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Fiche Contentieux Administratif Annee 2023

Le document présente le cours de contentieux administratif pour le Master 1 en Droit Public à l'Université Gaston Berger, dirigé par le Pr Amadou KAH. Il aborde les missions de l'État, les recours disponibles pour les administrés, ainsi que les spécificités et procédures du contentieux administratif au Sénégal, notamment les réformes récentes de la Cour Suprême. Une bibliographie et un planning des séances de travaux dirigés sont également fournis.

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Fiche Contentieux Administratif Annee 2023

Le document présente le cours de contentieux administratif pour le Master 1 en Droit Public à l'Université Gaston Berger, dirigé par le Pr Amadou KAH. Il aborde les missions de l'État, les recours disponibles pour les administrés, ainsi que les spécificités et procédures du contentieux administratif au Sénégal, notamment les réformes récentes de la Cour Suprême. Une bibliographie et un planning des séances de travaux dirigés sont également fournis.

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Année académique 2021/2022

Chargé du cours : Pr Amadou KAH


Assistants : Dr Yaya NIANG
M. Ousmane Mané KANE

UFR DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES


SECTION DROIT PUBLIC

Contentieux administratif
Master 1 Droit Public
Semestre 1

I. / - NOTE INTRODUCTIVE

L’État, de par ses moyens humains et matériels qui constituent son


administration, centrale, déconcentrée ou décentralisée, a pour mission principale la
poursuite de l’intérêt général, dans le respect des droits du citoyen. Ces droits sont
garantis dans un État de droit où l’Administration est soumise au contrôle de légalité.
Au Sénégal, ce contrôle est exercé par la Cour Suprême créée, dans sa formule
« amputée »1, par la loi organique 2008-35 du 07 aout 2008, abrogée et remplacée
par celle n° 2017-09 du 17 janvier 2017. L’ensemble des règles applicables au
règlement des litiges suscités par l’action administrative constituent le contentieux
administratif.
Les administrés disposent essentiellement de deux types de recours pour faire
valoir leurs droits objectifs et subjectifs : le recours en annulation ou recours pour
excès de pouvoirs, et le recours de plein contentieux ou de pleine juridiction. Mais
au Sénégal, une particularité mérite d’être soulevée : celle d’une organisation judicaire
marquée par une unité juridictionnelle, dont le contentieux est dual. Cette
particularité tient aussi à l’application des règles du Code de Procédure Civile qui,
marquent à la fois la spécificité de la procédure administrative sénégalaise,
mais également sa lourdeur et sa complexité.

1
Par rapport à la Cour Suprême de 1960 qui avait la plénitude de compétences, cette nouvelle Cour Suprême voit
lui échapper le contentieux confié au Conseil constitutionnel, et celui propre à la Cour des comptes.
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De plus, la nouvelle loi organique sur la Cour Suprême a pris en compte des
orientations qui s’articulent, pour l’essentiel, autour des objectifs de maîtrise des délais
de traitement des affaires, de simplification des procédures et d’utilisation plus
rationnelle des ressources humaines. Dans cette perspective, une procédure accélérée
est aménagée pour permettre à la Cour de statuer à bref délai chaque fois que la
nature de l’affaire le justifie, en particulier pour prononcer des décisions
d’irrecevabilité, de déchéance, de non-lieu ou pour donner acte d’un désistement. Le
référé administratif est ainsi institué. Nous apprécierons la place de cette
« célérité » dans la procédure contentieuse de l’action administrative au Sénégal.
Si au cours d’un procès la question de la validité des actes administratifs se
pose, les juridictions sont compétentes pour l’interprétation c’est-à-dire donner un sens
à l’acte en question, ou pour l’appréciation de la validité de ces actes administratifs. Il
s’agit des recours en appréciation de légalité et en interprétation.
Les voies de recours spéciales seront aussi examinées. Ces voies de recours
sont dites spéciales par rapport à l’appel et à la cassation. Les situations dans lesquelles
elles peuvent être empruntées sont strictement délimitées, de sorte que leur mise en
œuvre est peu fréquente. Parmi ces voies de recours, certaines sont susceptibles
d’aboutir au remplacement du jugement contesté par un jugement présentant tous les
attributs d’une décision juridictionnelle, tandis que d’autres ne peuvent donner lieu
qu’à un jugement aux effets juridiques limités. Ce sont les voies de réformation et
de rétractation.
En fin, un intérêt particulier sera accordé à l’exécution des décisions
juridictionnelles qui a longtemps été le talon d’Achille de la justice administrative.
On notera également une autre particularité. Il s’agit de l’absence d’un pouvoir
d’injonction des autorités juridictionnelles sur celles administratives provenant de
l’autolimitation du juge administratif fondée sur l’idée que la puissance publique ne
pouvait recevoir d’injonctions des autorités judiciaires.
Telle est l’économie des différentes séances qui nous permettront de passer en
revue les notions, principes et particularités du contentieux administratif sénégalais.

II. BIBLIOGRAPHIE

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1. Références textuelles indicatives :
- loi organique n° 2017-09 du 17 janvier 2017 abrogeant et remplaçant la loi
organique 2008-35 du 07 aout 2008 portant création de la Cour Suprême du
Sénégal, modifiée ;
- loi n°2014-26 du 03 novembre 2014 abrogeant et remplaçant la loi 84-19 du
02 février 1984 fixant l’organisation judiciaire, JORS n° 6818 du 10 novembre
2014 ;
- loi n°2013-10 du 28 décembre 2013 portant Code général des Collectivités
territoriales, JORS n°6768 du 28 décembre 2013 ;
- loi n°65-51 du 19 juillet 1965 portant Code des Obligations de l’Administration,
modifiée ;
- ;
- loi n°2006-16 du 30 juin 2006 modifiant la loi n°65-61 du 19 juillet 1965 portant
Code des Obligations de l’Administration;
- loi n° 2021-21 du 02 mars 2021 fixant les règles d’applicabilité des lois, des
actes administratifs à caractère réglementaire et des actes administratifs à
caractère individuel ;
- loi n°2021-23 du 02 mars 2021 relative aux contrats de partenariat public-privé
- décret n°64-572 du 30 juillet 1964 portant Code de Procédure Civile,
modifié par le décret n° 2013-1071 du 06 aout 2013
- décret n°2015-1145 du 03 aout 2015 fixant la composition et la compétence
des cours d’appel, des tribunaux de grande instance, et des tribunaux
d’instance, JORS n°6869 du 18 aout 2015 ;

2. Références doctrinales indicatives :


- André DE LAUBADERE, Traité de droit administratif, Tome 1, Paris, LGDJ, 1973 ;
- Jean RIVERO, Droit administratif, Paris, Dalloz ;
- J.M. AUBY et R. DRAGO, Traité de contentieux administratif, Paris, LGDJ, 1975 ;
- J.C. GAUTRON et R. ROUGE-BAVILLE, Droit public du Sénégal, Paris, Pédonne,
1977 ;
- Alain BOCKEL, Droit administratif, NEA, Dakar, 1978, 541p ;
- J.-P. COSTA, « L'exécution des décisions de justice », AJDA 1995, n° spécial
cinquantenaire, p. 227 ;
- Ndeye Madjiguene F. DIAGNE, Les méthodes et les techniques du juge en droit
administratif sénégalais, Thèse de doctorat d’Etat, Université Cheikh Anta DIOP
de Dakar, 1995,
- Jean-Claude BONICHOT, Paul CASSIA et Bernard POUJADE, Les grands arrêts
du contentieux administratif, 4e éd., Dalloz, 2014 ;
- René CHAPUS, Droit du contentieux administratif, 13e éd., Montchrestien,
2008 ;

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- Hélène LEPETIT-COLLIN, Recherche sur le plein contentieux objectif, Thèse de
Doctorat en Droit, Université de Paris II, 2011, LGDJ, Lextenso édition, 586 p.
- Anne COURREGES, Serge DAËL, Contentieux administratif, 4e éd., PUF 2013 ;
- Matthias GUYOMAR et Bertrand SEILLER, Contentieux administratif, 3e éd,
Dalloz, ,., 2014 ;
- Olivier GOHIN, Contentieux administratif, 8e éd., LexisNexis, 2014 ;
- Bernard PACTEAU, Contentieux administratif, PUF coll. Droit fondamental,
2014 ;
- Jean Waline, Droit administratif, 27e édition, Paris, Dalloz, 2018 ;
- Demba SY, Droit administratif, 3ème édition revue, corrigée et augmentée,
CREDILA, L’Harmattan Sénégal, 2021, 718 p ;
- F. LLORENS, « Astreintes administratives et exécution des jugements contre les
personnes morales de droit public », Annales des Universités des Sciences
Sociales de Toulouse 1981 ;
- F. MODERNE, « Sur le nouveau pouvoir d'injonction du juge administratif »,
RFD adm. 1996.43.
-
- J. TRÉMEAU, « Le référé-liberté, instrument de protection du droit de
propriété », AJDA 2003, p.653.
- LLERAY, Philippe YOLKA, Traité de droit administratif, tome 2, Dalloz 2011, ,
pp. 515-629.
- J.-M. WOEHRLING, « Les nouveaux pouvoirs d'injonction du juge administratif
selon la loi du 8 février 1995 : propositions pour un mode d'emploi », Les Petites
affiches, 24 mai 1995, p. 18 ;
- Abdoulaye DIEYE, « l’art d’être inconstant : le juge face à la matière
administrative au Sénégal », in Ndeye Madjiguene DIAGNE et El Hadji Oumar
DIOP (Dir.), Droit administratif : Convergence ou concurrence des disciplines
juridiques. Mélanges en l’honneur de Demba SY, Tome1, Presses de l’Université
Toulouse 1 Capitole, 2020, pp-347-376 ;
- Cyrille MONEMBOU, « Le droit administratif au-delà de l’Etat. Réflexions sur les
transformations récentes du droit public dans les Etats d’Afrique noire
francophone », in Ndeye Madjiguene DIAGNE et El Hadji Oumar DIOP (Dir.),
Droit administratif : Convergence ou concurrence des disciplines juridiques.
Mélanges en l’honneur de Demba SY, Tome1, Presses de l’Université Toulouse
1 Capitole, 2020, pp-231-245

Répertoires :

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- Jean-Bernard AUBY, Juris-Classeur administratif ;
- François Gazier et Roland DRAGO, Répertoire Dalloz de contentieux
administratif ;
- Bruno ODENT, Bernard STIRN et Didier TRUCHET, Juris-Classeur Justice
administrative ;

Périodiques :
- Actualité juridique, Droit administratif.
- La Revue administrative.
- Revue française d’administration publique.
- Revue française de droit administratif.
- Revue du droit public et de la science politique.
- La Semaine juridique Administration et collectivités locales.

• Jurisprudences :
- NZOUANKEU J-M, Les grandes décisions de la jurisprudence sénégalaise, Dakar,
1982 ;
- SY Demba, Répertoire de jurisprudence : droit administratif, Recueil des arrêts
du Conseil d’Etat, années 1993-1994-1995, Dakar, CREDILA, 268 p ;
- Répertoire de jurisprudence sénégalaise en droit public, vol.1, Dakar, CREDILA,
1980 ;
- Bulletin des arrêts du Conseil d’Etat, n°2, mars 2001 (Années 1998-2000) ;
- Bulletin des arrêts de la Cour Suprême n°1, année judiciaire 2008-2009, Dakar,
Cour Suprême, 2011 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour Suprême n°2-3, année judiciaire 2010-2011,
Dakar, Cour Suprême, 2012 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour Suprême n°4-5, année judiciaire 2012, Dakar,
Cour Suprême, 2012 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour Suprême n° 6-7, année judiciaire 2013, Dakar,
Cour Suprême 2013 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour suprême n°9-10, année judiciaire 2015, Dakar,
Cour suprême, 2015 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour suprême n°11-12, année judiciaire 2016, Dakar,
Cour suprême, 2016 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour suprême n°13-14, année judiciaire 2017, Dakar,
Cour suprême, 2017 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour suprême n°15-16, année judiciaire 2018, Dakar,
Cour suprême, 2019 ;
- Bulletin des arrêts de la Cour suprême n°17-18, année judiciaire 2019, Dakar,
Cour suprême, 2019 ;
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[email protected] - www.ugb.sn 5
- Bulletin des chambres réunies de la Cour suprême n°19-20, 2009-2020, Dakar,
2009-2020 ;
- Bulletins des arrêts de la Cour Suprême du Sénégal n°21-22, Année judiciaire
2020, Cour suprême 2020

II. / - PLANNING DES SEANCES DE TRAVAUX DIRIGES

SEANCE N°1 : L’OBJET DU CONTENTIEUX ADMINISTRATIF.

