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GéRIS Cadre-De-Référence

Le document présente le Cadre de référence du Guide d’évaluation de la personne à risque suicidaire (GÉRIS), élaboré par une équipe de professionnels de la santé mentale. Il inclut des sections sur l'évaluation du risque, les principes de base, et les interventions à entreprendre, tout en soulignant l'importance de la collaboration et de la documentation. Le guide vise à fournir des outils et des méthodes pour aider les cliniciens à évaluer et à intervenir auprès des personnes à risque suicidaire.

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GéRIS Cadre-De-Référence

Le document présente le Cadre de référence du Guide d’évaluation de la personne à risque suicidaire (GÉRIS), élaboré par une équipe de professionnels de la santé mentale. Il inclut des sections sur l'évaluation du risque, les principes de base, et les interventions à entreprendre, tout en soulignant l'importance de la collaboration et de la documentation. Le guide vise à fournir des outils et des méthodes pour aider les cliniciens à évaluer et à intervenir auprès des personnes à risque suicidaire.

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Cadre de référence du Guide

d’évaluation de la personne à
risque suicidaire (GÉRIS)

Révision linguistique en cours.


Rédaction
Gérard Lebel, infirmier clinicien, M. Ps., M. Sc. adm., Chef de service partenariat en interventions aux
clientèles vulnérables, Institut universitaire en santé mentale Douglas, Centre intégré universitaire en
santé et services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Roxanne Ste Marie, Ps.Éd. D.E.S.S. Santé mentale, Conseillère cadre en réadaptation sociale, Direction
des services multidisciplinaires, Centre intégré universitaire en santé et services sociaux de l’Ouest-de-
l’Île-de-Montréal

Collaboration à la rédaction
Nathalie Boudrias, infirmière clinicienne, Conseillère à la direction des soins infirmiers, Institut
universitaire en santé mentale Douglas, Centre intégré universitaire en santé et services sociaux de
l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Marjorie Montreuil, inf. PhD, École de sciences infirmières Ingram, Université McGill

Équipe de projet
Anissa Mounib, Adjointe à la directrice, Direction des programmes santé mentale et dépendances,
Centre intégré universitaire en santé et services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Jocelyn Labbé, Chef soutien clinique multisite, Direction des programmes jeunesses, Centre intégré
universitaire en santé et services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Révision
Dre. Johanne Renaud, Chef médical - Programme de pédopsychiatrie, Unité CD-Intervention intensive
adolescents, CE-Troubles dépressifs et suicidaires, Centre intégré universitaire en santé et services
sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Dr. Stéphane Richard-Devantoy, Chercheur au Groupe McGill sur le suicide, Psychiatre au programme
des troubles dépressifs de l’Institut universitaire en santé mentale de Douglas et à l’Hôpital de St-Jérôme.

Hakim Hadji, Agent de planification, de programmation et de recherche, Direction de l’accès, qualité,


performance et bureau de projets, Centre intégré universitaire en santé et services sociaux de l’Ouest-
de-l’Île-de-Montréal

Claudine Houle, inf. M. Sc., Conseillère en interventions spécialisés, Psychothérapeute, Centre


universitaire de santé McGill.

Marie-Josée Poirier, Conseillère cadre en interventions infirmiers, Direction des interventions infirmiers,
Soutien et pratique professionnelle, Centre intégré en santé et services sociaux de l’Outaouais.

i
Étienne Paradis-Gagné, inf. M. Sc., Doc.(c), Conseiller-cadre en interventions infirmier Institut Philippe
Pinel de Montréal

Lynn Fournier, Inf. M. Sc., Conseillère en interventions spécialisés-Hôpital Saint-Anne-de-Bellevue,


Centre intégré universitaire en santé et services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Philippe Asselin, inf. M. Sc., CSPSM(c) Conseiller en soins spécialisés - oncologie, soins palliatifs et santé
mentale, Centre hospitalier universitaire de Québec

Ariane Lanoue, Chargée de projet, Bureau de projets organisationnels – DGA, Centre intégré universitaire
en santé et services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Soutien au transfert de connaissances


Marie-Ève Manseau-Young, M.A. T.S., Agente de planification, de programmation, et de recherche,
Direction des affaires universitaires, de l'enseignement et de la recherche (DAUER), Centre intégré
universitaire en santé et services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Geneviève Côté-Leblanc, M. Sc. Erg., Chef du transfert des connaissances et de l’innovation, Direction
des affaires universitaires, de l'enseignement et de la recherche (DAUER), Centre intégré universitaire
en santé et services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Comité scientifique

Réseau québécois sur le suicide, les troubles de l’humeur et les troubles associés.

Référence complète pour citation


Lebel, G., Ste-Marie, R., Boudrias, N., & Montreuil, M. (2018). Cadre de référence du Guide
d’évaluation de la personne à risque suicidaire (GÉRIS). CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Avril 2018

ii
Table des matières
TABLE DES MATIÈRES .......................................................................................................................... III
LISTE DES ACRONYMES ......................................................................................................................... V
DÉFINITIONS ........................................................................................................................................ VI
PARTIE 1 : INTRODUCTION, DÉVELOPPEMENT DU GUIDE ET ÉTIOLOGIE DU SUICIDE ................... 1
1.1 INTRODUCTION ....................................................................................................................... 1
1.2 DÉVELOPPEMENT DU GUIDE......................................................................................................... 6
1.2.1 Méthode ...................................................................................................................................... 6
1.3 ÉTIOLOGIE DU SUICIDE .............................................................................................................. 8
PARTIE 2 : PRINCIPES DE BASE AU PROCESSUS D’ÉVALUATION DU RISQUE ...................................11
2.1 ALLIANCE ET COLLABORATION................................................................................................... 11
2.2 PROCESSUS CONTINU............................................................................................................... 11
2.3 POSER LA QUESTION DIRECTEMENT .............................................................................................. 12
2.4 UTILISER DES QUESTIONS OUVERTES ............................................................................................. 12
2.5 TÂCHE COMPLEXE ET EXIGEANTE ................................................................................................ 13
2.6 FACTEURS DE RISQUE ET JUGEMENT CLINIQUE ................................................................................. 13
2.7 SUICIDE ET CULTURE ............................................................................................................... 14
2.8 INFORMATIONS AU DOSSIER ....................................................................................................... 14
2.9 INFORMATIONS COLLATÉRALES ................................................................................................... 14
2.10 NE PAS TRAVAILLER SEUL ......................................................................................................... 15
2.11 LE PROFESSIONNEL FACE À LA SOUFFRANCE ET LA QUESTION DU SUICIDE ................................................ 16
2.11.1 Rester sensible à ses propres limites....................................................................................................16
2.11.2 Gérer ses propres réactions émotives ...................................................................................................16
2.11.3 Réactions émotives courantes face à une personne suicidaire: .....................................................................18
2.11.4 Comportements à identifier et à gérer :...............................................................................................19
2.11.5 Rester à l’affût et aller chercher de l’aide ...........................................................................................20
PARTIE 3 : PRÉSENTATION DU GUIDE .................................................................................................21
3.1 PRATIQUE CLINIQUE ................................................................................................................ 21
3.1.1 Démarches à effectuer par le clinicien .................................................................................................22
3.2 EXPLICATIONS DÉTAILLÉES SUR LES ITEMS À CONSIDÉRER .................................................................... 23
A. Urgence suicidaire .............................................................................................................................27
A.1 Idées suicidaires ......................................................................................................................... 28
A.2 Durée des idées ......................................................................................................................... 30
A.3 Intention suicidaire ..................................................................................................................... 31
A.4 Planification.............................................................................................................................. 32
A.5 Contrôle des idées ....................................................................................................................... 35
A.6 Tension émotive ......................................................................................................................... 37
A.7 Capacité à accepter de l’aide........................................................................................................... 40
B Dangerosité .....................................................................................................................................42
B.1 Létalité du moyen........................................................................................................................ 42
B.2 Accès au moyen ......................................................................................................................... 43
C Facteurs additionnels ..........................................................................................................................45
C.1 Description du plan et signes avant-coureurs ....................................................................................... 46
C.2 Antécédents de tentatives de suicide et niveau de risque associé ................................................................ 47
C.2.1 Idées suicidaires antérieures..................................................................................................... 49

Révision linguistique en cours. iii


C.2.2 Gestes autodestructeurs et d’automutilation ................................................................................. 49
C.3 Facteurs/événements précipitants (proximaux) ................................................................................... 51
C.3.1 Exemples d’événements précipitants : ........................................................................................ 53
C.4 Facteurs prédisposants et contribuants (développementaux et distaux) ........................................................ 54
C.4.1 Facteurs prédisposants ........................................................................................................... 54
C.4.2 Facteurs contribuants ............................................................................................................ 56
D Facteurs de protection .........................................................................................................................59
D.1 Exemples de facteurs de protection .................................................................................................. 59
E Déterminer un niveau de risque global — absent, faible, modéré, élevé ..............................................................63
E.1 Comment remplir/évaluer la cote globale .......................................................................................... 64
E.2 Exemple de cote globale ................................................................................................................ 65
E.3 Informations manquantes pour la cote globale ...................................................................................... 66
E.4 Tableau de l’évolution du risque suicidaire / sommatif ........................................................................... 67
3.3 FRÉQUENCE D’ÉVALUATION SUGGÉRÉE :........................................................................................ 68
PARTIE 4 DÉTERMINER LES INTERVENTIONS, DOCUMENTER, RECONNAÎTRE LES GROUPES
VULNÉRABLES .......................................................................................................................................70
4.1 DÉTERMINER LES INTERVENTIONS À ENTREPRENDRE, COMPRENANT ENTRE AUTRES LES NIVEAUX DE SURVEILLANCE
ET DE SUIVI APPROPRIÉS AU NIVEAU DE RISQUE...................................................................................... 70
4.2 DOCUMENTER L’ENSEMBLE DE SES DÉMARCHES D’ÉVALUATION ET D’INTERVENTION ................................... 70
4.3 RECONNAÎTRE LES GROUPES VULNÉRABLES AU SUICIDE EN FONCTION DE LA POPULATION GÉNÉRALE ................................ 71
5 CONCLUSION ......................................................................................................................................72
6 RÉFÉRENCES ........................................................................................................................................73
ANNEXE 1 GUIDE DE QUESTIONS POUR COMPLÉTER LE GUIDE D’ÉVALUATION DE LA PERSONNE
À RISQUE SUICIDAIRE ..........................................................................................................................80

iv
Liste des acronymes

AQIISM Association québécoise des infirmiers et infirmières en santé mentale


AQPS Association québécoise de prévention du suicide
CDC-IUD Centre Dollard-Cormier – Institut universitaire sur les dépendances
CSSS Centre de santé et de services sociaux
CIUSSS Centre intégré universitaire en santé et services sociaux
ODIM Ouest-de-l’Île-de-Montréal
GEDPAS Grille d’estimation de la dangerosité d’un passage à l’acte suicidaire (Suicide Action
Montréal, Centre Dollard-Cormier, Institut universitaire sur les dépendances)
GÉRIS Guide d’évaluation de la personne à risque suicidaire
MSP Ministère de la santé publique
MSSS Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec
NSPL National Suicide Prevention Lifeline
RQSHA Réseau Québécois sur le suicide, les troubles de l’humeur et troubles associés
RUD Risque, Urgence, Dangerosité
SAM Suicide Action Montréal

v
Définitions

Afin de nous doter d’une compréhension commune des termes relatifs au suicide, nous avons
retenu les définitions validées dans l’Échelle d’évaluation de Columbia sur le risque suicidaire
(Posner et coll., 2009) :

Idéation suicidaire :

Désir d'être mort

Le sujet souscrit à des pensées concernant le désir d'être mort ou de ne plus


être vivant, ou le désir de s'endormir et de ne pas se réveiller.

Pensées suicidaires actives non spécifiques

Pensées générales non spécifiques au cours de la période d’évaluation


concernant le désir de s'enlever la vie/se suicider (p. ex. : « J'ai pensé à me
suicider ») sans penser à des moyens de se suicider ou à des méthodes,
intentions ou plans connexes.

Idéation suicidaire active avec définition de méthodes (pas de plan) et sans


intention de passer à l'acte

Le sujet confirme penser au suicide et a pensé à au moins une méthode au cours


de la période d'évaluation. Ceci diffère d'un plan spécifique comprenant le
moment, l'endroit ou une méthode détaillée (p. ex. : penser à une façon de se
suicider mais sans plan spécifique). Comprend les personnes qui diraient : « J'ai
pensé prendre une surdose de médicaments mais je n'ai pas fait de plan
spécifique concernant le moment ou la manière dont je m'y prendrais… et je ne
pourrais jamais y arriver. »

Idéation suicidaire active avec une certaine intention de passer à l'acte, sans
plan spécifique

Le sujet a des pensées suicidaires actives et déclare avoir une certaine intention
de passer à l'acte, comparativement à : « J'y pense mais je ne mettrai
certainement pas ces pensées à exécution. »

Idéation suicidaire active avec plan spécifique et intention de passer à l'acte

Le sujet a des pensées suicidaires et un plan détaillé entièrement ou


partiellement mis au point accompagné d'une certaine intention de mettre son
plan à exécution.

Tentative de suicide réelle: Acte autoagressif potentiellement dommageable


commis avec le désir plus ou moins fort de mourir, à la suite de cet acte. Ce
comportement a été en partie envisagé comme moyen de se suicider.
L'intention suicidaire ne doit pas être nécessairement de 100 %. Si une
intention/volonté quelconque de mourir est associée à l'acte, celui-ci pourra
alors être qualifié de tentative de suicide réelle. La présence de blessures ou

vi
de lésions n'est pas obligatoire, le potentiel de blessure ou lésion suffit. Si la
personne appuie sur la détente d'une arme à feu placée dans sa bouche mais
que l'arme est brisée et qu'aucune blessure n'est engendrée, cet acte est
considéré comme étant une tentative.

Tentative de suicide interrompue : Lorsque la personne est interrompue (par


des circonstances externes) au moment où elle tente de poser le geste pouvant
lui causer des blessures (sans cette interruption, la tentative réelle aurait eu
lieu).

Surdose : la personne a les pilules dans la main mais on l'empêche de les avaler.
Lorsque les pilules sont avalées, il s'agit d'une tentative plutôt que d'une
tentative interrompue. Arme à feu : la personne a une arme à feu pointée sur
elle-même, quelqu'un lui enlève son arme ou on l'empêche de quelque façon
que ce soit d'appuyer sur la détente. Si la personne appuie sur la détente, même
si le coup ne part pas, il s'agit d'une tentative. Saut : la personne s'apprête à
sauter mais quelqu'un l'attrape par derrière et l'éloigne du bord. Pendaison : la
personne a la corde autour du cou mais ne s'est pas encore pendue – quelqu'un
l'en empêche.

Tentative de suicide avortée :


Lorsqu'une personne commence à prendre des mesures en vue de commettre
une tentative de suicide, mais s'arrête d'elle-même avant d'adopter le
comportement autodestructeur. Les exemples sont les mêmes que ceux pour
les tentatives interrompues, sauf que le sujet s'arrête de lui-même au lieu d'être
arrêté par quelque chose d'autre.

Idées suicidaires :

Intention suicidaire : attente et désir subjectifs qu’un comportement


d’autoagression soit létal.

Intention présumée : même si le sujet nie qu'il a l'intention ou le désir de


mourir, son intention ou son désir peut être présumé cliniquement selon le
comportement ou les circonstances. Par exemple, un acte pouvant entraîner
une mort certaine et ne relevant clairement pas d'un accident, de sorte qu'il ne
peut être assimilé qu'à une tentative de suicide (p. ex. : se tirer une balle dans
la tête, sauter par la fenêtre d'un étage élevé). De plus, si la personne nie son
intention de mourir mais qu'elle croyait que ce qu'elle a fait pouvait être
mortel, l'intention peut être présumée.

Actes ou comportements préparatoires :


Actes ou préparatifs en vue de commettre une tentative imminente de suicide.
Il peut s'agir de toute chose qui dépasse le stade de la verbalisation ou de la

vii
pensée, telle que réunir les éléments d'une méthode particulière (p. ex. :
acheter des pilules, se procurer une arme à feu) ou se préparer à mourir par
suicide (p. ex., donner ses biens, écrire une lettre de suicide).

viii
Partie 1 : Introduction, développement du guide et étiologie du
suicide

1.1 Introduction
Introduction

Depuis quelques années, afin de prévenir le suicide, le MSSS a mis en œuvre diverses
actions, dont la Stratégie québécoise d’action face au suicide : s’entraider pour la vie
(MSSS, 1998), qui préconisait la création de services accessibles aux personnes présentant
un risque suicidaire. Le ministère a également proposé un cadre de référence en vue de
favoriser l’implantation de sentinelles en prévention du suicide (MSSS, 2006).

À partir de 2010, les efforts de prévention du suicide se sont intensifiés. Plus récemment,
d’autres actions préventives destinées à l’ensemble de la population ont été présentées
dans le Guide des bonnes pratiques en prévention du suicide à l’intention des intervenants
des CSSS1. À l’heure actuelle, le MSSS vise à rehausser la qualité des interventions et
services en prévention du suicide et propose des stratégies en vue de réduire les décès
par suicide. Le ministère souligne notamment la nécessité d’améliorer l’évaluation, la
prise en charge et le suivi des personnes suicidaires ainsi que celle d’augmenter
davantage les efforts en matière de prévention. Ainsi, la réduction du nombre de suicides
figure parmi les priorités du Programme national de santé publique 2015-2025 (MSSS,
2015a) et du Plan d’action en santé mentale 2015-2020 (MSSS, 2015).

Le suicide et les tentatives de suicide restent des problèmes importants de santé publique
pour lequel chaque professionnel doit travailler en synergie afin d’en diminuer l’incidence
(Laflamme, 2007). En effet, au cours de leur carrière, et selon les milieux de pratique, il y
a de forts risques que des professionnels aient à transiger avec des personnes suicidaires.
Il est connu que « près de 20 % à 50 % des adultes ayant eu des idées suicidaires, un plan

1 Lane, Archambault, Collins-Poulette et Camirand, 2010

Révision linguistique en cours. 1


ou fait une tentative de suicide ont reçu des services de santé mentale dans l’année
précédente »2.

La Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le


domaine de la santé, prévoit que l’ensemble des professionnels doivent : informer, faire
la promotion de la santé et la prévention de la maladie, des accidents et des problèmes
sociaux, ce qui inclut nécessairement la prévention du suicide. À cet égard, afin d’offrir
un service qui répond à chaque individu présentant un risque suicidaire, les
professionnels doivent pouvoir bien cerner la situation « à risque » et adapter leurs
interventions 3. Ce guide s’adresse surtout aux professionnels faisant partie d’un ordre
professionnel oeuvrant auprès des différentes clientèles et ayant les connaissances et
compétences en évaluation psychosociale et comportementale requises. Il s’inscrit dans
un processus d’évaluation, de planification des interventions, des références et de suivi
de l’usager suicidaire. Il complète et s’intègre à l’évaluation professionnelle du clinicien
(Alonzo et Gearing, 2017).

Bien que la prévention du suicide soit l’affaire de tous, l’étendue des rôles et des
responsabilités varie selon le type de pratique professionnelle et les milieux de soins et
d’intervention. À cet effet, « le type d’outil utilisé et l’approche adoptée peuvent dépendre
du milieu d’intervention et de l’intention (soit le dépistage, la surveillance ou la
détermination du risque) qui sous-tend l’évaluation ’’4. Afin de faciliter l’organisation de
certains services et d’éviter des bris de services, certains intervenants ne faisant pas partie
d’un ordre professionnel, mais ayant des compétences requises en matière d’évaluation
pourraient utiliser le guide après avoir suivi une formation relative à son utilisation et aux
limitations encadrant leurs interventions déterminées par la direction concernée.

2
(Traduction libre de Encrenaz et coll., 2012 ; Han, Compton, Gfroerer, McKeon, 2014 ; Stanley, Hom et Joiner,
2015 dans Alonzo et Gearing, 2017, emplacement 4925 sur 16 730 (Version Kindle)
3 Notredame, Daniels, Rancourt, Turecki, et Richard-Devantoy, 2017
4
Perlman, Neufeld, Martin, Goy et Hirdes, 2011, p. 77

2
C’est dans cette perspective de prévention du suicide, telle qu’énoncée dans sa politique
et procédure d’intervention que le Centre intégré universitaire de santé et de services
sociaux de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal a décidé de se doter d’un guide d’évaluation
convivial et simple d’utilisation pour les différents professionnels œuvrant dans divers
milieux de santé et des services sociaux.

Ce guide doit :
• Être fondé sur les données probantes afin de permettre aux intervenants
d’évaluer le risque suicidaire en tenant compte des facteurs reliés au suicide les
plus sensibles retrouvés dans les écrits scientifiques ;
• Être convivial afin de tenir compte des différents milieux de soins et de services
sociaux ;
• Permettre de procéder à l’évaluation du risque suicidaire et au suivi requis sur une
base quotidienne, et si nécessaire, pour tous les quarts de travail, ou de façon
moins fréquente, comme en milieu ambulatoire ou communautaire.
• Contribuer à la continuité des interventions au sein d’une équipe interdisciplinaire
tout au long de l’épisode de services jusqu’à la résolution de la crise suicidaire ou
diminution du risque suicidaire.
• S’arrimer avec l’outil de première ligne déployé dans les établissements de santé
et services sociaux au travers du Québec afin de répondre à la demande du
Ministère de la Santé et des services sociaux, favorisant ainsi l’utilisation d’un
langage commun entre les services de 1ére, 2ème et 3ème ligne ;
• Tenir compte des spécificités et des symptômes des troubles mentaux ;
• Permettre aux intervenants de déterminer le niveau de risque et le
développement d’un plan d’intervention personnalisé ;
• Faciliter la collaboration avec différentes instances relatives à la prévention du
suicide et de solliciter, au besoin, d’autres experts reconnus dans le domaine ;

3
Dans son Cadre de référence en matière d’application de la Loi sur la protection des
personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui –
Garde en établissement de santé et de services sociaux, le MSSS (2018) souligne que :

Évaluer ou estimer la dangerosité d’une personne consiste à établir un pronostic. Il


s’agit dès lors d’appréhender un ensemble de faits susceptibles de favoriser le
passage à l’acte. Puisque chaque cas est unique et que l’évaluation du danger est
subjective à plus d’un égard, les professionnels chargés d’évaluer ou d’estimer la
dangerosité doivent pouvoir compter sur des outils leur permettant de soutenir
leur décision. L’utilisation d’un outil basé sur une démarche systématique peut
diminuer les risques d’erreur de jugement, tout en facilitant l’intervention auprès
de la personne. Le plus souvent, il s’agit d’une grille d’analyse (questionnaire) qui
passe systématiquement en revue les facteurs de risque de danger ou de protection
à l’encontre de celui-ci présents chez la personne visée ou son entourage. (MSSS,
2018, p. 24)

Ainsi, le principal but de ce guide est de sensibiliser et d’habiliter les intervenants à avoir
la capacité de préciser la sémiologie des idées suicidaires et à identifier les facteurs de
risque et de protections des conduites suicidaires. Le guide d’évaluation du risque
suicidaire vise à aider les intervenants à mieux définir leur jugement clinique, ce qui, en
complément des travaux du Dre. Monique Séguin (Séguin 2001; Lafleur et Séguin, 2008)
et du Groupe McGill sur le suicide (Turecki, Lepage, Desrochers, 2012; Turecki et Brent,
2016; Notredame et coll., 2017), va permettre d’améliorer de façon significative
l’évaluation clinique du possible scénario suicidaire.

L’évaluation du risque/potentiel suicidaire est un processus complexe et multifactoriel et


elle ne peut pas être assujettie uniquement à un guide d’évaluation aussi valide et fiable
soit-il. Le jugement clinique demeure central aux interventions et à la relation de
confiance. Bien entendu, l’utilisation d’un outil d’évaluation du risque suicidaire n’est pas
une fin en soi. Il importe d’inscrire cet outil dans une démarche globale qui s’inscrit dans
un programme en prévention du suicide où la mise en place d’une politique et d’un
protocole d’intervention viendront soutenir les intervenants dans toutes les dimensions
de leurs interventions. Le présent document se veut un cadre de référence procurant les

4
fondements, les principes d’utilisation et les composantes du guide d’évaluation de la
personne à risque suicidaire (GÉRIS) ainsi qu’une proposition des interventions auprès de
cette dernière. Le présent cadre de référence présente donc uniquement le GÉRIS et les
recommandations quant à son utilisation. La méthodologie utilisée pour le créer ainsi que
les principes directeurs ayant guidés le développement de cet outil seront aussi
présentés.

Le guide d’évaluation de la personne à risque suicidaire fera l’objet d’un processus de


validation grâce à la contribution du RQSHA. Actuellement, aucune échelle ou grille ne permet de
prédire cliniquement de façon certaine le risque suicidaire d’une personne donnée; les grilles
actuellement validées n’ont pas plus que 5% comme valeur prédictive positive (Carter, G., Milner, A.,
McGill, K., Pirkis, J., Kapur, N., & Spittal, M. (2017).

5
1.2 Développement du guide
1.2.1
1.2.1 Méthode

Comme mentionné précédemment, le CIUSSS ODIM a décidé de se doter d’un guide


d’évaluation convivial et simple d’utilisation pour les différents professionnels œuvrant
dans divers milieux de santé et des services sociaux. Afin de s’assurer que ce guide soit
basé sur les données probantes, la Direction du programme de santé mentale et dépendance
du CIUSSS ODIM a confié au RQSHA le mandat de procéder à une revue des écrits sur
les facteurs de risques à inclure dans son guide. Tout au long du document, nous attirerons
l’attention du lecteur sur les facteurs de risque qui ont été répertoriés dans cette revue des
écrits par l’utilisation de caractères gras.

Nous avons également organisé une rencontre interdisciplinaire avec l’équipe du RQSHA
afin d’établir un certain consensus sur les facteurs à inclure dans le guide. Les cliniciens
(psychiatres, travailleurs sociaux, psychologues, infirmières cliniciennes et conseillères)
présents à cette rencontre avaient une expérience significative auprès de personnes
suicidaires et étaient issus de milieux de pratiques diversifiés (santé mentale, pédiatrie,
hôpitaux et communautaire). Durant cette rencontre, les psychiatres chercheurs du
RQSHA, Dr. Stéphane Richard Devantoy et Dr. Charles-Édouard Notredame, ont insisté
sur l’importance d’intégrer trois volets d’évaluation selon les travaux de Dre Monique
Séguin (2001) soit le risque, l’urgence et la dangerosité (RUD) au GÉRIS. De plus, il est
apparu nécessaire d’inclure davantage de variables, tel que le contrôle des idées, la détresse
et la capacité d’accepter de l’aide pour nous assurer que l’urgence était bien cernée, parce
puisqu’elles peuvent contribuer à l’imminence d’un passage à l’acte.

Enfin, plusieurs guides de pratique et articles scientifiques ont été consultés. Outre la Grille
d’estimation de la dangerosité d’un passage à l’acte suicidaire GEDPAS5, plusieurs autres
outils furent considérés et ont inspiré le développement de l’outil présenté dans ce
document. Par exemple, l’Échelle d’évaluation de Columbia (Posner et coll., 2009), le SAD
PERSONS (Patterson, 1983), le Patient Health Questionnaire (Spitzer RL, 1999), des

5
Lavoie B., Lecavalier, M., Angers, P., & Houle, J, 2012

6
échelles de symptômes dépressifs et anxieux telles que celles de BECK (Bouvard, 2005),
le RUD (Séguin, M., 2001), Suicidal intention scale (SIS) et Scale for Suicidal Ideation
(SSI) (Beck, 1974, 1979). L’exercice a permis de mettre en lumière le fait que chaque outil
et chaque guide de pratique a ses forces et ses limites, tout comme l’ont remarqué Perlman
(2011), dans le « Guide d’évaluation du risque de suicide : Une ressource pour les
organismes de santé » ainsi que Bernert, Hom et Roberts, (2014) dans leur revue de guides
de pratiques multidisciplinaires. Une autre étape dans le développement du guide avait
comme objectif de mieux comprendre «l’expérience utilisateur » des cliniciens évaluateurs.

Cette étape de consultation et mise à l’essai avait comme objectif de s’assurer d’apporter
des modifications avant le déploiement à grande échelle. Un exercice pratique basé sur un
cas clinique réel (dénominalisé pour protéger l’anonymat) a été proposé à un groupe de
cliniciens de différents établissements du Québec, de professions différentes, de clientèles
différentes (enfants, adultes, personnes âgées, déficience intellectuelle, militaires) et
connaissant bien leur milieu clinique. Le guide d’évaluation, l’histoire de cas ainsi qu’un
questionnaire leur ont été distribués afin qu’ils procèdent à l’évaluation du niveau de risque
suicidaire de la personne présentée dans le cas clinique à l’aide du GÉRIS et d’un
questionnaire évaluant la clarté et la justesse des items et des critères contenus dans le
GÉRIS. La majorité des répondants, soit 98%, était très en accord que les facteurs de risque
du guide, sont bien identifiés. Chaque commentaire et suggestion ont été considérés par un
groupe d’intervenants, ayant une expérience significative auprès d’une clientèle suicidaire,
afin d’apporter les correctifs nécessaire au GÉRIS. Le phénomène du suicide est complexe
et multifactoriel et n’est donc pas simple à définir. Toutefois, voyons ce que les recherches
scientifiques en disent.

7
1.3
1.3 Étiologie du suicide

Plusieurs auteurs ont tenté d’offrir des modèles d’explication au suicide6. Le phénomène
du suicide est si complexe, qu’il est très difficile d’obtenir une théorie qui soit acceptée de
tous7. Chaque modèle présence ses forces et ses limites. Aucun n’a permis de prédire le
suicide8. Il est généralement connu que le suicide implique de nombreux facteurs de risques
biologiques, génétiques, psychologiques, sociaux et environnementaux9.

Afin de bien comprendre la notion de facteur de risque, nous retenons que : « un facteur
de risque peut être défini comme une caractéristique, une variable ou un danger qui
augmente prospectivement la probabilité d’un événement défavorable objectivement
mesurable »10. Concrètement, il correspond « à tout trait ou état clinique, biologique ou
neuronal qui peut indiquer au clinicien qu’il existe une probabilité plus élevée de suicide »
(Traduction libre de Notredame et coll., 2017, p. 5). Le poids des différents facteurs de
risque et de protection varie d’une personne à l’autre. Concrètement, cela signifie que ce
qui peut être considéré comme un facteur de risque pour l’un peut ne pas l’être pour l’autre
(APA, 2003).

6 Lafleur et Séguin, 2008 ; Alonzo et Gearing, 2017 ; Galynker, 2017


7 Lafleur et Séguin, 2008 ; Turecki, Lesage et Desrochers, 2012 ; Montreuil et Gros, 2013
8 Lafleur et Séguin, 2008 ; Hyman, 1994 ; Sher, 2004 dans Schreiber et Culpepper, 2014 ; Galynker, 2017

9 Laflamme, 2007 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Montreuil et Gros, 2013 ; Galynker, 2017
10
Traduction libre de Last, Spasoff, Harris et Thuriaux, 2010 dans Notredame et coll., 2017, p. 5

Révision linguistique en cours. 8


Illustration de Sébastien Mongeau

Il y aurait plus de 75 facteurs de risque associés au suicide11. Il va sans dire qu’il est
impossible de tous les répertorier dans le présent guide. La revue des écrits effectuée par
le RQSHA a fait ressortir que parmi l’ensemble des facteurs de risque associés au suicide,
certains ont un poids plus élevé que d’autres (Notredame et coll., 2017). Il est primordial
que le professionnel connaisse les facteurs associés au suicide chez la clientèle qui dessert
habituellement afin de répondre adéquatement à ses besoins12.

Les facteurs de protection peuvent être compris comme l’ensemble des ressources, des

11
Joiner et coll., 1999 ; Guttierrez et coll., 2006 et Walter, 2003 dans Lane et coll., 2010 ; Wingate et coll., 2004 dans
Perlman et coll., 2011
12 Bryan et Rudd, 2010 ; Notredame et coll., 2017

9
forces qui soutiennent la personne en cas de difficulté et qui font en sorte que le suicide ne
deviendra pas une option envisageable13. Les liens d’attachement, les habiletés de
résolution de problème, la capacité de voir le bon côté des choses sont des exemples de
facteurs de protection14. Il en sera davantage question plus loin.

Plus une personne est en présence de facteurs de risques, plus elle est à risque suicidaire si
ses facteurs de protection sont insuffisants pour contrebalancer leur influence15. Un des
rôles du clinicien sera entre autres, de tenter d’augmenter le poids des facteurs de protection
par rapport aux facteurs de risque et ainsi diminuer l’impact de ces derniers. (Montreuil et
Gros, 2013). Nous invitons le lecteur qui souhaiterait en apprendre davantage sur les
modèles explicatifs du suicide à consulter l’article fort éclairant de Turecki et Brent (2016),
Suicide and suicidal behavior, publié dans le Lancet.

Facteurs de
Facteurs de risque protection

13 APA, 2003 ; Santé Canada, 2009 ; White et Jodoin, 2004 dans Lane et coll., 2010 ; CPSQ dans MSSS, 2006 ;
Nelson, Johnston et Shrivastava, 2010 ; Sanchez, 2001 dans Perlman et coll., 2011 ; Berman, 2006 ; Rudd, 2006, Rudd
et coll., 2006 ; Vikes, 2003 ; Shea, 2012 dans Alonzo et Gearing, 2017
14 Lane et coll., 2010 ; CPSQ dans MSSS, 2006 ; Perlman et coll., 2011

15 Lafleur et Séguin, 2008 ; Montreuil et Gros, 2013

10
Partie 2 : Principes de base au processus d’évaluation du
risque

2.1 Alliance et collaboration

L’évaluation du risque suicidaire doit d’abord s’inscrire dans une relation de confiance. La
relation confiance et le jugement clinique sont au cœur du processus d’évaluation16.
Plusieurs instruments ont été développés afin d’évaluer le risque suicidaire. Jusqu’à ce jour,
aucun n’a pu prédire le suicide, mais plusieurs auteurs s’entendent pour dire qu’un guide
peut grandement aider le clinicien à clarifier son jugement clinique17. Ce guide est donc
conçu comme un support au service du jugement clinique parce qu’il fournit des points de
repère au professionnel dans son processus d’évaluation clinique18. Il n’est pas un outil
d’évaluation standardisé.

« Les outils d’évaluation ne sont qu’un des aspects du processus d’évaluation du risque de
suicide. Ils doivent servir à éclairer, et non à remplacer le jugement clinique. Ces outils
doivent être utilisés lors de l’entrevue clinique et seulement après qu’une relation
thérapeutique se soit établie ». (Perlman et coll., 2011, p. 41).

2.2 Processus continu

L’évaluation du risque suicidaire doit être comprise comme un processus qui se fait de
manière continue tout au long du suivi de la personne19. Ceci implique qu’elle s’amorce
dès les premiers contacts et se termine lors de la fin du suivi (Emanuel et coll., 2010). Lane
et coll. (2010) soulignent que les premières impressions sont extrêmement importantes

16APA, 2003 ; Shea, 2008 ; RNAO, 2009 ; Alonzo et Gearing, 2017


17 APA, 2003 ; White, 2011 ; Emanuel, Taylor, Hain, Combes, Halie, Karsh, Lau, Shalowitz, Shaw et Walton, 2013 ;
National Institute for Clinical Excellence, 2004, 2011; Perlman et coll., 2011 ; Center for Substance Abuse Treatment,
2009; Bernet et coll., 2014
18 Granello, 2010 ; Perlman et coll., 2011

19 (APA, 2003 ; Granello, 2010 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Alonzo et Gearing, 2017

11
pour jeter les bases d’une relation de confiance. De plus, la qualité des premières
impressions est également citée comme un prédicteur du succès des interventions20.

2.3
2.3 Poser la question directement

Une personne en détresse peut être hésitante, voire freinée dans son ouverture à aborder
son vécu suicidaire pour diverses raisons. On pourrait penser par exemple à une crainte de
se faire hospitaliser, paraître pour un faible, ne pas avoir confiance que l’on puisse l’aider,
etc. (Shea, 2008). L’évaluateur doit aborder le suicide directement en posant des questions
franches21 sans quoi, il risque de laisser transparaître une impression de malaise à l’égard
du sujet22. Par exemple, la question « Pensez-vous au suicide » est préférable à « Voulez-
vous arrêter de souffrir ». En employant un langage sans détour, le clinicien envoie le
message qu’il est prêt à entendre la réalité de la personne, ce qui a inévitablement un effet
apaisant chez elle23. « Le fait d’aborder ouvertement le sujet du suicide offre à la personne
la possibilité de confier ses intentions et constitue un moyen efficace de prévenir un
passage à l’acte, du moins chez celui qui n’en a pas pris irrévocablement la décision et qui
la dissimule » (Klein, 2012, p. 89).

