TP 6
TP 6
Rappelons ici les définitions de quelques concepts considérés dans les notes de
Shifrin. Cependant, pour bien faire, la définition de surface sera plutôt inspirée du
traitement de do Carmo dans son livre Differential Geometry of Curves and Surfaces,
la figure 1 qui l’accompagne provenant du ce livre.
Il faut noter que malgré cette définition passablement précise, plusieurs abus de lan-
gage s’opèrent en pratique. Par exemple, il est fréquent de parler de “paramétrage”
même si U n’est pas un ouvert, mais qu’on peut le “recouvrir” de façon appro-
priée par des ouverts. Cela se produit entre autres dans l’énoncé de la question 11.
Mentionnons que la condition de classe C 3 n’est incluse ici que pour s’assurer de la
légitimité de certaines constructions que nous considérerons dans quelques semaines.
Figure 1
Dans cette définition, le plan tangent TP M dépend de prime abord du choix des
coordonnées (u, v) sur U ainsi que du paramétrage x considéré. Nous montrerons
néanmoins dans l’exercice 15 de ce solutionnaire que TP M ne dépend pas de ces
choix. Nous pouvons donc dire que le plan tangent est une notion géométrique.
SOLUTIONNAIRE DU TP 6 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 3
v := Dxq (ξ) ,
s’exprime sous forme matricielle
Définition 5. Supposons que M et N soient des surfaces. Elles sont dites locale-
ment isométriques si pour tout point P ∈ M , il existe un ouvert U ⊂ R2 et des
paramétrages réguliers x : U → M et y : U → N tels que P ∈ x(U ) et pour lesquels
les formes fondamentales des deux portions de surfaces sont identiques. Ceci signifie
que pour tout couple (u, v) ∈ U , la forme fondamentale IM évaluée en x(u, v) est
égale à la forme fondamentale IN évaluée en y(u, v). Dit autrement, l’application
f = y ◦ x−1 : x(U ) → y(U ) est une bijection1 préservant les formes fondamentales et
qui préserve dès lors les (courtes) distances.
1Dans une terminologie plus avancée, il s’agit d’un difféomorphisme local de M vers N .
SOLUTIONNAIRE DU TP 6 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 5
2Dans
R
le cadre de la géométrie différentielle moderne, ceci s’écrit aussi simplement x(U )
dV .
6 SOLUTIONNAIRE DU TP 6 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE
RÉPONSE :
a : Nous calculons
Ainsi,
2 1 0
⇒ I(u, v) = a .
0 (sin u)2
b : Nous calculons
Ainsi,
SOLUTIONNAIRE DU TP 6 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 7
RÉPONSE :
Z 2π Z
p 2π Z 2π Z 2π
Aire(x(U )) = 2 2
b (a + b cos u) dudv = b |a + b cos u| dudv
0 0 0 0
Z 2π Z 2π Z 2π
=b |a + b cos u| du dv = 2πb |a + b cos u| du .
0 0 0
Z 2π
Z 2π
Aire(x(U )) = 2πb (a + b cos u) du = 2πb
2πa + b cos u du
0
|0 {z }
=0
2
= (2πa)(2πb) = 4π ab .
c : Posons U = {(u, v) ∈ R2 | u ∈ [u0 , u1 ] , v ∈ [0, 2π]} où [u0 , u1 ] ⊆ [0, π]. Selon les
éléments de théorie présentés au début de ce document, nous avons
Z √
Aire(x(U )) = EG − F 2 dudv
U
Puisque [u0 , u1 ] ⊆ [0, π], nous avons | sin u| = sin u pour tout u ∈ [u0 , u1 ]. Ainsi,
Z 2π Z u1
2
Aire(x(U )) = 2πb (a + b cos u) du = 2πa sin u du
0 u0
= 2πa 2
[− cos u]uu10 2
= 2πa [cos u0 − cos u1 ] .
Lorsque u0 = 0 et u1 = π, ceci donne Aire(S 2 (a)) = 4πa2 , comme il se doit.