❖ Epreuve : Commentaire de texte


Se reporter au document n°9

SEANCE N°2 : LES SPECIFICITES DU CONTENTIEUX ADMINISTRATIF.

❖ Epreuve : Commentaire sous forme de dissertation

Commentez sous forme de dissertation,

« Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 729 du Code de procédure civile
:

Attendu que la PNA fait grief à l’arrêt de ne pas soulever d’office la fin de non-recevoir
tirée de l’inobservation de la formalité de la demande préalable, prévue par l’article
729 du Code de procédure civile alors, selon le moyen, que ce texte institue une
formalité préalable d’ordre public ;

Mais attendu que la règle édictée par l’article 729 du Code de procédure civile n’étant
pas d’ordre public, le juge du fond n’était pas tenu de la soulever d’office ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé;

Cour suprême, Chambre civile et commerciale, Arrêt n° 26 du 18 avril 2018,


PNAc/ONG ASI, Bulletin d’arrêts n°s 15 et 16, Année judiciaire 2018, p.54.

SEANCE N°3 : LES PROCEDURES D’URGENCE DANS LE CONTENTIEUX


ADMINISTRATIF.
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❖ Epreuve : Commentez l’ordonnance de référé administratif n°20 du 26 août
2021, Sidy DIOP et autres contre l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar

SEANCE N°4 : LE RECOURS EN INTERPRÉTATION ET DE L’APPRÉCIATION DE


LA LÉGALITÉ.

❖ Epreuve : Dissertation

Le juge judiciaire, juge de la légalité au Sénégal ?

SEANCE N°5 : LES VOIES DE RECOURS SPÉCIALES.

❖ Epreuve : Commentaire : Cour suprême, arrêt n°17 du 11 juin 2013,


Aliou DIACK/ l’Etat du Sénégal, Bulletin d’arrêts n°s 19 et 20, Arrêts
des chambres réunies 2009-2020, 2021, pp.100-101.

SEANCE N°6 : L'EXECUTION DES DECISIONS DE JUSTICE.

❖ Epreuve : Cas pratique

III. /- DOCUMENTS INDICATIFS Á VOIR ABSOLUEMENT

- Camille BROYELLE, Contentieux Administratif , LGDJ, 2016, 461 pages/


- N. CARPENTIER-DAUBRESSE, « Pouvoir ou devoir d’instruction du juge
administratif ?», AJDA, 2014, p.1143 et s ;.
- Ndéye Madjiguène Diagne, « Brève réflexion sur le contrôle de légalité des actes
administratifs par le juge sénégalais », Mélange en l’honneur de Babacar Kanté,
Sous la direction de Alioune Sall et Ismaela Madior Fall, in Mélange en l’honneur
de Babacar Kanté, Actualité juridique Sénégal, édition l’Harmattan, 2017, pp.
523-535.
- A. DIOUF, « Le rabat d’arrêt devant le juge de cassation », Bulletin
d’information de la Cour Suprême du Sénégal, 2014, numéro 5-6 p. 101.
- M. HAURIOU, note sous CE 29 nov. 1912, Boussuge ;
- P.C KOBO, « Le contentieux administratif de l’AA-HJF : bilan et perspectives,
Communication à l’occasion du colloque international de L’AA-HJF 2016, 38 p.
- E. LAFERRIERE, Traité de la juridiction administrative et des recours
contentieux ;;
- J. LESSI et L. DUTHEILLET DE LAMOTHE, « Les limites des pouvoirs
d’instruction du juge administratif », AJDA, 2014, p.2185 et s ;
- Ameth NDIAYE, Maître de conférences en Droit public à l’UCAD, « Le référé
administratif en Afrique », disponible sur Afrilex.

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[email protected] - www.ugb.sn 7
- Seydina Issa SOW, « Les difficultés d’exécution : le point de vue du juge de
cassation », Communication aux journées d’études, « dialogue entre juge de
droit et juge du fond », juillet 2017, pp111-121.
- Demba Sy, « Un demi siècle de jurisprudence administrative au Sénégal : de
l’émergence à la maturation », in Alioune Sall et Ismaela Madior Fall (Dir.),
Actualité du Droit public et de la science politique en Afrique, Mélange en
l’honneur de Babacar Kanté, Actualité juridique Sénégal, édition l’Harmattan,
2017, pp. 619-635.
- D. TRUCHET, « Office du juge et distinction des contentieux : renoncer aux
branches », RFDA 2015 ;
- J. WALINE « Plein contentieux et excès de pouvoir », RD publ. 2015;
- J-M WOWEHRLING, vers la fin du recours pour excès de pouvoir ? ;
-

IV. /- DOCUMENTS REMIS

Document n°1 :

La plupart des auteurs se réfèrent à l’une des deux analyses classiques, respectivement
fondées sur un critère formel et matériel, sans s’interdire toutefois d’emprunter à
l’autre certains éléments (…).

Traditionnellement attribuée à Edouard LAFERRIERE qui l’a systématisée, cette


présentation (formelle) trouve en réalité ses linéaments dans les écrits d’Aucoc
(Conférences sur l’administration et le droit administratif, 1869). Elle distingue les
différents recours contentieux administratifs en fonction des pouvoirs reconnus au juge
dans le cadre de leur examen et adopte donc un critère formel. Dans cet esprit,
LAFERRIERE a identifié quatre contentieux différents : l’annulation, la plein juridiction,
l’interprétation et la répression.

Quantitativement comme qualitativement, les deux premiers contentieux dominent. Le


juge du recours pour excès du pouvoir est le juge de l’annulation. Il ne possède, dans
la conception classique, que le pouvoir d’annuler l’acte administratif contesté par le
requérant et ne détient pas celui de réformer cet acte ou de prononcer une
condamnation envers l’administration. Le contentieux de la pleine juridiction (ou plein
contentieux) se caractérise, comme l’expression l’indique clairement, par l’étendue des
pouvoirs reconnus à son juge. Il incombe à celui-ci de rétablir le requérant dans son
droit méconnu par l’administration. Pour ce faire, le juge dispose du pouvoir d’annuler
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l’acte en cause, de le réformer voire de lui substituer sa propre décision. Il est
également possible, selon les circonstances, de condamner l’autorité administrative au
versement d’une indemnité ou de prononcer une sanction, après réexamen de celle
initialement prononcée par l’autorité administrative. Le juge de la peine juridiction jouit
donc de pouvoirs comparables à ceux du juge judiciaire.

Rendue possible par Hauriou qui proposa une définition du contentieux de faisant pas
appel à l’idée de violation d’un droit subjectif, la classification matérielle fut
particulièrement défendue par Léon DUGUIT. Analysant la fonction du juge
administratif en fonction de la question qui lui est soumise, cette classification ordonne
l’ensemble des recours ouverts en contentieux administratif en deux catégories : les
contentieux objectifs et subjectifs.

Les premiers posent au juge une question de droit objectif, c’est-à-dire l’invitent à
constater si une règle objective a été violée ou s’il a été porté atteinte à une situation
de droit objective. Tel est évidemment le cas du recours pour excès de pouvoir, du
recours en déclaration d’inexistence et du recours en appréciation de légalité.
S’ajoutent notamment certains pleins contentieux, à l’instar du contentieux électoral,
du contentieux fiscal, (…) et enfin le contentieux répressif.

Les contentieux subjectifs soumettent au juge une question de droit subjectif, c’est-à-
dire lui demandant de vérifier s’il a été porté atteinte à une situation juridique
subjective.

Mattias GUYOMAR et Bertrand SEILLER, Contentieux administratif, 3ème éd., Paris,


Dalloz, 2014, pp. 110-111.

Document n°2 : Discours d’usage de M. Sangoné FALL, Conseiller


référendaire à la Cour suprême, conseiller à la chambre administrative, à
l’occasion de l’Audience solennelle de Rentrée des cours et tribunaux, année
judiciaire 2017-2018, sur le thème
« Le contrôle juridictionnel de l’administration », in Rapport de la Cour
Suprême 2018.

« Je vous remercie Monsieur le Premier président.


Pour avoir une société équilibrée, trois moyens doivent impérativement être combinés
: la croissance, la paix et la justice. Cette dernière permet de garantir une paix et une
croissance durables.
Selon Maurice Aydalot, ancien Premier président de la Cour de cassation française, je
cite « Il n’est pas de sentiment qui soit ancré plus solidement au tréfonds de la
conscience des hommes que celui de la justice » fin de citation.
Il s’y ajoute qu’il n’est pas sain que des hommes en charge de lourdes responsabilités
n’aient pas à rendre compte. La justice est si nécessaire qu’il fait encadrer

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l’administration chargée de concrétiser la vie de l’État pour un bonheur irréversible et
une sécurité inébranlable des populations.
Il me revient, l’honneur de vous parler, du contrôle juridictionnel de l’administration.
Ce thème renvoie à deux notions qui découlent de pouvoirs distincts : le pouvoir
exécutif, incarné par le gouvernement et son administration, et le pouvoir judiciaire,
constitué des juridictions.
L’administration est définie, au sens organique, comme l’ensemble des institutions
publiques devant faire fonctionner les services d’intérêt général.
De ce point de vue, elle n’est pas homogène puisqu’elle regroupe l’État central et ses
organes déconcentrés, les collectivités décentralisées, les agences ainsi que les
établissements publics.
Au sens large, elle inclut d’ailleurs les organismes privés chargés d’une action
administrative.
L’administration peut également être entendue dans une conception matérielle selon
laquelle elle concerne les relations qu’entretiennent ces institutions avec les
particuliers.
Au total, les deux éléments fondamentaux de l’administration sont l’aspect structurel
et l’aspect relationnel. Quant au contrôle juridictionnel, il s’agit de l’intervention du
juge chargé de trancher des litiges mettant en cause l’administration. C’est un contrôle
externe et spécialisé, exercé a posteriori.
Des contentieux concernant l’administration peuvent relever de la compétence des
juridictions de l’ordre judiciaire, mais le contrôle exercé par le juge privé présente peu
d’enjeux, puisqu’il s’agit de procédures de droit commun qui ne tiennent pas compte
des spécificités de l’administration, mais la traite plutôt comme une personne privée
quelconque, notamment lorsqu’elle exerce des activités de gestion privée.
En revanche, le juge administratif, en vertu des prérogatives de puissance publique
conférées à l’administration et des fins poursuivies par elle, exerce de manière
générale un contrôle spécifique.
Ce contrôle n’a pas toujours été évident. C’est ainsi que le professeur Prosper Weil, a
pu dire que le droit administratif est « un droit qui relève du miracle ».
À ses débuts, le juge administratif était considéré comme « un juge pour
l’administration » et c’est bien plus tard qu’il a aspiré à devenir un rempart contre
l’arbitraire et un protecteur des droits et libertés.
Ces deux critères continuent de servir de balise au contrôle juridictionnel de
l’administration : d’une part, l’encadrement de l’action administrative et, d’autre part,
la protection des droits des administrés. Il importe de relever que le contrôle du juge
administratif s’opère, de nos jours, dans un environnement politique et législatif
complètement renouvelé par la codification de pans entiers du droit administratif, la
privatisation du droit administratif, l’influence du droit communautaire et surtout par
l’exigence de renforcement de l’État de droit. Il y a en outre la constitutionnalisation
du droit administratif, phénomène se traduisant, par exemple, par le rapprochement
avec l’univers constitutionnel. Il existe des rapports de conseil et de prévention au titre
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des séances de l’Assemblée générale consultative au cours desquelles le
gouvernement demande des avis juridiques sur les projets de lois et projets de décrets.
Mais, c’est surtout le contentieux qui révèle l’attitude souvent querellée de
l’administration en rapport avec les droits et libertés fondamentaux. Cela dit, la
question de l’efficacité du recours juridictionnel se pose sérieusement quant à la
saisine, l’instruction des affaires et surtout la décision rendue par le juge administratif,
notamment son exécution effective et concrète. L’étude de l’efficacité du contrôle
juridictionnel exercé sur l’administration permet d’appréhender la fonction prétorienne
du juge administratif sénégalais ainsi que la place qu’il doit occuper dans la garantie
des libertés et le respect des droits fondamentaux. À ce titre, les juridictions du fond
et la Cour suprême sont plus que jamais concernées. Ainsi, l’avènement de la loi
organique sur la Cour suprême en janvier 2017 met davantage en exergue le rôle
important et crucial que doit jouer la juridiction administrative suprême dans le
domaine des droits fondamentaux et, à travers sa chambre administrative, dans le
contrôle de l’action administrative. L’organisation judiciaire de notre pays a également
connu une nouvelle configuration qui n’a toutefois pas remis en cause le système de
l’unité de juridiction duquel découle la compétence des tribunaux de grande instance
et des cours d’Appel en matière de contentieux administratif.
Monsieur le Président de la République,
Chers invités,
Pour analyser le contrôle juridictionnel de l’administration, il suffit de revenir non
seulement sur la manière de procéder du juge administratif, mais encore et surtout de
passer au crible l’impact de son intervention.
Une typologie des contentieux a été proposée par d’éminents professeurs. Mais nous
nous rapprocherons plus de celle plus classique théorisée par Édouard Laferrière et
fondée sur les pouvoirs attribués aux juges. Nous verrons, d’une part, le contrôle de
plein contentieux et, d’autre part, le contrôle de l’excès de pouvoir et de la légalité. Le
plein contentieux, dénommé recours de pleine juridiction, concerne plusieurs matières.
Il y a lieu de préciser que le siège de ce contrôle juridictionnel se trouve dans le décret
du 3 août 2015 fixant la composition et la compétence des cours d’Appel, des tribunaux
de grande instance et des tribunaux d’instance.
Ce texte indique que les tribunaux de grande instance connaissent également du
contentieux administratif de pleine juridiction et de la matière fiscale, cette
compétence s’exerçant à charge d’appel devant la cour d’Appel.
Les différentes formes de contentieux de pleine juridiction ne sont pas précisées dans
ledit texte, mais la doctrine ainsi que la jurisprudence retiennent essentiellement les
matières portant sur la fonction publique. Lorsqu’un fonctionnaire réclame des
avantages statutaires et pécuniaires, sur le contentieux de la responsabilité, dans le
cas où un requérant réclame des dommages et intérêts contre l’administration et sur
le contentieux contractuel, en ce qui concerne les litiges liés aux contrats
administratifs.

