Système Pénal Congolais: Analyse et Structure
Système Pénal Congolais: Analyse et Structure
Si le système judiciaire peut s’entendre comme l’ensemble de toutes les institutions qui
concourent à l'administration et à la distribution de la justice dans un État 1, le système pénal n'en
serait donc qu'un diminutif, c'est-à-dire l'ensemble des structures concourant à la distribution de
la justice pénale.
Dans le cadre du présent paragraphe, il conviendrait de voir d'une part, les juridictions ordinaires
(A) d'autre part, les juridictions spécialisées (B)
1. Le tribunal de paix
1
fussent-elles décevantes sur le terrain, où l’on constate des territoires entiers sans tribunaux et
parfois des tribunaux sans juge.
Le Tribunal de paix est composé d’un président et des juges. En cas d’absence ou
d’empêchement, il est remplacé le juge le plus ancien, d’après la date et l’ordre de nomination.
La Loi organique de 2013 institue ainsi la collégialité au niveau du Tribunal lorsqu’il siège en
matière répressive. La composition collégiale est adoptée même en matière civile lorsque le
Tribunal de paix connaît d’une matière dont la résolution nécessite l'application de la
[Link] que le juge de paix agissait à la fois comme juge et officier du ministère public
lorsqu’il siégeait à l'audience, la loi organique sous examen exige le concours d’un officier du
Ministère public quelle que soit la matière dont le tribunal est saisie.5
I. Le ressort
Il. existe un ou plusieurs Tribunaux de grande instance dans chaque ville. Toutefois, il peut être
installé un seul Tribunal de grande instance pour deux ou plusieurs territoires. Le siège ordinaire
et le ressort de ces tribunaux sont fixés par décret du Premier ministre.6
Le texte de l'article 14 in fine donne au Premier ministre compétence de fixer le siège ordinaire
et le ressort du Tribunal de grande instance alors que l’Ordonnance-loi de 1982 attribuait cette
compétence au Président de la République.
III. La composition et la compétence
5
Article 13 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ.
6
Article 14 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ
2
Le Tribunal de grande instance est composé d’un président et des juges. En cas d’absence ou
d’empêchement, le président est remplacé par le juge le plus ancien, d’après la date et l’ordre de
nomination. Le président ou celui qui le remplace est chargé de la répartition du service.
Le Tribunal de grande instance siège au nombre de trois juges. Dans le cas où l’effectif des juges
du Tribunal de grande instance présents au lieu où le tribunal tient une audience ne permet pas de
composer le siège, le président peut assumer, au titre de juge, sur réquisition motivée du
Procureur de la République, un magistrat du parquet près le Tribunal de grande instance, un
avocat ou un défenseur judiciaire résidant en ce lieu ou un magistrat militaire du Tribunal
militaire de garnison ou du parquet près cette juridiction. L'avocat ou le défenseur judiciaire
assumé prête, entre les mains du président, le serment selon la formule prévue à l’article 10 de la
loiorganique sous examen.
3. La cour d'appel
I. Le ressort
Il est créé une ou plusieurs cours d’appel dans chaque province et dans la ville de Kinshasa. Le
siège ordinaire de la cour d’appel est fixé par le décret du Premier ministre.
La Cour d’appel est composée d’un premier Président, d’un ou de plusieurs présidents et
conseillers ; le premier Président, chargé de la répartition du service, doit être remplacé, d’après
l’ordre de nomination, par le Président le plus ancien et ce dernier par le conseiller le plus
ancien. Le service d’ordre intérieur des cours et tribunaux est réglé par l’ordonnance du premier
Président, qui est de ce fait investi d’une double casquette judiciaire et administrative dans le
cadre de la théorie du dédoublement fonctionnel. En tant qu'àutorité hiérarchique, il est chargé de
la notation et de l'avancement des magistrats du siège de son ressort. La Cour d’appel siège au
3
nombre de trois membres, ce nombre devant passer à cinq lorsqu’elle connaît d’une infraction
prévue par le Statut de Rome de la CPI .
La cour d’appel n’est, au sens strict de la compétence, dotée que d’une compétence personnelle
et territoriale depuis le Code d’OCJ de 1982. Sa compétence matérielle ne pouvait être qualifiée
jusque-là que de secondaire dans la mesure où elle se limite à l’examen des affaires sur appel.
Cet état des choses a changé avec la loi organique de 2013 sur l’OFCJ, qui l'a dotée désormais
d’une compétence matérielle en matière de crimes internationaux relevant du Statut de Rome. 7
Sur le plan personnel, la Cour d’appel demeure compétente pour statuer sur les infractions
commises par les magistrats membres d’une Cour d’appel ou du Parquet général près cette cour.
Les infractions reprochées aux magistrats ainsi spécifiés sont poursuivies devant la cour dont le
siège est le plus proche de celui de la cour au sein de laquelle ou près laquelle le magistrat
poursuivi exerce ses fonctions.
La Cour d’appel connait , en outre, des infractions commises par les membres des assemblées
provinciales, les magistrats autres que ceux de la cour d’appel ou du parquet général près cette
cour, les maires, les maires adjoints, les présidents de conseils urbains, les fonctionnaires des
services publics de l’État et les dirigeants des établissements ou entreprises publics revêtus au
moins du grade de directeur ou d’un grade équivalent8
Sur le plan matériel, la cour d’appel connait au premier degré des crimes de guerre et des crimes
contre l’humanité commis par les personnes relevant de leur compétence et de celle des
tribunaux de grande instance.9
En matière civile, la Cour d’appel ne dispose pas d’une compétence matérielle. Elle connaît de
l'appel contre les jugements rendus en premier ressort par les Tribunaux de grande instance, les
Tribunaux de commerce et les Tribunaux de travail. Elle a également une compétence en appel
vis-à-vis des décisions arbitrales.10
4. La cour de cassation
4
Le siège ordinaire de la Cour de cassation est établi à Kinshasa. Son ressort s’étend sur
l’ensemble du territoire national : les Cours et tribunaux de l’ordre judiciaire sont placés sous son
contrôle. La Cour de cassation est composée d’un premier Président, de Présidents et de
conseillers. En vertu du dédoublement fonctionnel, le premier Président de la Cour de cassation
est chargé de l'administration de la Cour. Il fixe par ordonnance le règlement intérieur de la cour.
