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Droits de l'Homme et Libertés Publiques

Le cours de Droits de l'Homme et Libertés Publiques à l'Université de Maroua vise à analyser l'intégration et la protection des droits de l'homme dans l'ordre juridique, tout en identifiant ces droits et libertés. Il aborde les garanties universelles et infra-universelles, ainsi que les mécanismes de protection, tant juridictionnels que non juridictionnels. L'enseignement met l'accent sur l'importance académique et pratique des droits de l'homme, en soulignant leur impact direct sur la condition humaine.

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Droits de l'Homme et Libertés Publiques

Le cours de Droits de l'Homme et Libertés Publiques à l'Université de Maroua vise à analyser l'intégration et la protection des droits de l'homme dans l'ordre juridique, tout en identifiant ces droits et libertés. Il aborde les garanties universelles et infra-universelles, ainsi que les mécanismes de protection, tant juridictionnels que non juridictionnels. L'enseignement met l'accent sur l'importance académique et pratique des droits de l'homme, en soulignant leur impact direct sur la condition humaine.

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Université de Maroua

Faculté des Sciences Juridiques et Politiques


Département de Droit Public et Science Politique

Cours de Droits de l’Homme et Libertés Publiques


Licence III

(DPR, DPU, Sce Po)

Par

Léopold NYABEYEU TCHOUKEU

Maître de Conférences en Droit Public

Vice-Doyen chargé de la Scolarité et du Suivi des Étudiants

Année Académique 2019-2020

1
Sommaire
Introduction

Bibliographie

Première Partie : Théorie générale des Droits de l’Homme et Libertés Publiques

Chapitre 1 : Les garanties des droits de l’homme et libertés publiques

Section 1 : Les garanties universelles

Section 2 : Les garanties infra-universelles

Chapitre 2 : La protection des droits de l’homme et libertés publiques

Section 1 : La protection juridictionnelle

Section 2 : La protection non juridictionnelle

Deuxième Partie : L’identification et la sauvegarde des Droits de l’Homme et Libertés Publiques

Chapitre 1 : L’identification des droits de l’homme et libertés publiques

Section 1 : Les droits et libertés physiques

Section 2 : Les droits et libertés intellectuelles et relationnelles

Chapitre 2 : La sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques

Section 1 : Le système des Nations Unies de sauvegarde des droits de l’homme et libertés publiques

Section 2 : Le système camerounais de sauvegarde des droits de l’homme et libertés publiques

Conclusion générale

2
Introduction
Le cours dont nous entreprenons l’étude ce jour a pour objet d’une part, l’analyse de
l’intégration dans l’ordre juridique des procédés de consécration et de protection des droits de
l’homme et libertés publiques, d’autre part l’identification desdits droits et libertés. L’importance de
cet enseignement est à la fois académique et pratique. Importance académique dans car,
l’enseignement favorise une liaison entre les diverses matières déjà étudiées même s’il est vrai que
le droit constitutionnel et le droit administratif ont la part du lion dans cette opération. Importance
pratique parce que l’effectivité des droits de l’homme et libertés publiques est très vérifiable et a un
impact direct sur la condition humaine. Au sortir de l’enseignement, l’étudiant devra être capable :

- D’avoir une idée globale et synthétique sur les droits de l’homme et les libertés publiques.
- De développer une réflexion critique sur la situation nationale et internationale des droits de
l’homme et des libertés publiques.
- De connaitre les mécanismes juridiques de garanties et de protection des droits de l’homme
et des libertés publiques
- De prendre conscience de la complexité et de l’universalité des droits de l’homme et des
libertés publiques. Tels sont les objectifs de l’enseignement.

Pour la suite de cette introduction, nous ferons quelques clarifications notionnelles et


conceptuelles (I), avant de présenter l’histoire des droits de l’homme et des libertés publiques (II),
évoquer la question de la relativité des droits de l’homme (III) et aborder avec confiance la
problématique générale de l’enseignement (IV).

I- Clarifications notionnelles et conceptuelles


Il est question à ce stade de préciser le sens de certains mots et de percevoir aussi leurs rapports
avec différents concepts environnants.

Les mots en question sont les suivants : libertés publiques, droits de l’homme, droits de
l’homme et libertés publiques, droits et libertés fondamentaux. Chronologiquement, la notion
de libertés publiques est la plus ancienne (Elle apparait d’abord au singulier couvrant alors des
aspects de la liberté d’expression comme la réunion, les manifestations et le colportage des
imprimés, mais aussi les droits des citoyens). Sa formulation plurielle est inaugurée en France le 14
janvier 1852 sous le second empire. La formule acquiert son sens contemporain sous la troisième
République à partir de 1880. C’est ainsi que va naitre la tradition républicaine des libertés publiques
suivant laquelle celles-ci n’existent et n’ont de valeur que sur une base légale. En cristallisant cette
tradition le 13 aout 1947, le Conseil d’Etat va classer les libertés publiques en deux catégories :

- Les libertés individuelles


- Les libertés d’action collective (réunion, association).

La liberté, c’est un pouvoir d’autodétermination en vertu duquel l’homme choisit lui-


même son propre comportement. C’est la faculté d’agir ou de ne pas agir, de faire ou de ne
pas faire. En d’autres termes, c’est la condition de l’homme qui n’appartient à aucun maitre.
Une liberté est publique lorsqu’elle est accordée à tous de telle manière que son exercice par
chacun n’exclut pas le même exercice par autrui. On comprend aisément que la liberté
3
publique requiert l’intervention de l’autorité publique pour sa reconnaissance et son
aménagement.

Que dire des droits de l’Homme ? C’est surtout un pouvoir pour l’individu d’exiger une
action de la part des pouvoirs publics. Les droits de l’homme ne deviennent libertés publiques
que dès l’instant qu’ils sont consacrés par le droit positif. Si toutes les libertés publiques sont
des droits de l’homme, tous les droits de l’homme ne sont pas des libertés publiques.

Qu’entend-on par droits de l’homme et libertés publiques ? Pour répondre simplement, ils
sont une demande à la fois d’abstention (libertés publiques) et d’action (droits de l’homme).

Evoquons à présent les droits et libertés fondamentaux. La notion de « droits


fondamentaux » est apparue postérieurement à la deuxième guerre mondiale en droit
international et dans certaines Constitutions (loi fondamentale allemande de 1949). Plus tard,
la Cour de Justice des Communautés Européennes va retenir l’expression pour désigner les
principes libéraux communs aux systèmes juridiques des différents États membres. La notion
de droits fondamentaux renouvelle l’approche classiquement fondée sur le concept de libertés
publiques à la fois au niveau de l’ordre et de l’espace normatif. Au niveau de l’ordre
normatif, Louis Favoreu énonce que les droits fondamentaux possèdent trois
caractéristiques :

- Ils sont protégés contre le pouvoir exécutif, mais aussi contre le pouvoir législatif alors
que les libertés publiques au sens du droit français, sont essentiellement protégées
contre le pouvoir exécutif.
- Ils sont garantis non seulement en vertu de la loi, mais surtout de la Constitution ou
des textes internationaux ou supranationaux.
- Leur protection nécessite pour être assurée contre les pouvoirs législatif et exécutif, en
application des textes constitutionnels, qu’en soient chargés non seulement les juges
ordinaires, mais aussi les juges constitutionnels et même les juges internationaux. De la
notion de libertés publiques à celle de droits fondamentaux, l’espace normatif s’élargit
sensiblement. Louis Favoreu distingue plusieurs catégories de droits fondamentaux : les
droits-libertés, les droits participation, les droits-créances, les droits-garanties (droit au
juge), le droit à l’égalité. Même s’il est vrai que de nos jours, on utilise généralement le
terme « droits fondamentaux » pour désigner indifféremment toutes les expressions
que nous avons évoquées précédemment, nous continuerons à employer le groupe de
mots droits de l’homme et libertés publiques par souci de cohérence avec l’intitulé de
l’enseignement. Faisons à présent un tour dans le passé.

II- Histoire des droits de l’homme et libertés publiques


Les droits de l’homme et les libertés publiques sont un concept de formation progressive.
Le mouvement de leur émergence et de leur affirmation correspond d’abord à celui des droits
de l’homme (A), dont ils constituent la juridicisation la plus achevée. Cette dernière ne s’est
achevée en France qu’au prix d’une longue étape intermédiaire, celle des libertés publiques
(B).

4
A- L’émergence et l’affirmation des droits de l’homme

Commençons par nous interroger sur la généalogie des droits de l’homme (1) avant
d’insister sur son histoire proprement dite (2).

1- La généalogie des droits de l’homme

Le concept de droits de l’homme apparait comme juridiquement faible et, plus largement
comme entaché d’une relativité qui a motivé le développement d’autres notions.

Les droits de l’homme constituent l’achèvement de valeurs et de principes généraux et


l’aboutissement d’une évolution inscrite dans l’histoire de la philosophie, dans laquelle ils
puisent en premier lieu leurs racines. Mais, ils sont aussi une conquête et le résultat d’un
processus politique historique. Au départ, l’idée des droits de l’homme est simple : celle de
facultés d’agir reconnues à l’individu, antérieurement et au-dessus de toute institution
publique ou privée. On en déduit donc aisément les fondements philosophiques principaux du
concept. La validation de cette hypothèse suppose qu’au moins deux postulats soient admis. Dans
un premier moment, il a fallu qu’émerge et s’enracine la prise en considération de la dignité et
l’universalité de chaque être humain. L’influence de la doctrine des stoïciens et de la pensée judéo-
chrétienne se remarque à cet égard. Dans un second moment, c’est l’affirmation de l’existence de
principes limitatifs du pouvoir civil, antérieurs et supérieurs à toute institution humaine, qui a
contribué à la fondation des droits de l’homme, tout comme la distinction du pouvoir temporel du
pouvoir spirituel, à l’invitation du Christ demandant de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu
ce qui est à Dieu ». Au même titre que l’affirmation de l’origine divine de l’autorité, les doctrines
du droit naturel y ont également contribué de manière décisive. Dans son approche classique (Saint
Thomas d’Aquin), le jus naturalisme proclame la primauté de la justice comme fin et l’identité du
droit et du juste. Dans ses conceptions post-thomistes, c’est-à-dire de Francisco Vitoria à Christian
Wolff en passant par Grotius, il affirme l’existence de règles inter temporelles et communes au
genre humain, qui se confondent peu à peu avec une sorte de morale valable pour tous en tout
temps, intériorisée comme l’affirme Kant et parmi lesquelles vont figurer les droits individuels et le
respect qui leur est dû.

