Climat
Climat
SCIENCES,
DIPLOMATIE ET SOLIDARITÉ
Bernard Tardieu
Président de la Commission
énergies et changement climatique
Académie des technologies
Le Climat
Sciences, diplomatie et solidarité
Bernard Tardieu
président de la Commission énergies et changement climatique
Académie des technologies
ISBN : 978-2-7598-2115-0
Cet ouvrage est publié en Open Access sous licence creative commons CC-BY-NC (https://
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tion, la reproduction du texte, sur n’importe quel support, à condition de citer la source.
© L’auteur, 2017
Remerciements
3
L’Auteur
5
Table des matières
Remerciements 3
L’Auteur 5
Avant-propos 11
Au lecteur 13
Précaution et prévention 17
7
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
8
Table des matières
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
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Avant-propos
Longtemps, les femmes et les hommes se sont comportés comme si leurs manières
de vivre et d’agir n’avaient aucune influence sur la planète qu’ils habitent. La terre a
subi des bouleversements considérables au cours de sa longue histoire, ne seraient-
ce que ces quatre époques glaciaires depuis que l’Homme est apparu, et dont la
dernière s’est achevée il y a seulement 16 000 ans. Le niveau de la mer était alors
30 mètres plus bas, après avoir été environ 120 mètres plus bas il y a 20 000 ans.
L’idée que la nature toute-puissante compenserait leurs actions était partagée par
tous les humains. Pourtant, malgré des alertes précoces à la fin du xixe siècle par
Arrhenius (en 1896) et Thomas Chamberlain, et au milieu du xxe siècle (Gilbert
Plass en 1955, puis Charles Keeling, etc.), ce n’est qu’à la fin du xxe siècle que cette
idée de l’influence des comportements humains, individuels et collectifs, sur le cli-
mat de la planète est apparue comme de plus en plus vraisemblable. L’augmentation
rapide de la teneur atmosphérique en gaz carbonique depuis le début de l’ère indus-
trielle a alerté les scientifiques. Ce faisant, l’effet de serre principalement dû à la
vapeur d’eau de l’atmosphère, se trouve augmenté, conduisant à une augmentation
progressive des températures et à des changements climatiques variables selon les
zones de la planète. Cette nouvelle perception de la relation à la planète est devenue
un souci croissant pour certains, mais pas encore pour tous. Pourtant, si le climat
de la terre a beaucoup changé dans le passé, l’humanité est devenue plus dense, plus
vulnérable, moins résiliente à de nouveaux changements de climat ou de niveau de
la mer. Or, dans ce débat et dans cette recherche de vision commune sur le climat,
c’est bien de l’avenir des sociétés humaines qu’il s’agit.
Jusqu’alors, les politiques et les stratégies énergétiques des pays consistaient à sécu-
riser leur approvisionnement énergétique, soit en utilisant les ressources de leur
sol et de leur sous-sol, ou celles de leurs possessions et zones d’influences issues du
passé colonial, soit en se dotant des moyens, notamment militaires, pour sécuriser
11
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
12
Au lecteur
Les habitants de notre terre entraient vaille que vaille dans le troisième millénaire.
Les pays dominants n’étaient pas les mêmes au xxe siècle qu’au xixe siècle, mais les
choses ne changeaient pas beaucoup pour la plupart des habitants. L’enjeu de la
géostratégie était toujours de sécuriser par tous les moyens possibles l’approvision-
nement en matières premières stratégiques, et en premier lieu les énergies fossiles, et
chaque pays tentait de faire valoir ses droits. Et voilà que le souci du climat pénètre
les esprits. Nous découvrons qu’il faut impérativement réduire notre consommation
de combustibles fossiles et développer des énergies non émettrices de gaz à effet de
serre, notamment le dioxyde de carbone produit par la combustion de ces combus-
tibles fossiles.
Ce livre traite de stratégie et de diplomatie. Comment rendre compte du chan-
gement fondamental introduit par le climat dans la géopolitique mondiale ? La
géopolitique est depuis longtemps structurée par les rapports de force dans le
contrôle de l’approvisionnement en ressources énergétiques fossiles. L’énergie fos-
sile est devenue l’épine dorsale du système mondial. Le souci du climat discrédite
progressivement les ressources fossiles et modifie les rapports de force associées à
la possession et au contrôle de ces ressources. Peut-être n’épuiserons-nous pas les
ressources fossiles de notre planète, ou bien dans très longtemps. Comment cette
évolution s’est-elle produite dans les esprits des habitants de la terre et quelles en
sont ses conséquences ?
Pour traiter ce sujet, nous avons choisi quelques thèmes qui nous paraissent majeurs.
Ce ne sont pas les seuls. Certains sont peut-être plus importants, mais nous n’avions
pas la compétence pour les traiter.
Le premier chapitre expose la progression des engagements pris par les pays (les
parties) qui font partie de la Conference of the Parties, la COP et la manière dont
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
14
Au lecteur
B.T.
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Précaution et prévention
17
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
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1
De Kyoto à Lima,
la progression
des engagements
Le fonctionnement d’une COP est double. D’une part, des principes sont élaborés
et des débats sont organisés sur des sujets techniques. D’autre part, les pays se réu-
nissent de manière à élaborer des stratégies par groupe d’intérêt commun.
Les principes sont les suivants :
• le principe de précaution (et on devrait sans doute dire aujourd’hui de préven-
tion de préférence à précaution, tant les incertitudes se réduisent) ;
• le principe des responsabilités communes, mais différenciées ;
• le principe du droit au développement.
Le principe de précaution, que la France a inscrit dans sa Constitution sous une
forme générale, pose que les actions humaines qui modifient de manière irréversible
l’environnement ne sont pas acceptables, même si l’effet n’est pas établi avec certi-
tude. Notons que le concept d’irréversibilité dans un système naturel qui évolue en
permanence sans retour en arrière n’est pas d’un maniement facile. Qu’est ce qui est
réversible ? En tout cas, pas le temps !
Le deuxième principe concerne les pays industrialisés qui ont beaucoup pesé sur les
émissions de GES depuis le xixe siècle et qui ont des moyens techniques et finan-
ciers pour proposer des solutions.
Le troisième principe établit que la lutte contre les changements climatiques ne doit
pas freiner le progrès économique et humain des pays en développement.
19
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Le protocole de Kyoto
Le protocole de Kyoto est le premier acte réellement planétaire qui transforme en
décision la prise de conscience exprimée en 1992 au sommet de la terre à Rio de
Janeiro. C’est à Kyoto que s’est exprimé l’engagement verbal des États les plus riches
de notre planète à stabiliser les émissions de GES pour qu’elles ne dépassent pas, en
2012, leur niveau de 1990. Les engagements du protocole de Kyoto sont, en prin-
cipe, juridiquement contraignants pour les parties.
Ce protocole détaille les réductions d’émission concernant les différents gaz à effet
de serre.
Il explicite les raisons principales supposées à l’époque (et largement confirmées
depuis) de réduction de ces émissions : le gaz carbonique (combustion des éner-
gies fossiles et déforestation), le méthane (élevage des ruminants, culture du riz,
décharges d’ordures ménagères, exploitations pétrolières et gazières), les halocar-
bures (HFC et PFC, des gaz réfrigérants utilisés dans les systèmes de climatisa-
tion, la production de froid et la propulsion des aérosols), le protoxyde d’azote ou
oxyde nitreux (N2O, qui provient de l’utilisation des engrais azotés et de certains
procédés chimiques), l’hexafluorure de soufre (SF6, utilisé, par exemple, dans les
transformateurs électriques ou les postes électriques blindés). Nous reviendrons sur
ces prémisses qui s’assimilaient plus à une négociation politique qu’à une approche
scientifique détaillée et globale.
Les pays qui auraient dû signer le protocole de Kyoto sont les pays dits « de
l’annexe 1 », c’est-à-dire les pays développés ou en transition vers une économie
de marché (dont la Russie et la Turquie), ces pays ayant accepté de réduire de
5,5 % leurs émissions sur la période 2008-2012 comparées aux émissions de 1990.
L’Union européenne a accepté une réduction de 8 %, les États-Unis de 7 %, le
Japon de 6 %. L’Australie, grand exportateur de charbon a refusé de signer l’accord
de Kyoto en 2002, puis l’a signé en 2007. Les pays hors annexe 1, non engagés à
signer l’accord, sont notamment la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud (grands pays
charbonniers), l’Arabie saoudite, l’Algérie, l’Angola, le Nigeria, le Venezuela, le
Brésil et la Corée. Les pays observateurs étaient notamment le Saint-Siège, l’Irak
et la Somalie.
Notons que ces engagements correspondent, dans bien des cas, à des émissions peu
ou mal mesurées. La seule émission relativement facile à contrôler est l’émission
de CO2 correspondant à l’usage des combustibles fossiles : les différents types de
charbon et lignite, les hydrocarbures liquides et les gaz fossiles, essentiellement le
méthane. Un simple calcul de transformation des atomes de carbone du combus-
tible en gaz carbonique par oxydation donne le tonnage de CO2 émis à partir de la
quantité de combustibles brûlés. Nous reviendrons sur ce point.
Ce protocole propose un engagement de réduction en pourcentage par rapport à
une année de référence, en l’occurrence 1990 ; cet engagement ne tient pas compte
des émissions du pays concerné, soit par habitant, soit par point de PIB. Par
exemple, un pays comme la France a opté depuis un demi-siècle pour la sortie du
20
1. De Kyoto à Lima, la progression des engagements
Figure 1.1 Émissions de CO2 par habitant selon les pays en 2004
21
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
développés ont signé, mais non ratifié le protocole, l’Australie, les États-Unis et
Monaco. Un pays en transition, la Croatie, un pays en développement, la Zambie.
D’autres pays n’ont ni ratifié ni signé, Andorre, Bahreïn, Saint-Christophe-et
Névés, Saint-Martin, Singapour, Taïwan, Vatican, Liban, Turquie, Afghanistan,
Angola, Bosnie-Herzégovine, Cap-Vert, République Centrafricaine, Comores,
Côte-d’Ivoire, Gabon, Irak, Libye, Sao Tomé-et-Principe, Sierra Leone, Somalie,
Swaziland, Syrie, Tadjikistan, Tchad, Tonga, Zimbabwe.
22
1. De Kyoto à Lima, la progression des engagements
23
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
carbone. En effet, la mise en place des procédures est longue et coûteuse, notamment
la démonstration de l’additionnalité. Lorsqu’un projet est proposé dans un pays qui
n’en n’a jamais été bénéficiaire, cette démonstration exige un effort de synthèse
qui généralement dépasse les capacités des monteurs d’affaire. La démarche globale
impose le recours à des cabinets spécialisés qui préfèrent s’occuper des gros projets.
La Chine a bénéficié de 35 % des projets, l’Inde de 25 % et l’Afrique de pratique-
ment rien.
La période de test de 2005 à 2007 a été suivie de la période d’application de 2008
à 2012. Cette mise en route progressive a permis d’ajuster les plafonds des quotas
imposés aux industriels européens de façon à parvenir à un prix opérationnel, consi-
déré à l’époque comme plutôt faible (15 € / tonne CO2).
24
1. De Kyoto à Lima, la progression des engagements
Figure 1.2 Contribution des différents secteurs aux émissions mondiales de gaz à effet
de serre (Giec)
Depuis plusieurs années, le prix du carbone est resté beaucoup trop bas (5 à 7 € la
tonne de CO2 évité) pour avoir une influence réelle sur le comportement des indus-
triels des secteurs concernés. Le chapitre suivant analyse la situation et indique les
améliorations proposées par la communauté européenne et les recommandations de
la plate-forme énergie d’Euro-CASE, fédération d’un grand nombre d’académies
des sciences et d’académies des technologies de pays européens.
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
La COP15 de Copenhague
Du 7 au 18 novembre 2009, la conférence de Copenhague a réuni les délégations
des 193 États signataires de la convention-cadre des Nations unies sur les chan-
gements climatiques, soit 15 000 participants. Cent trente chefs d’État s’y sont
rendus. En parallèle, et dans le même lieu, s’est déroulée la cinquième réunion des
parties signataires du protocole de Kyoto (MOP 5 – Meeting of the Parties). Elle avait
l’ambition d’établir un accord international contraignant (binding), qui fixerait la
feuille de route de la gouvernance mondiale du climat sur la période 2013-2017.
Ce ne fut pas le cas. La Chine et les États-Unis se sont opposés à tout accord contrai-
gnant. Un accord incomplet dit « de dernière minute », présenté par 26 pays, a été
signé effectivement à la toute fin de la conférence.
Les thèmes abordés lors de la COP15 ont été organisés de la manière suivante :
• La vision partagée : l’objectif global est que la température moyenne mondiale
n’augmente pas dans le futur de plus de 2 °C comparée à celle correspondant à
18502, cette augmentation étant estimée à partir des modèles climatiques col-
lationnés dans le dernier rapport du Giec (voir plus loin). En 2015, l’augmen-
tation de la température moyenne est déjà de 0,8 °C par rapport à 1850. Selon
le Giec, une augmentation au-delà de 2 °C aurait des conséquences très dom-
mageables, par exemple concernant la montée du niveau de la mer, l’occurrence
accrue de sécheresses, de nouveaux risques sanitaires, etc. Une diminution des
émissions de GES d’au moins 50 % en 2050 par rapport à 1990 serait nécessaire
pour limiter la hausse de la température. D’ici à 2020, les pays industrialisés
devraient réduire les émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40 %.
• L’atténuation : comment réduire les émissions de GES et avec quel calendrier.
• L’adaptation aux changements climatiques : comment anticiper les effets des chan-
gements climatiques.
• Les technologies : quelles sont les technologies, les pratiques, les modes de vie
nécessaires pour lutter contre les changements climatiques.
• Les financements : quels investissements engager ?
Deux groupes de travail ad hoc ont été créés, l’un sur l’avenir du protocole de Kyoto
pour la période post 2012, l’autre sur l’action future chargé de définir l’action glo-
bale à mener. Du 1er au 12 juin 2009, les délégués de 183 pays se sont rencontrés
à Bonn avec pour objectif de discuter les textes clés de la négociation servant de
base aux accords sur le changement climatique à Copenhague. La première de la
7e session du groupe de travail ad hoc sur la coopération à long terme s’est tenue
à Bangkok, en Thaïlande, du 28 septembre au 6 octobre 2009.
2. Le début de l’ère industrielle est parfois fixé à la fin du Moyen-Âge. Le changement est sensible
à partir de la fin du xviiie siècle avec le développement de la machine à vapeur, et significatif à
partir de la moitié du xixe (les chemins de fer), puis à la fin de ce siècle (l’automobile, l’électricité,
le téléphone), au début du xxe siècle l’aviation, etc.
26
1. De Kyoto à Lima, la progression des engagements
27
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
La Chine et les États-Unis se sont opposés à la mise en place d’un accord contrai-
gnant impliquant des sanctions en cas de non-respect des objectifs. La Russie a
refusé également un accord contraignant car son économie repose principalement
sur l’exploitation d’énergies fossiles (ce n’est pas le seul pays dans ce cas).
Lors de la conférence de Copenhague, les États ont reconnu qu’une aide annuelle
aux pays en développement de 100 milliards $ dès 2020 serait nécessaire pour
garantir la réduction des émissions de GES et l’adaptation de ces pays au change-
ment climatique.
La déclaration finale a réaffirmé l’objectif de limiter le réchauffement de la planète
à 2 °C par rapport à 1850, en faisant ainsi un objectif collectif. L’accord a rappelé la
nécessité d’un financement spécifique pour les pays en développement afin de favo-
riser leur adaptation aux changements climatiques. Une aide annuelle de 100 mil-
liards $ a été prévue à partir de 2020.
En mars 2010, l’Inde et la Chine se sont officiellement associées à l’accord de
Copenhague. Les résultats de Copenhague se sont peu à peu consolidés. Toutefois,
l’accord issu du sommet de Copenhague a constitué une déception : l’accord n’est
pas légalement contraignant, il ne propose pas d’objectifs chiffrés de réduction des
gaz à effet de serre.
Les engagements de réduction de GES pris par les pays industrialisés à l’horizon
2020 restent inférieurs à la fourchette de –25 % à –40 % recommandée par le Giec
afin de limiter la hausse de la température de la planète à 2 °C. Les promesses de
réduction des GES des États correspondraient à une hausse de la température de
3 °C en 2050.
Aucun calendrier n’a été proposé pour parvenir à un accord légalement contrai-
gnant, ni pour définir l’après-Kyoto. Il n’y a pas de vision commune sur le climat et
sur ses conséquences sur la vie des hommes sur notre planète.
Dans l’attente de la COP16, les dirigeants de la plupart des nations de la planète les
plus vulnérables au changement climatique (l’Australie, le Brésil, la Chine, Cuba,
les Fidji, le Japon, Kiribati, les Maldives, les Îles Marshall, la Nouvelle-Zélande,
les îles Salomon et les Îles Tonga) se sont réunis dans la république des Kiribati,
en Océanie, pour assister à une conférence spéciale dite Tarawa Climate Change
Conference (TCCC), les 9 et 10 novembre 2010. Elle a élaboré la déclaration d’Ambo
(Ambo declaration) qui appelle à une action plus immédiate contre les causes et les
effets néfastes du changement climatique. La déclaration d’Ambo a été présentée à
Cancun comme non contraignante.
La COP16 de Cancun
La COP16 s’est déroulée à Cancun au Mexique du 29 novembre au 10 décembre
2010. Elle devait prolonger les accords de la COP15 et préparer les suites du pro-
tocole de Kyoto.
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1. De Kyoto à Lima, la progression des engagements
Les groupes de travail ad hoc avaient été prorogés et deux organes subsidiaires per-
manents de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques
(CCNUCC) se sont réunis : l’organe subsidiaire de conseil scientifique et technolo-
gique et l’organe subsidiaire de mise en œuvre.
Depuis la réunion de Copenhague, la crise économique avait envahi le monde. Les
conditions psychologiques avaient changé. En Europe, les émissions de GES avaient
baissé du fait de la crise économique et de la réduction de l’activité économique que
cette crise avait provoquée. La production de gaz et de pétrole de schiste commen-
çait à prendre de l’ampleur aux États-Unis, préparant une révolution énergétique
planétaire des ressources en hydrocarbures liquide et gazeux. Les soucis de climat et
de biodiversité ne tenaient pas le devant de la scène.
Quatre réunions préparatoires (sessions de l’AWG-KP et l’AWG-LCA) ont été
tenues en 2010, à Bonn (Allemagne) : 9-11 avril, 1-11 juin et 2-6 août. La qua-
trième réunion préparatoire s’est tenue à Tianjin, en Chine. Cette réunion a cris-
tallisé les relations difficiles entre la Chine et les États-Unis. La rivalité de ces deux
États dans le leadership mondial est apparue de plus en plus explicite. La Chine est
devenue le premier émetteur de GES de la planète dépassant ainsi les États-Unis
malgré une consommation par individu beaucoup plus faible. Elle est aussi devenue
la deuxième puissance économique mondiale avec une ambition explicite à devenir
la première. Les deux pays s’observent avec méfiance, partagés entre le souhait de ne
gêner en rien leur propre économie et la crainte de voir l’autre prendre des initiatives
qui lui assureraient un leadership dans la nouvelle économie de la transition énergé-
tique et un leadership moral vis-à-vis des nations de la planète.