2.4
2.4 Utiliser des questions ouvertes

Au cours de l’entretien, l’évaluateur gagne à employer des questions ouvertes qui invitent
la personne à élaborer sur son vécu24. Par exemple, le fait de demander « Parlez-moi de
situations qui vous ont amené à vouloir vous suicider » permettra au professionnel
d’obtenir davantage d’informations qu’avec la question « quand avez-vous eu des idées
suicidaires ? » Enfin, parce que la communication verbale a ses limites, l’évaluateur doit
également observer le langage non verbal de la personne (hésitations, réponses
incomplètes, posture) qui peut indiquer la nécessité d’approfondir davantage son

20 Beckham, 1992 dans Bryan et Rudd, 2010


21 Lafleur et Séguin, 2008 ; CSAT, 2009 ; Granello, 2010 ; Shea, 2008 ; Montreuil et Gros, 2013 ; Alonzo et Gearing,
2017
22 CSAT, 2009 ; Shea, 2008

23Shea, 2008 ; Montreuil et Gros, 2013 ; Lafleur et Séguin, 2008

24 Granello, 2010 ; CSAT, 2009

12
évaluation (Shea, 2008).

2.5
2.5 Tâche complexe
complexe et exigeante

L’évaluation du risque suicidaire est complexe et exigeante d’autant plus que les
comportements et idées suicidaires peuvent fluctuer dans le temps et d’une rencontre à
l’autre25. Le professionnel qui évalue le risque suicidaire d’une personne entame une
démarche qui lui permettra d’estimer la probabilité qu’elle passe à l’acte26. Il est souvent
confronté à l’ambivalence de la personne (mourir ou rester en vie), des manifestations
émotives intenses et des informations peu claires et contradictoires27. Le processus est donc
en soi une démarche imprécise avec laquelle le professionnel a à composer (Granello,
2010). Tantôt la personne accepte l’aide, tantôt elle la repousse, ce qui oblige le
professionnel à s’ajuster à son rythme, à démontrer de la patience, de la flexibilité et de la
compassion (Monk et Samra, 2007). Plusieurs rencontres peuvent être nécessaires pour que
la personne se sente suffisamment en confiance pour révéler l’ampleur de sa détresse28. Le
fait de questionner ouvertement et régulièrement la personne aide le professionnel à mieux
saisir les circonstances spécifiques à la personne qui influencent le risque de passage à
l’acte29.

2.6 Facteurs de risque et jugement clinique

Nous verrons plus loin qu’il existe une multitude de facteurs de risques et qu’une personne
peut en présenter quelques-uns ou plusieurs. Il est essentiel de bien connaître les facteurs
de risque associés au risque suicidaire et les signes avant-coureurs pour la personne à
évaluer30. Cependant, le jugement clinique n’est pas une affaire de comptabilisation

25 Granello, 2010 ; Monk et Samra, 2007


26 Daigle et coll., 2003 dans Laflamme, 2007
27 Granello, 2010 ; Monk et Samra, 2007

28 Bryan et Rudd, 2010 ; Perlman et coll., 2011

29 Granello, 2010 ; CSAT, 2009

30 APA, 2003 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Granello, 2010 ; Alonzo et Gearing, 2017

13
mathématique, mais bien d’une interprétation de la réalité unique de la personne31. Cette
évaluation est nécessairement approximative parce qu’elle repose la probabilité qu’une
personne se donne la mort ou s’inflige des blessures néfastes32. Ce jugement clinique
repose sur la prise en compte de multiples variables qui interagissent entre elles pour
donner un portrait global de la situation de la personne à un moment donné33.

2.7
2.7 Suicide et culture

L’évaluateur doit démontrer une sensibilité culturelle afin de moduler son jugement
clinique en fonction de la réalité unique de la personne évaluée34. En effet, il doit chercher
à savoir si la personne fait partie d’une culture ou une sous-culture qui pourraient valoriser
le suicide (Galynker, 2017). L’on pourrait penser par exemple à certaines tendances que
l’on peut voir apparaître notamment chez les jeunes qui s’identifient à un groupe tel que
les « gothiques », « emos », etc. (Shea, 2008).

2.8
2.8 Informations au dossier

La consultation du dossier de l’usager est primordiale afin de prendre connaissance de


l’ensemble des informations qui sont susceptibles d’influencer le jugement clinique,
comme la présence d’un diagnostic psychiatrique avec ou sans comorbidité, l’histoire
développementale, les antécédents d’idées et de tentatives suicidaires, la présence d’une
condition médicale, etc. Cet exercice informe aussi sur l’existence de professionnels qui
pourraient être impliqués auprès de l’usager et s’avérer être des alliés importants pour
l’évaluation et son suivi (APA, 2003).

2.9
2.9 Informations collatérales

31Granello, 2010 ; Alonzo et Gearing, 2017


32 Mishara, 2005 ; Richard-Devantoy et Jollant, 2012 ; Notredame et coll., 2017
33 Richard-Devantoy et Jollant, 2012 ; Notredame et coll., 2017

34 APA, 2003 ; APA, 2013 ; Granello, 2010 ; Monk et Samra, 2007 ; RNAO, 2009 ; Perlman et coll., 2011 ; Alonzo et

Gearing, 2017

14
De manière générale le réseau et les proches doivent être considérés comme des alliés dans
le processus. Or il existe certaines situations où le dysfonctionnement familial ou social,
les croyances culturelles et religieuses risquent d’exacerber la détresse de la personne à
évaluer. Il va sans dire que le clinicien devra préalablement obtenir l’autorisation signée
de la personne de communiquer avec les personnes, lorsque requis par la Loi35. Ainsi,
lorsque possible, afin d’avoir accès aux plus d’informations possible, le clinicien devrait
consulter les acteurs clés dans la vie de la personne : sa famille, son entourage, ses
intervenants professionnels, son psychiatre ou encore ses responsables de ressources
résidentielles36. Cette démarche permet de recueillir des observations sur : les stress dans
sa vie quotidienne, son niveau de fonctionnement habituel et des changements qui
surviennent (Shea, 2008) ; l’apparition de manifestation de détresse suicidaire (propos,
comportements, etc. (Perlman et coll., 2011). Ce faisant, le professionnel s’assure qu’il
dispose de toutes les informations nécessaires, en comparant, par exemple, les dires de la
personne aux observations de son entourage pour positionner son jugement clinique37.

2.10
2.10 Ne pas travailler seul

Les professionnels, novices comme les plus expérimentés, ne devraient jamais mener leur
évaluation de risque suicidaire en solo38. Ils doivent nécessairement de consulter des
collègues, d’autres professionnels impliqués, un superviseur clinique ou encore le
psychiatre attitré lorsque possible. Cette démarche assure un filet de sécurité en offrant
l’occasion de prendre de la distance vis-à-vis de la situation et de prendre en considération
une opinion clinique différente39. Cette recherche d’appui clinique devrait se faire en tout
temps, mais à plus forte raison quand l’intervenant perçoit un risque imminent (CSAT,
2009).

35 Perlman et coll., 2011 ; Schreiber et Culpepper, 2014


36 APA, 2003 ; Laflamme, 2007 ; Shea, 2003 ; Granello, 2010 ; Monk et Samra, 2007 ; RNAO, 2009 ; Schreiber et
Culpepper, 2014 ; Galynker, 2017
37 Shea, 2008 ; Granello, 2010

38 Monk et Samra, 2007 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Sadoff, 1990 dans Granello, 2010 ; CSAT, 2009

39 Lafleur et Séguin, 2008 ; Sadoff, 1990 dans Granello, 2010 ; Monk et Samra, 2007 ; CSAT, 2009

15
2.11
2.11 Le professionnel face à la souffrance et la question du suicide
2.11
2.11.1
11.1 Rester sensible à ses propres limites

L’évaluation du risque suicidaire est une tâche stressante et exigeante émotivement40.


Durant l’exercice, chaque professionnel porte son propre bagage personnel qui est composé
de ses valeurs, ses croyances, ses blessures psychologiques, mécanismes de défense, etc.
qui sont susceptibles d’émerger au cours de l’entretien41. Il doit être sensible à ses propres
limites et enjeux personnels42. Par exemple, un évaluateur qui aurait souffert des
conséquences d’un suicide dans sa pratique ou dans son entourage pourrait éprouver de la
difficulté à rester centré sur le vécu unique de la personne43. Il pourrait ressentir de la colère
ou encore démontrer une attitude moralisante, ce qui pourrait malencontreusement
exacerber la détresse de la personne qui cherche de l’aide44.

2.11
2.11.
11.2 Gérer ses propres réactions émotives

Le professionnel doit donc reconnaître, identifier et gérer ses propres réactions émotives
découlant de ses croyances, attitudes et expériences face au phénomène du suicide et de la
mort45. Il est nécessaire que le professionnel soit au clair avec ses perceptions entourant le
suicide quant : à son évitabilité, à son acceptabilité sociale, aux motifs pouvant mener à un
passage à l’acte, à la réelle intention de la personne suicidaire qui demande de l’aide et à
ses responsabilités face à une personne suicidaire (Bryan et Rudd, 2010). Il doit être à
l’affût de la possibilité qu’il puisse adhérer à un ou des mythes entourant le suicide (Monk

40 Monk et Samra, 2007 ; Packman, Pennuto, Bongar et Orthwein, 2004 dans CSAT, 2009 ; Perlman et coll., 2011 ;
Shea, 2008 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Jobes, Eyman et Yufit, 1995 dans Bryan et Rudd, 2010
41 Monk et Samra, 2007 ; Shea, 2008

42 Simon Fraser University, 2007 dans Lane et coll., 2010 ; CSAT, 2009 ; Shea, 2008

43 APA, 2003 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Emanuel et al, 2010 ; Monk et Samra, 2007 ; Shea, 2008

44 APA, 2003 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Emanuel et al, 2010 ; Monk et Samra, 2007

45
Havens, 1965 dans APA, 2003 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Emanuel, Taylor, Hain, Combes, Hatlie, Karsh, Lau,
Shalowitz, Shaw et Walten, 2010 ; Monk et Samra, 2007 ; Rudd, Cukrowicz et Bryan 2008 dans Bryan et Rudd, 2010 ;
Galynker, 2017

16
et Samra, 2007). Il doit prendre conscience du fait que ses réactions influencent
(positivement, comme négativement) la communication qu’il entretient avec la personne
et ses interventions46.

46APA, 2003 ; Emanuel, Taylor, Hain, Combes, Hatlie, Karsh, Lau, Shalowitz, Shaw et Walten, 2010 ; Ren et coll.,
dans RNAO, 2009 ; CSAT, 2009 ; Perlman et coll., 2011 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Galynker, 2017

17
2.11
2.11.
11.3 Réactions émotives courantes face à Sources
une personne suicidaire:
suicidaire:

Sentiment de malaise avant et après la rencontre RNAO, 2009

Impression d’être manipulé (particulièrement par les Monk et Samra, 2007


personnes chroniquement suicidaires)

Inquiétude Monk et Samra, 2007

Anxiété Monk et Samra, 2007 ; Varghese et Kelly,


1999 dans Galynker, 2017

Peur Emanuel et al, 2010 ; Monk et Samra,


2007 ; Bryan et Rudd, 2010

Découragement Havens, 1965 dans APA, 2003

Colère et hostilité Emanuel et coll., 2010 ; Maltsberger et


Buie, 1980 dans APA, 2003 et Shea, 2008 ;
Monk et Samra, 2007; Ren et coll., dans
RNAO, 2009; Bryan et Rudd, 2010 ;
Varghese et Kelly, 1999 dans Galynker,
2017

Frustration Perlman et coll., 2011

Sentiment d’impuissance Kernberg, 1994 dans Monk et Samra,


2007 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Perlman et
coll., 2011
Désespoir Kernberg, 1994 dans Monk et Samra,
2007 ; Bryan et Rudd, 2010
Aversion Monk et Samra, 2007

18
2.11
2.11.
11.4 Comportements à identifier et à gérer Sources
:

Mépriser la personne. Emanuel et coll., (2010)

Démontrer de l’irritabilité. RNAO, (2009)

Prendre des précautions excessives. Shea, (2008)

Effectuer des démarches précipitées pour faire Lafleur et Séguin, (2008)


appliquer la Loi sur la protection des personnes dont
l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou
pour autrui.

Adopter un rôle de sauveur. Hendin, (1981) et Schawartz, (1974) dans


APA, (2003)
Adopter une attitude autoritaire et de contrôle et un CSAT, (2009)
questionnement inquisiteur pour diminuer son
anxiété.

Banaliser la détresse vécue. Lafleur et Séguin,(2008) ; Montreuil et Gros


(2013)
Demander à ce que la personne les rassure. CSAT (2009) ; Shea (2008)

Rejeter la personne. Havens (1965) dans APA (2003)

Outrepasser les frontières professionnelles. Gabbard (1995) dans APA (2003)

Surestimer ou sous-estimer les capacités de la APA (2003)


personne.

Éviter d’aborder la question du suicide. Birtchnell (1983) et Hendin (1981) dans


APA, 2003 ; Lafleur et Séguin (2008) ;
CSAT (2009) ; Shea, (2008)
Aborder le suicide uniquement à la fin de l’entretien, Bryan et Rudd (2010)
résultant ainsi d’une collecte d’information
incomplète.

Aborder le suicide de manière précipitée. Lafleur et Séguin (2008) ; Bryan et Rudd


(2010)
Manifester un évitement général dans le traitement. Monk et Samra (2007)

Rêver à la personne. RNAO (2009)

Penser à la personne en dehors du travail. RNAO (2009) ; Shea (2008)

Référer rapidement à un autre service. Lafleur et Séguin (2008)

19
2.11.5
11.5 Rester à l’affût et aller chercher de l’aide

Un professionnel hanté par l’idée qu’un usager se suicide peut voir son jugement
professionnel altéré et ne pas être en mesure de conserver ses moyens pour intervenir
adéquatement, ce qui pourrait avoir des effets néfastes47. Malheureusement, trop de
personnes ayant été mal accueillies par un intervenant dans leur détresse suicidaire hésitent
ou encore ne vont pas chercher de l’aide pour leurs idées suicidaires48. Près de 50 % des
personnes qui ont fait une tentative suicidaire subséquente expriment que leurs besoins ont
mal été desservis, ce qui implique qu’ils ont probablement reçu des soins insuffisants.49

Le professionnel doit donc rester à l’affût de ses propres difficultés et aller chercher de
l’aide lorsque nécessaire (Perlman et coll., 2011), notamment lorsqu’il a eu à mener un
entretien difficile. La supervision clinique ou encore l’obtention de support professionnel
à l’externe, tels que le Programme d’Aide aux Employés, constituent des avenues possibles
de soutien50. Le fait d’entreprendre une démarche permettant de mieux saisir ses propres
enjeux face à la détresse suicidaire offre l’occasion de prendre un recul nécessaire pour
rester centré sur le vécu de la personne51.

47 Bonner, 1990 dans Granello, 2010 ; Frances et Miller, 1989 dans Monk et Samra, 2007 ; Harrison, 1995 dans
Perlman et coll., 2011 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Alonzo et Gearing, 2017 ; Galynker, 2017
48 Alexander et coll., 2009 dans Perlman et coll., 2011 ; Shea, 2008
49
Han et coll., 2014 dans Alonzo et Gearing, 2017
50 Lafleur et Séguin, 2008 ; Emanuel et coll., 2010 ; APA, 2003 ; Monk et Samra, 2007 ; Ren et coll., 2004 dans

RNAO, 2009 ; CSAT, 2009 ; Perlman et coll., 2011 ; Shea, 2008


51Pompili, 2011 dans Perlman et coll., 2011 ; Shea, 2011

20
Partie 3 : Présentation du guide

3.1 Pratique clinique

Tel que recommandé dans les écrits scientifiques, le GÉRIS évalue à la fois les facteurs
de risque, l’urgence suicidaire, la dangerosité ainsi et les facteurs de protection52. Nous
tenons à souligner l’importance capitale que revêt l’évaluation des dimensions de
l’urgence et la dangerosité suicidaire, la létalité des moyens, l’accès au moyen et les
tentatives de suicide antérieures parce qu’ils constituent les éléments prédictifs d’un
passage à l’acte le plus probant, les plus récents et du plus haut niveau recensé dans les
écrits53.

Le processus d’évaluation et l’entretien avec une personne en crise suicidaire ne peuvent


jamais se faire de manière séquentielle (Lafleur et Séguin, 2008). Afin de maintenir
l’alliance, le clinicien doit faire preuve de souplesse en s’ajustant aux propos de la personne
et en prenant garde de ne pas mener son entretien comme s’il menait un interrogatoire ou
administrait un questionnaire standardisé54. Plus l’évaluation de risque suicidaire sera
exhaustive et détaillée, plus il sera possible d’intervenir de manière individualisée et
efficace et de prévenir le suicide55.

Limites à considérer :
Certains facteurs de risque sont communs tandis que d’autres peuvent présenter des spécificités selon les
groupes de populations auxquels on s’adresse. Les cliniciens sont invités à utiliser le guide en tenant
compte des contextes des différents groupes d’âge et de populations.

52 Laflamme, 2007 ; Shea, 2008 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Notredame et coll., 2017
53 Notredame et coll., 2017 ; Freeman, 2012 ; Lane, et coll., 2010 ; Sakinofsky, 2014, Schreiber et Culppeper, 2014
54 Lafleur et Séguin, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Alonzo et Gearing, 2017

55 Lafleur et Séguin, 2008 ; Alonzo et Gearing, 2017

Révision linguistique en cours. 21


3.1.1 Démarches à effectuer par le clinicien
Évaluer l’ensemble des composantes du risque suicidaire

Urgence suicidaire (7 éléments)

Idées suicidaires
Durée des idées
Intention suicidaire
Planification
Contrôle des idées
Tension émotive/anxiété
Capacité à accepter de l’aide

Dangerosité (2 éléments) :

Létalité du moyen
Accès au moyen

Facteurs additionnels

Description du plan actuel


Signes avant-coureurs
Antécédents de tentatives de suicide et niveau de risque associé
Idées suicidaires antérieures et gestes autodestructeurs ou d’automutilation sans
intention suicidaire
Sentiments tant qu’à la tentative de suicide récente

Facteurs/événements précipitants
Facteurs prédisposants/contribuants.
Facteurs de protection

Déterminer un niveau de risque global (absent/faible/moyen/élevé)

Déterminer les interventions à entreprendre, comprenant entre autres les niveaux


de surveillance et de suivi appropriés au niveau de risque

Documenter l’ensemble de ses démarches d’évaluation et d’intervention

Dans le cas d’une personne en crise suicidaire qui présente d’importants


éléments de désorganisation, le professionnel doit immédiatement procéder à l’évaluation de
l’urgence et de la dangerosité suicidaire et prendre les mesures nécessaires pour la protéger
s’il y a lieu.