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Quant au contentieux fiscal, il comprend notamment le contentieux de l’imposition et
du recouvrement. Ce dernier est partagé entre le juge de l’excès de pouvoir, qui
examine les actes règlementaires, et le juge de plein contentieux, qui est compétent
pour les contestations des contribuables.
Dans le contentieux de pleine juridiction, le droit invoqué doit nécessairement être un
droit subjectif. Ainsi, ce contentieux comprend aussi bien les actions en responsabilité,
fondées sur l’illégalité, que celles fondées sur des textes spéciaux. L’aspect
remarquable de ce type de contentieux tient aussi au fait qu’il doit obligatoirement
être précédé d’un recours administratif préalable, qu’il soit gracieux auprès de l’auteur
même de l’acte ou initiateur de l’action, soit hiérarchique.
Le plein contentieux est indissociable de la matière administrative prévue par le livre
3 du code de procédure civile en ses articles 729 à 733. L’alinéa premier de l’article
729 de ce code dispose que « toute action en justice doit être précédée d’une demande
adressée à l’autorité administrative. Le silence gardé plus de quatre mois par l’autorité
vaut décision de rejet ».
Cela signifie que le requérant doit provoquer une décision de l’administration. C’est
donc lorsque la réponse de l’administration n’est pas satisfaisante qu’il y a liaison du
contentieux.
L’assignation doit être introduite dans le délai de deux mois qui suit, soit l’avis donné
de la décision de l’administration, soit de l’expiration du délai de quatre mois valant
décision implicite de rejet. Elle doit à peine de nullité viser la réponse implicite ou
explicite donnée par l’administration à la demande préalable.
La jurisprudence sénégalaise semble hésiter sur le caractère d’ordre public ou non de
cette procédure de demande préalable obligatoire.
Dans certains arrêts, le juge n’a pas soulevé la question du respect de la procédure de
l’article 729 du CPC, car l’État n’a fait aucune observation sur l’absence de requête
gracieuse.
Mais dans d’autres affaires, il a exigé de sa propre initiative le respect de cette
disposition.
Il résulte ainsi de la jurisprudence que tantôt cette formalité est considérée comme un
moyen d’ordre public, tantôt comme une fin de non-recevoir qui ne peut être soulevée
que par les parties.
Sur un autre registre, il est à souligner le rôle du juge sénégalais dans la distinction
entre la responsabilité de l’administration fondée sur les règles de droit privé et celles
qui sont fondées sur les règles de droit public, étant entendu que seule la seconde fait
appel à la matière administrative.
La jurisprudence établit un lien de cause à effet entre le droit applicable et la procédure
administrative, comme pour dire que la détermination du droit applicable entraîne celle
de la procédure et vice versa.
Il est à souligner que la Cour s’est rarement prononcée en cassation, d’où la
problématique relative au caractère désertique du pourvoi en cassation en matière
administrative.
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Des pistes peuvent être recherchées dans le système de l’unité de juridiction qui a
tendance à diluer le contentieux administratif dans les litiges civils. Il a été noté
d’ailleurs que beaucoup de dossiers de plein contentieux sont jugés en cassation par
la chambre civile de la juridiction suprême.
De plus, les requérants dépassent rarement la cause d’appel dans les différends les
opposant à l’administration.
L’autre particularité liée au plein contentieux réside dans les pouvoirs conférés au juge
administratif dans le règlement de ce type de conflit. Contrairement au contentieux
objectif qui se limite à l’annulation d’un acte pour cause d’illégalité, le juge, qui statue
en matière de pleine juridiction, peut condamner l’État ou ses démembrements à
indemniser des préjudices qu’ils auront causés. Ila donc des pouvoirs plus étendus.
À ce titre, le principe de la responsabilité de l’État est bien ancré et peut être invoqué
sur le plan médical, des travaux publics ou des dommages causés par les ouvrages
publics. La responsabilité administrative peut être retenue aussi bien pour faute ou en
l’absence de celle-ci.
Le juge administratif procède cependant de manière différente dans le cadre du
recours pour excès de pouvoir.
Le recours pour excès de pouvoir s’est développé par la pratique du Conseil d’État en
France. Il consiste, pour un requérant, à demander au juge de se prononcer sur la
légalité d’une décision administrative unilatérale.
À ce titre, par le célèbre arrêt ministre de l’Agriculture c/ Dame Lamotte, du 17 février
1950, le juge a retenu qu’il existe un principe général du droit selon lequel toute
décision administrative peut faire l’objet, même sans texte, d’un recours pour excès
de pouvoir.
Le droit administratif est régi par le principe de légalité selon lequel tous les actes de
l’administration doivent être conformes aux règles de droit qui leur sont supérieures.
C’est ainsi que l’objet du recours pour excès de pouvoir est de faire respecter cette
hiérarchie par l’administration.
Par ailleurs, le recours pour excès de pouvoir étant un recours d’ordre public, il ne peut
être écarté que si un texte le prévoit expressément. Il y a lieu de préciser en outre que
le recours pour excès de pouvoir, tout comme le plein contentieux, n’est pas suspensif.
Au Sénégal, l’article 82 de la constitution du 7 mars 1963 attribuait cette compétence
à l’ancienne Cour suprême ; par la suite, avec la révision constitutionnelle du 30 mai
1992, le Conseil d’État s’est substitué à cette juridiction.
Actuellement, en vertu de l’article premier de la loi organique du 17 janvier 2017
abrogeant et remplaçant la loi organique n° 2008-35 du 8 août 2008 sur la Cour
suprême, créée en lieu et place du Conseil d’État et de la Cour de cassation, cette Cour
est juge en premier et dernier ressort de l’excès de pouvoir des autorités
administratives ainsi que de la légalité des actes des collectivités locales.
Ainsi, la chambre administrative a hérité, avec la « renaissance de la Cour suprême »,
de la compétence de l’ex-Conseil d’État, donc du rôle de juge de l’excès de pouvoir.