La COP17 de Durban
La COP17 s’est ouverte le 28 novembre 2011 à Durban, en Afrique du Sud, avec
183 pays participant à la conférence qui a accueilli 12 000 délégués.
Le 11 mars 2011 avait eu lieu au Japon un gigantesque tsunami qui avait provoqué
l’accident nucléaire de Fukushima. La production d’électricité nucléaire est faible-
ment émettrice de GES, alors que la production par combustion de charbon ou de
lignite en est fortement émettrice. Il y a donc une certaine logique, non partagée par
les antinucléaire, à développer la production d’électricité nucléaire notamment dans
les pays gros utilisateurs de charbon. L’accident de Fukushima a rebattu les cartes de
la donne énergétique dans le monde. Le Japon a mis à l’arrêt tout son parc nucléaire,
a augmenté ses importations de charbon dont le prix est bas et a recouru au GNL
(méthane liquéfié transporté par voie maritime) pour faire face à la demande d’élec-
tricité et de chaleur de son industrie et des habitants. Le prix du gaz a été et continue
d’être notamment plus cher en Asie qu’en Europe et surtout qu’aux États-Unis qui
n’envisagent pas encore d’exporter le gaz de schiste (3 à 4 $/Mbtu aux USA, environ
14 $/Mbtu en Europe et 17 $/Mbtu en Asie, notamment au Japon).
29
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Le prix du pétrole est élevé à cette époque (plus de 100 $/baril en moyenne sur
l’année) et les États-Unis veulent sécuriser leur approvisionnement en pétrole grâce
à l’offshore profond (l’accident du puits Macondo sur le champ Deep Horizon dans le
golfe du Mexique a eu lieu le 20 avril 2010, mais personne aux États-Unis, n’envi-
sage de renoncer ni à l’offshore profond ni au pétrole du grand Nord en Alaska).
Contrairement aux hypothèses faites au début du millénaire, les énergies fossiles
semblent relativement abondantes grâce aux progrès technologiques et scientifiques.
Trois réunions avaient préparé la réunion de Durban :
• les pourparlers de Bangkok sur le climat, du 3 au 8 avril 2011, où se sont réunis
le 14e groupe de travail sur l’action concertée à long terme (AWG-LCA-14) et le
16e groupe de travail sur les nouveaux engagements des parties visées à l’annexe
I du protocole de Kyoto (AWG-KP-16) ;
• les pourparlers de Bonn sur le climat, du 6 au 17 juin 2011 où se sont réu-
nis les groupes de travail pour une session de reprise (AWG-LCA-14 bis,
AWG-KP-16 bis). Les deux organes subsidiaires de la Convention-cadre des
Nations unies sur les changements climatiques se sont réunis pour la première
fois depuis la conférence de Cancun (COP-16) ;
• les pourparlers de Panama sur le climat, du 1er au 7 octobre 2011, où se sont
réunis les groupes de travail pour une 3e session de reprise (AWG-LCA-14 ter et
AWG-KP-16 ter).
Dans son discours d’ouverture de la conférence, le président sud-africain Jacob
Zuma a insisté sur les conséquences potentiellement désastreuses pour beaucoup
d’habitants des pays en développement, « question de vie ou de mort », a-t-il dit.
Les pays les plus industrialisés s’étaient engagés à verser 100 milliards $ par an à
partir de 2020 pour aider les pays en développement à diminuer leurs émissions et à
s’adapter aux modifications du climat. Un fonds mondial vert pour le climat (Green
Climate Fund) est donc créé.
La déforestation fait l’objet d’un engagement spécial. Pour la ralentir ainsi que ses
conséquences climatiques, le mécanisme Redd +3 permet aux pays forestiers de lut-
ter efficacement contre la déforestation, de générer des crédits d’émission, cessibles
sur le marché du carbone et des compensations.
Les pays en développement s’engagent à comptabiliser et publier leurs émissions,
ainsi qu’à mettre en œuvre des actions nationales « et appropriées » pour diminuer,
d’ici 2020, leurs émissions par rapport à un scénario sans changement.
3. Le REDD + Reducing emissions from deforestation and forest degradation est une initiative inter-
nationale de lancée en 2008 par les Nations unies (FAO, UNOP et UNEP). Ce programme vise à
lutter contre le changement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre induites
par la dégradation, la destruction et la fragmentation des forêts. Le programme UN-REDD de
l’ONU soutient les initiatives nationales REDD+. Ce programme a actuellement une soixantaine
de pays partenaires.
30
1. De Kyoto à Lima, la progression des engagements
Ces actions sont inscrites dans un registre public, tenu par le secrétariat exécutif de
la convention, ce qui n’est pas contraignant.
Est créé un comité de l’adaptation au changement climatique qui traite en particu-
lier de l’accès à l’eau potable, des systèmes de santé, de la sécurité alimentaire et des
écosystèmes protégés, notamment lacustres et marins.
Est créé également un comité exécutif de la technologie chargé d’accélérer les trans-
ferts technologiques du Nord vers le Sud.
Au cours de cette conférence, le protocole de Kyoto n’a pas été élargi, les 100 mil-
liards de $ annuels promis sont restés dans le flou, la réduction des émissions des
pays riches n’a pas été traitée, même si l’Europe a pris des engagements forts (voir
chapitre suivant).
Politiquement, les pays n’ont pas sensiblement évolué. Les États-Unis n’envisagent
pas de remettre en cause le mode de vie des citoyens américains. Les aspects straté-
giques passent bien avant le climat. Le gaz de schiste commence à prendre la place
du charbon sur le continent nord-américain, mais la production d’huile de schiste
augmente et va jouer un rôle majeur sur le niveau du prix mondial du pétrole. Les
progrès dans les émissions de GES des USA proviennent du remplacement du char-
bon par du méthane (gaz de schiste), mais l’extraction dans les mines de charbon ne
baisse pas ; or, à la fin, tout charbon extrait est brûlé, ici ou là. C’est au moment de
l’extraction qu’il faut compter le futur CO2 émis. Le charbon américain est exporté
vers l’Allemagne ; abondant, son prix est bas. En Europe, cela revient près de deux
fois moins cher de produire de l’électricité avec du charbon américain qu’avec du
méthane en majorité russe brûlé dans des turbines à gaz à cycle combiné, même de
dernière génération et de très haut rendement. (Le rendement des turbines à gaz à
cycle combiné dépasse 60 % alors que celui des meilleures centrales à charbon ne
dépasse pas 47 %).
D’un point de vue technique, l’accord accepte l’objectif d’un réchauffement moyen
de 2 °C en précisant que ce réchauffement pourrait se traduire par des phéno-
mènes de désertification, la fonte du pergélisol entraînant de nouvelles émissions
de méthane (le méthane est un GES puissant) et affecter la biodiversité considérée
comme un facteur de résilience pour les stratégies d’adaptation.
Le protocole de Kyoto est arrivé à échéance en 2012.
La Chine a proposé la prolongation de cet accord. Ceci ne lui demande pas d’effort,
bien au contraire, puisqu’elle elle n’est pas dans l’annexe 1 et qu’elle est bénéficiaire
des mécanismes de développement propre. Or, sa place dans le monde et ses émis-
sions de GES ont modifié la donne depuis Kyoto. Le Brésil s’est joint à la Chine, en
particulier pour critiquer le Canada et le Japon, trop réticents à leurs yeux.
L’idée de créer un fonds vert destiné à aider les pays en développement à faire face
au réchauffement climatique a été un point central de la conférence. Les États-Unis
s’y sont opposés.
Le 6 décembre 2011, le groupe des 77 pays en voie de développement a rejeté un
premier accord avec l’argument que cet accord donne plus de flexibilité aux pays
31
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
développés alors qu’il augmente les contrôles pour les pays en développement.
Le 9 décembre, un deuxième projet d’accord final a été rejeté par l’Union euro-
péenne, les pays africains et les pays insulaires, qui le jugeaient insuffisant.
Un accord final a été trouvé le dimanche 11 décembre 2011, avec 36 heures de
retard :
• un accord sur la poursuite du protocole de Kyoto à compter du 1er janvier 2013 ;
• un accord sur le mécanisme de fonctionnement du futur fonds vert. La question
de l’abondement n’a pas été résolue.
• la plate-forme de Durban, Durban Platform for Enhanced Action, chargée d’éla-
borer un engagement juridique s’appliquant à tous les États. Le cadre juridique
est aussi à élaborer. Cet engagement juridique serait souple et modulable.
C’est plus une déclaration d’intention qu’un accord, car il est n’est pas juridique-
ment contraignant. Les États-Unis ont fait insérer dans le texte final une clause de
sortie qui permet d’éviter que tout nouvel accord ne le soit.
Les États-Unis, la Chine et l’Inde se sont déclarés satisfaits, la Chine insistant sur la
décision de mettre en œuvre la seconde période du protocole de Kyoto.
La commissaire européenne pour le climat, Connie Hedegaard, a considéré que
« l’essentiel est que toutes les grandes économies, toutes les parties en présence se sont
légalement engagées sur l’avenir ». En pratique, c’est à Durban que l’échéance de
2015 à Paris pour la signature d’un accord universel plus ou moins contraignant a
été adoptée.
La COP18 de Doha
La COP18 a eu lieu à Doha au Qatar, du 26 novembre au 7 décembre 2012, étape
charnière entre la première période d’engagement du protocole de Kyoto, la fin de
la négociation pour 2012-2020 et la préparation d’un futur accord post-2020.
Un accord sur l’après-Kyoto (Kyoto 2) a finalement été entériné lors de ce som-
met en décembre 2012. Cette prolongation des engagements porte sur la période
2013-fin 2020 et concerne 37 pays industrialisés (qui génèrent seulement 15 % des
émissions mondiales de gaz à effet de serre).
La COP19 de Varsovie
La COP19 s’est tenue à Varsovie du 11 au 22 novembre 2013. La France a été très
active, notamment par la présence de son ministre des affaires étrangères, Laurent
Fabius. Depuis la COP17 de Durban, la communauté internationale dispose d’un
agenda, un accord universel relativement contraignant doit être signé en décembre
2015 à la COP21 à Paris et entrer en vigueur en 2020.
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1. De Kyoto à Lima, la progression des engagements
La COP20 de Lima
Elle a eu lieu du 11 au 14 décembre 2014.
La chute non anticipée du prix du pétrole est survenue au milieu de l’année. Le prix
du gaz était déjà très bas aux États-Unis qui s’apprêtaient à exporter ce gaz par voie
maritime sous forme de GNL, le prix du charbon baissait encore en grande partie
du fait des exportations américaines : le charbon extrait ne trouvant plus preneur sur
le sol des USA, les producteurs furent autorisés à l’exporter sur le marché mondial,
ce qui a fortement augmenté l’offre à demande constante et donc fait baisser les prix
mondiaux. Et voici que le prix du pétrole chute. La production de pétrole de schiste
avait cru à un rythme tel que les États-Unis se trouvaient autosuffisants en pétrole.
On retrouve la période initiale du pétrole onshore, où les coûts d’investissement et
les délais de mise en route sont courts. Aujourd’hui comme hier, les technologies de
repérage, d’évaluation, de forage, de fracturation de la roche-mère progressent rapi-
dement, ce qui diminue encore le coût de développement des pétroles de schiste aux
États-Unis. Le droit minier américain, qui donne à chaque propriétaire les droits
sur son sous-sol, encourage ce développement un peu anarchique, mais industriel-
lement, terriblement efficace. Les ressources offshore profondes et les ressources du
grand Nord semblent soudain bien capitalistiques et longues à mettre en œuvre,
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
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La COP21 de Paris
Déjà à Varsovie, durant la COP19, la France a été très active, notamment par la
présence de son ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius. Depuis la COP17
de Durban, la communauté internationale dispose d’un agenda, un accord universel
relativement contraignant doit être signé en décembre 2015 à la COP21 à Paris et
entrer en vigueur en 2020.
Le gouvernement français considère essentiel que « cet objectif prenne en compte le
principe d’équité et de responsabilité commune, mais différenciée, et les capacités respec-
tives, en tenant compte des circonstances nationales ».
L’accord universel doit « unir les nations dans une vision planétaire » afin de réduire
les émissions de gaz à effet de serre à un rythme suffisant selon les estimations du
Giec.
Or il apparaissait illusoire de vouloir imposer à tous les pays un objectif unique,
quelle que soit la formulation retenue. L’originalité de la démarche est d’être passé
d’un objectif imposé à un objectif choisi. Chaque pays choisit et expose ses enga-
gements, appelés Contribution décidée à l’échelle nationale (Intended National
Declared Contribution). Tous les citoyens du monde peuvent connaître les enga-
gements de chaque pays, les plus grands comme les plus petits. Ces engagements
seront revus tous les cinq ans et tout le monde pourra constater l’évolution des
engagements. C’est le jugement collectif de toutes les femmes et de tous les hommes
qui devrait permettre d’inciter les pays à ajuster leur engagement dans un sens d’effi-
cacité et d’équité.
C’est probablement dans cette nouvelle approche diplomatique que se situe le bas-
culement de cette COP21. Et c’est en même temps un tournant dans la gouvernance
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
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3
Un exemple de conséquences
du changement climatique :
l’élévation du niveau moyen
des mers et océans
(François Lefaudeux)
La montée du niveau moyen des océans est bien documentée. Deux phénomènes
principaux sont à l’œuvre :
– la fonte des glaces de terre (eau douce) ; glaciers un peu partout dans le monde,
mais plus encore la fonte de la calotte glacière du Groenland déjà bien amorcée,
celle de la calotte polaire antarctique, prévue par les modèles, mais encore en
phase de démarrage ; les calculs montrent que la fonte complète de l’inland-
sis groenlandais conduirait à une montée des eaux d’un peu plus de 7 mètres
(Wikipedia), la fonte de l’inlandsis antarctique doublerait largement cette varia-
tion de niveau ;
– le réchauffement de la masse d’eau des océans. Cet échauffement entraîne une
dilatation en volume de l’eau. Le raisonnement est simple : la hauteur d’eau
moyenne des océans est de 4 000 mètres. Le coefficient de dilatation volumique
de l’eau est complexe, puisqu’il passe par un minimum vers la température de
+ 5 °C pour les eaux de différentes compositions chimiques, dont les eaux de
mer assez salées. À 10 °C ce coefficient est proche de 1,0002 par degré et avec
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Soit, tant que les eaux froides de profondeur ne sont pas remontées à plus de 5 °C,
sur la base d’un coefficient moyenné sur la colonne d’eau de 1,0001 et une profon-
deur moyenne des océans de 4000 m, une élévation du niveau moyen de la mer de
0,4 m par degré. Ultérieurement en cas de réchauffement très important le niveau
pourrait s’élever de plus de 1 m par degré.
Ces quelques chiffres sont des ordres de grandeur, ils n’ont pas valeur scientifique,
mais ils montrent que si le réchauffement se poursuivait assez longtemps et, surtout,
s’amplifiait, le changement du niveau des mers pourrait devenir très significatif.
Figure 3.2 Variation sur plus d’un siècle du niveau de la mer de part et d’autre de
l’Atlantique
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3. Unexempledeconséquencesduchangementclimatique:l’élévationduniveaumoyendesmersetocéans
Les études faites indiquent avec une bonne fiabilité que l’élévation du niveau des
mers a déjà été au xxe siècle de l’ordre de 20 cm, comme le montre cette courbe
(figure 3.2) extraite d’un rapport du Giec qui montre une similitude forte entre les
deux rives de l’Atlantique nord.
Les satellites spécialisés montrent qu’en moyenne annuelle la pente est plutôt
aujourd’hui de 3 à 3,5 mm ce qui ferait en extrapolant linéairement 35 cm sur le
xxie siècle ou, en faisant l’hypothèse d’une accélération (ce que fait le Giec en utili-
sant de manière que certains jugent encore assez timorée les modèles de réchauffe-
ment), une augmentation de niveau pouvant dépasser 0,6 m sur le siècle même si des
efforts importants de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre sont faits…
Fait incontournable, l’océan accumule de plus en plus d’énergie thermique comme
le montre les courbes de la figure suivante (figure 3.3), toujours du Giec :
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Les hauteurs (ordonnées) sont en mètres. Mar del Plata est assez représentatif.
Figure 3.4 À gauche il s’agit de la corrélation entre valeur du réchauffement et hauteur
des océans, l’équilibre une fois atteint ; à droite des extrapolations de l’évo-
lution du niveau moyen de la mer, ici à Mar del Plata, au fil de ce siècle, dans
les hypothèses moyennes retenues par le Giec pour quantifier le réchauffe-
ment (à commencer, bien sûr par des rejets anthropiques de CO2 contraints,
mais la liste est très longue…)
Même en supposant que les experts du Giec n’aient pas minimisé le phénomène
(c’est une critique qui leur est parfois faite par les pessimistes, alors que les détrac-
teurs de ces travaux, qui les considèrent comme des affirmations sans fondement
4. Le zetajoule peut ne pas parler au lecteur. Un zetajoule (1021), l’unité utilisée dans cette figure
du Giec et également utilisée ailleurs dans ce document, représente la production annuelle d’un
parc de 20 000 centrales nucléaires. L’océan accumule aujourd’hui plus de cinq zetajoules/an !
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3. Unexempledeconséquencesduchangementclimatique:l’élévationduniveaumoyendesmersetocéans
sérieux, estiment qu’il n’y a pas matière à agir), les conséquences directes sur les
populations peuvent être très importantes, ceci d’autant plus que pour de très
nombreuses raisons le xxe siècle a vu une migration importante des populations
de l’intérieur des terres vers les zones côtières. Ces migrations de grande ampleur se
poursuivent actuellement.
L’augmentation du niveau moyen de la mer, l’accentuation d’autres phénomènes,
comme les tempêtes auront (et ont déjà) comme conséquences, si rien n’est fait, la
submersion des zones côtières basses (par exemple du marais poitevin en France),
des difficultés croissantes des Pays-Bas à protéger leur territoire, déjà largement en
dessous du niveau des hautes mers, et, autre phénomène, une accélération sensible
de l’érosion côtière dans les zones de côte haute (par exemple accélération du recul
des falaises d’Étretat).
Même en l’absence d’envahissement visible, la pression plus grande sur les nappes
phréatiques côtières peut rendre impropre à la consommation les nappes d’eau
douce actuellement utilisées.
Les îles basses, atolls du Pacifique (figure 3.5) et de l’océan Indien, sont déjà, et
continuerons d’être, les plus fortement touchés. On prévoit que beaucoup de ces îles
devront être abandonnées par leurs populations. Au cours des montées précédentes
du niveau de la mer, l’activité corallienne a permis leur rehaussement au rythme
même de cette montée. Il n’en va plus de même pour l’épisode actuel, ceci pour
deux raisons : la vitesse de l’élévation du niveau de la mer, l’acidification des océans
(par l’absorption et la dissolution de plus en plus de CO2) qui entraîne la mort des
coraux.
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Les grands deltas sont également menacés, Le delta du Nil pourrait être bientôt au
moins partiellement submergé, le delta du Mississipi pourrait lui aussi être menacé.
