α cos ϕ + c cos α sin ϕ = a cos ϕ +
b sin ϕ. Donc, f (M) = (a+c) cos ϕ+(b+c) sin ϕ. La fonction ϕ ∈ [0, 90◦ ] 7−→p(a+c) cos ϕ+(b+c) sin ϕ
atteint son maximum lorsque tan ϕ = b+c 2 2
a+c , et dans ce cas on a : f (M) = (a + c) + (b + c) .

C
b

a
ϕ B
b

c
α

A
b

Exercice 2

Déterminer le plus petit nombre réel k tel que : dans tout triangle, on peut trouver deux
a
côtés de longueurs a et b avec 1 ≤ < k.
b


1+ 5
Solution. On montre tout d’abord que k ≥ . En effet, soit m un nombre réel arbitraire
√ 2
1+ 5
vérifiant 1 ≤ m < . Alors, 1 + m > m2 , ce qui montre qu’il existe un triangle de côtés
2 ! √
2 m m2 m2 1+ 5
1, m, m . Donc, k > min , , = m, ce qui implique que k ≥ .
1 m 1 2

1+ 5
Réciproquement, soit k ≥ et supposons que l’assertion n’est pas vraie. Alors, il existe
2
a b a b a
un triangle de côtés a ≥ b ≥ c tel que ≥ k et ≥ k. On déduit que b ≤ et c ≤ ≤ 2 . D’où,
b c k k k
5.4. EXERCICES 305
 
1 1
b+c ≤a + 2 ≤ a, une contradiction. En conclusion, la plus petite valeur possible de k est
k√ k
1+ 5
égale à .
2

Exercice 3

b = 2 B,
Soit ABC un triangle tel que A b est obtus, et les trois côtés du triangle ont
b l’angle C
des longueurs égales à des nombres entiers. Déterminer la plus petite valeur possible du
périmètre de ce triangle.

Solution. Soient a, b et c les longueurs (entières) des côtés BC, CA et AB du triangle ABC.
a sin(2B)
D’après la loi des sinus on a : = = 2 cos B et
b sin B
c sin(π − 3B) sin 3B (2 sin B cos B) cos B + (2 cos2 B − 1) sin B
= = = = 4 cos2 B − 1.
b sin B sin B sin B
 2
c a
D’où, = − 1, ce qui donne :
b b
a2 = b(b + c). (1)
Comme on cherche un triangle de périmètre minimal, on peut supposer que a, b et c n’ont pas
de facteur premier commun, sinon un exemple avec de plus petits nombres pourrait exister. En
fait, b et c doivent être premiers entre eux car la relation (1) montre que tout facteur premier
commun à b et à c serait un facteur aussi de a. Comme la relation (1) exprime un carré parfait
a2 comme le produit de deux entiers premiers entre eux b et b +c, alors b et b +c sont des carrés
parfaits. Donc, pour certains entiers premiers entre eux m et n, on a : b = m2 , b + c = n2 , a √
= mn
et
n a
= = 2 cos B. b L’angle Cb = π − 3B b est obtus, d’où 0 < Bb < , ce qui implique que 3 <
π
m b 6 2
b < 1, et ainsi :
cos B √ n
3< < 2.
m
Il est facile de voir que l’inégalité ci-dessus n’a pas de solutions entières avec m = 1, 2 ou 3. Par
suite, m ≥ 4, n ≥ 7 et :
a + b + c = mn + n2 ≥ 4 · 7 + 72 = 77.
En fait, la paire (m, n) = (4, 7) donne lieu à un triangle avec (a, b, c) = (28, 16, 33), et ce triangle
vérifie toutes les conditions géométriques nécessaires, donc 77 est le périmètre minimal pos-
sible.

Exercice 4

Deux triangles équilatéraux ABC et PQR sont inscrits dans un cercle de rayon r.
Quelle est la valeur minimale de l’aire K de la partie commune à l’intérieur des deux
triangles ?

C b
b Q

O
b b
R
b
b B
b E
b
D
A b
P
306 CHAPITRE 5. MAXIMUM ET MINIMUM EN GÉOMÉTRIE

Solution. Soient {D} = (AB) ∩ (PR) et {E} = (AB) ∩ (PQ). La figure est symétrique par rapport
à (OD), et aussi par rapport à (OE) où O est le centre du cercle. De plus, on a : K = [ABC] −
3[PDE]. Donc, K sera minimale lorsque [PDE] √ est maximale. Notons que PD = AD, PE = BE,
et alors PDE a un périmètre constant AB = r 3. D’où (vérification immédiate) le triangle
“ Dans ce cas, les côtés
PDE a une aire maximale lorsque P est le milieu de l’arc de cercle AB.
1
du triangle PDE sont égaux au tiers de ceux du triangle ABC, d’où [PDE] = [ABC], et par
9
conséquent : √ √
 
3 2  √ 2 3 3 2
K ≥ [ABC] 1 − = · r 3 · = ·r .
9 3 4 2
Chapitre

6
Inégalités géométriques

Dans ce chapitre on utilise un certain nombre de notations classiques et usuelles pour un


triangle ABC (et que l’on rappelle ci-dessous) :
✍ a = BC, b = CA et c = AB.
[ β = CBA
✍ α = BAC, [ et γ = ACB.[
✍ ma , mb , mc sont les longueurs des médianes issues de A, B, C et coupant BC, CA, AB.
✍ ha , hb , hc sont les longueurs des hauteurs issues de A, B, C et coupant BC, CA, AB.
b B,
✍ wa , wb , wc sont les longueurs des bissectrices de A, bC b et coupant BC, CA, AB.
✍ R le rayon du cercle circonscrit ; r le rayon du cercle inscrit ; ra , rb , rc les rayons des cercles
exinscrits.
✍ [ABC] est l’aire du triangle ABC, et P (ABC) est le périmètre.
✍ s est le semi-périmètre de ABC : s = (a + b + c)/2.
sin β sin γ
✍ Loi des sinus : sina α = b = c = 2R.
2 2 2
✍ Loi des cosinus : a = b + c − 2bc cosα, et de même pour b et c.
abc p
✍ R= ; [ABC] = rs; [ABC] = s(s − a)(s − b)(s − c) (formule de Héron).
4[ABC]

6.1 Inégalité triangulaire


Théorème 1 : Inégalité triangulaire

Si A, B, C sont trois points dans le plan, alors :

AB + BC ≥ AC.

De plus, on a égalité si, et seulement si, B appartient au segment [AC].

Corollaire 1
Dans un triangle, le plus long côté est celui situé en face du plus grand angle (et vice versa).

✍ Si dans le triangle ABC on a A b> B


b alors BC > CA.
✍ Si a, b, c sont des nombres strictement positifs et tels que a < b + c, b < c + a et c < a + b, alors
il existe un triangle dont les côtés ont pour longueur a, b et c.
✍ Pour construire un triangle de côtés a ≤ b ≤ c, il suffit que c < a + b.
✍ Il est possible de construire un triangle de côtés a, b et c si, et seulement si, il existe des
nombres strictement positifs x, y, z tels que :

a = x + y, b =y +z et c = z + x.

En effet :
a+c−b a+b−c b+c−a
a = x + y, b = y + z, c = z + x ⇐⇒ x = ,y= ,z= .
2 2 2

307
308 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 1

Montrer que s’il est possible de construire


√ un√triangle de côtés a < b < c , alors il est possible

de construire un triangle de côtés a < b < c. La réciproque est-elle vraie ?

On a : √ √ √ 2 √ √ √
c < a + b =⇒ c < a + b + 2 ab = a + b =⇒ c < a + b.
La réciproque est fausse, en effet il est possible de construire un triangle de côtés 2, 3 et 4, alors
qu’il est impossible de construire un triangle de côtés 4, 9 et 16.
Exemple 2

Montrer que s’il est possible de construire un triangle de côtés a < b < c , alors il est possible
1 1 1
de construire un triangle de côtés , et .
a+b b+c c+a

On a
1 1 1
a < b < c =⇒ a + b < a + c < b + c =⇒ < < ,
b+c c+a a+b
1 1 1 1 1 1
alors, il suffit de voir que < + , et il est plus facile de voir que < + .
a+b b+c c+a c b+c c+a
Exemple 3

Soient a, b, c, d, e les longueurs de cinq segments tels que trois quelconques parmi eux
forment un triangle. Montrer qu’il existe trois réels parmi {a, b, c, d, e} qui forment les côtés
d’un triangle acutangle (triangle dont tous les angles sont aigus).

On utilise le fait que si a, b, c sont les côtés d’un triangle, alors l’angle opposé au côté c est
= 90◦ ou < 90◦ ou > 90◦ si c 2 = a2 + b 2 ou c 2 < a2 + b 2 ou c 2 > a2 + b 2 respectivement.
Supposons, par l’absurde, que a ≤ b ≤ c ≤ d ≤ e et que les segments (a, b, c) et (c, d, e) ne forment
pas un triangle acutangle ; puisque c 2 ≥ a2 + b 2 et e 2 ≥ c 2 + d 2 , on déduit que :

e 2 ≥ a2 + b 2 + d 2 ≥ a2 + b 2 + c 2 ≥ a2 + b 2 + a2 + b 2 = (a + b)2 + (a − b)2 ≥ (a + b)2 ,

d’où a + b ≤ e, ce qui donne une contradiction.


Exemple 4

Soient a, b, c des nombres réels strictement positifs tels que a2 + b 2 − ab = c 2 . Montrer de


deux façons différentes, algébrique et géométrique, que :

(a − b)(b − c) ≤ 0.

Méthode algébrique : supposons tout d’abord que a ≤ b, alors l’égalité a2 +b 2 −ab = c 2 implique que
a(a − b) = c 2 − b 2 = (c − b)(c + b), d’où c − b ≤ 0 et par suite (a − b)(b − c) ≤ 0. De même, a ≥ b implique
c − b ≥ 0, et par suite (a − b)(b − c) ≤ 0.
Méthode géométrique : comme c 2 = a2 + b 2 − ab = a2 + b 2 − 2ab cos 60◦ , on peut imaginer que a, b, c
sont les côtés d’un triangle dont l’angle opposé au côté c mesure 60◦ . Les angles du triangle ABC
vérifient Ab ≤ 60◦ et B b ≥ 60◦ , ou A b ≥ 60◦ et Bb ≤ 60◦ ; d’où on peut déduire (d’après le corollaire)
que a ≤ c ≤ b ou a ≥ c ≥ b. Dans chacun des cas on déduit que (a − b)(b − c) ≤ 0.
Exemple 5

Soient a, b, c des nombres réels strictement positifs. Montrer que :


√ √ √
a2 + ac + c 2 ≤ a2 − ab + b 2 + b 2 − bc + c 2 .
6.1. INÉGALITÉ TRIANGULAIRE 309

On a clairement : a2 + ac + c 2 = a2 + c 2 − 2ac cos 120◦ , a2 − ab + b 2 = a2 + b 2 − 2ab cos60◦ , b2 −


bc + c 2 = b 2 + c 2 − 2bc cos 60◦ .

A a

b
D
60◦
60◦

b c

B C
b b

[ = BDC
Considérons le quadrilatère ABCD avec ADB [ = 60◦ et ADC[ = 120◦ , tel que AD = a, BD = b
√ √ √
et CD = c. On déduit alors que : AB = a2 − ab + b 2 , BC = b 2 − bc + c 2 et CA = a2 + ac + c 2 .
L’inégalité à démontrer est tout simplement l’inégalité triangulaire dans le triangle ABC.
Exemple 6 : Théorème de Pompeiu (1936)

Soient ABC un triangle équilatéral et P un point n’appartenant pas au cercle circonscrit


du triangle ABC . Montrer que PA, PB et PC sont les longueurs des côtés d’un triangle.

On applique, au triangle ABP, une rotation de centre A et de rayon 60◦ . Soit P ′ l’image de
P par cette rotation, il est clair que l’image de B (par cette rotation) est le point C. Les côtés du
triangle PP ′ C sont tels que : PP ′ = PA, P ′ C = PB et PC = PC. On a ainsi répondu à la question.

b A
b
P′

B P
C
b b

Remarque : si le point P est situé sur le cercle circonscrit au triangle ABC, alors on obtient un
triangle dégénéré.
Exemple 7

Soit ABCD un parallélogramme. Montrer que :

AB2 − BC 2 < AC · BD.

 On pose AB = a, BC = b, AC = x et BD = y, alors par l’identité du parallélogramme on a


2 a2 + b 2 = x2 +y 2 . On suppose, sans perte de généralité, que a ≤ b, alors il est clair que 2b < x+y,
par suite :  
(2b)2 < (x + y)2 = x2 + y 2 + 2xy = 2 a2 + b 2 + 2xy.
 
En simplifiant, on conclut que 2 b 2 − a2 < 2xy.

Exemple 8

Soient ABC un triangle et D le milieu du segment [BC]. Montrer que :

AB + AC
AD < .
2

L’inégalité demandée est équivalente à montrer que 2AD < AB + AC. Soit E le point tel que
AE = 2AD, alors ACEB est un parallélogramme, par suite BE = AC et CE = AB. L’inégalité tri-
angulaire dans le triangle ABE donne AE < AB + BE, c’est-à-dire 2AD < AB + AC (voir figure
ci-dessous).
310 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

b
A

B D C
b b b

b
E

Exemple 9

Montrer que si AL, BM et CN sont les médianes du triangle ABC , alors on a :


3 3
(AB + BC + CA) < AL + BM + CN < (AB + BC + CA) .
4 2

Soit G le centre de gravité du triangle ABC.

C
b

M L
b b

G
A B
b b b

Dans le triangle LAC on a LC +CA > AL ce qui donne a +2b > 2AL. En ajoutant les deux inégalités
3
similaires on déduit que 3(a+b+c) > 2(AL+BM +CN ) et par suite (AB+BC +CA) > AL+BM +CN .
2
Dans le triangle GAC on a AG + GC > CA ce qui donne 2(CN + AL) > 3b. En ajoutant les deux
inégalités similaires on obtient 4(AL + BM + CN ) > 3(a + b + c) et par suite AL + BM + CN >
3
4 (AB + BC + CA).

Exemple 10 : Équivalence entre inégalités géométriques, trigonométriques et algé-


briques

Soit ABC un triangle, on note respectivement par r et R les rayons du cercle inscrit et
circonscrit. Montrer qu’il y a équivalence entre :
1 (inégalité d’Euler)
R ≥ 2r.
2
     
A B C
8 · sin · sin · sin ≤ 1.
2 2 2
3
abc ≥ (a + b − c)(b + c − a)(c + a − b).

Soit I le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC, alors en appliquant la loi des sinus dans
le triangle AIC on obtient :

AI AC 2R sin B 2R sin B B
=   =   = = 4R sin .
sin C A C
sin 180 − 2 − 2
◦ A
sin 2 + 2C B
cos 2 2
2
6.2. INÉGALITÉS AVEC LES CÔTÉS D’UN TRIANGLE 311

A B C A
D’où, r = AI sin = 4R sin sin sin . Par suite, R ≥ 2r est équivalente à :
2 2 2 2
A B C
8 sin · sin · sin ≤ 1.
2 2 2
1
On note [ABC] l’aire du triangle ABC, alors on a : [ABC] = (a+b+c)r (obtenue en reliant le cercle
2
du centre inscrit aux trois sommets). On a aussi

1 1 c abc
[ABC] = ab sin C = ab = .
2 2 2R 4R
En utilisant l’aire du triangle et la formule des cosinus, on a :
  2 
1 2 2 2 1 1
[ABC]2 = a b sin C = a2 b 2 (1 − cos2 C) = 4a2 b 2 − a2 + b 2 + c 2
4 4 16
1    1
= (a + b) − c c − (a − b)2 =
2 2 2
(a + b + c)(a + b − c)(b + c − a)(c + a − b).
16 16
abc 4[ABC]
Donc, R ≥ 2r est équivalente à ≥ , c’est-à-dire :
4[ABC] a + b + c

abc(a + b + c) ≥ 16[ABC]2 = (a + b + c)(a + b − c)(b + c − a)(c + a − b).

Par conséquent : abc ≥ (a + b − c)(b + c − a)(c + a − b).

6.2 Inégalités avec les côtés d’un triangle


Les inégalités avec les côtés d’un triangle sont très fréquentes dans les problèmes de com-
pétitions mathématiques. Nous en donnons, dans ce paragraphe, des exemples typiques et bien
choisis.
Exemple 11

Si a, b, c sont les côtés d’un triangle, alors on a :

a(b + c − a) < 2bc.

Comme l’inégalité est symétrique en b et c alors on peut supposer, sans perte de généralité,
que c ≤ b (par exemple). On considère les deux cas a ≤ b et a ≥ b.
⋄ a ≤ b : il est clair que b < a + c (car ce sont les côtés d’un triangle), par suite

2bc
b + c − a = b − a + c < c + c = 2c ≤ .
a
⋄ a ≥ b : comme on sait que a < b + c ≤ 2b, alors on déduit l’inégalité suivante

2bc
b+c−a = c+b−a ≤ c < .
a

Exemple 12

1 Soient a, b, c des nombres réels strictement positifs vérifiant :


 2  
a2 + b 2 + c 2 > 2 a4 + b 4 + c 4 .

Montrer que a, b, c sont les côtés d’un triangle.


312 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

2 Soient a, b, c, d des nombres réels strictement positifs vérifiant :


 2  
a2 + b 2 + c 2 + d 2 > 3 a4 + b 4 + c 4 + d 4 .

Montrer que trois quelconques parmi {a, b, c, d} sont les côtés d’un triangle.

➀ La réponse découle de l’identité :


 2  
a2 + b 2 + c 2 − 2 a4 + b 4 + c 4 = (a + b + c)(a + b − c)(a − b + c)(−a + b + c) > 0.

➁ On a
!2
   2 a2 + b 2 + c 2 a2 + b 2 + c 2
3 a4 + b 4 + c 4 + d 4 < a2 + b 2 + c 2 + d 2 = + + d2
2 2
 !2 !2 
2 2
 a + b + c 2 2
a +b +c2 2  √ 2
≤  + + d 4  3 (Cauchy-Schwarz).
2 2

Donc :  2
a2 + b 2 + c 2
a4 + b 4 + c 4 < 2
.
4
En utilisant la première question on déduit que a, b, c sont les côtés d’un triangle. Finale-
ment, comme l’argument utilisé est symétrique en a, b, c, d alors on a répondu à la question.

Proposition : Transformation de Ravi

Si a, b, c sont les côtés d’un triangle, alors on a :

a = x + y, b = y + z, c = z+x

avec
a+c−b a+b−c b+c−a
x= , y= , z=
2 2 2
sont des réels strictement positifs.

Preuve
On note X, Y , Z les points d’intersection du cercle inscrit C(I, r) avec le triangle ABC.

A
b

x x
b Y
Z b

b
I
y z

X
B b b b C
y z

a+b+c
On a : x = AZ = Y A; y = ZB = BX et z = XC = CY . En notant s = , il est facile de
2
voir que :

a = y + z, b = z + x, c = x + y, x = s − a, y = s − b, z = s − c.
6.2. INÉGALITÉS AVEC LES CÔTÉS D’UN TRIANGLE 313

Exemple 13

En utilisant la transformation de Ravi, exprimer l’aire d’un triangle ABC , son rayon inscrit,
son rayon circonscrit et son demi-périmètre en fonction de x, y, z.

On a : a = x + y, b = y + z et c = z + x. Donc :
a+b+c
s = = x + y + z.
2
Maintenant, d’après la formule de Héron, on a :
p p
[ABC] = s(s − a)(s − b)(s − c) = (x + y + z)xyz.
Pour le rayon inscrit, la formule [ABC] = sr donne :
p r
[ABC] (x + y + z)xyz xyz
r = = = .
s x+y +z x+y +z
abc
Finalement, de la relation [ABC] = on obtient :
4R
(x + y)(y + z)(z + x)
R = p .
4 (x + y + z)xyz

Exemple 14

Soient a, b, c les côtés d’un triangle ABC . Montrer que :

(b + c − a)(c + a − b)(a + b − c) ≤ abc.

En déduire que :
a−b b−c c−a 1
+ + < .
a+b b+c c+a 8

On utilise la transformation de Ravi. Tout d’abord on a :


(b + c − a)(c + a − b)(a + b − c) = 8(s − a)(s − b)(s − c) = 8xyz,
et d’autre part
abc = (x + y)(y + z)(z + x).
Donc, l’inégalité en question est équivalente à 8xyz ≤ (x + y)(y + z)(z + x). Cette dernière inégalité

découle simplement du fait que x + y ≥ 2 xy (et des inégalités similaires).
Maintenant, on a :
a−b b−c c−a a−b b−c c−a cab 1
+ + = · · < ≤
a+b b+c c+a a+b b+c c+a (a + b)(b + c)(c + a) 8
d’après l’inégalité précédente.
Exemple 15 : (Asie-Pacifique, 1996)

Soient a, b, c les côtés d’un triangle. Montrer que :


√ √ √ √ √ √
a + b − c + b + c − a + c + a − b ≤ a + b + c.

Avec la transformation de Ravi a = y+z, b = z+x et c = x+y on déduit que a+b−c = 2z, b+c−a =
2x et c + a − b = 2y. Donc, l’inégalité en question est équivalente à l’inégalité :
√ p √ √ √ √
2x + 2y + 2z ≤ x + y + y + z + z + x.
314 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

En appliquant l’inégalité entre la moyenne arithmétique et la moyenne quadratique


s
x1 + x2 + · · · + xn x12 + x22 + · · · + xn2
≤ ,
n n

on conclut que :
√ p p √ √ √
√ p √ 2x + 2y 2y + 2z 2z + 2x
2x + 2y + 2z = + +
2 2 2
r r r
2x + 2y 2y + 2z 2z + 2x √ √ √
≤ + + = x + y + y + z + z + x.
2 2 2

On a égalité si, et seulement si, x = y = z, c’est-à-dire a = b = c.


Exemple 16 : (Inde, 2003)

Soient a, b, c les côtés d’un triangle ABC . Si on construit un triangle A′ B′ C ′ de côtés a +


b c a 9
, b + et c + , montrer que : [A′ B′ C ′ ] ≥ [ABC].
2 2 2 4

Puisque a = y + z, b = z + x et c = x + y, alors les côtés du triangle A′ B′ C ′ sont donnés par

x + 2y + 3z 3x + y + 2z 2x + 3y + z
a′ = , b′ = , c′ = .
2 2 2
D’après la formule de Héron, l’aire du triangle A′ B′ C ′ est donnée par :
r
′ ′ ′ 3(x + y + z)(2x + y)(2y + z)(2z + x)
[A B C ] = .
16

D’après l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique on a :


q q √
3
2x + y ≥ 3 3 x2 y, 2y + z ≥ 3 3 y 2 z, 2z + x ≥ 3 z2 x,

ce qui donne :
r
′ ′ ′ 3(x + y + z)27(xyz) 9
[A B C ] ≥ = [ABC].
16 4

Exemple 17

Soient a, b, c les côtés d’un triangle.


1 Montrer que (OIM, 1964) :

a2 (b + c − a) + b 2 (c + a − b) + c 2 (a + b − c) ≤ 3abc.

2 Montrer que
     
a b 2 + c 2 − a2 + b c 2 + a2 − b 2 + c a2 + b 2 − c 2 ≤ 3abc.

➀ Comme a, b et c sont les côtés d’un triangle, alors a − b − c ≤ 0, b − c − a ≤ 0 et c − a − b ≤ 0, par


suite :

(b − c)2 (a − b − c) ≤ 0, (c − a)2 (b − c − a) ≤ 0, (a − b)2 (c − a − b) ≤ 0.


6.2. INÉGALITÉS AVEC LES CÔTÉS D’UN TRIANGLE 315

En sommant les trois inégalités ci-dessus, on déduit que :

a2 (b − c − a + c − a − b) + b 2 (a − b − c + c − a − b) + c 2(a − b − c + b − c − a)
− 2bc(a − b − c) − 2ca(b − c − a) − 2ab(c − a − b)
= 2a2 (−a + b + c) + 2b 2 (a − b + c) + 2c 2 (a + b − c) − 6abc ≤ 0.

Par conséquent :
a2 (b + c − a) + b 2 (c + a − b) + c 2 (a + b − c) ≤ 3abc.

➁ On a
     
a b 2 + c 2 − a2 + b c 2 + a2 − b 2 + c a2 + b 2 − c 2 = a2 (b + c − a) + b 2 (c + a − b) + c 2(a + b − c).

Il suffit maintenant d’appliquer la première question.

Exemple 18 : (OIM, 1983)

Soient a, b, et c les côtés d’un triangle. Montrer que

a2 b(a − b) + b 2 c(b − c) + c 2a(c − a) ≥ 0.

y +z z+x x+y
1ère méthode : On pose x = −a+b+c, y = a−b+c et z = a+b−c, alors a = ,b= et c = .
2 2 2
L’inégalité en question devient alors (après une multiplication par 16) :

(y + z)2 (z + x)(y − x) + (z + x)2 (x + y)(z − y) + (x + y)2 (y + z)(x − z) ≥ 0.

En développant, et en réduisant l’expression ci-dessus on obtient :

x3 z + y 3 x + z2 y ≥ x2 yz + y 2 zx + z2 xy,

c’est-à-dire

x3 z + y 3 x + z3 y − x2 yz − y 2 zx − z2 xy = zx(x − y)2 + xy(y − z)2 + yz(z − x)2 ≥ 0.

Finalement, on a égalité si, et seulement si, x = y = z, i.e., a = b = c, donc triangle équilatéral.


2nde méthode : On a :

a2 b(a − b) + b 2 c(b − c) + c 2a(c − a) = a(b + c − a)(b − c)2 + b(a + b − c)(a − b)(a − c).

Comme le membre de gauche de l’inégalité en question reste le même avec la permutation a →


b, b → c, c → a, on peut supposer que a ≥ b ≥ c. Comme tous les termes du membre de droite sont
≥ 0 alors la preuve est terminée.
Exemple 19

Soient a, b et c les côtés d’un triangle acutangle.


1 Montrer que X√ √
a2 + b 2 − c 2 · a2 − b 2 + c 2 ≤ a2 + b 2 + c 2 .
cycl.

2 Montrer que X√ √
a2 + b 2 − c 2 · a2 − b 2 + c 2 ≤ ab + bc + ca.
cycl.

Remarque : la somme est prise sur toutes les permutations cycliques de (a, b, c).
316 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

➀ D’après la loi des cosinus on a :


√ √ p p
a2 + b 2 − c 2 · b · 2ac cos B
a2 − b 2 + c 2 = 2ab cos C b=
q b b
b ≤ 2a b cos C + c cos B = a2 .
b cos B)
= 2a (b cos C)(c
2
➁ Grâce à l’inégalité de Cauchy-Schwarz on sait que pour x, y, z, w ≥ 0 on a :
√ √ p
xy + zw ≤ (x + z)(y + w).

Donc :
X√ √
a2 + b 2 − c 2 · a2 − b 2 + c 2 =
cycl.

1 X √ 2 √ √ √ 
= a + b 2 − c 2 · a2 − b 2 + c 2 + c 2 + a2 − b 2 · c 2 − a2 + b 2
2 cycl.
q
1X X
≤ (2a2 )(2c 2 ) = ac.
2 cycl. cycl.

Exemple 20 : Inégalité de Weitzenböck



Soient a, b et c les côtés d’un triangle. Montrer que : a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC].

a+b+c
Si s = , alors par l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique on a :
2
p
(s − a) + (s − b) + (s − c) ≥ 3 3 (s − a)(s − b)(s − c).

En prenant la puissance 3e, et en utilisant la formule de Héron on déduit que :

(a + b + c)2 √
≥ 6 3 [ABC].
2
Finalement, on conclut que :

(a + b + c)2 √
a2 + b 2 + c 2 ≥ ≥ 4 3 [ABC].
3

Exemple 21

Montrer que si un triangle a un périmètre fixé, alors son aire est maximale lorsqu’il est
équilatéral.

Si a, b, c sont les côtés du triangles ABC, alors [ABC] = s(s − a)(s − b)(s − c). D’après l’inégalité
entre les moyennes arithmétique et géométrique on déduit que

s (s − a) + (s − b) + (s − c) p
= ≥ 3 (s − a)(s − b)(s − c).
3 3
Par conséquent
s4
[ABC]2 ≤ ,
27
avec égalité si, et seulement si,

s−a = s−b = s−c i.e. a = b = c.


6.3. ÉTUDE DES TRIANGLES. UTILISATION DES INÉGALITÉS 317

Exemple 22

Montrer que dans tout triangle ABC on a :


 
13 (a + b + c) a2 + b 2 + c 2 + 4abc 1
≤ 3
≤ .
27 (a + b + c) 2

On pose a = y + z, b = z + x et c = x + y avec x, y, z ≥ 0, alors :


a + b + c = 2(x + y + z), a2 + b 2 + c 2 = 2(x + y + z)2 − 2(yz + zx + xy), et
abc = (x + y + z)(yz + zx + xy) − xyz. Après simplification, l’inégalité de gauche est équivalente
à : (x + y + z)3 ≥ 27xyz, qui découle de l’inégalité de la moyenne. L’inégalité de droite devient
4xyz ≥ 0. On a égalité dans l’inégalité de gauche si, et seulement si, le triangle est équilatéral. Il y
a égalité dans l’inégalité de droite si, et seulement si, le triangle est dégénéré de côtés (s, s, 0).

6.3 Étude des triangles. Utilisation des inégalités


Il existe des centaines d’inégalités et/ou identités (plus ou moins faciles) intervenant dans
l’étude des triangles. On se propose de présenter, dans ce paragraphe, les plus significatives
d’entre elles.
Exemple 23

Soient ABC un triangle équilatéral de côté a, et M un point à l’intérieur du triangle. Soient


D, E, F les projections orthogonales de M sur les côtés BC, CA et AB respectivement.
1 Montrer que

1 1 1 6 3
+ + ≥ .
MD ME MF a
2 Montrer que √
1 1 1 3 3
+ + ≥ .
MD + ME ME + MF MF + MD a
b
A

Fb b
E
M
b

Bb b b
C
D

On pose x = MD, y = ME et z = MF. Comme [ABC] = [BCM] + [CAM] + [ABM], alors


ah = ax + ay + az,

3
avec h = a est la hauteur issue de A. Par suite on obtient (la relation de Viviani) : h = x + y + z.
2  
Comme (x + y + z) 1x + y1 + 1z ≥ 9, alors on conclut que :

1 1 1 9 6 3
+ + ≥ = .
x y z h a
 
1 1 1
Pour la seconde question, comme on a (x + y + y + z + z + x) x+y + y+z + z+x ≥ 9, alors on conclut
que : √
1 1 1 9 3 3
+ + ≥ = .
x+y y +z z+x 2h a
318 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 24

Soient ha , hb et hc les hauteurs d’un triangle ABC . On note I le centre du cercle inscrit et r
son rayon. Montrer que :
1 1 1 1
+ + = et ha + hb + hc ≥ 9r.
ha hb hc r

r r ·a [IBC] r [ICA]
Pour la première identité on remarque que = = . De même, on a =
ha ha · a [ABC] hb [ABC]
r [IAB]
et = . En sommant ces trois relations on déduit que :
hc [ABC]

r r r [IBC] [ICA] [IAB] [IBC] + [ICA] + [IAB]


+ + = + + = = 1.
ha hb hc [ABC] [ABC] [ABC] [ABC]
 
1
La deuxième identité découle facilement de (ha + hb + hc ) ha + h1 + h1 ≥ 9, il suffit de multiplier
b c
les deux membres par r et d’utiliser la première identité.
Exemple 25

Soit ABC un triangle de hauteurs AD, BE, CF , et soit H l’orthocentre du triangle.


Montrer que :
AD BE CF
+ + ≥ 9.
HD HE HF

On pose S = [ABC], S1 = [HBC], S2 = [HCA] et S3 = [HAB]. Comme les triangles ABC et HBC
ont la même base, alors SS1 = HD S2 HE S3 HF
AD . On a de façon similaire S = BE et S = CF . Par conséquent :

HD HE HF
+ + = 1.
AD BE CF
    
Or (a + b + c) 1a + 1b + 1c ≥ 9, donc HD
AD BE
+ HE CF
+ HF HD HE HF
AD + BE + CF ≥ 9, ce qui permet de conclure.

Exemple 26 : (Proposé à l’OIM, 1997)

Soit ABCDEF un hexagone tel que AB = BC; CD = DE et EF = FA. Montrer que

BC DE FA 3
+ + ≥ .
BE DA FC 2

On pose a = AC, b = CE et c = EA, alors par l’inégalité de Ptolémée on a :

AE · FC ≤ FA · CE + AC · EF.

Puisque EF = FA, on déduit que c · FC ≤ b · FA + a · FA, c’est-à-dire :

FA c
≥ .
FC a+b

BC a DE b
On obtient de façon similaire ≥ et ≥ . Ainsi :
BE b + c DA c + a

BC DE FA a b c 3
+ + ≥ + + ≥
CE DA FC b+c c+a a+b 2

d’après l’inégalité de Nesbitt.


6.3. ÉTUDE DES TRIANGLES. UTILISATION DES INÉGALITÉS 319

B
b

A b

a C
b

b c
F b

b b
D
E

Exemple 27

Soient ABC un triangle, et M, N , P des points arbitraires des segments [BC], [CA], [AB]
respectivement. On note, comme d’habitude, a = BC, b = CA, c = AB et R le rayon du
cercle circonscrit. Montrer que

bc ca ab
+ + ≤ 6R.
AM BN CP

\ β = BN
Soient α = AMB, [ [ Alors on a :
A et γ = APC.

1 abc
[ABC] = a · AM · sin α = .
2 4R
bc ca ab
Par suite = 2R sin α, et de façon similaire = 2R sin β, = 2R sin γ. D’où
AM BN CP
bc ca ab
+ + = 2R (sin α + sin β + sin γ) ≤ 6R.
AM BN CP
On a égalité si, et seulement si, M, N et P sont les pieds des hauteurs du triangle ABC.

A
b

c
b
N
P
b
b

B C
b b b

M a

Exemple 28

Soit ABC un triangle. On note, comme d’habitude, ma , mb et mc les longueurs des médianes
issues respectivement de A, B et C . Montrer que

max {ama , bmb , cmc } ≤ sR,

où R est le rayon du cercle circonscrit et s est le demi-périmètre.

Soient A1 , B1 , C1 les milieux respectifs des côtés [BC], [CA], [AB] respectivement ; et soient B2 , C2
les symétriques de A1 par rapport à AB et CA respectivement. Finalement, soient D (resp. E)
l’intersection de AB avec A1 B2 (resp. CA avec A1 C2 ), alors :

2DE = B2 C2 ≤ C2 B1 + B1 C1 + C1 B2 = A1 B1 + B1 C1 + C1 A1 = s.
320 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

On utilise le fait que le quadrilatère A1 DAE est inscrit dans un cercle de diamètre AA1 et la loi
des sinus pour déduire que :
DE = AA1 sin Ab = ma sin A.
b

Ainsi
b = 2ma a ama
s ≥ 2DE = 2ma sin A = c’est-à-dire ama ≤ sR.
2R R
De même, on a aussi bmb ≤ sR et cmc ≤ sR.

6.4 Étude des triangles. Éléments remarquables

Exemple 29 : Équation pour les côtés

Montrer que les côtés a, b, c d’un triangle ABC sont les racines de l’équation du 3e degré :
 
t 3 − 2st 2 + s 2 + r 2 + 4Rr t − 4Rrs = 0.

En déduire la valeur de
1 1 1 1 1 1
+ + et + + .
a b c ab bc ca
     
α α α
Grâce aux relations a = 2R sin α = 4R sin cos et s − a = rcotan on obtient
2 2 2
   
α ar α a(s − a)
sin2 = , cos2 = .
2 4R(s − a) 2 4Rr

Par suite      
α α a r s−a
1 = sin2 + cos2 = + ,
2 2 4R s − a r
 
ce qui donne a3 − 2sa2 + a s 2 + r 2 + 4Rr − 4Rrs = 0, ainsi a est solution de l’équation du 3e degré :
 
t 3 − 2st 2 + s 2 + r 2 + 4rR t − 4Rrs = 0.

D’après les relations entre racines et coefficients d’un polynôme on conclut facilement que :
X X
a = 2s, ab = s 2 + r 2 + 4Rr, abc = 4Rrs.

1 1 1
D’autre part, les réels , , sont racines de l’équation du 3e degré :
a b c
 
4Rrs t 3 − s 2 + r 2 + 4Rr t 2 + 2st − 1 = 0.

On déduit, en particulier, que :


X1 s 2 + r 2 + 4Rr X 1 1
= et = .
a 4Rrs ab 2Rr

Exemple 30 : Équation pour les hauteurs

Montrer que les hauteurs ha , hb , hc dans un triangle ABC sont les racines de l’équation du
3e degré :  
2R t 3 − s 2 + r 2 + 4Rr t 2 + 4rs 2 t − 4r 2 s 2 = 0.
6.4. ÉTUDE DES TRIANGLES. ÉLÉMENTS REMARQUABLES 321

En déduire la valeur de :
X X Y X 1 X 1
ha , ha hb , ha , , .
ha ha hb
 
D’après l’équation 4Rrst 3 − s 2 + r 2 + 4Rr t 2 + 2st − 1 = 0 (obtenue à l’exemple précédent) on
déduit que
1   1 1
4Rrs 3 − s 2 + r 2 + 4Rr 2 + 2s − 1 = 0.
a a a
2[ABC]  
Puisque a = , alors on obtient : 2Rh3a − s 2 + r 2 + 4Rr h2a + 4rs 2 ha − 4r 2 s 2 = 0. On obtient
ha
des équations similaires avec hb et hc , ainsi ha , hb , hc sont les racines de l’équation de 3e degré :
 
2Rt 3 − s 2 + r 2 + 4Rr t 2 + 4rs 2 t − 4r 2 s 2 = 0.

Par conséquent :
X s 2 + r 2 + 4Rr X 2s 2 r Y 2r 2 s 2
ha = , ha hb = , ha = .
2R R R
1 1 1
L’équation vérifiée par , et est donnée par :
ha hb hc
 
4r 2 s 2 t 3 − 4rs 2 t 2 + s 2 + r 2 + 4Rr t − 2R = 0,

et par suite
X 1 1 X s 2 + r 2 + 4Rr
= , ha hb = .
ha r 4r 2 s 2
1

Exemple 31 : Équation pour s − a, s − b, s − c

Montrer que s − a, s − b et s − c sont les racines de l’équation du 3e degré :


 
t 3 − st 2 + r 2 + 4Rr t − sr 2 = 0.

En déduire la valeur de :
X X Y X 1 X 1
(s − a), (s − a)(s − b), (s − a), , .
s−a (s − a)(s − b)
 
L’équation t 3 − 2st 2 + s 2 + r 2 + 4Rr t − 4Rrs = 0 peut s’écrire sous la forme :
 
(s − t)3 − s(s − t)2 + r 2 + 4Rr (s − t) − sr 2 = 0.
 
Or on sait que a, b, c sont les racines de l’équation t 3 − 2st 2 + s 2 + r 2 + 4Rr t − 4Rrs = 0, donc on
 
déduit que s −a, s −b, s −c sont les racines de l’équation t 3 −st 2 + r 2 + 4Rr t −sr 2 = 0. Les relations
entre racines et coefficients d’un polynôme nous permettent de déduire que :
X X Y
(s − a) = s, (s − a)(s − b) = r(r + 4R), (s − a) = sr 2 .

1 1 1
D’autre part, , , sont les racines de l’équation sr 2 t 3 − r(r + 4R)t 2 + st − 1 = 0, et
(s − a) (s − b) (s − c)
par conséquent on a :
X 1 r + 4R 1 1
= , = .
(s − a) sr (s − a)(s − b) r 2
322 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 32 : Équation pour les rayons des cercles exinscrits ra , rb et rc

Montrer que ra , rb et rc sont les racines de l’équation du 3e degré :

t 3 − (r + 4R)t 2 + s 2 t − s 2 r = 0.
X X X1 X 1
En déduire la valeur de : ra , ra rb , ra rb rc , , .
ra ra rb

1
Comme est racine de l’équation sr 2 t 3 − r(r + 4R)t 2 + st − 1 = 0 alors on a :
(s − a)
1 1 1
sr 2 − r(r + 4R) +s − 1 = 0.
(s − a)3 (s − a)2 (s − a)
Cette équation peut s’écrire aussi sous la forme :
 3  2  
s s s
r2 − r(r + 4R) + s2 − s 2 = 0.
s−a s−a s−a
s r
Or, on sait que rs = ra (s − a) = [ABC], donc avec = a on obtient la relation :
(s − a) r

t 3 − (r + 4R)t 2 + s 2 t − s 2 r = 0.

Les relations entre coefficients et racines d’un polynôme nous donnent :


X X
ra = r + 4R, ra rb = s 2 , ra rb rc = s 2 r.

1 1
D’autre part, et r1 sont les racines de l’équations 2 rt 3 − s 2 t 2 + (r + 4R)t − 1 = 0, ce qui permet
ra , rb
X 1c 1 X 1 r + 4R
de déduire que : = et = 2 .
ra r ra rb s r

6.5 Convexité et trigonométrie


On donne dans ce paragraphe des inégalités géométriques, utilisant la convexité, et faisant
intervenir (dans la plupart des cas) des fonctions trigonométriques : sin, cos, tan, · · ·
Exemple 33


π
Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ 0, , alors :
2
3
sin(cos α) + sin(cos β) + sin(cos γ) < .
2

La fonction f (x) = cos x est concave sur [0, π], et g(x) = sin x est concave et croissante, donc
h(x) = (g ◦ f )(x) = sin(cos x) est concave. Par suite
   
α+β +γ π π 3
sin(cos α) + sin(cos β) + sin(cos γ) ≤ 3h = 3h < 3 sin = .
3 3 6 2

Exemple 34

Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :



√ p √ 3 2
cos α + cos β + cos γ ≤ .
2
6.5. CONVEXITÉ ET TRIGONOMÉTRIE 323


√ La fonction f (x) = cos x est concave, et g(x) = x est concave croissante, donc h(x) = g(f (x)) =
cos x est concave. Par suite
r r √
√ p √ α +β +γ π 3 2
cos α + cos β + cos γ ≤ 3 cos = 3 cos = .
3 3 2

Exemple 35

Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :



p p p 3 2
sin(cos α) + sin(cos β) + sin(cos γ) < .
2

La fonction
p f (x) = sin(cos x) est concave, et g(x) = x est concave croissante, donc h(x) =
g(f (x)) = sin(cos x) est concave. Par suite
r   r r √
p p p π 1 π 3 2
sin(cos α) + sin(cos β) + sin(cos γ) ≤ 3 sin cos = 3 sin < 3 sin = .
3 2 6 2

Exemple 36

Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :



     
3 2
cos log 3 α + cos log 3 β + cos log 3 γ < .
π π π 2

La fonction f (x) = log 3 x est convexe, et g(x) = cos x est concave décroissante, donc h(x) =
  π
cos log 3 x est concave. Par suite :
π

      3 2
cos log 3 α + cos log 3 β + cos log 3 γ < = h(α) + h(β) + h(γ) ≤
π π π 2
  √
π π 3 2
≤ 3 cos log 3 = 3 cos 1 < 3 cos = .
π 3 4 2

Exemple 37

1 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π], alors :

1
cos α · cos β · cos γ ≤ .
8

2 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :



α β γ 3 3
cos · cos · cos ≤ .
2 2 2 8

3 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :

α β γ 1
sin · sin · sin ≤ .
2 2 2 8

4 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :



3 3
sin α · sin β · sin γ ≤ .
8
324 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

5 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :



3 3
sin α + sin β + sin γ ≤ .
2

6 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :

3
cos α + cos β + cos γ ≤ .
2

➀ Si α ∈ [π/2, π] alors cos α ≤ 0 et donc

cos α · cos β · cos γ ≤ 1/8.

Pour α, β, γ ∈ ]0, π/2[, la fonction f (x) = cos x est concave, la fonction g(x) = ln x est concave
croissante, d’où h(x) = g(f (x)) = ln(cos x) est concave. D’où :

ln (cos α · cosβ · cosγ) = ln(cos α) + ln(cos β) + ln(cos γ) ≤


 
α +β +γ π 1 1
≤ 3 ln cos = 3 ln cos = 3 ln = ln .
3 3 2 8

➁ Comme h(x) = g(f (x) = ln(cos x) est convace alors :


  √
α β γ α +β +γ π 3 3
ln cos + ln cos + ln cos ≤ 3 ln cos = 3 ln cos = ln .
2 2 2 6 6 8

➂ La fonction f (x) = sin x est concave croissante sur [0, π/2], et la fonction g(x) = ln x est
concave croissante, donc h(x) = g(f (x)) = ln(sin x) est concave. Par suite :
 
α β γ α β γ
ln sin + sin + sin = ln sin + ln sin + ln sin ≤
2 2 2 2 2 2
 
α+β +γ π 1 1
≤ 3 ln sin = 3 ln sin = 3 ln = ln .
6 6 2 8

➃ La fonction f (x) = sin x est concave sur ]0, π[, et g(x) = ln x concave et croissante, donc
h(x) = ln(sin x) est concave. Par suite
  √
α +β +γ 3 3
ln(sin α) + ln(sin β) + ln(sin γ) ≤ 3 ln sin = ln .
3 8

➄ La fonction f (x) = sin x est concave, donc



α+β +γ π 3 3
sin α + sin β + sin γ ≤ 3 sin = 3 sin = .
3 3 2

➅ La fonction f (x) = cos x est concave, donc

α +β +γ π 3
cos α + cos β + cosγ ≤ 3 cos = 3 cos = .
3 3 2

Exemple 38

1 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :

tan2 (α) + tan2 (β) + tan2 (γ) ≥ 9.


6.5. CONVEXITÉ ET TRIGONOMÉTRIE 325

2 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :


     
α β γ
tan2 + tan2 + tan2 ≥ 1.
2 2 2

3 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :


     
2 α 2 β 2 γ 1
tan · tan · tan ≤ .
2 2 2 27

4 Si α + β + γ = π; α, β, γ ∈ [0, π/2], alors :



tan(α) + tan(β) + tan(γ) ≥ 3 3.

➀ La fonction f (x) = tan(x) est convexe sur ]0, π/2[, et la fonction g(x) = x2 est convexe crois-
sante (sur le même intervalle), donc h(x) = f (g(x)) = tan2 (x) est convexe. Par suite
   
α +β +γ π
tan2 (α) + tan2 (β) + tan2 (γ) ≥ 3 tan2 = 3 tan2 = 9.
3 3

➁ La fonction h(x) = tan2 (x) est convexe, donc


       
α β γ α +β +γ π
tan2 + tan2 + tan2 ≥ 3 tan2 = 3 tan2 = 1.
2 2 2 6 6
➂ La fonction f (x) = ln (tan x) est concave sur ]0, π/2[ (vérifcation facile grâce au calcul de la
dérivée seconde). D’où
        √
α β γ α+β +γ 3 1
ln tan + ln tan + ln tan ≤ 3 ln tan = 3 ln = ln √ .
2 2 2 6 3 3 3
Donc      
α β γ 1
tan · tan · tan ≤ √ ,
2 2 2 3 3
ce qui permet de conclure.
➃ La fonction f (x) = tan(x) est convexe sur ]0, π/2[, donc
π √
tan(α) + tan(β) + tan(γ) ≥ 3 tan = 3 3.
3

Exemple 39

En utilisant les notations usuelles dans un triangle, montrer les inégalités suivantes :
1
ha + hb + hc ≥ 9r.
2
ra rb rc
+ + ≥ 3.
ha hb hc
3 √
3
r ≤ s.
9
4 √
ra rb rc 3 3
· · ≤ .
a b c 8
326 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

5
ra + rb + rc ≥ 9r.
 n  n
1 X  X
➀ La fonction f (x) = est convexe, par l’inégalité de Jensen on a : f  qi xi  ≤ qi f (xi ).
x
i=1 i=1
On choisit qi tels que q1 + q2 + q3 = 1. On prend
a b c 1 1 1
q1 = , q2 = , q3 = , x1 = , x2 = , x3 = .
a+b+c a+b+c a+b+c ha hb hc
Alors, f (x1 ) = ha ; f (x2 ) = hb ; f (x3 ) = hc , et par suite :
ha + hb + hc a b c
≥ ha · + hb · + hc · .
3 a+b+c a+b+c a+b+c
Comme aha = bhb = chc = 2S (où S est l’aire du triangle), on déduit que :
ha + hb + hc 6S ha + hb + hc S
≥ ce qui donne ≥ 3 = 3r,
3 a+b+c 3 s
et ainsi ha + hb + hc ≥ 9r.
r S a a
➁ On observe, tout d’abord, que a = · = .
ha s − a 2S 2(s − a)
x
Maintenant, la fonction f (x) = est convexe sur ]0, s[, par suite :
2(s − x)
!
a b c a+b+c 2 · 3s
+ + ≥ 3f =   = 3,
2(s − a) 2(s − b) 2(s − c) 3 2 s − 2 · 3s
ce qui permet de conclure.
➂ On a
 
2s s3
ln [(s − a)(s − b)(s − c)] = ln(s − a) + ln(s − b) + ln(s − c) ≤ 3 ln s − = ln ,
3 27
d’où
s3 s4
(s − a)(s − b)(s − c) ≤ ce qui donne S2 ≤ .
27 27

Par conséquent, on a : r ≤ 93 s.
r S 1
➃ On a : a = , et comme f (x) = est concave sur ]0, s[ ; g(x) = ln x est concave
a a(s − a) x(s − x)
croissante, alors h(x) = g(f (x)) est concave. Par suite :
1 1 1 1 9
ln + ln + ln ≤ 3 ln   = 3 ln 2 ,
a(s − a) b(s − b) c(s − c) 2s 2s 2s
3 s− 3

ce qui donne
     3 √ !3
1 1 1 9 3 ra rb rc 9S 3 9r 3
· · ≤ d’où · · ≤ = ≤ .
a(s − a) b(s − b) c(s − c) 2s 2 a b c 2s 2 2s 2

ra rb rc 3 3
En conclusion, on a montré que · · ≤ .
a b c 8
r s 1
➄ On a : a = , et comme f (x) = est convexe sur ]0, s[, alors
r s−a s−x
 
ra rb rc 2s 3s
+ + = s · (f (a) + f (b) + f (c)) ≥ 3s · f =   = 9.
r r r 3 s − 2s 3
r r r
D’où a + b + c ≥ 9, ce qui permet de conclure.
r r r
6.5. CONVEXITÉ ET TRIGONOMÉTRIE 327

Exemple 40

Si a, b, c sont les côtés d’un triangle, montrer que :

a b c
+ + ≥ 3.
b+c−a c+a−b a+b−c

a b c
L’inégalité en question peut s’écrire sous la forme : + + ≥ 3.
2(s − a) 2(s − b) 2(s − c)
x
La fonction f (x) = est convexe sur ]0, p[, donc :
s−x
  2s
a b c 3 2s 3
+ + ≥ f = · 3 2s = 3.
2(s − a) 2(s − b) 2(s − c) 2 3 2 s− 3

remarque : on peut montrer, plus généralement, que si a1 , a2 , · · · , an sont les côtés d’un polygone
convexe alors
a1 a2 an n
+ + ··· + ≥ ,
2(s − a1 ) 2(s − a2 ) 2(s − an ) n−2
où 2s = a1 + a2 + · · · + an . La preuve est identique à celle ci-haut.
Exemple 41

Si a, b, c sont les côtés d’un triangle, montrer que :

a2 b2 c2
a+b+c ≤ + + .
b+c−a a+c−b a+b−c

x2
La fonction f (x) = est convexe sur ]0, p[, donc
2(s − x)
  4s2
a2 b2 c2 2s 9
+ + ≥ 3f = 3·   = 2s = a + b + c.
2(s − a) 2(s − b) 2(s − c) 3 2 s − 2s
3

remarque 1 : on peut généraliser ce résultat comme suit. Pour n ≥ 2 entier on a :


!n−1
an bn cn a+b+c
+ + ≥3 .
b+c−a a+c−b a+b−c 3

xn
Il suffit, en fait, de considérer cette fois-ci la fonction convexe f (x) = .
2(s − x)
remarque 2 : si a1 , a2 , · · · , an sont les côtés d’un poygone convexe alors

a21 a22 a2n


a1 + a2 + · · · + an ≤ + + ··· + .
−a1 + a2 + · · · + an a1 − a2 + · · · + an a1 + · · · + an−1 − an

x2
Il suffit, en fait, de considérer la fonction convexe f (x) = sur ]0, s[.
2(s − x)
Exemple 42

Si a, b, c sont les côtés d’un triangle, montrer que :

(a + b + c)2 ≥ 27(b + c − a)(c + a − b)(a + b − c).