22
3.2
3.2 Explications détaillées sur les items à considérer

Afin de faciliter sa tâche, l’évaluateur peut s’aider du « Guide d’évaluation de la personne


à risque suicidaire » présenté à la page suivante pour s’assurer de couvrir l’ensemble des
étapes à franchir. Les éléments pertinents à l’évaluation devront être consignés au dossier
selon les modalités adoptées par l’établissement et structurer rapport d’intervention selon
les normes de pratique professionnelle de l’évaluateur.

23
Code à barres

GUIDE D’ÉVALUATION
DE LA PERSONNE À RISQUE SUICIDAIRE

No dossier / Chart no DDN / DOB Sexe / Sex

Nom / Name Prénom / First Name

Nom de la mère / Name of mother

Adresse / Address

Tél. / Tel

No assurance maladie / Medicare Card No


Expiration

Niveaux de risque
Paramètres à considérer
Absent Faible Modéré Élevé
Urgence Tous les jours ou presque,
Idées suicidaires Aucune 1 fois par semaine ou moins 2 à 5 fois par semaine
suicidaire ou plusieurs fois par jours
Brièvement, moins d’une Plus de 8 heures ou
Durée des idées Aucune 1 à 8 heures
heure continuellement
Souhaite parfois mourir sans Souhaite souvent mourir avec Déterminé à mourir et à
Intention suicidaire Aucune intention d’agir
intention d’agir une certaine intention d’agir agir
Pense à un moyen, un lieu ou A choisi un moyen, un lieu. Plan complet et imminent
Planification N’a aucun plan un moment sans intention de Moment au-delà de 24h ou (d’ici 24h)
passer à l’acte imprévisible. Préparatifs
Incapable de maîtriser ses
Capable de maîtriser ses Peu ou certaines difficultés à Beaucoup de difficulté à
Contrôle des idées pensées/idées
pensées/idées maîtriser ses pensées/ idées maîtriser ses pensées/ idées
Hallucinations mandatoires
Est/Se sent un peu ou parfois Est/Se sent souvent tendu, Est/Se sent toujours tendu,
Tension émotive Est/Se sent détendu insupportable
tendu déplaisant mais supportable
Capacité à accepter Agit de façon à recevoir Légère réticence à recevoir Réticence modérée, garde de Refuse l’aide, mutisme
de l’aide de l’aide de l’aide, distant l’information
Peu probable d’entraîner des Probabilité d’entraîner des Probabilité élevée
Létalité du moyen Sans objet
Dangerosité blessures blessures majeures d’entraîner la mort
Accès au moyen Aucun Difficile Envisageable, réalisable Direct, à portée de main

Facteurs additionnels
Description du plan : _________________________________________________________________________________________________________________
Signes avant-coureur : Message d’adieu Documents légaux (Testament) Dons des biens Rémission spontanée, euphorie
Isolement Autres : ___________________________________________________________________________
Faible Modéré Élevé
Tentatives de suicide antérieures Nbre(s) _________
Il y a plus de 1 an Entre 2 mois et 1 an Il y a moins de 2 mois
Tentative de suicide récente : Honte, déçu, fâché d’être en vie Désire répéter le geste Autre : _____________________________
Idées suicidaires antérieures Nbre(s) _________ Gestes autodestructeurs/automutilations Nbre(s) _________
Date ____________ Événement(s) précipitant(s) _____________________________________________ Moyen (s) ___________________________________
____________ _____________________________________________ ___________________________________
____________ ____________________________________________ ___________________________________

Révision linguistique en cours. 24


Facteurs/événements précipitants (proximaux) Facteurs contribuants et prédisposants (développementaux et distaux)
_________________________________________________________________ Déficit cognitif Anxiété élevée
Symptômes ou trouble de santé mentale : _____________________________ Abus de substances et autres dépendances
_________________________________________________________________ Histoire ou conditions de vie difficiles :
Augmentation récente de la consommation Abus ou négligence dans l’enfance Mère adolescente Monoparentalité
Maladie physique / invalidante (ex.: cancer, douleur chronique) : Isolement social Violence Impulsivité
_________________________________________________________________ Autres : _____________________ Antécédents familiaux de suicide :
Événements ou condition de vie difficile : Échec Rupture Abus _________________________________________________________________
Harcèlement Intimidation Humiliation Culpabilité Honte Population vulnérable : LBGTQ2+ Militaire Minorité ethnique
Difficultés financières Circonstances périnatales Perte ou deuil récent Détenu, ex-détenu Itinérance Déficience intellectuelle - Autisme
Conflits relationnels Conflits juridiques Autres : _______________ Personnes âgées Autres : ___________________________________

Facteurs de protection Qu’est-ce qui aide, peut aider ? __________________________________________________________________________________


Éléments dissuasifs, forces : Identifie des raisons de vivre Croit que le suicide est immoral
Grande spiritualité Soutien social perçu comme significatif/soutenant Famille ou réseau impliqué et se tient responsable :
Nom : ___________________________________ Lien : ___________________________ Coordonnées : _______________________________________________
Peur de la mort ou de mourir en douleur et souffrance Engagé dans son travail ou à l’école Autres : ___________________________________
Source : CIUSSS Ouest-de-l’Ile-de-Montréal (Rév. : 2017-11-23)

25
Guide d’évaluation de la personne à risque
suicidaire Nom, prénom: ____________________________
*DT0000* # Dossier: _______________________________
DT0000

1. Date : Heure : 2. Date : Heure : 3. Date : Heure :

Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé
Idées suicidaires
Durée des idées
Intention suicidaire
Planification
Contrôle des idées
Tension émotive
Accepter de l’aide
Létalité
Accès au moyen
Facteurs additionnels
Niveau de risque global
Signature

4. Date : Heure : 5. Date : Heure : 6. Date : Heure :

Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé
Idées suicidaires
Durée des idées
Intention suicidaire
Planification
Contrôle des idées
Tension émotive
Accepter de l’aide
Létalité
Accès au moyen
Facteurs additionnels
Niveau de risque global
Signature

7. Date : Heure : 8. Date : Heure : 9. Date : Heure :

Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé
Idées suicidaires
Durée des idées
Intention suicidaire
Planification
Contrôle des idées
Tension émotive
Accepter de l’aide
Létalité
Accès au moyen
Facteurs additionnels
Niveau de risque
Signature

Jour/Mois

Heure
Absent
Faible
Modéré
Élevé
Initiales :

Révision linguistique en cours. 26


A. Urgence suicidaire

N.B. Notredame et coll. (2017) soulignent que de par sa nature, la composante de l’urgence
suicidaire est relativement difficile à étudier épidémiologiquement, ce pour quoi le RQSHA
a trouvé peu d’études à ce sujet. L’accès à ces personnes est difficile pour des chercheurs
étant donné le fait que le suicide, même s’il demeure une préoccupation extrêmement
importante, demeure un événement relativement rare. En effet, étudier ce critère
impliquerait d’étudier des personnes en crise suicidaire qui sont à quelques heures de passer
à l’acte, ce qui contreviendrait à l’éthique de la recherche. Il est donc à dire que l’évaluation
de l’urgence repose sur les observations et le savoir expérientiel des intervenants travaillant
auprès de personnes en crise suicidaire. C’est ce qui a amené le groupe de cliniciens
consultés pour le développement du GÉRIS à inclure davantage d’éléments à observer
(contrôle des idées, tension émotive et capacité à accepter de l’aide).

Les critères d’urgence suicidaire réfèrent surtout à un court laps de temps où la personne
pourrait poser un geste suicidaire, soit de l’immédiat à quelques jours56. Quand l’on parle
d’urgence, l’on fait généralement référence à la probabilité d’un passage à l’acte dans les
48 heures57. L’urgence suicidaire est un élément clé qui renseigne les cliniciens sur la
nécessité de prendre les dispositions nécessaires pour protéger la personne58.

56 Notredame et coll., 2017


57
Laflamme, 2007; Montreuil et Gros, 2013
58 Laflamme, 2007 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Notredame et coll., 2017

27
Niveaux de risque
Paramètres à considérer
Absent Faible Modéré Élevé
Tous les jours ou presque,
Idées suicidaires Aucune 1 fois par semaine ou moins 2 à 5 fois par semaine
ou plusieurs fois par jours
Brièvement, moins d’une Plus de 8 heures ou
Durée des idées Aucune 1 à 8 heures
heure continuellement
Souhaite parfois mourir sans Souhaite souvent mourir avec Déterminé à mourir et à
Intention suicidaire Aucune intention d’agir
intention d’agir une certaine intention d’agir agir
Urgence Pense à un moyen, un lieu ou A choisi un moyen, un lieu. Plan complet et imminent
suicidaire Planification N’a aucun plan un moment sans intention de Moment au-delà de 24h ou (d’ici 24h)
passer à l’acte imprévisible. Préparatifs
Incapable de maîtriser ses
Capable de maîtriser ses Peu ou certaines difficultés à Beaucoup de difficulté à
Contrôle des idées pensées/idées
pensées/idées maîtriser ses pensées/ idées maîtriser ses pensées/ idées
Hallucinations mandatoires
Est/Se sent un peu ou parfois Est/Se sent souvent tendu, Est/Se sent toujours tendu,
Tension émotive Est/Se sent détendu insupportable
tendu déplaisant mais supportable
Capacité à accepter Agit de façon à recevoir Légère réticence à recevoir Réticence modérée, garde de
Refuse l’aide, mutisme
de l’aide de l’aide de l’aide, distant l’information

A.1 Idées suicidaires

Description

L’identification de la présence et la fréquence d’apparition d’idées suicidaires ouvre la


possibilité de réduire le risque de geste suicidaire59. L’évaluateur doit chercher à savoir si
les idées suicidaires sont accompagnées d’idées homicidaires (Lafleur et Séguin, 2008). Il
est important de souligner que la plupart du temps, les idées suicidaires ne conduisent pas
à un acte suicidaire (Shea, 2008), mais une personne qui a souvent pensé au suicide sans
avoir fait de tentative est considérée plus vulnérable à un passage à l’acte60. Lorsqu’il
considère cet item, l’intervenant doit à la fois identifier s’il y a présence d’idées suicidaires
et déterminer la fréquence à laquelle elles surviennent61.

Exemples de questions pour évaluer les idées suicidaires :


• Avez-vous eu des idées suicidaires dans le passé ?
• Avez-vous des idées suicidaires actuellement ?

59 Shea, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Alonzo et Gearing, 2017 ; Galynker, 2017
60
Notredame et coll., 2017, Renaud et coll., 2017
61 Bongar, 2013 ; Posner et coll., 2009

28
• Avez-vous déjà souhaité être mort(e)ou vous endormir et ne jamais vous réveiller ?
• Avez-vous réellement déjà pensé à vous suicider ?
• Est-ce tellement difficile que vous pensez à vous enlever la vie ?
• Quand ces pensées ont-elles commencé ?
• Est-ce que ces idées surviennent plus souvent lorsque vous vous trouvez à certains
endroits/à certains moments de la journée ou de l’année ?
• Pouvez-vous préciser ces pensées

Évaluation du facteur de risque :

Tous les jours ou


1 fois par semaine ou
Idées suicidaires Aucune 2 à 5 fois par semaine presque, ou plusieurs
moins
fois par jours

Parfois, même si une personne affirme ne pas avoir d’idées ni de plan suicidaire, il est important
de procéder poursuivre l’évaluation de risque suicidaire (Alonzo et Gearing, 2017). En effet, une étude
révèle que près de 44 % des gens à qui l’on demande pour la première fois si elles ont des idées suicidaires
répondent « non » à la question (Barber, Marzuk, Leon, et Portera, 2001 dans Granello, 2010). Une
personne peut avoir de nombreux facteurs de risque la rendant plus vulnérable au suicide, mais ne pas
partager avoir d’idées suicidaires. Dans ce contexte, une plus grande vigilance est de mise.

29
A.2 Durée des idées

Description

S’enquérir sur la durée des idées aide à mieux apprécier l’intensité de l’idée suicidaire62.
En effet, plus une personne rumine des idées suicidaires sur une longue période, plus
grandes sont les chances que son plan suicidaire se précise63.

Exemples de questions pour évaluer la durée des idées suicidaires :


• Combien de fois avez-vous ces pensées ? Reviennent-elles souvent ?
• Dans quelles circonstances ces pensées reviennent-elles ?
• Combien de temps perdurent ces pensées dans votre esprit ?

Évaluation du facteur de risque :

Durée des Aucune Brièvement, moins d’une Plus de 8 heures ou


1 à 8 heures
idées heure continuellement

62 Shea, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Notredame et coll., 2017 ; Richard-Devantoy et
Jollant, 2012, Posner et coll., 2011
63
Joiner, Rudd et Rajab, 1997 dans Bryan et Rudd, 2010

30
A.3 Intention suicidaire

Description

Le concept d’intention suicidaire est un élément clé qui ressort dans la plupart des guides
de pratiques recensés par Benet et coll. (2014). Il est important de savoir que la crise
suicidaire est caractérisée par l’ambivalence, c’est-à-dire que la personne se sent déchirée
entre l’option de vivre ou de mourir (Lafleur et Séguin, 2008). Il est donc nécessaire de
déterminer jusqu’à quel point l’intention de mourir pèse dans sa balance64.

Une personne peut exprimer verbalement et directement son intention de se suicider65. Elle
peut aussi lancer des messages verbaux indirects comme « j’en ai assez d’être un
fardeau » ; exprimer ses intentions dans ses comportements observables, tels que chercher
à se procurer un moyen pour se suicider ; ou encore au travers des symptômes dépressifs66.

La nature de l’intention est aussi importante à évaluer. En effet, certaines personnes


adoptent des comportements d’automutilation ou gestes d’apparence suicidaires qui
peuvent être interprétés de manière erronée par l’évaluateur, c’est-à-dire qu’une personne
peut se blesser pour engourdir une souffrance psychologique sans nécessairement avoir
l’intention de mourir (Bryan et Rudd, 2010). Comme mentionné précédemment, il est
important de garder à l’esprit qu’une blessure auto infligée sans intention suicidaire peut
être létale.

Exemples de questions pour évaluer l’intention suicidaire :


• Avez-vous eu ces pensées avec l’intention de passer à l’acte ?
• Quelle est l’intention derrière vos idées/émotions/ce comportement ?
• Voulez-vous mourir ou trouver une solution à vos problèmes ?
• Souhaitez-vous mourir ou mettre fin à votre souffrance ?

64 Laflamme, 2007 ; Shea, 2008 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Posner et coll., 2009, Perlman et
coll., 2011 ; Richard-Devantoy et Jollant, 2012 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Alonzo et Gearing, 2017
65 Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011 ; Diotte, 2003 et Lewis, 2001 dans Lafleur et Séguin, 2008
66
Diotte, 2003 et Lewis, 2001 dans Lafleur et Séguin, 2008

31
Évaluation du facteur de risque :

Intention Souhaite souvent


suicidaire Souhaite parfois mourir Déterminé à mourir et
mourir avec une
Aucune intention d’agir sans intention d’agir à agir
certaine intention d’agir

A.4 Planification
Il est à noter qu’une section spéciale est prévue dans le GÉRIS pour consigner la
description du plan.

Description

Dans l’évaluation de l’urgence suicidaire, il est nécessaire d’explorer si la personne a


planifié un passage à l’acte67 et pensé à commettre un homicide (Lafleur et Séguin, 2008).
Cet aspect est d’une grande importance parce qu’il concrétise l’intention suicidaire (Bryan
et Rudd, 2010) et/ou homicidaire (Lafleur et Séguin, 2008).

L’évaluation du plan suicidaire (« COQ ») se fait en questionnant directement sur le moyen


(comment), l’endroit (où) et le moment (quand) la personne compte passer à l’acte68. Un
plan défini est associé à un risque de passage à l’acte à court terme69. Le professionnel
devra s’enquérir sur la possibilité que la personne ait écrit une lettre d’adieu, fait des
préarrangements funéraires, se soit préparée mentalement à la mort70 ; qu’elle ait réglé ses
affaires personnelles (financières ou légales)71 ou encore qu’elle ait pris des dispositions
pour ne pas de faire interrompre ou se faire secourir72. La présence d’un plan détaillé
nécessite que l’intervenant prenne les mesures nécessaires pour protéger la personne et son
entourage s’il y a lieu73.

67 Shea, 2008 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Alonzo et Gearing,
2017
68 Lafleur et Séguin, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Alonzo et Gearing, 2017

69 Phaneuf et Séguin dans Laflamme, 2007 ; Shea, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010

70 Bryan et Rudd, 2010 ; Schreiber et Culpepper, 2014

71 Schreiber et Culpepper, 2014 ; May et Klonsky, 2015 ; Bryan et Rudd, 2010

72 (ryan et Rudd, 2010 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; May et Klonsky, 2015 ; Alonzo et Gearing, 2017

73 Lafleur et Séguin, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010

32
Exemples de questions pour évaluer la planification suicidaire :
• Avez-vous pensé comment vous vous y prendriez ?
• Avez-vous fait des recherches sur le moyen que vous pourriez utiliser ?
• Comment prévoyez-vous vous suicider ?
• Où prévoyez-vous mettre le plan à exécution ?
• Quand comptez-vous mettre le plan à exécution ?
• Avez-vous d’autres plans ?

