Université Grenoble Alpes. Master 1 Physique.
TD de physique statistique. Frédéric Faure.
TD 6. Les Fermions et les Bosons. Généralités
Références : [3], [1], [2].
Table des matières
1 Fermions et Bosons 1
2 Comparaison des statistiques pour des particules dans un puits de potentiel harmonique 4
Dans ce TD on considère les “statistiques de Fermi-Dirac et de Bose-Einstein” qui concerne le comportement
collectif des particules élémentaires observées dans la nature. On définira plus loin la définition précise de
Fermion/Boson. Référence : Particule data book du CERN.
— On observe que chaque famille de particule élémentaire est d’un type particulier, Fermion ou
Boson. Par exemple les électrons ou les quarks sont des Fermions. Les photons γ ou les gluons g sont des
bosons. La plupart des particules élémentaires sont instables, i.e. se désintègrent en d’autres particules
stables. Par exemple le muon se désintègre ainsi µ− → e− + νe + νµ en τ ∼ 2 × 10−6 s ref. Les seules
particules élémentaires stables sont électrons e− , neutrinos ν, photons γ, et quarks q, gluons g (mais
quarks et gluons n’existent pas à l’état individuel).
— Certaines particules élémentaires (les particules stables) s’assemblent pour former des particules compo-
sées très variées, par exemple les protons et neutrons sont des assemblées de quarks et gluons, les noyaux
atomiques sont des assemblages de protons et neutrons, les atomes sont des assemblages de noyaux et
électrons, les molécules sont des assemblages d’atomes, etc.. (les cristaux, cellules vivantes, fluides sont
des assemblages de molécules)
— En première approximation (i.e. à faible dilution et petit nombre de degrés de liberté), un composé de
nombre impair de Fermions a les propriétés d’un Fermion et un composé de nombre pair de
Fermions a les propriétés d’un Boson. Par exemple, le proton et le neutron sont chacun composés
de gluons (Bosons) et de trois quarks (Fermions), ce sont donc des Fermion. Le noyau He4 est composé
de 2 protons et 2 neutrons (Fermions), c’est donc un Boson. Le noyau He3 est composé de 2 protons et
1 neutron, c’est donc un Fermion.
— Toutes les particules élémentaires possèdent un moment angulaire appelé spin ou moment angulaire
intrinsèque caractérisé par son intensité s ∈ 0, 21 , 1, 32 , 2, 52, . . . si la masse est m > 0 (et si la masse
1 3
est m = 0, le spin appelé hélicité est caractérisé par 1s 3∈ 5 0, ± 2 , ±1, ± 2 , . . . ) [4, p.148]. Il apparait
que les Fermions ont un spin demi-entier s ∈ 2 , 2 , 2 , . . . et les Bosons ont un spin entier
s ∈ {0, 1, 2 . . .} (idem dans le cas m = 0). Ce fait s’appelle « le théorème spin-statistique ».
1 Fermions et Bosons
vidéo de la solution.
Ce problème est un rappel de cours. Ref : Par exemple, Section 5.3 de ce cours.
1.1 Définition pratique des Fermions et Bosons
On donne une définition des Fermions et des Bosons dans le cadre de la mécanique quantique en
définissant l’espace de Fock Fermionique et l’espace de Fock Bosonique des états possibles (ψm )m en terme
d’états à une particule (φn )n≥1 .
Considérons une particule élémentaire Fermion ou Boson d’une famille donnée (par exemple un électron ou
un photon). En mécanique quantique cette particule est décrite par un vecteur ψ ∈ H1 (sa fonction d’onde) dans
un espace de Hilbert H1 (indice 1 pour signifier que l’on considère N = 1 particule). On note (φn )n≥0 une base
orthonormée quelconque de cet espace H1 à une particule. Les états (φn )n ne sont pas forcément des
états stationnaires. Par exemple on peut penser à φn comme un paquet d’onde en (q, p), caractérisant la position
q, impulsion p, et aussi le spin d’une particule. Autre exemple, (φn )n peut être la base des états orbitaux de
l’électron dans un atome d’hydrogène (et son spin).
On considère maintenant plusieurs de particules d’une même famille (ex : des électrons). Elles ont
toutes les même caractéristiques physique : même masse, charge, spin etc.. on dit qu’elles sont identiques et
indiscernables. Conformément à l’expérience, on postule :
1
..
. N3 = 0 N3 = 1
φ2 N2 = 2 φ2 N2 = 1
φ1 N1 = 0 φ1 N1 = 0
φ0 N0 = 1 φ0 N0 = 1
Bosons Fermions
P
Figure 1.1 – On note Nn le nombre de particules dans l’état φn . N = n Nn est le nombre total. Exemples d’
un état m = (N0 , N1 , N2 , N3 , . . .) à N = 3 particules. Dans le cas des Fermions on a la contrainte 0 ≤ Nn ≤ 1.
