Introduction Au Droit de La Santé: I-Définition
Introduction Au Droit de La Santé: I-Définition
I- Dé nition
Le droit de la santé n’est pas une branche du droit comme le sont le droit civil et le droit
administratif. Le droit de la santé regroupe l'ensemble des règles applicables aux activités
dont l'objet est d’améliorer, restaurer, protéger la santé des personnes. Ainsi son domaine
est très vaste comprenant entre autre les réglementations en santé publique (promotion de la
santé, prévention et protection de la santé des populations, sécurité sanitaire, gestion des risques
sanitaires), les réglementations et encadrements des activités médicales et para-médicales,
l’organisation des services publics de santé (système hospitalier privé ou public, Sécurité Sociale)
et des professionnels intervenant dans le domaine de la santé.
Le droit de la santé est hétérogène par ses sources puisqu’il emprunte tantôt au droit privé, tantôt
au droit public :
- Il emprunte au Droit privé dans l’étude des responsabilités civiles ou pénales des
professions de santé ou des établissements de santé privée en cas de faute ;
- Il emprunte au Droit public dans l’étude de la responsabilité administrative des établissements
publics de santé en cas de faute.
- Le Code de l’action sociale et de la famille (article L311-3) : « (…) Dans le respect des
dispositions législatives et réglementaires en vigueur, lui sont assurés :
1° Le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité et de sa sécurité…
4° La con dentialité des informations le concernant (…) »
a. Droit à la prévention
Après la loi du 4 mars 2002, la loi relative à la politique de santé publique de 2004 est venue
replacer la prévention au cœur des priorités sanitaires. Dans cette loi, l’Etat a rme sa
responsabilité en matière de santé publique : « L’accès à la prévention et aux soins des
populations fragilisées constituent un objectif prioritaire de la politique de santé » (article L1411-1
du Code de la santé publique).
Il a été proposé des actions prioritaires a n d’améliorer l’état de santé de la population, en xant
des orientations stratégiques ciblant la lutte contre le cancer et les consommations à risque, la
lutte contre les violences, les impacts de l’environnement sur la santé, la qualité de vie des
personnes atteintes de maladies chroniques et la prise en charge des maladies rares.
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et décisions des autorités sanitaires ». Toute activité de soins ou de prévention peut comporter
des risques pour le patient. C’est l’évaluation de la balance béné ce-risque (les béné ces
attendus pour le patient doivent être supérieurs ou être au moins égaux aux risques qu’il encoure)
qui devra guider le professionnel lorsqu’il propose une intervention au patient.
Des agences sanitaires placées sous la tutelle du Ministre chargé de la Santé ont ainsi été créées
a n de s’assurer et d’évaluer la sécurité sanitaire :
- Santé Publique France, regroupant l’InVS (Institut national de Veille Sanitaire, 1998), l’Inpes
(Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, 2002) et
l’Eprus (Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires, 2007),
- HAS : Haute Autorité de Santé,
- ANSM : Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé,
- ANSES : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du
travail,
- EFS : Etablissement Français du Sang,
- ABM : Agence de la Biomédecine,
- INCa : Institut National du Cancer,
- IRSN : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire.
d. Droit à la prise en charge de la douleur et droit aux soins palliatifs
Obligation déontologique et obligation légale depuis 1999, la prise en charge de la douleur est un
droit fondamental de tout patient, a n de garantir le respect de sa dignité. Les soins palliatifs
sont des « soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire, en institution ou à
domicile [visant] à soulager la douleur, à apaiser la sou rance physique, à sauvegarder la dignité
de la personne malade et à soutenir son entourage ».
1) LE DROIT À L’INFORMATION
Le droit du patient à être informé sur son état de santé, qui n’était jusque-là qu’une obligation
déontologique et jurisprudentielle, a été inscrit dans le Code de la santé publique par la loi du
4 mars 2002. Cela témoigne de l’évolution de la relation médecin-malade devenue plus égalitaire
où le patient devient acteur de sa prise en charge.
c. La qualité de l’information
L’information délivrée par le médecin doit être « loyale, claire et appropriée sur son état, les
investigations et les soins qu’il lui propose ». Tout au long de la prise en charge, le médecin
doit s’assurer que cette information a bien été comprise par le malade.
Lors de la prise en charge d’enfants, d’adolescents ou de majeurs sous tutelle, l’information
médicale doit être délivrée aux représentants de l’autorité parentale ou aux tuteurs mais aussi le
jeune patient ou le majeur protégé dans un langage adapté à son degré de maturité et à ses
facultés de discernement.
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Responsabilité des professionnels
de santé
Comme tout citoyen, le professionnel de santé (in rmier, médecin, sage-femme, dentiste…) est
responsable de ses actes et peut avoir à en répondre devant la justice. Il est ainsi soumis au droit
commun, tant sur le plan personnel que lors de son activité professionnelle.
Lorsque les actes médicaux n’ont pas de nalité thérapeutique (actes de chirurgie esthétique par
exemple), le professionnel de santé a une obligation de moyens et non de résultats. Si cette
obligation de moyen n’est pas respectée, la responsabilité du professionnel pourra être engagée.
Il faut di érencier deux fonctions à la mise en jeu de la responsabilité du professionnel de
santé :
- une fonction répressive, qui vise à sanctionner le professionnel lorsqu’il commet une
infraction. Il s’agit de :
o la responsabilité pénale
o la responsabilité disciplinaire
- une fonction d’indemnisation des victimes en réparation d’un dommage résultant de la prise
en charge médicale. Il s’agit de :
o la responsabilité civile
o la responsabilité administrative
Il faut rajouter à ces quatre types de responsabilités, une responsabilité médicale extra-judiciaire
en cas d’accident médical qui pourra suivre une procédure amiable de conciliation et
d’indemnisation.
1- La responsabilité pénale
La responsabilité pénale est personnelle. Elle concerne tout professionnel de santé, quelque
soit son mode d’exercice, libéral, hospitalier, … Le but est de sanctionner pénalement (par une
peine d’amende ou une peine d’emprisonnement) un professionnel de santé qui aurait commis
une faute constitutive d’une infraction pénale, inscrite dans le code pénal.
a) Les infractions pouvant engager la responsabilité d’un professionnel de santé sont variées.
En voici quelques exemples. La liste n’est pas limitative : infractions contre les personnes
(violences ayant entraînées une incapacité totale de travail, atteinte involontaire à l’intégrité d’une
personne, homicide involontaire, mutilation ou in rmité permanente, non assistance à personne
en péril, interruption illégale de grossesse), infractions aux obligations légales (violation du
secret professionnel, délivrance de faux certi cat, corruption pour faux certi cats, violation des
réglementations concernant les substances stupé antes, exercice ou concours illégal à une
profession de santé, refus de déférer à une réquisition, usurpation de titres).
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2- La responsabilité disciplinaire
Nous prendrons ici l’exemple du Conseil de l’Ordre des Médecins
Le Conseil de l’Ordre des Médecins a pour but de :
- veiller au maintien des principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à
l’exercice de la médecine,
- veiller au respect des règles édictées par le Code de déontologie,
- assurer la défense de l’honneur et de l’indépendance de la profession médicale.
La responsabilité disciplinaire d’un médecin vient sanctionner la commission d’une faute
disciplinaire, c’est-à-dire tout manquement aux règles de la déontologique médicale édictées
dans le Code de déontologie médicale, désormais inséré dans le Code de la santé publique.
L’action disciplinaire est indépendante de l’action civile ou pénale. L’Ordre des Médecins
n’est pas tenu par la décision du juge administratif ou du juge judiciaire, mais le pénal tient le
disciplinaire en l’état, c’est-à-dire que l’Ordre des Médecins sursoit à statuer pour que soit établie
la matérialité des faits lors du procès pénal.
a) Les faits punissables sont nombreux, la liste n’étant pas limitative : manquements aux règles
déontologiques, infractions pénales relatives à l’exercice de la médecine, emploi de
thérapeutiques dangereuses, fautes graves (négligence, faux certi cats, défaut de
confraternité, violation des règles relatives aux honoraires…)
c) La procédure
La chambre disciplinaire de 1e instance (du Conseil Régional de l’Ordre) peut être saisie par :
- Le Conseil National, les Conseils départementaux
- Les syndicats médicaux
- Le Ministre de la Santé, le Ministre de la Sécurité Sociale
- Le Préfet de Région
- Les directeurs de l’ARS
- Le Procureur de la République
- Un médecin inscrit au tableau
Il faut noter dès à présent que le patient n’est pas habilité à saisir la Chambre Disciplinaire de
1ère instance.
Le Conseil Régional doit statuer dans les 6 mois. La plainte sera tout d’abord noti ée au
médecin mis en cause qui aura un délai de 15 jours pour produire un mémoire en défense. Il
peut se faire assisté d’un avocat ou d’un confrère. Ensuite un Conseiller va être rapporteur de
l’a aire à l’audience à laquelle sont convoqués le médecin et l’auteur de la plainte.
A l’issu de cette audience, une sanction disciplinaire peut être prononcée à l’encontre du médecin
mis en cause : un avertissement qui constitue la sanction la moins lourde, un blâme, une
interdiction temporaire ou permanente d’exercer plusieurs ou la totalité des fonctions de médecin,
la radiation du tableau de l’Ordre des Médecins, qui constitue la sanction extrême.
d) Et pour le patient ?
Le patient ne peut déposer plainte devant le Conseil Régional. Il doit tout d’abord adresser sa
plainte au Conseil départemental de l’Ordre des Médecins. Le Conseil Départemental a obligation
de tenter une conciliation. La conciliation aboutit dans la moitié des cas environ. Même en cas de
conciliation, le Conseil Départemental devra transmettre la plainte au Conseil Régional.
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faits intéressant l’exercice de la profession, relevés à l’encontre des médecins à l’occasion des
soins dispensés aux assurés sociaux.
3- La responsabilité civile
En matière de responsabilité des professionnels de santé, la procédure civile vise à la réparation
d’un préjudice résultant d’une faute professionnelle. La responsabilité d’un professionnel de santé
ne peut être engagée qu’en cas de faute, à l’exception des infections nosocomiales pour
lesquelles il existe une présomption de faute du professionnel. Le délai de prescription est de
10 ans.
La réparation du préjudice de la victime se fera par versement de dommages et intérêts par
l’assurance du professionnel mis en cause.
En l’absence de faute (exemple de l’aléa thérapeutique), aucune indemnité ne sera réclamée
au professionnel de santé par la Justice.
4- La responsabilité administrative
A l’image de la procédure civile, la responsabilité d’un établissement de santé ne peut être
engagée qu’en cas de faute, à l’exception des infections nosocomiales pour lesquelles il existe
une présomption de faute de l’établissement. Le délai de prescription est de 10 ans.
D’une façon générale, l’administration est réputée responsables des fautes commises par ses
agents (sauf fautes détachables du service).
Il en est de même en matière de responsabilité des professionnels de santé exerçant en secteur
public : l’établissement public hospitalier est réputée responsable d’une faute commise par un
professionnel de santé lors de son activité médicale, sauf en cas de faute détachable du service
(faute inexcusable).
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Ainsi la responsabilité de l’établissement public va se substituer à la responsabilité
individuelle du professionnel pour les fautes médicales commises. Mais le professionnel de
santé demeure responsable de ses fautes personnelles inexcusables.
C’est donc l’hôpital public qui va indemniser le patient (versement de dommages et intérêts par
l’assurance de l’établissement) pour le dommage causé par l’un de ses agents. Ce principe vaut
pour tous les professionnels de santé d’un établissement public, quel que soit leur statut, dès lors
qu’ils n’exercent pas à titre privé.
b) Mise en œuvre
Le patient qui veut demander une indemnisation à un établissement public en raison d’un
préjudicie lié aux soins, va tout d’abord présenter une réclamation à l’administration de
l’hôpital en question. Une tentative de médiation et de conciliation est tentée. En cas de rejet de
la conciliation ou en l’absence de réponse de l’établissement dans un délai de 4 mois, le patient
est en droit de porter l’action devant le tribunal administratif.
L'ÉTHIQUE MÉDICALE
L'éthique médicale a une histoire longue et riche. Elle est en fait beaucoup plus ancienne que
l’époque Hippocratique, de la Grèce. Même les sociétés tribales, sans langue écrite, avaient
déjà des valeurs bien articulées qui orientaient la prestation de soins de santé par les chamans,
les exorcistes, les sorcières, les sorciers et les prêtres, ainsi que par les sages-femmes, les
rebouteux et les herboristes.
L'une des plus anciennes dispositions écrites relatives à la pratique de la médecine provient du
Code d'Hammurabi, rédigé à Babylone vers 1750 avant J.-C. Elle stipule que si un médecin
utilise une lancette de bronze pour pratiquer une opération majeure sur un membre de la
noblesse qui entraîne la mort ou la perte d'un œil, la main du médecin sera coupée. D'autres
dispositions anciennes de l'éthique médicale étaient ancrées dans une tradition religieuse. Un
monument dans le sanctuaire d'Asclépios, par exemple, dit aux médecins d'être "comme Dieu :
Sauveur également des esclaves, des indigents, des hommes riches, des princes, et à tous un
frère, une telle aide qu'il donnerait" ; et la Prière quotidienne d'un médecin, souvent attribuée au
médecin juif du douzième siècle Moïse Maïmonide (mais on pense maintenant qu'elle date du dix-
huitième siècle), condamne non seulement "la soif de pro t" mais aussi "l'ambition de
renommée et d'admiration".
Les codes éthiques anciens étaient souvent exprimés sous forme de serments.
Le serment médical le plus connu dans la tradition occidentale est le serment d'Hippocrate,
généralement considéré comme datant du cinquième siècle avant J.-C., et souvent considéré
comme le fondement même de l'éthique médicale occidentale. Malgré l'attrait constant du
serment, ses origines sont entourées de mystère. Vers 500 avant J.-C., de nombreuses écoles de
médecine coexistaient, chacune d'entre elles re étant des croyances médicales, philosophiques
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et religieuses quelque peu di érentes. L'une de ces écoles de médecine, sur l'île de Cos, était
dirigée par le médecin Hippocrate. L'école hippocratique a produit un grand nombre d'écrits sur
la médecine, la science et l'éthique. La date du serment est toutefois inconnue, les estimations
allant du sixième siècle avant J.-C. au début de l'ère chrétienne (Edelstein 1967).
L'importance du serment dans l'histoire de l'éthique médicale occidentale est double. Le serment
établit les principes de bienfaisance et de non-malfaisance, c'est-à-dire que les médecins
doivent agir de manière à béné cier à leurs patients et chercher à prévenir les dommages.
En outre, l'interdiction de donner une potion pour provoquer un avortement, ou de donner un
poison pour mettre n à la vie d'un patient, est conforme à la conception du caractère
sacré de la vie humaine. D'autres aspects du serment - comme l'injonction d'honorer son
professeur comme un parent, "de partager son sort et, le cas échéant, de lui fournir les produits
nécessaires à la vie" - sont moins fréquemment évoqués dans les discussions modernes sur
l'éthique médicale.
Alors que certains chercheurs a rment que l'importance croissante du serment d'Hippocrate est
liée à la montée du christianisme, cette a rmation est contestée par d'autres qui pensent qu'il
existe des di érences et des tensions signi catives dans l’éthique des médecines hippocratique
et chrétienne. A di érentes époques, diverses modi cations ont donc été introduites pour rendre
le serment d'Hippocrate acceptable pour les chrétiens. L'une des plus anciennes remonte au
dixième ou onzième siècle. Elle est intitulée "Du serment selon Hippocrate dans la mesure où
un chrétien peut le prêter". Ce serment n'exigeait plus des médecins chrétiens qu'ils jurent sur
les dieux et déesses grecs ; au contraire, ceux qui prêtaient serment s'adressaient à " Dieu le Père
de notre Seigneur Jésus-Christ ".
L'une des in uences morales les plus signi catives du christianisme est peut-être l'accent mis sur
l'amour du prochain et la compassion pour les malades. Les institutions religieuses, comme les
monastères, ont commencé à créer des "hôpitaux" pour les malades et les indigents, et
l'enseignement chrétien a souligné que les médecins devaient cultiver les vertus de compassion
et de charité. Un traité, datant probablement du début du XIIe siècle, exhorte les médecins à ne
pas soigner "par appât du gain, ni à accorder plus de considération au riche qu'au pauvre, ou au
noble qu'à l'ignoble", et au XIIIe siècle, Thomas d'Aquin considérait comme un péché le fait pour
un médecin d'exiger des honoraires excessifs ou de refuser de donner un traitement gratuit à un
patient qui allait mourir par manque de ce traitement.
Si la cupidité et le manque de charité étaient considérés comme des péchés, d'autres
pratiques l'étaient également.
Navarre, un éminent canoniste du XVIe siècle, a fourni une déclaration claire qui condamne
l'euthanasie comme un péché, même si elle est motivée par la pitié. En cela, il suit la
déclaration antérieure de saint Augustin, dans La Cité de Dieu, selon laquelle les chrétiens ne
doivent pas choisir le suicide pour échapper à la maladie, et la condamnation de cette pratique
par Thomas d'Aquin au motif qu'elle est contre nature et qu'elle usurpe la prérogative de Dieu de
donner et de prendre la vie.
S'agissant d'un autre sujet qui reste au centre du débat bioéthique contemporain - l'avortement -
la position historique de l'Église a été quelque peu ambiguë. Si la pratique était systématiquement
condamnée dans la littérature chrétienne primitive, son caractère répréhensible était souvent
considéré comme une question de degré. À la suite d'Aristote, plusieurs penseurs - dont Thomas
d'Aquin - ont estimé que seul l'avortement d'un fœtus animé constituait un homicide.
L'animation était présumée à 40 jours pour les fœtus masculins, et à 90 jours pour les fœtus
féminins. Dans l'ensemble, cette opinion est restée dominante jusqu'en 1869, date à laquelle Pie
IX a déclaré que tous les avortements directs constituaient un homicide, quel que soit le stade de
développement du fœtus.
Au cours des millénaires, de nombreux groupes religieux ont tenté les vertus et les devoirs
essentiels des médecins, et d'articuler leurs réponses aux questions d'éthique médicale. En outre,
il existe bien entendu de nombreux enseignements religieux non chrétiens. L'éthique médicale
juive et islamique, par exemple, dé nit les devoirs et les responsabilités des médecins juifs ou
islamiques.
Au l des siècles, les praticiens de la médecine ont continué à ré échir aux qualités que le
médecin vertueux devrait posséder avec les patients. Si ces ré exions étaient généralement liées
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aux tendances et enseignements religieux dominants, les XVIIe et XVIIIe siècles ont apporté
quelques changements.
John Gregory, un éminent médecin-philosophe écossais du XVIIIe siècle, s'est inspiré des
philosophies des Lumières pour exprimer son point de vue selon lequel les médecins doivent
être "sympathiques", dans le sens développé par le grand philosophe écossais David Hume. En
d'autres termes, le médecin devait développer "cette sensibilité du cœur qui nous fait ressentir les
détresses de nos semblables et qui, par conséquent, nous incite de la manière la plus puissante à
les soulager".
Les ré exions de Gregory sur le rôle des médecins et la relation médecin-patient sont toujours
d'actualité. Non seulement il est probablement le premier médecin à avoir cherché à développer
une base morale universelle pour l'éthique médicale - une base qui soit exempte de
préoccupations religieuses et paroissiales étroites - mais sa vision du rôle central peut également
être considérée comme l'une des premières articulations d'une "éthique des soins".
Récemment, les approches de l'éthique fondées sur les soins ont joué un rôle important dans les
approches féministes et in rmières de l'éthique.
L'opinion selon laquelle la responsabilité première de l'in rmière était envers le médecin a prévalu
jusque dans les années 1960, et était encore re étée dans la version de 1965 du Code
international d'éthique in rmière. Le point 7 de ce code stipule "L'in rmière a l'obligation
d'exécuter les ordres du médecin avec intelligence et loyauté".
Le renouveau de la pensée féministe à la n des années 1960 est parallèle au développement de
la conscience de soi et de l'a rmation de soi des in rmières, et dans le Code des in rmières du
Conseil international des in rmières de 1973, la "responsabilité première" de l'in rmière
n'est plus considérée comme étant envers les médecins mais envers les patients - "envers
les personnes qui ont besoin de soins in rmiers."
Cette remise en question par les in rmières de leur rôle traditionnel et de leur relation avec les
médecins et les patients a ni par converger avec un mouvement de philosophes féministes qui
ont remis en question la vision traditionnelle de l’éthique. Au lieu de cette conception de l'éthique,
des philosophes féministes comme Nel Noddings (1984) ont conçu l'éthique comme un tissu de
soins et de responsabilités découlant des relations personnelles. Jean Watson, in rmière et
éminente partisane d'une éthique des soins in rmiers, applique à la situation des soins in rmiers
le point de vue de Noddings selon lequel une éthique des soins "nous lie aux personnes que nous
servons et non aux règles par lesquelles nous les servons".
BIOÉTHIQUE
Le premier ouvrage "moderne" de bioéthique est sans doute Morals and Medicine de
Joseph Fletcher, publié en 1954. Fletcher était un théologien épiscopalien américain dont
l'approche controversée des questions éthiques, fondée sur "l'éthique de la situation",
s'apparentait davantage à l'éthique conséquentialiste qu'aux vues chrétiennes traditionnelles.
Dans cette optique, il a par la suite abandonné ses convictions religieuses. Bien que Fletcher ait
stimuler le sujet, ce n'est que dans les années 1960 que la bioéthique a vraiment commencé à
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prendre forme en tant que domaine d'étude. Cette période a été marquée par d'importants
changements culturels et sociaux. Pendant une grande partie de la n des années 1960 et du
début des années 1970, les autorités universitaires ont été assiégées par les étudiants en
exigeant que leurs cours soient adaptés aux grands problèmes sociaux du moment. Ces
changements ont également eu un e et sur la pratique de la philosophie, suscitant un regain
d'intérêt pour l'éthique normative et appliquée. Alors que l'orthodoxie dominante parmi les
philosophes moraux anglophones tout au long des années 1960 était que la philosophie traite de
l'analyse des termes moraux plutôt que des questions pratiques.
De plus en plus, les philosophes moraux ont commencé à s'intéresser à des questions
éthiques pratiques telles que l'avortement et l'euthanasie, l'éthique de la guerre et de la peine
capitale, l'allocation de ressources médicales rares, les droits des animaux, etc. Ils ont souvent
osé remettre en question ce qui n'avait pas été remis en question auparavant. Comme certaines
de ces questions étaient liées aux pratiques en matière de soins de santé et de sciences
biologiques, ce mouvement philosophique a contribué à faire de la bioéthique une discipline
essentielle.
L'autre impulsion majeure à la croissance du domaine a été le développement de nouvelles
technologies médicales qui ont soulevé des questions auxquelles personne n'avait eu besoin de
répondre auparavant. L'un des premiers problèmes de bioéthique très médiatisés aux États-
Unis le montre clairement. Les premières machines capables de dialyser des patients sou rant
d'insu sance rénale ont sauvé de façon spectaculaire la vie de patients qui, sans cela, seraient
morts en quelques jours ; mais ces machines étaient très coûteuses et les patients sou rant de
maladies rénales étaient beaucoup plus nombreux que les machines. En 1962, le centre de rein
arti ciel de Seattle, dans l'État de Washington, a créé un comité chargé de sélectionner les
patients à traiter. Ses décisions de vie ou de mort lui ont valu le nom de "comité de Dieu" et ont
attiré l'attention sur les critères utilisés. Une étude qui a révélé un biais en faveur des personnes
de la même classe sociale et de la même origine ethnique que le comité lui-même a ni par
susciter de nouvelles discussions sur la meilleure façon de résoudre de tels problèmes.
De toutes les percées médicales de cette période, la plus médiatisée est la première
transplantation cardiaque, réalisée par le chirurgien sud-africain Christiaan Barnard en
1967. Le décès du patient 18 jours plus tard n'a pas refroidi les esprits de ceux qui ont salué une
nouvelle ère de la médecine - avec les dilemmes éthiques qui l'accompagnent. La possibilité de
réaliser des transplantations cardiaques était liée au développement des respirateurs, qui
avaient été introduits dans les hôpitaux dans les années 1950. Les respirateurs ont permis de
sauver de nombreuses vies, mais dans certains cas, leur cerveau avait complètement cessé de
fonctionner. La prise de conscience que ces patients pouvaient être une source d'organes pour la
transplantation a conduit à la création du comité de Harvard sur la mort cérébrale et à sa
recommandation ultérieure selon laquelle l'absence de toute "activité perceptible du système
nerveux central" devrait être "un nouveau critère de décès". Cette recommandation a ensuite
été adoptée, avec quelques modi cations, presque partout.
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spina-bi da, contribuant ainsi à un débat en cours sur la pertinence d'une approche de "qualité
de vie" ou de "sainteté de vie" dans la pratique de la médecine.
Ce n'est qu'en 1976 qu'un cas historique aux États-Unis a apporté son soutien à l'opinion selon
laquelle les médecins n'avaient pas le devoir légal de prolonger la vie en toutes
circonstances. Karen Ann Quinlan, qui était tombée dans le coma, était attachée à un
respirateur pour l'aider à respirer. Son état était un "état végétatif chronique persistant". Lorsque
le médecin traitant a refusé de débrancher le respirateur, l'a aire a été portée devant la Cour
suprême du New Jersey, qui a décidé que le maintien en vie pouvait être interrompu sans que le
médecin traitant soit considéré comme ayant commis un homicide illégal. Cette a aire a eu des
répercussions sur la ré exion future concernant diverses questions liées aux décisions médicales
de n de vie, telles que la pertinence morale et juridique de la distinction entre les moyens de
traitement dits ordinaires et extraordinaires, le rôle des parents ou des tuteurs dans les décisions
médicales de n de vie, la validité ou non des souhaits précédemment exprimés par un patient
désormais incompétent concernant le traitement de maintien en vie, etc.
D'importantes questions éthiques avaient déjà été soulevées aux États-Unis en ce qui concerne
l'éthique de l'expérimentation humaine. On avait appris que des patients du Jewish Chronic
Disease Hospital de Brooklyn s'étaient vu injecter des cellules cancéreuses vivantes, sans
leur consentement ; que, de 1965 à 1971, des enfants mentalement retardés du Willowbrook
State Hospital de New York s'étaient vu inoculer le virus de l'hépatite ; et qu'une étude de 1930
visant à déterminer "l'histoire naturelle" de la syphilis chez des hommes noirs non traités s'était
poursuivie à Tuskegee, en Alabama, jusqu'au début des années 1970.
L'attention du public portée à ces cas a entraîné des changements importants dans l'examen
minutieux que les agences américaines ont dorénavant porté à la recherche médicale. En 1973, le
Congrès américain a créé la Commission nationale pour la protection des sujets humains de
la recherche biomédicale et comportementale, dont les membres ont été chargés d'élaborer
des règlements qui protégeraient les droits et les intérêts des sujets de la recherche. Si le
rôle de la Commission n'était que temporaire, son in uence ne l'était pas. La plupart des
recommandations de la Commission sont devenues des lois réglementaires, et l'un de ses
rapports - le rapport Belmont - a clairement énoncé les principes éthiques qui, selon la
Commission, devraient régir la recherche : le respect des personnes, la bienfaisance et la
justice.
Par la suite, des principes comme ceux-là ont eu une in uence sur la bioéthique, puisqu'ils ont
été incorporés dans un texte de bioéthique largement utilisé, - Principles of BioMedical Ethics
(Beauchamp et Childress 2009).
La plupart des chercheurs du XIXe siècle ont suivi la règle d'or, ne menant des expériences non
thérapeutiques sur d'autres personnes que s'ils servaient eux-mêmes de sujets.
Toutefois, cette pratique a été abandonnée lorsqu'elle s'est avérée mortelle, comme ce fut le cas
lors des expériences américano-cubaines sur la èvre jaune en 1900 : elles coûtèrent la vie à
Jesse Lazear (1866-1900), un chercheur s’étant laissé volontairement piquer par un
moustique contaminé.
En s'éloignant du volontariat de la règle d'or, les chercheurs consciencieux ont commencé à
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explorer le consentement comme un autre moyen de légitimer les expériences.
Par coïncidence, en 1900, le ministère prussien de la santé a réagi à un scandale lié à l'éthique
de la recherche en exigeant le consentement des sujets de recherche humains.
Albert Moll a soutenu cette directive dans son livre de 1902, l'éthique du médecin, qui documente
quelque 600 cas d'expériences contraires à l'éthique, la plupart menées sans le consentement
des sujets.
Chef de le mondial en matière de protection des sujets humains, le ministère allemand de
l'intérieur a établi, en 1931, des lignes directrices qui exigeaient une expérimentation préalable sur
les animaux et un consentement éclairé. Deux ans plus tard, lorsque les nazis sont arrivés au
pouvoir, ils ont promulgué des lois protégeant les animaux : les personnes qui participent ou
pratiquent des vivisections sur des animaux seront déportées dans des camps de concentration.
Parmi toutes les nations civilisées, l'Allemagne est ainsi la première à mettre n à la honte
culturelle de la vivisection et donne leurs droits aux animaux cruellement persécutés, torturés
et, jusqu'à présent, totalement sans défense. Ce que le chancelier Adolph Hitler fera pour la
protection des animaux devrait servir de modèle aux dirigeants de toutes les nations civilisées.
Conséquence tragique : l'interdiction de l'utilisation des animaux comme sujets de recherche a eu
pour conséquence d'augmenter la demande de sujets humains.
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Lorsque le Sénat américain a tenu des audiences sur les abus de la recherche, des chercheurs
tels que Christiaan Barnard, (chirurgien spécialiste des transplantations cardiaques), ont déclaré
qu'une réglementation " serait une insulte aux médecins et retarderait considérablement les
progrès ".
Son mentor, Owen Wangensteen, a averti le Sénat de "veiller à ne pas enchaîner le chercheur
avec des contraintes inutiles, ce qui assécherait les ressources inexploitées de la créativité".
Ignorant ces avertissements, le Sénat américain a créé la Commission nationale pour la
protection des sujets humains de la recherche (1974-78), qui a recommandé que les comités
d'examen institutionnels examinent l'éthique des propositions de recherche comme condition
préalable au nancement par toute agence gouvernementale américaine. Les comités d’examen
institutionnels devaient être guidés par trois "principes éthiques fondamentaux" : le respect des
personnes, la bienfaisance et la justice.
EVOLUTION DE LA BIOÉTHIQUE
À la n des années 1960, des problèmes éthiques croissants avaient déjà conduit à la création,
aux États-Unis, des premières institutions et des premiers centres de bioéthique. L'un des plus
connus de ces centres - l'Institut de la société, de l'éthique et des sciences de la vie et sa
publication, le Hastings Center Report, a été l'une des premières publications exclusivement
destinées à la discipline naissante de la bioéthique.
