1
COURS DE FISCALITE INTERNATIONALE
Chaque Etat élabore en toute souveraineté sa législation fiscale et définit
librement le champ d’application territoriale de cette législation. Il peut
adopter un critère personnel d’imposition, en imposant toutes les personnes
domiciliées dans le pays quelle que soit la provenance de leurs revenus,
comme il peut adopter un critère réel, en imposant tous les revenus ayant leur
source dans le pays quel que soit le domicile du bénéficiaire. Il peut même
donner une définition la plus large possible des revenus soumis à sa sphère
d’imposition en cumulant les deux critères. Il en résulte inévitablement des
doubles impositions pour les contribuables qui ont des activités dans des pays
différents, ce qui constitue une injustice pour ces contribuables et un frein au
développement des relations économiques internationales.
C’est pourquoi de nombreux Etats ont conclu entre eux des conventions afin
d’éviter ces doubles impositions.
Le droit fiscal international s’attache à déterminer les règles d’imposition
relatives aux opérations internationales. Ces dernières sont celles effectuées
par un résident d’un Etat sur le territoire d’un autre Etat ou avec un
contribuable résident dans un autre Etat.
L’application de la fiscalité internationale s’explique par la présence de deux
souverainetés fiscales concurrentes et qui peuvent les deux régir le régime
fiscal d’un bien ou d’une opération. Du fait de la souveraineté fiscale des
Etats, chacun d’eux a tendance à appliquer, a priori, son droit interne.
Toutefois, cette solution serait coûteuse pour les contribuables et pénaliserait
fortement les transactions internationales. Pour y remédier, les Etats acceptent
de limiter volontairement leur souveraineté fiscale en signant des conventions
fiscales internationales tendant à éviter les doubles impositions.
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
2
Internationalisation des affaires et l’interdépendance grandissante des
économies rendent de plus en plus incontournables les questions de fiscalité
internationale. L’intérêt d’un cours de fiscalité internationale apparaît ainsi
comme une évidence en ce qu’il permet d’apporter des réponses aux
préoccupations des entreprises et des individus lorsque deux Etats au moins
interviennent dans leurs affaires. L’intitulé de ce cours n’est pas fortuit
puisqu’il se borne à poser les principes généraux dont la maîtrise est
indispensable à la compréhension des enjeux de la fiscalité internationale.
Les principes fondamentaux nécessaires à la compréhension de la fiscalité
internationale sont entre autres :
Le champ d’application et la territorialité de l’impôt : il faut distinguer
entre les personnes physiques et les personnes morales. Pour les
personnes physiques c’est la règle du revenu mondial (imposition de
l’ensemble des revenus et pour les personnes morales, c’est l’existence
d’un établissement stable
Le principe de la non-discrimination : égalité du principe d’imposition
pour les nationaux et les étrangers résidents
Le principe de la non-aggravation : corolaire du principe de non-
discrimination ; les conventions ne doivent pas aggraver l’imposition
fiscale des contribuables
Le principe de la subsidiarité du droit conventionnel : les conventions
ne créent pas d’imposition supplémentaires et se basent sur le droit
interne ;
La primauté du droit conventionnel par rapport au droit interne ; le droit
conventionnel est hiérarchiquement supérieur au droit interne ;
Le principe d’autonomie de l’interprétation par rapport à l’autre Etat :
un Etat donne son interprétation à un revenu selon sa compréhension
(selon les catégories du droit interne) sauf si la définition est bien claire
dans la convention.
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
3
CHAPITRE I LES SOURCES DE LA FISCALITE
INTERNATIONALE
On peut citer :
· Le droit fiscal interne ;
· Les conventions fiscales internationales : bilatérales ou multilatérales
(Vienne, UEMOA, CEMAC.)
· Convention modèle OCDE ;
· Convention modèle ONU ;
A.1 LE DROIT FISCAL INTERNE
Il s’agit du droit positif interne servant de base pour l’élaboration des
conventions fiscales internationales pour pouvoir tenir compte du principe de
non-discrimination et de non-aggravation.
A.2 LES CONVENTIONS FISCALES INTERNATIONALES
Il s’agit des conventions bilatérales (Etat à Etat) ou multilatérales (plusieurs
états). Ces conventions sont généralement élaborées selon les modèles de
l’OCDE ou de l’ONU.