En cas d’absence ou d’empêchement, il est remplacé par le Président le plus ancien d’après
l’ordre de nomination et ce dernier par le conseiller le plus ancien.
La loi prévoit, dans le cadre de la composition de la Cour, des conseillers référendaires. 11 Ils sont,
au départ, des magistrats du siège ou du parquet choisis sur les mérites de leurs publications par
le Conseil supérieur de la magistrature. Ils assistent les magistrats de la Cour et du parquet
général dans l'accomplissement de leur mission. Ils sont affectés à la Cour conformément au
statut des magistrats.
Les conseillers référendaires ne sont pas A confondre avec les conseillers. Le grade de conseiller
est obtenu à la suite d’une élévation en grade au sein de la magistrature. En revanche, les
conseillers référendaires ne doivent pas leur qualité à l’élévation en grade mais principalement
aux mérites de leurs publications12, bien que leur affectation soit faite conformément au statut des
magistrats. De façon classique, la Cour de cassation ne juge pas les faits : elle examine et analyse
la conformité des décisions attaquées aux lois ou à la coutume. On dit qu’elle est, à ce titre, juge
des [Link] matière répressive, elle statue sur les infractions pour lesquelles sont
poursuivies certaines personnalités jouissant d’un privilège de juridiction telles que les membres
du gouvernement autres que le Premier ministre et les membres du parlement, les membres de la
Cour constitutionnelle, les gouverneurs de province, les ministres provinciaux. Sa compétence
est essentiellement personnelle13
La Cour de cassation comprend quatre chambres ayant chacune une matière qui détermine sa
compétence et sa spécificité : la chambre des pourvois en matière civile ; la chambre des
11
Article 28 de la Loi organique du 11 avril 2013 sur l’OFCJ.
12
Article 28, idem
13
Article 93, idem
5
pourvois en matière commerciale14 ; la chambre des pourvois en matière sociale ainsi que des
procédures spéciales devant la Cour de cassation ; la chambre des pourvois en matière pénale et
des appels des arrêts rendus au premier degré par les cours d’appel en matière répressive
14
6
L’observation du système judiciaire congolais permet de noter l’existence de plusieurs
juridictions spécialisées, à savoir les juridictions militaires, les tribunaux pour enfants, les
tribunaux de commerce et les tribunaux de travail.15
L’organisation et le fonctionnement du Tribunal militaire de police sont régis par les articles 23 à
26 de la Loi n°023/2002 du 18 novembre 2002 portant Code judiciaire militaire. Aux termes de
ces dispositions, il est institué un ou plusieurs Tribunaux militaires de police dans le ressort d’un
Tribunal militaire de [Link] Tribunal militaire de police siège toujours à trois juges – dont
un magistrat de carrière, qui en est le Président. Celui-ci peut être désigné par le premier
Président de la Cour militaire du ressort parmi les juges du Tribunal militaire de garnison606. Il
siège avec le concours de l'auditeur militaire et l'assistance d’un greffier. 17
Localisé en principe au chef-lieu du district, dans la ville où est situé l’état-major de la garnison,
son siège est fixé par le Président de la République à un autre lieu de sa convenance 19. Le
Tribunal militaire de garnison siège au nombre de cinq membres, tous des officiers supérieurs ou
subalternes, l’un d’eux au moins devant être magistrat de carrière. Seul un magistrat de carrière
peut en être élu Président. Ce Tribunal siège avec le concours du ministère public et l'assistance
d’un greffier.
15
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) [Link].p.227.
16
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) [Link].p.227.
17
Article 25 du Code judiciaire militaire
18
Article 21, Idem
19
Article 21 alinéa 2, Ibidem
7
[Link] Cour militaire opérationnelle
Régie par les articles 18 à 20 du Code judiciaire militaire, la Cour militaire opérationnelle est une
juridiction circonstantielle donc ponctuelle car elle n’existe pas de manière permanente. Son
institution est dictée par les situations de guerre ou toutes autres circonstances exceptionnelles de
nature à mettre en péril la vie de la nation, notamment les menaces de guerre, de rébellion ou
d’insurrection armées20. Elle est établie dans les zones d’opérations de guerre pour accompagner
les fractions de l'armée en opération. Elle juge les militaires qui enfreignent les règles en rapport
avec la pratique de la guerre. Elle n’a pas de limite de compétence territoriale 21 Toutefois, les
limites de ce ressort sont déterminées par l’étendue de la zone opérationnelle.
L’implantation des Cours militaires opérationnelles est décidée par le Président de la
République.
Elle siège au nombre de cinq membres, tous officiers supérieurs au moins dont deux magistrats
de carrière, qui président ses deux chambres. La Cour militaire est présidée par un officier
général ou par un officier supérieur, magistrat de carrière. Elle siège avec le concours du
ministère public et l'assistance d’un greffier. Le premier Président de la Cour militaire peut, en
cas de nécessité, requérir les services d’un magistrat civil en vue de compléter le siège 22
20
Article 18 du Code judiciaire militaire.