Dès le départ, la bioéthique a été une entreprise interdisciplinaire. La bioéthique a franchi les
frontières non seulement de la médecine, des soins in rmiers et des sciences biomédicales, mais
aussi du droit, de l'économie et de la politique publique. La bioéthique, dans ce sens large et
interdisciplinaire, s'est depuis fermement établie comme un champ d'investigation et
d'apprentissage, d'abord aux États-Unis, puis dans de nombreux autres pays. Elle est désormais
enseignée dans les universités et de nombreuses écoles d'in rmières et de médecine. Il existe
aujourd'hui de nombreux centres de recherche en bioéthique dans le monde, et les bioéthiciens
sont souvent consultés. De nombreux pays ont leurs propres associations nationales de
bioéthique et l'Association internationale de bioéthique (IAB). Un certain nombre de revues
scienti ques de bioéthique très réputées émanent, et les congrès internationaux de bioéthique se
multiplient. En bref, si la bioéthique a vu le jour aux États-Unis, elle est désormais un champ
d'investigation mondial.
La bioéthique est également en train de devenir plus globale dans ses objectifs. On a pu noter
que 90 % des ressources de la recherche médicale sont consacrées à des maladies qui ne
représentent que 10 % de la charge mondiale de morbidité - les maladies dont les habitants
des pays riches sont susceptibles de sou rir. Cela s'explique en partie par le fait que les sociétés
pharmaceutiques n'ont aucun intérêt à développer des médicaments pour traiter des
personnes qui n'auront pas les moyens de les acheter, et en partie par le fait que les fonds de
recherche gouvernementaux des pays riches sont aussi principalement destinés à trouver des
traitements pour les maladies qui touchent les citoyens de ces pays. Il y a donc relativement
peu de recherche pour trouver des traitements pour les maladies dont les habitants des pays
pauvres sont susceptibles de sou rir. Cela pose une question éthique : les habitants des pays
riches, ont-ils l'obligation d'inverser ce déséquilibre ?
En fait, jusqu'aux années 1990, probablement moins de 10 % du travail des bioéthiciens était
axé sur les questions bioéthiques soulevées par 90 % de la charge mondiale de morbidité.
Cette situation est en train de changer.
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La n de vie : éthique et droit
La loi Leonetti du 22 avril 2005 a posé pour la France un repère important en rendant légal le
refus de l’acharnement thérapeutique. Elle prévoit qu’une personne en phase avancée ou
terminale d’une a ection grave et incurable peut décider de limiter ou d’arrêter tout traitement.
La loi précise immédiatement que le médecin, tout en devant respecter cette volonté du malade
qui le libère de toute obstination thérapeutique déraisonnable doit assurer la qualité de sa n de
vie en dispensant des soins proprement palliatifs. La loi Leonetti autorise à cet égard
l’utilisation de médicaments permettant de réduire la sou rance des patients en n de vie, même
s’il existe un risque d’abréger leur existence par l’emploi de ces médications. La loi Leonetti
autorise en n le patient à refuser ces soins.
Ce cadre légal consacre donc une double liberté du malade en n de vie : celle de refuser le
traitement et celle de refuser les soins palliatifs. Il repose par ailleurs sur une distinction
centrale : faire mourir demeure absolument interdit ; laisser mourir est devenu légal.
L’euthanasie dite active, par l’administration d’une dose létale de médicaments, est exclue.
La cessation de traitement qui maintient en vie avec une « obstination déraisonnable » est, elle,
devenue légale.
Le second cas est celui des êtres qui n’ont plus accès à leur volonté mais qui ont eu accès
à celle-ci. Faut-il, dans leur cas, penser un au-delà de la distinction entre « faire mourir » et
« laisser mourir » ? Le dispositif législatif adopté en 2005 est d’ores et déjà précieux en ce qui
concerne la condamnation de l’obstination thérapeutique déraisonnable. Il est également
précieux quant à la nécessité d’une délibération collégiale du corps médical, informé choses par
les examens cliniques, destinée à établir si le cerveau de la personne a été détruit de façon
irréversible, ou si, il apparaît qu’il est bien dans une phase terminale d’une maladie incurable,
dans un état pauci-relationnel dé nitif ou encore dans un coma profond dé nitif. Dans de tels cas,
les directives anticipées jouent un rôle-clé. Le principe est clair : valoriser autant que possible
l’autonomie personnelle en s’appuyant sur l’état antérieur de leur autonomie personnelle. Mais
que faire en l’absence de directives anticipées ?
Reste le troisième cas : celui des personnes qui ont accès à leur volonté. C’est encore une
fois un cas extrêmement di cile à trancher d’un point de vue éthique. Quelques éléments en sont
pourtant absolument clairs. Il est absolument clair que la première des urgences est de garantir
un accès aussi complet que possible des malades en phase terminale d’une a ection incurable
aux soins palliatifs. Le traitement est thérapeutique : il vise à vaincre la maladie. Le soin est de
part en part éthique : il vise à accompagner une personne en tant qu’elle est une personne dans
la sou rance, et à soulager autant que possible cette sou rance dans les limites de la volonté de
cette personne. Un malade qui veut a ronter la sou rance, ou une part de la sou rance, pour
conserver une lucidité dont il craint que les analgésiques le priveraient doit voir sa volonté
respectée : c’est encore le soigner que l’accompagner dans son choix. Reste la question
hautement controversée du suicide assisté. Les partisans de la légalisation du suicide assisté se
réfèrent principalement à deux cas : celui d’une a ection gravissime qui porte dé nitivement
atteinte à la possibilité pour une personne d’échapper à une sou rance insupportable, même et
surtout si sa survie n’est pas en danger : la perspective d’être enfermé dans une sou rance
insupportable pour de longues années ne peut être imposée ; celui d’un patient en phase
terminale d’une a ection incurable. Dans les deux cas, il faudrait établir un préalable obligatoire
: l’o re palliative la plus complète devrait avoir d’abord été proposée au patient. Il faudrait aussi
qu’une procédure établisse que la personne qui fait cette demande est compétente, c’est-à- dire
qu’elle soit lucide et un niveau d’information su sant. Dans le cas, tout particulièrement, de
malades en phase terminale déclarés tels et compétents par l’équipe médicale, les partisans de la
légalisation du suicide assisté proposent par exemple de rendre légale la possibilité pour le
médecin de rédiger une ordonnance permettant aux proches du patient (ou à une association) de
se procurer une substance létale.
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La loi du 9 juin 1999, dite "loi Kouchner", vise à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs.
Elle intègre les unités de soins palliatifs dans les schémas régionaux d’organisation sanitaire et
sociale (SROS).
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L’assistance au suicide a été légalisée en Autriche le 1er janvier 2022. Pour en béné cier, le
demandeur doit être dans un état de sou rance inévitable en raison soit d’une maladie mortelle
incurable, soit d’une maladie grave et durable aux symptômes persistants, dont les
conséquences a ectent durablement la personne dans l’ensemble de son mode de vie. La
substance létale est délivrée à la personne ou à son représentant, en pharmacie, sur
présentation des dispositions de n de vie. Le suicide a lieu dans un cadre privé avec
l’assistance d’une personne tierce, dans l’année qui suit la délivrance de la substance.
Aux Pays-Bas, l'euthanasie et l’assistance au suicide ont été légalisées le 1er avril 2002. Le
médecin doit respecter six exigences, qui supposent notamment de s’assurer que la demande
du patient est volontaire et mûrement ré échie, que sa sou rance est durable et insupportable et
qu’aucune autre solution raisonnable ne peut être apportée à sa situation.
L’euthanasie et l’assistance au suicide ont été légalisées au Luxembourg en mars 2009, au
Canada en juin 2016, en Nouvelle-Zélande en novembre 2021 (la loi y a été adoptée en
novembre 2019), en Espagne en mars 2021 et dans plusieurs États australiens (Victoria,
Tasmanie, Queensland, Australie occidentale et Australie du Sud).
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que l’agressé puisse tuer son assaillant pour se défendre à condition qu’il n’ait pas l’intention de
le faire. Thèse opposée à celle de Saint Augustin qui condamnait le fait de tuer en état de légitime
défense, y voyant une forme d’amour excessif de soi.
Les versions ultérieures de la doctrine du double e et vont toutes souligner la distinction entre le
fait de causer un préjudice moralement grave en tant qu'e et secondaire de la poursuite d'une
bonne n et le fait de causer un préjudice moralement grave en tant que moyen de poursuivre une
bonne n. Nous pouvons résumer cela en notant que pour certaines catégories d'actions
moralement graves, par exemple, causer la mort d'un être humain, le principe du double e et
combine une permission spéciale de causer incidemment la mort en vue d'une bonne n
avec une interdiction générale de causer instrumentalement la mort en vue d'une bonne n.
La doctrine repose sur quatre principes qui doivent être tous respectés en même temps (il est
exclu que l’un des principes puisse ne pas être respecté) :
• L'action elle-même doit être bonne ou moralement neutre
• Le bon e et doit résulter de l'acte et non du mauvais e et
• Le mauvais e et ne doit pas être directement voulu, mais doit être prévu et
toléré
• Le bon e et doit être plus fort que le mauvais e et, ou bien les deux doivent être
égaux.
Pourtant, la première hypothèse est fausse. Les médecins et les chercheurs ont insisté à
maintes reprises sur le fait que c'est un mythe de croire que les opioïdes administrés pour
soulager la douleur peuvent accélérer la mort.
Aucune recherche ne vient étayer l'a rmation selon laquelle les médicaments opioïdes
administrés de manière appropriée sont susceptibles de déprimer la respiration.
Dans une enquête sur les recherches portant sur cette question, Susan Anderson Fohr (1998.
“The Double E ect of Pain Medication: Separating Myth from Reality,” Journal of Palliative
Medicine, 1: 315–328) conclut :
"Il est important de souligner qu'il n'y a pas de débat entre les spécialistes des soins palliatifs et
du contrôle de la douleur sur cette question. Il y a un large consensus sur le fait que, lorsqu'ils
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sont utilisés de manière appropriée, la dépression respiratoire due aux analgésiques opioïdes est
un e et secondaire qui se produit rarement. La croyance que les soins palliatifs hâtent la mort
va à l'encontre de l'expérience des médecins les plus expérimentés dans ce domaine."
La croyance erronée que le soulagement de la douleur aura pour e et secondaire de hâter la mort
peut avoir l'e et malheureux d'amener les médecins, les patients et les familles des patients à
sous-traiter la douleur parce qu'ils craignent de provoquer ce prétendu e et secondaire.
La conclusion appropriée est donc que le double e et ne joue aucun rôle pour justi er
l'utilisation de médicaments opioïdes pour soulager la douleur dans le contexte des soins
palliatifs.
Pourquoi le double e et est-il si souvent mentionné dans les discussions sur le soulagement de la
douleur dans le contexte des soins palliatifs si son application repose sur un mythe médical ?
La popularité et l'attrait intuitif de cette prétendue illustration du double e et peuvent avoir deux
sources. Tout d'abord, l'intérêt de mentionner l'accélération admissible de la mort en tant qu'e et
secondaire simplement prévu peut être de le mettre en contraste avec ce qui est jugé moralement
inadmissible : l'administration de médicaments qui ne sont pas des analgésiques à un patient
atteint d'une maladie en phase terminale a n de hâter la mort et d'abréger ainsi les sou rances
du patient. Deuxièmement, le mythe selon lequel le soulagement de la douleur hâte la mort
pourrait avoir persisté et s'être perpétué parce qu'il exprime la pensée compatissante.
Ce point de vue peut ne pas être compatible avec l'invocation du double e et comme justi cation
: si, au cours du traitement d'un patient mourant, la mort n'est pas considérée comme un
préjudice, alors le double e et ne s'applique pas.
En outre, l'hypothèse apparemment compatissante selon laquelle le fait de hâter la mort est un
résultat bienvenu peut être indûment paternaliste dans le contexte des soins de n de vie où le
patient n'est pas mourant. Il est injusti é de supposer que le fait de hâter la mort est en soi une
forme de soulagement miséricordieux pour les patients atteints de maladies terminales et non un
e et secondaire regrettable à minimiser.
Rappelons que les formulations les plus plausibles du double e et exigeraient des agents qu'ils
cherchent à minimiser ou à éviter les préjudices simplement prévus qu'ils causent en tant
qu'e ets secondaires.
Certains membres de la Cour suprême des États-Unis ont invoqué le double e et pour
justi er l'administration de médicaments antidouleur à des patients recevant des soins
palliatifs et également pour justi er la pratique connue sous le nom de sédation terminale,
dans laquelle des médicaments sédatifs sont administrés à des patients sou rant de
douleurs intraitables et impossibles à traiter a n de provoquer une perte de conscience.
Si l'hydratation et la nutrition arti cielles ne sont pas fournies, la sédation entreprise pour traiter
une douleur rebelle peut bien accélérer la mort (si la mort est immédiatement imminente, alors
l'absence d'hydratation et de nutrition peut ne pas a ecter le moment de la mort).
La version la plus plausible et la plus défendable du principe du double e et exige que l'e et
secondaire nocif soit réduit au minimum, de sorte que le principe du double e et ne justi e pas
de refuser l'hydratation et la nutrition dans les cas où la mort n'est pas immédiatement
imminente.
La décision de suspendre l'hydratation et la nutrition semble dépendre d'un jugement selon lequel
la mort ne serait pas un préjudice pour le patient qui a été sédaté. Dans les circonstances où il ne
serait pas dommageable de provoquer la mort d'une personne, le principe du double e et ne
s'applique pas.
La sédation terminale ou complète est une réponse à une douleur intraitable chez les
patients sou rant d'une maladie terminale. Elle consiste à provoquer un ensemble de
conditions (sédation, inconscience, absence d'hydratation et de nutrition) qui, ensemble,
pourraient avoir pour e et de hâter la mort si celle-ci n'est pas déjà imminente. Dans tous les cas,
ces conditions rendent la mort inévitable.
Deux questions morales importantes se posent concernant cette pratique. Tout d'abord, la
sédation terminale est-elle appropriée si elle est nécessaire pour soulager la douleur rebelle chez
les patients diagnostiqués comme sou rant d'une maladie terminale, même si la mort n'est pas
imminente ?
C'est ce que Victor Cellarius (2008, “Terminal sedation and the imminence condition,” Journal of
Medical Ethics, 34: 69–72) appelle la sédation terminale précoce, car elle ne répond pas à
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l'exigence de l'imminence de la mort, généralement citée comme condition de l'admissibilité de
la sédation terminale. On pourrait s'attendre à ce que la sédation terminale précoce accélère la
mort en tant qu'e et secondaire de la fourniture de soins palliatifs pour une douleur
exceptionnellement récalcitrante.
Une deuxième question concerne la signi cation morale du fait qu'une fois la sédation intervenue,
la mort est inévitable, soit parce qu'elle était déjà imminente, soit parce que la privation
d'alimentation et d'hydratation l'a rendue inévitable. Serait-il permis d'augmenter le niveau de
sédation en prévoyant que cela précipiterait la mort qui est maintenant inévitable ? Les
applications traditionnelles du principe du double e et reposent sur l'hypothèse que la mort d'un
être humain innocent ne peut jamais être provoquée intentionnellement, et elles s'opposeraient à
une telle action. Pourtant, les hypothèses qui sous-tendent l'interprétation populaire du double
e et - à savoir que l'intention première du médecin est de soulager la douleur, que le fait de hâter
la mort ne serait pas malvenu dans ces circonstances très spéci ques, et que cette ligne de
conduite devrait être distinguée d'un cas d'euthanasie active qui n'est pas motivé par le
devoir de soulager la douleur - pourraient sembler plaider en sa faveur.
Le fait de considérer le principe du double e et comme une ligne directrice claire peut obscurcir
plutôt que clari er la discussion de ces situations.
Dans cette discussion, comme dans beaucoup d'autres, le principe du double e et peut servir
davantage de cadre pour annoncer des contraintes morales sur les décisions qui impliquent de
causer la mort à regret que de moyen de déterminer le contenu précis de ces décisions et les
jugements qui les justi ent.
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Principlisme
Morale commune
Terme utilisé de manière non uniforme par di érents auteurs en philosophie et en théologie. L'idée
générale est qu'au moins certains éléments de la moralité sont partagés et s'imposent à
toutes les communautés, cultures et époques. Dans leur approche principielle, Beauchamp et
Childress dé nissent la moralité commune comme l'ensemble des normes morales partagées par
toutes les personnes attachées à la moralité. Elle se distingue des moralités particulières qui
proviennent de sources culturelles, religieuses et institutionnelles de communautés et de
sociétés particulières. La moralité commune est utilisée par Beauchamp et Childress comme
fondement et justi cation des normes et des jugements moraux, et comprend les quatre principes
sur lesquels leur récit est basé.
Équilibre ré exif
Terme inventé par John Rawls pour désigner l'état idéal de cohérence parfaite et de soutien
mutuel de tous les éléments d'un système de croyances. Il est atteint par un processus de
délibération et d'ajustement mutuel des croyances con ictuelles dans le système. Dans la
pratique, l'équilibre ré exif ne peut être réalisé que dans une certaine mesure. Toute cohérence
des croyances n'est que provisoire et peut, en principe, être perturbée par de nouvelles idées et
ré exions. Le récit de l'équilibre ré exif est utilisé comme une théorie de la cohérence de la
justi cation, a rmant que les croyances (y compris les croyances morales) sont justi ées par la
cohérence du système auquel elles appartiennent.
Spéci cation
Méthode permettant d'appliquer des normes morales générales à des cas et des problèmes
concrets en ajoutant des clauses spéci ques au contexte, c'est-à-dire en précisant comment,
quand, où, par qui, à qui et par quels moyens une norme doit être respectée dans une situation
donnée. La norme spéci ée a un champ d'application plus restreint et un contenu di érent, mais
elle préserve l'engagement normatif de la norme initiale. La spéci cation est une forme de
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raisonnement synthétique basé sur la rationalité délibérative. La méthode a été développée par
Henry S. Richardson comme une alternative à la méthode d'application (c'est-à-dire la
subsomption déductive de cas particuliers sous des normes morales générales et l'équilibrage
intuitif de subsomptions con ictuelles).
Introduction
Le terme "principlisme" a été inventé par K. Danner Clouser et Bernard Gert en 1990 pour
désigner ce qui est également connu sous le nom d'approche des quatre principes de l'éthique
biomédicale par Tom L. Beauchamp et James F. Childress.
Utilisé à l'origine de manière quelque peu péjorative par Clouser, Gert et d'autres critiques, ce
terme est aujourd'hui couramment utiisé comme un terme neutre et descriptif pour les comptes
rendus du type représenté de la manière la plus évidente par Beauchamp et Childress.
Leur livre, intitulé Principles of Biomedical Ethics, a été publié pour la première fois en 1979. Il
est devenu un classique dans le domaine et a fait l'objet de nombreuses rééditions.
L'émergence du principlisme
Dans les années 1970, lorsque Beauchamp et Childress ont élaboré leur théorie, la bioéthique
était encore à l'état naissant, pleine de sujets brûlants mais pauvre en méthodes.
Les questions étaient généralement débattues de manière peu systématique et sans lien entre
elles. La philosophie morale traditionnelle n'était pas bien préparée à traiter des cas et des
questions complexes, tangibles et empiriques, tels que l'avortement, le recrutement
d'organes et l'arrêt des traitements de maintien en vie.
L'idée commune était d'appliquer des théories générales à des problèmes concrets, d'où le terme
d'"éthique appliquée". Les experts de la science et de la pratique fournissaient les faits et les
philosophes les plaçaient dans leur théorie morale générale et en tiraient les conclusions
normatives. Cette approche a toutefois montré plusieurs limites.
Tout d'abord, les di érentes écoles traditionnelles d'éthique philosophique sont irrémédiablement
opposées les unes aux autres, de sorte qu'il est toujours di cile de savoir quelle théorie
appliquer.
Ensuite, les faits sont présentés par les experts dans un langage qui véhicule souvent des
perceptions, des concepts, des valeurs et des attitudes spéci ques, de sorte que l'analyse
éthique risque d'être quelque peu biaisée dès le départ.
En outre, les théories morales traditionnelles sont tellement abstraites et techniques qu'il est
souvent di cile de savoir comment les appliquer à des cas et des problèmes concrets, et il
n'existe pas de méthode élaborée pour ce faire.
En conséquence, non seulement il n'existe pas de théorie éthique traditionnelle généralement
acceptée comme théorie à utiliser pour l'éthique appliquée, mais il n'existe pas non plus de
théorie élaborée sur la manière d'appliquer l'éthique philosophique traditionnelle.
Les tentatives de prise en compte des théories éthiques générales ont été adaptées à des
questions spéci ques mais n'ont pas été développées à partir d'une théorie globale de l'éthique
appliquée.
Il manquait un cadre stable et utile pour ré échir systématiquement à divers problèmes.
Souvent, les arguments utilisés dans l'éthique appliquée ottaient sans aucun fondement
théorique. Les délibérations sur un problème moral semblaient sans lien avec les délibérations sur
d'autres problèmes. Dans l'ensemble, un brouillage de voix est apparu qui a donné lieu à un
soupçon généralisé selon lequel les problèmes d'éthique appliquée ne peuvent pas être traités de
manière objective et systématique, mais sont soumis à des di érences morales, idéologiques,
philosophiques, religieuses, politiques, culturelles, professionnelles et personnelles profondes et
insolubles.
Dans ce contexte, Beauchamp et Childress ont voulu apporter une certaine cohérence à la
discussion en examinant les principes éthiques fondamentaux qui devraient s'appliquer à
un large éventail de problèmes biomédicaux.
Leur approche repose sur l'idée que, malgré les divergences au niveau des fondements
théoriques, les tenants de di érentes écoles philosophiques peuvent s'accorder sur certains
principes et règles qui devraient régir la conduite dans des contextes particuliers.
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Le rapport Belmont, publié en 1978 par la Commission nationale pour la protection des
sujets humains dans la recherche biomédicale et comportementale, a eu un impact
considérable sur l'établissement du principalisme.
La Commission a été nommée par le Congrès américain lorsque les abus commis sur des sujets
humains dans le cadre de la recherche médicale ont été rendus publics. La Commission a été
chargée, entre autres, de déterminer les principes éthiques fondamentaux qui devraient régir la
recherche médicale et comportementale impliquant des sujets humains.
Dans le rapport Belmont, la Commission a dé ni trois principes éthiques fondamentaux :
- Le principe du respect des personnes exige que les sujets soient informés de tous les aspects
pertinents de la recherche et qu'ils aient donné leur libre consentement pour y participer.
- Le principe de bienfaisance implique que les sujets soient protégés contre les risques
excessifs et que les risques soient proportionnés aux béné ces attendus de la recherche.
- En n, le principe de justice exige que les sujets soient sélectionnés de manière équitable et
non, par exemple, uniquement parmi les groupes sociaux défavorisés.
Cette approche présente plusieurs avantages par rapport à l'idée d'appliquer des théories
morales générales. Les principes sont établis dans la morale publique et sont donc facilement
compréhensibles et acceptables. D'une manière ou d'une autre, toutes les communautés et
cultures sont attachées à la bienfaisance, au respect des personnes et à la justice. Les
partisans des di érentes écoles éthiques traditionnelles peuvent s'accorder sur ces principes en
tant que cadre normatif pour l'éthique de la recherche sans pour autant s'accorder sur les
questions fondamentales. L'utilisation de principes multiples permet un traitement plus large et
plus complexe des questions et des cas réels que les paradigmes fondateurs uniques. Ils
fonctionnent comme une norme d'évaluation objective, permettant une discussion structurée et
systémique de toute une série de problèmes. En tant que tels, ils donnent l'espoir que l'éthique
appliquée puisse éviter un relativisme excessif. En outre, les principes semblent su samment
simples pour être utilisés dans la pratique. Au lieu de livrer les faits aux philosophes et de leur
laisser l'entière responsabilité du travail normatif, il semble possible d'apporter une ré exion
éthique systématique et la formation d'un jugement aux chercheurs qui portent e ectivement la
responsabilité du domaine. Cela pourrait permettre une meilleure intégration de l'expérience et de
la compétence des chercheurs dans l'éthique de la recherche et, en même temps, promouvoir
leur conscience éthique et leurs compétences dans la pratique quotidienne.
Il est rapidement apparu que l'approche principielle pouvait être utile non seulement pour
l'éthique de la recherche, mais aussi pour l'éthique biomédicale en général. Beauchamp et
Childress ont publié la première édition de leur livre un an après la parution du rapport
Belmont. Ils ont ajouté un quatrième principe - le principe de non-malfaisance - aux trois
principes utilisés dans le rapport Belmont et ont structuré leur discussion de nombreux
problèmes bioéthiques dans le cadre de cet ensemble de principes. Il s'agit vraisemblablement
du premier ouvrage de bioéthique organisé non pas autour de thèmes mais autour d'un cadre
normatif. La coïncidence entre le rapport Belmont et les Principes d'éthique biomédicale n'est pas
fortuite : Beauchamp a rejoint l'équipe de la Commission nationale pour la protection des sujets
humains et a coécrit les deux ouvrages.
4. Le principe de justice implique le devoir d'une répartion équitable des coûts et des
béné ces, par exemple dans le domaine des soins de santé. Si l'on y regarde de plus
près, ce principe se compose d'un ensemble de principes particulièrement hétérogènes.
Beauchamp et Childress citent plusieurs critères matériels (par exemple, l'égalité, le besoin,
la contribution, le mérite, l'âge) et procéduraux (marché libre, liste d'attente, loterie) de
répartion ainsi que, entre autres, les concepts d'opportunité équitable, d'utilité médicale et
de droit à un minimum décent de soins de santé. Les principes de justice se distinguent des
trois autres principes dans la mesure où ils dépassent la relation médecin-patient et
concernent également les questions d'organisation et de réglementation des soins de santé.
Les règles de ne pas tuer, de ne pas causer de douleur ou de sou rance et de ne pas mettre hors
d'état de nuire sont des exemples de spéci cation du principe de non-malfaisance, qui peuvent
être précisés dans le contexte de la biomédecine. Un autre exemple est ce que l'on appelle le
privilège thérapeutique, qui stipule qu'un médecin peut légitimement ne pas divulguer des
informations pertinentes au patient si la divulgation de ces informations risque de nuire au patient.
L'utilisation de placebos, dans l'espoir d'obtenir l'e et psychologique de ces remèdes, et à des
ns scienti ques sont des exemples de spéci cation du principe de bienfaisance. Certaines
règles peuvent être interprétées comme des spéci cations de deux principes ou plus. Par
exemple, le secret médical peut être considéré comme une spéci cation du principe de non-
malfaisance. En même temps, le secret médical précise le principe du respect de l'autonomie des
personnes : c'est au patient de décider quel type d'information sur son état de santé peut ou ne
peut pas être divulgué.D'une manière générale, la spéci cation est une forme d'interprétation
des normes morales. Il s'agit d'une forme particulière de raisonnement qui consiste à passer de
principes abstraits et sans contenu à des directives concrètes et orientées vers l'action, en
ajoutant de plus en plus de contenu aux normes a n de réduire leur caractère abstrait, de
modeler leur portée et de les rendre de plus en plus adaptées au traitement de questions et de
cas concrets.
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Bien que l'idée de base soit simple et implicite dans le récit de Beauchamp et Childress depuis le
début, ce n'est qu'en 1990 qu'Henry Richardson a développé une théorie explicite de la
spéci cation. Techniquement, la spéci cation établit une relation entre deux normes, l'une moins
spéci que et l'autre plus spéci que.
Cette relation est caractérisée par deux conditions : la condition qui consiste à préciser où,
quand, par quel moyen, à qui ou par qui la norme la moins spéci que (le principe général) doit
être suivie dans un contexte donné ; tout ce qui satisfait à la norme spéci ée doit également
satisfaire à la norme la moins spéci que (le principe), mais pas l'inverse.
Ces deux conditions garantissent que, bien que la norme spéci ée soit di érente dans son
contenu, elle préserve l'engagement normatif de la norme moins spéci que dont elle est dérivée.
Par exemple, le principe du respect de l'autonomie doit être respecté dans le contexte des soins
de santé en suivant la règle du consentement éclairé. Tout acte qui satisfait au consentement
éclairé satisfait également au principe d'autonomie, mais pas l'inverse. La règle du
consentement éclairé préserve l'engagement normatif du principe du respect de l'autonomie dans
le contexte particulier du traitement médical.
La spéci cation des normes morales n'est pas une question de déduction logique ou de
subsomption, mais une question de raisonnement structuré et conceptuel basé sur la
rationalité délibérative. Souvent, il existe une certaine marge d'appréciation et de désaccord
quant à la spéci cation exacte des normes. Toutes les normes spéci ées sont potentiellement
sujettes à une spéci cation ultérieure qui peut aboutir à une séquence de normes plus spéci ées.
De cette manière, les quatre principes généraux peuvent être appliqués à des cas et des
problèmes concrets. Étant donné que des sujets di érents nécessitent des voies de spéci cation
di érentes, une application systématique et complète de la méthode de spéci cation aboutit à
un vaste réseau de normes spéci ées de di érents niveaux de spéci cité.
L'une des principales tâches du principlisme est de développer un réseau su samment dense
pour traiter tous les problèmes de bioéthique (ou d'autres domaines de l'éthique appliquée).
Comme deuxième exemple, considérons le problème de savoir s'il faut ou non retirer le
respirateur d'un patient en état végétatif persistant a n de mettre n à sa vie. Ce problème peut
être interprété comme un con it entre l'interdiction prima facie de commettre un homicide (en tant
que spéci cation du principe de non-malfaisance) et l'impératif prima facie de ne pas prolonger
une vie qui n’est dé nitivement plus celle d’une personne douée de conscience ré exive même
en un sens minimal (qui peut être considéré comme une spéci cation du principe de
bienfaisance).
Cependant, il ne semble pas toujours possible de résoudre un con it par une spéci cation plus
poussée. Par exemple, après un examen approfondi, il n'est toujours pas évident de déterminer
comment, dans le cas d'un don de foie vivant, le con it entre le devoir prima facie de ne pas nuire
à la lle et les devoirs prima facie d'aider le père et de respecter son consentement éclairé peut
être résolu.
Dans ce cas, la deuxième possibilité de gérer les con its est d'équilibrer les valeurs en jeu.
Beauchamp et Childress soulignent qu'il n'existe pas de hiérarchie générale entre les
di érents principes et règles ; l'équilibre ne peut être trouvé qu'au cas par cas. Si l'on
estime, par exemple, que dans le cas présent, les aspects de bienfaisance et d'autonomie sont
plus importants que l'aspect de non-malfaisance, on soutiendra la procédure de transplantation.
Dans d'autres cas, on peut être d'un avis contraire, si, par exemple, le consentement du père ou
les chances de succès de la transplantation sont trop incertains ou si des incitations nancières
pour la lle sont en jeu ou si le risque pour la lle semble trop élevé en raison de certaines
complications, l'hémophilie par exemple. Une spéci cation plus poussée réduit et précise le
champ d'application d'une norme, tandis que l'équilibrage compare le poids moral des normes
dans des situations particulières.
Cependant, un désaccord moral ne doit pas être quali é prématurément d'irrésolu ; toutes les
opinions ne peuvent pas être justi ées et toutes les justi cations ne sont pas raisonnables.