Il ne saurait être question de préciser ici le contenu des différentes
conventions fiscales conclues entre le Sénégal et d’autres pays, dont chacune
peut comporter des particularités. Il appartient à chaque contribuable
intéressé, face à un problème de droit fiscal international, de vérifier s’il
existe ou non une convention entre le Sénégal et l’Etat étranger concerné ; et
le cas échéant de prendre connaissance du contenu précis de ladite
convention.
Toutefois, elles indiquent généralement : le lieu d’imposition, les revenus
concernés, les modes d’imposition des revenus, les mesures d’assistance
administrative réciproque pour le recouvrement de l’impôt, l’échange
d’informations pour éviter des fraudes fiscales, les modalités de règlement en
cas de désaccords …
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
4
Le rôle des conventions signées par le Sénégal peut être apprécié à travers
quatre (04) aspects qui sont l’élimination de la double imposition, la
prévention de la fraude et de l’évasion fiscales, la protection des contribuables
et l’incitation à la coopération inter- Etats.
A.2.1- L’élimination de la double imposition
En l’absence de convention fiscale, chaque Etat conserve le droit d’appliquer
sans atténuation sa propre législation, ce qui peut conduire à la double
imposition d’un même revenu.
Dans le cadre du droit conventionnel, le Sénégal utilise, pour pallier ce
problème, la méthode de l’exonération ou la méthode de l’imputation.
Dans le système de l’exonération, le revenu imposable dans l’Etat de source
(Etat étranger) est exonéré dans l’Etat du Sénégal. On distingue la méthode de
l’exonération intégrale et la méthode de l’exonération avec progressivité de
l’impôt.
Avec la méthode de l’exonération intégrale (utilisée au Sénégal), on calcule
l’impôt seulement sur le revenu de l’Etat de résidence.
Avec la méthode de l’exonération avec progressivité, on fait référence à un
taux effectif au niveau du pays de résidence. On cherche à calculer l’impôt
effectif sur l’ensemble des revenus (selon les règles fiscales du pays de
résidence) et on en déduit par règle de trois le montant de l’impôt sur le
revenu de l’Etat de résidence.
Avec la méthode de l’imputation, les revenus imposables dans l’Etat de
source (Etat étranger) sont également imposables chez l’Etat du domicile
fiscal du contribuable, mais l’impôt perçu dans l’Etat de source est imputé sur
l’impôt de l’Etat du domicile fiscal.
On distingue Imputation globale de la RAS (utilisée par le Sénégal) et
l’imputation partielle plafonnée au montant de l’impôt du domicile fiscal (Etat
du résident)
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
5
A.2.2 La lutte contre la fraude et l’évasion fiscale
Les transactions internationales constituent un terrain fertile aux
comportements d’évasion fiscale et de fraude fiscale en raison de la
complexité de certaines opérations. Le Sénégal utilise, pour faire face, un
certain nombre de mesures :
Le fait de définir précisément dans les conventions certaines opérations et
leurs sources d’imposition, l’établissement stable, les redevances, les
dividendes permet d’éviter d’éventuelles fraudes ou d’évasions fiscales .Ces
définitions permettent de faire obstacle à certaines interprétations auxquelles
seraient tentées des contribuables . L’évasion fiscale est l’utilisation par les
sociétés multinationales des failles du système fiscal d’un pays pour transférer
en toute légalité (dispositions fiscales d’exonération, code des
investissements) et en franchise d’impôt la quasi-totalité des revenus
directement générés par leur exploitation. On parle alors d’évitement licite de
l’impôt. Ces placements se font souvent dans des paradis fiscaux.
A.2.3 La protection des contribuables
L’exercice d’une activité lucrative au niveau international implique pour la
personne intéressée une connaissance précise des règles appliquées dans le
milieu d’intervention, du point de vue de leur neutralité et de leur caractère
incitatif.
Les conventions signées par le Sénégal instaurent, par le biais d’une clause de
non-discrimination entre contribuables, une égalité devant l’impôt entre les
nationaux et les étrangers. Une telle clause est d’ailleurs déjà consacrée par le
dispositif fiscal interne.
De plus, la protection des contribuables est assurée par la possibilité offerte au
contribuable de connaître à l’avance, par le droit conventionnel, le régime
fiscal applicable à ses opérations internationales
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
6
A.2.4 L’incitation au développement des échanges
internationaux
Le droit conventionnel constitue de plus en plus un dispositif fiscal incitatif
pour l’investissement de capitaux étrangers. Il est courant d’insérer dans les
conventions des règles plus favorables que ceux en vigueur au niveau interne
dans le but d’attirer des capitaux extérieurs.