Le Bangladesh, dans le delta du Gange et du Brahmapoutre risque d’être réduit à
une peau de chagrin, sa population condamnée à émigrer massivement. Les popula-
tions concernées se chiffrent en dizaines de millions d’individus…
La figure 3.6 suivante, reprise par le site Futura sciences, extrapole assez nettement
sur les prévisions à un siècle du Giec, mais correspond aux évaluations du Giec quant
au niveau stabilisé en fonction de la température atteinte. Elle est en soi très intéres-
sante – et inquiétante (les populations indiquées sont les populations actuelles, pas
les populations futures) :
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3. Unexempledeconséquencesduchangementclimatique:l’élévationduniveaumoyendesmersetocéans
Figure 3.7 Localisation des populations touchées par la montée du niveau de la mer
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Figure 3.8 Afsluitdijk Pays-Bas (au total les Pays-Bas sont protégés par 1 000 km de
digues) ! – source Wikimedia commons
Seule remarque à caractère général : la prévision sur un siècle du Giec montre une
montée du niveau des eaux régulière et sans signe d’essoufflement. Il était impos-
sible au Giec d’aller de manière quantitative au-delà du siècle avec un minimum de
crédibilité scientifique, mais il est quasi certain que le phénomène ne va pas pour
autant s’arrêter brutalement au 1er janvier 2101 ! D’ailleurs le Giec est allé plus loin
en se prononçant sur les niveaux stabilisés en fonction de l’accroissement moyen
de température du globe Autrement dit, il appartient aux gouvernements de déter-
miner l’horizon auquel ils s’intéressent et, au minimum, de mettre en œuvre des
solutions qui ne soient pas à passer par pertes et profits si le niveau de l’océan sur
leurs côtes après avoir atteint 60 cm, passe dans la continuité à 61 cm ! Avec une
augmentation qui sera sûrement atteinte de 1,5 °C et même nettement dépassée
(référence niveaux préindustriels – c’est-à-dire le milieu du xixe siècle comme indi-
qué ailleurs dans cet ouvrage) l’augmentation de niveau pourrait atteindre à terme,
nous dit le Giec, presque 3 m !
44
3. Unexempledeconséquencesduchangementclimatique:l’élévationduniveaumoyendesmersetocéans
Avec une telle augmentation, c’est tout le littoral poitevin qui est menacé, l’essentiel
des îles comme l’île de Ré, tout le Languedoc-Roussillon, la côte-ouest du Cotentin,
l’estuaire de la Somme, celui de la Gironde (et entre autres la ville de Bordeaux), les
villes portuaires comme Le Havre et la Rochelle, Cherbourg, Toulon, etc. Même
si on peut critiquer ces extrapolations, se voiler la face serait contraire à toutes les
règles de prévention qui s’imposent (prévention et non précaution, car s’il y a une
certaine incertitude sur la valeur exacte, il y a quasi consensus sur la réalité de l’évo-
lution — voir commentaires sur précaution et prévention en début d’ouvrage).
Même les Américains, y compris certains élus républicains, s’inquiètent de l’évo-
lution du climat. Ainsi, des « Keys », à la côte du Maine, les municipalités côtières
réfléchissent aux enjeux, comme le montre cette planche (figure 3.9) publiée par le
Washington Post et extraite d’une étude pour Virginia Beach.
Figure 3.9 Étude locale de l’incidence de la montée de eaux (Virginia Beach) – publié
par le WashingtonPost
L’exposé précédent est volontairement centré sur les aspects déplacements de popu-
lations, mais la hausse du niveau des mers et l’acidification des océans ont de nom-
breuses autres conséquences potentiellement extrêmement dommageables ; l’une
d’elle, encore liée à l’augmentation de la hauteur d’eau, sera la disparition de nom-
breuses mangroves, comme celles, pour ce qui concerne la France, de Guyane.
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4. Les 20-20-20 ou la voie de l’Union européenne
2030
Un green paper a été émis le 27 mars 2013 : « A 2030 framework for climate and
energy policy 5 ». Il n’a pas été adopté formellement. Il introduisait des réflexions fort
pertinentes sur l’économie des projets :
• les investissements actuels seront en service en 2030 et au-delà. Les investisseurs
ont besoin d’un avenir certain dans le domaine réglementaire et régulatoire ;
• l’Europe a besoin de développer sa compétitivité pour créer des emplois et de la
croissance ;
• l’Europe doit préparer la COP21 au niveau communautaire.
Il proposait de concentrer vraiment les efforts sur la diminution des émissions de
gaz à effet de serre.
En 2014, la Commission européenne a adopté une nouvelle série d’orientations.
Certaines sont contraignantes, comme les objectifs d’émission de gaz à effet de serre,
d’autres ne le sont pas, comme la part d’énergie renouvelable ou l’objectif d’efficacité.
5. [Link]
climate_framework_en.pdf
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
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4. Les 20-20-20 ou la voie de l’Union européenne
à des barrages — STEP6) pour permettre les décalages et combler les lacunes de
production.
Aujourd’hui, la plupart des systèmes de stockage ont une durée de stockage à pleine
puissance égale de 5 à 7 heures, notamment les STEP hydrauliques françaises (sys-
tème avec deux retenues, une basse et une haute reliées par des tunnels et des puits
en charge et d’une usine capable de pomper ou de turbiner l’eau selon les opportu-
nités et les nécessités) qui ont une capacité de puissance totale de 5 GW seulement.
Seules deux STEP en France atteignent 20 heures de stockage à pleine puissance
(1,7 GW). Il existe de nombreux moyens de stockage de l’électricité (STEP, batte-
ries, volants d’inertie, air comprimé…) tous de relativement courte durée. Les trans-
ferts de plusieurs jours, plusieurs semaines ou intersaisonniers, dans l’état actuel des
technologies, passent par la production d’hydrogène et de méthane (Power to Gas)
qu’il faut ensuite stocker en très grande quantité, au-delà des stockages disponibles.
Puis il faut produire de l’électricité avec le gaz, par combustion ou pile à combus-
tible. Le modèle économique reste à trouver. Il est probablement plus prometteur de
stocker de la chaleur que de l’électricité, si l’usage final est de produire de la chaleur.
Il existe deux arguments techniques et économiques spécifiques associés à des
modèles économiques crédibles pour le stockage de l’électricité pour quelques
heures : les véhicules électriques associés aux énergies intermittentes. Tesla essaie de
grouper les deux sujets pour donner une deuxième vie à ses batteries automobiles
en profitant d’un système de marché de l’électricité californien qui rémunère le
stockage ou la production garantie d’électricité afin d’éviter les variations rapides
des énergies renouvelables intermittentes. Le système européen ne rémunère ni l’un
ni l’autre. Les modèles économiques possibles dépendent des règles du marché et de
la réglementation.
Pour l’instant, le développement des énergies renouvelables intermittentes ou des
bioénergies n’a pas diminué les émissions de CO2 en Allemagne, en Espagne et en
France. Or il faudra parvenir, lentement mais sûrement, à réduire substantiellement
les émissions de GES, puis à remplacer totalement les énergies fossiles par des éner-
gies renouvelables, ce qui suppose des efforts continus en R&D, et des innovations
dans le domaine réglementaire et commercial pour permettre le développement
d’innovations technologiques qui doivent accroître la flexibilité du système élec-
trique et la gestion optimale de la demande.
Le texte de 2014 remplace le terme « efficacité énergétique » par le terme « écono-
mie d’énergie ». Il aurait été préférable de maintenir le concept d’efficacité énergé-
tique car cette notion d’efficacité est beaucoup plus féconde et plus structurante
que la simple notion d’économie d’énergie. En effet, l’amélioration de l’efficacité
énergétique est de deux ordres :
• améliorer l’efficacité énergétique à l’intérieur d’un paradigme existant : les cen-
trales à charbon à très haut rendement, le drainage du méthane dans les mines
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Où en est l’Europe ?
D’une façon générale, les émissions de l’Union européenne décroissent depuis 1990
choisie comme année de référence. Elles ont diminué d’environ 2,5 % en 2015
par rapport à 2014 avec de forts contrastes selon les États membres. Les plus fortes
réductions ont été enregistrées à Chypre (– 14,7 %), en Roumanie (– 14,6 %), en
Espagne (– 12,6 %) et en Slovénie (– 12 %). En revanche, elles ont augmenté au
Danemark (+ 6,8 %), en Estonie (+ 4,4 %), au Portugal (+ 3,6 %) et en Allemagne
(+ 2 %). La quantité de gaz à effet de serre émise annuellement par habitant permet
une comparaison équitable entre les pays. Les émissions par habitant sont égales à
12,2 tonnes de CO2 en République Tchèque, 11,3 tonnes de CO2 en Allemagne,
10 tonnes en Pologne, 9 tonnes au Royaume-Uni, environ 7 tonnes en Espagne, en
Italie et en France.
D’une certaine façon, les émissions sont un marqueur de l’activité économique et
des modes de production actuels. La réunification allemande a eu lieu entre octobre
1989 et octobre 1990. À partir de cette date, l’est de l’Allemagne a muté progressi-
vement d’un système énergétique « soviétique » à un système occidental. Des usines
ont été fermées, d’autres construites. La forte baisse des émissions de gaz à effet de
serre a eu lieu entre 1990 et 1998. Or il se trouve que 1990 est la date de référence
pour le protocole de Kyoto.
Les « bons élèves » sont les pays situés à l’est de l’Europe (ils ont accompli de grands
progrès d’efficacité énergétique, au sortir de l’ère soviétique, avec le support de l’Eu-
rope) et les pays en crise grave comme la Grèce. La Norvège apparaît comme un
assez mauvais élève, ce qui est paradoxal puisque son électricité est produite à 98 %
par l’hydroélectricité, ce qui lui permet de vendre de l’électricité flexible pour ados-
ser les productions d’électricité intermittentes du Danemark et du nord de l’Alle-
magne grâce à la souplesse et au stock de sa capacité hydroélectrique.
En revanche, on peut remarquer que la Norvège est un grand exportateur de gaz.
Actuellement, on ne reproche rien à ceux qui extraient le charbon, le gaz et le pétrole
et qui le vendent, mais plutôt à ceux qui les brûlent. La Norvège qui produit son
électricité grâce à l’hydroélectricité et qui, globalement, émet peu de gaz à effet de
serre, peut paraître exemplaire… Pourtant sa richesse vient du gaz qu’elle extrait
56
4. Les 20-20-20 ou la voie de l’Union européenne
de son territoire et qu’elle exporte. Tout combustible extrait est voué à être brûlé,
à l’exclusion de la petite quantité utilisée pour la chimie. C’est aussi de l’extraction
qu’il faudrait parler.
L’autre baisse des émissions de GES constatée dans beaucoup de pays est associée à
la crise économique de 2008 qui a diminué l’activité économique.
Le système économique, les modes de vie, les habitudes de consommation et l’acti-
vité industrielle ont un impact déterminant sur les émissions de gaz à effet de serre.
Tous ces paramètres ont une influence sur l’efficacité énergétique. Le fait de rem-
placer une centrale électrique au charbon vieille et à faible rendement (32 % par
exemple) par une centrale moderne à haut rendement (plus de 45 %) a un effet
immédiat sur les émissions de gaz à effet de serre simplement parce qu’avec la même
quantité de charbon (donc pour la même quantité de gaz à effet de serre émis) la
quantité d’électricité produite est plus importante. De plus, la rentabilité écono-
mique est immédiate. Ce n’est pas satisfaisant à long terme, mais il faut s’occuper de
la période de transition car elle sera longue.
C’est probablement dans l’efficacité énergétique au sens large que se situent les gise-
ments les plus rapidement mobilisables d’émission de gaz à effet de serre et donc de
lutte contre le réchauffement climatique. En revanche, pour l’instant, l’impact du
développement des énergies renouvelables intermittentes est peu perceptible malgré
son coût. Il reste beaucoup de travail de recherche, d’industrialisation et de déve-
loppement de systèmes d’achat pour préparer un avenir encore lointain qui soit
réellement sans carburant fossile.
57
5
Donner un prix au carbone
Donner un prix au carbone est nécessaire pour mettre en place une politique clima-
tique. En principe économique, le coût du carbone pour celui qui l’émet devrait être
égal au coût du dommage marginal entraîné par le gaz à effet de serre émis une fois
qu’il a été transformé en équivalent carbone. Il n’est pas possible de déterminer sans
ambiguïté le dommage économique de l’émission d’une tonne de CO2 équivalent.
Ce signal prix permet aux industriels de faire des choix opérationnels ou d’investis-
sements, de manière à faire la balance entre le coût futur de l’émission de gaz à effet
de serre et le coût de continuation avec les mêmes pratiques. En Europe, le système
EU ETS concerne essentiellement le secteur énergétique ; donc la quantité de gaz à
effet de serre est en grande partie le résultat d’un simple calcul. Par exemple, brûler
une tonne de charbon émet 1,3 fois plus de GES que brûler une tonne de pétrole et
1,7 fois plus que brûler une tonne de gaz. Cela dépend de la formule chimique du
combustible. Le rendement des machines, en s’améliorant, permet de produire plus
de kWh pour la même quantité de combustible, donc pour la même quantité de
GES émise. Une centrale à charbon très performante peut produire de l’énergie en
émettant moins de GES qu’une très vieille centrale au fuel lourd.
Le signal prix touche des investissements lourds et de longue haleine. Dans les
conditions économiques de 2014, les industriels estiment qu’un prix de CO2 de
25 €/tonne met en équivalence la production d’électricité au gaz et au charbon.
Actuellement, la plupart des grandes centrales à gaz européennes sont sous cocon
car leur exploitation n’est pas rentable bien qu’elles soient à très haut rendement. Un
prix d’environ 50 €/tonne de CO2 met en équivalence le lancement d’une nouvelle
centrale au gaz et au charbon, en terme global d’investissement et d’exploitation.
Le chiffre de 35 €/tonne de CO2 est souvent utilisé comme chiffre d’équivalence
charbon-gaz en Europe. Si les prix du charbon et du gaz varient, ces chiffres varient
59
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
aussi. En Asie où le gaz est plus cher et le charbon plus proche (extrait dans la
région, notamment en Chine, en Australie et en Indonésie), le prix du carbone
nécessaire à favoriser l’investissement en turbines à gaz à cycle combiné serait net-
tement plus élevé et les centrales à charbon se développent rapidement et dureront
plus de 50 ans.
Le principe des attributions gratuites ou des mises aux enchères de permis d’émis-
sion est une façon de laisser le marché opérer les ajustements nécessaires. C’est
l’objectif de l’EU ETS. Notons que la mise en place d’une taxe carbone, c’est-à-dire
d’une fiscalisation du carbone pose un problème au niveau européen, puisqu’une
aggravation de la fiscalité ne peut être votée qu’à l’unanimité des États-membres,
ce qui n’est ni simple, ni rapide. La communauté européenne n’a donc pas d’autre
solution globale à proposer à l’EU ETS. Elle doit le rendre efficace.
L’EU ETS a été développé en 2005 et ne concerne que les secteurs de l’énergie
électrique, l’industrie électro-intensive et l’aviation commerciale, responsable de
45 % des émissions des territoires européens. Le système EU ETS est le premier
grand système d’échange de permis d’émissions. Jusqu’en 2008, le système était en
phase pilote, les limites d’émissions étaient stables et les permis attribués gratuite-
ment. À partir de 2013, les permis on fait l’objet d’enchères à hauteur de 40 % et
il était supposé que les émissions baissent linéairement avec un coefficient (Linear
Reduction Factor) de 1,74 % par an, ce qui conduit mathématiquement les émis-
sions des secteurs concernés à diminuer de 21 % entre 2005 et 2020. En volume,
ceci correspond à une réduction de 2,5 Mt de CO2 en 2005 à 1,9 Mt de CO2 en
2020, soit une réduction de permis de 38 Mt/an. Si ce coefficient est maintenu
jusqu’en 2050, la réduction des secteurs concernés sera de 71 %.
60
5. Donner un prix au carbone
de CO2 évitée et qui donne donc des signaux prix variables selon les pays et désor-
donnés en termes d’émission de CO2. On pourrait supposer que ce prix très bas
auraient poussé les industriels à se couvrir en vue d’une augmentation vraisemblable
des prix du carbone sous l’influence des accords internationaux, et notamment des
accords contraignants que les acteurs pouvaient penser devoir de la COP21. Il n’en
a rien été. Le marché n’a pas pas l’hypothèse d’une hausse prochaine. Il est possible
que le système de crédit Kyoto ait perturbé le système en 2011 et 2012, quand
la Commission européenne a décidé d’exclure les crédits issus des hydrofluoro-
carbones et de l’oxyde nitrique N2O qui avaient fait l’objet d’abus. Il semble que
l’explication la plus solide du prix bas est le manque de confiance, de certitude ou
de crédibilité de la politique Climat en Europe et dans le monde. En janvier 2014,
la Commission européenne propose une réforme : « Un surplus élevé rend très confus
le signal pour les investissements qui sont nécessaires à la transition vers une économie
dite bas carbone. C’est un problème car le système devrait verrouiller les investissements
en charbon, en particulier si l’on considère le ratio de prix entre le charbon et le gaz ».
De gros investissements en charbon sont aujourd’hui rationnels économiquement
en Europe et dans le monde : ils ne vont pas dans le sens que souhaite l’Europe. Si
le marché du CO2 fonctionnait selon les vœux de la Commission, son prix devrait
s‘établir à un niveau qui arrête le développement du charbon.
Il est nécessaire d’éviter des interactions entre le système de prix du carbone géré
par le marché EU ETS et les politiques nationales qui peuvent avoir d’autres vues,
d’autres ambitions et d’autres stratégies industrielles en fonction de marchés futurs
espérés. Chaque État-membre est souverain pour choisir son mix énergétique et ses
systèmes de subventions et de taxes.
Jusqu’à présent, la Commission européenne a envisagé des réformes partielles en
jouant essentiellement sur les quantités de permis, sans chercher à influer sur le
signal prix. La plate-forme Energy de Euro-CASE (European Council of Applied
Sciences Technologies and Engineering) propose une réforme significative incluant un
couloir de prix qui donne un signal ferme aux acteurs industriels. Le rapport propose
également d’élargir le système EU ETS à d’autres secteurs majeurs, comme le trans-
port (hors aérien) et le chauffage, et de traiter les problèmes de fuite de carbone (le
contenu carbone des produits importés) en élargissant le groupe de pays participants
au système EU ETS. Ce devrait être l’un des résultats de la COP21. Cependant, il
est judicieux, si l’on veut parvenir à des accords, de laisser à chaque pays le choix des
instruments économiques qu’il s’engage à utiliser.
Phase 3 : 2013-2020
La phase 3 est un renforcement du système dans l’optique d’obtenir une réduction
de 20 % des émissions de gaz à effet de serre en 2020 (par rapport à 1990). Ainsi,
à partir de 2013 :
• l’application du système est élargie ;
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
• les plafonds d’émission nationaux sont remplacés par un plafond unique euro-
péen ;
• le quota est réduit linéairement chaque année ;
• les quotas deviennent progressivement payants (la mise en œuvre se fera secteur
par secteur, le secteur électrique étant le premier a passer à une allocation 100 %
aux enchères avec certaines exceptions) ;
• etc.