L’inégalité est équivalente à


 3
s
(s − a)(s − b)(s − c) ≤ .
3
328 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

La fonction f (x) = ln(s − x) est concave sur ]0, p[, donc d’après l’inégalité de Jensen on a :
   3
2s s
ln [(s − a)(s − b)(s − c)] = ln(s − a) + ln(s − b) + ln(s − c) ≤ 3 ln s − = ln ,
3 3
ce qui permet de conclure.
remarque : on peut généraliser le résultat ci-dessus sous la forme suivante
n
X n
X
nn · (s − ai ) ≤ s n (n − 2)n avec 2s = ai .
i=1 i=1

On utilise la même fonction concave que dans la preuve ci-dessus.


Exemple 43

Montrer que dans tout triangle ABC on a :


     
α β γ
cotan2 + cotan2 + cotan2 ≥ 9.
2 2 2

La fonction f (x) = cotan(x) est convexe sur ]0, +∞[, donc on a :


      √ √
α β γ π
cotan2 + cotan2 + cotan2 ≥ 3 cotan2 = 3 · 3 · 3 = 9.
2 2 2 6
remarque : plus généralement on a le résultat suivant : si A1 , A2 , · · · , An sont les sommets d’un
polygone convexe alors
X n    
A π
cotan2 i ≥ n tan2 .
2 n
i=1
x
En effet, la fonction f (x) = cotan2 est convexe sur ]0, +∞[, donc
2
X n   P n !  
Ai i=1 Ai /2 (n − 2)π π π π
f ≥ nf = ncotan2 = ncotan2 − = n tan2 .
2 n 2n 2 n n
i=1

Exemple 44

Si A1 , A2 , · · · , An sont les sommets d’un polygone convexe, alors on a :


 
sin(A1 ) + sin(A2 ) + · · · + sin(An ) 2π
≤ sin .
n n

La fonction f (x) = sin x est concave sur ]0, π[, donc on a


X
n      
A1 + A2 + · · · + An (n − 2)π 2π 2π
f (Ai ) ≤ nf = n sin = n sin π − = n sin .
n n n n
i=1

Exemple 45

Montrer que dans tout triangle ABC on a :


q q r
p
3
2 3 2 3 2 3 3
sin α + sin β + sin γ ≤ 3 .
4

3
La fonction f (x) = sin2 x est concave, par suite
 2   31
2 2 2 π 3 3
(sin α) 3 + (sin β) 3 + (sin γ) 3 ≤ 3 sin = 3 ,
3 4
6.6. INÉGALITÉ D’EULER ET APPLICATIONS 329

ce qui permet de conclure.


remarque : on peut généraliser ce résultat sous la forme suivante : si A1 , A2 , · · · , An sont les som-
mets d’un polygone convexe alors
n q r  
X 3 2π
sin Ai ≤ n sin2
2 3
.
n
i=1

Il suffit d’appliquer le même raisonnement que ci-dessus, en effet :


n
X   !    
A1 + A2 + · · · + An (n − 2)π 2 2π 2 2π
f (Ai ) ≤ nf ≤ nf = n sin 3 π − = n sin 3 .
n n n n
i=1

6.6 Inégalité d’Euler et applications


Théorème 2 : Théorème d’Euler
Soit ABC un triangle donné. On note par O le centre du cercle circonscrit, I le centre du
cercle inscrit, R le rayon du cercle circonscrit, et r le rayon du cercle inscrit. Alors on a :

OI 2 = R2 − 2Rr.

Démonstration
Soient M le milieu du segment [BC], et Q la projection orthogonale de I sur le rayon [OD] où D est
“ Alors, par le théorème de Pythagore, on a :
le milieu de l’arc BC.

OB2 − OI 2 = OB2 − DB2 + DI 2 − OI 2 = OM 2 − MD 2 + DQ 2 − QO 2


= (MO + DM)(MO − DM) + (DQ + QO)(DQ − QO)
= DO · (MO + MD + DQ + OQ) = R(2MQ) = 2Rr.

Par conséquent, OI 2 = R2 − 2Rr.

Corollaire 2 : Inégalité d’Euler

On a : R ≥ 2r. De plus, R = 2r si, et seulement si, le triangle est équilatéral.

Exemple 46

Soit ABC un triangle donné. On note par R le rayon du cercle circonscrit, r le rayon du
cercle inscrit, et s le demi-périmètre. Montrer que :
s R
r ≤ √ ≤ .
3 3 2

abc
On utilise le fait que [ABC] = = sr. D’après l’inégalité entre les moyennes arithmérique et
4R
géométrique on a : √ √3
3
2s = a + b + c ≥ 3 abc = 3 4Rrs.
Par conséquent :
8s 3 ≥ 27(4Rrs) ≥ 27(8r 2 s).
√ s R
Comme R ≥ 2r, alors on conclut que s ≥ 3 3 r. Maintenant, l’inégalité √ ≤ est équivalente
3 3 2

√ 3 3
à a + b + c ≤ 3 3 R, et d’après la loi des sinus c’est équivalent à sin A + sin B + sin C ≤ . Cette
2
330 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

dernière inégalité est vraie puisque la fonction f (x) = sin x est concave sur l’intervalle [0, π], donc
on a : √
 
sin A + sin B + sin C A+B+C ◦ 3
≤ sin = sin 60 = .
3 3 2

Exemple 47

Soient a, b, c les côtés d’un triangle. Montrer que :

(a + b − c)(b + c − a)(c + a − b) ≤ abc.

On note par s le demi-périmètre du triangle, alors l’inégalité en question est équivalente à :

8(s − a)(s − b)(s − c) ≤ abc.

abc p
Comme [ABC] = sr = = s(s − a)(s − b)(s − c), il nous suffit de montrer que 8sr 2 ≤ abc, c’est-à-
4R
dire 8sr 2 ≤ 4Rrs, ce qui est équivalent à 2r ≤ R.
Exemple 48

Soient a, b, c les côtés d’un triangle, et R le rayon du cercle circonscrit. Montrer que :
1 1 1 1
+ + ≥ 2.
ab bc ca R

abc (a + b + c)r
L’aire d’un triangle ABC est donnée par [ABC] = = , par suite :
4R 2
1 1 1 1 1
+ + = ≥ 2,
ab bc ca 2Rr R
avec r le rayon du cercle inscrit.
Exemple 49

Soit ABC un triangle. Montrer que :


   
A B C 1
sin sin sin ≤ .
2 2 2 8

On a
2 2 2
A 1 − cosA 1 − b +c
2bc
−a
a2 − (b − c)2 (s − b)(s − c)
sin2 = = = = .
2 2 2 4bc bc
B C
En utilisant les expressions similaires pour sin et sin on déduit que :
2 2
A B C (s − a)(s − b)(s − c) sr 2 r 1
sin sin sin = = = ≤ ,
2 2 2 abc abc 4R 8
avec R et r les rayons des cercles circonscrit et inscrit respectivement.
Exemple 50

Soit ABC un triangle. On note a = BC, b = CA, c = AB, et R le rayon du cercle circonscrit.
Montrer que : √
  1a   1b  1   R3
2A 2B 2C c 2
≤ .
π π π 3
6.6. INÉGALITÉ D’EULER ET APPLICATIONS 331

On va utiliser l’inégalité basique suivante :


 
1 1 1
(a + b + c) + + ≥ 9. (1)
a b c

Comme a + b + c ≤ 3 3 R, alors on a par (1) :

1 1 1 3
+ + ≥ . (2)
a b c R
En appliquant à nouveau la relation (1) on obtient :
 
1 π π π 3 3
+ + ≥ 2 = . (3)
3 2A 2B 2C π (A + B + C)
2

π 1
La fonction f (x) = ln est convexe puisque f ′′ (x) = 2 ≥ 0, alors on a par l’inégalité de Jensen :
2x x
    
1 π π π 1 π π π
ln + ln + ln ≥ ln + + .
3 2A 2B 2C 3 2A 2B 2C
Comme x 7−→ ln x est une fonction strictement croissante, et par (3) on a :
 
1 π π π 3
ln + ln + ln ≥ ln . (4)
3 2A 2B 2C 2
On peut supposer, sans perte de généralité, que a ≤ b ≤ c, ce qui implique A ≤ B ≤ C, par suite
1 1 1 π π π
≥ ≥ et ln ≥ ln ≥ ln .
a b c 2A 2B 2C
D’après l’inégalité de Tchebychev on a :
  π π π !
1 π 1 π 1 π 1 1 1 ln 2A + ln 2B + ln 2C
ln + ln + ln ≥ + + .
a 2A b 2B c 2C a b c 3

Par conséquent, en utilisant (2) et (4) on déduit que :



1 π 1 π 1 π 3 3
ln + ln + ln ≥ ln .
a 2A b 2B c 2C R 2
Il suffit d’utiliser le fait que x 7−→ ln x est croissante pour conclure. Finalement, on a égalité si, et
seulement si, a = b = c, c’est-à-dire lorsque le triangle est équilatéral.
Exemple 51

Montrer que dans tout triangle ABC on a :


√ √ √ √ √ √
R ( a − b)2 + ( b − c)2 + ( c − a)2
− 2 ≥ 16 · √ √ √ .
r ( a + b + c)2

On pose x = s − a, y = s − b et z = s − c, alors

R abcs abcs (x + y)(y + z)(z + x)


= 2
= = .
r 4[ABC] 4s(s − a)(s − b)(s − c) 4xyz
y +z 1 x+y 1
Comme ≥ et ≥ alors :
4yz y +z 4xy x+y

(x + y)(y + z)(z + x) (x + y)(y + z) (x + y)(y + z) x+y y +z c a


= + ≥ + = + .
4xyz 4yz 4xy y +z x+y a c
332 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

R c a
D’où, ≥ + , ce qui implique que :
r a c
√ √ √ √ √ √ √
R c 2 + a2 (a − c)2 ( a + c)2 ( a − c)2 4 ac ( a − c)2
−2 ≥ −2 = = ≥ . (1)
r ac ac ac ac
À cause de la symétrie, on peut supposer, sans perte de généralité, que a ≥ b ≥ c. Comme
√ √ √ √ √ √ 2 √ √ √ √
( a − c)2 = ( a − b) + ( b − c) ≥ ( a − b)2 + ( b − c)2 ,
√ √ √ √ √ √
et ( a + b + c)2 ≥ ( a + 2 c)2 ≥ 8 ac, on a :
√ √ √ √ √ √ √ √ √ √ √ √
( a − b)2 + ( b − c)2 + ( c − a)2 ( a − b)2 + ( b − c)2 + ( c − a)2
√ √ √ = √ √ √
( a + b + c)2 ( a + b + c)2
√ √ √ √ √
2( a − c)2 4 ac ( a − c)2
≤ √ = .
8 ac 16ac

De cette dernière inégalité et de (1) on déduit le résultat demandé.


Exemple 52

Montrer que dans tout triangle ABC on a :


q q q !
1 s 2 + r 2 + 4Rr
R − 2r ≥ 2(b 2 + c 2 ) − a2 + 2(c 2 + a2 ) − b 2 + 2(a2 + b 2 ) − c 2 − ≥ 0.
8 R

On utilise les identités suivantes :


a2
b 2 + c 2 = 2m2a + et s 2 + r 2 + 4Rr = ab + bc + ca.
2
P p s 2 + r 2 + 4Rr
On pose A = 2(b 2 + c 2 ) − a2 −
cycl. , alors :
R
X X P hX X i
ab + bc + ca 2R ha
A = 2 ma − = 2 ma − = 2 ma − ha .
R R
P P
Or, ma ≤ 4R + r et 9r ≤ ha , alors on déduit que : A ≤ 2[4R + r − 9r] = 8(R − 2r).
Théorème 3 : Théorème de Leibniz
Soit ABC un triangle donné. On note a = BC, b = CA, c = AB, O le centre du cercle circons-
crit, R le rayon du cercle circonscrit, et G le centre de gravité. Alors, on a :

1 2 
OG 2 = R2 − a + b2 + c2 .
9

Démonstration
Soit A′ le milieu du segment [BC]. On va utiliser le théorème de Stewart : si L est un point du segment
[BC] et si AL = l, BL = m, LC = n alors a(l 2 + mn) = b 2 m + c 2 n.
On applique le théorème de Stewart au triangle OAA′ pour déterminer la longueur du segment [OG],
alors on obtient :  
AA′ OG 2 + AG · GA′ = A′ O 2 · AG + AO 2 · GA′ .
2 1
Puisque AO = R, AG = AA′ et GA′ = AA′ , alors la relation ci-dessus devient :
3 3
2 2 1
OG 2 + (A′ A)2 = A′ O 2 · + R2 · .
9 3 3
6.6. INÉGALITÉ D’EULER ET APPLICATIONS 333

2(b 2 + c 2 ) − a2 a2
D’autre part, puisque (A′ A)2 = et A′ O 2 = R2 − , on déduit que
4 4
! !
a2 2 1 2 2 2(b 2 + c 2 ) − a2 a2 2(b 2 + c 2 ) − a2 a2 + b 2 + c 2
OG 2 = R2 − + R − = = R2 − − = R2 − .
4 3 3 9 4 6 18 9

Corollaire 3 : Inégalité de Leibniz

Dans un triangle ABC de côtés a, b, c et dont le rayon du cercle circonscrit est R, on a l’inégalité :

9R2 ≥ a2 + b 2 + c 2 .

De plus, on a égalité si, et seulement si, O = G, c’est-à-dire lorsque le triangle ABC est équilatéral.

Exemple 53

Soit ABC un triangle de côtés a, b et c . Montrer que :


√ 9abc
4 3 [ABC] ≤ .
a+b+c

abc
Comme [ABC] = , alors on a les équivalences suivantes :
4R

a2 b 2 c 2 a2 + b 2 + c 2 3abc
9R2 ≥ a2 + b 2 + c 2 ⇐⇒ ≥ ⇐⇒ 4[ABC] ≤ √ .
16[ABC]2 9 a + b2 + c2
2

√ √
D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a : a + b + c ≤ 3 a2 + b 2 + c 2 , d’où :
√ 9abc
4 3 [ABC] ≤ .
a+b+c

Exemple 54

Soit ABC un triangle donné. Montrer que :


9
sin2 A + sin2 B + sin2 C ≤ .
4

sin A sin B sin C 1


D’après la loi des sinus on a : = = = . Par suite :
a b c 2R

a2 b2 c2 1 1 9
sin2 A + sin2 B + sin2 C = 2
+ 2
+ 2
= 2
(a2 + b 2 + c 2 ) ≤ 2
· 9R2 =
4R 4R 4R 4R 4R 4
d’après l’inégalité de Leibniz.
Exemple 55

On suppose que le cercle inscrit au triangle ABC est tangent aux côtés [BC], [CA], [AB] en
D, E, F respectivement. Montrer que :

s2
EF 2 + FD 2 + DE 2 ≤ ,
3
où s est le demi-périmètre.
334 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Notons que le cercle inscrit dans le triangle ABC est le cercle circonscrit au triangle DEF.
On note par r le rayon du cercle inscrit dans le triangle ABC, alors en appliquant l’inégalité de
Leibniz on obtient :
EF 2 + FD 2 + DE 2 ≤ 9r 2 .
s R
D’autre part, on sait que r ≤ √ ≤ (voir exemple 46), donc s 2 ≥ 27r 2 et par suite
3 3 2
s2
EF 2 + ED 2 + DE 2 ≤ .
3

Exemple 56

Soit ABC un triangle donné. On note a = BC, b = CA, c = AB, et ha , hb , hc les longueurs des
hauteurs issues de A, B, C respectivement. Montrer que :

a2 b2 c2
+ + ≥ 4.
hb hc hc ha ha hb

On a :
a2 b2 c2 a2 bc + b 2 ac + c 2 ab abc(a + b + c) abc(a + b + c) 2R
+ + = = = = ≥ 4.
hb hc hc ha ha hb 4[ABC]2 4[ABC]2 abc (a+b+c)r
4 4R r
2

6.7 Fonctions symétriques de a, b et c


Dans ce paragraphe, on note (comme d’habitude) a, b, c les côtés d’un triangle ABC, et s, r, R le
demi-périmètre, le rayon du cercle inscrit et le rayon du cercle circonscrit respectivement.
On commence par donner des relations entre a, b, c et s, R, r, ensuite on appliquera ces identités
pour montrer des relations plus compliquées dans un triangle.
Exemple 57

Montrer que :

a + b + c = 2s
ab + bc + ca = s 2 + r 2 + 4rR
abc = 4Rrs
 
a + b + c 2 = 2 s 2 − r 2 − 4Rr
2 2
 
a3 + b 3 + c 3 = 2 s 3 − 3r 2 s − 6Rrs .

La première relation est tout simplement la définition de s, et la troisième découle du fait que
abc
l’aire du triangle est = rs. En utilisant la formule de Héron on a la relation : s(s−a)(s−b)(s−c) =
4R
r 2 s 2 , d’où
s 3 − (a + b + c)s 2 + (ab + bc + ca)s − abc = r 2 s.
En utilisant la première et la troisième relation dans l’identité ci-dessus, on déduit la deuxième
relation :
ab + bc + ca = s 2 + r 2 + 4Rr.
Maintenant, comme tout polynôme symétrique en a, b et c peut être exprimé comme un polynôme
en (a + b + c), (ab + bc + ca) et (abc), alors on peut l’exprimer aussi en fonction de s, R et r comme
suit :
 
a2 + b 2 + c 2 = (a + b + c)2 − 2(ab + bc + ca) = 2 s 2 − r 2 − 4Rr
 
a3 + b 3 + c 3 = (a + b + c)3 − 3(a + b + c)(ab + bc + ca) + 3abc = 2 s 3 − 3r 2 s − 6Rrs .
6.7. FONCTIONS SYMÉTRIQUES DE A, B ET C 335

On passe maintenant aux applications de ces identités :

Exemple 58

Soit ABC un triangle donné. Montrer que :


1
r
cos A + cos B + cosC = 1 + .
R
2
3
cos A + cos B + cosC ≤ .
2

➀ On a

b 2 + c 2 − a2 c 2 + a2 − b 2 a2 + b 2 − c 2
cos A + cosB + cos C = + +
2bc 2ca 2ab
a(b 2 + c 2 ) + b(c 2 + a2 ) + c(a2 + b 2 ) − (a3 + b 3 + c 3 )
=
2abc
(a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 ) − 2(a3 + b 3 + c 3 )
=
2abc
4s(s 2 − r 2 − 4Rr) − 4(s 3 − 3r 2 s − 6Rrs)
=
8Rrs
(s 2 − r 2 − 4Rr) − (s 2 − 3r 2 − 6Rr)
=
2Rr
2
2r + 2Rr r
= = 1+ .
2Rr R

➁ Il suffit d’utiliser l’inégalité d’Euler R ≥ 2r dans le résultat de la première question.

Exemple 59 : (OIM, 1991)

Soit ABC un triangle. On désigne respectivement par L, M, N les points d’intersection des
[ ABC,
bissectrices intérieures des angles CAB, [ BCA
[ avec les côtés BC, CA, AB et par I le
centre du cercle inscrit. Montrer que :

1 AI · BI · CI 8
< ≤ .
4 AL · BM · CN 27

BL AB c
D’après le théorème de la bissectrice on a = = , et puisque BL + LC = a on déduit que
LC CA b
ac ab d donne
BL = et LC = . De même, le théorème de la bissectrice appliqué à l’angle ABL
b+c b+c
IL BL ac a
= = = . Donc
AI AB (b + c)c b + c

AL AI + IL IL a a+b+c
= = 1+ = 1+ = .
AI AI AI b+c b+c

AI b+c BI c+a CI a+b


Par suite, = , et de même = , = . Par conséquent l’inégalité
AL a + b + c BM a + b + c CN a+b+c
en question est équivalente à :

1 (b + c)(c + a)(a + b) 8
< 3
≤ .
4 (a + b + c) 27
336 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

b
A

b
M

b
I
B C
b b b

D’après l’inégalité entre les moyennes arithmétique et géométrique on a :


!3
(b + c) + (c + a) + (a + b) 8
(b + c)(c + a)(a + b) ≤ = (a + b + c)3 ,
3 27
ainsi l’inégalité de droite est prouvée. Pour montrer l’inégalité de gauche, notons que :
(b + c)(c + a)(a + b) (a + b + c)(ab + bc + ca) − abc
= .
(a + b + c)3 (a + b + c)3
En utilisant les identités liant a, b, c et R, r, s on conclut que :

(b + c)(c + a)(a + b) 2s(s 2 + r 2 + 4Rr) − 4Rrs 2s 3 + 2sr 2 + 4Rrs 1 2r 2 + 4Rr 1


3
= 3
= 3
= + 2
> .
(a + b + c) 8s 8s 4 8s 4

Exemple 60

Soit ABC un triangle de côtés a, b et c .


1 Montrer que :
√ 9abc
4 3 [ABC] ≤ .
a+b+c
2 Montrer que (OIM, 1961) :

4 3 [ABC] ≤ a2 + b 2 + c 2 .

➀ On a les équivalences suivantes :


√ 9abc √ 9 · 4Rrs √ 2s
4 3 [ABC] ≤ ⇐⇒ 4 3 rs ≤ ⇐⇒ 2 3 s ≤ 9R ⇐⇒ √ ≤ R.
a+b+c 2s 3 3
Or, la dernière inégalité a été démontrée plus haut (voir exemple 46).
➁ Il suffit d’utiliser la première question et l’inégalité entre les moyennes arithmétique et
géométrique :

3 a2 + b 2 + c 2
a2 b 2 c 2 ≤ .
3

Exemple 61

Soient a, b, c les côtés d’un triangle. Montrer que :



4 3 [ABC] ≤ a2 + b 2 + c 2 − (a − b)2 − (b − c)2 − (c − a)2 .

a+b+c
Si s = est le demi-périmètre, alors
2

a2 + b 2 + c 2 − (a − b)2 − (b − c)2 − (c − a)2 = a2 − (b − c)2 + b 2 − (c − a)2 + c 2 − (a − b)2


= 4 [(s − b)(s − c) + (s − c)(s − a) + (s − a)(s − b)] .
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 337

Donc, si x = s − a, y = s − b, z = s − c, alors l’inégalité en question est équivalente à :


√ p
3 xyz(x + y + z) ≤ xy + yz + zx.
En prenant le carré et en simplifiant, on obtient : xyz(x + y + z) ≤ x2 y 2 + y 2 z2 + z2 x2 .
Cette dernière inégalité se déduit de l’inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée à (xy, yz, zx) et
(zx, xy, yz).
Exemple 62

Soient a, b, c les côtés d’un triangle. Montrer que :

(b + c − a)(c + a − b)(a + b − c) 2r
= .
abc R

On a :
(b + c − a)(c + a − b)(a + b − c) 8(s − a)(s − b)(s − c) 8s(s − a)(s − b)(s − c) 8(rs)2 2r
= =   = = .
abc abc 4Rs 4Rabc 4Rs(rs) R

Exemple 63

Soient a, b, c les côtés d’un triangle, et R le rayon du cercle circonscrit. Montrer que :

a2 b2 c2 √
+ + ≥ 3 3 R.
b+c−a c+a−b a+b−c

On a successivement :
!
a2 b2 c2 1 a2 b2 c2
+ + = + +
b+c−a c+a−b a+b−c 2 s−a s−b s−c
! !
1 sa sb sc s a b c
= −a+ −b+ −c = + + −s
2 s−a s−b s−c 2 s−a s−b s−c
" #
s (a + b + c)s 2 − 2(ab + bc + ca)s + 3abc
= −s
2 (s − a)(s − b)(s − c)
" #
s 2s 3 − 2s(s 2 + r 2 + 4rR) + 3(4Rrs) 2s(R − r)
= −s =
2 r 2s r
  √
2s R − R2 3 3 rR √
≥ ≥ = 3 3 R.
r r

Les deux dernières inégalités proviennent de R ≥ 2r et s ≥ 3 3 r.

6.8 Quelques inégalités géométriques dans le triangle


Dans ce paragraphe on donne certaines inégalités géométriques dans le triangle, elles font in-
tervenir les éléments suivants : a, b, c, ha , hb , hc , s, r, R, ma , mb , mc , α, β, γ, · · · introduits au tout début
du chapitre.
Exemple 64

Montrer que :
abc ≥ 8(s − a)(s − b)(s − c).

Il y a plusieurs façons de montrer ce résultat. On utilise le théorème de Stolarsky (voir page


335 de « 1000 challenges mathématiques : analyse »). On considère le polynôme
P(x, y, z) = xyz − (x + y − z)(y + z − x)(z + x − y).
338 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

C’est un polynôme à trois variables, homogène et de degré 3. De plus, on a P(1, 1, 1) = 0, P(1, 1, 0) =


0 et P(2, 1, 1) = 2 > 0, par suite :
abc − (a + b − c)(b + c − a)(c + a − b) ≥ 0.
La preuve est ainsi terminée.
Exemple 65

Montrer que :
3
abc < a2 (s − a) + b 2 (s − b) + c 2 (s − c) ≤ abc.
2

On utilise, encore une fois, le théorème de Stolarsky. On considère le polynôme


X
P(x, y, z) = x2 (y + z − x) − 2xyz.
cycl.

C’est un polynôme à trois variables, homogène et de degré 3. De plus, on a P(1, 1, 1) = 1, P(1, 1, 0) =


0, P(2, 1, 1) = 0. Donc, P(a, b, c) > 0, ce qui prouve l’inégalité de gauche. D’autre part, considérons
le polynôme X
Q(x, y, z) = 3xyz − x2 (y + z − x).
cycl.

On a Q(1, 1, 1) = 0, Q(1, 1, 0) = 0 et Q(2, 1, 1) = 2, donc Q(a, b, c) > 0, ce qui montre l’inégalité de


droite.
Exemple 66

Montrer que :
3 a b c
≤ + + < 2.
2 b+c c+a a+b

L’inégalité de gauche est connue sous le nom de inégalité de Nesbitt.


D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :
Xr a p !2 X 
a X 
(a + b + c)2 = a(b + c) ≤ a(b + c) .
b+c b+c
Par conséquent
X a (a + b + c)2 3(ab + bc + ca) 3
≥ ≥ = ,
b+c 2(ab + bc + ca) 2(ab + bc + ca) 2
puisque (a + b + c)2 ≥ 3(ab + bc + ca). Pour l’inégalité de droite, et vu la symétrie du problème, on
peut supposer que a ≤ b ≤ c, alors :
a b c a c c c
+ + ≤ + + = 1+ < 2.
b+c c+a a+b a+c c+a a+b a+b
Exemple 67

Montrer que : √ √
√ √ √
s < s − a + s − b + s − c ≤ 3s.

L’inégalité de gauche découle du fait que pour x, y, z des nombres réels strictement positifs on a :
√ √ √ √
x + y + z < x + y + z.

Pour l’inégalité de droite, la fonction f définie par f (x) = x est concave sur ]0, +∞[, d’où
r
X 1√ X1 √ √ √ √
s−a ≤ (s − a) ce qui donne s − a + s − b + s − c ≤ 3s.
3 3
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 339

Exemple 68

Montrer que : √
3 3
0 < sin α + sin β + sin γ ≤ .
2
 
D’après le théorème de Leibniz on sait que OH 2 = 9R2 − a2 + b 2 + c 2 , ce qui donne a2 +b 2 +c 2 ≤
9R2 . Donc, on obtient  
(a + b + c)2 ≤ 3 a2 + b 2 + c 2 ≤ 27R2 .

Par suite 0 < a + b + c ≤ 3 3 R. En utilisant les relations a = 2R sin α, b = 2R sin β et c = 2R sin γ,
on conclut que :

3 3
0 < sin α + sin β + sin γ ≤ .
2
Exemple 69

Montrer que : √
3 3
sin α · sin β · sin γ ≤ .
8

En utilisant l’inégalité√entre la moyenne arithmétique et géométrique, ainsi que la relation


3 3
0 < sin α + sin β + sin γ ≤ (voir exemple 68), on obtient :
2
  √ !3 √
sin α + sin β + sin γ 3 3 3 3
sin α · sin β · sin γ ≤ ≤ = .
3 2 8

Exemple 70

Montrer que :      
α β γ 1
0 < sin · sin · sin ≤ .
2 2 2 8
Q Q
On sait que OI 2 = R2 (1 − 8 sin(α/2)), donc il s’ensuit que 1 − 8 sin(α/2) ≥ 0. L’inégalité de
gauche est claire. On a égalité si, et seulement si, le triangle est équilatéral.
Exemple 71

Montrer que :
3
1 < cos α + cos β + cos γ ≤ .
2
P Q Q
On utilise l’identité classique cos α = 1 + 4 sin(α/2). Puisque sin(α/2) > 0 alors on a
prouvé l’inégalité de gauche. Pour l’inégalité de droite on utilise celle prouvée dans l’exemple
précédent.
Exemple 72

Montrer que :      
α β γ 3
1 < sin + sin + sin ≤ .
2 2 2 2

π−α π−β π−γ


Si α, β, γ sont les angles d’un triangles, alors , , sont aussi les angles d’un
2 2 2
« nouveau » triangle. En appliquant l’exemple précédent à ce nouveau triangle on obtient les
inégalités demandées.
340 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 73

Montrer que :
1
cos α · cos β · cos γ ≤ .
8
P 3
On utilise la relation 1 < cos α ≤
vu à l’exemple 58, ainsi que l’inégalité entre la moyenne
2
arithmétique et géométrique, on obtient :
 3
cos α + cos β + cos γ 1
cos α · cos β · cos γ ≤ ≤ .
3 8

Exemple 74

Soient x, y, z des nombres réels tels que xyz > 0. Montrer que :
!
1 yz zx xy
x cos α + y cos β + z cos γ ≤ + + .
2 x y z

On commence par la relation « évidente » suivante :

(xz cos α + yz cos β − xy)2 + (xz sin α − yz sin β)2 ≥ 0,

d’où en développant :
X
2x2 yz cos α + 2xy 2 z cos β − 2xyz2 cos(α + β) ≤ y 2 z2 .

Puisque cos(α + β) = − cos γ on obtient l’inégalité recherchée. On a égalité si, et seulement si :

xz cos α + yz cos β − xy = 0 et xz sin α − yz sin β = 0.

Exemple 75

Soit ABC un triangle acutangle. Montrer que :



tan α + tan β + tan γ ≥ 3 3.

Comme le triangle est acutangle alors tan α, tan β, tan γ sont tous positifs. Donc
1
tan α · tanβ · tan γ = tan α + tan β + tan γ ≥ 3 (tan α · tan β · tan γ) 3 .
√ Q P
Par conséquent tan α · tan β · tan γ ≥ 3 3, et comme tan α = tan α, on obtient l’inégalité de-
mandée.
remarque : on peut aussi utiliser le fait que la fonction f (x) = tan x est convexe sur ]0, π2 [.
Exemple 76

Montrer que : √
cotan α + cotan β + cotan γ ≥ 3.

On a :
 
cos α cos β sin(α + β) 2 sin γ 2 sin γ γ
cotan α + cotan β = + = = ≥ = 2 tan .
sin α sin β sin α sin β cos(α − β) + cos γ 1 + cos γ 2
On montre de même que
   
α β
cotan β + cotanγ ≥ 2 tan et cotan γ + cotanα ≥ 2 tan .
2 2
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 341

En additionnant, on obtient :
      
α β γ
2 (cotan α + cotan β + cotan γ) ≥ 2 tan + tan + tan .
2 2 2
Comme la fonction f (x) = tan x est convexe sur ]0, π/2[ on obtient :
        
1 α β γ α +β +γ 1
tan + tan + tan ≥ tan = tan 30◦ = √ .
3 2 2 2 6 3

Par conséquent tan(α/2) + tan(β/2) + tan(γ/2) ≥ 3, ce qui donne
      √
α β γ
cotan α + cotanβ + cotanγ ≥ tan + tan + tan ≥ 3.
2 2 2

Exemple 77

Montrer que :
     
α β γ
cotan2 + cotan2 + cotan2 ≥
2 2 2
 
α β γ
≥ cotan + cotan + cotan (cotan α + cotan β + cotan γ) .
2 2 2

α β γ
On pose cotan = x, cotan = y, cotan = z, alors on sait que x + y + z = xyz. On a :
2 2 2
X  X
(x + y + z)2 = (x + y + z)xyz = x2 − 1 yz + xy,
P P
ce qui donne x2 + y 2 + z2 + xy = (x2 − 1)yz. Par suite
  X X 
2 x2 + y 2 + z2 ≥ x2 + y 2 + z2 + xy = x2 − 1 yz,

x2 − 1 X x2 − 1 !
2 2 2
qui peut s’écrire aussi sous la forme : x + y + z ≥ xyz . Or,
= cotan α, donc on
2x 2x
arrive à : X Y  X 
α α X  α
cotan2 ≥ cotan cotan α = cotan (cotanα) .
2 2 2
Exemple 78

Montrer que :
 2
α β γ α β γ
sin + sin + sin ≤ cos2 + cos2 + cos2 .
2 2 2 2 2 2

On « permute » les angles α, β, γ de sorte que α ≥ 60◦ ≥ β ≥ γ ou α ≤ 60◦ ≤ β ≤ γ, alors on a :


    
β 1 γ 1 β γ β γ
sin − sin − ≥ 0 =⇒ sin ≥ 2 sin + sin
4 sin −1
2 2 2 2 2 2 2 2
Y  
α α β γ α
=⇒ 1 + 4 sin ≥ 2 sin sin + sin + 1 − sin .
2 2 2 2 2
 
β γ β γ α α
Or, on sait que 2 sin sin = cos − − sin ≤ 1 − sin , par conséquent
2 2 2 2 2 2
Y  
α α β γ β γ
1+4 sin ≥ 2 sin sin + sin + 2 sin sin
2 2 2 2 2 2
X X α β X α X α XX α β
=⇒ cos α ≥ 2 sin sin =⇒ cos2 ≥ sin2 + 2 sin sin .
2 2 2 2 2 2
P P
Après simplification on conclut que ( sin(α/2))2 ≤ cos2 (α/2).
342 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 79 : Inégalité de Hadwiger - Finsler

Montrer que : √
a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC] + (a − b)2 + (b − c)2 + (c − a)2 .

D’après la loi des cosinus on sait que :


a2 = b 2 + c 2 − 2bc cosα = (b − c)2 + 2bc(1 − cos α) = (b − c)2 + 4[ABC] tan(α/2),
puisque  
1 − cos α
2bc(1 − cosα) = 4[ABC] = 4[ABC] tan(α/2).
sin α
Donc, on déduit que :
 
α β γ
a2 + b 2 + c 2 = 4[ABC] tan + tan + tan + (a − b)2 + (b − c)2 + (c − a)2 .
2 2 2
Or, la fonction f (x) = tan x est convexe sur ]0, π/2[, donc on a :
   
1 α β γ α+β +γ 1
tan + tan + tan ≥ tan = tan 30◦ = √ .
3 2 2 2 6 3

En conclusion, on a montré que a + b + c ≥ 4 3 [ABC] + (a − b) + (b − c) + (c − a)2 , avec égalité
2 2 2 2 2

si et seulement si a = b = c.
remarque : l’inégalité
√ de Hadwiger-Finsler est une généralisation de l’inégalité de Weitzenböck
2 2 2
a + b + c ≥ 4 3 [ABC].
Exemple 80

Montrer que : √
ab + bc + ca ≥ 4 3 [ABC].

1 1 1
On sait que [ABC] = ab sin γ = bc sin α = ca sinβ, par suite :
2 2 2
! !1
1 1 1 1 1 1 3
ab + bc + ca = 2[ABC] + + ≥ 6[ABC] · · .
sin α sin β sin γ sin α sin β sin γ

3 3 1 1 1 8
Or on sait que sin α · sin β · sin γ ≤ (voir exemple 69), donc · · ≥ √ , ce qui
8 sin α sin β sin γ 3 3
permet de conclure que :
!1
8 3 √
ab + bc + ca ≥ 6 [ABC] √ = 4 3 [ABC].
3 3

Exemple 81

Montrer que :
1
a4 + b 4 + c 4 ≥ 16 [ABC]2 .

2
a2 b 2 + b 2 c 2 + c 2 a2 ≥ 16 [ABC]2 .

➀ D’après l’inégalité de Weitzenböck et l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :


1 2 2
a4 + b 4 + c 4 ≥ a + b 2 + c 2 ≥ 16 [ABC]2 .
3
➁ Cette inégalité découle de la formule de Héron et l’inégalité de la première question.
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 343

Exemple 82

Montrer que :
!3
2 4 [ABC]
(abc) ≥ √ .
3

On utilise
√ la relation a + b + c = 2R(sin α + sin β + sin γ) ≤ (3 3)R (voir l’inégalité 0 < sin α + sin β +
sin γ ≤ 3 3/2 dans l’exemple 68) et abc = 4R[ABC]. Alors :

4 [ABC] abc 3abc


√ = √ ≤ ≤ (abc)2/3
3 R 3 a + b + c

où on a utilisé dans la dernière étape l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique.


Il suffit, finalement, de prendre les cubes pour terminer la preuve.
Exemple 83

Montrer que :
9r(r + 4R) ≤ 3s 2 ≤ (r + 4R)2 .

On sait que a, b, c sont les racines de l’équation t 3 − 2st 2 + (s 2 + r 2 + 4Rr)t − 4Rrs = 0. Comme les
racines sont toutes réelles, alors le polynôme dérivé 3t 2 − 4st + (s 2 + r 2 + 4Rr) admet uniquement
des racines réelles, donc son discriminant est positif, c’est-à-dire : s 2 ≥ 3r(r + 4R).
Maintenant, on sait que ra , rb , rc sont les racines de l’équation t 3 −(r +4R)t 2 +s 2 t −s 2 r = 0. Le même
raisonnement que ci-dessus nous permet de conclure que 3s 2 ≤ (r + 4R)2 .
Exemple 84

Montrer que :
1
s 2 ≥ 27 r 2 .
2
36r 2 ≤ a2 + b 2 + c 2 ≤ 9R2 .

➀ On a :
! 31
s (s − a) + (s − b) + (s − c) 1 [ABC]2 1
= ≥ [(s − a)(s − b)(s − c)] 3 = = (r 2 s) 3 .
3 3 s

Il suffit finalement de prendre les cubes pour terminer la démonstration.


➁ En utilisant la première question on a :
!2
a+b+c 3 2 
27r 2 ≤ ≤ a + b2 + c2 ,
2 4

où on a utilisé l’inégalité de Cauchy-Schwarz,


  ce qui montre l’inégalité de gauche. D’autre
2 2 2 2 2
part, en utilisant OH = 9R − a + b + c on obtient l’inégalité de droite.

Exemple 85

Montrer que :
1
a2 b2 c2
+ + ≥ 4.
rb rc rc ra ra rb
344 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

2 √
5R − r ≥ 3 s.

➀ On sait que rb rc +rc ra +ra rb = s 2 (voir exemple 32). En utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz
on obtient :
a2 b2 c2 (a + b + c)2 4s 2
+ + ≥ = 2 = 4.
rb rc rc ra ra rb rb rc + rc ra + ra rb s
➁ On utilise la relation ra +rb +rc = 4R+r (voir exemple 32) ainsi que l’inégalité d’Euler R ≥ 2r,
on obtient alors :
5R − r = 4R + r + R − 2r ≥ 4R + r = ra + rb + rc .
[ABC] rs
Puisque ra = = (et les relations similaires pour rb et rc ), on obtient :
s−a s−a
 
1 1 1
5R − r ≥ ra + rb + rc = [ABC] + + =
s−a s−b s−c
s h i
= 2(ab + bc + ca) − (a2 + b 2 + c 2 ) .
4 [ABC]
s h P P 2i √
Donc, il suffit de montrer que 2 ab − a ≥ 3 s, ce qui est équivalent à :
4 [ABC]
  √
2(ab + bc + ca) − a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC].
C’est une conséquentce de l’inégalité de Hadwiger-Finsler.

Exemple 86

Montrer que :
a(s − a) + b(s − b) + c(s − c) ≤ 9rR.
α
On sait que r = (s − a) tan (et les relations similaires avec b, c, β, γ), donc
2
ar br cr
a(s − a) + b(s − b) + c(s − c) = + + =
tan(α/2) tan(β/2) tan(γ/2)
 
= 4Rr cos2 (α/2) + cos2 (β/2) + cos2 (γ/2) .
P 2
Donc, il suffit de montrerP que 2 cos (α/2) ≤ 9/2, ce qui est équivalent à cos α ≤ 3/2, et celle
inégalité découle de 1 < cos α ≤ 3/2 vue dans l’exemple 71.
Exemple 87

Montrer que :
1

ha + hb + hc ≤ 3 s.
2 √
1 1 1 3
+ + ≤ .
a b c 2r

➀ On a :
3abc
(a + b + c)2 ≥ 3(ab + bc + ca) = (h + hb + hc ) = 6R(ha + hb + hc ).
2[ABC] a
Donc, on obtient :
(a + b + c)2 s(a + b + c)
ha + hb + hc ≤ = .
6R 3R
√ √
Or, on sait que a + b + c ≤ 3 3 R, il s’ensuit que ha + hb + hc ≤ 3 s.
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 345

➁ On a :
1 1 1 h + hc + hc
+ + = a ,
a b c 2[ABC]
donc il suffit de montrer que :

3 [ABC]
ha + hb + hc ≤ .
r
Ceci est une conséquence de [ABC] = rs et de la première question.

Exemple 88

Montrer que : √
1 1 1 3 3
+ + ≥ .
a b c 2(r + R)

On sait que

α β γ α β γ
r = 4R sin sin sin et 1 + 4 sin sin sin = cos α + cos β + cos γ.
2 2 2 2 2 2
Puisque a = 2R sin α, b = 2R sin β et c = 2R sin γ, on obtient l’inégalité equivalente :

1 1 1 3 3
+ + ≥ .
sin α sin β sin γ cos α + cos β + cosγ

En faisant un produit en croix, l’inégalité devient :

cos α cos β cos β cos γ cos γ cos α √


cotanα + cotanβ + cotanγ + + + + + + ≥ 3 3.
sin β sin α sin γ sin β sin α sin γ

Comme cotan α + cotanβ + cotanγ ≥ 3 (voir exemple 76), il suffit de montrer que

cos α cos β cos β cos γ cos γ cos α √


+ + + + + ≥ 2 3.
sin β sin α sin γ sin β sin α sin γ

P sin γ √
C’est équivalent à ≥ 2 3. D’après l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géo-
sin α sin β
métrique :
sin γ sin α sin β 3
+ + ≥ 1
.
sin α sin β sin β sin γ sin γ sin α (sin α · sin β · sin γ) 3
Q √
En utilisant la relation sin α ≤ 3 3/8 vue dans l’exemple 69, on obtient l’inégalité demandée.
Exemple 89

Montrer que :
9
9r ≤ ra + rb + rc ≤ R.
2

On sait que ra + rb + rc = 4R + r (voir exemple 32) ; de plus par l’inégalité d’Euler 2r ≤ R on


obtient : 9r ≤ 4R + r ≤ (9/2)R.
Exemple 90

Montrer que : √
9r ≤ ha + hb + hc ≤ 3 s.
346 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

On a √
  √
1 1 1 3
ha + hb + hc = 2[ABC] + + ≤ 2[ABC] = 3 s,
a b c 2r
et
9
ha + hb + hc ≥ 1
= 9r.
ha + h1 + h1
b c

Exemple 91

Montrer que :
3 2 
h2a + h2b + h2c ≤ a + b2 + c2 .
4

On sait que ha ≤ ma et 4m2a = 2b 2 − 2c 2 − a2 (et des relations similaires avec hb , hc , mb , mc ). Donc, il


s’ensuit que :
3 2 
h2a + h2b + h2c ≤ m2a + m2b + m2c = a + b2 + c2 .
4
Exemple 92

Montrer que :
a2 b2 c2
+ + ≥ 2.
h2b + h2c h2c + h2a h2a + h2b

On a
a2 b2 c2 a2 b 2 c 2 b 2 c 2 a2 c 2 a2 b 2
+ + = + + .
h2b + h2c h2c + h2a h2a + h2b 4[ABC] (b + c ) 4[ABC] (c + a ) 4[ABC]2 (a2 + b 2 )
2 2 2 2 2 2

Donc, il suffit de montrer que


1 1 1 1
+ + ≥ .
b2 + c2 c 2 + a2 a2 + b 2 2R2
En utilisant l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique, ainsi que l’inégalité de
Leibniz on déduit que :
1 1 1 9 1
+ + ≥ ≥ .
b 2 + c 2 c 2 + a2 a2 + b 2 2(a2 + b 2 + c 2 ) 2R2

Exemple 93

Montrer que :
ha + hb + hc ≤ wa + wb + wc ≤ 3(R + r).
 
2bc α
L’inégalité de gauche est claire. Montrons celle de droite. On sait que wa = cos (et les
b+c 2
relations similaires pour wb et wc ). Comme 2bc ≤ (b + c)2 alors on déduit que :
α β γ
wa2 ≤ bc cos2 , wb2 ≤ ca cos2 , wc2 ≤ ab cos2 .
2 2 2
D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :
X 2 X √ 2 X  X  9X
wa ≤ bc cos(α/2) ≤ bc cos2 (α/2) ≤ bc
4
P
où on a utilisé l’inégalité cos2 (α/2) ≤ 9/4. Donc il suffit de montrer que :

bc + ca + ab ≤ 4(R + r)2 .
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 347

L’inégalité ci-dessus est équivalente successivement aux quatre inégalités suivantes :


X   X 2
r 2
sin α sin β ≤ 1 + = cos α
X X R X
sin α sin β ≤ cos2 α + 2 cos α cos β
X X X
cos α ≤ cos2 α + cos α cos β
X  X 2 X
2 cos α ≤ cos α + cos2 α.

D’où, il suffit de montrer l’inégalité quadratique suivante :


X 2 X X
cos α −2 cos α + cos2 α ≥ 0.
P
Si
P cos2 α > 1 alors l’inégalité est vraie car le discriminant est négatif. On suppose alors que
cos2 α ≤ 1, alors l’inégalité quadratique ci-dessus est vraie si
X q X X q X
cos α ≤ 1 − 1 − 2
cos α ou cos α ≥ 1 + 1 − cos2 α.
P
Or, on sait que cos α > 1, et donc la première possibilité est à écarter. Il suffit alors de montrer
que pour tout triangle acutangle :
q
cos α + cos β + cos γ ≥ 1 + 1 − (cos2 α + cos2 β + cos2 γ).

On utilise pour cela les identités :


  α β γ
1 − cos2 α + cos2 β + cos2 γ = 2 cos α cos β cos γ; cos α + cos β + cos γ = 1 + 4 sin sin sin ,
2 2 2
donc on doit montrer que

α β γ
8 · sin2 · sin2 · sin2 ≥ cos α · cos β · cos γ.
2 2 2
Or, on sait que IH 2 = 2r 2 − 4R2 cos α cos β cos γ, ce qui donne 4R2 cos α cos β cos γ ≤ 2r 2 , et par
suite :

r2 16R2 sin2 (α/2) sin2 (β/2) sin2 (γ/2)


cos α cos β cos γ ≤ = =
2R2 2R2
= 8 sin2 (α/2) sin2 (β/2) sin2 (γ/2) ce qui termine la preuve.

Exemple 94

Montrer que : √
ha hb + hb hc + hc ha ≤ 3 3 [ABC].

On sait que (voir exemple 30) :

2s 2 r 2[ABC]s
ha hb + hb hc + hc ha = = .
R R
Or, on a aussi √
1 3 3R
s = (a + b + c) = R (sin α + sin β + sin γ) ≤ ,
2 2

d’après la relation sin α sin β sin γ ≤ 3 3/8 vu dans l’exemple 37. Cette relation permet de prouver
l’inégalité demandée.
348 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 95

Montrer que :
ha hb hc ≥ 27 r 3 .

En appliquant l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique à la relation clas-


sique :
1 1 1 1
+ + =
ha hb hc r
on obtient : !3
1 1 1 1 1 1 1 1
· · ≤ 3 + + = .
ha hb hc 3 ha hb hc 27r 3
On conclut alors que ha · hb · hc ≥ 27r 3 .
Exemple 96

Montrer que :
1 1 1 3
+ + ≥ .
ha − 2r hb − 2r hc − 2r r

1 1 1 1
En utilisant la relation + + = on obtient :
ha hb hc r
X h ! X h − 2r
a r a
1 = 3−2 = −2 = .
ha ha ha

Maintenant, grâce à l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique on déduit que :


X h − 2r ! X h !
a a
· ≥ 9.
ha ha − 2r

Par conséquent
ha hb hc
+ + ≥ 9.
ha − 2r hb − 2r hc − 2r
P 2r
Or, le membre de gauche est égal à 3 + , on a donc finalement :
ha − 2r

1 1 1 3
+ + ≥ .
ha − 2r hb − 2r hc − 2r r

Exemple 97

Montrer que : √
3 [ABC] ≤ r(4R + r).

On utilise l’identité IH 2 = 2r 2 − 4R2 cos α cos β cos γ. Or on a :

X  1X
4R2 cos α cos β cos γ = 2R2 sin2 α − 2 = a2 − 4R2 =
2
1 X 2 X 1 X 2  2  1 X 2
a − ab − 4R2 = a − s + r(4R + r) − 4R2 = a − (2R + r)2 .
2 2 4
P
On a utilisé la relation ab = s 2 + r(4R + r) vue dans l’exemple 29. Par suite IH 2 ≥ 0 et
 
s 2 ≤ 4 4R2 + 4Rr + 3r 2 ,
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 349

ce qui donne
    
2 2 2 2 2 2 8 1 2 1 2
[ABC] ≤ 4r 4R + 4Rr + 3r = r 4R + Rr + r + 4Rr + 8r .
3 3 3

Puisque 4r 2 ≤ 2Rr ≤ R2 on obtient :


  
8 1 4 1
[ABC]2 ≤ r 2 4R2 + Rr + r 2 + R2 = r 2 (4R + r)2 .
3 3 3 3

On conclut donc que 3 [ABC] ≤ r(4R + r).
Exemple 98

Montrer que :
3
s < ma + mb + mc < 2s.
2

Soient D, E, F les milieux respectifs des segments [BC], [CA], [AB] respectivement, et A′ le sy-
métrique de A par rapport à D. On définit, de même, les points B′ et C ′ . Soit C ′′ le point d’inter-
section de (BC) avec la droite passant par A et parallèle à (BE) (voir figure ci-dessous).

A
b

F E
b b

C ′′
B D C
b b b b

b A′

Le quadrilatère BA′ CA est un parallélogramme, et en utilisant la relation 2ma = AA′ < AB+BA′ =
b + c (et les mêmes équations avec 2mb et 2mc ) on obtient :

1
ma + mb + mc < (b + c + c + a + a + b) = 2s.
2
Les longueurs des côtés du triangle AA′ C ′′ sont 2ma , 2mb et 2mc . Les longueurs des médianes du
3a 3b 3c
triangle AA′ C ′′ sont , et . De l’inégalité ci-dessus on déduit que :
2 2 2
3
(a + b + c) < 2 (ma + mb + mc ) .
2

Exemple 99

Montrer que :
ma + mb + mc ≤ 4R + r.

Soient D, E, F les milieux respectifs des côtés [BC], [CA], [AB]. On trace les segments [OD], [OE]
et [OF] où O est le centre du cercle circonscrit au triangle ABC. Dans le triangle ADO on a les
inégalités AD ≤ AO + OD = R + OD, avec égalité si, et seulement si, A, O, D sont alignés. Donc

ma ≤ R + OD et de même mb ≤ R + OE et mc ≤ R + OF.
350 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

En additionnant on obtient : ma + mb + mc ≤ 3R + OD + OE + OF. On a OD = R cos α, OE = R cos β


et OF = R cos γ, et en utilisant
α β γ r
cos α + cos β + cos γ = 1 + 4 sin · sin · sin = 1 +
2 2 2 R
 
r
on déduit que : ma + mb + mc ≤ 3R + R 1 + = 4R + r.
R
Exemple 100

Montrer que :
√ √ √ √  √
s < wa + wb + wc ≤ s s − a + s − b + s − c ≤ 3 s.

Soit AD(= wa ) la bissectrice de α, alors

BD + AD > AB = c et CD + AD > AC = b.