En plus de son objet d’instrument traditionnel visant à éviter la double
imposition, la convention offre des possibilités fiscales avantageuses aux
investisseurs étrangers.
CHAPITRE II LA FISCALITE INTERNATIONALE ET LES IMPOTS
DIRECTS
A-1 IMPOTS SUR LES SOCIETES
A1.1 Notion d’établissement stable
Visée par la plupart des différentes conventions fiscales internationales, la
notion d’établissement stable désigne « une installation fixe d’affaire où une
société exerce tout ou partie de son activité » Le CGI donne plusieurs
exemples pour illustrer la notion d’établissement stable. Trois cas à
distinguer :
-Cas d’existence matérielle de l’Etablissement Stable
Installation relativement autonome par rapport à la société représentée :
le siège de direction, la succursale, le bureau, l’usine ou l’atelier ;
la mine, la carrière, ou tout autre lieu d’extraction de ressources
naturelles ;
une installation fixe d’affaires aux fins d’achats de marchandises
ou de réunir les informations faisant l’objet de l’activité de la
société ;
un chantier de construction ou de montage ;
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
7
une installation fixe d’affaires utilisées à des fins de montage de
publicité.
-Cas d’établissement stable par assimilation :
Existence d’un lien de dépendance juridique entre le représentant au Sénégal
et la société basée à l’étranger.
Par exemple, existence au Sénégal, d’un représentant ne jouissant pas d’un
statut indépendant et qui dispose de pouvoirs lui permettant de conclure des
contrats au nom de la société représentée.
A1.2 Frais de siège (art 9.5 du CGI)
PRINCIPE
Il existe souvent une convention entre le siége et l’établissement situé au
Sénégal stipulant d’une part, les conditions générales d’intervention du siége
et d’autre part, la contrepartie financière supportée par l’établissement.
Deux (2) conditions pour la déductibilité des frais de siège :
Justification de leur montant global ;
Répartition entre les différentes exploitations faite au prorata du chiffre
d’affaires global sans pouvoir excéder 20% du bénéfice comptable
réalisé au Sénégal avant déduction des frais de siège.
SPECIFICITES TENANT A L’EXISTENCE D’UNE CONVENTION
FISCALE
L’imputation des frais généraux du siège aux résultats des établissements
stables, au prorata du chiffre d’affaires réalisé dans lesdits établissements, est
prévue par les différentes conventions signées par le Sénégal. Il en est ainsi
des articles 10-4° de la Convention Franco-sénégalaise et 7 §3 de celle
conclue avec la Tunisie.
Toutefois concernant la convention Franco-Sénégalaise, pour éviter
d’éventuels abus, il est aussi prévu que, lorsque ce mode d’imputation des
frais de siège ne permet pas de dégager un bénéfice normal, les autorités
compétentes des deux Etats peuvent, compte tenu des dispositions de l’article
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
8
41 de la Convention, procéder aux ajustements nécessaires pour déterminer le
bénéfice de l’établissement stable.
Il en est de même lorsque ladite répartition conduit à attribuer à
l’établissement stable situé dans l’un des deux Etats une quote-part
sensiblement supérieure à celle qui résulterait de l’application de la législation
dudit Etat (cf. article 41 Convention France – Sénégal).
A1.3 Prix de transfert (art 17 du CGI)
Pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés dû par les entreprises qui sont
sous la dépendance ou qui possèdent le contrôle d'entreprises situées hors du
Sénégal, les bénéfices indirectement transfé1rés à ces dernières soit par
majoration ou diminution des prix d'achat ou de vente, soit par sous-
capitalisation , soit par tout autre moyen, seront incorporés aux résultats
accusés par les comptabilités.
Il est procédé de même pour les entreprises qui sont sous la dépendance d'une
entreprise ou d'un groupe possédant également le contrôle d'entreprises
situées hors du Sénégal.
La condition de dépendance ou de contrôle n'est pas exigée lorsque le
transfert s'effectue avec des entreprises établies dans un Etat étranger ou dans
un territoire situé hors du Sénégal dont le régime fiscal est privilégié, ou dans
un pays non coopératif, au sens de l'article 18.