Le 16 avril 2013, le Parlement européen refuse néanmoins, par un vote, de retirer
900 millions de tonnes de droits d’émission du marché du carbone. L’objectif de
cette proposition était de faire remonter le cours de la tonne de CO2, descendue en
dessous de 4 € sous l’effet de la crise.
Le Parlement européen s’est prononcé, le 24 février 2015, pour la création d’une
« réserve de stabilité de marché » pour fin décembre 2018, soit trois ans plus tôt que
ce qui était proposé par la Commission. Ce nouveau mécanisme permettrait de
réguler le marché en retirant des quotas d’émission de CO2 en période de récession
et, à l’inverse, en en redistribuant en période de croissance. La France, la Grande-
Bretagne et l’Allemagne souhaitent que la réserve soit mise en place dès 2017, mais
plusieurs pays est-européens, menés par la Pologne, sont réticents et préconisent
d’attendre 2021.
La Commission européenne propose en juillet 2015, dans un « paquet d’été » sur
l’énergie, une réforme du marché du carbone pour l’après-2020, qui durcit sensi-
blement les conditions d’octroi des quotas d’émission, en vue de transcrire dans des
actes juridiques l’objectif que s’est fixé l’Union européenne de réduire ses émissions
d’au moins 40 % d’ici à 2030. Elle propose notamment de réduire de 21 % la
quantité globale de quotas de CO2 (droits à émission) alloués entre 2021 et 2030,
par rapport à la période 2013-2020, soit -2,2 % par an. Une partie croissante de
ces quotas (57 %) sera dès aujourd’hui soumise à un système d’enchères et seule-
ment 43 % seront attribués gratuitement. Les allocations gratuites seront réservées
aux secteurs qui présentent le plus grand risque de délocalisation de leurs activi-
tés de production en dehors de l’Union européenne. Le nombre d’industries éli-
gibles à 100 % de quotas gratuits sera réduit de 180 à 50. L’acier, l’aluminium et
la chimie en feront partie. Un fonds pour l’innovation sera alimenté par le produit
des enchères de 400 millions de quotas (estimé à environ 10 milliards €) et destiné
à soutenir l’investissement dans les énergies vertes ou la séquestration du carbone.
Cette réforme, plus la réserve de stabilité adoptée quelques jours auparavant par
le Parlement européen, pour mise en œuvre à compter de 2019, devraient faire
remonter le prix du carbone : l’agence de presse Thomson Reuters prévoit 17 €
en 2020 et 30 € en 2030, alors que la tonne de CO2 évolue aujourd’hui entre 5 et
10 €, niveau jugé insuffisant pour orienter les investissements vers des industries
moins émissives.
Le registre européen des quotas d’émission de gaz à effet de serre peut être assimilé
à un compte bancaire en ligne. Cette application en ligne enregistre :
• le montant de quotas d’émissions détenus par le titulaire du compte ;
62
5. Donner un prix au carbone
Les chapitres 6 à 9 analysent en détail des sujets qui ne nous semblent pas traités
avec suffisamment de recul et de soin, ni par le GIEC, ni par les COP. La question
de l’évolution des ressources en eau est considérée par la plupart des pays comme
centrale dans leur stratégie et leur politique de développement. C’est un sujet qu’il
faut considérer comme majeur, au moins au même niveau que la température. Le
méthane joue un rôle très particulier, bien différent du rôle joué par le dioxyde
de carbone. Le méthane d’origine naturelle et le méthane d’origine anthropique
interfèrent fortement entre eux, avec des interactions fortes et des rétroactions. Il est
essentiel que la COP considère le méthane comme un sujet en soi et non comme un
sous chapitre du dioxyde de carbone, et pour cela, il faut entrer dans la complexité
des sources et des puits de méthane. Ils sont complexes par leur fonctionnement
physicochimique, mais aussi parce qu’ils impliquent les modes de fonctionnement
de nombreuses populations de la planète et de nombreuses professions. Enfin la géo-
ingénierie climatique est un domaine de la science et de la technologie qui doit être
développé afin d’en tirer le meilleur parti, mais aussi de d’éviter les fausses pistes.
63
6
Des ressources hydriques
difficiles à anticiper
L’eau est omniprésente à la surface de la planète, eau douce et eau salée, eau conti-
nentale de surface et souterraine, eau des mers et des océans, sous forme liquide, de
neige ou de glace. Elle est indispensable à la vie. Elle est aussi employée à diverses
fins, par exemple pour la production d’énergie ou comme support pour des moyens
de transport (fluviaux ou maritimes). Par ailleurs, la dynamique climatique est
liée à celle des grandes masses océaniques et à la répartition atmosphérique de la
vapeur d’eau. Réciproquement, son cycle est modifié par l’évolution du climat. De
ce fait, divers usages en dépendent (agriculture, énergie, eau potable et domestique,
besoins des écosystèmes). Elle peut aussi être un facteur de risque (inondations,
pluies intenses, coulées torrentielles, sécheresses). Elle permet la diffusion et le trans-
port d’éléments minéraux ou organiques. Enfin, la lecture « au fil de l’eau » est un
bon moyen de suivi, de compréhension des activités humaines et de leurs effets sur
l’environnement.
Les impacts attendus du réchauffement climatique sur les différentes formes d’eau
sont divers et importants. Certains commencent à être bien documentés, d’autres
font l’objet de recherches et d’approfondissements afin de les établir solidement, de
raffiner les modèles prévisionnels et d’orienter les politiques publiques. Parmi les
principaux effets observés ou attendus on peut citer :
• des variations dans les précipitations, y compris neigeuses, en fréquence,
en intensité et en moyenne, et des variations dans les débits des fleuves en
moyenne ou en amplitude de variation. Les modèles proposent des scénarios qui
peuvent avoir des conséquences positives ou négatives selon les lieux et les types
65
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
d’activités. Les scénarios pour la France métropolitaine ont été analysés dans
un document récent : Climat de la France au xxie siècle, ONERC, G. Ouzeau,
M. Déqué, M. Jouini, S. Planton, R. Vautard (du ministère de l’écologie et du
développement durable sous la direction de Jean Jouzel). La France est située
dans une zone climatique intermédiaire où les incertitudes sont les plus fortes,
ce qui rend l’approche très complexe ;
• les glaciers continentaux qui sont des réserves d’eau douce dont la fonte de prin-
temps et d’été participe au débit des rivières.
Une partie des précipitations d’eau ruisselle ou s’infiltre jusqu’aux nappes sou-
terraines : c’est l’eau bleue, qui peut être prélevée par pompage et utilisée par
l’homme. Une partie s’infiltre dans le sol superficiel (1 à quelques mètres) puis est
reprise soit par évaporation directe depuis la surface, soit par les racines et évapo-
transpirée par la végétation : c’est l’eau verte, capitale pour le monde végétal. Dans
le monde, 6 300 km3/an d’eau verte sont utilisés annuellement pour l’agriculture
pluviale (eau verte) et 1 800 km3/an pour l’irrigation (eau bleue) sans compter
les pertes d’eau d’irrigation (environ 700 km3/an). En France, 86 % de l’eau des
précipitations utilisée (eau bleue et verte) sert à l’agriculture. La consommation
d’eau bleue est à 48 % pour l’irrigation. Dans le monde, l’utilisation d’eau bleue se
répartit entre 70 % pour l’irrigation, 22 % pour l’industrie et 8 % pour la consom-
mation domestique. Cette importance relative de l’irrigation est très variable en
fonction du climat et de la stratégie des pays. Par exemple, au Maroc, 48 % des
prélèvements d’eau bleue sont destinés à l’irrigation, en Tunisie 80 %, en Algérie
moins de 60 %. On estime aujourd’hui que dans certains pays, l’irrigation se fait
en extrayant des aquifères des volumes d’eau supérieurs à la recharge annuelle
moyenne, ce qui conduit à vider ces aquifères d’une fraction plus ou moins grande
de leurs stocks, ce qui ne peut pas durer indéfiniment. Dans l’ordre décroissant
d’importance, les pays concernés sont l’Inde (35 km3/an), le Pakistan (18 km3/an),
les USA (16 km3/an), l’Iran (14 km3/an), la Chine (11 km3/an), le Mexique
(6 km3/an). Ces chiffres proviennent, pour partie, de modélisations hydrologiques
et, pour une autre, de mesures du champ de gravité réalisées depuis l’espace par
le satellite US GRACE. Le total mondial de ces prélèvements sur les stocks d’eau
douce serait de l’ordre de 125 km3/an, soit environ 5 % de toute l’eau utilisée
dans le monde pur l’irrigation (2 510 km3/an en 2000). Mais ces estimations sont
très imprécises. Dans le monde, plus de 70 % des barrages ont l’irrigation comme
vocation première (l’énergie hydroélectrique est la vocation principale de moins de
25 % des barrages). La consommation d’eau pour l’énergie est faible, même si les
prélèvements sont importants. En effet, l’eau prélevée est immédiatement rejetée
dans le milieu. La génération d’électricité thermique requiert une source chaude et
une source froide obtenue par circulation de l’eau d’un fleuve, de la mer ou en éva-
porant de l’eau dans des tours. Par exemple, sur le Rhône, les centrales nucléaires
de Bugey et Cruas (à tours de refroidissement), plus Saint-Alban, Tricastin (sans
tour de refroidissement) consomment 4,5 m3/s en moyenne alors que le débit
d’étiage est de l’ordre de 600 m3/s à Beaucaire. Dans certains cas, l’énergie peut
entrer en compétition avec l’irrigation en saison sèche. Pour cette raison, beaucoup
d’usines thermiques sont construites en bord de mer. L’énergie hydroélectrique ne
66
6. Des ressources hydriquesdifficiles à anticiper
consomme presque pas d’eau. Dans certains cas, les lacs de retenue évaporent plus
que l’espace végétal qu’ils remplacent, surtout dans les pays désertiques, ce qui fait
baisser localement la température. Cette évaporation correspond à une consomma-
tion d’eau faible. Pour le barrage d’Assouan, construit en Égypte en plein désert,
on l’estime quand même à 12 % de la ressource, soit environ 10 km3/an. La pro-
duction hydroélectrique dépend du débit des rivières, de la hauteur de chute et du
volume de stockage. En ce sens elle est directement impactée par la modification
des débits des rivières.
La production agricole est sensible aux modifications saisonnières et interannuelles
des ressources en eau et à leur évolution tendancielle, davantage pour l’agriculture
pluviale que pour l’agriculture irriguée. Ces variations ont un impact sur la pro-
ductivité et sur les types de culture ou d’élevage développés.
Les ressources en eau sont soumises à de fortes variations dans le temps, avec des
sortes d’alternances pluriannuelles de périodes sèches ou humides, variables selon
les types de climat et donc selon les régions. Il est donc essentiel de tenter d’anti-
ciper les tendances des variations des ressources en eau associées au changement
climatique et difficilement discernables au sein de la grande variation naturelle des
pluies et des chutes de neige.
67
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Figure 6.1 Courbes d’anomalie des températures qui caractérisent El Niño depuis 1950.
Dans le rapport du GIEC, il est dit qu’aucune corrélation solide n’est décelée entre
température et ressources hydriques. Le résumé exécutif est plus conclusif :
« Le réchauffement observé pendant plusieurs décennies a été relié aux changements
survenus dans le cycle hydrologique à grande échelle, notamment : l’augmentation
de la teneur en vapeur d’eau de l’atmosphère, la modification de la configuration, de
l’intensité et des extrêmes des précipitations, la diminution de la couverture neigeuse
et la fonte des glaces accrue, ainsi que la modification de l’humidité du sol et du
ruissellement. Les changements dans les précipitations sont très variables à l’échelle
spatiale et d’une décennie à l’autre. Au cours du xxe siècle, les précipitations ont
surtout augmenté sur les continents dans les latitudes les plus septentrionales, tandis
que des diminutions ont principalement touché les latitudes comprises entre 10°S et
30°N depuis les années 1970. La fréquence des épisodes de fortes précipitations (ou
la partie des précipitations totales imputable à de fortes pluies) a augmenté dans la
plupart des régions (probable) ».
Les sources d’eau douce sont essentiellement la pluie et la neige. Leur volume
dépend d’éléments très complexes dont la température. Les modèles physiques du
climat sont loin d’être robustes. Les observations sont peu démonstratives. Que
peut-on conclure, sinon que l’effort doit porter sur l’amélioration des modèles afin
de réduire les incertitudes des scénarios du futur ?
De fait, le paragraphe 10.3.2 « Water Cycle » du rapport du groupe 1 (WG1) du
GIEC de 2014 montre que des tendances commencent à être décelées dans l’analyse
des précipitations. Cependant, la plupart des traitements sont faits sur un demi-
siècle, ce qui est très court. Les tendances constatées seraient plus saisonnières que
sur les valeurs moyennes. Ce qui est certain du point de vue thermodynamique,
c’est que le cycle hydrologique est plus intense quand la température augmente,
68
6. Des ressources hydriquesdifficiles à anticiper
car l’atmosphère contient plus d’eau sous forme vapeur, liquide ou glace. On peut
en déduire une tendance à long terme concernant l’intensification des pluies.
Quand cela sera-t-il significatif pour les cultures ? L’influence des modifications de
la couche d’ozone semble constatée avec un bon degré de confiance pour la zone
antarctique, mais ce problème est maintenant en passe d’être résolu par l’interdic-
tion de l’usage des gaz CFC considérés comme responsables de ce trou dans la
couche d’ozone (et d’un effet de serre) et, selon la NASA, celle-ci sera bientôt dans
son état pré-anthropique.
69
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Les figures 6.2 et 6.3 ci-après en sont tirées. Elles présentent les variations interan-
nuelles des débits de grands fleuves tropicaux : le Congo, l’Oubangui, la Sangha,
l’Amazone et l’Orénoque. La figure suivante montre le séquençage de la chronique
de débits annuels du Congo à Brazzaville de 1903 à 2010 en périodes d’écoulements
homogènes avec leurs moyennes interannuelles correspondantes.
La comparaison des débits des deux fleuves est intéressante, car le bassin versant du
Congo est proche de l’équateur et dans l’hémisphère sud, loin vers l’est alors que
le bassin versant de l’Oubangui est dans l’hémisphère nord. Il serait intéressant de
pouvoir comparer les débits de l’Oubangui et ceux du Chari qui va vers le lac Tchad.
L’Orénoque est situé en Amérique du Sud, au nord du bassin de l’Amazone avec
lequel il entre en contact par le Rio Negro durant certaines périodes de crues. La
figure 6.4 illustre le séquençage de la chronique de débits minimum mensuels de
l’Orénoque à Ciudad Bolivar de 1926 à 2010 en périodes d’écoulements homo-
gènes avec leurs moyennes mensuelles respectives.
70
6. Des ressources hydriquesdifficiles à anticiper
71
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
La figure 6.6 suivante montre sur une longue période, depuis 1905, les écarts de
long terme cumulés qui témoignent de très longs cycles et donc de la difficulté
de planifier avec certitude la construction et l’exploitation des infrastructures pour
l’aménagement des fleuves. À chaque période sèche, l’inquiétude monte. Les popu-
lations riveraines du lac se déplacent vers la nouvelle position des rives du lac, près
de 10 mètres plus bas (l’équivalent d’une forte marée qui dure 15 ans…).
Figure 6.6 Reconstruction des pluies annuelles en millimètres de 1800 à nos jours
Devant l’ampleur de ces grands cycles, il n’est pas possible, dans l’état actuel des
connaissances, de distinguer des tendances.
D’une façon générale, on ne distingue pas de tendance perceptible sur les débits
des grands fleuves et les chercheurs ne voient pas d’influence directe du climat. En
revanche, l’influence de l’augmentation du niveau des mers sur les débits estuariens
pourrait induire des modifications en amont, par exemple sur des systèmes peu
pentus comme l’Amazone ou l’Orénoque.
Le fait que l’on ne décèle pas de tendance évolutive des ressources hydriques, ni
de corrélation entre la température et les ressources hydriques ne permet pas de
conclure. Il n’y a pas de vraisemblance à supposer que le futur sera pire en tout lieu,
comme si nous étions aujourd’hui dans un état d’optimum global exceptionnel. Le
phénomène est tellement complexe et dépendant des particularités climatiques de
chaque région que les modèles ne permettent pas, pour l’instant, de faire des prévi-
sions hydrologiques vraiment crédibles (même si les températures sont bien mieux
prévues) et cela d’autant plus qu’il n’y a que peu de mesures de calage, ni d’expli-
cations physiques complètes structurées de changements encore imperceptibles (ou
se manifestant par des signaux très faibles). Pour la France, les météorologues ne
mesurent pas clairement d’évolution des précipitations, alors qu’ils mesurent par-
faitement l’augmentation des températures. Comme, par ailleurs, les prélèvements
72
6. Des ressources hydriquesdifficiles à anticiper
dans les fleuves et les nappes ont tendance à augmenter, la mesure d’une tendance
à l’intérieur des variations météorologiques est réellement difficile. Les difficultés
rencontrées pour tirer un bilan clair doivent nous inciter à approfondir la question
(y compris dans les aspects mathématiques (instabilité, bifurcations…).
Dans son ouvrage Histoire du climat depuis l’an mil (éditions Flammarion, 1967),
Emmanuel Le Roy Ladurie nomme « petit optimum médiéval » la période rela-
tivement chaude en Europe de l’ouest des années 800 à 1300 qui semble corres-
pondre au climat d’aujourd’hui, une période plutôt favorable aux agriculteurs et aux
consommateurs, même si la sécheresse était le « fait dangereux » de la zone méditer-
ranéenne. Dans le reste de la France, l’excès d’humidité et le gel excessif étaient plus
dommageables, comme il le montre pour le « petit âge glaciaire » (jusqu’en 1860).
Nous n’avons pas d’archives historiques concernant des températures au-delà de
plus ou moins 1 °C par rapport à la moyenne. En revanche, les archives paléon-
tologiques (donc antérieures à la période historique) nous renseignent à ce sujet.
Par exemple, on évalue une température de +12 °C par rapport à l’actuel au milieu
de l’Éocène. Emmanuel Le Roy Ladurie commente avec son humour et sa modes-
tie habituels : « Je suis trop paresseux pour m’occuper des ressources en eau, c’est beaucoup
trop capricieux ». Dans ses livres, l’eau est présente tout le temps, puisque l’agricul-
ture tient un rôle central, mais son étude historique n’est pas faite pour l’instant.
Un autre aspect de la question concerne l’impact de la température et des varia-
tions de ressources en eau sur la production agricole, et notamment vivrière. Si la
température augmente, le cycle végétatif se raccourcit : plus il fait chaud, plus le
temps passe vite pour la plante, jusqu’à une limite supérieure de 32-34 °C au-delà
de laquelle la plante ne peut plus s’adapter. Il n’y a pas d’optimum de tempéra-
ture. Les espèces et les variétés sont sélectionnées pour optimiser la production en
fonction du climat local. Le monde agricole adapte sa pratique et ses sélections de
production en fonction du climat, à l’intérieur de la variabilité qu’il a expérimentée.