En additionnant on obtient :
2wa + (BD + CD) > b + c.
Donc, wa > (s − a) et par suite s < wa + wb + wc . On a aussi

2 bc p p
wa = s(s − a) ≤ s(s − a).
b+c
D’où, on obtient : √ √ √ √ 
wa + wb + wc ≤ s s−a+ s−b+ s−c .
En utilisant, à présent, l’inégalité de Cauchy-Schwarz, on obtient :
√ √ √ √ √
s − a + s − b + s − c ≤ 3 s.

La combinaison de ces inégalités permet de conclure.


Exemple 101

Montrer que : √
wa2 + wb2 + wc2 ≥ 3 3 [ABC].

D’après le théorème de Stewart (ou alors par calcul) on sait que :

a2 bc
wa2 = bc − .
(b + c)2
bc 1
Comme 2
≤ , on déduit que :
(b + c) 4

a2 1 2 
wa2 ≥ bc − ce qui donne wa2 + wb2 + wc2 ≥ ab + bc + ca − a + b2 + c2 .
4 4

Or, d’après l’inégalité de Hadwiger-Finsler on sait que ab +bc +ca ≥ 4 3 [ABC]+(a −b)2 +(b −c)2 +
(c − a)2 , ce qui donne :

1 2  1 X X 
ab + bc + ca − a + b2 + c2 = 6 ab − (a − b)2 =
4 8
1 X X X  1 X √ 
= 5 ab + ab − (a − b)2 ≥ 5 ab + 4 3 [ABC] ≥
8 8
1 √ √  √
≥ 20 3 [ABC] + 4 3 [ABC] = 3 3 [ABC].
8
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 351

Exemple 102

Montrer que :
R + r ≤ max{ha , hb , hc }.

L’inégalité est équivalente à


( )
2 [ABC] 2 [ABC] 2 [ABC] 2 [ABC]
R + r ≤ max , , = .
a b c min{a, b, c}

Donc, il suffit de montrer que :

min{a, b, c} · (R + r) ≤ 2 [ABC].

Si D, E, F sont les milieux des segments [BC], [CA], [AB] respectivement, et O est le centre du cercle
circonscrit au triangle ABC, alors :

R + r = R (cos α + cos β + cosγ) = OD + OE + OF.

D’où l’inégalité se simplifie en : min{a, b, c} · (OD + OE + OF) ≤ 2 [ABC].


Or, on a

min{a, b, c} · (OD + OE + OF) ≤ a · OD + b · OE + c · OF =


= 2[BOC] + 2[COA] + 2[AOB] = 2 [ABC],

ce qui termine la preuve.


Exemple 103

Montrer que :
     
α β γ a+b+c
a · sin + b · sin + c · sin ≥ .
2 2 2 2

On commence, tout d’abord, par montrer que dans tout triangle ABC on a :
         
α β γ α β γ
sin + sin + sin ≤ 1 − sin 1 − sin 1 − sin . (1)
2 2 2 2 2 2
π−α π−β
Il est facile de voir que α, β, γ sont les angles d’un triangle si, et seulement si, , ,
2 2
π−γ
sont les angles d’un « nouveau » triangle. Donc, il suffit de montrer que
2
cos α · cosβ · cosγ ≤ (1 − cos α)(1 − cos β)(1 − cos γ).

Or, on a
     
α β γ r2
(1 − cos α)(1 − cos β)(1 − cos γ) = 8 sin2 sin2 sin2 = ,
2 2 2 2R2
où R et r sont respectivement le rayon du cercle circonscrit et inscrit au triangle ABC. Puisque :

4R2 cos α · cos β · cos γ = 2r 2 − IH 2 ≤ 2r 2 ,

où I et H sont respectivement le centre du cercle inscrit et l’orthcentre du triangle, on obtient


l’inégalité (1).
Revenons au problème de départ. On peut réécrire l’inégalité (1) sous la forme :
  β γ     π−β   π−γ 
sin α2 sin 2 sin 2 sin π−α
4 sin 4 sin 4
 · β  · γ  ≤  ·  π−β  ·  π−γ  .
cos α2 cos 2 cos 2 cos π−α
4 cos 4 cos 4
352 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

En utilisant les identités :


          !
α β γ π−α π−β π−4
sin + sin + sin = 1 + sin · sin · sin
2 2 2 4 4 γ
et            
α β γ π−α π−β π−γ
cos + cos + cos = cos · cos · cos
2 2 2 4 4 4
on déduit que   β      β  γ 
α γ
sin 2 · sin
2 · sin 2 −1 + sin α2 + sin 2 + sin 2
  β γ  ≤   β  γ  . (2)
cos α2 · cos 2 · cos 2 cos α2 + cos 2 + cos 2
           
α β γ α β γ
Or, r = 4R sin sin sin et s = 4R cos cos cos , donc le membre de gauche dans
2 2 2 2 2 2
r
(2) devient . D’où, l’inégalité se simplifie en :
s
  β γ 
r −1 + sin α2 + sin 2 + sin 2
≤   β γ  .
s cos α + cos + cos
2 2 2
   
α α
Finalement, on observe que (s − a) sin = r cos , donc on obtient
2 2
            
α β γ α β γ
(s − a) sin + (s − b) sin + (s − c) sin ≤ s −1 + sin + sin + sin
2 2 2 2 2 2
ce qui donne :
     
α β γ a+b+c
a · sin + b · sin + c · sin ≥ .
2 2 2 2
Exemple 104

Montrer que :

3 (cos α + cos β + cosγ) ≥ 2 (sin α · sin β + sin β · sin γ + sin γ · sin α) .

En développant l’inégalité

(cos α − cosβ)2 + (cos β − cosγ)2 + (cos γ − cos α)2 ≥ 0

on obtient
cos2 α + cos2 β + cos2 γ ≥ cos α cos β + cos β cos γ + cos γ cos α.
Or, on a les implications suivantes :
X X X 2 X
cos2 α ≥ cos α cos β =⇒ cos α ≥ 3 cos α cos β
X 3X
=⇒ 3 cos α cos β ≤ cos α
X 2X
=⇒ 2 cos α cos β ≤ cos α
X X X
=⇒ cos(α − β) + cos(α + β) ≤ cos α
X
=⇒ cos(α − β) ≤ 2 cos cos α
X X X
=⇒ cos(α − β) − cos(α + β) ≤ 3 cos α
X X
=⇒ 2 sin α sin β ≤ 3 cos α

3
où on a utilisé le résultat cos α + cosβ + cos γ ≤ vu dans l’exemple 71.
2
6.8. QUELQUES INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES DANS LE TRIANGLE 353

Exemple 105

Montrer que :
3
max {ra , rb , rc } ≥ R.
2

L’inégalité en question est équivalente à :


 
1 1 1 3R
max , , ≥ ,
s−a s−b s−c 2 [ABC]
c’est équivalent aussi à
      
α β γ 3Rr 3R
max tan , tan , tan ≥ = .
2 2 2 2 [ABC] 2s
L’inégalité ci-dessus peut s’écrire sous la forme :
      
α β γ 3
(sin α + sin β + sin γ) · max tan , tan , tan ≥ .
2 2 2 2
Or, on a
X         X   X  
α β γ α α
sin α · max tan , tan , tan ≥ sin α · tan =2 sin2 .
2 2 2 2 2
D’autre part, on a aussi :
      
α 3 1X 3 1 Y α 3 1 r r
sin2 = − cos α = − 1 + 4 sin = − 1+ =1− .
2 2 2 2 2 2 2 2 R 2R
Puisque 2r ≤ R (inégalité d’Euler), alors le résultat est prouvé.
remarque : on a, en fait, montré une inégalité plus forte, à savoir : max{ra , rb , rc } ≥ 2R − r.
Exemple 106

Montrer que :
R − 2r ≥ wa − ha .

On sait que
       
α β γ 4R sin β sin γ α
r = 4R sin sin sin ; wa = cos et ha = 2R sin β sin γ.
2 2 2 sin β + sin γ 2
L’inégalité en question devient alors :
        
α β γ 2 sin β sin γ β −γ
1 − 8 sin sin sin ≥  β−γ  1 − cos .
2 2 2 cos 2 2
   
β−γ α
On pose t = cos ∈ ]0, 1] et x = sin ∈ ]0, 1[. On doit montrer que :
2 2
f (x, t) := 2(1 + t)x2 − 4t 2 x + (t + 2t 2 − t 3 ) ≥ 0.

Grâce à une étude de fonction, et en considérant que t est fixé, et que c’est x qui est la variable,
on montre que : !
t2 t(1 − t)(t + 3)
min f (x, t) = f ,t = ≥ 0.
x ∈ ]0,1[ 1+t t+1
Donc, f (x, t) ≥ 0 pour tout x ∈ ]0, 1[ et t ∈ ]0, 1]. On a égalité si, et seulement si, t = 1, ou de façon
1 π
équivalente x = , ce qui équivaut à α = et β = γ, ça correspond au cas où le triangle est
2 3
équilatéral.
354 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 107

Montrer que : p p √
s(s − a) + s(s − b) + mc ≤ 3 s.

En utilisant l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique on a :


p
2 (s − a)(s − b) ≤ s − a + s − b = c

avec égalité si, et seulement si, a = b. Donc :

4m2c = 2a2 + 2b 2 − c 2 = (a + b)2 + (a − b)2 − c 2 = (a + b)2 − (b + c − a)(a + c − b) =


 p  p 
(a + b)2 − 4(s − a)(s − b) = a + b + 2 (s − a)(s − b) a + b − 2 (s − a)(s − b)
 p  √ √ 2 
= a + b + 2 (s − a)(s − b) 2s − s − a + s − b
 √ √ 2 
≤ 2s 2s − s − a + s − b .

D’où
p p √ q
s(s − a) + s(s − b) ≤ 2 s 2 − m2c .
D’autre part
!2
√ q
2 s − mc + mc ≤ 3s 2 ,
2 2

 2
ce qui est équivalent à s 2 − 3m2c ≥ 0, la preuve est ainsi terminée.

6.9 Aire et périmètre


On commence ce paragraphe par exposer quelques problèmes de compétitions sur le calcul
d’aire ou de périmètre.
Exemple 108 : (Autriche-Pologne, 1985)

Soit ABCD un quadrilatère convexe d’aire 1. Montrer que :



AB + BC + CD + DA + AC + BD ≥ 4 + 8.

On pose a = AB, b = BC, c = CD, d = DA, e = AC et f = BD, alors l’aire du quadrilatère ABCD
est donnée par
e · f · sin θ
[ABCD] =
2
e · f · sin θ e · f
où θ est l’angle entre les diagonales. Ainsi, on a par hypothèse : 1 = ≤ .
2 2
ab sin B ab cd sin D cd
Comme [ABC] = ≤ et [CDA] = ≤ , on déduit que :
2 2 2 2
ab + cd bc + da
1 = [ABCD] ≤ , et de même 1 = [ABCD] ≤ .
2 2
Ces deux inégalités impliquent que ab + bc + cd + da ≥ 4.
Finalement, puisque (e + f )2 = 4ef + (e − f )2 ≥ 4ef ≥ 8 et

(a + b + c + d)2 = 4(a + c)(b + d) + [(a + c) − (b + d)]2 ≥ 4(a + c)(b + d) = 4(ab + bc + cd + da) ≥ 16



on déduit que a + b + c + d + e + f ≥ 4 + 8.
6.9. AIRE ET PÉRIMÈTRE 355

Exemple 109 : (Olympiade ibéro-américaine, 1992)

Soit ABC un triangle donné. On construit un hexagone A1 A2 B1 B2 C1 C2 comme dans la


figure ci-dessous (qui n’est pas en vraie grandeur). Montrer que :

[A1 A2 B1 B2 C1 C2 ] ≥ 13 · [ABC] .

A1
A2 b
b

a a
A
b

a c
B1
b B C C2
b b b b c b

b c C1
b
B2 b

ab sin C
Comme [ABC] = , alors
2

[A1 A2 B1 B2 C1 C2 ] = [A1 BC2 ] + [A2 CB1 ] + [B2 AC1 ] + [AA1 A2 ] + [BB1 B2 ] + [CC1 C2 ]
(c + a)2 sin B (a + b)2 sin C (b + c)2 sin A a2 sin A b 2 sin B c 2 sin C
− 2[ABC] = + + + + +
2 2 2 2 2 2
(a2 + b 2 + c 2 )(sin A + sin B + sin C)
− 2[ABC] = + ca sin B + ab sin C + bc sin A
2
(a2 + b 2 + c 2 )(sin A + sin B + sin C)
− 2[ABC] = + 4[ABC].
2

Par suite, [A1 A2 B1 B2 C1 C2 ] ≥ 13 · [ABC] si, et seulement, si

(a2 + b 2 + c 2 )(sin A + sin B + sin C) 9abc


≥ 9 · [ABC] = .
2 4R
sin A 1
En utilisant la loi des sinus, = , on peut montrer que l’inégalité est vraie si, et seulement
a 2R
2 2 2
(a + b + c )(a + b + c) 9abc
si, ≥ , c’est-à-dire :
4R 4R
 
a2 + b 2 + c 2 (a + b + c) ≥ 9abc.

Cette dernière inégalité se déduit facilement de l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géo-
métrique, l’inégalité de réarrangement ou de l’inégalité de Chebychev. De plus, on a égalité si et
seulement si a = b = c.
Exemple 110

Soient ABC un triangle de côtés a, b, c , et P un point à l’intérieur de ABC . On suppose que


la droite AP coupe le cercle passant par B, P, C au point A′ (différent de P ). On définit de
la même façon les points B′ et C ′ . Montrer que
√ √ √ 
P (AB′ CA′ BC ′ ) ≥ 2 ab + bc + ca ,

où P (AB′ CA′ BC ′ ) désigne le périmètre de l’hexagone de AB′ CA′ BC ′ .


356 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

[ y = CPA
Soient x = BPC, [ et z = APB,
€ alors comme A′ CPB est cyclique, les angles du triangle
a sin z a sin y
A′ CB sont π − x, π − z et π − y. Donc, par la loi des sinus on a : A′ B = et A′ C = . Par
sin x sin x
conséquent :
a(sin x + sin y + sin z)
P (A′ CB) = .
sin x
On obtient, de même, les périmètres des triangles B′ AC et C ′ BA.
En sommant les trois expressions on obtient :
!
a b c
(sin x + sin y + sin z) + + .
sin x sin y sin z

D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :


 √ √ √ 2 √ √ √ 
P +a+b+c ≥ a + b + c ou de façon équivalente P ≥ 2 bc + ca + ab .

a b c
On a égalité lorsque = = .
sin x sin y sin2 z
2 2

Exemple 111 : (Chine, 1988 et 1993)

On considère deux cercles concentriques de rayons R et R1 (avec R1 > R) et un quadrilatère


convexe ABCD inscrit dans le petit cercle. Les prolongements des segments AB, BC, CD et
DA intersectent le grand cercle aux points C1 , D1 , A1 et B1 respectivement. Montrer que
 2
périmètre(A1 B1 C1 D1 ) R [A1 B1 C1 D1 ] R1
≥ 1 et ≥ .
périmètre(ABCD) R [ABCD] R

1. Pour montrer la première inégalité on utilise le théorème de Ptolémée appliquée aux quadrila-
tères OAB1 C1 , OBC1 D1 , OCD1 A1 et ODA1 B1 . On obtient :

AC1 · R1 ≤ B1 C1 · R + AB1 · R1 , BD1 · R1 ≤ C1 D1 · R + BC1 · R1 ,


CA1 · R1 ≤ D1 A1 · R + CD1 · R1 , DB1 · R1 ≤ A1 B1 · R + DB1 · R1 .

A1
b

B1
b
x A w
b
d

b D
a
O
b

c
b
B b
b z
y C b
D1

C1

Alors, en sommant les 4 inégalités ci-dessus, et en écrivant AC1 , BD1 , CA1 et DB1 comme sommes
de AB + BC1 , BC + CD1 , CD + DA1 et DA + AB1 respectivement on obtient (en notant P le péri-
mètre) :

R1 · P (ABCD) + R1 (BC1 + CD1 + DA1 + AB1 ) ≤ R · P (A1 B1 C1 D1 ) + R1 (AB1 + BC1 + CD1 + DA1 ) .
6.9. AIRE ET PÉRIMÈTRE 357

Par suite
périmètre(A1 B1 C1 D1 ) R
≥ 1.
périmètre(ABCD) R
2. Pour montrer la seconde inégalité on utilise les relations suivantes

ad sin A + bc sin A sin A


[ABCD] = = (ad + bc) et
2 2
ab sin B + cd sin B sin B
[ABCD] = = (ab + cd)
2 2

[ et B = ABC.
[ Comme [AB1 C1 ] = x(a + y) sin(180◦ − A) x(a + y) sin A
où A = DAB = , alors on a :
2 2

[AB1 C1 ] x(a + y)
= , et de même
[ABCD] ad + bc
[BC1 D1 ] y(b + z) [CD1 A1 ] z(c + w) [DA1 B1 ] w(d + x)
= ; = ; = .
[ABCD] ab + cd [ABCD] ad + bc [ABCD] ab + cd

Donc
[A1 B1 C1 D1 ] x(a + y) + z(w + c) y(b + z) + w(d + x)
= 1+ + .
[ABCD] ad + bc ab + cd
La puissance d’un point du grand cercle par rapport au petit cercle est égale à R21 − R2 . En parti-
culier, la puissance de A1 , B1 , C1 et D1 est la même. D’autre part, on sait que ces puissances sont
w(w + c), x(x + d), y(y + a) et z(z + b) respectivement. En revenant à la dernière égalité ci-dessus on
déduit que :
" #
[A1 B1 C1 D1 ] x z y w
= 1 + (R21 − R2 ) + + + .
[ABCD] y(ad + bc) w(ad + bc) z(ab + cd) x(ab + cd)

D’après l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géométrique on déduit que

[A1 B1 C1 D1 ] 4(R21 − R2 )
≥ 1+ p .
[ABCD] (ad + bc)(ab + cd)

Puisque

p 1 2 (4 2R)2
2 (ad + bc)(ab + cd) ≤ ad + bc + ab + cd = (a + c)(b + d) ≤ (a + b + c + d) ≤ = 8R2 ,
4 4
(les deux premières inégalités proviennent de l’inégalité entre la moyenne arithmétique et géo-
métrique, et la troisième provient du fait que parmi tous les quadrilatères inscrits dans un cercle,
c’est le carré qui a le plus grand périmètre), alors on conclut que :

4(R21 − R2 )  2
[A1 B1 C1 D1 ] R1
≥ 1+ 2
= .
[ABCD] 4R R

De plus, on a égalité si, et seulement si, ABCD est un carré.


On présente maintenant une inégalité algébrique dont la résolution fait appel aux notions d’aire
ou de périmètre.
Exemple 112

Soient a, b, c des nombres réels strictement positifs tels que c < a et c < b . Montrer que :
p p √
c(a − c) + c(b − c) ≤ ab.
358 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

On se propose de donner deux démonstrations.


1ère méthode : on considère les triangles isocèles ABC et ACD, alors l’aire du quadrilatère ABCD
est égale, d’une part, à :
p p
[ABCD] = [ABC] + [ACD] = c(a − c) + b(b − c);

et d’autre part :

[
2 ab sin BAD
[ABCD] = 2[ABD] = .
2

Cette dernière façon montre clairement que [ABCD] ≤ ab, ce qui montre l’inégalité demandée.

D
b


b √
b

√ √
c E c
A b b b C


√ a
a

b
B

2nde méthode : comme√les droites AC et BD sont perpendiculaires, alors par le théorème de



Pythagore on a : DE = b − c et EB = a − c. D’après l’inégalité de Ptolémée on a :
√ √  √ √ √ √ √
b − c + a − c · 2 c ≤ a b + a b,

et l’inégalité demandée est ainsi montrée.


Exemple 113

Soient ABC un triangle et DEFGHI l’hexagone obtenu en traçant les droites parallèles aux
trois côtés du triangle et tangentes au cercle inscrit (voir figure). Montrer que
2
P (DEFGHI) ≤ · P (ABC),
3
où P (DEF) désigne le périmètre du triangle DEF .

A
b

D E
b b

b
F

I
b

B C
b b b b

H G
6.9. AIRE ET PÉRIMÈTRE 359

Le périmètre de l’hexagone est donné par 2(DE + FG + HI). Soient X, Y , Z les points de contact
entre le cercle inscrit et les côtés BC, CA et AB respectivement ; et soit p = a + b + c le périmètre du
triangle ABC. On pose x = AZ = AY , y = BZ = BX et z = CX = CY , alors :
DE AE + ED + DA 2x
= = .
a p p
FG 2z HI 2y
De même on obtient = et = . Par conséquent :
c p b p
4(xa + yb + zc) 4[a(s − a) + b(s − b) + c(s − c)]
P (DEFGHI) = =
p 2s
4[(a + b + c)s − (a2 + b 2 + c 2 )] (a2 + b 2 + c 2 )
= = 2(a + b + c) − 4 .
2s (a + b + c)
1
Or, par l’inégalité de Chebychev, on sait que a2 + b 2 + c 2 ≥
(a + b + c)(a + b + c). En conclusion :
3
4 2
P (DEFGHI) ≤ 2(a + b + c) − (a + b + c) = (a + b + c).
3 3
Exemple 114

On considère un triangle ABC et son cercle circonscrit. Soient A′ , B′ , C ′ les milieux respec-
“ CA,
tifs des arcs de cercle BC, “ AB “ . Les droites A′ B′ , B′ C ′ , C ′ A′ coupent BC et AC , AC et
AB, AB et BC , en P, Q, R, S, T , U respectivement. Montrer que :

[PQRST U] (a + b)2 + (b + c)2 + (c + a)2


= .
[ABC] 2(a + b + c)2

\ 1b \ 1b \ 1b \ 1b € = ARS
€=
On a : AC ′ B′ = B, et de même AB ′ C ′ = C; C ′ AB = C et B′ AC = B. Donc ASR
2 2 2 2
1 b b 1b
(B + C) = 90◦ − A. D’après la loi des sinus dans le triangle AC ′ R on a :
2 2
AR sin 21 B
b sin 12 B
b 1b
= d’où AR = · D sin C = AS,
AC ′
sin(90 − A)
◦ 1 b cos A1 b 2
2 2
où D désigne le diamètre du cercle circonscrit au triangle ABC.

A
b

R b
B′
S b
C′ b
b

b b Q
T

b b b b

B U P C

A′

Donc
[ASR] AR · AS D 2 sin2 21 B
bsin2 1 C
2
b D2 (s − a)(s − c) (s − a)(s − b) D 2 [ABC]2 bc
= = = · · == 2 = 2.
[ABC] bc bc cos A2 1b s(s − a) ac ab s abc · a 4s
2
[BT U] ac CPQ] ab
De même, = et = . En sommant ces trois expressions on conclut que :
[ABC] 4s 2 [ABC] 4s 2
[ABC] − [PQRST U] bc + ac + ab
=
[ABC] 4s 2
360 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

[PQRST U] bc + ac + ab (a + b)2 + (b + c)2 + (c + a)2


c’est-à-dire : = 1− 2
= .
[ABC] 4s 2(a + b + c)2
Exemple 115

Soient ABC un triangle ; A1 , B1 , C1 des points sur les segments BC, CA, AB respectivement,
et aucun d’eux ne coïncide avec un sommet de ABC . Montrer que si

AB + BA1 = AC + CA1 , AB + AB1 = BC + CB1 et AC + AC1 = BC + BC1 ,

alors :
[ABC] ≥ 4 × [A1 B1 C1 ].

On va montrer, plus généralement, l’inégalité :


9 abc
[A1 B1 C1 ] ≤ · [ABC].
4(a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 )

Il est clair, qu’avec l’inégalité de la moyenne, on a : (a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 ) ≥ 9abc, et donc en


particulier [ABC] ≥ 4 · [A1 B1 C1 ].
On note par zM l’affixe du point M. On a : 2s = a + b + c = (AB + AB1 ) + (BC + CB1 ) = 2(c + AB1 ), et
donc AB1 = s − c, CB1 = CB − AB1 = b − s + c = s − a. De même, on a :

BC1 = s − a, CA1 = s − b, BA1 = s − c, AC1 = s − b.

Les affixes zA1 , zB1 , zC1 des points A1 , B1 , C1 sont données par :

(s − b)zB + (s − c)zC (s − c)zC + (s − a)zA (s − a)zA + (s − b)zB


zA 1 = , z B1 = , zC1 = .
a b c
La formule permettant d’obtenir l’aire du triangle A1 B1 C1 s’écrit :
   
 X   X (s − b)z + (s − c)z (s − c)z + (s − a)z 
   B C C A
2 · [A1 B1 C1 ] = ℑ  zA1 zB1  = ℑ  · 
   a b 
cycl. cycl.
   
1  X  1  X 
   
= · ℑ  zB zC [c(s − b)(s − c) + b(s − c)s] + · ℑ  zC zB a(s − b)(s − c)
abc   abc  
cycl. cycl.
 
1  X 
 
= · ℑ  zB zC [c(s − b)(s − c) + b(s − c)s − a(s − b)(s − c)]
abc  
cycl.
 
1  X 
 
= · ℑ  zB zC [(s − b)(s − c)(b + c − a)]
abc  
cycl.
 
1  X 
 
= · ℑ  zB zC [2(s − a)(s − b)(s − c)]
abc  
cycl.
 
2(s − a)(s − b)(s − c)  X  2(s − a)(s − b)(s − c)
 
= · ℑ  zB zC  = 2[ABC] ·
abc   abc
cycl.

où on a utilisé le fait que zA zA et zB zC +zC zB sont des nombres réels, et donc leur partie imaginaire
est nulle. On a alors :
abc · s
· [A1 B1 C1 ] = [ABC] · s(s − a)(s − b)(s − c),
2
et par la formule de Héron :
abc · s
· [A1 B1 C1 ] = [ABC]3 .
2
6.10. UN TRIANGLE À L’INTÉRIEUR D’UN AUTRE TRIANGLE 361

Montrons maintenant que :

abc · s (a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 )
≥ 4[ABC]2 · .
2 9abc
Puisque abc = 4R[ABC], on obtient l’inégalité équivalente
(a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 )
2s · a2 b 2 c 2 ≥ 16[ABC]2 ,
9
qui elle-même est équivalente successivement à :
a2 + b 2 + c 2
a2 b 2 c 2 ≥ 16[ABC]2 · et 9R2 ≥ a2 + b 2 + c 2 .
9
La dernière inégalité est évidente puisque la distance entre le centre O du cercle circonscrit et le
barycentre G est donnée par la formule de Leibniz : OG 2 = 9R2 − (a2 + b 2 + c 2 ). Donc, on conclut
que :
(a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 )
[ABC]3 ≥ 4[ABC]2 · · [A1 B1 C1 ],
9 abc
qui est équivalente à l’inégalité recherchée :
9 abc
[A1 B1 C1 ] ≤ · [ABC].
4(a + b + c)(a2 + b 2 + c 2 )
remarque : l’inégalité de cet exercice a été utilisée par Torrejón pour résoudre une « vieille conjec-
ture » d’Erdős et Debrunner qui remontre aux années 1960. On peut consulter l’excellent article :
R. Torrejón, On a Erdős inscribed triangle inequality, Forum Geometricum 5 (2005), 137-141.

6.10 Un triangle à l’intérieur d’un autre triangle


Dans ce paragraphe on s’intéresse à des inégalités géométriques obtenues dans des problèmes
faisant intervenir un triangle à l’intérieur d’un autre : les sommets D, E et F du petit triangle DEF
appartiennent aux côtés [BC], [AC] et [AB] respectivement du grand triangle ABC (voir figure
dans la solution de l’exemple ci-dessous)
Exemple 116

Soient D, E et F des points des côtés BC, CA et AB du triangle ABC . Montrer que

[DEF] ≥ min { [BDF], [CED], [AFE] } ,

avec égalité si, et seulement si, D, E et F sont les milieux respectifs des segments auxquels
ils appartiennent.

Soient α, β, γ les aires des triangles AFE, BDF, DEC de sorte que
p 0 < α ≤ β ≤ γ. On pose
δ = [DEF] et on se propose de montrer plus généralement que : δ ≥ αβ.
On suppose (pour simplifier) que [ABC] = 1, et on pose :
BD DC CE EA AF FB
= x, = x′ , = y, = y′ , = z, = z′ .
a a b b c c
Soient AX et FY les hauteurs issues de A et F respectivement , alors on a :
[BDF] [BDF] BD · FY BD FB
= = = · = xz′ .
1 [ABC] BC · AX BC AB
Donc, [BDF] = xz′ , et on obtient de façon similaire [CED] = yx′ , [AFE] = zy ′ . Ainsi :

δ = 1 − (xz′ + yx′ + zy ′ ) = 1 − x(1 − z) + y(1 − x) + z(1 − y) =


1 − (x + y + z) + (xy + yz + zx) = (1 − x)(1 − y)(1 − z) + xyz = x′ y ′ z′ + xyz.
362 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

A
b

F b

b
E

B
C
b b b b b

Y X D

1 1
On distingue deux cas : γ < et γ ≥ .
4 4
1 p √ 1 1
⋄ γ < : si δ < αβ alors δ < γ · γ = γ < et par suite 1 = α + β + γ + δ < α + β + ce qui donne
4 4 2
1
α + β > , et nous obtenons par conséquent :
2
1 1
< α + β ≤ 2γ < .
2 2
p 1
Cette contradiction montre que δ ≥ αβ lorsque γ < .
4
1
⋄ γ ≥ : dans ce cas on a :
4
p p p √ p
δ = x′ y ′ z′ + xyz ≥ 2 xx′ yy ′ zz′ = 2 αβγ = αβ · 2 γ ≥ αβ.

La preuve est ainsi complète.


remarque : on peut montrer (mais c’est un peu plus difficile) que :

P (DEF) ≥ min { P (BDF), P (CED), P (AFE) } ,

où P (XY Z) est le périmètre du triangle XY Z. De plus, on a égalité si, et seulement si, D, E, F sont
les milieux respectifs des côtés auxquels ils appartiennent.
Exemple 117

Soient ABC un triangle acutangle et DEF un triangle acutangle inscrit dans ABC .
Montrer que :

min { R(AFE), R(BDF), R(CED) } ≤ R(DEF) ≤ max { R(AFE), R(BDF), R(CED) } ,

où R(XY Z) est le rayon du cercle circonscrit du triangle XY Z .

[ ce qui im-
Le segment EF est donné par EF = 2R(AFE) sin α qui est égal à 2R(DEF) sin FDE,
plique que :
R(DEF) sin α R(DEF) sin β R(DEF) sin γ
= et de même = , = .
[
R(AFE) sin FDE [
R(BDF) sin DEF [
R(CED) sin EFD

[ + DEF
Or, α + β + γ = π = FDE [ + EFD [ et par suite un au moins de α , β , γ est ≥ 1, et
[
FDE [ DEF [EFD
au moins un de ces nombres est aussi ≤ 1. Comme tous les angles sont aigus, au moins un des
R(DEF) R(DEF) R(DEF)
nombres R(AFE) , R(BDF) , R(CED) est ≥ 1, et au moins un de ces nombres est ≤ 1. Ceci montre la
double inégalité :

min { R(AFE), R(BDF), R(CED) } ≤ R(DEF) ≤ max { R(AFE), R(BDF), R(CED) } .

remarque : on peut montrer aussi que r(DEF) ≥ min{r(AFE), r(BDF), r(CED)} où r(XY Z) est le
rayon du cercle inscrit au triangle XY Z.
6.11. UN POINT À L’INTÉRIEUR D’UN TRIANGLE 363

Exemple 118

Soient ABC un triangle acutangle et D, E, F des points arbitraires sur les segments
[BC], [CA], [AB] respectivement. Montrer que :

2 (EF · cos α + FD · cosβ + DE · cos γ) ≥ BC · cosα + CA · cosβ + AB · cosγ.

On pose EF = a′ , FD = b ′ , DE = c ′ , BD = x1 , DC = y1 , CE = x2 , EA = y2 , AF = x3 , FB = y3 , alors :
a′ ≥ a − y3 cos β − x2 cos γ, b ′ ≥ b − y1 cos γ − x3 cos α, c ′ ≥ c − y2 cos α − x1 cos β.
Comme cos α, cos β, cos γ sont positifs, alors les inégalités ci-dessus donnent :
X X X
a′ · cos α ≥ a cos α − a cos β cos γ.
P P P
Or, a cos α = 2R sin α cos α = R sin(2α) = 4R sin α sin β sin γ et
X X
a cos β cos γ = 2R sin α cos β cos γ = 2R cos γ sin(α + β) + 2R cos α cos β sin γ =
2R sin γ cos γ + 2R cos α cos β sin γ = 2R sin γ(cos γ + cos α cos β) = 2R sin α sin β sin γ.
Par conséquent :
X X X
a′ cos α ≥ a cosα − a cos β cos γ = 4R sin α sin β sin γ − 2R sin α sin β sin γ
1X
a cos α.
= 2R sin α sin β sin γ =
2
P ′ P
Par suite, 2 a cos α ≥ a cos α. De plus, on a égalité si, et seulement si, D, E, F sont les milieux
respectifs de [BC], [CA], [AB].

6.11 Un point à l’intérieur d’un triangle


Dans ce paragraphe, on va étudier des inégalités géométriques dans des problèmes où in-
tervient un point P placé à l’intérieur d’un triangle donné ABC. L’inégalité la plus célèbre est
probablement celle de Erdős-Mordell qu’on verra en détail dans un prochain paragraphe.
On utilise, tout au long de ce paragraphe, les notations suivantes :
AP = R1 , BP = R2 , CP = R3 , r1 = d(P, BC), r2 = d(P, AC), r3 = d(P, AB),
où d(X, Y Z) est la distance du point X au segment [Y Z].

A
b

R1
b

b
c r3
r2 b
b
P
R2
r1
R3
B C
b b b

Exemple 119

Soient P un point à l’intérieur d’un triangle ABC , et s le semi-périmètre. Montrer que :

s < R1 + R2 + R3 < 2s.

Comme AB < PA + PB + PC, BC < PB + PC et CA < PC + PA, alors en additionnant on obtient :


s < R1 + R2 + R3 .
364 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

A
b

F b
E
b

b
P

B C
b b b

Maintenant, d’après l’inégalité triangulaire on a : BE < BC + CE. En ajoutant AP aux 2 membres,


et puisque BE = BP + PE, AP < PE + AE on obtient :

BP + PE + AP < BC + CE + AP < BC + CE + PE + AE,

par suite BP + AP < BC + CE + AE = BC + CA. De façon similaire, on obtient AP + CP < BC + AB et


BP + CP < AB + AC. En additionnant ces trois inégalités on conclut que :

R1 + R2 + R3 < AB + BC + CA = 2s.

Exemple 120

Soit ABC un triangle avec a > b > c . Soit P un point à l’intérieur du triangle ABC . Les
droites (AP), (BP), (CP) coupent les segments [BC], [AC], [AB] en D, E, F respectivement
(voir figure ci-dessus). Montrer que :

PD + PE + PF < a.

On trace la droite (PX) parallèle à (AB) ; la droite (PY ) parallèle à (AC) ; la droite (XK) pa-
rallèle à (CF) ; et la droite (Y L) parallèle à (PE). On observe que a est plus grand que chacun de
AD, BE, CF. Puisque les triangles XPY et BAC sont semblables, on obtient XY > PD. De même,
on obtient aussi BX > XK = PF et CY > Y L = PE. En sommant ces inégalités on conclut que :

PD + PE + PF < XY + CY + BX = BC = a.

On donne ci-dessous l’énoncé du théorème d’Erdős-Mordell. La preuve, ainsi que quelques gé-
néralisations et applications, seront présentées dans un prochain paragraphe consacré exclusive-
ment à ce joli résultat élémentaire.
Exemple 121 : (Théorème d’Erdős-Mordell)

Soient P un point à l’intérieur d’un triangle ABC , et D, E, F les pieds des perpendiculaires
issues de P aux côtés BC, CA, AB respectivement. Montrer que :

R1 + R2 + R3 ≥ 2(r1 + r2 + r3 ).

Exemple 122

Montrer les inégalités :


! !
1 1 1 1 1 1 1 1 1
4 + + ≤ 2 + + ≤ + + .
R1 R2 R2 R3 R3 R1 r1 R 1 r2 R 2 r3 R 3 r1 r2 r2 r3 r3 r1

On considère les points A′ , B′ , C ′ symétriques de P par rapport à BC, CA, AB respectivement.


On note par R′1 , R′2 , R′3 les distances de P aux points A′ , B′ , C ′ respectivement ; et on note par
r1′ , r2′ , r3 les distances de P aux côtés B′ C ′ , C ′ A′ , A′ B′ respectivement. D’après l’inégalité de Erdős-
Mordell on sait que :
R′1 + R′2 + R′3 ≥ 2 (r1′ + r2′ + r3′ ) .
6.11. UN POINT À L’INTÉRIEUR D’UN TRIANGLE 365

Si D et E sont les pieds des perpendiculaires issues de P à BC et CA respectivement, alors DE =


R3 sin γ. Comme D et E sont les milieux des segments [PA′ ] et [PB′ ] alors A′ B′ = 2R3 sin γ. Soit F ′
le pied de la perpendiculaire issue de P au côté A′ B′ alors :

2 [A′ PB′ ]
PF ′ = .
A′ B′
D’autre part, on a :
1 ′ \ 1
[A′ PB′ ] = PA · PB′ · sin A ′ PB′ = (2r )(2r2 ) sin(π − γ) = 2r1 r2 sin γ.
2 2 1
2r1 r2 2r r 2r r
Par suite, r3′ = , et de même r1′ = 2 3 et r2′ = 3 1 . De plus, R′1 = 2r1 ,, R′2 = 2r2 , R′3 = 2r3 .
R3 R1 R2
On déduit alors que : !
1 1 1 1 1 1
+ + ≥ 2 + + .
r1 r2 r2 r3 r3 r1 R 1 r1 R 2 r2 R 3 r3
La même preuve avec le point P et le triangle A′ B′ C ′ nous donne :
! !
1 1 1 1 1 1
+ + ≥ 2 + + .
R 1 r1 R 2 r2 R 3 r3 R1 R2 R2 R3 R3 R1

Exemple 123

Montrer que :
R1 r1 + R2 r2 + R3 r3 ≥ 2 (r1 r2 + r2 r3 + r3 r1 ) .

A
b

F b R1 E
b

r3 P r2
b

R2
r1 R3
B C
b b b

En déduire les inégalités suivantes :


1 1 1
1 + + ≥ 6;
sin(α/2) sin(β/2) sin(γ/2)
2 cos α + cos β + cosγ ≥ 2 (cos α cos β + cosβ cos γ + cos γ cos α) ;
3
3 cos α + cos β + cosγ ≤ 2 ;
4 m a ha + mb hb + mc hc ≥ ha hb + hb hc + hc ha .

On a : BA · PF + CA · PE ≤ BC · PA et donc cr3 + br2 ≤ aR1 , c’est-à-dire :


c b
R 1 r1 ≥ r r + r r .
a 3 1 a 2 1
De même, on a : R2 r2 ≥ ba r1 r2 + bc r3 r2 et R3 r3 ≥ bc r2 r3 + ac r1 r3 . En additionnant les trois dernières
inégalités on obtient (avec l’aide de l’inégalité entre les moyennes arithmétique et géométrique) :
! !  
b a c b a c
R 1 r1 + R 2 r2 + R 3 r3 ≥ r1 r2 + + r2 r3 + + r3 r1 + ≥ 2 (r1 r2 + r2 r3 + r3 r1 ) .
a b b c c a

On a égalité si, et seulement si, ABC est un triangle équilatéral de centre P.


366 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

➀ Si P = I le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC alors r1 = r2 = r3 = r et


1 1 1
R1 = r , R2 = r , R3 = r .
sin(α/2) sin(β/2) sin(γ/2)
Par suite :
1 1 1
+ + ≥ 6.
sin(α/2) sin(β/2) sin(γ/2)
➁ En prenant P = O le centre du cercle circonscrit au triangle ABC, on obtient :

cos α + cos β + cos γ ≥ 2 (cos α cos β + cos β cos γ + cos γ cos α) .

➂ En prenant P = H l’orthocentre, alors R1 = 2R cos α, R2 = 2R cos β, R3 = 2R cos γ et

r1 = 2R cos β cos γ, r2 = 2R cos γ cos α, r3 = 2R cos α cos β.

Par conséquent on a l’inégalité : cos α + cos β + cos γ ≤ 23 .


➃ En prenant P = G le centre de gravité, alors l’inégalité devient :

ma ha + mb hb + mc hc ≥ ha hb + hb hc + hc ha

Exemple 124

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . On suppose que les droites (AP), (BP), (PC)
coupent les côtés [BC], [CA], [AB] en D, E, F respectivement.
Montrer les inégalités suivantes :
1
AP BP CP
+ + ≥ 6.
PD PE PF
2
AP BP CP
· · ≥ 8.
PD PE PF
3
AD BE CF 9
+ + ≥ .
AP BP CP 2
4
AD BE CF
· · ≥ 27.
PD PE PF
5
PD PE PF 3
+ + ≥ .
PA PB PC 2

BD x CE z AF y
On pose = , = , = , alors :
DC y EA x FB z
ax ay cy cz
BD = , CD = , AF = , FB = .
x+y x+y z+y y +z
En utilisant le théorème de Ménélaus, on obtient :
AP BC AF x+y BP z + x CP x + y
= · = et de façon similaire = , = .
PD CD FB z PE y PF z
En additionnant les trois dernières égalités on conclut que :
  ! !
AP BP CP x z y x z y
+ + = + + + + + ≥ 2 + 2 + 2 = 6.
PD PE PF z x x y y z
6.11. UN POINT À L’INTÉRIEUR D’UN TRIANGLE 367

De façon similaire, on a :
√ √ √
AP BP CP (x + y)(y + z)(z + x) 2 xy · 2 yz · 2 zx
· · = ≥ = 8.
PD PE PF xyz xyz

On observe aussi que

AD AP x+y +z AD x+y +z
= 1+ = , = .
PD PD z AP x+y

D’où !
AD BE CF 1 1 1 9
+ + = (x + y + z) + + ≥ ,
AP BP CP x+y y +z z+x 2
et
AD BE CF (x + y + z)3
· · = ≥ 27.
PD PE PF xyz
Finalement :
!
PD PE PF z x x 1 1 1 9 3
+ + = + + = (x + y + z) + + −3 ≥ −3= .
PA PB PC x + y y + z y + z x+y y +z z+x 2 2

Exemple 125

Montrer les inégalités suivantes :


h h h
1 a + b + c ≥ 9;
r1 r2 r3
2 ha hb hc ≥ 27r1 r2 r3 ;
3 (ha − r1 )(hb − r2 )(hc − r3 ) ≥ 8r1 r2 r3 ;
4 min{ha , hb , hc } ≤ r1 + r2 + r3 ≤ max{ha , hb , hc } ;
r1 r2 r3 3
5 + + ≥ .
h a − r1 h b − r2 h c − r1 2

On note par D, E, F les points d’intersection des droites (AP), (BP), (CP) avec les côtés [BC],
BD z CE x AF y
[CA], [AB] respectivement. On pose = , = et = , alors on a clairement :
DC y EA z FB x

AP y + z BP z + x CP y + x
= , = , = .
PD x PE y PF z

Par suite
AD x + y + z BE x + y + z CF x + y + z
= , = , = .
PD x PE y PF z
Puisque les triangles PDL et ADT sont semblables alors :

ha AT AD x + y + z hb x + y + z hc x + y + z
= = = et de même = , = .
r1 PL PD x r2 y r3 z

D’où !
ha hb hc 1 1 1
+ + = (x + y + z) + + ≥ 9.
r1 r2 r3 x y z
On a de plus :
ha hb hc (x + y + z)3
· · = ≥ 27.
r1 r2 r3 xyz
368 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

On remarque aussi que :


! ! !
(ha − r1 )(hb − r2 )(hc − r3 ) ha hb hc
= −1 −1 −1 =
r1 r2 r3 r1 r2 r3
  ! 
z+y x+z y +x z+y x+z y +x
= √ · √ · √ ≥ 2 · 2 · 2 = 8.
x y z yz xz yx
r1 r r
En utilisant les mêmes expressions on déduit aussi que : + 2 + 3 = 1. Finalement, on a :
ha hb hc
r1 PD x r2 r3
= = , et de même pour et . Par suite :
ha − r1 AP y + z h b − r2 h c − r3
X r X x !
1 1 1 1 9 3
= = (x + y + z) + + −3 ≥ −3 = .
h a − r1 y +z y +z z+x x+y 2 2

Exemple 126

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . Montrer que


R1 R2 R2 R3 R3 R1
+ + ≥ 1,
ab bc ca
avec égalité si, et seulement si, P est l’un des sommets du triangle ou P = H l’orthocentre.
En déduire les inégalités suivantes :
1
     
α β γ
a sin + b sin + c sin ≥ s.
2 2 2
2
ma mb mb mc mc ma 9
+ + ≥ .
ab bc ca 4
3
4[ABC]
a+b+c ≥ .
R
4
(a2 + b 2 + c 2 )2
c 2 ma mb + a 2 mb mc + b 2 mc ma ≥ .
4
5
a sin α b sin β c sin γ
+ + ≥ 4 sin α · sin β · sin γ.
b c a

On utilise les nombres complexes pour la démonstration. On associe aux sommets A, B, C les
nombres complexes z1 , z2 , z3 respectivement, et on associe z au point P. Considérons la fonction
(z − z1 )(z − z2 ) (z − z2 )(z − z3 ) (z − z3 )(z − z1 )
g(z) = + + .
(z3 − z1 )(z3 − z2 ) (z1 − z2 )(z1 − z3 ) (z2 − z3 )(z2 − z1 )
Il s’agit d’un polynôme de degré 4 vérifiant g(z1 ) = g(z2 ) = g(z3 ) = 1. Par suite, g(z) = 1 pour tout
z, par conséquent :
X |z − z | · |z − z | XR R
1 2 1 2
1 = |g(z)| ≤ = .
|z3 − z1 | · |z3 − z2 | ab
De plus, on a égalité si, et seulement si, z = z1 ou z = z2 ou z = z3 ou
(z − z1 )(z − z2 ) (z − z2 )(z − z3 ) (z − z3 )(z − z1 )
arg = arg = arg .
(z3 − z1 )(z3 − z2 ) (z1 − z2 )(z1 − z3 ) (z2 − z3 )(z2 − z1 )
Le dernier cas correspond à P = H l’orthocentre.
6.11. UN POINT À L’INTÉRIEUR D’UN TRIANGLE 369

➀ Si P = I le centre du cercle inscrit dans le triangle ABC, alors :


r r r
R1 = , R2 = , R3 = ,
sin(α/2) sin(β/2) sin(γ/2)
P 1P P
par suite il est facile de calculer R1 R2 =
a sin(α/2), et on obtient : a sin(α/2) ≥ s.
s
➁ Si P = G le centre de gravité, alors R1 = 2ma /3, R2 = 2mb /3 et R3 = 2mc /3, par suite on a :
Xm m 9
a b
≥ .
ab 4
1 1
➂ Si P = O le centre du cercle circonscrit, alors R1 = R2 = R3 et l’inégalité devient ≥ 2 , i.e.
ab R
4[ABC]
a+b+c ≥ .
R
➃ Si P = K le point de Lemoine, et si D, E, F sont respectivement les points où les droites
(AP), (BP), (CP) coupent les côtés [BC], [CA], [AB], alors il est facile de vérifier que

BD c 2 CE a2 AF b 2
= , = , = .
DC b 2 EA c 2 FB a2
2bc
En utilisant le théorème de Stewart on peut calculer R1 , on obtient R1 = ma , et
a2 + b 2 + c 2
de même pour R2 et R3 . L’inégalité devient alors :
X (a2 + b 2 + c 2 )2
c 2 ma mb ≥ .
4
➄ Si P = Ω 1 le premier point de Brocard, alors par la loi des sinus on a :
b c c
R1 = sin ω, R2 = sin ω, R3 = sin ω,
sin α sin β sin γ
où ω est l’angle de Brocard. On obtient alors :
X a sin α Q
sin α
. ≥
sin2 ω
b
π 1 X a sin α Y
Comme ω ≤ , alors sin ω ≤ et par conséquent : ≥ 4 sin α.
6 2 b
Exemple 127

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . Montrer que


r1 r2 r2 r3 r3 r1 1
+ + ≤ .
ab bc ca 4
De plus, on a égalité si, et seulement si, P est le centre du cercle circonscrit au triangle
ABC .
En déduire les inégalités :
9
1 sin2 α + sin2 β + sin2 γ ≤ ;
4
2 a2 + b 2 + c 2 ≤ 9R2 ;
3 2r ≤ R (inégalité d’Euler) ;
1
4 sin(2α) + sin(2β) + sin(2γ) ≤ (tan α + tan β + tan γ) ;
√ 2
5 a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC] (inégalité de Weitzenböck).
370 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

On suppose que les droites (AP), (BP), (CP) coupent les segments [BC], [CA], [AB] en D, E, F res-
BD z CE x AF y
pectivement. On pose = , = et = . Un calcul simple montre que
DC y EA z FB x

xha yhb zhc


r1 = , r2 = , r3 = .
x+y +z x+y +z x+y +z

Par conséquent
r1 r2 xy sin2 γ
= .
ab (x + y + z)2
L’inégalité en question s’écrit alors :

1 h i 1
2 2 2
xy sin γ + yz sin α + zx sin β ≤ ,
(x + y + z)2 4
P P
c’est-à-dire : x2 + 2xy cos(2γ) ≥ 0. En écrivant

cos(2α) = cos(2β + 2γ) = cos(2β) cos(2γ) − sin(2β) sin(2γ),

l’inégalité devient :

[x + y cos(2γ) + z cos(2β)]2 + [y sin(2γ) − z sin(2β)]2 ≥ 0,

et qui est clairement vraie. On a égalité si, et seulement si :


x y z
= = ,
sin(2α) sin(2β) sin(2γ)

ce qui correspond au cas P = O le centre du cercle circonscrit.


ha h h
➀ Si P = G le centre de gravité, alors r1 = , r = b et r3 = c . On a donc :
3 2 3 3
Xr r 1 X ha hb 1X 2
1 2
= = sin α.
ab 9 ab 9
P
D’où, l’inégalité est équivalente à : sin2 α ≤ 9/4.
➁ L’inégalité ci-dessus est équivalente à : a2 + b 2 + c 2 ≤ 9R2 .
1 1
➂ Si P = I, alors r1 = r2 = r3 et l’inégalité devient alors ab ≤ 4r 2
, c’est équivalent à 2r ≤ R.
➃ Si P = H l’orthocentre, alors

r1 = 2R cos β cos γ, r2 = 2R cos γ cos α, r3 = cos α cos β.

L’inégalité prend alors la forme suivante :


X 1Y 1X
sin(2α) ≤ tan α = tan α.
2 2

r1 a2
➄ Si P est le point de Lemoine, alors = 2 , et des expressions similaires pour r2 et
ha a + b 2 + c 2
r3 . Par suite on a :
r1 r2 r2 r3 r3 r1 12[ABC]2
+ + = 2
.
ab bc ca (a2 + b 2 + c 2 )

L’inégalité devient alors : a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC].
6.11. UN POINT À L’INTÉRIEUR D’UN TRIANGLE 371

Exemple 128

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . Montrer que :



(R1 + R2 + R3 )2 ≥ 4 3 [ABC].

On trace la droite (AT ) parallèle à (PB) ; la droite (BR) parallèle à la droite (PC) ; et la droite (CS)
parallèle à la droite (PA). Alors :

[AT BRCS] ≥ 2[ABC] et P (AT BRCS) = 2(R1 + R2 + R3 ).

Or, parmi tous les hexagones d’aire fixée, c’est l’hexagone régulier qui a le plus petit périmètre.
Si un hexagone
√ est inscrit dans un cercle de rayon R, alors son périmètre est égal à 6R et son aire
3 3 R2
est égale à , par suite on obtient :
2
s
2 · (aire de l’hexagone)
2 (R1 + R2 + R3 ) ≥ 6R = 6 √ .
3 3

S
b

A
b

T P
b b

B C
b b

b
R

Comme on minimise le périmètre d’un hexagone d’aire 2[ABC], on obtient :


s
2 · 2[ABC]
2 (R1 + R2 + R3 ) ≥ 6 √ ,
3 3

ce qui donne √
(R1 + R2 + R3 )2 ≥ 4 3 [ABC].

Exemple 129

Soient P un point à l’intérieur du triangle ABC ; et D, E, F les pieds des perpendiculaires


issues de P aux côtés [BC], [CA], [AB] respectivement. Montrer que :
1
[DEF] ≤ [ABC].
4
De plus, on a égalité si, et seulement si, P est le centre du cercle circonscrit.