Des liens de dépendance sont réputés exister entre deux entreprises :
a-lorsque l'une détient directement ou par personne interposée la majorité du
capital social de l'’autre ou y exerce en fait le pouvoir de décision ;
b-lorsqu’ elles sont placées l'une et l'autre, dans les conditions définies au a,
sous le contrôle d'une même entreprise.
A1.4 Limitation de déduction des sommes versées dans un régime fiscal
privilégié ou dans un pays non coopératif (art 18 du CGI)
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
9
1. Les intérêts, arrérages et autres produits des obligations , créances , dépôts
et cautionnements, les redevances de cession ou concession de licences
d'exploitation de brevets d'invention, de marques de fabrique, procédés ou
formules de fabrication et autres droits analogues ou les rémunérations de
services, payés ou dus par une personne physique ou morale domiciliée ou
établie au Sénégal à des personnes physiques ou morales qui sont domiciliées
ou établies dans un Etat étranger ou un territoire situé hors du Sénégal et y
sont soumises à un régime fiscal privilégié, ou un pays non coopératif, ne
sont admis comme charges déductibles pour l'établissement de l'impôt que si
le débiteur apporte la preuve que les dépenses correspondent à des opérations
réelles et qu'elles ne présentent pas un caractère anormal ou exagéré.
2. Il en est de même pour tout versement effectué sur un compte tenu dans un
organisme financier établi dans un des Etats ou territoires non coopératifs ou à
fiscalité privilégiée.
3. Les personnes sont considérées comme soumises à un régime fiscal
privilégié dans l'Etat ou le territoire considéré si elles n'y sont pas imposables
ou si elles y sont assujetties à des impôts sur les bénéfices ou les revenus dont
le montant est inférieur de plus de la moitié à celui de l'impôt sur les bénéfices
ou sur les revenus dont elles auraient été redevables dans les conditions de
droit commun au Sénégal, si elles y avaient été domiciliées ou établies.
4. Sont considérés comme non coopératifs, les Etats et territoires qui ne se
conforment pas aux standards internationaux en matière de transparence et
d'échange d'informations dans le domaine fiscal, de manière à favoriser
l'assistance administrative nécessaire à l'application de la législation fiscale
sénégalaise. La liste desdits Etats est fixée par décision du Ministre chargé
des Finances.
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
10
A défaut d’éléments précis pour opérer les redressements prévus à l’alinéa
précédent, les produits imposables seront déterminés par comparaison avec
ceux des entreprises similaires exploitées normalement au Sénégal
A1.5 Dépenses d’étude et de prospection en vue d’une installation à
l’extérieur (art 13 du CGI)
1-Les dépenses d’études et de prospection exposées en vue de l’installation à
l’étranger d’un établissement de vente ou de bureaux de renseignement, ainsi
que les charges visées à l’article 9 supportées pour le fonctionnement dudit
établissement ou bureau pendant les trois premiers exercices, peuvent être
admises en déduction pour la détermination du bénéfice net imposable
afférant à ces exercices.
2-Les sommes déductibles des bénéfices par application de l’alinéa précèdent
devront faire l’objet d’un relevé spécial détaillé annexé à la déclaration
annuelle dont la production est prévue à l’article 31 du CGI.
3-Elles seront rapportées par fractions égales aux bénéfices imposables des
trois exercices consécutifs à partir du quatrième suivant celui de la création de
l’établissement ou du bureau.
A1.6 Régime d’imposition des distributions des personnes morales :
Sommes réputées distribuées au Sénégal (art 204 du CGI)
PRINCIPE
A cet effet, l’article 204 dispose : « Sous réserve des dispositions des
conventions internationales, la fraction égale à la moitié des bénéfices réalisés
au Sénégal par les personnes morales étrangères visées à l’article 84 et qui
n’ont pas été réinvestis dans ce pays dans les conditions définies aux articles
232 à 242, est réputée distribuée, au titre de chaque exercice, à des associés
n’ayant pas leur domicile fiscal ou leur siège social au Sénégal.
Les bénéfices visés à l’alinéa précédent s’entendent du montant total des
résultats imposables ou exonérés, après déduction de l’impôt sur les sociétés.
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
11
Les distributions ainsi déterminées font l’objet d’une retenue à la source au
taux de 20%… »
Ne sont à comprendre dans la base d’imposition à soumettre à l’IRVM, et par
suite considérés comme « bénéfices réputés distribués » que « les bénéfices
réalisés au Sénégal par les personnes morales étrangères et qui n’ont pas été
réinvestis dans ce pays dans les conditions définies aux articles 232 à 242 ».
