FLLA/LM-UL, FRA440, Cours de M.
Molley
Semaine 7
LEÇON N°7
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VII. Grammaire du discours : principes
élémentaires du discours
OBJECTIF : Décrire la syntaxe du discours
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Plan de la leçon
VII.1. Étude partielle du discours : présentation, p. 2
VII.1.1. Enjeu du système d’énonciation dans l’analyse textuelle
VII.1.2. Analyse textuelle du point de vue discursif
VII.2. Notions générales de discours et de
schématisation, p. 5
VII.2.1. La linguistique du discours
VII.2.2. Discours et schématisation
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VII.1. Étude partielle du discours : présentation
Après une brève description du système d’énonciation et de la polysémie du discours, cette rubrique
s’attèle à proposer une étude élémentaire du discours. Deux axes soutiennent cette étude : celui défini
par Maingueneau et Charaudeau à travers une linguistique du discours et celui reposant sur la
narratologie et la pragmatique, comme méthode d’analyse du texte.
VII.1.1. Enjeu du système d’énonciation dans l’analyse textuelle
En effet, quand on parle ou quand on écrit pour exprimer une opinion, décrire, évoquer des faits
présents, passés ou futurs, on adopte un type d’énonciation appelé discours. Qu’est-ce donc qu’un
système d’énonciation et quelle est sa fonction (ou valeur) dans l’analyse textuelle ? Qu’est-ce qu’un
discours ? Quelles en sont les caractéristiques (sinon principes) élémentaires ?
Le système d’énonciation (ou de production) de tout texte met en œuvre un locuteur,
un interlocuteur, un canal par lequel un message est véhiculé pour une intention bien
précise. Le rapport de l’énoncé à l’énonciateur évoque le questionnaire suivant : - Qui
parle ? À qui s’adresse-t-il ? De qui parle-t-il ? De quoi parle-t-il ? Où ? Quand (« à
quelle occasion ») a-t-il pris la parole ? Pourquoi (ou pour quelle raison) le dit-t-il ?
Comment le dit-il ? Confer FRA410, Leçon 2.
❖ Fonction (ou valeur) du système d’énonciation dans l’analyse textuelle :
Le système d’énonciation permet de caractériser formellement le discours et le récit afin de les
distinguer l’un de l’autre. À partir du système d’énonciation, on peut définir la catégorie du texte ou le
type de texte.
❖ Caractéristiques élémentaires du discours
Le ‘’discours’’ est un terme éminemment polysémique.
Il s’agit du statut linguistique du texte comme produit d’une énonciation particulière. Dans cette
perspective, le discours est signalé par une série d’indices d’énonciation qui renvoient à la situation
de communication dans ce qu’elle a de particulier. Ces indices sont ; entre autres, rappelons-le :
- l’emploi des pronoms de la 1re et de la 2e personne (singulier ou pluriel) qui désignent le locuteur et
le destinataire (« je » ; « tu » ; « nous » ; « moi », etc.) ;
- l’usage d’un système temporel axé sur le présent comme temps de la parole proférée. Dans une
« chaîne parlée », prise en charge par un locuteur, on peut y rencontrer le passé composé, le futur,
l’imparfait et le plus-que-parfait, et même quelquefois le passé simple ;
- l’utilisation des déictiques : ici, là, hier, lendemain, aujourd’hui, maintenant, dans trois jours, dans un
an, etc.
- les marques de jugement qui indiquent que le locuteur prend position par rapport à l’énoncé : « il
paraît impossible que… », « Sans doute,… », « Je reste convaincu que… », « Peut-être,… », etc.
Quelques exemples de discours :
Texte t1 :
Je m’appelle René Cherin. Ce 23 novembre, je suis arrivé à Conakry d’où je me rendrai
à Niagassola pour un reportage, la toute première chance que m’offrait un grand
magazine. Je bénéficierai cependant de l’expérience du photographe Félix Bernard qui
avait choisi, lui, de passer, le même jour, par Bamako.
Sami Tchak, Al Capone Le Malien.
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Texte t2 :
Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que les plus
grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup
davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s’en
éloignent…
Toutefois il se peut faire que je me trompe et ce n’est peut-être qu’un peu de cuivre et
de verre que je prends pour de l’or et de diamants. Je sais combien nous sommes sujets à
nous méprendre en ce qui nous touche, et combien aussi les jugements de nos amis nous
doivent être suspects, lorsqu’ils sont en notre faveur. Mais je serai bien aise de faire voir,
en ce discours, quels sont les chemins que j’ai suivis, et d’y représenter ma vie comme un
tableau, afin que chacun en puisse juger, et qu’apprenant du bruit commun les opinions
qu’on aura, ce soit un nouveau moyen de m’instruire, que j’ajouterai à ceux dont j’ai
coutume de me servir.
