Droits de l'Homme et Libertés Publiques
Droits de l'Homme et Libertés Publiques
Par
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Sommaire
Introduction
Bibliographie
Section 1 : Le système des Nations Unies de sauvegarde des droits de l’homme et libertés publiques
Conclusion générale
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Introduction
Le cours dont nous entreprenons l’étude ce jour a pour objet d’une part, l’analyse de
l’intégration dans l’ordre juridique des procédés de consécration et de protection des droits de
l’homme et libertés publiques, d’autre part l’identification desdits droits et libertés. L’importance de
cet enseignement est à la fois académique et pratique. Importance académique dans car,
l’enseignement favorise une liaison entre les diverses matières déjà étudiées même s’il est vrai que
le droit constitutionnel et le droit administratif ont la part du lion dans cette opération. Importance
pratique parce que l’effectivité des droits de l’homme et libertés publiques est très vérifiable et a un
impact direct sur la condition humaine. Au sortir de l’enseignement, l’étudiant devra être capable :
- D’avoir une idée globale et synthétique sur les droits de l’homme et les libertés publiques.
- De développer une réflexion critique sur la situation nationale et internationale des droits de
l’homme et des libertés publiques.
- De connaitre les mécanismes juridiques de garanties et de protection des droits de l’homme
et des libertés publiques
- De prendre conscience de la complexité et de l’universalité des droits de l’homme et des
libertés publiques. Tels sont les objectifs de l’enseignement.
Les mots en question sont les suivants : libertés publiques, droits de l’homme, droits de
l’homme et libertés publiques, droits et libertés fondamentaux. Chronologiquement, la notion
de libertés publiques est la plus ancienne (Elle apparait d’abord au singulier couvrant alors des
aspects de la liberté d’expression comme la réunion, les manifestations et le colportage des
imprimés, mais aussi les droits des citoyens). Sa formulation plurielle est inaugurée en France le 14
janvier 1852 sous le second empire. La formule acquiert son sens contemporain sous la troisième
République à partir de 1880. C’est ainsi que va naitre la tradition républicaine des libertés publiques
suivant laquelle celles-ci n’existent et n’ont de valeur que sur une base légale. En cristallisant cette
tradition le 13 aout 1947, le Conseil d’Etat va classer les libertés publiques en deux catégories :
Que dire des droits de l’Homme ? C’est surtout un pouvoir pour l’individu d’exiger une
action de la part des pouvoirs publics. Les droits de l’homme ne deviennent libertés publiques
que dès l’instant qu’ils sont consacrés par le droit positif. Si toutes les libertés publiques sont
des droits de l’homme, tous les droits de l’homme ne sont pas des libertés publiques.
Qu’entend-on par droits de l’homme et libertés publiques ? Pour répondre simplement, ils
sont une demande à la fois d’abstention (libertés publiques) et d’action (droits de l’homme).
- Ils sont protégés contre le pouvoir exécutif, mais aussi contre le pouvoir législatif alors
que les libertés publiques au sens du droit français, sont essentiellement protégées
contre le pouvoir exécutif.
- Ils sont garantis non seulement en vertu de la loi, mais surtout de la Constitution ou
des textes internationaux ou supranationaux.
- Leur protection nécessite pour être assurée contre les pouvoirs législatif et exécutif, en
application des textes constitutionnels, qu’en soient chargés non seulement les juges
ordinaires, mais aussi les juges constitutionnels et même les juges internationaux. De la
notion de libertés publiques à celle de droits fondamentaux, l’espace normatif s’élargit
sensiblement. Louis Favoreu distingue plusieurs catégories de droits fondamentaux : les
droits-libertés, les droits participation, les droits-créances, les droits-garanties (droit au
juge), le droit à l’égalité. Même s’il est vrai que de nos jours, on utilise généralement le
terme « droits fondamentaux » pour désigner indifféremment toutes les expressions
que nous avons évoquées précédemment, nous continuerons à employer le groupe de
mots droits de l’homme et libertés publiques par souci de cohérence avec l’intitulé de
l’enseignement. Faisons à présent un tour dans le passé.
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A- L’émergence et l’affirmation des droits de l’homme
Commençons par nous interroger sur la généalogie des droits de l’homme (1) avant
d’insister sur son histoire proprement dite (2).
Le concept de droits de l’homme apparait comme juridiquement faible et, plus largement
comme entaché d’une relativité qui a motivé le développement d’autres notions.
Au-delà de leur généalogie, les droits de l’homme ont aussi une histoire, marquée à la fois
de grands noms de la pensée politique et de moments célèbres. Parmi ces noms célèbres, on
peut notamment retenir John Locke. Sa construction accorde une place essentielle aux droits
individuels et à la liberté à travers le développement de ses deux traités sur le gouvernement
civil. C’est à Montesquieu que l’on doit l’affirmation et la démonstration de l’importance
décisive de la séparation des pouvoirs pour la garantie de la liberté politique. Cependant, sa
construction n’intègre pas clairement les droits de chaque homme. Dans le même registre,
Jean Jacques Rousseau, malgré son influence considérable, pourrait ne pas être cité parmi les
auteurs capitaux sur la question, même si la célèbre première phrase de son ouvrage est « né
libre et partout dans les fers ». Le courant des physiocrates, plus souvent mentionné pour ses
travaux économiques, doit aussi être cité (Pierre Paul Lemercier de la Rivière, François
Quesnay). D’autres auteurs célèbres de l’histoire de la littérature se sont, pour leur part, plus
distingués dans la querelle des droits de l’homme par leur engagement personnel que par leurs
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constructions intellectuelles. Citons : Voltaire (François Marie Arouet de son vrai nom avec
l’affaire Calas), D’Alembert, Condorcet (Marie Jean Antoine de …), Diderot, Paine (Thomas. C’est
un anglais auteur de Common sense en 1776).
Explications : C’est l’opposition des grands féodaux à l’autorité monarchique qui se voulait forte,
mais se trouve affaiblie par le discrédit de Jean Sans Terre, régent en l’absence de son frère
Richard Cœur de Lion, qui explique, la concession par le Prince de la Magna Carta.
Par la suite, il y aura la pétition des droits de juin 1628 (adressée à Charles Ier réclamant le
respect du consentement à l’impôt et revendiquant l’importance de certains droits rappelés comme
libertés anglaises traditionnelles limitatives du pouvoir royal, notamment le principe de légalité et
de nécessité des peines et l’essentiel de la liberté individuelle). En 1660, la déclaration liminaire
de Breda souhaite garantir la liberté de conscience jointe à une amnistie générale. L’adoption
de l’Habeas Corpus Act en 1679, permet de jeter les bases, toujours actuelles, des garanties
essentielles de la liberté individuelle prise en la sureté. L’importance des droits essentiels est
affirmée à travers le Bill of Rights de février 1689 dont la supériorité sur la législation
ordinaire et le pouvoir normatif royal est reconnue. En 1701, l’Acte d’établissement sur le
trône de la nouvelle souveraine Anne, réaffirme pour sa part, le devoir de respect des droits et
libertés par la Couronne et le Parlement, et notamment de la liberté religieuse. Décisifs dans
l’histoire politique et juridique britannique, ces textes de références se sont avérés essentiels
dans l’histoire universelle des droits de l’homme, avant tout en tant que source d’inspiration
au moins autant que l’aura été le fameux modèle de Westminster, schéma type du
parlementarisme classique.
Le relais est venu des Etats-Unis. Par la diffusion de la tradition juridique britannique, mais
aussi par les éléments propres de leur histoire politique et intellectuelle, les Etats-Unis ont apporté
une contribution majeure à l’expansion de l’idée des droits de l’homme et des libertés individuelles.
La déclaration d’indépendance des Etats-Unis de juillet 1776, qui proclame la croyance de ses
rédacteurs en une vérité « évidente d’elle-même, que tous les hommes sont crées égaux, qu’ils
sont dotés par leur créateur de certains droits inaliénables, et que parmi ces droits figurent la
vie, la liberté et la recherche du bonheur », en constitue un célèbre exemple.
C’est plus tardivement que la France a apporté sa marque à l’anthropologie des droits de
l’homme. La plus grande contribution française est évidemment la Déclaration des Droits de
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l’Homme et du Citoyen du 26 aout 1789. A travers ses 17 articles, la déclaration de 1789 expose
avant tout une philosophie des droits de l’Homme.