Ces articles précisent les formes que doivent revêtir les investissements de
bénéfices au Sénégal.
DEROGATIONS CONVENTIONNELLES
Les conventions fiscales internationales peuvent prévoir, pour éviter la double
imposition, le principe d’une répartition entre les divers Etats intéressés, des
revenus passibles de l’IRVM. Cette répartition se fait au prorata des bénéfices
comptables réalisés par la société étrangère dans l’ensemble des
établissements stables situés dans l’Etat d’accueil par rapport au bénéfice
comptable total de la société. Ce prorata est appliqué au montant total des
dividendes distribués par la société au titre de l’exercice pour avoir la partie
de ces dividendes devant être soumise à l’impôt dans l’Etat considéré. Dans
ce cas, le taux de la retenue à la source est celui du droit commun.
Voir cas de la convention Sénégal-France (Articles 13- 14 §2)
A1.7 Imposition de revenus de nature BNC versés à des personnes
n’ayant pas de d’installation professionnelles au Sénégal
Voir A.2.2 Imposition des personnes physiques
A1.8 Obligations déclaratives renforcées pour les sociétés étrangères
Obligations générales (art 30 CGI)
Toutes les sociétés sont tenues de déposer leur déclaration de résultat fiscal au
plus tard de la 30/04/N+1 accompagné de leurs états financiers établis selon
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
12
les règles du SYSCOHADA auprès du Guichet unique de dépôt des états
financiers en cinq (5) exemplaires.
Ce dépôt peut se faire par voie électronique. La voie électronique est
obligatoire pour les entreprises inscrites au centre G.
Cas des sociétés étrangères installées au Sénégal (art 31-5 CGI)
En plus des documents requis de toutes personnes morales exerçant son
activité au Sénégal, les entreprises étrangères dont le siège est situé hors du
Sénégal, doivent déposer annuellement un exemplaire de leur bilan général.
Elles sont aussi tenues de fournir, à la demande de l’administration, les copies
des déclarations souscrites dans le ou les Etats nommément désignés ainsi que
les copies des pièces annexées audites déclarations.
Pour les entreprises ne tenant pas une comptabilité permettant de
déterminer le bénéfice réalisé au Sénégal : Détermination de leur bénéfice à
imposer au Sénégal, par répartition de leur résultat global au prorata des
chiffres d’affaires réalisés dans chaque Etat (indication, avec les pièces
justificatives à l’appui des chiffres d’affaires réalisés dans chaque Etat ainsi
que du résultat net à imposer au Sénégal) sur le chiffre d’affaires global.
Cas des groupes de sociétés (art 31 ter du CGI)
Toute personne morale établie au Sénégal est tenue de déposer dans les 12
mois qui suivent suivant la clôture de l’exercice fiscal, par voie électronique
une déclaration pays par pays comportant la répartition du bénéfice selon le
forma de l’administration fiscale du groupe d’entreprise multinationale auquel
elle appartient, et les données fiscales et comptables ainsi que des
renseignements sur le lieu d’exercice des entreprises du groupe, dans les
suivants :
Société consolidante ;
Réalisation d’un CAHT consolidé de plus de 492 milliards de FCFA au
titre de l’exercice précèdent ;
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
13
Comptes combinés ;
Suivant les dispositions de l’article 31-8(pays ayant signé une
convention avec le Sénégal un échange automatique de la déclaration
pays par pays).
A-2 IMPOTS SUR LE REVENU DES PERSONNES PHYSIQUES
A2.1 Notion de domicile fiscal
La convention doit définir le domicile fiscal du contribuable afin de savoir
lequel des Etats partie a le pouvoir principal d’imposition.
Pour les contribuables personnes physiques, la convention peut prévoir une
série de critères qui, logiquement, doivent s’appliquer dans l’ordre suivant :
Le foyer principal d’habitation du contribuable
Le centre des intérêts vitaux du contribuable
Le lieu où le contribuable séjourne le plus souvent
En cas de séjour d’égale durée, dans les Etats contractants, on retiendra
l’Etat dont il a la nationalité.
Il existe à ce niveau une obligation fiscale illimitée (imposition mondiale)
pour le contribuable domicilié ou résident au Sénégal, quelle que soit sa
nationalité, car il est imposé sur l’ensemble de ses revenus de source
sénégalaise comme de source étrangère.