Par exemple, les catégories de précocité sont adaptées à la latitude. Pour les arbres,
surtout ceux à croissance lente, l’adaptation est plus longue et peut avoir un coût
pour les forestiers. Le monde agricole, même traditionnel, est dynamique et s’adapte
en permanence.
73
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
74
7
Le méthane
75
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
D’où vient-il ?
Trois processus expliquent la production de méthane sur notre planète :
• le plus important, de loin, est la fermentation anaérobie de la matière organique
qui conduit à une formation d’origine biogénique du méthane. Cette fermenta-
tion est développée par des archées méthanogènes sensibles à la température et
qui présentent une activité maximale lorsque la température est située entre 35
et 40 °C (toutefois, certaines archées se sont adaptées pour une activité optimale
à des températures plus basses). Cette fermentation se produit à la fois en rela-
tion avec le monde végétal (zones humides), le monde animal (pour l’essentiel
dans la panse des ruminants) et le monde « anthropisé » (décharges, déchets
agricoles, eaux usées). C’est principalement la cellulose qui est ainsi transformée.
Cette source de méthane raconte la vie de la cellulose sur notre planète ;
• le deuxième processus est associé à la combustion incomplète de la biomasse,
lors notamment des feux de forêts et des brûlis agricoles. On parle d’une source
pyrogénique de méthane ;
• le troisième processus, appelé thermogénique, est lié à la formation des com-
bustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) au cours des ères géologiques
passées par décomposition bactérienne puis craquage thermique (pyrolyse) puis
76
7. Le méthane
Figure 7.1 Sources et puits de méthane (d’après Bousquet, 2007). Wetlands - zones
humides ; Landfills and wastes - décharges et dépotoirs ; Wild animals -
animaux sauvages ; biomass burning - combustion de biomasse ; Wild fires -
incendies de forêts ; Coal mining - mines de charbon ; Sink - puits
77
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
78
7. Le méthane
limite fortement les émissions par diffusion, mais ils pourraient contribuer aux
émissions de méthane dans l’atmosphère à hauteur de 15 à 35 Tg CH4/an [Walter
et al., 2007] par le phénomène de bullage. Par ailleurs, l’augmentation des tempéra-
tures aux hautes latitudes conduit à la fonte localisée des pergélisols qui, en s’effon-
drant, donnent naissance à de petits lacs appelés « lacs thermokarstiques ». Avec des
profondeurs d’eau relativement faibles, ces nouveaux lacs contribuent à augmenter
les émissions de méthane des zones humides en régions boréales. Enfin, les plaines
fluviales inondées saisonnièrement jouent probablement aussi un rôle, encore mal
estimé, dans les émissions de méthane.
Exemples
Quelques exemples sont donnés par la figure 7.2 ci-après des zones inondées flu-
viales ou lacustres, afin d’illustrer la variété géographique de ces étendues d’eau.
Figure 7.2 En haut à gauche, photo du Pantanal (Brésil, Mato Grosso), la plus grande
zone humide de la planète (classée au patrimoine mondial de l’Unesco) et que
l’Amazone inonde chaque année sur 140 000 km². Elle abrite une faune d’une
richesse exceptionnelle. En haut au milieu, une image satellitaire du confluent
de l’Amazone (en bistre) et du Rio Negro (en bleu-noir), avec la ville de Manaus
visible au confluent. En haut à droite, les eaux des deux fleuves coulent un long
moment ensemble avant de se mélanger. En bas, deux images satellitaires du
lac Tchad à presque 30 ans d’intervalle : à gauche en 1972, à droite en 2001.
Le lac Tchad avait une surface de 300 000 km2 il y a 2 000 ans, 26 000 km2 en
1950 et 1 350 km2 aujourd’hui. Il a été totalement transformé en simple zone
humide (de couleur verte) lors de sécheresses prolongées comme en 1983.
79
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Un autre exemple de zone humide de très grandes dimensions est la grande plaine
de Sibérie, entre l’Oural à l’ouest et le fleuve Ienisseï à l’est. Elle couvre 2,7 Mkm2
dont 50 % sont à une altitude inférieure à 100 mètres. Les fleuves Ienisseï et Ob
font d’innombrables méandres dont beaucoup sont abandonnés. C’est dans cette
région que se trouve le marais de Vassiougan qui couvre de 50 000 à 60 000 km2.
La question des émissions de méthane associées à la production d’énergie hydroélec-
trique est parfois évoquée. Les lacs artificiels diffèrent des lacs naturels durant leur
période de remplissage ; ensuite ils se comportent de la même manière. Des mesures
nombreuses ont montré que la transition dure quelques années durant lesquelles les
émissions de méthane et de H2S peuvent être plus élevées avant que le lac artificiel
ne s’intègre, comme le lac Gatun au Panama qui existe depuis un siècle et qui consti-
tue le canal de Panama. Plus précisément, l’émission de méthane est proportionnelle
à la quantité de biomasse immergée, à la température de l’eau et au temps de rési-
dence de l’eau dans le lac. Les émissions par diffusions disparaissent après 3 ans à
cause du développement de bactéries méthanotrophes qui oxydent le méthane. Les
émissions par bullage diminuent progressivement, en fonction de la profondeur
de l’eau. La seule spécificité des usines hydroélectriques est que l’eau de la retenue
se détend dans l’aspirateur de la turbine après qu’elle ait transmis son énergie à la
roue de turbine. S’il existe des gaz dissous dans l’eau, ceux-ci sont libérés. Cela peut
être du méthane inodore ou du H2S qui ne l’est pas. Ce méthane peut être récu-
péré et utilisé comme biogaz local. Des expérimentations ont été faites au Brésil.
En Guyane française le barrage de Petit-saut crée un lac de surface considérable
(310 km2), qui a noyé la forêt tropicale. Les premières années après le remplissage de
la retenue (1994), les émissions de méthane ont atteint 800 tonnes de méthane par
jour, les émissions ont diminué à 200 tonnes par an en 1997, puis plus lentement,
vers 100 tonnes par an.
80
7. Le méthane
avant d’atteindre le lac. Ce fut le cas de la mer d’Aral, L’Amou Daria et le Syr Daria
ont été détournés pour irriguer les plaines cotonnières. La restauration partielle de
la mer d’Aral est en cours.
Ces accords protègent les zones humides à cause de leur richesse biologique et
donc de leur contribution à la biodiversité et de leur impact sur le cycle de l’eau et
de l’azote. Ceci inverse la tendance depuis l’antiquité romaine à réduire les zones
humides pour lutter contre les maladies (la malaria, le « mauvais air » de la plaine
de Rome) et augmenter les zones cultivables. Aujourd’hui 1,61 Mkm2 de zones
humides sont déclarés d’intérêt remarquable.
La culture du riz (9 %)
Rappelons tout d’abord que le riz est une culture qui peut survivre en milieu totale-
ment saturé d’eau. C’est d’ailleurs la seule céréale qui y survit. On peut donc consi-
dérer que la culture du riz dans les zones naturellement inondées durant les périodes
de pluie est une adaptation au milieu « zone humide ». C’est une manière d’utiliser
la zone humide qui ne modifie pas sensiblement ses émissions de méthane. Ainsi, les
premières cultures du riz en Chine, il y a environ 5 000 ans, étaient souvent établies
sur des zones humides existantes, l’irrigation n’apparaissant que plus tard [Fuller et
al., 2011].
La culture en rizière est une pratique culturale caractéristique des zones de mous-
sons où 90 % de la récolte de riz est effectuée. Le riz peut s’adapter à de nombreux
environnements de croissance : zones inondées permanentes ou intermittentes,
zones simplement arrosées par les pluies, zones sans ennoiement avec ou sans nappe
phréatique affleurante. Une proportion croissante du riz est produite en milieu sec
(upland), sans ennoiement, avec l’intérêt de ne pas émettre de méthane. Par contre,
la culture en rizière ennoyée facilite la préparation du sol et le repiquage, élimine les
mauvaises herbes et, dans les zones de forte pluviométrie, permet d’écrêter les pluies
d’orage et de diminuer les crues.
Il est fréquent que le riz soit cultivé, au cours de l’année, en alternance avec des
légumes ou des pommes de terre, en sec, comme à Madagascar par exemple. Même
lorsque la méthode par ennoiement est utilisée, la phase d’immersion dure de 1 à
2 mois et le sol redevient sec ensuite.
En général, la profondeur d’eau est de quelques dizaines de centimètres (jusqu’à
60 cm). Le remplissage se fait par l’eau de pluie, par des pompages en nappe (par
exemple en Inde) ou par des canaux d’irrigation avec, fréquemment, des systèmes
de vannage d’une parcelle à l’autre. Pendant la période d’ennoiement, les archées
méthanogènes en condition anaérobie produisent du méthane [Neue et Roger,
2000 ; Shearer et Khalil, 2000]. Comme dans les zones humides dont les rizières
font partie, la production de méthane dépend de la quantité de matière organique
contenue dans le sol. Elle est maximale lorsque les racines atteignent leur extension
maximale.
81
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
82
7. Le méthane
83
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Les termites (4 %)
Les termites représentent une source importante de méthane (22 Tg/an). Les pre-
mières estimations datant du début des années 1980 leur attribuaient même jusqu’à
50 Tg/an. Apparentés aux blattes et aux cafards, il y aurait 3 tonnes de termites
par être humain (un termite pèse de 3 à 5 grammes). Ils vivent en colonies de
millions d’individus organisées en castes physiquement différenciées. Pendant la
période reproductive, ils portent quatre ailes : on les appelle allates. Ils servent de
nourriture à de nombreux animaux (oiseaux, amphibiens, reptiles…). Les termites
se développent préférentiellement en l’absence de rayonnement solaire, en atmos-
phère immobile, dans des matériaux saturés ou très humides, avec des températures
élevées et stables et des concentrations de CO2 élevées. Les émissions augmentent
rapidement si la température augmente par rapport à la moyenne. Fraser et al.
[1983] estiment que les termites préfèrent une température de 10 °C supérieure à
la température ambiante. Ils estiment la production à 3,2 mg CH4 par gramme de
7. On peut même affirmer que jusqu’à une époque très récente, en Occident, la viande et le cuir
étaient de facto des sous-produits de la production laitière et dérivés (fromages, crème, beurre).
84
7. Le méthane
bois. Bien que l’action des termites soit notable dans les pays tempérés (attaque des
boiseries et charpentes du bâtiment), 80 % des émissions se situent dans les zones
tropicales, dans les forêts, les prairies et les savanes, arborées ou non.
Le méthane est produit durant la digestion du fait de la dégradation de la cellulose
par les micro-organismes symbiotiques. Les émissions sont très variables selon les
espèces et dépendent du taux d’humidité, de la température et de la concentration
de l’air du sol en CO2 et O2. Les émissions dépendent de la taille de la termitière, de
la densité de la population de termites, de leur activité et des espèces. Des travaux
récents montrent que la densité de population de termites constituerait le facteur
prépondérant de contrôle. Des variations diurnes ont été constatées. L’émission
varie durant la journée avec un minimum au petit matin et un maximum en fin
d’après-midi. Ces travaux se sont intéressés aux échanges de CH4 et CO2 à la surface
du sol au voisinage des termitières. Les mesures faites entre 1 mètre et 20 mètres du
centre de la termitière montrent une décroissance de la concentration de méthane,
preuve que le méthane est décomposé par les micro-organismes du sol. Le méthane
atteignant l’atmosphère ne constitue qu’une petite partie du méthane produit par
les termites dans la termitière. Il a été montré par des analyses isotopiques que
la majeure partie du méthane était oxydée par des archées ou bactéries méthano-
trophes au sein même de la termitière.
Les décharges (9 %)
Les décharges contrôlées ou sauvages où sont déversées toutes sortes de déchets
peuvent émettre des quantités importantes de méthane. Les matériaux organiques
qui fermentent en milieu anaérobie sont source de méthane. Les émissions mon-
diales de méthane produites par les décharges sont estimées (cf. tableau figure 7.1)
à 47 Tg CH4/an, soit 9 % du total des émissions.
En Europe, les décharges non contrôlées devraient avoir disparu, puisque la loi les
interdit.
La récupération du méthane issu des décharges est développée au Royaume-Uni,
en Italie et au Canada. En France, les bus de la communauté urbaine de Lille sont
alimentés par le méthane issu de la fermentation des déchets urbains. Les déchets
agricoles fermentés dans des cuves étanches constituent également une source de
méthane, récupérée en totalité comme ressource énergétique (biogaz utilisé pour
le chauffage d’installations agricoles par exemple) et donc transformée in fine en
CO2. Aux États-Unis et au Canada, le nombre de décharges est encore élevé, mais
la tendance est aussi à récupérer le méthane, à le torcher ou à l’utiliser. Mais de nom-
breuses torchères insuffisamment alimentées en air laissent échapper une quantité
importante de méthane.
Dans les pays émergents, les décharges ont souvent des dimensions gigantesques.
Des familles en vivent, faisant un tri sélectif élaboré pour recycler tout ce qui
peut avoir une valeur marchande. Le système de tri est en général très hiérarchisé.
85
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Dans le dépôt, les déchets organiques et végétaux non récupérables sont entassés et
ce sont eux qui, en fermentant, peuvent produire du méthane.
Si les dépôts sont non compactés et fréquemment retournés, la fermentation est
aérobie et produit de l’eau et du CO2. Si les dépôts sont compactés et recouverts
rapidement, l’oxygène est rapidement consommé dans la masse et la fermentation
est anaérobie : elle produit du CO2 et du méthane. Cependant, le méthane en
s’échappant traverse la partie superficielle du dépôt et est partiellement oxydé en
CO2.
Tout le monde connaît la fermentation du glucose en alcool avec émission de CO2
(les bulles du champagne, du cidre…), puis en acide acétique (le vinaigre). Le pro-
cessus est beaucoup plus complexe pour la cellulose et pour les protéines. Pour
que la fermentation se produise, il faut la présence de trois groupes trophiques de
procaryotes anaérobies :
• un premier groupe provoque l’hydrolyse des polymères biologiques initiaux
pour produire des sucres solubles, des aminoacides, des chaînes longues d’acide
carboxyliques et des glycérols. Il s’agit du début de la décomposition qui conduit
à des chaînes courtes d’acides carboxyliques, de l’alcool, du CO2, de l’hydrogène
et des acétates, précurseurs du méthane ;
• le deuxième groupe convertit ce qui est produit par le premier groupe en CO2,
H2, acide acétique et des intermédiaires de fermentation : butyrates, propio-
nates, éthanol. Cette partie de la fermentation est thermodynamiquement favo-
rable à très faible concentration d’hydrogène, donc en association synthropique
avec des substances consommatrices d’hydrogène comme le méthane ;
• le troisième groupe inclut les archées méthanogènes. Les substrats sont l’acétate,
le formate, le méthanol, les méthylamines, H2 et CO2.
Cela peut prendre des mois et des années avant que la population microbiologique
s’établisse.
Combustion de la biomasse (8 %)
Lorsque la combustion est complète, le fait de brûler de la biomasse n’a pas d’impact
climatique sur une échelle de temps comparable à celle de la croissance de la bio-
masse de remplacement. Le carbone piégé par assimilation chlorophyllienne durant
la croissance de la plante est restitué sous forme de dioxyde de carbone selon la
réaction :
CH2O + O2 --> CO2 + H2O
C’est pourquoi l’usage de la biomasse comme combustible est considéré comme
neutre pour des plantes à croissance rapide et en l’absence de phénomènes de dépla-
cement de l’utilisation des sols. Cependant, la combustion est rarement complète
et parfaite. La combustion incomplète produit du monoxyde de carbone CO, du
méthane, des hydrocarbures, des particules de carbone, des composés soufrés...
86
7. Le méthane
87
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
88
7. Le méthane
(soit entre 3 et 10 %). Les grandes réserves d’hydrates de méthane des marges conti-
nentales peuvent être en partie regroupées dans cette famille des sources géologiques.
L’existence de courants de turbidités sur les talus continentaux ou la déstabilisation
d’hydrates par un tremblement de terre constituent en effet des origines géologiques
du méthane (lui-même souvent d’origine biologique) susceptible d’atteindre l’at-
mosphère. Ces phénomènes sont très mal quantifiés, mais pourraient aussi contri-
buer à hauteur de quelques Tg/an aux émissions atmosphériques. Les modalités
d’une possible libération de méthane à partir de ce réservoir important ne font pas
l’unanimité à ce jour au sein de la communauté scientifique. Il intéresse désormais
les compagnies pétrolières à la recherche de nouvelles ressources énergétiques.
Le charbon (6 %)
Les mines de charbon sont exploitées depuis des siècles. Près de la moitié (44 % en
2010) de l’électricité mondiale est produite grâce à la combustion du charbon et sa
croissance a été de 7 % en 2010. Les coups de grisou meurtriers, c’est-à-dire l’auto-
inflammation accidentelle du méthane en forte concentration (il forme un mélange
explosif avec l’air à des teneurs comprises entre 5 et 15 %), sont inscrits dans la
culture des mineurs du monde entier.
Le méthane est produit durant le processus de constitution du charbon en fonction
de la composition de la matière organique initiale et des conditions d’enfouissement
de cette matière organique. On retrouve au départ les règles de fermentation anaé-
robie déjà décrites, suivies de pyrolyses à haute température et de migrations au tra-
vers des roches jusqu’à des couches imperméables. Le méthane ainsi généré ne peut
trouver d’espace dans les filons de charbon et migre dans le massif rocheux. Lors du
creusement de la mine, la pression de confinement dans le massif baisse, le méthane
diffuse dans les fissures, qui s’élargissent, et s’échappe dans la mine ou dans l’atmos-
phère. Le relâchement des pressions de confinement peut aussi être provoqué par
l’action de la tectonique (par exemple au Chili dans la zone de subduction). Le
méthane sort par les puits de ventilation : de grandes quantités d’air sont introduites
dans la mine pour maintenir le méthane à un taux inférieur à 0,5 %. Malgré le faible
taux de méthane, les quantités relâchées sont importantes. Pour éviter la diffusion
du méthane, des forages sont réalisés dans le massif afin de drainer le méthane. En
Europe, ce méthane drainé est très généralement utilisé comme combustible. Aux
États-Unis, le méthane est plutôt relâché dans l’atmosphère. Les Britanniques ont
évalué que 40 % du méthane est relâché après avoir quitté la mine, par désorption
durant l’ensemble du processus industriel.
89
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Il n’y a que très peu de mesures permettant de chiffrer les émissions. Globalement,
il n’y a pas de mesures pour les mines à ciel ouvert. Dans les mines, les mesures sont
orientées vers la sécurité et non vers la réduction des émissions Or, l’usage du char-
bon est croissant et va continuer à croître longtemps car c’est le combustible fossile
avec les plus grosses réserves et le mieux réparti entre les continents. Il jouera dura-
blement un rôle majeur dans le paysage énergétique planétaire. La consommation
mondiale de charbon a atteint 7 900 millions de tonnes en 2015. La croissance de la
consommation a diminué ces trois dernières années (5,4 % en 2011, 3 % en 2013,
0,4 % en 2014, stable en 2015) sans doute du fait du ralentissement économique
en Asie.
La consommation de la Chine qui représente environ 50 % de la consomma-
tion mondiale s’est stabilisée tandis que la consommation de l’Inde et de l’Indo-
nésie continue d’augmenter. La consommation aux États-Unis a diminué du fait
de la concurrence des gaz de schiste, mais l’extraction est stable et est destinée à
l’exportation.