On ne saurait terminer cette brève histoire des droits de l’homme sans évoquer ses
évolutions, jalonnées par trois temps forts. Le premier temps fort est celui de
l’approfondissement caractérisé par l’évolution et la scission de la pensée libérale. En France,
il est possible de distinguer deux tendances principales du courant libéral. La première est celle que
l’on peut qualifier, de libertarienne dans la mesure où, affirmant la souveraineté de l’individu, elle
développe une radicale méfiance à l’égard de l’Etat et de tout phénomène construit ou de tout
ensemble organique comme la Nation, et met très fortement l’accent sur les droits individuels. La
deuxième pourrait être dite de libérale-étatique ou libérale-nationale (Favoreu) et caractérise une
grande partie des grands hommes politiques français habituellement rangés parmi les libéraux
(François Guizot). Adhérant aux fondements individualistes essentiels du libéralisme, elle n’en
écarte ni ne néglige pour autant le rôle de l’Etat et la place de la Nation, de sorte que les droits
individuels occupent une moindre place, quoique toujours importante dans le système de ces auteurs
où l’impression est parfois celle de l’effacement de l’individu. À partir de ces considérations
d’ensemble, l’apport considérable de plusieurs auteurs du XIXe et XXe siècle peut être mis dans sa
perspective et apprécié à sa juste valeur (Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Herbert
Spencer, John Stuart Mill, Hayek). Le deuxième temps fort est caractérisé par un
infléchissement qui lui-même, tout en posant le problème de légalité (certains auteurs ont
surtout marqué l’histoire des droits de l’homme par leur forte contestation de l’ordre de l’ancien
régime et même du projet révolutionnaire, mais aussi des idées libérales attachées à la propriété
notamment, et par leur militantisme égalitariste, précurseur du communisme moderne), et la
question sociale, subit l’influence croissante des courants socialistes non marxistes et
développe de nouveaux droits (droits complémentaires). On ne saurait aussi ignorer le ralliement
catholique et son incidence (dans la présentation de l’évolution de l’idée des droits de l’homme et
de leur contenu, il convient sans doute d’accorder une attention rapide à la question du ralliement de
l’Eglise catholique, dont la doctrine est longtemps demeurée la seule radicalement hostile à la
philosophie classique des droits de l’homme) caractérisé par la levée progressive des oppositions du
Saint-Siège modelant une doctrine catholique des droits de l’homme. Le troisième temps fort est
celui de la diffusion. Ainsi, l’évolution de l’histoire des droits de l’homme, dans ses
développements les plus récents, se caractérise aussi par leur expansion et leur diffusion au-
delà des revendications nationales et de l’aire occidentale. L’internationalisation des droits de
l’homme est sans doute à la fois le signe de leur reconnaissance et la revendication de leur
universalité, tout en traduisant une recherche de la plus grande effectivité. Des systèmes régionaux
ou particuliers de protection sont mis en place.
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1- Le statut juridique des libertés publiques
Le régime des libertés publiques s’illustre premièrement par la place et le rôle de la loi. Le
second élément essentiel du régime des libertés publiques, consiste en l’intervention
privilégiée du juge comme gardien des droits et libertés. La question de la répartition des
compétences juridictionnelles en France en matière de protection des droits et libertés
demeure permanente. Dans les règles et solutions du droit positif, la compétence du juge
judiciaire pour assurer la garantie juridictionnelle de la liberté individuelle se trouve
confirmée. Cette position ressort encore plus nettement en droit camerounais.
Complétant leur régime au sens strict, certaines méthodes et techniques apparaissent en outre
caractéristiques du système des libertés publiques. Ainsi, partant du principe souvent rappelé (CE,
10 aout 1917, Baldy), que la liberté est la règle et la restriction l’exception, le juge applique à la
matière un autre principe, celui de l’interprétation stricte des exceptions, en entendant strictement
toute restriction ou limitation à une liberté et en laissant, conformément à la théorie des libertés
publiques, le monopole d’instauration au législateur. Une telle position emporte par ailleurs des
conséquences sur les techniques d’organisation des libertés, en mettant notamment en lumière la
distinction célèbre entre trois procédés ou ensemble de procédés.
Les libertés publiques ont longtemps pesé, en tant que concept, d’un grand poids dans le
droit public francophone. C’est l’expérience et le progrès de la réflexion qui auront contribué
à en souligner les graves limites. L’émergence et l’enracinement d’un régime général
juridique plus libéral correspondent effectivement à l’expérience juridique française à la fin
du XIXe siècle et de la première moitié du XXe. Malgré sa diversification, ce mouvement
d’ensemble s’inscrit toujours dans un contexte intellectuel où la loi seule parait résumer la
puissance normative dans l’Etat, ainsi que le dogmatise, de la manière, sans doute la plus
élaborée, Raymond Carré de Malberg, et où elle demeure juridiquement incontestable par le
juge ordinaire et en l’absence de mécanisme spécifique de contrôle de constitutionnalité des
lois. Le rapprochement de la pratique française avec les expériences étrangères semble
confirmer la singularité de la démarche de protection normative cantonnée à la loi, même si
on retrouve des situations analogues en Italie et en Belgique.
Deux limites des libertés publiques peuvent être signalées : l’ambiguïté et la faiblesse
normative d’une part, la relativité historique d’autre part. L’essentiel de la difficulté en ce qui
concerne l’ambiguïté et la faiblesse normative réside dans le rôle assigné à la loi dans leur
consécration et leur protection. Ainsi, le passage progressif de «l’Etat de police » à « l’Etat
légal », n’était pas encore l’arrivée au stade de « l’Etat de droit » (M .J Redor). Outre la
faiblesse normative, il convient de relever aussi que la présentation des libertés publiques
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comme phénomène historique s’est trouvée sans doute quelque peu idéalisée par leur
présentation classique. En effet, la doctrine traditionnelle parle volontiers de « l’âge d’or » des
libertés publiques sous la troisième République et se plait à mettre en avant son caractère
avant tout libéral.
Au final, on constate que les libertés publiques protégées par la loi s’avèrent les otages
potentiels ou réels de la politique. Faut-il alors un renouveau des libertés publiques ? Favoreu
affirme que la notion de libertés publiques, sans avoir perdu son sens, semble avoir perdu son
utilité d’où le besoin d’une nouvelle approche conceptuelle, celle des droits fondamentaux.
Toujours selon lui, une partie de la doctrine qui a choisi d’assumer le maintien aux « libertés
publiques » (C.A. Colliard, R. Letteron) semble négliger que le travail entrepris sur les droits
fondamentaux est avant tout conceptuel. Une telle posture reviendrait à nier la possibilité
même d’une théorie des droits fondamentaux comme normes. La démarche pose la même et
durable question méthodologique et épistémologique, niant analyse et dogmatique pour
s’attacher à la seule systématique. Elle soulève aussi la question de la relativité des droits de
l’Homme.
Les droits de l’homme recouvrent des aspirations, couvrent des domaines et expriment des
revendications parfois fort différents (domaines et revendications), formant en définitive un
ensemble dont l’unité catégorielle peut se révéler fragile. Ce sont donc des droits différents
qui ont connu des générations différentes.
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B- La contestation des droits de l’homme
La fragilité des droits de l’homme provient également du fait qu’à rebours d’une
apparente et belle unanimité, et même si elles se sont estompées, existent des oppositions
directes à l’idée même des droits de l’homme telle qu’elle a été peu à peu forgée. Cette
contestation, avant tout idéologique et philosophique, est elle-même disparate. On peut la
résumer en quatre grandes tendances à savoir la contestation contre-révolutionnaire, la
contestation marxiste, la critique personnaliste et la contestation élitiste et autoritaire.
Une autre critique, plus célèbre encore, émane du marxisme et de ses avatars. C’est dans un
écrit de 1843, À propos de la question juive, que Karl Marx (1818-1883), a systématisé le plus
clairement ses objections, par ailleurs présentes dans plusieurs autres ouvrages et découlant des
postulats de sa philosophie. Pour lui, les droits et libertés de la déclaration de 1789 ne sont qu’un
moyen supplémentaire et particulièrement trompeur d’asseoir la domination de la bourgeoisie sur le
prolétariat. L’espace d’expression de ces droits et le terrain de l’émancipation qu’ils garantissent
étant uniquement politiques, sont dissociés faussement le lieu de la véritable confrontation des
intérêts, celui de la production et de la société civile. L’individualisme fondamental des droits
classiques est l’objet particulier d’une telle critique, et tout spécialement, bien sur, le droit de
propriété. Le caractère fallacieux des droits et libertés classiques se trouve par ailleurs mis en avant.
Pour Marx, la liberté n’a pas de sens sans les possibilités de son exercice effectif et la disposition
des conditions de réalisation de l’émancipation. Prenant l’exemple de la liberté de presse, il
distingue entre les libertés formelles, les « fausses libertés bourgeoises », et les libertés réelles,
celles formulées et organisées de telle manière que chacun, par les moyens mis à sa disposition,
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peut effectivement les exercer, et qui sont indissociables du combat de la justice sociale et
inconcevables hors d’une conception holiste.
On doit relever que d’autres courants doctrinaux, très différents du marxisme, ont parfois
concouru dans la critique de la démocratie libérale « bourgeoise » et des droits qu’elle proclame et
garantit. C’est le cas de la critique personnaliste. Emmanuel Mounier (1905-1950), théoricien du
personnalisme, décrie le capitalisme et l’affadissement et l’avilissement de l’esprit résultant de
l’avènement universel de la bourgeoisie sous toutes ses formes, contestant également l’idée de
souveraineté populaire et l’égalitarisme (qui aboutit à nier la valeur individuelle de chaque
personne) et prônant une démocratie organique personnaliste et un nouveau système économique
qui assurerait à la fois le primat du travail sur le capital et la juste récompense par le profit de
l’apport et du travail du possesseur du capital dans l’entreprise, dans une économie mixte.
La quatrième tendance contestatrice est celle qualifiée de contestation élitiste et autoritaire. Pour
Friedrich Nietzsche (1844-1900), la véritable humanité tient au plein épanouissement du désir de
vivre et de l’instinct vital de l’individu. Dans l’approfondissement du Moi de celui-ci, qui est son
émancipation progressive, ceux nés pour être chefs doivent exalter leur instinct et leur volonté de
puissance. Dès lors, le philosophe condamne toute fausse entrave morale (en particulier la morale
chrétienne) et toute construction du type de la démocratie libérale représentative. Il n’y a là, selon
lui que prétextes à entraver l’élan vital en imposant une fallacieuse considération pour les plus
faibles et, à terme, leur domination, notamment à travers les idées d’égalité des droits ou de pitié
pour les pauvres. Le fascisme et le national-socialisme ont développé la même critique, avant tout
dirigée contre la démocratie parlementaire et le libéralisme. Toutefois, seul le fascisme originel
(essentiellement avant 1926 et l’adoption du premier train législatif vraiment fasciste) s’est montré
aussi radicalement individualiste que l’était Nietzsche : fascisme institutionnel et nazisme reposent
au contraire sur une conception holiste et totalisante, opposée par essence autant que par principe
aux droits de l’homme.