On a (avec les notations habituelles) :


1 [ = 1 r1 r2 sin(π − γ) = 1 r1 r2 sin γ = 1 cr1 r2 .
[DPE] = r r sin DPE
2 1 2 2 2 4R
372 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

On obtient des expressions similaires pour [EPF] et [FPD]. En additionnant ces trois identités on
déduit que :
1 abc X r1 r2 1
[DEF] = (cr1 r2 + ar2 r3 + cr3 r1 ) = ≤ [ABC]
4R 4R ab 4
où on a utilisé, dans la dernière inégalité, un résultat vu dans un exemple précédent.
Exemple 130

Soit G le centre de gravité d’un triangle ABC . Montrer que :

[ + sin GBC
sin GAB [ ≤ 3.
[ + sin GCA
2
Dans quels cas a-t-on égalité ?

Observons que :

[= [ABC] [= [ABC] [= [ABC]


sin GAB , sin GBC , sin GCA ,
cma amb bmc

donc !
[ + sin GBC
[ + sin GCA
[ = [ABC] · 1 1 1
sin GAB + + .
cma amb bmc
D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :
! P  P 
 2 X  X
1 1 a2 b 2 m2a m2b
[ + sin GBC
sin GAB [ + sin GCA
[ ≤ [ABC]2 = [ABC]2 .
a2 m2a (abcma mb mc )2
P P
En utilisant les identités classiques 16[ABC]2 = 2 a2 b 2 − a4 et 4m2a = 2b 2 + 2c 2 − a2 (et les
relations similaires), l’inégalité ci-dessus devient :

4 [ + sin GBC
2
[ ≤ P
[ + sin GCA
sin GAB
9 Q
avec
 X X  X 2    
P= 2 a2 b 2 − a4 a2 b 2 ; Q = a2 b 2 c 2 2a2 + 2b 2 − c 2 2b 2 + 2c 2 − a2 2c 2 + 2a2 − b 2 .

P
Pour terminer la preuve il suffit de montrer que ≤ 1, ou aussi il nous suffit de montrer que
Q
Q = P + R avec R ≥ 0. En posant x = a2 , y = b 2 , z = c 2 , alors

Q − P = f (x, y, z) = xyz(2x + 2y − z)(2y + 2z − x)(2z + 2x − y)−


 2
(2xy + 2yz + 2zx − x2 − y 2 − z2 ) y 2 + 2yz = (x − y)2 (y − z)2 (z − x)2 = R ≥ 0.

On a égalité si, et seulement si, x = y = z ce qui est équivalent à a = b = c, et donc le triangle ABC
est équilatéral.
Exemple 131

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . Montrer que :


X r2 + r3 1 X R1
≤ 1 ≤ .
r2 + 2R1 + r3 3 r2 + r3

Dans quels cas a-t-on égalité ?


6.11. UN POINT À L’INTÉRIEUR D’UN TRIANGLE 373

Soient D, E, F les pieds des perpendiculaires issues de P aux côtés [BC], [CA], [AB] respective-
ment, alors avec nos notations on a :

AP = R1 , BP = R2 , CP = R3 , PD = r1 , PE = r2 , PF = r3 .

Il est facile de voir que : a · R1 ≥ b · r2 + c · r3 , avec égalité si et seulement si AP est perpendiculaire


à BC. Si on projette P sur la bissectrice de BAC [ on obtient : a · R1 ≥ b · r3 + c · r2 . En additionnant
ces relations on déduit que :
b+c
R1 ≥ (r + r ).
2a 2 3
[ ceci
On a égalité si, et seulement si, la droite AP est perpendiculaire à BC et bissecte l’angle BAC,
donne :
1 s
R1 + (r2 + r3 ) ≥ (r2 + r3 ),
2 a
où s est le semi-périmètre du triangle ABC. En divisant par r2 + r3 on obtient :

R1 1 h
+ ≥ 1,
r2 + r3 2 2r

où r est le rayon du cercle inscrit et h1 la hauteur issue de A au côté [BC]. Cette expression se
simplifie sous la forme :
r2 + r3 r
≤ .
r2 + 2R1 + r3 h1
1 1 1 1
Puisque + + = , alors on conclut que :
h1 h2 h3 r
X r2 + r3 X r r
≤ = = 1.
r2 + 2R1 + r3 h1 r

R1 b+c
Pour montrer l’inégalité de droite, on observe que ≥ , et par suite :
r2 + r3 2a
X R X b !
1 a
≥ + ≥ 3,
r2 + r3 2a 2b

ce qui prouve l’inégalité de droite. On a égalité si, et seulement si, ABC est équilatéral et P est
son centre.
Exemple 132

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . Montrer que :


 
R21 sin2 α + R22 sin2 β + R23 sin2 γ ≤ 3 r12 + r22 + r32 .

Montrer, de plus, qu’on a égalité si, et seulement si, P est le point de Lemoine.

On note D, E, F les pieds des perpendiculaires issues de P aux côtés [BC], [AC], [AB] respecti-
vement. On applique le théorème de Ptolémée dans le quadrilatère cyclique AEPF on obtient :

AP · EF = r3 AE + r2 AF = R1 sin θ2 · R1 cos θ1 + R1 sin θ1 · R1 cos θ2 = R21 sin(θ1 + θ2 ) = R21 sin α,

[ = θ1 . Donc, FE = R1 sin α, ce qui donne


€ = θ2 et CAP
avec PAB

R21 sin2 α + R22 sin2 β + R23 sin2 γ = EF 2 + FD 2 + DE 2 .

Considérons le triangle DEF et le point P à son intérieur. On se propose de montrer que :


 
DE 2 + EF 2 + FD 2 ≤ 3 PD 2 + PE 2 + PF 2 . (1)
374 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

D
b

r1
b
P
r2
r3
E K F
b b b

Soit K le milieu du segment [EF] (voir figure ci-dessus). En appliquant le théorème de la médiane
au triangle PEF on obtient :
1√
PK = 2PE 2 + 2PF 2 − EF 2 .
2
De même
1√
DK = 2DE 2 + 2DF 2 − EF 2 .
2
Or DK ≤ PK + KD, avec égalité si, et seulement si, P appartient à [DK]. Par suite :
√ √
2DE 2 + 2DF 2 − EF 2 ≤ 2PD + 2PE 2 + 2PF 2 − EF 2 .

En prenant le carré et en simplifiant on obtient :



2DE 2 + 2DF 2 ≤ 4PD 2 + 2PE 2 + 2PF 2 + PD 2PE 2 + 2PF 2 − EF 2 .

En faisant une somme cyclique par rapport à D, E, F on obtient :


  X √
DE 2 + EF 2 + FD 2 ≤ 2 PD 2 + PE 2 + PF 2 + PD 2PE 2 + 2PF 2 − EF 2 .
 
Si DE 2 + EF 2 + FD 2 ≤ 2 PD 2 + PE 2 + PF 2 , alors (1) est vraie. Sinon, on a :
 
0 ≤ DE 2 + EF 2 + FD 2 − 2 PD 2 + PE 2 + PF 2 ≤
X √ qX q X X
≤ PD 2PE 2 + 2PF 2 − EF 2 ≤ PD 2 4 PD 2 − DE 2 .
P P
En posant PD 2 = x2 etDE 2 = y 2 , la relation ci-dessus s’écrit :
q  
0 ≤ y 2 − 2x2 ≤ x 4x2 − y 2 c’est équivalent à y 2 y 2 − 3x2 ≤ 0.

Il s’ensuit que y 2 ≤ 3x2 , qui est exactement la relation (1). On a égalité si, et seulement si, P est le
centre de gravité de DEF, c’est équivalent à :

[PDE] = [PEF] = [PFD] i.e. r1 r2 sin γ = r2 r3 sin α = r3 r1 sin β.

r1 a r a r b
Ceci montre que = ; 1 = ; 2 = . Donc, on a égalité si, et seulement si, P est le point de
r2 b r3 c r3 c
Lemoine.
Exemple 133

Soient P un point à l’intérieur d’un triangle ABC ; et r1 , r2 , r3 les rayons des cercles inscrits
dans les triangles APB, BPC, CPA respectivement. R désigne le rayon du cercle circonscrit
au triangle ABC . Montrer que :

1 1 1 6+4 3
+ + ≥ .
r1 r2 r3 R
6.11. UN POINT À L’INTÉRIEUR D’UN TRIANGLE 375

1ère méthode : dans chaque triangle APB, BPC et CPA on trace les perpendiculaires issues des
sommets vers les côtés opposés. On les note AN1 , PN2 , BN3 dans le triangle APB ; BL1 , PL2 , CL3
dans le triangle BPC ; et CM1 , PM2 , AM3 dans le triangle CPA. La relation (classique) entre le
1 1 1 1
rayon du cercle inscrit dans un triangle et ses hauteurs donne : = + + , et des
r1 BL1 PL2 CL3
1 1
relations similaires pour et . En sommant ces trois égalités on obtient :
r2 r3
! ! ! !
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
+ + = + + + + + + + + .
r1 r2 r3 AN1 CL3 BL1 AM3 CM1 BN3 PL2 PM2 PN2

1 1 4 4 4
L’inégalité de la moyenne nous donne + ≥ ≥ = , avec égalité si, et
AN1 CL3 AN1 + CL3 AC b
seulement si, BP est perpendiculaire à AC. On obtient, de même, les deux autres inégalités :
1 1 4 1 1 4
+ ≥ et + ≥ .
BL1 AM3 c CM1 BN3 a
On a donc l’inégalité :
  !
1 1 1 1 1 1 1 1 1
+ + ≥ 4 + + + + + ,
r1 r2 r3 a b c PL2 PM2 PN2

avec égalité si, et seulement si, P est l’orthocentre de ABC. On a, de plus, les deux inégalités
classiques :
√ ! 13
1 1 1 9 3 1 1 1 1 1 1
+ + ≥ ≥ et + + ≥3 · · .
a b c a+b+c R PL2 PM2 PN2 PL2 PM2 PN2

On a : 2[ABC] = a · PL2 + b · PM2 + c · PN2 , ce qui donne grâce à l’inégalité de la moyenne :


!1
a · PL2 b · PM2 c · PN2 1 a · PL2 b · PM2 c · PN2 3 1
· · ≤ + + = .
2[ABC] 2[ABC] 2[ABC] 27 2[ABC] 2[ABC] 2[ABC] 27

8[ABC]3
Par conséquent PL2 · PM2 · PN2 ≤ . Puisque abc = 4R[ABC], et par l’inégalité de la
27abc
moyenne on a alors :
! 31
1 1 1 R
+ + ≥ 9 .
PL2 PM2 PN2 2[ABC]2

En utilisant la relation a + b + c ≤ 3 3R on obtient l’inégalité :
!2
4[ABC] abc 3abc 2 a+b+c
√ = √ ≤ ≤ (abc) 3 ≤ ≤ 3R2 ,
3 3R a+b+c 3
√ 2
3 3R
ce qui donne [ABC] ≤ , et finalement :
4
! 13
1 1 1 23 6
+ + ≥ 9 3 3 = .
PL2 PM2 PN2 3 R R

En combinant tout ce qu’on a trouvé, on conclut que :


√ √
1 1 1 4 3 6 4 3+6
+ + ≥ + = .
r1 r2 r3 R R R
On a égalité si, et seulement si, P est l’orthocentre, a = b = c et PL2 = PM2 = PN2 ; ou de façon
équivalente ABC est équilatéral et P est son centre.
376 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

r 1 r 1 r 1
2nde méthode : en utilisant les identités = 1+ , = 1+ et = 1+ , on déduit
r1 sin γ r2 sin α r3 sin β
grâce à l’inégalité de la moyenne que
! r
r r r 1 1 1 1
+ + = 3+ + + ≥ 3+3· 3 .
r1 r2 r3 sin α sin β sin γ sin α · sin β · sin γ

3 3
Comme sin α · sin β · sin γ ≤ , il s’ensuit que :
8
s 
r r r  8  √
+ + ≥ 3 + 3  3
√  = 3 + 2 3.
r1 r2 r3 3 3

Puisque R ≥ 2r, alors : !


R R R r r r √
+ + ≥ 2 + + ≥ 6 + 4 3.
r1 r2 r3 r1 r2 r3
On a égalité lorsque ABC est équilatéral.
Remarque 1 : En 2009, Marian Dincă a généralisé cette inégalité pour un polygone convexe
A1 A2 · · ·An , il a montré le résultat suivant : si A1 A2 · · · An est un polygone convexe inscrit dans
un cercle C(O, R), et si P est un point à l’intérieur du polygone, alors en notant rk le rayon du
cercle inscrit dans le triangle Ak PAk+1 , avec k ∈ J1, nK et An+1 = A1 , on a l’inégalité :
n
X π(n−2)
1 n cot 4n
≥ · .
rk R sin πn
k=1

Remarque 2 : En 2012, Mihály Bencze et Marius Drăgan ont généralisé, à leur tour, cette inégalité.
Ils ont montré que √
1 1 1 18 + 9 3
+ + ≥ ,
r1 r2 r3 s

3 3
où s est le semi-périmètre. Puisque s ≤ R, alors il est clair que :
2
√ √
1 1 1 18 + 9 3 6+4 3
+ + ≥ ≥ .
r1 r2 r3 s R
Pour la preuve de ce résultat on peut consulter l’article suivant :
M. Bencze and M. Drăgan, A refinement of Aassila’s inequality, Octogon Mathematical Journal 20
(2012), 551-554.

6.12 Inégalités géométriques classiques


Dans ce paragraphe on donne certaines inégalités géométriques célèbres.
Exemple 134 : (Inégalité de Weitzenböck)

Montrer que dans tout triangle ABC on a :



a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC].

[
Soit T le point à l’intérieur du triangle ABC tel que : AT [
B = BT [
C = AT C = 120◦ . On pose
AT = x, BT = y et CT = z, alors

a2 = y 2 + z2 − 2yz cos 120◦ = y 2 + z2 + yz,


b 2 = z2 + x2 − 2zx cos 120◦ = z2 + x2 + zx,
c 2 = x2 + y 2 − 2xy cos 120◦ = x2 + y 2 + xy.
6.12. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES CLASSIQUES 377

D’où
1 1 1
[ABC] = [BT C] + [CT A] + [AT B] = yz sin 120◦ + zx sin 120◦ + xy sin 120◦
2 2 2

3
= (xy + yz + zx) .
4
Par suite √
√ √ 3
4 3 [ABC] = 4 3 · (xy + yz + zx) = 3(xy + yz + zx).
4
L’inégalité de Weitzenböck découle alors de
     
x2 + y 2 + z2 + z2 + x2 + zx + x2 + y 2 + xy ≥ 3(xy + yz + zx),
qui est vraie puisqu’elle se simplifie en
     
y 2 + z2 − 2yz + z2 + x2 − 2zx + x2 + y 2 − 2xy ≥ 0

ou aussi (y − z)2 + (z − x)2 + (x − y)2 ≥ 0.


Exemple 135 : (Inégalité de Gerretsen)

Montrer que dans tout triangle ABC on a :

a2 + b 2 + c 2 ≤ 8R2 + 4r 2 .

où r et R sont respectivement les rayons du cercle inscrit et circonscrit au triangle ABC .

α β γ α 1 − cos α
Avec a = 2R sin α, b = 2R sin β, c = 2R sin γ, r = 4R sinsin sin et sin2 = (et les
2 2 2 2 2
2
relations similaires), on obtient après division par 4R l’inégalité :
(1 − cos α)(1 − cos β)(1 − cos γ)
sin2 α + sin2 β + sin2 γ ≤ 2 + 16 =
8
= 2 [1 + (1 − cos α)(1 − cos β)(1 − cos γ)] .
Puis on a aussi : sin2 α +sin2 β +sin2 γ = (1−cos2 α)+(1−cos2 β)+(1−cos2 γ) et 1−(cos2 α +cos2 β +
cos2 γ) = 2 cos α cos β cos γ. Donc, l’inégalité à montrer est la suivante :
cos α · cosβ · cosγ ≤ (1 − cos α)(1 − cos β)(1 − cos γ). (1)
Puisque
b 2 + c 2 − a2 a2 + c 2 − b 2 a2 + b 2 − c 2
cos α = , cos β = , cos γ = ,
2bc 2ac 2ab
alors l’équation (1) s’écrit :
   
a2 + b 2 − c 2 a2 + c 2 − b 2 b 2 + c 2 − a2 ≤ (a + b − c)2 (a + c − b)2 (b + c − a)2 .
Il suffit de montrer cette inégalité dans le cas où les 3 termes du membre de gauche sont positifs,
ce qui correspond à un triangle acutangle. Supposons, sans perte de généralité, que a ≤ b ≤ c,
alors on a :
  
c 2 + a2 − b 2 a2 + b 2 − c 2 ≤ (c + a − b)2 (a + b − c)2 ⇐⇒
 
0 ≤ (b − c)2 b 2 + c 2 − a2 qui est vraie.
Des inégalités :
  
c 2 + a2 − b 2 a2 + b 2 − c 2 ≤ (c + a − b)2 (a + b − c)2
  
b 2 + a2 − c 2 c 2 + b 2 − a2 ≤ (b + a − c)2 (c + b − a)2
  
c 2 + b 2 − a2 a2 + c 2 − b 2 ≤ (c + b − a)2 (a + c − b)2
on déduit l’inégalité demandée. On a égalité si, et seulement si, a = b = c.
378 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Exemple 136 : (Inégalité de Hadwiger - Finsler)

Dans tout triangle ABC on a :

(a + b + c)2 · (b + c − a)2 · (c + a − b)2 · (a + b − c)2 ≥


       
3 a2 + b 2 + c 2 · b 2 + c 2 − a2 · c 2 + a2 − b 2 · a2 + b 2 − c 2 .

On a :

b 2 + c 2 − a2 = 2bc cos α = 4[ABC] cotan α,


a2 − b 2 + c 2 = 2ac cosβ = 4[ABC] cotan β,
a2 + b 2 − c 2 = 2ab cos γ = 4[ABC] cotan γ.

et donc
a2 + b 2 + c 2 = 4[ABC] · (cotan α + cotan β + cotan γ) .
Par suite, l’inégalité de Hadwiger-Finsler est équivalente à :
 2
16[ABC]2 ≥ 3(4[ABC]) (cotan α + cotan β + cotan γ) ·
· 4[ABC]cotanα · 4[ABC]cotanβ · 4[ABC]cotanγ.

En divisant par 44 · [ABC]4 , on se ramène à l’inégalité :

1 ≥ 3 (cotanα + cotanβ + cotanγ) · cotan α · cotanβ · cotanγ,

qui s’écrit aussi sous la forme :

1
≥ (cotanα · cotanβ) (cotan α · cotanγ) + (cotan β · cotanγ) (cotan β · cotanα)
3
+ (cotan γ · cotan α) (cotan γ · cotan β) .

Soient x = cotanα · cotanβ, y = cotan α · cotanγ et z = cotan β · cotan γ, alors :

(x + y + z)2 1
xy + yz + zx ≤ = .
3 3
remarque : une forme équivalente de l’inégalité de Hadwiger-Finsler est la suivante

a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC] + (a − b)2 + (b − c)2 + (c − a)2 .

Exemple 137

On note par [a, b, c] l’aire du triangle de côtés a, b et c . Montrer que :



h √ √ √ i2 3
a, b, c ≥ · [a, b, c].
4
√ √ √
On fait le « changement de variables » a −→ a, b −→ b et c −→ c dans l’inégalité de
Hadwiger-Finsler vue dans l’exemple précédent, on obtient :
X √ 2 Y √ √ √ 2 X  Y
a a+ b− c ≥ 3 a (b + c − a),

c’est équivalent à :
X√ X √ 4 √
2 ab − a ≥ 4 3 · [a, b, c],
6.12. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES CLASSIQUES 379

qui, elle même, est équivalente à :


X √ X X √
a2 ≥ 4 3 [a, b, c] + (a − b)2 ⇐⇒ a(b + c − a) ≥ 4 3 [a, b, c]
h √ √ √ i2 √
⇐⇒ 16 a, b, c ≤ 4 3 [a, b, c]
h√ √ √ i √
⇐⇒ 2 a, b, c ≥ 3 · [a, b, c]
h √ √ √ i q√
⇐⇒ 2 a, b, c ≥ 3 · [a, b, c].

La preuve est ainsi terminée en prenant les carrés.


Exemple 138 : (Inégalité de Stevin - Bottema)

Dans tout triangle ABC on a :

(λ1 + λ2 + λ3 )2 R2 ≥ λ2 λ3 · a2 + λ1 λ3 · b 2 + λ1 λ2 · c 2 ,

avec λ1 ≥ 0, λ2 ≥ 0, λ3 ≥ 0 sont des nombres réels, et R est le rayon du cercle circonscrit au


triangle ABC .

On va, en fait, donner et prouver une généralisation de cette inégalité pour un polygone
convexe :
Exemple 139 : (Généralisation de l’inégalité de Stevin - Bottema)

Dans tout polygone inscriptible A1 A2 · · · An on a :


X 2
(λ1 + λ2 + · · · + λn )2 · R2 ≥ λi λj Ai Aj ,
1≤i<j≤n

avec λk ≥ 0 pour tous k ∈ J1, nK, et R le rayon du cercle circonscrit.

On commence par montrer un lemme.


lemme : si A1 A2 · · · An est un polygone convexe et M ∈ Int(A1 A2 · · · An ) ; si zk est l’affixe de Ak (avec
k ∈ J1, nK) et z l’affixe de M, alors il existe λk ≥ 0 (pour k ∈ J1, nK) tel que :

λ1 + λ2 + · · · + λn = 1 et z = λ 1 z1 + λ 2 z2 + · · · + λ n zn .

preuve : on fait une preuve par récurrence sur n ≥ 3, on laisse au lecteur le soin de la rédiger.
On passe maintenant à la démonstration de la généralisation de l’inégalité de Stevin-Bottema. On
a d’une part
n
X n
X n
X X  
OM 2 = z · z = λ k zk · λ k zk = λ2k zk zk + λ i λ j zi zj + zi zj .
k=1 k=1 k=1 1≤i<j≤n

D’autre part
   
Ai A2j = (zi − zj )(zi − zj ) = zi zi + zj zj − zi zj + zi zj = 2R2 − zi zj + zi zj .

Comme zk zk = R2 (pour k ∈ J1, nK), alors des deux identités ci-dessus on déduit que :
 n 2
X
n X
n   X  X
2 2
 2
OM =2 2
λk R + 2
λi λj 2R − Ai Aj = R  λk  − λi λj Ai Aj ≥ 0,
k=1 1≤i<j≤n k=1 1≤i<j≤n

ce qui permet de déduire l’inégalité généralisée de Stevin-Bottema.


pi
remarque : comme λi ∈ [0, 1] (avec i ∈ J1, nK), on peut remplacer λi par (toujours
p1 + p2 + · · · + pn
380 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

avec i ∈ J1, nK) et pi des nombres positifs dont la somme est non nulle. On obtient alors une autre
forme de l’inégalité généralisée de Stevin-Bottema :

X n
X
2 2 2
R (p1 + p2 + · · · + pn ) − p i p j Ai Aj ≥ pk pk+1 |Ak Ak+1 |2 .
1≤i<j≤n k=1

L’inégalité de Stevin-Bottema admet plusieurs conséquences que nous allons présenter sous
forme de corollaires.
Corollaire 4 : Inégalité de Weitzenböck

Dans tout triangle ABC on a :



a2 + b 2 + c 2 ≥ 4 3 [ABC].

En prenant λ1 = a2 , λ2 = b 2 et λ3 = c 2 dans l’inégalité de Stevin-Bottema on obtient :


 2
a2 + b 2 + c 2 R2 ≥ 3a2 b 2 c 2
  √
c’est-à-dire a2 + b 2 + c 2 R ≥ 3 abc, ou aussi

3 abc √
a2 + b 2 + c 2 ≥ = 4 3 [ABC].
R

Corollaire 5
Soient x, y et z des nombres réels positifs. Dans tout triangle ABC on a :

a2 x + b 2 y + c 2 z ≥ xy + yz + zx · 4[ABC].

En prenant λ1 = a2 x, λ2 = b 2 y et λ3 = c 2 z dans l’inégalité de Stevin-Bottema on obtient


 2
a2 x + b 2 y + c 2 z R2 ≥ a2 b 2 c 2 (yz + zx + xy),

ce qui permet de conclure.


Corollaire 6 : Première inégalité de Tsintsifas

Soient m, n, p des réels strictement positifs. Dans tout triangle ABC on a :


m n p √
a2 · + b2 · + c2 · ≥ 2 3 [ABC].
n+p m+p m+n

m n p
En prenant x = ,y= et z = dans l’inégalité de l’exemple précédent on obtient
n+p m+p m+n
X rX
2 m m n
a ≥ · · 4[ABC],
n+p n+p m+p

et donc on doit montrer que


X m n 3
· ≥ ,
n+p m+p 4
qui est équivalente (après élimination des dénominateurs) à :
X Y
4 mn(m + n) ≥ 3 (m + n).
6.12. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES CLASSIQUES 381

On pose q = m + n + p, alors l’inégalité ci-dessus devient :


X  Y h X  i
4 m2 n + mn2 ≥ 3 (q − m) = 3 q 3 − q[ABC]2 + mn q − mnp
X  X 
⇐⇒ 4 m2 n + mn2 ≥ 3 mn q − 3mnp
X 
⇐⇒ 4 m2 n + mn2 ≥ 6mnp,

elle résulte immédiatement de l’inégalité entre les moyennes arithmétiques et géométriques. La


preuve est ainsi terminée.
Corollaire 7 : Inégalité de Pólya - Szegő

Pour tout triangle ABC on a :


64
a2 b 2 c 2 ≥ √ [ABC]3 .
3 3

abc
On remplace, dans l’inégalité de Stevin-Bottema, R par , on obtient alors
4[ABC]

a2 b 2 c 2
(λ1 + λ2 + λ3 )2 · ≥ a 2 λ2 λ3 + b 2 λ1 λ3 + c 2 λ1 λ2 . (1)
16 [ABC]2

Dans l’inégalité a2 x + b 2 y + c 2 z ≥ xy + yz + zx · 4[ABC] (obtenue dans un précédent exemple) on
prend x = λ2 λ3 , y = λ1 λ3 et z = λ1 λ2 , il résulte que
X p
a2 λ2 λ3 ≥ λ1 λ2 λ3 (λ1 + λ2 + λ3 ) · 4[ABC]. (2)

En comparant les inégalités (1) et (2) ci-dessus on obtient :

a2 b 2 c 2 p
(λ1 + λ2 + λ3 ) · 2
≥ λ1 λ2 λ3 (λ1 + λ2 + λ3 ) · 4[ABC],
16 [ABC]

qui est équivalente à :


p
2 2 2 λ1 λ2 λ3 (λ1 + λ2 + λ3 ) · 64[ABC]3
a b c ≥ .
(λ1 + λ2 + λ3 )2

1
Avec λ1 = λ2 = λ3 = on obtient l’inégalité de Pólya-Szegő.
3
Corollaire 8 : Seconde inégalité de Tsintsifas

Si a1 , b1 , c1 , a2 , b2 , c2 sont les côtés de deux triangles d’aires respectives S1 et S2 , alors on a :


√ p
a 1 a 2 + b 1 b 2 + c 1 c 2 ≥ 4 3 S1 S2 .

D’après l’inégalité entre la moyenne arithmétique et la moyenne géométrique on a :


p p p
a1 a2 + b1 b2 + c1 c2 ≥ 3 3 (a1 a2 )(b1 b2 )(c1 c2 ) = 3 3 a1 b1 c1 · 3 a2 b2 c2 .

En considérant l’inégalité a2 x + b 2 y + c 2 z ≥ xy + yz + zx · 4[ABC] (obtenue dans un précédent
exemple) on obtient la deuxième inégalité de Tsintsifas :
s s
4S1 4S2 √ p
a 1 a 2 + b1 b2 + c 1 c 2 ≥ 3 √ · √ = 4 3 S1 S2 .
3 3
382 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Corollaire 9 : Inégalité de Pedoe

Si a1 , b1 , c1 , a2 , b2 , c2 sont les côtés de deux triangles d’aires respectives S1 et S2 , alors on a :


X  
a21 b22 + c22 − a22 ≥ 16 S1 S2 .


Dans l’inégalité a2 x + b 2 y + c 2 z ≥ xy + yz + zx · 4[ABC] (obtenue dans un précédent exemple)
on prend a1 = a, b1 = b, c1 = c, x = b22 + c22 − a22 , y = a22 − b22 + c22 et z = a22 + b22 − c22 , alors on obtient :
X   qX   
a21 b22 + c22 − a22 ≥ b22 + c22 − a22 a22 − b22 + c22 · 4S1 .

En calculant on a :
X   Xh i X X
b22 + c22 − a22 a22 − b22 + c22 = c24 − b24 − a42 + 2a22 b22 = 2 a22 b22 − a42 = 16S22 ,

ce qui permet de conclure.

6.13 Théorème d’Erdős-Mordell


6.13.1 Théorème d’Erdős-Mordell pour un triangle
Le théorème d’Erdős-Mordell est un théorème de géométrie euclidienne portant sur le tri-
angle. Son nom provient des mathématiciens Paul Erdős qui l’a conjecturé en 1935 et Louis Mor-
dell qui l’a prouvé en 1937, conjointement avec David Francis Barrow et en utilisant la trigonomé-
trie. Des preuves plus élémentaires que celle de Mordell furent données plus tard par plusieurs
mathématiciens.
Exemple 140 : (Théorème d’Erdős-Mordell)

Un point O intérieur à un triangle ABC se projette perpendiculairement en D, E et F sur les


côtés [BC], [AC] et [AB] respectivement. Montrer que : OA+OB+OC ≥ 2×(OD +OE +OF)
avec égalité si, et seulement si, le triangle ABC est équilatéral.

Soit HG la projection orthogonale de BC sur la droite EF (voir figure ci-dessous). Alors on a


BC ≥ HG = HF + FE + EG.

b
A

b
G
E
b

F b

b
b

H O

b
b b
C
B D

[ = AFE
Comme BFH [ alors les triangles rectangles BFH et AOE sont semblables et on a
€ = AOE,

OE
HF = BF.
OA
OF
De même on a aussi : EG = CE. Le théorème de Ptolémée appliqué au quadrilatère AFOE
OA
nous donne
OA · FE = AF · OE + AE · OF,
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 383

AF · OE + AE · OF
c’est-à-dire que : FE = . Par conséquent on a :
OA
OE AF · OE + AE · OF OF
BC ≥ BF + + CE.
OA OA OA
D’où
BC · OA ≥ OE · BF + AF · OE + AE · OF + OF · CE = OE · AB + OF · AC.
En divisant par BC on obtient donc :

AB AC
OA ≥ OE + OF,
BC BC
et de manière analogue on a aussi :

BC BA CA CB
OB ≥ OF + OD et OC ≥ OD + OE.
CA CA AB AB
En additionnant ces trois inégalités on obtient :
     
BA CA AB CB AC BC
OA + OB + OC ≥ + OD + + OE + + OF
CA AB BC AB BC CA
≥ 2 × (OD + OE + OF)
x y
car + ≥ 2 pour tout (x, y) ∈ (R∗+ )2 . On a égalité si, et seulement si, AB = BC = CA et O est le
y x
centre du cercle circonscrit.
Exemple 141 : (OIM, 1996)

Une généralisation du théorème d’Erdős-Mordell


Soit ABCDEF un hexagone convexe tel que (AB) soit parallèle à (ED), (BC) soit parallèle
à (FE) et (CD) soit parallèle à (AF). Soient RA , RC et RE les rayons des cercles circons-
crits respectivement aux triangles FAB, BCD et DEF et soit p le périmètre de l’hexagone.
Montrer que :
p
RA + RC + RE ≥ .
2

BF
Dans le triangle BAF on a RA = . Nous souhaitons minorer cette expression afin de
b
2 sin(A)
répondre à la question.

X B C
b b b b
Y

A b

b
D

b b b b

U F E Z

Notons que l’inégalité demandée devient une égalité lorsque ABCDEF est un hexagone régulier,
c’est-à-dire lorsque BF = XU = Y Z. On va donc minorer BF par

XU + Y Z AX + AU + DY + DZ
= .
2 2
384 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Or

b
AX = AB · sin(B), b
b = AF · sin(C),
AU = AF · sin(F)
b
DY = CD · sin(C), b = DE · sin(B).
DZ = DE · sin(E) b

Donc !
BF b
1 sin(B) b
sin(C) b
sin(B) b
sin(B)
RA = ≥ AB + AF + CD + DE .
b
2 sin(A) 4 sin(A)
b b
sin(A) b
sin(A) b
sin(A)
De même on a :
!
b
1 sin(B) b
sin(A) b
sin(A) b
sin(B)
RC ≥ BC + CD + AF + EF ,
4 sin(C)
b b
sin(C) b
sin(C) b
sin(C)
!
b
1 sin(A) b
sin(C) b
sin(A) b
sin(C)
RE ≥ AB + BC + ED + EF .
4 sin(B)
b b
sin(B) b
sin(B) b
sin(B)

En sommant ces trois inégalités, et en regardant le coefficient de AB on a :


!
1 sin(B) b
b sin(A) 1 1
+ ≥ ×2 = ,
4 sin(A)
b sin(B)
b 4 2

1
car x + ≥ 2 pour tout x > 0. Donc,
x
 
1 p
RA + RB + RC ≥ AB + BC + CD + DE + EF + AF = .
2 2

Remarque : cette question est en quelque sorte une généralisation du théorème d’Erdős-Mordell.
En effet :
construisons les parallélogrammes FABP, BCDQ, DEFS à l’intérieur de l’hexagone et traçons les
perpendiculaires à PF, QB, SD passant par F, B, D respectivement. Ces perpendiculaires nous
donnent un triangle XY Z où X est l’intersection des perpendiculaires à PF et QB (voir figure
ci-dessous). Le quadrilatère XFPB est cyclique car il y a un angle droit aux points F et B. Le
rayon de son cercle circonscrit est égal à celui du cercle circonscrit du triangle FPB, qui est aussi
le même pour le triangle FAB (car ils sont semblables). Or le rayon du cercle circonscrit du tri-
angle FAB est justement RA . Le diamètre de ce cercle est PX = 2RA . De même on a QY = 2RC et
SZ = 2RE . D’autre part, on a (grâce aux parallélogrammes) :

PF = AB, SF = DE, QB = CD, PB = FA, SD = EF, QD = BC.

Comme
2RA + 2RC + 2RE ≥ AB + BC + CD + DE + EF + FA.
Alors
PX + QY + SZ ≥ PF + SF + QB + PB + SD + QD.

C’est une généralisation du théorème d’Erdős-Mordell. On a donc :


Théorème 4
Si F, B, D sont des points (différents des sommets) des côtés ZX, XY , Y Z d’un triangle XY Z.
Si les perpendiculaires, à partir de ces points, aux côtés correspondants se coupent en P, Q
et S, alors on a :
PX + QY + SZ ≥ PF + SF + QB + PB + SD + QD.

Si l’hexagone a un centre de symétrie, les côtés opposés sont parallèles et égaux, alors P ≡ Q ≡
S et on retrouve l’inégalité d’Erdős-Mordell.
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 385

b
Y

b
C

B b

P b
ID
b

Q
S b

b
E
A
b b b

X F Z

Exemple 142 : (OIM, 1991)

Soit ABC un triangle et P un point intérieur à ce triangle. Montrer que parmi les trois
€ PBC
angles PAB, [ et PCA
[ , l’un au moins est inférieur ou égal à 30◦ .

Soient A1 , B1 et C1 les projections orthogonales de P sur les côtés BC, CA et AB respectivement.

A
b

B1
C1 b b
P
b

B C
b b b
A1

D’après l’inégalité d’Erdős-Mordell, on sait que : PA+PB+PC ≥ 2PA1 +2PB1 +2PC1 . Donc, l’une
des trois inégalités suivantes est vraie :

PA ≥ 2PC1 , PB ≥ 2PA1 ou PC ≥ 2PB1 .

Si, par exemple, PA ≥ 2PC1 , alors on déduit que

1 PC1 € € ≤ 30◦ ou PAB


€ ≥ 150◦ .
≥ = sin PAB et donc PAB
2 PA

[ < 30◦ , et donc dans tous les cas le résultat est correct.
€ ≥ 150◦ , alors on doit avoir PBC
Or, si PAB

6.13.2 Théorème d’Erdős-Mordell pour un point extérieur


On commence par un résultat dont on aura besoin plus tard.
386 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Théorème 5
 
π
Soient ABC un triangle ; x, y, z des réels strictement positifs et δ ∈ 0, , alors :
2
√  
√ √ π
yz cos(α − δ) + zx cos(β − δ) + xy cos(γ − δ) ≤ (x + y + z) cos −δ .
3

Démonstration
De l’inégalité de Stevin-Bottema yza2 + zxb 2 + xyc 2 ≤ (x + y + z)2 R2 et l’inégalité de Jensen yza2 +
√ √ √ 2
yza + zxb + xyc
2
zxb + xyc ≥2 , il résulte que :
3
√ √ √ √ q √
yza + zxb + xyc ≤ 3 · yza2 + zxb 2 + xyc 2 ≤ 3 R(x + y + z).

Or a = 2R sin α, b = 2R sin β, c = 2R sin γ, d’où :



√ √ √ 3
yz sin α + zx sin β + yx sin γ ≤ (x + y + z) . (1)
2
Avec l’inégalité d’Erdős-Mordell on a :

√ √ √ 1
yz cos α + zx cos β + yx cos γ ≤ (x + y + z). (2)
2
En multipliant la relation (1) par tan δ (avec δ ∈ ]0, π/2[), et en additionnant le résultat obtenu avec
la relation (2) on conclut que :
√ √ √
yz (cos α + sin α tan δ) + xz (cos β + sin β tan δ) + xy (cos γ + sin γ tan δ) ≤
 
π π
≤ (x + y + z) cos + sin tan δ ,
3 3
qui est équivalente à :
√ √ X  
√ π
yz cos(α − δ) + xz cos(β − δ) + xz cos(γ − δ) ≤ x cos −δ .
3

Corollaire 10
Si α ′ , β ′ , γ ′ > 0; α ′ + β ′ + γ ′ ≤ π, et x, y, z > 0, alors :
!
√ ′
√ √ ′ ′ α′ + β ′ + γ ′
yz cos α + zx cos β + xy cos γ ≤ (x + y + z) cos . (3)
3

Dans le théorème précédent avec α − δ = α ′ , β − δ = β ′ , γ − δ = γ on a :


(α − δ) + (β − δ) + (γ − δ) = π − 3δ ≤ π et donc α ′ + β ′ + γ ′ ≤ π.
L’inégalité du théorème précédent est valide pour δ = 0.
Théorème 6 : Théorème de Erdős-Mordell pour un point extérieur

Soient ABC un triangle, et M un point à l’extérieur de ce triangle. On note P, Q, R les


projections orthogonales de M sur [BC], [CA], [AB] respectivement. Alors on a :
 
\ + AMB
 BMC \ + AMC \ 
MP + MQ + MR ≤ (MA + MB + MC) · cos  [
 avec M ∈ Int(BAC).
6
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 387

Démonstration
√ \
BMC
D’après la configuration du théorème on a : PM = MC · MB · cos .
2

b
A

R Q
b b
P
b b b

B C
b

Donc :
   
MQ MQ \ + CMQ
cos AMQ \ + cos AMQ \ − CMQ \
\ · cos CMQ
cos AMQ \ = · =
MA MC 2
   
\ \
1 + cos AMQ − CMQ \
1 + cos AMC \ 
2 AMC  ,
≤ = = cos 
2 2 2 

et les relations similaires. Par conséquent :

√ \ √
BMC \ √
AMC \
AMB
MQ + MR + MP ≤ MA · MC · cos + MB · MC · cos + MA · MB · cos .
2 2 2
En comparant avec le corollaire précédent, on déduit que :
 
\ + AMB
 BMC \ + AMC
\ 
MQ + MR + MP ≤ (MA + MB + MC) · cos   ,

6

\ \
BMC \ BMC
AMB AMC \ BMC
\
qui est vraie puisque + + = + \ < π.
= BMC
2 2 2 2 2

6.13.3 Inégalité d’Erdős-Mordell pour un polygone convexe


On commence par rappeler un résultat dont on aura besoin pour la démonstration de l’inéga-
lité d’Erdős-Mordell pour un polygone convexe.
Théorème 7 : Théorème de Steiner
Parmi tous les polygones convexes avec tous les côtés égaux, celui dont l’aire est maximale
(s’il existe) est le polygone régulier.

Théorème 8
Soient A1 A2 · · · An un polygone convexe, et M un point dans son intérieur. On note Rk =
MAk et rk la distance de M à Ak Ak+1 avec k ∈ J1, nK et An+1 = A1 . Alors on a :
 
π
(R1 + R2 + · · · + Rn ) · cos ≥ (r1 + r2 + · · · + rn ) .
n
388 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Démonstration
On note Ak\ MAk+1 = αk , et on considère dans la suite le polygone B1 B2 · · · Bn tel que MBk = Rk
α π P  
\
et Bk MBk+1 = k + (c’est possible car nk=1 α2k + πn = 2π). On peut distinguer trois cas : le
2 n
polygone B1 B2 · · · Bn est convexe ; le polygone B1 B2 · · · Bn est concave ; il y a au moins trois points
collinéaires parmi les sommets du polygone, donc le nombre d’arêtes diminue par au moins une unité.
On considère l’enveloppe convexe du polygone B1 B2 · · · Bn qui est en fait un polygone convexe de
périmètre L′ ≤ L et d’aire S ′ ≥ S (L et S étant respectivement le périmètre et l’aire du polygone
B1 B2 · · · Bn ).
Soit C1 C2 · · · Cn un polygone régulier de périmètre L′′ et d’aire S ′′ , et qui a le même nombre d’arêtes
n′ que le polygone convexe B1 B2 · · · Bn . Alors, d’après le théorème de Steiner on a S ′′ ≥ S ′ . Or un côté
 
L′ 2π
du polygone C1 C2 · · ·Cn a pour mesure ′ = 2R′′ sin où R′′ est le rayon du cercle circonscrit au
n 2n′
polygone C1 C2 · · · Cn , et
    
1 ′′2 2π L′2 π
S ′′ = n′ R · sin ′ = · cotan ≥ S′,
2 n 4n′ n′
on obtient alors :  
L′2 ′ π

≥ 4S · tan .
n n′
Puisque L′ ≤ L et S ′ ≥ S on déduit de l’inégalité précédente que :
 
L2 π
≥ 4S · tan . (4)
n′ n′
On va montrer dans la suite que
   
π π
n′ · tan ≥ n · tan . (5)
n′ n
 
π
La fonction f définie par f (x) = x · tan pour x ≥ 3 est décroissante (car sa dérivée est négative).
x
La relation (5) est donc vraie. Maintenant, des relations (4) et (5) on obtient :
 
L2 π
≥ 4S · tan .
n n
X
n
Or L = bk avec bk = [Bk Bk−1 ] et Bn+1 = B1 , alors par l’inégalité de Jensen on a :
k=1

 
  (b + b2 + · · · + bn )2 L2 π
b12 + b22 + · · · + bk2 ≥ 1 = ≥ 4S · tan .
n n n
Comme
  n
X  
αk π αk π
bk2 = R2k + R2k+1 · cos + et 4S = 2 Rk Rk−1 · sin + ,
2 n 2 n
k=1

alors on conclut que :


n
X n
X       
α π π α π
2 R2k ≥ 2 Rk Rk+1 cos k + + tan · sin k +
2 n n 2 n
k=1 k=1
X
n    
α π π 1
= 2 Rk Rk+1 · cos k + − · ,
2 n n cos(π/n)
k=1
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 389

qui est équivalente à :  n 


X    X
n  
 π α
 R2k  · cos ≥ Rk Rk+1 · cos k .
n 2
k=1 k=1
n
X
Comme l’inégalité précédente est vraie pour tout Rk ≥ 0, k ∈ J1, nK, αk = 2π, alors elle l’est pour
√ k=1
Rk , k ∈ J1, nK, d’où :
 n 
X    n p
X  
 π α
 Rk  · cos ≥ Rk Rk+1 · cos k Inégalité de László Fejes Tóth
n 2
k=1 k=1

On note par Mk (1 ≤ k ≤ n) la projection de M sur Ak Ak+1 . Soit αk = A\ ′ \


k MMk et αk = Ak+1 MMk .
′ ′′
Il y a deux cas possibles : si M ∈ Ext[Ak Ak+1 ], alors αk − αk = αk ; et si M ∈ Int[Ak Ak+1 ] alors
cos(αk′ − αk′′ ) + cos(αk′ − αk′′ )
αk′ + αk′′ = α. Comme cos αk′ cos αk′′ = et que la fonction cos est paire
2
alors :
cos(αk′ − αk′′ ) + 1 α 1 + cos(αk′ + αk′′ ) α
cos αk′ cos αk′′ ≤ = cos2 k , = cos2 k .
cos αk′ cos αk′′ ≤
2 2 2 2
√ √  
r r α α
Par suite, k · k ≤ cos2 k , il s’ensuit que rk ≤ Rk · Rk+1 · cos k , ce qui permet, avec
Rk Rk+1 2 2
l’inégalité de Fejes Tóth, d’obtenir le résultat souhaité.

6.13.4 Généralisation du théorème d’Erdős-Mordell


Dans ce paragraphe, on considère un point M à l’intérieur d’un triangle ABC. On note :

x = d(M, A), y = d(M, B), z = d(M, C), da = d(M, [BC]), db = d(M, [AC]), dc = d(M, [AB]).

On sait, d’après le théorème d’Erdős-Mordell, que :

x + y + z ≥ 2 (da + db + dc ) .

A
b

x
b

c b
dc M
b
db b
y
da
z
B C
b b b

Théorème 9 : Généralisation du théorème d’Erdős-Mordell


Pour tous réels u, v, w on a l’inégalité :

u 2 x + v 2 y + w2 z ≥ 2vw da + 2wu db + 2uv dc .

En particulier, lorsque u = v = w = 1, on retrouve le théorème d’Erdős-Mordell.


390 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Démonstration
\ φ = CMA
On note Φ = BMC, \ et ϕ = AMB.
\ D’après la loi du cosinus dans le triangle BMC on a :

Φ
a2 = y 2 + z2 − 2yz cos Φ ≥ 2yz(1 − cos Φ) = 4yz sin2 .
2
Par suite
√ Φ 2[BMC] yz sin Φ yz sin Φ √ Φ
a ≥ 2 yz sin , da = = ≤ = yz cos .
2 a a √ Φ 2
2 yz sin
2
Par conséquent :
√ Φ
2vw da ≤ 2vw yz cos .
2
Avec les deux autres inégalités similaires pour 2wudb et 2uvdc , il suffit de montrer que

√ Φ √ φ √ ϕ
u 2 x + v 2 y + w2 z ≥ 2vw yz cos + 2wu zx cos + 2uv xy cos .
2 2 2
√ √ √
On pose m = u x, n = v y et p = w z, l’inégalité est alors équivalente à :

Φ φ ϕ
m2 + n2 + p 2 ≥ 2np cos + 2mp cos + 2mn cos ,
2 2 2
c’est-à-dire !
2 φ ϕ Φ
m − 2p cos + 2n cos m + n2 + p 2 − 2np cos ≥ 0.
2 2 2
Montrons que le discriminant est négatif ou nul. On a
!
φ
2 2 ϕ φ ϕ Φ
∆ = 4p cos + 4n2 cos2 + 8np cos cos − 4 n2 + p 2 − 2np cos ≤ 0
2 2 2 2 2

est équivalente à :
  !
ϕ 2
2 Φ φ ϕ φ
sin n − 2p cos + cos cos n + p 2 sin2 ≥ 0.
2 2 2 2 2

On a
 !2 
′ Φ φ2
 ϕ 2 ϕ 2 φ
∆ = 4p  cos + cos cos − sin sin  = 0
2 2 2 2 2
Φ φ ϕ Y Φ ϕ φ
⇐⇒ cos2 + cos2 cos2 + 2 cos − sin2 sin2 = 0
2 2 2 2 2 2
Φ φ ϕ Y Φ
⇐⇒ cos2 + cos2 + cos2 − 1 + 2 cos = 0
2 2 2 2
3 1 X Y Φ
⇐⇒ + cos Φ + 2 cos = 1
2 2 2 !
1 1 Φ φ−ϕ Y Φ
⇐⇒ + cos Φ − 2 cos cos +2 cos = 1
2 2 2 2 2
! Y
Φ Φ φ−ϕ Φ
⇐⇒ cos cos − cos +2 cos = 0.
2 2 2 2

Φ Φ +φ−ϕ Φ −φ+ϕ Q Φ
Or, comme Φ + φ + ϕ = 2π, alors 2 cos sin sin + 2 cos = 0, ce qui permet
2 2 2 2
de conclure.
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 391

On donne maintenant des applications du théorème précédent. Ces résultats sont regroupés dans
le théorème suivant :
Théorème 10

1
ax + by + cz ≥ 4[ABC].
2
xda + ydb + zdc ≥ 2 (db dc + dc da + da db ) .
3
x y z 1
2
+ 2 + 2 ≥ 2.
a b c R
4
db + dc
x ≥ .
sin α2

5
R
xyz ≥ (d + dc )(dc + da )(da + db ) ≥ (db + dc )(dc + da )(da + db ) ≥ 8 da db dc .
2r b
6
4R
xyz ≥ d ·d ·d .
r a b c
7
xy + yz + zx ≥ 2 (xda + ydb + zdc ) .
8
xy + yz + zx ≥ 4 (db dc + dc da + da db ) .
9 Pour tout u, v, w ≥ 0 :

u 2 yz + v 2 zx + w2 xy ≥ 2 (vwxda + wuydb + uvzdc ) .

10 Pour tout u, v, w ≥ 0 :
√ √ √ √ 
vwxda + wuydb + uvzdc ≥ 2 uvw u db · dc + v dc · da + w da · db .

11 Pour tout u, v, w ≥ 0 :
√ √ √ √ 
u 2 yz + v 2 zx + w2 xy ≥ 4 uvw u db · dc + v dc · da + w da · db .

12
x y z
+ + ≥ 12.
db · dc dc · da da · db
13
r
x2 y2 z2 3 2R2
+ + ≥ 6 .
db · dc dc · da da · db r2
14
r
x y z 3 R
+ + ≥ 3 ≥ 3.
db + dc dc + da da + db 2r
15
r
x y z 3 R
√ +√ +√ ≥ 6 ≥ 6.
db · dc dc · da da · db 2r
392 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

16
zy xz yx
+ + ≥ 3.
ydb + zdc zdc + xda xda + ydb

17
r r r
yz zx xy
+ + ≥ 6.
db dc dc da da db

18 !
1 1 1 1 1 1
2 + + ≤ + + .
x y z da db dc

19 Pour tout u, v, w ≥ 0 :
!
u 2 v 2 w2 vw wu uv
+ + ≥ 2 + + .
da db dc x y z

20
r
db dc dd d d [ABC]
√ + c √a + a√b ≤ .
x· a y· b z· c 4R

21 !
da db dc
xyz + da db dc ≥ (adb dc + bdc da + cda db ) + + .
a b c

22 Généralisation de l’inégalité d’Oppenheim :


!
da db dc
xyz ≥ (adb dc + bdc da + cda db ) + + − da db dc ≥ 8da db dc .
a b c

23
r r r
p c 2 a 2 b 2
xyz + da db dc ≥ da db + d d + dc da .
a b b c c

24 !
  db dc dc da da db
yz + zx + xy ≥ da2 + db2 + dc2 + 2 2
a +b +c 2
+ + .
bc ca ab

25
(yz + zx + xy) − (da2 + db2 + dc2 ) a2 + b 2 + c 2
√ √ √ 2 ≥ bc + ca + ab .
db dc + dc da + da db

26
p p p 2
yz + zx + xy ≥ (da2 + db2 + dc2 ) + db dc + dc da + da db .

27
q
yz + zx + xy ≥ da2 + db2 + dc2 + 9 3
da2 db2 dc2 .

28 Pour tout réels z1 , z2 , z3 > 0 et t ∈ [0, 1] :


s s s 
 d t d t t dt d t dt 

√  d a b
z1 xt + z2 y t + z3 zt ≥ 2t z1 z2 z3  b c
+ c a
+  .

 z1 z2 z3 
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 393

29 Pour tout réels z1 , z2 , z3 > 0 et t ∈ [0, 1] :


!
t t t t√ dat dbt dct
z1 x + z2 y + z3 z ≥ 2 z1 z2 z3 √ +√ +√ .
z1 z2 z3

30
s 2 + r 2 + 4Rr
xyz ≥ (db + dc )(dc + da )(da + db ).
16Rr
31
8xyz ≥ (9R − 2r)(da + db )(db + dc )(dc + da ).