21
Article 19, Idem.
22
Article 17 du Code judiciaire militaire
23
Article 20 alinéa 1 et 2 du Code judiciaire militaire
24
Article 7 du Code judiciaire militaire
8
La Haute Cour militaire comprend deux ou plusieurs chambres. Elle siège au nombre de cinq
membres, tous officiers généraux ou supérieurs,
dont deux magistrats de carrière.25 Lorsqu’elle siège en appel, la Haute Cour militaire est
composée de cinq membres dont trois magistrats de carrière.
La Haute Cour militaire est composée d’un premier Président, d’un ou de plusieurs Présidents et
de conseillers nommés et, le cas échéant, relevés de leurs fonctions par le Président de la
République26.
25
Article 10 du Code judiciaire militaire
26
Article 8 du Code judiciaire militaire
9
Le Tribunal pour enfants est seul compétent pour connaître des matières dans lesquelles se
trouve impliqué l’enfant en conflit avec la loi. Il connaît également des matières se rapportant à
l’identité, à la capacité, à la filiation, à l'adoption et à la parenté telles que prévues par la loi.
Dans les matières précitées, les décisions sont prises conformément aux règles de la procédure
civile. Le tribunal territorialement compétent est celui de la résidence habituelle de l’enfant, de
ses parents ou du tuteur, du lieu des faits, du lieu où l’enfant aura été trouvé, du lieu où il a été
placé à titre provisoire ou définitif. 27
[Link] Tribunal de travail
Les conflits qui surgissent dans le cadre ou à l’occasion de l’exécution du contrat de travail sont
de la compétence de juridictions spécialisées qui prennent diverses dénominations d’une
législation à une autre. En France, ils sont appelés conseils prud’homaux. En RDC , ils sont
désignés sous l'appellation de tribunaux de travail. Ils sont chargés de trancher les litiges relatifs
à la législation sociale. L’organisation et le fonctionnement de ces juridictions sont fixés depuis
le 16 octobre 2002.28
A. L'ordre judiciaire
27
Articles 94 à 101 de la Loi de 2009 sur la protection de l’enfant.
28
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) [Link].306-307.
29
Voir la Loi n°002-2001 du 3 juillet 2001 portant création, organisation et fonctionnement des tribunaux de
commerce. Référence ( [Link], n°14, du 15 juillet 2001.
10
En matière répressive, le tribunal de paix siège désormais au nombre de trois juges 30, avec
l’assistance d’un greffier et le concours du ministère public 31, pour connaître des infractions
punissables de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende, quel que soit son taux, ou de l’une
de ces peines seulement.32
En matière répressive, le tribunal de grande instance est compétent pour juger les infractions
punissables de la peine de mort et de celles punissables d’une peine excédant cinq ans
d’emprisonnement33. Le tribunal de grande instance est également compétent pour juger les
infractions commises par les conseillers urbains, les bourgmestres, les chefs de secteur, les chefs
de chefferie et leurs adjoints ainsi que par les conseillers communaux, les conseillers de secteur
et les conseillers de chefferie. Le tribunal de grande instance connait également des appels
formés contre les jugements rendus par le tribunal de paix au premier degré.34
3. Le tribunal de commerce
En matière répressive, le tribunal de commerce est compétent pour juger toutes les infractions,
quelle qu’en soit la gravité, pourvu qu’elles aient porté atteinte à la législation économique et
commerciale35. d’illustration, l’on ne peut manquer de citer le défaut d’immatriculation au
nouveau registre de commerce.36
4. La cour d'appel.
La volonté du constituant de 2006, relayée par le législateur de 2013, a fait de la cour d’appel
une juridiction de l’ordre judiciaire37 implantée dans chaque province du pays (une cour d’appel
pour chaque province et deux pour la ville de Kinshasa)698 en vue de connaître de l’appel formé
30
Art. 10, loi organique du 11 avril 2013
31
Art. 13, loi organique du 11 avril 2013.
32
Art. 85, loi organique du 11 avril 2013.
33
Art. 89, al. 1er, loi organique du 11 avril 2013.
34
Art. 89, al. 2, loi organique du 11 avril 2013.
35
Art. 17, loi du 3 juillet 2001.
36
LUKOMBE GHENDA, Le règlement du contentieux commercial, T.I, Les tribunaux de commerce, Kin., Pfduc,
2005, pp. 452 et ss.
37
Art. 6, loi organique du 11 avril 2013.
11
contre les jugements rendus par le tribunal de grande instance et le tribunal de commerce. 38 La
cour d’appel dispose également d’une compétence ratione personae, qui lui permet de juger au
premier degré les infractions commises par les membres de l’Assemblée provinciale, les
magistrats39, les maires, les maires adjoints, les présidents des conseils urbains et les
fonctionnaires des services publics de l’Etat et les dirigeants des établissements ou entreprises
publics revêtus au moins du grade de directeur ou du grade équivalent.40
La loi reconnaît enfin à la cour d’appel une compétence matérielle au premier degré, celle
consistant à juger le génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par
les personnes qui relèvent de sa compétence personnelle et de celle du tribunal de grande
instance.
5. La cour de cassation.
B. La cour constitutionnelle
La cour constitutionnelle est une juridiction créée en vue de répondre à l’option de la constitution
de séparer le contentieux constitutionnel du contentieux administratif et judiciaire, mais aussi de
renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire face aux pouvoirs législatif et exécutif. 43
Sur le plan strictement du droit pénal, la cour constitutionnelle est le juge pénal du Président de
la République et du Premier ministre 44 pour des infractions politiques de haute trahison,
d’outrage au parlement, d’atteinte à l’honneur ou à la probité ainsi que pour les délits d’initié et
38
Art. 91, al. 1er, loi organique du 11 avril 2013.