Globalement, l’émission des mines de charbon de la planète représenterait de l’ordre
de 36 Tg CH4/an, soit 6 % du total des émissions. Elle a probablement augmenté
depuis dix ans, mais le manque d’information sur l’exploitation du charbon dans
certains pays émergents rend difficile la réduction des incertitudes.
Il existe en Chine, mais aussi probablement ailleurs, des niveaux de charbon dans le
sol qui s’enflamment naturellement (foudre…), sans être liés à une exploitation de
ce charbon. Les émissions correspondantes sont probablement majoritairement du
CO2, mais comme la combustion est vraisemblablement incomplète, par manque
d’oxygène, il doit aussi y avoir du CH4…
90
7. Le méthane
91
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
des technologies pas encore totalement matures conduisent à des fuites de méthane
supérieures à celles du gaz conventionnel.
92
7. Le méthane
Figure 7.3
Répartition du pergélisol aux hautes latitudes nord (source NASA)
(les zones de pergélisol proprement dites sont en magenta)
93
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
94
8
Méthane : les puits
et les solutions
d’atténuation
95
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Les sols contiennent des microorganismes qui peuvent soit produire du méthane
(méthanogénèse), soit en consommer (méthanotrophie) et le transformer en com-
posés organiques secondaires (dont le CO2). La part relative de ces deux transfor-
mations dépend au premier ordre de la teneur en eau du sol. Dans un sol saturé
en eau (zones humides, rizières), c’est la méthanogénèse qui l’emporte. Lorsque les
matières organiques se décomposent dans les sols submergés ou détrempés, l’eau
limite la circulation d’oxygène, ce qui permet l’apparition de zones anoxiques et
provoque la libération de méthane. Que ce soit dans les forêts, les prairies ou les
cultures, la clé du système est bien la teneur en eau du sol et, secondairement, sa
température.
Contrairement aux zones humides et aux rizières qui émettent des quantités
importantes de méthane, les sols en moyenne sont considérés comme des puits
de méthane, soit qu’ils oxydent en CO2 le méthane produit dans une couche infé-
rieure, diminuant ainsi l’émission de méthane, soit qu’ils réagissent avec le méthane
atmosphérique et l’absorbent.
Cependant, l’usage des sols peut avoir un fort impact sur le comportement du sol
lui-même, qui peut agir comme puits ou comme émetteur. Le fait de transformer
une forêt en zone agricole tend à augmenter la concentration en azote qui inhibe
l’oxydation du méthane dans le sol, réduit le puits du méthane et peut même favo-
riser son émission. Ces changements sont non symétriques : transformer une terre
arable en forêt ou en prairie permet de stocker 25 tonnes de carbone par hectare
en 100 ans ; transformer une prairie en sol arable déstocke 25 tonnes par hectare
en 100 ans, transformer une forêt en sol arable c’est environ 30 tonnes par hectare
et par an qui est déstocké. Une bonne part de ce déstockage se fait par émission de
méthane.
Comme déjà évoqué dans le cas des rizières, le drainage des sols a aussi un fort
impact sur le comportement des sols.
Le méthane est également détruit dans les sols sous l’action de bactéries méthano-
trophes (20-30 tonnes de méthane par ha et par an… C’est énorme comparé aux
25 tonnes de déstockage en 100 ans cités plus haut !). Enfin, une perte par réaction
avec le chlore dans la couche limite marine et dans les eaux superficielles des océans
est suspectée, mais encore relativement incertaine. Les estimations du puits total
planétaire de méthane varient entre 480 et 610 Tg/an.
Par l’action du zooplancton et du phytoplancton, le carbone organique apporté par
le délavage des sols organiques et par le plancton mort, les feuilles et les branches
est piégé dans les sédiments où se préparent les hydrocarbures du futur. La masse
organique contenue dans les sédiments lacustres serait ainsi supérieure à la masse
organique de la totalité des forêts. Dans les forêts, le sol est fréquemment un puits
de méthane car les racines, par leur aspiration, rabattent la nappe et désaturent le
sol superficiel, ce qui est favorable au développement de bactéries méthanotrophes
et à l’oxygénation du sol. Par contre, lors des périodes de pluies ou de crues, le sol
se sature, les bactéries méthanogènes se développent et le sol émet du méthane.
Si l’épaisseur d’eau augmente, le méthane n’est plus émis en totalité car tout ou
partie du méthane produit est oxydé au cours de sa remontée vers la surface.
96
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
L’atmosphère (94 %)
Le méthane est détruit dans l’atmosphère par plusieurs processus. Le principal puits
de CH4 est dû à sa réaction avec le radical hydroxyle OH dans la troposphère (450-
550 Tg/an) et dans la stratosphère (10-50 Tg/an) pour former du CO2. Ce puits
détruit 90 % du méthane émis chaque année. La quantité de radical OH dans
l’atmosphère détermine sa capacité oxydante ; Ce radical est connu pour être l’agent
nettoyant de la basse atmosphère et plus précisément de ses polluants gazeux (CO,
NOx et les différents composés organiques volatils).
OH est essentiellement produit par photolyse de l’ozone puis par réaction de l’oxy-
gène atomique produit dans un état excité avec la vapeur d’eau. La concentration
moyenne globale du radical OH dans la troposphère est de 106 molécules/cm3, avec
des fluctuations de plusieurs ordres de grandeurs autour de cette valeur moyenne
à cause du rayonnement disponible, de l’ozone, de la vapeur d’eau, des composés
carbonés, du rapport NOx/CO… On trouve les plus fortes concentrations du radi-
cal OH dans la troposphère tropicale le jour en été, et les plus faibles aux hautes
latitudes la nuit en hiver. Le méthane est ainsi détruit aux altitudes moyennes de la
troposphère, entre les deux tropiques. S’il est possible de mesurer directement les
concentrations d’OH, la représentativité de ces observations reste très faible à cause
de la courte durée de vie de OH (de l’ordre d’une seconde).
Pourtant, la connaissance d’OH est essentielle pour équilibrer les cycles de nom-
breux gaz de l’atmosphère, dont le méthane. L’utilisation de composés dont on
connaît bien les émissions et qui n’ont qu’une seule réaction de destruction avec
OH (comme le méthyl-chloroforme, MCF, CH3CCl3) permet de déterminer les
concentrations du radical OH et leurs évolutions à grande échelle. L’utilisation de
modèles de chimie atmosphérique permet de calculer les concentrations du radical
OH qui est au cœur des chaînes réactionnelles de l’atmosphère. Ces deux approches
sont complémentaires et s’accordent assez bien pour représenter la variabilité inte-
rannuelle de OH (< 5 %) pour les années 2000, mais pas pour les décennies précé-
dentes pour lesquelles la méthode utilisant le MCF surestime la variabilité de OH
à cause d’une trop grande sensibilité aux émissions de MCF. La valeur moyenne
de OH est encore incertaine (connue à ±30 %), difficile à atteindre au regard de la
courte durée de vie de ce radical.
Il semble qu’OH ait augmenté de 60 % au cours du dernier siècle. Les prévisions
pour le futur, dans un climat plus chaud et plus humide, devraient conduire à une
croissance des concentrations de OH. L’évolution de la concentration de méthane
dépendra des sources et des puits qui, l’un comme l’autre, dépendent du change-
ment climatique, mais les différents modèles conduisent plutôt à une diminution de
la durée de vie du méthane au cours du xxie siècle.
97
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
98
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
Figure 8.1 Variation de la concentration du CH4 pendant l’Holocène (au centre, en noir ;
GRIP est relatif au Groenland tandis que D47 et BYRD sont relatifs à l’Antarc-
tique), ainsi que du gradient interpolaire (en bas, selon deux études), et (en
haut) des rapports isotopiques D/H (en bleu) et 13C/12C (en rouge). D’après
Chappellaz et al. (1997), Brook et al., (1999), et Sowers (2010).
99
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
100
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
Zones humides
La manière dont les émissions des zones humides vont répondre au changement cli-
matique futur résultera à la fois des changements dans l’étendue des zones humides,
qui dépend de l’effet combiné des changements de température et de précipitation,
et de l’augmentation de température, qui sera plus importante dans les hautes lati-
tudes. Le dégel du pergélisol peut venir modifier l’étendue des zones humides, cet
aspect des processus étant discuté plus loin. On peut aussi souligner que le dépôt
d’espèces soufrées peut avoir un impact sur les émissions de méthane car certaines
bactéries ont une forte affinité avec l’hydrogène et l’acétate, deux éléments néces-
saires à la méthanogénèse. Le dépôt d’espèces soufrées correspond à ce qu’on appelle
en langage courant les pluies acides qui peuvent être d’origines anthropiques ou
volcaniques. On pense donc que les pluies acides générées par l’utilisation de com-
bustibles fossiles (charbon et pétrole principalement contenant du soufre) ont causé
une réduction des émissions de CH4 dans les zones humides où ces dépôts ont eu
lieu. Dans un futur plus ou moins rapproché, les dépôts acides vont sans doute
diminuer dans les régions du globe où elles ne diminuent pas déjà, en raison des
politiques d’amélioration de la qualité de l’air, ce qui impliquera alors une augmen-
tation probable des émissions de méthane.
Diverses études ont estimé l’augmentation des émissions de méthane due au change-
ment climatique à partir de modèles de climat couplés à une représentation simpli-
fiée des zones humides et des émissions de méthane qui y sont associées. Des études
montrent une augmentation des émissions de 10 à 35 % par °C de réchauffement.
Cette rétroaction ajoute une augmentation supplémentaire de température pour la
fin du xxie siècle qui varie de 1 à 8 % selon les modèles et les scénarios considérés.
101
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Pergélisol continental
Les quantités de carbone stockées dans les régions de pergélisol atteignent
1672 Gt C, répartis entre 277 Gt C pour les tourbières gelées, 407 Gt C dans la
yedoma sibérienne, 747 Gt C dans les autres sols et 241 Gt C dans les sédiments
alluviaux des grands deltas. Cette estimation inclut le carbone qui se trouve sous le
pergélisol. Il est remarquable que certains pergélisols datent de plus de 700 000 ans,
ce qui implique que le pergélisol a survécu à plusieurs cycles glaciaire-interglaciaires,
y compris à des périodes prolongées plus chaudes que le climat actuel, comme le
dernier interglaciaire il y a 125 000 ans. Les processus qui peuvent déstabiliser et
dégeler le pergélisol peuvent être graduels, comme un approfondissement de la
couche active (On appelle couche active la région du sol qui gèle et dégèle avec le
cycle saisonnier de température) et la formation de taliks (Les taliks sont des couches
de sol intermédiaires toujours décongelées, mais situées entre du pergélisol perma-
nent en dessous et une couche active au-dessus).
Ils peuvent aussi être plus soudains, comme le thermokarst (Le thermokarst désigne
le processus d’effondrement du sol quand il y a dégel d’une grande quantité de
glace, qui peut donner lieu à la formation de lacs, mais aussi à la vidange de lacs
existants).
Ils peuvent enfin être la conséquence des feux… La question reste néanmoins posée
de l’évolution du pergélisol dans des climats plus chauds, comme dans ceux atten-
dus si le réchauffement climatique atteint des températures bien supérieures à celles
prévues aujourd’hui.
L’approfondissement de la couche active peut résulter d’un dégel plus long et plus
intense pendant l’été et d’un regel plus court et moins intense pendant l’hiver. Ce
processus est modulé par une éventuelle augmentation de l’humidité du sol qui
conduit à une augmentation de la capacité thermique du sol, mais aussi à une aug-
mentation de sa conductivité thermique et donc du couplage avec l’atmosphère. Les
autres processus à considérer sont l’augmentation de la couverture neigeuse qui isole
le sol et l’empêche de regeler, la croissance de la végétation qui modifie l’humidité
du sol de manière différente selon les types de végétation (arbustes ou mousses) et le
dégagement de chaleur qui provient de la décomposition bactérienne de la matière
organique. Le réchauffement peut conduire à des zones de taliks8. Les taliks sont
le siège de décomposition de la matière organique et de production de CH4. Au
final, c’est l’humidité du sol et la fraction de pergélisol dégelé inondé qui sont les
paramètres clés déterminants, selon que la décomposition du carbone contenu dans
le pergélisol aura lieu de manière aérobie (production de CO2) ou anaérobie (pro-
duction de CH4). Si le méthane diffuse dans le sol jusqu’à un niveau où l’oxygène
est présent, il peut y être oxydé par les bactéries méthanotrophes avant d’atteindre
l’atmosphère. Néanmoins, s’il est produit en grande quantité, le méthane peut aussi
s’échapper sous forme de bulles. Une situation de sécheresse peut aussi déclencher
8. Le talik est une couche non gelée, même en hiver à l’intérieur, au-dessus ou au-dessous d’une
zone de pergélisol. Exemple : le dessous du lit d’une rivière.
102
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
des feux qui émettent à la fois du CO2 et des quantités appréciables de CH4, mais
conduisent à diminuer le stock de carbone susceptible d’émettre du méthane par
la suite.
Au final, il est donc très difficile de quantifier la quantité de méthane qui proviendra
du dégel du pergélisol. Seules quelques études ont cherché à établir des estimations
globales.
103
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
au fond de l’océan qui entrerait dans l’atmosphère suite à une déstabilisation. Elle
dépendra essentiellement de la capacité du filtre bactérien à l’interface eau-sédiment
et de la colonne d’eau à oxyder rapidement ce méthane pour le rendre au cycle du
carbone océanique.
9. Le pouvoir de réchauffement global à 100 ans pour le méthane a été estimé à 21 dans le second
rapport d’évaluation du Giec (valeur utilisée par le protocole de Kyoto et dans le système européen
d’échange de permis d’émissions), puis réévalué par le Giec à 23 dans le troisième rapport d’éva-
luation et à 25 dans le quatrième rapport d’évaluation (Forster et al., 2007).
104
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
estime que 50 Mkm2 sont menacés de désertification. Cela conduirait à une dimi-
nution des émissions de méthane. La sécheresse en Asie est l’une des explications
retenues pour expliquer la décroissance de la concentration en méthane de l’atmos-
phère après 2000. Cette explication laisse entendre qu’un épisode de sécheresse dans
une région du monde modifierait les émissions de méthane d’un ordre de grandeur
équivalant à la variation des émissions anthropiques.
En matière de forêts, de nombreuses recherches montrent que « le déboisement
entraîne généralement la perte presque totale de la biomasse et une perte de carbone
du sol de 40 à 50 % en l’espace de quelques décennies, dont la moitié se produit
en moins de 5 ans, sous forme d’émissions de CO2 (et/ou de méthane). Dans le
cas de déboisement suivi par la mise en place d’une prairie, les études isotopiques
de carbone montrent le remplacement relativement rapide de la réserve de carbone
originelle de la forêt par des composés du carbone dérivés de la prairie. Avec le boi-
sement, le carbone de la surface du sol et le carbone du sous-sol augmentent, mais
lentement, selon le taux de croissance des arbres »10.
La plupart des études relatives à l’évaluation des changements de stocks de car-
bone dans les sols ne discutent pas des conséquences sur le méthane. La forêt a des
comportements très variés selon le niveau de la nappe, plus ou moins profonde, et
même selon la submersion sur plusieurs mètres de profondeur, durant les épisodes
pluvieux ou les crues, comme s’est par exemple le cas pour l’Amazone et l’Ienisseï.
Malgré le manque de mesures, il est très vraisemblable qu’une forêt sèche est un
puits de méthane et qu’une forêt humide est émettrice de méthane.
Des mesures atmosphériques au-dessus des grandes zones forestières de la planète, et
selon les épisodes secs et humides, seraient donc d’un grand intérêt pour tenter de
prévoir l’évolution du comportement « méthane » des forêts.
Dans les zones de culture, le comportement « méthane » des sols dépend des pra-
tiques culturales utilisées. L’étude de la FAO déjà citée indique qu’un labour pro-
fond peut diminuer la teneur en carbone organique de 10 à 30 %. La tendance
aujourd’hui est de diminuer les profondeurs de labour, ou de ne plus labourer.
Notons toutefois que ce choix n’est pas dicté par le souci de diminuer les émissions
de méthane, mais pour améliorer l’efficacité du travail de la terre. En France, l’IRD
(Institut de recherche pour le développement) et le CIRAD mènent de nombreuses
recherches dans ces domaines, à Madagascar, au Brésil, au Laos, au Kenya, etc. Ces
études comparent non seulement le labour traditionnel, plus ou moins profond,
mais aussi la jachère traditionnelle et la culture par semis direct sur couverture végé-
tale (permanente ou avec écobuage). L’érosion des sols est souvent le premier pro-
blème à résoudre. Cependant, la question du stock de carbone et la question « puits
ou source de méthane » devraient être partie intégrante de ces recherches.
10. « La séquestration du carbone dans le sol », FAO, Arrouays et Pelissier, 1994, Neil et al., 1998.
105
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
106
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
Figure 8.3 Exemple de culture de riz en terrasse noyées en gravitaire lors des pluies
(photo B. Tardieu)
11. Par exemple, l’impact d’un système de culture à base de riz pluvial et de semis direct sur cou-
verture végétale avec référence particulière aux effets sur la production de riz. La photo est prise
à Sumatra (Indonésie).
107
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Dans les pays émergents en particulier, des crédits « carbone » peuvent être attri-
bués dans le cadre des mécanismes de développement propre (Clean Development
Mechanisms – CDM) pour l’élimination de ces décharges (Figure 8.4).
Figure 8.4 Sur la rive du fleuve Ikoupa à Antananarivo (Madagascar) (photo B. Tardieu)
108
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
Le gaz naturel
Le gaz naturel est constitué essentiellement de méthane. Par conséquent, toutes les
fuites, purges et tous les dégazages libèrent du méthane.
Une bonne partie de ce gaz émis pourrait ne pas l’être. Aujourd’hui, l’incitation
à ne pas perdre ce gaz est faible puisque son coût est en grande partie associé à
son coût de transport. Une perte de gaz près du puits n’a pas beaucoup de valeur
109
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
économique. Éviter cette fuite n’est donc pas rentable si l’on ne donne pas une
valeur (négative) au gaz émis dans l’atmosphère.
Comme pour le charbon, mais de manière probablement moins coûteuse, on devra
recourir à des mesures réglementaires internationales pour inciter les producteurs à
la vertu climatique. Il faudra ensuite faire appliquer ces règlements.
Le pétrole
Le GGFR (Global Gas Flaring Reduction12) a lancé des projets de réduction du
torchage dans huit pays et la majorité des partenaires du GGFR ont approuvé une
norme mondiale pour la réduction des gaz torchés. Le partenariat offre son assis-
tance à l’Algérie, au Cameroun, à la Guinée équatoriale, au Kazakhstan, au Nigeria
et au Qatar afin de leur permettre d’atteindre un niveau d’émission nul ou minime
d’ici certaines dates butoirs.
Entre 2005 et 2012, les quantités de méthane torchées ont diminué de 20 % pour
l’ensemble de la planète. L’objectif de la Banque mondiale est d’éliminer le torchage
de routine en 2030.