Ainsi mon dessein n’est pas d’’enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour
bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j’ai tâché de conduire
la mienne. »
Descartes, Discours de la méthode.
❖ La prédominance du discours ?
Le discours prédomine, on le sait, dans :
- les articles de revues ou magazines ;
- les essais, qui énoncent une thèse, un point de vue ;
- les pièces de théâtre, qui présentent des dialogues ;
- les commentaires de presse, les poèmes lyriques, les manifestations (allocutions et autres…) ;
- la conversation, l’interview ;
- le récit biographique ou autobiographique ;
- quelquefois même, dans des œuvres de fiction.
Le discursif est souvent manifeste dans le récit par des indices textuels divers.
▪ Si au sens de Benveniste, le discours désigne tout d’abord l’instance d’énonciation (le « moi-
ici-maintenant » du sujet parlant), dans un sens restreint spécialisé, le terme « discours »
désigne « tout énoncé envisagé dans sa dimension interactive » ;
▪ Le discours, à cet égard, est un énoncé considéré du point de vue du mécanisme discursif qui
le conditionne ; c’est en effet grâce au mécanisme dialogual que l’énoncé ci-dessous peut être
considéré comme un discours.
Le chien écrasa le cigare du capitaine ; le capitaine n’y fit nulle attention.
Le chien lui lécha les pieds, le flatta avec sa queue, jappa, gambada de son mieux, puis
vint se coucher devant lui. Le capitaine, ému, oppressé, le caressait machinalement de la
main gauche, en détachant de l’autre la mentonnière de son casque, et répétait de temps
en temps : – Te voilà, Rask ! Te voilà ! – Enfin il s’écria : – Mais qui donc t’a ramené ? »
Victor Hugo, Bul-Jargal.
▪ Ainsi un regard jeté sur un TEXTE du point de vue de sa structuration « en langue » en fait un
ÉNONCÉ ; une étude linguistique des conditions de production de ce texte en fera un
ʺDISCOURSʺ.
Finalement, le discours, dira Benveniste, se caractérise par une énonciation supposant un locuteur
et un auditeur, et par la volonté du locuteur d’influencer en quelque manière que ce soit son
interlocuteur :
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« Pourquoi continuer à mal manger quand on peut bien se nourrir ?
Vous n’êtes pas du genre à avaler n’importe quoi (…)
(…) GERBLE invente le grignotage cérébral.
(…) Donnez à votre cerveau le régime qu’il mérite. »
Une distinction de pure méthode consiste à scinder l’énoncé en deux composants : le dictum (« ce qui
est dit ») et le modus (« la manière de dire »). Cette distinction propre à Charles Bally (1932), consiste
à opposer le sens de l’énoncé à l’attitude que le locuteur marque à l’égard de son dire.
VII.1.2. Analyse textuelle du point de vue discursif
Objectif : Faire une analyse textuelle (démarche : repérages contextuels et interprétations)
Ces trois textes semblent être très proches, cependant des indices textuels bien nets les distinguent l’un
de l’autre. Quels sont ces indices et à quel type de texte les rapprocheriez-vous du point de vue discursif ?
Texte A
L’extraordinaire importance du rôle que joue le travail dans la vie de l’individu peut être confirmée
empiriquement, en observant les comportements de celui-ci lorsqu’il en est privé (…) Dans
l’ensemble, on a pu constater qu’après une seconde, caractérisée par une plus ou moins active
recherche de travail (accompagnée de prétention toujours décroissantes jusqu’à l’acceptation de
n’importe quelle tâche rémunérée), s’installe une phase de dépression, la privation du cadre assuré
par l’activité professionnelle et ses routines quotidiennes, une acuité décrue et une sorte d’hébétude
dans la perception du temps qui passe, se doublant de complications familiales pour créer, chez le
chômeur, un complexe croissant d’infériorité à l’égard des membres de la famille.
Georges Friedman, Le Travail en miettes, Gallimard.
Texte B
Une certaine conception du monde place dans le passé l’âge d’or de l’humanité. Tout aurait été
donné gratuitement à l’homme dans le paradis terrestre, et tout serait au contraire pénible et vicié de
nos jours. Jean-Jacques Rousseau a donné une couleur populaire et révolutionnaire à cette
croyance, qui est bien restée vive au cœur de l’homme moyen : ainsi l’on entend parler de la vertu
des produits ʺnaturelsʺ et bien des Français croient que la vie d’autrefois était plus ʺsaineʺ
qu’aujourd’hui.