39
TASOKI p.223.
40
Idem.
41
Art. 153, al. 1er de la constitution.
42
Art. 153, al. 3. De la constitution et Art. 93, loi organique n°13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation,
fonctionnement et compétences de juridictions de l'ordre judiciaire.
43
Loi organique n°13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la cour constitutionnelle,
Exposé des motifs.
44
Art. 164, constitution du 18 février 2006
12
pour les autres infractions de droit commun commises dans l’exercice ou à l’occasion de
l’exercice de leurs fonctions. 45
45
Idem.
13
Setion 1. Structure matérielle de la justice pénale Congolaise
A. L'ordre judiciaire
14
15
16
17
Chapitre I. Les organes de la répression dans la procédure pénale congolaise
La répression d’une infraction obéi à un processus préétabli par la loi. Il convient donc de
l’analyser dans le cadre de ce premier chapitre. Ainsi donc, l'analyse de la protection et mise en
œuvre des garanties procédurales reconnues à l'accusé requiert une étude du système répressif
Congolais. Il convient donc de voir les organes chargés de répression (section 1) avant de voir
les principes fondamentaux régissant la procédure pénale Congolaise (Section 2)
Dans le contexte congolais, le parquet comme magistrat instructeur est secondé par la police
judiciaire dans cette mission d’instruction. Ainsi, la phase d’instruction est répartie en deux sous
étapes (l’enquête préliminaire, œuvre de la police judiciaire et l’instruction préparatoire, œuvre
du parquet).
L’étape de la poursuite : cette étape indique que le ministère public qui s’estime suffisamment
renseigné sur le fait et sur l’auteur dispose d’un pouvoir d’appréciation qui lui permet de classer
les dossiers sans suite, soit de proposer les paiements d’amende transactionnelle, soit encore de
fixer les dossiers au tribunal en rédigeant la requête aux fins de fixation de la date d’audience
(RFFDA)
46
Loi organique n°13/011-B du 11 avril 2013 portant organisation, fonctionnement et compétences des juridictions
de l'ordre judiciaire
47
MAKAYA KIELA (S) Cours de Procédure pénale, UNIKIN, 2018, p.5. inédit.
18
De ce qui précède, la phase d’instruction préjuridictionnelle est étudiée à deux points : la
recherche de l’infraction et la poursuite.48
A. la recherche de l’infraction
L’analyse de l’enquête préliminaire et préparatoire, sera précédée par celle de la théorie d’action
publique
1 L’action publique
Par action publique, il faut entendre celle qui a pour objet la répression d’une infraction et ce,
pour but de prononcer une peine. C’est l’acte par lequel une infraction est poursuivie et son
auteur est condamné. L’action publique est l’ordre public, c’est-à-dire elle s’impose erga omnes
(à l’égard de tous), dès que l’infraction est révélée, l’action publique doit être mise en
mouvement par le ministère public.
Lorsque le ministère public a connaissance d’une infraction, il est obligé de déclencher une
action publique. 49
L’action publique ne se négocie pas. Le ministère public a la charge de la mettre toujours en
mouvement. C’est ce que l’on qualifie de plénitude de l’exercice d’action publique dévolue au
ministère public.50 Il a donc le plein pouvoir d’agir dès qu’il a écho de commission d’une
infraction et ce sur l’ensemble du territoire congolais.
Cependant, dans certaines circonstances, la plénitude d’exercice de l’action publique du
ministère est limitée. Ce sont ces circonstances que l’on qualifie la de limitation de l’exercice de
l’action publique.
19
L’adultère.
Alors qu’il consiste en la violation d’une clause contractuelle de devoir de fidélité et ne porte que
très légèrement atteinte à l’ordre public, l’adultère constitue encore une infraction en droit
congolais.
Néanmoins, cette infraction forme une limite à la libre détermination du ministère public. La
poursuite pour adultère ne pourra avoir lieu que sur plainte de l’époux offensé. Le législateur n’a
pas voulu compromettre l’unité et la stabilité de la famille par les interventions du ministère
public. Il a institué la victime de l’infraction en seul et meilleur juge des suites à, donner à
l’adultère.
Ces infractions sont les suivantes : le fait pour quiconque, sauf si sa bonne foi a été surprise,
d’avoir des rapports sexuels avec une femme mariée ; le fait pour un mari d’avoir des rapports
sexuels avec une personne autre que son épouse, si cet adultère a été entouré de circonstances de
nature à lui imprimer le caractère injurieux ; le fait pour la femme d’avoir des rapports sexuels
avec un homme marié ; le fait pour une femme mariée d’avoir des rapports sexuels avec une
personne autre que son conjoint.
La grivèlerie.
La grivèlerie est une infraction prévue par l’article 102 bis du code pénal congolais. Cette
disposition légale punit celui qui, sachant qu’il est dans l’impossibilité de payer, se sera fait
servir, dans un établissement à ce destiné, des boissons ou des aliments qu’il y aura consommés
en tout ou en partie ; se sera fait donner un logement dans un hôtel où il s’est présenté comme
voyageur ; ou aura pris en location une voiture de louage. L’alinéa 2 de l’article 102 bis dispose
que la grivèlerie ne pourra être poursuivie que sur la plainte de la partie lésée
20
sur la protection des droits d’auteurs et des droits voisins que les infractions aux droits d’auteurs
et aux droits voisins ne peuvent être poursuivies que sur la plainte préalable de la personne qui se
prétend lésée.
Les outrages et les violences envers les membres de l’assemblée nationale, les
membres du gouvernement, les dépositaires de l’autorité ou de la force publique.