2- Histoire des droits de l’homme proprement dite

Au-delà de leur généalogie, les droits de l’homme ont aussi une histoire, marquée à la fois
de grands noms de la pensée politique et de moments célèbres. Parmi ces noms célèbres, on
peut notamment retenir John Locke. Sa construction accorde une place essentielle aux droits
individuels et à la liberté à travers le développement de ses deux traités sur le gouvernement
civil. C’est à Montesquieu que l’on doit l’affirmation et la démonstration de l’importance
décisive de la séparation des pouvoirs pour la garantie de la liberté politique. Cependant, sa
construction n’intègre pas clairement les droits de chaque homme. Dans le même registre,
Jean Jacques Rousseau, malgré son influence considérable, pourrait ne pas être cité parmi les
auteurs capitaux sur la question, même si la célèbre première phrase de son ouvrage est « né
libre et partout dans les fers ». Le courant des physiocrates, plus souvent mentionné pour ses
travaux économiques, doit aussi être cité (Pierre Paul Lemercier de la Rivière, François
Quesnay). D’autres auteurs célèbres de l’histoire de la littérature se sont, pour leur part, plus
distingués dans la querelle des droits de l’homme par leur engagement personnel que par leurs
5
constructions intellectuelles. Citons : Voltaire (François Marie Arouet de son vrai nom avec
l’affaire Calas), D’Alembert, Condorcet (Marie Jean Antoine de …), Diderot, Paine (Thomas. C’est
un anglais auteur de Common sense en 1776).

Construction philosophique et idéologique, les droits de l’homme constituent également un


mouvement historique (Favoreu), marqué par des événements dont la principale trace
demeure dans de grands textes de référence en la matière. Dans ces textes célèbres, on
retrouve aussi tout l’héritage, notamment jus naturaliste déjà évoqué.

Tout a commencé en Angleterre, dès le début du Moyen-âge. A partir de cette période, on


note non seulement l’apparition de certains grands principes du modèle de régime parlementaire,
mais aussi l’affirmation précoce et souvent conflictuelle, de l’idée de limitation du pouvoir temporel
également par les droits de l’individu. Le premier texte de proclamation de droits de l’Homme
(droit de propriété, la liberté d’aller et de venir en temps de paix, certaines garanties du
procès criminel) est la Magna Carta de juin 1215 (La grande Charte).

Explications : C’est l’opposition des grands féodaux à l’autorité monarchique qui se voulait forte,
mais se trouve affaiblie par le discrédit de Jean Sans Terre, régent en l’absence de son frère
Richard Cœur de Lion, qui explique, la concession par le Prince de la Magna Carta.

Par la suite, il y aura la pétition des droits de juin 1628 (adressée à Charles Ier réclamant le
respect du consentement à l’impôt et revendiquant l’importance de certains droits rappelés comme
libertés anglaises traditionnelles limitatives du pouvoir royal, notamment le principe de légalité et
de nécessité des peines et l’essentiel de la liberté individuelle). En 1660, la déclaration liminaire
de Breda souhaite garantir la liberté de conscience jointe à une amnistie générale. L’adoption
de l’Habeas Corpus Act en 1679, permet de jeter les bases, toujours actuelles, des garanties
essentielles de la liberté individuelle prise en la sureté. L’importance des droits essentiels est
affirmée à travers le Bill of Rights de février 1689 dont la supériorité sur la législation
ordinaire et le pouvoir normatif royal est reconnue. En 1701, l’Acte d’établissement sur le
trône de la nouvelle souveraine Anne, réaffirme pour sa part, le devoir de respect des droits et
libertés par la Couronne et le Parlement, et notamment de la liberté religieuse. Décisifs dans
l’histoire politique et juridique britannique, ces textes de références se sont avérés essentiels
dans l’histoire universelle des droits de l’homme, avant tout en tant que source d’inspiration
au moins autant que l’aura été le fameux modèle de Westminster, schéma type du
parlementarisme classique.

Le relais est venu des Etats-Unis. Par la diffusion de la tradition juridique britannique, mais
aussi par les éléments propres de leur histoire politique et intellectuelle, les Etats-Unis ont apporté
une contribution majeure à l’expansion de l’idée des droits de l’homme et des libertés individuelles.
La déclaration d’indépendance des Etats-Unis de juillet 1776, qui proclame la croyance de ses
rédacteurs en une vérité « évidente d’elle-même, que tous les hommes sont crées égaux, qu’ils
sont dotés par leur créateur de certains droits inaliénables, et que parmi ces droits figurent la
vie, la liberté et la recherche du bonheur », en constitue un célèbre exemple.

C’est plus tardivement que la France a apporté sa marque à l’anthropologie des droits de
l’homme. La plus grande contribution française est évidemment la Déclaration des Droits de

6
l’Homme et du Citoyen du 26 aout 1789. A travers ses 17 articles, la déclaration de 1789 expose
avant tout une philosophie des droits de l’Homme.

On ne saurait terminer cette brève histoire des droits de l’homme sans évoquer ses
évolutions, jalonnées par trois temps forts. Le premier temps fort est celui de
l’approfondissement caractérisé par l’évolution et la scission de la pensée libérale. En France,
il est possible de distinguer deux tendances principales du courant libéral. La première est celle que
l’on peut qualifier, de libertarienne dans la mesure où, affirmant la souveraineté de l’individu, elle
développe une radicale méfiance à l’égard de l’Etat et de tout phénomène construit ou de tout
ensemble organique comme la Nation, et met très fortement l’accent sur les droits individuels. La
deuxième pourrait être dite de libérale-étatique ou libérale-nationale (Favoreu) et caractérise une
grande partie des grands hommes politiques français habituellement rangés parmi les libéraux
(François Guizot). Adhérant aux fondements individualistes essentiels du libéralisme, elle n’en
écarte ni ne néglige pour autant le rôle de l’Etat et la place de la Nation, de sorte que les droits
individuels occupent une moindre place, quoique toujours importante dans le système de ces auteurs
où l’impression est parfois celle de l’effacement de l’individu. À partir de ces considérations
d’ensemble, l’apport considérable de plusieurs auteurs du XIXe et XXe siècle peut être mis dans sa
perspective et apprécié à sa juste valeur (Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Herbert
Spencer, John Stuart Mill, Hayek). Le deuxième temps fort est caractérisé par un
infléchissement qui lui-même, tout en posant le problème de légalité (certains auteurs ont
surtout marqué l’histoire des droits de l’homme par leur forte contestation de l’ordre de l’ancien
régime et même du projet révolutionnaire, mais aussi des idées libérales attachées à la propriété
notamment, et par leur militantisme égalitariste, précurseur du communisme moderne), et la
question sociale, subit l’influence croissante des courants socialistes non marxistes et
développe de nouveaux droits (droits complémentaires). On ne saurait aussi ignorer le ralliement
catholique et son incidence (dans la présentation de l’évolution de l’idée des droits de l’homme et
de leur contenu, il convient sans doute d’accorder une attention rapide à la question du ralliement de
l’Eglise catholique, dont la doctrine est longtemps demeurée la seule radicalement hostile à la
philosophie classique des droits de l’homme) caractérisé par la levée progressive des oppositions du
Saint-Siège modelant une doctrine catholique des droits de l’homme. Le troisième temps fort est
celui de la diffusion. Ainsi, l’évolution de l’histoire des droits de l’homme, dans ses
développements les plus récents, se caractérise aussi par leur expansion et leur diffusion au-
delà des revendications nationales et de l’aire occidentale. L’internationalisation des droits de
l’homme est sans doute à la fois le signe de leur reconnaissance et la revendication de leur
universalité, tout en traduisant une recherche de la plus grande effectivité. Des systèmes régionaux
ou particuliers de protection sont mis en place.

B- L’apport des libertés publiques

Le terme de libertés publiques, propre à la terminologie juridique française, désigne aussi


une forme de consécration juridique des droits de l’homme. Après avoir évoqué le statut
juridique des libertés publiques (1), on insistera sur la réalité et les limites desdites libertés (2).

7
1- Le statut juridique des libertés publiques

Selon un mode caractéristique de la doctrine qui a érigé en consécration suprême des


droits de l’homme, la définition des libertés publiques repose sur un régime juridique
distinctif. L’expression a été employée dans des textes y compris constitutionnels (article 34 al 2
Constitution du 4 octobre 1958). Pour autant, c’est la doctrine qui a peu à peu contribué à les
conceptualiser et à en établir plus précisément les limites catégorielles en synthétisant un ensemble
de situations et d’expériences juridiques. La première définition générale des libertés publiques
comme libertés protégées par la loi, correspond en outre, très clairement à une expérience historique
particulière. Outre les diverses déclarations des droits énoncés par les textes constitutionnels
successifs, au premier rang desquelles celle de 1789, toute une série de lois consacrant et organisant
de manière protectrice l’exercice des libertés se sont succédé au cours du XXe siècle. On pourrait
peut-être considérer le point de départ de cette série au décret d’Allarde de 1791 qui abolit les droits
et jurandes et institue la liberté de commerce et de l’industrie à la suite de la loi le Chapelier de juin
1790 qui interdit les corporations, unions et organisations professionnelles. Au gré des régimes, et
parfois contre les apparences, certaines libertés ont été reconnues, de la loi Falloux de mars 1850
organisant la liberté de l’enseignement primaire et secondaire général, à la loi de 1864 abolissant le
délit de coalition. La troisième République va se distinguer par l’importance des lois classiquement
considérées comme formant le régime législatif des libertés en France. On peut, à ce titre, citer la loi
de juillet 1875 sur la liberté de l’enseignement supérieur, les lois de juin et juillet 1881 sur la liberté
de réunion et la liberté de la presse, la loi de mars 1884 sur la liberté syndicale, la loi de 1901 sur la
liberté d’association.

Le régime des libertés publiques s’illustre premièrement par la place et le rôle de la loi. Le
second élément essentiel du régime des libertés publiques, consiste en l’intervention
privilégiée du juge comme gardien des droits et libertés. La question de la répartition des
compétences juridictionnelles en France en matière de protection des droits et libertés
demeure permanente. Dans les règles et solutions du droit positif, la compétence du juge
judiciaire pour assurer la garantie juridictionnelle de la liberté individuelle se trouve
confirmée. Cette position ressort encore plus nettement en droit camerounais.

Complétant leur régime au sens strict, certaines méthodes et techniques apparaissent en outre
caractéristiques du système des libertés publiques. Ainsi, partant du principe souvent rappelé (CE,
10 aout 1917, Baldy), que la liberté est la règle et la restriction l’exception, le juge applique à la
matière un autre principe, celui de l’interprétation stricte des exceptions, en entendant strictement
toute restriction ou limitation à une liberté et en laissant, conformément à la théorie des libertés
publiques, le monopole d’instauration au législateur. Une telle position emporte par ailleurs des
conséquences sur les techniques d’organisation des libertés, en mettant notamment en lumière la
distinction célèbre entre trois procédés ou ensemble de procédés.