En réalité, tous les progrès actuels de l’histoire et de la préhistoire confirment que la nature naturelle
est une dure marâtre pour l’humanité. Le lait ʺnaturelʺ des vaches ʺnaturellesʺ donne la tuberculose
et la vie ʺsaineʺ d’autrefois faisait mourir un enfant sur trois avant son premier anniversaire. Et des
deux qui restaient, dans les classes pauvres, un seul dépassait en France, encore vers 1800, l’âge
de 25 ans.
Jean Fourastie, Pourquoi nous travaillons ? PUF.
Texte C
C’est la faute de la géographie ! Si. Nous sommes victimes de la géographie. Du format de notre
pays qui est très mauvais – un des plus mauvais qui soient. Un pays est créé par l’histoire, et par la
géographie. Peut-être même plus par celle-ci que par celle-là – qui est faite de mythes, de fantasmes,
de mensonges délibérés, d’oublis…La géographie tangible et indiscutable, elle, commande la nature
des croyances communes, la façon collective de s’alimenter, les us et coutumes. On ne conçoit pas
des dieux marins si l’on est éloigné de tout Océan. On n’invente pas des fées et des êtres
enchanteurs ou effrayants logés au cœur noir d’une forêt si l’on est de la savane ou d’un milieu
désertique. On n’a pas le même imaginaire selon que l’on vit dans l’obscurité épaisse et menaçante
de la jungle ou que l’on est bercé, comme les miens à Aného, par les mugissements inlassables de
l’Atlantique. Logique. La terre que nous nommons notre pays décide de l’état de notre âme envers
elle – puisqu’elle détermine notre transcendance.
Théo Ananissoh, A feu nu.
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Une méthode possible :
o Analyser le paratexte
o Repérer les indices du discours
o Caractériser le type de texte en recherchant les points communs et le point
divergents
o Interpréter les indices en fonction de l’intention de l’auteur.
VII.2. Notions générales de discours et de schématisation
VII.2.1. La linguistique du discours
Pour Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau (Dictionnaire d’Analyse du discours, Seuil, 2002,
p. 187-190), « la prolifération du terme de ʺdiscoursʺ qui a cours depuis les années 80 à nos jours est
« le symptôme d’une modification dans la façon de concevoir le langage (…) Pour une bonne part cette
modification résulte de l’influence de divers courants pragmatiques qui ont souligné un certain
nombre d’idées forces autour du concept :
❖ Le discours suppose une organisation transphrastique : le discours mobilise des structures
d’un autre ordre que celles de la phrase. Un proverbe (« Le léopard n’engendre pas le tigre »)
ou une interdiction comme « On ne siffle pas la nuit » sont des discours ; ils forment une unité
complète même s’ils ne sont constitués que d’une phrase unique.
❖ Le discours est orienté : Le discours se construit en fonction d’une fin, il est censé aller quelque
part, mais il peut dévier en cours de route (Digression), revenir à sa direction initiale, changer
de direction, etc. : Sa linéarité se manifeste souvent à travers un jeu d’anticipation (« Le jour
où il allait être abattu, Santiago Nazar s’était levé à cinq heures et demie du matin »), ou de
retour en arrière (« … Il s’était réveillé la tête lourde, avec un arrière-goût d’étrier de cuivre
dans le palais. Il expliqua cela par les ravages naturels de la noce effrénée qu’il avait faite la
veille, jusqu’au petit matin… ») ; tout cela constitue un véritable « guidage » de la parole par
le locuteur.
❖ Le discours est une forme d’action : la problématique des actes de langage développée par
des philosophes comme J.L. Austin (1962) puis J.R. Searle (1969) a massivement diffusé l’idée
que toute énonciation constitue un acte (promettre, suggérer, affirmer, interroger…) visant à
modifier une situation.
❖ Le discours est interactif : la manifestation la plus évidente de cette interactivité est la
conversation. Mais tout discours ne relève pas de la conversation ; c’est le cas par exemple
d’un conférencier, d’un animateur radio, etc. : « Toute énonciation, même produite sans la
présence d’un destinataire, est en fait prise dans une interactivité constitutive, elle est un
échange, explicite ou implicite, avec d’autres locuteurs, virtuels ou réels, elle suppose toujours
la présence d’une autre instance d’énonciation à laquelle s’adresse le locuteur et par rapport
à laquelle il construit son propre discours. »
❖ Le discours est contextualisé : il n’y a de discours que contextualisé ; on ne peut véritablement
assigner un sens à un énoncé hors contexte. En outre, le discours contribue à définir son
contexte et peut le modifier en cours d’énonciation.