Pour répondre aux exigences philosophiques, cette approche doit être étayée par une justi cation
discursive. Sans une théorie de la justi cation, le principlisme serait un compte-rendu incomplet
de l'éthique appliquée. Dans les trois premières éditions des Principes d'éthique biomédicale,
l'exposé ne disposait que d'un arrière-plan théorique peu développé. Les auteurs proposaient un
mode général de raisonnement déductif sur di érents niveaux de généralité, c'est-à-dire que les
jugements particuliers sont justi és par des règles morales, qui à leur tour sont fondées sur des
principes moraux et, en n de compte, sur des théories éthiques. En même temps, ils ont
souligné que si toutes les théories éthiques générales ont leurs mérites et leurs défauts, elles
soutiennent toutes certains principes de niveau intermédiaire qui sont également ancrés dans la
moralité publique. Par conséquent, le lieu de la certitude ne se trouve pas dans le fondement
d'une théorie morale, mais dans les quatre principes prima facie.
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Dans la dernière version, la moralité commune est dé nie comme l'ensemble des normes prima
facie partagées par toutes les personnes attachées à la moralité. Elle est supposée être une
morale universelle qui ne contient qu'un ensemble relativement restreint de normes morales
générales et inclut les quatre principes. La moralité commune se distingue d'une pluralité de
moralités particulières riches en contenu qui proviennent de sources culturelles, religieuses et
institutionnelles de communautés et de sociétés particulières. La preuve de l'existence de la
morale commune repose sur l'impression que, malgré toute la pluralité, certains aspects de la
morale sont partagés par toutes les cultures et sociétés. Par exemple, il est di cilement
imaginable qu'une société n'ait pas les normes prima facie de ne pas tuer d'autres personnes,
d'aider d'autres personnes qui sont dans le besoin, etc. Dans de nombreuses situations les
personnes moralement sérieuses de toutes les sociétés et de toutes les cultures s'accorderont
sur ce qui, tout bien considéré, devrait être fait. En outre, Beauchamp et Childress soulèvent
l'idée que les normes de la moralité commune sont en fait essentielles au concept de moralité et
que, par conséquent, toute personne attachée à la moralité doit être attachée à ces normes. Ce
statut empirique et conceptuel particulier de la morale commune explique sa force normative et
justi cative. Les normes de la morale commune sont universellement valides (c'est-à-dire
qu'elles sont moralement contraignantes pour toutes les personnes en tous lieux) et ne pas les
respecter est un échec moral. Les actes et les règles peuvent être justi és en montrant qu'ils sont
conformes aux normes de la morale commune. Les moralités particulières peuvent être
respectables, mais elles ne sont ni essentielles au concept de moralité, ni même partagées
par toutes les personnes moralement sérieuses. Par conséquent, elles ne sont pas
contraignantes dans toutes les communautés et sociétés, mais seulement dans celles qui
partagent les sources culturelles, religieuses et institutionnelles particulières.
Les quatre principes et les autres normes de la morale commune sont les points de départ
de la construction d'un cadre de normes riche en contenu pour l'éthique bio- médicale.
Cependant, la morale commune ne contient pas, en elle-même, d'informations sur la manière
dont elle devrait être spéci ée et complétée par d'autres normes. Toutes les normes ne sont pas
compatibles avec les engagements normatifs des éléments de la morale commune. Toutefois, il
existe une certaine marge d'appréciation et de jugement.
Par conséquent, l'appel à la morale commune doit être complété par une seconde méthode de
justi cation qui règle les détails laissés en suspens par la morale commune. A cette n,
Beauchamp et Childress ont adopté la méthode de John Rawls qui consiste à rassembler les
"jugements considérés" en un "équilibre ré exif" cohérent. Selon Rawls, les jugements
ré échis sont les croyances de tous les niveaux de raisonnement dans lesquelles nous avons la
plus grande con ance et qui sont le moins susceptibles d'être biaisées par des préjugés ou
l'intérêt personnel. Ces jugements sont complétés par d'autres croyances qui, au départ, n'ont
pas la même certitude, mais qui s'intègrent bien aux jugements considérés. En organisant
toutes les croyances autour des jugements considérés, on obtient idéalement un système
complet de croyances dans lequel tout s'accorde et se soutient mutuellement.
C'est l'état d'équilibre ré exif. Cependant, dans la réalité, nous rencontrons souvent des
situations dans lesquelles notre ré exion est perturbée par des croyances disparates. Dans ce
cas, le système de croyances doit être révisé et ajusté a n d'établir une plus grande cohérence.
Cela se fait par un raisonnement dialectique à tous les niveaux d'abstraction. Parfois, la
cohérence ne peut être renforcée que par la révision d'un jugement ré échi. Pour Rawls, les
jugements ré échis ont une certitude au début, mais pas nécessairement à la n de la ré exion.
Les croyances morales sont justi ées non pas par leur corrélation avec un fondement moral, mais
par leur intégration dans un système de croyances cohérent.
Beauchamp et Childress modi ent la théorie de l'équilibre ré exif de Rawls en la combinant avec
la théorie de la moralité commune. Pour eux, les jugements ré échis devraient être tirés de la
moralité commune parce que nous devrions avoir la plus grande con ance dans ces normes. En
outre, ces jugements ré échis ne sont pas seulement des points de départ, mais aussi un cadre
contraignant pour la formation de l'équilibre ré échi.
En résumé, Beauchamp et Childress proposent que nous commencions par des jugements
ré échis tirés de la morale commune qui sont au-delà de tout doute raisonnable et que nous
nous assurions que nous restons attachés à ces jugements lorsque nous développons un cadre
complet, riche en contenu et cohérent pour l'éthique biomédicale. Grâce à cette contrainte,
suggèrent-ils, nous serons protégés contre les dérives au cours du processus de formation de
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l'équilibre ré exif. Les actes et les règles peuvent être justi és en montrant qu'ils sont conformes
à un système de croyances qui est à la fois cohérent et fondé sur la moralité commune.
Critiques
Cependant, malgré son succès, le principlisme n'a pas été exempt de critiques.
La première critique, et certainement la plus importante, a été formulée par Dan Clouser et
Bernard Gert, dans un article publié en 1990 et intitulé "A critique of principlism", dans
lequel le terme a été inventé.
La principale critique portait sur le fait que les quatre principes sont autonomes, choisis de
manière éclectique dans divers types de philosophies morales traditionnelles, mais qu'ils ne sont
pas intégrés dans une théorie morale uni ée.
Les utilisateurs de l'approche principliste sont induits en erreur en croyant qu'ils appliquent
systématiquement des principes fermement établis et bien dé nis ; en réalité, ils soulèvent et
équilibrent diverses considérations morales sans rapport entre elles et les regroupent sous
di érentes rubriques, trompeusement appelées "principes". Faute de cohérence conceptuelle, les
di érentes considérations sont souvent irrémédiablement en con it les unes avec les autres. En
n de compte, c'est l'intuition, l'intérêt personnel ou autre chose qui régit la délibération morale et
la prise de décision, mais pas la théorie.
Il existe des preuves qu'un tel raisonnement libre sous l'égide des quatre principes se produit
e ectivement, en particulier parmi les praticiens des soins de santé qui ne s'intéressent
qu'occasionnellement à la théorie et à la méthode éthiques. Les critiques ont raillé le fait que
les gens puissent penser que l'éthique biomédicale consiste essentiellement à apprendre
quatre mots et à les réciter chaque fois qu'un problème se pose.
Dans le contexte de cette critique, le terme "mantra de Georgetown" a été inventé pour les
quatre principes, en référence à l'université de Georgetown où Beauchamp enseigne et où,
depuis de nombreuses années, l'approche est présentée à un large public interdisciplinaire dans
le cadre d'un cours de bioéthique.
Il est apparu de plus en plus clairement que le principlisme ne fournit pas un algorithme
explicite permettant de résoudre facilement tous les dilemmes éthiques médicaux. Les
principes sont avant tout une matière première, un cadre normatif général qui nécessite un
important travail d'explication a n d'être su samment riche en contenu et spéci que pour traiter
des cas et des problèmes concrets. Une description complète des aspects, perspectives et
contextes pertinents, une analyse conceptuelle systématique et nuancée, ainsi qu'un examen
minutieux des avantages et des inconvénients sont indispensables à l'approche principaliste.
Certains critiques, comme Clouser et Gert, ont considéré que c'était une erreur de se détourner
de la philosophie morale fondamentale. Selon eux, le principlisme ne fournit pas de théorie
morale uni ée qui lie conceptuellement les principes entre eux, ce qui fait que les principes ne
guident pas l'action d'une manière claire, cohérente et complète. L'explication, la spéci cation et
l'équilibre de ces principes dans des contextes concrets ne reposent pas sur une base
théorique solide, mais sont laissés à des considérations non systématiques.
D'autres critiques ont défendu le point de vue opposé. Selon eux, le principlisme ne s'est pas
su samment éloigné de la philosophie morale fondamentale. Au lieu d'essayer d'appliquer
un cadre de principes abstraits à des cas et des problèmes concrets, il faudrait commencer par
des cas paradigmatiques (c'est-à-dire des cas où le jugement moral ne fait aucun doute dès le
départ) et développer les principes à partir de là. Selon l'un de ses membres, Albert Jonsen, la
Commission nationale pour la protection des sujets humains a adopté une telle approche
casuistique. C'est l'intuition concrète et immédiate des commissaires quant aux fautes commises
dans le cadre de certains projets de recherche qui les a incités à élaborer les principes d'éthique
de la recherche publiés dans le rapport Belmont, et non l'inverse. Ce n'est qu'à la n de leurs
travaux qu'ils ont pu se mettre d'accord sur les principes, après avoir élaboré plusieurs
recommandations sur des questions spéci ques telles que la recherche sur les enfants, les
détenus et les malades mentaux.
Les critiques des deux côtés s'accordent à dire que les principes seuls, tels qu'ils sont présentés
dans le principlisme, ne sont pas su sants pour traiter les problèmes concrets de l'éthique
appliquée. Selon eux, une autre instance est nécessaire pour organiser leur utilisation.
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L'un des camps soutient que les principes devraient être intégrés dans une théorie morale
globale. Selon eux, le lieu de la certitude réside dans le fondement théorique de la morale, à partir
duquel les principes, les règles et les autres détails doivent être élaborés.
L'autre camp veut fonder les principes sur un ensemble de cas paradigmatiques où ils voient le
lieu de la certitude. Ces critiques ont donné lieu à un débat permanent sur les mérites et les
limites du principlisme. Dans la première édition de leur livre, Beauchamp et Childress n'ont
donné aux quatre principes qu'un bref contexte théorique. Toutefois, ils ont réagi à la critique
et ont développé leur exposé théorique de manière continue au cours des éditions suivantes.
Dans la section suivante, leur exposé actuel sera présenté plus en détail.
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Progrès techniques et con its de valeurs :
l’exemple de l’aide médicale à la procréation
D’un coté les progrès techniques permettent de faire reculer les limites de l’infertilités mais de
l’autre pouvons nous éthiquement tout réaliser ?
Fécondité : aptitude à obtenir une grossesse
Fécondabilité : probabilité menstruelle d’obtenir une grossesse
Stérilité : incapacité totale de procréer naturellement
Délai nécessaire pour concevoir : temps entre arrêt de toute contraception et obtention d’une
grossesse en moyenne 6 mois, cela devient pathologique dans un délai supérieur à 1 an
On parle d’infertilité en l’absence d’obtention d’une grossesse après un an de rapports sexuels
réguliers chez un couple hétérosexuel.
DONNÉS ÉPIDÉMIOLOGIQUES :
- 30% des cas d’infertilité sont d’origine masculine
- 30% des cas d’infertilité sont d’origine féminine
- 20% sont d’origine mixtes
- 20% des cas restent inexpliqués
Depuis la loi française de 1994, il y a une forte demande social d’instituer le « droit à l’enfant »
pour les femme seule, les couples homosexuels, femmes ménopausées… il y a une libération de
la femme par la mise en place de la GPA (gestation pour autrui).
Dé nition de l’AMP : reproduire en laboratoire une partie des processus naturels de la fécondation
et du développement embryonnaire précoce, solutions palliatives permettant de remédier à
certains problèmes d’infertilité, échec ou impossibilité des traitements médicaux ou chirurgicaux.
Chi res de l’AMP : 700 000 naissances par an dont 3% issu de l’AMP soit 25 000, 3% stérilité,
15% d’hypofertilité. Il y a presque 70 ans de bioéthique depuis 1953, depuis les premières
fécondation in vitro chez les animaux.
Les techniques sont variées selon la conception, les donneurs, elles sont xée par arrêté du
ministre chargé de la santé.
ICSI : si NSMI < 1M ; on microinjecte dans chaque ovocyte mature un spermatozoïde mobile et
de morphologie normale ; indiquée dans les infertilités masculines avec altérations sévères des
paramètres du sperme
=> les embryons surnuméraires sont conservés par vitri cation suite à un consentement écrit
signé avant la tentative de FIV : congélation dans de l’azote liquide (-196°C) entre deux bulles
d’air ; lors de la décongélation, ils sont replacés à 37° et transférés le jour même
Le transfert des embryons ne se fait qu’en présence des deux conjoints. La conservation peut
aller jusqu’à 20 ans. Il n’y pas de nouvelle tentative de FIV tant qu’il restera des embryons
congelés. La première naissance issu d’un embryon congelé date de 2004.
Dans le cas où les partenaires ne souhaitent plus d’enfants : les embryons peuvent être donné à
un autre couple, à la recherche ou simplement l’arrêt de la conservation.
Chaque couple est préalablement informé des risques entraînés par la mise en oeuvre de
l’assistance médicale à la procréation pour l’enfant à naitre. Seuls les établissements à but non
lucratifs sont autorisés à conserver les embryons.
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Au 31 décembre 2018, il y avait 245 590 embryons conservés pour 85 423 couples.
L’AMP est pris en charge à 100% ( avec un cout de 1500€ pour une IAC et 5500€ pour FIV ou
ICSI). La sécurité sociale prend en charge 6 tentatives d’insémination et 4 tentatives de FIV
(ponction + transfert de tous les embryons).
Depuis la loi du 6 aout 2004, il est interdit toute action ayant pour but de faire naitre un enfant
génétiquement identique à une autre personne vivante ou décédée (clonage). En 2019, il y a eu
148 711 tentatives d’AMP (toutes technique confondues). Le sperme de donneur représente 6%
des cas d’inséminations intra-utérines et l’insémination arti cielle représente 22% des cas de
naissance post-AMP (19,6% en intraconjugual et 2,2% en don de sperme). La FIV représente
environ 60 000 cycles et l’ICSI représente 67% de l’ensemble des tentatives de fécondation in
vitro. Dans 96% des cas, les gamètes proviennent du couple et dans 4,6% des cas ils
proviennent de dons. Environ 3% des nouveau nés sont issus d’AMP (21,9% insémination et
34,6% par congélation embryonnaire).
5,1% des enfants conçus par AMP sont nés grâce à un don (3,6% spermatozoides et 1,4%
ovocytes).
LE DPI
Le diagnostic pré-implatatoire (DPI) est autorisé depuis le 29 juillet 1994. C’est un diagnostic
biologique e ectué à partir de cellules prélevées sur l’embryon in vitro. On dénombre 5 centres
de DPI : hôpital de Strasbourg, AP-HP 15e ,AP-HP Clamart, CHU Montpellier, CHU de Nantes,
CHU Grenoble….
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Santé numérique : dé nitions et principaux acteurs
Objectif :
- Connaitre la dé nition de la e-Santé
- Connaitre la gouvernance et les principaux acteurs du pilotage de la e-Santé en France
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Santé numérique : la stratégie nationale de la e-santé
Objectifs :
- Connaitre la feuille de route de la e-santé 2019-2022 et les principaux composants de la
maison de la e-santé
- Connaitre la doctrine technique du numérique en santé
La feuille de route est basé sur 5 grandes orientations :
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Santé numérique : Principaux programmes, bilan de la
première feuille de route et lancement de la feuille de
route 2023-2027
Objectifs :
- Connaitre les principaux programmes nationaux de la e-santé : mon espace santé, Ségur
numérique, stratégie d’accélération de la santé numérique
- Connaitre le bilan de la feuille de route de la santé numérique 2019-2022
- Connaitre les principes de la feuille de route de la santé numérique 2023-2027
Les grands programmes et projets :
- G_nus : action 23 de la FDR, création d’un guichet national de l’innovation et des usages,
travail entre DNS et ANS, oriente et met en relation l’ensemble des acteurs de la santé
numérique pour faciliter l’innovation collective => boussole de l’innovation en Santé
- Mon espace santé : un dossier médical, une messagerie sécurisée citoyenne, un catalogue de
service, un agenda
- Le Ségur du numérique : généraliser le partage uide et sécurisé des donnés de santé,
investissement de 2 milliards d’euros, 6M à 250M de documents échangés, environ 1
documents de santé sur 2 est envoyé par les professionnels vers Mon espace santé
- La Stratégie d’Accélération de la Santé Numérique : plan innovation santé en 2030, faire de
la France un leader en santé numérique, 5 axes et 35 actions
Bilan de la feuille de route : + de 20 services numériques crées ou adaptés pour lutter contre le
COVID 19, de 10M de DMP à environ 65M de comptes, 50 logiciels de référence Ségur, 2x + de
personnes à la DNS, +1M de personnes dans le RPPS (arrivée des in rmiers), 40x + de
téléconsultation, formation de 350 000 étudiants …
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Santé numérique : du bon mais aussi de nouveau
risques !
Objectifs :
- Connaitre les sites de con ance en santé et savoir reconnaitre un site frauduleux
- Connaitre les enjeux liés à la e-réputation (référencement, di amation…)
- Etre sensibilisé à l’impact environnemental du numérique en santé
Améliorer l’échange et le partage d’informations au sein des professionnels de l’équipe de soins,
faciliter la coordination des acteurs
Tout les sites ne sont pas forcement des sources sûres, des outils permettent d’évaluer les sites
internet en santé
HON (2007-2013) : Health on the net, convention en partenariat avec la Haute autorité de Santé,
traduit l’engagement de l’éditeur du site à respecter des principes de transparence, il ne garantit
pas la qualité du contenu du site. Basé sur 8 critères.
Atteinte à la e-réputation
- Certains ches professionnelles peuvent être crées à votre insu à votre nom
- Publication d’un avis ou de propos sur internet qui vous semblent injusti és ou exagérés
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Santé numérique : Quali er une donnée à caractère
personnel en santé
Objectifs :
- Savoir dé nir la donnée de santé au sens du RGPD
- Savoir distinguer donnée à caractère personnel, donnée anonyme et donnée pseudonyme
Les informations manipulées par les professionnels de santé :
- informations pour gérer un cabinet (fournisseurs, personnels…)
- informations sur les patients ( identi cation, vie personnelle, couverture sociale, sécurité
sociale) => données personnelles
Pseudonymisation : traitement de données de telle façon que celles-ci ne puissent plus être
attribuées à une personne concernée sans avoir recours à des informations supplémentaires
=> une des mesures recommandées par le RGPD (ex : attribution de numéro à la place de
prénom/nom)
Une donnée non directement identi ante peut être une donnée à caractère personnel.
Une donnée anonyme n’est plus une donnée à caractère personnel. Elle est irréversible.
Une donnée pseudonymisée n’est pas une donnée anonyme. Elle est réversible.
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Santé numérique : introduction au traitement de
données personnelles
Objectifs :
- Connaitre le régime du traitement de données à caractère personnel de santé
- Comprendre le cycle de vie de la donnée de santé numérique
- Savoir rester en conformité au RGPD
- Respecter le droit des usagers et les obligations liées à l’information des patients : savoir être
et savoir faire
Le consentement selon le RDGP : « toute manifestation de volonté, libre, spéci que, éclairée et
univoque par laquelle la personne concernée accepte, par une déclaration ou par un acte positif
clair, que des données à caractère personnel la concernant fassent l’objet d’un traitement ».
=> l’une des 6 bases légales du RGPD
Ne doit pas être contraint, nalité déterminée, obligation de communication de toutes
informations, donnée par déclaration, pas d’ambiguïté. Le consentement s’accompagne d’un
droit de retrait.
Délégué à la protection des données (DPD, DPO) : chef d’orchestre de la conformité (informe,
contrôle, conseille, fait le rôle d’interlocuteur, coopère avec la CNIL)
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Santé numérique : cadre réglementaire des données à
caractère personnel
Objectifs :
- Connaitre la loi n°78-17 relative à l’information, aux chiers et aux libertés du 6 janvier 1978 et
le Règlement UE 2016/679 général de protection des données du 27 avril 2016 (RGPD)
- Distinguer les modalités de traitement de données de santé des modalités de traitement de
données à caractère personnel et les sanctions encourues
RGPD : établit des règles relatives à la protection des personnes physiques à l’égard du
traitement des donnés à caractère personnel, protège les libertés et droits fondamentaux des
personnes physiques, libre circulation des données à caractère personnel dans l’Union
Principe de protection des données de santé : leur traitement est interdit sauf exceptions
- données personnelles : consentement, obligations au droit du travail, intérêts vitaux,
organisme à but non lucratif, donnés publiques, motifs d’intérêts public, médecine préventive,
recherche scienti que …
- données de santé : médecine préventive, diagnostic médicaux, gestion des services de santé,
obligation du secret professionnel, étude interne, organisme d’un régime de base d’assurance
maladie, activités des établissements de santé…
Le RGPD s’applique a tout traitement de données à caractère personnel (public ou privé) des lors
que le responsable est dans l’Union Européennes ou que les personnes se trouvent dans l’Union
européenne.
Obligation d’indiquer aux personnes leurs droits relatifs à ces données : accès, e acement,
opposition, portabilité, recti cation, limitation du traitement
Les 6 bases légales du RGPD : consentement, contrat, obligation légale, mission d’intérêt public,
intérêt légitime et la sauvegarde des intérêts vitaux.
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Santé numérique : identi er les acteurs de la santé
Objectifs :
- connaitre les principales dé nitions : identité, identité numérique, identi cation et
identitovigilance
- Connaitre les enjeux et critères liés à l’identitovigilance vis à vis d’un usager du système de
santé
- Connaitre les enjeux et critères liés à l’identi cation d’un professionnel ou d’un établissement
Identité : ensemble des traits ou caractéristiques qui permettent de reconnaître une personne
physique et d’établir son individualité au regard de la loi, attestés par des documents o ciels
d’état civil
Identi cation : opérations permettant d’établir l’identité d’un individu au regard de l’état-civil, de le
reconnaitre comme individu physique, de lui créer un dossier personnel papier et/ou numérique.
On en distingue 2 : identi cation primaire (identité numérique dans un système d’information de
santé) et identi cation secondaire (moyens mis en oeuvre pour la prise en charge d’un usager
physique, s’assurer que le bon soin sera délivré au bon patient)
Les enjeux de l’identi cation : suivre l’usager, sans erreur sur la personne, sans générer de
doublons ou collisions => la solution : Identité Nationale de Santé
INS (Identité Nationale de Santé) : garantir l’identité de l’usager, limiter les risques d’erreurs, une
identité unique, pérenne, partagée par l’ensembles des professionnels
=> 5 traits d’identité : nom, prénom, date et lieu de naissance, sexe + le matricule INS (carte
vitale de la personne ou du responsable légal)
Seuls les professionnels de santé et du médico-social en charge de l’usager sont habilités à
l’utiliser.
Identi cation des professionnels de santé : permet la con ance ; sécurisation de l’accès aux
données, annuaire national des professionnels de santé
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Santé numérique : authenti cation pour l’accès aux
données de santé
Objectifs :
- comprendre les notions d’identi cation et d’authenti cation
- Connaitre les outils d’accès aux donnés de l’usager (INS, Carte de Professionnel de Santé
numérique CPS, Carte de Professionnel en Formation CPF)
Carte CPS : carte d’identité professionnelle électronique dédiée aux secteurs de la santé et du
médico-social => facteur d’authenti cation qui permettent à son titulaire d’attester de son identité
et de ses quali cation professionnelles (identité, profession, spécialité, mode d’exercice, lieu
d’exercice…)
Carte eCPS : application mobile permettant d’accéder aux services numériques de santé en
mobilité => niveau de sécurité élevée, pratique et rapide, Android et iOS
Pro santé Connect : fournisseurs d’identité au standard OpenID, avec une authenti cation forte,
référentiel socle de la feuille de route du numérique en santé, adaptée à la mobilité
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Santé numérique : Le dossier patient
Objectifs :
- Connaitre le contenu du dossier patient
- Connaitre les modalités d’accès du patient aux informations de son dossier
- Connaitre les béné ces de l’informatisation du dossier patient
- Connaitre le DCC et le DP
- Connaitre l’indicateur QSS Tenue du dossier patient
Les objectifs : historique des patients, recueil et conservation des informations, traçabilité, faciliter
la coordination entre les professionnels (équipes pluridisciplinaires), outils d’aide à la décision,
rôle pour l’épidémiologie, la pharmacovigilance, et la recherche …
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Santé numérique : Mon espace santé
Objectifs :
- Connaitre les services de Mon Espace santé : dossier médical, messagerie sécurisée de santé
citoyenne, agenda synchronisé, catalogue de services
- Connaitre les droits des patients concernant Mon Espace santé : opposition, activation, clôture
Carnet de santé numérique, espace de con ance personnel, stockage sécurisée pour la gestion
des données de santé des citoyens, simpli e le parcours de santé
Conçu et mise en oeuvre sous la responsabilité de la santé et de la caisse nationale de
l’assurance maladie.
- Ministre de la santé : pilotage et organisation du référencement des services
- Caisse nationale de l’assurance Maladie : développement, déploiement, hébergement et le
support aux utilisateurs
TELEEXPERTISE : expertise sollicitée par un médecin, réalisé à distance, c’est un acte médical,
remboursé et disponible pour tout le monde
Télésoin : pratique de soins à distance utilisant les technologies, un patient en lien avec un
pharmacien ou des auxiliaires médicaux, autorisé pour 18 professionnels de santé
Objectifs :
- un meilleur accès aux soins : éviter les transports, améliorer les délais de prises en charge,
optimiser les modalités des patients chroniques, besoins en santé dans les zones sous-denses,
éviter des passages aux urgences
- Améliorer le partage d’informations
La télésanté peut permettre une meilleure prise en charges des maladies chroniques et
faciliter le virage ambulatoire. Elle doit respecter le droit des patients, la déontologies des
professionnels et le secret professionnel.
Il y a une grille qui permet d’évaluer l’éthique dans la télésanté : peut il donner son
consentement ?, a-t-il choisi de son plein gré le recours à l’acte de santé ?, consentement à
l’utilisation de ses données ?, bonne familiarité avec l’outils numérique ? … il y a aussi de
nombreuses questions s’il y a la présence d’un accompagnant …
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Santé numérique : Les objets connectés
Objectifs :
- savoir décrire un objet connecté
- Savoir ce qu’est un dispositif médical
- Savoir à quoi correspond le marquage CE
- Savoir ce qu’est un dispositif médical connecté
- Savoir ce qu’est un dispositif numérique connecté
Ce sont des dispositifs capables de communiquer des informations diverses à un autre
objet.
Ils sont équipés de capteur pour mesurer des donnés (poids, fréquence cardiaque, activité
physique…). Ils sont ensuite analysées par un programme informatique pour informer ou alerter. Il
y a plus de 60 000 applications mobiles.
Dans le cas du bien être, cela permet d’enregistrer et analyser ses données physiologiques
personnelles via les objets connectés. Il s’arrête en générale au bout de 6 mois.
Dans le cas de santé, c’est des dispositifs matériel ou immatériel, utilisé chez l’Homme. Ils sont
utilisé à des ns diagnostiques ou thérapeutiques. Les dispositifs médicaux sont classés en
fonction de son risque, selon 4 classes.
Il y a une obligation d’avoir un marquage CE. C’est la preuve de conformité du dispositif médical
selon les règles de l’union européenne. Sauf classe 1, le marquage CE est obtenu via un
organisme noti é. Pour la France l’autorité compétente est l’ANSM. Il y a délivrance d’un
certi cat de conformité. Les DMN peuvent aussi comprendre une plateforme d’intermédiation.
Les DMN ayant fait leur preuve sont éligibles au remboursement.
Moovcare : est un DMN (dispositif médicaux numériques). Il permet le suivi des patients atteint
de cancer métastatiques a n de véri er qu’il n’y a pas de récidives. C’est le premier DMN a
recevoir le remboursement.
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Hippocrate et la médecine
hippocratique
Hippocrate fut si célèbre encore de son vivant que les cités grecques et « barbares » l’invitaient
quand elles se trouvaient en di culté à cause de éaux épidémiques ou quand la vie de leurs
souverains était en péril. Des anecdotes plus ou moins vraisemblables se sont transmises dès
l’époque romaine. Un témoignage important sur Hippocrate est « La Vie » de Soranos de Cos : il
est d’une précision extrême, car il y indique de nombreuses sources et en plus il a compulsé les
archives de sa ville natale où il a retrouvé les indications sur la naissance d’Hippocrate.
La Vie de Soranos nous donne donc des informations dont la véridicité est prouvée grâce au
croisement des nombreuses sources de nature di érente qui portent sur le personnage
d’Hippocrate.
Je commence par porter à votre attention un bref traité qui, malgré la renommée exceptionnelle, a
été sous-évalué, dans l’histoire des études hippocratiques, pour des raisons di érentes. Il s’agit
du Serment, qui a été pour ainsi dire mis à l’écart car sa fortune exceptionnelle, qui en fait encore
le serment prononcé par les médecins à l’accomplissement de leurs études, l’a rendu peu
intéressant dans sa forme ancienne. Toutefois il faut considérer que le serment « hippocratique »
moderne date de 2014, dans sa dernière version agréée par la Fédération des médecins.
Les impératifs de l'étudiant en médecine et du médecin sont inscrits devant les dieux, les
maîtres et les patients. En particulier, le béné ce des hommes est le leitmotiv, le thème
récurrent, de tout le texte.
Jusqu'à Hippocrate, la transmission du savoir se faisait au sein de la famille, de père en ls. Le
serment remonte au moment où l'école de médecine s'est ouverte sur le monde extérieur :
a n de s'assurer la con ance et la loyauté de l'adepte externe, ce dernier devait prêter un
serment, le plus contraignant possible, tant envers les divinités qu'envers le maître.
De plus, si l'on considère attentivement le texte, on découvre que ce serment oral est
accompagné d'un contrat écrit qui se trouve sous les yeux du disciple au moment où il jure. Ce
sont les nouveaux disciples, recevant un enseignement payant, qui devaient jurer ce Serment
oral, accompagné d'un contrat écrit, stipulant d'une part les devoirs de l'étudiant en médecine
vis-à-vis de son maître et de ses ls (le disciple devait en e et considérer son maître en médecine
à l'égal de ses parents) et d'autre part les limites de la di usion du savoir acquis.
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L'une des principales préoccupations était de garder le contrôle des secrets et des découvertes.