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Compte tenu de la densification de la matière et du souci de clarté pédagogique,
l’articulation de l’enseignement se présentera suivant une architecture classique, respectant la
logique binaire. Au bénéfice de ces observations, il sera donc question dans un premier temps,
d’étudier la théorie générale des droits de l’Homme et libertés publiques (Première partie) ;
dans un second temps, d’étudier aussi bien l’identification que la sauvegarde desdits droits et
libertés (Seconde partie).
Il est question dans cette partie de notre enseignement d’étudier les procédés d’intégration et
de protection des droits de l’homme et des libertés publiques dans divers systèmes juridiques. L’une
des premières questions suscitées par toute théorie générale des droits de l’homme et des libertés
publiques est de savoir à quels niveaux juridiques se situe leur reconnaissance (On considère
généralement aujourd’hui que cette consécration doit être opérée au niveau de la norme juridique
supérieure c’est-à-dire par la Constitution elle-même). Une autre question suscitée par toute théorie
générale en la matière est celle de savoir comment les droits consacrés sont protégés. Les réponses à
ces deux questions constituent les deux chapitres de notre première partie. Autrement dit, nous
étudierons d’une part les garanties des droits de l’homme et des libertés publiques (Chapitre I),
d’autre part leur protection (Chapitre II).
Parler de garanties des droits de l’homme et des libertés publiques revient encore à voir les
différents instruments qui les encadrent. Ces instruments peuvent être intégrés dans les textes
internationaux de portée universelle ou régionale. Les textes en question peuvent aussi être
nationaux. Autrement dit, les garanties des droits de l’homme sont internationales (Section I) ou
nationales (Section II).
On parle encore de garanties supranationales car leur espace d’expression est au-delà de
celui national. Le champ spatial d’application de ces textes ne se limite pas au territoire d’un seul
État. L’espace en question peut concerner tout le globe ou une partie plus vaste qu’un État. Ainsi,
les garanties internationales des droits de l’homme et des libertés publiques peuvent être soit
universelles (Paragraphe I) soit régionales (Paragraphe II).
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Paragraphe I : Les garanties universelles
La première garantie universelle des droits de l’homme se trouve dans le cadre de l’ONU.
Membre de cette organisation, le Cameroun doit en respecter la Charte. Il est par ailleurs
moralement engagé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.
Ces deux instruments sont peu contraignants (A). D’autres par contre, le sont plus (B).
Comme déjà signalé, il s’agit de la Charte de l’Organisation des Nations Unies (1) et de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (2).
1- La Charte de l’ONU
Elle a été proclamée le 10 décembre 1948 à Paris au Palais Chaillot, toujours dans le cadre
de l’ONU, par 48 voix et 8 abstentions (URSS, Pays de l’Europe Orientale, Afrique du Sud et
Arabie Saoudite), ce qui nous renvoie au droit des Organisations Internationales et à la valeur
juridique de certains actes de ces organisations. Dans le droit des Nations Unies, il faut faire une
distinction claire entre les actes de l’Assemblée générale et ceux du Conseil de Sécurité. Si toutes
les décisions du Conseil de Sécurité qu’on appelle communément résolution ont un caractère
obligatoire et s’imposent de ce fait à tous les États, tel n’est pas le cas des décisions de l’Assemblée
Générale. Et s’il s’agit en plus d’une déclaration, la valeur juridique n’est pas obligatoire. On est en
présence d’un droit non contraignant sur l’aspect juridique, mais très contraignant sur le plan moral.
Elle est donc un guide pour la politique des gouvernements. Elle est aussi un phare pour l’espoir des
peuples, une plate-forme pour l’action des associations nationales de caractère civique (René
Cassin). La situation est diamétralement opposée dans les autres cas que nous étudierons.
Pour donner force obligatoire à la Déclaration universelle de 1948, furent adoptés par
l’Assemblée Générale de l’ONU, le 16 décembre 1966, et ouverts à la signature le 19 décembre de
la même année, deux pactes internationaux, l’un relatif aux droits civils et politiques, l’autre relatif
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aux droits économiques, sociaux et culturels. Ces deux pactes ratifiés et publiés par de nombreux
États, sont incorporés à leurs droits internes et ont, en conséquence, une autorité supérieure à celle
des lois internes dans la plupart des cas (monisme avec primauté du droit international).
Explications : Le Comité des droits de l’homme est entré en vigueur le 1er janvier 1977. Il
est composé de 18 experts indépendants élus pour 4 ans et rééligibles par les États parties. La mise
en œuvre du second pacte du 19 décembre 1966 relatif aux droits économiques, sociaux et culturels
ressort du Conseil Économique et Social de l’ONU (On y reviendra au niveau de la sauvegarde des
droits de l’homme).
Elles sont bien nombreuses et consacrent aussi bien les droits de l’homme en général que ceux de
l’enfant et de la femme en particulier. De façon arbitraire, on citera :
Elles sont bien nombreuses. On insistera uniquement sur les garanties européennes (A) et
africaines (B).
On peut les classer en deux blocs à savoir les garanties du Conseil de l’Europe d’une part (1)
et les garanties de l’Union Européenne d’autre part (2).
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1- Les garanties du Conseil de l’Europe
On dénombre une trentaine d’instruments de garanties des droits de l’homme dans le cadre
du Conseil de l’Europe. La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (signée à Rome, entrée en vigueur le 3 septembre
1953), bien qu’elle soit la plus importante des textes, ne garantit guère de droits nouveaux par
rapport à ceux proclamés déjà par les États qui y ont adhéré. Elle mentionne les droits individuels
classiques, à l’exclusion des droits économiques et sociaux dont la garantie concrète est plus
difficile à assurer. La convention de 1950 a le mérite de mettre en place un système de contrôle
particulièrement original et réellement supranational.
Elles se concentrent autour de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. On
évoquera son adoption (1) avant son particularisme (2).
Adoptée à l’unanimité le 28 juin 1981 à Nairobi par l’Assemblée des Chefs d’États et de
Gouvernements de l’Organisation de l’Unité Africaine, la Charte Africaine des Droits de l’Homme
et des Peuples insiste notamment sur le droit au développement. Cette Charte est entrée en vigueur
le 21 octobre 1981 et a été ratifiée par la majorité absolue des États africains. Si l’Organisation de
l’Unité Africaine a cédé la place en juillet 2002 à l’Union Africaine, la Charte est demeurée en
vigueur avec son particularisme.
Sur le plan national, on considère généralement aujourd’hui, que la consécration des droits
de l’homme doit être opérée au niveau de la couche de normes supérieure, c’est-à-dire par la
Constitution elle-même (Paragraphe I). Cependant, les apports du législateur et de l’administrateur
ne sont pas négligeables (Paragraphe II).
Partant de la théorie des deux Constitutions du Doyen Hauriou, la question des garanties
constitutionnelles des droits de l’homme et des libertés publiques n’a pas souvent eu le même
retentissement selon qu’on évoque la constitution sociale (A) ou la constitution politique (B).
A- La constitution sociale
La Constitution sociale renferme généralement une déclaration des droits, libertés et devoirs
des individus. Autrement dit, c’est le lieu d’énonciation, mieux de consécration des droits de
l’homme et des libertés publiques. Elle précède la Constitution politique. Au Cameroun, on décèle
deux types de proclamations ou consécrations des droits de l’homme dans la Constitution sociale.
D’une part, on a la proclamation-adhésion (Le peuple camerounais proclame solennellement son
attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme, la Charte de Nations Unies, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et
toutes les conventions internationales y relatives et dûment ratifiées…). D’autre part, on a la
proclamation-énumération des droits et libertés que le Cameroun doit respecter (les droits civils et
politiques, les droits économiques et sociaux, les droits culturels, les droits de solidarité…). La
valeur juridique de la Constitution sociale a souvent été à l’origine de controverses doctrinales.
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préambule fait partie intégrante de la Constitution ». Désormais, la Constitution sociale a la même
valeur juridique que la Constitution politique.
B- La Constitution politique
Présentons sommairement la Constitution politique (1) avant de voir son contenu (2).
La Constitution politique est celle qui traite du pouvoir de l’État au sens propre. On l’appelle
communément le dispositif ou corpus de la Constitution. Elle est constituée de titres, chapitres et
articles. C’est elle qui organise horizontalement les pouvoirs entre les gouvernants dans les régimes
libéraux, lesquels régimes peuvent épouser la formule rigide (régime présidentiel) ou souple
(régime parlementaire). La constitution politique peut aussi, selon les cas, organiser verticalement
l’État (décentralisation). La valeur juridique de la Constitution politique ne pose pas de problèmes.
Aussi convient-il de voir son contenu en relation aux droits de l’homme.
Qu’elle soit sociale ou politique, la Constitution, norme supérieure ne saurait à elle seule
garantir les droits de l’homme et libertés publiques. Penser ainsi, serait ignorer l’apport du
législateur et de l’administrateur. Les normes infra-constitutionnelles ont donc leur place dans la
garantie des droits de l’homme.
Certains auteurs parlent plutôt d’aménagement des droits de l’homme et des libertés
publiques au niveau infra-constitutionnel. Trois techniques sont généralement utilisées pour ce qui
est des garanties infra-constitutionnelles à savoir le régime déclaratif, le régime de l’autorisation et
le régime répressif. On insistera uniquement sur les normes infra-constitutionnelles c’est-à-dire pour
ce qui est de l’apport du pouvoir législatif (A) et de celui du pouvoir exécutif (B).
