Chapitre 4 : l’invention du développement
Se fait dans un contexte de post-guerre, où « Les préoccupations politiques des grandes puissances
étaient donc accaparées par des événements qui modifiaient considérablement les relations
politiques européennes, faisant passer à l’arrière-plan les transformations qui avaient lieu au Sud.
Ces transformations étaient toutefois loin d’être…. C’est pourtant dans ce contexte, apparemment
peu favorable aux préoccupations extra-occidentales, que fut inventée la notion de « développement
».
Le « Point IV » du président Truman : émergence du sous-développement
- un fonctionnaire suggéra d’ajouter une extension aux nations défavorisées de l’aide
technique qui avait été jusqu’ici accordée à certains pays d’Amérique latine./ « même si
personne – pas même le président ni le secrétaire d’État – ne pouvait en dire plus que ce que
chacun avait lu
- le Point IV inaugure l’« ère du développement » et il est significatif que l’idée ait été
proclamée d’abord par un président américain
- « Il nous faut lancer un nouveau programme qui soit audacieux et qui mette les
avantages de notre avance scientifique et de notre progrès industriel au service de
l'amélioration et de la croissance des régions sous-développées. Plus de la moitié des
gens dans le monde vit dans des conditions voisines de la misère. Ils n'ont pas assez à
manger. Ils sont victimes de maladies. Leur pauvreté constitue un handicap et une
menace, tant pour eux que pour les régions les plus prospères. »
§6 : « de bonnes intentions qui semble se borner à souhaiter ce que l’on pourrait faire et qui, en tout
cas, ne prend aucun engagement. »
§7 : texte important car « où il synthétise un certain nombre d’idées qui, manifestement, étaient
conformes à l’esprit du temps ; il innove sur le plan conceptuel et propose une nouvelle manière de
concevoir les relations internationales. »
Une nouvelle vision du monde : le sous-développement
- Première fois qu’on utilise l’adj sous-développé -> à partir de là, on construira le substantif «
sous-développement ».
- « C’est cette innovation terminologique qui modifie le sens du mot « développement » en
introduisant un rapport inédit entre « développement » et « sous-développement cf §10
». => évolution sémantique
- Évolution dans les RI : sortir du rapport colonisé/colonisateur
- §12 : idée de rattraper l’écart car « L’état de « sous-développement » n’est donc pas
l’inverse du « développement », mais seulement sa forme encore inachevée »
- « chaque nation est considérée pour elle-même et son « développement » constitue très
largement un phénomène interne, autogénéré et autodynamique, même s’il peut être « aidé
» par des interventions extérieures »
- Regard déterministe : « x . Ce qui s’est passé en Europe entre le xviii e et le xix e siècle doit
donc se reproduire ailleurs. Non seulement on évacue les effets de la conquête, de la
colonisation, de la traite, du démantèlement de l’artisanat en Inde, de la déstructuration des
sociétés, etc., mais encore on fait comme si l’existence de pays industriels ne transformait
pas radicalement le contexte dans lequel évoluent les candidats à l’industrialisation ->
montre rapport inégalitaire » => on retrouve l’idéologie de l’égalité des chances et du self-
made-man
L’hégémonie états-unienne
Une nouvelle vision du monde qui servait les intérêts des EU :
- Permet de critiquer le système colonial pour que les EU aient accès à de nouveaux marchés +
« le « programme de développement » leur permettra de mettre en place un nouvel
impérialisme anticolonial. »
- Une solution qui prétend être la meilleure et seule possible car le développement =
développement du PIB ( = domination des EU) => la clé de la prospérité et du bonheur, c’est
la croissance de la production
Une structure paradigmatique nouvelle
L’idée que si les pays en situation de sous-dév « mobiliser les énergies, de produire plus, d’investir,
de se mettre au travail, d’intensifier les échanges » => peuvent sortir de la pauvreté /
« développement » comme unique solution aux problèmes de l’humanité »
Une vision // correspondait, sur le mode profane, à la vérité proclamée par l’Église. Mais cette
audience dépassait largement les États-Unis puisqu’elle reposait sur une croyance partagée non
seulement par le monde chrétien mais, d’une certaine manière, par tous les adhérents d’une religion
de salut ➔ permettant au discours du développement d’assurer une crédibilité
L’ère du développement
« Bien qu’elle serve d’abord les intérêts particuliers de la nation la plus puissante du monde, elle
feint de ne se préoccuper que du bien commun et présente le « développement » comme un
ensemble de mesures techniques (utilisation du savoir scientifique, croissance de la productivité,
intensification des échanges internationaux) et donc situées hors du débat politique ; ce qui
permettra d’en donner – selon les lieux et les moments – des interprétations conservatrices ou
révolutionnaires »
définissant le « sous-développement » comme un état de manque, plutôt que comme le résultat de
circonstances historiques -> la croissance et l’aide = apparaissent comme les seules solutions
mis en demeure de rechercher ainsi leur occidentalisation en profondeur au mépris de leurs propres
valeurs ; ils ne seront plus Africains, Latino-Américains ou Asiatiques (pour ne pas dire Bambaras,
Shona, Berbères, Quechuas, Aymaras, Balinais ou Mongols) mais simplement « sous-développés ».