L’article 136 du code pénal congolais livre II punit tout celui qui, par paroles, faits, gestes ou
menaces, aura outragé soit un membre de l’Assemblée nationale, soit un membre du
gouvernement, soit une autorité judiciaire, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de son
mandat ou de ses fonctions. Aux termes de l’article 138 ter du même code pénal, les outrages
adressés aux personnes ci-dessus visées ne peuvent, sauf le cas de flagrant délit, être poursuivis
que sur plainte de la personne lésée ou celle du corps dont elle relève
Le harcèlement sexuel.
L’article 174 d du code pénal congolais livre II punit d’un emprisonnement de 1 à 12 mois et
d’une amende de 50.000 à 100.000 FC constants ou d’une de ces peines seulement tout celui qui
aura adopté un comportement persistant envers « autrui », se traduisant par des paroles, des
gestes soit en lui donnant « des ordres ou en proférant des menaces », ou en imposant des «
contraintes », soit en exerçant des pressions graves, soit en abusant « de l’autorité » que lui
confère ses fonctions en vue d’obtenir de lui « des faveurs de nature sexuelle ».
L’alinéa 2 de la même disposition légale ajoute que les poursuites pour harcèlement sexuel sont
subordonnées à la plainte de la victime.
21
La qualité de certains délinquants peut heurter de front l’action du ministère public, au point de
l’empêcher de poser des actes d’instruction ou de poursuite.
La qualité du délinquant, constitutive de frein à l’exercice de l’action publique, nous permet
d’analyser au préalable trois vocables, au contenu différent, mais qui traduisent l’idée d’assurer
soit l’indépendance du justiciable, soit celle de la juridiction qui statue sur l’infraction. Le droit a
conçu pour ce faire l’immunité et l’inviolabilité, d’une part et, d’autre
Part, le privilège de juridiction.
L’immunité et l’inviolabilité.
Conçues pour répondre à une rigueur du droit, l’immunité et l’inviolabilité sont au service d’un
but qui leur est extérieur. La rigueur du droit exigerait en effet que lorsqu’une personne, quelle
qu’elle soit commet une infraction, le magistrat intervienne pour s’assurer d’une réponse pénale.
L’action du magistrat (pouvoir judiciaire), légitime par ailleurs, peut mettre à mal le
fonctionnement d’une autre institution, d’un autre pouvoir et l’empêcher ainsi de fonctionner.
L’on croirait que par cette intervention, le magistrat s’ingère dans le fonctionnement d’un autre
pouvoir (exécutif ou législatif) pour l’empêcher d’exercer sa mission. La démocratie peut en
souffrir, tant le principe de la séparation des pouvoirs, consacré par la constitution, interdit
l’interférence mutuelle des fonctions étatiques. De ce point de vue, l’on comprend que
l’immunité et l’inviolabilité tendent à assurer l’exercice indépendant et serein de ses fonctions
par son bénéficiaire.
Le bénéficiaire n’est pas protégé, sa fonction plutôt. En dépit de cette ressemblance, l’on ne peut
pas occulter la différence qui existe entre les deux notions. En effet, si l’immunité peut être
regardée comme étant le droit pour son bénéficiaire d’être soustrait à la compétence pénale d’un
tribunal pénal de sorte que celui-ci n’a pas le pouvoir d’apprécier l’infraction commise,
l’inviolabilité consiste plutôt à reconnaître à son bénéficiaire un droit à ne pas subir des
contraintes sur son corps, c’est-à-dire ne pas être arrêté ni être détenu Si la Confusion peut
advenir entre les deux notions, c’est parce que le bénéficiaire d’une immunité est forcément
inviolable. L’inverse n’est pas
forcément vrai.
Le privilège de juridiction.
Le souci d’assurer une bonne justice peut commander l’attribution de compétence répressive à
un juge dépourvu de compétence matérielle à l’égard d’une infraction. L’on se fonde en
l’occurrence sur le statut personnel du délinquant, généralement sur les fonctions qu’il occupe
dans la société, pour lui désigner un juge, suffisamment mûr et difficilement influençable au
regard du niveau technique et social qu’il aura atteint à mesure que sa carrière a connu
d’évolution. Pour autant, un privilège de juridiction tend à protéger la justice ou en assurer
l’indépendance. Toutefois, il importe d’observer que le privilège de juridiction peut se révéler
préjudiciable à un justiciable qui est présenté en premier et dernier ressort devant la cour de
cassation ou la cour constitutionnelle. Ce privilège devient un leurre, car il prive à cet effet ce
justiciable du droit à un double degré de juridiction.
22
La qualité officielle est inopérante en cas des crimes contre la paix
et la sécurité de l’humanité.
Pour faciliter l’application en droit interne de toutes les dispositions du statut de Rome, en
particulier celles de l’article 27, le législateur a estimé nécessaire de prévoir dans le code pénal
une disposition qui rend inopérante la qualité officielle du délinquant. C’est ainsi que le code
pénal dispose qu’en cas de poursuites pour les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité,
c’est-à-dire le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, la loi pénale
s’applique à tous de
Manière égale sans aucune distinction fondée sur la qualité officielle. En particulier, la qualité
officielle de chef d’Etat ou de gouvernement, de membre du gouvernement, de membre du
parlement ou de représentant élu ou d’agent public de l’Etat, n’exonère en aucun cas de la
Responsabilité pénale, pas plus qu’elle ne constitue en tant que telle un motif de réduction de la
peine.