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Elle examine aussi le déféré préfectoral introduit par les représentants de l’État contre
les décisions des collectivités territoriales prises dans le cadre des dispositions des
articles 243 et 244 du code général des collectivités locales.
L’office du juge de l’excès de pouvoir peut s’apprécier relativement à des moments
précis de la procédure de recours en annulation : en premier lieu, dans le cadre du
déclenchement du recours qui renvoie et, en second lieu, dans le cadre du dénouement
du recours.
La saisine de la Cour obéit à un formalisme particulier, notamment sur la recevabilité
et la déchéance ainsi que l’exception de recours parallèle.
Le juge administratif, juge de l’excès de pouvoir également appelé recours en
annulation, examine tout d’abord sa compétence.
C’est dans ce cadre que la Cour suprême a considéré que l’annulation d’un acte de
gouvernement (convocation de l’Assemblée nationale en vue de la déclaration de
politique générale du Premier ministre) ne relève pas de sa compétence.
Elle a également retenu que les contrats relèvent en premier ressort de la compétence
du tribunal de grande instance. Ainsi, saisie en excès de pouvoir contre lesdits actes,
elle s’est déclarée incompétente pour en connaître.
La chambre administrative vérifie aussi si le requérant est doté de la personnalité
juridique. Aussi a-t-elle déclaré irrecevable le recours introduit par un organe d’une
association dépourvue de personnalité morale propre.
Le juge suprême exige le respect de l’article 33 qui dispose que la requête doit, à peine
d’irrecevabilité, indiquer les noms et domiciles des parties, contenir un exposé
sommaire des faits et moyens ainsi que les conclusions, et enfin être accompagnée de
la décision administrative attaquée ou d’une pièce justifiant du dépôt de la réclamation.
En outre, la Cour veille au respect des dispositions de l’article 37 du même texte. Elle
a sur ce point plusieurs fois rappelé que selon ces dispositions, le demandeur est tenu,
à peine de déchéance, de signifier sa requête accompagnée de la copie de la décision
administrative attaquée à la partie adverse, par exploit d’huissier, dans le délai de deux
mois suivant la saisine de la Cour.
Ainsi, elle a déclaré déchue de son recours une société qui a signifié sa requête non
pas à l’Autorité de régulation des marchés publics dont la décision de son comité de
règlement des différends est attaquée en annulation et qui est la partie adverse, mais
à l’autorité contractante.
Il en a été de même pour un requérant qui, ayant attaqué l’acte approuvant la
délibération d’un conseil municipal, a signifié sa requête au sous-préfet et non à l’État
du Sénégal, partie adverse, pris en la personne de l’Agent judiciaire de l’État, seul
organe habilité à recevoir les significations pour le compte de l’État, en vertu de l’article
3 du décret du 7 novembre
1970 portant création de l’Agence judiciaire de l’État et fixant ses attributions.
Il convient de préciser que selon ce texte, excepté les matières domaniales et
douanières, l’Agent judiciaire de l’État est le représentant attitré de l’État en demande
comme en défense dans les procédures où celui-ci est impliqué.
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La Cour a retenu la même solution en considérant qu’encourt la déchéance, le
requérant qui signifie son recours à l’État du Sénégal pris en la personne du Président
de la République.
De plus, il y a lieu de souligner que très souvent les requérants signifient leur requête
auprès de l’Agent judiciaire de l’État et celui-ci ne se prive pas de solliciter, en pareils
cas, sa mise hors de cause lorsque la procédure concerne une autorité autonome,
pourvue de la personnalité morale, étant à même d’ester ou de défendre ses propres
intérêts en justice et qu’il ne lui revient pas de la représenter.
La haute juridiction a ainsi retenu qu’il résulte du décret du 25 avril 2007, modifié,
portant organisation et fonctionnement de l’ARMP que celle-ci est une autorité
administrative indépendante dotée d’une autonomie financière et de gestion,
représentée en justice par son directeur général.
Par ailleurs, l’article 74 de la loi organique sur la Cour suprême indique que le recours
pour excès de pouvoir n’est recevable que contre une décision explicite ou implicite
d’une autorité administrative. En outre, le demandeur est dispensé du ministère d’un
avocat.
Il s’agit d’une décision administrative explicite ou implicite de la part des autorités
administratives et des personnes privées bénéficiant d’une délégation de pouvoirs, peu
important l’appellation donnée à l’acte attaqué.
Le juge vérifie au-delà de l’intitulé si la mesure déférée modifie l’ordonnancement
juridique et lui fait grief afin de retenir le caractère décisoire qui lui donne compétence.
A également été déclaré irrecevable le recours en annulation introduit contre la
décision d’un organisme qui ne bénéficie pas d’une délégation de pouvoir délivrée par
l’autorité administrative et qui, en conséquence, ne peut prendre des actes
administratifs susceptibles de recours pour excès de pouvoir.
La Cour exige, en outre, un intérêt personnel pour introduire un recours pour excès
de pouvoir. Ainsi, elle a retenu que ce recours n’est ouvert qu’à ceux qui peuvent
justifier que l’annulation qu’ils demandent, présente pour eux un intérêt personnel, la
notion d’intérêt s’entendant comme le droit de ne pas souffrir personnellement de
l’illégalité.
Dans un arrêt du Conseil d’État du Sénégal du 26 juin 1994, le juge a estimé que les
requérants ont intérêt à agir pour « demander l’annulation de la nomination faite dans
leur propre corps dès lors qu’ils estiment que celle-ci porte atteinte aux droits qu’ils
détiennent de leur statut et aux prérogatives attachées à l’exercice de leurs fonctions
».
Lorsque des requérants se trouvent dans la même situation juridique et justifient d’un
intérêt commun, le juge peut appliquer la technique de la jonction des requêtes.
Les recours collectifs ont pris une importance particulière avec l’action des
groupements et des associations. Les groupements ont en effet intérêt à agir pour
attaquer les mesures qui leur font grief. Ils sont aussi recevables à attaquer des
mesures individuelles dirigées contre leurs membres que dans le cas où ils agissent en
vertu d’un mandat spécial.
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La chambre administrative a, en outre, admis la recevabilité d’une intervention
volontaire au motif que l’intervenant a un intérêt certain au maintien de la décision
attaquée.
Elle examine également le respect du délai du recours. Selon l’article 74-1 de la loi
organique sur la Cour suprême, le délai pour se pourvoir est de deux mois.
Ce délai court de la date de la publication de la décision attaquée, à moins qu’elle ne
doive être notifiée ou signifiée, auquel cas le délai court de la date de la notification
ou de la signification.
En cas de recours administratif préalable, le silence gardé plus de quatre mois sur une
réclamation par l’autorité compétente vaut décision de rejet.
Le délai de deux mois pour se pourvoir contre le rejet d’une réclamation court du jour
de la notification ou de la signification de la décision explicite de rejet de la réclamation
et, au plus tard, à compter de l’expiration de la période de quatre mois.
La Cour suprême a aussi considéré qu’au même titre que la publication et la
notification, la connaissance acquise fait courir le délai du recours pour excès de
pouvoir.
Honorables invités,
Si le recours est admis formellement, le déroulement de la procédure s’effectue sous
le contrôle du juge qui dispose de pouvoirs totalement différents de ceux du juge
judiciaire, compte tenu de la nature et des spécificités d’un tel recours.
Le juge procède, à partir de ce moment, à l’examen des moyens d’annulation, distincts
des cas d’ouverture à cassation, dont l’appréciation du bien-fondé peut aboutir à
l’annulation ou au rejet.
L’annulation peut être totale ou partielle et, de façon prétorienne, le juge sénégalais a
eu à utiliser la technique de l’annulation différée de la décision attaquée.
Il convient au préalable de souligner que l’exception d’inconstitutionnalité peut être
soulevée devant la Cour suprême.
Selon la loi organique sur la Cour suprême, lorsque la solution d’un litige porté devant
elle est subordonnée à l’appréciation de la conformité des dispositions d’une loi ou des
stipulations d’un accord international à la constitution, la haute juridiction saisit
obligatoirement le Conseil constitutionnel de l’exception ainsi soulevée et sursoit à
statuer jusqu’à ce que le Conseil constitutionnel se soit prononcé dans un délai de trois
mois à compter de la date de saisine.
La récente révision de la constitution a également institué cette procédure au niveau
des cours d’Appel. Désormais, l’exception peut être soulevée devant lesdites cours.
Dans sa décision du 6 décembre 2012, le Conseil constitutionnel a considéré que le
juge du fond ne s’est prononcé ni sur sa compétence, ni sur la recevabilité du recours
porté devant lui, que sa saisine d’une exception d’inconstitutionnalité ne peut intervenir
que lorsque le juge aura préalablement statué sur ces questions.
Il a, en conséquence, estimé qu’une telle procédure, non purgée des fins de non-
recevoir, ne peut être soumise à l’examen du Conseil constitutionnel.

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Les pouvoirs d’instruction du juge de l’excès de pouvoir, autrement dit, son pouvoir
inquisitorial découle de l’article 74-3 de la loi organique sur la Cour suprême, aux
termes duquel, « sous réserve de la signification de la requête et des mémoires,
comme il est dit aux articles 37 et 38, le président de la chambre administrative, sur
proposition du rapporteur, prescrit toute mesure d’instruction sur le fond, qui lui paraît
nécessaire à la solution de l’affaire, assortie, s’il y a lieu, de délais. ».
À ce titre, la chambre s’est plusieurs fois déplacée, notamment à Keur Momar Sarr, à
la commune de Saly et à la commune de Gandon.
L’examen des moyens d’annulation est principalement fondé sur le principe de légalité,
qu’il s’agisse du respect de la constitution, de la loi, des principes généraux et des
actes réglementaires.
Du point de vue de sa rigueur, le contrôle juridictionnel peut être de légalité ou
d’opportunité. Cette distinction est fondée sur les pouvoirs dont dispose l’autorité
administrative qui peut se trouver dans une situation de compétence liée ou de pouvoir
discrétionnaire, même s’il est à préciser que la frontière n’est pas étanche.
Sur le contrôle de la légalité, il y a l’aspect externe et interne des actes administratifs
unilatéraux.
Il s’agit, d’une part, des moyens de légalité externe, tirés de l’incompétence de l’auteur
de l’acte, du vice de forme et de procédure et, d’autre part, interne, relativement à
l’erreur de fait, c’est-à-dire des faits matériellement inexacts, à l’erreur de droit (acte
édicté de manière non conforme à la loi ou mauvaise interprétation de la loi, mise en
œuvre d’une norme inexistante ou inapplicable).
Parmi les moyens de légalité interne, figurent le détournement de pouvoir (l’autorité
administrative ayant utilisé volontairement ses pouvoirs dans un but autre que celui
pour lequel ils lui avaient été conférés) et le détournement de procédure (l’autorité
administrative ayant utilisé volontairement une procédure à la place d’une autre, afin
d’éluder certaines formalités ou de supprimer certaines garanties).
Plusieurs décisions illustrent cet office du juge de l’excès de pouvoir.
Sur l’incompétence, la Cour a jugé, que doit être annulé, pour incompétence de son
auteur, l’arrêté d’un préfet ordonnant l’évacuation d’un immeuble pour risque
d’effondrement alors que l’article 141 alinéa 2 du code de la construction donne
compétence au maire pour ordonner des mesures provisoires, notamment l’évacuation
d’un immeuble si l’existence d’un péril grave et imminent est avérée.
Enfin, pour l’erreur manifeste d’appréciation et le contrôle de proportionnalité, il s’agit
pour le juge de contrôler l’action de l’autorité administrative, même si celle-ci bénéficie
d’une marge de liberté dans sa prise de décision.
Ainsi, le contrôle portera sur les erreurs flagrantes d’appréciation, le caractère
disproportionné des mesures négatives ou sur l’inadéquation entre les décisions
envisagées et les situations qu’elles sont censées régir.
Les effets de la décision du juge de l’annulation demeurent, en outre, une
préoccupation majeure, au regard de l’équilibre que le juge est amené à gérer entre
l’intérêt général et les droits des requérants.
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Aussi, la portée de l’annulation est réglementée par l’article 74-4 de la loi susvisée qui
indique que l’arrêt de la Cour suprême annulant en tout ou partie un acte administratif
a effet à l’égard de tous.
Il est important de préciser que la modulation des effets est une exception. Afin de
moduler sa décision, le juge français, qui a inspiré son homologue sénégalais, dresse
un bilan avec d’un côté, l’illégalité et la situation qu’elle engendre, de l’autre,
l’annulation et les conséquences qu’elle engendrerait.
Suivant l’analyse qui est faite, le juge décide s’il vaut mieux annuler et complètement
purger l’ordre juridique, ou laisser subsister des situations qui ont pu être illégales. Il
peut ainsi moduler par l’annulation différée ou annulation pour l’avenir. Par cette
solution, le juge accorde un délai à l’administration afin qu’elle ait la possibilité de
régulariser la situation.
Mesdames, Messieurs,
À côté de ces deux types de contrôle (plein contentieux et recours en annulation), il a
été institué quelque procédure particulière à savoir le référé administratif qui s’est
substitué au sursis à exécution.
Jusqu’à la récente réforme, le sursis désignait la procédure qui permettait la
suspension de l’exécution d’une décision administrative, jusqu’à ce que le juge du
principal ait statué sur le recours en annulation contre cette décision.
Le sursis en exécution, faculté offerte au juge de l’annulation, ne pouvait être accordé
que si les moyens invoqués paraissaient, en l’état de l’instruction, sérieux et si le
préjudice encouru par le requérant était irréparable.
Il faut noter qu’avec l’institution du référé-suspension, la condition d’urgence a succédé
à l’exigence d’un risque de préjudice irréparable, et celle d’un « doute sérieux », quant
à la légalité de la décision litigieuse, a remplacé celle d’un moyen d’illégalité paraissant
sérieux.
Le nouveau mécanisme du référé administratif désigne ainsi une procédure accélérée
devant le juge administratif dans le cadre des rapports avec l’administration. Il permet
alors d’obtenir une décision rapide de la justice.
Selon l’article 83 de cette loi, le juge statue par des mesures qui présentent un
caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs
délais.
L’article 84 indique d’ailleurs que lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur
la requête en annulation de la décision dans les meilleurs délais.
La loi organique sur la Cour suprême prévoit plusieurs types de référés, en plus du
référé-suspension.
Il y a le référé-liberté, encadré par l’article 85 de la même loi, par lequel le juge des
référés, saisi d’une demande justifiée par l’urgence, peut ordonner toutes mesures
nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne
morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service
public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et
manifestement illégale. Il se prononce dans un délai de quarante-huit heures.
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Il y a aussi des procédures classiques telles que le référé-mesures utiles qui permet
au juge des référés, en cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même
en l’absence de décision administrative préalable, d’ordonner toutes autres mesures
utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ainsi que le
référé-constat qui donne faculté au juge des référés, dans les mêmes conditions, de
désigner un expert pour constater sans délai les faits survenus, susceptibles de donner
lieu à un litige devant la Cour suprême.
La procédure de référé est contradictoire et peut s’effectuer de manière aussi bien
écrite qu’orale. Le juge des référés est le Premier président de la Cour suprême ou le
magistrat qu’il désigne.
Plusieurs décisions ont été rendues mettant en relief quelques difficultés, mais aussi
beaucoup d’éléments de satisfaction.
Il y a lieu de rappeler que, puisqu’il s’agit de procédure rapide, les requérants
gagneraient à signifier leurs requêtes en même temps qu’ils introduisent le recours et
de préciser le fondement de leur demande, compte tenu de la pluralité des formes de
référé.
En revanche, lorsque la requête en référé ne présente pas un caractère d’urgence ou
lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la
compétence de la Cour suprême, qu’elle est irrecevable ou mal fondée, le juge des
référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’en informer
le Procureur général.
L’efficacité du contrôle juridictionnel de l’administration ne peut être analysée sans
examiner l’impact de l’intervention du juge administratif, notamment de la Cour
suprême.
La constitution du Sénégal affirme, dans son préambule, le respect des libertés
fondamentales et des droits du citoyen comme base de la société et le juge s’est
évertué à le rappeler.
Le contrôle juridictionnel de l’administration sénégalaise, à travers la jurisprudence de
la Cour suprême, démontre des avancées remarquables.
Aussi, la chambre administrative est consciente de sa mission allant dans le sens de la
recherche et de la garantie de l’effectivité des droits et libertés des citoyens.
Néanmoins le système mérite, à notre sens, d’être réformé.
Le juge de l’excès de pouvoir, comme le juge de plein contentieux, doit veiller à la
jouissance effective et concrète des droits fondamentaux.
Bien évidemment, en rapport avec l’ancrage d’un État de droit et la soumission de plus
en plus exigée et acceptée de l’administration au droit, l’une des nouvelles tendances
du droit administratif demeure la protection judiciaire des droits et libertés.
Quelques illustrations :
D’abord, l’encadrement juridictionnel des mesures de police en matière de liberté de
réunion, liberté d’association et de liberté d’expression.
En effet, pour ordonner la fermeture provisoire d’un siège de parti politique, un
gouverneur de région a invoqué dans son arrêté des risques de troubles à l’ordre public
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découlant selon l’Agent judiciaire de l’État, « du contexte exceptionnel caractérisé par
un climat délétère à la suite du différend ayant opposé respectivement un secrétaire
général de parti et son adjoint, et d’informations concordantes reçues faisant état d’un
télescopage inévitable entre les deux camps au niveau du siège du parti », alors qu’il
ne ressort pas des éléments du dossier que le risque de télescopage allégué ait été de
nature à menacer l’ordre public dans des conditions telles qu’il ne pouvait être paré au
danger par des mesures de police appropriées, lesquelles pouvaient être prises en
l’espèce sans aller jusqu’à la mesure extrême de fermeture du siège du parti et, en
prenant une telle mesure, l’autorité administrative a porté atteinte au droit de propriété
privée et à la liberté de réunion et d’association.
Dans une autre affaire, le juge administratif a annulé l’arrêté d’un préfet interdisant
un rassemblement pacifique, sur le fondement de la loi n° 78-02 du 29 janvier 1978
relative aux réunions qui permet à l’autorité administrative, en son article 14,
d’interdire toute réunion publique, s’il existe une menace réelle de troubles à l’ordre
public et si elle ne dispose pas de forces de sécurité nécessaires pour assurer la
sécurité des citoyens.
La chambre a relevé qu’en l’espèce, le préfet s’est borné à invoquer la difficulté de
l’encadrement sécuritaire sans même alléguer l’éventualité de troubles à l’ordre public
et, en prenant une telle mesure, l’autorité administrative a porté atteinte à la liberté
de réunion.
La Cour rappelle ainsi que, s’il incombe à l’autorité administrative compétente de
prendre les mesures qu’exige le maintien de l’ordre, elle doit concilier l’exercice de ce
pouvoir avec le respect de la liberté de réunion garantie par la constitution.
La Cour a ainsi considéré que viole la loi, le préfet qui se borne à invoquer des risques
de trouble à l’ordre public sans justifier, en outre, l’indisponibilité ou l’insuffisance des
forces de sécurité pour y remédier.
Ensuite, elle a eu l’occasion de rappeler que s’agissant de la Convention de l’OIT, si
effectivement elle invite les États à s’abstenir de toute intervention de nature à limiter
le droit syndical ou à en entraver l’exercice légal, le comité de l’OIT sur la liberté
syndicale a, lui, retenu comme relevé par une décision du Conseil constitutionnel que
: je cite : « L’interdiction du droit de grève aux travailleurs des douanes, fonctionnaires
exerçant des fonctions d’autorité au nom de l’État, n’est pas contraire aux principes de
la liberté syndicale » fin de citation.
Ce comité a précisé en son 336e rapport, cas n° 2383, que, pour « les fonctionnaires
de l’administration et du pouvoir judiciaire exerçant des fonctions d’autorité au nom
de l’État, leur droit de recourir à la grève peut faire l’objet de restrictions, telle que la
suspension ou l’interdiction ».
La Cour suprême a, dès lors, jugé que l’OIT considère que la liberté syndicale et le
droit de grève n’ont pas une portée absolue, le législateur étant habilité à en limiter
ou à en interdire l’exercice en cas de nécessité, comme l’a fait la loi portant statut du
personnel des douanes en son article 8.