Il pourra s’aider en en posant la question suivante :


• Avez-vous entrepris des démarches, des actions pour faire vos adieux, pour
préparer votre départ ?
• Avez-vous rédigé une lettre ?
• Avez-vous testé votre méthode ?
• Avez-vous fait des préparatifs spéciaux en vue de votre suicide (rédiger une lettre,
mettre en ordre vos affaires, saluer certaines personnes, faire un don d’objets
significatifs, votre testament, etc.) ?
• Avez-vous pris des mesures pour ne pas être découvert ?
• Vous êtes-vous informé sur certaines méthodes ?
• Avez-vous commencé à mettre en place les éléments pour mettre à exécution votre
plan de suicide ? Avez-vous l’intention de mettre ce plan à exécution ?
• Y a-t-il quelque chose, un élément, un événement qui vous pousserait à passer à
l’action ?
• Qu’est-ce qui vous pousserait à agir plus rapidement ?
• Avez-vous pensé à emmener quelqu’un avec vous ? Si oui, précisez ? Qui, Quand,
Comment.

33
Évaluation du facteur de risque :
Pense à un moyen, un A choisi un moyen, un
lieu ou un moment sans lieu. Moment au-delà de Plan complet et
Planification N’a aucun plan
intention de passer à 24h ou imprévisible. imminent (d’ici 24h)
l’acte Préparatifs

L’absence d’un plan ou d’idées suicidaires ne signifie pas qu’il n’y a pas de risque
suicidaire (Perlman et coll., 2011 ; May et Klonsky, 2015). Bryan et Rudd (2010) avancent que
l’évaluateur doit garder à l’esprit que plusieurs personnes peuvent chercher à éviter d’aborder la
question d’un plan de suicide pour qu’il ne soit pas mis en échec. Il est alors nécessaire d’être
doublement vigilant parce qu’une personne qui dissimule son plan suicidaire est plus à risque de
passer à l’acte (Bryan et Rudd, 2010). Un intervenant qui perçoit une réticence à parler d’un plan
suicidaire peut ouvrir le dialogue en demandant « Qu’est-ce qui pourrait arriver si vous m’expliquiez
en détail votre plan ? » (Traduction libre de Bryan et Rudd, p. 100). L’intervenant veillera à obtenir
le plus d’informations possible, notamment sur les détails de ce plan, en évitant de démontrer une
attitude insistante qui pourrait avoir pour effet d’augmenter la résistance de la personne. Il privilégiera
la relation de confiance pour obtenir davantage d’informations (Bryan et Rudd, 2010).

34
A.5 Contrôle des idées

Description

Une personne en crise suicidaire présente des altérations marquées dans son
fonctionnement cognitif sur les plans de la résolution de problème, de la flexibilité mentale
et des distorsions cognitives74. Un aspect particulièrement critique de ces difficultés est
d’avoir un flot de pensées et d’idées incontrôlables75. Il est nécessaire de déterminer si la
personne est en mesure de contrôler ses idées suicidaires (Schreiber et Culpepper, 2014).
Cette incapacité de contrôler ce train de pensées peut devenir insupportable et causer de la
détresse qui peut manifester par une agitation motrice (Bryan et Rudd, 2010).

Aussi, l’évaluateur pourrait avoir à transiger avec une personne qui présente des
symptômes psychotiques positifs, tels que des hallucinations mandatoires, une impression
d’être contrôlé par un tiers, des délires religieux encourageant les comportements
d’expiation potentiellement violents (Shea, 2008). Dans cette situation, la personne n’est
donc pas complètement en contrôle de ses idées. Il faut savoir que les symptômes
psychotiques tels que les délires paranoïdes ou de commandements ainsi que les
hallucinations auditives mandatoires sont corrélés avec l’augmentation du risque
suicidaire76. Il est évident que la psychose peut nuire à la capacité de la personne de bien
comprendre, réaliser ou critiquer les conséquences probables d’un geste irréparable77.

Exemples de questions pour évaluer le contrôle des idées :


• Combien sur une échelle de 1 à 10, vous sentez-vous en contrôle ?
• Vous sentez-vous capable de maîtriser vos actions ?
• Pourriez-vous ou pouvez-vous arrêter de penser au suicide ou à vouloir mourir si
vous le souhaitez ?

74 Bryan et Rudd, 2010 ; Galynker, 2017


75 Benazzi, 2005 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Galynker, 2017
76 Notredame et coll., 2017 ; Perlman et coll., 2011 ; Schreiber, 2014

77 Trower, Birchwood, Meaden, Byrne, Nelson et Ross, 2004 ; Shea, 2008

35
• Vous êtes-vous déjà automutilé sous l’influence de vos pensées ?
• Entendez-vous des voix ? Si oui, que vous disent-elles ?
• Est-ce quelqu’un que vous connaissez, un homme, une femme ?
• Faites-vous ce que les voix vous dictent ?
• Si oui, qu’est-ce qui vous force à obéir aux voix ?
• Si vous tentez d’y résister que se passe-t-il ?

Évaluation du facteur de risque :

Incapable de maîtriser
Peu ou certaines Beaucoup de difficulté à
Capable de maîtriser ses pensées/idées
Contrôle des idées difficultés à maîtriser ses maîtriser ses pensées/
ses pensées/idées Hallucinations
pensées/ idées idées
mandatoires

36
A.6 Tension émotive

Description

Durant une crise suicidaire, la personne vit une panoplie d’émotions extrêmement intenses
(Bryan et Rudd, 2010) qui peuvent changer de manière particulièrement abrupte (Galynker,
2017). Ce tumulte d’émotions à peut devenir insoutenable78. Aborder directement cette
détresse ouvre la voie à l’exploration plus approfondie des idées suicidaires (Shea, 2008).
La détresse peut s’exprimer de manière différente d’une personne à l’autre. L’on peut
notamment observer :

Un sentiment de désespoir79. Concrètement, cela peut s’exprimer par l’impression d’être


dans un cul-de-sac80, de ne plus avoir d’avenir (Shea, 2008) ou de raisons de vivre
(Galynker, 2017). Les travaux de Beck (1975) ont permis de révéler que le désespoir et le
risque suicidaire à long terme vont souvent de pair (Shea, 2008). Plus le désespoir est
marqué, plus grand est le risque suicidaire (Notredame et coll., 2017).

Une anxiété insoutenable a aussi été associée à un risque suicidaire plus élevé81. À ce sujet,
il est à noter que cette humeur est fréquemment observable dans différents troubles de santé
mentale (troubles psychotiques, troubles anxieux, dépression majeure par ex.) et chez des
personnes qui sont en manque de substance psychoactive82 ou encore chez les personnes
ayant un trouble du spectre de l’autisme (APA, 2013). En situation de crise, elle se retrouve
donc exacerbée. Une personne qui n’est plus en mesure de tolérer cette tension est plus à
risque de passer à l’acte impulsivement83. D’autres situations peuvent augmenter le niveau
de détresse:

78 Bryan et Rudd, 2010 ; Galynker, 2017


79 Shea, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Morasz et Danet, 2008 dans Montreuil et Gros, 2013 ; Schereiber et
Culpepper, 2014 ; Notredame et coll., 2017 ; Alonzo et Gearing, 2017 ; O’Connor, Smyth, Ferguson, Ryan et
Williams, 2013 dans Galynker, 2017 ; Klonsky, Qiu et Saffer, 2017
80 Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011 ; Galynker, 2017

81
Brown, 1998 dans Bryan et Rudd, 2010 ; APA, 2003 ; Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011 ; Galynker,
2017
82
(Shea, 2008 ; Galynker, 2017
83 Bush, Clarck, Fawcett et Kravitz, 1993 dans Shea, 2008

37
• Une humeur dépressive, qui peut aussi souvent être présente dans diverses
conditions de santé mentale84 et dans le trouble du spectre de l’autisme (APA,
2013) et donc augmenté en situation de crise suicidaire.

• De la colère intense85, voire de la rage (Galynker, 2017). Une attitude


vindicative86.

• Un sentiment de honte ou de culpabilité87, l’impression d’être un fardeau pour son


entourage (Galynker, 2017).

• De l’agitation motrice88.

• De l’insomnie89 ou de l’hypersomnie (Galynker, 2017).

• Des plaintes somatiques90.

Quand la détresse est insoutenable, il n’est pas rare de voir une personne se soulager en
réorientant son attention sur des idées, des comportements suicidaires. Cette tendance
augmente donc le risque d’un passage à l’acte. Étant donné le soulagement qu’il apporte,
il est fort probable qu’elle utilise à nouveau ce processus lorsqu’elle vivra de la détresse ou
une émotion négative d’intensité moindre91. À cause de l’effet d’habituation, la personne

84 Brown, 1998 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Large, Smith, Sharma, Nielssen et Singh, 2011 et Hawton, Saunders,
Topiwala et Haw, 2013 et Goldstein, Axelson et coll., 2012 dans Notredame et coll., 2017
85
Shea, 2008 ; Brown, 1998 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011
86
Shea, 2008 ; Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011 ; Shcreiber et Culpepper, 2014 ; Galynker, 2017
87
Brown, 1998 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Morasz et Danet, 2008 dans Montreuil et Gros, 2013 ; Alonzo et Gearing,
2017
88 Bush, Clark, Fawcett et Kravitz, 1993 dans Shea, et coll. 2008 ; Benazzi, 2005 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Galynker,

2017
89
Shea, 2008 ; Benazzi, 2005 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Galynker, 2017
90 Benazzi, 2005 dans Bryan et Rudd, 2010

91 Beck, 1996 dans Joiner et Rudd, 2000 ; Bryan et Rudd, 201

38
aura recours à des moyens de plus en plus létaux pour obtenir le même soulagement92. Ce
phénomène est souvent observable chez les personnes qui présentent une suicidalité
chronique ou qui ont recours à l’automutilation (Bryan et Rudd, 2010). Face à de tels
comportements, le clinicien veillera à inclure, entre autres, des stratégies pour apprendre à
tolérer des émotions intenses dans son plan d’intervention.

Exemples de questions pour évaluer la tension émotive :


• Comment vous sentez-vous actuellement ?
• Vous sentez-vous tendu, énervé, anxieux ?
• Vous sentez-vous triste ?
• Vous sentez-vous en colère ?
• Vous sentez-vous sur le point d’exploser ou de craquer ?
• Depuis combien de temps vous sentez-vous désespérés ?

Évaluation du facteur de risque :

Est/Se sent souvent


Est/Se sent un peu ou Est/Se sent toujours
Tension émotive Est/Se sent détendu tendu, déplaisant mais
parfois tendu tendu, insupportable
supportable

92 (Beck, 1996 dans Joiner et Rudd, 2000 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Klonsky et coll., 2017

39
A.7 Capacité à accepter de l’aide

Description

Une personne en crise suicidaire se présentant à nos services fait un mouvement vers la
vie, ce qui illustre bien l’ambivalence qu’elle peut ressentir. Cette demande d’aide doit
donc être adressée le plus rapidement possible afin de renforcer ce comportement de
recherche d’aide et d’éliminer la possibilité que le suicide soit considéré comme une option
(Lafleur et Séguin, 2008).

À l’opposé, beaucoup de personnes hésitent à demander de l’aide directement par peur du


jugement, c’est pourquoi il a été mentionné plus haut que l’intervenant doit prendre
l’initiative d’aborder le suicide de manière directe93. Durant son entretien, le clinicien
veillera à observer l’attitude de la personne face à l’aide qui lui est offerte. Se montre-t-
elle ouverte ou la refuse-t-elle ?94.

De manière générale, les femmes sont plus enclines à rechercher et à accepter de l’aide que
les hommes95. Les femmes consulteraient davantage pour la dépression (Jorm et coll.,
2000), des problèmes émotifs et des difficultés psychosociales96.

Les hommes craindraient d’être perçus comme un fardeau. Ils sont davantage portés à
s’isoler et par conséquent, ils ne vont pas chercher d’aide. Ils auraient moins confiance aux
soins de santé mentale et ils ont davantage tendance à intellectualiser leur souffrance97.
Lorsqu’ils recherchent de l’aide, c’est souvent pour un problème d’alcool98 ou encore des

93
Lafleur et Séguin, 2008 ; CSAT, 2009 ; Granello, 2010 ; Shea, 2008 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Alonzo et
Gearing, 2017
94 Laflamme, 2007 ; Schreiber et Culpepper, 2014

95 Corney, 1990 ; Gijsbers van Wijk, van Vliet, Kolk et Everaerd, 1991 ; Hibbard et Pope, 1993 dans Alonzo et

Gearing, 2017
96
Galdas, Cheater et Marshall, 2015 ; Möller-Leimkühler, 2002 dans Alonzo et Gearing, 2017
97
Sanden Larsson et Eriksson, 2000 ; Sharpe et Arnold, 1998 dans Alonzo et Gearing, 2017
98 Bennett, Jones et Smith, 2014 dans Alonzo et Gearing, 2017

40
maux physiques99. Ils préféreraient que les autres prennent l’initiative de leur parler, sans
juger, des changements comportementaux qu’ils ont observés et de leurs inquiétudes100.

Exemples de questions pour évaluer la capacité à accepter de l’aide :


• Qu’est qui augmente l’agir sur vos pensées suicidaires ?
• Qu’est-ce qui vous aide à ne pas agir ?
• Comment peut-on vous aider ?

Évaluation du facteur de risque :


Capacité à Agit de façon à Légère réticence à Réticence modérée,
Refuse l’aide, mutisme
accepter de l’aide recevoir de l’aide recevoir de l’aide, distant garde de l’information

Une brusque diminution de la tension, une apparence détendue, un retrait, un mutisme, peut
être le signe qu’une personne a pris la ferme décision de se suicider et se sent libérée de ses souffrances
(Shea, 2008 ; Lafleur et Séguin, 2008; Montreuil et Gros, 2013). Il est donc capital que l’évaluateur soit
vigilant face à une telle manifestation.

99 Corney, 1990 ; Galdas et coll., 2005 ; Möller-Leimkühler, 2002 ; NHS Executive, 1998 dans Alonzo et Gearing,
2017
100
Shand et coll., 2015 dans Alonzo et Gearing, 2017

41
B Dangerosité

Explication

L’évaluation de la dangerosité constitue l’appréciation du potentiel qu’une personne


commette un acte violent entraînant la mort (Côté, 2001 dans Laflamme, 2007). Ce concept
fait partie des trois volets nécessaires à une bonne évaluation du risque suicidaire qui
rappelons-le sont le risque, l’urgence et la dangerosité (Richard-Devantoy et Jollant, 2012;
Séguin, 2001). Ainsi, la létalité du moyen envisagé et l’accessibilité à ce moyen sont des
éléments importants pour juger du niveau de risque de passage à l’acte suicidaire.

Peu probable d’entraîner des Probabilité d’entraîner des Probabilité élevée


Dangerosité Létalité du moyen Sans objet
blessures blessures majeures d’entraîner la mort
Accès au moyen Aucun Difficile Envisageable, réalisable Direct, à portée de main

B.1 Létalité du moyen

Description

Les personnes suicidaires ont très souvent une idée imprécise de la probabilité que le
moyen qu’ils ont choisi entraîne réellement leur mort101. Ainsi, en se penchant sur la
méthode et sa létalité potentielle, l’intervenant est mieux à même d’estimer que le projet
se concrétise et mène à la mort102. Dans son rapport sur la mortalité par suicide, l’Institut
National de Santé Publique du Québec (2016) avance que les personnes qui ont complété
leur suicide ont eu recours à une arme à feu, la pendaison, la suffocation, la strangulation
et l’intoxication, particulièrement avec une surdose de médicaments. La recension de
Notredame et coll., (2017) inclut aussi le fait de se lancer dans le vide depuis une structure
très haute ou encore par des lacérations. Il peut arriver qu’une personne ait choisi un moyen
peu létal, dans ce cas, l’évaluateur doit prendre garde de ne pas minimiser l’intention

101
APA, 2003 ; Bryan et Rudd, 2010
102
Laflamme, 2007 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Alonzo et Gearing, 2017 ; Galynker,
2017

42
suicidaire (Shea, 2008).

Exemples de questions pour évaluer la létalité du moyen :


• Est-ce que votre méthode est suffisamment prête et efficace pour causer la mort ?
• Jusqu’à quel point vous êtes sûr que votre moyen va mettre fin à votre vie ?

Évaluation du facteur de risque :

Peu probable d’entraîner Probabilité d’entraîner Probabilité élevée


Létalité du moyen Sans objet
des blessures des blessures majeures d’entraîner la mort

B.2 Accès au moyen

Description

L’évaluateur doit poser les questions nécessaires pour savoir si l’accès au moyen est
possible103. Ce n’est pas parce qu’une personne n’a pas accès à un moyen dans l’immédiat
qu’elle n’en aura pas dans le futur. Il est donc nécessaire de demander si elle fait des
démarches pour s’en procurer104, si elle accumule des médicaments par exemple105.
L’intervenant doit prendre l’habitude de s’enquérir sur l’accessibilité sur une base régulière
dans son suivi, parce qu’advenant une crise, cette personne pourrait décider de l’utiliser
impulsivement (Bryan et Rudd, 2010). Pour prévenir l’irréparable, le professionnel doit
donc voir à faire le nécessaire pour limiter l’accès au moyen106, ce qui peut impliquer
d’avoir à travailler avec l’entourage ou la police (Scheiber et Culpepper, 2014).

Exemples de questions pour évaluer l’accès au moyen :

103 Laflamme, 2007 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011 ; Schreiber et Culpepper,
2014 ; Alonzo et Gearing, 2017
104 Bryan et Rudd, 2010 ; Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011

105 Bryan et Rudd, 2010 ; Schreiber et Culpepper, 2014

106 Bryan et Rudd, 2010 ; Bernert et coll., 2014

43
• Avez-vous facilement accès au moyen envisagé ?
• Avez-vous envisagé d’autres moyens maintenant que vous êtes ici ?
• Avez-vous accès à des médicaments, des produits dangereux, une arme ?
• Avez-vous fait des recherches pour vous procurer un moyen ?

Évaluation du facteur de risque :

Accès au Sans objet Difficile Possible Direct


moyen

44
C Facteurs additionnels

Description

Comme mentionné plus haut, il serait donc fastidieux et impossible de tout inclure les
facteurs de risque dans un guide qui se veut être adapté à la réalité des cliniciens sur le
terrain. Bien qu’il s’agisse de facteurs importants, il est probable que certains facteurs
soient plus spécifiques à certaines personnes ou situations. Puisqu’il s’agit de facteurs
plutôt statiques qui changent peu dans le temps, ce tableau permet de mettre en perspective
ces paramètres forts utiles aux intervenants pour se forger un jugement clinique sans qu’ils
aient à rechercher ces informations d’une évaluation à l’autre ou d’un intervenant à l’autre.