Même si elle est la bienvenue dans le domaine de la responsabilité pénale individuelle,
l’intervention du législateur paraît insuffisante, voire inefficace. Dans la mesure où la question
d’immunité et d’inviolabilité est examinée par plusieurs dispositions constitutionnelles, le
législateur aurait mieux fait de recourir à une loi constitutionnelle pour modifier les dispositions
constitutionnelles qui ont prévu les immunités et les inviolabilités. L’on peut imaginer
l’embarras dans lequel un juge pénal peut se trouver si un bénéficiaire d’immunité pénale
évoque, tout en l’opposant au code pénal, la constitution.
23
La prescription ; est définie de façon générique comme la perte ou l’acquisition d’un droit après
l’écoulement d’un lapse de temps. Un droit qui n’est pas exercé pendant un certain temps
s’éteint.
En procédure pénale, l’action publique qui n’est pas exercée sur une infraction ne pourra plus
être exercée. c’est la prescription de l’action publique
La police judiciaire est chargée de mener l’enquête préliminaire sous le joug du parquet.
1. La police judiciaire
11. Notions
C’est un service public de l’état créé comme auxiliaire du parquet dans la mission du maintien de
l’ordre public, dans la mission de la recherche de l’infraction, d’identification des auteurs.
La police judiciaire constitue les béquilles du parquet dans cette noble mission.
24
Rapports entre la police judiciaire et le ministère public sur le plan fonctionnel ou des
attributions.52
Il existe trois types de pouvoirs exercés entre la police judiciaire et le parquet, notamment
Aux termes des articles 2, 3, 4 du code de procédure pénale, les pouvoirs communs entre la
police judiciaire et la police judiciaire sont :
La constatation matérielle d’une infraction, l’interrogatoire du suspect, la saisie d’objets,
L’audition des témoins.54
52
JEAN PRADEL, Procédure pénale, Paris, Éditions Cuyas, 5em edition, 1920 n°120.
53
LUZOLO BAMBI LESSA (E-J) Traité de droit judiciaire Congolais : La justice Congolaise et ses institutions,
Kinshasa, PUC.,2018,p.442.
54
Décret de 5 Août 1959 portant code de procédure pénale.
25
Les réquisitions à la force publique : c’est le fait pour le ministère public de solliciter
l’intervention de la force publique en vue de briser la résistance. C’est aussi au ministère
public que revient le pouvoir de requérir le ministère d’un interprète, d’un traducteur ou
d’un expert. L’OPJ ne peut exercer ce pouvoir qu’en cas de flagrance (cf. art 11 et 12) ou
en cas de délégation expresse.
Le pouvoir d’enquête ; etc
Ce sont des pouvoirs exclusivement dévolus au parquet et le parquet ne les délègue en aucun cas.
Parmi ces pouvoirs, on peut citer :
La condamnation d’un témoin récalcitrant.
La fixation du dossier au tribunal
L’inspection et surveillance des lieux carcéraux (cachot, amigo, maison d’arrêt, prison,
camp de détention, le centre pénitentiaire de rééducation, les EGEE, les maisons de
placement, etc.
La direction de la police judiciaire : elle est un auxiliaire du parquet.
2. L’instruction préparatoire
L’instruction préparatoire est une activité du parquet par laquelle le parquet cherche à constituer
le dossier de l’accusation à soutenir devant le tribunal. Elle est préparatoire non seulement parce
que l’instruction proprement dite se déroule au tribunal, mais également et surtout parce que les
actes du parquet ne sont pas définitifs ; seul le juge est habilité à décider définitivement sur une
cause ou sur une personne conformément à l’article 150 al 1 de la constitution.
Le parquet exerce l’action publique lorsqu’il est saisi soit par plainte de la victime, soit par
dénonciation et soit de son propre chef (motu proprio). Le parquet est saisi par rapport de la
police judiciaire. Lorsque le parquet est saisi, commence alors l’instruction préparatoire qui se
déroule conformément aux pouvoirs communs, susceptibles de délégation et non susceptibles de
délégation. Ainsi, par exemple, le parquet fait la constatation matérielle de l’infraction (cf. PV de
constat), organise l’interrogatoire du suspect, procède à la saisie d’objets, rassemble les pièces à
conviction, établit des mandats (de comparution, d’amener, de perquisition,).56
Par ailleurs, il importe d’indiquer que l’officier du ministère public apprécie souverainement le
rapport d’enquête qui lui est transmis par la police judiciaire ; il n’est pas obligé de gober
l’orientation de l’OPJ. Il évalue la valeur probatoire des PV. Il peut garder certains ou annuler
d’autres, sauf pour les PV constatant la validité des denrées alimentaires, lesquels PV lient le
parquet jusqu’à preuve du contraire. C’est aussi le cas des PV établis par les OPJ à compétence
55
Article 19 du décret du 6 août 1959 portant code de procédure pénale.
56
MAKAYA KIELA (S) Cours de Procédure pénale, UNIKIN, 2018, p.15. inédit.
26
restreinte de certains services spécialisés. Le ministère public pose tous ces actes jusqu’à ce qu’il
s’estime suffisamment renseigné sur les faits et sur l’auteur. L’essentiel de sa démarche doit
s’orienter dans le sens de reconstituer le fait tel que cristallisé au moment de l’acte. Lorsque le
fait est reconstitué, il peut aisément le qualifier et enfin, il devra déterminer le sort à réserver à
ladite affaire ; c’est l’étape de la clôture de l’instruction préparatoire.57
Le procès pénal c’est ce forum au cours duquel on cherche à établir l’infraction ainsi que son
imputabilité à son auteur. Le procès pénal c’est lieu mais également un lien qui réalise l’alchimie
du drame pénal. Il vise a priori la catharsis entendue comme la purification des passions par le
spectacle d’une action tragique. Le décor du procès pénal, partant de l’iconographie judiciaire, la
structuration du jugement, les séquences du processus, le timing dans la prise de parole,
répondent à ces objectifs. Globalement, le procès pénal se déroule en deux grandes phases, à
savoir : 58
La phase d’instruction à l’audience ou phase de mise en état ou encore phase de l’examen de
la forme ;
La phase de débats ou phase de l’examen au fond.