Une autre chose qui saute aux yeux à la lecture de ce serment, c’est l’invocation des divinités
(en premier lieu Apollon médecin, Asclépios, Hygie et Panacée, mais les divinités toutes), alors
que l’auteur est le père de la médecine rationnelle. C’est un point important : tout en concevant la
maladie dans son explication rationnelle, et jamais comme un châtiment divin, Hippocrate était un
homme complètement inséré dans le quotidien de ses contemporains, intrinsèquement lié au
culte des divinités. Après cette introduction sur l’éducation et la déontologie médicale, passons à
l’œuvre d’Hippocrate.
Tout d’abord : qu’est-ce que c’est que la Collection (ou corpus) hippocratique ?
Par cette expression nous désignons aujourd’hui une soixantaine de traités médicaux qui ont
été transmis sous le nom d’Hippocrate. Cependant, tout ce qui est transmis sous le nom
d’Hippocrate n’est pas dû à sa plume et tout ce qui est connu dans les manuscrits médiévaux
sous le nom d’Hippocrate n’est pas dans le Corpus hippocratique.
Malgré quelques uctuations moindres, il faut dire que le périmètre de ce corpus est délimité dès
l’antiquité : la Souda, première encyclopédie datée du Xe siècle, dans l’entrée consacrée à
Hippocrate, s’exprime ainsi sur sa production : « Le premier livre est celui qui contient le
Serment ; le deuxième est celui qui révèle les Pronostics ; le troisième est les Aphorismes,
qui dépasse l’entendement humain ; au quatrième rang, qu’il y ait le recueil fort cité et fort admiré
comprenant soixante livres, qui englobe toute la science et la sagesse médicales ».
Divers par leur origine, ces traités sont aussi divers par leur date. Certes, un grand nombre d’entre
eux sont contemporains d’Hippocrate. Mais quelques-uns datent de l’époque d’Aristote (un siècle
environ plus tard) ou sont même postérieurs.
L’étude attentive des traités a permis un premier “classement” concernant leur nature di érente
eu égard à la nalité de leur composition. C’est la distinction entre traités “cours” et traités
“discours”. On a identi é la nature de traités-discours pour certaines œuvres du corpus
hippocratique qui contiennent les traits les plus nouveaux et remarquables de la doctrine
médicale exposée. Ces discours étaient destinés d’abord à être prononcés devant un large public
composé à la fois de spécialistes et de prophanes et sont liés à l’activité de médecins itinérants
dont nous avons connaissance pour Hippocrate en personne (qui exerça en Thessalie pour une
bonne partie de sa vie) et qui était fréquente (voire recommandée) aux 5e-4e siècles et même
après. Le médecin itinérant part de sa région a n de connaître de ses propres yeux les
particularités sur le climat et sur les maladies dans d’autres régions que la sienne.
Ces traités-discours étaient une véritable « carte de visite scienti que » des médecins arrivant
dans une cité ou auprès d’un souverain, où ils prononçaient/lisaient en public leur texte, pendant
des réunions publiques.
D’autres traités (les « cours ») sont directement écrits pour la publication et visent un public de
spécialistes, d’autres encore sont des sortes d’aide-mémoire originellement sans doute nalisés à
un usage personnel ou scolaire, d’autres des espèces de compilations faites à partir de traités
encore aujourd’hui disponibles ou perdus. Parmi ces derniers traités, qui deviennent des sortes
de manuels, les Aphorismes sont sans conteste l’exemple le plus célèbre.
Cette référence à la mise à l’écart des explications divines des pathologies ou physiologies
nous met sur le chemin d’un autre traité célèbre de la Collection hippocratique : la Maladie
sacrée. Il s’agit d’un autre traité-discours et du seul traité de la collection consacré à une
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unique pathologie, sans doute en raison de l’exceptionnalité de la pathologie et de ses
manifestations. La Maladie sacrée est l’épilepsie, maladie qui -de par la violence de ses
symptômes et manifestations- était considérée sacrée car envoyée par les dieux pour punir des
individus. Ce traité dénonce d’abord dans une vive polémique les médecins qui attribuent les
di érentes formes de la maladie à di érents dieux et prétendent la soigner par des procédés
magiques : la médecine des temples, notamment liée au culte d’Asclépios, connaît un
développement spectaculaire, à Tricca en Thessalie, à Cos, Épidaure, Athènes. On y pratique
l’incubation : les malades donnent des o randes au dieu et passent la nuit sous le portique du
temple ; le dieu leur apparaît en rêve et les soigne en rêve ou leur prescrit un traitement à suivre à
leur réveil. Asclépios assure en fait le lien entre médecins des sanctuaires et médecins
professionnels descendants des Asclépiades. L’auteur de Maladie sacrée montre que cette
maladie n’est pas plus sacrée que les autres mais s’explique par des causes naturelles : le
déclenchement de la crise est provoqué par le changement des vents. Ce traité
hippocratique devint très vite le manifeste de la rationalité médicale, notamment sur la base de
l’étiologie naturelle des crises d’épilepsie.
Si nous passons maintenant aux traités « cours », c’est-à-dire ceux qui étaient rédigés pour une
circulation parmi les disciples ou les spécialistes, le chef-d’œuvre absolu de l’hippocratisme est le
Pronostic, avec les signes favorables ou défavorables que le médecin doit observer sur les
patients atteints de maladies aiguës. Certaines de ses descriptions sont restées célèbres, surtout
celle du visage annonçant la mort (dit faciès hippocratique), ou les mouvements des mains du
malade qui ramassent des brins de paille. L’excellence des observations regroupées sous une
forme synthétique fait que le traité est resté inscrit dans le programme des études médicales
jusqu’au XVIIe siècle et continue, malgré les progrès de la nosologie, à susciter l’étonnement des
médecins modernes.
Un autre groupe de traités « cours » bien dé ni est celui des traités chirurgicaux. La chirurgie
que nous retrouvons dans la Collection hippocratique est une chirurgie de réduction et soin de
luxations et fractures (Articulations, Fractures) ou celle d’intervention sur les plaies (Blessure de la
tête). Dans ce groupe on trouve aussi des traités aide-mémoire en style lapidaire, tels
qu’O cine du médecin ou Mochlique (qui était le levier, instrument utilisé pour la réduction de
luxations). Le traitement le plus spectaculaire de la catégorie est la succussion, utilisée pour
redresser une déviation de la colonne vertébrale : le malade est attaché à une échelle et l’échelle
est projetée du toit d’une maison pour retomber à la verticale. Le choc est censé redresser la
colonne. L’exceptionnalité de ces pratiques et la nouveauté des techniques et des instruments
conçus pour les réductions était telle qu’avec les textes la tradition manuscrite nous a transmis
dans les manuscrits des miniatures reproduisant très minutieusement les gestes et les outils.
Dans le corpus hippocratique nous trouvons aussi les tout premiers traités de la branche
gynécologique : Nature de la femme, Maladies des femmes (I, II) et Femmes stériles, plus le
fragments célèbre Maladie des jeunes lles et le bref traité Excision du foetus. L’existence de ces
traités n’indique pas que la gynécologie est devenue, au temps d’Hippocrate, une spécialité
médicale, mais simplement que le médecin hippocratique avait saisi que l’anatomie et la
physiologie féminines nécessitaient des traitements particuliers, notamment pour ce qui est
lié à la procréation.
L’autre grand ensemble de traités est sans faute celui des Épidémies, strictement liés à l’activité
d’Hippocrate et de ses disciples lors du séjour en Thessalie. Une première précision sur le titre est
nécessaire : les médecins hippocratiques sont les premiers à utiliser fréquemment l’adjectif
epidêmios et le verbe epidêmein. Τirées du mot dêmos, « pays, territoire », puis « peuple », ces
formes désignent « ce qui se trouve dans le pays », ce qui réside chez un peuple. Chez les
médecins, le mot désigne donc naturellement l’installation sur un territoire de pathologies qui se
répandent largement. Ce qui est souligné par le terme épidémie, n’est donc pas la di usion de la
contagion, mais son ancrage dans le territoire.
Les sept traités peuvent être rassemblés en trois groupes I-III ; II-IV-VI ; V-VII ; ils furent rédigés à
des dates di érentes, dans une période comprise entre la dernière décennie du Ve siècle et le
milieu du IVe siècle avant J.-C. Dans leur forme originelle, ces traités présentent des
constitutions climatiques, avec les maladies qui prédominèrent saison par saison dans un
lieu précis (par exemple, pour Epid. I-III, la ville de Thasos sur l’île homonyme) : nous y trouvons
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l’état climatique de l’année considérée divisée en quatre saisons, en commençant à chaque fois
par l’automne : automne, hiver, printemps, été. Suivent des ches de malades, en relation
directe avec les constitutions mentionnées. Si les parties avec les constitutions climatiques sont
de grand intérêt pour la nosologie antique, les ches de malades nous fournissent des
renseignements précieux sur les pratiques et la patientèle des médecins hippocratiques.
Ces traités comportent plus de 450 cas individuels.
Les Epidémies sont aussi les traités dans lesquels nous pouvons lire quelques-unes des
considérations qui sont restées parmi les plus célèbres de la collection médicale attribuée à
Hippocrate et qui constituent le fondement de la science médicale encore aujourd’hui :
1. sur la nécessité du pronostic dans les trois dimensions du temps : « Dire le passé,
comprendre le présent, prédire l’avenir ; s’entraîner à cela ».
2. sur la nalité de l’action du médecin : « Avoir deux points de vue en abordant les maladies :
être utile ou ne pas nuire. (primum non nocere) ».
3. sur la dé nition de l’art de la médecine : « L’art opère grâce à trois termes : la maladie, le
malade et le médecin ; le médecin est le serviteur de l’art ; s’opposer à la maladie, voilà ce que le
malade doit faire avec le médecin ». Cette dé nition, par ailleurs dé nie « triangle
hippocratique » est d’une rationalité et d’une exactitude déconcertante, si l’on songe au fait
qu’elle a été formulé au Ve s. avant notre ère.
Le traité dans lequel nous avons la formulation la plus e cace et complète de cette théorie
est la Nature de l’homme, dont nous savons que l’auteur était Polybe, gendre et disciple
d’Hippocrate. « Le corps de l’homme renferme du sang, du phlegme, de la bile jaune et de la bile
noire. Voilà ce qui constitue la nature du corps ; voilà ce qui est cause de la maladie ou de la
santé. Dans ces conditions, il y a santé parfaite quand ces humeurs sont dans une juste
proportion entre elles tant du point de vue de la qualité que de la quantité et quand leur mélange
est parfait ; il y a maladie quand l’une de ces humeurs, en trop petite ou trop grande quantité,
s’isole dans le corps au lieu de rester mêlée à toutes les autres ».
La thérapeutique hippocratique : on utilise aujourd’hui souvent les concepts d’allopathie et
d’homéopathie, en ignorant qu’ils étaient à la base de l’administration des traitements dès
l’époque d’Hippocrate et que dans les traités de la Collection hippocratique ils trouvent leurs
premières formulations.
Dans Hippocrate, Vents, nous lisons :
« La boisson supprime la soif, ou encore la réplétion est soignée par la vacuité, la vacuité par la
réplétion, l’exercice par le repos, le repos par l’exercice. Bref, en un mot, les contraires sont les
remèdes des contraires » qui est la première formulation du principe thérapeutique contraria
contrariis curantur.
La Collection hippocratique est si variée que l’on y rencontre aussi la première dé nition claire
de l’homéopathie, de la thérapeutique par les semblables. Dans un chapitre dédié à l’action des
contraires et semblables sur le corps humains nous lisons un autre développement sur
l’allopathie, avec un ajout surprenant : « la maladie est produite par les semblables et par les
semblables que l’on fait prendre, le malade revient de la maladie à la santé… ». Après les
contraires, c’est le tour des similia similibus curantur.
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Cependant, en règle générale, la thérapeutique s’inscrit dans un contexte de lutte contre la
maladie, concept qui -dans une di use rhétorique imagée et métaphorique- résiste farouchement
de nos jours.
Un dernier mot sur la CH doit absolument être consacré aux Aphorismes, le recueil de préceptes
en 7 livres qui est indiscutablement le texte hippocratique le plus lu et commenté dans l’Antiquité
et qui fut le bréviaire des médecins jusqu’au XVIIIe siècle. Je me limiterai au célèbre premier
aphorisme, dont le texte dit :
« La vie est courte, l’art est long, l’occasion [kairos] fugitive, l’expérience trompeuse, le jugement
di cile. Or il faut non seulement se montrer soi-même accomplissant son devoir, mais aussi faire
que le malade, les assistants et les éléments extérieurs accomplissent le leur ».
En s’opposant à la maladie, le médecin doit savoir doser le degré de changement à opérer dans
le corps et saisir le moment approprié de le faire, s’il veut rétablir la santé sans causer de
dommage. Quantité convenable, moment convenable, cela est exprimé par un seul mot grec
kairos que l’on traduit traditionnellement par « occasion », mais qui désigne à la fois la juste
mesure et le moment opportun. Il faut administrer au corps ni trop ni trop peu, ni trop tôt ni trop
tard. Intervenir comme il faut et au moment où il faut est sans doute ce qu’il y a de plus di cile
dans l’art. De surcroît, au tout début du traité, le rappel à la fois de la brièveté de la vie et de la
richesse de l’art médical met le médecin face à la caducité de sa nature humaine et à la
persévérance nécessaire pour la maîtriser. Un enseignement impérissable pour nous tous.
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Médecine à Rome : Galien de
Pergame
De la collection hippocratique (5e siècle av. J.C.) à la collection galénique (2e siècle ap. J.C.).
Pourquoi ce brusque saut de sept siècles dans l’histoire de la science médicale ? Y a-t-il eu une
telle discontinuité dans l’activité intellectuelle humaine que les deux seules étapes qui ont marqué
un vrai progrès se distancient de sept siècles ?
Pour répondre à ces questions, il faut tout de même partir de l’œuvre de Galien et remonter le
temps. À la di érence de la collection hippocratique, qui tourne autour d’un homme, Hippocrate
de Cos, mais qui ne se limite pas à une seule personnalité d’auteur, pour la collection galénique
nous pouvons nous focaliser sur un homme qui, sauf de très rares exceptions, fut l’auteur de la
totalité des traités de la collection.
Biographie de Galien
Galien naît à Pergame en 129 dans une riche famille au pro l intellectuel solide depuis au moins
trois génération.
Après des études d’arithmétique, calcul et grammaire, Galien débute, à l’âge de 14 ans, ses
études de philosophie, pour lesquelles son père choisit les meilleurs représentants des quatre
principales écoles philosophiques de l’époque : la stoïcienne, la platonicienne, la
péripatéticienne (émanant de l’enseignement d’Aristote) et l’épicurienne.
Deux ans plus tard, le père Nikon le pousse à s’adonner à la médecine, que Galien étudiera
pendant plus de 10 ans. Ses premières études de médecine ont lieu à Pergame, mais ensuite
Galien quitte sa ville natale et se rend dans les centres médicaux les plus renommés de la
Méditerranée (Smyrne, Corinthe et Alexandrie). De retour à Pergame (157), il est nommé médecin
des gladiateurs.
En 162, Galien arrive à Rome. Malgré la concurrence féroce au sein du milieu médical, il réussit à
s’imposer aussi bien dans ses cours et ses conférences qu’au chevet de plusieurs malades
éminents (le philosophe Eudème, le sénateur et ex-consul Boethus, etc.) qui lui frayent la voie
pour la maison impériale. En e et, après avoir abandonné la capitale en toute hâte (peut-être à
cause de l’épidémie de la grande peste), en 168, il est rappelé par l’empereur Marc Aurèle en
poste à Aquilée, en train de monter l’expédition militaire contre les Germains.
Le médecin obtient, toutefois, la permission de rester à Rome pour s’occuper de la santé du
jeune Commode, ls de Marc Aurèle, qui régna de 180 à 192. Rentré dans la capitale impériale
après huit ans de guerre, Marc Aurèle demande à Galien de lui préparer la thériaque – un
antidote qui empêchait les empoisonnements – et que notre médecin préparera également pour
Septime Sévère, successeur de Commode (193-211).
Pour les dernières années de sa vie, nous ne disposons pas de beaucoup d’informations : ni la
date ni le lieu exacts ne sont connus. Les reconstructions les plus vraisemblables, en situent la
mort en 216.
L’œuvre
Son œuvre se distingue autant par son ampleur que par la diversité des sujets abordés.
Immense et multiforme, elle fut composée pour l'essentiel sous le règne des trois empereurs Marc
Aurèle, Commode et Septime Sévère. Elle compte quelque 20 000 pages dans les traités qui
sont conservés en grec, auxquels s’ajoutent de nombreux traités conservés seulement en
traduction latine, arabe ou hébraïque.
Galien compose des ouvrages sur toutes les branches de la médecine, l'anatomie et la
physiologie, la thérapeutique et la pharmacologie, mais aussi sur la philosophie, l'éthique et la
rhétorique, ou encore la poésie et la comédie, pour ne citer que quelques-uns de ses principaux
centres d'intérêt.
Nous allons voir pourquoi la consultation de son œuvre est encore aujourd’hui d’extrême intérêt,
non seulement pour les philologues et historiens, mais pour quiconque veuille se mesurer avec les
progrès de l’humanité.
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Galien comme source de l’histoire de la médecine
Le premier point de vue à partir duquel nous allons prendre en considération l’œuvre de Galien
est son importance capitale en tant que SOURCE sur l’histoire de la médecine qui le précède.
Même si en mesures di érentes selon la nature de ses traités, Galien “écrit en extraits” l'histoire
de la médecine qui le précède, pour laquelle les traités originaux sont tous perdus.
C'est ainsi que nous connaissons les noms et de nombreux extraits d'œuvres de médecins très
importants, mais dont les ouvrages n'ont pas survécu aux adversités de la transmission.
Pourquoi donc Galien enregistre à la lettre les passages des œuvres de ses prédécesseurs ?
Parce qu’il est tout à fait convaincu que la thérapie est le produit d'une lente élaboration, le
résultat de multiples expériences : la consultation des di érentes versions et expériences peut
permettre au lecteur/utilisateur de l'ouvrage de composer par lui-même des médicaments
e caces, de les utiliser ‘comme il faut’ (c'est-à-dire comme plusieurs siècles d'expérimentation
ont prouvé qu'il faut faire), d'appliquer les thérapies suivant un jugement critique et non par
simple soumission à l'autorité de devanciers plus ou moins célèbres .
Ces ouvrages se présentent donc comme des listes de médicaments, composés de simples
(c’est le nom des ingrédients) issus du monde végétal, animal et minéral, avec un protocole
extrêmement précis de préparation et d’administration.
Voici la di culté majeure de ces traités : les environ 3500 pages qu’occupent ces traités se
présentent comme une série interminable et presque fastidieuse de recettes avec l’énumération
de chi res indiquant le dosage des simples, d'abréviations d'unités de poids et de mesures,
de noms de plantes, minéraux, métaux, toutes sortes de matières organiques qui constituent les
ingrédients du médicament.
En revanche, la présence de noms propres de médecins prédécesseurs nous permet de tisser
une toile en remontant le temps du 2e siècle de notre ère (époque de Galien) au moins
jusqu'au 5e siècle avant notre ère (époque d’Hippocrate).
C’est ainsi que nous avons reconstruit la forme dans laquelle l’activité scienti que s’organisa
dès la période hellénistique à Alexandrie et qui perdura jusqu’à l’époque contemporaine de Galien
et jusqu’à Rome.
ÉCOLE MÉTHODIQUE
La troisième école médicale, la secte méthodique, est née à Rome au 1er s. avant notre ère.
Ses représentants prétendaient apprendre la médecine en six mois à qui que ce soit. L'enquête
scienti que des méthodiques présente trois notions fondamentales : le phénomène, la
communauté et l’indication. Le phénomène est ce qui est apparent, non seulement à la vue,
mais à tous les sens ; les méthodiques n'acceptaient donc pas le diagnostic à partir des choses.
Quant à la communauté, on peut dire globalement que pour le médecin méthodique existent
deux communautés principales : l'état relâché et l'état resserré, du corps, des tissus etc. ; une
troisième communauté s'ajouta ensuite, la communauté mixte, qui cherche une synthèse
entre les deux états précédents. L'observation des phénomènes et la détermination des
communautés par le médecin mènent à l'indication.
Deux œuvres fondamentales de cette école ont été conservées : le traité des Maladies des
femmes de Soranos d'Éphèse (Ier s. après J.-C.), et le traité des Maladies aiguës et
chroniques composé par le médecin du 5e s. de notre ère Caelius Aurélien (actif dans l’Afrique
Romaine), mais qui est de fait l’adaptation latine d'un ouvrage perdu de Soranos.
Galien médecin
Le passage de Galien source à Galien médecin est tout à fait naturel, étant donné que même
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quand il critique violemment les systèmes de ses prédécesseurs et contemporains, il le fait
toujours dans le but de construire et dé nir le portrait du médecin idéal.
Au sens de Galien, un bon médecin devait maîtriser à fond les trois branches de la philosophie :
la logique lui servait à développer les raisonnements de façon correcte et à repérer les failles des
adversaires ; grâce à la physique, qui étudiait la division primordiale des di érents éléments, il
pouvait comprendre les structures à la base du corps humain ; l’éthique, en n, détournait le
médecin de la atterie de la réputation et des pro ts faciles et l’aidait à développer la déontologie
propre à son art.
Galien promeut une refondation épistémologique de la médecine face aux dérives des écoles,
en suivant les principes des sciences mathématiques, qui seuls permettent de construire un
système scienti que irréfutable. Il applique aux connaissances médicales la « méthode
logique », la théorie de la démonstration qui, à partir de premiers principes soigneusement
fondés, permet d’arriver à une conclusion sûre de manière déductive – tout comme les
démonstrations géométriques.
Au-delà des débats et des positions de Galien par rapport aux débats philosophiques de son
époque, il faut souligner qu’Aristote joue un rôle central dans sa méthode de recherche et dans
les démarches démonstratives.
Deux éléments sont caractéristiques de la composition littéraire galénique. Le premier élément
que l’on peut observer est la tendance de Galien à remanier ses textes au l du temps.
Le deuxième élément est l’ampleur du public auquel Galien s’adresse. Il est possible de
compter parmi son public non seulement des médecins et des philosophes, mais aussi des
profanes savants et des aspirants médecins. Les dimensions de ses textes sont variables. En
e et, à côté des traités plutôt brefs (le plus souvent en 1-3 livres), on retrouve également des
ouvrages bien plus longs, des 10 aux 48 livres !
À l’intérieur de ce vaste corpus, il est possible de distinguer deux grands groupes d’ouvrages :
ceux qui ont été pensés et écrits en vue de la publication, destinés soit aux spécialistes de la
discipline soit à un public plus inexpérimenté ; ceux qui étaient destinés à un usage personnel
ou bien à une circulation dans un groupe restreint de ses connaissances. Parfois c’est Galien
lui-même qui change d’avis et qui décide de commencer à publier des textes qu’il avait
originairement conçus pour un usage privé.
Galien et Hippocrate
Galien voit en Hippocrate un modèle auquel il faut toujours se référer, car il a toujours raison.
En réalité, ce que Galien nous a transmis va bien au-delà de l'héritage hippocratique. Il emprunte
par exemple à Hippocrate la célèbre doctrine des humeurs, le sang, le phlegme, la bile jaune
et la bile noire constitutifs de tous les êtres vivants. Ces humeurs -rappelons-le- sont
caractérisées par les quatre qualités primordiales traditionnelles de l'Antiquité. Ainsi le sang est
chaud et humide, le phlegme froid et humide, la bile noire froide et sèche, la bile jaune
chaude et sèche. Également associées aux saisons, les humeurs en défaut ou en excès sont
responsables de déséquilibres (dyscrasies) qui entraînent maladies et variations de
tempéraments. Les tempéraments bilieux sont ceux chez qui la bile domine, à côté des
phlegmatiques et des sanguins. En n, une maladie peut être causée par le déséquilibre
(dyscrasie) d'une seule qualité (ou d'une seule humeur), ou par celui de deux qualités. Or Galien
s'approprie cette théorie hippocratique à travers sa propre théorie des tempéraments, présentée
comme l'équilibre subtil entre quatre qualités fondamentales : le chaud, le froid, le sec et
l'humide.
Par ailleurs Galien pratique la réduction des fractures et des luxations comme le faisaient les
médecins hippocratiques, mais en s'appuyant sur de solides connaissances anatomiques
(anatomie des os, des muscles, des nerfs, des artères et des veines), en grande partie héritées
de la médecine alexandrine.
Galien fut aussi un esprit curieux de tout et un remarquable savant. On lui doit de grandes
découvertes, notamment concernant les os (os avec et sans cavité médullaire, apophyses,
épiphyses, diaphyses, boîte crânienne), mais aussi les muscles et les tendons (muscles du
thorax, tendon d'Achille), les nerfs et le système nerveux (sept paires de nerfs crâniens, nerfs
récurrents, rachidiens et cervicaux).
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Œuvre et enseignement galénique
Les livres d’argument médical peuvent être distingués en écrits sur l'anatomie, la physiologie,
l'embryologie, l'hygiène, la diététique, la pathologie, la thérapeutique ou la pharmacologie.
Les traités d’anatomie nous livrent très souvent des récits qui nous plongent dans le quotidien
de Rome au 2e siècle de notre ère, où des démonstrations anatomiques publiques faisaient
l’objet d’une véritable mise en scène. Elles se tenaient soit au domicile d’un mécène qui les
organisait, soit au temple de la Paix, lieux de réunion des intellectuels.
Les démonstrations sur des animaux encore en vie étaient tout de même plus rares que celles
sur des cadavres.
Habituellement, les animaux utilisés pour de telles expérimentations sont des singes (en
particulier des macaques), mais il n'était pas toujours aisé de s'en procurer. On use donc aussi
des chevreaux et de porcs, plus communs.
Les récits de Galien brossent parfaitement le climat intellectuel qui règne alors dans la capitale de
l'Empire romain. Les écoles, médicales et philosophiques, qui à nos yeux, à partir des
reconstructions galéniques, ne sont qu’un froid résumé des directions diverses que la ré exion
scienti que humaine a pu prendre, dans la Rome du 2e siècle et par conséquent pour le quotidien
de Galien étaient encore une vive réalité inspiratrice de débats et d’acerbes disputes publiques.
De l’analyse de sa production, il ressort que Galien aussi adopte une vision tripartite de la
thérapie, qui prévoit d’intervenir tout d’abord par le régime, ensuite par la pharmacologie et
en n par la chirurgie. Le régime – à interpréter au sens large d’hygiène de vie et d’alimentation –
permet de préserver la santé ou d’en recti er une altération légère. Si l’altération devient plus
importante, il faut recourir aux autres branches de l’art : les médicaments simples sont le premier
“outil” à utiliser en cas de maladie et si ceux-ci ne sont pas e caces, il faut passer aux remèdes
composés. Si les remèdes composés non plus ne sont pas e caces, il faut passer à la chirurgie.
Pharmacologie
Ce n’est pas un hasard si le nom de Galien est resté essentiellement actuel principalement dans
l’adjectif « galénique » pour indiquer la partie de la pharmacie qui traite de la mise en forme des
produits pharmaceutiques. Les traités de pharmacologies de Galien méritent un détour
particulier.
Le noyau fondamental de cette branche de la médecine galénique est constitué de trois traités,
l’un sur les médicaments simples, les deux autres sur les médicaments composés (ou
synthétiques) : Facultés des médicaments simples, Médicaments composés, selon leur
genre et Médicaments composés, selon les lieux a ectés.
Galien y résume et cite les doctrines et recettes transmises dans l’œuvre de ses prédécesseurs ;
de plus, il va sur place, dans di érentes régions de la Méditerranée, pour chercher les variétés de
produits. Il a ainsi formalisé un « répertoire thérapeutique » qui a fait références pendant des
siècles. De nombreuses substances actives sont encore utilisées dans la médecine moderne : par
exemple, les alcaloïdes (les morphiniques, les digitaliques, les purgatifs) ou les salicylés,
ancêtres directs de l’aspirine ; il a en outre présenté dans le détail de nouvelles préparations,
celles que nous appelons encore aujourd’hui « formes galéniques ».
Tout en privilégiant les listes de remèdes pour telle ou telle pathologie, Galien se réserve des
espaces de ré exion.
La philosophie, qui est si centrale dans l’épistémologie galénique est toujours présente. Un
exemple : le traité des Facultés des médicaments simples s’ouvre avec un long préambule sur
la terminologie (les mots-clés, dirions-nous aujourd’hui) :
– Qu’est-ce qu’un médicament ? « Nous appelons médicament tout ce qui modi e notre
nature » ;
– En quoi se di érencie-t-il de la nourriture ? « Nous appelons nourriture tout ce qui accroît
notre substance ».
– Qu’est-ce qu’ils ont en commun ? « L’un comme l’autre agit en e et relativement à quelque
chose ».
Ces compilations sont d’un auteur soucieux de dé nir son but et sa méthode. La méthode que
Galien quali e comme étant “la vraie, l’hippocratique” est celle qui allie l’expérience (empirie) et
la raison (logique) ; encore faut-il s’appuyer sur de bonnes bases pour l’appliquer, comme les
nombreux passages relatifs aux “connaissances préalables” aussi bien pharmacologiques que
médicales et physiologiques l’indiquent très clairement.
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Les buts de cette méthode sont au nombre de trois, rappelés tout au long de ses traités, dès
que l’occasion en est propice :
1) le disciple/lecteur/usager pourra composer par lui-même des médicaments e caces ;
2) il aura une panoplie de remèdes, pouvant puiser autant dans la production de ses
prédécesseurs que dans sa propre expérience ;
3) il pourra appliquer un jugement critique à la production précédente, si célèbre soit-elle,
autrement dit d’agir en connaissance de cause dans la thérapeutique médicamenteuse.
Pharmacologie et cosmétique
La limite extrêmement souple, dans plusieurs cas, entre médecine et cosmétique poussait les
auteurs médicaux à s’occuper de remèdes rentrant plus spéci quement dans le domaine de
la cosmétique.
Galien oppose la beauté naturelle qu’il met en relation directe avec la cosmétique (rentrant à
part entière dans la médecine) à la beauté postiche, procurée arti ciellement grâce à
l’embellissement, ne relevant donc pas de l’art médical.
Le médecin de Pergame, qui en tant que médecin proche de la cour impériale ne gardait pas
toute sa liberté d’action, mais devait se plier aux volontés ou caprices de ladite cour, choisit
donc d’inclure dans ses traités quelques recettes ‟d’embellissement”.
La thériaque
Un dernier mot relatif à la pharmacologie de Galien doit être réservé à la thériaque, le célèbre
remède composé de près de 70 ingrédients, dont le principal était la chair de vipère. Dans cette
forme il fut mis au point par Andromaque, médecin personnel de l’empereur Néron (règne 54-68),
né comme antidote, mais élu dès sa création comme panacée, remède pour tous les maux.
Galien nous en a transmis la recette sous forme d’un poème. La composition de recette en vers
était un moyen que les médecins anciens avaient trouvé pour éviter que leurs recettes ne soient
modi ées : les obligations imposées par le mètre poétique ne permettaient pas la modi cation ou
le remplacement des quantités ou des noms de simples dans les recettes.