Facteurs additionnels
Description du plan : _________________________________________________________________________________________________________________
Signes avant-coureur : Message d’adieu Documents légaux (Testament) Dons des biens Rémission spontanée, euphorie
Isolement Autres : ___________________________________________________________________________
Faible Modéré Élevé
Tentatives de suicide antérieures Nbre(s) _________
Il y a plus de 1 an Entre 2 mois et 1 an Il y a moins de 2 mois
Tentative de suicide récente : Honte, déçu, fâché d’être en vie Désire répéter le geste Autre : ___________________________________________
Idées suicidaires antérieures Nbre(s) _________ Gestes autodestructeurs/automutilations Nbre(s) _________
Date ____________ Événement(s) précipitant(s) _____________________________________________ Moyen (s) ___________________________________
____________ _____________________________________________ ___________________________________
____________ ____________________________________________ ___________________________________

Facteurs/événements précipitants (proximaux) Facteurs contribuants et prédisposants (développementaux et distaux)


_________________________________________________________________ Déficit cognitif Anxiété élevée
Symptômes ou trouble de santé mentale : _____________________________ Abus de substances et autres dépendances
_________________________________________________________________ Histoire ou conditions de vie difficiles :
Augmentation récente de la consommation Abus ou négligence dans l’enfance Mère adolescente Monoparentalité
Maladie physique / invalidante (ex.: cancer, douleur chronique) : Isolement social Violence Impulsivité
_________________________________________________________________ Autres : _____________________ Antécédents familiaux de suicide :
Événements ou condition de vie difficile : Échec Rupture Abus _________________________________________________________________
Harcèlement Intimidation Humiliation Culpabilité Honte Population vulnérable : LBGTQ2+ Militaire Minorité ethnique
Difficultés financières Circonstances périnatales Perte ou deuil récent Détenu, ex-détenu Itinérance Déficience intellectuelle - Autisme
Conflits relationnels Conflits juridiques Autres : _______________ Personnes âgées Autres : ___________________________________

Facteurs de protection Qu’est-ce qui aide, peut aider ? ________________________________________________________________________________


Éléments dissuasifs, forces : Identifie des raisons de vivre Croit que le suicide est immoral
Grande spiritualité Soutien social perçu comme significatif/soutenant Famille ou réseau impliqué et se tient responsable :
Nom : ___________________________________ Lien : ___________________________ Coordonnées : _______________________________________________
Peur de la mort ou de mourir en douleur et souffrance Engagé dans son travail ou à l’école Autres : ___________________________________

45
C.1 Description du plan et signes avant-coureurs

Description du plan

Un espace est prévu pour décrire le plan que la personne compte mettre à exécution pour
se suicider et les preuves tangibles d’un risque de passage à l’acte imminent.

Signes avant-coureurs

Durant son évaluation, le professionnel devra être vigilant face aux signes avant-
coureurs du suicide. « Les signes avant-coureurs fournissent au clinicien des preuves
tangibles qu’une personne présente un risque accru de suicide à court terme ; ils peuvent
être constatés même en l’absence de facteurs de risque potentialisateurs. » (Tiré de
Perlman et coll., 2011, p. 4). Il est important de souligner qu’un évaluateur pourrait ne pas
observer de signes avant-coureurs chez une personne déterminée à passer à l’acte et qui ne
souhaite pas révéler son intention (Perlman et coll., 2011).

Exemples de questions pour évaluer l’accès au moyen :


• Avez-vous écrit des messages d’adieu, fait votre testament ?
• Donnez-vous vos biens qui vous sont chers ?
• Avez-vous tendance à vous isoler des autres ?

Évaluation du facteur de risque :

Description du plan :
___________________________________________________________________________________________________
Signes avant-coureur : Message d’adieu Documents légaux (Testament) Dons des biens Rémission
spontanée, euphorie Isolement Autres : ___________________________________________________

46
C.2 Antécédents de tentatives de suicide et niveau de risque associé

Description

Ce facteur est celui qui est le plus fréquemment associé au décès par suicide dans les écrits
scientifique107. Plus une personne a fait de tentatives suicidaires, plus elle est susceptible
d’en faire de nouvelles108.

Dans les écrits scientifiques, il est avancé qu’une personne aura fait de 10 à 40 tentatives
avant de compléter son suicide109. De plus, « Le tiers des personnes qui tentent de se
suicider effectueraient une autre tentative de suicide au cours de la même année. Près de
10 à 12 % des personnes qui profèrent des menaces suicidaires ou tentent de se suicider
meurent par suicide dans les 5 à 10 ans suivant leur tentative de suicide initiale »
(Traduction libre de Runeson, 2001 dans Granello, 2010, p. 88). Cela signifie qu’une
personne qui reçoit un congé d’hospitalisation pour une tentative de suicide demeure très
vulnérable face au suicide et ce, à court, moyen et long terme110. Une personne ayant fait
une tentative de suicide a un risque 100 fois plus élevé de mourir par suicide dans l’année
suivant la tentative qu’une personne dans la population générale ( Hawton, 1992 dans
Schreiber, 2014). Le risque est aussi accru si la tentative de suicide a eu lieu à l’intérieur
de 8 semaines111. Le guide présente trois niveaux de risque pour les tentatives de suicide
antérieures afin que l’évaluateur puisse considérer ces données mentionnées ci-haut pour
façonner son jugement clinique.

107 Notredame et coll., 2017 ; Sakinofsky, 2000 dans Galynker, 2017


108 (Laflamme, 2007 ; Joiner et coll., 2007 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Bergen, Perlman et coll., 2011 ; Hawton, Kapur
et coll., 2012 et Ando, Matsumoto, Kanata et coll., 2013 dans Notredame et coll., 2017 ; Bill-Brahe et coll., 1997 ;
Bradvik et Berglung, 1993; Duggan, Sham, Lee et Murray, 1991 ; Fawcett et coll., 1990; Goldstein, Black, Nasrallah
et Winokur, 1991; Nordstrom, Asberg, Aber-Wistedt et Nordin, 1995, Sidley, Calam, Wells, Hugues et Whitaker,
1999; Schneider, Philipp et Muller, 2001 ; Wasserman et Cullberg, 1989 dans Alonzo et Gearing, 2017
109 Goldsmith, Pellmar, Kleinman, et Bunney, 2012 et Hirschfeld et Russell, 1997 et Haukka, Suominen, Partonen et

Lönnqvist, 2008, dans Schreiber et Culpepper, 2014


110
Pirkis et Burgess, 1998 dans Schreiber et Culpepper, 2014 ; Lawence, Holman, Jablensky et Fuller, 1999 ;
Mortensen et Juel, 1993 dans Galynker, 2017
111 Department of Veterans Affairs, 2013;

47
Une personne qui fait des tentatives de suicide répétées est considérée comme étant en crise
quasi permanente (Joiner et Rudd, 2000). Cela s’explique par le fait que les personnes
chroniquement suicidaires doivent composer avec des stresseurs et des facteurs de risque
plus nombreux que la population générale, et ce, sur une plus longue période de temps
(Joiner et Rudd, 2000). Il est donc nécessaire que les cliniciens prennent au sérieux la
détresse que ces personnes expriment. En effet, si l’on prend par exemple le trouble de la
personnalité limite, près de 8 à 10 % des personnes atteintes se suicideraient.112 Cela
signifie qu’il est nécessaire que les professionnels évaluent beaucoup plus régulièrement
l’urgence et la dangerosité suicidaire (Shea, 2008).

Afin d’obtenir un éclairage sur les circonstances qui sont insupportables pour la personne,
l’évaluateur doit s’enquérir sur les circonstances qui l’ont amené à faire des tentatives, de
même que les moyens qui ont été utilisés113. À ce sujet, Shea, (2008) suggère de porter
particulièrement attention à la tentative de suicide la plus grave pour obtenir un portrait
instantané de la létalité des moyens utilisés et des circonstances qui précipitent un passage
à l’acte. Demander comment elle vit le fait d’être encore en vie fournit un éclairage
supplémentaire114. Une personne qui a honte ou est déçue ou fâchée est plus à risque de
récidive et de décès par suicide115. Enfin, Galynker, (2017) souligne l’importance de
recueillir ces informations parce qu’une personne qui a survécu à une tentative est
susceptible d’utiliser une méthode plus létale lors d’une prochaine tentative.

112 Oldham, 2006, dans National Institute for Health and Clinical Excellence, 2009; APA, 2013
113 Perlman et coll., 2011 ; Notredame et coll., 2017 ; Alonzo et Gearing, 2017
114 Shea, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Notredame et coll., 2017 ; Alonzo et Gearing, 2017
115
Wenzel, Berchick, Tenhave, Halberstadt, Brown et Beck, 2011

48
C.2.1 Idées suicidaires antérieures

Description

Comme déjà mentionné dans la section des idées suicidaires, même si la plupart du temps,
les idées suicidaires ne conduisent pas à un acte suicidaire (Shea, 2008), une personne qui
a souvent pensé au suicide sans avoir fait de tentative est considérée plus vulnérable à un
passage à l’acte116. Il est donc opportun que l’évaluateur considère si la personne a souvent
présenté des idées suicidaires antérieures.

C.2.2 Gestes autodestructeurs et d’automutilation

Description

Les gestes d’automutilation sans intention suicidaire sont des comportements liés fort
importants à considérer. Le concept d’intention suicidaire est un élément clé qui ressort
dans la plupart des guides de pratiques recensés par Bernet et coll. (2014). Plus
spécifiquement, l’évaluateur devra déterminer s’il y a une progression de la gravité de
l’automutilation qui pourrait entraîner la mort suite à des blessures auto-infligées (Perlman
et coll., 2011).
Chez l’enfant et l’adolescent, le comportement suicidaire ainsi que les comportements
autodestructeurs font partie des gestes qui démontrent la plus haute sensibilité (98%) pour
identifier le risque suicidaire, l’intervenant doit donc s’enquérir des gestes autodestructeurs
que peut avoir cette population (Kennebeck, 2015).

Exemples de questions pour évaluer les tentatives, idées suicidaires antérieures ou


gestes autodestructeurs/automutilation :
• Avez-vous déjà tenté de mettre fin à votre vie ? Si oui, combien de fois et comment ?
• À quand remonte la dernière fois ? Ont-elles nécessité une hospitalisation ?

116
Notredame et coll., 2017, Renaud et coll., 2017

49
• Avez-vous déjà eu des idées suicidaires dans le passé ? À quand remonte la dernière
fois ?
• Avez-vous déjà posé des gestes dangereux pour votre vie ? Comment cela s’est-il
passé ? (Circonstances, moyen utilisé, pensées, conséquences…)
• Avez-vous déjà posez des gestes d’automutilation ? Combien de fois ? À quand
remonte la dernière fois ?
• Que recherchiez-vous en posant ce geste ?
• Quelle était la situation difficile que vous viviez à ce moment ?
• En quoi la situation actuelle est-elle similaire ?
• Présentement, suite à votre tentative de suicide, lorsque vous avez constaté que
vous étiez encore en vie, comment vous sentiez-vous ?
• Étiez-vous ou êtes-vous content, fâché, avez honte d’être en vie ?

Évaluation des facteurs de risque :

Faible Modéré Élevé


Tentatives de suicide antérieures Nbre(s) _________
Il y a plus de 1 an Entre 2 mois et 1 an Il y a moins de 2 mois
Tentative de suicide récente : Honte, déçu, fâché d’être en vie Désire répéter le geste Autre : ___________________________________________
Idées suicidaires antérieures Nbre(s) _________ Gestes autodestructeurs/automutilations Nbre(s) _________
Date ____________ Événement(s) précipitant(s) _____________________________________________ Moyen (s) ___________________________________
____________ _____________________________________________ ___________________________________
____________ ____________________________________________ ___________________________________

50
C.3 Facteurs/événements précipitants (proximaux)

Description

L’évaluateur doit décrire les événements de la vie qui a fait craquer la personne et qui
l’amène à considérer l’option du suicide117. Ces événements ont souvent eu lieu dans les
semaines précédant la crise actuelle (Lafleur et Séguin, 2008).

Turecki et Brent (2016), rapportent que la psychopathologie est le facteur le plus important
pour prédire le suicide et est fortement associé aux comportements suicidaires et plusieurs
autres écrits scientifiques le supportent118. Les écrits scientifiques suggèrent que la
présence d’un trouble de santé mentale double le risque qu’une personne fasse une tentative
de suicide119.

Exemples de questions pour évaluer les facteurs précipitants:

• Vivez-vous actuellement une ou des situations difficiles ?


• Comment expliquez-vous que vous vous retrouviez dans votre condition actuelle ?
• Présentez-vous des symptômes d’épuisements, de stress, des troubles de sommeil
?
• Avez-vous augmenté votre consommation de médicaments, d’alcool ou de drogues
récemment ?
• Souffrez-vous d’une maladie physique ?
• Souffrez-vous d’un trouble de santé mentale, psychiatrique ?

117 Lafleur et Séguin, 2008 ; Santé Canada, 2009 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Turecki et coll., 2012 ; White et Jodoin, 2004
dans Lane et coll., 2010 ; CPSQ dans MSSS, 2006 ; Laflamme, 2007 ; Schreiber et Culpepper, 2014
118 Shea, 2008 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Schreiber et Culppeper, 2014 ; Notredame et coll.,

2017 ; Nordentoft, Mortensen et Pedersen, 2012 dans Galynker, 2017 ; Klonsky, Qiu et Saffer, 2017
119 Antikainen, Hintikka, Lehtonen, Koponen et Asstilla, 1995 ; Kaplan et Harrow, 1996 ; Mehlum, Friis, Vaglum et

Karterud, 1994 ; Sabo, Gunderson, Najavitz, Chauncey et Kisiel, 1995 ; Scocco, Marietta, Toniette et Buono, 2000 ;
Schneider et coll., 2001 ; Statham et coll., 1998 dans Alonzo et Gearing, 2017

51
Évaluation des facteurs de risque :

Facteurs/événements précipitants (proximaux)


___________________________________________________________________________________________________
Symptômes ou trouble de santé mentale : _______________________________________________________________
Augmentation récente de la consommation
Maladie physique / invalidante (ex.: cancer, douleur chronique) : _____________________________________________
Événements ou condition de vie difficile : Échec Rupture Abus Harcèlement Intimidation
Humiliation Culpabilité Honte Difficultés financières Circonstances périnatales Perte ou deuil récent
Conflits relationnels Conflits juridiques Autres : _______________

52
C.3.1 Exemples d’événements Source
précipitants :

L’annonce d’un diagnostic de santé Galynker (2017)


mentale.

Un décès dans l’entourage. Shea (2008) ; Lafleur et Séguin (2008) ; Schreiber et Culpepper
(2014)

La perte d’un emploi. Shea (2008) ; Bastia et Kar (2009) dans Bryan et Rudd (2010) ;
Schreiber et Culpepper (2014) ; Galynker (2017)

La perte de logement ou la menace Galynker (2017)


d’éviction.

Un stress financier intense. Bastia et Kar (2009) dans Bryan et Rudd (2010)

Une rupture amoureuse. Shea (2008) ; Perlman et coll. (2011) ; Schreiber et Culpepper
(2014) ; Galynker (2017).

Une grande humiliation. Shea (2008) ; Galynker (2017)

Des problèmes légaux, tels que d’avoir Appleby, Shaw et coll. (1999) dans Bryan et Rudd (2010) ; Alonzo
été arrêté ou incarcéré. et Gearing (2017).

Lafleur et Séguin, 2008 ; Sullivan, 1956 dans Montreuil et Gros,


Conflits relationnels, tels que les 2013 ; Large, Smith, Sharma, Nielssen et Singh dans Notredame et
conflits familiaux, conjugaux ou coll., 2017, Appleby, Shaw et coll., 1999 ; Bastia et Kar, 1999 ;
d’amitiés et particulièrement pour les Wyder, Ward et De Leo, 2009 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Kolves,
personnes atteintes d’une maladie Värnik, Schneider, Fritze et Allik, 2006 dans Galynker, 2017
mentale Brown, Beck, Steer et Grisham, 2010 dans Bryan et Rudd, 2010 ;
Kposowa, 2001 ; Coope et coll., 2015; Saurina, Bragulat, Saez,
Chômage Lopez-Casanovas, 2013 ; Yip et coll., 2011 ; Zhang et coll., 2015
dans Alonzo et Gearing, 2017

Être victime d’intimidation ou de


harcèlement, particulièrement chez les Notredame et coll., 2017
adolescents

La douleur chronique, maladie Shea, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Notredame et coll., 2017 ;
physique invalidante ou incurable Galynker, 2017

53
C.4 Facteurs prédisposants et contribuants (développementaux et distaux)

C.4.1 Facteurs prédisposants

Description

Ces facteurs doivent être conçus comme le terreau qui fait en sorte que certaines personnes
sont plus vulnérables au risque suicidaire durant leur vie120. Concrètement, ces facteurs
réfèrent au fait d’être exposé à de l’adversité dans la vie (Notredame et coll., 2017). Ils
ont souvent marqué l’histoire de vie de la personne et ont façonné le développement de son
cerveau (Bryan et Rudd, 2010). On peut retrouver comme exemple:

Appartenir à une population chez qui le risque de suicide a été fortement documenté
dans les écrits scientifiques (LGBTQ+, médecin, minorité ethnique, détenu ou ex-détenu)
(Notredame et coll., 2017). Il est important de prêter une attention particulière à ces
groupes vulnérables (caractéristiques, évaluation, moyens d’intervention) (Lane, 2010). Le
lecteur est prié de consulter les écrits scientifiques pour en apprendre davantage sur ces
populations.

L’impulsivité a été grandement documentée dans les écrits. Elle est très fortement associée
aux tentatives de suicide ainsi qu’aux suicides complétés dans la population générale121.
Cette tendance est observable par l’adoption de comportements risqués et irréfléchis122.
Toutefois, Klonsky et May (2015) ont conclu que malgré la croyance populaire,
l’impulsivité apparaît comme un prédicteur distal et plutôt modeste.