Dans l’aménagement de l’exercice d’une liberté, il est d’abord envisageable de prévoir un


régime articulant des sanctions, notamment pénales réprimant l’atteinte à la liberté
concernée. Un tel régime, qui implique en principe l’intervention du seul juge, permet
l’exercice immédiat de la liberté et assure plus largement la sécurité juridique, est
classiquement dit répressif. Il est évidemment plus libéral, au-delà du paradoxe de la
terminologie. On peut aussi concevoir un régime où l’exercice de la liberté est soumis au
8
consentement préalable de l’autorité, principalement exécutive, de sorte à en empêcher les
abus. La décision de l’administration, qui peut revêtir diverses formes (expresse ou tacite
notamment), et être ou non accompagnée de conditions, peut également être plus
discrétionnaire (elle peut, soit impliquer l’examen de la seule légalité de l’opération envisagée
ou la conformité à une série d’exigences préalablement définies, soit permettre une
appréciation en pure opportunité, au-delà des exigences du maintien de l’ordre public). Un tel
régime, qui peut ainsi moduler et assouplir la contrainte, est dit préventif. Il apparait moins
libéral. Le système de la déclaration préalable dont les combinaisons sont variables (contenu de
la déclaration, délai de dépôt, autorité de réception…), constitue une sorte de voie médiane
articulant formalité préalable et liberté d’agir, une fois le devoir d’information accompli. Le
système classique des libertés publiques consacre la préférence de principe donnée au régime
répressif, en particulier en réservant au seul législateur la possibilité d’instituer un mécanisme
d’autorisation préalable. En France, il s’agit d’une des affirmations du principe de liberté
découlant de l’article 4 de la Déclaration de 1789, avec entre autres, l’examen strict des restrictions
à la liberté (CE, 13 mars 1968, Ministre de l’Intérieur c/ Epoux Leroy).

2- La réalité et les limites des libertés publiques

Les libertés publiques ont longtemps pesé, en tant que concept, d’un grand poids dans le
droit public francophone. C’est l’expérience et le progrès de la réflexion qui auront contribué
à en souligner les graves limites. L’émergence et l’enracinement d’un régime général
juridique plus libéral correspondent effectivement à l’expérience juridique française à la fin
du XIXe siècle et de la première moitié du XXe. Malgré sa diversification, ce mouvement
d’ensemble s’inscrit toujours dans un contexte intellectuel où la loi seule parait résumer la
puissance normative dans l’Etat, ainsi que le dogmatise, de la manière, sans doute la plus
élaborée, Raymond Carré de Malberg, et où elle demeure juridiquement incontestable par le
juge ordinaire et en l’absence de mécanisme spécifique de contrôle de constitutionnalité des
lois. Le rapprochement de la pratique française avec les expériences étrangères semble
confirmer la singularité de la démarche de protection normative cantonnée à la loi, même si
on retrouve des situations analogues en Italie et en Belgique.

On doit aussi souligner la consécration scientifique et académique des libertés publiques.


Matière optionnelle de troisième année avant la réforme des études de droit de 1954 en France,
Cours obligatoire pour les étudiants de quatrième année ayant choisi le droit public après cette date,
l’enseignement des libertés publiques est devenu avec la réforme de 1962, un cours obligatoire pour
l’ensemble des étudiants de troisième année, sans que les changements ultérieurs dans
l’organisation des études de droit n’aient modifié le principe de cette architecture. Le nom du
professeur Jean Rivero reste associé à l’effort de systématisation des libertés publiques et à leur
enseignement.

Deux limites des libertés publiques peuvent être signalées : l’ambiguïté et la faiblesse
normative d’une part, la relativité historique d’autre part. L’essentiel de la difficulté en ce qui
concerne l’ambiguïté et la faiblesse normative réside dans le rôle assigné à la loi dans leur
consécration et leur protection. Ainsi, le passage progressif de «l’Etat de police » à « l’Etat
légal », n’était pas encore l’arrivée au stade de « l’Etat de droit » (M .J Redor). Outre la
faiblesse normative, il convient de relever aussi que la présentation des libertés publiques
9
comme phénomène historique s’est trouvée sans doute quelque peu idéalisée par leur
présentation classique. En effet, la doctrine traditionnelle parle volontiers de « l’âge d’or » des
libertés publiques sous la troisième République et se plait à mettre en avant son caractère
avant tout libéral.

Au final, on constate que les libertés publiques protégées par la loi s’avèrent les otages
potentiels ou réels de la politique. Faut-il alors un renouveau des libertés publiques ? Favoreu
affirme que la notion de libertés publiques, sans avoir perdu son sens, semble avoir perdu son
utilité d’où le besoin d’une nouvelle approche conceptuelle, celle des droits fondamentaux.
Toujours selon lui, une partie de la doctrine qui a choisi d’assumer le maintien aux « libertés
publiques » (C.A. Colliard, R. Letteron) semble négliger que le travail entrepris sur les droits
fondamentaux est avant tout conceptuel. Une telle posture reviendrait à nier la possibilité
même d’une théorie des droits fondamentaux comme normes. La démarche pose la même et
durable question méthodologique et épistémologique, niant analyse et dogmatique pour
s’attacher à la seule systématique. Elle soulève aussi la question de la relativité des droits de
l’Homme.

III- La relativité des droits de l’homme


Poser la question de la relativité des droits de l’homme peut sembler incongru. Pourtant,
plusieurs séries d’éléments conduisent à des précautions méthodologiques, voire à une remise
en cause sérieuse ou une contestation des droits de l’homme. Si lesdits droits comme idée
demeurent importants et utiles, leur imperfection comme instrument de protection apparait
tout aussi incontestable. On la découvre mieux en étudiant l’hétérogénéité des droits de
l’homme (A) et leur contestation (B).

A- L’hétérogénéité des droits de l’homme

Les droits de l’homme recouvrent des aspirations, couvrent des domaines et expriment des
revendications parfois fort différents (domaines et revendications), formant en définitive un
ensemble dont l’unité catégorielle peut se révéler fragile. Ce sont donc des droits différents
qui ont connu des générations différentes.

La première génération est celle de la déclaration française de 1789 ou du Bill of Rights


américain. Elle correspond aux droits et libertés les plus fondamentaux : sureté, liberté d’aller
et de venir, liberté de conscience et de religion, liberté d’expression, égalité devant la loi et les
charges publiques, propriété, garanties pénales essentielles….. Tout homme en dispose de par sa
naissance et a normalement le droit d’en jouir, sous des conditions et dans les limites dument
définies.

La deuxième génération correspond, chronologiquement, aux droits nouveaux proclamés


notamment à partir du préambule de la Constitution française de 1848, et fortement présents
dans les Constitutions postérieures à 1945 comme dans celles des États socialistes : droit au
travail et à l’emploi, droit à la protection sociale, droit à l’instruction et à la culture, droit de grève,
droit à la participation, droits de la famille, droits spécifiques des étrangers. Les droits de la
deuxième génération sont reconnus à tous, mais le plus souvent en tant que membres de
catégories déterminées des critères en rapport avec les systèmes de production ou en fonction
10
d’une situation sociale. C’est ce qui explique la dénomination courante de « droits
économiques et sociaux ». Ils sont, selon l’expression de Georges Burdeau, les droits de
« l’homme situé ». En outre, à l’opposé de la première génération, ces droits supposent non
une abstention, mais une intervention de la puissance publique propre non seulement à les
garantir, mais aussi à assurer leur mise en œuvre effective par la création de régimes
juridiques ou d’institutions leur donnant une portée concrètes (établissements scolaires,
sécurité sociale..). La sémantique même semble confirmer la différence. Alors que les droits de la
première génération sont plutôt formulés comme des « droits de… », ceux de la deuxième se
présentent le plus souvent comme des « droits à… ». À propos de ces derniers, on emploit d’ailleurs
couramment l’expression de « droits-créances », en voulant signifier que leurs titulaires ont des
droits non tant contre la puissance publique que sur l’État.

Le mouvement d’internationalisation des droits de l’homme et la volonté de prise en


compte, à travers la reconnaissance qu’ils procurent, de nouvelles aspirations sociales et
politiques ont abouti à la consécration, après 1945, de droits de troisième génération d’un type
encore différent des deux précédents. Parmi les divers droits revendiqués et non tous
reconnus, les droits dits de la « troisième génération encore qualifiés de « droits de
solidarité », sont ceux qui ont fait l’objet d’une reconnaissance générale, d’abord dans le
cadre de l’ONU : le droit à la paix, le droit au développement, le droit à l’environnement, mais
aussi le droit à la différence, le droit de propriété sur le patrimoine commun de l’humanité.

Ce droit, consacré à l’échelon international notamment par la Déclaration finale de la


Conférence de Stockholm de 1972, a fait l’objet d’une reconnaissance dans plusieurs Constitutions
nationales (article 20 loi fondamentale de la RFA de 1949, article 45 et 46 de la Constitution
espagnole de 1978, article 66 de la Constitution grecque de 1975. La Constitution française,
comprend une Charte de l’environnement. Les droits de la troisième génération, invocables par tout
homme, sont opposables à la puissance publique. Toutefois, la question de savoir si c’est l’humanité
ou chaque individu qui s’en trouve titulaire (en son nom propre, ou au nom et pour le bien de tous),
et celle de la puissance publique concernée, étatique ou supra-étatique, demeurent discutées. Sur le
premier comme sur le second point, les droits de la troisième génération apparaissent comme des
droits universels, non plus seulement dans leur essence et leur portée, mais dans leurs éléments
constitutifs mêmes, ce qui n’en clarifie ni le concept, ni l’emploi. Sous leur forme juridicisée, ces
droits ne s’avèrent pas moins problématiques. Ils revêtent le plus souvent la forme de normes
« programmatiques », définissant avant tout une obligation générale de l’État traduite en objectifs
d’action.

Certains auteurs, (G. Braibant et H. Maisl), devant l’expansion et l’emprise grandissante


des technologies de l’information et des modes de communication de plus en plus
compréhensifs, ont même avancé l’idée des droits de l’homme de la quatrième génération, sur
un mode très chronologique, proposant d’y inclure l’habeas data, c’est-à-dire le droit de
l’individu à la maitrise des données nominatives le concernant (article 35 de la Constitution
portugaise de 1976 telle que révisée en 1982 et 1989).

L’hétérogénéité des droits de l’homme ainsi présentée, que dire de la contestation de la


matière ?

11
B- La contestation des droits de l’homme

La fragilité des droits de l’homme provient également du fait qu’à rebours d’une
apparente et belle unanimité, et même si elles se sont estompées, existent des oppositions
directes à l’idée même des droits de l’homme telle qu’elle a été peu à peu forgée. Cette
contestation, avant tout idéologique et philosophique, est elle-même disparate. On peut la
résumer en quatre grandes tendances à savoir la contestation contre-révolutionnaire, la
contestation marxiste, la critique personnaliste et la contestation élitiste et autoritaire.