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1- La règle : la loi comme norme infra-constitutionnelle de référence en matière de droits de
l’Homme
En tant qu’elle exprime la volonté générale et impersonnelle selon Carré de Malberg, la loi
constitue la norme de référence, d’aménagement des droits en libertés. Elle est donc la norme
pertinente pour aménager les droits et libertés. Partant de là, on peut s’interroger sur l’étendue de la
compétence du législateur. La Constitution réserve à la loi une compétence exclusive en matière
d’aménagement des droits et libertés fondamentaux en interdisant au législateur de s’en séparer au
profit d’autres organes. On parle de réserve de loi. Cependant, il n’est pas exclu que le pouvoir
réglementaire intervienne dans l’aménagement des droits de l’homme et des libertés publiques.
Qu’elles soient internationales ou nationales, il demeure constant que pour respecter l’état de
droit, ces garanties doivent souvent être mises en pratique par des organes juridictionnels ou non,
indépendants et rigoureux, contrôlant davantage l’administration en période exceptionnelle. C’est ce
qui justifie la protection des droits de l’homme et des libertés publiques.
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CHAPITRE II : LA PROTECTION DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS
PUBLIQUES
Parler de protection des droits de l’homme et des libertés publiques revient à reconnaitre que
les gouvernants c’est-à-dire le législateur et l’administrateur peuvent mal faire. Ainsi, leur activité
doit être contrôlée. Et à partir du moment où elle se déploie contrairement au droit, elle doit être
frappée d’invalidité par le titulaire du pouvoir de contrôler et réguler la vie en société : le juge. Il
existe aussi des sanctions qui interviennent en dehors de toute procédure juridictionnelle. Ces
sanctions sont l’œuvre de personnes réagissant spontanément à l’action liberticide des pouvoirs
publics.
De tout ce qui précède, on constate que la protection des droits de l’homme et des libertés
publiques peut épouser deux formes. Elle peut être juridictionnelle (Section I) ou non
juridictionnelle (Section II).
Il est clair que les menaces les plus sérieuses aux droits de l’homme et aux libertés publiques
sont principalement les œuvres du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Il suit de là que la
protection des droits de l’homme contre ces deux branches du pouvoir implique l’intervention du
juge qui peut être constitutionnel (Paragraphe I) ou ordinaire (Paragraphe II).
Deux modèles retiendront notre attention : le modèle américain d’une part (1) et le modèle
français d’autre part (2).
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2- Le modèle français de contrôle constitutionnalité des lois
Le Cameroun s’est inspiré du modèle français de contrôle de constitutionnalité des lois. Pour
mieux comprendre le modèle camerounais, il convient de procéder par étape en étudiant dans un
premier moment le contrôle d’avant 1996 (1) et dans un second moment le contrôle d’après 1996
(2).
Si on peut rechercher les éléments de justice constitutionnelle aussi bien pendant la période
fédérale que pendant la période unitaire, on doit malheureusement conclure que le fonctionnement
du contrôle de constitutionnalité pendant lesdites périodes est caractérisé par la paralysie, toute
chose qui ne contribue pas à la protection des droits de l’homme et des libertés publiques.
22
problématique de la juridiction qu’on peut qualifier de politisation masquée et une action en
constitutionnalité hypothéquée par une extrême fermeture de cette juridiction. (La composition de la
juridiction constitutionnelle faisait problème en raison de l’ambivalence de la qualité de juge constitutionnel. L’article
33 de la Constitution du 02 octobre 1972 et bien avant cela l’article 34 de la Constitution du 1 er septembre 1961,
dispose en effet lorsque la Cour est appelée à siéger en matière constitutionnelle, elle comprend outre les membres
titulaires, un nombre égal aux membres titulaires de personnalités désignées en raison de leur compétence et de leur
Quant à l’attitude contestable des
expérience pour une période d’un an par le président de la République ).
juges camerounais, elle peut se résumer dans le refus de ces derniers de contrôler la
constitutionnalité des lois par voie d’exception. Ce refus était fondé sur une interprétation restrictive
des dispositions et des règles de compétence en la matière. L’exception d’inconstitutionnalité n’était
guère recevable devant le juge judiciaire, qu’il soit civil ou répressif (Cour d’Appel de Garoua, 05
mai 1973 affaire dite des bandits de coffre-fort. Rétroactivité de l’ordonnance. Le juge répressif
refusa de statuer en déclarant qu’au Cameroun, le juge répressif n’est pas juge de la
constitutionnalité des lois). La position du juge administratif n’était pas différente de celle de son
homologue judiciaire (Affaire Item Mouelle Koula et Affaire Moungolo Doumbissi c/ État du
Cameroun). Les choses ont-elles évolué avec la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 ?
Au final, on se rend à l’évidence que si de 1961 à 1996, la protection des droits de l’homme
et des libertés publiques par le juge constitutionnel était lacunaire, le constituant de 1996, a apporté
des solutions à ce problème. L’effectivité du Conseil constitutionnel qui ne saurait plus tarder ne
pourra que renforcer cette protection. Elle galvanisera aussi certainement l’action du juge ordinaire.
Il est question de voir comment le juge protège les droits de l’homme et les libertés
publiques contre les atteintes de l’administration. On étudiera d’une part la protection par le juge
judiciaire (A), d’autre part la protection par le juge administratif (B).
Il convient de voir d’abord l’étendue de la protection (1) avant son efficacité (2).
23
1- L’étendue de la protection
Historiquement, le juge judiciaire a toujours été considéré comme le meilleur gardien des
droits de l’homme contre les abus de l’administration. Sa compétence en la matière est affirmée à
deux niveaux.
En premier lieu, les agents publics coupables des atteintes aux droits de l’homme sont
traduits devant les tribunaux judiciaires. Par ailleurs, les tribunaux judiciaires sont compétents pour
se prononcer par voie d’exception sur la légalité des règlements administratifs servant de base à
l’acte administratif litigieux. (Il reste qu’ils ne pourront pas annuler ces règlements, l’annulation
étant du ressort exclusif du juge administratif).
En second lieu, le juge judiciaire est compétent en ce qui concerne les rapports de
l’administration avec les particuliers, aussi bien en cas d’existence d’une faute personnelle de
l’agent (Ici, le juge judiciaire est compétent pour sanctionner l’agent public au titre de sa responsabilité civile
personnelle à condition que cette faute soit dépourvue de tout lien avec le service public) qu’en cas d’existence
d’une faute de l’administration. Dans cette dernière hypothèse, le juge judiciaire est compétent
quand l’action administrative constitue par elle-même une atteinte aux droits de l’homme et aux
libertés publiques. L’emprise et la voie de fait constituent les illustrations marquantes de
l’intervention du juge judiciaire pour protéger les particuliers contre les atteintes de
l’administration, l’efficacité de cette intervention méritant d’être étudiée.
2- L’efficacité de la protection
Nous examinerons cette protection par rapport à son étendue (1) et à son efficacité (2).
1- L’étendue de la protection
La protection de la juridiction administrative porte sur les actes administratifs qu’ils soient
individuels ou non. Le juge administratif exerce donc sur ces actes un contrôle de légalité et de
responsabilité. Ledit contrôle est exercé sur les règlements d’application des lois, sur les règlements
autonomes et même sur les ordonnances. On remarque ainsi une certaine tendance claire à la
soumission des actes administratifs au contrôle du juge. Encore faut-il s’interroger sur l’efficacité
de la protection effectuée par le juge administratif.
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2- L’efficacité de la protection
Aujourd’hui, les choses ont évolué. Le juge qu’il soit constitutionnel ou ordinaire, en vertu
de sa mission de contrôle et de régulation, doit constituer un contrepoids face aux actions
liberticides du législateur ou de l’administration. Mais pour que le juge puisse sanctionner les
agissements du contraire aux principes républicains, il faut déjà qu’il soit saisi. Pour le dire
autrement, il faut que des recours soient intentés. Les titulaires des droits à protéger par le juge
doivent le saisir, limitant de la sorte la protection non juridictionnelle.
On la qualifie encore de protection politique. Elle apparait comme des possibilités mises à la
disposition des individus et leur permettant de s’élever contre la violation de leur liberté. On
distingue la protection non juridictionnelle défensive (Paragraphe I) de la protection non
juridictionnelle offensive (Paragraphe II).
Dans cette configuration, les individus qui estiment que leurs droits sont violés, peuvent
s’élever contre ladite violation de deux manières. Ils peuvent refuser d’obéir (A) ou résister à
l’oppression (B).
A- Le refus d’obéissance
Dans la société, le respect du droit est un principe cardinal pour que la vie soit harmonieuse
entre les individus. Seulement il se pose un sérieux problème lorsque la règle de droit à respecter est
considérée par l’individu qui doit la respecter comme injuste. En mettant en avant sa conscience, ce
dernier peut refuser d’obéir à la règle de droit. Agissant de la sorte, l’individu transpose le problème
sur le terrain de la morale, le transformant en problème de valeur. En d’autres termes, l’individu fait
prévaloir la règle morale sur la règle de droit sans pour autant remettre en cause la légitimité du
pouvoir qui a établi cette règle. Il faut aussi souligner que l’insoumission personnelle est tolérée,
mais pas l’insubordination concertée et collective. Cela revient aussi à dire que l’individu qui refuse
de respecter, pour des raisons morales, la règle de droit ne saurait le faire que de manière passive.
Ceci n’est exactement pas le cas de la résistance à l’oppression.