Définition 1.1. Dans le cas des Bosons, chaque état possible m d’un ensemble de plusieurs particules
est caractérisé par le nombre de particules Nn ≥ 0 dans chaque état individuel φn avec n ≥ 0.
Ainsi un état possible est noté
m = (N0 , N1 , N2 , . . .) , avec Nn ≥ 0.
Le nombre total de particules dans cet état m est donc
X
N (m) = Nn
n≥0
Ces états m forment une base orthonormée de l’espace quantique de tous les états possibles, appelé
espace de Fock Bosonique F. Autrement dit, un état quelconque de plusieurs particules est une
combinaison linéaire de ces états de base m. Voir figure 1.1.
Définition 1.2. Dans le cas des Fermions, chaque état possible m d’un ensemble de plusieurs particules
est caractérisé par le nombre de particules Nn ≥ 0 dans chaque état individuel φn avec n ≥ 0,
mais avec la contrainte supplémentaire que Nn ≤ 1. Ainsi un état possible est noté
m = (N0 , N1 , N2 , . . .) , avec 0 ≤ Nn ≤ 1.
Le nombre total de particules dans cet état m est donc
X
N (m) = Nn
n≥0
Ces états m forment une base orthonormée de l’espace quantique de tous les états possibles, appelé
espace de Fock Fermionique F. Autrement dit, un état quelconque de plusieurs particules est une
combinaison linéaire de ces états de base m. Voir figure 1.1.
Remarque 1.3. On note FN l’espace de Fock à nombre fixé N ≥ 0 de particules. Ainsi
F = F0 ⊕ F 1 ⊕ F 2 . . . (1.1)
en particulier F1 = H1 est l’espace à une particule et F0 est un espace à zéro particule, contenant un seul état
m = (0, 0, . . .) appelé état du vide quantique.
1.2 Ensemble canonique
On suppose que le système étudié a un nombre N fixé de particules identiques. L’énergie est une quantité
conservée dans les interactions, mais on suppose que le système peut échanger de l’énergie avec l’extérieur et
qu’il est dans un état d’équilibre statistique à la température T imposée par l’extérieur. La mesure de probabilité
de Boltzmann, (appelé “ensemble canonique”, vue au TD précédents) est
1 −βE(m)
P (m) := e (1.2)
ZN
1
avec β = kT et ZN (β) une constante de normalisation qui dépend de β.
2
P
1. Montrer que l’énergie moyenne du système ⟨E⟩ := m P (m) E (m) est donnée par
⟨E⟩ = −∂β ln ZN
P
2. Montrer que l’entropie S := −k m P (m) ln P (m) est donnée par
1
S= ⟨E⟩ + k ln ZN
T
1.3 Ensemble grand canonique
On suppose que le nombre de particules est conservé par les interactions (ce n’est pas toujours le cas, par
exemple l’interaction électromagnétique ne conserve pas le nombre de photons). Mais on suppose que le système
peut échanger de l’énergie et des particules avec l’extérieur. La mesure de probabilité de Boltzmann (appelé
“ensemble grand canonique”) est
1
P (m) := e−β(E(m)−µN (m)) , (1.3)
Ξ
où µ est le potentiel chimique imposé par l’extérieur et Ξ (β, µ) une constante de normalisation qui dépend de
β, µ.
1. Montrer que X
Ξ= eN βµ ZN .
N ≥0
P
2. Montrer que l’énergie moyenne du système ⟨E⟩ := m P (m) E (m) est donnée par
⟨E⟩ = −∂β ln Ξ + µ ⟨N ⟩
P
où ⟨N ⟩ = m P (m) N (m) est le nombre moyen de particules.
1.4 Distribution de Bose-Einstein et de Fermi-Dirac
On considère maintenant le cas particulier de particules indépendantes (i.e. sans interaction mutuelle)
qui sont des Bosons ou des Fermions. On suppose que (φn )n≥0 sont les états propres d’énergie pour une particule
seule et on note ϵn l’énergie de φn , i.e. Ĥφn = ϵn φn avec ϵ0 ≤ ϵ1 ≤ ϵ2 ≤ . . ..
On note m = (N0 , N1 , N2 , . . .) un état du système comme expliqué ci-dessus.
1. Exprimer l’énergie totale E (m) de l’état m et le nombre total de particules N (m) du système à partir
de (Nn )n et (ϵn )n .
2. On considère la distribution de Boltzmann de l’ensemble grand canonique (1.3). Montrer que la proba-
bilité d’avoir Nn particules dans l’état φn est
1 −βNn (ϵn −µ)
Pn (Nn ) = e
ξn
avec X
ξn = e−βNn (ϵn −µ)
0≤Nn (≤1)
et où la contrainte supplémentaire Nn ≤ 1 s’applique au cas des Fermions.