Cette aide a été accepté par les états indépendants car une manière de profiter de l’aide « qui devait
conduire au « développement » ; pour ceux qui étaient colonisés, c’était une façon d’affirmer
l’égalité juridique qui leur était refusée » /-> conséquence de cela : « ils perdaient leur identité et
leur autonomie économique, parce que contraints de cheminer sur la « voie du développement »
tracée par d’autres qu’eux »
Le monde n’est plus un espace politique où il faut dév l’empire colonial mais le monde est devenu un
espace économique où il faut dév -> le développement passe par un impératif : la croissance du PIB
(// déf de 1964 de Perroux)
Chapitre 5 / La mise en place de la doctrine et des institutions internationales : élaboration de ces
nouveaux principes de coopération au « développement », tant par les pays du Tiers Monde que par
les organisations internationales, que sera consacré ce chapitre.
Guerre froide -> conséquences : constituer le Tiers-monde (en champ de bataille idéologique des
grandes puissances, permettant aux nouveaux États ou aux mouvements d’indépendance nationale
de bénéficier – parfois alternativement – du soutien de protecteurs influents) comme ONU bloqué
avec droit de veto, l’institution s’occupa de sujets plus consensuels comme le développement
Conférence de Bandoeng (1955)
Obj conférence : mettre en place une politique commune favorable au « développement » des pays
afro-asiatiques -> le début d’une revendication collective des pays du Tiers Monde dans le domaine
politique (décolonisation) et dans celui du « développement », et que la plupart des exigences qui y
furent formulées furent constamment reprises par les résolutions onusiennes et progressivement
acceptées.
Le développement », il est envisagé sous l’angle de la coopération économique -> , sur le fond, on
s’accorde à penser que le « développement » est une affaire essentiellement économique, qui passe
par la production et l’accumulation, fondées sur les investissements privés et sur l’aide extérieure cf
ex §11
Conséquence : la création d’un certain nombre d’institutions ou de lignes politiques nouvelles
Deux éléments : le nouvel ordre économique international
- Tentative d’une affirmation d’une autonomie face aux aides extérieures (prémices rapport
sud-sud)/l’affirmation d’une volonté commune des pays du Sud de se démarquer des
grandes puissances qui cherchaient à imposer leur loi
- Élaboration commune pour le pétrole (or noir)
Nuance de la revendication révolutionnaire : influencée par le discours américain cf §14
RELIRE §16
Les nouvelles institutions internationales de « développement »
mettre en place une série d’institutions tout entières consacrées à la promotion du « développement
» + après Truman dév assistance technique aux pays du sud
Chapitre 6 :
Influence de Rostow
Une philosophie de l’histoire
Le modèle de dév de Rostow s’appuie sur les observations faites dans les pays industrialisés
- Il s’agit là d’un effet de démonstration qui s’exerce à partir des sociétés les plus avancées et
qui amorce ou accélère la désintégration des sociétés traditionnelles, lesquelles cèdent « la
place à des sociétés modernes rattachées par des liens de filiation directe à l’ancienne
civilisation »
- Discours proche de la justification de Leroy par la colonisation : le développement mené par
les pays du nord se justifient par une envie de booster les pays du nord
- « l’ère de la consommation de masse », caractérisée par le fordisme américain » -> on voit
que le modèle tend à tendre vers la figure d’une image américaine
Critiques du modèle de Rostow :
- « À partir d’une situation contemporaine définie comme « modernité », la tentation est
grande d’identifier des valeurs ou des comportements que l’on considère comme les
conditions préalables de la modernisation et de confondre ainsi la cause et la conséquence.