[Chapitre 2, p.42, no 5] Montrer que si toutes les droites normales à une surface
M possèdent un point p ∈ R3 en commun, alors la surface est (une portion d’) une
sphère. (Par une droite normale à M en P ∈ M , nous entendons la droite de R3
passant par P et admettant comme vecteur directeur le vecteur normal unité n de
M en P .)
RÉPONSE :
Dans sa formulation, ce problème ressemble beaucoup aux exercices 8 et 9 con-
sidérés lors du TP 3. La solution ci-dessous s’apparente aussi à nos solutions pour
ces anciens exercices. Une autre solution consiste d’ailleurs à appliquer l’exercice
9(a) aux courbes sur la surface M (pensez-y).
Les éléments en jeu étant géométriques, nous pouvons supposer sans perte de
généralité que p est l’origine de R3 . Plus précisément, puisque le vecteur normal
unité à M est calculé à partir des seules dérivées du paramétrage (régulier) x :
U → M ⊂ R3 , nous pouvons translater la surface, c’est-à-dire plutôt considérer
y(u, v) := x(u, v) − p, sans modifier les vecteurs normaux. Ainsi, toutes les droites
normales à la surface y(U ) passent par l’origine de R3 . Nous utiliserons la lettre x
plutôt que y dans ce qui suit.
Pour résoudre le problème, il nous suffit de montrer que la fonction “rayon” R : U →
[0, ∞) : (u, v) 7→ kx(u, v)k2 est une constante. Puisque R est de classe C 1 , il nous
suffit de montrer que sa différentielle dR vaut identiquement 0. De manière tout à
fait générale, la matrice jacobienne (évaluée au point (u, v) ∈ U ) est
∂R ∂R
[(dR)(u,v) ] = (u, v) (u, v) = 2 (x(u, v) · xu (u, v) x(u, v) · xv (u, v)) .
∂u ∂v
Ainsi, pour montrer que R est constante, il suffit de montrer que x(u, v) est partout
perpendiculaire aux vecteurs xu (u, v) et xv (u, v).
Soit (u0 , v0 ) ∈ U fixe, mais arbitraire. Supposons4 pour l’instant que x(u0 , v0 ) 6=
(0, 0, 0). Ainsi, il existe une unique droite entre x(u0 , v0 ) et (0, 0, 0). D’une part, par
construction, il s’agit de la droite de vecteur directeur x(u0 , v0 ). D’autre part, par
hypothèse, il s’agit de la droite de vecteur directeur n(u0 , v0 ) ∝ (xu × xv )(u0 , v0 ).
Ainsi, nous obtenons que x(u0 , v0 ) ∝ (xu × xv )(u0 , v0 ). Par les propriétés du pro-
duit vectoriel, il en résulte que x(u0 , v0 ) est perpendiculaire aux vecteurs xu (u0 , v0 )
et xv (u0 , v0 ). Ainsi, la fonction R est une constante strictement positive dès que
x(u0 , v0 ) 6= (0, 0, 0) ; or, il s’agit d’une fonction continue, donc il n’existe aucun
(u0 , v0 ) tel que x(u0 , v0 ) = (0, 0, 0) (voir note de bas de page).
4Par l’hypothèse de régularité de x et parce que U est un ouvert, un tel point doit exister.
SOLUTIONNAIRE DU TP 6 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 11
RÉPONSE :
=⇒ :
Supposons que x est conforme (au plan). Soient P = x(u, v) un point de la
surface M et xu et xv les vecteurs de TP M usuels. Par la définition 3 du début de ce
document, nous avons que xu = (Dx)(u,v) (û) et que xv = (Dx)(u,v) (v̂). Évidemment,
û et v̂ sont perpendiculaires par rapport au produit scalaire usuel sur U ; la conformité
de x implique donc que xu et xv sont perpendiculaires. Ainsi, pour la notion de
produit scalaire dans TP M , nous avons xu · xv = 0. Cette notion de produit scalaire
est donnée dans la base {xu , xv } de TP M par la forme fondamentale I(u,v) , c’est-à-dire
que si ξ = ξ1 xu + ξ2 xv et χ = χ1 xu + χ2 xv , alors
E F χ1
ξ · χ = I(ξ, χ) = (ξ1 ξ2 ) .