Cependant, le contribuable, non-domicilié ou non résident, est, quelle que soit
sa nationalité, imposable uniquement en raison de ses revenus de source
sénégalaise. Il est donc soumis à une obligation fiscale limitée.
Dans le cadre du droit conventionnel, le Sénégal a opté pour la méthode de
l’exonération ou la méthode de l’imputation (voir élimination de la double
imposition).
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
14
A.2.2 Imposition de revenus de nature BNC versés à des personnes
n’ayant pas de d’installation professionnelles au Sénégal
Principe
En application de l’article 202 du CGI, les rémunérations des prestations non
commerciales, telles que définies dans la catégorie des BNC, fournies ou
utilisées au Sénégal par des personnes ou sociétés qui n’ont pas d’installation
doivent être soumises à une retenue à la source de 25% par les soins du
débiteur. La retenue est calculée sur la somme payée hors taxes diminuée de
20% représentant la déduction forfaitaire des frais professionnels.
- Personnes imposables : quelque soit la qualité du bénéficiaire du revenu,
personne physique ou morale.
- Revenus imposables : Il s’agit de ceux cités à l’article 156-1 et 156-2 CGI :
* l’usage ou la concession de l’usage d’un droit d’auteur sur une œuvre
littéraire, artistique ou scientifique, y compris les fils cinématographiques et
de télévision ;
* l’usage ou la concession de l’usage d’un brevet, d’une marque de fabrique
ou de commerce, d’un dessin ou d’un modèle, d’un plan, d’une formule ou
d’un procédé secret, ainsi que d’un équipement industriel, commercial ou
scientifique ne constituant pas un bien immobilier ;
* la fourniture d’informations ayant trait à une expérience acquise dans le
domaine industriel, commercial ou scientifique.
Droit conventionnel et fiscalité applicable aux redevances :
Le droit conventionnel prévoit l’imposition des revenus dans le pays de
provenance généralement à un taux réduit.
Exemple : Avenant à la convention fiscale entre la France et le Sénégal
conférant le droit d’imposer à l’Etat de provenance desdits revenus et selon sa
propre législation (Article 20 §4 modifié de la convention) au taux maximum
de 15% sans abattement si la personne qui les reçoit en est le bénéficiaire
effectif.
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
15
CHAPITRE III LA FISCALITE INTERNATIONALE ET LES IMPOTS
INDIRECTS
Notons que la TVA, impôt indirect par excellence s’applique sur les
transactions réalisées au Sénégal, quel que soit le lieu d’établissement des
parties. En d’autres termes, la TVA n’est pas visée par le droit fiscal
conventionnel portant sur la non double imposition.
A ce propos, la seule particularité dans le régime de la TVA applicable aux
entreprises étrangères découle des dispositions de l’article 355 du CGI aux
termes desquels, l’assujetti non domicilié au Sénégal, doit accréditer auprès
du service des impôts un représentant chargé de souscrire aux formalités
incombant au redevable de la TVA et d’acquitter la taxe en son nom. A
défaut, la taxe ainsi que les pénalités y afférentes sont réclamées au
bénéficiaire de la prestation établi au Sénégal.
Toutefois la TVA peut impacter certaines opérations à l’international.
A.1 IMPORTATIONS DE BIENS :
Opérations imposables à la TVA ; base taxable : valeur CAF + Droits de
douanes
A.2 EXPORTATIONS DE BIENS :
Opérations non imposables : Exonération d’ordre économique
A.3 PRESTATIONS DE SERVICES RENDUS A L’ETRANGER ET
UTILISES AU SENEGAL
Pour les prestations de services, le lieu d’imposition est situé au Sénégal
lorsque le service y est utilisé ou lorsque le bénéficiaire est installé au
Sénégal.
CHAPITRE IV LA FISCALITE INTERNATIONALE ET LES DROITS
D’ENREGISTREMENTS
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
16
Les actes passés à l’étranger mais translatifs de biens situés au Sénégal
(immeubles, fonds de commerce, meubles corporels ou incorporels) sont
passibles du droit de mutation au Sénégal.
Sous réserves des conventions internationales, les actes translatifs de
propriété, d’usufruit ou de jouissance de biens immeubles situés à l’étranger,
sont obligatoirement soumis à la formalité si les actes sont passés au Sénégal.
Le taux de mutation est de 2%. (Art 472-III-3).