Grâce à son témoignage et surtout à ses explications, les médecins de tous les temps ont pu
recréer la thériaque, utilisée dans nos hôpitaux jusqu’au tout début du 20e siècle.
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Anatomie
L’anatomie occupe une place fondamentale dans la production galénique : il répétait et s’imposait
l’impératif de se livrer le plus souvent possible à des dissections a n de bien maîtriser
l’anatomie. Rappelons aussi que les dissections étaient menées sur des animaux, des singes ou
des chevreaux ou encore des porcs ; ses observations sur des corps humains se limitaient donc à
son activité clinique, notamment sur les corps des gladiateurs blessés lorsqu’il avait occupé
le poste prisé de médecin des gladiateurs à Pergame autour de la n des années 150. En
suivant les descriptions de Galien, le lecteur arrive à très bien “visualiser” les di érentes
parties du corps. Les observations de myologie et d’ostéologie sont remarquables pour leur
exactitude, mais aussi pour le souci que Galien a toujours de les intégrer dans le détail du
mouvement.
Les champs de prédilection de notre médecin de Pergame furent sans faute la neuro-anatomie
et la neurophysiologie. Encore aujourd'hui, on lui attribue la découverte du nerf laryngé
récurrent et du rôle de ce dernier dans la phonation.
En ce qui concerne le cerveau, il décrit très exactement non seulement la morphologie de
l'encéphale et de ses cavités, mais aussi sa vascularisation, en particulier veineuse. La « grande
veine » ou « ampoule » de Galien, que nous connaissons en particulier dans la rare malformation
anévrysmale de la veine de Galien (MAVG), porte encore aujourd’hui son nom : il s’agit de la veine
qui fait la jonction postérieurement entre les veines vertébrales et les sinus veineux latéraux.
Physiologie.
Les traités de l’Utilité des parties du corps et des Facultés naturelles concentrent la plupart de
la physiologie galénique. Dans cette branche de la médecine, l’enseignement galénique n’a pas
aussi bien vieilli que ses enseignements d’anatomie, notamment à cause du fait que tout son
système se basait sur la théorie des humeurs de tradition hippocratique.
Sa reconstruction de la circulation sanguine n’était pas non plus exempte d’erreurs. Il concevait la
circulation comme ouverte : le sang était généré par le foie, à partir des nutriments absorbés
par l’intestin grêle ; il traversait ensuite la paroi latérale du cœur que Galien considérait “poreuse”
et était ensuite acheminé vers les di érents organes. La partie nutritive y était absorbée, la partie
uide était excrétée comme urine, sueur et d’autres uides biologiques. Il faudra attendre William
Harvey (1578-1657) pour concevoir la double circulation sanguine fonctionnant en circuit
fermé.
Cependant certaines observations physiologiques de Galien sont tout à fait rigoureuses.
Pensons tout d’abord à ses démonstrations sur le fonctionnement de l’appareil urinaire : en
ligaturant les uretères, il a prouvé que l'urine s'écoule de manière unidirectionnelle des reins
vers la vessie. De surcroît, toujours en s’appuyant sur des ligatures, il a réussi à prouver que les
nerfs émanant du cerveau et de la moelle règlent tant la sensibilité que la motricité.
Clinique
Galien met en place une thérapeutique raisonnée sur la base de ses observations scienti ques
à 360 degrés.
Ses informations sur la chirurgie, plus limitées, se basent sur l’anatomie que, comme nous
l’avons vu, il maîtrisait d’une façon exceptionnelle. Un passage célèbre, tiré d’un traité de
pharmacologie (Médicaments composés selon les genres III 2) nous relate d’une suture qu’il
se trouve à faire en urgence quand il était médecin des gladiateurs ; nous y voyons la médecine
clinique “en construction” avec l’immédiate élaboration des connaissances face à un cas
tout à fait neuf.
Un dernier mot dans ce domaine de la clinique doit être consacré à ses observations et théories
sur la sphygmologie, la science du pouls. Nous avons vu que, parmi ses prédécesseurs, à la fois
Hérophile et Érasistrate s’étaient démarqués dans les observations et canonisations des pouls :
Galien reprend systématiquement toutes les élaborations des deux et de leurs écoles, en
essayant de mettre au point une méthode objective et quantitative de l’observation et de
l’utilisation du pouls comme signe clinique.
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La révolution scienti que
Entre le XVème et le XVIIème siècle a lieu en Europe une profonde révolution de la pensée qui
met n à une tradition scienti que et philosophique plusieurs fois séculaire et qui constitue le
socle de la science que nous connaissons, la science moderne. Les historiens ont reconnu
l’impact de cette révolution aussi bien dans le domaine scienti que que dans tous les domaines
de la pensée et certains d’entre eux n’hésitent pas à faire de cette révolution dans la science le
point d’entrée dans une ère nouvelle, celle de la modernité. On connaît l’histoire du passage
d’un monde anthropocentrique (centré autour de l’homme, donc de la Terre) au monde
héliocentrique (le système solaire, centré autour du soleil) : c’est notamment l’histoire de
Copernic, de Galilée et de Newton. Mais la révolution scienti que n’a pas seulement abouti à
une nouvelle description du cosmos et à la découverte de nouvelles connaissances, elle a
également transformé le statut des connaissances scienti ques ainsi que leur mode
d’acquisition. La révolution scienti que a ainsi profondément modi é l’idée que nous nous
faisons de la vérité scienti que et de la manière dont l’homme peut y accéder, en particulier grâce
à l’utilisation d’instruments et à la mise en œuvre d’une méthode expérimentale, garantes de
l’objectivité scienti que. C’est donc au cours de cette période charnière que la science va
s’assurer une place solide au sein de la société et recueillir une part de la con ance dont elle fait
l’objet aujourd’hui. Pourtant, la révolution scienti que, qui dote la science de moyens inédits, va
également limiter l’étendu de son champ : la science doit se borner à décrire et expliquer des faits
et non plus à interpréter la nature, à lui donner un sens et à guider les actions humaines.
Jusqu’alors, l’univers était décrit en conformité avec la tradition héritée de la Grèce antique et
adaptée aux concepts théologiques chrétiens. La cosmologie de Claude Ptolémée, consignée
dans L’Almageste et conforme à la physique d’Aristote, établissait une division
fondamentale entre le monde sublunaire et le monde supralunaire. Le monde sublunaire
étant caractérisé par le changement et le monde supralunaire par l’immutabilité des corps
parfaitement sphériques qui le composent. Selon cette tradition, le cosmos était composé de
sphères concentriques, harmonieusement disposées autour de la Terre. Le christianisme médiéval
ajoutera une interprétation capitale à cet ordonnancement puisque celui-ci sera le re et de
l’intervention et l’intention d’un dieu créateur.
Les observations que Galilée publie au sujet de la surface de la Lune, de la surface du Soleil, des
satellites de Jupiter et de la Voie lactée vont anéantir la division millénaire entre monde
sublunaire et monde supralunaire. Il s’agit donc non seulement d’une révolution qui va à
l’encontre de théories scienti ques, mais également contre le sens commun (qui nous laisse
penser que la terre est immobile) et contre les normes théologiques et philosophiques de
l’époque. Ce sont en n les « Principes mathématiques de philosophie naturelle » parus en
1687, de l’anglais Isaac Newton, qui permettent d’uni er la physique terrestre et la physique
céleste de manière complète et cohérente. La chute des corps à la surface de la Terre, les marées
ou encore le mouvement des planètes : tous ces phénomènes obéissent désormais à une loi
unique, celle de la gravitation universelle. En moins de 150 ans, on passe donc d’un monde
clos centré autour de l’homme à un univers potentiellement in ni, centré autour du Soleil et régit
par des lois universelles qui s’expriment dans le langage mathématique et où l’homme n’occupe
qu’une place périphérique.
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2. Comment savoir : de nouvelles méthodes
scienti ques.
La révolution scienti que ne se caractérise pas uniquement par un ensemble de découvertes sur
l’univers et la nature. Elle est également marquée par une transformation du statut de la
connaissance et de son mode d’acquisition. C’est d’abord le rapport à la tradition, aux savoirs
hérités de l’Antiquité et transmis par l’orthodoxie chrétienne, qui est remis en question. A partir du
XVème siècle, certains philosophes naturels n’hésitent plus à critiquer le savoir enseigné dans les
universités, garantes des traditions intellectuelles antiques et théologiques. Pour la première fois,
des penseurs revendiquent la nouveauté de leurs découvertes et le caractère progressif et
cumulatif de la philosophie naturelle. Les philosophes naturels et les médecins enseignent qu’il
faut faire davantage con ance à ses sens qu’à l’érudition livresque perpétuée et défendue par
les universités.
Mais l’observation et l’usage des sens, attitudes partiellement et potentiellement passives vis-à-
vis de la nature ne su sent pas aux philosophes naturels qui vont se donner de nouveaux
moyens pour étendre l’horizon de leurs connaissances. Des instruments de plus en plus
complexes (le télescope utilisé par Galilée, le microscope, la pompe à air de Robert Hooke et
Robert Boyle par exemple) vont progressivement seconder les sens dans le dévoilement du
fonctionnement de la nature. Ces instruments seront parfois utilisés dans le cadre d’une nouvelle
méthode, la méthode expérimentale, qui se propose d’étudier les phénomènes naturels dans
des conditions inhabituelles et arti cielles, de « vexer la nature », pour reprendre l’expression de
l’anglais Francis Bacon, éloquent promoteur de cette méthode inédite. Cette évolution de la
science, qui nous semble aujourd’hui parfaitement naturelle car nous en sommes les héritiers, fut
en réalité très di cile à mettre en œuvre. Elle nécessita en e et une transformation profonde de
l’idée que se faisaient les philosophes naturels de leur rôle et de leur rapport au savoir.
Jusqu’alors, la distinction entre la science et la technique (autrement dit entre le savoir et le
savoir-faire) scindait la conception de la connaissance. On distinguait nettement les arts libéraux,
qui n’avaient pas d’autre nalité que la connaissance contemplative pure (le savoir pour le savoir),
et les arts mécaniques, connaissance appliquée donc prétendument inférieure. Cette distinction,
qui entraîne une hiérarchie entre la théorie et la pratique est remise en question en fait et en
droit par les philosophes naturels de la révolution scienti que, notamment dans l’œuvre de
Galilée.
L’utilisation d’instruments (comme le télescope ou la pompe à air) pour acquérir des
connaissances ébranle une distinction théorique qui limitait les pratiques scienti ques et
cantonnait la science à un champ relativement étroit. Secondée par les arts mécaniques
(l’ingénierie), la science va rapidement devenir utile et puissante. De contemplatif, le savoir
devient ainsi potentiellement dominateur, permettant de rendre les hommes « comme maîtres et
possesseurs de la Nature » (Descartes, Discours de la méthode, 1637).
Par ailleurs, la fondation de nouvelles institutions à l’écart des universités, les académies, en
particulier la Société royale de Londres en 1661 et l’Académie royale des sciences de Paris
en 1666, vont o rir un cadre institutionnel pour les nouvelles pratiques scienti ques. Ces
institutions vont également publier des revues (Philosophical transactions of the Royal society et
le Journal des savants) qui vont contribuer à promouvoir les nouvelles pratiques et disséminer les
nouveaux concepts des philosophes naturels à travers l’Europe.
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Le rejet par la pensée scienti que de toute considération basée sur la notion de valeur, de
perfection, d’harmonie, de sens ou de nalité va sceller le divorce caractéristique de la pensée
moderne entre ce qui est et ce qui devrait être, c’est-à- dire entre la connaissance des faits et les
discours sur les valeurs. Le médecin et écrivain Jean Hamburger résume cette situation vue du
XXème siècle : « prendre la méthode scienti que pour une machine à faire de la morale ou de la
politique c’est prendre pour un instrument de sagesse un instrument de connaissance (…) La
science peut guider des choix, elle ne peut les faire. Elle peut dire les moyens de parvenir au
but choisi, en montrer les avantages et les inconvénients possibles mais elle ne peut énoncer ce
but. Elle peut informer sur les chemins à suivre, guider l’itinéraire, mais nullement décider du
voyage. Ce n’est pas une dérobade, c’est une impossibilité contenue dans la dé nition même de
la méthode scienti que et les limites de son jeu » (Demain, les autres)
Cette dernière évolution, qui marque très profondément la science et la médecine moderne, est
au cœur de l’objectivité scienti que. Il convient, à partir de la révolution scienti que, de décrire la
nature plutôt que de l’interpréter pour pouvoir prétendre à l’objectivité. Il faut également que
les intérêts personnels, politiques ou religieux restent soigneusement cantonnés au-dehors de la
pratique scienti que.
C’est seulement dans ces conditions que la science peut progresser. Or les historiens de la
révolution scienti que ont montré que c’est précisément à cette époque que la science devient
l’un des instruments de choix de la politique et de la société. Le caractère désintéressé et
objectif de la science rend celle-ci utile et précieuse pour la société et l’action politique par le
biais de la technique, qui permet progressivement la maîtrise, voire la domination, de la nature par
la science. Ainsi, la révolution scienti que marque l’avènement d’un savoir utile et étendu, mais
néanmoins strictement limité à la description et l’explication des phénomènes naturels.
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Progrès de l’évolution et
médecine
Dans son « Introduction à la psychanalyse », Sigmund Freud rapporte que la science a in igé à
« l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis ». Le premier est la révolution copernicienne
qui déplace l’homme du centre de l’univers. Le second est la théorie de l’évolution qui « a
réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en
établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature
animale ». En interdisant de concevoir l’homme comme l’aboutissement d’une volonté ou d’une
intelligence créatrice, l’œuvre de Darwin a non seulement eu un retentissement sur la biologie
mais elle a également transformé l’idée que se faisait l’homme de sa place au sein de la nature.
Les théories de Darwin ont bouleversé la science, la culture et la politique. Nous verrons dans
quelle mesure certaines de ses idées ont été utilisées et parfois manipulées pour justi er des
programmes eugénistes visant à améliorer l’espèce humaine.
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Darwin entame son ouvrage sur l’origine des espèces par l’étude des variations des espèces
domestiques et il montre que celles-ci évoluent sous l’e et du triage, c’est-à-dire d’une sélection
arti cielle imposée par l’homme. Il montre ensuite en quoi la nature exerce elle aussi une forme
de sélection, à l’instar de celle exercée par l’homme, que Darwin appelle sélection naturelle.
Inspiré par sa lecture de Thomas Malthus, Darwin remarque que les êtres vivants se
reproduisent à une vitesse considérable : « tout être organisé se multiplie naturellement avec
tant de rapidité que, s’il n’est détruit, la terre serait bientôt couverte par la descendance d’un seul
couple ». Il introduit alors le concept de « lutte pour l’existence » entre les êtres vivants qui
conduit à la survie et à la reproduction des individus d’une population qui sont les plus adaptés à
l’environnement. Leurs traits sont ensuite transmis aux générations suivantes.
Darwin décrit également le rôle de la géologie dans le processus de spéciation. Il a observé, au
cours de son voyage, des variations entre des populations isolées par des obstacles physiques.
C’est le cas d’espèces de part et d’autre de la cordillère des Andes et des pinsons sur les îles
Galápagos.
Si Darwin pense avoir mis en lumière les forces naturelles qui sont à l’origine des espèces, il
reconnaît ignorer l’origine des variations entre les individus. Il fait l’hypothèse que des « gemmules
» situées dans chaque partie du corps se retrouvent dans les organes de la reproduction et
qu’elles s’unissent avec les gemmules du second géniteur pour permettre la transmission des
caractères acquis. C’est seulement avec les découvertes génétiques du début du XXème siècle et
la mise en évidence de mutations génétiques aléatoires que se développe la « théorie
synthétique de l’évolution » dans la première moitié du XXème siècle notamment à travers l’œuvre
de Julian Huxley (Evolution : la synthèse moderne, 1942) et de Theodosius Dobzhansky (La
Génétique et l’origine des espèces, 1937).
En dehors de cette zone d’ombre dans la théorie de l’évolution de Darwin, le naturaliste propose
une conception de l’origine des espèces qui repose sur une économie de moyen
impressionnante. Il souligne la puissance de sa théorie en faisant le lien avec celle de la
gravitation de Newton dans les derniers paragraphes de son ouvrage de 1859. C’est également
dans ces dernières pages que Darwin évoque explicitement, pour la seule fois dans cet ouvrage,
la possibilité que sa théorie s’applique également à l’homme.
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que les institutions qui s’opposent à la sélection naturelle portent in ne préjudice à la race
humaine. L’œuvre de Darwin fait preuve d’une certaine ambivalence face à cette question et la
diversité des di érents courants de pensée qui se réclameront du darwinisme dans le champ
politique sera pour partie la conséquence des aspirations contradictoires présentes dans le travail
de Darwin sur l’homme.
3. L’eugénisme
Si le néologisme est créé en 1883 par Francis Galton, le concept d’eugénisme a une histoire
qui précède les théories de Darwin et les diverses idéologies qui s’en sont inspirées. L’idée
d’améliorer l’espèce humaine est ancienne tant par son versant négatif (limiter la descendance
des individus jugés inférieurs par la stérilisation, l’enfermement ou l’élimination) que par son
versant positif (favoriser la reproduction des individus jugés supérieurs). Mais la di usion des
idées de Darwin sur la sélection naturelle et l’idée de survie des plus aptes comme moteur de
l’évolution va donner l’occasion de refonder les théories eugénistes avec un nouvel élan et de
nouveaux concepts. Francis Galton, un cousin polymathe de Darwin qui a notamment contribué
à fonder les statistiques modernes et l’anthropométrie, va ainsi argumenter que la société
engendre une dégénérescence de l’espèce en entravant le libre jeu de la sélection naturelle.
Il conclut qu’il faut instituer une sélection arti cielle compensatrice a n de maintenir l’homme à
son optimum biologique et intellectuel. La position de Galton repose notamment sur l’idée que les
qualités humaines, notamment l’intelligence, sont héréditaires – une idée qu’il va tenter de
démontrer dans son ouvrage intitulé Hereditary Genius.
Les idées et le néologisme de Galton vont rapidement se répandre à travers le monde. Aux Etats-
Unis, les organisations eugénistes se multiplient au début du XXème siècle, in uençant
notamment la politique migratoire et justi ant des lois de stérilisation dans de nombreux états. Au
total, 60000 personnes (aliénés, handicapés, criminels) sont stérilisées de force entre 1907
(l’année où l’état de l’Indiana passe la première loi de stérilisation) et la n des années 1960 aux
Etats-Unis. La Cour Suprême elle-même justi e ces pratiques dans un arrêt resté célèbre de 1927
(Buck v Bell) où elle argumente en faveur de la stérilisation forcée en ces termes :
« Il est préférable, pour le bien du monde entier, qu’au lieu d’attendre que les crimes commis par
les dégénérés obligent à les exécuter ou à les laisser mourir de faim du fait de leur imbécillité, que
la société puisse empêcher la reproduction de ceux qui sont manifestement inaptes. Le principe
qui justi e la vaccination obligatoire est assez large pour légitimer la section des trompes de
Fallope. »
Dans les années 1920 et 1930, de nombreux pays dont la Suisse, la Suède, la Norvège et
l’Allemagne nazie se dotent de lois permettant de stériliser de force certaines populations. En
Allemagne, environ 400 000 personnes sont stérilisées par le régime. A partir de 1939, le
Troisième Reich met en place une politique non seulement de stérilisation mais également
d’extermination des handicapés en vue d’améliorer la race allemande. Mais les idées eugénistes
étaient en réalité déjà répandues en Allemagne avant l’avènement du nazisme et elles n’y étaient
pas nécessairement associées à des mouvements politiques fascistes ni même réactionnaires.
Magnus Hirschfeld, par exemple, défendait un eugénisme progressiste. C’était un médecin
juif, socialiste et homosexuel qui fonda l’institut de sexologie à Berlin en 1919 et qui s’attaqua à
la criminalisation de l’homosexualité et à la persécution des homosexuels en Allemagne. Il critiqua
la dérive raciste et antisémite de l’eugénisme nazi et dû fuir son pays dans les années 1930.
Un mouvement eugéniste se développe également en Russie soviétique où la Société eugéniste
russe est fondée en 1920 par Nikolai Semashko, le commissaire du peuple à la santé.
Semashko déclare en 1925 aspirer à « l’assainissement véritable des ouvriers et des paysans, de
la population des travailleurs, c’est-à-dire de l’immense majorité de la population,
l’assainissement véritable de la race ». Cette société ne sera active qu’une dizaine d’année et elle
n’engendrera pas de véritable politique publique eugéniste.
En France, le terme d’eugénisme se répand à la suite du premier congrès international
d’eugénique tenu à Londres en 1912. La Société Française d’Eugénique, qui naît l’année
suivante, est composée de nombreux médecins. Certains d’entre eux considèrent que la
médecine – dans la mesure où elle porte assistance aux plus faibles – contribue activement à la
« dégénérescence de la race » et qu’elle gaspille l’argent public pour « protéger des éléments
inutiles et nocifs ».
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Dans l’entre-deux-guerres, deux médecins français célèbres, Alexis Carrel et Charles Richet,
tous deux prix Nobel de médecine, vont soutenir l’eugénisme très activement, allant jusqu’à
soutenir l’élimination de certains individus.
Certains médecins, tel le professeur d’obstétrique parisien in uent Adolphe Pinard, insistent sur
l’importance fondamentale du milieu (outre celle de l’hérédité) dans la détermination des qualités
des individus. Pinard défend par conséquent la protection maternelle au cours de la grossesse
ainsi que la puériculture.
Malgré la force et la variété de la pensée eugéniste en France, ce pays n’a jamais promulgué de
loi permettant la stérilisation forcée (encore moins l’euthanasie), y compris sous le régime de
Vichy. La crainte de la dépopulation, notamment après la Première Guerre mondiale, le poids de
la médecine libérale (qui voit l’eugénisme comme un projet de santé publique imposé par l’Etat) et
l’in uence de l’Eglise catholique ont été déterminants dans le chemin emprunté par la France.
L’Eglise catholique s’oppose d’une part au scientisme sous-jacent à l’eugénisme – à savoir
l’idée que la science puisse fonder la morale – et d’autre part au contrôle des naissances.
L’encyclique Casti connubii du pape Pie XI de 1930 condamne ainsi explicitement toute
tentative de stérilisation. La seule mesure d’inspiration eugéniste en France sera le certi cat
prénuptial instauré par le gouvernement de Vichy en 1942, quali ée explicitement de
« première mesure d’eugénisme de la législation française » pour permettre la « sauvegarde
physique et morale de la race ». Mais cette loi n’aura jamais de véritable valeur contraignante
auprès des futurs époux.
4. Conclusion
Le terme « eugénisme » porte aujourd’hui une connotation négative : on brandit l’eugénisme
comme un spectre, on le conçoit comme un danger. Les rues et la faculté de médecine (de Lyon)
qui portaient le nom d’Alexis Carrel ont été débaptisées tout comme un hôpital qui portait celui de
Charles Richet en région parisienne. On peut s’interroger sur les raisons qui ont contribué à jeter
l’opprobre sur ces idées lorsque l’on mesure à quel point elles étaient répandues à travers le
monde pendant des dizaines d’années.
La réponse la plus évidente est l’empreinte laissée par le nazisme sur ces idées. En
s’appropriant les idées eugénistes et en laissant s’appliquer sans limite des théories biologiques
au service d’un idéal raciste, la nazisme a laissé une marque profonde sur l’eugénisme. Une autre
réponse est que les années qui suivent la Deuxième Guerre mondiale sont riches en découvertes
qui permettent de reconcevoir la médecine dans sa dimension curatrice. La découverte de
traitements e caces contre la tuberculose et la syphilis permet de s’a ranchir de la crainte de la
transmission congénitale de ces maladies qui contribuait à alimenter la pensée eugéniste.
Le développement de la génétique va, paradoxalement, lui aussi diminuer l’ardeur des
eugénistes : on réalise que de nombreuses caractéristiques individuelles (comme l’intelligence)
ne sont pas « codées » par de simples gènes qui peuvent se transmettre à la descendance.
L’amélioration de l’espèce humaine n’est pas une a aire si simple !
La deuxième moitié du XXème siècle voit le développement du conseil génétique se développer. Il
connaît un essor au cours des années 1970 avec le développement de l’amniocentèse, la
dépénalisation de l’avortement, puis les techniques d’aide à la procréation. Certains
commentateurs ont parlé d’un « nouvel eugénisme » pour caractériser ces techniques qui, si elles
partagent avec l’eugénisme l’objectif de faire naître des individus meilleurs, s’en démarquent par
de nombreux aspects : il s’agit d’interventions individuelles qui n’ont pas pour objet d’améliorer
l’espèce humaine dans son ensemble et surtout elles reposent sur le désir des familles et non pas
sur une contrainte imposée par l’Etat.
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Epidémies et maladies
infectieuses
Dans Destin des maladies infectieuses (1933), le microbiologiste Charles Nicolle constate
que « les maladies infectieuses sont les compagnes fatales, constantes de notre vie ». Nicolle
écrit seulement quinze ans après l’épidémie de grippe espagnole de 1918 qui a fait trois fois plus
de morts que la Première Guerre mondiale en seulement six mois. Les épidémies ont eu un
impact majeur sur le cours de l’humanité. L’introduction de la grippe, de la variole ou encore du
typhus lors de la conquête des Amériques a décimé et mis à genou des civilisations millénaires
comme celle des Incas. En s’attaquant aux pommes de terres irlandaises dans les années
1840, un parasite a quant à lui contribué à la migration massive d’une partie de la population
irlandaise a amée vers l’Amérique du Nord au XIXème siècle. On pourrait ainsi multiplier les
exemples pour montrer l’e et des épidémies sur les individus et sur les sociétés.
Ce cours vise à illustrer certaines des réponses qu’ont eues les hommes face aux épidémies.
Nous verrons d’abord comment celles-ci ont été interprétées, étudiées et comprises. Puis nous
verrons, à travers deux exemples (la vaccination contre la variole et la découverte de la
pénicilline), comment les maladies infectieuses ont été combattues et en n nous parlerons d’une
épidémie moderne, celle du sida, et notamment de l’impact qu’elle a eu sur la pratique de la
médecine.
4. Conclusion
Les épidémies atteignent non seulement des individus mais également des sociétés et elles les
transforment en profondeur. Nous avons vu que les réactions des hommes face à elles sont
multiples, en particulier lorsque la science erre dans l’identi cation de leur cause. Par ailleurs,
nous avons vu que dans certains cas (pour la variole ou le choléra par exemple), des moyens de
prévention e caces avaient pu être élaborés avant que l’on comprenne comment ceux-ci
fonctionnaient. Inversement, la compréhension précise d’une maladie, comme c’est le cas pour
le VIH, ne signi e pas qu’on peut automatiquement développer un vaccin préventif facilement.
Ces di érents exemples illustrent la complexité et la multiplicité des rapports entre le savoir
pratique et le savoir théorique en médecine.
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La médecine au XIX siècle ème
Le XIXème siècle est un siècle fécond en découvertes médicales. C’est le siècle de Louis Pasteur
et de Claude Bernard, qui vont révolutionner la compréhension et le traitement de nombreuses
maladies. C’est aussi le siècle de la méthode anatomo-clinique qui recherche et assigne des
lésions organiques aux entités cliniques. Les sciences comme la chimie ou la biologie trouvent
des applications toujours plus nombreuses dans une médecine qui cherche désormais davantage
à élucider les mécanismes des maladies qu’à les interpréter. Cette époque est par ailleurs
marquée par des progrès techniques majeurs dans le domaine de l’anesthésie ou de l’antisepsie.
Parallèlement à cette accumulation de savoirs, on observe également un élargissement
considérable du champ de la médecine qui va s’intéresser à des objets nouveaux.
3. Médecine et société
L’idée que la santé et la maladie ne relèvent pas uniquement de l’expérience individuelle mais
sont également des questions collectives est ancienne. Les mesures de quarantaine ou
d’isolement pour les maladies qu’on considérait comme contagieuses existaient dès
l’Antiquité et elles furent mises en œuvre lors de grandes épidémies comme la peste. Mais les
médecins et les hommes politiques du XIXème siècle vont s’intéresser à la dimension sociale de la
maladie comme jamais auparavant. Il s’agit de l’époque où émerge la sociologie et où l’on
commence à interpréter certains événements individuels comme des faits sociaux (un exemple
frappant est le travail du sociologue Emile Durkheim sur le suicide). De la même manière, la
médecine va s’intéresser à la santé non plus seulement sous l’angle individuel mais également
sous l’angle populationnel.
À la n du XVIIIème siècle, la Révolution française instaure des chaires d’hygiène et de médecine
légale dans les écoles de santé. Par ailleurs, les grandes villes vont croître de manière
spectaculaire (la population de Paris double au cours de la première moitié du siècle et atteint un
million d’habitants avant 1850) et être frappées par des épidémies successives, notamment le
choléra. In uencée initialement par la théorie des miasmes puis secondairement par celle des
germes, l’hygiène publique s’étend progressivement à des domaines de plus en plus divers de la
vie publique et privée pour limiter la propagation des maladies en luttant contre l’insalubrité. La
médecine se penche sur la voirie, les égouts, la salubrité des logements, des prisons, des
casernes et des hôpitaux. Elle se préoccupe de la qualité de l’eau et de l’air et s’intéresse
également à l’alimentation ou encore aux conditions de travail.
La médecine s’intéresse dès lors à toutes sortes de questions qu’elle négligeait auparavant. Elle
va en particulier tenter de réguler certaines pratiques et certaines mœurs (allant de l’hygiène
corporelle à la sexualité en passant par l’habillement). Le rôle de la médecine n’est plus
seulement de soigner l’individu mais potentiellement de transformer la société et de faire
régner une certaine idée de l’ordre social. On assiste à ce qu’on a pu nommer la
« médicalisation de la société » ou encore la naissance de la « biopolitique ». Dans son
Discours sur les études du médecin et sur les qualités nécessaires à l’exercice de sa
profession, Richard de Nancy écrit « qu’il n’est point d’institution sociale où l’intervention des
lumières du médecin ne soit nécessaire ». Pour de Nancy, la médecine est un instrument qui doit
être utilisé pour organiser la société, pour la moraliser et la rendre plus productive : la médecine
« cherchera les moyens de rendre l’oisif au travail, l’homme dépravé à la vertu, l’indigent à
l’aisance. Elle arrachera le mendiant à la paresse, à la malpropreté, aux in rmités, aux vices et au
mépris ». Adrien Proust dé nira l’hygiène dans son Traité d’hygiène publique et privée
comme « l’étude de toutes les conditions qui assurent la prospérité de l’individu et de l’espèce,
qui les améliorent moralement et physiquement, en un mot, qui favorisent et activent leur
évolution ». La médecine se penche aussi sur la question de la sexualité. Certains médecins
condamnent des pratiques comme l’homosexualité, qu’ils considèrent comme des pathologies.