Historiquement, la première remise en cause des droits de l’homme « classiques » de la fin du


XVIIIe siècle a été le fait de courants critiques ou hostiles à l’esprit révolutionnaire de 1789 en
France. Cette contestation se décline sur des modes différents, mais de manière générale, reproche à
l’esprit révolutionnaire et à son héritage ses options et ses conclusions, et notamment, les droits de
l’homme de la Déclaration de 1789. Edmond Burke (1729-1797) fut sans doute le premier à
formuler une critique construite de l’expérience révolutionnaire toute nouvelle. Chef du parti Whig
(libéral) à la Chambre des Communes, défenseur notamment des colonies américaines et des
catholiques irlandais (irlandais lui-même d’origine), ce brillant orateur a voulu s’inscrire contre la
thèse défendue dans certains milieux libéraux anglais, assimilant la révolution de 1789 et celle de
1688, dans ses Considérations sur la Révolution française (1790), dans lesquelles il a dressé un
effrayant tableau de la Révolution. Entre autre, il récuse la démarche rationaliste d’inspiration
jusnaturaliste des rédacteurs de la Déclaration de 1789 qui proclame (la Déclaration) des droits
improprement qualifiés selon lui, de « naturels », trop abstraits pour être solidement fondés et avoir
une utilité véritable, et qui y inclut faussement le droit de chacun de participer à la chose publique.
Burke pense que seul le temps et les processus empiriques assurent la qualité et la longévité des
institutions, contrairement à tout esprit de système, et, d’autre part, les distinctions sociales et les
préjugés, fruit de l’évolution historique et du sens commun, assurent le bonheur de chacun, sans
empêcher toute transformation progressive et raisonnée.

À cette école de la contestation contre-révolutionnaire, on doit aussi citer le comte Joseph de


Maistre (1753-1821) et Charles Maurras (1868-1952).

Une autre critique, plus célèbre encore, émane du marxisme et de ses avatars. C’est dans un
écrit de 1843, À propos de la question juive, que Karl Marx (1818-1883), a systématisé le plus
clairement ses objections, par ailleurs présentes dans plusieurs autres ouvrages et découlant des
postulats de sa philosophie. Pour lui, les droits et libertés de la déclaration de 1789 ne sont qu’un
moyen supplémentaire et particulièrement trompeur d’asseoir la domination de la bourgeoisie sur le
prolétariat. L’espace d’expression de ces droits et le terrain de l’émancipation qu’ils garantissent
étant uniquement politiques, sont dissociés faussement le lieu de la véritable confrontation des
intérêts, celui de la production et de la société civile. L’individualisme fondamental des droits
classiques est l’objet particulier d’une telle critique, et tout spécialement, bien sur, le droit de
propriété. Le caractère fallacieux des droits et libertés classiques se trouve par ailleurs mis en avant.
Pour Marx, la liberté n’a pas de sens sans les possibilités de son exercice effectif et la disposition
des conditions de réalisation de l’émancipation. Prenant l’exemple de la liberté de presse, il
distingue entre les libertés formelles, les « fausses libertés bourgeoises », et les libertés réelles,
celles formulées et organisées de telle manière que chacun, par les moyens mis à sa disposition,

12
peut effectivement les exercer, et qui sont indissociables du combat de la justice sociale et
inconcevables hors d’une conception holiste.

On doit relever que d’autres courants doctrinaux, très différents du marxisme, ont parfois
concouru dans la critique de la démocratie libérale « bourgeoise » et des droits qu’elle proclame et
garantit. C’est le cas de la critique personnaliste. Emmanuel Mounier (1905-1950), théoricien du
personnalisme, décrie le capitalisme et l’affadissement et l’avilissement de l’esprit résultant de
l’avènement universel de la bourgeoisie sous toutes ses formes, contestant également l’idée de
souveraineté populaire et l’égalitarisme (qui aboutit à nier la valeur individuelle de chaque
personne) et prônant une démocratie organique personnaliste et un nouveau système économique
qui assurerait à la fois le primat du travail sur le capital et la juste récompense par le profit de
l’apport et du travail du possesseur du capital dans l’entreprise, dans une économie mixte.

La quatrième tendance contestatrice est celle qualifiée de contestation élitiste et autoritaire. Pour
Friedrich Nietzsche (1844-1900), la véritable humanité tient au plein épanouissement du désir de
vivre et de l’instinct vital de l’individu. Dans l’approfondissement du Moi de celui-ci, qui est son
émancipation progressive, ceux nés pour être chefs doivent exalter leur instinct et leur volonté de
puissance. Dès lors, le philosophe condamne toute fausse entrave morale (en particulier la morale
chrétienne) et toute construction du type de la démocratie libérale représentative. Il n’y a là, selon
lui que prétextes à entraver l’élan vital en imposant une fallacieuse considération pour les plus
faibles et, à terme, leur domination, notamment à travers les idées d’égalité des droits ou de pitié
pour les pauvres. Le fascisme et le national-socialisme ont développé la même critique, avant tout
dirigée contre la démocratie parlementaire et le libéralisme. Toutefois, seul le fascisme originel
(essentiellement avant 1926 et l’adoption du premier train législatif vraiment fasciste) s’est montré
aussi radicalement individualiste que l’était Nietzsche : fascisme institutionnel et nazisme reposent
au contraire sur une conception holiste et totalisante, opposée par essence autant que par principe
aux droits de l’homme.

Du moment où la question de la relativité des droits de l’homme a été débattue, quid de la


problématique générale de l’enseignement ?

IV- Problématique générale de l’enseignement


Les droits de l’Homme et libertés publiques demeurent philosophiques à la base. Il s’agit
de la philosophie des droits de l’homme dans sa conduite et son action, protégée de toute
ingérence dont celle en tout premier lieu de la puissance publique. Si le roi ne peut tout fait et
peut mal faire, la liberté de l’homme ne saurait être absolue. Un équilibre est nécessaire pour
la vie en harmonie dans la société. Autrement dit, il faut une conciliation entre le principe de
liberté et le respect de l’ordre public car, la société comprend les hommes, les institutions, les
gouvernés et les gouvernants. Pour réaliser cet équilibre, il faudra des normes soit écrites, soit
jurisprudentielles. Le cadre juridique posé, le fondement de chaque droit ou liberté acquiert
une valeur juridique par référence à une hiérarchie des normes. Afin d’éviter de sombrer
dans la contemplation normative, on évoquera aussi les aspects pratiques des droits de
l’homme.

13
Compte tenu de la densification de la matière et du souci de clarté pédagogique,
l’articulation de l’enseignement se présentera suivant une architecture classique, respectant la
logique binaire. Au bénéfice de ces observations, il sera donc question dans un premier temps,
d’étudier la théorie générale des droits de l’Homme et libertés publiques (Première partie) ;
dans un second temps, d’étudier aussi bien l’identification que la sauvegarde desdits droits et
libertés (Seconde partie).

PREMIÈRE PARTIE : THÉORIE GÉNÉRALE DES DROITS DE L’HOMME ET DES


LIBERTÉS PUBLIQUES

Il est question dans cette partie de notre enseignement d’étudier les procédés d’intégration et
de protection des droits de l’homme et des libertés publiques dans divers systèmes juridiques. L’une
des premières questions suscitées par toute théorie générale des droits de l’homme et des libertés
publiques est de savoir à quels niveaux juridiques se situe leur reconnaissance (On considère
généralement aujourd’hui que cette consécration doit être opérée au niveau de la norme juridique
supérieure c’est-à-dire par la Constitution elle-même). Une autre question suscitée par toute théorie
générale en la matière est celle de savoir comment les droits consacrés sont protégés. Les réponses à
ces deux questions constituent les deux chapitres de notre première partie. Autrement dit, nous
étudierons d’une part les garanties des droits de l’homme et des libertés publiques (Chapitre I),
d’autre part leur protection (Chapitre II).

CHAPITRE PREMIER : LES GARANTIES DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS


PUBLIQUES

Parler de garanties des droits de l’homme et des libertés publiques revient encore à voir les
différents instruments qui les encadrent. Ces instruments peuvent être intégrés dans les textes
internationaux de portée universelle ou régionale. Les textes en question peuvent aussi être
nationaux. Autrement dit, les garanties des droits de l’homme sont internationales (Section I) ou
nationales (Section II).

Section I : Les garanties internationales

On parle encore de garanties supranationales car leur espace d’expression est au-delà de
celui national. Le champ spatial d’application de ces textes ne se limite pas au territoire d’un seul
État. L’espace en question peut concerner tout le globe ou une partie plus vaste qu’un État. Ainsi,
les garanties internationales des droits de l’homme et des libertés publiques peuvent être soit
universelles (Paragraphe I) soit régionales (Paragraphe II).
14
Paragraphe I : Les garanties universelles

La première garantie universelle des droits de l’homme se trouve dans le cadre de l’ONU.
Membre de cette organisation, le Cameroun doit en respecter la Charte. Il est par ailleurs
moralement engagé par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948.
Ces deux instruments sont peu contraignants (A). D’autres par contre, le sont plus (B).

A- Les instruments peu contraignants

Comme déjà signalé, il s’agit de la Charte de l’Organisation des Nations Unies (1) et de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (2).

1- La Charte de l’ONU

Adoptée le 26 juin 1945 à San Francisco et entrée en vigueur le 24 octobre de la même


année, la Charte de l’ONU est un traité qui s’impose à tous les États membres de l’Organisation.
Cependant, elle comporte peu d’exigences en matière de garanties des droits de l’homme. Les rares
obligations qu’elle impose sont depuis longtemps entrées dans les mœurs des nations dites
« civilisées ». Il en va de même de la coutume internationale générale ; toute chose qui justifie le
caractère pas très contraignant de cet instrument.

2- La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Elle a été proclamée le 10 décembre 1948 à Paris au Palais Chaillot, toujours dans le cadre
de l’ONU, par 48 voix et 8 abstentions (URSS, Pays de l’Europe Orientale, Afrique du Sud et
Arabie Saoudite), ce qui nous renvoie au droit des Organisations Internationales et à la valeur
juridique de certains actes de ces organisations. Dans le droit des Nations Unies, il faut faire une
distinction claire entre les actes de l’Assemblée générale et ceux du Conseil de Sécurité. Si toutes
les décisions du Conseil de Sécurité qu’on appelle communément résolution ont un caractère
obligatoire et s’imposent de ce fait à tous les États, tel n’est pas le cas des décisions de l’Assemblée
Générale. Et s’il s’agit en plus d’une déclaration, la valeur juridique n’est pas obligatoire. On est en
présence d’un droit non contraignant sur l’aspect juridique, mais très contraignant sur le plan moral.
Elle est donc un guide pour la politique des gouvernements. Elle est aussi un phare pour l’espoir des
peuples, une plate-forme pour l’action des associations nationales de caractère civique (René
Cassin). La situation est diamétralement opposée dans les autres cas que nous étudierons.