32 Pour tout t ∈ [0, 1] :


   
xt y t zt ≥ 8t−1 dat + dbt dbt + dct dct + dat .

33 Pour tout t ∈ [0, 1] :


 
Y  b !t  c t  Y  
t t t t−2  
xy z ≥ 8  +  dbt + dct .
a a

34 Pour tout réels strictement positifs t1 , t2 , t3 :

(ax)2t1 (bx)2t2 (cz)2t3 ≥ 4t1 +t2 +t3 (ada )t2 +t3 (bdb )t1 +t3 (cdc )t1 +t2 .

Comme applications immédiates, on a les inégalités géométriques suivantes :


35
8ma mb mc + ha hb hc ≥ (ha + hb + hc ) (ahb hc + bhc ha + cha hb ) .

36
r r r r
a b c R
+ + ≤ 4 + 1.
b c a r

37 Pour tout triangle acutangle ABC :


X X Y
sin α cos α cos β · cot α ≤ 1 + cos α.

38
 
1 1 1 R
(a + b + c) + + ≤ 4 + 1.
a b c r
39 Pour tout triangle acutangle ABC :
p √ p p
cos β cos γ + cos γ cos α + cos α cos β ≤ sin β sin γ + sin γ sin α + sin α sin β.

40 Pour tout triangle acutangle ABC :


r
p √ p s 2 − 4Rr − r 2 R+r 3
cos β cos γ + cos γ cos α + cos α cos β ≤ 2
≤ ≤ .
2R R 2

41
p √ p p
cos β cos γ + cos γ cos α + cos α cos β ≤ sin β sin γ + sin γ sin α + sin α sin β
3
≤ cos α + cos β + cosγ ≤ .
2
394 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

42 Pour tout triangle acutangle ABC :


s !
p p √ 4R + r r2
cos α cos β + cos β cos γ + cos γ cos α < 2+ 2 .
4R − r R

43 Pour tout t ∈ [0, 1], et tout triangle acutangle ABC :


Y   1 [ABC]2
sint β + sint γ cost β + cost γ ≤ · .
24t−6 R2t

44 Pour tout t ∈ [0, 1] :


 2  2  2 3
bt + ct c t + at at + b t ≤ 43t+ 2 R3t mta mtb mtc .

45 Pour tout t ∈ [0, 1] :


   
b t + c t c t + at at + b t ≤ 16t R2t s 2t .

46 Pour tout t ∈ [0, 1], et tout triangle acutangle ABC :


    1
cost α + cost β cost β + cost γ cost γ + cost α ≤ .
8t−1

47 Pour tout triangle acutangle ABC :


√ p  p √  √ √  √
cos α + cos β cos β + cos γ cos γ + cos α ≤ 2 2.

48 Pour tout t ∈ [0, 1] :


    8
mtb + mtc mtc + mta mta + mtb ≤ t · mta mtb mtc .
9

Démonstration
P P
1 Comme ax ≥ bdb + cdc , alors ax ≥ 2 ada = [ABC].
2 On a : !
X X b c X b a! X
xda ≥ db + dc da = + da db ≥ 2 da db .
a a a b

3 Dans l’inégalité généralisée de Erdős-Mordell u 2 x + v 2 y + w2 z ≥ 2vwda + 2wudb + 2uvdc on


1 1 1
prend u = , v = et w = . Alors, on déduit que :
a b c
X x 2 4[ABC] 1
2
≥ (ada + bdb + cdc ) = = .
a abc 4R[ABC] R

4 Considérons U et V les projections orthogonales du point M sur AB et AC respectivement.


\ et v = V
Alors, avec u = UAM \AM on a :
u +v α
db + dc = x(sin u + sin v) ≤ 2x sin = 2x sin .
2 2
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 395

5 De la relation 4 on déduit que :


Q
(d + d ) R Y Y
xyz ≥ Qb αc = (db + dc ) ≥ (db + dc ).
8 sin 2 2r

6 De la relation 5 on déduit que :

R Y RY p R 4R
xyz ≥ (db + dc ) ≥ 2 db dc ≥ 8da db dc = d d d.
2r 2r 2r r a b c
k k k k
7 Soit iM l’inversion de pôle M et de rapport k > 0. Si A1 = iM (A), B1 = iM (B) et C1 = iM (C),
alors :
MA · MA1 = MB · MB1 = MC · MC1 = k,
k
et par suite x′ = . On note U, V , W , U1 les projections orthogonales de M sur les côtés
x
BC, AC, AB, B1 C1 respectivement. Comme les triangles BMU et MU1 C1 sont semblables,
alors :
MU BM da y da yz
= c’est équivalent à = ′ i.e. = .
MU1 MC1 da′ z da′ k
kda
Il résulte que da′ = . L’inégalité généralisée d’Erdős-Mordell appliquée au triangle A1 B1 C1
yz
donne :
  Xk Xd
a
x′ + y ′ + z′ ≥ 2 da′ + db′ + dc′ c’est-à-dire ≥ 2k .
x yz
P P
Par conséquent : yz ≥ 2 xda .

A1
b

A b

W b

b
V
M
b
B
B1 b

b U
b

b b

U1 C C1
b

8 Cette inégalité résulte de 2 et 7.


9 L’inégalité généralisée d’Erdős-Mordell appliquée au triangle A1 B1 C1 de la question 8 donne :

k k k X kd
u 2 x′ + v 2 y ′ + w2 z′ ≥ 2vwda′ + 2wudb′ + 2uvdc′ c’est-à-dire u 2 + v 2 + w2 ≥ 2k vw a ,
x y z yz
P P
ce qui implique u 2 yz ≥ 2 vwxda .
10 On a
X X ! X ! X
b c b a √
vwxda ≥ vwda db + dc = da db vw + uw ≥ 2 da db w uv.
a a a b

11 Cette inégalité résulte de 9 et 10.


396 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

12 On a :
P P
X x2 ( x)2 3 xy
≥ P ≥ P ≥ 12.
db dc db dc db dc

13 D’après l’inégalité de la moyenne et la question 6 on a :


s r
X x2 x2 y 2 z2 3 16R2
3
≥ 3 ≥ 3 .
db dc da2 db2 dc2 r2

14 D’après l’inégalité de la moyenne et la question 5 on a :


r r
X x xyz R
3
≥ 3 3 Q ≥ 3 ≥ 3.
db + dc (db + dc ) 2r

15 Cette inégalité résulte de l’inégalité de la moyenne et de la question 6.


16 En appliquant l’inégalité 14 au triangle A1 B1 C1 de la question 7 on obtient :

X x′ X k
x
≥3 c’est équivalent à ≥ 3,
db + dc′
′ kdb
+ kd c
xz xy

ce qui implique X yz
≥ 3.
ydb + xdc

17 Cette inégalité résulte de l’inégalité 15 appliquée au triangle A1 B1 C1 de la question 7.


db + dc 1 sin α2
18 De l’inégalité 4 il résulte que x ≥ , d’où ≤ √ . Par conséquent
2 sin α2 x db dc
X1 X sin α
2 ≤ 2 √ 2 .
x db dc

Pour montrer l’inégalité en question, il suffit donc de prouver que :


X sin α X 1
2 √ 2 ≤ .
db dc da

1 1 1
On note m = √ , n = √ et p = √ , alors l’inégalité devient :
da db dc
α β γ
2np sin + 2mp sin + 2mn sin ≤ m2 + n2 + p 2
2 2 2
c’est-à-dire  
β γ α
m2 − 2 p sin + n sin m + n2 + p 2 − 2np sin ≥ 0.
2 2 2
Montrons que le discriminant
 
γ β β γ α
∆ = 4 n2 sin2 + p 2 sin2 + 2pn sin sin − n2 − p 2 + 2np sin
2 2 2 2 2
est ≤ 0. L’inégalité ∆ ≤ 0 est équivalente à
   
γ 2 β γ α β
cos2 n − 2p sin sin + sin n + p 2 cos2 ≥ 0.
2 2 2 2 2
6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 397

Il suffit de montrer que


 Y 
β γ α α β γ
∆′ = 4p 2 sin2 sin2 + sin2 + 2 sin − cos2 cos2 = 0,
2 2 2 2 2 2
c’est-à-dire
(1 − cos β)(1 − cos γ) − (1 + cos β)(1 + cos γ) + 2 − 2 cosα r
+ =
4 2R
 
−2(cos α + cos β + cos γ) + 2 r 1 −R − r r
= + = +1 + = 0.
4 2R 2 R 2R
La preuve est ainsi terminée.
19 On utilise le même raisonnement que pour la question 18.
√ √ √
20 On prend, dans 19, u = a da , v = b db et w = c dc , alors

X X bc d d p Xd d
b c
ada ≥ 2 i.e. [ABC] ≥ 4R[ABC] √b c .
x ax

b c
21 De la relation x ≥ d + d , et les deux autres similaires, on déduit que :
a c a b
Y b ! X ! X Xd
c db dc a
xyz ≥ dc + db = adb dc + +2da db dc = adb dc · − da db dc .
a a b c a

Par conséquent :
X Xd
a
xyz + da db dc ≥ adb dc · .
a
22 D’après 21 et l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :
r
Xp 2 X da2 X p 2
xyz + da db dc ≥ adb dc · ≥ da db dc .
a
√ 2
Il résulte alors que xyz ≥ 9 da db dc − da db dc = 8da db dc , c’est-à-dire l’inégalité
d’Oppenheim. En conclusion, l’inégalité 22 s’écrit sous la forme
X Xd
a
xyz ≥ adb dc · − da db dc ≥ 8da db dc ,
a
qui représente une généralisation de l’inégalité d’Oppenheim.
23 En appliquant l’inégalité de Cauchy-Schwarz à 21 on obtient :
r 2 r 2 r 2 
 d  
 a db dc  p 2 p 2 p 2
xyz + da db dc ≥  + +  cda db + adb dc + bda db
 a b c 
Xr c !2
≥ da2 db .
a

c b a c b a
24 On a : x ≥ d + d ; y ≥ dc + da et z ≥ da + d . En multipliant deux à deux et en
a b a c b b c c b
additionnant on obtient :
X X X ! X X Xd d
2 c2 a b
yz ≥ da + da db + + = da2 + a2 a b
.
ab b a ab
398 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

25 À partir de 24 et l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :

X X X Xd d P 2 X Xd d
a
yz − da2 ≥ a2 · a b
=P · ab · a b

ab ab ab
X√ X d d !2 X a2 X p 2
a b
ab · = da db .
ab ab
P P
26 Cette inégalité résulte de 25 et de a2 ≥ ab.
P√ √
27 Cette inégalité résulte de 26 et de db dc ≥ 3 3 da db dc .
b c
28 On a : x ≥ db + dc , et la fonction f (x) = xt est convexe, avec x > 0 et t ∈ [0, 1]. Grâce à
a a
l’inégalité de Jensen, on a :
!t  !t  t 
b c 
t−1  b c 
z1 x ≥ z1 db + dc ≥ 2 z1
t t
d b + z1 dct  .
a a a a

Avec les deux autres inégalités avec z2 y t et z3 zt on obtient en sommant :


 !t  t   !t  t 
X X b c X b a
 t   
t
z1 x ≥ 2t−1
z1 t
d b + z1 dc  = 2t−1
z1 t
d b + z2 dat 
a a a b
s
Xq √ X dat dbt
≥ 2t z1 z2 dat dbt = 2t z1 z2 z3 .
z3

b c
29 Comme x ≥ d + d , et d’après 28 on a :
a c a b
!t  !t  t 
b c  b
t−1  c 
t
z1 x ≥ z1 dc + db ≥ 2   t
d c + z1 dbt  .
a a a a

En additionnant les inégalités analogues avec z2 y t et z3 zt on conclut que :


 !t  t 
X X b c
 
t
z1 x ≥ 2 t−1
z1 t
d c + z1 dbt  =
a a
 !t  t 
X b a X√ √ X dt
 
2 t−1
z1 t
d c + z2 dct  ≥ 2t z1 z2 dct = 2t z1 z2 z3 √c .
a b z 3

b c b c
30 Comme x ≥ d + d et x ≥ dc + db , alors en sommant on a :
a b a c a a
!
b c
2x ≥ + (db + dc ).
a a

En multipliant ces inégalités (avec les inégalités similaires avec 2y et 2z) on obtient :
Q
(b + c) Y s 2 + r 2 + 4Rr Y
8xyz ≥ Q (db + dc ) = (db + dc ).
a 16Rr
Finalement :
Y Y X X s 2 + r 2 + 4Rr
(b + c) = (2s − a) = 8s 3 − 4s 2 a + 2s bc + abc = .
2Rr

31 Cette inégalité résulte de 30 et de s 2 ≥ 16Rr − 5r 2 .


6.13. THÉORÈME D’ERDŐS-MORDELL 399

32 On a montré en 28 et 29 que
 !t  t   !t  t 
t−1 
 b c  t−1 
 b c 
t
x ≥ 2  t
db + dct  et t
x ≥ 2  dct + dbt  .
a a a a

L’addition donne :  !t  t   
t t−2 
 b c  t
x ≥ 2  +  db + dct .
a a
Cette inégalité multipliée avec les deux autres similaires avec y t et zt donne :
Q t t Y Y
t t t t−2 (b + c ) t t t−1
xy z ≥ 8 (d b + d c ) ≥ 8 (dbt + dct ).
at b t c t

33 Déjà montrée en 32.


 !t 
 b 1 t1  c t1 t1 
34 Comme x 1 ≥ 2 1 
t t −1  db + dc , et en prenant le carré on obtient
a a
 t

t 2
(ax)2t1 ≥ 4t1 −1 b t1 db1 + c t1 dc1 ≥ 4t1 (bdb )t1 · (cdc )t1 .

En multipliant cette inégalité avec les deux autres similaires avec ay et az on a :

(ax)2t1 (by)2t2 (cz)2t3 ≥ 4t1 +t2 +t3 (ada )t2 +t3 (bdb )t1 +t3 (cdc )t1 +t2 .

2 1
35 En prenant M = G, on a alors x = m et da = ha . En remplaçant dans 21 on obtient
3 a 3
l’inégalité demandée.
r
36 En prenant M = I, alors da = db = dc = r et x = , et en remplaçant dans 23 on obtient :
sin α2
r r r 2
r3 3
 a
 3
b 3 c 3 
Q + r ≥  r + r + r  ,
sin α2 b c a 
r r r 2
4R + r  a b c 
qui est équivalente à ≥  + +  .
r b c a
37 Pour M = O, on a alors x = R; da = R cos α, et en remplaçant dans 21 on obtient
Y X X cos α
R3 + R3 cos α ≥ R3 cos β cos γ · a ,
a
Q P P
qui est équivalente à 1 + cos α ≥ sin α cos α cos β cot α.
r3   
38 En prenant M = I dans 21 on obtient Q 3 2 2 2 r + r + r , qui est
α + r ≥ ar + br + cr
sin 2 a b c
P P1 4R + r
équivalente à : a ≤ .
a r
39 En considérant M = O dans 25 il résulte que
X P 2 2 X 2
a R p
3R2 − R2 cos2 α ≥ P cos β cos γ ,
ab
P 2
P sin α P p 2
qui est équivalente à : sin2 α ≥ P cos α cos β . Il résulte alors que :
sin α sin β
X p 2 X
cos α cos β ≤ sin α sin β.
400 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

P P
40 De l’inégalité 39 on déduit que cos2 α + ( cos β cos γ)2 ≤ 3, et grâce aux identités
P R+r P s 2 − 4R2 + r 2
cos α = et cos β cos γ = vues dans un paragraphe précédent, on dé-
R 4R2
duit que :
X X 2 X 6R2 + r 2 + 4Rr − s 2
cos2 α = cos α −2 cos β cos γ = .
2R2
r
Pp s 2 − r 2 − 4Rr
Par suite : cos α cos β ≤ . D’après l’inégalité de Walker s 2 ≤ 2R2 + 8Rr +
2R2
3r 2 il s’ensuit que
r r
Xp s 2 − r 2 − 4Rr 2R2 + 4Rr + 2r 2 R+r
cos α cos β ≤ ≤ = .
2R2 2R2 R
P R+r
41 Cette inégalité découle de 40 et de l’identité cos α = .
R
42 Cette inégalité découle du résultat suivant dû à Dan Brânzei (en 1989) : dans tout triangle
(4R + r)(2R + r)2
acutangle on a : s 2 < . De l’inégalité 40 il s’ensuit l’inégalité demandée.
4R − r
Q t t
(b + c ) Q t
43 On a montré que : 8xt y t zt ≥ (db + dct ). Pour M = O, on obtient alors
(abc)t
Q t t Y
(b + c )
8R3t ≥ (cost α + cost β)R3t · 8t−1 .
(abc)t

Il résulte finalement que :


Y   1 [ABC]2
sint β + cost γ cost α + cost β ≤ · .
24t−6 R2t
Q t t
(b + c ) Q t
44 Avec M = G dans l’inégalité 8xt y t zt ≥ (db + dct ) on obtient :
(abc)t
Y
8 · 43t R3t mta mtb mtc ≥ (b t + c t )2 .

Q t t Q t r
45 Avec M = I dans l’inégalité 8xt y t zt (abc)t ≥ (b + c ) · (db + dct ); x = et da = r (et les
sin α2
relations similaires) on obtient l’inégalité demandée.
46 Avec M = O on a : x = R; da = R cos α, et les relations similaires avec 32 permettent de déduire
l’inégalité recherchée.
1
47 Il suffit de prendre t = dans 46.
2

6.14 Exercices

Exercice 1

Montrer que dans tout triangle ABC on a :

r α β γ 17 r
1+ ≤ sin + sin + sin ≤ + .
R 2 2 2 12 6R
6.14. EXERCICES 401

Solution. Pour l’inégalité de gauche on a :


X X X     X
β +γ β −γ α
2 cos α = (cos β + cos γ) = 2 cos cos ≤ 2 sin ,
2 2 2
d’où X X
α α β γ r
sin ≥ cos α = 1 + 4 sin sin sin = 1 + .
2 2 2 2 R
X β γ X
Pour l’inégalité de droite, on utilise l’inégalité 2 sin sin ≤ cos α et l’identité
X X X 2 2
α 1 3 1
sin2 = (1 − cos α) = − cos α, on a alors :
2 2 2 2
 
α β γ 2 3 1X
sin + sin + sin ≤ + cos α.
2 2 2 2 2
X r
En utilisant la formule cos α = 1 + , on déduit l’inégalité :
R
   
α β γ 2 3 1 r x
sin + sin + sin ≤ + 1+ = 2+
2 2 2 2 2 R 2
r 1
avec 0 < x = ≤ . D’où :
R 2 r
α β γ x
+ sin + sin ≤ 1 + .
sin
2 2 2 2
 
(2x − 1)2 x 17 1 2
Finalement, 0 ≤ , de sorte que 2 + ≤ + x , et le résultat s’ensuit.
144 2 12 6

Exercice 2

Soient ABC un triangle et Γ son cercle circonscrit. Les médianes AD, BE, CF coupent Γ en
A1 , B1 , C1 respectivement. Montrer que :

[BA1 C] + [CB1 A] + [AC1 B] ≥ [ABC].

[ABC] désigne l’aire du triangle ABC.

Solution. Soient ha , hb , hc les trois hauteurs ; ma , mb , mc les trois médianes. Soient A1 K, B1 L et


C1 M les perpendiculaires issues de A1 , B1 , C1 aux droites BC, CA, AB respectivement.

C
b

B1 A1
b
b
b E D b
b
b

L K
A B
b b b b

M F

b
C1

[BA1 C] A1 K DA1
Alors, on a = = . Or DA1 · AD = BD · DC = a2 /4, puisque BD = DC = a/2.
[ABC] ha AD
402 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Ceci donne DA1 = a2 /4AD, et par suite :

[BA1 C] a2 a2 [CB1 A] b 2 [AC1 B] c2


= = et de même = , = .
[ABC] 4AD 2 4m2a [ABC] 4m2b [ABC] 4m2c

Par conséquent :
 
 a2 b2 c 2 

[BA1 C] + [CB1 A] + [AC1 B] =  2 + +  [ABC].
4ma 4m2b 4m2c

a2 b2 c2
Il suffit donc de montrer que + + ≥ 1, c’est équivalent à :
4m2a 4m2b 4m2c

a2 b2 c2
+ + ≥ 1.
2b 2 + 2c 2 − a2 2c 2 + 2a2 − b 2 2a2 + 2b 2 − c 2
En utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :

X √ !2
a
(a2 + b 2 + c 2 )2 = √ · a 2b 2 + 2c 2 − a2 ≤
2b 2 + 2c 2 − a2
X ! X
a2 
2 2 2 2

a (2b + 2c − a ) .
2b 2 + 2c 2 − a2

Donc, on obtient :
X a2 (a2 + b 2 + c 2 )2
≥ .
2b 2 + 2c 2 − a2 4(a2 b 2 + b 2 c 2 + c 2 a2 ) − (a4 + b 4 + c 4 )

D’où, il suffit de montrer que 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 4 4 4


P (a4 + bP +2c 2) ≥ 4(a b + b c + c a ) − (a + b + c ).
Cette inégalité se réduit à a ≥ a b , qui est une conséquence directe de l’inégalité de
Cauchy-Schwarz. On a égalité si, et seulement si, a = b = c, c’est-à-dire dans le cas où le triangle
ABC est équilatéral.

Exercice 3
On suppose que le quadrilatère convexe ABCD est inscrit dans le cercle unité.√On suppose,
de plus, que AB · BC · CD · DA ≥ 4. Montrer que ABCD est un carré de côté 2.

Solution. On pose AB = a; BC = b; CD = c et DA = d, alors la condition de l’exercice devient


abcd ≥ 4. En utilisant le théorème de Ptolémée, et le fait que chaque diagonale ne peut pas
dépasser le diamètre du cercle,√ on déduit√que : ac + bd = AC · BD ≤ 4. Or, l’inégalité de la
moyenne donne : ac + bd ≥ 2 abcd ≥ 2 4 = 4, donc abcd = 4. Par suite, AC · BD = 4, ce
qui donne AC = BD = 2. Chacun des segments AC et BD est un diamètre, d’où ABCD est un
rectangle. De plus, on a :

(ac − bd)2 = (ac + bd)2 − 4abcd ≤ 16 − 16 = 0,


√ √ √
et par suite ac = bd =√2. Donc, a = c = ac = 2, et de même b = d = 2. En conclusion, ABCD
est un carré de côté 2.

Exercice 4
 
β−γ 2r
Montrer que dans tout triangle ABC on a : cos2 ≥ .
2 R
6.14. EXERCICES 403

 
β−γ α 2 α β γ
Solution. Il est clair que cos − 2 sin ≥ 0, donc comme r = 4R sin sin sin , on
2 2 2 2 2
déduit que :
   
β−γ β −γ α α α β −γ β +γ
cos2 ≥ 4 cos sin − 4 sin2 = 4 sin cos − cos =
2 2 2 2 2 2 2
α β γ 2r
= 8 sin sin sin = .
2 2 2 R

Exercice 5 : Marian Tetiva (2006)

Soit ABC un triangle de côtés a, b, c, de rayon circonscrit R et de rayon inscrit r.


Montrer que :

R 4 096 · a4 b 4 c 4
≥   2  2  2 .
2r 4a2 − (b − c)2 · 4b 2 − (c − a)2 · 4c 2 − (a − b)2

Solution. On pose s − a = x; s − b = y et s − c = z où s est le semi-périmètre. Alors, x, y, z sont


strictement positifs et vérifient a = y + z; b = z + x et c = x + y. On a d’une part :

R abcs (x + y)(y + z)(z + x)


= 2
= .
2r 4[ABC] 8 xyz

D’autre part, on a :

4a2 − (b − c)2 = (3y + z)(3z + y); 4b 2 − (c − a)2 = (3x + z)(3z + x); 4c 2 − (a − b)2 = (3x + y)(3y + x).

Donc, on doit montrer que :

(x + y)(y + z)(z + x) 642 (x + y)4 (y + z)4 (z + x)4


≥ .
8 xyz (3x + y)2 (3y + x)2 (3y + z)2 (3z + y)2 (3x + z)2 (3z + x)2

Cette inégalité s’écrit sous la forme :

(3x + y)2 (3y + x)2 (3z + y)2 (3x + z)2 (3z + x)2 ≥ 323 · xyz · (x + y)3 (y + z)3 (z + x)3 .

En utilisant l’inégalité de la moyenne, on a :


h i1
(3x + y)(3y + x) = 3x2 + 3y 2 + 10xy = (x + y)2 + (x + y)2 + (x + y)2 + 4xy ≥ 4 (x + y)6 · 4xy 4 .

D’où (3x + y)2 (3y + x)2 ≥ 32 xy (x + y)3 , et des expressions similaires pour (3y + z)2 (3z + y)2 et
(3z + x)2 (3x + z)3 . Donc :

(3x + y)2 (3y + x)2 (3y + z)2 (3z + y)2 (3x + z)2 (3z + x)2 ≥ 323 · xyz · (x + y)3 (y + z)3 (z + x)3 ,

ce qui permet de conclure.

Exercice 6
Soient A1 A2 · · · A2016 un polygone régulier, et P un point sur le plus court arc A1 A2016 de
son cercle circonscrit. Montrer que :
! ! !
1 1 1 1 1 1 1 806 336
+ + + +· · ·+ + ≥ .
PA1 PA1345 PA2 PA1346 PA672 PA2016 PA673 + PA674 + · · · + PA1344
404 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Solution. On montre le résultat plus général suivant : Soient A1 A2 · · · A3n un polygone régulier
à 3n côtés, et P un point sur le plus court arc A1 A3n du cercle circonscrit, alors on a l’inégalité :

Xn ! X 
1 1  n 
+ ·  PAn+k  ≥ 4n2 .
PAk PA2n+k
k=1 k=1

Pour k ∈ J1, nK, le quadrilatère PAk An+k A2n+k est cyclique, donc d’après le théorème de Ptolé-
mée on a :
PAn+k · Ak A2n+k = PAk · An+k A2n+k + PA2n+k · Ak An+k . (1)
De plus, le triangle Ak An+k A2n+k est équilatéral, donc la relation (1) devient : PAn+k =
PAk + PA2n+k . En sommant par rapport à k, puis en utilisant l’inégalité entre les moyennes
arithmétique et harmonique on déduit que :
 n !−1
X
n X
n X 1 1 
PAn+k = (PAk + PA2n+k ) ≥ 4n2  +  ,

PAk PA2n+k 
k=1 k=1 k=1

qui est équivalente à l’inégalité recherchée.

Exercice 7 : Milos̆ević (2012)

Montrer que si R et r sont respectivement le rayon du cercle circonscrit et inscrit d’un


R r √
triangle rectangle, alors : + ≥ 2 2.
r R

1
Solution. Puisque la fonction x 7−→ f (x) = x + est strictement croissante sur [1, +∞[, alors il
x
r √ R √
suffit de montrer que ≤ 2 − 1. En effet, on a alors ≥ 2 + 1, et par suite :
R r
  √  √
R r R
+ = f ≥ f 2 + 1 = 2 2.
r R r
r √ ab c
Montrons donc que ≤ 2 − 1. Pour un triangle rectangle on a : r = et R = , donc :
R a+b+c 2
r 2ab a+b−c
= = ,
R c(a + b + c) c

puisque c(a 2 2 2
√ + b + c)(a + b − c) = c(a + 2ab + b 2 − c ) = 2abc. Il nous reste alors à prouver que
(a + b)/c ≤ 2, ou de façon équivalente 2ab ≤ c . Cette inégalité est évidente puisque c 2 − 2ab =
R r √
(a − b)2 ≥ 0, avec égalité si et seulement si a = b. En conclusion, + ≥ 2 2 pour tout triangle
r R
rectangle, avec égalité si et seulement si le triangle est aussi isocèle.

Exercice 8

Soient x, y, z les distances des sommets d’un triangle ABC à son cercle inscrit (de rayon r).
Montrer que l’aire du triangle ABC est égale à :
p
xyz · (x + 2r) · (y + 2r) · (z + 2r)
.
r

Solution. Les distances des sommets A, B, C au centre du cercle inscrit sont égales respec-
tivement à x + r, y + r, z + r. Les longueurs des tangentes au cercle inscrit et passants par
A, B, C sont égales respectivement à s − a, s − b, s − c. D’après le théorème de Pythagore on a :
6.14. EXERCICES 405

(s − a)2 = (x + r)2 − r 2 = x(x + 2r), (s − b)2 = y(y + 2r) et (s − c)2 = z(z + 2r). Par suite
p
xyz(x + 2r)(y + 2r)(z + 2r) s(s − a)(s − b)(s − c) aire2
= = = aire(ABC).
r rs aire

Exercice 9

Le polygone convexe A1 A2 · · · An est inscrit dans un cercle de rayon R. Soit A un point de


ce cercle, différent des sommets du polygone. On pose ai = AAi , et soit bi la distance de A
a21 a22 a2
à la droite Ai Ai+1 , i = 1, 2, · · · , n. Montrer que : + + · · · + n ≥ 2nR.
b1 b2 bn

\i où O est le centre du cercle circonscrit. Comme bi est une hauteur du


Solution. Soit θi = AOA
triangle AAi Ai+1 , alors bi = ai sin AA \i Ai+1 . Selon que O et Ai sont du même côté de la droite
\
AOAi+1 \
2π − AOA
AAi+1 ou non, alors : AA \ i Ai+1 = ou bien AA \i Ai+1 =
i+1
. Dans les deux cas,
  2   2  
\ θi+1 θ θ
sin AA i Ai+1 = sin , donc on a : bi = ai sin i+1 . Or, on sait que ai = 2R sin i , donc on
2 2 2
a2i ai ai
obtient : =   = 2R . En utilisant l’inégalité de la moyenne, on déduit que :
bi sin θi+1 2
ai+1
v
t n
a21 a22
n n
1 X ai Y a
i a2 X ai
≥ n = 1, ce qui donne : + + · · · + n = 2R ≥ 2nR.
n ai+1 ai+1 b1 b2 bn ai+1
i=1 i=1 i=1

Exercice 10 : (Iran, 1999)

On note par n(r) le nombre de points à coordonnées entières sur un cercle de rayon r > 1.
Montrer que : √3
n(r) < 6 π · r 2 .

√ √3
Solution. Si n ≤ 8, alors, comme r > 1 et 6 3 π > 8, on a : n < 6 π · r 2 . On suppose dans la
suite que n > 8. Appelons les points à coordonnées entières sur le cercle de rayon r > 1 par :
P1 , P2 , · · · , Pn rangés dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Puisque :

P” ” ”
1 P3 + P2 P4 + · · · + Pn P2 = 4π,

– 4π
alors un des arcs P i Pi+2 est ≤ . Le triangle Pi Pi+1 Pi+2 est inscrit dans un arc d’un angle
n
4π “ et
≤ . On écrit, pour simplifier, A, B, C au lieu de Pi , Pi+1 , Pi+2 respectivement. Soient θ = AC
n
“ alors 0 < t < θ ≤ 4π , et
t = AB,
n

abc (2r sin 2t )(2r sin θ2 )(2r sin θ−t


2 ) t θ θ − t r 2 θt(θ − t)
[ABC] = = ≤ 2r 2 · · · =
4r 4r 2 2 2 4
r 2 θ( θ2 )2 r 2 θ 3 r 2 ( 4π
n )3
4r 2π3
≤ = ≤ = .
4 16 16 n3
1 1 4r 2 π 3
Grâce au théorème de Pick, on sait que [ABC] ≥ , et par suite ≤ , ce qui donne :
2 2 n3
√3

3
√3
n ≤ 8r 2 π 3 = 2π r 2 < 6 π · r 2 .

Complément : le théorème de Pick (1899) fournit une formule simple pour calculer l’aire
A d’un polygone construit sur une grille de points équidistants (c’est-à-dire des points de
406 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

coordonnées entières) tel que tous ses sommets soient des points de la grille de ce polygone en
se servant du nombre i de points intérieurs du polygone et du nombre b de points du bord du
polygone :
b
A = i + − 1.
2
Dans l’exemple ci-dessous on a : i = 8, b = 13, d’où A = 8 + 6, 5 − 1 = 13, 5.

Exercice 11

Soit A1 A2 , · · · An un polygone inscrit dans un cercle et contenant le centre de ce cercle dans


son intérieur. Montrer que :
Xn
4 Ai Ai+1 n2 π
n−2+ < ≤ sin , (avec An+1 = A1 )
π — π n
i=1 Ai Ai+1

Solution. Soit O le centre du cercle, et pour i = 1, · · · , n, 2ϕi = A\ i OAi+1 . Si R est le rayon du


cercle, alors on a :
Ai Ai+1 sin ϕi
= , i = 1, 2, · · · , n.
—
Ai Ai+1 ϕi
sin ϕ
Il est facile de vérifier que la fonction f définie sur ]0, π/2] par f (ϕ) = est concave. Alors :
ϕ
 n 
n
X n  
Ai Ai+1 X X ϕi  2
 = nf π = n sin π .
= f (ϕi ) ≤ nf  
—
Ai Ai+1 n n π n
i=1 i=1 i=1

Puisque
 le polygone
 contient O alors tous les ϕi sont ≤ π/2. Comme (ϕ1 , ϕ2 , · · · , ϕn ) ≺
π π
,
2 2 , 0, · · · , 0 , et par l’inégalité de majorisation, on a alors :

n
X    
π π 4
f (ϕi ) > f +f + (n − 2)f (0) = + n − 2.
2 2 π
i=1

remarque : dans le cas où le polygone ne contient pas O, on peut montrer que


X
n
Ai Ai+1 n2 π
n−1 < ≤ sin .
—
Ai Ai+1 π n
i=1

Exercice 12

Soient a, b, c, d les longueurs d’un quadrilatère convexe, et p le semi-périmètre.


Montrer que :

a b c d 4
+ + + ≥ .
p+b+c+d p+a+c+d p+a+b+d p+a+b+c 5
6.14. EXERCICES 407

Solution. D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz on a :


X X P
a a2 (a + b + c + d)2 ( a)2
= ≥ P P =2 P 2 P .
p+b+c+d ap + ab + ac + ad p a + 2 ab ( a) + 4 ab
P P P
Il suffit de montrer que 5( a)2 ≥ 2( a)2 + 8 ab, c’est équivalent à :
X X  X X
3 a2 + 2 ab ≥ 8 ab ⇐⇒ (a − b)2 ≥ 0,

qui est vraie.

Exercice 13

Soient ABC un triangle, et M un point à son intérieur tel que :

\ = MBC
MAB \ = MCA
\ = 30◦ .

Montrer que
16 · S 2
MA2 + MB2 + MC 2 ≥
9R2
où S est l’aire du triangle ABC, et R le rayon du cercle circonscrit.

Solution. On a

S = [△MAB] + [△MBC] + [△MCA]


1 \ + 1 MB · BC · sin MBC
\ + 1 MC · CA · sin MCA
\
= MA · AB · sin MAB
2 2 2
1 1√ √
= (MA · MB + MB · BC + MC · CA) ≤ MA2 + MB2 + MC 2 · AB2 + BC 2 + CA2 .
4 4
Puisque AB2 + BC 2 + CA2 ≤ 9R2 on déduit le résultat demandé.

Exercice 14

Pour tout entier naturel n ≥ 3 on note par a(n) le nombre de triangles de périmètre n et
dont les côtés ont pour longueurs des nombres entiers naturels. Par exemple a(3) = 1 et
a(4) = 0. Montrer que a(2016) = a(2013).

Solution. Soient x, y, z les longueurs d’un triangle de périmètre 2016. Alors x, y, z ∈ N∗ et x +


y + z = 2016. Montrons que x, y, z ≥ 2. Si x = 1 alors y + z est impair, d’où |y − z| ≥ 1 = x,
absurde. Donc, x − 1, y − 1, z − 1 ∈ N∗ sont les longueurs d’un côté de périmètre 2013. Comme
x + y > z =⇒ 2016 > 2z =⇒ z ≤ 1007 et (x − 1) + (y − 1) > z − 1, alors 2z < 2015.
Réciproquement, si u, v, t sont les longueurs d’un triangle de périmètre 2013, alors u + 1, v +
1, t + 1 sont les longueurs d’un triangle de périmètre 2016 puisque

u +v > t =⇒ (u + 1) + (v + 1) > (t + 1).

Exercice 15

Montrer que le triangle ABC est rectangle en A si, et seulement si :

p 2 − 4Rr − r 2 = a2 ,

où a = BC, r le rayon du cercle inscrit, R le rayon du cercle circonscrit, et p est le semi-


périmètre du triangle ABC.
408 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

Solution. On a successivement :
abc S S 2 abc (p − a)(p − b)(p − c)
0 = p 2 − 4Rr − r 2 − a2 = p 2 − · − − a2 = p 2 − − − a2
S p p2 p p
p 3 − abc − p 3 + (a + b + c)p 2 − (ab + ac + bc)p + abc
= − a2 = (a + b + c)p − (ab + ac + bc) − a2
p
1h i 1
= (a + b + c)2 − 2(ab + ac + bc) − 2a2 = (b 2 + c 2 − a2 ).
2 2
La conclusion est claire.

Exercice 16

Le cercle C(I, r) inscrit dans le triangle ABC coupe les segments AI, BI et CI respectivement
en A′ , B′ et C ′ . Montrer que :
 
AB BC CA A π−A B π−B C π−C
+ + ≥ 8 sin · sin + sin · sin + sin · sin .
A′ B′ B′ C ′ C ′ A′ 2 4 2 4 2 4
En déduire que si le triangle ABC est acutangle alors :
q
AB BC CA √  A B C

+ + > 4 2 − 2 sin + sin + sin .
A′ B′ B′ C ′ C ′ A′ 2 2 2

Solution.

b
B

B′
b

b
I

b
b C′
A
A′ C
b b

En appliquant le théorème des cosinus dans le triangle A′ IB′ on obtient


   
A+B A+B
A′ B′2 = 2r − 2r 2 cos π − = 2r 2 1 + cos =
2 2
A+B π−C
= 4r 2 cos2 = 4r 2 cos2 ,
4 4
D’où
π−C
A′ B′ = 2r cos . (1)
4
Par (1) et la loi des sinus, on déduit que

AB 2R sin C R 2 sin C2 cos C2 R C sin π−C


2
= = · = 2 · · sin ·

AB ′ π−C
2r cos 4 r cos 4π−C r 2 π−C
cos 4
R C 2 sin π−C π−C
2 cos 4 R C π−C
=2· · sin · = 4 · sin · sin ,
r 2 cos π−C r 2 4
2

D’où
AB R C π−C
= 4 · · sin · sin . (2)
A′ B′ r 2 4
6.14. EXERCICES 409

D’après (2) et la relation d’Euler R ≥ 2r on déduit que :

AB C π−C
≥ 8 · sin · sin . (3)

AB ′ 2 4
BC CA
Des relations similaires que (3) pour et ′ ′ permettent de conclure que :
B′ C ′ CA
 
AB BC CA A π−A B π−B C π−C
+ + ≥ 8 sin · sin + sin · sin + sin · sin .
A′ B′ B′ C ′ C ′ A′ 2 4 2 4 2 4
π−C π π−C
Dans le cas où le triangle ABC est acutangle on a : > , ce qui donne sin >
p √ 4 8 4
2− 2
. L’inégalité (3) donne alors :
2
q
AB √ C
> 4 2 − 2 · sin .
A′ B′ 2
BC CA
Des relations similaires pour et ′ ′ permettent de conclure que :
B′ C ′ CA
q
AB BC CA √  A B C

+ + > 4 2 − 2 sin + sin + sin .
A′ B′ B′ C ′ C ′ A′ 2 2 2

Exercice 17

Soit ABC un triangle. On note par a, b, c, ia , ib , ic les longueurs des trois côtés et les lon-
gueurs des bissectrices. Montrer que :

3 3 3 
ia3 + ib3 + ic3 ≤ a + b3 + c3 .
8

Solution.

C
b

b
a
ic b
b

ib ia
B A
b b b

En notant p − a = x, p − b = y, p − c = z, alors a = y + z, b = x + z, c = x + y avec x, y, z ≥ 0. On a :

2bc A √ A p p
ia = cos ≤ bc cos = p(p − a) = x(x + y + z).
b+c 2 2
L’inégalité à montrer devient alors :
X   x + y + z 3/2 X  x + y 3
x ≤ . (1)
3 2
cycl. cycl.

Comme l’inégalité est homogène en x, y, z on peut supposer que x + y + z = 3, l’inégalité (1)


410 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES

P (3−x)3 P
devient alors 8 ≥ x3/2 , c’est-à-dire :
Xh √ i
S(x, y, z) := (3 − x)3 − 8x x ≥ 0 (2)
cycl.

La fonction f : [0, 3] −→ R, t 7−→ f (t) = (3 − t)3 − 8t t n’est pas convexe ou concave, on ne peut
pas donc appliquer
h l’inégalité
i de Jensen. On va utiliser la méthode de Sturm. On suppose que
x−z
x ≥ y ≥ z et ε ∈ 0, 2 . On montre que S(x, y, z) ≥ S(x − ε, y, z + ε), i.e.

f (x) + f (y) + f (z) ≥ f (x − ε) + f (y) + f (z + ε). (3)


h i
Soit g la fonction définie par g(ε) = f (x − ε) + f (z + ε), ε ∈ 0, x−z 2 (on considère que x, y, z sont
fixés). L’inégalité (3) est équivalente à g(0) ≥ g(ε). On a

g(ε) = (3 − x + ε)3 − 8(x − ε)3/2 + (3 − z − ε)3 − 8(z + ε)3/2

et
(x − ε) − (z + ε)
g ′ (ε) = 12 √ √ + 3(6 − x − z)(z − x + 2ε).
x−ε+ z+ε
√ √ √
Comme x − ε + z + ε ≥ x + z et x − ε ≥ z + ε alors il résulte que :
!
′ 4
g (ε) ≤ 3((x − ε) − (z + ε)) √ − (6 − x − z) . (4)
x+z
Montrons que
4
√ − (6 − x − z) ≤ 0. (5)
x+z
√ √
3 − 6t + 4 ≤ 0 avec t ∈ [1, 3] (car x ≥
On note x + z = t, alors l’inégalité ci-dessus √ devient t
1 et x + z ≤ 3). Comme la fonction u : [1, 3] −→ 3
′′
√ √ R, t 7−→ u(t) = t − 6t + 4 est convexe car
u (t) = 6t > 0 pour tout t ∈ [1, 3] et u(1) < 0, u( 3) < 0, la relation (5) est prouvée. Donc g est
décroissante et par suite g(ε) ≤ g(0). On prend ε = min{x − 1, 1 − z} (possible car x ≥ 1 ≥ z et
min{x − 1, 1 − z} ≤ 12 (x − z)), on obtient

f (x − ε) + f (z + ε) = f (1) + f (x + z − 1) = f (1) + f (2 − y),

d’où
f (x) + f (y) + f (z) ≥ f (1) + f (y) + f (2 − y). (6)
On prend ε′ = y − 1 si y ≥ 1, et ε′ = 1 − y si y ≤ 1, on obtient respectivement

f (y) + f (2 − y) ≥ f (y − ε′ ) + f (2 − y + ε′ ) = 2f (1)

et
f (y) + f (2 − y) ≥ f (y + ε′ ) + f (2 − y − ε′ ) = 2f (1).
Donc
f (x) + f (y) + f (z) ≥ 3f (1) = 0,
ce qui prouve (2), et par suite (1).

Exercice 18

Soit P = A0 A1 · · · An−1 un polygone convexe régulier. Soit M un point tel que, pour 0 ≤ k <
n, la projection orthogonale de M sur chaque droite (Ak Ak+1 ) est située à l’intérieur du
6.14. EXERCICES 411

segment [Ak , Ak+1 ] (avec An = A0 ). Soit Bk la projection de M sur (Ak Ak+1 ). Montrer que

1
[△MA0 B0 ] + [△MA1 B1 ] + · · · + [△MAn−1 Bn−1 ] = · Aire(P ),
2
où [△EFG] désigne l’aire du triangle EFG.

Solution. Le résultat semble clair pour n = 2 comme le montre la figure en fin de solution.
Pour 0 ≤ k < n, soit zk l’affixe du point Ak , et z l’affixe du point M. On peut supposer, sans
perte de généralité, que 0 est l’affixe du centre du polygone, et que la longueur des côtés de P
2πi
est égale à 1. Alors, on a clairement zk = ω k z0 avec ω = exp( ), et |z0 | |ω − 1| = 1.
n
−−−−→
Le nombre ℜ ((z − zk )(zk+1 − zk )) (zk+1 − zk ) représente le vecteur Ak Bk , et z − zk représente le
−−−−→
vecteur Ak M , donc l’aire du triangle MAk Bk est donnée par :

1  
[△MAk Bk ] = ℑ (z − zk )ℜ((z − zk )(zk+1 − zk )(zk+1 − zk ) =
2
1
= ℜ((z − zk )(zk+1 − zk ))ℑ((z − zk )(zk+1 − zk ))
2
1 h i 1  
= ℑ ((z − zk )(zk+1 − zk ))2 = ℑ (z − zk )2 ω2k (ω − 1)2 z0 2 .
4 4
Or
n−1
X n−1
X n−1
X ω 2n − 1 ωn − 1
(z − zk )2 ω2k = z2 ω2k − 2zz0 ωk + nz02 = z2 2 −2zz0 +nz02 = nz02 ,
ω − 1 ω−1
k=0 k=0 k=0 | {z } | {z }
=0 =0

donc :  
n−1
X  n−1
X  n  
1  2
[△MAk Bk ] = ℑ (ω − 1) z0 2
(z − zk ) ω  = ℑ (ω − 1)2 z02 z0 2 .
2 2k
4 4
k=0 k=0
En particulier, le membre de droite de cette égalité est indépendant de z, en d’autres termes,
il est indépendant de la position de M. Clairement, si M est le centre du polygone, alors le
1
membre de gauche de l’égalité ci-dessus est égal à · Aire(P ).
2
412 CHAPITRE 6. INÉGALITÉS GÉOMÉTRIQUES
Chapitre

7
Inversions

Dans tout ce chapitre on se place dans le plan affine euclidien E2 . Tous les angles sont orientés
et considérés modulo 2π.

7.1 Inversion

Définition (Inversion)

Pour A ∈ E2 et k ∈ R∗+ , on définit l’inversion de pôle (ou centre) A et de rapport k , notée


IA,k , l’application IA,k : E2 \ {A} −→ E2 \ {A} qui, à tout point M , associe le point M ′ tel que :
• A, M et M ′ sont alignés,
# » # »
• AM · AM ′ = k .
# » k # »
☞ Les conditions de la définition reviennent à : AM ′ = AM.
AM 2
☞ L’image d’un point est d’autant plus éloignée du centre de l’inversion que le point d’origine
en est proche.
☞ Il est clair que IA,k admet un pôle unique et un rapport unique, et que IA,k est une involu-
tion de E2 \ {A}, i.e., IA,k (IA,k (M)) = M. Elle est sa propre bijection réciproque.
☞ Le composé de deux inversions de même pôle O est la restriction à E2 \ {O} d’une homo-
thétie de centre O.
Proposition 1
#» #»
Soient O ∈ E2 , R = (O, i , j ) un repère orthonormé de E2 , k ∈ R∗+ , I l’inversion de pôle O et
de rapport k. Pour tout M(x, y) ∈ E2 \ {O}, I(M) a pour coordonnées :
!
kx ky
, .
x2 + y 2 x2 + y 2

k
Ainsi, si M a pour affixe z ∈ C∗ , alors I(M) a pour affixe .
z

Preuve
En notant M ′ = IO,k (M) = (x′ , y ′ ), il existe λ ∈ R tel que x′ = λx, y ′ = λy et :
# » # » k
OM · OM ′ = k ⇐⇒ λx2 + λy 2 = k ⇐⇒ λ = .
x2 + y 2
kx ky
D’où x′ = et y ′ = .
x2 + y 2 x2 + y 2

413
414 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Définition (Cercle d’inversion)

Soient O ∈ E2 et k ∈ R∗+ .√L’ensemble des points de E2 \ {O} invariants par IO,k est le cercle
de centre O et de rayon k , appelé cercle d’inversion de IO,k .

En effet, pour tout M ∈ E2 \ {O} on a :




 kx 

 =x 

 x + y2
2 x(x2 + y 2 − k) = 0

IO,k (M) = M ⇐⇒ 
 ⇐⇒ 
 ⇐⇒ x2 + y 2 = k.

 ky y(x2 + y 2 − k) = 0

 x2 + y 2 =y

Proposition 2

Soient O ∈ E2 et k ∈ R∗+ .
(i) Une droite de E2 est invariante par IO,k si, et seulement si, elle passe par O.
(ii) L’image par IO,k d’une droite ne passant pas par O est un cercle passant par O (privé
de O).
(iii) L’image par IO,k d’un cercle passant par O (et privé de O) est une droite ne passant
pas par O.
(iv) L’image par IO,k d’un cercle ne passant pas par O est un cercle ne passant pas par O.

Preuve
(i)-(ii) Soit (d) la droite d’équation ax+by +c = 0, avec (a, b, c) ∈ R3 et (a, b) , (0, 0). Comme
IO,k est involutive, alors IO,k (d) a pour équation

kx ky  
a· +b· +c = 0 c’est-à-dire c x2 + y 2 + akx + bky = 0.
x2 + y 2 x2 + y 2

⋄ Si c , 0 (c’est-à-dire si O < (d)), alors IO,k (d) est le cercle d’équation

ak bk
x2 + y 2 + x + y = 0,
c c
qui passe par O.
⋄ Si c = 0 (c’est-à-dire si O ∈ (d)), alors IO,k (d) = d.
(iii)-(iv) On considère le cercle C d’équation : x2 + y 2 + 2ax + 2by + c = 0, avec (a, b, c) ∈ R3 .
Alors IO,k (C) a pour équation :
!2 !2
kx ky kx ky
+ + 2a · + 2b · + c = 0,
x + y2
2 x + y2
2 x2 + y 2 x2 + y 2
 
ce qui revient, après simplification par x2 + y 2 , 0 à : c x2 + y 2 + 2akx + 2bky + k 2 = 0.
⋄ Si c = 0 (c’est-à-dire si O ∈ C), alors IO,k (C) est une droite ne passant pas par O.
⋄ Si c , 0 (c’est-à-dire si O < C), alors IO,k (C) est un cercle ne passant pas par O.

Corollaire 1
Soit (d ′ ) l’image de la droite (d) par l’inversion de pôle O et de rapport k.
• Si O ∈ (d), alors (d ′ ) = (d).
• Si O < (d), alors (d ′ ) est un cercle de centre O ′ passant par O tel que (OO ′ )⊥(d).
7.1. INVERSION 415

Corollaire 2
Soit (ω ′ ) l’image du cercle (ω) de centre A par l’inversion de pôle O et de rapport k.
• Si O ∈ (ω), alors (ω ′ ) est une droite perpendiculaire à (AO).
• Si O < (ω), alors (ω ′ ) est un cercle. De plus, les centres de (ω), (ω ′ ) et O sont alignés.

Proposition 3

Soient f et g deux inversions.


• f ◦ g ◦ f −1 est une inversion ou une symétrie par rapport à une droite (dans le plan privé
d’au plus trois points).
• Si f ◦ g ◦ f −1 est une inversion, et si C est le cercle d’inversion de g, alors le cercle d’inver-
sion de f ◦ g ◦ f −1 est f (C).

Preuve
Remarquons que f ◦ g ◦ f −1 = f ◦ g ◦ f car f est involutive. Choisissons une origine en le
k
pôle de f , de sorte que, dans le plan complexe (en confondant point et affixe) : f (z) = .
z
λ
Il existe a ∈ C, λ ∈ R∗+ tels que g(z) = a + .
z−a
⋄ Si a = 0, c’est-à-dire si f et g ont le même pôle, alors f ◦ g ◦ f −1 est l’inversion de pôle O
k2
et de rapport .
λ
⋄ Si a , 0, alors on a pour tout z ∈ C :

k k(k − az) ak
f ◦ g ◦ f (z) = = si z , .
a+ λz ak + (λ − |a|2)z |a|2 − λ
k−az

Si λ = |a|2 , alors f ◦ g ◦ f est une symétrie par rapport à une droite.