Par exemple, l’individualisme est-il antérieur à la recherche du profit maximal ou est-ce la
nécessité d’accumuler qui détermine des conduites égoïstes ? L’esprit d’entreprise précède-
t-il l’industrialisation ou est-ce plutôt la possibilité de gains industriels qui suscite les
entrepreneurs ? Puisque, dans la pratique, les deux moments sont inextricablement liés, il
paraît bien hasardeux de distinguer entre ce qui va devant et ce qui suit, comme le fait
Rostow .
- on risque toujours de ne retenir que ce qui est valorisé aujourd’hui et d’oublier ce qui a été
perdu au cours du processus (oublié les savoirs faire anciens etc) + accroître le choix peut
être préjudiciable (ex voiture -> pollution)
Anticommunisme ou marxisme sans Marx ?
théorie de Rostow est politique : montre que la Russie est à la perte car se dévie de la thoérie du
modenrisme « Parvenue à la maturité, l’URSS devrait « logiquement » entrer dans l’ère de la
consommation, à laquelle aspire sa population, mais elle se fourvoie en cherchant à imposer le
communisme, ce qui l’entraîne à investir de manière ruineuse dans la course aux armements à
laquelle elle consacre 20 % de son PIB, à entretenir un État policier et à contraindre ses citoyens à
une austérité qui ressemble à la paupérisation que Marx prédisait aux travailleurs des pays
capitalistes. »
une théorie proche de marx :
- il agit comme Marx : transpose le succès dans les pays indus du Nord aux pays du Sud
- « Comme Marx , Rostow envisage une « fin de l’histoire » aussi idyllique que la société sans
classes, associée au dépérissement de l’État et à la répartition des richesses selon le principe
« à chacun selon ses besoins » car, écrit-il, « la fin de tout ceci ne sera pas l’intérêt composé
pour l’éternité ; il reste la grande aventure de trouver ce que l’homme pourra faire et fera,
une fois qu’il sera libéré de la pénurie »
- => vision évolutionniste qui repose sur le mythe occidental
Il nie l’histoire du passé :
- « Pour Rostow , chaque pays est semblable à un autre » et donc l’évolution des pays passent
nécessairement pas les étapes qu’il a énoncé => « dire que la modernisation n’est,
finalement, qu’une forme d’occidentalisation »/ les pays du Tiers-Monde reprochent qu’on
ne leur ai pas donné assez de moyens pour qu’ils s’occidentalisent
- « Mais ces transformations ne se font pas partout dans le même sens, ni au même rythme. Si
la modernisation gagne ici ou là du terrain dans certaines classes dirigeantes de certains
pays, le phénomène est loin d’être généralisable et l’on assiste plutôt à une « hybridation du
développement », accepté en tant que produit de consommation et ignoré lorsqu’il devrait
susciter un accroissement de la production. Alors que Rostow envisageait l’universelle
substitution de la modernité à la tradition, on constate aujourd’hui l’émergence d’un
syncrétisme qui produit des sociétés totalement différentes de celles qui les ont précédées,
et l’apparition de populations entières, certes modernisées, mais non point modernes. »
- Ce qui fait que la théorie de Rostow marche = car semble possible (car on le fait sur le mythe
occidental) -> « La foi en l’extension au monde tout entier de l’ère de la consommation de
masse. »
Les voix dissidentes des étapes de la croissance
Chapitre 7
Critique des EU et du modèle capitaliste => hégémonie du monde captiliste et des EU dans les RI
Pour se dév = sortir de ce modèle par une révolution des pays du sud
Les dependentistas latino-américains
Critique du libre-échange : « À cette époque, la doctrine dominante – qui d’ailleurs n’a guère varié –
faisait reposer le « développement » des pays non industriels sur trois piliers : les transferts massifs
de capitaux, notamment d’origine privée, l’exportation des matières premières et le libre jeu du
marché dans le cadre de la théorie des avantages comparatifs censés profiter à tous les échangistes »
-> critiquent car « es études de la CEPAL font apparaître des décalages entre ces principes et les
situations historiques concrètes. Ainsi, le libre-échange (et la théorie des avantages comparatifs) est
favorable aux pays industrialisés parce que les structures des économies développées sont
différentes de celles des économies dominées, ce qui conduit à un échange inégal ; par ailleurs, sur la
longue durée, les termes de l’échange se détériorent pour les pays du Sud ; cet ensemble de
caractéristiques permet de construire les relations sur le schéma centre-périphérie »