B- La résistance à l’oppression
« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Une interprétation de cette
déclaration du Christ nous permet d’affirmer la condamnation implicite de la résistance au pouvoir
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temporel par les saintes écritures. Pour le dire autrement, les saintes écritures prônent le devoir
d’obéissance au pouvoir temporel. Cette position de l’Eglise n’a pas toujours été constante. En
effet, le devoir d’obéissance prôné par les saintes écritures sera soutenu par l’Eglise selon les
circonstances et ses intérêts. (L’Eglise va évoquer le droit de résistance dans sa propre lutte contre les princes
laïcs qui s’opposaient à elle. Et une fois qu’elle fut définitivement associée au pouvoir des monarques, l’Eglise prônera
de nouveau la soumission au pouvoir temporel, pour ensuite changer d’attitude une fois que l’Etat revendiquera sa
laïcité c’est-à-dire son indépendance vis-à-vis de la Religion).
Parler de protection non juridictionnelle offensive des droits de l’homme et des libertés publiques,
revient à évoquer la notion de révolution (A) avant de présenter l’interminable débat autour d’elle
(B).
A- La notion de révolution
Quand l’oppression devient insupportable, surgit en l’homme un désir de mettre fin à cette
oppression. Ce désir peut se matérialiser de manière pacifique, sans remettre frontalement en cause
l’ordre juridique établi. Il peut aussi se matérialiser en remettant en cause l’ordre juridique établi, en
œuvrant de manière violente pour le changement de cet ordre juridique. Les individus ne se
reconnaissant plus dans leurs institutions ou en leurs gouvernants, ils décident de faire table-rase, de
repartir sur des nouvelles bases. Ils décident d’affronter les foudres du pouvoir, de le renverser et
ce, généralement de manière violente (certains vous parlerons de révolution non violente, mais il est
très difficile de faire les omelettes sans casser les œufs) : c’est la révolution entendue comme le
changement de l’ordre social par la violence. Les situations vécues ces dernières années en Afrique
du Nord (le printemps arabe) et tout dernièrement en Ukraine nous font comprendre que ce mode de
changement d’ordre ne s’étudie pas seulement dans les manuels d’histoire. La révolution est-elle
souhaitable ? Est-elle un fait ou alors un phénomène juridique ?
Ce qui est constant, c’est le mystère de la révolution. Les deux questions centrales posées
plus haut ne trouvent pas de réponses convergentes aussi bien de la part de la doctrine classique que
de la part de l’homme de la rue.
26
De prime abord, la révolution est un pur fait. Elle n’est pas un phénomène juridique. La
doctrine positiviste admet qu’une révolution est un processus violent accompli en dehors de toute
procédure juridique. Comment comprendre alors qu’une action violente menée en dehors du droit et
contre le droit puisse abolir l’ordre juridique établi, que la force brutale crée un nouvel ordre
juridique ? Selon le professeur Jacques Robert de l’Université de Paris II, la réponse à cette
question peut être trouvée dans le fait que la révolution, lorsqu’on examine son mécanisme, n’est
pas seulement un pur fait, elle est aussi dans nombre de ses aspects, un phénomène juridique.
Au final, si la révolution est désirable, elle ne sera pas toujours souhaitable. Il faut s’investir
pour faire avancer les droits de l’homme et les libertés publiques. Mais il faut le faire en ayant à
l’esprit de préserver les acquis. Karl Marx disait que le progrès se fait par bond, ce qui est bien
différent de la table-rase qui caractérise la révolution. Il faut donc avancer en empruntant les voies
les moins dangereuses, même si c’est à partir des révolutions que l’individu a pu bénéficier d’un
certain nombre de droits de l’homme et de libertés publiques. Après avoir étudié les mécanismes de
leur garantie et de leur protection, il faut à présent les identifier et voir comment ils sont
sauvegardés.
27
SECONDE PARTIE : L’IDENTIFICATION ET LA SAUVEGARDE DES DROITS DE
L’HOMME ET DES LIBERTÉS PUBLIQUES
Si les précédents chapitres ont éclairé notre lanterne sur comment les droits de l’homme et
les libertés publiques sont garantis et protégés, il s’agit à ce stade de l’enseignement de préciser les
contours des droits et libertés en question. On analysera lesdits droits et libertés par leur importance
pour le développement de la démocratie. Il s’agit aussi de voir la contribution des acteurs non
étatiques à la construction et à la consolidation de l’État de droit. Cette contribution est aussi bien
internationale que nationale, ce qui confirme le mouvement d’universalisation des droits de
l’homme et des libertés publiques.
Au bénéfice de ces observations, le travail à faire dans cette deuxième partie de notre
développement consiste à identifier d’abord les droits de l’homme et les libertés publiques
(Chapitre I) avant d’étudier leur sauvegarde (Chapitre II).
Louis Favoreu qui parle de « droits protégés », estime qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que
certains puissent penser que l’énumération des droits et libertés ressemble à un inventaire à la
Prévert, (dès lors qu’ils ignorent les éléments de théorie générale des droits de l’homme dont la
vertu est justement de donner une cohérence à l’ensemble de ces droits). Au-delà de cette
affirmation, ce qui est constant est le fait qu’il n’est pas possible de prétendre à l’exhaustivité du
moment où le champ des droits de l’homme et des libertés publiques reste par nature ouvert. On
peut classer ces droits en se fondant sur la chronologie. Ainsi on parlera de droits de première
génération, de deuxième, troisième voir quatrième génération. À cette classification intéressante,
nous préférons celle qui consiste à distinguer les droits et libertés physiques (Section I) des droits et
libertés intellectuelles et relationnelles (Section II).
Ce sont les droits qui permettent aux individus de s’épanouir, ou encore de réaliser leur
destinée personnelle. Si Jean Rivero parle de pouvoir d’autodétermination, Jean-Marie Pontier
quant à lui, parle de libertés de l’être humain. En ce qui nous concerne, nous envisagerons l’étude
des droits et libertés physiques sous un double aspect. Nous présenterons d’abord les droits et
libertés physiques essentiels (Paragraphe I) avant de voir les autres droits et libertés physiques
(Paragraphe II).
On qualifie certains droits de l’homme et libertés publiques d’essentiels parce qu’ils visent à
garantir la vie et l’intégrité personnelle. On peut les classer en trois blocs : La sureté personnelle
(A), le droit au respect de la personnalité (B) et la liberté d’aller et venir (C).
28
A- La sureté personnelle
3- La présomption d’innocence
Il s’agit ici de tabler sur le droit à la vie (1), celui de disposer de son propre corps (2), le
droit à la différence (3) et celui au respect de l’intégrité physique (4).
1- Le droit à la vie
Jean-Marie Pontier parle de la liberté de la personne devant la vie. Notre époque voit
s’affirmer progressivement la maitrise des mécanismes de la vie. Cela soulève de nouvelles
questions éthiques, mais aussi la reconnaissance de nouvelles libertés en ce qui concerne aussi bien
l’accueil de la vie que l’interruption de la vie.
Pour ce qui est de l’accueil de la vie ou du don de la vie, ou encore du droit à la vie, il se
présente sous deux aspects : le droit de vivre (Si ce droit est fortement reconnu, certaines actions de
purification ethnique sont malheureusement à déplorer) et le droit de donner la vie, lequel a connu
en quelques années, de rapides et spectaculaires développements en raison des progrès accomplis
dans le domaine de la procréation médicalement assistée. Deux techniques permettent désormais de
répondre à la demande de personnes qui désirent un enfant hors des relations sexuelles :
l’insémination artificielle et la fécondation in vitro. (L’insémination artificielle de la femme est
pratiquée à l’aide du sperme du conjoint ou du concubin et là c’est l’insémination intraconjugale.
L’insémination peut aussi se faire à l’aide du sperme d’un donneur et là on parle d’insémination
avec donneur. Ce dernier cas soulève de nombreux problèmes juridiques. Quant à la fécondation in
vitro, elle s’effectue, comme son nom l’indique, hors de l’utérus avec transfert d’embryons. Cette
technique soulève le problème du statut juridique de l’embryon).
30
3- Le droit à la différence
La différence dont il est question ici est relative à l’orientation sexuelle. En d’autres termes,
il s’agit d’évoquer la question de l’homosexualité et de la transsexualité.
L’homosexualité est le fait d’entretenir des relations sexuelles avec une personne du même
sexe. On peut le dire sans risque de se tromper, c’est une inversion de l’instinct sexuel. Cette
situation est même considérée par certains comme une infirmité, voir une maladie puisque allant
contre tendance. Naturellement, le masculin doit s’accoupler avec le féminin. L’homosexuel est
celui ou celle qui a une affinité sexuelle pour les personnes de son sexe. Dans certains pays
occidentaux comme la France et l’Angleterre pour ne citer que ceux-là, l’homosexuel a réussi à
sortir de la clandestinité. Le législateur lui a reconnu son droit à la différence. Un homme s’il le
veut peut même épouser un homme, adopter les enfants. Une femme si elle le désire, peut convoler
en juste noce avec une autre femme, avoir même des enfants. Dure peut être la loi, bizarre peut être
la loi, mais la loi c’est la loi. Cependant, il convient de souligner qu’à ce rythme, on pourrait se
retrouver en occident, et ceci dans moins d’un siècle, dans une configuration où l’homme réclamera
son droit de s’accoupler avec les animaux (zoophilie). (Pour ne pas arriver à cette situation
dramatique, le législateur camerounais, en s’appuyant sur les particularismes africains doit
persévérer dans son refus de reconnaitre le droit des homosexuels).
Par cette disposition, le constituant camerounais condamne fermement toute atteinte illégale
à l’intégrité physique. Dans un premier temps, il interdit absolument de soumettre un individu à la
torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il est également interdit de
mener toute expérience médicale ou scientifique sans avoir obtenu le consentement préalable de la
personne. Dans un second temps, il interdit absolument l’esclavage, la servitude et le travail forcé.