Le premier moyen de réduire le torchage du gaz naturel est de ne pas le produire, en
améliorant les conditions de gestion, au cas par cas ; ces conditions sont fréquem-
ment associées à l’écoulement diphasique des hydrocarbures :
• à Farmington (Nouveau-Mexique), sur un puits à gaz présentant une quantité
variable de condensats, une meilleure gestion a permis d’éviter les mises à l’air
ou mises à la torche intempestives par un meilleur pilotage des surpressions ;
• sur le site de Kokdumalak (Ouzbekistan) un meilleur pilotage du débit d’huile
a permis de réduire la quantité de gaz associé extraite, améliorant ainsi le pour-
centage de récupération et la durée de vie du puits.
C’est le volume et la composition du gaz associé qui vont orienter son emploi. Si le
gaz est disponible en grandes quantités, il va justifier financièrement d’installer une
usine de purification et un gazoduc, éventuellement en cumulant la production de
plusieurs puits voisins.
Si les quantités de gaz associé sont insuffisantes pour le vendre, on peut envisager
les emplois suivants :
• réinjection dans le gisement : cette méthode est classiquement utilisée dans le
cadre de la récupération assistée du pétrole ; elle permet de maintenir une pres-
sion de fond plus élevée, et donc d’améliorer le pourcentage de récupération du
pétrole — ce qui rend l’opération rentable ; cependant, si le gaz est acide (pré-
sence de CO2 ou d’H2S), il exige des matériels et canalisations résistants à la cor-
rosion. Du point de vue de l’exploitant, ce gaz n’est pas perdu : il est simplement
stocké et reste disponible à l’exploitation quand le puits aura épuisé son liquide ;
12. Partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés (création à Johannesburg, 2002).
110
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
• génération d’énergie in situ : le gaz non traité alimente une turbine génératrice
d’électricité pour les besoins du site de production ;
• craquage du gaz naturel pour production de méthanol : cette méthode aboutit à
un produit de grande consommation facile à transporter, mais exige des unités
de craquage de petite taille, encore rares.
111
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
112
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
Conclusions
L’exploitation de l’énergie fossile est associée à l’émission de méthane dans l’atmos-
phère. La quantité de méthane émis augmente rapidement avec l’augmentation de
la consommation. Nous devons nous préparer à une vie décarbonée, mais pour les
prochaines décennies, c’est encore l’augmentation de la consommation de combus-
tibles fossiles qui dominera la tendance. Si cette exploitation émet inévitablement
du CO2, les émissions de méthane ne sont ni nécessaires ni mêmes utiles. Elles sont
en grande partie évitables à un coût parfaitement compatible avec les économies de
ces combustibles. Il est évident que c’est en priorité dans ces domaines qu’il faut
faire porter les efforts. Certains industriels soucieux de leur responsabilité et de leur
réputation le font déjà en grande partie. Établir des règles communes et les faire
respecter va dans le sens de l’équité et de la solidarité planétaire.
La question des zones humides et, plus globalement des sols, est de première impor-
tance et représente un grand enjeu. Les variations des émissions de méthane au
cours des siècles ont été fortes et le plus souvent associées aux variations du cli-
mat qu’elles ont pu amplifier. Il s’agit là de rétroactions difficiles à contrôler, et il
convient donc d’éviter autant que faire se peut de « lancer la machine » ! Dans cet
esprit, et bien que ce soient les zones tropicales qui émettent actuellement le plus de
méthane, les zones boréales sont à suivre avec beaucoup attention et de prudence,
car il convient là encore d’éviter de « lancer la machine » par des mesures d’exploi-
tation du méthane stocké (pergélisols et clathrates marins).
D’une façon générale, le rôle du méthane comme gaz à effet de serre est très impor-
tant et doit être davantage pris en compte, mais son coefficient d’équivalence avec
le CO2 est très dépendant de l’échelle de temps à laquelle on se place. Un horizon
temporel de 100 ans a été choisi comme norme dans le cadre du protocole de Kyoto.
À cet égard, le fait de changer sans précaution ce coefficient d’équivalence pour
pouvoir parler, notamment au niveau des négociations internationales, de tonnes
équivalent CO2, modifierait fortement l’équilibre des politiques comparées des dif-
férents pays ayant ratifié le protocole de Kyoto et pourrait s’avérer contre-productif.
113
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
114
8. Méthane : les puits et les solutions d’atténuation
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115
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
116
9
La géo-ingénierie
du climat
(Olivier Boucher et Jean-Claude André)
Au-delà des méthodes d’atténuation et d’adaptation qui sont discutées dans le cadre
de la lutte contre le changement climatique, et qui ont été abordées en détail dans ce
qui précède, la géo-ingénierie tient une place particulière en ce sens que ses actions
délibérées concernent le plus souvent l’échelle globale. La géo-ingénierie rassemble
des propositions où, très souvent, la technologie est un point de passage obligé,
même si elle laisse la place aussi à des pratiques (par exemple culturales) avec relati-
vement peu de technologie13.
La géo-ingénierie, dont certaines propositions ne vont pas sans poser d’importants
problèmes scientifiques, technologiques et éthiques, se distingue de l’atténuation
et de l’adaptation, même si les frontières peuvent parfois rester un peu vagues
(figure 9.1). Il est à noter que la géo-ingénierie n’a pas été abordée lors des débats
de la COP21 ni, bien sûr, mentionnée dans l’accord de Paris. Il n’en reste pas moins
que les débats que la géo-ingénierie suscite depuis plusieurs années, tant dans la
littérature scientifique que dans la grande presse, justifie d’en traiter ici.
13. Ce chapitre s’appuie largement sur le rapport de synthèse et les conclusions de l’atelier de
réflexion prospective « Réflexion autour de la géo-ingénierie de l’environnement » financé par
l’ANR (Boucher et al., 2014b ; de Guillebon et al., 2014).
117
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Contexte
On peut identifier deux « âges d’or » de la géo-ingénierie dans la littérature scienti-
fique : i) la guerre froide, pendant laquelle la géo-ingénierie est envisagée comme une
opportunité, belligérante ou positiviste (voir les travaux du Russe Mikhaïl Ivanovitch
Boudyko Михаил Иванович Будыко (Mikhaïl Ivanovitch Boudyko) à l’heure où
l’Homme réalise l’impact qu’il peut avoir sur le climat (cf. l’« hiver nucléaire ») ; ii) la
période en cours, débutant au milieu des années 2000, au moment où se multiplient
les difficultés à maintenir les émissions de gaz à effet de serre (GES) à un niveau
qui garantirait un réchauffement climatique global moyen inférieur à 2 °C (avec en
particulier l’article de P. Crutzen en 2006). Il est d’ailleurs intéressant de noter ici
que le fait que l’accord de Paris plaide pour se rapprocher autant que possible d’un
réchauffement global de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle signifierait pour
certains, de façon « subliminale », un recours à la géo-ingénierie.
On distingue parmi les propositions deux grandes catégories de méthodes de géo-
ingénierie : SRM (pour “Solar Radiation Management, gestion du rayonnement
solaire) et CDR (pour “Carbon Dioxide Removal”, techniques de captation du
dioxyde de carbone). Plusieurs auteurs ont néanmoins appelé à plus de granularité
dans la définition du concept, car il existe un spectre de technologies aux consé-
quences, aux risques et à l’acceptabilité très variables (figure 9.2).
Figure 9.1 Nouvelle classification (en violet) des techniques de géo-ingénierie du cli-
mat dans le contexte des réponses possibles au changement climatique.
Les carrés représentent les techniques ou pratiques qui sont généralement
classifiées comme relevant de la géo-ingénierie du climat, alors que les
cercles représentent les autres approches. Les exemples en orange incluent
(i) le développement des énergies renouvelables, (ii) l’utilisation de la bio-
masse comme source d’énergie couplée au captage du CO2, (iii) la fertilisa-
tion des océans par des nutriments comme le fer, (iv) l’injection d’aérosols
stratosphériques, et (v) le blanchiment des toitures. Adapté de Boucher
et al. (2014a).
118
9. La géo-ingénierie du climat
119
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
14. Keith (2013) mentionne un coût de 1 $ pour déposer 1 kg d’aérosols dans la stratosphère,
soit sur cette base 10 G$ pour injecter les 10 Mt d’aérosols correspondant à une éruption majeure
comme celle du Pinatubo.
120
9. La géo-ingénierie du climat
121
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
• le stockage de carbone dans les sols via un « bio-charbon » obtenu par pyrolyse
de la biomasse cultivée. Il s’agit de fait d’une variante des méthodes précédentes.
La durée de stockage de tels bio-charbons n’est toutefois pas connue de façon
très précise ;
• l’extraction via la biosphère marine. Certaines zones océaniques pourraient en
effet voir leur richesse en phytoplancton être augmentée par apport de fertili-
sants, tels le fer. Ce surplus de productivité primaire, s’il parvient à être capté ou
exporté dans les sédiments, agit alors comme un nouveau puits de dioxyde de
carbone atmosphérique. Des expériences de tels enrichissements océaniques ont
été menées, avec toutefois des résultats très variables : la chaîne « phytoplancton
– zooplancton – animaux supérieurs » est en effet très complexe, et de nombreux
effets secondaires ne peuvent être maîtrisés dans l’état actuel des connaissances de
biologie marine. Ces expériences font actuellement l’objet d’un quasi-moratoire ;
• l’extraction géologique en faisant réagir le CO2 atmosphérique sur des roches.
Il faut compenser la faible réactivité chimique de ces roches par leur broyage en
quantités importantes. De plus, il faut neutraliser le CO2 capté ou accepter une
modification de la composition chimique de l’océan si le carbone est stocké sous
forme de carbonates ;
• la captation atmosphérique par des voies chimiques. Si les technologies sont
identifiées (adsorption sur des solides, absorption par des solutions plus ou
moins alcalines (CaO, NaOH… — avec ou sans catalyseur…), la forte dilution
du dioxyde de carbone atmosphérique rend néanmoins cette méthode peu effi-
cace, en dehors évidemment de la captation à la source sur les sites émetteurs
(centrales, cimenteries, aciéries…). Ces technologies focalisent une certaine acti-
vité de recherches, en particulier à l’étranger, dans la mesure où i) elles pour-
raient bénéficier à d’autres procédés industriels liés au dioxyde de carbone et
ii) elles pourraient devenir économiquement viables dans des scénarios présen-
tant des ruptures technologiques importantes quant à la production d’énergie
décarbonée de bon marché.
Il est nécessaire de bien différencier les techniques appliquées à l’échelle d’un ter-
ritoire particulier de celles qui le sont de façon transterritoriale, avec des consé-
quences et des effets secondaires. Il est assez souvent difficile d’évaluer le potentiel
de certaines techniques ou technologies. Des problèmes de changement d’échelle
(scalabilité) se posent en termes de stockage géologique du CO2 et en termes éco-
nomiques, énergétiques, de recyclage des nutriments (méthodes biomasse) ou des
solvants (méthodes chimiques).
122
9. La géo-ingénierie du climat
123
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
124
9. La géo-ingénierie du climat
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125
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
126
10
La COP21 à Paris
(30 novembre - 12 décembre 2015)
127
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Puis on entre dans le hall qui abrite de très nombreux stands. La zone la plus impor-
tante pour les échanges et les votes est celle des salles de réunion nommées du nom des
fleuves français dont le Moroni en Guyane ou d’un numéro allant de 1 à 12. Les deux
salles de séances plénières nommées Seine et Loire sont un peu plus loin. La salle Loire
permet d’accueillir une nombreuse assistance en duplex quand la salle Seine est satu-
rée. La deuxième zone importante est la salle des pavillons par pays ou groupes de pays
qui contient de nombreuses salles de conférences pour des initiatives de chaque pays.
Il y a de nombreux lieux de travail, de restauration, des salles de presse, etc.
Figure 10.2 Des participants sud-américains (photo B. Tardieu)
Pour donner une idée du déroulement, les paragraphes suivants présentent la brève
réunion plénière du 9 décembre présidée par le ministre des affaires étrangères
Laurent Fabius, la mise au point d’un texte important, puis le vote des textes en
séance plénière et la participation à plusieurs conférences au pavillon de l’Afrique.
128
10. La COP21 à Paris
129
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Figure 10.4 La salle Loire durant une séance plénière (photo B. Tardieu)
15. El Niño signifie l’enfant (Jésus) car il nomme un phénomène qui survient toujours peu après
Noël sur la côte ouest de l’Amérique du Sud. À l’origine, cela correspondait à un courant sai-
sonnier chaud le long des côtes du Pérou ou du Chili, où l’eau est ordinairement froide (moins
de 15 °C l’été). Cela mettait fin à la saison de pêche. Le terme a été conservé pour nommer le
phénomène particulier qui se caractérise par des températures élevées de l’eau dans la partie est
de l’océan Pacifique Sud. Ce phénomène « oscillant » a un impact fort sur les pluies en Amérique
du Sud et en Afrique.
130
10. La COP21 à Paris
interaction dipolaire (disent les climatologues) avec l’océan Indien tout proche. Les
sept pays de la corne de l’Afrique réunis dans l’IGAD (Intergovernmental Authority on
Development) – Kenya, Somalie, Ouganda, Soudan nord et Soudan sud, Éthiopie –,
auxquels se sont ajoutés récemment le Burundi, le Rwanda et la Tanzanie au sein
de l’ICPAC (Igad Climate Prediction and application center) implanté à Nairobi,
sont tous concernés par ces problèmes de sécheresses et de fortes pluies. Les ora-
teurs insistent sur le manque d’observations et de mesures des sécheresses, l’absence
de gestion des données, la très faible capacité de détection précoce des périodes à
risques, la préparation de la gestion des catastrophes dans les différents secteurs éco-
nomiques et les mesures possibles d’adaptation. Malgré la grande instabilité de la
région, il existe des autorités intergouvernementales pour coordonner les différents
organismes qui s’occupent des phénomènes météorologiques. Les orateurs exposent
la grande variabilité des pluies et leur forte saisonnalité. L’augmentation de la popu-
lation, la modification de l’usage des sols, les migrations dues aux phénomènes de
guerre jouent un rôle majeur dans les difficultés des populations. Ce sont des freins
majeurs au développement économique. La COP et les réunions régionales Climat
permettent à ces onze pays de se rencontrer et d’élaborer des stratégies communes,
ce qui est exceptionnel dans une région où les gouvernements sont souvent affaiblis
par les conflits régionaux, les guerres.
Les conclusions techniques sont que le phénomène El Niño 2015 n’est pas aussi fort
dans la région que ce qui avait été parfois annoncé. L’amplitude est plus faible que ce
qu’elle avait été en 1991 et 1997, mais la saison n’est pas terminée. Les pluies ont un
impact positif sur les cultures et le remplissage des réservoirs, mais sont destructrices
lors s’il y a excès (précipitations ou débits). Comme on dit à Tombouctou, sur le
bord du Niger : « Ce que l’eau détruit, elle le rend au centuple ».
Dans tous ces débats, la résolution des problèmes immédiats l’emporte sur l’élabora-
tion de stratégies à long terme, mais les COP permettent ces rencontres et ces élabo-
rations communes. Les problèmes de paix et de migration font partie des questions
urgentes. Grâce aux MDP ou au fonds vert pour le climat, des financements pour-
ront être trouvés pour améliorer globalement la situation et les prévisions, diminuer
les vulnérabilités et améliorer la résilience collective. Le Fonds vert pour le climat
est un mécanisme de l’Organisation des Nations unies destiné à réaliser le transfert
de fonds des pays les plus avancés vers les pays les plus vulnérables aux effets des
changements climatiques.
Le 10 décembre, une conférence a abordé la question des zones humides en Afrique
et de l’élargissement des accords de Ramsar sur leur protection. Les zones humides
sont les châteaux d’eau de l’Afrique et leur importance est capitale ; par exemple, la
zone du Fouta Djalon, la boucle du Niger, la zone du lac Tchad, les plateaux éthio-
piens, le fleuve Congo et ses affluents, le plateau angolais et l’Okavango, etc. La
connaissance de ces zones humides et des nappes phréatiques associées est essentielle
pour anticiper le développement économique de l’Afrique, en prenant en compte
l’augmentation de la population et des consommations d’eau. De grands progrès
ont été accomplis dans l’évaluation de ces zones grâce à la précision croissante
des images satellitaires. Des exemples convaincants sont montrés au Maroc, sur le
131
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Loukkos. Mais, malgré cela, les orateurs insistent sur l’insuffisance du nombre des
observations et des mesures sur l’ensemble du continent africain, sur les contrôles de
fiabilité et sur les échanges interrégionaux. L’objectif est de fournir aux populations
un service de prévision à court et moyen termes pour leur permettre de s’adap-
ter, pour augmenter la résilience et pour déceler progressivement les tendances des
cycles hydriques. Plusieurs orateurs insistent sur la nécessité de la recherche pour
améliorer la compréhension des phénomènes et des mécanismes en jeu.
Au cours de ces journées, on a l’impression que les sujets urgents sont nombreux
et difficiles et qu’il faut y ajouter la projection dans le futur de phénomènes clima-
tiques mal connus localement et complexes. Dans le discours habituel de solidarité
avec les générations futures, ils nous appellent, nous les pays riches, à penser aussi
aux générations présentes dans les pays les moins avancés.
Pour changer de ton, dans le beau pavillon des États-Unis, moins luxueux cepen-
dant que le pavillon des pays arabes, un exposé est présenté par un représentant de
la NASA qui propose deux messages :
• à chaque fois que la communauté internationale s’est donnée pour objectif
de résoudre un problème collectif touchant au climat, elle a réussi. Il donne
l’exemple des oxydes d’azote et surtout de l’ozone dont le célèbre trou nous
préoccupait dans les années 1970. Cette question a fait l’objet d’un proto-
cole à Montréal qui a progressivement éliminé les gaz CFC de tous les usages.
L’évaluation faite en 2014 par la NASA, grâce à ses satellites témoigne de l’inver-
sion de la tendance avec un retour à l’état normal prévu vers 2100 ;
• les progrès de l’analyse par satellite permettent de modéliser les grands phéno-
mènes planétaires, incroyablement complexes, avec un contraste saisissant entre
les deux hémisphères. Ces analyses satellitaires pourront jouer un rôle, d’une
part, pour tester les modèles et pour y introduire des données et, d’autre part,
pour évaluer les émissions par régions et pour tester l’efficacité des politiques
énergétiques. À une question sur les analyses du méthane, il est répondu que le
sujet est très important, mais particulièrement difficile du fait de sa faible durée
de vie dans l’atmosphère et de la multiplicité des sources naturelles et anthro-
piques avec de fortes interactions.
Le pavillon européen, les pavillons des États-membres (notamment de la France
et de l’Allemagne) n’exposent pas beaucoup de messages, ni sur la politique éner-
gétique très volontariste de la Communauté européenne ni sur la loi relative à la
transition énergétique pour la croissance verte (17 Aout 2015) de transition verte
en France ou sur l’Energiewende16 en Allemagne. La France mentionne : « Nous
avons des solutions », mais ces solutions ne sont pas exposées sinon par des fiches. En
tant qu’Européen, on peut être déçu que la politique de l’UE ne soit pas explicitée.