3. Dans le cas des Bosons, quelle contrainte doit vérifier µ par rapport au spectre (ϵn )n ?
1
4. Montrer que le nombre moyen de particules ⟨Nn ⟩ dans un état φn est ⟨Nn ⟩ = β ∂µ ln ξn .
5. Calculer ⟨Nn ⟩ pour les Bosons (appelée distribution de Bose-Einstein) en fonction de β, ϵn , µ et
l’expression simplifiée si β (ϵn − µ) ≫ 1. Tracer ⟨Nn ⟩ en fonction de ϵn .
6. Même question pour les Fermions (distribution de Fermi-Dirac).
1.5 (Optionnel) Statistiques quantiques
Des solutions et plus d’explications dans cette référence : Cours de MQ, chap. 5.3
Rappel : on a noté F1 = H1 l’espace (quantique) à une particule et FN “l’espace de Fock” quantique à N
particules. On note (φn )n≥0 une base arbitraire de H1 .
1. Si la dimension de l’espace à une particule est fini : dimH1 = d, calculer dimFN pour les Bosons et pour
les Fermions.
3
2. En mécanique quantique, on donne la définition suivante des états possible des bosons. Ce sont des
combinaisons linéaires des états suivants
ψm = Ŝ (φn1 ⊗ φn2 . . . ⊗ φnN )
avec φnj ∈ H1 et Ŝ est l’opérateur de symétrisation
1 X
Ŝ := σ̂
N!
σ∈SN
où SN est le groupe des permutations de N éléments et σ̂ est l’opérateur qui permute les vecteurs
du produit tensoriel, ex : σ̂ (φ1 ⊗ φ2 ) = φ2 ⊗ φ1 . De même les états possible des Fermions sont les
combinaisons linéaires des états suivant
ψm = Â (φn1 ⊗ φn2 . . . ⊗ φnN )
avec φnj ∈ H1 et  est l’opérateur de anti-symétrisation
1 X
 := ϵ (σ) σ̂
N!
σ∈SN
avec ϵ (σ) = ±1 la signature de la permutation. Montrer que ces définitions sont équivalentes aux précé-
dentes. Pour cela, montrer qu’une base de FN des bosons est
ψm = Ŝ (φn1 ⊗ φn2 . . . ⊗ φnN )
avec n1 ≤ n2 ≤ . . . ≤ nN et est caractérisé par m = (N0 , N1 , N2 , . . .) avec Nn que l’on exprimera.
Montrer qu’une base de FN des Fermions est
ψm = Â (φn1 ⊗ φn2 . . . ⊗ φnN )
avec n1 < n2 < . . . < nN et est caractérisé par m = (N0 , N1 , N2 , . . .) avec Nn que l’on exprimera.
3. Montrer que pour σ ∈ SN , σ̂ Ŝ = Ŝ et σ̂ Â = Â.
4. Dans l’espace H⊗N := H1 ⊗ H1 ⊗ . . . ⊗ H1 , montrer que Ŝ 2 = Ŝ, Ŝ † = Ŝ et donc Ŝ est un projecteur or-
thogonal sur le sous espace de Fock Bosonique FN . De même montrer que  est un projecteur orthogonal
sur le sous espace de Fock Fermionique.
2 Comparaison des statistiques pour des particules dans un puits de
potentiel harmonique
vidéo de la solution.
1 2
Le spectre de l’oscillateur harmonique quantique Ĥ = 2m p̂ + 12 K q̂ 2 pour une particule à une dimension est
1
ϵn = ℏω n + , n ∈ N,
2
q
−βℏω
avec la fréquence ω = K m . On posera y = e et x = kT 1
ℏω = βℏω .
1. On considère N = 1 particule (i.e. dans l’ensemble canonique). Calculer ZN =1 défini en (1.2), en fonction
de y.
2. On considère N = 2 particules (i.e. dans l’ensemble canonique), et successivement le cas des Bosons, des
Fermions.
(a) Calculer ZN =2 défini en (1.2), en fonction de y.
1
(b) Calculer u := ℏω ⟨E⟩ en fonction de y et tracer l’allure des fonctions.
1
(c) Calculer kS en fonction de y et tracer l’allure des fonctions.
Références
[1] Roger Balian. From microphysics to macrophysics : methods and applications of statistical physics, volume
1,2. Springer Science & Business Media, 2007.
[2] L. Couture and R. Zitoun. Physique statistique. 1992.
[3] B. Diu, C. Guthmann, D. Lederer, and B. Roulet. Physique statistique. 1989.
[4] S. Sternberg. Group theory and physics. Cambridge University Press, 1994.