F G χ2
Ainsi, xu · xv = F doit valoir 0 ; la forme fondamentale est diagonale.
Afin de montrer que E = G, considérons le vecteur ĥ := û+ v̂ et le vecteur b̂ := û− v̂.
Par rapport au produit scalaire usuel sur U , les vecteurs ĥ et b̂ sont orthogonaux
(mais pas orthonormés). En conséquence de ceci et de la conformité de x, les vecteurs
0 = H · B = (xu + xv ) · (xu − xv ) = xu · xu − xu · xv + xv · xu − xv · xv
= E − F + F − G = E − G.
⇐= :
Supposons que E ≡ G et que F ≡ 0. Alors pour ξ = ξ1 xu +ξ2 xv = (Dx)(ξ1 û+ξ2 v̂)
et χ = χ1 xu + χ2 xv = (Dx)(χ1 û + χ2 v̂),
E 0 χ1 χ1
ξ · χ = I(ξ, χ) = (ξ1 ξ2 ) = E (ξ1 ξ2 )
0 E χ2 χ2
= E (ξ1 û + ξ2 v̂) · (χ1 û + χ2 v̂) .
En particulier,
√ en prenant ξ = χ dans l’égalité ci-dessus, nous en déduisons que
kξk = Ekξ1 û + ξ2 v̂k. Ainsi, d’une part
avec φ = ∠(ξ1 û + ξ2 v̂, χ1 û + χ2 v̂). En égalisant ces deux relations, nous en déduisons
que cos θ = cos φ. Puisque cette relation est vraie quels que soient ξ1 , ξ2 , χ1 et χ2 ,
que θ et φ dépendent continûment de ces quatre réels et que θ = φ = 0 lorsque
ξ = χ, nous pouvons en déduire que |θ| = |φ| en tout temps. L’ambiguı̈té de signe
est liée à des choix d’orientation des bases, de sorte que nous pouvons poser φ ≡ θ.
En d’autres termes, le paramétrage x est conforme.
RÉPONSE :
u2 + v 2 − 1
2 2 2u 2v
x : R → S (1) : (u, v) 7→ , , .
u2 + v 2 + 1 u2 + v 2 + 1 u2 + v 2 + 1
4 2 2 2 2 2
E = (xu · xu )(u, v) = (−u + v + 1) + (−2uv) + (2u)
(u2 + v 2 + 1)4
4 4
u − 4u2 v 2 − 2u2 + v 4 + 2v 2 + 1 + 4u2 v 2 + 4u2
=
(u2 + v 2 + 1)4
4 4
u + v 4 + 2u2 + 2v 2 + 1 ,
= 2 2 4
(u + v + 1)
ici ici
G = (xv · xv )(u, v) = (xu · xu )(v, u) = (xu · xu )(u, v) = E ,
F = (xu · xv )(u, v)
4
(−u2 + v 2 + 1)(−2uv) + (−2uv)(u2 − v 2 + 1) + (2u)(2v)
= 2
(u + v 2 + 1)4
4
((−u2 + u2 ) + (v 2 − v 2 ) + (1 + 1))(−2uv) + (−2)(−2uv)
= 2
(u + v 2 + 1)4
=0.
Puisque E ≡ G et F ≡ 0, l’exercice 6 résolu précédemment nous assure que x est un
paramétrage conforme (au plan).
[[ Cet exemple est important pour l’analyse complexe. Dans la remarque à la fin de
l’exercice 6, nous avons remarqué que les applications conformes du plan correspon-
dent aux applications holomorphes. La projection stéréographique étant conforme,
il y a des chances que la sphère tienne un rôle subtil en analyse complexe. Le pôle
nord de la sphère peut s’interpréter comme un “point à l’infini du plan complexe”.