Il est de principe en droit judiciaire que l’on n’aborde pas le fond tant que la forme n’est pas
soignée. Le déroulement du procès pénal est guidé par les principes ci-après :
Le principe accusatoire : qui sous-entend l’oralité, la publicité et le contradictoire.
La plénitude du pouvoir d’instruction dévolue au juge : dans un procès pénal, c’est le
juge qui dispose de pleins pouvoirs. Il a la police de l’audience, il dirige les débats, il
veille au maintien de l’ordre pendant le procès et le rétablit s’il échée. 59
Accessori sequitur principale (l’accessoire sui le principal) : en plein procès pénal, le
juge saisi de l’action principale est aussi compétent pour toutes les exceptions sui sont
soulevées, sauf en cas des questions pré judiciaires. En effet, en droit judiciaire, on
distingue deux types de questions en termes d’exceptions, à savoir ; question préalable et
question pré judicielle. Une question préalable est une exception qui est soulevée devant
un juge et qui relève de la compétence de ce juge ; alors qu’une question pré judicielle est
une exception soulevée devant un juge mais qui relève de la compétence d’un autre juge.
L’intime conviction du juge : ex aequo et bono. C’est le bon sens du juge ; c’est l’équité
du juge dans l’interprétation de la loi pénale d’application. C’est le sens élevé d’équité du
juge qui est appelé à appliquer la loi sans être au-dessus d’elle.
57
Idem.
58
Voy. TASOKI MANZELE (J.M).,[Link].p.22.
59
Idem.
27
Section [Link] fondamentaux régissant la procédure pénale
La procédure pénale, entendue comme étant un ensemble des règles juridiques qui organisent la
manière de procéder pour la constatation des infractions, l’instruction préparatoire, la poursuite
et le jugement des délinquants, a pour objet le procès pénal.
Le procès pénal est un long processus qui commence dès les premières constatations des faits
infractionnels et se termine par l’exécution de la condamnation par la personne condamnée. 60
Entre ces deux moments extrêmes s’articulent plusieurs étapes allant de la recherche de la preuve
au jugement du coupable. En fin de compte, le procès pénal vise à dégager la responsabilité
pénale de l’auteur de l’infraction et à fixer la sanction appropriée. Cette dialectique du procès
pénal demeure la même et se retrouve nécessairement, sous diverses formes, avec des conditions
différentes d’application, au fond de toutes les lois de procédure.61
§.[Link] fondamentaux
Les principes fondamentaux de la procédure pénale sont des principes généraux du droit
déclarées fondamentaux par ce qu’ils éclairent, complètent ou renforcent certains droits ou
libertés implicitement ou explicitement retenus dans les différents textes en vigueur de procédure
pénale. En raison de leur caractère constitutionnel ou en application des instruments
internationaux ratifiés par laRépublique démocratique du Congo, les principes fondamentaux de
procédure pénale s’imposent aussi bien au législateur qu’au juge et assurent une meilleure
protection des droits de la défense pendant le procès pénal.62
Les principes fondamentaux de la procédure pénale, dit Jean Pradel, donnent une plus grande
légitimité à la justice pénale en la soumettant à des principes supérieurs, difficilement
contestables. Ils permettent en même temps à un Etat d’exprimer sa conception de l’Etat
de droit ou de la prééminence du droit.
Au nombre de ces principes, nous pouvons citer les plus fondamentaux et les plus importants qui
s’appliquent à toutes les personnes impliquées dans une procédure pénale. Il s’agit de : la
présomption d’innocence, le procès équitable, les droits de la défense, la garantie judiciaire des
libertés individuelles, la séparation des autorités judiciaires, l’égalité entre les justiciables, la
dignité de la personne humaine, le droit d’accès à la justice et l’inviolabilité du domicile. 63
60
TASOKI MANZELE (J.M) Procédure pénale Congolaise, Paris, L'harmattan, 2016.p.22.
61
Idem
62
Jean PRADEL, « Les principes constitutionnels du procès pénal », Les Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 14,
2003, Etudes et doctrine, p. 115.
63
Idem.
28
Le principe de la présomption d’innocence
Le principe de la présomption d’innocence résulte de l’article 11, §1 de la Déclaration
universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, qui dispose que toute personne accusée
d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement
établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été
assurées.
Ce principe est repris dans les mêmes termes par l’article 17, al. 9 de la constitution du 18 février
2006. En droit congolais, la présomption d’innocence a donc acquis valeur constitutionnelle, Il
leur est en effet interdit non seulement de condamner sans preuve de culpabilité, mais aussi de
partir d’une certaine idée préconçue que la personne mise en cause a commis l’acte incriminé. 64
Ainsi par exemple la présomption d’innocence se trouve méconnue si, sans établissement légal
préalable de la culpabilité d’un prévenu, et notamment sans que ce dernier ait eu l’occasion
d’exercer les droits de la défense, une décision judiciaire le concernant, reflète le sentiment qu’il
est coupable.65
Le procècs équitable
Le procès équitable est un principe général de droit selon lequel toute personne a droit à ce que
sa cause soit entendue équitablement. Ce principe a donné naissance à ce que le juge moderne
appelle l’« égalité des armes » 66, expression imaginée en vue d’exprimer à la fois l’exigence
d’équité, d’indépendance et d’impartialité, mais aussi comme une composante autonome du
procès équitable. 67
En procédure pénale l’« égalité des armes » est un droit naturel et immuable reconnu à la partie
défenderesse. Elle implique que « (…) Toute partie à une action civile et a fortiori à une action
pénale, doit avoir une possibilité raisonnable d’exposer sa cause au tribunal dans les conditions
qui ne la désavantagent pas d’une manière appréciable par rapport à la partie adverse (…) »
Le désavantage auquel peut s’exposer une personne accusée dans un procès pénal résulterait de
la décision du parquet de ne pas lui communiquer les pièces du dossier répressif sur lesquelles il
fonde ses différentes accusations. Le comportement du parquet empêcherait donc la personne
accusée de s’informer de charges qui pèsent sur sa personne et de discuter tous les arguments de
64
Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 ; Constitution Congolaise du 18 février
2006.