Encourager intervention de l’état : « Cette critique du commerce international était également…. Par
conséquent, il ne faut pas spécialiser la périphérie dans son rôle d’exportateur de matières
premières, mais y développer une certaine forme d’industrialisation par substitution des
importations, quitte à faire appel au capital étranger ; il faut viser à un regroupement économique
régional ; enfin, il faut que l’État joue un rôle pour prévenir les inégalités : il doit notamment engager
la réforme agraire et veiller à une meilleure répartition des investissements
Rq : relations centre-périphérique car une dépendance économique des pays périphériques à l’égard
du capitalisme central
§13 : réactions politiques face à ces propositions perçues comme négatives
§14 : école de la dépendance
Obj : montrer que les relations centre-périph a des implications sur la structure sociale
Montrer que la domination externe est relayée par une domination interne (celles des classes) :
- Les classes au pvr changent en fct de la structure de l’économie interne ex : économie
d’enclave dominée par le capital étranger, ou économie nationale dominée tantôt par les
latifundistes et le secteur d’exportation agricole, tantôt par la bourgeoisie industrielle, etc.
- Différentes classes qui st en concurrence -> l’état = rôle d’arbitre
- Idée que le nord se dév grâce aux échanges avec périphérie
Un nouveau paradigme mais des présupposés anciens
Critiques :
- Limite tt état est dépendant -> état du centre dépendant quand il envoie sa production (a
besoin de débouchés)
- La prospérité du centre peut être du a autre chose que l’exploitation de la périphérie
- On sait l’origine du sous dév (colonisation…-> historiques et structurels/dominaiton qui a fait
obstacle au dév) mais on sait tjrs pas ce qui permet le dév (car dit que sans ces obstacles
auraient poursui dév )
Source :
https://journals.openedition.org/lectures/11782#:~:text=Le%20d%C3%A9veloppement%20ne%20se
rait%20qu,prouv%C3%A9%2C%20ou%20remis%20en%20question.
https://www.monde-diplomatique.fr/1997/06/PEREZ_VITORIA/4775
https://www.erudit.org/fr/revues/ei/1998-v29-n2-ei3073/703915ar.pdf
Sur la partie lecture critique : montrer l’importance historique/ que le développement ne découle
pas comme ca
II/ La lecture critique
La première édition de l’ouvrage de Rist date de 2007. Une période où se cristallise dans le monde du
développement, une approche de plus en plus critique de ce dernier. Gilbert Rist s’inscrit dans cette
veine.
D’une part, il souhaite montrer l’absence de durabilité de ce développement, qu’il présente avant
tout comme un modèle dessiné par les occidentaux. En effet, Rist est attaché
En outre, par le regard de Rist, il paraît utile d’interroger l’efficacité du développement. Les mérites
qui lui sont accolés sont relativisés dans l’ouvrage. Notamment en pointant la participation du
développement dans le renforcement des inégalités. Il montre que le développement s’inscrit dans
des relations de domination. Et c’est en partie ce qui peut rendre appréciable l’approche historique.
Elle invite à questionner les limites du développement dans des relations internationales , dont
l’économie notamment, sont héritées du rapport colonial.
Il « L'auteur en fait une présentation aussi précise qu'efficace et utile en soumettant les options
retenues à un appareil critique très performant. Il démontre l'absence totale d'imagination de ces
structures, l'incapacité à reformuler les enjeux en cours et parvient à convaincre le lecteur que ces
programmes constituent de véritables actes rituels. On regrettera ici que Gilbert Rist n'accorde pas
plus d'importance aux stratégies de ces organisations et de leur personnel alors même qu'il prend
bien soin d'indiquer que les comités d'experts ne se modifient guère et soulève des questions très
pertinentes. »
https://www.jstor.org/stable/43122024?seq=5#metadata_info_tab_contentshttps://www.jstor.org/
stable/43122024?seq=5#metadata_info_tab_contents
1) L’approche critique du développement
2) L’absence de références aux stratégies qu’on fait les organisations internationales face au
développement
I/ Résumé chapitres
Dans sa lecture du développement, Gilbert Rist adopte notamment une démarche historique. Il
présente le point de départ du développement par le discours prononcé par Truman en 1949. Le titre
de son chapitre 4 en est très éloquent sur ce point. Ce discours marque en effet l’emploi pour la
première fois de la notion de « sous-développement ».