L’angle d’approche est à nouveau populationnel et social puisque ces idées trouvent un écho
particulier dans le cadre du débat sur la « dépopulation » qui, selon certains, serait due à la
« dégénérescence de la race », sorte d’état pathologique héréditaire dont l’étape ultime serait la
stérilité.
Le contrôle grandissant des autorités sanitaires sur l’individu et la société se heurte
néanmoins à des résistances. L’obligation de déclarer certaines maladies infectieuses
transmissibles, qui va à l’encontre du secret professionnel, est critiquée par de nombreux
médecins. Le caractère obligatoire de la vaccination (décrété seulement en 1902 pour la variole
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en France) ou encore le Contagious disease act de 1864 en Grande Bretagne (qui permet
d’arrêter les prostituées pour les examiner et les traiter de force en vue d’éliminer les maladies
vénériennes comme la syphilis) font l’objet de débats houleux.
4. Conclusion
Le XIXème siècle est un siècle particulièrement riche en découvertes et en innovations
médicales. Mais l’histoire de la médecine n’est pas seulement une histoire de la progression plus
ou moins rapide des connaissances et du perfectionnement des techniques. Elle contribue
également à mettre en lumière les rapports multiples entre le savoir, les individus et la
société. L’interférence entre la médecine et la politique, la morale, les valeurs, la liberté et les
choix individuels a été considérable au XIXème siècle. Rudolf Virchow, un des fondateurs de la
théorie cellulaire, écrivait ainsi que « la politique est la continuation de la médecine par d’autres
moyens ».
On célèbre volontiers les innovations de la médecine hygiéniste du XIXème siècle. Ces
innovations sont e ectivement un instrument formidablement puissant pour lutter contre les
maladies. Mais il semble intéressant de réaliser que certaines idées et certaines pratiques
célébrées au XIXème siècle sont aujourd’hui complètement obsolètes, voire condamnables sur le
plan éthique ou politique. Que penser par exemple du nom même de la « Société française de
prophylaxie sanitaire et de morale », fondée en 1901 ? Pourquoi la médecine doit-elle se
préoccuper de morale ?
Que penser des considérations de certains médecins sur la sexualité, par exemple la
« pathologisation » de l’homosexualité ? Si nous pensons que la médecine d’hier était façonnée
pas certains préjugés sociaux ou idéologiques, la médecine de demain démasquera-t-elle
également des préjugés dans la médecine d’aujourd’hui ?
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Le français médical : approche linguistique
et historique d’une terminologie
Si la langue de la recherche médicale et de la communication scienti que de ses travaux est
l’anglais actuellement, le français médical constitue une « langue de spécialité », c’est-à-dire
l’utilisation par des milieux professionnels d’habitudes langagières et en particulier lexicales : c’est
ce qu’on appelle une variété diaphasique du français, c’est-à-dire des usages propres à un milieu
professionnel. Tel est l’objet de ce cours : qu’est-ce que le français médical ou français de la
santé ? Comment se constitue-t-il historiquement et dans le monde contemporain ?
Ce cours s’articule en trois temps : dans une première partie, il dé nit ce que sont langues de
spécialité et terminologie, en particulier pour le domaine de la santé ; puis il décrit l’émergence du
français médical à côté du latin comme langue scienti que ; en n il présente les perspectives et
institutions contemporaines chargées de la terminologie et des néologismes en particulier pour la
médecine.
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. Institutionnelle : normalisation d’un langage et de nomenclatures qui peuvent être
fondées sur le nom mais aussi d’autres parties du discours. Elle est pratiquée dans les
commissions internationales et nationales (voir infra, III).
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substitué depuis 2001 à notion : c’est-à-dire « la construction mentale qui sert à classer les objets
individuels du monde extérieur ou intérieur à l’aide d’une abstraction plus ou moins arbitraire ». Le
concept est plus précis : c’est une unité de pensée dans des constructions mentales abstraites
qui servent à classer des objets individuels du monde extérieur ou intérieur à l’aide de caractères
ou propriétés, qui peuvent constituer un objet (intension) soit à constituer des ensembles d’objets
auxquels s’applique le concept.
Le travail terminologique doit donc être fondé d’abord sur le concept, avant celui sur la langue en
raison des divergences de signi és entre les langues, et des rapprochements formels entre les
langues qui peuvent être cause de distorsion conceptuelle. Il s’agit de mettre en ordre les
concepts technico-scienti ques, ce qui explique que la création d’un nouveau terme est dans le
monde contemporain l’objet d’un consensus international. Par ailleurs, les désignations dans les
langues peuvent ne retenir que quelques traits du concept.
1. 4. Néologie et terminologie
La formation des termes repose largement sur les procédés néologiques.
Deux types principaux :
1. néologie de forme ou néonymie ;
2. Néologie de sens dont la métaphore
1.4. 1. Néologie de forme ou néonymie
La néonymie est la création d’un terme ex nihilo, qui relève d’abord d’un acte individuel de
désignation préalable, qui établit un lien référentiel entre une désignation et un concept, et qui
peut intervenir dans un ensemble de désignations possibles (paradigme désignationnel) avant
qu’une forme soit sélectionnée par une communauté linguistique et mémorisée en tant que telle
comme terme stable.
Deux types de néonymie :
=> néonymie d’origine avec un terme nouveau correspondant à un concept nouveau : ex : logiciel
Dans ce cas, elle repose souvent sur une composition formée à partir d’éléments savants, parfois
avec une su xation française : ici c’est log (logos) accompagné du su xe –iciel, adaptation
française du su xe latin – ialis. Le su xe en –ique, utilisé fréquemment pour ce qui est technique,
le su xe en –ciel pour ce qui relève du numérique ou de l’informatique, ou celui en –ite pour ce
qui relève d’états in ammatoires font partie de ces su xes privilégiés dans la création de
néonymes.
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=> néonymie d’appoint : un nouveau concept circule mais est associé à une désignation existante
avant l’apparition ou non d’une nouvelle désignation : ex : ordinateur, formé sur une base latine
ordin- accompagnée de la su xation –ateur, qui marque l’agent, mais surtout un nom qui existait
déjà, avec un sémantisme bien di érent.
Dans la néologie, interviennent l’emprunt et le calque sémantique quand il y a traduction :
l’emprunt est un calque (ou une translitération si l’alphabet d’origine est di érent) avec parfois une
su xation française (ex : mail). Le calque sémantique intervient quand, dans une traduction, il
existe une équivalence entre un lexème de la langue de départ et un autre de la langue d’arrivée
pour un signi é S1 et que cette équivalence est étendue à un signi é S2 du lexème de la langue
de départ, alors qu’il n’existait pas dans le lexème de la langue d’arrivée : c’est le cas du chaos
ou de l’emploi médical de suggérer, calqué sur l’anglais et avec un sens absent en français dans
la langue standard.
1.4.2. Néologie de sens et métaphore
La néologie de sens par excellence est la métaphore qui est considérée non pas comme gure
stylistique, c’est-à-dire relevant de la polysémie et d’un transfert, mais comme participant à un
mouvement de transformation linguistique en synchronie et en diachronie. Elle a dans ce cas une
valeur heuristique et cognitive comme outil de conceptualisation. La métaphore apparaît comme
un mode d’explication du réel qui joue un rôle cognitif, dans la mesure où elle permet de retrouver
une unité des mécanismes et de rapprocher des phénomènes connus de nouveaux. La pensée
analogique qui la fonde est le moyen d’intégrer de nouveaux concepts, et de les
insérer dans des réseaux sémantiques et conceptuels en mettant en parallèle des phénomènes
physiques ou techniques d’un domaine avec des phénomènes jugés similaires dans un autre
domaine.
Voir par exemple le code, terme métaphorique utilisé en informatique, en linguistique et dans le
domaine biologique et génétique : il suppose que des séquences soient traitées comme
structures quel que soit le domaine, mais il connote aussi l’idée d’une norme.
Voir également la banque de sang, lexie créée en 1948 et qui est un calque sémantique de blood
bank, qui suppose que le transfusé rembourse le sang reçu en e ectuant un don après sa
transfusion (avec l’idée d’un capital du sang). En France, la notion de capital disparaît au pro t de
l’organisation sociale et de l’idée d’une distribution.
D’autres procédés de néologie de sens existent comme la métonymie qui permet de désigner un
concept au moyen d’un terme désignant un autre concept auquel il est lié par une relation de
cause à e et ou la synecdoque particularisante ou généralisante.
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Cette situation amène alors au spécialiste (médecin ou tout autre professionnel de la santé) à
utiliser des systèmes d’équivalence entre la terminologie de la recherche médicale, celle de la
vulgarisation pour les milieux paramédicaux et celle du patient, parfois teintée de connaissances
médicales largement vulgarisées. C’est ainsi que l’expression sensation de fourmis dans
les jambes, exprimée par un patient va donner lieu à l’équivalence médicale paresthésie.
D’autres équivalences sont courantes : jaunisse/hépatite ; rhume/coryza/ catarrhe.
La diversité des discours médicaux est donc grande : communication entre spécialistes,
communication entre spécialistes et semi-professionnels, entre experts et profanes, ou même
entre profanes.
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Toutefois l’anglais est particulièrement important dans la fabrication d’acronymes, souvent
e ectué d’abord sur une lexie formée d’un syntagme nominal, long et descriptif, ce qui
caractérise beaucoup de nouveaux termes médicaux qui sont des composés descriptifs. C’est ce
qu’on appelle la brachygraphie, c’est-à-dire une composition qui est ensuite réduite aux lettres
initiales du syntagme ou à un assemblage de lettres et de syllabes initiales. Elle peut aboutir à des
mots-valises (comme chloroforme (chlore + formyle), mais surtout à des sigles (ADN par
exemple).
Le lexique médical abonde en sigles, ne serait-ce qu’en raison de la brièveté de certains types
d’écrits (ordonnances, comptes rendus d’examen) et de la longueur de certains termes composés
à l’aide d’une succession de bases : ainsi trouve-t-on : ECG, TDM. Ces sigles sont généralement
indiqués dans l’ordre français du syntagme et non anglais, ce qui se justi e par le contexte où ils
sont le plus employés sur le territoire français et de la francophonie.
Parmi eux, citons deux noms de maladies, largement vulgarisés : le SIDA et la COVID. Pour le
SIDA, c’est un acronyme pour Syndrome D'Immunodé cience Acquise (Anglais : Acquired
immune de ciency syndrome (AIDS)). Le virus à l’origine du syndrome donne lieu aussi à un
acronyme : VIH = Virus de l’Immunodé cience Humaine. L’acronyme SIDA, dans sa vulgarisation,
a donné lieu à la formation d’un dérivé qui a été l’origine d’une polémique, J. M. Le Pen et le FN
ayant créé sidaïque, sur le modèle de Judaïque, en lui donnant une valeur péjorative, et le conseil
de la langue française proposant sidéen pour éviter l’amalgame et la connotation donnés par
l’homme politique. Ces deux formations n’ont eu que peu de succès, au pro t des tours, neutres
dans leurs connotations : « atteint du SIDA, malade du SIDA, porteur du VIH ».
La maladie actuelle a permis la vulgarisation du nom pandémie, jusque-là surtout réservé au
monde médical, le nom épidémie étant plus courant. Mais c’est surtout l’acronyme qui a déjà subi
une évolution intéressante, dont témoigne l’Académie le 7 mai 2020 : Covid est l’acronyme de
corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du
syntagme dont ils sont une abréviation. On dit ainsi la S.N.C.F. (Société nationale des chemins de
fer français) parce que le noyau de ce groupe, société, est un nom féminin, mais le C.I.O. (Comité
international olympique), parce que le noyau, comité, est un nom masculin. Quand ce syntagme
est composé de mots étrangers, le même principe s’applique. On distingue ainsi le FBI, Federal
Bureau of Investigation, « Bureau fédéral d’enquête », de la CIA, Central Intelligence Agency,
« Agence centrale de renseignement », puisque dans un cas on traduit le mot noyau par un nom
masculin, bureau, et dans l’autre, par un nom féminin, agence. Corona virus disease – notons que
l’on aurait pu préférer au nom anglais disease le nom latin morbus, de même sens et plus
universel – signi e « maladie provoquée par le corona virus (“virus en forme de couronne”) ». On
devrait donc dire la covid 19, puisque le noyau est un équivalent du nom français féminin maladie.
Pourquoi alors l’emploi si fréquent du masculin le covid 19 ? Parce que, avant que cet acronyme
ne se répande, on a surtout parlé du corona virus, groupe qui doit son genre, en raison des
principes exposés plus haut, au nom masculin virus. Ensuite, par métonymie, on a donné à la
maladie le genre de l’agent pathogène qui la provoque. Il n’en reste pas moins que l’emploi du
féminin serait préférable et qu’il n’est peut-être pas trop tard pour redonner à cet acronyme le
genre qui devrait être le sien.
La règle ainsi exposée d’un genre qui est celui du mot –noyau du tour abrégé démontre ainsi la
di culté du sigle : abréviation d’un syntagme, il garde pourtant des traces de la formation initiale.
Ainsi l’explication de l’Académie permet de comprendre la variabilité de COVID, explication à
laquelle il faut sans doute ajouter la nale en –d, qui, dans la morphologie française, suppose un
genre grammatical masculin. Aux raisons exposées par l’Académie, il faut ajouter que comme
SIDA désigne la maladie et VIH le virus, COVID est la maladie par opposition au virus
(Coronavirus). Mais la distinction, claire médicalement et dans la terminologie de santé, l’est
beaucoup moins dans la langue standard, et cette confusion sémantique s’accompagne d’une
identité de genre grammatical. Il faut noter que l’implantation en français standard s’est
accompagné d’un dérivé Covidé (atteint de la COVID), qui ne s’est pas faite à partir du nom latin
coronavirus, qui reste sans dérivation, comme nomen, c’est-à-dire comme composé latin sans
marque morphologique française. L’usage permettra de décider du genre dé nitif de COVID dans
la langue standard, vraisemblablement masculin contrairement aux recommandations de
l’Académie.
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II. L’EMERGENCE DU FRANÇAIS MEDICAL : RAPPEL
HISTORIQUE
1. LA NAISSANCE DU FRANÇAIS SCIENTIFIQUE
1.1 Le Moyen Âge : premiers textes médicaux en français
Bien souvent l’on considère que les écrits d’Ambroise Paré (1510-1590) inaugurent l’ère de l’écrit
médical et chirurgical. Or les premiers écrits français datent du Moyen Âge. La majeure partie
sont des traductions dont la première date du XIIe siècle et est écrite en anglo-normand en
Angleterre : c’est la Novele Cirurgerie, dont le titre, trompeur pour un esprit contemporain, est en
fait un traité de médecine pratique et est suivie de plusieurs autres œuvres au XIIIe s. Ce sont
souvent des traductions de recettes médicales, avec des descriptions d’ingrédients, en particulier
de plantes, traités de diététiques, traductions de textes chirurgicaux. Ainsi au XIIIe siècle, citons
L’ornement des dames, traduction d’un traité sur les soins du visage, l’adaptation en français
d’un antidotaire, l’Antidotaire Nicolas, le livre sur les simples de Mattheus Platearius, mais surtout
l’œuvre originale d’Aledbrandin de Sienne, qui écrit un traité de diététique où sont expliqués les
principes fondamentaux de la médecine médiévale fondés sur les humeurs et la relation aux
éléments, ainsi que des conseils de diététique pour maintenir la santé ou la rétablir. C’est aussi la
période ou plusieurs traités latins de chirurgie sont également traduits en français : celui de Roger
de Salerne en 1250 ou de Jean Pitard en 1300, bien avant les traductions bien connues de Henri
de Mondeville (1314) ou de Guy de Chauliac (1450). Les médecins reconnus sont traduits en
français comme Bernard de Gordon, plus que les autorités médicales, antiques ou arabes. Le
Canon d’Avicenne, œuvre de référence médicale d’origine arabe, n’est lu qu’en latin, les œuvres
d’Hippocrate ou de Galien également, sauf les Aphorismes d’Hippocrate qui sont traduits en
1362, ainsi que quelques courts textes apocryphes sous les intitulés Lettre d’Hippocrate, Secrets
d’Hippocrate. Evrart de Conty, médecin du XIVe siècle, traduit une œuvre d’Aristote qui contient
des questions médicales, mais n’essaie pas d’adapter d’autres textes en français.
La seule œuvre d’origine arabe traduite en français est la Chirurgie d’Albucasis, traduite en anglo-
normand au milieu du XIIIe siècle. Les écrits français relèvent pour leur majeure partie d’œuvres à
visée pratique, et sont beaucoup plus rarement théoriques : d’où l’importance des traités de
diététique. Ce sont principalement des écrits médiévaux traduits en français : on peut ainsi citer
les traités de gynécologie attribués à une femme, Trotula, dont l’existence réelle n'est pas
prouvée, et traduits au XVe siècle en français ou encore des traités sur les urines, dont
l’observation permettait de poser un diagnostic et qui ont donné lieu à des adaptations en
langues vernaculaires notamment en français.
Il faut noter cependant qu’une importante production se fait à l’occasion de la peste noire qui
atteint l’Europe au milieu du XIVe siècle. A cette occasion, une consultation de la faculté de Paris
a été ordonnée en 1348 par le roi et a donné lieu à plusieurs écrits latins, immédiatement traduits
et transmis en français : après une explication des causes supposées, des conseils diététiques et
thérapeutiques sont donnés. Une version en vers fut même écrite des années plus tard, par
Olivier de La Haye, en 1426.
L’écrit médical français a donc une réelle existence au Moyen Age et prouve l’existence d’une
communication médicale en langue vernaculaire, assurément parmi les milieux chirurgicaux,
souvent extérieurs au monde universitaire, et ne maîtrisant pas toujours le latin, mais peut-être
aussi à l’oral.
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dont les outils actuels ne rendent pas nécessairement compte. Elle montre aussi une ré exion
importante sur la signi cation du ou des termes, et les écrits débattent sur la meilleure
désignation et la meilleure description.
Le français n’est pas une langue universitaire, et les écrits dans cette langue, quoique présents,
restent malgré tout moins nombreux. Toutefois on ne peut qu’être frappé par leur existence, qui
signale un besoin d’outils linguistiques pour la communication médicale. C’est particulièrement le
cas en Angleterre, où les textes médicaux écrits en français sont nombreux, et le français médical
apparaît comme un intermédiaire entre le latin et l’anglais, sans doute pour des milieux nobles ou
religieux où le français était d’usage à l’écrit comme à l’oral. On peut penser aussi que d’autres
milieux, proches des médecins universitaires mais sans en avoir suivi le cursus éprouvaient la
nécessité d’avoir des écrits en langue vernaculaire, qu’il s’agisse de chirurgiens, de barbiers,
d’apothicaires ou de femmes intervenant pour des soins médicaux, mais on sait aussi que des
médecins lettrés utilisaient aussi des textes français. La communication médicale, au Moyen Âge
comme à notre époque, se fait donc à plusieurs niveaux et des habitudes lexicales et
terminologiques naissent en particulier pour la désignation des maladies ou d’états liés aux
humeurs.
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melle rosis et mectre collire fait cum crocis fere aut scama eins avec miel comme dit Galien.
La période médiévale est alors un bon témoin de la multiplicité des dénominations des plantes
comme des maladies avec à la fois des appellations usuelles françaises (ou vernaculaires), des
emprunts au latin ou au grec et à l’arabe via le latin, avec su xations françaises ou non. Elle
fonde des usages qui se continueront dans les siècles ultérieurs. La Renaissance et l’âge
classique cependant contribuent à la fois à une clari cation, une simpli cation et une explicitation
des nomenclatures avant la médecine moderne : les témoins que sont Rabelais dans son œuvre
littéraire ou Ambroise Paré dans son œuvre chirurgicale montrent à la fois une certaine fascination
pour une nomenclature d’origine gréco-latine, dont les arabismes sont majoritairement exclus et
la structuration terminologique qui s’opère progressivement.
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publications scienti ques. C’est en diachronie la période qui s’étend du Moyen Âge à l’âge
classique où les nomenclatures se multiplient puis se structurent.
c. Période postparadigmatique : la discipline et le savoir sont enseignés mais se séparent des
recherches : le concept perd de sa pertinence et la dénomination perd sa relation au concept :
elle se vulgarise en changeant de signi cation ou en acquérant une grande polysémie (cas de la
mélancolie), ou elle disparaît dans une érosion de sens en perdant son statut scienti que.
Au-delà de cette application du paradigme de Kuhn, on peut envisager une diachronie dans
l’apparition des termes : une première étape est constituée par la création avec des syntagmes
dotés d’une épithète (cf. code génétique), des néonymes, des emprunts, ou toutes sortes de
procédés néologiques (composition, a xation, con xation, dérivation, troncation, métaphore…).
Une deuxième étape est celle de la régulation : il y a suppression des synonymes, réduction et
clari cation de la terminologie-à l’aide ou non de commissions d’experts-, usage qui se précise
chez les spécialistes, voire au-delà. Une troisième est liée à l’évolution des concepts : une
nouvelle dé nition peut apparaître et s’ajouter à la dé nition précédente ou s’y substituer. C’est
par exemple ce que l’on peut voir dans le cas de planète dont la dé nition a beaucoup changé : le
terme est le même, le concept dans la langue de spécialiste a évolué mais le signi é dans la
langue usuelle est resté identique. On peut parler alors de mutation discontinue.
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EMOTION ET COMPORTEMENT
« Emotion : mouvement extraordinaire qui agite le corps ou l’esprit, et qui en trouble le
tempérament ou l’assiette. La èvre commence et nit par une petite émotion du pouls. Quand on
fait quelque exercice violent, on se sent de l’émotion dans tout le corps. Un amant sent de
l’émotion à la vue de sa maîtresse, un lâche à la vue de son ennemi. » A. Furetière (1690)
1. INTRODUCTION
Le monde des émotions est complexe. Les émotions (du latin ex-movere, mouvement vers le
dehors) sont par essence des états très personnels, di ciles à dé nir, à décrire ou à
identi er, sauf dans les cas les plus évidents.
On distingue classiquement trois composantes aux émotions :
- une composante subjective : c'est le ressenti émotionnel, qui peut être très varié selon les cas.
Les êtres humains peuvent en e et témoigner d'une grande diversité d'émotions qu'ils disent
ressentir ou vivre.
- une composante comportementale : ce sont les actes "émotionnels" comme par exemple la
défense ou l'attaque en réaction à une menace. Ce peut être aussi des mouvements moteurs plus
élémentaires, comme l'expression mimique du visage.
- une composante physiologique, en n, qui consiste en des réactions neurovégétatives ou
humorales diverses.
Les composantes comportementales et physiologiques peuvent être regroupées avec l’ensemble
des processus intervenant dans l’identi cation et la réponse émotionnelle. La composante
subjective dé nit l’expérience émotionnelle. Les études sur les émotions réalisées depuis près
d'un siècle ont permis de mieux comprendre comment s'articulent les di érentes composantes
des émotions. Le développement récent des techniques d’imagerie cérébrale a permis un
renouvellement considérable de ces recherches, en autorisant des investigations non
invasives chez l’homme du cerveau en action.
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Davidson suggère que l’on peut distinguer les émotions qui s’accompagnent d’un
comportement d’approche vis-à-vis du stimulus (ex. colère, joie) ou d’un comportement de
retrait (ex. peur, dégoût, tristesse). Les émotions avec un comportement d’approche seraient plus
associées à l’activation de l’hémisphère préfrontal gauche. Les émotions avec comportement
de retrait seraient associées à l’activation du cortex préfrontal droit.
2.2.2 - Expression mimique
L'intérêt pour l'expression faciale des émotions, ‘la mimique émotionnelle’, est relativement
ancien. La première grande contribution scienti que à l'étude de ce phénomène remonte au livre
de G. DARWIN "L'expression des émotions chez l'homme et les animaux" (1872). Dans cet
ouvrage, DARWIN dresse la liste des expressions faciales de l'être humain et des autres animaux
et insiste sur la nature universelle de ces expressions, qui seraient intégrées dans les systèmes
de communication propres à chaque espèce.
Cette théorie a été con rmée par les travaux de l'éthologie. Les émotions représentent en e et
chez les animaux un élément fondamental des régulations individuelles de l'action. Par leurs
expressions ritualisées essentielles à l'organisation et à la régulation de la vie sociale, les
expressions faciales permettent de transmettre une information aux congénères de la même
espèce.
Chez l'homme, à chaque émotion correspond une expression mimique qualitativement spéci que
(cf. gure 1). Par exemple, tel mouvement des muscles orbitaires pour la surprise, tel mouvement
des muscles des lèvres pour le dégoût, ou tel autre mouvement pour la colère, etc.
L'activation de l'émotion débute par un événement interne ou externe (stimulus) qui change le
niveau de l'activité électrochimique du système nerveux. Ces changements de l'activité nerveuse
provoquent un pattern mimique propre à chacune des émotions. Des mesures électriques de
l'activité des muscles du visage ont montré que la simple évocation en imagination de situations
a ectives pouvait déclencher des patterns émotionnels faciaux, avec ou sans contracture
musculaire complète. A l'inverse, le contrôle de l'expression mimique joue un grand rôle dans la
régulation du ressenti émotionnel. Il est en e et possible d'inhiber, partiellement voire même
totalement, une émotion en inhibant les mouvements expressifs de son visage ou de son
corps, en relaxant les muscles par exemple. D'autres expériences ont permis de montrer qu'une
exagération de l'expression faciale peut au contraire augmenter le vécu émotionnel.
De plus, en demandant au sujet de contracter tel ou tel muscle, sans indication particulière, et en
recueillant les émotions ressenties, on constate que celles-ci correspondent aux mimiques
e ectuées. Les sujets se décrivent comme contents lorsque leur visage avait été souriant, et en
colère en cas d'expression renfrognée.
Toutes ces données vont dans le même sens : il existe une rétroaction faciale qui régule le
ressenti émotionnel. De même que l'expérience subjective, la réponse physiologique dépendrait
également de l'expression mimique. Les techniques informatiques de ‘transformation morphique’
permettent également de contrôler l’intensité de l’expression faciale et de dé nir le seuil
d’identi cation et de di érentiation des émotions primaires (cf. gure 2).
Cependant, même si la plupart du temps les manifestations du visage sont interprétées comme
des expressions ou des signes d'émotions, il ne faut pas oublier qu'un des rôles de l'expression
faciale est de nature para-linguistique, ce qui veut dire que le visage est utilisé, dans la
communication verbale, pour accentuer ou orienter la conversation. Des expériences ont ainsi
montré que l'intensité des expressions faciales diminue quand les sujets sont seuls, mais sans
pour autant disparaître totalement.
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La composante subjective des émotions reste di cile à cerner. C'est un éprouvé très personnel
qui met en jeu la conscience. On parle parfois pour quali er cette composante émotionnelle de
sentiment plutôt que d’émotion.
De par la nature éminemment subjective de l’expérience émotionnelle, l’investigation des
structures neurales contribuant à la prise de conscience des états émotionnels a souvent été
limitée. Plus récemment des travaux d’imagerie cérébrale fonctionnelle ont souligné l’importance
des structures préfrontales internes (cortex médial préfrontal) et cingulaire antérieur dans la
conscience des émotions et l’expérience émotionnelle subjective.
La nature subjective des sentiments et des émotions serait invariable chez un même sujet (en
dehors de l’intervention de processus pathologiques), depuis sa naissance jusqu'à la n de sa vie.
Les sentiments procureraient ainsi une continuité à la conscience, ce qui contribuerait à la
stabilité (temporelle) du sentiment du Moi (self).
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DEVELOPPEMENT AFFECTIF ET
INTELLECTUEL
DEVELOPPEMENT AFFECTIF
1 – INTRODUCTION
L’a ectivité est l’ensemble des émotions et sentiments, pénibles ou agréables, qui animent les
pensées et les actes et orientent notre comportement et notre vie relationnelle,
interpersonnelle ou sociale. Ces émotions sont ressenties très précocement, dès la vie
anténatale probablement.
Sa mère est la première personne que le bébé « rencontre » et avec qui il noue une relation, au
sein du triangle père-mère-bébé. Dans les premiers mois de vie, la vie a ective du bébé est
centrée sur cette relation.
Après la naissance, le bébé humain est dans une relation extrêmement proche avec sa mère, dont
il dépend totalement pour sa survie, ses besoins physiologiques et psychologiques. Le bébé a la
capacité d’exprimer ses émotions et de percevoir et de ressentir celles de sa mère, et de réagir
par son comportement moteur, ses cris, l’expression de ses propres états.
Marquant une étape dans le développement de cette relation à la mère et dans la construction du
lien avec elle apparaissent « la peur de l’étranger » (R. Spitz) aux alentours du 8ème mois et
l’angoisse de séparation. L’enfant accède au « non » (12ème-18ème mois, R. Spitz) puis au
« je » (3ème année).
L’enfant aborde une autre phase de son développement a ectif lorsqu’il découvre plus clairement
que le père constitue un objet central des préoccupations et du désir de la mère. Il entre alors
dans la période oedipienne. C’est la genèse du lien primitif d’attachement à la mère que nous
allons particulièrement développer.
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Freud que sur ce point limité et reste compatible avec le reste de sa conception. Elle s’appuie sur
deux types de faits :
- des constatations cliniques sur les e ets des séparations mère-enfant ;
- les données de l’éthologie. L’éthologie est la science du comportement des espèces de leur
milieu naturel. A la suite de l’éthologie animale, l’éthologie humaine et l’observation du bébé se
sont beaucoup développées dans la deuxième moitié du XXème siècle.
Bowlby privilégie donc l’observation directe, par rapport à la reconstruction a posteriori à partir de
l’analyse d’adultes qui a été la base de la théorie freudienne. Il met l’accent sur la notion d’instinct
et fait de l’attachement une véritable pulsion, un besoin aussi fondamental que celui de
nourriture.
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2.5 – CARACTÉRISTIQUES DU COMPORTEMENT D’ATTACHEMENT
Bowlby postule l’existence d’un besoin primaire inné d’attachement, représenté par un
comportement qui a les caractéristiques suivantes :
- c’est un comportement phylogénétiquement programmé, pour maintenir la proximité entre le
bébé et celui qui l’élève ;
- il correspond à une pulsion en soi, indépendante des désirs et des besoins alimentaires ;
- le comportement d’attachement assure une fonction de survie de l’espèce en favorisant la
socialisation ;
- il s’appuie initialement sur des comportements innés qui sont les ré exes d’agrippement, de
fouissement, de succion, la poursuite oculaire, les cris et le sourire. Quand l’enfant grandit, il
s’enrichit de comportements nouveaux, principalement le sourire social et l’extension des bras
vers la mère ;
- il a une régulation interactive. Le comportement d’attachement est activité par certains états
du bébé (la fatigue, le froid, la faim) et par certaines réactions de la mère (l’éloignement,
l’indi érence, le rejet, la gronderie).
Le comportement d’attachement, marqué dans les premiers mois de vie, va donc évoluer au fur
et à mesure que la croissance de l’enfant le conduit vers l’autonomisation et que se développent
des comportements sophistiqués qui supplantent les comportements primitifs.