65
Bernard BOULOC, « Procédure pénale : la loi n°2000-516 du 15 juin 2000 renforçant la protection de la
présomption d’innocence et les droits des victimes », Revue de Science Criminelle, n°1, 2001, Chr., pp. 193-198 ;
MASSIAS Florence, « Jurisprudence 2001 relative à la présomption d’innocence », Revue de Science Criminelle,
n°2, 2002, Chr., p. 408.
66
Cour Eur. D.H., Affaire NEUMEISTER c/ Autriche, 27 juin1968, Publications de la Cour européenne des droits de
l’homme, Série A, 1968, p. 43
67
Jean-Pierre DINTILHAC, « L’égalité des armes dans les enceintes judiciaires », Cour de cassation, Rapport,
2003-II, Etudes et documents, Documentation française, 2003, p. 130
29
fait et de droit avancés par le Ministère public. Il s’agit par ailleurs de la violation du principe du
contradictoire.
Pour autant, dans le but d’empêcher le déséquilibre compromettant entre l’accusation et la
défense, il est important d’insister sur l’intérêt qu’il y a à ce que celui qui défend une position
contraire dispose en connaissance de cause des mêmes informations. Pour cetteraison, le
Ministère public est tenu de communiquer à la défense les copies de toutes les pièces qui fondent
l’accusation qu’il a portée contre la personne accusée, par ailleurs nécessaires à la préparation de
sa défense.68
Le Ministère public est aussi obligé de communiquer à la défense les copies des déclarations et
dépositions de tous les témoins. Il faut cependant admettre que l’égalité des armes mériterait
d’être appliquée de manière large, car l’égalité des armes entre la Défense et l’Accusation ne doit
pas être considérée comme nécessairement l’égalité matérielle de disposer des mêmes ressources
financières et/ou en personne. Il faut admettre aussi qu’il existe un lien étroit entre la
présomption d’innocence et le procès équitable. La première constitue le fondement du second,
de sorte que la démonstration de la culpabilité de l’accusé par le Ministère public se fait suivant
certaines formes protectrices que requiert le procès équitable.
68
OPPETIT Bruno, Philosophie du droit, Paris, 1ère éd., Dalloz, 1999, p. 117, n°102
69
127 Art. 19, al. 3, Constitution du 18 février 2006 ; Jean DANET, Défendre. Pour une défense pénale critique,
Paris, 2ème éd., 2004, p. 35.; SAINT-PIERRE François, Le guide de la défense pénale, Paris, 4ème éd., Dalloz,
2005, p.7.
30
d’exemples :
- Le droit à un avocat
Le droit à un avocat est un droit constitutionnellement garanti. En effet, dit l’article 19, al. 4 de la
constitution, toute personne a le droit de se défendre elle-même ou de se faire assister d’un
défenseur de son choix et ce, à tous les niveaux de la procédure pénale, y compris l’enquête
policière et l’instruction pré-juridictionnelle. La personne poursuivie peut aussi organiser sa
représentation par un avocat, dans les conditions prévues par la loi
- Le droit de connaître l’accusation
Le droit de connaître l’accusation résulte de l’article 18, al. 1er de la constitution. Cet article
dispose que toute personne arrêtée doit être immédiatement informée des motifs de son
arrestation et de toute accusation portée contre elle, et ce, dans la langue qu’elle comprend.
31
violation ou d’un manquement aux principes de son indépendance, son impartialité et son
équitabilité. La loi congolaise a prévu les différentes causes de récusation d’un juge, la procédure
à suivre ainsi que les effets attachés à cette action140. La contestation d’un juge peut résulter
aussi de la mise en cause de sa responsabilité en cas de faute ou d’infraction commise au
préjudice de la personne poursuivie. La personne poursuivie peut aussi initier une action en
réparation des dommages qui résultent d’un fonctionnement défectueux des services judiciaires.
Dans ce cas, la responsabilité de l’Etat est de plein droit engagée.
4. La liberté individuelle
L’on peut regarder la liberté individuelle comme la sûreté ou la certitude pour les citoyens qu’ils
ne feront pas l’objet, notamment de la part du pouvoir, de mesures arbitraires les privant de leur
liberté matérielle. Ce regard étroit de la liberté individuelle est complété par la conception large
qui estime que la liberté individuelle inclut, outre la
sûreté, la liberté d’aller et venir, l’inviolabilité du domicile et de la
correspondance. La liberté individuelle est un principe fondamental, à valeur constitutionnelle,
reconnu par les lois de la République. Sa protection est confiée à l’autorité judiciaire, qui en est
le garant
6. L’inviolabilité du domicile
L’inviolabilité du domicile est une autre forme de liberté individuelle. La violation de ce principe
cristallise l’infraction de violation du domicile de l’article 69 du code pénal
32
33