- Faire I et II Rist matin
- DM dév 18h-20h
- TD DAB soir
- Finir ch 4 DAB matin
- Revoir DDS matin
- Ch 1 et 3 DIP matin/15h-17h
- Refaire exos DIP 17h-18h
- CM dév soir
- CM villes soir
Critique :
L’ouvrage de Gilbert Rist permet une approche critique du développement, notion faisant l’objet
d’un consensus, notamment auprès des états et institutions internationales.
Pour ce faire, Rist soumet l’idée de développement à une analyse historique et mobilise les différents
discours institutionnels et théories. Il les mobilise de manière chronologique, pour montrer
l’évolution du regard porté sur le développement. C’est pourquoi Rist part de l’Antiquité puis évoque
tour à tour, l’époque coloniale, le discours de Truman, la revendication du tiers-mondisme. Mais il
évoque aussi la remise en cause, récente, du développement avec les différentes théoriques à
différentes périodes, par exemple la doctrine de l’école de la dépendance.
Il interroge aussi le contexte. En prenant comme émergence le discours prononcé par le président
américain Truman en 1949, l’auteur est soucieux de montrer que les « origines du développement
sont inscrites dans les gènes de nos sociétés occidentales » (Nelson Michaud, 1998). L’étude de
textes institutionnels participant à la notion est présente dans les chapitres que nous venons de
résumer. Ce qui permet d’illustrer que le développement est regardé comme un discours porté par
les sociétés occidentales. Un discours pas neutre car entouré de motivations politiques. A l’instar de
l’évolution sémantique découlant du point IV du discours de Truman, souhaitée par les États-Unis
pour étendre leur hégémonie.
En empruntant les voies critiques, il remet en question des éléments vus comme positif. Tel que le
développement durable. Alors que ce nouveau paradigme de la fin du 20ème siècle, qui a pour finalité
à ce que le développement et l’environnement « deviennent indissociables dans le discours
politique » est a priori vertueux, Rist, se montre « sans concession » à l’égard du développement
durable (Muriel RAMBOUR, 2009). Dans le chapitre 10, l'auteur présente la notion de
développement durable comme quasi oxymorique. Le développement fondée sur l’accumulation de
richesses ne peut être regardé comme durable. Bien que cela s’inscrit dans des réflexions
modernistes, Rist montre que ce dernier contribue à la diffusion du capitalisme. Comme le fut le
développement au début du 20ème siècle, le développement durable s’inscrit dans le discours
servant aux intérêts des occidentaux et légitimant leur pratique.
En outre, nous notons que Rist a choisi de ne pas se limiter à regarder le développement comme un
phénomène qui ne concerne que les pays du Suds. En évoquant la volonté d’établir de nouveaux
paradigmes, tel que le développement durable à son chapitre 10, le développement concerne aussi
des pays dits du Nords, bien que développés.
Vers ses derniers chapitres, il tire de son analyse que le développement n’existe pas, que c’est un
mythe et se maintien par une croyance très établie tant dans les pays dits du Nords que ceux du
Suds. A l’instar du chapitre 12 qui présente le développement comme « une réalité virtuelle » et
énonce en substance que chaque société a besoin de croyances. Dès lors, cela fait émerger une
réflexion sur cet après-développement. Or, le développement est une croyance ancrée dans les
sociétés tant occidentales que les pays dit du Suds. Rist soutient alors la nécessité de mettre en place
un nouveau paradigme. En effet, il questionne la durabilité de ce développement. La croissance,
regardée comme la solution pour permettre le développement, rencontre l’obstacle de la
disponibilité des ressources sur terre. Il remet en cause des notions en s’attachant à leurs
conséquences. Ce regard sur l’efficacité de la croyance, qui est une démarche singulière tant la
notion est acceptée. Par exemple, Rist se questionne sur la pertinence des catégories économiques
(pays développés, sous-développés). Il s’agit pour lui d’entretenir l’indépendance et la pauvreté ,
ainsi que « briser le couple nature/société » (Muriel RAMBOUR, 2009). En outre, contrairement au
discours que porte le développement, Rist montre que ce paradigme donne lieu à l’accroissement
des inégalités. D’où les réflexions sur l’après-développement dans sa conclusion.