De la qualité de l’attachement précoce entre le bébé ou le jeune enfant et la « gure » maternelle
d’attachement (J. Bowlby) et les autres « gures » d’attachement, dépendent les sentiments de
con ance basale et de sécurité interne du jeune enfant nécessaires à son bon développement
et à son adaptabilité sociale (notions d’attachement « sécure » et « insécure » de M. Ainsworth).
CONCLUSION
De manière générale, il y a lieu de souligner l’importance de la qualité des interactions précoces
parents- bébé (interactions comportementales, a ectives, imaginaires et fantasmatiques) et des
conditions dans lesquelles naissent et se développement les premières relations ou liens
interpersonnels du jeune enfant avec ses parents et son entourage, pour son développement et
sa santé mentale ultérieurs.
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LE DEVELOPPEMENT DE L'INTELLIGENCE
1. DEFINITIONS
1.1. – DÉFINITION GÉNÉRALE
L'intelligence est un terme qui appartient au langage de la psychologie du sens commun et qui
désignerait une capacité de l'esprit humain à se représenter le monde, à en comprendre les
lois de fonctionnement, à en prévoir les événements et à communiquer ces connaissances
à autrui. La psychologie scienti que a montré que cette capacité prenait en compte des
opérations mentales complexes et résultait d'un ensemble très varié d'aptitudes.
De très nombreuses fonctions doivent donc être prises en compte lorsqu'on parle d'aptitudes
intellectuelles. Citons :
- l’organisation de la perception des données
- l’organisation des informations à mémoriser
- l’organisation de la rétention mnésique et des stratégies de rappel et de reconnaissance
- le raisonnement
- la plani cation des actions
- les capacités d'apprentissage
- les capacités d'argumentation et d'échanges sociaux
1.2. – DÉFINITION DE PIAGET
La dé nition la plus utilisée de l'intelligence est celle de Jean Piaget : c'est la capacité d'un
individu à s'adapter à son environnement. L'adaptation est une caractéristique de tout être
vivant et l'intelligence humaine est comprise comme la forme la plus ra née de cette faculté.
Cette capacité dépend de données innées, nécessaires. Les plus représentatives sont les
structures cérébrales dont la multiplication, la croissance, la localisation et un modèle de
connexions sont proposés par l'hérédité et le génome. Ces opérations se font au cours de la
maturation cérébrale.
Elle dépend aussi des expériences acquises dans les rencontres de ces structures avec les
éléments de l'environnement, qui vont les modi er à leur tour en les renforçant ou en les
organisant. Les apprentissages permettent d'utiliser dans le présent, en les perfectionnant, les
expériences passées.
L'intelligence n'est qu'une composante du développement global qui comprend, en outre, les
développements moteur et a ectif auxquels elle va rester attachée. La motricité est le seul outil
dont dispose l'enfant au départ, et les conduites intelligentes vont naître de l'exercice des
fonctions sensori-motrices. De même, le désir d'apprendre et de découvrir sont étroitement liés à
l'a ectivité du sujet.
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Le modèle de ce type de test est celui construit à l'époque par Binet et Simon. Pour chaque âge,
un ensemble d'épreuves est construit, chacune est censée explorer des aptitudes di érentes (ex.
pour l'âge de 10 ans : ordonner cinq poids du plus lourd au plus léger, copier de mémoire un
dessin, trouver le caractère absurde de certaines phrases, comprendre et savoir répondre à
certaines questions, placer trois mots dans des phrases). Chacune de ces six épreuves est
construite de telle façon que 50 à 80% des enfants de la classe d'âge considérée (10 ans en
l'occurence) sont capables de répondre avec succès, et seulement un petit nombre des enfants
de la classe d’âge inférieure (9 ans). Par un arti ce de calcul, on a ectera chacune des six
épreuves d'une valeur de « 2 mois » permettant ainsi d'attribuer au sujet un âge mental.
Idéalement, la réussite d'un enfant de 10 ans à l'ensemble des épreuves correspondant à 10 ans
et à toutes les épreuves d'âge inférieur, et l'échec à toutes les épreuves retenues pour 11 ans et
plus, lui donneront un âge mental de 10 ans. Toujours par arti ce de calcul, le rapport âge mental
x 100 dé nit le quotient intellectuel; âge réel un quotient intellectuel de 100 correspond à
l'égalité âge mental = âge réel. Un enfant doué d'une intelligence supérieure, en réussissant des
épreuves supérieures à celles de son âge, aura un âge mental > âge réel, donc un Q.I. > 100,
alors qu'un enfant retardé en ne réussissant par les épreuves de son âge, voire certaines qui
devraient être réussies à un âge inférieur, aura un âge mental < âge réel, donc un Q.I. < 100.
Chez l’enfant, l'intelligence se caractérise par des aptitudes qui progressent avec l'âge. Une autre
manière de mesurer les aptitudes consiste à se contenter de classer un individu parmi l'ensemble
des enfants de son âge. On observe alors que par tranche d'âge, les valeurs du Q.I. se
répartissent selon une courbe normale Age mental Nombre de sujets (Courbe de Laplace-
Gauss).
2.1.2. - Chez l'adulte
A partir de l'adolescence, les capacités intellectuelles demeurent stables. On ne peut donc plus
comparer les aptitudes en fonction de l'âge, mais seulement classer les individus au sein d'une
population de référence. Le principe demeure le même : réunir un ensemble d'épreuves aussi
diversi ées que possible. On utilisera des épreuves qui nécessitent soit de bonnes aptitudes
verbales, soit des capacités de raisonnement pratique ou une bonne orientation dans l'espace. La
note globale résulte de la moyenne des notes obtenues aux di érentes épreuves. Il est évident
que le choix de ces épreuves et la pondération donneront aux tests les qualités métriques
nécessaires. Une manière d'évaluer la validité d'un test consiste à comparer les valeurs moyennes
obtenues dans une population donnée avec celles recueillies dans la même population par un
autre test, déjà étalonné. Le test le plus utilisé est la WAIS (Wechsler Adult Intelligence Scale).
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stratégie, d'un plan d'action mis en place par l'intelligence, et elle est sous-tendue par un but,
donc la réalisation d'un désir, qui est de l'ordre de l’a ectif.
5. LE DEVELOPPEMENT DE L’INTELLIGENCE
5.1. - CARACTÉRISTIQUES DU DÉVELOPPEMENT DE L’INTELLIGENCE
Le développement de l'intelligence chez l'enfant a été décrit par Jean Piaget, qui en a observé
chez ses propres enfants les étapes et les modalités de fonctionnement. Il dé nit l'intelligence
comme la faculté d'adaptation; pour lui l’intelligence n'est qu'un cas particulier de l'adaptation
biologique, et permet comme elle une équilibration continuelle et progressive entre le sujet et
son milieu. Comme l'adaptation biologique, elle procède en utilisant deux types de mécanisme:
l’assimilation et l’accommodation.
L'assimilation caractérise l'incorporation d'éléments du milieu à la structure de l'individu.
L'accommodation caractérise les modi cations de la structure auxquelles l'individu doit recourir
devant les modi cations du milieu. Lorsque la tâche à accomplir résiste à l'assimilation simple, il
faut développer d'autres stratégies et faire appel à d'autres moyens qui, peu à peu, modi ent et
perfectionnent les structures. L'intelligence ne débute donc ni par la connaissance de soi, ni
par celle des choses, mais par celle de leur interaction.
1. DÉFINITIONS
La réaction de stress : ensemble des processus biologiques et psychologiques mis en œuvre par
l’organisme pour s’adapter à un agent perturbateur ou à une contrainte. Il s’agit d’un
phénomène indispensable à la survie de l’individu et de l’espèce (adaptation à des contraintes
extérieures hostiles et changeantes). La réaction de stress est béné que si :
- elle se déclenche uniquement lors d’une perturbation,
- elle ne dépasse pas les capacités d’adaptation du sujet,
- elle est proportionnelle à l’intensité de l’agent perturbateur,
- et elle est limitée dans le temps.
Il s’agit alors d’un « bon stress », à la base d’un apprentissage adaptatif. Dans ce phénomène, les
procédures de contrôle sont essentielles (déclenchement, contrôle quantitatif, arrêt). La théorie
du « U inversé » de Yerked & Dodson (1908) permet de situer la zone de fonctionnement optimal
à un niveau moyen de stress (en dessous : trop faible motivation ; au-dessus : perturbation de la
performance).
Les facteurs de stress sont les événements, les situations ou les conditions susceptibles de
déclencher une réaction de stress. Synonyme : « stresseurs ». On en distingue deux types :
- aigus (durée très brève ou limitée),
- chroniques (durée longue).
On peut repérer des facteurs de stress de niveaux croissants:
- les tracas et petits soucis du quotidien (retards, embouteillages, pluie, bruit, etc.),
- les événements de vie (positifs ou négatifs : déménagement, grossesse, divorce, nouveau
travail),
- les di cultés de vie prolongées (con its, maladies)
- les vrais traumatismes (agressions, accidents, attentats, etc.).
L’intensité subjective des facteurs de stress peut être évaluée par exemple sur une échelle de 0 à
20 (ex : décès d’un enfant = 19,3/20 ; promotion : 5,4/20). Dans le domaine professionnel, la liste
des facteurs de stress est longue : charge de travail excessive (ou insu sante), temps insu sant
pour achever son travail, absence de description précise du poste ou de l’organisation, manque
de reconnaissance ou de récompense, absence de possibilité d’exprimer ses demandes,
nombreuses responsabilités mais peu de pouvoir décisionnel, collègues peu soutenants,
insécurité de l’emploi, chômage, racisme, violence, conditions de travail di ciles, examens,
concours…
L’expression « être stressé » est relativement oue et désigne, selon les cas :
- le fait d’être soumis à des facteurs de stress,
- ou le fait de produire une réaction de stress,
- ou l’ensemble des deux, et surtout le fait d’être dépassé par la réaction de stress.
Il s’agit alors d’une rupture d’équilibre, d’une désadaptation qui peut conduire à un « stress
pathologique ».
2. LA REACTION DE STRESS
Ses fonctions sont d’alerter l’individu d’une menace potentielle, de le préparer à l’action (fuite,
combat, tolérance), de le protéger en s’adaptant, et en n de conserver en mémoire une
information qui pourrait être utile lors d’une situation identique ultérieure (relations émotions-
mémoire).
Les signes visibles ou sensibles de la réaction de stress sont :
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- une augmentation de la vigilance (hyper-attention) permettant le repérage des menaces et
une analyse de la situation,
- une activation émotionnelle (peur, tension, anxiété, attente),
- et une activation physique des fonctions vitales permettant une mobilisation vers l’action en
cas de danger (fuir, ou se battre, ou éventuellement « faire le mort »).
Cette activation physique comporte une augmentation de la fréquence cardiaque et de la tension
artérielle, une vaso-dilatation musculaire, une augmentation de la fréquence respiratoire, une
augmentation du tonus musculaire, et des modi cations digestives, cutanées, pupillaires
(mydriase). Les mécanismes biologiques de la réaction de stress reposent sur deux contre-
réactions de l’organisme à un agent perturbateur menaçant l’homéostasie (l’équilibre) du milieu
intérieur :
- une réaction rapide (programme d’urgence se déclenchant dans les secondes suivant
l’agression) : il est sous-tendu par deux substances du cerveau et du corps, l’ADRENALINE et
la NORADRENALINE (elles assurent le fonctionnement du système nerveux « sympathique »,
et sont produites notamment par les glandes médullo-surrénales)
- une réaction lente, déclenchée dans les minutes qui suivent mais pour une durée plus longue :
elle est médiée par le CORTISOL, qui est produit par les glandes cortico-surrénales sous le
contrôle de l’hypothalamus et de l’hypophyse.
Les e ets de ces substances se font sentir sur les systèmes cardio-vasculaires, métaboliques,
anti-in ammatoires, et immunitaires.
6. LES PSYCHOTRAUMATISMES
Un événement traumatique (« choc ») est un événement brutal, violent et soudain, menaçant la
vie du sujet ou son intégrité physique, ou menaçant la vie d’une autre personne présente. Cet
événement revêt un caractère exceptionnel dans la vie de la victime. Le psychotraumatisme
correspond aux conséquences psychiques d’un événement traumatique.
Les événements traumatiques se distinguent des événements stressants par leur nature violente,
leur survenue brutale, et les risques qu’ils entraînent pour la vie du sujet, alors que les
événements stressants sont en général plus légers mais plus durables, sans risques vitaux
immédiats.
Les principaux types d’événements traumatiques peuvent être des catastrophes collectives
(accidents d’avion, de train, inondation, tremblements de terre, attentats terroristes,
bombardements), des traumatismes individuels (agression physique et sexuelle, prise d’otage,
etc.), des traumatismes de témoins et de personnes « impliquées » (ex : secouristes).
Les réactions psychiques anormales à un événement traumatisant sont soit de courte durée (état
de stress aigu, de durée inférieure à un mois), soit de longue durée (états de stress post-
traumatique qui peuvent persister des mois voire des années). Le terme d’état de stress post-
traumatique (ESPT) a été proposé par la psychiatrie américaine, à partir des traumatismes vécus
par les vétérans (combattants) de la guerre du Vietnam, puis de traumatismes civils comme les
attentats ou les catastrophes naturelles. L’ESPT est marqué par des symptômes anxieux, des
symptômes dépressifs, et surtout par un syndrome de « reviviscence » ou de répétition. Il s’agit
d’intrusions incessantes et angoissantes du souvenir de l’événement traumatisant dans l’esprit du
sujet, sous formes de cauchemars la nuit et de « ash-backs » le jour (impression que
l’événement se déroule à nouveau ou va survenir). Ce trouble peut durer des mois voire des
années, et se complique souvent de dépressions graves et d’alcoolisme ou d’autres addictions.
Des facteurs psychologiques peuvent sous-tendre l’ESPT : la violence de la confrontation
avec la mort (sentiment de vulnérabilité persistant), les sentiments de culpabilité (n’avoir rien pu
faire pour aider les autres, « culpabilité du survivant »), et une mauvaise contextualisation du
souvenir et des émotions (perturbation du traitement de la mémoire émotionnelle, entre
l’amygdale et l’hippocampe probablement). La blessure psychique, « e raction » ou « brèche »
dans l’appareil psychique, ne peut cicatriser car elle est « enkystée » en profondeur et le sujet en
a perdu le contrôle.
De même, des facteurs biologiques peuvent jouer un rôle dans le développement des ESPT :
débordement des systèmes du stress (cortisol) et notamment hyperactivité du système
sympathique (adrénaline, noradrénaline) et altération durable des structures cérébrales du stress
et de la mémoire (diminution du volume des hippocampes).
Les conduites suicidaires sont des actes par lesquels le sujet tente de se donner la mort. Par
extension, certains auteurs utilisent le terme de conduite suicidaire pour désigner des
comportements où le désir de mort s’exprime de façon masquée, on préfère cependant le terme
d’équivalent suicidaire (ex : conduite à grande vitesse, alcoolisation brutale, toxicomanie, refus
alimentaire…). Une conduite suicidaire est une urgence psychiatrique.
La tentative de suicide est plus di cile à dé nir. La tentative de suicide correspond à tout acte
par lequel un individu met consciemment sa vie en jeu, soit de manière objective, soit de manière
symbolique et n’aboutissant pas à la mort. La tentative de suicide se distingue du suicide dans la
mesure où elle n’aboutit pas au décès de la personne. L’intervention précoce d’un tiers
interrompant le processus mortifère peut être à l’origine de la vie sauvé. Il existe parfois une
détermination de mort moins grande chez ces sujets, plus désespérés – sans espérance de
changement – que fondamentalement dans le désir de mort. En réalité, quelle qu’en soit sa
cause, la tentative de suicide est une conduite grave. Elle doit être analysée avec beaucoup
d’attention et faire impérativement l’objet d’un examen psychiatrique.
Le suicidaire est un sujet manifestant l’intention de se suicider soit verbalement soit par son
comportement. Le suicidant est un sujet qui a survécu à une tentative de suicide. Le suicidé est
un sujet décédé lors de sa tentative de suicide. Le suicide est fréquent dans le monde entier où
son ampleur va en grandissant. On a évalué dans le monde à 1 million le nombre de morts par
suicide (1 toutes les 40 secondes) au cours de l’année 2000. Les tentatives de suicide pendant
cette même période ont été, selon les régions, 10 à 20 fois plus nombreuses.
Dans tous les pays du globe, le suicide est une des trois premières causes de mort des 15-35
ans. Cette valeur est en augmentation puisqu’elle est passée de 10.1 à 16 p.100 000 de 1950 à
1995. Les données montrent que le nombre d’homme se donnant la mort par suicide est
supérieur (sauf chine rurale) à celui des femmes. Deux tranches d’âge paraissent
particulièrement touchées et en augmentation : les jeunes et les sujets âgés chez lesquels
l’importance du phénomène est préoccupante. On considère en e et que les données
épidémiologiques sont lacunaires et peu comparables d’un pays à l’autre car elles dépendent
d’une part de l’état et des modalités de fonctionnement du système sanitaire et d’autre part de
considérations culturelles et psychologiques. Ainsi, certains paramètres comme la honte, la
culpabilité, les préceptes religieux (dont certains peuvent être aussi localement protecteurs)
certains tabous sociaux peuvent constituer des facteurs limitants à l’identi cation et/ou au recueil
des données épidémiologiques. C’est ainsi que certains gestes autolytiques violents comme les
chutes, les accidents domestiques, les noyades ne sont pas répertoriés comme des suicides en
dépit, dans certains cas, de l’évidence d’une démarche déterminée du patient.
Le tableau ci-après donne les valeurs fournies par l’OMS pour l’année 2000 dans la région
Europe, Israël pour la tranche d’âge 15-18 ans, montrant que le suicide est la deuxième cause
de décès des jeunes après les accidents de la route.
Le tableau ci-dessous donne une idée dans notre pays de l’incidence respective des tentatives de
suicides et des suicides accomplis.
C. PREVENTION DU SUICIDE
La prévention du suicide s’avère donc capitale dans la mesure où il s’agit d’un trouble qui se
résume au passage à l’acte. C’est donc avant ou au début de l’initiation de ce dernier que l’on
doit agir. Comme toujours en santé publique, l’ignorance du phénomène, les présupposés
erronés (« la faiblesse de caractère est à l’origine du suicide »), la stigmatisation ou le silence sont
en réalité facilitateurs du suicide. Il convient de pouvoir évoquer l’éventualité de cette conduite
sans provoquer le repli ou le jugement de l’interlocuteur. L’information, générale et ciblée
(touchant les populations les plus à risque comme les jeunes et les sujets âgés) doit être promue
avec détermination mais avec nuances car elle doit composer avec les représentations des
populations sur lesquelles elle est délivrée. Certains partenaires comme les personnels scolaires,
les médecins généralistes, les médecins du travail, les personnels des services d’urgence doivent
béné cier d’une information spéci que à leur type d’exercice professionnel. Les facteurs de
risque, particulièrement relatifs à la consommation de toxiques comme l’alcool et le cannabis,
doivent clairement être identi és comme tels, ceci indépendamment de leurs autres propriétés
dont certaines peuvent être intéressantes.
Par exemple, le danger de l’alcool, très important concernant le risque suicidaire, n’est-il pas en
contradiction avec le fait que cette substance possède, dans notre culture, des propriétés de
sociabilité indéniables. L’information est donc di cile à établir car elle doit montrer la
dangerosité extrême d’une substance ou d’une attitude données pour une population fragilisée,
alors qu’elles peuvent, pour une autre population sans di culté, présenter quelques avantages
intégratifs. Le but de la prévention qui est celui de protéger les populations les plus fragiles est
donc particulièrement di cile. Il doit pour cela être soutenu par une cohérence et une action
commune des divers acteurs de santé, notamment aujourd’hui les médias. La
communication qu’elle soit celle des personnes en sou rance qui cherchent un interlocuteur pour
dire leurs di cultés (proches, personnels scolaires ou sanitaire) ou celle qui véhicule des
messages collectifs favorisant l’estime des personnes et la diminution de la violence, est un
élément capital de la prévention. L’autre élément essentiel des messages de prévention concerne
la récidive. Il convient donc, à l’issue d’un geste suicidaire même s’il a pu paraître sans
conséquence, d’insister sur la nécessité absolue de la rencontre avec un psychiatre, de même
qu’il faut tenter de réduire l’accès aux moyens de suicide.
Pour Descartes, on retrouve l’asc se platonicienne (s' loigner des sens trompeurs) culmine
dans le cogito. L’ me fonde l'existence humaine en valeur et le corps est r duit la mat rialit de
son extension. La seule différence entre Platon et Descartes, c’est que l’ me et le corps sont
deux substances distinctes qui peuvent se concevoir radicalement l'une sans l'autre. Il considère
que l’un peut se concevoir sans l’autre. Platon considérait l’âme et le corps comme une unicité.
MAIS cette approche ne tient pas compte des variations culturelles et des symboliques sociales et
culturelles. Par exemples : quid du d terminisme biologique = lors de l'adoption d'un enfant
venu d'une autre soci t (son intégration dans la société n’aurait pas été la même ?) Il y a
également des variations d'une soci t l'autre, des variations temporelles au sein d'une m me
soci t . Mais aussi des diff rences de relations au monde entre la 1 re et la 2nd g n ration
d’immigr s.
Ces exemples illustrent que le corps ne se r sume pas une appartenance biologique. Les
attributs assign s au sexe rel vent de choix culturels et sociaux, et pas (uniquement) d'un
4. Le paradoxe français
En matière de santé publique, le paradoxe français peut être résumé par la coexistence des
points positifs et négatifs. Le pays a de bons indicateurs de santé par rapport aux pays de l’Union
Européenne. Ainsi, la France :
• est en bonne position pour l’espérance de vie à la naissance dans les deux sexes (80 ans)
• est en 1ère position pour l’espérance de vie à 65 ans chez les femmes
• a le taux de mortalité cardio-vasculaire le plus bas
• possède un faible niveau de mortalité pour les 0-15 ans avec notamment un taux de mortalité
infantile qui a diminué de moitié en 7 ans et reste l’un des plus faibles au monde.
Il existe des évolutions positives en matière de prévention sur les facteurs de risque individuels et
collectifs :
• poursuite de la baisse de la consommation de tabac, et à moindre degré d’alcool (reste un
problème en émergence chez les jeunes)
• baisse globale de la mortalité, en particulier cardio-vasculaire, mais aussi pour d’autres
pathologies telles que certains cancers (sein, colon), le SIDA, …
• amélioration notable de la qualité de vie des personnes âgées (traitement de la cataracte,
prothèses, aide à la dépendance, …)
• amélioration de la prise en charge de la douleur aiguë et chronique
Un e ort nancier important est consenti pour la prise en charge médicale et la prévention par
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rapport aux ressources disponibles :
• environ 12% des richesses nationales (PIB) consacrés aux dépenses de santé, ce qui place
la France dans les pays qui dépensent le plus pour leur santé
• une hausse régulière des dépenses de santé
En revanche, la France se caractérise par :
• une mortalité prématurée parmi les plus élevées d’Europe. Cette surmortalité précoce,
prédominant chez les hommes, réduit considérablement l’espérance de vie à la naissance. Elle
traduit un recours encore trop faible à la prévention primaire (action sur les facteurs de risque
individuels).
• des inégalités de santé marquées entre les sexes, les catégories sociales, ou les régions
françaises
• une couverture vaccinale souvent insu sante en regard de l’o re en soins et de la forte
densité médicale (exemple de la couverture vaccinale contre la rougeole).
• un taux élevé d’interruption volontaire de grossesse, probable témoin d’une pratique
insu sante de la contraception
• une consommation de certains médicaments parmi les plus élevée d’Europe, en particulier
pour les anxiolytiques et les antibiotiques.
• des services d’urgence à l’hôpital saturés alors que parallèlement, la densité des médecins
libéraux reste assez forte en milieu urbain.
Les explications de ces paradoxes sont complexes, et ne seront pas détaillées ici. Retenons
simplement que, comme d’autres pays développés, la France devra intensi er ses e orts dans
l’avenir pour certaines priorités, en particulier faire face au vieillissement de la population en
organisant une véritable prise en charge de la dépendance liée à l’âge, et réduire la mortalité
prématurée et les inégalités de santé en développant plus son o re de prévention au travers du
système de santé et de soins.
2.2. MORBIDITÉ
« La morbidité est à la maladie ce que la mortalité est à la mort ». On pourrait aussi la dé nir
comme l’écart entre l’état de santé du sujet ou de la population et l’état de bien être. La morbidité
dé nit donc la maladie ou ses symptômes.
Quelle soit subjective ou objective, elle peut être mesurée par des indicateurs de fréquence que
l’on appelle la prévalence et l’incidence.
Le taux de prévalence est le nombre de cas d’une maladie (m) à un instant donné (t) rapporté à
l’e ectif de la population étudiée (N) à cet instant : P = m / Nt
Le taux d’incidence est le nombre de nouveaux cas d’une maladie (m) survenus pendant une
période temps (t1 à t2) rapporté à la population exposée au risque entre t1 et t2 : I = m/N(t2 – t1)
La prévalence est donc une mesure instantanée de l’état de santé d’une population alors que
l’incidence est une mesure dynamique au cours du temps. Au cours de la période étudiée,
chaque individu de la population peut être exposé au risque de façon variable. Cette variabilité
peut être prise en compte dans le dénominateur du taux d’incidence (densité d’incidence exprimé
en unités de temps).
La prévalence est égale à l’incidence multipliée par la durée moyenne de la maladie dans la
population (P = I x d). Ainsi, même si le nombre de nouveaux cas d’une maladie reste stable
(incidence), la prévalence peut augmenter si la durée de la maladie augmente.
MORBIDITÉ
La mortalité ne re ète qu’imparfaitement l’état de santé d’une population puisqu’elle ne
mesure que l’impact des pathologies les plus graves potentiellement mortelle. Les indicateurs de
morbidité (prévalence, incidence) permettent en revanche d’apprécier un grand nombre de
phénomènes de santé, qu’ils aient ou non une évolution mortelle. De nombreuses maladies ont un
impact de santé important, ou sont parfois invalidantes, sans que le pronostic vital soit engagé.
Ces indicateurs sont en général obtenus par les systèmes de surveillance épidémiologique. Il
n’est cependant pas possible de mettre en place une surveillance permanente et exhaustive de
toutes les maladies ou problèmes de santé. Les systèmes mis en place surveillent l’incidence des
a ections ou maladies prioritaires telles que les maladies infectieuses (déclaration obligatoire,
centres de référence), les cancers (registres), les pathologies professionnelles, les
maladies liées à l’environnement, les a ections périnatales, etc… La fréquence des maladies
les plus redoutées par la population (accident de la circulation, cancer, maladies
cardiaques, Sida, dépression), ou les plus fréquemment déclarées par la population, pas
toujours graves, mais qui occasionnent un recours fréquent aux soins ou des mises en invalidité
peut être aussi un bon re et de l’état de santé d’une population, ou du moins de ses besoins de
santé. La morbidité ressentie ou diagnostiquée donne ainsi une image assez di érente de
l’état de santé dans la population de la morbidité objective mesurée par les enquêtes
épidémiologiques.
Historique
Jenner inventa la vaccination et Pasteur les vaccins.
La prévention de la variole, maladie infectieuse mortelle dans 30% des cas, utilisait en Asie
jusqu’au XVIIIe siècle la méthode de variolisation consistant à déposer une goutte de pustule de
variole dans la narine ou la peau, et protégeant des varioles à venir au prix d’importants risques
infectieux.
En 1796, Jenner s’en inspira pour initier le principe de la vaccination en inoculant le contenu de
pustules identiques à la variole mais provenant de la vaccine des vaches et pouvant contaminer
la peau humaine sans disséminer à l’ensemble du corps. Le virus de la vaccine (de vacca), ou
Cow-Pox, contenu dans ces pustules est proche mais non identique à celui de la variole et peu
pathogène pour l’homme. L’inoculation volontaire de cette vaccine à l’homme permit de protéger
d’infections ultérieures par le virus de la variole. Le succès de cette vaccination en Angleterre par
transmission directe de bras à bras incita Napoléon à la ramener en France pour vacciner ses
armées. Cependant les complications fréquentes et sévères de cette vaccination antivariolique
alimentèrent dès le 19e siècle les premières ligues anti-vaccinales et le recul de ces
pratiques. Ainsi lors de la guerre de 1870 on dénombra 23 750 soldats français morts de variole
contre 297 allemands, l’armée prussienne étant fortement vaccinée. Ce désastre associé aux
résistances croissantes de la population civile incita à rendre obligatoire en 1902 la vaccination
antivariolique. La production du vaccin avait progressé : il était désormais directement cultivé sur
peau de génisse. L’intensi cation universelle après 1959 des campagnes de vaccination
antivariolique de masse permis en 1980 à l’OMS de déclarer la variole comme dé nitivement
éradiquée, consacrant ainsi la découverte de Jenner.
Un siècle après, Pasteur et ses élèves développèrent une approche plus scienti que pour inventer
de nouveaux concepts de vaccins. D’abord les vaccins vivants atténués par « cultures vieillies »
de nombreux pathogènes, principe utilisé en 1885 dans le 1er essai de vaccin contre la rage :
J.Meister mordu par un chien supposé enragé reçut 13 inoculations en dix jours de vaccin
atténué et ne développa jamais la rage. Plus tard les Pasteuriens Calmette et Guérin élargirent
au concept de vaccin vivant « chimérique » par combinaison de plusieurs bactéries atténuées
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pour le BCG. Dans l’intervalle, l’école Pasteurienne inventa le concept des vaccins «inertes» dont
font partie les vaccins inactivés composés d’agents infectieux tués au formol, et les anatoxines
vaccinales, faites de toxines bactériennes inactivées contre le tétanos ou la diphtérie par exemple
mais dont la capacité vaccinante nécessite de les mélanger à des adjuvants.
Un nouvel essor vaccinal apparut au 20e siècle avec d’une part l’explosion des vaccins vivants
atténués encore utilisés aujourd’hui contre la rougeole, l’oreillons, la rubéole, la èvre jaune... et,
d’autre part, le développement de vaccins sous-unitaires, composés de fractions réduites de
l’agent infectieux ciblées par les défenses, assurent les succès des vaccins anti-hépatite B, anti-
papillomavirus, ou anti-méningites à Haemophilus in uenzae, pneumocoques ou méningocoques.
Les progrès du génie génétique facilitèrent d’abord l’adaptation saisonnière des vaccins
antigrippaux et la production des vaccins sous-unitaires protéiques. Ces nouvelles « plateformes
vaccinales » ont été utilisées notamment contre la dengue, Ebola et surtout contre la Covid19.
En n l’explosion exceptionnellement rapide et e cace des vaccins par ARN messager contre
la Covid19 a illustré l’immense apport des méthodes modernes de biologie moléculaire
résultant d’approches scienti ques et rationnelles longues et minutieuses.