B- Les instruments très contraignants

Naturellement, il s’agit d’engagements internationaux. Le droit conventionnel est le plus


pertinent. Le Cameroun se doit de respecter toutes les conventions internationales relatives aux
droits de l’homme auxquelles il est partie. Concrètement, il s’agit des pactes de 1966 (1) et des
autres conventions de portée universelle (2).

1- Les pactes de 1966

Pour donner force obligatoire à la Déclaration universelle de 1948, furent adoptés par
l’Assemblée Générale de l’ONU, le 16 décembre 1966, et ouverts à la signature le 19 décembre de
la même année, deux pactes internationaux, l’un relatif aux droits civils et politiques, l’autre relatif

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aux droits économiques, sociaux et culturels. Ces deux pactes ratifiés et publiés par de nombreux
États, sont incorporés à leurs droits internes et ont, en conséquence, une autorité supérieure à celle
des lois internes dans la plupart des cas (monisme avec primauté du droit international).

On doit aussi signaler le protocole facultatif de soumission au Comité des Droits de


l’Homme institué par le premier pacte, lequel est habilité à recevoir et examiner les plaintes
émanant des particuliers qui s’estiment victimes d’une violation d’un des droits énoncés dans le
pacte relatif aux droits civils et politiques.

Explications : Le Comité des droits de l’homme est entré en vigueur le 1er janvier 1977. Il
est composé de 18 experts indépendants élus pour 4 ans et rééligibles par les États parties. La mise
en œuvre du second pacte du 19 décembre 1966 relatif aux droits économiques, sociaux et culturels
ressort du Conseil Économique et Social de l’ONU (On y reviendra au niveau de la sauvegarde des
droits de l’homme).

2- Les autres conventions de portée universelle

Elles sont bien nombreuses et consacrent aussi bien les droits de l’homme en général que ceux de
l’enfant et de la femme en particulier. De façon arbitraire, on citera :

- La Convention pour l’élimination de la discrimination raciale du 21 décembre 1965


- La Convention pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes adoptée le 18
décembre 1979
- La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants adoptée le 10 décembre 1984
- La Convention internationale des droits de l’enfant du 26 janvier 1990
- Le Statut de Rome du 17 juillet 1998 instituant la Cour Pénale Internationale. (Au-delà des
récriminations faites à son encontre par certains États africains, la Contribution de la Cour
Pénale Internationale à la protection des droits de l’homme est significative dans la mesure
où elle symbolise l’étiolement des régimes de faveur). Évoquons à présent les garanties
régionales.

Paragraphe II : Les garanties régionales

Elles sont bien nombreuses. On insistera uniquement sur les garanties européennes (A) et
africaines (B).

A- Les garanties européennes

On peut les classer en deux blocs à savoir les garanties du Conseil de l’Europe d’une part (1)
et les garanties de l’Union Européenne d’autre part (2).

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1- Les garanties du Conseil de l’Europe

On dénombre une trentaine d’instruments de garanties des droits de l’homme dans le cadre
du Conseil de l’Europe. La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (signée à Rome, entrée en vigueur le 3 septembre
1953), bien qu’elle soit la plus importante des textes, ne garantit guère de droits nouveaux par
rapport à ceux proclamés déjà par les États qui y ont adhéré. Elle mentionne les droits individuels
classiques, à l’exclusion des droits économiques et sociaux dont la garantie concrète est plus
difficile à assurer. La convention de 1950 a le mérite de mettre en place un système de contrôle
particulièrement original et réellement supranational.

2- Les garanties de l’Union Européenne

À la différence du Conseil de l’Europe qui couvre l’ensemble du territoire européen, l’Union


Européenne a un espace géographique moins grand. Qu’à cela ne tienne, cette Communauté a mis
en place des instruments assez pertinents de garantie des droits de l’homme et des libertés
publiques. Le plus intéressant est sans doute la Charte des droits fondamentaux de l’Union
Européenne. D’autres instruments encadrent la citoyenneté, la libre circulation des personnes,
l’espace Schengen et le mandat d’arrêt européen. Qu’en est-il de l’Afrique ?

B- Les garanties africaines

Elles se concentrent autour de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. On
évoquera son adoption (1) avant son particularisme (2).

1- L’adoption de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples

Adoptée à l’unanimité le 28 juin 1981 à Nairobi par l’Assemblée des Chefs d’États et de
Gouvernements de l’Organisation de l’Unité Africaine, la Charte Africaine des Droits de l’Homme
et des Peuples insiste notamment sur le droit au développement. Cette Charte est entrée en vigueur
le 21 octobre 1981 et a été ratifiée par la majorité absolue des États africains. Si l’Organisation de
l’Unité Africaine a cédé la place en juillet 2002 à l’Union Africaine, la Charte est demeurée en
vigueur avec son particularisme.

2- Le particularisme de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples

Le Chapitre II de la Première Partie de la Charte est consacré aux devoirs de l’homme. En


effet, l’article 27-1 de ce chapitre dispose : « Chaque individu a des devoirs envers la famille et la
société, envers l’État et les autres collectivités reconnues et envers la Communauté Internationale ».
On note là un passage des droits aux devoirs de l’homme. En effet, la volonté de particulariser les
devoirs de l’homme dans la Charte africaine tient compte d’un concept spécifiquement africain aux
dires de Leclercq : l’individu en Afrique ne vaut essentiellement que par rapport au groupe dans
lequel il est inséré et auquel le rattachement de multiples liens affectifs, culturels et économiques.
C’est dans la mesure où l’homme africain a accompli ses devoirs envers son groupe qu’il peut
exercer ses droits de manière indépendante.

Explications : C’est ainsi que l’article 27 de la Charte Africaine inclut le développement


harmonieux de la famille, le service de la Communauté et sa défense, la défense de la sécurité
17
nationale, le renforcement de la solidarité sociale et nationale, la préservation de l’indépendance
nationale et de l’intégrité territoriale, le paiement de l’impôt, le renforcement des valeurs africaines
positives et la contribution de tout individu à la promotion et à l’achèvement de l’unité africaine.

Au final, on observe que le mouvement de garantie international des droits de l’homme et


des libertés publiques est évolutif. Il concerne aussi bien le globe que les régions qui le composent.
Il irrigue aussi les droits nationaux.

Section II : Les garanties nationales

Sur le plan national, on considère généralement aujourd’hui, que la consécration des droits
de l’homme doit être opérée au niveau de la couche de normes supérieure, c’est-à-dire par la
Constitution elle-même (Paragraphe I). Cependant, les apports du législateur et de l’administrateur
ne sont pas négligeables (Paragraphe II).

Paragraphe I : Les garanties constitutionnelles

Partant de la théorie des deux Constitutions du Doyen Hauriou, la question des garanties
constitutionnelles des droits de l’homme et des libertés publiques n’a pas souvent eu le même
retentissement selon qu’on évoque la constitution sociale (A) ou la constitution politique (B).

A- La constitution sociale

C’est le préambule de la Constitution. Il convient d’étudier son contenu (1) avant de


s’attarder sur sa valeur juridique (2).

1- Le contenu de la Constitution sociale

La Constitution sociale renferme généralement une déclaration des droits, libertés et devoirs
des individus. Autrement dit, c’est le lieu d’énonciation, mieux de consécration des droits de
l’homme et des libertés publiques. Elle précède la Constitution politique. Au Cameroun, on décèle
deux types de proclamations ou consécrations des droits de l’homme dans la Constitution sociale.
D’une part, on a la proclamation-adhésion (Le peuple camerounais proclame solennellement son
attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme, la Charte de Nations Unies, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et
toutes les conventions internationales y relatives et dûment ratifiées…). D’autre part, on a la
proclamation-énumération des droits et libertés que le Cameroun doit respecter (les droits civils et
politiques, les droits économiques et sociaux, les droits culturels, les droits de solidarité…). La
valeur juridique de la Constitution sociale a souvent été à l’origine de controverses doctrinales.

2- La valeur juridique de la Constitution sociale

La question soulevée à ce niveau est la suivante : le préambule de la Constitution a-t-il force


juridique ? Pour le dire autrement, l’individu peut-il se prévaloir du dispositif constitutionnel
preambulaire pour contester un acte ou un fait juridique qui lui est défavorable ? Après une longue
controverse doctrinale aussi bien en France qu’au Cameroun, le constituant camerounais a tranché
définitivement la question. L’article 65 de la Constitution du Cameroun est sans ambigüités : « Le

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préambule fait partie intégrante de la Constitution ». Désormais, la Constitution sociale a la même
valeur juridique que la Constitution politique.

B- La Constitution politique

Présentons sommairement la Constitution politique (1) avant de voir son contenu (2).

1- Présentation de la Constitution politique

La Constitution politique est celle qui traite du pouvoir de l’État au sens propre. On l’appelle
communément le dispositif ou corpus de la Constitution. Elle est constituée de titres, chapitres et
articles. C’est elle qui organise horizontalement les pouvoirs entre les gouvernants dans les régimes
libéraux, lesquels régimes peuvent épouser la formule rigide (régime présidentiel) ou souple
(régime parlementaire). La constitution politique peut aussi, selon les cas, organiser verticalement
l’État (décentralisation). La valeur juridique de la Constitution politique ne pose pas de problèmes.
Aussi convient-il de voir son contenu en relation aux droits de l’homme.

2- Le contenu de la Constitution politique

On se limitera à la Constitution de la République du Cameroun. D’après son article 1er, le


Cameroun est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Cette Constitution énonce
les principes fondamentaux de la démocratie libérale. D’après ce principe, la souveraineté nationale
appartient au peuple. Comme autre principe, on a le suffrage universel égal et secret, enfin la liberté
des partis et associations politiques qui concourent à l’expression du suffrage. Par ailleurs, la
constitution consacre son titre 10 aux Collectivités Territoriales Décentralisées. On doit noter que la
décentralisation s’inscrit dans un mouvement de reconnaissance des droits de l’homme car elle
consacre les libertés et la démocratie locale. Seulement, elle doit se concilier avec le principe
d’unité et d’indivisibilité de la République énoncé dans la même Constitution.

Qu’elle soit sociale ou politique, la Constitution, norme supérieure ne saurait à elle seule
garantir les droits de l’homme et libertés publiques. Penser ainsi, serait ignorer l’apport du
législateur et de l’administrateur. Les normes infra-constitutionnelles ont donc leur place dans la
garantie des droits de l’homme.

Paragraphe II : Les garanties infra-constitutionnelles

Certains auteurs parlent plutôt d’aménagement des droits de l’homme et des libertés
publiques au niveau infra-constitutionnel. Trois techniques sont généralement utilisées pour ce qui
est des garanties infra-constitutionnelles à savoir le régime déclaratif, le régime de l’autorisation et
le régime répressif. On insistera uniquement sur les normes infra-constitutionnelles c’est-à-dire pour
ce qui est de l’apport du pouvoir législatif (A) et de celui du pouvoir exécutif (B).