❖ Le discours est pris en charge : le locuteur module son degré d’adhésion (« peut-être viendrai-
je… ») ; il peut aussi en attribuer la responsabilité à quelqu’un d’autre (« Selon Paul, il pleut »),
il peut même montrer à son interlocuteur qu’il feint seulement de l’assumer (cas de l’ironie)
…
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❖ Le discours est régi par des normes : Chaque acte de langage implique lui-même des normes
particulières… Plus profondément, tout acte d’énonciation ne peut se poser sans justifier
d’une manière ou d’une autre son droit à se présenter tel qu’il se présente. Son inscription
dans des genres de discours contribue de manière essentielle à ce travail de légitimation qui
ne fait qu’un avec l’exercice de la parole.
❖ Le discours est pris dans un interdiscours : Le discours ne prend sens qu’à l’intérieur d’un
univers d’autres discours à travers lequel il doit se frayer un chemin. Pour interpréter le
moindre énoncé, il faut le mettre en relation avec toutes sortes d’autres, que l’on commente,
parodie, cite … Chaque genre de discours à sa manière de gérer la multiplicité des relations
interdiscursives : un manuel de philosophie ne cite pas de la même manière et ne s’appuie pas
que les mêmes autorités qu’un animateur de vente promotionnelle… Le seul fait de ranger un
discours dans un genre (la conférence, le journal télévisé…) implique qu’on le mette en relation
avec l’ensemble illimité d’autres. »
Application : Une vie, Guy de Maupassant, 1833.
Court extrait
Jeanne, ayant fini ses malles, s’approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait
pas. L’averse, toute la nuit, avait sonné contre les carreaux et les toits. Le ciel
bas et chargé d’au semblait crevé, se vidant sur la terre, la délayant en bouillie,
la fondant comme du sucre.
1. Le texte ci-dessus est-il un discours ? Pourquoi ?
2. Décris le contexte du texte.
Supposons qu’il est établi que le texte est un ʺdiscoursʺ ;
3. Par quels indices peut-on dire que ce discours est orienté ?
4. Ce discours, est-il linéaire ? Justifie ta réponse.
5. Montre, par des indices du texte, que le discours est pris en charge.
VII.2.2. Discours et schématisation
Il y a lieu ici de considérer le discours dans sa dimension polysémique.
En opposant le discours à la phrase, on comprend que c’est parce que le discours est considéré comme
une unité linguistique formée d’une succession de phrases. C’est par rapport à cette acception que
Zellig Sabbetai Harris parlait en 1952 de ʺDiscourse Analysisʺ ; ce que certains nomment aujourd’hui
ʺgrammaire du discoursʺ ; d’aucun préfère parler plutôt de ʺlinguistique textuelleʺ.
Pris sous sa dimension sociale, le discours se conçoit comme « l’utilisation, entre les hommes de signes
sonores articulés, pour communiquer leurs désirs et leurs opinions sur les choses ». Cependant,
orienté vers la dimension mentale, le linguiste français Gustave Guillaume considère que : « Dans le
discours (…) le physique qu’est la parole en soi se présente effectif, matérialisé, et donc, en ce qui le
concerne, sorti de la condition psychique de départ. »
Alors à la lumière de ces deux conceptions, on peut dire que le discours est l’ensemble des
représentations de la parole ; une activité langagière contenue dans une série d’énonciations (ou
énonciative).
Lorsque l’on tient compte des conditions de production et de réception, le discours est conçu comme
l’inclusion d’un texte dans son contexte.
Quel lien alors tisser entre le discours et la schématisation, concept inventé par Jean-Blaise Grize
repris par Jean-Michel Adam dans le cadre de la grammaire du discours ?
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La schématisation selon Jean-Michel Adam
D’emblée, observons que ʺschématiserʺ, c’est construire un schéma, une représentation
sélective et stratégique d’une réalité qui peut être fictionnelle. Une schématisation est une
proposition d’images. Selon Jean-Blaise Grize, elle a pour rôle de faire voir quelque chose à
quelqu’un ; plus précisément, c’est une représentation discursive orientée vers un destinataire
de ce que son auteur conçoit ou imagine d’une certaine réalité1. Il en résulte un schéma, inventé
par Jean-Blaise Grize qui, en innovant la théorie des actes de langage, éclaire davantage la
théorie de communication verbale de Roman Jakobson illustré par le dispositif ci-dessous :
Situation d’interlocuteur
Place du locuteur Place de l’auditeur
A Schématisation B
Construit Images (A), Images (B), Reconstruit
Images (Thème)
En fonction de En fonction de ce qui est
préconstruits culturels, proposé, de
représentations, préconstruits culturels,
finalité Représentations, finalité
finalité
Fig. 1 : Dispositif illustrant le processus de schématisation
Ce dispositif met en évidence trois types d’images : celle du schématiseur A [im (A)], celle du co-
schématiseur B [im (B)], et celle du thème du discours [im (T)]. Dans l’interaction verbale, l’image2 est
la raison d’être de toute schématisation3 résultant d’une activité verbale, fût-elle écrite ou orale. Dans
les littératures de représentation, elle est, à la fois, thématique et référentielle. Elle est ce qui est
visible, et c’est ce qui la différencie du symbole4, souvent sujet à l’interprétation donnée par l’individu
ou la collectivité à l’objet ou à la chose.