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Sur le droit de propriété et l’expropriation pour cause d’utilité publique, quelques
décisions méritent d’être soulignées : la juridiction suprême a en effet annulé l’arrêté
d’un sous-préfet qui empêche, pour une durée indéterminée, le requérant de jouir de
son bien, portant atteinte à son droit de propriété sur le terrain litigieux, en dehors,
notamment de toute expropriation pour cause d’utilité publique.
Elle a fondé sa décision sur l’article 15 alinéa 1er de la charte fondamentale suivant
lequel « le droit de propriété est garanti par la présente constitution. Il ne peut y être
porté atteinte que dans le cas de nécessité publique légalement constatée, sous
réserve d’une juste et préalable indemnité ».
La chambre administrative a eu l’opportunité de préciser les contours de la procédure
d’expropriation.
Ainsi, elle considère que l’autorité administrative en se limitant à déclarer d’utilité
publique un projet d’acquisition par l’État d’immeubles immatriculés sans indiquer le
projet à réaliser et l’utilité publique qui s’y attache, ne permet pas au juge d’exercer
son contrôle et a ainsi annulé le décret déclarant d’utilité publique le projet
d’acquisition par l’État des immeubles bâtis.
Sur les principes de transparence et de libre concurrence, la Cour a fixé un certain
nombre de règles. En effet, elle a rappelé que les procédures de passation des marchés
et délégations de service public conclus dans les États membres doivent, aux termes
de la Directive du 9 décembre 2005 de l’UEMOA, respecter les principes de libre accès
à la commande publique, d’égalité de traitement des candidats, de non-discrimination
et de transparence.
Et à partir des quelques décisions rendues en la matière, il est possible de dire que
pour ce juge, l’exigence de transparence revêt plusieurs aspects.
Pour le juge administratif, le principe de transparence se traduit par une information
préalable des candidats sur les critères, mais aussi les sous-critères que l’autorité
contractante entend mettre en œuvre lors de l’évaluation des offres.
Ainsi, il a considéré que viole le principe de transparence l’autorité contractante qui,
en cours d’évaluation, a introduit des sous-critères, alors que ceux-ci ne figuraient pas
dans le dossier d’appel d’offres (DAO) et n’ont pas été portés au préalable à la
connaissance des candidats.
Ce principe suppose aussi que ces critères soient définis de manière objective pour
faciliter le contrôle de leur application et éviter tout favoritisme.
Méconnaît ce principe et celui d’égalité des candidats, l’autorité contractante qui, bien
qu’ayant défini les critères de sélection qualitative différents des critères d’attribution,
n’a pas indiqué les modalités d’application suivant lesquelles les candidats seraient
sélectionnés, s’arrogeant ainsi un pouvoir souverain d’appréciation.
Ce principe est souvent mis en corrélation avec celui de l’égalité de traitement des
candidats auquel il est étroitement lié. C’est dire que le principe de transparence
commande aussi que les critères définis par l’autorité contractante soient appliqués de
manière égalitaire à tous les soumissionnaires. Aussi, le juge administratif sénégalais
y veille-t-il avec une attention particulière.
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À cet égard, il a été jugé qu’encourt l’annulation, la décision du comité de règlement
des différends de l’Autorité de régulation des marchés publics qui a rejeté le recours
d’un soumissionnaire évincé, sans rechercher si l’attributaire provisoire avait joint à
son dossier les certificats d’agrément du constructeur et de formation technique de
ses équipes, comme exigé par le cahier des charges, qui prévoit que si le fournisseur
n’est pas le constructeur, il devra produire tous certificats d’agrément du constructeur
et de formation technique de ses équipes.
C’est sans doute le principe d’égalité des candidats, voire de non-discrimination, qui
sous-tend le fait qu’en cas de reprise de la procédure de passation sur injonction de
l’autorité de régulation, l’attributaire initial peut concourir à nouveau au même titre
que les autres candidats sans être handicapé par le seul fait que c’est son offre qui a
été retenue.
Ces décisions mettent en relief la détermination du juge de la légalité à corréler, à
travers le contrôle qu’il opère, la mise en œuvre du dispositif de passation des marchés
publics et le respect des principes fondamentaux.
Il convient de souligner que plusieurs matières ont été abordées par le juge
administratif passant du contentieux des délégués du personnel à celui portant sur le
domaine national et les autorisations de construire, entre autres.
Honorables invités,
Ces avancées notables ne peuvent faire occulter l’urgence et la nécessité d’améliorer
l’intervention du juge administratif dans le contrôle de l’administration. C’est donc un
contrôle à adapter.
Il faut toutefois évoquer les limites du système : en premier, le délai de traitement qui,
malgré des efforts immenses, restent dans la fourchette d’un an après l’introduction
du recours auprès du greffe de la Cour.
Ensuite, le droit au recours qui semble être remis en cause par une formalité excessive,
à notre avis, telle que l’obligation de signifier la requête, outre l’absence de
prérogatives du juge administratif sur l’exécution de sa décision qui se traduit par
l’inexistence d’un pouvoir d’astreinte et d’un pouvoir d’injonction.
En effet, en application des dispositions des articles 194 du code des obligations civiles
et commerciales et 74 du code des obligations de l’administration, il n’y a pas
d’exécution forcée, ni de possibilité d’injonction.
Selon l’article 194 alinéa 2 précité, « Il n’y a pas d’exécution forcée ni de mesures
conservatoires contre l’État, les collectivités locales et les établissements publics ».
Mais aussi, il faut le relever pour le déplorer, le plus souvent, c’est l’administration elle-
même qui fait de la résistance. L’administration doit comprendre, qu’au même titre
que les particuliers, elle doit se soumettre au droit, en usant le cas échéant des voies
de recours.
La question essentielle qui se pose, à la suite de ces quelques difficultés, est alors de
savoir dans quelle mesure, et par le biais de quels moyens, le juge administratif peut
contraindre l’administration à se conformer à ses décisions.

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Une autre contrainte résulte de l’absence de spécialisation des juges chargés du
contentieux administratif, la formation de base étant généraliste et, en plus, le premier
contact avec ce contentieux ne se faisant qu’en fin de carrière à la Cour suprême.
À l’évidence, le juge administratif est garant de la légalité et en cas de violation, il doit
sanctionner. Par conséquent, il est intéressant de rechercher les techniques qui
pourraient assurer sa soumission réelle et effective au droit.
Ce qui nous pousse à suggérer, à défaut d’une réforme en profondeur du système de
contrôle juridictionnel de l’administration, des mesures tendant à prendre
concrètement en charge la recherche de l’efficacité du rôle assigné aux juges pour
encadrer l’action administrative et la limiter en cas d’arbitraire ou de violation de la loi.
C’est pourquoi, nous proposons de mettre en place, dans le cadre du processus de
modernisation prôné par Monsieur le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux,
spécialiste en la matière et jadis ardent défenseur de la dualité de juridiction, un comité
de travail qui aura à réfléchir sur les idées suivantes.
Ces idées, en attendant d’être complétées par d’autres, portent sur l’organisation du
contrôle, sur le cadre légal d’évolution de l’administration, sur la saisine du juge et sur
ses pouvoirs.
Il importe d’abord, selon nous, de mieux renforcer la spécialisation des juges
administratifs, qui ne débouche pas forcément sur un ordre spécialisé, par une
formation continue accrue et un temps de présence plus conséquent à leurs fonctions.
Il faudrait surtout penser à la décentralisation du recours pour excès de pouvoir, du
moins pour une certaine catégorie d’actes, notamment ceux édictés par les autorités
déconcentrées ou les élus locaux.
Il y a lieu également de revoir les dispositions du code des obligations de
l’administration qui datent de 1965, avec certes une modification en 2006 liée à la
transposition des directives communautaires de l’UEMOA en matière de marchés
publics. Cela permettrait de prendre en compte les nouvelles tendances du droit des
contrats administratifs au Sénégal, comme l’a remarquablement relevé le professeur
Mayacine Diagne dans son article éponyme.
Le raccourcissement du délai implicite de rejet serait intéressant à explorer compte
tenu de sa durée assez longue de quatre mois, dans un contexte où la vitesse du
temps constitue un paradigme de notre civilisation.
Il convient, en outre, d’assouplir les formalités d’introduction du recours pour excès de
pouvoir par la suppression effective de la consignation et envisager en ce qui concerne
la signification de la limiter aux procédures qui mettent en cause des personnes autres
que l’État central. Ce qui faciliterait l’effectivité du droit au recours.
L’institution d’un organe chargé d’aider l’administration dans l’exécution des décisions
du juge pourrait aussi être envisagée.
Le vice-président du Conseil d’État français, Jean-Marc Sauvé s’interrogeait, à propos
du comportement du juge administratif face à la décision qu’il rend, en ces termes :
je cite « Mettre à néant l’acte, mais se refuser à dire ce qui doit nécessairement