Certes l’on peut évoquer quelques failles dans le raisonnement de Rist. Nous pouvons lui reprocher,
en faisant référence aux différentes théories et discours politiques, de conduire à une énumération
qui se fait sans de mise en relation entre eux. Nous avons du mal à faire ressortir une critique
uniforme, du moins pas avec une seule grille de lecture. C’est un effort du lecteur pour déterminer le
lien entre les deux. Puisque l’on ne peut pas mettre sur le même plan l’approche du développement
tel que ressortant après le rapport du Brundtland et l’école de la dépendance. Il en est alors plus
confus d’en ressortir une critique précise. Mais en réalité tout cela est mineur car Rist a réussi à nous
faire adopter un regard plus critique du développement. Une autre critique peut être soulevée. C’est
que dès lors que le développement doit être remis en cause, il faut réussir à établir que « l’après
développement serait meilleur or ce n’est pas ce qui ressort de son conclusif.
I/ Résumé
Dans le chapitre 4, Rist aborde l’émergence du développement. Il est vrai que dans les chapitres
précédents, il s’est attaché à montrer que le développement ne peut être regardé comme purement
contemporain. Il a évoqué les civilisations antiques et la colonisation comme prémices, mais c’est le
discours de Truman qui marque son émergence. Plus précisément son point IV. Discours portant sur
le développement et l’idée que le progrès des sociétés occidentales doit bénéficier aux pays en
difficulté. Dans un autre temps, apparaît alors l’idée de sous-développement. Gilbert Rist énonce les
conséquences d’une telle évolution sémantique. Cela conduit sortir d’un vocabulaire propre aux
conséquences coloniales, c’est-à-dire une évolution dans les relations internationales. En outre, la
notion de « sous-développement » fait naître un espoir qu’un rattrapage est possible au regard de
réalités observées dans des pays industrialisés. En outre, le développement conduit une nouvelle
vision du monde dans les relations internationales. Vision du monde qui permet aux États-Unis de
développer une hégémonie dans un mouvement de rejet des empires coloniaux. D’autant que l’on le
développement est lié à la croissance économique avec un renforcement du PIB, domaine sur lequel
les États-Unis demeurent dominants. Ce chapitre montre l’évolution du monde où on comprend que
l’enjeu du n’est plus d’aborder l’espace comme politique. L’objectif est le développement par la
croissance du PIB. Dès lors que les pays sous-développés ne sont pas définis par leur passif historique
mais appréhendés comme « des états de manque », la réponse ne peut qu’être la croissance et
l’aide.
Dans le chapitre 5, toujours de manière chronologique sur l’élaboration du développement, il parle
de l’émergence des organisations internationales et de la mise en place de la doctrine. Dans le
contexte de guerre froide le développement est appréhendé principalement d’un point de vue
économique. Gilbert Rist présente ce nouvel acteur, qu’est le Tiers-Monde. Qui a nécessairement ce
ressort politique, puisqu’il souhaite ne s’incliner à aucun des deux blocs de la guerre froide. Le
développement est regardé sous l’angle d’« une coopération économique ». Rist insistant sur la place
des pays du tiers-monde, évoque leur affirmation sur le devant de la scène internationale. Ces pays
croient et revendiquent notamment un nouvel ordre économique international, où ils entendent
peser dans les échanges économiques. Aborder alors le développement en établissant une
coopération économique emporte comme conséquence, l’apparition d’institutions consacrées à ce
développement et renforcer l’assistance envers les pays du Sud.
Dans le chapitre 6, il est présenté l’un des modèles du développement, celui de Rostow et l’auteur en
rappelle son influence dans l’histoire. Mais Gilbert Rist tient à montrer que Rostow a travaillé à partir
d’observations des pays industrialisés en niant les particularités des pays dits du Suds. Rostow est
présenté comme tenant une théorie de la modernisation du développement, car son observation
porte sur les situations contemporaines, or cela est critiquable. Outre l’aspect déterministe, il tente
de nier de ce qui a été perdu du fait du processus de développement. En soulevant l’approche par
certains aspects marxistes chez Rostow, Rist montre que les libéraux et les marxistes ont tous deux
participés à la diffusion de cette vision du développement. Rist rapproche Rostow et Marx
notamment car ils veulent aboutir à une société sans classe. Mais Rist n’en nie pour autant pas
l’aspect libéral de Rostow par la finalité capitaliste de son modèle, le développement serait
d’atteindre ce niveau de consommation de masse porté dans les sociétés occidentales.