A- Les garanties législatives

Posons la règle (1) avant de voir ses justifications (2).

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1- La règle : la loi comme norme infra-constitutionnelle de référence en matière de droits de
l’Homme

La détermination matérielle du domaine de la loi telle qu’opérée par la Constitution de la


République du Cameroun (article 26 alinéa 1) permet d’affirmer la compétence principielle du
législateur en matière de droits et libertés. L’article 26 de la Constitution dispose clairement que la
loi fixe les règles relatives aux droits civiques, aux garanties fondamentales accordées au citoyen
pour l’exercice des libertés publiques. La Constitution procède par ailleurs et toujours à son article
26 à l’énumération des droits et libertés devant être garanties par le législateur. Quelles
justifications peut-on trouver à cette compétence de principe du législateur ?

2- Les justifications à la compétence de principe du législateur en matière de droits de l’homme

En tant qu’elle exprime la volonté générale et impersonnelle selon Carré de Malberg, la loi
constitue la norme de référence, d’aménagement des droits en libertés. Elle est donc la norme
pertinente pour aménager les droits et libertés. Partant de là, on peut s’interroger sur l’étendue de la
compétence du législateur. La Constitution réserve à la loi une compétence exclusive en matière
d’aménagement des droits et libertés fondamentaux en interdisant au législateur de s’en séparer au
profit d’autres organes. On parle de réserve de loi. Cependant, il n’est pas exclu que le pouvoir
réglementaire intervienne dans l’aménagement des droits de l’homme et des libertés publiques.

B- Les garanties réglementaires

En principe, l’article 26 de la Constitution du Cameroun exclut l’intervention du pouvoir


réglementaire en matière de garanties des droits de l’homme et des libertés publiques, même en cas
de carence du législateur. Il suit de là que le pouvoir réglementaire n’est compétent que pour
prendre des mesures d’exécution des lois. Mais de façon indirecte, le pouvoir réglementaire
intervient bel et bien dans l’aménagement des droits de l’homme et des libertés publiques. Il le fait
d’abord à travers l’exécution des lois. Il le fait aussi à travers les projets de lois soumis au législatif.
Là se situe les garanties réglementaires en période normale. Il peut aussi le faire en période de crise,
les fameuses circonstances exceptionnelles.

Qu’elles soient internationales ou nationales, il demeure constant que pour respecter l’état de
droit, ces garanties doivent souvent être mises en pratique par des organes juridictionnels ou non,
indépendants et rigoureux, contrôlant davantage l’administration en période exceptionnelle. C’est ce
qui justifie la protection des droits de l’homme et des libertés publiques.

20
CHAPITRE II : LA PROTECTION DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS
PUBLIQUES

Parler de protection des droits de l’homme et des libertés publiques revient à reconnaitre que
les gouvernants c’est-à-dire le législateur et l’administrateur peuvent mal faire. Ainsi, leur activité
doit être contrôlée. Et à partir du moment où elle se déploie contrairement au droit, elle doit être
frappée d’invalidité par le titulaire du pouvoir de contrôler et réguler la vie en société : le juge. Il
existe aussi des sanctions qui interviennent en dehors de toute procédure juridictionnelle. Ces
sanctions sont l’œuvre de personnes réagissant spontanément à l’action liberticide des pouvoirs
publics.

De tout ce qui précède, on constate que la protection des droits de l’homme et des libertés
publiques peut épouser deux formes. Elle peut être juridictionnelle (Section I) ou non
juridictionnelle (Section II).

Section I : La protection juridictionnelle

Il est clair que les menaces les plus sérieuses aux droits de l’homme et aux libertés publiques
sont principalement les œuvres du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Il suit de là que la
protection des droits de l’homme contre ces deux branches du pouvoir implique l’intervention du
juge qui peut être constitutionnel (Paragraphe I) ou ordinaire (Paragraphe II).

Paragraphe I : La protection par le juge constitutionnel

Cette protection se fait contre les atteintes du législateur. On la qualifie de contrôle de


constitutionnalité des lois. On étudiera cette protection en présentant dans un premier moment les
modèles étrangers de contrôle de constitutionnalité des lois (A) avant de s’attarder dans un second
moment sur le modèle camerounais (B).

A- Les modèles étrangers de contrôle de constitutionnalité des lois

Deux modèles retiendront notre attention : le modèle américain d’une part (1) et le modèle
français d’autre part (2).

1- Le modèle américain de contrôle de constitutionnalité des lois

Il est incontestablement le plus vieux. Le contrôle de constitutionnalité des lois s’installe


dans la pratique judiciaire américaine en 1803 avec la célèbre affaire Malbury c/ Madison. C’est un
contrôle diffus dans la mesure où il se fait par voie d’exception. Autrement dit, le déclenchement de
l’activité du contrôle n’est pas réservé à une catégorie de personnes, mais plutôt à tout citoyen qui,
face à une situation judiciaire, estime qu’une loi qu’on veut lui appliquer lors d’un procès est
contraire à la Constitution des États-Unis. La conséquence logique de ce type de contrôle est que la
loi déclarée inconstitutionnelle par le juge ne sortira pas de l’ordonnancement juridique, mais sera
tout simplement neutralisée pour ce procès. On comprend donc que c’est un contrôle qui se fait
après l’entrée en vigueur de la loi d’où son appellation de contrôle a posteriori, ce qui n’est pas le
cas du modèle français.

21
2- Le modèle français de contrôle constitutionnalité des lois

Il diffère du modèle américain. Le modèle français de contrôle de constitutionnalité des lois


a traversé de nombreuses zones de turbulence aussi bien sous la Troisième que la Quatrième
Républiques. Il ne s’est stabilisé que sous la Cinquième République avec la Constitution du 4
octobre 1958, en endossant aussi par la même occasion les vêtements d’un véritable contrôle de
constitutionnalité des lois. C’est un contrôle qui se fait par voie d’action. Autrement dit, il se fait
avant que la loi n’entre en vigueur, par une juridiction constituée des sages de la République, le
Conseil Constitutionnel. À la différence des États-Unis, la saisine du juge constitutionnel pour des
questions de constitutionnalité n’est pas ouverte à tous les citoyens, mais plutôt à une catégorie bien
précise, quand bien même depuis 2008, la Question Prioritaire de Constitutionnalité étendrait la
saisine. Que dire du modèle camerounais ?

B- Le modèle camerounais de contrôle de constitutionnalité des lois

Le Cameroun s’est inspiré du modèle français de contrôle de constitutionnalité des lois. Pour
mieux comprendre le modèle camerounais, il convient de procéder par étape en étudiant dans un
premier moment le contrôle d’avant 1996 (1) et dans un second moment le contrôle d’après 1996
(2).

1- Le contrôle d’avant 1996

Si on peut rechercher les éléments de justice constitutionnelle aussi bien pendant la période
fédérale que pendant la période unitaire, on doit malheureusement conclure que le fonctionnement
du contrôle de constitutionnalité pendant lesdites périodes est caractérisé par la paralysie, toute
chose qui ne contribue pas à la protection des droits de l’homme et des libertés publiques.

L’institution d’un contrôle de constitutionnalité des lois au Cameroun date de la Constitution


er
du 1 septembre 1961 (En effet, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, la Constitution du 04 mars
1960 ne prévoyait aucun mécanisme de contrôle de constitutionnalité des lois), avec la Cour
Fédérale de Justice, en l’occurrence sa Chambre constitutionnelle. C’est l’article 14 de la
Constitution du 1er septembre 1961 qui encadre le contrôle de constitutionnalité des lois. (« Le
président de la République fédérale saisit la Cour Fédérale de Justice dans les conditions prévues à l’article 34
lorsqu’il estime qu’une loi fédérale est contraire à la présente Constitution ou qu’une loi de l’un des États fédérés est
prise en violation des dispositions de la Constitution ou d’une loi fédérale »).
Sous la République fédérale,
l’initiative du contrôle de constitutionnalité des lois appartient principalement au président de la
République fédérale et accessoirement au président de l’Assemblée nationale fédérale. L’expérience
de la République fédérale sera reprise mutatis mutandis dans la Constitution du 02 juin 1972. (On a
l’article 10 qui précise que le président de la République saisit la Cour suprême dans les conditions prévues à l’article
32 lorsqu’il estime qu’une loi est contraire à la Constitution ).
Tout comme en République fédérale,
l’initiative du contrôle appartient au président de la République et au président de l’Assemblée
nationale, le vrai problème étant celui du fonctionnement du mécanisme.

Certains auteurs (Léopold Donfack) ont parlé de paralysie du contrôle de constitutionnalité


de lois au Cameroun de 1961 à 1996. Deux facteurs essentiels caractérisent cette paralysie à savoir
l’organisation lacunaire du contrôle de constitutionnalité et l’attitude contestable des juges
camerounais. Pour ce qui est de l’organisation lacunaire du contrôle, on doit signaler la composition

22
problématique de la juridiction qu’on peut qualifier de politisation masquée et une action en
constitutionnalité hypothéquée par une extrême fermeture de cette juridiction. (La composition de la
juridiction constitutionnelle faisait problème en raison de l’ambivalence de la qualité de juge constitutionnel. L’article
33 de la Constitution du 02 octobre 1972 et bien avant cela l’article 34 de la Constitution du 1 er septembre 1961,
dispose en effet lorsque la Cour est appelée à siéger en matière constitutionnelle, elle comprend outre les membres
titulaires, un nombre égal aux membres titulaires de personnalités désignées en raison de leur compétence et de leur
Quant à l’attitude contestable des
expérience pour une période d’un an par le président de la République ).
juges camerounais, elle peut se résumer dans le refus de ces derniers de contrôler la
constitutionnalité des lois par voie d’exception. Ce refus était fondé sur une interprétation restrictive
des dispositions et des règles de compétence en la matière. L’exception d’inconstitutionnalité n’était
guère recevable devant le juge judiciaire, qu’il soit civil ou répressif (Cour d’Appel de Garoua, 05
mai 1973 affaire dite des bandits de coffre-fort. Rétroactivité de l’ordonnance. Le juge répressif
refusa de statuer en déclarant qu’au Cameroun, le juge répressif n’est pas juge de la
constitutionnalité des lois). La position du juge administratif n’était pas différente de celle de son
homologue judiciaire (Affaire Item Mouelle Koula et Affaire Moungolo Doumbissi c/ État du
Cameroun). Les choses ont-elles évolué avec la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 ?