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découler de cette disparition, n’est-ce point, pour le juge, s’arrêter à mi-chemin, sans
aller au bout de sa tâche ?» fin de citation.
À cet égard, l’exécution effective des décisions du juge administratif ne peut se faire
sans la mise en place de procédures d’injonction et d’astreinte. Plusieurs pays africains
l’ont déjà expérimenté, renforçant du coup l’efficacité du contrôle de l’administration.
Ces mécanismes ne doivent pas, il est vrai, pousser les juges à violer le principe de
séparation des fonctions administratives et judiciaires et s’immiscer dans le rôle confié
aux autorités administratives, mais doivent, au-delà de l’explicitation du sens technique
des décisions, servir à garantir la jouissance réelle des droits des administrés.
Dans ce sillage, il convient d’intégrer dans l’analyse l’identification des personnes
morales de droit public concernées, la notion d’administration étant très large.
De ce fait, nous devons définir les administrations qui sont susceptibles d’être
condamnées par le juge administratif en cas d’inexécution de sa décision.
D’abord, on vise l’État qui, souvent très puissant, ne souhaite pas voir son action
bloquée par le droit. Toutefois, il peut se trouver débiteur d’une obligation et en cas
de non-respect, voir sa responsabilité engagée.
Ensuite, les collectivités locales, les établissements publics et les Agences pour lesquels
le pouvoir d’exécution semble pouvoir être mis en œuvre.
Au titre du droit comparé, nous avons relevé le cas intéressant de la France, pays dans
lequel, si ce pouvoir a découlé de la jurisprudence, a fini par être adopté dans le code
de justice administrative.
Pour terminer sur les moyens d’adapter le système de contrôle du juge administratif,
d’autres recommandations s’imposent, notamment l’élaboration d’un code
administratif et la sensibilisation des acteurs de la justice, de la société civile et des
administrés en général, sans oublier le toilettage du code général des collectivités
locales en référence au référé administratif.
Enfin, il convient de relever que certes beaucoup a été fait, mais il reste aussi beaucoup
à entreprendre. Ainsi en est-il de la vie des hommes et des institutions.
Le droit administratif, qui est considéré parfois comme un droit de conciliation et
d’équilibre, doit veiller à encadrer l’exercice du pouvoir exorbitant de l’administration
et assurer la protection des droits et libertés des citoyens.
Pour ce faire, il faut promouvoir l’accessibilité et l’intelligibilité de la loi afin de
permettre aux populations, pour lesquelles l’administration a été instituée, de mieux
connaître leurs droits ainsi que les garanties qui leur sont offertes.
La digitalisation de notre société incite également à adapter notre administration ainsi
que le contrôle du juge administratif à l’environnement numérique qui impose de
nouveaux défis.
L’aspect financier n’échappe pas également au contrôle juridictionnel puisque la Cour
des comptes reste dépositaire de cette mission et, en plus, de façon générale une
compétence est donnée aux juridictions sénégalaises pour le contentieux de
l’interprétation et de l’appréciation dans lequel il s’agit de se prononcer sur le sens d’un
acte ou sur sa régularité et cela, en vertu de l’unité de juridiction.
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Aussi faudrait-il rappeler que le contrôle de l’administration n’est pas seulement
l’apanage du juge administratif, mais celui-ci conserve une place centrale dans
l’encadrement de son organisation et de son fonctionnement ainsi que de l’exercice de
ses missions.
Au Sénégal, le contrôle juridictionnel de l’administration est relativement efficace
puisqu’au fond, il y a un cadre qui organise la limitation de l’administration par le droit,
et partant, par le juge, lequel cadre devant faire l’objet de réformes, pour tenir compte
de l’ancrage de l’État de droit et de la modernisation de la justice tant voulue par les
pouvoirs publics.
Je vous remercie de votre attention.

Document n° 3 : ARRÊT N° 26 DU 18 AVRIL 2018 PNA c/ ONG ASI

Résumé : ACTION EN JUSTICE – ACTION EN RESPONSABILITÉ ADMINISTRATIVE -


RECOURS ADMINISTRATIF PRÉALABLE – INOBSERVATION – FIN DE NON-RECEVOIR
D’ORDRE PUBLIC (NON)
La règle édictée par l’article 729 du code de procédure civile selon laquelle, en matière
administrative, toute action en justice doit être précédée d’une demande adressée à
l’autorité administrative désignée pour recevoir l’assignation, n’est pas une fin de non-
recevoir d’ordre public.
La Cour suprême,
Vu la loi organique n° 2017-09 du 17 janvier 2017 sur la Cour suprême ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Dakar, 23 décembre 2016 n° 358), que l’Imprimerie
NOUROU PUB avait été choisie par La Pharmacie nationale d’Approvisionnement (PNA)
pour la réalisation de calendriers, à l’issue d’une consultation restreinte de plusieurs
entreprises, dont l’Organisation non gouvernementale Action de Solidarité islamique
(l’ONG ASI) ; que prétendant que le calendrier fabriqué par l’adjudicataire était une
contrefaçon de son modèle, l’ONG ASI a assigné la PNA et l’Imprimerie NOUROU PUB,
aux fins d’obtenir la cessation immédiate de la production et de la distribution desdits
calendriers, la remise des moyens ayant permis leur production et le paiement de
dommages intérêts ;
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 729 du code de procédure civile :
Attendu que la PNA fait grief à l’arrêt de ne pas soulever d’office la fin de non-recevoir
tirée de l’inobservation de la formalité de la demande préalable, prévue par l’article
729 du code de procédure civile alors, selon le moyen, que ce texte institue une
formalité préalable d’ordre public ;
Mais attendu que la règle édictée par l’article 729 du code de procédure civile n’étant
pas d’ordre public, le juge du fond n’était pas tenu de la soulever d’office ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
Document n° 4 : ARRÊT N°24 DU 12 AVRIL 2018 LA SOCIÉTÉ ZENITH
COMPANY SARL ET AUTRES c/ ÉTAT DU SÉNÉGAL.

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Après en avoir délibéré conformément à la loi :

Considérant que le 24 novembre 2016, le directeur des industries de transformation


de la pêche a pris la circulaire n° 00799 MPEM/DITP dont la teneur suit : « Dans le
cadre de la normalisation de l’exercice de la profession de mareyeur exportateur 3ème
catégorie telle que définie par le décret n° 2009-1226, toutes les personnes physiques
détentrices de la carte exportateur-Afrique sont informées que lesdites cartes ne seront
plus valables à compter du 1er janvier 2017. À cet effet, aucun renouvellement ne sera
plus admis en application rigoureuse de la règlementation en vigueur et par
conséquent, un certificat sanitaire ne sera délivré au requérant détenteur de ladite
carte » ;

Qu’estimant n’avoir pas été prévenus de cette mesure qui les met dans une situation
de cessation d’activités, la société de mareyage Zenith Company SARL et 22 autres
sociétés et groupements d’intérêt économique sollicitent l’annulation de ladite
circulaire ;

Considérant que l’État du Sénégal soulève l’irrecevabilité du recours aux motifs que,
d’une part, la circulaire attaquée qui se borne à expliciter la réglementation en vigueur
relativement à la délivrance de la carte mareyeur-exportateur 3ème catégorie est une
circulaire interprétative, non exécutoire, insusceptible de recours pour excès de
pouvoir et, d’autre part, les requérants ont eu connaissance de la circulaire depuis le
28 décembre 2016 et n’ont introduit leur requête que le 5 avril 2017, soit au-delà du
délai légal de deux mois ;

Considérant qu’aux termes de l’article 74 de la loi organique n° 2017-09 du 17 janvier


2017 sur la Cour suprême « le recours pour excès de pouvoir n’est recevable que
contre une décision explicite ou implicite d’une autorité administrative » ;

Considérant que la circulaire que l’autorité administrative prend en application des lois
et règlements est susceptible d’être attaquée en excès de pouvoir lorsqu’elle revêt un
caractère impératif et fait grief ;

Considérant que la circulaire attaquée, qui fixe un délai de validité des cartes de
mareyeur de la 3ème catégorie et en interdit le renouvellement, revêt un caractère
impératif et fait grief aux requérants, titulaires de ces cartes, qui sont ainsi privés de
la possibilité de faire du mareyage à l’exportation ;

Qu’elle est donc susceptible d’être attaquée en annulation devant le juge administratif
;

[…]

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Par ces motifs :

Déclare […] recevable le recours formé par la société Zenith Company SARL et 22
autres sociétés et groupements d’intérêt économique contre la circulaire n° 00799
MPEM/DITP du 24 novembre 2016 du directeur des industries de transformation de la
pêche ;

Document n°5 : Cour suprême, JEAN PAUL Ac c/MAMADOU Aa

Arrêt n° 59 du 3 juillet 2019

L’exception d’illégalité ne peut être dirigée que contre les actes réglementaires et non
contre les actes individuels lesquels, en raison de leur non permanence, s’ils ne sont
contestés ou retirés dans le délai du recours pour excès de pouvoir, confèrent un droit
acquis au profit de leurs destinataires. C’est à bon droit, qu’une cour d’Appel a ordonné
l’expulsion d’un occupant qui contestait la légalité de la décision d’affectation de la
parcelle litigieuse au demandeur.

La Cour suprême,

Après en avoir délibéré conformément à la loi ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Dakar, 6 mai 2010, n° 331) que, suivant acte de vente
du 29 septembre 2001, M. Aa a acheté auprès de M. Ab, gérant de la société Cahou
Loisirs, les peines et soins du terrain formant le lot n° 26 du lotissement de Nianing ;
qu’estimant que ladite parcelle était occupée par M. Ac, M. Aa l’a assigné en expulsion ;

Sur les premier et deuxième moyens réunis, tirés de la violation de la loi et du défaut
de base légale :

Attendu que M. Ac fait grief à l’arrêt d’accueillir la demande, alors, selon le moyen :

1°/que d’une part, l’alinéa 3 du décret n° 72-1288 du 27 octobre 1972 relatif aux
conditions d’affectation et de désaffectation des terres du Domaine national concerne
l’attributaire dont le nom figure dans le registre et non un supposé acquéreur qui doit
régulariser sa situation en faisant inscrire son nom, et d’autre part, qu’il n’occupe pas

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le lot n° 26 mais le lot n° 28 et que l’acte de vente dont se prévaut M. Aa a été pris
par le sous-préfet qui est incompétent ;

2°/qu’au même titre que M. Aa, une ou plusieurs autres personnes pourraient disposer
des mêmes documents, et rien, dans ce cas, ne pourra démontrer que le terrain revient
à tel ou tel autre ; que la cour d’Appel ne devait pas fonder sa décision sur ces
constatations légères d’autant que l’expert n’a pas expressément relevé qu’il occupe
effectivement le lot n° 26 du plan de lotissement de Nianing II ;

Mais attendu que l’arrêt relève d’abord que l’action du demandeur est fondée sur l’acte
de vente du 29 septembre 2001 et non sur l’acte administratif du 12 septembre 1999
produit pour établir les droits du cédant et que M. Ac, qui n’excipe d’aucun titre sur la
parcelle litigieuse, ne peut justifier son occupation ;

Qu’ensuite, il énonce que l’exception d’illégalité dirigée contre l’acte administratif du


12 septembre 1999 ne peut être opposée qu’aux actes réglementaires et non aux actes
individuels lesquels, en raison de leur non permanence, s’ils ne sont contestés ou
retirés dans le délai du recours pour excès de pouvoir, confèrent un droit acquis au
profit de leurs destinataires ;

Qu’en l’état de ces énonciations et constatations, la cour d’Appel a décidé, à bon droit,
d’ordonner l’expulsion du requérant ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

Par ces motifs :

Rejette le pourvoi formé par B Ac contre l’arrêt n° 331 du 6 mai 2010 rendu par la
cour d’Appel de Dakar ;

Le condamne aux dépens ;

Dit que le présent arrêt sera imprimé, qu’il sera transcrit sur les registres de la cour
d’Appel de Dakar, en marge ou à la suite de la décision attaquée ;

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Ainsi fait, jugé et prononcé par la Cour suprême, chambre civile et commerciale en
son audience publique tenue les jour, mois et an que dessus et où étaient présents
Messieurs :

PRÉSIDENT : EL HADJI MALICK SOW ; RAPPORTEUR : KOR SèNE ; CONSEILLERS :


KOR SèNE, SOULEYMANE KANE, AMADOU C A, MOUSTAPHA BA ; AVOCAT GÉNÉRAL :
AHMET DIOUF ; GREFFIER : MAÎTRE MAURICE DIOMA KAMA.