Lorsqu’une fonction méromorphe f sur C a un pôle, c’est parfois parce qu’il vaut
mieux penser à f comme à une fonction f : C → S 2 , le pôle n’étant alors que
l’observation que f atteint le pôle nord. La projection stéréographique depuis le
pôle sud est aussi conforme (au plan), par symétrie. Ainsi, en suivant la projection
stéréographique associée au pôle nord, puis l’inverse de celle associée au pôle sud,
nous obtenons une application f : C\{0} → C\{0} qui n’est autre que l’application
anti -holomorphe z 7→ 1/z̄. Ceci dit, cette observation montre que la “multiplication
par i” a aussi un sens “à l’infini du plan complexe”, c’est-à-dire au pôle nord. La
sphère S 2 admet alors, plan tangent par plan tangent, une notion de “multiplication
par i”, cette notion dépendant continûment du point sur la sphère. Nous parlons alors
de la sphère de Riemann. Après le plan R2 , il s’agit de l’espace le plus simple sur
lequel il est possible de faire de l’analyse complexe. Les polynômes complexes C → C
et tous les quotients de ceux-ci (les fonctions rationnelles) définissent naturellement
des applications holomorphes P : S 2 → S 2 . Par opposition, l’exponentielle définie
sur tout C ⊂ S 2 ne s’étend pas au pôle nord. ]]
SOLUTIONNAIRE DU TP 6 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 15
Figure 2
RÉPONSE :
Nous avons vu à l’exercice 6 ci-dessus qu’un paramétrage x est conforme (au plan)
si et seulement si sa première forme fondamentale vérifie E ≡ G et F ≡ 0.
Les coordonnées sphériques usuelles sur la sphère unité donnent lieu à un paramétrage
f : U → V : (u, v) 7→ (f (u), v) .
x(u, v) = (y ◦ f )(u, v) = (sin(π/2 + g(u)) cos v , sin(π/2 + g(u)) sin v , cos(π/2 + g(u)))
= (cos g(u) cos v , cos g(u) sin v , − sin g(u))
xu (u, v) = −g 0 (u) (sin g(u) cos v , sin g(u) sin v , cos g(u))
xv (u, v) = (− cos g(u) sin v , cos g(u) cos v , 0)
Ensuite,
d
g 0 (u) = − cos g(u) , c’est-à-dire −1 = g 0 (u) sec g(u) = (ln(tan g(u) + sec g(u))) .
du
5L’alternative,
à savoir g 0 (u) = cos g(u), n’est pas plus mauvaise, mais ne mène pas tout à fait
au paramétrage recherché par Shifrin.
SOLUTIONNAIRE DU TP 6 - GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE 17
Ainsi, tan g(u) + sec g(u) = Ce−u pour une certaine constante C déterminée par la
condition g(0) = 0 ; √un calcul simple montre que C = 1. Posons w = tan g(u), de
sorte que sec g(u) = 1 + w2 et donc
√ √
e−2u = (w + 1 + w2 )2 = 2w2 +2w 1 + w2 +1 = 2w2 +2w(e−u −w)+1 = 2we−u +1 .
Nous avons donc g 0 (u) = −(cosh u)−1 , c’est-à-dire f (u) = π/2 − 2 arctan tanh u2 .
Nous remarquons finalement que
d u −2e−u tanh0 (u/2)
2 arctan e−u + 2 arctan tanh = +
du 2 1 + e−2u 1 + (tanh(u/2))2
−2e−u 1 − (tanh(u/2))2 −2e−u (eu/2 + e−u/2 )2 − (eu/2 − e−u/2 )2
= + = +
1 + e−2u 1 + (tanh(u/2))2 1 + e−2u (eu/2 + e−u/2 )2 + (eu/2 − e−u/2 )2
−u
−2e 2
= −2u
+ u = 0.
1+e e + e−u
Ainsi, 2 arctan e−u + 2 arctan tanh u2 ≡ constante, à savoir π/2. Bref, f (u) =
2 arctan e−u , comme annoncé. ]]
Puisque cos g(u) = (sec g(u))−1 = (1 + (tan g(u))2 )−1/2 = (1 + (sinh u)2 )−1/2 =
sech u et sin g(u) = cos g(u) tan g(u) = − sinh u sech u = − tanh u, nous avons bel et
bien