Si λ , |a|2 , alors :
λk 2
ak (|a|2 −λ)2
f ◦ g ◦ f (z) = 2 + ,
|a| − λ z −  ak 
|a|2 −λ

ak λk 2
Donc f ◦ g ◦ f est l’inversion de pôle , et de rapport .
|a|2 − λ (|a|2 − λ)
2

Supposons maintenant que f ◦ g ◦ f −1 soit une inversion et notons C le cercle d’inversion


de g. On a pour tout M ∈ E2 :

f ◦ g ◦ f −1 (M) = M ⇐⇒ g(f −1 (M)) = f −1 (M) ⇐⇒ f −1 (M) ∈ C ⇐⇒ M ∈ f (C).

Ainsi, le cercle d’inversion de f ◦ g ◦ f −1 est f (C), et f (C) est bien un cercle car C est un
cercle ne passant pas par O.

Proposition 4

Soient O ∈ E2 , k ∈ R∗+ , A, B ∈ E2 \ {O}, A′ = IO,k (A) et B′ = IO,k (B), alors :

k AB
A′ B′ = .
OA · OB
416 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Preuve
OA OB′
Puisque OA · OA′ = OB · OB′ = k, alors = , donc les triangles OAB et OB′ A′ sont
OB OA′
(indirectement) semblables, d’où :

A′ B′ OA′
= .
AB OB
Enfin, on a :
OA′ AB · (OA · OA′ ) k AB
A′ B′ = AB · = = .
OB OA · OB OA · OB

Corollaire 3

[ = OA
\ k A′ B′
On a aussi : ABO ′ B′ et AB = .
OA′ · OB′

Exemple 1 : Inégalité de Ptolémée

Soient A, B, C et D quatre points de E2 , alors on a :

AC · BD ≤ AB · CD + AD · BC,

avec égalité si, et seulement si, A, B, C et D sont cocycliques ou alignés, dans cet ordre.

On considère B′ = IA,1 (B), C ′ = IA,1 (C) et D ′ = IA,1 (D). D’après la dernière proposition on a :
BD BC CD
B′ D ′ = , B′ C ′ = et C ′ D ′ = .
AB · AD AB · AC AC ′· AD
D’après l’inégalité triangulaire on sait que : B D ≤ B′ C ′ + C ′ D ′ , c’est-à-dire :

BD BC CD
≤ + d’où AC · BD ≤ AD · BC + AB · CD.
AB · AD AB · AC AC · AD

Il y a égalité dans l’inégalité de Ptolémée si, et seulement si, B′ D ′ = B′ C ′ + C ′ D ′ , c’est-à-dire


B′ , C ′ , D ′ alignés dans cet ordre, ce qui équivaut à A, B, C, D cocycliques ou alignés dans cet ordre.

Proposition 5

Soit P un point en dehors du cercle (ω) de centre O. On suppose que les tangentes à (ω),
et issues de P, le coupent en A et B. Soit P ′ le milieu de [AB], alors P ′ est l’image de P par
l’inversion par rapport à (ω), i.e., P ′ ∈ [OP) et OP · OP ′ = r 2 où r est le rayon de (ω).

Preuve

Notons que, par symétrie, les points O, P ′ A


b
\
et P sont alignés et OP ′ A = 90°. Comme
(ω)
(AP) est tangente à (ω), alors on a aussi
[ = 90°. Par suite les triangles OP ′ A et
OAP b b b
P

OAP sont semblables (critère angle-angle), O P′


OP ′ OA
et = , ce qui permet de déduire
OA OP b

que : OP · OP = OA2 = r 2 .
′ B
7.1. INVERSION 417

Exemple 2 : (Proposé à l’OIM, 2003)

Soient Γ1 , Γ2 , Γ3 et Γ4 quatre cercles distincts tels que Γ1 , Γ3 sont tangents extérieurement en


P , et Γ2 , Γ4 sont tangents extérieurement au même point P . On suppose que Γ1 et Γ2 , Γ2 et
Γ3 , Γ3 et Γ4 , Γ4 et Γ1 se coupent en A, B, C, D respectivement, et que tous ces points sont
différents de P . Montrer que :
 
AB · BC PB 2
= .
AD · DC PD

On utilise l’inversion de pôle P. Puisque les cercles Γ1 , Γ3 sont tangents en P, leurs centres sont
alignés avec P, et donc les cercles seront transformés, par l’inversion, en une paire de droites
parallèles. Le même argument s’applique pour les cercles Γ2 , Γ4 . Remarquons maintenant que les
points A′ , B′ , C ′ , D ′ sont les points d’intersection de deux paires de droites parallèles, et donc ils
forment (dans cet ordre) un parallélogramme. En particulier, on a A′ B′ = C ′ D ′ et B′ C ′ = A′ D ′ .
D’où :
AB CD BC AD
= , = .
PA · PB PC · PD PB · PC PD · PA
 
AB · BC PB 2
En multipliant ces relations entre elles, on conclut que = .
AD · DC PD
Exemple 3 : (OIM, 1996)

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC tel que :

[ = APC
€ − ACB
APB [ − ABC.
[

Soient D et E les centres des cercles inscrits respectivement dans les triangles APB et APC .
Montrer que les droites (AP), (BD) et (CE) sont concourantes.

On se propose de montrer que les bissec- A


€ et ACP
trices des angles PBA [ coupent (AP) au b

même point Z. D’après le théorème de la bissec- Z


b
trice appliqué dans les triangles PBA et PCA, D
b b
E
AB AZ
ceci se produit si, et seulement si : = = b

PB ZP P
AC AB AC b b
. Donc, il suffit de montrer que = , B C
PC PB PC
c’est-à-dire AB · PC = AC · PB.

On utilise l’inversion de pôle A. La relation AB · PC = AC · PB est équivalente à :

1 P′C′ 1 P ′ B′
· = · i.e. P ′ C ′ = P ′ B′ .
AB′ AP ′ · AC ′ AC ′ AP ′ · AB′

Grâce à l’inversion, la condition angulaire APB € − ACB [ = APC [ − ABC [ est équivalente à : P\ ′ B′ A −
\
C \
′ B′ A = P \
′C′A − B ′ C ′ A, c’est-à-dire P\
′ B′ C ′ = P\
′ C ′ B′ . Donc, le triangle P ′ C ′ B′ est isocèle, ce qui est

la condition qu’on voulait prouver P C = P B . ′ ′ ′

Exemple 4 : (Iran, 1995)

Soient M, N et P les points de contact du cercle inscrit du triangle scalène ABC avec les
côtés [BC], [CA] et [AB] respectivement. Montrer que l’orthocentre H du triangle MN P , le
centre I du cercle inscrit dans ABC , et le centre O du cercle circonscrit au triangle ABC
sont alignés.
418 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Notons que I est le centre du cercle circons- b


A
crit au triangle MN P, on doit donc montrer
que O appartient à la droite d’Euler du tri-
angle MN P. On utilise l’inversion par rapport P
b
b N

au cercle inscrit. Les images A′ , B′ , C ′ de A, B, C H b I


b
par cette inversion sont les milieux respectifs b
O
de [N P], [MP] et [MN ]. Par suite, le cercle cir-
conscrit au triangle ABC est envoyé sur le cercle b
b
b
circonscrit au triangle A′ B′ C ′ , i.e., le cercle des B M
C
neuf points du triangle MN P.

Soit X le centre de ce cercle des neuf points. Puisque le centre d’un cercle, le centre de son
image et le pôle de l’inversion sont alignés, alors les points O, X et I sont alignés (mais malheu-
reusement X n’est pas l’image de O). Cependant, I et X sont tous les deux sur la droite d’Euler du
triangle MN P, donc O y appartient aussi.
Exemple 5 : (États-Unis, 1993)

Soit ABCD un quadrilatère convexe tel que les diagonales AC et BD se coupent au point O
en formant un angle droit. Montrer que les symétriques de O par rapport à (AB), (BC), (CD)
et (DA) sont cocycliques.

Soient P, Q, R et S les pieds des perpendicu-


laires issues de O aux droites (AB), (BC), (CD)
A
et (DA) respectivement. Le problème est équi- b
b b
valent à montrer que P, Q, R, S sont cocy-
cliques (puisqu’ils sont à mi-chemin entre O
P S
et ses symétriques). Notons que les quadrila- b b

tères OSAP, OPBQ, OQCR et ORDS sont tous


cycliques. On appelle leurs cercles circonscrits b b
O
b
B D
par CA , CB , CC et CD respectivement. On consi-
dère l’inversion de pôle O et de rayon n’importe b b
quel r > 0. Q b
R
C
b b

On sait que les droites (AC) et (BD) sont envoyées vers elles mêmes. Le cercle CA est envoyé
vers une droite dA , le cercle CB est envoyé vers une droite dB , le cercle CC est envoyé vers une
droite dC , et le cercle CD est envoyé vers une droite dD . Puisque CA coupe (BD) en O et O est
envoyé vers l’infini, alors dA doit être parallèle à (BD). De même, dB est parallèle à (AC), dC
est parallèle à (BD) et dD est parallèle à (AC). Maintenant, CA coupe CB aux points O et P, ceci
implique que dA coupe dB en P ′ . De même, dB coupe dC en Q ′ , dC coupe dD en R′ et dD coupe dA
en S ′ . Puisque (AC)⊥(BD), alors P ′ Q ′ R′ S ′ est un rectangle, et donc il est cyclique. Par conséquent,
les points P, Q, R et S sont cocycliques.
Exemple 6

Soit [QP] le diamètre d’un demi-cercle C . Le cercle ω est tangent intérieurement au demi-
cercle C , et tangent à QP au point C . Soient A ∈ C et B ∈ [QP] tels que (AB)⊥(QP) et (AB)
€.
est tangente à ω . Montrer que AC est la bissectrice de BAP

Considérons l’inversion de pôle C et de rapport n’importe quel r > 0. On sait que les triangles
CAP et CP ′ A′ sont semblables, et les triangles CAB et CB′ A′ sont aussi semblables. D’où, (AC)
est la bissectrice de BAP \
€ si, et seulement si, CP \
′ A′ = CB ′ A′ . On sait que la droite (PQ) est envoyée
vers elle même. Puisque le cercle ω passe par C, alors ω est envoyé vers une droite ω ′ parallèle
7.1. INVERSION 419

à QP. De plus, on sait que puisque C est tangent à ω et est orthogonal à (PQ), alors C est envoyé
vers le demi-cercle C ′ tangent à la droite ω ′ et de diamètre [P ′ Q ′ ]. Comme le segment [AB] est
tangent à ω et est orthogonal à (PQ), alors [AB] est envoyé vers l’arc A” ′ B′ du demi-cercle tangent

à la droite ω ′ et ayant pour diamètre [CB′ ]. Remarquons maintenant que les arcs de cercle A • ′ Q′
” ′ ′ \
et A C sont symétriques par rapport à la médiatrice de [CQ ], on obtient donc CP A = CB A .
′ ′ \ ′ ′

b A
C

b b b b

Q B C P

Exemple 7 : (Russie, 1995)

On considère un demi-cercle de diamètre [AB], centre O , et une droite qui coupe le demi-
cercle en C et D et la droite (AB) en M (avec MB < MA, MD < MC ). Soit K le second point
d’intersection des cercles circonscrits aux triangles AOC et DOB.
\ = 90°.
Montrer que MKO

Considérons l’inversion de pôle O et de rapport r = OA. On sait que les points A, B, C, D sont
envoyés vers eux mêmes. De plus, le cercle passant par A, O, C est envoyé vers la droite (AC), et
le cercle passant par D, O, B est envoyé vers la droite (DB). Donc, le point K est envoyé vers le
point K ′ intersection des droites (AC) et (DB), et le point M est envoyé vers l’intersection M ′ de
la droite (AB) avec le cercle circonscrit au triangle OCD. Donc, la droite (MK) est envoyée vers le
cercle circonscrit au triangle OM ′ K ′ .
C
b

K
b
D
b

M
b b b b

A B
O

\ = 90° si, et seulement si, K\


Notons que MKO ′ M ′ O = 90°. Comme (BC)⊥(AK ′ ), (AD)⊥(BK ′ ) et
O est le milieu de [AB], alors le cercle circonscrit au triangle OCD est le cercle des neuf points
du triangle ABK ′ , qui coupe le côté AB à nouveau au pied de la perpendiculaire issue de K ′ à la
droite (AB). Ce point est M ′ , donc K\ \ = 90°.
′ M ′ O = 90°, ce qui permet de conclure que MKO

7.1.1 Exercices
Exercice 1

Montrer que si les cercles ω1 et ω2 sont orthogonaux, alors l’inversion par rapport à ω1
envoie ω2 vers lui-même.

Solution. On suppose que ω1 et ω2 se coupent aux points A et B. Soient O1 et O2 les centres


respectifs de ω1 et ω2 , et supposons que la droite (O1 O2 ) coupe ω2 aux points C et D. Puisque
420 CHAPITRE 7. INVERSIONS

l’image de ω2 par l’inversion est un cercle, et comme les points A et B sont envoyés vers eux-
mêmes, alors il suffit de montrer que le point D est envoyé vers le point C pour conclure.

ω1 A
b
ω2

b b b b

O1 C O2 D
b

Puisque O\1 AO2 = 90° car ω1 et ω2 sont orthogonaux, alors d’après la puissance d’un point et
le théorème de Pythagore on a : O1 C · O1 D = O1 O22 − O2 A2 = O1 A2 , ce qui implique que D est
envoyé vers C.

Exercice 2

Soient ABC et XY Z deux triangles tels que les cercles circonscrits aux triangles BCX, CAY
et ABZ soient concourants en un point P. Montrer que les cercles circonscrits aux triangles
Y ZA, ZXB et XY C sont aussi concourants.

Solution. On utilise l’inversion de pôle P et de rapport n’importe quel rayon. Les cercles
circonscrits aux triangles BCX, CAY et ABZ sont envoyés vers le triangle A′ B′ C ′ avec les
points X ′ , Y ′ , Z ′ appartenant respectivement aux côtés B′ C ′ , C ′ A′ et A′ B′ . Les cercles circons-
crits aux triangles Y ZA, ZXB et XY C sont envoyés vers les cercles circonscrits aux triangles
Y ′ Z ′ A′ , Z ′ X ′ B′ et X ′ Y ′ C ′ , donc il suffit de montrer que ces cercles sont concourants. Or ceci
découle du théorème de Miquel.

Exercice 3 : (Chine, 2006)

Soient ω le cercle circonscrit au triangle ABC, et P un point à l’intérieur de ABC. On


désigne par A1 , B1 et C1 les seconds points d’intersection des droites (AP), (BP) et (CP)
respectivement avec ω. Soient A2 , B2 et C2 les symétriques de A1 , B1 et C1 par rapport aux
côtés BC, CA et AB respectivement. Montrer que le cercle circonscrit au triangle A2 B2 C2
passe par l’orthocentre H du triangle ABC.

Solution. Soient {X} = (AA1 ) ∩ (BC), {Y } = (BB1 ) ∩ (CA) et {Z} = (CC1 ) ∩ (AB). En appliquant
plusieurs fois le lemme des quotients, et puis le théorème de Céva on a :
A2 B B2 C C2 A A B B1 C C1 A
· · = 1 · ·
A2 C B2 A C2 B A1 C B1 A C1 B
     
 XB \
sin CA   Y C sin AB
1A 
\ 1B   ZA sin BC \ 1C 
=  ·  ·  ·  ·  · 
XC \
sin BA 1A
Y A \
sin CB 1B
ZB \
sin AC 1C
  !
XB Y C ZA b sin C
sin B b sin A b
= · · · · · = 1.
XC Y A ZB sin Cb sin A b sin B b

Maintenant, on utilise l’inversion de pôle H et de rapport 1. Notons que tous les points
B, C, H, A2 appartiennent au cercle qui, en prenant le symétrique par rapport à la droite
(BC), devient ω. Par conséquent, les points B′ , C ′ , A′2 sont alignés, et de même pour les points
C ′ , A′ , B′2 et A′ , B′ , C2′ . On a aussi :
! ! !
A′2 B′ B′2 C ′ C2′ A′ A2 B HC B2 C HA C2 A HB
· · = · · · · · = 1,
A′2 C ′ B′2 A′ C2′ B′ A2 C HB B2 A HC C2 B HA

donc par le théorème de Ménélaüs appliqué dans le triangle A′ B′ C ′ avec la transversale


7.1. INVERSION 421

A′2 − B′2 − C2′ on déduit que les points A′2 , B′2 et C2′ sont alignés. Ceci implique que les points
H, A2 , B2 , C2 sont cocycliques.

b A

B2 Y b B1
b
b b
C1 Z
b

b b
A2 b
H
P
b b b

B X b C
b
C2
A1

P-cercle de Hagge
Le cercle circonscrit au triangle A2 B2 C2 , passant toujours par l’orthocentre H d’un triangle
donné ABC, est appelé le P-cercle de Hagge, du nom du mathématicien allemand Karl
Hagge. C’est en 1907 qu’apparaît la première généralisation du cercle de Fuhrmann dans
un article signé par Karl Hagge, il est connu pour avoir été très actif durant la première
moitié du vingtième siècle. Signalons que la référence à Hagge a été donnée sans preuve par
Roger A. Johnson : Modern Geometry, théorème 502, page 300. La référence exacte de l’article
de Hagge est :
K. Hagge, Der Fuhrmannsche Kreis und der Brocardsche Kreis als Sonderfälle eines allge-
meineren Kreises, Zeitschrift für Math. Unterricht, 38 (1907), 257-269.

Exercice 4

Soient ABC un triangle, et Q un point tel que (AB)⊥(QB) et (AC)⊥(QC). On désigne par
I le centre du cercle inscrit, et on suppose qu’il touche les côtés BC, CA et AB aux points
D, E et F respectivement. Montrer que si la demi-droite [QI) coupe [EF] au point P, alors
(DP)⊥(EF).

Solution.

On suppose que [QP) coupe le cercle circons-


A
crit à nouveau en X. On a : IXA € = QXA [ = b

90°, par suite X appartient au cercle circons-


crit au quadrilatère AFIE. Considérons l’in- X b

version par rapport au cercle inscrit, alors b E


A′ , B′ , C ′ sont les milieux des côtés du triangle P b A′
b
b
DEF, et leur cercle circonscrit est le cercle des F b
b
C′
neuf points du triangle DEF. De plus, puisque b I

X ′ appartient aux droites (EF) et (XI), on dé- b


B′
b b

duit que P = X ′ , donc P appartient aussi au B C


D b
cercle des neuf points passant par A′ , B′ , C ′ . Q
Par conséquent, P est le pied de la hauteur is-
sue de D.
422 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Exercice 5 : (OIM, 2015)

Soit ABC un triangle dont tous les angles sont aigus, avec AB > AC. Soit Γ son cercle
circonscrit, H son orthocentre et F le pied de sa hauteur issue de A. On désigne par M le
\ = 90° et soit K le point de Γ
milieu du segment [BC]. Soit Q le point de Γ tel que HQA
\
tel que HKQ = 90°. On suppose que les points A, B, C, K et Q sont tous distincts et dans
cet ordre sur Γ. Prouver que le cercle circonscrit au triangle KQH est tangent au cercle
circonscrit au triangle FKM.

Solution.

Soient N et T les milieux respectifs de [HQ] b A


et [AH]. On désigne par O le centre de Γ.
Soit L un point du cercle des neuf points avec Γ
Q
b
\ = 90°. L’inversion de pôle H envoyant Γ
HML T
b

vers le cercle des neuf points envoie le point A ω b K


vers F, le point K vers L, et le point Q vers M. N b

Puisque (LM) (AQ), il nous suffit de montrer O b


b

que LA = LQ pour conclure. Or [MT ] est un b


H
diamètre, donc LT N M est un rectangle, d’où b
L
(LT ) passe par O (car le centre du cercle des b b b b

neuf points est le milieu de [OH]). B M F C

Exercice 6 : (OIM, 1999)

Deux cercles Γ1 et Γ2 sont intérieurs au cercle Γ et sont tangents à Γ respectivement en les


deux points distincts M et N . Le cercle Γ1 passe par le centre de Γ2 . La droite contenant
les deux points d’intersection de Γ1 et Γ2 rencontre Γ en A et B. Les droites (MA) et (MB)
coupent Γ1 respectivement en C et D.
Montrer que la droite (CD) est tangente au cercle Γ2 .

Solution. Nous avons déjà donné une solution à cet exercice au chapitre transformations géomé-
triques.
On donne, à présent, une nouvelle solution utilisant l’inversion. On suppose que les rayons
des cercles Γ1 et Γ2 sont différents (le cas où il y a égalité des rayons se traite directement par
des calculs, ou bien en adaptant la preuve ci-dessous). On désigne par I le point d’intersection
de (CE) avec (DF) où E et F sont les intersections de Γ2 avec (AN ) et (BN ) respectivement. Le
point I existe car les deux rayons sont différents.
Soient i1 l’inversion de pôle M envoyant C vers A, et i2 l’inversion de pôle N envoyant A
vers E, et posons i = i1 ◦ i2 . Donc, i est l’inversion de pôle I envoyant C vers E. On veut
montrer que (CD) et Γ2 sont tangents, c’est-à-dire que i((CD)) et i(Γ2 ) le sont. Or, d’une part
i(Γ2 ) = i1 ◦i2 (Γ2 ) = i1 ((AB)) = Γ1 , et d’autre part i((CD)) est le cercle passant par les points I, i(C)
et i(D), c’est-à-dire le cercle circonscrit au triangle IEF. Par conséquent, il suffit de montrer
que Γ1 et le cercle circonscrit au triangle IEF sont tangents, c’est-à-dire que O2 , E, I et F sont
cocycliques, donc que O \2 EI = 90°, c’est-à-dire que (CE) est tangente à Γ2 .
Montrons que (CE) est tangente à Γ2 . On remarque, tout d’abord, que :
 
\
CO [ \ d
1 I = 2 CMI = 2 90° − EN M = 2 EKI = EO2 I,
\

donc les droites (CO1 ) et (EO2 ) sont parallèles. Or, i(E) = C, donc nécessairement (EC) est
tangente à Γ2 , en effet : si E ′ désigne l’autre point d’intersection de (CE) avec Γ2 , on a (CO1 )
(E ′ O2 ), donc comme (CO1 ) (EO2 ) on a E = E ′ , ce qui signifie que (CE) est tangent à Γ2 .
7.2. PÔLES ET POLAIRES 423

Γ A
b

C
b

Γ1
E
b

Γ2

M N I
b b b b b b

O1 O2
K

D
b
B

7.2 Pôles et polaires

Définition (Points inverses)

Soit C un cercle de centre O et de rayon r . Deux points P et Q qui sont sur la même droite
avec O et vérifient OP × OQ = r 2 sont dits points inverses par rapport au cercle C .

❏ Les points P et Q sont inverses par rapport au cercle C :

b b b

O P Q

❏ Méthode de construction : soit C un cercle de centre O et de rayon r. On souhaite construire


l’inverse P ′ de P par rapport à C. On suppose que P est en dehors de C (l’autre cas se traite
de la même façon en échangeant P avec P ′ ) : on trace le segment [OP]. Soit M le milieu
de [OP]. On trace le cercle ω de centre M et passant par P. Soient N et N ′ les deux points
d’intersection de ω avec C. On trace le segment [N N ′ ]. L’intersection de (OP) avec (N N ′ )
est le point P ′ recherché.

N
b
C (d)
C
b b b
b b b
O P Q
O P′ P

N′

Définition (Pôle et polaire)

Si P et Q sont des points inverses par rapport à un cercle C , alors la droite (d) passant par
Q et perpendiculaire à (OP) est appelé polaire de P , et P est appelé le pôle de cette droite.
(Voir figure ci-haut à droite).
424 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Théorème (théorème réciproque)

Si la polaire de X passe par le point Y , alors la polaire de Y passe par le point X.

☞ Si Y appartient à la polaire de X, avec P l’inverse de Q de sorte que OX · OP = r 2 . Soit Q


le pied de la perpendiculaire de X à (OY ), alors QY PX est un quadrilatère cyclique, et X
appartient à la polaire de Y .

b
Y
C
Q b
b b b

O X P

☞ La fonction envoyant le point P vers la polaire (d) est dite transformation pôle-polaire par
rapport à O et r (ou par rapport au cercle C).

Proposition 6

Si X et Y sont deux points distincts d’un cercle C. Alors, le pôle de la droite (XY ) est le
point d’intersection des tangentes au cercle C en X et Y

☞ Le pôle est aussi le point P de la médiatrice de [XY ] tel que les points O, X, P et Y soient
[ = 90° = OY
cocycliques puisque OXP [P.

b
X
C

b b b

O P′ P
r
b
Y

Théorème de la Hire (1706)

Soient (x) et (y) les polaires respectives de X et Y . Alors on a :

X ∈ (y) ⇐⇒ Y ∈ (x).

Ce théorème datant de 1706 est attribué au mathématicien français Philippe de La Hire (1640-
1718). Si X ′ , Y ′ sont les images de X et Y par l’inversion par rapport au cercle C, alors les égalités
OX · OX ′ = r 2 = OY · OY ′ impliquent que X, X ′ , Y et Y ′ sont cocycliques. On a ainsi :

X ∈ (y) \
⇐⇒ XY ′ Y = 90° ⇐⇒ \
XX ′ Y = 90° ⇐⇒ Y ∈ (x).

Proposition 7

Soient (x), (y) et (z) les polaires des points distincts X, Y et Z respectivement. Alors :

{Z} = (x) ∩ (y) ⇐⇒ (z) = (XY ).

D’après le théorème de La Hire, Z ∈ (x) ∩ (y) ⇐⇒ X ∈ (z) et Y ∈ (z) ⇐⇒ (z) = (XY ).

Proposition 8

Soient W , X, Y et Z des points de C. Alors, la polaire (p) de {P} = (XY ) ∩ (W Z) est la droite
passant par {Q} = (W X) ∩ (ZY ) et {R} = (XZ) ∩ (Y W ).
7.2. PÔLES ET POLAIRES 425

Soient S et T les pôles de (s) = (XY ) et W b


C
(t) = (W Z) respectivement. Alors, {P} = (s) ∩ (t).
D’après la proposition précédente, {S} = (x) ∩
(y), {T } = (w) ∩ (z) et (p) = (ST ). Pour l’hexa- b
b
gone W XXZY Y , on a : {Q} = (W X)∩(ZY ), {S} = T O
(XX) ∩ (Y Y ) et {R} = (XZ) ∩ (Y W ) où (XX) dé-
signe la tangente à C au point X. D’après le b b
R
b
Z X
théorème de Pascal, on sait que les points Q, S b
b
b
et R sont alignés. P
Y
S
Q
b

De même, en considérant l’hexagone XW W Y ZZ on déduit que les points Q, T et R sont alignés.


En conclusion, (p) = (ST ) = (QR).
Exemple 8

Soit [UV ] le diamètre d’un demi-cercle. P et Q sont deux points du demi-cercle avec UP <
UQ . Les tangentes au demi-cercle en P et en Q se coupent au point R.
Montrer que si {S} = (UP) ∩ (V Q), alors (RS)⊥(UV ).

Soit K le point d’intersection des droites (PQ) et (UV ), voir la figure ci-dessous. D’après la
proposition 8, et par rapport au cercle, la polaire de K passe par (UP) ∩ (V Q) = {S}. Puisque les
tangentes au demi-cercle en P et Q se coupent au point R, alors par la proposition 6, la polaire de
R est la droite (PQ). Comme K ∈ (PQ), qui est la polaire de R, alors par le théorème de La Hire, on
déduit que R appartient à la polaire de K. Par suite la polaire de K est la droite (RS). Finalement,
comme K appartient à (UV ), on conclut que les droites (RS) et (UV ) sont perpendiculaires.

b
S

b R

b
Q

P b

b b b b b
K U B O V

Exemple 9

Le quadrilatère ABCD possède un cercle inscrit Γ qui touche les côtés AB, BC, CD et DA
aux points G, H, K et L respectivement. Soient {E} = (AB) ∩ (CD), {F} = (AD) ∩ (BC) et
{P} = (GK) ∩ (HL). Montrer que si O est le centre de Γ alors les droites (OP) et (EF) sont
perpendiculaires.

Considérons la transformation pôle-polaire b A


par rapport au cercle inscrit Γ. D’après la pro-
G
position 6, les polaires de E et F sont respective- b b L

ment (GK) et (HL). Puisque {P} = (GK) ∩ (HL), O


alors par la proposition 7, la polaire de P est b
b b
b
la droite (EF). Par définition de la polaire on P D
B
conclut que (OP)⊥(EF). b b
b K
H
C
426 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Exemple 10 : (Chine, 1997)

Soient ABCD un quadrilatère cyclique, {P} = (AB)∩(CD) et {Q} = (AD)∩(BC). On suppose


que les tangentes issues de Q touchent le cercle circonscrit à ABCD aux points E et F .
Montrer que les points P, E et F sont alignés.

Considérons la transformation pôle-polaire par rapport au cercle circonscrit à ABCD. Puisque


{P} = (AB) ∩ (CD), alors d’après la proposition 8, la polaire de P passe par {Q} = (AD) ∩ (BC).
D’après le théorème de La Hire, P appartient à la polaire de Q qui, par la proposition 6, est la
droite (EF).
b
P
A
b
b
E b
D

B
b
Q
b C b

Exemple 11 : (Autriche-Pologne, 1998)

A, B, C, D, E et F sont des points distincts situés sur un cercle dans cet ordre. On suppose
que les tangentes au cercle aux points A et D , ainsi que les droites (BF) et (CE) sont toutes
concourantes en un point X .
Montrer que les droites (AD), (BC) et (EF) sont parallèles ou bien concourantes.

Soit O le centre du cercle. Si (BC) (EF), b


A
B
alors par symétrie, les droites (BC) et (EF) b

sont perpendiculaires à la droite (OX). Puisque b F


(AD)⊥(OX), on obtient (BC) (EF) (AD). Si b
b
les droites (BC) et (EF) sont sécantes, alors par O b
X
la proposition 8 la polaire de {X} = (CE) ∩ (BF) b E

passe par (BC) ∩ (EF). C


b

Puisque les tangentes en A et D se coupent en X, alors par la proposition 6, la polaire de X est


(AD). Par conséquent, les droites (AD), (BC) et (EF) sont concourantes dans ce cas.
Exemple 12 : (Chine, 2006)

Soit [AB] un diamètre d’un cercle Γ de centre O . Soit C ∈ [AB) un point au-delà de B. Une
droite passant par C coupe Γ aux points D et E . Soit [OF] un diamètre du cercle ω , de
centre O1 , et circonscrit au triangle BOD . La droite (CF) coupe, à nouveau, le cercle ω au
point G . Montrer que les points O, A, E et G sont cocycliques.

Soit {P} = (AE)∩(BD), alors d’après la proposition 8, la polaire de P par rapport à Γ est la droite
passant par {C} = (BA) ∩ (DE) et {H} = (AD) ∩ (EB). D’où (OP)⊥(CH). Soit {Q} = (OP) ∩ (CH). On
se propose de montrer que Q = G. Une fois cela fait, on aura {P} = (BD) ∩ (OG), donc PE · PA =
PD · PB = PG · PO, ce qui implique que les points O, A, E et G sont cocycliques. Montrons donc
que Q = G.
[ \
Notons que les angles PQH, [ sont droits, d’où les points P, E, Q, H et D sont cocy-
PDH et PEH
[ = PED
cliques. Donc, PQD [ = DBO, [ ce qui implique que les points Q, D, B et O sont cocycliques.
D’où, Q = G car ils sont, tous les deux, les points d’intersection (autre que O) de ω avec le cercle
de diamètre [OC].
7.2. PÔLES ET POLAIRES 427

E
b

Γ G
b D
b
ω
b
b F
b b b b

A O1
O B C

Exemple 13 : (Hong-Kong, 2006)

ABCD est un quadrilatère convexe avec AC , BD . On suppose qu’il est inscrit dans un
cercle de centre O . Soient E le point d’intersection des diagonales, et P un point à l’inté-
rieur du quadrilatère tel que :

[ = PBC
€ + PCB
PAB [ + PDC
[ = 90°.

Montrer que les points O, P et E sont alignés.

Soient Γ, Γ1 et Γ2 les cercles circonscrits au quadrilatère ABCD, et aux triangles PAC et PBD res-
pectivement. On appelle leurs centres O, O1 et O2 respectivement. On montre tout d’abord que
la polaire de O1 par rapport à Γ est la droite (AC). Puisque (OO1 ) est la médiatrice de [AC], alors
par la proposition 6, il nous [ \
 reste à montrer que
 AOC + AO1 C = 180° pour conclure.
[ € [ [
Notons que APC = 360° − PAB + PCB + ABC = 270° − ABC [ = 90° + ADC,
[ et par suite :
   
\
AO [ [ [ [
1 C = 2 180° − APC = 2 90° − ADC = 180° − 2ADC = 180° − AOC.

De même, la polaire de O2 par rapport à Γ


est la droite (BD). D’après la proposition 7, et
puisque {E} = (AC) ∩ (BD), alors la polaire de
E par rapport à Γ est la droite (O1 O2 ). D’où
(OE)⊥(O1 O2 ). Parmi les trois cercles Γ, Γ1 et O2
b
Γ2 , deux de leurs axes radicaux sont (AC) et
A
(BD), ceci implique que E est le centre radi- B
b

O1 b
cal. Puisque Γ1 et Γ2 se coupent en P, alors (PE) b
b E
est l’axe radical de Γ1 et Γ2 , ceci implique que
(PE)⊥(O1 O2 ). En combinant cette identité avec b P b

D
(OE)⊥(O1 O2 ) vue ci-haut, on conclut que les b b
C
points O, P et E sont alignés. O

Exemple 14 : (OIM, 1998)

Soit I le centre du cercle inscrit dans un triangle ABC . Ce cercle est tangent aux côtés
BC, CA et AB du triangle en les points K, L et M respectivement. La droite parallèle à
(MK) passant par B coupe les droites (LM) et (LK) respectivement en R et S . Montrer que
d est aigu.
l’angle RIS
428 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Considérons la transformation pôle-polaire B


b

b
par rapport au cercle inscrit. Les polaires de b
S

B, K, L et M sont les droites (MK), (BC), (CA) et R


(AB) respectivement. Remarquons que le point
B est envoyé vers {B′ } = (IB) ∩ (MK) par l’in- B′ b K
b
b
version par rapport au cercle inscrit. Puisque M

B′ ∈ (MK), et (MK) est la polaire de B, alors par b

I
le théorème de La Hire on déduit que B appar-
tient à la polaire de B′ . Comme (MK) (RS), b b b
b
alors la polaire de B′ est la droite (RS). A L T C

Puisque R, B et S sont alignés, leurs polaires sont concourantes en B′ . Maintenant, comme les
polaires de K et de L se coupent en C, et puisque L, K et S sont alignés, leurs polaires concourent
au point C. Donc, la polaire de S est (B′ C). Par la définition de la polaire, on obtient (IS)⊥(B′ C).
Par un raisonnement similaire, on obtient aussi (IR)⊥(B′ A). Donc RIS d = 180° − AB \ ′ C. Pour ter-

miner, on va montrer que B est à l’intérieur du cercle de diamètre [AC], ceci implique que
\
AB d < 90°. Soit T le milieu de [AC], alors :
′ C > 90° et ainsi RIS

# » # » # »  # » # »  # » # » # » # »
2 B′ T = B′ C + B′ A = B′ K + KC + B′ M + MA = KC + MA.
# » # »
Comme KC et MA ne sont pas colinéaires, alors :

KC + MA CL + AL AC
B′ T < = = .
2 2 2
Par conséquent, B′ est à l’intérieur du cercle de diamètre [AC].


7.3 bc -inversion
Soit ABC un triangle de côtés a = BC, b = CA et c = AB. Soit X un point du plan, on considère
tout d’abord le symétrique X ′ de X par rapport à la bissectrice de l’angle A,b ensuite on considère

l’image X ′′ de X ′ par l’inversion de pôle
√ A et de rayon bc, i.e., AX ′ · AX ′′ = bc = CA · AB.

On dit que X ′′ est l’image de X par la bc -inversion. (Voir figure en-bas à gauche)

A A
b b

I
b
X
b D b
b
b C
B
X′
b
M
b
b b C′ b

B
C

X ′′
b b
E

Proposition 9

b et de cercle
On considère la bc -inversion dans un triangle ABC avec la bissectrice (d) de A
circonscrit Γ. Alors :
1 l’image de B est C, et l’image de C est B,
2 l’image de Γ est (BC), et l’image de (BC) est Γ,

7.3. BC -INVERSION 429

3 les droites (AX) et (AX ′ ) sont isogonales pour X , A.

Preuve
➀ Puisque (AB) et (AC) sont symétriques par rapport à (d), alors l’image de B′ appar-
tient à (AC). De plus, par définition de l’inversion :

AB · AB′ = AB · AC,

donc AB′ = AC, c’est-à-dire B′ = C. Pour les mêmes raisons, l’image de C est B.
➁ L’image de Γ est une droite passant par B′ = C et par C ′ = B.
➂ Clair.

Proposition 10

Soient ABC un triangle, I le centre du cercle inscrit, et E le centre du cercle exinscrit re-
lativement au sommet A. On désigne par M le milieu de l’arc BC “ ne contenant pas A. On

suppose que les droites (AI) et (BC) se coupent au point D. Alors, grâce à la bc -inversion,
on a les relations métriques suivantes : (voir figure ci-haut à droite)
1 AD · AM = AB · AC.
2 AI · AE = AB · AC.
3 MA · ID = MI · AI.

Preuve

Les relations 1. et 2. découlent de la bc -inversion. Pour la 3. on a : ID = MI −MD, et donc
par le shooting lemma : MA·ID = MA·MI −MA·MD = MA·MI −MI 2 = MI ·(MA−MI) =
MI · AI.

Exemple 15

[ et
Soit ω le cercle circonscrit au triangle ABC . Le cercle ω1 est inscrit dans l’angle BAC
touche ω intérieurement au point T . Soit D le point de contact de BC avec le cercle exins-
crit relativement au sommet A. Montrer que BAT[ = DAC [.


On applique une bc -inversion. B est en- A
b
voyé vers B′ = C ; C est envoyé vers C ′ = B, et ω
est envoyé vers la droite ω ′ = B′ C ′ . Observons ω

[ et, puisque
que ω1′ est aussi inscrit dans BAC
ω1 touche ω intérieurement, alors ω1′ touche
BC extérieurement. Donc, ω1′ est le cercle exins- ω1
crit relativement au sommet A. Par conséquent,
√ et D sont les images l’un de l’autre par la
T
D
bc -inversion, ce qui permet de conclure que b
b
T
ω′
B = C′
b
b
[ = DAC.
BAT [ ω1′
C = B′
b

bb
430 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Exemple 16 : (Serbie, 2008)

Soit ABC un triangle donné. Les points D, E appartiennent à la droite (AB) avec AD =
AC, BE = BC , et les points D, A, B, E sont alignés dans cet ordre. Les bissectrices internes
des angles Ab et B
b coupent BC et AC en P et Q respectivement, et coupent le cercle circons-
crit au triangle ABC aux points M et N respectivement. On suppose que la droite passant
par A et le centre O1 du cercle circonscrit au triangle BME , coupe au point X , la droite
passant par B et le centre O2 du cercle circonscrit au triangle AN D .
Montrer que (CX)⊥(PQ).

D’après le théorème de la bissectrice on a :

bc
AE · AQ = (a + c) · = bc.
a+c

Donc, par rapport à la bc -inversion, les points E et Q sont les images l’un de l’autre, ainsi
que les points P et M qui sont √ l’image l’un de l’autre. Par conséquent, le cercle circonscrit au
triangle BME est envoyé par la bc -inversion vers le cercle circonscrit au triangle CPQ dont le
centre est O (voir figure). Par suite, la droite (AO) est isogonale à la droite (AO1 ) par rapport
[ De même, la droite (BO) est isogonale à la droite BO2 par rapport à ABC,
à BAC. [ et donc O et
X sont conjugués isogonaux par rapport au triangle ABC. Finalement, dans le triangle CQP, la
droite (CX) est isogonale à la droite (CO), c’est donc la hauteur, ce qui permet de déduire que
(CX)⊥(PQ).

C
b M
b

O
b O1
N
b b
b Q P
b

O2 b
X
b E
D b
b
b b

A B

7.3.1 Exercices

Exercice 7

On rappelle que dans un triangle ABC, la droite isogonale à la médiane est appelé symé-
b , 90°, et on désigne
diane. Soit ω le cercle circonscrit au triangle ABC. On suppose que A
par T le point d’intersection des tangentes à ω aux points B et C.
Montrer que (AT ) est la symédiane issue de A dans le triangle ABC.


Solution. On utilise la bc -inversion. Le cercle ω sera envoyé vers la droite (BC). La tangente
à ω au point B sera envoyée vers le cercle ω1 passant par A et tangent à la droite (BC) au point
C. La tangente à ω en C sera quand à elle envoyée vers le cercle ω2 passant par A et tangent à
(BC) en B. Finalement, le point T sera envoyé vers le point T ′ , second point d’intersection de
ω1 avec ω2 .
Soit M le milieu de [BC], alors la symédiane (AD) sera envoyée vers la médiane (AM). Donc,
la question est équivalente à montrer que les points A, T ′ et M sont alignés. Or, les puissances
de M par rapport aux cercles ω1 et ω2 sont égales : MB2 = MC 2 . Par conséquent, M appartient
à l’axe radical AT ′ de ω1 et ω2 . En conclusion, la droite (AT ) est la symédiane issue de A dans
le triangle ABC.

7.3. BC -INVERSION 431

A
b

I
b

M b C
B b
b

Y
b

X b

Exercice 8 : (Kazakhstan, 2012)

Soient K et L deux points du côté [BC] d’un triangle ABC avec BAK [ = CAL[ < 1 A. b Soit
2
ω1 n’importe quel cercle tangent aux droites (AB) et (AL). Soit ω2 n’importe quel cercle
tangent aux droites (AC) et (AK), et supposons que ω1 et ω2 se coupent aux points P et Q.
[ = QAB.
Montrer que PAC [

Solution.

On suppose que P et Q sont tels que AP > b A


[ deux
AQ. La figure consiste en un angle BAC,
droites isogonales dans son intérieur, à sa- P T2
voir (AK) et (AL), et puis deux cercles inscrits T1 b
b
b

dans les angles formés par ces deux droites


et les côtés du triangle. On√ est donc dans la ω1 Q ω2
situation d’appliquer une bc -inversion. On
b
L
b b b b

désigne par T1 et T2 les points de tangence B K C


comme dans la figure.

Considérons la transformation obtenue par symétrie orthogonale par rapport à la bissectrice



[ suivie de l’inversion de pôle A et de rayon AT1 · AT2 . Cette transformation envoie le
de BAC
cercle ω1 vers le cercle inscrit dans le triangle KAC tangent à la droite (AC) au point situé à
r2 AT1 · AT2
la distance = = AT2 du point A. Donc, ω1 est envoyé vers ω2 , et ω2 est envoyé
AT1 AT1
vers ω1 . Le point P, qui est le point d’intersectin de ω1 avec ω2 le plus proche de A est envoyé
vers le point d’intersection de ω1 avec ω2 le plus éloigné de A, c’est-à-dire le point Q. Puisque
le point P et son image Q, par cette transformation, appartiennent à des droites isogonales,
[ = QAB.
alors on conclut que PAC [

Exercice 9 : (Russie, 2009)

b coupe le côté BC au point D, et coupe le


Soit ABC un triangle scalène. La bissectrice de A
cercle circonscrit Ω au triangle ABC aux points A et E. Le cercle ω, de diamètre DE, coupe
Γ à nouveau au point F. Montrer que la droite (AF) est la symédiane du triangle ABC.

Solution. Remarquons tout \


√ d’abord que le milieu M de [BC] appartient à ω car DME = 90°.
Considérons à présent la bc -inversion. Puisque les extrémités√D et E du diamètre de ω√sont
l’image l’une de l’autre, alors le cercle ω reste inchangé par la bc -inversion. Comme la bc -
432 CHAPITRE 7. INVERSIONS

inversion envoie (BC) vers ω, alors le point M est clairement envoyé vers le point F, d’où
b ce qui permet de conclure que (AF) est la
les droites (AF) et (AM) sont isogonales dans A,
symédiane du triangle ABC.

Exercice 10 : (Pays Baltes, 2006)

Soient ABC un triangle, K et L les milieux respectifs de [AB] et [AC]. Soit P le second
point d’intersection des cercles circonscrits aux triangles ABL et AKC. On désigne par Q
le second point d’intersection de (AP) avec le cercle circonscrit au triangle AKL. Montrer
que : 2 · AP = 3 · AQ.

Solution.

On va utiliser, à nouveau la bc -inversion,
mais cette fois on va ajuster
q le rayon puis- A
b
bc
qu’on prendra plutôt une 2 -inversion puis-
qu’alors K ′ = C et L′ = B. Ainsi, P ′ est le point
d’intersection des médianes (B′ L′ ) et (C ′ K ′ ) K , C′ b b
L = B′
P′
dans le triangle ALK ′ , i.e., P ′ est le centre de b
b

gravité du trianle AL′ K ′ . De plus, Q ′ est le Q


b b
point d’intersection de (AP ′ ) avec (K ′ L′ ) qui
b

B = L′ P Q′ C = K′
est le milieu de [K ′ L′ ]. b

D’après la propriété du point d’intersection des médianes, on conclut que 3 · AP ′ = 2 · AQ ′ , ce


3 2
qui se traduit dans la figure de départ par : = , soit 2 · AP = 3 · AQ.
AP AQ

Exercice 11 : (OIM, 2010)

Soient ABC un triangle, I le centre du cercle inscrit, et Γ le cercle circonscrit au triangle.


On suppose que (AI) coupe Γ à nouveau en D. Soient E ∈ BDC • et F ∈ [BC] tels que BAF€=
[ < 1 BAC.
EAC [
2
Montrer que si G est le milieu de [IF], alors les droites (EI) et (DG) se coupent sur Γ.

Solution.

Les points E et F sont situés sur des droites A


[ l’un d’eux est
isogonales par rapport à BAC,
b
Γ
b
sur le cercle circonscrit, et l’autre sur le côté
BC, alors il√est tout à fait naturel de faire
appel à la bc -inversion. On rappelle que
I
l’image
√ du centre I du cercle inscrit par la b

bc -inversion est le point Ia centre du cercle G b

ex-inscrit relativement au sommet A. Mainte- b b b

nant, on a : AI · AIa = bc = AE · AF et IAEd = B C


F
[a , donc les triangles IAE et FAIa sont sem-
FAI b
b
d = AI
blables, et en particulier AEI [ a F. E
D

Ia
b

De plus, on sait que, d’après la grande figure (voir chapitre sur les cercles), D est le milieu de
7.4. EXERCICES 433

[
[IIa ], et donc DG est la droite des milieux dans le triangle FIIa et AI [ d
a F = ADG. Les angles AEI
[ sont égaux et inscrits dans le cercle Γ, donc ils intercepent le même arc, ceci implique
et ADG
que EI et DG se coupent sur le cercle Γ.

Exercice 12 : (Olympiade Balkanique, 2009)

Soit MN une droite parallèle au côté BC d’un triangle ABC avec M ∈ [AB] et N ∈ [AC]. Les
droites (BN ) et (CM) se coupent au point P. Les cercles circonscrits aux triangles BMP et
[ = CAP.
CN P se coupent aux points distincts P et Q. Montrer que BAQ [

Solution.

Comme Q est le second point d’intersection b


A
des cercles circonscrits aux triangles BMP
et CN P, il est alors le point de Miquel du
quadrilatère AMPN , et donc il appartient
aux cercles circonscrits aux triangles ABN et
ACM. Ceci nous suggère de faire appel à une
inversion de pôle A, mais avec quel rayon ? M b b N
AM AN P
Comme (MN ) (BC), alors on a : = , b

AB AC
c’est-à-dire AM · AC = AN · AB. On va alors b b
C
faire
√ une inversion
√ de pôle A et de rayon B
b

AM · AC = AN · AB et faire une symétrie Q


orthogonale du résultat par rapport à la bis-
[
sectrice de l’angle BAC.

Avec une telle transformation, les points M et C sont l’image l’un de l’autre, et il en est de
même pour les points N et B. Par conséquent, le cercle circonscrit au triangle AMC est envoyé
vers la droite (MC), et le cercle circonscrit au triangle AN B est envoyé vers la droite (N B). Par
[ = CAP.
suite, Q est envoyé vers P, et ainsi BAQ [

7.4 Exercices

Exercice 13

Soit ABC un triangle isocèle avec AB = AC. Montrer que l’inversion de pôle A et de rapport
AB2 transforme la base [BC] du triangle en l’arc du cercle BC“ du cercle circonscrit au
triangle ABC.

Solution. Les points B et C restent invariants par cette inversion, et donc la droite (BC) se
[
transforme en cercle ABC tel que l’image du segment [BC] reste à l’intérieur de l’angle BAC,
“
i.e., la base [BC] se transforme en arc BC du cercle circonscrit au triangle ABC.

Exercice 14

Soient ω1 , ω2 et ω3 trois cercles qui passent par un point O. On désigne par C le second
point d’intersection de ω1 avec ω2 ; A le second point d’intersection de ω2 avec ω3 , et B
le second point d’intersection de ω3 avec ω1 . On suppose que la droite (AO) coupe ω1
à nouveau en D ; la droite (BO) coupe ω2 à nouveau en E, et la droite (CO) coupe ω3 à
nouveau en F. Montrer que si [OE] et [OF] sont des diamètres de ω2 et ω3 respectivement,
alors [OD] est un diamètre de ω1 .
434 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Solution. On fait une inversion par rapport à n’importe quel cercle avec centre O, alors les trois
cercles se transforment en un triangle A′ B′ C ′ , alors que les axes radicaux OA, OB et OC se
transforment en eux mêmes. Donc, [OE] diamètre de ω2 veut dire que B′ E ′ ⊥ A′ C ′ . De même,
C ′ F ′ ⊥ A′ B′ . D’où, O est l’orthocentre du triangle A′ B′ C ′ , ainsi A′ O ⊥ B′ C ′ . En conclusion, [OD]
est en fait un diamètre de ω1 .

b F
ω3
B
b
b

ω1

D O
b b b b
A
b
b
ω2 b
C E

Exercice 15

Deux cercles ω1 et ω2 sont tangents extérieurement au point A. Une tangente commune


externe touche ω1 en P et ω2 en Q. L’autre tangente commune externe touche ω1 en R et
ω2 en S.
Montrer que les cercles circonscrits aux triangles PAQ et RAS sont tangents.

Solution.

On fait une inversion de pôle A, alors ω1 et


ω2 se transforment en des droites parallèles Q
(P ′ R′ ) et (Q ′ S ′ ). Les droites (PQ) et (RS) se P
b
b

transforment en des cercles ω3′ et ω4′ tangents ω2


ω1
à (P ′ R′ ) et à (Q ′ S ′ ). Les cercles circonscrits aux b A
triangles PAQ et RAS se transforment en dia-
mètres [P ′ Q ′ ] et [R′ S ′ ] de ω3′ et ω4′ . Ces dia- b
b
mètres sont perpendiculaires à PR, et donc R
S
sont parallèles entre eux. Par conséquent, les
deux cercles circonscrits sont tangents entre
eux.

Exercice 16

[AB], [AC] et [AD] sont trois cordes d’un cercle. On suppose que les cercles de diamètres
[AB] et [AC] se coupent en E ; les cercles de diamètres [AB] et [AD] se coupent en F, et les
cercles de diamètres [AC] et [AD] se coupent en G. Montrer que les points E, F et G sont
alignés.

Solution.

On fait une inversion de pôle A. Alors, E b

le cercle de départ se transforme en une b


A
B
droite B′ C ′ D ′ . Les trois autres cercles se b

transforment en les droites E ′ B′ F ′ , E ′ C ′ G ′ b

et F ′ G ′ D ′ , et elles sont perpendiculaires F


aux droites AB′ , AC et AD respectivement. b
C
Donc, AE ′ B′ C ′ , AB′ F ′ D ′ et AC ′ G ′ D ′ sont des
b
b
G
quadrilatères cycliques, par suite B\ ′ E′ C ′ = D

B\′ ′ \
AC , B ′ AF = B\
′ ′ D F et C\
′ ′ ′ AG = C\
′ ′ D ′ G′ .
7.4. EXERCICES 435

Il s’ensuit que : F\ \
′ AG ′ = B \
′ AG ′ − B \
′ AF ′ = B ′ AG ′ − C\ \
′ D ′ G′ = B ′ AG ′ − B\ \
′ D′ F′ = B ′ AC ′ = F\
′ E ′ G′ .
′ ′ ′
Donc, les points A, E , F et G sont cocycliques, et ainsi les points E, F et G sont alignés.