Aux circonstances difficiles entourant la périnatalité, comme la maternité adolescente

120 Notredame et coll., 2017 ; Santé Canada, 2009 ; Turecki, Lesage et Desrochers, 2012 ; White et Jodoin, 2004 dans
Lane et coll., 2010 ; Centre de prévention du suicide du Québec [CPSQ] dans MSSS, 2006
121 Laflamme, 2007 ; Perlman et coll., 2011 ; Anestis, Soberay, Gutierrez, Hernandez et Joiner [2014] dans Notredame

et coll., 2017 ; Angst et Clayton, 1998 ; Brent et coll., 2003 ; Goldney, Winefield, Saebel, Winefield et Tiggeman,
1997 ; Kleiman, Riskind, schaefer et weingarden, 2012 ; Lopez-Castroman et coll., 2014 ; Malone, Haas, Sweeny et
Mann, 1995 ; Mann et coll., 2005 ; May et Klonsky, 2016 ; Rawlings, Schevlin, Corcoran, Morriss, Taylor, 2015 ;
Spokas, Wenzel, Brown, Beck, 2012 dans Alonzo et Gearing, 2017 ; Klonsky, Qiu et Saffer, 2017
122
Van Orden, Witte, Gordon, Bender et Joiner dans Bryan et Rudd, 2010 ; Perlman et coll., 2011 ; American
Association of Suicidology, 2013 ; American Foundation for Suicide Prevention, 2014 dans May et Klonsky, 2015

54
ou encore le fait d’être né prématurément, d’avoir eu un petit poids et ou une petite taille à
la naissance123.

Aux antécédents de suicide dans la famille ou l’entourage124.

À l’exposition à la violence et la maltraitance sous toutes ses formes durant l’enfance125.

Au fait d’avoir grandi dans un environnement invalidant les expériences émotionnelles


(Linehan, 1993 dans Bryan et Rudd, 2010).

À un locus de contrôle externe et un faible sentiment d’efficacité (Alonzo et Gearing,


2017).

À une faible tolérance à la frustration (Alonzo et Gearing, 2017).

À une histoire familiale de troubles psychiatriques (Alonzo et Gearing, 2017).

Au perfectionnisme126.

À des pertes en bas âge127.

Au fait d’avoir été victime d’un viol (Joiner et coll., 2007 dans Bryan et Rudd, 2010).

Aux traumatismes128.

123 Salib, Cortina-Borja 2006 ; Riordan et coll, 2006 ; Mittendorfer et Wasserman, 2004 dans Notredame et coll, 2017
124
CPSQ dans MSSS, 2006 ; Shea, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Notredame et coll., 2017 ; Mann et coll., 2005 ;
Brent et coll., 2002 ; Bridge, Goldstein et Brent, 2006 dans Alonzo et Gearing, 2017
125 (Brown, Cohen, Johnson et Smailes, 1999 dans Bryan et Rudd, 2010 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Perlman et coll.,

2011 ; Séguin, Renaud, Lesage et coll., 2011 dans Montreuil et Gros, 2013 ; Afifi et coll., 2014 ; Derray et coll.,
2016 ; Fuller-Thomson, Baird, Dhrodia et Brennenstuhl, 2016 dans Alonzo et Gearing, 2017 ; Galynker, 2017
126Alonzo et Gearing, 2017 ; O’Connor, 2007 dans Galynker, 2017

127 CPSQ dans MSSS, 2006 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Borg et Stahl, 1992 dans Alonzo et Gearing, 2017 ; Perlman et

coll., 2011 ; Notredame et coll., 2017


128 Laflamme, 2007 ; Perlman et coll., 2011 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Galynker, 2017

55
C.4.2 Facteurs contribuants

Description

Ce sont les variables de la vie actuelle de la personne ou des stress chroniques qui
exacerbent son niveau de fragilité augmentant ainsi son risque suicidaire129. Ici, l’on
pourrait penser à :

Une exposition à la violence sous toutes ses formes et la victimisation130


particulièrement pour les femmes (Notredame et coll., 2017).

Il appert que l’abus de substance est fortement associé au risque suicidaire131. En effet,
une personne toxicomane aurait un risque suicidaire de 4,7 fois plus élevé qu’une personne
abstinente132. Ce risque varie selon la substance consommée et le profil de la personne
(Notredame et coll., 2017). En effet, certaines substances ont pour effet d’augmenter
l’impulsivité, ce qui peut signifier une plus grande probabilité de passage à l’acte133. Il est
connu que beaucoup de personnes qui ont commis un suicide avaient consommé avant de
passer à l’acte134. Le clinicien doit rester à l’affût des changements dans les habitudes de
consommation parce que son augmentation peut constituer un signe avant-coureur du
suicide135.

En ce qui concerne l’alcool, le lien entre sa consommation abusive et la dépression a été

129 Laflamme, 2007 ; Notredame et coll., 2017 ; White et Jodoin, 2004 dans Lane et coll., 2010 ; CPSQ dans MSSS,
2006
130 Schreiber et Culpepper, 2014 ; Notredame et coll., 2017

131 Laflamme, 2007 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Shea, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Cavanagh et coll., 2003 dans

Montreuil et Gros, 2013 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Notredame et coll., 2017 ; Boenish et coll., 2010 ;
Flensborg-Madsen et coll., 2009 ; Sher, 2006 dans Alonzo et Gearing, 2017 ; Galynker, 2017
132 Singhal, Ross, Seminog, Hawton et Goldacre, 2014 dans Notredame et coll., 2017

133 Shea, 2008 ; Wilcox, Conner et Caine, 2004 dans Perlman et coll., 2011

134 Alonzo et Gearing, 2017 ; Galynker, 2017

135 Rudd et coll., 2011 dans Perlman et coll., 2011 ; Galynker, 2017

56
fait dans la recherche. Les tentatives de suicide et suicides sont souvent commis par des
personnes fortement intoxiquées par l’alcool à cause de son effet désinhibant et
potentialisateur d’impulsivité136. Près de 25 % des personnes qui ont une dépendance à
l’alcool commettent des tentatives de suicide137. Enfin, des études avancent que cette
population présenterait un risque de 60 à 120 fois plus élevé de passer à l’acte
comparativement à la population générale138.

Nous tenons à souligner que l’évaluateur gagne à se renseigner au sujet des différentes
substances consommées pour bien comprendre leur impact sur les conduites suicidaires.

L’isolement social139.

Une faible scolarité (Abel et Kruger, 2005 dans Alonzo et Gearing, 2017).

Un changement dans la médication prescrite (Galynker, 2017).

Un stress financier chronique140 qui peut survenir par exemple avec le fait d’avoir des
dettes141.

La pauvreté142.

La violence conjugale subie, tant chez les hommes que chez les femmes143.

136 Elliott, Pages, Russo et Wilson et Roy-Byrne 1996 dans Shea, 2008 ; Galynker, 2017
137 Chignon, Cortes, Martin et Chabannes, 1998 dans Alonzo et coll., 2017
138 (Pompili et coll., 2010 ; Sher, 2006 dans Alonzo et Gearing, 2017

139 Rudd et coll., 2006 dans Perlman et coll., 2011 ; Institut de recherche en santé du Canada dans Montreuil et Gros,

2013 ; Schreiber et Culpepper, 2014 ; Large, Smith, Sharma, Nielssen et Singh dans Notredame et coll., 2017
140 CPSQ dans MSSS, 2006 ; Perlman et coll., 2011 ; Notredame et coll., 2017
141
Meltzer et coll., 2011 dans Alonzo et Gearing, 2017
142 Abel et Kruger, Chung et coll., 2013, Magnusson et Makinen, 2010 ; Sareen, Afifi, MacMillan et Asmundson, 2001

dans Alonzo et Gearing, 2017 ; Rehkopf et Buka, 2006 dans Galynker, 2017
143 Schreiber et Culpepper, 2014 ; McLaughlin, O’Carroll et O’Connor, 2012 dans Alonzo et Gearing, 2017

57
Exemples de questions pour évaluer les facteurs contribuants et prédisposants :
• Avez-vous vécu des situations difficiles dans votre passé ?
• Avez-vous vécu un suicide dans votre entourage, votre famille ? Qui ? Quand ?
Comment ?
• Faites-vous partie d’une communauté minoritaire (LBGTQ+, autochtone, etc.) ?
• Est-ce qu’il vous arrive de faire des choses sans prendre le temps d’y réfléchir ?
• Comment réagissez-vous face à une contrariété ou une frustration ? Vous arrive-t-
il de partir en claquant la porte ?
• Avez-vous tendance à être colérique, impulsif ?
• Consommez-vous des drogues, alcool ou autres substances non prescrites ?
• Avez-vous déjà ressenti le besoin de diminuer ou d’augmenter votre consommation
des substances ?

Évaluation du facteur de risque :

Facteurs contribuants et prédisposants (développementaux et distaux)


Déficit cognitif Anxiété élevée
Abus de substances et autres dépendances
Histoire ou conditions de vie difficiles :
Abus ou négligence dans l’enfance Mère adolescente Monoparentalité Isolement social
Violence Impulsivité
Autres : _____________________ Antécédents familiaux de suicide :
_________________________________________________________________
Population vulnérable : LBGTQ2+ Militaire Minorité ethnique
Détenu, ex-détenu Itinérance Déficience intellectuelle - Autisme
Personnes âgées Autres : ___________________________________

58
D Facteurs de protection

Description

Comme mentionné plus haut, les facteurs de protections sont les variables qui peuvent
diminuer le risque suicidaire144. Ils constituent les forces et les ressources qui aident la
personne à faire face aux difficultés de la vie. Ils peuvent servir de leviers vers la
mobilisation de la personne et fournir des pistes d’interventions. En voici des exemples :

D.1 Exemples de facteurs de Source


protection
Saines habitudes de vie Lafleur et Séguin (2008)

Être dans une relation conjugale Kposowa (2000) ; Silevntoinen, Moustgaarid, Peltonen et Martikainen
(2013) ; Hawton (2000) ; Moller-Leimkuhler (2003) dans Alonzo et
stable, spécialement chez les
Gearing (2017) ; Smith, Mercy et Conn (1988) dans Galynker (2017)
hommes

Avoir un emploi Alonzo et Gearing (2017)

Capacité de voir la vie du bon Bryan et Rudd (2010)

côté
Accorder un sens à la vie Kleiman et Beaver (2013) dans Alonzo et Gearing (2017)

Espoir quant aux perspectives Bryan et Rudd (2010)

d’un futur prometteur

Investissement dans la poursuite Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011) ; Soloff et Chiappetta (2012) et Chang, Chen,
d’un objectif de vie
Hui, Chan, Lee et Chen (2015) dans Notredame et coll. (2017)

Implication au travail Soloff et Chiappetta (2012); Chang et coll. (2015) dans Notredame et
coll. (2017)

144Lafleur et Séguin, 2008 ; Bryan et Rudd, 2010 ; Nelson, Johnston et Shrivastava, 2010 ; Sanchez, 2001 dans Perlman
et coll., 2011 ; Berman, 2006 ; Rudd, 2006, Rudd et coll., 2006 ; Vikes, 2003 ; Shea, 2012 dans Alonzo et Gearing,
2017.

59
Implication dans la communauté Lafleur et Séguin (2008) ; Soloff et Chiappetta (2012) et Chan et coll.
(2015) dans Notredame et coll. (2017)

Investissement dans un passe- Joiner (2005) dans Bryan et Rudd (2010) ; Sanchez (2001) ; United
States Public Health Service (1999) dans Perlman et coll. (2011)
temps

Valeurs morales désapprouvant le Linehan et coll. (1983); Richardson-Vejlgaard, Sher, Oquendo, Lizardi
et Stanley (2009) dans Alonzo et Gearing (2017)
suicide

Crainte de la désapprobation Linehan et coll. (1983)

sociale
Peur de la mort Linehan et coll. (1983)

Spiritualité et religiosité Sanchez (2001) ; Lafleur et Séguin (2008) ; United States Public Health
Service (1999) dans Perlman et coll. (2011) ; Colucci (2008) ; Dervic et
coll., (2004) ; (Lizardi et coll., 2007); Lizardi et Gearing, (2010) ; Rasic
et coll., (2009) ; Stack, (1983) dans Alonzo et Gearing, (2017)

Sentiment d’appartenance à la Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011)
communauté

Identité bien établie Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011)

Estime de soi consolidée Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011) ; Alonzo et Gearing (2017)

Liens familiaux solides et Turvey et coll. (2002); Lafleur et Séguin (2008) ; Stravynski et Boyer
(2001) dans Bryan et Rudd (2010) ; Sanchez (2001) ; United States
responsabilités familiales
Public Health Service (1999) dans Perlman et coll. (2011) ; Alonzo et
Gearing (2017) ; (Linehan et coll. (1983) ; Mc Laren (2011) dans
Alonzo et Gearing (2017)

Avoir des enfants à sa charge Linehan et coll. (1983) ; Clark et Fawcet (1994) dans Bryan et Rudd
(2010) ; Alonzo et Gearing (2017)

Habiletés de résolution de Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011) ; Linehan et coll. (1983) ; Alonzo et Gearing
problèmes
(2017)

60
Capacités d’adaptation Linehan et coll. (1983); Sanchez (2001) ; United States Public Health
Service (1999) dans Perlman et coll. (2011)
La résilience Dhingra, Boduszek et O’Connor (2016) ; Kleiman et Beaver (2013) ;
Wisco, Marx, Woolf et Miller (2014) dans Alonzo et Gearing (2017)

Réseau de support social Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011) ; Donald et coll. (2006) ; Duberstein et coll.
(2004) ; Kleiman et Beaver (2013) ; Park, Cho et Moon (2010) dans
Alonzo et Gearing (2017)

Accès restreint aux moyens Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011), Agerbo, Gunnell, Bonde, Mortensen et
permettant de se suicider,
Nordentoff (2007) ; Dahlberg, Ikeda et Kresnow, (2004) ; Ilgen, Zivin,
notamment aux armes à feu
McMannon et Valenstein (2008) ; Miller, Lippmn, Azrael et Hemenway
(2007) ; Shenassa, Rogers, Spalding et Roberts (2004) ; U.S.
Department of Health and Human Services (2013) dans Alonzo et
Gearing (2017)

Accès à des soins de santé Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011) ; Alonzo et Gearing (2017)
mentale

Accès à des soins de santé Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011) ; Alonzo et Gearing (2017)

Accès à des soins pour l’abus de Sanchez (2001) ; United States Public Health Service (1999) dans
Perlman et coll. (2011)
substances

61
Exemples de questions pour évaluer les facteurs de protection :
• Parlez-moi de vos proches, d’une ou des personnes sur qui vous pouvez compter,
en qui vous avez confiance ? Quelqu’un qui a déjà été présent pour vous quand
les choses allaient moins bien ?
• Avez-vous une ou des personnes qui pourraient vous soutenir et en qui vous avez
confiance ?
• Y a-t-il des choses — des personnes ou quoi que ce soit d’autre (ex : famille,
religion, douleur liée à la mort) — qui vous a empêché de vouloir mourir ou de
mettre vos pensées suicidaires à exécution ? Qui vous retient à la vie ? Citez-moi
trois raisons.
• Qu’est-ce qui vous a empêché de passer à l’acte jusqu’à maintenant ?
• Quelles stratégies avez-vous utilisées dans le passé qui ont été bonnes pour vous ?
• Quelles sont les raisons qui vous empêchent de penser à vouloir mourir ou à vous
suicider ?
• Certains jours ont été plus facile, comment avez-vous réussi, que faisiez-vous que
vous vous êtes-vous dit ?
• Qu’est-ce qui vous aide le plus ?

Faire l’exercice d’identifier les facteurs de protection avec la personne lui offre l’occasion
de se raccrocher à la vie en se mobilisant dans un plan d’intervention145. Pour ces raisons,
tout au long de l’entretien, l’évaluateur veillera à utiliser une approche qui éveille les
perspectives d’un futur meilleur (Lafleur et Séguin, 2008). Pour faciliter cette tâche et se
doter de pistes d’intervention, l’évaluateur pourrait compléter le Reasons for living
Inventory (RFL)) de Linehan, Goodstein, Nielson et Chiles (1983), dont l’utilisation est
gratuite après en avoir obtenu la permission des auteurs (Perlman et coll., 2011). Cet
exercice d’identification des forces constitue bien souvent un point de bascule dans
l’entretien avec la personne parce qu’il lui permet de prendre une distance vis-à-vis ses
idées suicidaires de se concentrer sur ce qui va bien (Bryan et Rudd, 2010) et de retrouver
de l’espoir (Séguin et Lafleur, 2008).

145
White et Jodoin, 2004 dans Lane et coll., 2010 ; Lafleur et Séguin, 2008 ; Perlman et coll., 2011 ; Bryan et Rudd,
2010

62
Il est important de souligner que même si la personne présente de nombreux facteurs de
protection, il ne faut jamais sous-estimer le risque qu’elle passe à l’acte si ses difficultés
sont trop lourdes à porter146. Les patients aux antécédents de tentatives de suicide itératives
ont souvent moins de facteurs de protection et ont des difficultés à identifier des raisons de
vivre. Face à cette impasse, l’évaluateur peut demander ce qui les maintient encore en vie
(Bryan et Rudd, 2010)

Évaluation du facteur de protection :

Facteurs de protection Qu’est-ce qui aide, peut aider ? __________________________________________________


Éléments dissuasifs, forces : Identifie des raisons de vivre Croit que le suicide est immoral Grande
spiritualité Soutien social perçu comme significatif/soutenant
Famille ou réseau impliqué et se tient responsable :
Nom : __________________________ Lien : _________________ Coordonnées : _______________________________
Peur de la mort ou de mourir en douleur et souffrance Engagé dans son travail ou à l’école Autres : ___________

E Déterminer un niveau de risque global — absent, faible, modéré, élevé

Afin de forger son opinion clinique finale, le professionnel doit déterminer l’urgence et
la dangerosité, tout en considérant l’ensemble des facteurs de risque et de protection147.

Le professionnel doit garder en tête qu’il n’est pratiquement pas possible d’arriver à un
niveau de risque suicidaire absolu (Alonzo et Gearing, 2017). En effet, les écrits
scientifiques comprennent très peu d’outils, tels que des tableaux catégoriels ou encore des
arbres décisionnels permettant d’établir un niveau de risque suicidaire global franc (Bernert
et coll., 2014). Ces outils ont donc leurs limites. Par exemple, dans leur ouvrage, Bryan et
Rudd (2010) proposent un tableau pouvant soutenir l’évaluateur dans son positionnement

146
Bryan et Rudd, 2010 ; Perlman et coll., 2011
147
APA, 2003 ; Lane et coll., 2010 ; Turecki et coll., 2012 ; Franklin, Ribeiro, Bentley, Huang, Mucacchio, Chang,
Fox, Kleiman, Jaroszewski et Nock, 2016 ; Notredame et coll., 2017 ; Alonzo et Gearing, 2017

63
d’un risque global, mais il ne prend pas en compte l’ensemble des facteurs permettant de
déterminer l’urgence suicidaire, tels le contrôle des idées, la tension émotive et la capacité
à recevoir de l’aide qui sont aussi considérés dans le GÉRIS. Lafleur et Séguin (2008)
présentent également un tableau offrant des pistes pour le jugement clinique et prennent
soin que le jugement professionnel doit toujours l’emporter. Nous tenons à souligner que
le GÉRIS a aussi ses limites. Il est impossible de consigner en un seul formulaire la totalité
des facteurs de risques et des éléments à considérer pour mener une évaluation rigoureuse.
Il doit être conçu pour ce qu’il est censé être, c’est-à-dire un guide qui ouvre la voie à la
réflexion. Il est normal que l’incertitude fasse partie du processus (Bernert, et coll., 2014).
Nous tenons donc à rappeler l’importance de consulter d’autres professionnels
expérimentés (Alonzo et Gearing, 2017).