Dans le chapitre 7, Gilbert Rist fait appel aux approches théoriques qui ont critiqué cette conception
du développement. Dans un premier temps, il évoque le néo marxisme aux États-Unis où des
auteurs s’interrogent sur les relations internationales entre les pays industrialisés du Nord et ceux du
Sud. Dans ce contexte, Rist évoque l’école de la dépendance. Un mouvement qui montre que les
rapports entre les Nords et les Suds, sont définis par la diffusion du modèle capitalisme et
l’hégémonie des États-Unis. Se développe une critique sur le libre échange qui est source de rapports
inégaux et détériorent les échanges entre les pays du Sud. Cela aboutit à un rapport centre-
périphérie avec une dépendance économique des périphéries au « capitalisme central ». L’école de
la dépendance prime une plus grande autonomie en passant par la réduction du rôle exportateur des
périphéries et par la mise en place d’une industrialisation par substitution. Cela est nécessaire car le
rapport de domination fait obstacle au développement. C’est aussi la place de l’Etat qui est intérrogé,
car il doit retrouver ses fonctions légitimes et jouer un rôle dans le développement du pays, tel qu’en
veillant à la répartition des investissements pour réduire les inégalités et pousser aux réformes
agraires. L’école de la dépendance, qui a suscité des oppositions chez les politiques, visent à montrer
que les rapports de domination entre pays industrialisés et pays du Sud impactent la structure
sociale à l’intérieure des pays “sous-développés”. La domination externe donne lieu à une
domination interne s’accompagnant des différentes classes, d’une inégalité... Mais Rist en présente
aussi ses limites. Une approche déterministe pour éclairer sur l’origine du sous-développement, mais
on ne sait pas ce que l’établi.
Dans le chapitre 8, Rist évoque le cas de la Tanzanie. Espace qui, face au constat que le
développement n’apporte pas de solutions effectives, prône l’autonomie, l’idée de compter sur soi
avec ses propres ressources. La déclaration d’Arusha fut adoptée par le TANU le 5 février 1967 . Une
déclaration qui montre que la Tanzanie adopte un paradigme différent que celui dominant dans les
discours et représentations du développement. Une volonté d’établir le bien-être de la population,
mais pas en s’appuyant sur une dynamique capitaliste, c’est-à-dire en ne mettant pas l’accent sur
l’idée de progrès économique (industrialisation, classes économiques…). La Tanzanie tente de sortir
de ses difficultés en se fondant sur des principes contraires que sont notamment la self-reliance
(autonomie sociale). Il s’agit d’un produit découlant de la logique de l’école de la dépendance. La
déclaration « décrie une voie de développement » à l’opposé du mythe occidental car rejette la
domination, le capitalisme. La clé du développement ne serait pas la production de richesses mais un
confort humain, permettre le développement de l’Homme. Mais la tentative d’application de ce
principe du self-reliance semble montrer qu’il est difficile à établir. D’une part, il se heurte à la
volonté d’hommes politiques attachés à leur profit privé. D’autre part, l’autonomie complète est
difficile car il n’y a pas une exclusion de l’aide au développement. La Tanzanie a connu une politique
d’aide au développement de l’extérieure importante. Rist souhaite mettre en lumière ce qui
singularise la sefl-reliance par rapport au modèle de développement dominant. Même si Rist en cite
aussi ses limites comme la différence de capacité de mettre en place la self-reliance selon les
ressources disponibles, dans le conclusif du chapitre il montre que il s’agit d’une réponse pour les
pays ne souhaitant pas se soumettre à un déplacement tel qu'ancré chez les acteurs du marché
international.
III/ - A partir de la lecture critique de Rist pensez-vous qu’il y ait une science du « développement » ?
Gilbert Rist sous-titre son livre, l’histoire d’une croyance occidentale. Le postulat de Rist est de ne pas
appréhender le développement comme une science mais plutôt comme un mythe occidental.
Une croyance ne peut être confondue à la science. En effet, la croyance en appelle à l’adhésion sans
que celle-ci repose sur une certitude objective. A contrario des sciences, qui tentent d’établir, à partir
d’un travail d’observations etde calculs, des vérités reposant sur une certitude objective et vérifiée
(LAROUSSE). Il y a lieu de s’intéresser à comment le développement ressort avant tout comme une
croyance chez Rist.