Document n°5 : L’ordonnance de référé administratif n°1 du 28 janvier 2021,


Alioune Badara Badiane

Cour suprême du Sénégal

Ordonnance n°1 du 28 janvier 2021

Référé administratif

ENTRE

• Alioune Badara Badiane, demeurant à Kaolack, élisant domicile en l’étude


du Maitre Ousmane Séye, avocat à la Cour, rue 7 x B résidence Atlas au Point
E à Dakar ;
Demandeur ,
D’une part,
ET

• Le Procureur général près la Cour suprême ;


• Le Procureur général près Cour d’Appel de Dakar ;

DEFENDEUR :

D’autre part,

Le Conseiller doyen, désigné en qualité de juge des référés ;

Vu la requête en référé-liberté reçue le 2 novembre 2020 au greffe central par laquelle


Alioune Badara Badiane, en détention à la maison d’arrêt et de correction du pavillon
spécial à Dakar, élisant domicile en l’étude de Maitre Ousmane Sèye, Avocat à la Cour,
sollicite que le Procureur Général près la Cour Suprême et le Procureur général près la
Cour s’appel de Dakar ordonnent sa libération immédiate de pour la sauvegarde de sa
liberté fondamentale d’aller et de venir garantie par la Constitution, gravement atteinte
d’une manière manifestement illégale ;

Vu la loi organique n° 2017-09 du 17 janvier 2017 sur la Cour suprême ;

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Vu l’exploit du 5 novembre 2020 de Maitre Weyndé Dieng, huissier de Justice, portant
signification de la requête ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Ouï Monsieur Oumar Gaye, conseiller, juge des référés, en son rapport ;

Ouï Monsieur Amadou Mbaye Guissé, avocat général, en ses conclusions tendant à
l’irrecevabilité ;

Après en avoir délibéré conformément à la loi ;

Considérant qu’Alioune Badara Badiane, poursuivi pour le délit d’escroquerie portant


sur des deniers publics, a été placé sous mandat de dépôt depuis le 19 juin 2014 ;

Que par arrêt n°215 du juin 2020, la chambre d’accusation de la Cour d’appel Dakar
a ordonné sa liberté provisoire ;

Considérant que le Procureur général près la Cour d’Appel de Dakar a formé le


pourvoi en cassation n°13/2020 du 15 juin 2020 contre l’arrêt n°215 susvisé ;

Que par arrêt n°67 du 7 Octobre 2020, le Président de la chambre criminelle de la


Cour suprême a déclaré le Procureur général déchu de son pourvoi et a ordonné
l’exécution de l’ordonnance à la diligence du Procureur général près la Cour suprême ;

Que malgré un commandement du requérant du 27 octobre 2020 de Maitre Weinde


Dieng, Huissier de justice, au régisseur de la maison d’arrêt et de correction du pavillon
spécial de l’hôpital A. le Dantec, le Procureur général près la Cour d’Appel de Dakar et
le Procureur général près la Cour suprême n’ont pas exécuté l’arrêt rendu par la
chambre criminelle de la Cour suprême ;

Qu’estimant que sa détention est injustifiée, le requérant sollicite, en vertu de l’article


85 de la Loi organique n°2017-09 du 17 janvier 2017 sur la Cour suprême que le
Procureur général près la Cour suprême et le Procureur général près la Cour d’Appel
de Dakar ordonnent la libération immédiate pour la sauvegarde de sa liberté
fondamentale d’aller et de venir garantie par la constitution, gravement atteinte d’une
manière manifestement illégale ;

Considérant que l’article 85 susvisé prévoit que le juge des référés, saisi d’une
demande justifiée par l’urgence, peut ordonner toutes les mesures nécessaires à la
sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public
ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté,
dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale ;

Considérant qu’il y a urgence dès lors que la décision querellée porte atteinte de
manière suffisamment grave et immédiate aux intérêts du requérant qui est toujours
maintenu en détention, sous la prévention du délit d’escroquerie portant sur des
deniers publics ;
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Considérant que le référé-liberté, prévu par l’article 85 précité, ne peut être mis en
œuvre que lorsque, d’une part, il y a urgence et, d’autre part, une personne morale
de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public,
dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, s’est abstenu de prendre une décision ou a pris
une décision qui porté une atteinte grave et manifestement illégale à ne liberté
fondamentale.

Considérant que le juge administratif n’est pas compétent à l’égard des autorités
judiciaires que lorsque celles-ci agissent en qualité de simple autorité administrative,
notamment, pour les décisions touchant à l’administration des juridictions et non pour
les actes liés à l’exercice de leur fonction juridictionnelle, comme c’est le cas en
l’espèce, et qui ne rentrent pas dans le champ d’application de l’article 85 susvisé ;

Qu’il s’ensuit que la requête que requête doit être déclarée est irrecevable

Par ces motifs

Déclare irrecevable la requête de Alioune Badara Badiane tendant à ce que le


Procureur général près la Cour suprême et le procureur général près la Cour d’Appel
de Dakar ordonnant sa libération immédiate pour la sauvegarde de sa liberté
fondamentale d’aller et de venir.

Le Président Le greffier

Oumar GAYE

Cheikh DIOP

Document n° 6 : Extrait du Bulletin d’Information de la Cour Suprême 11-


12 2018, pp 66-67

En matière de référé administratif

La loi organique n° 2008-35 du 8 août 2008 sur la Cour suprême ne connaissait pas
le référé mais plutôt le sursis à exécution dont la demande était appréciée de manière
collégiale par la chambre administrative. Le sursis à exécution était prévu en ces
termes :

« Art. 73-2. – Sur demande expresse de la partie requérante, la Cour suprême peut, à
titre exceptionnel, ordonner le sursis à exécution des décisions des autorités
administratives contre lesquelles a été introduit le recours en annulation. Le sursis en
exécution ne peut être accordé que si les moyens invoqués paraissent, en l’état de
l’instruction, sérieux et si le préjudice encouru par le requérant est irréparable ».
Depuis l’entrée en vigueur de la loi organique 2017-09 du 17 janvier 2017, la cour
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suprême connaît une avancée notable sur la réponse adéquate qu’il sied de donner
aux situations d’urgence lorsqu’elle est saisie sur le fondement des articles 83 à 90 de
cette loi. Pour situer le nouveau contexte qui permet à un seul juge de statuer sur
l’urgence, il est intéressant de reproduire ici ces articles de la nouvelle loi organique.

Art. 83. – Il est institué un juge des référés en matière administrative. Il statue par
des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se
prononce dans les meilleurs délais. Est juge des référés, le Premier président de la
Cour suprême ou le magistrat qu’il désigne à cet effet.

Art. 84. – Quand une décision administrative fait l’objet d’une requête en annulation,
le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de
l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie
et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute
sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est
statué sur la requête en annulation de la décision dans les meilleurs délais.

Art. 85. – Saisi d’une demande justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner
toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une
personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion
d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave
et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-
huit heures.

Art. 86. – En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence
de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres
mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

Art. 87. – Sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision
administrative préalable, le juge des référés peut désigner un expert pour constater
sans délai les faits survenus, susceptibles de donner lieu à un litige devant la Cour
suprême.

Art. 88. – Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment,
au vu d’un élément nouveau, modifier les mesures qu’il avait ordonnées ou y mettre
fin.

Art. 89. – Le juge des référés statue au terme d’une procédure contradictoire écrite ou
orale. Lorsqu’il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles 84 et 85
de la présente loi organique, de les modifier ou d’y mettre fin, il informe sans délai le
Procureur général et les parties de la date et de l’heure de l’audience publique. Le
Procureur général présente des conclusions.

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Art. 90. – Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il
apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence
de la Cour suprême, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des
référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les
deux premiers alinéas de l’article 89 de la présente loi organique.

Depuis l’entrée en vigueur de cette loi organique, le juge des référés est intervenu à
quelques reprises pour se prononcer sur quelques points.

Document n°7 : Extraits combinés de discours (Allocution de M. Cheikh


Ahmed Tidiane COULIBALY, Procureur général près la Cour suprême (1),
Allocution de Me Mbaye GUÉYE, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Sénégal
(2) et du Président Macky SALL (3)) à l’occasion de la rentrée solennelle des
Cours et Tribunaux 2017-2018, in RAPPORT ANNUEL DE LA COUR SUPRÊME
2018.

1- « […] Quant au référé-liberté, son exercice gagnerait en efficacité si le juge avait


la possibilité d’adresser des injonctions à l’administration. En effet, si l’administration
s’abstient d’agir alors qu’un droit fondamental est en cause, la décision du juge même
intervenue à temps, n’en sera pas moins inefficace, voire inutile, faute de pouvoir
enjoindre à l’administration d’agir.

Il est possible de penser et de soutenir que la formulation générale du texte, «


ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale »,
pourrait autoriser le juge à s’affranchir de l’impossibilité d’adresser des injonctions à
l’administration, mais encore faut-il que l’État soit dans les dispositions de respecter
l’autorité de la chose jugée.

De manière générale, l’exécution des décisions du juge administratif constitue une


véritable difficulté, car le plaideur est suspendu à la bonne grâce de l’État qui bénéficie
de l’immunité d’exécution et ne peut être contraint par voie d’astreinte.

Au final, pour peu que l’État n’adhère pas à la décision du juge, il peut en toute
impunité, se garder d’en assurer l’exécution. Une telle situation, lorsqu’elle se présente,
non seulement n’est pas conforme au procès équitable, mais elle est en soi contraire
à la séparation des pouvoirs et à l’État de droit. Il serait alors indiqué qu’une réflexion
puisse être engagée, sur la possibilité pour le juge administratif d’adresser des
injonctions à l’administration dans certaines conditions et d’assortir sa décision
d’astreinte comminatoire, voire de substituer sa décision à celle de l’administration en
cas d’annulation, notamment en matière d’urbanisme et de marchés publics.

Lors de l’audience solennelle de rentrée, en novembre 1987, un ancien chef de l’État


(Abdou DIOUF), interpelé sur la responsabilité de l’État, du fait de la non-exécution
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des décisions de justice, avait répondu en ces termes « À tous les échelons, j’ai donné
des instructions pour qu’aucune décision de justice exécutoire ne reste inexécutée du
fait de l’inertie, de la carence ou de la mauvaise volonté de l’État » et ajoutait « il est
de l’honneur de l’État d’exécuter ou de faire exécuter les décisions de justice lorsqu’il
est concerné ou pour le bénéfice d’un tiers ».

2- […] « L’exécution de la décision peut parfois être impossible pour des raisons
pratiques. Lorsque l’administration refuse de participer à l’exécution de la décision
d’annulation, le juge se trouve dans l’impossibilité de se substituer à elle ou de lui
adresser des injonctions.

Il n’existe pas de voie d’exécution forcée contre l’administration, sauf qu’il est possible
d’engager la responsabilité de l’administration sur la base du refus d’exécuter une
décision d’annulation. Pour contourner les difficultés résultant de l’impossibilité
pratique d’exécuter une décision d’annulation, l’administration procède parfois à la
validation législative des actes annulés.

Comment aborder ce sujet sans déplorer le fait récent qui a consisté à voir des
soutenues félicitations et encouragements adressés à un ministre qui a publiquement
exprimé son refus d’appliquer une décision de justice.

L’Assemblée nationale qui a voté une motion de soutien s’est-elle au préalable, assurée
que la validité législative n’était pas possible. Enfin, si nous concédons que les
intéressés devaient être extirpés du système scolaire, mais sans qu’il soit nécessaire
d’exprimer certaines positions par rapport à une décision de justice, il reste que le «
deux poids deux mesures » est manifeste car à ce jour, les autorités administratives
et politiques qui avaient contribué à mettre des personnes inaptes dans le système
scolaire n’ont subi aucune sanction pénale, alors que les délits sont évidents. »

3- […] En outre, la question de l’exécution par l’administration des décisions de justice


est pour moi une exigence de modernité juridique de l’État de droit.