Exercice 17

Soient ω1 , ω2 et ω3 des cercles passant par un point O. On désigne par B le second point
d’intersection de ω1 avec ω2 ; C le second point d’intersection de ω2 avec ω3 , et A le second
point d’intersection de ω3 avec ω1 . On suppose que la tangente à ω2 en O coupe BD en
D ; la tangente en O à ω3 coupe CA en E, et la tangente en O à ω1 coupe AB en F. Montrer
que les points D, E et F sont alignés.

Solution.

On fait une inversion de pôle O. Alors, les


A
trois cercles se transforment en un triangle ω1 b
ω3
A′ B′ C ′ , alors que les tangentes (OD), (OE) et
(OF) restent invariantes. Donc, (OD ′ ), (OE ′ ) et
(OF ′ ) sont parallèles à (B′ C ′ ), (C ′ A′ ) et (A′ B′ )
respectivement. De plus, D ′ , E ′ et F ′ appar- b
B
O
b
C
tiennent aux cercles circonscrits aux triangles D b
b
b

OB′ C ′ , OC ′ A′ et OA′ B′ respectivement. F b

E
ω2

Soit Q le centre du cercle circonscrit au triangle A′ B′ C ′ , alors Q appartient aux médiatrices de


[OD ′ ], [OE ′ ] et [OF ′ ]. D’où, O, D ′ , E ′ et F ′ sont cocycliques, et par suite D, E et F sont alignés.

Exercice 18
Soient ω1 , ω2 , ω3 et ω4 quatre cercles tels que ω1 et ω2 se touchent au point A ; ω2 et ω3 se
touchent en B ; ω3 et ω4 se touchent en C, et enfin ω4 et ω1 se touchent en D.
Montrer que les points A, B, C et D sont cocycliques.

Solution. On fait une inversion de pôle A. Alors, ω1 et ω2 se transforment en une paire de


droites parallèles, tangentes à ω4′ et ω3′ aux points D ′ et B′ respectivement. Ces deux cercles
sont tangents entre eux au point C ′ . Si P ′ et Q ′ sont les centres de ω4′ et ω3′ respectivement,
alors C ′ ∈ (P ′ Q ′ ).
Puisque (C ′ D ′ ) et (C ′ B′ ) sont parallèles, alors C\′ P ′ D ′ = C\
′ Q ′ B′ . Comme C ′ P ′ = D ′ P ′ et C ′ Q ′ =
B′ Q ′ , alors :
1  1 
P\
′ C ′ D′ = 180° − C\′ P′ D′ = 180° − C\ ′ Q ′ B′ = Q\′ C ′ B′ .
2 2
Donc, C ′ appartient aussi à (B′ D ′ ), ce qui veut dire que les points A, B, C et D sont cocycliques.

ω4

C ω3
b

D
b
b B

b
ω1
A ω2
436 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Exercice 19

Les quatre cercles ω1 , ω2 , ω3 et ω4 sont tels que ω1 et ω2 se coupent en A1 et A2 ; ω2 et ω3


se coupent en B1 et B2 ; ω3 et ω4 se coupent en C1 et C2 , et finalement ω4 et ω1 se coupent
en D1 et D2 .
Montrer que si les points A1 , B1 , C1 et D1 sont alignés ou cocycliques, alors il en est de
même pour les points A2 , B2 , C2 et D2 .

Solution. On fait une inversion de pôle A1 , alors A1 B1 C1 D1 , ω1 et ω2 deviennent les côtés du


triangle A′2 B′1 D1′ . Puisque B′2 B′1 C1′ C2′ est un quadrilatère cyclique, alors A\
′ B′ C ′ = C\
2 2 2
′ ′ ′
2 C1 B1 .
De même, on a A\ D C = C\
′ ′ ′
2 2 2
′ ′ ′
C D . Comme A , B , C et D sont alignés ou bien cocycliques,
2 1 1 1 1 1 1
′ ′ ′ \
′ ′ ′ \
alors C1 ∈ (B1 D1 ). Donc, C2 C1 B1 + C2 C1 D1 = 180°. Il s’ensuit que A\
′ ′ ′ ′ ′ ′ \
′ ′ ′
2 B2 C2 + A2 D2 C2 = 180°,
′ ′ ′ ′
d’où A2 , B2 , C2 et D2 sont cocycliques. En conclusion, A2 , B2 , C2 et D2 sont alignés ou bien
cocycliques.

Exercice 20

Soient A, B et C trois points alignés, et P un point n’appartenant pas à la droite (AB).


Montrer que les centres des cercles circonscrits aux triangles PAB, PBC, PCA et le point P
sont cocycliques.

Solution.

Soient F, D et E les centres respectifs des


cercles circonscrits aux triangles PAB, PBC et
PCA. On fait une inversion de pôle P. Alors,
F P
les cercles deviennent les côtés du triangle b
b

A′ B′ C ′ . Les images D ′ , E ′ et F ′ sont les symé-


triques de P par rapport aux côtés respectifs. b b
b
D
b
C
Donc les points K ′ , L′ et M ′ , milieux respec- A B
tifs de [PD ′ ], [PE ′ ] et [PF ′ ], sont les pieds des b
E
perpendiculaires issues de P aux côtés du tri-
angle A′ B′ C ′ .

Puisque A, B et C sont alignés, alors P appartient au cercle circonscrit au triangle A′ B′ C ′ . D’où,


les points F ′ , D ′ et E ′ sont alignés. Par suite, les points D, E, F et F sont cocycliques.

Exercice 21

Soient ABC un triangle, et D, E, F les milieux respectifs des côtés [BC], [CA], [AB]. Montrer
que le cercle circonscrit au triangle DEF est tangent au cercle inscrit dans ABC ainsi qu’aux
cercles ex-inscrits.

Solution. On se propose de montrer que le cercle inscrit au triangle DEF est tangent au cercle
ex-inscrit relativement au sommet B (voir figure). Par symétrie, il sera tangent aux deux autres
cercles exinscrits. On suppose que les côtés BC, CA et AB sont tangents au cercle exinscrit aux
points K, L et M, et sont tangents au cercle inscrit aux points N , P et Q (voir figure ci-après).
Alors, on a :

AB + AC − BC = (AQ + BQ) + (AN + CN ) − (BP + CP) = 2 AN et


AB + AC − BC = (BK − AK) + (AM + CM) − (BL − CL) = 2 CM, donc AN = CM.

Comme E est le milieu de [AC], alors il est aussi le milieu de [N M]. On fait une inversion de
7.4. EXERCICES 437

BC − AB
pôle E et de rayon EM = EN = . Alors, les deux cercles sont orthogonaux au cercle
2
de l’inversion, et donc coïncident avec leurs images respectives. Soit (XY ) l’autre tangente
commune à ces deux cercles, avec X ∈ (AB) et Y ∈ (BC). On suppose que (XY ) coupe (DE) au
point D ′ , et coupe (EF) au point F ′ . Si on peut montrer que D ′ et F ′ sont les images de D et F
respectivement, alors le cercle circonscrit au triangle DEF se transforme par l’inversion en la
droite (XY ), et le résultat recherché en découle. Par symétrie, on a :

BX = BC et BY = BA.

Notons que les triangles XFF ′ et XBY sont sembables. Il s’ensuit que :

BY · XF BA · (BX − BF) BA · (2 BC − BA)


FF ′ = = = ,
BX BC 2 BC
BC 2 BC · BA − BA2 (BC − BA)2
EF ′ = EF − FF ′ = − = ,
2 2 BC 2 BC
 
BC (BC − BA)2 BC − BA 2
EF · EF ′ = · = .
2 2 BC 2
Donc, F ′ est en fait l’inverse de F. Puisque les triangles XBY et D ′ DY sont semblables, on peut
déduire de la même façon que D ′ est l’inverse de D.
b

Ib b

b A
P b N
b

b I b E
F b

b M
b b b b
b

Q D C L
B

Exercice 22

Soit ABC un triangle acutangle d’orthocentre H. On désigne par A′ , B′ et C ′ les images de


A, B et C respectivement par l’inversion de pôle H.
Montrer que H est le centre du cercle inscrit dans le triangle A′ B′ C ′ .
Que se passe t-il si le triangle ABC possède un angle obtus ?

Solution.

On considère A, B et C comme les points b A


d’intersection des cercles circonscrits aux tri-
angles BCH, CAH et ABH. Rappelons que ces b

cercles ont le même rayon (voir chapitre « géo- H

métrie du triangle »). Donc, par inversion,


ces trois cercles se transforment en droites b
b
(A′ B′ ), (B′ C ′ ) et (C ′ A′ ) equidistantes de H. B C

Comme ABC est acutangle, alors H est à l’intérieur du triangle A′ B′ C ′ , et donc coïncide avec
le centre du cercle inscrit. Dans le cas où il existe un angle obtus dans le triangle ABC, alors
H sera l’un des centres des cercles exinscrits.
438 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Exercice 23

On désigne par s le demi-périmètre du triangle ABC. Soient E et F deux points de la droite


(AB) tels que CE = CF = s. Montrer que le cercle circonscrit au triangle CEF est tangent
au cercle ex-inscrit au triangle ABC correspondant au sommet C.

Solution.

On considère l’inversion de pôle C et de rap- b E


port s 2 . Alors, la droite (EF) est envoyée vers
le cercle CEF (car les points E et F sont fixes). A
D’autre part, le cercle exinscrit relativement Ic
b

au sommet C reste invariant (car la longueur b

de la tangente issue de C au cercle exinscrit


est égale à s). Donc, le cercle CEF est tangent b
b
C
au cercle exinscrit (car la droite (EF) est tan- B
gente au cercle exinscrit).
b
F

Exercice 24

Soient ABC un triangle scalène, AA1 , BB1 , CC1 sont les médianes, et O est le centre du
cercle circonscrit. Montrer que les cercles circonscrits aux triangles AOA1 , BOB1 et COC1
se coupent en un point différent de O.

Solution. On considère l’inversion par rapport au cercle circonscrit au triangle ABC. Alors, les
points A, B et C restent fixes. Les points A1 , B1 et C1 sont envoyés vers les points A′1 , B′1 et C1′ ,
ce sont les sommets du triangle tangentiel (i.e. triangle formé par les points d’intersection des
tangentes en A, B et C au cercle circonscrit). Les cercles circonscrits aux triangles AOA1 , BOB1
et COC1 se transforment en les droites (AA′1 ), (BB′1 ) et (CC1′ ). D’après le théorème de Céva, les
droites (AA′1 ), (BB′1 ) et (CC1′ ) sont concourantes. On conclut alors que les cercles circonscrits
aux triangles AOA1 , BOB1 et COC1 se coupent en un point différent de O.

b
A B′1
b

C1′

b b
C1 O B1
b

b b
b
B A1 C

b A′1

Exercice 25

Soient ABC un triangle non isocèle, et I le centre du cercle inscrit. On suppose que le
cercle inscrit touche les côtés BC, CA et AB aux points A1 , B1 et C1 . Montrer que les cercles
circonscrits aux triangles AIA1 , BIB1 et CIC1 se coupent en un point différent de I.
b

Solution. Considérons l’inversion par rapport au cercle inscrit dans le triangle ABC. Alors, on
obtient que A1 A′ , B1 B′ et C1 C ′ sont les médianes du triangle A1 B1 C1 , et donc le second point
d’intersection des cercles circonscrits aux triangles AIA1 , BIB1 et CIC1 est l’inverse du centre
de gravité du triangle A1 B1 C1 .
7.4. EXERCICES 439

Exercice 26 : (Roumanie, 2008)

Soit ABC un triangle avec A b < C. [ = C.


b Les points D ∈ [AC] et E ∈ [AB] vérifient BED b Soit
F un point à l’intérieur du quadrilatère BCDE tel que les cercles circonscrits aux triangles
BCF et DEF, ainsi que les cercles circonscrits aux triangles BEF et CDF soient tangents.
Montrer que ACFE est un quadrilatère cyclique.

Solution.

Considérons l’inversion de pôle F et de rap- C


b
port n’importe quel réel strictement positif.
Alors, les cercles BCF et DEF se transforment
en les droites parallèles (B′ C ′ ) et (D ′ E ′ ), et les D b
F
cercles BEF et CDF se transforment en les b

droites parallèles (B′ E ′ ) et (C ′ D ′ ). Il s’ensuit


que B′ C ′ D ′ E ′ est un parallélogramme et donc
E\
′ D ′ C ′ = E\
′ B′ C ′ , i.e. b b b

A E B
\
FD \
′ E ′ + FD \
′ C ′ = FB \
′ E ′ + FB ′C′. (1)

[ = C,
D’autre part, de l’hypothèse BED [ + FEB
b il résulte que FED [ + FCB,
d = FCD € c’est-à-dire :

\
FD \
′ E ′ + FB \
′ E ′ = FD \
′ C ′ + FB ′C′. (2)

\
Des relations (1)-(2) on obtient que : FD \
′ C ′ = FB [ = FEB,
′ E ′ , i.e., FCD d ce qui montre que le
quadrilatère ACFE est cyclique.

Exercice 27 : Relation de Feuerbach

1 Soient A et B deux points du plan. On désigne par A′ et B′ leurs images respectives


par l’inversion de pôle O et de rapport k. Montrer que :

k2
[OA′ B′ ] = · [OAB].
OA2 · OB2

2 Soient ABCD un quadrilatère convexe cyclique, et D1 , D2 deux points de la demi-


droite [AD) placés dans l’ordre suivant : A, D1 , D puis D2 . Montrer que :
(i) [ABD] · AC 2 = [ABC] · AD 2 + [ACD]AB2 ,
(ii) [ABD1 ] · AC 2 > [ABC] · AD12 + [ACD1 ] · AB2 ,
(iii) [ABD2 ] · AC 2 < [ABC] · AD22 + [ACD2 ] · AB2 .
3 relation de feuerbach : soient A, B, C et D quatre points arbitraires. Montrer que
le quadrilatère ABCD est convexe et cyclique si, et seulement si :

[ABD] · AC 2 = [ABC] · AD 2 + [ACD] · AB2.

Solution.
1 \
[OA′ B′ ] 2 · OA′ · OB′ · sin A ′ OB′
k2
➀ On a : = = .
[OAB] 1 [
· OA · OB · sin AOB OA2 · OB2
2
➁ On considère l’inversion de pôle A et de rapport n’importe quel réel r > 0. Alors, le cercle
circonscrit au quadrilatère ABCD se transforme en la droite passant par B′ , C ′ et D ′ . Par
suite, on a l’égalité entre les aires : [AB′ D ′ ] = [AB′ C ′ ] + [AC ′ D ′ ], et par la question 1.
ci-dessus, on déduit la relation (i).
Les autres relations, (ii) et (iii), se montrent de la même façon.
440 CHAPITRE 7. INVERSIONS

➂ Si ABCD est convexe cyclique, alors il suffit d’appliquer la relation (i) ci-dessus. Récipro-
quement, on fait un simple raisonnement par l’absurde en s’aidant des relations (ii) et
(iii) vues dans la question 2. Remarquons, dans le cas général, que la relation de Feuer-
bach est équivalente à l’égalité : B′ C ′ + C ′ D ′ = B′ D ′ , qui elle-même est équivalente à la
relation de Ptolémée.

b
B′
B
b

C C′
A b b b

D1
b
b
D2
b
b D′ D′
D b 1
D2′ b

Exercice 28 : Lemme de Sawayama (1905)

1 Soient ABC un triangle, M ∈ [AB], N ∈ [AC], P ∈ [BC] et Q ∈ [AP]. Montrer que


Q ∈ [MN ] si, et seulement si :

QP MB NC
· BC = · PC + · PB.
QA MA NA

2 Soient ABC un triangle, I le centre du cercle inscrit, et M, N des points appartenant


aux côtés [AB], [AC] respectivement. Montrer que I ∈ (MN ) si, et seulement si :

MB NC
BC = · AC + · AB.
MA NA

3 lemme de sawayama : soient ABC un triangle, I le centre du cercle inscrit dans


ABC, D un point du côté [BC], et ω le cercle tangent à [AD], à [DC] en E et F
respectivement, et tangent au cercle circonscrit au triangle ABC. Montrer que I ∈
(EF).

Solution.

➀ Comme la relation de l’énoncé caractérise A


le point Q, il suffit de montrer l’implication b

QP MB
directe. Si (MN ) (BC), alors = = b N
QA MA b
M
NC b Q
d’après le théorème de Thalès, et par
NA
suite la relation de l’énoncé est vraie. b b b b

X B P C

Maintenant, si les droites (MN ) et (BC) se coupent en un point X, alors on applique le


théorème de Ménélaüs dans le triangle ABC avec la transversale XMN , ainsi que dans
le triangle ABP avec la transversale XMQ, on obtient alors la relation de l’énoncé.
➁ Soit P le pied de la bissectrice issue de A, et posons comme d’habitude BC = a, CA =
b, CA = b, alors par le théorème de la bissectrice on a :

ac ab IP BP a
PB = , PC = , = = ,
b+c b+c IA BA b+c
ce qui permet de conclure grâce à la question 1.
7.4. EXERCICES 441

➂ En appliquant le théorème de Casey aux points A, B, C et le cercle ω on obtient que :


FC EA
AC · BF = AB · CF + BC · AE, i.e., AC = · AB + · BC. D’autre part, si {P} = (EF) ∩ (AB),
FB FB
alors par le théorème de Ménélaüs appliqué au triangle ABD et la transversale FEP on
obtient que :
FD PB EA EA PA
· · = 1, i.e., = . D’après la question 2. il résulte que I ∈ (PF), i.e.,
FB PA ED FB PB
I ∈ (EF).

A
b
ω

P b

b
E
b I

b b b b

B D F C

références :
[1] J.-L. Ayme, Sawayama and Thébault’s Theorem, Forum Geometricorum, v 3 (2003), 225-
229.
[2] Y. Sawayama, A New Geometrical Proposition, Amer. Math. Monthly, 12 (1905) 222-224.

Exercice 29 : Théorème de Steiner (1796-1863)

Soient (AD) et (AE) deux céviennes isogonales dans le triangle ABC. Montrer que :
 
DB EB AB 2
· = .
DC EC AC

Solution. Considérons l’inversion de pôle A et de rapport n’importe quel réel k > 0. Alors, les
[ = EAC,
points B′ , C ′ , D ′ et E ′ sont cocycliques, et de DAB [ on obtient les égalités B′ D ′ = C ′ E ′ et
′ ′ ′ ′
B E = C D , i.e.,
k · BD k · CE k · BE k · CD
= et = .
AB · AD AC · AE AB · AE AC · AD
On déduit alors
 clairement
 la relation
 del’énoncé.
AB 2 BD AE BE AD DB EB
En effet : = · · · = · .
AC AD CE AE CD DC EC

A
b

b b b b
B
D E C b

b C′
B′

b
b E′
D′
442 CHAPITRE 7. INVERSIONS

Remarques

b et le théorème
1 Dans le cas où D = E, la cévienne AD est alors la bissectrice interne de A,
de Steiner devient le théorème de la bissectrice.
2 D’après le théorème de Steiner et le théorème de Céva, il résulte que si dans un triangle
les céviennes AA1 , BB1 et CC1 sont concourantes ou parallèles, alors les céviennes iso-
gonales AA2 , BB2 et CC2 sont concourantes ou parallèles. Par exemple, les symédianes
d’un triangle sont concourantes, et le point de concours L s’appelle point de Lemoine.

Exercice 30 : (Moldavie, 2003)

Soit ABCD un quadrilatère inscrit dans le cercle de centre O. Les points M et N sont les
milieux respectifs des diagonales [AC] et [BD]. Montrer que les points O, M, B et D sont
cocycliques si, et seulement si, les points O, N , A et C sont cocycliques.

Solution.

A b D
b

O
b

b b
M N

b
B
C

b
M′

N′ b

On considère l’inversion par rapport au cercle ABCD. Alors, le cercle OAC est envoyé vers la
droite (AC), et le cercle OBD est envoyé vers la droite (BD). D’autre part, le point M appartient
au cercle OBD si, et seulement si, M ′ ∈ (BD). De même, le point N appartient au cercle OAC
si, et seulement si, N ′ ∈ (AC). Or, la droite (BD) est la polaire pN ′ du point N ′ par rapport
au cercle ABCD, et la droite (AC) est la polaire pM ′ du point M ′ par rapport au même cercle.
D’après le théorème de La Hire, on sait que : M ′ ∈ pN ′ ⇐⇒ N ′ ∈ pM ′ , ce qui permet de
conclure.
Chapitre

8
Géométrie projective

La géométrie projective est une partie très ancienne des mathématiques dont on trouve trace
dans les travaux d’Apollonius de Perge (−190) (sections coniques), de Pappus (fin du iiie siècle)
puis plus tard à la Renaissance avec la notion de perspective développée par Filippo Brunelleschi
(1377-1446), Leon Battista Alberti (1404-1472), Pietro della Francesca (1410-1492), Albrecht Dü-
rer (1471-1528), Leonardo da Vinci (1452-1519) et surtout à partir de 1600 avec Girard Desargues
(1591-1661), Blaise Pascal (1623-1662), Philippe de La Hire (1640-1718), Jean-Victor Poncelet
(1788-1867), Moritz Pasch (1843-1930) et Giuseppe Peano (1858-1932).
La géométrie projective n’est pas en tant que telle au programme des Olympiades de mathéma-
tiques, il n’y a pas de problème d’Olympiade qui nécessite de connaître la géométrie projective,
mais rien n’interdit de l’utiliser pour n’importe quel problème de géométrie, et cela peut s’avérer
très puissant et efficace pour un grand nombre de problèmes.

8.1 Plan projectif, birapport et division harmonique


Une question intéressante s’est posée, il y a plus d’un demi-millénaire, lors de la Renaissance.
À l’époque, les peintres se sont intéressés à la perspective et on a ainsi parlé de points « à l’infini »
(droite en haut dans la figure ci-dessous). Le plan horizontal était alors complété par ces points
situés sur une droite appelée « ligne d’horizon ».
Le problème était posé lors de la projection de la réalité spatiale sur un plan, le plan de la toile de
l’artiste, à partir d’un point : l’œil du peintre. Celui-ci voyait les droites parallèles se rencontrer
au loin en un point de l’horizon. Ainsi était né le plan projectif, ou plus généralement l’espace
projectif, et la géométrie projective, extension de la géométrie affine.

Dans le plan, on avait deux propriétés, tellement importantes qu’on les choisissait généralement
comme axiomes :
⋄ deux points distincts appartiennent à une seule droite,
⋄ deux droites distinctes ont en commun un seul point.
Toutefois, il y avait une exception : les deux droites pouvaient être parallèles. Mais cela n’arrivait
pas souvent. D’ailleurs Euclide avait rencontré la difficulté et avait ajouté son fameux cinquième
postulat qui affirmait l’unicité de la parallèle. Pour les peintres, qui se moquaient évidemment
d’Euclide et de ses postulats, cela posait un vrai problème. Lorsqu’il y avait deux parallèles, leurs

443
444 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

yeux voyaient pourtant les deux droites se couper au loin. De là, naquit l’idée de compléter l’es-
pace. Ici, nous nous limiterons au plan que nous compléterons par des nouveaux points « à l’in-
fini » aux propriétés bien précises. Toutes les droites d’une même direction, autrement dit une
famille de parallèles ont en commun un point à l’infini. De plus, tous ces points à l’infini sont
alignés (sur la fameuse ligne d’horizon).
Pour les mathématiciens cette solution était très séduisante. En effet, si l’on complète le plan par
les points d’une droite à l’infini, on peut alors énoncer les deux propriétés :
⋄ deux points distincts appartiennent à une seule droite,
⋄ deux droites distinctes ont en commun un seul point.
Et cette fois il n’y a plus aucune exception. La géométrie projective était née mais il fallut encore
attendre le xixe siècle pour la voir prendre son essor.
En résumé, on cherche, en géométrie projective, à ce que deux droites distinctes quelconques se
coupent en exactement un point. Pour se faire, on rajoute au plan une droite à l’infini, où chaque
point correspond au point d’intersection d’une famille de droites concourantes et deux droites
parallèles : ces dernières ont juste leur point d’intersection qui est sur la droite à l’infini.
On commence par rappeler la notion de mesure algébrique. La mesure algébrique d’un segment
[AB] sur un axe (droite graduée munie d’une origine et d’un sens positif de parcours), notée AB,
est le nombre algébrique xB − xA où xA et xB sont les abscisses respectives de A et B. on a alors :
AB = OB−OA = xB −xA . Relativement aux mesures algébriques des segments « orientés » (bipoints),
la formule de Chasles peut s’exprimer ainsi : pour tous points A, B et C

AB = AC + CB ou encore AB = CB − CA.

L’objet probablement le plus intéressant en géométrie projective, celui qu’on cherchera à conser-
ver en définissant les transformations projectives, est le birapport :

Définition (Birapport)

Le birapport de quatre points A, B, C et D , distincts et alignés, d’un espace affine est le


nombre réel :
CA DA
[A, B, C, D] = ÷ ,
CB DB
CA
où désigne le rapport algébrique.
CB

Définition (Division harmonique)

CA DA
Lorsque le birapport [A, B, C, D] est égal à −1, i.e., =− , les quatre éléments forment
CB DB
une division harmonique.
On dit que A et B sont conjugués harmoniques par rapport à C et D .

CA CA
✍ Si < 0, alors C ∈ ]AB[ et D < [AB]. Si > 0, alors D ∈ ]AB[ et C < [AB].
CB CB
✍ [A, B, C, D] est une division harmonique si, et seulement si, [C, D, A, B] est une division
harmonique, si et seulement si, (a + b)(c + d) = 2(ab + cd).
A B
b b b b

C D

1
✍ Si [A, B, C, D] = λ, alors [C, D, A, B] = λ, [B, A, C, D] = et [A, C, B, D] = 1 − λ.
λ
8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 445

Exemple 1

Si D et D ′ sont respectivement les pieds des bissectrices interne et externe issues du som-
met A d’un triangle ABC avec AB , AC . Alors, [B, C, D, D ′ ] est une division harmonique.

DB D ′ B AB A
On a : D ∈ ]BC[, D ′ < [BC], = = , et b
DC D ′ C AC
DB DC a
dans ce cas : = = ,
c c b + c
D′B D′C a
= = . b
c b |b − c| b b b

D′ B D C

Exemple 2

Soient ABC un cercle, C(I, r) le cercle inscrit, et C(Ia , ra ) le cercle exinscrit relativement
au sommet A. On désigne par D le point d’intersection de (BC) avec (Ia I), et D ′ le point
d’intersection de (BC) avec (Ib Ic ). Montrer que :
1 [I, Ia , D, A] est une division harmonique,
2 [Ib , Ic , A, D ′ ] est une division harmonique.

DI r AI s−a DI AI
➀ En effet, = , = et [ABC] = rs = (s − a)ra =⇒ = .
DIa ra AIa s DIa AIa
AI s − c D ′ I b rb AI D′ I
➁ En effet, b = , ′ = et [ABC] = (s − c)rc = (s − b)rb =⇒ b = ′ b .
AIc s − b D Ic rc AIc D Ic

Exemple 3

Soient ABCD un trapèze, M et N les milieux respectifs de [AB] et [CD]. On désigne par I
le point d’intersection de (AC) avec (BD), et J le point d’intersection de (AD) avec (BC).
Montrer que [M, N , I, J] est une division harmonique.

IM JM AB
On a : = = . Si U ∈ (AD), V ∈ (BC), I ∈ (UV ), (UV ) (AB) alors [A, D, U, J] est une
IN JN CD
UA IA AB JA 2 1 1
division harmonique car = = = et = + .
UD IC CD JD UV AB CD
Exemple 4

Soit P un point non situé sur les côtés d’un triangle ABC . On note {X} = (AP) ∩ (BC), {Y } =
(BP) ∩ (CA), {Z} = (CP) ∩ (AB) et {X1 } = (BC) ∩ (Y Z). Alors, [B, C, X, X1 ] est une division
harmonique.

XB Y C ZA
En effet, d’après le théorème de Céva on a : · · = −1, et par le théorème de Ménélaüs
XC Y A ZB
X B Y C ZA XB X B
appliqué avec la transversale X1 Y Z on a : 1 · · = 1, il résulte alors que =− 1 ,
X1 C Y A ZB XC X1 C
donc [B, C, X, X1 ] est une division harmonique.
Exemple 5

Soit S ∈ [BC] le pied de la symédiane issue de A dans un triangle ABC inscrit dans un
cercle C . Soit T le point d’intersection de la tangente à C en A avec la droite (BC).
Montrer que [B, C, S, T ] est une division harmonique.
446 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

A b

O
b

b b b b

T B S C

 2
SB c T B AB sin T[
AB c sin C
D’après le théorème de Steiner on a : = , et de la relation = · = · ,
 2
SC b AC b sin B
T C AC sin T[
TB c
on déduit que = . Donc [B, C, S, T ] est une division harmonique.
TC b
Exemple 6

Soit [AB] une corde d’un cercle C(O, r) avec O < (AB). On désigne par P le point d’intersec-
tion des tangentes à C en A et en B. Une droite (d) passant par P coupe C en M et N , et elle
coupe [AB] au point R. Montrer que [M, N , R, P ] est une division harmonique.

   
PM AM 2 PM BM 2
Des relations = , = il A b
PN AN PN BN
AM BM MP
résulte que = . Des relations = P
AN BN MR b
AP MA N R AR N B M
· , = · il résulte que : b
O
AR MB N P AP N A b R b

RN PM MA N B
· = · = 1. b
RM PN MB N A
B
RM PM
D’où = , donc [M, N , R, P ] est une divi- b

RN PN N
sion harmonique.

Définition

Soient A, B, C et D quatre points appartenant à un cercle. Le birapport [A, B, C, D] de ces


quatre points est défini par :

CA DA
[A, B, C, D] = ± ÷ .
CB DB
On prend le signe + si [AB] ∩ [CD] = ∅, et le signe − sinon.

Définition (Quadrilatère harmonique)

Soient A, B, C et D quatre points situés, dans cet ordre, sur un cercle. Si [A, B, C, D] = −1,
alors on dit que le quadrilatère ABCD est harmonique. En d’autres termes :

ABCD est un quadrilatère harmonique ⇐⇒ AB · CD = DA · BC.


8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 447

Corollaire 1
Si [A, C, B, D] et [A, C, B, D ′ ] sont tous les deux harmoniques, alors D = D ′ .
On a le même résultat si les points A, B, C, D et D ′ sont cocycliques.

Proposition 1 (Relations de Descartes et de Newton)

Quatre points distincts et alignés A, B, C et D sont en division harmonique si, et seulement


si, on a l’une des relations équivalentes :
• relation de Descartes :
2 1 1
= + ,
AB AC AD
• relation de Newton :
2 2
MA = MB = MC · MD où M est le milieu de [AB].
 2
NA CA
• = où N est le milieu de [CD].
NB CB

CA DA CA DA
• La relation ÷ = −1 s’écrit aussi + = 0. En multipliant par CB · DB on a :
CB DB CB DB
   
CA · DB + CB · DA = 0 d’où CA · DA + AB + CA + AB · DA = 0,

et en développant : 2 CA · DA + CA · AB + AB · DA = 0 qui, par division par AB · DA · CA, mène à la


relation de Descartes.
• La relation CA · DB + CB · DA = 0 implique :

(MA − MC) · (MB − MD) + (MB − MC) · (MA − MD) = 0

d’où, par développement et simplifications du fait que M est le milieu de [AB], on obtient la
relation de Newton.    
• Par simple calcul : a − c+d (b − c)2 = b − c+d (a − c)2 ⇐⇒ (a + b)(c + d) = 2(ab + cd).
2 2

Lemme (Interprétation géométrique de la division harmonique)


On suppose que les points A, B, C et D sont distincts, alignés et en division harmonique.
Soit P un point n’appartenant pas à la droite (AB), et supposons, sans perte de généralité,
que C ∈ [AB]. Alors on a la relation :
 
[ = cos APC
€ · cos CPD
cos APB [ + BPD[ .

Posons α = APC,[ β = CPB [ et γ = BPD.


[ b
P
CA PA sin α DA
Remarquons que = · , =
CB PB sin β DB α β γ
PA sin(α + β + γ) CA DA
· . Donc, = ⇐⇒
PB sin γ CB DB
sin α sin γ = sin(α + β + γ) sin β ⇐⇒ cos(α − γ) −
cos(α + γ) = cos(α + γ) − cos(α + 2β + γ) ⇐⇒
cos(α − γ) + cos(α + 2β + γ) = 2 cos(α + γ) ⇐⇒ b b b b

cos(α + β) · cos(β + γ) = cos(α + γ) ⇐⇒ A C B D


€ · cos CPD
cos APB [ = cos(APC [ + BPD).
[
448 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Théorème 1
A, B, C et D sont quatre points alignés avec C ∈ [AB]. On considère un point P n’apparte-
nant pas à la droite (AB), et les trois propositions suivantes :
(i) [A, B, C, D] est une division harmonique,
(ii) (PC) ⊥ (PD),
[ = CPB
(iii) CPA [ (i.e. (PC) est la bissectrice interne de APB). €
Alors : (i) et (ii) =⇒ (iii) ; (ii) et (iii) =⇒ (i), et (iii) et (i) =⇒ (ii).

Démonstration
Montrons que (i) et (ii) impliquent (iii). Les deux autres implications étant claires. D’après le lemme
précédent on a (PC)⊥(PD) =⇒ β + γ = 90°, d’où cos(β + γ) = 0 =⇒ cos(α + γ) = 0 =⇒ α + γ =
90°, β + γ = 90° =⇒ α = β, ce qui permet de conclure.

Proposition 2

Si M est le milieu de [AB], alors :


[A, B, M, P] est une division harmonique ⇐⇒ P est le point à l’infini sur (AB).

Théorème 2 : Cercle d’Apollonius

Soient A et B deux points fixes. Le lieu géométrique des points L du plan tels que
LA
= k , 1 (une constante) est un cercle de diamètre [CD] où [A, B, C, D] est une divi-
LB
CA DA
sion harmonique pour laquelle = = k.
CB DB

Démonstration
On considère les points C et D du lieu géométrique recherché appartenant à la droite (AB), alors
CA DA CA LA [ = CPD, [ et du théo-
= , C ∈ [AB]. D’après le théorème de la bissectrice, = =⇒ CPA
CB DB CB LB
[ = 90° (constante). En conclusion, le
rème précédent il résulte que (LD) ⊥ (LC). Par conséquent, CLD
lieu géométrique des points L est le cercle de diamètre [CD].

Théorème 3
Soit ABC un triangle, et considérons les points X ∈ [BC], Y ∈ [CA], Z ∈ [AB].
Si X ′ est le point d’intersection de (Y Z) avec [BC), alors [B, C, X, X ′ ] est une division har-
monique si, et seulement si, les céviennes (AX), (BY ) et (CZ) sont concourantes.

Démonstration
Les points Y , Z et X ′ sont alignés, donc d’après le b A
X ′ B Y C ZA
théorème de Ménélaüs on a : ′ · · =
X C Y A ZB Z b

−1. Maintenant, d’après le théorème de Céva, les


droites (AX), (BY ) et (CZ) sont concourantes si, b
Y

XB Y C ZA
et seulement si, · · = 1. Alors, en divi- b b b b
XC Y A ZB X′
XB X ′ B B X C
sant ces deux expressions, on obtient = ,
XC X ′ C
i.e., [B, C, X, X ] = −1.

8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 449

Théorème 4
Soient A, B et C trois points situés sur un cercle ω. On suppose que les tangentes à ω aux
points A et C se coupent au point P. On suppose que la droite (BP) coupe ω à nouveau au
point D. Alors, ABCD est un quadrilatère harmonique.

Démonstration
Soit X le point d’intersection de (AC) avec (BD). b
A
On sait (chap. géométrie du triangle) que (BD) ω
est la B-symédiane du triangle ABC et la D-
BA2 O b
X D P
symédiane du triangle ADC. Donc : = B
b b b b

BC 2
AX DA 2
= . D’où [A, C, B, D] = −1, ce qui per- b
CX DC 2 C
met de conclure que ABCD est un quadrilatère
harmonique.

8.1.1 Exercices

Exercice 1

Soit ABCD un quadrilatère cyclique avec (AB) ∩ (CD) , ∅. On suppose que la droite (AB)
est tangente à deux cercles C1 et C2 aux points T1 et T2 respectivement avec, en plus, C1 ∩
C2 = {C, D}. Montrer que [A, B, T1 , T2 ] est une division harmonique.

Solution. Soit {E} = (AB) ∩ (CD), alors de la relation ET12 = ET22 = EA · EB = EC · ED, il résulte
que : ET1 = ET2 et ET12 = EA · EB. Par suite [A, B, T1 , T2 ] est une division harmonique.

Exercice 2

Soit ABC un triangle tel que les tangentes issues du sommet A touchent le cercle ω de
diamètre [BC] aux points P et Q.
Montrer que l’orthocentre H du triangle ABC appartient à la droite (PQ).

Solution. Soient D ∈ [BC] le pied de la perpendiculaire issue de A, et U, V les points d’inter-


section de (AH) avec le cercle de diamètre [BC]. Le symétrique D ′ de H par rapport à la droite
(BC) appartient au cercle C circonscrit au triangle ABC, et on a : DD ′ = HD. D’après la puis-
sance de D par rapport à C, et la puissance de D par rapport à ω, on a : DB · DC = DA · DD ′ et
DB · DC = −DU 2 .

A
b

U
b

b Q
P b
b

H
b b b b
B C
D O
b

D′
b

D’où DU 2 = DA · DH, ce qui permet de conclure que [A, H, U, V ] est une division harmonique.
D’après l’exemple 6 on déduit que H ∈ (PQ).
450 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Exercice 3

“ ne contenant pas
Soient ABC un triangle inscrit dans le cercle ω, et D le milieu de l’arc BC
le point A. La tangente (d) à ω au point D coupe les droites (AB) et (AC) aux points M et
N respectivement. On désigne par P le second point d’intersection de (BC) avec ω ; Q le
point d’intersection de (d) avec (AP), et R le point d’intersection de (d) avec (CP).
Montrer que Q est le milieu de [DN ], et que [M, R, D, N ] est une division harmonique.

Solution.

Des relations QD 2 = QP · QA et \ [
QN P = QAC b
A
on déduit que les triangles QPN et QN A ω
sont semblables, d’où QN 2 = QA · QP. Donc
QD = QN . Maintenant, des relations QRC [ = B b
C
b
[ \ [ \
RCB = QAM il résulte que QRP = PAM, d’où
AMRP est un quadrilatère cyclique. Ainsi, b P

QP·QA = QR·QM, et donc QD 2 = QR·QM. En b b b b b

conclusion, [M, R, D, N ] est une division har- M D R Q N

monique.

Exercice 4

Soient C un cercle de centre O, et S un point en dehors du cercle. Les tangentes à C issues


de S le coupent en B et C. Soient A le point d’intersection de C avec [BO) ; D ∈ [AB] tel que
CD⊥AB ; et M le point d’intersection de (AS) avec (CD). Montrer que M est le milieu de
[CD].

Solution.

Soit I le point d’intersection de (BC) avec B


b
d = CAB
(SA). Comme SCI [ = MCI,
[ alors par le C
théorème 1 il résulte que [A, I, M, S] est une S
b b
O
division harmonique. Donc, comme (SB) I
b M b D
IS AS SB SB b

(CD), alors = =⇒ = =⇒ b b

IM AM MC MD C A
MC = MD.

Exercice 5

Soit ABCD un quadrilatère convexe inscrit dans le cercle C. On considère E le point d’in-
tersection de (AB) avec (CD) ; F ∈ C tel que (DF) (AB) ; G le second point d’intersection
de C avec [EF), et enfin M le point d’intersection de (AB) avec (CG). Montrer que :

1 1 1
= + .
EM EA EB

Solution.

b
B

b C
A
b L
Mb b

F
b

G
b
b b
E D C

Comme (DF) \ = CGF


(AB) alors EGM [ = CDF
[ = CEM,
\ donc les triangles EGM et CEM sont
8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 451

ME MG
semblables. D’où : = =⇒ ME 2 = MC · MG = MA · MB =⇒ ME 2 = MA · MB. Soit L le
MC ME
symétrique de E par rapport à M, alors ME = ML. La relation ME 2 = MA · MB entraîne que
2 1 1 1 1 1
[A, B, E, L] est une division harmonique. Par suite = + , c’est-à-dire = + .
EL EA EB EM EA EB

Exercice 6

Soient ABC un triangle avec AB < AC ; M le milieu de [BC], H l’orthocentre ; D ∈ BC, E ∈


AC et F ∈ AB les pieds des perpendiculaires issues de A, B et C respectivement. On suppose
que (EF) et (BC) se coupent au point L. Montrer que (AM) et (LH) sont perpendiculaires.

Solution.

Soit K ∈ (AM) tel que (HK)⊥(AM). On se pro- A


pose de montrer que K ∈ (LH). Les points b

E, F et K appartiennent au cercle de diamètre b


E
[AH], donc les quadrilatères EFHK, HDMK
et EFDM sont cycliques. Les axes radicaux F b
b
b K

des trois cercles circonscrits se coupent deux


H
à deux, les droites (HK), (DM) et (EF) sont
concourantes au centre radical L car déjà {L} = b b b b b

D M C
(DM) ∩ (EF). L B

En conclusion, L ∈ (KH), donc (LH)⊥(AM).

autre méthode : Soit {S} = (LH)∩(AM). La division [B, C, L, D] est harmonique, donc DM ·DL =
DB · DC car MB = MC. Or d’après la puissance de D par rapport au cercle circonscrit au
DM DH
triangle ABC on a : DB · DC = HD · DA, donc DM · DL = DH · DA, d’où = =⇒
DA DL
\ = tan DLH
tan DAM [ =⇒ DAM \ = DLH, [ ceci implique que le quadrilatère ASDL est inscrit
dans le cercle de diamètre [AL]. En conclusion, (SL)⊥(SA), d’où (LH)⊥(AM).
généralisation : soit ABCD un quadrilatère (convexe ou non) inscrit dans le cercle ω de centre
O. Considérons {I} = (AC) ∩ (BD), {E} = (AD) ∩ (BC) et {F} = (AB) ∩ (CD). Alors, (OI)⊥(EF) et
le point de Miquel associé au quadrilatère complet ABCDEF (i.e. le point commun aux cercles
circonscrits aux triangles ABE, BCF, CDE et DAF) appartient à la droite (EF).

Exercice 7

[ coupe (BC) au point


Dans le triangle ABC, on suppose que la bissectrice interne de BAC
 
EB AB 2
D ; et la médiatrice de [AD] coupe (BC) au point E. Montrer que : = .
EC AC

Solution.

Soit F le symétrique de D par rapport à b


A
E, alors EF = ED = EA. Puisque le point
A appartient au cercle de diamètre [DF] et
que [AD) est la bissectrice interne de BAC,[ b

alors d’après le théorème 1 on déduit que


[B, C, D, F] est une division harmonique. Par
    b b b
AB 2
b
DB 2
b
EB EB
conséquent, = , d’où = . F E B D C
EC DC EC AC
452 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Exercice 8

Deux cercles C1 et C2 sont tangents (intérieurement ou extérieurement) au point P. La


tangente (d) à C1 au point A coupe le cercle C2 aux points B et C.
Montrer que [PA) est la bissectrice interne de l’angle formé par les droites (PB) et (PC).

Solution. Soient M le point d’intersection de (BC) avec la tangente en P, et D le symétrique


de A par rapport à M. Alors, MA = MD = MP. Puisque MP 2 = MB · MC (puissance de M
par rapport à C2 ) il s’ensuit que MA2 = MD 2 = MB · MC. Ainsi, [B, C, A, D] est une division
harmonique. Comme (PA)⊥(PD) (car P appartient au cercle de diamètre [AD]) alors d’après
le théorème 1 les demi-droites [PA) et [PD) sont les bissectrices interne et externe de l’angle
[
BPC.

b
C M
b
C2 A b
D
b

B
b C1

b b b

O2 O1 P

Exercice 9

Soit ABCD un quadrilatère inscrit dans le cercle ω. On note {R} = (AB) ∩ (CD) et {M} =
(AD) ∩ (BC). On suppose que les tangentes issues de M au cercle ω le coupent aux points
T et P. Montrer que les points R, T et P sont alignés.

Solution. Soient X ∈ (AB), Z ∈ (BC), Y ∈ (CD) et K ∈ (DA) tels que les divisions [A, B, X, R],
[B, C, T , M], [C, D, Y , R] et [D, A, K, M] soient harmoniques. Il résulte alors que M ∈ (XY ) et
R ∈ (KZ). Soient S, U, V , W et Q les milieux respectifs des segments [MR], [MZ], [MK], [RX]
et [RY ]. Comme R ∈ (KZ) alors S ∈ (UV ) ; puisque M ∈ (XY ) alors S ∈ (W Q). Des égalités
UM 2 = UB · UC et V M 2 = V A · V D, il résulte que (UV ) est l’axe radical de ω et le cercle
dégénéré M. Des relations W R2 = W A · W B et QR2 = QC · QD il résulte que (W Q) est l’axe
radical de ω et le cercle dégénéré R. Or, la médiatrice du segment [MR] est l’axe radical des
cercles dégénérés M et R, donc puisque {S} = (UV ) ∩ (W Q), il résulte que le point S est le
centre radical des cercles ω, M et R. Or, la droite (T P) est la polaire de M par rapport au cercle
ω, donc {Z, K} ⊂ (T P). Mais R ∈ (KZ), donc en conclusion R ∈ (T P).

Exercice 10

Soient A et B deux points d’un cercle C de centre O avec O < [AB]. On note par T le point
d’intersection des tangentes à C aux points A et B. Une droite (d) passant par T coupe C
aux points M et N . On désigne par S le point d’intersection de (AB) avec (MN ).
Montrer que [M, N , S, T ] est une division harmonique.

   
TM MA 2 MB 2
Solution. On a : = = , i.e. MA · N B = N A · MB (le quadrilatère AMBN est
TN NA NB
 
SM MA · MB MA 2
harmonique). De plus, = = . D’où :
SN NA · NB NA
   
TM SM MA 2 MB 2
= = = .
TN SN NA NB
8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 453

A b
C
N
b

b
b
S O
b
b M
T

Exercice 11

Soit ABCDEF un quadrilatère complet dont [AC], [BD], [EF] sont les diagonales. On note
I l’intersection de (AC) et (BD), P l’intersection de (AB) et (IF), Q l’intersection de (CD) et
(IF). Montrer que les divisions [A, B, P, E] et [C, D, Q, E] sont harmoniques.

Solution. Le point I est l’intersection des droites (FP), (AC) et (BD) dans le triangle FAB, donc
PA CB DF
par le théorème de Céva on a : · · = −1. La droite (DE) coupe les côtés de FAB en
PB CF DA
EA CF DF
des points alignés E, C et D, donc d’après le théorème de Ménélaüs on a : · · = 1.
EB CB DA
b
F

A b

b
P
B
b
b

D I C E
b b b b
Q

De ces deux relations, il résulte que :

PA EA
= − i.e. [A, B, P, E] = −1.
PB EB
La relation [C, D, Q, E] = −1 se montre de façon analogue en échangeant les rôles des points
A, P, B et des points D, Q, C.

8.1.2 Faisceau harmonique

Proposition 3 (Birapport de quatre droites)

On considère, dans le plan affine, quatre droites distinctes dA , dB , dC et dD concourantes


ou parallèles, coupées par une droite variable d en les points respectifs A, B, C et D. Alors
[A, B, C, D] est constant quand d varie, c’est le birapport des quatre droites et on le note
CA
[dA , dB , dC , dD ]. De plus, lorsque d est parallèle à dD , alors ce birapport est égal à .
CB

Preuve
Si les droites sont parallèles, la propriété est immédiate par le théorème de Thalès. Si elles
concourent en I, la parallèle d ′ en B à dA coupe dC et dD en E et F respectivement. D’après
le théorème de Thalès appliqué dans les configurations triangulaires CBEAI et DBFAI on
454 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

CA IA DA IA
obtient que : = et = .
CB EB DB FB

b
I
d

dD
dA dD dC dB
dC dB dA
b
b
b
A C B D b
b b b B D
b C
A
d

CA DA FB
Par quotient des égalités, on déduit que : [A, B, C, D] = . ÷ =
CB DB EB
Pour une autre position de d, avec des points d’intersection A , B , C et D ′ , la nouvelle
′ ′ ′

droite d ′ parallèle à dA en B′ est parallèle à sa première position et coupe respectivement


dC et dD en E ′ et F ′ de sorte que l’on a comme avant : [A′ , B′ , C ′ , D ′ ] = F ′ B′ /E ′ B′ . D’après le
théorème de Thalès appliqué dans les configurations triangulaires IEBE ′ B′ et IBFB′ F ′ on
obtient : FB/EB = F ′ B′ /E ′ B′ , d’où l’égalité des deux birapports : [A′ , B′ , C ′ , D ′ ] = [A, B, C, D].
Ce birapport est donc constant, c’est le birapport des quatre droites.
Si d est parallèle à dD , il n’ y a que trois points d’intersection A, B et C. On a alors toujours
CA/CB = IA/EB, mais IA = FB car IABF est un parallélogramme, donc CA/CB = FB/EB
et, par suite le rapport CA/CB est égal au birapport [dA , dB , dC , dD ] des 4 droites. On a la
propriété analogue pour toute droite qui est sécante à 3 droites et parallèle à la 4ème.

Définition (Faisceau harmonique)

Si le birapport des quatre droites dA , dB , dC et dD est égal à −1, alors on dit que les quatre
droites (concourantes ou parallèles) forment un faisceau harmonique.

☞ Bien qu’exprimé ici en géométrie affine, il s’agit fondamentalement d’une notion de géo-
métrie projective. Les deux cas (droites concourantes et droites parallèles) sont réunis en
un seul.
☞ Le birapport de quatre droites concourantes est la notion duale du birapport de quatre
points alignés.
☞ La notion de faisceau harmonique est la notion duale de celle de division harmonique.
Théorème 5
Soient A, B, C et D quatre points alignés, dans cet ordre, sur une droite (d), et considérons
un point P n’appartenant pas à (d). On prend une autre droite (d ′ ), et on considère les
intersections A′ , B′ , C ′ et D ′ des droites (PA), (PB), (PC) et (PD) avec la droite (d ′ ) respecti-
vement. Alors : [A, C, B, D] = [A′ , C ′ , B′ , D ′ ].

Démonstration
€ y = BPC
On pose x = APB, [ et z = CPD,[ alors par P b

BA PA sin x
le lemme des quotient on a : = · et
BC PC sin y b
b
b

DA PA sin(x + y + z) b
C
D
= · . D’où : B
DC PC sin z A
sin x · sin z
[A, C, B, D] = − .
sin y · sin(x + y + z) b b b b

A′ B′ C′ D′
8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 455

On peut faire la même chose pour [A′ , C ′ , B′ , D ′ ]. D’où l’égalité [A, C, B, D] = [A′ , C ′ , B′ , D ′ ].

❏ On note cette configuration par P[A, C, B, D], on l’appelle faisceau.


❏ On prend une « perspective » au point P et on « projette » (A, C, B, D) sur (A′ , C ′ , B′ , D ′ ).
On écrit :
P
[A, C, B, D] = [A′ , C ′ , B′ , D ′ ].
❏ D’après le théorème 5, les projections préservent les birapports. On peut projeter non
seulement des droites sur des droites, mais aussi des droites sur des cercles et vice-versa
tant que le point d’où l’on prend la perspective appartient au cercle. En effet :

Proposition 4

Soient A, B, C et D quatre points, dans cet ordre, sur un cercle ω, et considérons un point
P ∈ ω. Les droites (PA), (PB), (PC) et (PD) coupent une droite (d) aux points A′ , B′ , C ′ et D ′
respectivement. Alors, on a : [A, C, B, D] = [A′ , C ′ , B′ , D ′ ].

P b

b
b D′
b C′
b
B′
A′ b

b
D
A b
b

B C

On passe maintenant aux exemples et applications.