Gilbert Rist prend comme point d’émergence du développement un discours, où l’intérêt de
l’hégémonie américaine prend le pas. Son succès est lié à ce que le développement, tel que
ressortant de la construction des occidentaux, s’inscrit dans un mouvement messianique. Rist en fait
lui-même référence et le justifie. Le développement est un discours qui génère un espoir. Un espoir
reposant sur une croyance occidentale. Celle de considérer que le bien-être est avant tout de nature
matérielle et que ce bien-être est atteignable. En effet, la croissance est présentée comme la clé du
développement. L’usage du sémantique est important. L’apparition de la notion de « sous-
développés » conduit à laisser espérer que les états qui sont dits sous-développés peuvent changer,
évoluer. Mais surtout de voir ce changement comme un changement pouvant être provoquer en
adoptant des comportements favorisant la croissance, au sens économique du terme.
Nécessairement cela génère un espoir pour les pays du Suds. A fortiori quand ce discours est porté
par de nombreux acteurs, tant dans les Nords que les Suds. Organisations internationales, doctrines
et ONG, au fil du temps, eux aussi participent à ce mouvement messianique. Par exemple la théorie
de Rostow. La finalité de son modèle théorique est d’atteindre ce niveau de consommation de
masse. Mais cela atteint les pays du Sud. La revendication d’un nouvel ordre économique mondial
c’est aussi permettre une croissance , regardée comme source de développement. Donc face à ce
discours porteur d’espoir, nous comprenons pourquoi Gilbert Rist fait cette comparaison entre la
croyance des religieux et la croyance des “fidèles” du développement.
Pour fonder ce discours, les occidentaux ont développer une croyance en ce que le progrès
économique permet d’atteindre développement, un stade permettant le bonheur. Or, cette croyance
est une lecture déterministe de leur histoire. Le développement occulte des réalités historiques qui
pourraient remettre en cause la pertinence du développement sous ce paradigme. Rien ne garantit
que ce qui a marché dans les pays du Nord, marchent dans des pays qui ont hérités d’une économie
coloniale.
Le développement d’une croyance sert toujours une finalité. La croyance que développent les fidèles,
au sens religieux du terme, permet de légitimer le respect aux usages des religions. La croyance en ce
que le bonheur trouve sa réponse dans le bien-être matériel permet de légitimer des comportements
et participer à la diffusion du modèle capitalise des pays occidentaux. Il n’a pas été tenter de trouver
des solutions à des inégalités mais de former une notion par un discours politique qui disait qu’il
suffisait d’appliquer les outils que proposent les pays anciennement industrialisés. En réalité cela
participe à l’entretient des rapports de dépendance.
Dès lors que le développement est une croyance, il est placé dans une « vérité sacrée » mais qui ne
peut faire l’objet d’une vérification. Participant à ne pouvoir lire le développement comme une
science. Sa remise en question n’en est que plus difficile puisque dépourvue d’une base objective qui
occulte les réalités. On ne voit pas que cela participe à entretenir une dépendance des Nords vers les
Suds, accroît les inégalités et conduit à une destruction de la nature. Le développement permet de
montrer que les sociétés ont un besoin fort en croire que la solution pour atteindre le bonheur est à
portée de main.
Donc, le développement est un modèle normatif prescriptif et non analytique. Ce que devrait être
une société développée, c’est celle qui tend vers la croissance et le bonheur de ses populations.
C’est ce que soutient et a ancré les sociétés occidentales dans leur imaginaire en occultant la réalité.
C’est pourquoi l’appréhension critique de certains auteurs à l’instar de Rist, permet de se détacher
d’une croyance qui ne peut être remise en cause par nature, pour en montrer les réelles incidences
du développement.
Bibliographie :
- Michaud, N. (1998). Compte rendu de [Gilbert RIST. Le développement. Histoire d'une
croyance occidentale. Paris, Presses de Sciences po., coll. Références inédites, 1996, 426 p.,
bibliogr. index.] Anthropologie et Sociétés, 22(1), 208–210.
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- Muriel RAMBOURD, Revue française de science politique, Vol. 59, n° 1 (FÉVRIER 2009), p.
134-138 (5 pages)