31
Mais il existe des situations d’atteintes légales à l’intégrité physique. Elles sont de deux
ordres à savoir les atteintes infligées aux individus à des fins d’ordre public et celles décidées pour
des besoins de santé publique. La plus grave atteinte infligée à l’individu à des fins d’ordre public
est la peine de mort. Si certains pays ont aboli la peine de mort, d’autres la pratiquent encore malgré
l’adoption de la résolution 36/59 de l’Assemblée générale de l’ONU. On parle de mort à froid car,
c’est une atteinte décidée par une loi. Cette atteinte ne pourra être décidée que par un tribunal
compétent, se fondant strictement sur une loi et pour des infractions bien déterminées et limitées. La
mort à chaud peut aussi être infligée dans le cas de mesures de maintien de l’ordre, c’est-à-dire la
protection des personnes et de leurs biens, la répression d’une émeute, la lutte contre le grand
banditisme (les braqueurs d’écobank seront fusillés) etc. Agissant dans ce domaine, les forces de
l’ordre doivent avoir le souci de la proportionnalité.
« Tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer librement sous réserve des
prescriptions relatives à l’ordre, à la sécurité et à la tranquillité publics ». Par cette disposition du
préambule, le constituant camerounais proclame la liberté d’aller et de venir qui comprend la liberté
de mouvement (1) et la liberté de séjour (2).
1- La liberté de mouvement
La liberté dont il est question ici renvoie à la circulation à l’intérieur des États et à la liberté
de mouvement d’un État à l’autre. La circulation à l’intérieur des États, bien que libre, peut être
soumise au contrôle d’identité au niveau des barrières de police ou de gendarmerie. Ce sont là des
restrictions à la liberté d’aller et de venir qui sont fixées pour des raisons de sécurité intérieure,
d’ordre public et même de santé publique. La liberté de mouvement d’un État à l’autre se compose
en droit de quitter et de revenir dans son propre pays et en la possibilité d’entrer dans un pays
étranger. En se fondant sur la souveraineté des États, l’entrée dans un pays étranger est par
définition limitée. Il suit de là que le séjour dans pays étranger ne sera pas toujours facile.
2- La liberté de séjour
32
Paragraphe II : Les autres droits et libertés physiques
Il s’agit des droits qualifiés généralement d’économiques. On distinguera le droit de propriété (A)
de la liberté d’entreprise (B).
A- Le droit de propriété
Le droit de propriété est un droit fondamental. C’est le droit de posséder des biens, d’en
jouir à l’effet de réaliser sa destinée personnelle en s’épanouissant tant socialement
qu’économiquement. L’État ne peut en priver l’individu que dans les cas où l’intérêt général est en
cause. Dans ce cas, on parlera d’expropriation pour cause d’utilité publique. L’État qui exproprie
pour cause d’utilité publique devra indemniser. Le principe est que la propriété est un droit
imprescriptible et sacré de l’homme. Et pourtant, la réalité est différente. On constate une inégalité
flagrante en matière de propriété, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en
développement.
B- La liberté d’entreprise
On l’appelle également liberté du commerce et de l’industrie. Elle renvoie à l’idée que tout
individu est libre de défendre ses intérêts en prenant des initiatives dans le domaine économique en
vue de la production des richesses ou pour peser de manière quelconque sur la production et la
répartition des richesses. Elle est selon le Professeur Jean Gicquel, « une liberté nécessaire à
l’individu qui souhaite réussir sa vie sur le plan matériel, mais se préoccupe peu de dépasser ce
niveau soit par la spéculation intellectuelle, soit par l’action sur ses semblables ».
On pourrait aussi classer au titre des droits et libertés physiques, le respect de la vie privée
par la protection du domicile, le respect du secret de la correspondance, le respect des conversations
téléphoniques. Tous ces droits et libertés doivent être respectés par les pouvoirs publics. Ceci
contribuera à l’épanouissement de l’homme. Ce dernier se réalisera d’avantage s’il exerce ses droits
et libertés intellectuelles et relationnelles.
Ces droits ont un lien fort soit avec l’esprit, l’idéologie, la politique, l’économie, le groupe.
On étudiera les libertés de l’esprit (Paragraphe I) avant les autres droits et libertés intellectuelles et
relationnelles (Paragraphe II).
En plus de jouir de sa liberté physique, l’individu doit également satisfaire ses envies
spirituelles et intellectuelles. Il doit s’exprimer librement (A), vivre ses croyances sans obstacles (B)
et choisir librement son régime d’enseignement (C).
A- La liberté d’opinion
La neutralité religieuse de l’État s’exprime essentiellement par l’obligation qui est faite à la
puissance publique de ne financer aucun culte. Il n’y a pas de religion d’État, encore moins de
religion officielle. L’État et les religions sont et demeurent distincts. Le principe est celui de la
liberté totale de culte. Mais pour des raisons d’ordre public, une police doit nécessairement
s’exercer. Si la foi élève l’homme vers ce qu’il croit lui être supérieur et absolu, la question se pose
alors de savoir si l’État doit laisser prospérer les sectes.
Débordements de la liberté religieuse, les sectes posent des difficultés particulières aux
pouvoirs publics et aux grandes religions. N’étant pas juridiquement encadrées, les sectes ont en
principe le statut de religion. En effet, les sectes réunissent généralement en elles les deux critères
qui font une religion : le critère subjectif c’est-à-dire la foi en un être ou une force supérieure ; et le
critère objectif, c’est-à-dire l’insertion de l’individu dans une communauté de croyants. Mais, dans
la pratique, leur liberté de culte connait d’importantes restrictions. Cela s’explique parce que les
sectes de temps en temps causent des troubles à l’ordre public. En plus, ces restrictions ont pour
base la distinction entre la laïcité-neutralité et la laïcité-défense des valeurs nationales. Les
restrictions dont font l’objet les sectes peuvent paraitre à certains égards critiquables. Elles les sont
effectivement par certains de leurs aspects. Mais, le fait est que l’État doit prévenir ou le cas
échéant, limiter les débordements de la liberté religieuse afin d’éviter l’éclatement de la société en
bastions d’intolérance confessionnelle. Il existe une autre confrontation à éviter : l’opposition école
publique, école privée, ceci dans le cadre du droit à l’instruction.
34
C- Le droit à l’instruction
L’école publique camerounaise est à l’image de l’État du Cameroun. Elle est laïque. C’est ce
qui explique l’absence de l’instruction religieuse et l’enseignement de l’instruction civique. Service
public, elle doit respecter le principe de neutralité. Pour ce faire, les enseignants doivent adopter une
attitude impartiale. Mais ce principe n’interdit pas aux élèves d’appartenir ou non à une religion.
L’école publique est obligatoire pour le niveau du primaire. Elle est gratuite au niveau du primaire,
très peu couteuse pour les autres niveaux y compris le niveau supérieur. En résumé, trois principes
caractérisent l’école publique : le principe d’obligation scolaire (au primaire), le principe de gratuité
(au primaire) et le principe de laïcité.
L’école privée est soit laïque soit confessionnelle. Les particuliers peuvent donc fonder des
établissements scolaires après autorisation du ministre compétent. Il en est de même pour les
confessions. A la différence de l’école publique, l’école privée n’obéit au principe de gratuité à
aucun niveau. Quelle que soit la configuration, l’État exerce sa fonction de contrôle. Il apporte aussi
son aide technique et financière à ces établissements privés. Il encadre aussi la jouissance des autres
droits et libertés intellectuelles et relationnelles par l’individu.
Ces droits et libertés visent généralement un épanouissement collectif. Ils ont une vocation
sociopolitique (A) soit socio-économique (B).
Ces droits permettent à l’individu de pouvoir participer à la vie de la cité. On citera les droits
liés au suffrage, la liberté d’association, la liberté de communication sociale et la liberté de réunion
et de manifestation.
Les droits liés au suffrage se subdivisent en deux blocs à savoir le droit de vote et le droit à
l’éligibilité. Trois éléments composent le droit au vote : la liberté du vote, le secret du vote et la
sincérité du vote. Au Cameroun, la majorité électorale est de 20 ans. A cet âge, tout citoyen a le
droit de voter. Le vote est pour le citoyen un pouvoir. L’État doit donc veiller à ce que le citoyen
exerce ce pouvoir, ce qui lui permet de choisir ses gouvernants. Quant au droit à l’éligibilité, c’est
celui qui permet au citoyen de participer au gouvernement de la cité. Le citoyen qui veut se
présenter au suffrage de ses concitoyens est libre de le faire à condition de jouir de ses droits civils
et politiques (capacité). L’État doit accompagner le citoyen qui se présenter au concours de la
gestion des affaires publiques par le mécanisme du financement des partis politiques. On comprend
ainsi qu’il est aussi du devoir de l’État de favoriser la vie associative.
35
Base de toute activité sociopolitique d’envergure, la liberté d’association est la faculté de
créer une association, d’y adhérer ou de ne pas y adhérer. C’est la loi n° 90/53 du 19 décembre 1990
qui régit la liberté d’association au Cameroun. Cette liberté est reconnue à toute personne physique
ou morale sur l’ensemble du territoire national. Le législateur camerounais définit l’association
comme « la convention par laquelle des personnes mettent en commun leurs connaissances ou leurs
activités dans un but autre que de partager de bénéfices ». Deux critères se dégagent de cette
définition du législateur. Dans un premier temps, l’association est un accord de volonté
(L’autonomie de la volonté en DO, en DIP). Dans un second temps, la finalité de l’association n’est
pas lucrative, ce qui la distingue fondamentalement d’une société. Le législateur camerounais a
prévu deux régimes juridiques des associations. En effet si certaines associations sont soumises à la
déclaration, d’autres par contre nécessitent une autorisation. Les associations soumises à
l’autorisation sont celles étrangères et les associations religieuses. Est considérée par le législateur
comme association religieuse, tout groupement de personnes physiques ou morales ayant pour
vocation de rendre hommage à une divinité. Est également considérée comme telle tout groupe de
personnes vivant en communauté conformément à une doctrine religieuse. Après avis motivé du
Ministère de l’Administration et de Décentralisation, l’autorisation à laquelle est soumise toute
association religieuse est prononcée par décret du président de la République.