Cependant les dé s à l’innovation persistent : des vaccins restent à élaborer contre les maladies
liées à la pauvreté, paludisme, tuberculose et SIDA ou contre les épidémies dues à des
pathogènes émergents comme la grippe pandémique, les infections respiratoires sévères à
coronavirus, la èvre Ebola... imposant de nouveaux progrès vaccinaux pour protéger rapidement
les populations. En outre il devient nécessaire de protéger contre les maladies infectieuses des
populations à haut risque : sujets âgés, immunodéprimés ou porteurs de maladies
chroniques, imposant une e cacité accrue des vaccins classiques.
Mais les succès croissants des vaccins ont fait oublier aux populations vaccinées les dangers des
maladies infectieuses transmissibles pour ne retenir que les risques hypothétiques d’e ets
indésirables des vaccins. De cette balance négative vis-à-vis des vaccins est née l’hésitation
vaccinale, particulièrement en France où ont été rendus obligatoires les 11 vaccins
recommandés de la petite enfance. Cependant le succès de la campagne vaccinale anti-Covid19
montre que cette hésitation est réversible et démontre avec éclat l’e cacité des vaccins.
=> Les ARNmessagers : cette toute nouvelle classe de vaccins entre dans la famille des
vaccins inertes sous-unitaires. Ils résultent de longues et rigoureuses années de recherche et
remplacent la sous-unité protéique par l’ARNm qui code pour elle, par exemple pour la protéine S
du SARS-CoV2 cible majeure des défenses protectrices. Ces ARNm sont synthétisés
chimiquement dans les laboratoires pharmaceutiques, puis encapsulés dans une vésicule
lipidique et n’ont pas besoin d’adjuvant. Une fois injecté, l’ARNm pénètre dans le cytoplasme
des cellules, mais non dans le noyau, et donne l’ordre aux cellules de fabriquer la protéine S qui
stimulera directement les défenses immunes. Cette révolution technologique a connu un essor et
une e cacité remarquables dans la lutte contre la Covid19 et est promise à un grand avenir pour
de futurs vaccins.
=> Adjuvants : l’immunogénicité de ces vaccins inertes est limitée par leur inactivation ou
leur puri cation. Celles-ci éliminent les composants des agents infectieux qui activent puissament
les défenses immunitaires. Cela impose le plus souvent l’addition d’adjuvants pour activer
puissamment le système immunitaire. Deux grandes classes d’adjuvants sont disponibles. Les
sels de minéraux, aluminium le plus souvent, ou les adjuvants phospholipidiques seuls ou
combinés aux sels d’aluminium . Ces adjuvants activent les défenses immunitaires mais
SURVEILLANCE POST-AUTORISATION
L’introduction d’un nouveau programme de vaccination s’accompagne toujours d’un plan de
gestion des risques et d’une pharmacovigilance renforcée. Le risque d’e ets indésirables
survenant à des fréquences extrêmement faibles ne peut jamais être écarté pour des produits
délivrés chez des milliards d’individus. Une surveillance (dite de Phase 4) de ces e ets est
imposée aux rmes par les agences sanitaires. De plus tout personnel de santé constatant un
e et indésirable grave ou inattendu susceptible d’être lié à un vaccin qu’il l’ait ou non prescrit,
doit le déclarer immédiatement. Le public peut aussi signaler un e et indésirable. La tolérance
des adjuvants a souvent été incriminée en France mais est généralement excellente. De multiples
études épidémiologiques internationales évaluées par les agences sanitaires, les diverses
sociétés savantes, les académies de médecine et de pharmacie et l’OMS ont notamment permis
d’écarter la responsabilité des adjuvants et des vaccins dans la survenue de sclérose en
plaques (SEP) notamment apres vaccination anti-HBV ou anti-HPV. Ces études ont souligné la
notion d’association temporelle liant le grand nombre de vaccinations e ectuées à l’adolescence,
période du pic de survenue de poussées de SEP. Mais cette association temporelle ne re ète pas
un lien de causalité entre vaccination et poussée de maladie.
Indications vaccinales
La politique de vaccination est élaborée par la Commission Technique des Vaccinations (CTV)
rattachée à la Haute Autorité de Santé. Il dé nit les recommandations d’utilisation des vaccins,
leur généralisation ou le ciblage de populations à risque, l’âge de la vaccination, le nombre de
doses, la périodicité des rappels éventuels dans le Calendrier de Vaccinations. Le Ministre de la
Santé décide de l’inscription du vaccin au calendrier vaccinal, du taux de remboursement et du
prix. Il dé nit également la nécessité d’un suivi de l’impact et de la tolérance de la vaccination.
CALENDRIER VACCINAL : RECOMMANDATIONS ET OBLIGATIONS
Le calendrier vaccinal dé nit les vaccinations obligatoires et recommandées. Il est mis à jour
annuellement du fait de l’apparition de nouveaux vaccins, l’évolution de l’épidémiologie des
maladies infectieuses et des programmes OMS. Les vaccinations se font en France selon deux
catégories :
- Les vaccins obligatoires :
o de la petite enfance : initialement restreints à la diphtérie, au tétanos et à la poliomyélite, et
depuis 2018 aux 11 vaccins déjà recommandés depuis de nombreuses années mais
insu samment e ectués : contre la coqueluche, l’hépatite B, les méningites à Haemophilus
in uenzae b (HIB), pneumocoques et méningocoques C, la rougeole, la rubéole et les
oreillons.
o Vaccins liés à des activités professionnelles : par exemple sont obligatoires pour les personnels
de santé les vaccins anti-Diphtérie, Tétanos, Polio, Coqueluche, Hépatite B, Rougeole,
Oreillons, Rubéole, Varicelle, Grippe saisonnière et Covid19 (pour 2021 pour ce dernier).
- Les vaccins recommandés contre notamment (liste non exhaustive) :
o les papillomavirus, chez les adolescents
o les vaccins d’indication ciblée concernent les populations à risque de maladie grave comme:
• tuberculose : le BCG : recommandé dès la naissance chez les enfants à risque de
tuberculose (de par leur entourage),
• grippe : vaccin recommandé annuellement chez les personnes âgées de plus de 65 ans
ou à risque de grippe grave,
• méningites et pneumonies à pneumocoques et méningocoques non C chez les
personnes à risque élevé d’infection invasive.
• Covid19 : actuellement (2021) recommandé chez tous les sujets de plus de 12 ans
Conclusion
Les vaccins préviennent les maladies infectieuses potentiellement mortelles grâce à une
éducation préalable du système immunitaire. L’immunité vaccinale protège l’individu et
l’ensemble de la société lorsque la couverture vaccinale atteint un certain seuil et la liste des
succès vaccinaux est aussi longue que la mémoire immunitaire qu’ils induisent. Néanmoins, cette
mémoire peut s’épuiser et nécessiter des rappels. Les succès des vaccinations ont fait perdre aux
sociétés modernes la mémoire des risques majeurs liés aux maladies infectieuses sévères alors
que cette arme unique de santé publique doit être préservée a n que perdure l’engagement des
générations passées dans la lutte contre les maladies à prévention vaccinale.
Les succès de la campagne vaccinale contre la Covid19 en 2021 ont permis de démontrer à
nouveau l’e cacité exceptionnelle de cet instrument de santé publique.
Le 20 me si cle est marqu par l’ volution des conceptions dans le domaine de l’ ducation,
l’apparition de nouveaux outils mobilisables en pr vention – en particulier les techniques de
communication – ainsi que le d veloppement majeur de l’ pid miologie moderne. Face la
diversit et la multiplicit des d terminants de sant identi s ainsi qu’aux limites videntes que
pr sentent les syst mes de sant pour agir dessus, l’Organisation Mondiale de la Sant (OMS)
propose en 1986, au travers de la charte d’Ottawa, une nouvelle fa on de penser et de mettre en
œuvre la sant publique : la promotion de la sant . Celle-ci est d nie comme « un processus
qui conf re aux populations les moyens d’assurer un plus grand contr le sur leur sant , et
d’am liorer celle-ci ». L’approche repose sur une conception sociale et politique de la sant :
non seulement elle s’adresse aux gouvernements, mais les populations elles-m mes se voient
II. CLASSIFICATIONS
L’OMS a propos en 1948 une classi cation des actions de pr vention, rest e dominante, qui
les distingue en fonction du moment o elle se situe dans l’histoire de la maladie.
- La pr vention primaire se situe avant le d but de la maladie et porte sur les causes et
les facteurs de risque de celle-ci. Elle vise emp cher la survenue de la maladie. En termes
pid miologiques, elle permet de r duire son incidence dans la population.
- La pr vention secondaire s’applique la phase asymptomatique (pr clinique) de la
maladie, entre son d but et l’apparition des premiers signes qui conduiront son diagnostic. Elle
vise une prise en charge plus pr coce, un stade o les soins peuvent dans certains cas tre
plus e caces : favoriser la gu rison, limiter l’apparition des signes cliniques ou retarder l’ volution
de la maladie. Elle peut donc contribuer r duire la pr valence de la maladie dans la population.
- La pr vention tertiaire, en n, cible la phase symptomatique (clinique) de la maladie,
apr s son diagnostic et l’initiation d’une prise en charge. Elle vise limiter la progression, les
r cidives et/ou les complications de la maladie, ou cons quences de tout ordre : physiques,
fonctionnelles, psychiques, sociales, familiales, professionnelles... La pr vention tertiaire est
particuli rement pertinente dans le cas de la prise en charge des maladies chroniques.
On peut encore di rencier des actions de pr vention collectives ou individuelles selon le niveau
d’intervention. En n, en fonction de l’implication ou non du sujet dans la d cision et la r alisation
de l'action, on peut distinguer la pr vention active et la pr vention passive.
On remarque que deux conceptions de la pr vention peuvent tre distingu es au travers de ces
classi cations : une pr vention « protection » se rapportant la d fense contre des agents ou
des risques identi s, et une pr vention positive ou universelle, renvoyant la promotion de la
sant . La premi re est d nie par rapport la maladie, dans une logique m dicale, tandis que la
seconde vise le sujet, s'appuie sur sa participation active et ne cible pas un risque sp ci que
mais plut t la sant envisag e dans la globalit .
De m me que dans le champ des soins curatifs, les modalit s d’action envisageables dans le
champ de la pr vention sont multiples. Ce sont les mesures collectives qui sont le plus souvent
mises contribution dans le cadre des politiques publiques :
- La r glementation est tr s souvent employ e : elle se traduit par des interdictions
(accompagn es de sanctions en cas de non-respect) et obligations (permettant d’appliquer des
contraintes). De nombreux d terminants de sant sont concern s, en particulier
environnementaux, tels que l’habitat (ex. : interdiction de l’utilisation du plomb dans les peintures
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en pr vention du saturnisme), l’alimentation (ex. : seuils limites pour les additifs dans l’industrie
agroalimentaire), la conduite automobile (ex. : obligation du port de la ceinture de s curit ), etc.
- La vaccination est une modalit d’action de la pr vention primaire. Elle agit en
immunisant le sujet, tout en r duisant la transmission de l’agent infectieux. Elle a permis
l’ radication de maladies telles que la variole ou la poliomy lite en Europe.
- Le d pistage est la modalit d’action centrale en pr vention secondaire. Il consiste en la
d tection de la maladie un stade pr coce, pour sa meilleure prise en charge. On distingue
souvent le d pistage « organis », g n ralis par les pouvoirs publics et syst matiquement
propos une partie de la population, du d pistage « spontan », propos de fa on individualis e
des personnes jug es plus risque. Pour qu’une strat gie de d pistage soit applicable
grande chelle, un test diagnostique de qualit su sante doit tre disponible, la maladie doit
pouvoir tre d tect e avant l’apparition des signes cliniques et un traitement susceptible
d’am liorer l’ tat de sant des personnes d pist es doit tre galement disponible, le tout pour
un co t acceptable.
- Les examens de sant sont l’occasion de faire des bilans sur le plan clinique et
paraclinique donnant la possibilit de d pistages plus ou moins cibl s. Ils peuvent galement
permettre de faire le point et d’ changer sur les habitudes de vie de la personne et de di user des
messages personnalis s. C’est le cas des examens m dicaux r alis s pendant la grossesse, en
particulier le 1er r alis avant le 3 me mois. Certaines Caisses R gionales d’Assurance Maladie
proposent galement ce type d’examens gratuitement tous les adultes tous les 5 ans.
- Les actions d’information et de communication peuvent tre envisageables
di rentes chelles. Au niveau national, c’est l’Agence de sant publique qui est en charge des
campagnes publiques, di us es via les m dias. Elles sont un mode de sensibilisation privil gi
pour les d terminants de sant individuels, en particulier les facteurs de risques
comportementaux. Elles peuvent aussi venir en appui d’autres modalit s d’action n cessitant
l’adh sion de la population, telles que les vaccinations ou d pistages g n ralis s. Elles tendent
de plus en plus susciter une r action, une prise de conscience ou la modi cation des
repr sentations que les individus ont de la question.
- L’ ducation pour la sant chez les individus et les populations, vise à la reconnaissance
et le d veloppement de v ritables comp tences en mati re de sant : am lioration des
connaissances mais aussi acquisition d’aptitudes utiles dans la vie. Elle mobilise une forme de
communication et des outils p dagogiques permettant une prise de conscience de ses capacit s
personnelles, de son autonomie et de sa responsabilit . C’est une modalit de di usion des
comportements favorables la sant qui fait partie int grante de la promotion de la sant ,
puisqu’elle repose sur la capacit des individus agir sur leurs conditions de vie. Elle peut tre
mise en œuvre aupr s des enfants et adolescents en milieu scolaire, mais aussi plus tard.
- Les am liorations techniques : progr s industriels, nouvelles technologies, di usion de
normes sont autant d’apports pour limiter progressivement l’exposition certains risques, que
cela s’accompagne ou non d’ volutions de la r glementation (ex. : airbag).
- Les prestations de s curit sociale et prestations sociales, en compensant au moins
partiellement le pr judice et les pertes de revenus et en favorisant l’insertion ou la r insertion
professionnelle, constituent une modalit importante de pr vention tertiaire.
D’autres mesures importantes, d ploy es au plan individuel, doivent aussi tre mentionn es :
- L’ ducation familiale, cible privil gi e l’ poque de l’hygi nisme, continue bien s r
jouer un r le primordial, gr ce aux mod les parentaux, dans la transmission des comportements :
alimentation, hygi ne corporelle (ex. : le brossage des dents), activit physique...
- L’information par les professionnels de sant : m me dans un syst me de sant
privil giant les soins curatifs, la relation soignant-soign peut tre un cadre privil gi pour la
di usion de messages de pr vention cibl s.
L’ ducation th rapeutique du patient cherche, selon l’OMS (1998), « aider les patients
acqu rir ou maintenir les comp tences dont ils ont besoin pour g rer au mieux leur vie avec
une maladie chronique ». Elle vise la responsabilit du patient dans sa propre prise en charge
ainsi que sa collaboration avec les soignants. Pour cela, il faut favoriser une bonne
compr hension de la maladie et du traitement, susciter une prise de conscience de la situation et
permettre l’acquisition de comp tences d’auto-soins et d’adaptation. La nalit de l’ ducation
th rapeutique, dans une logique de pr vention tertiaire, est le maintien et l’am lioration de la
qualit de vie du patient. C’est une strat gie qui s’envisage d’un point de vue individuel
(personnalisation, adaptation), mais s’appuie n anmoins sur des modalit s d’action se situant
un niveau collectif.
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Sécurité sanitaire
1. La spéci cité du risque sanitaire
Parmi les risques sanitaires, on évoque souvent la contamination par des agents infectieux, la
dangerosité de certains produits chimiques, des substances radioactives et de certains produits
utilisés dans les soins (médicaments, sang, organes), mais aussi, le mauvais fonctionnements des
soins (maladies nosocomiales). Ce dernier facteur de risque est la limite de la nécessité
d’optimiser les ressources disponibles : l’o re de soins est de plus en plus technique, mais
aussi plus coûteuse en raison de la diversi cation des e ectifs des professions médicales et
paramédicales. Les actes deviennent plus nombreux et impliquent un usage contrôlé pour une
meilleure rentabilité qui doit respecter la qualité des soins.
On démontre ainsi que les risques sanitaires augmentent avec la modernité, le progrès
technique, la mobilité, la mondialisation, mais il existe aussi une perception croissante des
risques sanitaires en raison de leur médiatisation. L’identi cation des nouveaux risques repose sur
des lanceurs d’alerte et des groupes de pression particuliers. Un objectif de réduction raisonnable
des risques met en jeu les compétences d’experts et le choix des décideurs.
2. La sécurité sanitaire
La sécurité sanitaire est un concept qui remonte en France au début des années 1980 avec
l’a aire du sang contaminé qui a poussé les pouvoirs publics à renforcer la sécurité des
produits sanguins d’origine humaine, en améliorant l’organisation et l’évaluation du système de
collecte, de production, et de distribution des dons. Au-delà de cet événement emblématique,
c’est la sécurité des produits de santé, en particulier des médicaments, qui a été entièrement
révisée, mais plus largement la prévention des risques sanitaires émergents ou ré-émergents liés
à l’environnement, à l’alimentation ou aux maladies infectieuses qui sont en perpétuelle évolution.
Malgré les mesures prises, d’autres crises retentissantes sur le plan médiatique et politique
surviennent régulièrement (vache folle, hormone de croissance, canicule, médiator, implants
mammaires défectueux, grippe pandémique, Ebola,…), mobilisant les pouvoirs publics, la
communauté médicale, et les citoyens à des degrés divers. La sécurité sanitaire est ainsi un
concept évolutif qui nécessite en permanence de tirer les leçons des expériences pour
tendre vers un système meilleur, rendant le risque plus acceptable, mais jamais nul (le risque
« zéro » n’existe pas).
On peut ainsi dé nir la sécurité sanitaire comme l’ensemble des mesures qui visent à renforcer
la protection de la santé de l’homme contre les risques induits par le fonctionnement de la
société, qu’ils soient alimentaires, environnementaux ou liés aux soins et aux produits de
santé. Elle comprend une étape de veille et une étape de gestion des événements sanitaire qui
inclut aussi bien la réponse rapide aux événements paroxystiques (crises), que la prévention à
moyen et long terme des risques récidivants.
Les crises sanitaires sont des situations inhabituelles, imprévues ou non anticipées, présentant un
caractère de gravité potentiel ou avéré pour la collectivité (mortalité), et qui nécessitent une
réponse rapide et proportionnée des autorités sanitaires et du système de santé (mobilisation de
ressources).
La veille sanitaire est un processus de surveillance épidémiologique qui consiste en un recueil
continu et systématique de données concernant la santé a n d’évaluer rapidement et
d’anticiper les risques pour la santé humaine. La veille sanitaire fait donc partie de la surveillance
épidémiologique, mais plus particulièrement orientée vers un objectif d’alerte et de détection
précoce de phénomènes anormaux. Les vigilances sanitaires des produits de santé
(pharmacovigilance, hémovigilance) et, plus globalement, des événements indésirables associés
aux soins (infections nosocomiales) font également partie de la veille sanitaire.
La sécurité sanitaire repose sur quatre grands principes :
- le principe d’évaluation : les acteurs de santé doivent disposer d’une capacité de détection et
d’analyse des risques, et ont pour obligation de connaître les e ets à court et long terme des
décisions prises pour prévenir les récidives ou réduire les risques.- le principe de précaution :
en cas de risque suspecté, potentiellement grave ou irréversible
pour la collectivité, mais incertain ou non prouvé avec certitude, des mesures conservatoires
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doivent être prises (par exemple retrait d’un médicament dont on suspecte un e et toxique,
mais dont on manque encore d’études scienti ques qui le prouvent)
- le principe d’impartialité : l’indépendance entre les autorités et les professionnels de santé, et
l’absence de liens d’intérêt en particulier nanciers entre les experts et les acteurs industriels
doivent être garantis.
- le principe de transparence : l’information de la population doit être e ective sur les décisions
des autorités concernant les risques sanitaires, et aussi les éventuelles controverses
scienti ques des experts et le point de vue des associations d’usagers.
Un dispositif de sécurité sanitaire performant s’appuie sur une expertise scienti que forte,
une capacité d’alerte et de réponse rapide face aux événements sanitaires, une
indépendance par rapport aux acteurs économiques, une transparence dans la prise de
décision, et une autonomie juridique et nancière des opérateurs publics (agences).
La loi de sécurité sanitaire de 1998 a créé des agences nationales de sécurité sanitaire.
Aujourd’hui, les principales agences sont l’Agence nationale de santé publique (Santé publique
France), l’Agence du médicament et des produits de santé (ANSM), l’Agence de sécurité de
l’environnement, de l’alimentation et du travail (ANSES), et l’Agence de sureté nucléaire (ASN).
Les agences régionales de santé (ARS) sont chargées de mettre en œuvre la politique de sécurité
sanitaire dans chaque région et territoires de santé, quel que soit le domaine concerné.
Cette méthodologie a fait ses preuves dans un certain nombre de domaines : exposition à
l'amiante et prévalence des cancers du poumon, exposition au plomb et saturnisme. Cependant
l'absence de spéci cité des pathologies repérées et la faible concentration ou le caractère di us
des expositions peuvent parfois mettre en doute la relation de causalité.
L’exploration des risques peut se faire à di érentes échelles : globale (mapping), individuelle
(capteurs), enquête en population (matrice emploi-exposition), biologiques (biomarqueurs).
Une approche multidisciplinaire est essentielle : la médecine, la biologie, la toxicologie,
l’épidémiologie, mais aussi la génétique. On sait maintenant que l’environnement peut modi er
l’expression des gènes sans changement de la structure de l’ADN et une transmission trans-
générationnelle des caractères acquis est envisagée : c’est l’épigénétique.
Pour apprécier une situation sanitaire d’origine environnementale, il faut aussi prendre en compte
les déterminants territoriaux et sociaux et culturels qui peuvent faire varier les risques du simple
au double en fonction par exemple de la région d’habitation, du niveau socioéconomique ou des
habitudes des populations.
L’addictologie m dicale a pour objet l’ensemble des connaissances scienti ques disponibles
et leurs applications sur les comportements de consommations de substances dites
psychoactives et certains comportements consid r s comme addictifs (mais sans
substances) comme le jeu pathologique, certains troubles du comportement alimentaire, les
addictions sexuelles, entre autres. Elle regroupe galement les di rentes approches de
pr vention a n de retarder le d but des consommations, d’information des usagers dans le cadre
de la r duction des risques (RdRd), de faciliter l'acc s aux soins aupr s des professionnels de
sant et d velopper les propositions de traitements valid s (indications d'AMM sp ci ques,
conf rences de consensus, recommandations de bonnes pratiques cliniques).
Les enjeux de sant publique sont importants en particulier aupr s des jeunes, pour
informer sur la toxicit et la dangerosit des produits (traditionnels ou nouveaux) sur le
march et son annexe internet, refuser la banalisation des consommations, r duire les dommages
en situation d'urgence ou les complications moyen et long terme (60 000 d c s/an vitables
li s au tabac, 45 000 d c s vitables directement li s l’alcool).
Un bref rappel historique se justi e pour mieux appr hender le changement n cessaire de nos
repr sentations habituelles sur ces comportements entre banalisation et stigmatisation, c'est
selon le discours commun en fonction des cibles (publicit , ducation, entourage professionnel,
famille, etc).
Tr s t t dans l'histoire de l'humanit , di rents usages de SPA furent exp riment s, a n d'obtenir
l'illusion de la sant , la disparition des douleurs ou l'obtention de performances physiques, la
recherche de sensations de plaisir d crites par leur intensit et leur rapidit . L'usage contr l de
certaines drogues a depuis toujours t d'abord d ni au sein d'une culture donn e, dans des
contextes di rents (c r monies chamaniques, usage m dicinal ou festif). Les e ets, les risques
et les complications pour la sant de la consommation des drogues psychoactives varient
suivant les drogues et l’usage qu’on en fait. Les raisons de consommer di rent selon chaque
personne et le contexte culturel, elles sont li es son histoire, son tat de sant , son
environnement familial et social.
Il est admis que l'usage rationnel des drogues en Occident date d'un si cle, un si cle et demi. De
m me, il faut attendre le XIX me si cle pour que l'opium ou le haschich soient per us,
utilis s et d crits en tant que "drogues" dans la litt rature m dicale et non m dicale.
La m dicalisation des « toxicomanies » (1885) comme « au social » au m me titre que la
syphilis ou la tuberculose, fut la mission majeure de la science m dicale en parall le des progr s
de la chimie puis de la pharmacologie travers la synth se de la morphine, puis de l'h ro ne ou
de la coca ne, entre autres d couvertes marqu es pour les deux derniers, par une carri re aussi
fulgurante que br ve comme m dicaments « tout soigner » avant d' tre class s comme
stup ants illicites en 1916.
C'est partir des ann es 1850, que les premi res descriptions m dicales en « isme » ou en
« manie » sont publi es comme celles de l'alcoolisme, l’ th risme, le cannabisme versus la
morphinomanie (soit tymologiquement « fureur de la morphine »), l'opiomanie ou la
coca nomanie. Ces descriptions visaient mod liser en maladies chroniques des conduites
marqu es d'abord par leur r p tition ou leur caract re r cidivant malgr les condamnations
judiciaires pour diverses infractions (vagabondage et ivrognerie) voire de l’internement
psychiatrique en asile selon les termes de la loi de 1830. Cette appropriation m dicale en un
vaste corpus de classi cations naturalistiques a g jusque dans les ann es 1970, des
comportements individuels stigmatis s comme autant de formes pathologiques int gr es dans le
vaste groupe des « toxicomanies » sur la base de th ories pseudo-scienti ques allant de la
d g n rescence mentale de B.A. Morel en 1857 , aux « anormaux » ou « psychopathes » ou
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encore des « pervers moraux » ou « pervers du toxique » consid r s comme incurables le plus
souvent.
Addiction est un terme anglo-saxon mais originaire du vieux fran ais, et du latin addictus
-addictere- qui tymologiquement signi e selon le droit romain " donner son corps en gage, en
r paration d'une dette non pay e", soit transpos dans l'usage moderne = une forme
d'esclavage, en l'occurrence esclavage une prise de substance psychoactive (drogue) ou
un comportement (jeu, troubles alimentaires, sexualit , etc...) qui se situe "quelque part entre
impulsion et compulsion ".
D'une mani re g n rale, le comportement addictif lorsqu'il se r p te, qu'il devient exclusif, qu'il
entra ne un abus ou une d pendance, est la conjonction complexe de l'INTERACTION entre :
- une PERSONNE dans une situation d'exp rimentation, d'usage occasionnel, r gulier ou
quotidien.
- une ou plusieurs SPA et/ou une addiction sans substance (jeu, sexualit , troubles
alimentaires, etc...)
- une EXPERIENCE DE VIE, des v nements de vie, une pathologie mentale pr existante ou
concomitante en tant que facteurs de vuln rabilit impliqu s dans cette causalit complexe.
Les drogues sont "des substances psycho actives » (SPA) ayant un potentiel de
pharmacod pendance ou d'abus, contr l es (stup ants ou psychotropes) et non contr l es"
(Lagier).
Retenir que le groupe Pompidou (regroupant des experts internationaux en addictologie au
Conseil de l’Europe Strasbourg) distingue :
- les stup ants (convention ONU 1961 ,1972)
- les substances psychotropes (convention ONU 1971),
- les autres substances non indiqu es m dicalement (ex : les colles)
- l’alcool.
Alcool, tabac, cannabis, h ro ne, coca ne sont des SPA qui agissent sur le cerveau :
=> elles modi ent l'activit mentale, les sensations, le comportement. Leur usage expose des
risques et des dangers pour la sant , et peut entra ner des cons quences sociales dans la vie
quotidienne ; leur usage peut en outre entra ner une d pendance ;
=> elles provoquent des e ets somatiques (sur le corps) d'une grande diversit selon les
propri t s de chacune, leurs e ets et leur nocivit .
LA PHARMACODEPENDANCE (1960) :
Selon la d nition de l'Organisation Mondiale de la Sant (OMS), est « un tat psychique et
quelquefois galement physique, r sultant de l’interaction entre un organisme vivant et une
substance, et se caract risant par des modi cations du comportement et par d’autres
r actions, qui comprennent toujours une compulsion prendre le produit de fa on continue
ou p riodique a n de retrouver ses e ets psychiques et quelque fois d’ viter le malaise de
privation. Cet tat peut s’accompagner ou non de tol rance. Un m me individu peut tre
d pendant de plusieurs produits ».
Le premier mod le, dit de "renforcement n gatif", explique le comportement addictif comme le
r sultat d'un tat qui vise viter un v nement n gatif par la consommation (A. WIKLER,
1948, modi e par G. KOOB et F. BLOOM et compl t e par R. SOLOMON) : "tout plaisir donne
naissance par r action des sensations de d plaisir qui s'expriment lentement apr s l'e et
euphorisant de la drogue". Mais la faille tait que ce mod le n'expliquait pas la notion de
"CRAVING", comme facteur de rechute et le pourquoi existence de la seule d pendance
psychique pour certaines substances comme la coca ne et les psychostimulants.
Le deuxi me mod le, dit de "renforcement positif" explique que la consommation vise
r p ter un v nement positif (travaux de J. STEWART, R. WISE, 1980), constatations faites
partir des r sultats d'exp rience sur l'animal faites par des tudes d'autostimulations lectriques
chez le rat (J. OLDS et P. MILNER, 1954).
D'autres chercheurs ont r ussi localiser l'augmentation de la quantit de dopamine dans des
cibles comme l'aire tegmentale ventrale et mieux identi er les groupes de neurones qui
composent les circuits de la r compense, savoir l'hypothalamus et l'aire tegmentale ventrale,
une des principales sources de dopamine.
CONCLUSION :
D velopper de nouvelles campagnes de pr vention constitue toujours et encore une priorit de
Sant publique, en particulier aupr s des jeunes consommateurs. S'il s’agit en premier lieu
d’informer pr cocement sur les risques li s aux premi res consommations, il convient de mieux
faire conna tre les nouvelles strat gies et changements de comportements induits gr ce la
politique de RdRD. Elle r pond une obligation thique de prot ger au mieux l’usager dans
un premier temps et lui proposer dans un deuxi me temps un acc s individualis , motiv
des soins diversi s sans attendre l' volution critique de complications graves pouvant r sulter
non seulement des drogues elles- m mes mais des conditions de leur consommation dans la
dur e.
A – LE MOD LE BISMARCKIEN
Le mod le allemand mis en place par le chancelier Bismarck en 1883 se caract rise par une
protection sociale li e au travail. La couverture maladie est conditionn e par l’exercice d’une
activit professionnelle, le nancement repose sur les cotisations sociales (pay es par les
salari s et les employeurs), et la gestion est con e aux partenaires sociaux sous le contr le de
l’ tat.
B – LE MOD LE BEVERIDGIEN
Le mod le anglais dit « Beveridgien », du nom de l’ conomiste et homme politique William
Beveridge, est un syst me de s curit sociale tatique qui repose sur 3 fondements (3U) : unit
(un seul syst me pour tous les risques), uniformit (prestations identiques pour tous), universalit
(couverture de l’ensemble de la population sans contribution nanci re obligatoire). Les
prestations sont nanc es par l’imp t impliquant une r gulation du syst me de sant par l’ tat.