Il faut noter que :
La formalité de l’enregistrement est obligatoire pour les successions de droit
sénégalais ou d'un étranger domicilié au Sénégal portant sur des titres,
créances et, généralement,toutes valeurs mobilières étrangères. Par ailleurs
la formalité d’enregistrement est gratis pour 1es acquisitions et prises en
location p a r un Etat étranger, d'immeubles nécessaires à l'installation et
au fonctionnement de sa mission diplomatique et de son poste consulaire, y
compris la résidence du chef de mission et celle du chef de poste.
CHAPITRE V LA FISCALITE INTERNATIONALE ET LE
CONTROLE DES DECLARATIONS
A.1 DISPOSITIONS GENERALES (ART 568 CGI)
L’administration fiscale contrôle les déclarations des assujettis ainsi que les
actes et documents utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et
redevances. Elle contrôle également les documents déposés en vue d'obtenir
des déductions, restitutions, remboursements, dégrèvements, exonérations ou
d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur
l’Etat.
Sauf dispositions contraires prévues au Code, les contribuables
disposent d'un délai de réponse de trente jours à compter de la date de
réception de la demande ou de la notification de l’administra1tion.
Les agents des Impôts et des Domaines ayant au moins le grade de
contrôleur, peuvent vérifier sur pièces et sur place, en suivant les règles
prévues par le Code, la comptabilité et les documents déposés ou détenus
par les assujettis, permettant d'asseoir et de contrôler les impôts, droits
taxes et redevances visés par la présente loi.
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
17
Ils sont à cet effet, habilités à constater les minorations de droits ou de
base, les déductions abusives et toutes les infractions aux obligations
prévues par le CGI.
Les qualifications données par les assujettis aux opérations et actes
qu'ils réalisent ne sont pas opposables à l'administration qui est en droit
de leur restituer leur véritable nature.
Dans le cadre de l'exercice de son droit de contrôle, l'Administration des
impôts peut adresser une mise en demeure au contribuable pour rappel
des obligations auxquelles il est tenu.
A.2 DISPOSITIONS SPECIFIQUES : CONTROLE SIMULTANE ET
CONJOINT : ART 579 CGI
En matière d'impôts directs lorsque la situation d'un ou plusieurs
contribuables présente un intérêt commun ou complémentaire pour plusieurs
Etats ayant conclu avec le Sénégal une convention de non double imposition
ou une convention particulière, l'Administration des impôts peut convenir
avec les administrations des autres Etats membres de procéder à des
contrôles simultanés, chacune sur le territoire de l'Etat dont elle relève, en
vue d'échanger les renseignements ainsi obtenus.
Il est à noter qu’avant l’engagement d’une des vérifications relatives à :
Vérification de comptabilité (Art 582) ; Examen de la situation fiscale
personnelle (Art 583) ; Contrôle simultané et conjoint (Art 579) ;
l’Administration des impôts doit, sous peine de nullité de la procédure,
adresser ou remettre au contribuable un avis de vérification. Cet avis doit
également, sous peine de nullité, être accompagné de la charte des droits
et obligations du contribuable vérifié. (Art 586)
Les dispositions contenues dans la charte sont opposables à
l’Administration.
L'avis de vérification doit comporter :
a- la nature de la vérification ;
b- la date de la première intervention sur place ou de la première
convocation au titre de l'examen de situation fiscale personnelle ;
c- les périodes soumises à vérification , à moins qu'il ne soit mentionné
que la vérification vise la période non prescrite ;
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale
18
d- les impôts, droits, taxes et redevances soumis à vérification, à
moins que ne soit mentionné le caractère général de la vérification ;
e- la possibilité pour le contribuable die se faire assister par un
conseil de son choix;
f- les pièces et documents nécessaires à l'exercice de la vérification ;
g- les prénoms, noms et signatures des vérificateurs et de leur chef de
service.
Lorsque des mentions prévues n e figurent pas sur l'avis remis au
contribuable, ou lorsque celui-ci comporte des erreurs ou en cas de
changement de vérificateurs, l'Administration des impôts envoie un avis
rectificatif au contribuable concerné. Toutefois, cette possibilité n'est offerte
que durant la procédure de vérification.
Au cours d'un contrôle, l'Administration des impôts peut remettre au
contribuable un avis complémentaire pour vérifier des impôts, droits, taxes,
redevances ou périodes non visés par l'avis initial.
YATTARA Mohamed :prof de fiscalité internationale