En effet, la soumission de l’État au droit, outre le respect des règles qu’il s’est fixé, se
mesure aussi à leur application et particulièrement à l’exécution volontaire des
décisions de justice devenues irrévocables.

Cependant, j’estime qu’il est nécessaire d’assurer une protection à l’État, aux
collectivités locales et aux établissements publics contre l’exécution forcée des
décisions de justice afin de préserver l’impératif de continuité du service public.

En effet, imaginez la situation où le Trésor public verrait ses comptes bloqués ou saisis
par un créancier. Comment l’État pourrait-il faire face à certaines de ses obligations

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relatives à la sécurité, au paiement des salaires, à l’accès à la santé, à l’eau et à
l’électricité ?

Autoriser l’exécution forcée contre l’État, ce serait porter atteinte à la souveraineté de


l’État ; ce serait perturber le bon fonctionnement du service public. Toutefois, cette
règle de protection ne devrait pas conduire la puissance publique à ne pas faire face
à ses obligations issues de décisions de justice devenues définitives.

La puissance publique doit être protégée comme elle doit, également, être responsable
pour répondre des conséquences de ses actes. Aussi, conformément à la loi,
l’administration a-t-elle l’obligation d’inscrire dans son budget les dettes résultant de
condamnations judiciaires pour honorer ses engagements.

Il y va même de la crédibilité de l’État, garant de l’exécution des décisions de justice.

Par ailleurs, je dois rappeler que la loi n° 90-07 du 26 juin 1990, relative à l’organisation
et au contrôle des entreprises du secteur parapublic prévoit que le justiciable « muni
d’un titre exécutoire peut, après vaine mise en demeure, obtenir à la diligence du
ministre chargé des Finances, l’inscription d’office de ses créances au titre des
dépenses obligatoires ».

Cette procédure me semble plus à même de réaliser l’équilibre entre le respect des
droits du citoyen et la préservation de la continuité du service public.

Je préfère cette solution qui est fondée sur les ressources de la loi, à celle préconisée
par le Procureur général, portant sur la possibilité de prononcer des injonctions
assorties d’astreintes contre l’administration.

Au demeurant, je reste ouvert à toutes les autres techniques juridiques, compatibles


avec nos réalités et nos ressources, et pouvant aider à assurer la soumission réelle et
effective de l’administration au droit.

Document n°8

Cour suprême du Sénégal,

Arrêt n°10 du 28 mars 2019

La société Sénémer fishing sa c/port autonome de Dakar,

La Cour suprême,

Vu la loi organique n° 2017-09 du 17 janvier 2017 sur la Cour suprême ;

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Vu le Code des obligations de l’administration ;

Après en avoir délibéré conformément à la loi ;

Considérant que par un document du 21 septembre 2017, intitulé « Cahier des charges
portant autorisation accordée à la Société Sénémer pour l’établissement et
l’exploitation d’un immeuble sur le domaine portuaire », ladite société s’est vu octroyer
par le Port autonome de Dakar (PAD) une concession de 2000 m² sur ce domaine ;

Que par décision n° 581/PAD/DAJA/SG du 23 février 2018, le directeur général du PAD


a retiré l’autorisation d’occuper ladite parcelle ;

Que la société Sénémer sollicite l’annulation de cette décision en invoquant deux (2)
moyens : le premier, tiré de la violation :

- de l’article 1er alinéa 5 de la loi n° 92-63 du 22 décembre 1992 modifiant l’article 3


de la loi du 18 août 1987 autorisant la création de la Société nationale du Port
autonome de Dakar ;

- des articles 32 et suivants de la loi n° 76-67 du 2 juillet 1976 relative à l’expropriation


pour cause d’utilité publique et aux autres opérations foncières d’utilité publique ;

- de l’article unique de la loi n° 2005-20 du 5 août 2005 modifiant l’article 4 de la loi


n° 76-67 du 2 juillet 1976 relative à l’expropriation pour cause d’utilité publique et aux
autres opérations foncières d’utilité publique ;

- de l’article 5 de la loi n° 70-14 du 6 février 1970 fixant les règles d’application des
lois, actes administratifs à caractère règlementaire et des actes administratifs à
caractère individuel ;

Le second, tiré de la violation de l’article 11 alinéa 2 du cahier des charges ;

Considérant qu’il résulte des dispositions combinées des articles 74 de la loi organique
sur la Cour suprême et 139 du Code des obligations de l’administration que le recours
pour excès de pouvoir n’est recevable que contre une décision explicite ou implicite
d’une autorité administrative et que les tribunaux de grande instance sont compétents
pour connaître du contentieux des contrats administratifs ;

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Considérant que l’autorisation d’occuper le domaine portuaire est, en principe, précaire
et révocable et que l’autorité portuaire peut y mettre fin à tout moment pour des motifs
d’intérêt général ;

Considérant que l’acte attaqué, de par sa substance, est indissociablement lié à la


convention conclue entre le PAD et la société requérante ;

Que le retrait anticipé de l’autorisation d’occuper le domaine portuaire, même en


l’absence de faute du contractant, ne peut donner lieu qu’à un recours indemnitaire
devant le juge du tribunal de grande instance ;

Qu’il s’ensuit que le recours doit être déclaré irrecevable ;

Par ces motifs :

Déclare irrecevable le recours formé par la société Sénémer contre la décision n°


581/PAD/DAJA/SG du 21 septembre 2018 du directeur général du Port autonome de
Dakar portant retrait de son autorisation d’occuper le domaine portuaire ;

Ainsi fait, jugé et prononcé par la chambre administrative de la Cour suprême, en son
audience publique ordinaire tenue les jour, mois et an que dessus et où étaient
présents Madame et Messieurs :

PRÉSIDENT : ABDOULAYE NDIAYE ; CONSEILLERS : C A, OUMAR GAYE, Z B, Y X


WADE ; AVOCAT GÉNÉRAL : OUSMANE DIAGNE ; AVOCATS : MAÎTRE ALIOUNE CISSé,
MAÎTRE SAER LO THIAM ; GREFFIER : CHEIKH DIOP.

Document n°9

Il résulte de ce qui précède que le problème de la distinction des


contentieux d'annulation et de pleine juridiction ne prend son importance pratique
que limité à la distinction concrète du recours pour excès de pouvoir et du recours de
pleine juridiction au sens strict (recours en matière de contrats et de responsabilité).
C'est le recours pour excès de pouvoir que l'administré doit utiliser
lorsqu'il entend demander au juge :
a) de confronter une décision de l'administration avec les règles de droit
auxquelles elle est assujettie ;
b) de constater la non-conformité de la décision à ces règles ;
c) d'annuler la décision reconnue illégale ;
C'est le recours de pleine juridiction que l'administré doit utiliser
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lorsqu'il entend demander au juge :
a) de reconnaître à son profit l'existence d'un droit ;
b) de constater qu'il a été porté irrégulièrement atteinte à ce droit ;
c) d'ordonner les mesures nécessaires au rétablissement de la situation sur la base
de ce droit ;
Il en résulte, touchant le régime des deux recours, des différences
appréciables :
a) le recours de pleine juridiction n'est ouvert qu'au titulaire du droit violé ;
le recours pour excès de pouvoir est beaucoup plus large : tous ceux qui ont
intérêt à l'annulation de la décision illégale peuvent le former ;
b) le recours de pleine juridiction tend à la condamnation d'une personne,
automatiquement défenderesse ; le recours pour excès de pouvoir ne tend pas à la
condamnation de quelqu'un mais à l'annulation de quelque chose ; il n'a donc pas,
en principe, de défendeur ; procès entre parties, dit-on de l'un ; procès fait à l'acte,
dit-on de l'autre. Toutefois, cette différence tend à s'effacer

c) le demandeur peut joindre, à un recours de pleine juridiction, des


conclusions en annulation : par exemple, s'il demande réparation du préjudice que
lui a causé une décision illégale, il peut en demander aussi l'annulation. Par contre,
un recours pour excès de pouvoir ne peut comporter que des conclusions en
annulation.

Enfin, la décision rendue à l'issue des deux recours n'a pas la même autorité : celle
de la décision d'annulation rendue sur recours pour excès de pouvoir est absolue ;
c'est à l'égard de tous que l'acte est détruit. Au contraire, la décision rendue sur
recours de pleine juridiction n'a que l'autorité relative de la chose jugée, c'est-à-dire
entre les parties au recours, selon le droit commun(…).
Jean Waline, Droit administratif, 27e édition, Paris, Dalloz, 2018, pp. 651-652 ;

Document n°10
Cour suprême,
arrêt n° 26 du 18 avril 2018
PNAc/ONG ASI
La Cour suprême,
Vu la loi organique n° 2017-09 du 17 janvier 2017 sur la Cour suprême ;
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Dakar, 23 décembre 2016 n° 358), que l’Imprimerie
NOUROU PUB avait été choisie par La Pharmacie nationale d’Approvisionnement
(PNA) pour la réalisation de calendriers, à l’issue d’une consultation restreinte de
plusieurs entreprises, dont l’Organisation non gouvernementale Action de Solidarité
islamique (l’ONG ASI) ; que prétendant que le calendrier fabriqué par l’adjudicataire
était
une contrefaçon de son modèle, l’ONG ASI a assigné la PNA et l’Imprimerie NOUROU
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PUB, aux fins d’obtenir la cessation immédiate de la production et de la distribution
desdits calendriers, la remise des moyens ayant permis leur production et le
paiement
de dommages intérêts ;
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 729 du code de
procédure civile :
Attendu que la PNA fait grief à l’arrêt de ne pas soulever d’office la fin de non-
recevoir tirée de l’inobservation de la formalité de la demande préalable, prévue par
l’article 729 du code de procédure civile alors, selon le moyen, que ce texte institue
une
formalité préalable d’ordre public ;
Mais attendu que la règle édictée par l’article 729 du code de procédure civile
n’étant pas d’ordre public, le juge du fond n’était pas tenu de la soulever d’office ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
Sur le second moyen pris en ses deux branches réunies, tirées de la
violation des articles 25 et 58 de l’Annexe IV de l’Accord de Bangui du 2
mars
1977 instituant l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle
(OAPI) :
Attendu que la PNA fait grief à l’arrêt de la déclarer responsable de contrefaçon et
de
la condamner au paiement alors, selon le moyen :

1°/ que l’article 25 dudit Accord ne définit nullement la contrefaçon, en ce qu’il


dispose que toute atteinte portée sciemment aux droits garantis par la présente
Annexe est
punie d’une amende de 1 000 000 à 6 000 000 francs CFA ;
2°/ qu’elle n’était dans aucun des cas de contrefaçon prévus par le texte susvisé ;
Mais attendu qu’ayant relevé qu’il n’est pas contesté par la PNA que les calendriers
2011/1432 édités pour elle par l’Imprimerie NOUROU PUB, étaient une réplique du
modèle de l’ONG ASI, déjà enregistré à l’OAPI, suivant arrêté n° 10/0131/OAPI du 31
août 2010, et que le même modèle de calendrier lui avait déjà été livré, par l’ONG
ASI, lors de commandes antérieures, comme l’attestent les bons de commande et
bordereaux de livraison versés au dossier, puis retenu qu’elle a utilisé en
connaissance de
cause lesdits calendriers, la cour d’Appel en a exactement déduit que la PNA avait
commis un acte de contrefaçon ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
Par ces motifs :
Rejette le pourvoi ;
Condamne la PNA aux dépens ;
Dit que le présent arrêt sera imprimé, qu’il sera transcrit sur les registres de la cour
d’Appel de Dakar en marge ou à la suite de la décision attaquée ;
Ainsi fait, jugé et prononcé par la Cour suprême, chambre civile et commerciale en

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son
audience publique tenue les jour, mois et an que dessus et où étaient présents
Madame
et Messieurs :
PRÉSIDENT : EL HADJI MALICK SOW ; RAPPORTEUR : EL HADJI MALICK
SOW ; CONSEILLERS : SOULEYMANE KANE, AMINATA LY NDIAYE, WALY
FAYE, AMADOU LAMINE BATHILY ; AVOCAT GÉNÉRAL : MATAR NDIAYE ;
GREFFIER : MAÎTRE MAURICE DIOMA KAMA

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