Exemple 7 : (Proposé à l’OIM, 1995)

Soient ABC un triangle, et D, E, F les points de tangence du cercle inscrit avec les côtés
BC, CA, AB respectivement. Soit X un point à l’intérieur de ABC tel que le cercle inscrit
de XBC touche XB, XC et BC en Z, Y et D respectivement. Montrer que EFZY est un
quadrilatère cyclique.

b A

F b

E
X b b
Z b Y
b

b b b
b
B D C T

Soit T le point d’intersection de (BC) avec (EF). Puisque les droites (AD), (BE) et (CF) se coupent
au point de Gergonne du triangle ABC, alors on déduit que [B, C, D, T ] est une division harmo-
nique d’après le théorème 3. De la même façon, les droites (XD), (BY ) et (CZ) sont concourantes
au point de Gergonne du triangle XBC, donc [B, C, D, T ′ ] est une division harmonique. D’après le
corollaire 1 on obtient que T = T ′ , et donc T ∈ (Y Z). Maintenant, en prenant la puissance de T
par rapport aux cercles inscrits de ABC et XBC on déduit que : T D 2 = T E · T F et T D 2 = T Z · T Y .
D’où T E · T F = T Z · T Y , ce qui veut dire que EFZY est un quadrilatère cyclique.
456 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Exemple 8 : (Chine, 2002)

Soit ABCD un quadrilatère convexe. On note {E} = (AB) ∩ (CD), {F} = (AD) ∩ (BC) et {P} =
(AC) ∩ (BD). On désigne par O le pied de la perpendiculaire issue de P à la droite (EF).
[ = AOD
Montrer que BOC [.

Soient {R} = (FP) ∩ (CD) et {S} = (AC) ∩ (EF), b


F
alors puisque les droites (FR), (CA) et (DB)
concourent au point P, on déduit par le théo-
rème 3 que [C, D, R, E] est une division har-
F
monique. De plus, notons que [C, A, P, S] = b O
[C, D, R, E], donc [C, A, P, S] est aussi une di- B b b S
vision harmonique. Puisque (OS)⊥(OP), alors b
b
P
par le théorème 1 on obtient que (OP) est une b b b
A
b

[
bissectrice de AOC. C R D E

[ La combinaison de ces deux


De la même façon, on obtient que (OP) est une bissectrice de BOD.
[ [
résultats permet de conclure que BOC = AOD.
Exemple 9

Soient ABC un triangle rectangle en A, et D un point de [AC]. On désigne par E le symé-


trique de A par rapport à la droite (BD), et par F le point d’intersection de (CE) avec la
droite passant par D et perpendiculaire à (BC). Montrer que les droites (AF), (DE) et (BC)
sont concourantes.

Soient {X} = (BC)∩(AE), {Y } = (DF)∩(AE) et b

{Z} = (BD) ∩ (AE). Alors, par le théorème 3 les Y


droites (AF), (DE) et (CX) sont concourantes si, C b

et seulement si, [A, E, X, Y ] est une division har- F


b

monique. Or, comme Z est le milieu de [AE], b E


il suffit de montrer, d’après proposition 1, que D
b
b X
ZX · ZY = ZA2 . b

b b

A B

Notons que (XY )⊥(BD) et (BX)⊥(DY ), donc X est l’orthocentre du triangle BDY . Ceci veut dire
que ZX · ZY = ZD · ZB, or comme le triangle ABD admet un angle droit en A, et puisque Z est le
pied de la hauteur issue de A dans ce triangle, on obtient que ZD · ZB = ZA2 , ce qui permet de
conclure.
Exemple 10

Soient ω le cercle inscrit dans le triangle ABC , et D, E, F les points de tangence avec les
côtés BC, CA, AB respectivement. Soient M le second point d’intersection de (AD) avec ω ;
N le second point d’intersection de (DF) avec le cercle circonscrit au triangle CDM , et G
le point d’intersection de (CN ) avec (AB). Montrer que CD = 3 FG .

Soient {X} = (EF)∩(CG) et {T } = (EF)∩(BC). Puisque les droites (AD), (BE) et (CF) concourent
au point de Gergonne du triangle ABC alors, d’après le théorème 3, [B, C, D, T ] est une divi-
F
sion harmonique. Or, comme [G, C, N , X] = [B, C, D, T ], on obtient que [G, C, N , X] est aussi une
division harmonique. D’autre part, d’après le théorème de Ménélaüs appliqué dans le triangle
8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 457

BCG avec la transversale DN F on voit que, pour montrer CD = 3 GF, il suffit de montrer que
NC XC
CN = 3 N G. Or, [G, C, N , X] est une division harmonique, d’où = , et par suite il suf-
NG XG
\ = MDF
fit de montrer que N est le milieu de [CX]. Maintenant, observons que MEX \ = MCX, \
\ = MEA
et par suite le quadrilatère MECX est cyclique, ce qui implique que MXC \ = ADE [ et
\ [ \ [ \ \ \ [
MCX = ADF. De plus, CMN = FDB et XMN = XMC − CMN = CEF − FDB = EDC. [ [

b
A

b
M
X F b
b

b
G
b b E
N

b b b b

B D C
T

En appliquant le lemme des quotients, et en utilisant ces égalités dans les relations :

NX \
MX sin XMN \ sin XMN
sin MCX \
= · = · ,
NC \
MC sin CMN \ sin CMN
sin MXC \

[
sin FDA [
sin BDF
on obtient que : N C = N X ⇐⇒ = . Or, (DA) est la symédiane issue de A du
[
sin EDA [
sin CDE
triangle DEF, donc :
[
sin FDA FD [
sin DEF [
sin BDF
= = = .
[
sin EDA ED [
sin DFE [
sin CDE
Par suite, N est le milieu de [CX], ce qui permet de conclure.
Exemple 11

Soient ω un cercle, et C un point en dehors de ω . On suppose que les tangentes à ω , issues


de C , le touchent en A et B. On désigne par X le symétrique de A par rapport à B. On
suppose que le cercle ω ′ , circonscrit au triangle CBX , touche à nouveau ω en D . Si (CD)
coupe à nouveau ω en E , montrer que (EX) est tangente à ω ′ .

Notons tout d’abord que ECX [ = DBA [ = b E


[ ce qui implique que (EA) (CX). Soit
CEA ω
F le second point d’intersection de (AD) avec G X
A b b b b
[ = DBC
ω ′ . On a AFC [ = XAF [ d’où (FC)
B
b
(AX). Donc, le faisceau F[X, A, B, C] est harmo-
D
nique, et en projettant sur ω ′ , on déduit que
CDBX est un quadrilatère harmonique. Soit
F
{G} = (AB) ∩ (ED). D’après le théorème 4 on C
b ω′ b

sait que le quadrilatère ADBE est harmonique,


A
et puisque [C, G, D, E] = [A, B, D, E], on déduit
que [C, G, D, E] est harmonique. Supposons que
(EX) coupe ω ′ à nouveau au point X ′ .
X
On a : [C, B, D, X ′ ] = [C, G, D, E] = −1, d’où le quadrilatère CDBX ′ est harmonique. Or, on a mon-
tré que le quadrilatère CDBX est harmonique, donc on doit avoir X = X ′ , et par suite (EX) est
tangente au cercle ω ′ .
458 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Exemple 12 : (Théorème du papillon)

Deux cordes [AB] et [CD] d’un cercle Γ se coupent en le milieu M d’une troisième corde
[XY ]. Cette dernière coupe [AD] et [BC] en R et S respectivement. Montrer que M est le
milieu de [RS].

D b b B

M
X b b b b b
Y
R S

b
b
A C

A C RX
Notons que [X, Y , M, R] = [X, Y , B, D] = [X, Y , S, M] qui, puisque MX = MY , implique que =
RY
SY
, ce qui entraîne immédiatement que M est le milieu du segment [RS].
SX
Exemple 13 : (Proposé à l’OIM, 2002)

Le cercle inscrit ω d’un triangle acutangle est tangent au côté BC en K . Soient AD une
hauteur du triangle ABC , et M le milieu de [AD]. Si N est point d’intersection de ω avec
[
(KM) (distinct de K ), montrer alors que (N K) est une bissectrice de BN C.

Soient J le second point d’intersection de b


A
(AK) avec ω, et K ′ le point diamétralement op-
posé à K dans ω. Soient R et S les points de tan-
gence de ω avec les côtés AB et AC respective- K′ J
b
ment. On désigne par X le point d’intersection R b
b
N
b

de (RS) avec (BC) (n’apparaît pas sur le dessin).


b
Soit A∞ le point à l’infini sur la droite (AD). b

M S

b b b b
B K D C

K
On sait que [A, D, M, A∞ ] est une division harmonique et, puisque [J, K, N , K ′ ] = [A, D, M, A∞ ],
alors KK ′ JN est un quadrilatère harmonique. De plus, puisque les tangentes de R et S à ω se
coupent en A, et puisque A, J, K sont alignés, alors KRJS est aussi un quadrilatère harmonique.
Puisque (BC) est la tangente issue de K à ω, alors ceci veut dire que X appartient à la tangente
\
issue de J à ω. Par suite, les points X, N et K ′ sont alignés, d’où XN K = 180° − K\
′ N K = 90°. Main-
tenant, puisque les droites (AK), (BS) et (CR) concourent au point de Gergonne du triangle ABC,
alors d’après le théorème 3 on sait que [B, C, K, X] est une division harmonique. Une application
du théorème 1 implique alors le résultat demandé.
Exemple 14 : (Proposé à l’OIM, 2004)

Soient ABCD un quadrilatère cyclique, M le milieu de [CD], et N un point du cercle


circonscrit au triangle ABM . On suppose que le point N est différent du point M et vérifie :
8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 459

AN AM
= . Montrer que les points E, F et N sont alignés, où {E} = (AC) ∩ (BD) et {F} =
BN BM
(BC) ∩ (DA).

On suppose que (CM) coupe le cercle circonscrit au triangle ABM à nouveau en P, et soit
{G} = (AB) ∩ (CD), alors on a :

MP · MG = MG 2 − GP · GM = MG 2 − GA · GB = MG 2 − GC · GD = MC 2 ,

donc on déduit que [C, D, P, G] est une division harmonique. D’après le théorème 3 on doit avoir
que les droites (FP), (CA) et (DB) concourent, donc le point P appartient à (EF).
Soit {H} = (AP)∩(BC), comme les droites (FP), (CA) et (DB) concourent en E, alors par le théorème
3, on déduit que [C, F, B, H] est une division harmonique.

G b

C
b

P
b
B b M
b
b

b E
b
N D
b

F A
b

Supposons maintenant que (FP) coupe le cercle circonscrit au triangle ABM à nouveau en N ′ .
P
On a : [M, N ′ , B, A] = [C, F, B, H] = −1, donc AMBN ′ est un quadrilatère harmonique. Or, par
définition, AMBN est aussi harmonique, donc on doit avoir N = N ′ , ce qui termine la preuve.

8.1.3 Exercices
Exercice 12

Soit ABC un triangle d’orthocentre H. Soient {D} = (AH) ∩ (BC), {E} = (BH) ∩ (CA) et {F} =
(CH) ∩ (AB), en d’autre termes DEF est le triangle orthique du triangle ABC. Montrer que
le centre S du cercle inscrit dans le triangle DEF coïncide avec l’orthocentre H du triangle
ABC.

Solution.

Notons {X} = (AD) ∩ (EF) et {Y } = (EF) ∩ (BC). b

Comme la division [B, C, D, Y ] est harmonique N b


A
M
alors il résulte que le faisceau A[B, C, D, Y ] b

est harmonique. En particulier, la division b

[E, F, X, Y ] est harmonique. Or, si (d) est la F b


b

X E
droite passant par A et parallèle à (BC), on b
H
a : (d) (BC) =⇒ N A = AM, avec {M} = (d) ∩ b

(DE) et {N } = (d) ∩ (DF). Donc, AD⊥BC ⇐⇒ Y b

XD⊥BC ⇐⇒ EDX [ = FDX[ ⇐⇒ MDA \ = B


b

D
\
N DA ⇐⇒ EDA [ = FDA.
[
C
b
460 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Exercice 13

Soit ABCD un trapèze (AB CD) avec AD < CD = AC. On désigne par O le point d’in-
tersection de (AC) avec (BD) ; E le milieu de [AB] ; F le milieu de [CD] et M le point
\ = CAM.
d’intersection de (CE) avec (BD). Montrer que (AM)⊥(AD) et que BAM \

ME BE AE ME AE
Solution. On a : = = =⇒ = , donc la demi-droite [AM) est la bissectrice
MC CD AC MC AC
[ D’où, [E, F, O, I] est une division harmonique où {I} = (AD) ∩ (BC), donc le faisceau
de BAC.
C[E, F, O, I] est harmonique, en particulier [D, M, O, B] est une division harmonique. Par suite,
[ et ainsi (AM)⊥(AD).
[AM) est la bissectrice de OAB,

F
b b b
C
D
O
b
M b

b b b

B E A

Exercice 14

Soient dA , dB et dC trois droites qui coupent respectivement en A et A′ , en B et B′ , en C et


C ′ deux autres droites d et d ′ sécantes en I. Montrer que dA , dB et dC sont concourantes ou
parallèles si, et seulement si [I, A, B, C] = [I ′ , A′ , B′ , C ′ ].

Solution. Si dA , dB et dC concourent en O ou sont parallèles, le birapport [I, A, B, C] est


égal à [I, A′ , B′ , C ′ ] (birapport des 4 droites OI, dA , dB , dC ). Réciproquement, si [I, A, B, C] =
[I ′ , A′ , B′ , C ′ ] et si dA et dB sont sécantes en un point O, la droite OC coupe d ′ en C ′′ qui vérifie
[I, A, B, C] = [I ′ , A′ , B′ , C ′′ ] en raison de ce qui précède.

b O

C
dA B b
b

A b
dC
d
dB
b b b b

B′ C′ d′
I A′

Par suite, [I ′ , A′ , B′ , C ′ ] = [I ′ , A′ , B′ , C ′′ ], d’où C ′ = C ′′ et dC = OC donc dC passe par O, les trois


droites concourent. Si dA et dB sont parallèles, c’est la même preuve avec leur parallèle en C
au lieu de la droite OC.

Exercice 15

Soient ABCD un trapèze (AB CD), AB > CD ; M le milieu de [AB] ; R le point d’inter-
section de (DM) avec (AC) ; N le point d’intersection de (DM) avec (AC), et P le projeté
orthogonal de N sur (BC).
\
Montrer que les demi-droites [PR) et [PA) sont isogonales dans DPM.

Solution. On applique le théorème de Ménélaüs dans le triangle ABR et avec la transversale


DR MB N A
DN M, on obtient que : · · = 1. Or :
DB MA N R
DB BR AB NA AB CA AR AB
MA = MB et = 1+ = 1+ =⇒ = 1+ et = 1+ =1+ .
DR DR DC NR CD CR CR DC
8.1. PLAN PROJECTIF, BIRAPPORT ET DIVISION HARMONIQUE 461

N A CA
Donc, = , et [A, R, C, N ] est une division harmonique. Comme le point P appartient au
N R CR
[
cercle de diamètre [CN ], alors il résulte d’après le théorème 1 que N [
PR = N PA.

Exercice 16

Soient ABC un triangle, et (AM), (BN ), (CP) des droites concourantes avec M ∈ [BC],
N ∈ [CA], P ∈ [AB] telles que (MN )⊥(MP). Montrer que les demi-droites [MN ) et [MP)
\ et \
sont les bissectrices respectives de AMC AMB.

Solution. Soient {S} = (N P) ∩ (BC) et {T } = (N P) ∩ (AM). On observe que [B, C, M, S] division


harmonique implique que A[B, C, M, S] est un faisceau harmonique, ce qui implique à son
tour que [P, N , T , S] est une division harmonique. Donc, le point M appartient au cercle de
diamètre [PN ], ce qui permet de conclure que [MP) est la bissectrice de l’angle \AMB.

Exercice 17

Soient ABC un triangle ; M le milieu de [BC], et D, E, F les pieds des perpendiculaires


issues de A, B, C respectivement. Soient P le point d’intersection de (BC) avec (EF) ; Q ∈
AC et R ∈ AB tels que D ∈ RQ et (RQ) (EF). Montrer que les points M, P, R et Q sont
cocycliques.

Solution. Puisque [B, C, D, P] est une division harmonique alors DB · DC = DM · DP. Soit S
le point d’intersection de (BE) avec (DR). Comme E[B, C, D, P] est un faisceau harmonique et
(RQ) (EP), alors DS = DQ = DE. Des relations FRD [ − BDR
[ = ABC [ = ABC [ − QDC\ = ABC[−

[ [ [ [ [ [ [ [ [ [
EQD − ACB = ABC + ACB − DEC = ABC + ACB − ABC = ACB = DFR, il résulte que FRD = [
[
DFR, et donc DF = DR.

b
A

b
E

b Q
F b

b
B b b b b

P b
D M C
R
b
S

DF FB DB
Les triangles DFB et DCE sont semblables, d’où = = , donc DB · DC = DE · DF. En
DC CE DE
conclusion, DP · DM = DB · DC = DE · DF = DQ · DR, d’où DP · DM = DQ · DR, ce qui permet
de conclure que les points P, M, Q et R sont cocycliques.

Exercice 18

Soient M un point de la bissectrice [AD) d’un triangle ABC, et D ∈ [BC]. On note {E} =
(BM) ∩ (AC), {F} = (CM) ∩ (AB), {K} = (DF) ∩ (BE) et {L} = (DE) ∩ (CF).
[ = CAL.
Montrer que BAK [

Solution. Notons {U} = (BC) ∩ (AK) et {V } = (BC) ∩ (AL),


 et posons x = BU, y = UD et z =
ac ab
DV . Alors : V C = t x + y = BD = b+c , z + t = CD = b+c . Remarquons que [B, M, K, E] est une
division harmonique implique que [B, D, U, C] est une division harmonique, ce qui implique
462 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

que :
UB CB x y
= ⇐⇒ = .
UD CD b+c b
D’autre part, [C, M, L, F] est une division harmonique implique que [C, D, V , B] est une division
harmonique, ce qui entraîne :

DB CB t z ac abc abc ab
= ⇐⇒ = =⇒ x = ,y = ,z = ,t = ,
DV CV b+c c 2b + c (b + c)(2b + c) (b + c)(b + 2c) b + 2c
   2
y z UD V D UB V B x a−t c
=⇒ + = 1 + =1 , · = · =
x t UB V C UC V C a − x t b

[ = CAL.
ce qui implique, grâce au théorème de Steiner, que BAK [

Exercice 19

Soient ABC un triangle, E ∈ AC et F ∈ AB. On désigne par {P} = (BE) ∩ (CF) et {R} =
(EF) ∩ (AP). La droite passant par R et parallèle à (BC) coupe les droites (AB) et (AC) en X
et Y respectivement. Montrer que RX = RY .

Solution. Soient {S} = (EF) ∩ (BC) et {T } = (AP) ∩ (BC). Comme [B, C, T , S] est une division
harmonique alors A[B, C, T , S] est un faisceau harmonique, ce qui implique que [F, E, R, S] est
une division harmonique, ceci entraîne que le faisceau B[F, E, R, S] est harmonique. Or, R ∈
(XY ) qui est parallèle à (BS), par suite RX = RY .

8.2 Pôle et polaire


Soient ω un cercle, et P un point dans le plan de ω. Considérons une corde quelconque [XY ] de
ω, ou une sécante passant par P avec X, Y ∈ ω. La polaire du point P par rapport à ω est le lieu
géométrique des points Q tels que [P, Q, X, Y ] est une division harmonique (la corde [XY ] passant
par P est variable ici). La polaire est une droite qui possède de jolies propriétés qu’on verra par la
suite. On commence par montrer que c’est une droite. Il y a deux cas à distinguer :
⋄ P est à l’extérieur de ω :
soient PA et PB les tangentes à ω issues du point P. On affirme que la droite (AB) est la polaire
de P par rapport à ω. En effet, soit (XY ) une sécante arbitraire de ω passant par P avec X, Y ∈ ω.
Supposons que (XY ) et (AB) se coupent au point Q, alors il suffit de montrer que [P, Q, X, Y ]
est une division harmonique. On sait que AXBY est un quadrilatère harmonique, et puisque
A
[P, Q, X, Y ] = [A, B, X, Y ] = −1, alors on obtient le résultat souhaité : (AB) est la polaire de P par
rapport à ω.
⋄ P est à l’intérieur de ω :
soit [XY ] une corde arbitraire de ω contenant P. Soient O le centre de ω, et R le second point
d’intersection de (OP) avec le cercle circonscrit au triangle XOY . Soit [AB] le diamètre de ω pas-
sant par P et supposons, sans perte de généralité, que P est entre A et O. Soit (d) la droite passant
par R et perpendiculaire à (OP). On affirme que (d) est fixe pour n’importe quel choix de la corde
[XY ] et que c’est la polaire de P par rapport à ω. En effet, soit S le point d’intersection de (XY )
avec (d), notons que Y [ RP = Y[XO = XY[ [ donc (RP) est bissectrice de XRY
O = XRP, [ . De plus, on a :
(RS)⊥(RP) et donc [S, P, X, Y ] est une division harmonique. Maintenant, d’après la puissance d’un
point par rapport à un cercle on a : PA · PB = PX · PY = PO · PR et que PA · PB = OA2 − OP 2 , donc
OR · OP = OP 2 + PO · PR = OA2 et puisque O est le milieu de [AB] ceci veut dire que [R, P, A, B] est
une division harmonique. D’où, R est fixé pour n’importe quel choix de [XY ], et ainsi (d) est fixe
aussi. Or comme [S, P, X, Y ] est une division harmonique, alors ceci implique que (d) est en fait la
polaire de P par rapport à ω.

❏ Dans les deux cas cités ci-haut, si O est le centre de ω, alors (OP) est perpendiculaire à la
polaire de P par rapport à ω.
❏ Si (d) est la polaire de P par rapport à ω, le point P est appelé pôle de (d) par rapport à ω.
8.2. PÔLE ET POLAIRE 463

Y
b
A
b
b Y
Q R b
b A
X b b
b

b b b
P
P O b
O b B
X
b

Théorème 6 : (Théorème de la Hire)

Soient P et Q deux points dans le plan d’un cercle ω. Alors, P appartient à la polaire de Q
par rapport à ω si, et seulement si, Q appartient à la polaire de P par rapport à ω.

Démonstration
Il est clair que P et Q ne peuvent pas être tous les deux à l’intérieur de ω.
⋄ Si l’un des points est en dehors de ω et l’autre à l’intérieur, alors supposons que (PQ) coupe ω en X
et Y . Comme [P, Q, X, Y ] est une division harmonique si, et seulement si, [Q, P, X, Y ] est une division
harmonique, alors on déduit le résultat demandé.
⋄ Si P et Q sont tous les deux en dehors de ω. Supposons que Q appartient à la polaire de P, et soient
PA et PB les tangentes à ω issues de P ; QC et QD les tangentes à ω issues de Q. On sait que la
polaire de P est (AB) et donc Q ∈ (AB). Par suite, le quadrilatère ACBD est harmonique, et ainsi P
doit appartenir à (BD), qui est justement la polaire de Q, ce qui permet de conclure.

Exemple 15

Soient ABC un triangle, I le centre du cercle inscrit, et D, E, F les points de tangence du


cercle inscrit avec les côtés BC, CA, AB respectivement. On désigne par T le point d’inter-
section de (EF) avec (BC). Montrer que (T I) ⊥ (AD).

Tous les pôles et polaires seront considérés b A


par rapport au cercle ω inscrit dans ABC. Pour
montrer que (T I)⊥(AD), il suffit de prouver que
(AD) est la polaire de T . Puisque (T D) est tan-
gente à ω en D, on sait que D appartient à la F b

polaire de T . De plus, (EF) est la polaire de A, b


E
b
et comme T ∈ (EF), alors par le théorème de La I
Hire on déduit que A appartient à la polaire de b
T . En conclusion, la polaire de T est la droite b
b b

T
C
(AD). B D

Exemple 16

Soient ABC un triangle, I le centre du cercle inscrit, et D, E, F les points de tangence du


cercle inscrit avec les côtés BC, CA, AB respectivement.
Montrer que les droites (ID) et (EF) se coupent sur la médiane issue de A.

Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport au cercle ω inscrit dans ABC. Soit (d)
la droite passant par A et parallèle à (BC). On suppose que (EF) et (d) se coupent en K, et que
les droites (ID) et (EF) se coupent en X. La droite (EF) est la polaire de A, et puisque X ∈ (EF),
alors par le théorème de La Hire, on déduit que A appartient à la polaire de X. Comme A ∈ (d) et
(d)⊥(IX), on doit avoir que (d) est la polaire de X.
464 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

b A
b

F
b
b X
b
E
b
I

b b
b
b

M D C
B

Comme K ∈ (d), alors on a, à nouveau grâce au théorème de La Hire, que X appartient à la polaire
de K. Par conséquent, [K, X, E, F] est une division harmonique. Maintenant, soient M le point
A
d’intersection de (AX) avec (BC), et P∞ le point à l’infini sur la droite (BC). On a : [P∞ , M, C, B] =
[K, X, E, F], d’où [P∞ , M, C, B] est une division harmonique, et ainsi M doit être le milieu de [BC].
Ceci termine la preuve puisque X ∈ (AM).
Théorème 7 : Théorème de Brocard (1845-1922)

Soit ABCD un quadrilatère cyclique dont le centre du cercle circonscrit est le point O. On
désigne par E le point d’intersection de (AC) avec (BD), F le point d’intersection de (AB)
avec (CD), et G le point d’intersection de (AD) avec (BC). Alors, O est l’orthocentre du
triangle EFG.

Démonstration
Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport au cercle circonscrit à ABCD. Soient {X} =
(GE) ∩ (AB) et {Y } = (GE) ∩ (CD). Puisque les droites AC, BD et GX concourent au point E alors
G
[A, B, X, F] est une division harmonique. Donc, comme [D, C, Y , F] = [A, B, X, F] alors [D, C, Y , F] est
aussi une division harmonique. D’où, X et Y appartiennent tous les deux à la polaire de F, ainsi (EG)
est la polaire de F. De la même façon, (EF) est la polaire de G, et par suite (FO)⊥(EG) et (GO)⊥(EF).
En conclusion, O est l’orthocentre du triangle EFG.
b
F

B b C
b
b

b
b G
b
X Y
E b
D

b
O

Théorème 8 : (Théorème de Newton)

Soit ABCD un quadrilatère admettant un cercle inscrit ω. Soient M, N , P et Q les points


de tangence de ω avec les côtés AB, CD, DA et BC respectivement. Alors :
1 les droites (MP), (N Q) et (BC) sont concourantes,
2 les droites (MN ), (PQ) et (BD) sont concourantes.
8.2. PÔLE ET POLAIRE 465

Démonstration
Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport à ω. Soit {X} = (MN ) ∩ (PQ), {Y } = (MQ) ∩
(N P) et {Z} = (MP) ∩ (N Q). On sait, d’après le théorème de Brocard, que (XZ) est la polaire de Y .
Comme (MQ) est la polaire de B et que Y ∈ (MQ) alors, par le théorème de La Hire, on déduit que
B ∈ (XZ). De même, D ∈ (MZ), donc les droites (MP), (N Q) et (BD) concourent au point Z. On
a aussi X ∈ (BD), et de la même façon X ∈ (AC). Par suite les droites (MN ), (P Q), (AC) et (BD)
concourent au point X.

Exemple 17

Soient ABCD un quadrilatère, ω le cercle de centre I inscrit dans ABCD , et Ω le cercle de


centre O circonscrit à ABCD . On désigne par E le point d’intersection de (AC) avec (BD).
Montrer que les points O, I et E sont alignés.

Soient {X} = (AB) ∩ (CD) et {Y } = (DA) ∩ (BC). D’après le théorème de Brocard on sait que
(OE)⊥(XY ). Maintenant, notons que les polaires de X et Y , par rapport à ω, passent toutes les
deux par E d’après le théorème de Newton. D’où, (XY ) est la polaire de E par rapport à ω. Par
conséquent, (IE)⊥(XY ), et ainsi les points O, I et E appartiennent à une droite perpendiculaire à
(XY ), ce qui termine la preuve.
Exemple 18

Soient ABCD un quadrilatère, et ω le cercle, de centre O , inscrit dans ABCD . Soit E le


[.
€ = CEB
projeté orthogonal de O sur (BD). Montrer que AEB

Tous les pôles et les polaires seront considérés par rapport à ω. On suppose que les points
de tangence de ω avec les côtés AB, BC, CD et DA sont respectivement A′ , B′ , C ′ et D ′ . Soient
{X} = (A′ C ′ )∩(B′ D ′ ), {Y } = (A′ B′ )∩(C ′ D ′ ) et {Z} = (D ′ A′ )∩(B′ C ′ ). D’après le théorème de Newton,
appliqué deux fois, on déduit que les points A, C, X, Y sont alignés, et les points B, D, X, Z sont
alignés. Soit {P} = (BD) ∩ (A′ B′ ). Comme, d’après le théorème de Brocard, la droite (XZ) est la
B
polaire de Y alors [Y , P, A′ , B′ ] est une division harmonique. Puisque [Y , X, A, C] = [Y , P, A′ , B′ ]
alors on déduit que [Y , X, A, C] est aussi une division harmonique. De plus, (Y O)⊥(BD) d’après le
théorème de Brocard, et (EO)⊥(BD) aussi, d’où (EY )⊥(EX). Comme [Y , X, A, C] est une division
harmonique, alors (EX) est une bissectrice de AEC. [ Finalement, comme la droite (EX) coïncide
avec la droite (EB), alors on conclut que AEB€ = CEB.[

Théorème 9 : (Théorème de Brianchon)

Soit ABCDEF un hexagone admettant un cercle inscrit ω. Alors, les droites (AD), (BE) et
(CF) sont concourantes.

Démonstration
Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport à ω. On suppose que ω touche les côtés
AB, BC, CD, DE, EF et FA aux points A′ , B′ , C ′ , D ′ , E ′ et F ′ respectivement. Soient {X} = (A′ B′ ) ∩
(D ′ E ′ ), {Y } = (B′ C ′ ) ∩ (E ′ F ′ ) et {Z} = (C ′ D ′ ) ∩ (F ′ A′ ). On sait, d’après le théorème de Pascal, que les
points X, Y et Z sont alignés. Soit P le pôle de la droite déterminée par les points alignés X, Y , Z.
Comme (A′ B′ ) est la polaire de B, et (D ′ E ′ ) est la polaire de E, alors d’après le théorème de La Hire,
les points B et E appartiennent à la polaire de X, donc (BE) est la polaire de X. D’après le théorème
de La Hire, encore une fois, le point P appartient à (BE). De la même façon, P appartient à (AD) et à
(CF). En conclusion, les droites (AD), (BE) et (CF) sont concourantes.

☞ Le théorème de Brianchon est exactement le dual du théorème de Pascal. Il s’agit dans les
deux cas de propriétés projectives des coniques, propriétés que l’on étudie sans équations,
466 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

sans angles ni distances, uniquement avec les alignements de points et les intersections de
droites.

Corollaire 2
Soient ABC un triangle, ω le cercle inscrit, et D, E, F les points de tangence de ω avec les côtés
BC, CA, AB respectivement. Alors, les droites (AD), (BE) et (CF) sont concourantes.

Il suffit d’appliquer le théorème de Brianchon à l’hexagone dégénéré AFBDCE.

Théorème 10 : Théorème de George Salmon (1819-1904)

Soient ω un cercle de centre O, et P, Q des points dans le plan de ω. On désigne par (lP ) et
(lQ ) les polaires de P et Q par rapport à ω. Alors on a :

d(P, lQ ) OP
= ,
d(Q, lP ) OQ

où d(U, ∆) désigne la distance du point U à la droite ∆.

Démonstration
Soient {P ′ } = (OP) ∩ lP et {Q ′ } = (OQ) ∩ lQ . On désigne par X et Y les projections orthogonales de
P et Q sur lQ et lP respectivement. Si R est le rayon de ω, alors il est facile de voir que : OP · OP ′ =
OP OQ ′
OQ · OQ ′ = R2 , et par suite : = . Ceci implique que les quadrilatères OPXQ ′ et OQY P ′
OQ OP ′
sont semblables, ce qui permet de conclure.
b

ω Q

Q′ b

O b

P′ b b
X
b

b
P

Exemple 19 : Théorème de Hartcourt

Soit ABC un triangle de cercle inscrit ω . Soit l une droite tangente à ω en P , et désignons
par X, Y et Z les projections orthogonales de A, B et C sur l respectivement. On suppose,
sans perte de généralité, que B et C sont du même côté par rapport à l . On pose a = BC, b =
CA, c = AB, x = AX, y = BY et z = CZ . Montrer que :

by + cz − ax
[ABC] = .
2

Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport à ω. Soient r le rayon du cercle ins-
crit, et R le rayon du cercle circonscrit. Comme l est la polaire de P, et puisque les droites
(EF), (FD), (DE) sont les polaires de A, B, C respectivement, alors en appliquant trois fois le théo-
8.2. PÔLE ET POLAIRE 467

rème de Salmon aux points P et A, B, C on obtient que :

IP d(P, EF) a · IA · d(P, EF) IP d(P, FD) b · IB · d(P, FD)


= =⇒ ax = , = =⇒ by = ,
IA AX r IB BY r
IP d(P, DE) c · IC · d(P, DE)
= =⇒ cz = .
IC CZ r

A Z b
b

x
b
b
X b E
z
P
b
Y F
b I
b

y
ω
b b b

B D C

Par conséquent, on a :

b · IB · d(P, FD) c · IC · d(P, DE) a · IA · d(P, EF)


by + cz − ax = + −
r r r
2R · IB sin B · d(P, FD) 2R · IC sin C · d(P, DE) 2R · IA sin A · d(P, EF)
= + −
r r r
2R · FD · d(P, FD) 2R · DE · d(P, DE) 2R · EF · d(P, EF)
= + −
r r r
4R 4R
= · ([PFD] + [PDE] − [PEF]) = · [DEF].
r r
[DEF] r
Il suffit alors de montrer que = pour conclure. Or cette identité découle de la formule
[ABC] 2R
d’aire pour le triangle podaire (voir théorème 5 du chapitre géométrie et nombres complexes)
ainsi que de l’identité R2 − OI 2 = 2Rr où O est le centre du cercle circonscrit.
Exemple 20

Soient ABCD un quadrilatère, et ω son cercle inscrit de centre O . Soient l une tangente à
ω , et A′ , B′ , C ′ , D ′ les projections orthogonales de A, B, C, D respectivement sur l .
Montrer que :
AO · CO AA′ · CC ′
= .
BO · DO BB′ · DD ′

Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport à ω. On suppose que l est tangente à ω
au point K, et supposons que ω touche les côtés DA, AB, BC, CD aux points M, N , P, Q respective-
ment. On désigne par X, Y , Z, U les projections orthogonales de K sur les droites MN , N P, PQ, QM
respectivement. Puisque l est la polaire de K, et MN , N P, PQ, QM sont les polaires de A, B, C, D
respectivement, alors en appliquant quatre fois le théorème de Salmon aux points K et A, B, C, D
on obtient que :

AA′ KX BB′ KY CC ′ KZ DD ′ KU
= , = , = , = .
AO r BO r CO r DO r
Donc, il suffit de montrer que KX · KZ = KY · KU pour conclure. Or, il est facile de voir que :

\
KX = KN · sin KN M, [P,
KY = KN · sin KN [
KZ = KQ · sin KQP, \
KU = KQ · sin KQM,

\
et puisque KN \ et KN
M = KQM [ alors en multipliant on conclut que : KX ·KZ = KY ·KU.
[P = KQP,
468 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Exemple 21 : (Iran, 2002)

Soit ABC un triangle. Son cercle inscrit touche le côté BC en A′ , et la droite AA′ coupe le
cercle inscrit à nouveau au point P . On suppose que les droites CP et BP coupent le cercle
inscrit dans le triangle ABC à nouveau en M et N respectivement. Montrer que les droites
AA′ , BN et CM sont concourantes.

Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport au cercle inscrit dans ABC. Soit N ′
le point de CP où les droites AA′ , BN ′ , CM concourent. Posons {X} = (AA′ ) ∩ (MN ′ ). On suppose
que le cercle inscrit touche les côtés CA et AB aux points E et F respectivement, et posons {T } =
(EF) ∩ (BC) et {T ′ } = (MN ′ ) ∩ (BC). Puisque les droites AA′ , BE et CF concourent au point de
Gergonne du triangle ABC alors [B, C, A′ , T ] est une division harmonique.

b
A

P
b

F b

b E
b X
b N b
M
T
b b b b
B A′ C

De plus, puisque les droites PA′ , BN ′ , CM concourent on a [B, C, A′ , T ′ ] est une division harmo-
P
nique, d’où T = T ′ . Comme [M, N ′ , X, T ] = [B, C, A′ , T ], alors [M, N ′ , X, T ] est aussi une division
harmonique. Maintenant, comme T A′ est tangente au cercle inscrit en A′ , alors A′ appartient à la
polaire de T . De plus, EF est la polaire de A, et comme T ∈ (EF) alors A appartient à la polaire de
T , donc AA′ est la polaire de T . Or comme [M, N ′ , X, T ] est une division harmonique, le point N ′
doit appartenir au cercle inscrit dans ABC. Par conséquent, N = N ′ , ce qui permet de conclure.
Exemple 22

Soit P un point à l’intérieur d’un triangle ABC . On suppose que la droite passant par P
et perpendiculaire à PA coupe le côté BC au point A1 . On définit, de façon similaire, les
points B1 et C1 . Montrer que les points A1 , B1 et C1 sont alignés.

Considérons un cercle arbitraire ω centré en P. Tous les pôles et polaires seront considérés par
rapport à ω. Soient a, b, c, a1 , b1 , c1 les polaires des points A, B, C, A1 , B1 , C1 respectivement. Puisque
A1 ∈ BC alors b ∩ c appartient à a1 . De plus, puisque AP⊥a, A1 P⊥a1 et AP⊥A1 P on a : a1 ⊥a. Ceci
veut dire que a1 est une hauteur dans le triangle formé par a, b, c. De façon similaire, b1 et c1
sont aussi des hauteurs de ce triangle. Par suite, les droites a1 , b1 , c1 se coupent en l’orthocentre
du triangle formé par les droites a, b, c, donc leurs pôles doivent être alignés. Par conséquent, les
points A1 , B1 et C1 sont alignés.
Exemple 23 : (Romanian Masters of Mathematics, 2012)

Soient ABC un triangle, I le centre du cercle inscrit, et O le centre du cercle circonscrit.


Soit ωA le cercle passant par B et C et tangent au cercle inscrit dans le triangle ABC . Les
cercles ωB et ωC sont définis de façon similaire. Les cercles ωB et ωC se coupent en un
point A′ différent de A. Les points B′ et C ′ sont définis de façon similaire. Montrer que les
droites AA′ , BB′ et CC ′ sont concourantes en un point appartenant à la droite OI .

Tous les pôles et polaires seront considérés par rapport au cercle ω inscrit dans ABC. On
suppose que ω touche les côtés BC, CA, AB aux points D, E, F respectivement. Le cercle ω touche
8.3. EXERCICES 469

ωA , ωB et ωC aux points D ′ , E ′ et F ′ respectivement. On suppose finalement que les tangentes à ω


aux points D ′ , E ′ , F ′ rencontrent les côtés BC, CA et AB aux points D ′ , E ′ et F ′ respectivement. Il
est clair que X est le centre radical de ω, ωA et Ω où Ω est le cercle circonscrit au triangle ABC.
Par suite, X appartient à l’axe radical de ω et Ω, et de même, Y et Z appartiennent à cet axe
radical.

b
A

C′
b

b
F b

D′
b b b
O b
E B′
b
I
b b
E′ D F′
b b b
b
B C
A′

Donc, quelques applications du théorème de Brocard, et du théorème de La Hire, montrent que la


perspective des triangles DEF et D ′ E ′ F ′ est la droite déterminée par les points X, Y , Z, c’est-à-dire
l’axe radical de ω et Ω. Maintenant, les droites AA′ , et les tangentes en E ′ et F ′ , sont concourantes
au point X1 , le centre radical de ω, ωA , ωB . Soient a, b et c les polaires de A′ , B′ et C ′ respective-
ment. Comme A, X1 et A′ sont alignés, alors leurs polaires, à savoir EF, E ′ F ′ et a, sont concou-
rantes. De même, les droites FD, F ′ D ′ et b sont concourantes, et finalement, les droites DE, D ′ E ′
et c sont concourantes. Par conséquent, les triangles DEF, et celui formé par les droites a, b et c,
ont la même perspective que celle des triangles EDF et E ′ D ′ F ′ , et qui est l’axe radical de ω et Ω.
Ainsi, le triangle formé par les polaires de A′ , B′ , C ′ et le triangle formé par les polaires de A, B, C
sont perpspectives, et ils ont l’axe radical de ω et Ω comme perspective. Donc, en prenant le dual
projectif de cette configuration on déduit que : les droites AA′ , BB′ et CC ′ concourent au pôle de
l’axe radical de ω et Ω et qui se situe clairement sur la droite OI.

8.3 Exercices
Exercice 20
Soit ABC un triangle. D est le pied de la bissectrice issue de A ; E et F sont les projetés
orthogonaux de D sur les côtés AC et AB respectivement. On désigne par P le point d’in-
tersection de (BE) avec (CF). Montrer que (AP)⊥(BC).

Solution. Soient {L} = (BC) ∩ (EF) et {R} = (BC) ∩ (AP). Puisque [B, C, L, R] est une division
LB RB
harmonique alors = . En appliquant le théorème de Ménélaüs dans le triangle ABC
LC RC
avec la transversale LFE on obtient que :

LB EC FA
· · = 1.
LC EA FB
LB FB RB FB
Or AE = AF, donc = , d’où = . Finalement :
LC EC RC EC
 ac

 FB = BD cos B = cos B

 b +c RB c cos B

 ab =⇒ = =⇒ AR⊥BC =⇒ AP⊥BC.

EC = CD cos C = cos C RC b cos C
b+c
470 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

Exercice 21

Soit ABCD un quadrilatère inscrit dans le cercle ω. On note {P} = (AB) ∩ (CD) et {Q} =
(AD) ∩ (BC). Les tangentes à ω issues de Q le coupent en E et F. Les tangentes à ω issues
de P le coupent en G et H. On désigne par L le point d’intersection de (EF) avec (GH).
Montrer que (OL)⊥(PQ).

Solution.

Soit K le point d’intersection de (AC) avec b

P
(BD). La polaire de P est la droite (KQ), la po-
laire de Q est la droite (KP). Puisque Q appar-
tient à la polaire de P, alors P appartient à la b
b
H
E
polaire de Q, d’où P ∈ (EF) (puisque P appar- b
C

tient à la polaire de Q, alors Q appartient à la D


b
polaire de P, donc Q ∈ GH). Par suite, PQ est b
b
la polaire de {L} = (EF) ∩ (GH). En conclusion, B
L b

P ∈ (EF), Q ∈ (GH) et (OL)⊥(PQ). G


b
O
b

A
b

Q b

Exercice 22 : (Olympiade Ibéro-Américaine, 1995)

Soient ABC un triangle, ω le cercle inscrit, et D, E, F les points de contact de ω avec les
côtés BC, CA, AB respectivement. Soient {X} = (DA) ∩ ω, {Y } = (BX) ∩ ω et {Z} = (CX) ∩ ω.
Montrer que : XA = XD ⇐⇒ EY = FZ.

Solution. La droite (DE) est la polaire de C par rapport à ω. Soit {T } = (DE) ∩ (CX), alors
[X, Z, T , C] division harmonique ⇐⇒ E[X, Z, T , C] est un faisceau harmonique. Soit {Z ′ } =
(AD) ∩ (EZ), alors [A, D, X, Z ′ ] est une division harmonique. Donc, XA = XD ⇐⇒ Z ′ est le
point à l’infini ⇐⇒ (EZ) (AD). De même, on montre que (FY ) (AD). D’où (EZ) (FY ), ce
qui signifie que EZY F est un trapèze isocèle (étant inscriptible), donc EZ = EY .
b
A

Xb
F
b
E
b

b
b

Y
Z
b b b

B D C

Exercice 23 : (Proposé à l’OIM, 2005)

Soient ABC un triangle, ω son cercle inscrit, et D, E, F les points de contact de ω avec les
côtés BC, CA, AB respectivement. Soit X un point à l’intérieur du triangle tel que le cercle
ω1 inscrit dans le triangle BXC touche les côtés XB, XC, BC aux points Z, Y , D respective-
ment. Montrer que les points E, F, Y et Z sont cocycliques.

Solution. Soit T le point d’intersection de (BC) avec (EF). Comme la division [B, C, D, T ] est
harmonique, alors T est conjugué harmonique à D par rapport aux points B, C, il résulte que
T ∈ (Y Z). Puisque T D 2 = T E·T F (puissance de T par rapport à ω), et T D 2 = T Y ·T Z (puissance
de T par rapport à ω1 ), alors T E · T F = T Y · T Z, donc les points E, F, Y et Z sont cocycliques.
8.3. EXERCICES 471

Exercice 24 : (Iran, 2005)

Soient ABC un triangle isocèle en A, et P ∈ (BC) tel que C ∈ [BP]. Soient X ∈ (AB) et
Y ∈ (AC) tels que (PX) (AC), (PY ) (AB) et [AT ] diamètre du cercle circonscrit au triangle
ABC. Montrer que (XY )⊥(PT ).

Solution. Soit T1 le second point d’intersection de la droite (PT ) avec le cercle circonscrit
au triangle ABC. Comme (AT1 )⊥(PT ), il reste à montrer que (XY ) (AT1 ). Les demi-droites
\
[T1 A) et [T1 P) sont bissectrices de BT 1 C. Donc, [B, C, S, P] est une division harmonique, et
{S} = (AT1 ) ∩ (BC) =⇒ A[B, C, S, P] est un faisceau harmonique. Notons {R} = (XY ) ∩ (AP). Par
conséquent, [X, Y , R, ∞] est une division harmonique, et ainsi (XY ) (AT1 ).

Exercice 25 : (Roumanie, 2004)

Le cercle C(I) inscrit dans le triangle ABC touche les côtés BC, CA et AB aux points A′ , B′
et C ′ . Soient {P} = (AA′ ) ∩ (BB′ ), {M} = (AC) ∩ (A′ C ′ ) et {N } = (BC) ∩ (B′ C ′ ).
Montrer que (PI)⊥(MN ).

Solution. La droite (AA′ ) est la polaire du point N par rapport à C(I), et P ∈ (AA′ ), donc le
point N appartient à la polaire de P. La droite (BB′ ) est la polaire de M, et P ∈ (BB′ ), donc M
appartient à la polaire de P. En conclusion, la droite (MN ) est la polaire de P par rapport à
C(I), ainsi (IP)⊥(MN ).

Exercice 26 : (Chine, 2006)

Soient ω un cercle de centre O et diamètre [AB], et C un point tel que B ∈ [AC]. Une droite
passant par C coupe ω aux points D et E avec D ∈ [EC]. Le segment [OF] est un diamètre
du cercle ω1 , de centre O1 , et circonscrit au triangle BOD. La droite (CF) coupe à nouveau
ω1 au point G. Montrer que les points O, A, E et G sont cocycliques.

Solution. Soit {P} = (AE) ∩ (BD). La polaire de P par rapport à ω est la droite passant par
{C} = (AB) ∩ (DE) et par {H} = (AD) ∩ (EB). Donc, la droite (HC) est la polaire de P et
(OP)⊥(HC). Notons {Q} = (OP) ∩ (HC), on observe que les points Q, D, E appartiennent au
cercle de diamètre [PH]. Il s’ensuit que les points Q, D, E, P, H sont cocycliques, et des rela-
[ = PED
tions PQD [ = DBO [ il résulte que les points Q, D, B, O sont cocycliques. Donc, Q = G
puisque ce sont, à nouveau, les points d’intersection du cercle circonscrit au triangle BOD
avec le cercle de diamètre [OC]. Par suite, {P} = (BD) ∩ (OG) =⇒ PE · PA = PD · PB = PG · PO,
ce qui veut dire que les points O, A, E et G sont cocycliques.

Exercice 27 : (Hong-Kong, 2006)

Un quadrilatère convexe ABCD, avec AC , BD, est inscrit dans le cercle ω de centre O.
[=
€ + PCB
Soient {E} = (AC) ∩ (BD), et P un point à l’intérieur du quadrilatère tel que : PAB
[ [
PBC + PDC = 90°. Montrer que P ∈ (OE).

Solution. Notons C(O), C1 (O1 ) et C2 (O2 ) les cercles circonscrits à ABCD, et aux triangles PAC
et PBD respectivement. Remarquons que :
 
[ = 360° − PAB
APC [ + ABC
€ + PCB [ = 270° − ABC [ = 90° + ADC,
[
   
[ = 90° + ADC;
d’où APC [ AO \ [ [ [ \
1 C = 2 180° − APC = 2 90° − ADC = 180° − AOC. Donc, AO1 C +
[ = 180° et la droite (OO1 ) est la médiatrice de [AC]. Ainsi, (AC) est la polaire de O1
AOC
par rapport à ω. On montre, de même, que (BD) est la polaire de O2 par rapport à ω. D’où,
472 CHAPITRE 8. GÉOMÉTRIE PROJECTIVE

{E} = (AC) ∩ (BD) est le pôle de (O1 O2 ) par rapport au cercle ω. En conclusion, (OE)⊥(O1 O2 ).

Exercice 28

Soient ω un cercle de centre O, et A un point en dehors de ω. Les tangentes issues de A


touchent ω aux points B et C. On désigne par M le milieu de [AB] ; N le second point
d’intersection de (MC) avec ω ; et P le second point d’intersection de (AN ) avec ω.
Montrer que :
1 (CP) (AB),
2 AP = 2 · MC,
3 AN = 2 · MN .

Solution.
➀ Comme MA2 = MB2 = MN · MC, il résulte que les triangles MAC et MN A sont sem-
blables, d’où (PC) (AB) et BP = BC.
➁ Soit S le symétrique de C par rapport à M, alors ACBS est un parallélogramme. Comme
AB = CA, BP = AS et ABP [ il résulte que les triangles ABP et CAS sont isomé-
€ = CAS,
triques, et en particulier AP = SC, d’où AP = 2 · MC.
1
➂ Des relations AN · AP = AB2 , AB2 = MN · MC, il résulte que :
4
AB2 AB2
AP = 2 · MC =⇒ = 2· =⇒ AN = 2 · MN .
AN 4 MN

Exercice 29

Soit ABCD un quadrilatère possédant un cercle inscrit de centre O. Le point M est la


projeté orthogonal de O sur la diagonale [AC].
Montrer que (AC) est une bissectrice de l’angle ∠BMD.

Solution.
b
A

F
b
M b
b
O D
b

E b
b

C
b
B T
b

Soient a ∈ [AB], b ∈ [BC], c ∈ [CD] et d ∈ [DA] les points de contact du cercle inscrit avec ABCD.
On pose : {I} = (ac) ∩ (bd), {J} = (ad) ∩ (bc) et {K} = (ab) ∩ (cd). Comme les polaires de A et C
passent par J, la polaire de J est la droite (AC) prouvant l’alignement des points A, C, I et J. De
même, la polaire de K est la droite (BD) prouvant l’alignement des points B, D, I et J.
Le faisceau A[I, J, a, d] = −1 est harmonique, en le coupant par la droite (BD), on voit qu’on a
une division harmonique [B, D, I, J] = −1. On a donc un faisceau harmonique : M[B, D, I, J] =
−1. Or, dans ce faisceau, on sait que (MI)⊥(MJ) car (MI) est la polaire de J, i.e., les points M
\
et J sont inverses par rapport au cercle. En conclusion : (AC) est bissectrice de BMD.
Index alphabétique
✄ ✄
✂C ✁ ✂R ✁
Cercle d’Apollonius 448 Relation de Feuerbach 439

✂D ✁

✂T ✁
Droite de Nagel 96
Droite de Simson 106 Théorème de Brianchon 465
Théorème de Brocard 464
✄ Théorème de Cassey 175
✂F ✁ Théorème de Clifford 259
Formule de Conway 35 Théorème de Feuerbach 180
Formule de la bissectrice 14 Théorème de Gergonne 39
Formule de la médiane 14 Théorème de Hartcourt 466
Théorème de La Hire 424,463
✄ Théorème de Lemoine 155
✂L ✁ Théorème de Ménélaüs 283
Lemme de Nagel 96 Théorème de Miquel 137
Lemme de Sawayama 440 Théorème de Monge 92
Théorème de Napoléon 211,112
✄ Théorème de Newton 464
✂N ✁ Théorème de Pascal 247
Notation de Conway 33 Théorème de Pick 300
Théorème de Pompeiu 126
✄ Théorème de Salmon 246,466
✂P ✁ Théorème de Steiner 239,441
Point de Fermat 133 Théorème de Stewart 13
Point de Gergonne 224 Théorème de Titeica 261
Point de Lemoine 225 Théorème de Van Aubel 207
Point de Nagel 226 Théorème du papillon 458

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