La liberté de communication sociale est régie par la loi n°90/52 du 19 décembre 1990.
Expression englobante, la liberté de communication est en réalité ordonnée autour de la presse. La
presse est non seulement les imprimés périodiques, mais également l’ensemble des formes
d’expression de la pensée (radio, télé, internet, théâtre…). La liberté de communication de la pensée
et des opinions est l’une des libertés les plus précieuses. Tout citoyen a le droit de parler, d’écrire,
d’imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
Signalons que la liberté de communication sociale est animée par un acteur : le journaliste. Ce
dernier a l’obligation de dire la vérité. Pour atteindre la vérité, le journaliste se doit d’être objectif et
indépendant. Il ne doit pas arriver à la vérité par des méthodes déloyales. Il doit aussi préserver le
secret de ses sources d’information, sauf devant le juge. On comprend par là que la liberté de
communication sociale est limitée et même susceptible de violation.
La loi n° 90/55 du 19 décembre 1990 porte régime des réunions et manifestations publiques.
Parler de liberté de réunion, c’est évoquer la liberté qu’ont les individus de se rassembler en vue
d’un objet quelconque. Tel est le principe. En effet, la liberté de réunion s’exprime dans un lieu
public ou ouvert au public. Cette liberté concerne toutes les formes d’expression collective
nécessaires à l’organisation des phénomènes publics comme les élections. Le principe évoqué ci-
haut souffre de tempéraments. Les réunions sont soumises à la déclaration préalable. Elles ne
peuvent pas se tenir sur la voie publique, sauf en cas d’autorisation spéciale. (Sinon on serait
entrain de restreindre une autre liberté encore plus grande, celle d’aller et de venir). Quant à la
liberté de manifestation, son principe souffre aussi de tempéraments. La définition de la
manifestation publique n’est pas donnée par le législateur. Ce dernier se borne à énumérer certains
cas où l’on pourrait parler de manifestations à savoir les cortèges, les défilés, les marches et
rassemblements de personnes sur la voie publique. Toutes ces manifestations pour se tenir doivent
faire l’objet d’une déclaration préalable et autorisées. Fait d’un groupe de personnes utilisant la voie
publique pour exprimer une opinion par sa présence, ses gestes ou ses cris, la manifestation
publique est une liberté qui souffre de tempéraments. En effet, la première restriction est que toute
36
manifestation sur la voie publique doit être déclarée et surtout autorisée. La déclaration se fait au
moins 07 jours avant la date de la manifestation. Cette déclaration doit indiquer l’itinéraire choisi
par les manifestants. L’autorité administrative peut, pour des raisons d’ordre public assigner un
autre itinéraire ou un autre lieu à la manifestation. Elle peut même aller jusqu’à interdire la
manifestation. Si la manifestation n’a pas reçu l’autorisation de l’autorité administrative
compétente, elle ne peut se tenir sinon elle sera considérée comme un attroupement, un
rassemblement de personnes en rébellion délibérée contre le pouvoir. Dans ces conditions, ce
dernier dispose du pouvoir discrétionnaire pour disperser la manifestation non autorisée, au besoin
par la force.
Il s’agit d’étudier la liberté syndicale d’une part et le droit de grève d’autre part.
Quant au droit de grève, c’est aussi un droit reconnu par la Constitution du Cameroun. Il
doit s’exercer dans les conditions fixées par la loi. Au sens large, la grève est une interruption
individuelle ou collective et concertée d’une activité donnée en vue d’appuyer une revendication,
quelle que soit sa nature. Ainsi parlera-t-on de grève de la faim, de grève des impôts, de grève
politique (villes mortes). Juridiquement, la grève est une interruption collective et concertée du
travail en vue d’appuyer une revendication professionnelle. Il suit de cette seconde définition que le
droit de grève est le droit dont disposent les travailleurs de suspendre leur travail en vue de soutenir
une revendication à caractère professionnel (On comprend donc que la seule grève légale est en
entreprise ou dans la fonction publique est celle qui porte sur une réclamation professionnelle
intéressant la défense ou l’amélioration de la situation juridique des agents, de leurs conditions de
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travail ou de leur rémunération. La grève ainsi entendue, ne doit pas être condamnée dans son
principe. Elle ne doit pas être critiquée de façon systématique. Elle doit être non pas diabolisée,
mais considérée comme un moyen du dialogue social. La grève dans les sociétés, pour reprendre
une formule nucléaire est un accélérateur de particules. Manifestation d’un état de crise du
dialogue social, la grève peut en même temps être le déclencheur dudit dialogue). Ainsi présenté,
on a l’impression que le droit de grève a toujours existé. Et pourtant, la grève a été juridiquement
consacrée après d’âpres revendications.
En France, le refus du droit de grève se fondait sur la loi du 25 mai 1864 qui instituait le
délit de coalition. Nombreux sont les auteurs qui étaient contre ce droit (TARDIEU, DUGUIT,
HARIOU). Il faudra attendre le préambule de la constitution française du 27 octobre 1946 pour que
le droit de grève soit reconnu le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.
Le Cameroun ne pourra que suivre cette nouvelle manière de percevoir la grève : « le droit de
grève garanti dans les conditions fixées par la loi ».
Seulement, l’exercice du droit de grève doit aller de paire avec la préservation de l4interet
général. C’est qui justifie quelques restrictions. En effet, le droit de grève n’est pas reconnu à
certains catégories de personnels ( le personnel participant à l’action gouvernementale, le personnel
du commandement territoriale, ceux qui occupent les emplois supérieures de l’administration
centrale, les chefs des services déconcentrés, les délégués régionaux, le personnel de police, les
gendarmes, les militaires, les magistrats, les personnels de l’administration pénitentiaire.) Ainsi
pour la continuité du service public, un service minimum doit être organisé. Certains membres du
personnel gréviste seront réquisitionnés et devront donc continuer le travail, même contre leur
volonté. Il en sera ainsi dans les hôpitaux, les aéroports, etc…Bien que la grève soit définitivement
un droit certaines modalités en sont toutefois interdits (grève surprise, grève sauvage, grève
tournante, grèves courtes et répétitives, grève sur tas).
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Chapitre II : LA SAUVEGARDE DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTES
Les garanties et la protection des droits de l’homme et des libertés publiques ne peuvent
avoir de sens que si chaque citoyen se voit assurer le pouvoir d’exercer ses droits et ses libertés
conformément au droit en vigueur. Dans le cas contraire, les droits en question ne seraient qu’une
simple barrière de papier ou alors une sorte d’ornement juridique de façade. Et si le juge se trouvait
dans l’impossibilité de protéger les droits et libertés menacés, nous serions loin d’un Etat de droit.
Pour renforcer les chances de succès à l’action du législateur et à celle du juge, d’autres acteurs
nationaux et internationaux feront leur irruption dans la sphère des droits de l’homme et des libertés
publiques. Ils contribuent au phénomène de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
publiques. Leur action a pour objectif principal de faire à ce que les autorités chargées de la garantie
et de la protection des droits et libertés ne baissent pas la garde.
Section I : Le système des Nations Unies de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés publiques.
Au niveau des Nations Unies, il existe deux mécanismes permettant la sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés publiques. Le premier est qualifié de système de contrôle sur
rapports. Il est institué par le pacte de 1966. Il existe en effet un comité de 18 experts chargés
d’examiner les rapports produits par les Etats parties au pacte relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels. Ces rapports sont soumis à discussion au sein du comité avec les représentants
des Etats parties. A l’issue de ces échanges, le comité formule des recommandations générales qu’il
adresse au Conseil Économique et Social des Nations Unies. On n’insistera pas sur ce mécanisme
car il n’accorde pas la possibilité à l’individu de déposer une plainte. On s’étalera plutôt sur le
système de contrôle sur plainte en évoquant d’une part le contrôle sur plainte institué par le pacte
relatif aux droits civils et politiques (paragraphe I), d’autre part des autres systèmes de contrôle sur
plaintes prévus par d’autres conventions (paragraphe II).
Paragraphe I : Le contrôle sur plaintes institué par le Pacte relatif aux droits civils et politiques.
Les plaintes en question émanent des particuliers qui prétendent être victimes d’une
violation de leurs droits par leurs États (parties au Pacte). Nous étudierons la recevabilité de la
plainte (A) ainsi que les autres questions relatives à ladite plainte (B).
A- La recevabilité de la plainte
Pour qu’une plainte (qu’on appelle communication) adressée au Comité soit recevable, elle
ne doit pas être anonyme. Aussi, elle doit émaner d’un ou de plusieurs particuliers relevant de la
juridiction d’un État partie au protocole facultatif du Pacte. Normalement, la plainte doit être
envoyée par le particulier qui prétend être victime d’une violation des droits que lui reconnait le
pacte. Toutefois, le comité peut accepter d’examiner une plainte provenant d’une autre personne.
Celle-ci doit justifier son pouvoir d’agir au nom de la victime. La plainte doit être compatible avec
les dispositions du Pacte. Il faut aussi que tous les recours internes aient été épuisés. Le comité peut
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décider de ne pas donner suite à une plainte sans faire connaitre sa décision par écrit. C’est le cas
lorsque l’auteur retire sa plainte ou manifeste d’une façon ou d’une autre qu’il ne souhaite pas
poursuivre l’affaire. Que dire des autres questions relatives à la plainte ?
Ces questions tournent essentiellement autour de trois points : le fond de la plainte, les
mesures urgentes et la portée des décisions du Comité.