L’objectif 20-20-20 ne se limite pas aux émissions de GES. Malgré le Green Paper
de 2013, les objectifs restent très orientés vers l’augmentation de la part d’énergies
renouvelables dans le mix électrique, ce qui n’est qu’une petite partie du problème.
132
10. La COP21 à Paris
Cette réunion présidée par Laurent Fabius débute finalement à 18 h et n’a duré que
10 minutes. Dans la grande salle « Seine » (figure 10.5) et en duplex dans la grande
salle « Loire », tous les pays et organismes représentés sont présents. Laurent Fabius
parle en français (les traductions simultanées sont faites en anglais, espagnol, russe,
arabe et japonais). Il évoque la longue nuit de travail : Une nouvelle version du projet
d’accord a été élaborée. Cette version réduit le texte de 43 pages à 29 pages, ce qui est une
bonne chose. Les trois quarts des points qui étaient entre crochets ont été résolus. Pour
quelques-uns de ces points, l’accord n’est pas encore atteint. Il reste des compromis et des
choix politiques à faire, avec l’aide des « facilitateurs ». Le texte reflète les compromis
naissants, avec une vision d’ensemble des progrès réalisés. Il faut maintenant se concen-
trer sur les questions qui restent ouvertes. Pour cela, il faut faire une cartographie de ces
points de manière à obtenir un accord « juridiquement contraignant, ambitieux, équi-
libré et durable ». Il reste notamment des questions sur l’analyse des pertes et dommages
et dans l’élaboration du cadre de transparence pour assurer le suivi des efforts. Rien n’est
agréé tant que tout n’est pas agréé.
Selon la tradition, la séance est fermée par un coup de maillet. Le texte dans son
état actuel est distribué en anglais. Les parties ont plusieurs heures pour se concerter. La
prochaine réunion a lieu à 20 heures. Les réactions sur le texte seront exprimées, puis les
parties se mettront au travail pour adopter le texte, avec pour boussole la nécessité d’un
compromis.
133
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
L’accord de Paris
Dans le document final de la Conférences des Parties, 21e session, Paris
30 novembre-11 décembre 2015 au point 4 b de l’ordre du jour figure l’adoption
de l’accord de Paris, proposition du Président, projet de décision -/CP.21 auquel est
annexé l’accord de Paris lui-même.
Le projet de décision
Il est court : 22 pages en français. Une introduction rappelle les raisons de cet
accord, c’est-à-dire « les changements climatiques sont un sujet de préoccupation pour
l’humanité tout entière ». Cette introduction donne comme objectif de « poursuivre
l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5° ». Est-ce ambitieux
ou optimiste ? En 2020 ou 2030, l’élévation de température sera en dessous de
+ 1,5 °C, mais l’accord permettant de prendre les dispositions qui permettent de
limiter l’élévation des températures à moins de 1,5 °C sera-t-il adopté ? Du point
de vue financier, il est dit que des mesures ambitieuses et précoces ont un effet
bénéfique sur la réduction importante du coût des efforts futurs d’atténuation et
d’adaptation.
Adoption
Le groupe de travail spécial de l’accord de Paris continue de jouer un rôle pour la
mise en vigueur de l’accord et pour différentes taches.
17. Ban Ki-moon est un diplomate et homme politique sud-coréen. Il est l’actuel secrétaire géné-
ral des Nations unies
134
10. La COP21 à Paris
Adaptation
Ce paragraphe concerne les pays en développement et le comité de l’adaptation. Il
invite l’ensemble des institutions financières internationales, régionales et nationales
à fournir des informations sur la manière dont leurs programmes d’aide au déve-
loppement incorporent des mesures de protection et de résilience aux changements
climatiques. Il demande de renforcer la coopération régionale et, au fonds vert pour
le climat, d’accélérer la fourniture de l’appui aux pays les moins avancés.
Pertes et préjudices
En 2016, on procédera à l’examen du mécanisme international de Varsovie relatif
aux pertes et préjudices liés aux incidences des changements climatiques. L’article
52 « convient que l’article 8 de l’accord ne peut donner lieu ni servir de fondement à
aucune responsabilité ni indemnisation ». Cela signifie que, si par exemple une mai-
son est détruite par un cyclone que son propriétaire estime provoqué au moins dans
son ampleur exceptionnelle par le changement climatique, il ne peut tenter une
action individuelle ou collective contre les compagnies qui extraient un combustible
fossile ou contre celles qui le brûlent. On comprend l’importance de cette clause
pour les industriels de ces secteurs. On peut être déçu que ceci leur retire toute res-
ponsabilité, en oubliant que c’est l’acheteur final, c’est-à-dire chacun de nous, qui
justifie toute la chaîne industrielle et économique. La responsabilité climatique est
135
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
globale. Les pays les moins avancés peuvent, à juste titre, s’estimer victimes, mais
c’est aux citoyens des pays riches d’assumer collectivement cette responsabilité.
Financement
Ce paragraphe est souvent conditionnel ou incitatif. L’article 59 « décide que le fonds
vert pour le climat et le fonds pour l’environnement mondial, le fonds pour les pays les
moins avancés, le fonds spécial pour les changements climatiques concourent à l’appli-
cation de l’accord ». Il est important d’éviter absolument que les fonds dits d’aides
publiques au développement (APD) ne soient détournés vers les fonds cités ci-des-
sus. Il s’agit bien d’un supplément de fonds destinés à l’adaptation au changement
climatique qui s’ajoute et renforce les fonds pour le développement durable.
136
10. La COP21 à Paris
137
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
138
10. La COP21 à Paris
Pour conclure
Cet accord est diplomatique : il se juge aux engagements acceptés par toutes les
parties. C’est là que le progrès est considérable, ainsi que dans l’enregistrement, le
contrôle et le suivi de ces engagements nationaux.
Il ne faut donc pas être surpris de n’y trouver aucune mention industrielle ou tech-
nologique. Les mots « charbon », « pétrole », « gaz » n’existent pas plus que les mots
« transports », « voitures », « avions », « nucléaire » ou « renouvelables ». Ces sujets,
c’est maintenant qu’il faut les aborder avec des objectifs précis en vue.
139
11
2016 : de la COP 21
à la COP 22
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Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
et souhaite donner une image positive de son action. C’est également le cas des
grandes entreprises internationales. C’est ce que les Anglo-Saxons nomment Name
and Shame, c’est-à-dire nommer et couvrir de honte, c’est ce que nous appelons le
« bonnet d’âne » : chaque pays est libre de prendre l’engagement qu’il décide, mais
tout le monde le sait. Si cet engagement est trop faible comparé à ce que font les
autres pays, ou trop explicitement égoïste, c’est la réprobation de sa propre popula-
tion et/ou de la population de la planète qui intervient et qui devrait jouer un rôle
de régulateur sur les engagements des différents pays. À l’inverse, un engagement
trop coûteux pour un pays pourrait être critiqué par la population du pays comme
correspondant à un effort disproportionné et non équilibré. C’est là que se situe le
basculement de cette COP21. Et c’est en même temps un tournant dans la gou-
vernance mondiale et une nouvelle évolution positive de ce que les spécialistes de
sciences politiques appellent le « système post-westphalien ».
Une révision des engagements nationaux aura lieu tous les 5 ans. Cette révision
devra ne pas proposer de recul dans les engagements des pays.
Il est clair que l’objectif proposé de 1,5 °C n’est pas accessible dans la configura-
tion actuelle de l’usage des combustibles fossiles. Pour l’instant, l’accord de Paris
n’appelle pas explicitement à élaborer une réelle rupture dans l’usage des ressources
énergétiques fossiles et aucune proposition n’est faite pour taxer les combustibles
fossiles à l’extraction ou à l’usage.
Les parties ont pris progressivement conscience qu’aucun accord n’est imaginable
sur la base d’objectifs chiffrés comme cela était proposé à Kyoto. Le choix du sys-
tème déclaratif est un progrès considérable car les données vont être de plus en
plus disponibles et accessibles, ce qui permet de sortir des postures et des effets
d’annonce. Les progrès technologiques vont permettre des mesures de plus en plus
précises des émissions de GES.
La COP22 à Marrakech avait pour mission de commencer à élaborer des règles
pour le suivi des engagements : mesures, contrôle, transparence, comité d’experts et
champions. Tous ces points sont fondamentaux.
Parmi les 195 pays, beaucoup manquent de moyens et de connaissances pour publier
leurs émissions. Le CO2 provenant de la combustion des combustibles fossiles est
relativement simple à évaluer sur la base des quantités de charbon et d’hydrocar-
bures solides, liquides et gazeux importés ou extraits du territoire et brûlés sur le
territoire. Actuellement, les combustibles fossiles extraits d’un territoire ne sont pas
comptabilisés à leur extraction, mais dans le lieu de la combustion. Pourtant, la très
grande majorité (hors chimie) de ce qui est extrait du sous-sol est finalement brûlé
et c’est bien l’extraction de combustible fossile qu’il faut progressivement arrêter
d’augmenter, puis réduire. L’accord de Paris, article 13-11, indique : « Pour les pays
en développement parties qui en ont besoin… le processus d’examen les aide à définir
leurs besoins en matière de renforcement de capacité (pour évaluer leurs émissions et les
projeter dans l’avenir) ».
Pour les autres gaz à effet de serre, et notamment le méthane, l’analyse est plus com-
plexe et n’est pas à la portée de tous les pays.
142
11. 2016 : de la COP 21 à la COP 22
143
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Figure 11.1 Émissions des États membres : limites en 2020 comparées à 2005
([Link])
Figure 11.2 Émissions de gaz à effet de serre par habitant en Europe en 2013
La France doit faire sensiblement le même effort que l’Allemagne bien que ses émis-
sions soient nettement plus faibles. C’est un choix délibéré du gouvernement fran-
çais. Pour l’instant, cet objectif militant n’est pas associé à une stratégie industrielle
144
11. 2016 : de la COP 21 à la COP 22
qui devrait lier cet effort au développement de forces industrielles nationales orien-
tées vers les marchés internationaux.
Du point de vue européen, cette répartition entre les États membres permet de
satisfaire l’objectif global de 10 %.
145
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
La COP22 à Marrakech
La COP22 s’est déroulée à Marrakech au Maroc du 7 novembre 2016 au
18 novembre 2016, sous la présidence de Salaheddine Mezouar, ministre des affaires
étrangères du Royaume.
La ministre de l’environnement Hakima El Haite avait annoncé par un discours
repris par la presse nationale que les trois priorités étaient :
• l’innovation en matière d’adaptation et d’atténuation, avec une focalisation sur
l’Afrique et l’agriculture ;
• le développement d’outils opérationnels ;
• le financement des pertes et préjudices.
L’organisation de la réunion était parfaite. La mobilisation nationale était impres-
sionnante. Mohammed VI, Roi du Maroc, a fait deux discours remarqués, il a créé
un prix pour le climat et le développement durable et provoqué la réunion des chefs
d’État africains le 16 novembre 2016, ce qui témoignent d’une évolution de la posi-
tion diplomatique du Maroc en Afrique.
La mobilisation de tous les médias a concerné non seulement le Maroc, mais
aussi toute l’Afrique et les pays du Sud. L’appel de Marrakech témoigne de cette
mobilisation.
Plus de 50 Présidents, Premiers ministres et vice-présidents et plus de 110 ministres
et chefs de délégations ont assisté à la COP22. Le principal organe de direction de
l’accord de Paris y a tenu sa première réunion.
La COP23 (2017) se tiendra à Bonn en Allemagne.
La rédaction du manuel d’opération de l’accord de Paris a progressé. Les pays se sont
engagés à l’achever en 2018. Il devrait permettre un renforcement de la transparence
146
11. 2016 : de la COP 21 à la COP 22
147
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
148
Annexe
149
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
Le GIEC a pour mission de faire la synthèse de ces recherches et des analyses effec-
tuées dans de nombreux domaines et d’établir des rapports pour en rendre compte.
Les travaux du GIEC sont partagés en trois groupes de travail (WG), une task force
et un task group. Les activités de chaque groupe de travail sont coordonnées et admi-
nistrées par l’unité de support technique (Technical Support Unit).
Le groupe de travail WG I traite des aspects physiques du système climatique et du
changement climatique, en particulier les changements du contenu de gaz à effet de
serre et d’aérosols dans l’atmosphère, les changements observés des températures de
l’air, des sols, des océans, de la pluviométrie, du volume des glaciers et des glaces,
des niveaux des océans et des mers, des approches historique et paléo-climatique,
de la biochimie, du cycle du carbone, des gaz, des aérosols, des analyses satellitaires,
des projections climatiques, des causes et attributions du changement climatique.
Le groupe de travail WG II traite de la vulnérabilité des systèmes socio-économiques
et naturels due au changement climatique, des conséquences négatives et positives
du changement climatique et des solutions d’adaptation. Il traite aussi des relations
entre la vulnérabilité, l’adaptation et le développement durable. Le travail est réalisé
par secteurs (ressources en eau, écosystème, alimentation et forêts, systèmes côtiers,
industrie, santé humaine) et par région (Afrique, Asie, Australie — Nouvelle-
Zélande, Europe, Amérique latine, Amérique du Nord, régions polaires, petites iles).
Le groupe de travail WG III traite des options d’atténuation du changement cli-
matique, en limitant ou en empêchant les émissions de gaz à effet de serre et en
développant des actions qui éliminent ces gaz de l’atmosphère, pour tous les secteurs
économiques, à court et à long terme. Ces travaux incluent l’énergie, le transport,
l’habitat, l’industrie, l’agriculture, la forêt, les déchets. Le groupe de travail analyse
les coûts et les bénéfices des différentes approches d’atténuation, en prenant en
compte les instruments et les politiques possibles. L’objectif est de proposer des
solutions.
La task force sur les inventaires nationaux des émissions de gaz à effet de serre déve-
loppe une méthodologie pour calculer et rendre compte des émissions nationales de
gaz à effet de serre et a établi une base de données des facteurs d’émission.
En 2014, le GIEC a parachevé son 5e rapport d’évaluation qui est constitué des
trois chapitres préparés par les trois groupes de travail, d’un rapport de synthèse et
d’un résumé à l’intention des décideurs. Ce résumé s’appelle « Summary for Policy
Makers », ce qui exprime son objectif de fournir un document relativement court
pour donner de l’information solide à ceux qui font la politique climatique dans les
gouvernements, les régions et les villes, mais aussi pour les grandes entreprises et
les ONG, les associations et les journalistes qui ont le rôle essentiel de faire savoir.
La contribution du WG I a été acceptée et approuvée en septembre 2013, et celles
des WG II et III en mars et avril 2014, respectivement. Le rapport de synthèse a été
examiné et adopté en novembre 2014.
À la différence des rapports précédents, le 5e rapport d’évaluation met davantage
l’accent sur l’évaluation des aspects socio-économiques du changement clima-
tique et ses répercussions sur le développement durable, ainsi que sur les aspects
150
Annexe. Les projections du Giec
151
Le Climat. Sciences, diplomatie et solidarité
• Glossaire
• Acronymes
• Contributors to the WGI Fifth Assessment Report
• Expert Reviewers of the WGI Fifth Assessment Report
La lecture de ce texte du Giec est difficile, non seulement du fait de l’extrême com-
plexité des sujets, mais aussi parce que le texte comprend de très nombreuses réfé-
rences (27 pages !) qui ralentissent la lecture sans qu’il soit possible de connaître leur
valeur relative. Cependant, le résumé pour décideur est lisible pour quelqu’un qui
a une bonne expérience de la modélisation mathématique en général. Le chapitre
FAQ est très clair.
« La complexité des modèles climatiques — la représentation des processus physiques
comme les nuages, les interactions superficielles, la représentation des cycles globaux
du carbone et des sulfures dans beaucoup de modèles — a augmenté substantiel-
lement depuis le premier rapport de 1990 et, en ce sens, les modèles du système
terre sont “largement” meilleurs que les modèles de cette époque. Les modèles de cli-
mat d’aujourd’hui sont, en principe, meilleurs que leurs prédécesseurs. Cependant,
chaque ajout augmente la complexité, si bien qu’en cherchant à améliorer tel aspect
du climat simulé, on introduit en même temps de nouvelles sources d’erreurs (par
exemple, par des paramètres incertains) et de nouvelles interactions entre les compo-
santes du modèle qui peuvent, probablement seulement temporairement, dégrader la
simulation d’autres aspects du système climatique » (traduction non officielle).
On ne peut être plus transparent et modeste.
Et ce chapitre conclut :
« Ainsi, oui, les modèles climatiques s’améliorent et nous pouvons le démontrer par
les performances quantitatives mesurées comparées à des observations historiques.
Bien que les projections du climat futur ne puissent pas être directement évaluées, les
modèles de climat sont largement fondés sur des principes physiques vérifiables et sont
capables de reproduire beaucoup d’aspects importants des réponses passées au forçage
externe. En ce sens, ils procurent une vision scientifiquement solide de la réponse du
climat aux différents scénarios de forçage anthropique ».
La figure A.1 suivante montre les progrès accomplis par les modèles.
Ces deux graphiques présentent la capacité des modèles à simuler la température
moyenne et les précipitations pour les trois phases du Coupled Model Intercomparison
Project notées CIMP 1, CIMP 2, CIMP 3. On voit la corrélation entre observations
et modèles. Les valeurs plus élevées indiquent une meilleure correspondance. Les
points noirs correspondent à des modèles différents, les gros points présentent la
valeur médiane. Le lecteur note immédiatement que les échelles verticales sont très
différentes. Les corrélations sont bien meilleures pour les températures que pour les
précipitations hydriques.
152
Annexe. Les projections du Giec
Figure A.1 Progrès accomplis par les modèles mathématiques qui analysent les mesures
de températures (en haut) et les mesures de précipitations hydriques (en bas)
153
L’évolution du climat nous concerne-t-elle vraiment ? On en a
parlé au moment de la COP 21, à Paris, puis le sujet a été mis
de côté. Ce thème éminemment politique est peu abordé par
ceux qui sont chargés de l’action politique. De ce fait, il nous
manque un récit collectif qu i permette à chacun et collective-
ment d’organiser notre façon d’envisager notre vie à l’échelon
de notre territoire, de notre pays, de notre planète en fonction
du climat. Ce livre a pour objectif de participer à l’élaboration
de ce récit collectif en partant de l’évolution depuis 1945 de
la stratégie énergétique de la France et de l’Europe puis de
la lente progression de la prise de conscience de la question
du climat entièrement nouvelle pour l’humanité.
Le sujet implique une progression considérable de nos
connaissances sur le fonctionnement vraiment complexe
de notre planète. Ces recherches coordonnées par le
Groupe d’Experts Internationaux sur l’évolution du climat
sont décrites. Ce livre aborde plus en détail quelque sujets
plus rarement traités comme l’élévation du niveau des mers,
l’évolution des ressources en eau, sujet de préoccupation
majeure pour beaucoup de pays, le méthane acteur en partie
naturel de l’effet de serre, la géo-ingénierie du climat, le coût
à attribuer au carbone émis.
Puis la Cop 21, la réunion de Paris, est racontée avec ses
aspects diplomatiques et pratiques et sa conclusion, premier
pas universel et menacé de solidarité planétaire.
[Link]
9 782759 821150
ISBN : 978-2-7598-2115-0