E.1 Comment remplir/évaluer la cote globale

L’établissement du niveau de risque global, doit se retrouver clairement dans un niveau


de risque précis et jamais entre deux niveaux afin d’éviter la confusion lors de la
communication entre les intervenants et les différents services. Advenant une incertitude
entre le niveau de risque faible, modéré ou élevé, il est suggéré d’octroyer la cote la plus
élevée offrant ainsi une marge de précaution supplémentaire. Toutefois, l’intervention sera
personnalisée selon le portrait clinique de la personne. Comme il a déjà été mentionné, il
ne faut jamais substituer le jugement clinique à l’utilisation d’un instrument
d’évaluation clinique quel qu’il soit, ce qui signifie de ne pas substituer le GÉRIS à votre
propre jugement clinique. C’est l’analyse de tous les éléments récoltés par l’évaluateur
qui déterminera la cote octroyée et non un cumul mathématique du nombre d’éléments.

64
E.2 Exemple de cote globale :

Le tableau ci-bas aide donc l’évaluateur à avoir une vue d’ensemble de chaque facteur
évalué et à établir le niveau global du risque suicidaire. Pour chaque facteur de risque
(colonne de gauche), un niveau de risque (ligne du haut : absent, faible, modéré, élevé) est
octroyé par l’énoncé qui correspond le mieux au portrait clinique que présente la personne.
La dernière ligne du tableau à l’endos du guide, permet de déterminer le niveau de risque
global octroyé selon le jugement clinique de l’intervenant en tenant compte de tous les
facteurs de risque évalués dans le guide. L’intervenant documente au dossier de la
personne le résultat global de son évaluation, l’évolution de l’état et des idées lors de
l’entretien, les éléments pertinents ainsi que les réactions de la personne lors de la
rencontre. Il y a 9 grilles qui permettent une évaluation distincte à différents moments.
Chaque évaluateur inscrit la date et l’heure dans le haut de la grille et signe tout au bas de
celle-ci.

1. Date :23-09-2017 Heure : 15h00 2. Date : 24-09-2017 Heure : 10h20 3. Date : Heure :

Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé
Idées suicidaires X X
Durée des idées X X
Intention suicidaire X X
Planification X X
Contrôle des idées X X
Tension émotive X X
Accepte de l’aide X X
Létalité X X
Accès au moyen X X
Risques additionnels X X
Niveau de risque global X X
Signature

John Marvel Mary-


Mary-Jo Wow
Dans l’exemple ci-haut, le premier intervenant, John Marvel, a considéré un niveau de
risque global modéré. Même si la personne à des idées suicidaires modérées, une
planification élevée et un faible accès au moyen, plusieurs autres éléments augmentent le
niveau de risque. Par exemple, même si la personne pense parfois à mourir et se sent
faiblement tendue, elle garde toutefois de l’information et a un plan bien défini. Le passage
à l’acte peut se produire assez rapidement vu l’intensité des idées. Le lendemain, à la

65
deuxième évaluation, Mary-Jo Wow, évalue que la durée des idées, l’intention suicidaire,
le contrôle des idées et la tension émotive ont augmenté et octroie alors un niveau de risque
global élevé.

Il n’est pas possible d’établir une liste de critères qui donnerait un niveau de risque
standard. C’est encore et toujours l’analyse des différents facteurs, dont le jugement
clinique, qui aidera le clinicien à déterminer le niveau du risque suicidaire global.

E.3 Informations manquantes pour la cote globale :

Il peut parfois s’avérer difficile d’obtenir toutes les informations comme par exemple,
si la personne donne très peu d’information. Comme à tout autre moment, l’évaluateur
peut, bien entendu, se référer aux informations collatérales, aux proches, aux parents ou
aux notes reçues d’un autre intervenant pour apprécier certains facteurs. Advenant qu’un
intervenant ne puisse pas, en une seule rencontre, recueillir toutes les informations
nécessaires pour évaluer un facteur de risque précis et dans un souci de précaution, il
octroiera un niveau de risque selon son jugement clinique ou encore, donnera le niveau le
plus élevé. À la prochaine rencontre, le même intervenant ou un autre intervenant pourra
compléter l’information manquante et ainsi améliorer l’évaluation et par le fait même, le
jugement clinique pour octroyer le niveau de risque plus juste. Par exemple, dans le tableau
suivant, le clinicien n’a pas eu d’information au sujet de l’intention suicidaire ni de la
létalité du plan il a donc octroyé le niveau le plus élevé.

66
Date : 23-09=2017 Heure : 15h00 Date : Heure : Date : Heure :

Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé Absent Faible Modéré Élevé
Idées suicidaires X
Durée des idées X
Intention suicidaire X
Planification X
Contrôle des idées X
Tension émotive X
Accepter de l’aide X
Létalité X
Accès au moyen X
Risques additionnels X
Niveau de risque X
Signature

James Marvel

E.4 Tableau de l’évolution du risque suicidaire / sommatif

Le dernier tableau du guide permet d’obtenir une vue d’ensemble, par les différents
intervenants impliqués, de l’évolution du risque suicidaire dans le continuum
d’interventions et de services. L’évaluateur n’a qu’à inscrire la date et l’heure de
l’évaluation et biffer à l’aide d’un X la case correspondante au niveau de risque octroyé.

Jour/Mois 23 24 24
09 09 09
Heure (hh:mm)
Absent
Faible
Modéré X
Élevé X X
Initiales : JM MJW FL

67
3.3 Fréquence
Fréquence d’évaluation suggérée :
N.B. Peut être modifié selon l’évaluation de l’équipe et le jugement clinique

Klein (2012), rapporte que le fait d’aborder ouvertement le sujet du suicide offre à la
personne la possibilité de confier ses intentions et constitue un moyen efficace de prévenir
un passage à l’acte, du moins chez celui qui n’en a pas pris irrévocablement la décision et
qui la dissimule. Il est donc recommandé de faire un dépistage systématique pour toute
personne qui se présente pour la première fois à un service de santé. L’OMS (2011),
suggère en effet que toute personne qui se présente dans un milieu de santé et de service
sociaux avec une atteinte de l’affect, de l’humeur et du comportement, soit des symptômes
de santé mentale, doit se voir demander s’il présente ou a présenté, au cours du dernier
mois, des idées suicidaires ou a établi des plans en vue d’un acte autoagressif. Si des
facteurs de risques ou des signes avant-coureurs sont dépistés ou détectés lors de
l’évaluation initiale, une évaluation plus complète doit être réalisée. Ainsi, le Guide
d’évaluation de la personne à risque suicidaire peut être complété afin de déterminer le
niveau de risque suicidaire.

Tout au long du suivi clinique de la personne, une exploration continue du risque


suicidaire doit être assurée. Une évaluation à fréquence variable doit être faite selon le
niveau de risque d’un passage à l’acte, et ce :
- selon le jugement clinique ;
- tout au cours du séjour de la personne;
- lors du suivi clinique.
« La fréquence d’évaluation doit être plus rapprochée
pour les personnes à plus grand risque. » (CAMH, 2010, RNAO,2008)

Le formulaire doit être complété selon les moments suivants:


- À l’accueil, l’admission
- Aux changements de milieux
- Lors de l’apparition d’idée ou de comportement suicidaire
- Lors d’un changement clinique ou de comportements significatifs

68
- Avant d’augmenter les privilèges
- Avant un congé
(Traduction libre de CAMH (2010) selon : Jacobs, 2007; RMFHMI, 1996)

Par conséquent, le guide est complété minimalement à chaque jour pour une personne
présentant un risque élevé et modéré dans les services internes ou unités d’hospitalisation
(RNAO, 2009; CAMH, 2010). À tout autre moment et indépendamment du secteur
d’activité, les intervenants doivent maintenir un lien de confiance et s’enquérir de l’état de
la personne tout en évaluant l’intensité suicidaire afin d’ajuster les interventions, le filet de
sécurité ou le niveau de surveillance requis qui peut varier d’une fois à l’autre selon l’état
émotionnel de la personne.

69
Partie 4 Déterminer les interventions, documenter, reconnaître
les groupes vulnérables

4.1 Déterminer les interventions à entreprendre, comprenant entre autres


les niveaux de surveillance et de suivi appropriés au niveau de risque

L’intervenant doit consulter et appliquer les procédures de son établissement et les


modalités de suivi et de surveillance qui sont spécifiques à son champ de pratique. Comme
mentionné plus haut, l’évaluation et le suivi d’une personne suicidaire est un exercice très
complexe et devrait toujours se faire en collaboration avec d’autres professionnels, qu’ils
soient impliqués directement auprès de la personne ou pas. Cette démarche assure un filet
de sécurité en offrant l’occasion de prendre de la distance vis-à-vis de la situation et de
prendre en considération une opinion clinique différente148.

4.2 Documenter l’ensemble de ses démarches d’évaluation et


d’intervention

Le professionnel doit consigner l’ensemble des démarches de son processus


d’évaluation149. Cet exercice constitue la preuve que le professionnel a procédé à une
évaluation rigoureuse du risque suicidaire et pris les précautions nécessaires en contre-
validant ses opinions cliniques auprès d’autres professionnels et a mis en place les mesures
de protection de la personne150. Il doit s’assurer de consigner l’ensemble des informations
requises afin de respecter la procédure de prévention de suicide et les normes d’agrément
de son établissement.

148 Sadoff, 1990 dans Granello, 2010 ; Monk et Samra, 2007 ; CSAT, 2009
149 Perlman et coll., 2011 ; Alonzo et coll., 2017
150 APA, 2003 ; Shea, 2008, 2010 ; RNAO, 2009 ; Alonzo et coll., 2017

70
Nous estimons que chaque intervenant a la responsabilité professionnelle d’approfondir ses
connaissances et compétences en matière de prévention du suicide auprès des clientèles qu’il dessert.
En plus de connaître la Loi sur les services de santé et de services sociaux, il doit maîtriser les lois
applicables à son champ de pratique (Loi de la protection de la jeunesse, Loi sur la protection des
personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui), et connaître les
politiques, procédures, protocoles de son établissement.

4.3 Reconnaître les groupes vulnérables au suicide en fonction de la


population générale

L’objectif du présent cadre de référence était d’offrir les bases aux professionnels afin
qu’ils puissent procéder à une évaluation de risque suicidaire de manière rigoureuse. Le
suicide étant un phénomène extrêmement complexe, le présent travail ne permettait pas de
procéder à une revue complète des écrits pour connaître l’étiologie, la prévalence, les
stratégies d’évaluation et d’intervention pour chaque population spécifique. Comme
mentionné précédemment, certains facteurs de risque sont communs tandis que d’autres
peuvent présenter des spécificités selon les groupes de populations auxquels on s’adresse.
Les cliniciens sont invités à utiliser le guide en tenant compte des contextes des différents
groupes d’âge et de populations. Il est recommandé que les professionnels concernés
consultent les guides de pratiques et les lignes directrices relatives à la prévention et
l’évaluation du risque suicidaire afin de s’enquérir des particularités des différents groupes
de populations.

71
5 Conclusion

Le choix et le développement du GÉRIS se sont fait en plusieurs étapes : la recension


d’outils déjà existants, la création de différentes versions du guide et l’expérimentation du guide
auprès de plusieurs cliniciens de professions distinctes sur le terrain. La contribution du RQSHA,
de différents établissements et de l’AQIISM, plus particulièrement la Communauté de pratique
des conseillères en santé mentale du Québec, a permis de développer un outil convivial pour les
intervenants de différentes professions et de milieux hétérogènes.

Malgré le progrès que représente le GÉRIS pour les établissements de santé et de services
sociaux, les démarches d’amélioration des pratiques en prévention du suicide doivent se
poursuivre. De par sa mission universitaire intégrant la clinique, l'enseignement, la recherche et
l'évaluation, il est impératif que le Centre Intégré Universitaire de Santé et Services Sociaux de
l’Ouest-de-l’île-de-Montréal demeure à l’affût des nouvelles connaissances scientifiques en
matière de suicide et qu’il apporte tout ajustement jugé nécessaire au GÉRIS.

Le présent cadre de référence présente uniquement le GÉRIS. Il importe toutefois d’inscrire


ce guide dans une démarche plus large. En effet, des politiques, protocoles et procédures doivent
aussi être développés par les établissements afin de supporter les décisions et les interventions
des intervenants. La formation des intervenants concernés est également primordiale afin
d’assurer des interventions et services de qualité, adaptés et sécuritaires. Les intervenants doivent
savoir quand et comment agir face à la personne suicidaire. Pour ce faire, le GÉRIS, bien qu’il
soit central pour guider les interventions, doit se positionner dans une démarche de prévention
du suicide globale.

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Annexe 1 GUIDE DE QUESTIONS POUR COMPLÉTER LE GUIDE
D’ÉVALUATION DE LA PERSONNE À RISQUE SUICIDAIRE

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GUIDE DE QUESTIONS POUR COMPLÉTER LE GÉRIS
•Avez-vous des idées suicidaires actuellement ? Pensez-vous souvent au suicide ?
Avez-vous souhaité être mort ou vous endormir et ne jamais vous réveiller ? À
IDÉES SUICIDAIRES quand remonte la dernière fois? Quand ces pensées ont-elles commencé?
Pouvez-vous préciser ces pensées?

•Combien de fois avez-vous ces pensées? Reviennent-elles souvent? Dans


DURÉE DES IDÉES quelles circonstances? Combien de temps perdurent ces pensées dans
votre esprit ?

•Avez-vous eu ces pensées avec l'intention de passer à l’acte? Quelle est l’intention
INTENTION derrière vos idées ? Souhaitez-vous mourir ou mettre fin à votre souffrance?

•Avez-vous pensé comment vous vous y prendriez ? Avez-vous commencé à mettre


au point les détails de votre suicide ? Avez-vous fait des préparatifs spéciaux en
PLANIFICATION vue de votre suicide (rédiger une lettre, mettre en ordre vos affaires, saluer
certaines personnes, faire un don d’objets significatifs, etc.) ? Avez-vous pris des
mesures pour ne pas être découvert ? Vous -êtes-vous informé sur certaines
méthodes ? Comment prévoyez-vous vous suicidez? Où ? Quand?

•Combien sur une échelle de 1 à 10, vous sentez-vous en contrôle ? Vous sentez-
vous capable de maîtriser vos actions ? Pourriez-vous ou pouvez-vous arrêter de
penser au suicide ou à vouloir mourir si le souhaitez? Entendez-vous des voix ? Si
CONTRÔLE DES IDÉES oui, que vous disent-elles ? Est-ce quelqu’un que vous connaissez, un homme,
une femme ? Faites-vous ce dont les voix vous dictent ? Si oui, qu’est-ce qui vous
force à obéir aux voix ? Si vous tentez d’y résister que ce passe-t’il
•Comment vous sentez-vous actuellement? Vous sentez-vous tendu, énervé,
anxieux ? Vous sentez-vous triste , en colère, sur le point d'exploser, de craquer?
TENSION ÉMOTIVE Comment réagissez-vous face à une contrariété ou une frustration ? Vous arrive-t-
il de partir en claquant la porte ?

CAPACITÉ À ACCEPTER DE •Qu’est qui augmente l’agir sur vos pensées suicidaires? Qu’est-ce qui vous
L'AIDE aide à ne pas agir ? Comment peut-on vous aider ?

•Est-ce que votre méthode était suffisamment prête et efficace pour causer la mort
LÉTALITÉ DU MOYEN ? Jusqu’à quel point vous êtes confient que votre plan va mettre fin à votre vie ?

•Avez-vous facilement accès au moyen envisagé ? Lequel (accès à une


ACCÈS AU MOYEN arme à feu, à des balles, à des médicaments, des produits dangereux)?
Avez-vous envisagé d'autres moyens maintenant que vous êtes ici?
•Avez-vous déjà tenté de mettre fin à votre vie? Si oui, combien de fois et
comment ? À quand remonte la dernière fois? Ont-elles nécessité une
TENTATIVES DE SUICIDE hospitalisation? Avez-vous déjà posé des gestes dangereux pour votre
ANTÉRIEURE vie? Des gestes d'automutilation ? Comment cela s’est-il passé?
(circonstances, moyen utilisé, pensées, conséquences…) Que recherchiez-
vous en posant ce geste? En quoi la situation actuelle est-elle similaire?
•Vivez-vous actuellement une ou des situations difficiles? Présentez-vous
des symptômes d'épuisements, de stress, des troubles de sommeil?
FACTEURS PRÉCIPITANTS Avez-vous augmenter votre consommation de médicamesnt, d'alcool ou
de drogues? Souffrez-vous d'une maladie physique, d'un troubble de
santé mentale ?
•Avez-vous vécu des situation difficiles dans votre passé? Avez vous vécu
FACTEURS CONTRIBUANTS un suicide dans votre entourage, votre famille ? Qui ? Quand? Comment
ET PRÉDISPOSANTS ? Faites-cous partie d'une communauté culturelle minoritaire? Vous
arrive-t-il de faire des choses sans réfléchir? Êtes-vous colérique?

•Avez-vous une ou des personnes qui pourraient vous soutenir et en qui vous avez
confiance? Y’a-t-il des choses – des personnes ou quoi que ce soit d’autre (ex :
famille, religion, douleur liée à la mort)- qui vous ont empêché de vouloir mourir
FACTEURS DE PROTECTIONS ou de mettre vos pensées suicidaires à exécution? Qu’est-ce qui vous a empêché
de passer à l’acte jusqu’à maintenant?Qui vous retient à la vie ? Citez-moi trois
raisons.

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