Parlant du fond de la plainte, il faut signaler qu’après l’avoir déclaré recevable, le Comité
demande à l’État en cause de lui fournir des explications ou des éclaircissements sur le problème et
d’indiquer s’il a pris des mesures pour y remédier. L’État dispose, à cet effet, d’un délai de six mois
pour faire connaitre sa réponse. Le plaignant peut ensuite commenter cette réponse, après quoi, le
Comité formule ses conclusions, qu’il communique à l’État et à l’auteur de la plainte. Le Comité
respecte pendant toute la procédure l’égalité entre les parties. Ainsi, chacune d’elles a la possibilité
de commenter les arguments de l’autre.
Quant aux mesures urgentes, il peut arriver que la victime présumée d’une violation des ses
droits ait besoin d’être protégée avant que le Comité ne formule ses conclusions. C’est ainsi que le
Comité a dû parfois, sans préjuger du bien-fondé de la plainte, faire connaitre son opinion
provisoire à certains États mis en cause. C’est ainsi que le Comité a demandé à un État mis en cause
de ne pas procéder à une exécution capitale alors qu’une plainte y relative était en cours d’examen
devant lui. Le Comité a le devoir d’examiner toutes les informations écrites qui lui sont fournies par
les parties en litige. Pour le Comité, la charge de la preuve n’appartient pas uniquement au
plaignant. Il en a été décidé ainsi dans plusieurs affaires relatives au droit à la vie, à la torture ou
aux mauvais traitements, aux arrestations arbitraires ou à des disparitions.
S’agissant enfin de la portée des décisions du Comité, il faut dire que les actes du Comité
n’ont pas autorité de chose jugée, mais plutôt de chose constatée. Ils ne s’imposent pas aux parties,
parce que le Comité, après avoir établi la violation des droits consacrés par le Pacte, invite l’État en
cause à respecter ses engagements nés de la ratification du Pacte. Tant qu’une plainte est examinée
par le Comité, la procédure reste strictement confidentielle. Mais ses conclusions, qu’il s’agisse des
constatations sur les plaintes déclarées recevables et dûment examinées au fond ou des constatations
d’irrecevabilité, sont toujours rendues publiques.
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A- Le mécanisme de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination raciale.
Le comité est compétent pour recevoir les plaintes des particuliers ou des groupes de
particuliers qui estiment que leurs droits garantis par la Convention ont été violés par un État partie
à cette convention et qui a reconnu la compétence dudit comité.
Aux termes de l’article 17 de la même Convention, il est institué un Comité contre la torture
qui a des fonctions bien définies. Le Comité est composé de 10 experts de haute moralité et
possédant une compétence reconnue dans le domaine des droits de l’homme, qui siègent à titre
personnel. Les experts sont élus par les États parties, compte tenu d’une répartition géographique
équitable et de la représentation des différentes formes de civilisation ainsi que des principaux
systèmes juridiques. Le Comité peut recevoir des plaintes des particuliers contre leur État, partie à
la Convention et qui a accepté la compétence du Comité.
En somme, le système des Nations Unies est assez bien structuré pour la sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés publiques. Sa faiblesse réside au niveau de la portée juridique de
ses décisions. Quelle est la situation qui prévaut au niveau du système camerounais de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés publiques ?
Section II : Le système camerounais de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques
Le système camerounais de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques est
construit autour de trois pôles à savoir la Commission Nationale des Droits de l’Homme,
l’administration active et les organisations de la société civile. La Commission Nationale des droits
de l’Homme (Paragraphe I) mérite une étude séparée des autres deux pôles (Paragraphe II).
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Paragraphe I : La Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés
Elle a été créée par la loi n°2004/016 du 22 juillet 2004. La Commission est un organisme
indépendant jouissant de la personnalité juridique et de l’autonomie administrative et financière. La
loi du 22 juillet 2004 détermine l’organisation et le fonctionnement de la Commission (A) ainsi que
ses compétences (B).
La Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés est un organisme composé
de 30 membres. Elle est dirigée par un président, assisté d’un vice-président, tous deux nommés par
décret présidentiel. La Commission dispose d’un secrétariat permanent dirigé par le secrétaire
général. Ce dernier est lui aussi nommé par décret du président de la République sur proposition du
président de la Commission. Toujours en ce qui concerne son organisation, la Commission dispose
de quatre sous-commissions ayant chacune à sa tête un président.
La Commission reçoit toute dénonciation ayant trait à la violation des droits et libertés. Elle
diligente des enquêtes y relatives. La Commission peut saisir toute autorité en cas de violation des
droits et libertés. Elle peut entre autre auditionner ou convoquer toute partie témoin, demander aux
autorités compétentes de procéder à toute perquisition. La Commission peut saisir le ministre de la
justice pour toute infraction rentrant dans le cadre de la loi qui la crée. Toujours en se fondant sur la
loi qui la crée, la Commission peut user de la médiation et de la conciliation entre les parties. La
Commission peut intervenir dans la participation à la défense des intérêts des victimes des
violations des droits de l’homme.
Toute personne physique ou morale qui estime que ses droits ont été violés peut saisir la
Commission par voie de requête. La Commission peut aussi être saisie par dénonciation. Dans le
cadre de ses activités, la Commission délibère et dresse des rapports (la Commission adresse un
rapport annuel au PR, au Président du Sénat et au Président de l’Assemblée Nationale ; il adresse un
rapport semestriel au PM, au ministre de la justice et au ministre en charge de l’administration
territoriale). En d’autres termes, elle dresse deux types d’actes : d’une part des actes délibératifs (La
Commission délibère) d’autre part des actes de recommandation ou avis. Il faut reconnaitre que la
sauvegarde des droits et libertés par la Commission n’exclut pas l’exercice de cette activité par
d’autres pôles.
Paragraphe II : Les autres pôles du système camerounais de sauvegarde des droits de l’homme et
des libertés publiques
Cela semble un paradoxe que de parler de l’administration comme pôle de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés publiques. En effet, l’administration a toujours été perçue comme
l’institution qui viole le plus les droits de l’homme et les libertés publiques. D’ailleurs, au
commencement, la protection des droits de l’homme s’effectuait dans plusieurs pays contre les
atteintes de l’administration. À y voir de près, l’administration active participe à l’œuvre de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques, ceci, au moins à deux niveaux.
Le premier niveau concerne les autorités administratives compétentes pour recevoir les
différents recours administratifs (recours hiérarchique et recours gracieux). En agissant de la sorte,
ces autorités contribuent à la sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques. On
constate donc que le paradoxe de l’administration pôle de sauvegarde des droits et libertés n’est
qu’apparent. Cela s’explique aisément dans la mesure où l’une des missions de l’État est celle de
préserver la primauté du droit. Il ne peut réaliser efficacement cette mission qu’en respectant le
droit et en vérifiant le respect du droit par d’autres entités.
Le second niveau concerne l’inspection du travail. Aux termes de l’article 139 de la loi
n°92/007 du 14 aout 1992 portant code du travail, en cas de différend entre un travailleur et un
employeur, l’inspection du travail est saisie pour régler ledit différend à l’amiable. En cas de
conciliation entre les deux parties, elles ne peuvent plus saisir la juridiction du travail. Un procès-
verbal est dressé à cet égard. En cas d’échec de la tentative de conciliation, l’inspection du travail
dresse un procès verbal de non-conciliation. On comprend donc qu’aucun litige relatif au travail ne
peut faire l’objet d’un règlement contentieux sans que l’une des parties n’ait saisi l’inspection du
travail. Cette affirmation montre à suffisance la place de l’inspection du travail en matière de droit
du travail et par conséquent dans la sauvegarde des droits du travailleur.
Il existe des institutions privées qui participent à la sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés publiques. Il s’agit plus précisément des associations de défense des droits de l’homme et
des Organisations Non Gouvernementales. Ces associations ont plus un rôle de dénonciation qui
met à mal l’administration dans certains de ses choix. Leurs actions peuvent même pousser
l’administration à modifier certains de ses choix ou à intervenir alors qu’au début elle n’avait pas
l’intention de le faire. Le dernier exemple en date est celui de l’augmentation du tarif de
l’électricité.
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CONCLUSION GÉNÉRALE
Tout au long de cet enseignement, il était d’abord question d’esquisser une théorie générale
des droits de l’homme et des libertés publiques. Il était ensuite question d’identifier ces droits de
l’homme et libertés publiques. Il était enfin question d’étudier la sauvegarde desdits droits et
libertés. On se rend à l’évidence que le respect des droits de l’homme et des libertés publiques
s’avère une conquête permanente, que le mouvement a contaminé tous les coins de la planète.
Au Cameroun, on peut affirmer à partir des différents documents et situations exploités que
l’état de droit s’est construit. Encore faut-il savoir si cette construction est achevée pour qu’on
puisse évoquer sa consolidation. Le mouvement des droits de l’homme étant dynamique, se
réalisant dans un espace donné, à un moment donné, il est clair qu’au-delà de son universalisme,
chaque membre de la société doit s’impliquer dans la recherche de l’amélioration de ses conditions
de vie. Seulement, la conquête de nouveaux droits de l’homme, mieux l’étirement des droits de
l’homme ne va pas sans quelques dangers. En effet, les droits récemment consolidés en Occident
posent de sérieuses difficultés aux notions qui semblaient consolidées il y a belle lurette (à l’instar
de celle de la famille). On ne peut que prendre acte de cette situation : la vox populi s’est exprimée.
On ne saurait aussi terminer cet enseignement sans signaler qu’au rythme où vont les choses, le
risque d’une inflation des droits de l’homme est sérieux. Trop de droits de l’homme risquent de tuer
les droits de l’homme.
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