Réexaminant les travaux de Jean-Blaise Grize, Jean-Michel Adam5 souligne quatre aspects de la notion
de schématisation qu’il restitue dans le cadre de la linguistique textuelle et de l’analyse du discours :
o Une schématisation est à la fois opération et résultat. La schématisation comme représentation
discursive est un processus : « Si, dans une situation donnée, un interlocuteur A adresse un
discours à un locuteur B (dans une langue naturelle), je dirai que A propose une schématisation à
B, qu’il construit un micro-univers devant B, univers qui se veut vraisemblable pour B ».
1
Jean-Blaise Grize, Logique naturelle et communications, Paris, PUF, 1996, p. 50.
2
L’image est aussi la représentation d’une réalité culturelle au travers de laquelle l’individu ou le groupe qui l’ont
élaborée (ou qui la partagent ou qui la propage) révèlent et traduisent l’espace culturel et idéologique dans
lequel ils se situent.
3
Pour Jean-Michel Adam, « toute schématisation est une proposition d’images ».
4
Le symbole est la représentation conventionnelle d’un objet ou d’une notion. Il est couramment perçu comme
un être ou un objet qui représente une chose abstraite. De là, on comprend que le symbole est une image
représentative d’une chose. Tout signe conventionnel, abréviatif ou non, peut être aussi considéré comme
symbole à cause de son caractère ambivalent ou polyvalent.
5
Jean-Michel Adam, Linguistique textuelle. Des genres de discours aux textes, Paris, Nathan, 1999.
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o Toute représentation discursive est schématisation. Par définition, une schématisation ne dit pas
tout : « (…) à la différence d’un modèle, une schématisation est toujours située et réclame en
conséquence que l’analyse dispose de connaissance qui la débordent.
o Toute schématisation est une co-construction. Tout discours étant représentation de quelque
chose, il en propose une schématisation à un destinataire.
o Toute schématisation est une production d’images. Distinguant le terme d’image de celui de
représentation, J.-B. Grize précise : J’appelle représentation ce qui est relatif à A et B et image ce
qui est visible dans le texte »6. J.-B. Grize théorise trois images de base : image du schématiseur
im(A), image du co-schématiseur im(B), image du thème du discours im(T). Jean-Michel Adam, lui,
insiste sur l’image de la situation d’interaction sociodiscursive en cours, les images de la langue
de l’autre ou celle que l’autre attend qu’on produise.
En somme, retenons que la notion de représentation discursive est depuis essentiellement liée à celle
de schématisation qui est un processus d’interactivité verbale. En pragmatique7, la schématisation
« est une représentation discursive orientée vers un destinataire de ce que son auteur conçoit ou
imagine d’une certaine réalité » (J-B. Grize, Logique naturelle et communications, 1996).
Les représentations, de manière générale, construisent une organisation du réel à travers des images
mentales elles-mêmes portées par le discours. Ainsi les représentations se construisent en discours
sociaux qui témoignent les uns d’un savoir de connaissance sur le monde, les autres d’un savoir de
croyance renfermant des systèmes de valeurs dont se dotent les individus pour juger cette réalité. Les
discours sociaux, à leur tour, s’assemblent soit de façon explicite en devenant objet dans des signes
emblématiques (drapeaux, peintures, icônes, mots ou expressions), soit de façon implicite, par allusion
(Comme dans le discours publicitaire).
Le discours de connaissance et celui de croyance jouent un rôle identitaire, c’est-à-dire constituent la
médiation sociale qui permet aux membres d’un groupe de se construire une conscience de soi et
partant une identité collective.
Fin de la leçon n°7
* *
*
6
Jean-Blaise Grize, Op. Cit., p. 69.
7
La pragmatique est la partie de la linguistique qui étudie le langage en se fondant sur l’usage qu’en font les
utilisateurs. Elle s’intéresse à cet effet aux relations des signes avec leurs utilisateurs, à leur emploi et à leurs
effets.
8