2- Le contrôle d’après 1996

Depuis le 18 janvier 1996, le Cameroun a opté pour un contrôle de constitutionnalité à


l’européenne. Les efforts du constituant de 1996 ont débouché sur l’instauration d’un conseil
constitutionnel garant de la suprématie de la Constitution et du contrôle de constitutionnalité des
lois. On remarque donc :

- L’institution d’une juridiction spéciale chargée du contrôle de constitutionnalité des lois et


située en marge de l’ordre juridictionnel classique
- L’idée d’un contrôle a priori de constitutionnalité des lois avec pour conséquence
l’annulation erga omnès des lois déclarées inconstitutionnelles
- L’influence relative du modèle français de Conseil constitutionnel.

Quant à l’organisation du contrôle, les attributions du Conseil constitutionnel et la procédure


devant cette juridiction, on se référera aux articles 46, 47, 48, 51 et 52 de la Constitution du
Cameroun.

Au final, on se rend à l’évidence que si de 1961 à 1996, la protection des droits de l’homme
et des libertés publiques par le juge constitutionnel était lacunaire, le constituant de 1996, a apporté
des solutions à ce problème. L’effectivité du Conseil constitutionnel qui ne saurait plus tarder ne
pourra que renforcer cette protection. Elle galvanisera aussi certainement l’action du juge ordinaire.

Paragraphe II : La protection par le juge ordinaire

Il est question de voir comment le juge protège les droits de l’homme et les libertés
publiques contre les atteintes de l’administration. On étudiera d’une part la protection par le juge
judiciaire (A), d’autre part la protection par le juge administratif (B).

A- La protection par le juge judiciaire

Il convient de voir d’abord l’étendue de la protection (1) avant son efficacité (2).

23
1- L’étendue de la protection

Historiquement, le juge judiciaire a toujours été considéré comme le meilleur gardien des
droits de l’homme contre les abus de l’administration. Sa compétence en la matière est affirmée à
deux niveaux.

En premier lieu, les agents publics coupables des atteintes aux droits de l’homme sont
traduits devant les tribunaux judiciaires. Par ailleurs, les tribunaux judiciaires sont compétents pour
se prononcer par voie d’exception sur la légalité des règlements administratifs servant de base à
l’acte administratif litigieux. (Il reste qu’ils ne pourront pas annuler ces règlements, l’annulation
étant du ressort exclusif du juge administratif).

En second lieu, le juge judiciaire est compétent en ce qui concerne les rapports de
l’administration avec les particuliers, aussi bien en cas d’existence d’une faute personnelle de
l’agent (Ici, le juge judiciaire est compétent pour sanctionner l’agent public au titre de sa responsabilité civile
personnelle à condition que cette faute soit dépourvue de tout lien avec le service public) qu’en cas d’existence
d’une faute de l’administration. Dans cette dernière hypothèse, le juge judiciaire est compétent
quand l’action administrative constitue par elle-même une atteinte aux droits de l’homme et aux
libertés publiques. L’emprise et la voie de fait constituent les illustrations marquantes de
l’intervention du juge judiciaire pour protéger les particuliers contre les atteintes de
l’administration, l’efficacité de cette intervention méritant d’être étudiée.

2- L’efficacité de la protection

L’efficacité de la protection par le juge judiciaire se révèle plus particulièrement à l’occasion


de l’exercice de certaines libertés qui interfèrent dans le domaine naturel de la compétence
judiciaire. La protection du juge judiciaire est tellement efficace que l’administration cherchera
chaque fois qu’elle le pourra à la limiter et si possible l’éliminer. Elle le fera par le canal de la
création des tribunaux d’exception ou encore des tribunaux militaires dont les compétences sont
étendues aux affaires civiles, toute chose qui aboutit à soustraire le justiciable de son juge naturel. À
l’évidence, c’est une manière d’étendre le pouvoir de l’administration au détriment de la liberté, de
limiter la protection du juge judiciaire, le juge administratif ne pouvant efficacement remédier à
cette limitation.

B- La protection par le juge administratif

Nous examinerons cette protection par rapport à son étendue (1) et à son efficacité (2).

1- L’étendue de la protection

La protection de la juridiction administrative porte sur les actes administratifs qu’ils soient
individuels ou non. Le juge administratif exerce donc sur ces actes un contrôle de légalité et de
responsabilité. Ledit contrôle est exercé sur les règlements d’application des lois, sur les règlements
autonomes et même sur les ordonnances. On remarque ainsi une certaine tendance claire à la
soumission des actes administratifs au contrôle du juge. Encore faut-il s’interroger sur l’efficacité
de la protection effectuée par le juge administratif.

24
2- L’efficacité de la protection

L’extension de la compétence juridictionnelle en matière réglementaire est une bonne chose


car, elle contribue à l’accroissement des pouvoirs du juge administratif. Cependant une question
fondamentale demeure : l’indépendance du juge administratif par rapport au pouvoir exécutif est-
elle effective au Cameroun ? Sans pour autant être absolument négatif, il faut noter qu’en matière
de contentieux des droits de l’homme, le juge administratif a souvent statué en faveur du pouvoir.
On doit fatalement relever le poids de l’histoire dans cette posture du juge administratif
camerounais. En effet, la rébellion upéciste et la légalité de crise qui s’en est suivie ont fortement
conditionné l’attitude du juge administratif.

Aujourd’hui, les choses ont évolué. Le juge qu’il soit constitutionnel ou ordinaire, en vertu
de sa mission de contrôle et de régulation, doit constituer un contrepoids face aux actions
liberticides du législateur ou de l’administration. Mais pour que le juge puisse sanctionner les
agissements du contraire aux principes républicains, il faut déjà qu’il soit saisi. Pour le dire
autrement, il faut que des recours soient intentés. Les titulaires des droits à protéger par le juge
doivent le saisir, limitant de la sorte la protection non juridictionnelle.

Section II : La protection non juridictionnelle

On la qualifie encore de protection politique. Elle apparait comme des possibilités mises à la
disposition des individus et leur permettant de s’élever contre la violation de leur liberté. On
distingue la protection non juridictionnelle défensive (Paragraphe I) de la protection non
juridictionnelle offensive (Paragraphe II).

Paragraphe I : La protection non juridictionnelle défensive

Dans cette configuration, les individus qui estiment que leurs droits sont violés, peuvent
s’élever contre ladite violation de deux manières. Ils peuvent refuser d’obéir (A) ou résister à
l’oppression (B).

A- Le refus d’obéissance

Dans la société, le respect du droit est un principe cardinal pour que la vie soit harmonieuse
entre les individus. Seulement il se pose un sérieux problème lorsque la règle de droit à respecter est
considérée par l’individu qui doit la respecter comme injuste. En mettant en avant sa conscience, ce
dernier peut refuser d’obéir à la règle de droit. Agissant de la sorte, l’individu transpose le problème
sur le terrain de la morale, le transformant en problème de valeur. En d’autres termes, l’individu fait
prévaloir la règle morale sur la règle de droit sans pour autant remettre en cause la légitimité du
pouvoir qui a établi cette règle. Il faut aussi souligner que l’insoumission personnelle est tolérée,
mais pas l’insubordination concertée et collective. Cela revient aussi à dire que l’individu qui refuse
de respecter, pour des raisons morales, la règle de droit ne saurait le faire que de manière passive.
Ceci n’est exactement pas le cas de la résistance à l’oppression.

B- La résistance à l’oppression

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Une interprétation de cette
déclaration du Christ nous permet d’affirmer la condamnation implicite de la résistance au pouvoir
25
temporel par les saintes écritures. Pour le dire autrement, les saintes écritures prônent le devoir
d’obéissance au pouvoir temporel. Cette position de l’Eglise n’a pas toujours été constante. En
effet, le devoir d’obéissance prôné par les saintes écritures sera soutenu par l’Eglise selon les
circonstances et ses intérêts. (L’Eglise va évoquer le droit de résistance dans sa propre lutte contre les princes
laïcs qui s’opposaient à elle. Et une fois qu’elle fut définitivement associée au pouvoir des monarques, l’Eglise prônera
de nouveau la soumission au pouvoir temporel, pour ensuite changer d’attitude une fois que l’Etat revendiquera sa
laïcité c’est-à-dire son indépendance vis-à-vis de la Religion).

Au-delà de ces oscillations de l’Eglise, le problème de la résistance à l’oppression s’est


laïcisé dans le cadre de la contractualisation des rapports sociaux. En cas de violation du contrat
social par le monarque, le peuple sera fondé de contester le pouvoir de ce dernier. Le peuple peut
donc s’insurger contre le monarque qui refuse de servir le bien commun, devenant ainsi un tyran.
C’est une idée qui s’est imposée tout au long de l’histoire de façon violente ou non. Au rang des
moyens non violents de résistance à l’oppression, il y a entre autre la non-coopération, la
désobéissance civile. Le terrorisme est le cas le plus illustratif des moyens violents de résistance à
l’oppression. Si le problème de l’illégalité du terrorisme ne se pose pas, celui de sa légitimité pose
un souci. Pour certains, le terroriste est un ennemi de la démocratie, pour d’autres, il est un
combattant de la liberté. C’est par cette controverse que nous passerons à l’étude de la protection
non juridictionnelle offensive des droits de l’homme et des libertés publiques.

Paragraphe II : La protection non juridictionnelle offensive : la Révolution

Parler de protection non juridictionnelle offensive des droits de l’homme et des libertés publiques,
revient à évoquer la notion de révolution (A) avant de présenter l’interminable débat autour d’elle
(B).

A- La notion de révolution

Quand l’oppression devient insupportable, surgit en l’homme un désir de mettre fin à cette
oppression. Ce désir peut se matérialiser de manière pacifique, sans remettre frontalement en cause
l’ordre juridique établi. Il peut aussi se matérialiser en remettant en cause l’ordre juridique établi, en
œuvrant de manière violente pour le changement de cet ordre juridique. Les individus ne se
reconnaissant plus dans leurs institutions ou en leurs gouvernants, ils décident de faire table-rase, de
repartir sur des nouvelles bases. Ils décident d’affronter les foudres du pouvoir, de le renverser et
ce, généralement de manière violente (certains vous parlerons de révolution non violente, mais il est
très difficile de faire les omelettes sans casser les œufs) : c’est la révolution entendue comme le
changement de l’ordre social par la violence. Les situations vécues ces dernières années en Afrique
du Nord (le printemps arabe) et tout dernièrement en Ukraine nous font comprendre que ce mode de
changement d’ordre ne s’étudie pas seulement dans les manuels d’histoire. La révolution est-elle
souhaitable ? Est-elle un fait ou alors un phénomène juridique ?

B- Le débat autour de la révolution

Ce qui est constant, c’est le mystère de la révolution. Les deux questions centrales posées
plus haut ne trouvent pas de réponses convergentes aussi bien de la part de la doctrine classique que
de la part de l’homme de la rue.

26
De prime abord, la révolution est un pur fait. Elle n’est pas un phénomène juridique. La
doctrine positiviste admet qu’une révolution est un processus violent accompli en dehors de toute
procédure juridique. Comment comprendre alors qu’une action violente menée en dehors du droit et
contre le droit puisse abolir l’ordre juridique établi, que la force brutale crée un nouvel ordre
juridique ? Selon le professeur Jacques Robert de l’Université de Paris II, la réponse à cette
question peut être trouvée dans le fait que la révolution, lorsqu’on examine son mécanisme, n’est
pas seulement un pur fait, elle est aussi dans nombre de ses aspects, un phénomène juridique.

À l’observation, la révolution prend corps lorsque la conception sur laquelle se fonde la


répartition des pouvoirs dans un État donné, à un moment donné, ne rencontre plus l’adhésion des
citoyens. Dès lors, surgit une nouvelle conception du pouvoir, avec pour ambition affichée le
remplacement des autorités en poste. Autrement dit, quand un peuple cesse de voir le droit comme
art du bon et du juste, le considère comme démodé, la révolution est aux portes. En cas de réussite,
un nouveau droit s’installera. En cas d’échec, les conséquences sont souvent imprévisibles.

Au final, si la révolution est désirable, elle ne sera pas toujours souhaitable. Il faut s’investir
pour faire avancer les droits de l’homme et les libertés publiques. Mais il faut le faire en ayant à
l’esprit de préserver les acquis. Karl Marx disait que le progrès se fait par bond, ce qui est bien
différent de la table-rase qui caractérise la révolution. Il faut donc avancer en empruntant les voies
les moins dangereuses, même si c’est à partir des révolutions que l’individu a pu bénéficier d’un
certain nombre de droits de l’homme et de libertés publiques. Après avoir étudié les mécanismes de
leur garantie et de leur protection, il faut à présent les identifier et voir comment ils sont
sauvegardés.

27
SECONDE PARTIE : L’IDENTIFICATION ET LA SAUVEGARDE DES DROITS DE
L’HOMME ET DES LIBERTÉS PUBLIQUES

Si les précédents chapitres ont éclairé notre lanterne sur comment les droits de l’homme et
les libertés publiques sont garantis et protégés, il s’agit à ce stade de l’enseignement de préciser les
contours des droits et libertés en question. On analysera lesdits droits et libertés par leur importance
pour le développement de la démocratie. Il s’agit aussi de voir la contribution des acteurs non
étatiques à la construction et à la consolidation de l’État de droit. Cette contribution est aussi bien
internationale que nationale, ce qui confirme le mouvement d’universalisation des droits de
l’homme et des libertés publiques.

Au bénéfice de ces observations, le travail à faire dans cette deuxième partie de notre
développement consiste à identifier d’abord les droits de l’homme et les libertés publiques
(Chapitre I) avant d’étudier leur sauvegarde (Chapitre II).

CHAPITRE I : L’IDENTIFICATION DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTÉS


PUBLIQUES

Louis Favoreu qui parle de « droits protégés », estime qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que
certains puissent penser que l’énumération des droits et libertés ressemble à un inventaire à la
Prévert, (dès lors qu’ils ignorent les éléments de théorie générale des droits de l’homme dont la
vertu est justement de donner une cohérence à l’ensemble de ces droits). Au-delà de cette
affirmation, ce qui est constant est le fait qu’il n’est pas possible de prétendre à l’exhaustivité du
moment où le champ des droits de l’homme et des libertés publiques reste par nature ouvert. On
peut classer ces droits en se fondant sur la chronologie. Ainsi on parlera de droits de première
génération, de deuxième, troisième voir quatrième génération. À cette classification intéressante,
nous préférons celle qui consiste à distinguer les droits et libertés physiques (Section I) des droits et
libertés intellectuelles et relationnelles (Section II).

Section I : Les droits et libertés physiques

Ce sont les droits qui permettent aux individus de s’épanouir, ou encore de réaliser leur
destinée personnelle. Si Jean Rivero parle de pouvoir d’autodétermination, Jean-Marie Pontier
quant à lui, parle de libertés de l’être humain. En ce qui nous concerne, nous envisagerons l’étude
des droits et libertés physiques sous un double aspect. Nous présenterons d’abord les droits et
libertés physiques essentiels (Paragraphe I) avant de voir les autres droits et libertés physiques
(Paragraphe II).

Paragraphe I : Les droits et libertés physiques essentiels

On qualifie certains droits de l’homme et libertés publiques d’essentiels parce qu’ils visent à
garantir la vie et l’intégrité personnelle. On peut les classer en trois blocs : La sureté personnelle
(A), le droit au respect de la personnalité (B) et la liberté d’aller et venir (C).

28
A- La sureté personnelle

Le préambule de la Constitution du Cameroun est sans ambigüités : « Nul ne peut être


poursuivi, arrêté ou détenu que dans les cas et selon les formes déterminées par la loi ». Par cette
disposition, le constituant consacre la sureté personnelle qu’on peut définir comme la garantie que
l’individu ne sera poursuivi, arrêté et détenu que sur la base d’une norme juridique préalablement
établie, et qu’il ne le sera que parce que cela est nécessaire à la protection de l’ordre public. La
sureté personnelle implique quatre garanties ou principes à savoir la légalité des délits et des peines
(1), la non rétroactivité des lois (2), la présomption d’innocence (3) et une justice satisfaisante (4).

1- Le principe de la légalité des délits et des peines

Cesare Beccaria ne pensait peut-être pas rendre un service inestimable à l’humanité en


évoquant le principe de la légalité des délits et des peines, lequel principe entraine deux
conséquences : une incrimination précise et une interprétation stricte des textes de la part du juge.
S’agissant de la précision de l’incrimination, le juge (d’instruction) doit qualifier les faits poursuivis
en visant un texte applicable. Il ne peut y avoir de poursuite que si le fait est prévu et puni par la loi.
Quant à l’interprétation stricte des textes, le juge doit se limiter seulement aux hypothèses prévues
par la loi et rien qu’à ces hypothèses. En d’autres termes, il ne pourra raisonner en recourant à
l’analogie légale ou juridique (L’analogie juridique consiste pour le juge à se fonder sur l’esprit du
système juridique pour prononcer une peine non prévue par les textes).

2- Le principe de la non-rétroactivité des lois

Ce principe, encapsulé dans la problématique de l’application de la loi dans le temps, est le


fondement de toute sécurité juridique. Aussi, pour les besoins de sécurité juridique, la loi ne dispose
que pour l’avenir, sauf si elle est plus douce (rétroactivité in mitius pour la loi pénale). En principe,
nul ne peut être jugé et puni qu’en vertu d’une loi promulguée et publiée antérieurement au fait
punissable.

3- La présomption d’innocence

Le préambule de la constitution du Cameroun est clair : « Tout prévenu est présumé


innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie au cours d’un procès conduit dans le strict respect
des droits de la défense ». Tant qu’un jugement de condamnation définitive n’est pas intervenu,
l’inculpé doit être considéré comme innocent même s’il existe contre lui des indices graves et
concordants de culpabilité. En outre, il revient à l’accusation d’apporter la preuve de la culpabilité,
le doute profitant à l’accusé.

4- Une justice satisfaisante

Il ressort clairement du préambule de la Constitution du Cameroun que la loi assure à tous


les hommes le droit de se faire rendre justice. Pour qu’il en soit ainsi, deux conditions doivent être
remplies. En premier lieu, la justice doit être accessible au justiciable. Une justice trop lointaine,
une justice trop couteuse, une justice trop lente et inhumaine n’est point accessible au justiciable.
En second lieu, le justiciable doit avoir confiance en ses juges. Pour le dire autrement, le justiciable
doit être jugé par un juge indépendant ; il doit être jugé par un juge impartial ; il ne doit pas être
distrait de son juge naturel (cette affirmation soulève la problématique des tribunaux d’exception).
29
B- Le droit au respect de la personnalité

Il s’agit ici de tabler sur le droit à la vie (1), celui de disposer de son propre corps (2), le
droit à la différence (3) et celui au respect de l’intégrité physique (4).

1- Le droit à la vie

Le préambule de la Constitution du Cameroun ne dit pas autre chose que la Déclaration


Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 : « Toute personne a droit à la vie ». Ce
droit ne peut être assuré que si l’État crée des conditions nécessaires à la garantie de la sécurité des
personnes et garantit le droit à une vie décente. C’est le sens de l’article 25 de la DUDH et de
l’article 11 § 1 et 2 du Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

2- Le droit de disposer de son propre corps

Jean-Marie Pontier parle de la liberté de la personne devant la vie. Notre époque voit
s’affirmer progressivement la maitrise des mécanismes de la vie. Cela soulève de nouvelles
questions éthiques, mais aussi la reconnaissance de nouvelles libertés en ce qui concerne aussi bien
l’accueil de la vie que l’interruption de la vie.

Pour ce qui est de l’accueil de la vie ou du don de la vie, ou encore du droit à la vie, il se
présente sous deux aspects : le droit de vivre (Si ce droit est fortement reconnu, certaines actions de
purification ethnique sont malheureusement à déplorer) et le droit de donner la vie, lequel a connu
en quelques années, de rapides et spectaculaires développements en raison des progrès accomplis
dans le domaine de la procréation médicalement assistée. Deux techniques permettent désormais de
répondre à la demande de personnes qui désirent un enfant hors des relations sexuelles :
l’insémination artificielle et la fécondation in vitro. (L’insémination artificielle de la femme est
pratiquée à l’aide du sperme du conjoint ou du concubin et là c’est l’insémination intraconjugale.
L’insémination peut aussi se faire à l’aide du sperme d’un donneur et là on parle d’insémination
avec donneur. Ce dernier cas soulève de nombreux problèmes juridiques. Quant à la fécondation in
vitro, elle s’effectue, comme son nom l’indique, hors de l’utérus avec transfert d’embryons. Cette
technique soulève le problème du statut juridique de l’embryon).

Quant à l’interruption de la vie, elle pose la question du suicide, celle de l’interruption


volontaire de grossesse et celle de l’euthanasie. Si la tentative de suicide n’est pas punissable, en
revanche, la complicité l’est, sur le fondement de la non-assistance à personne en danger.
L’interruption volontaire de grossesse a été définitivement légalisée en France le 31 décembre 1979.
Pour que la femme qui désire mettre terme à une grossesse en bénéficie, certaines conditions
doivent être remplies (situation de détresse, avant la fin de la douzième semaine). Quant à
l’euthanasie, ce terme désigne l’action de mettre fin délibérément à la vie d’un malade. On
distingue deux formes d’euthanasie. L’euthanasie passive consiste à refuser l’acharnement
thérapeutique et à écourter éventuellement, la vie du malade en lui administrant des sédatifs pour le
soulager. L’euthanasie active par contre, consiste à donner délibérément la mort à un malade avec
ou sans son accord (les Pays-Bas ont été le premier pays au monde à légaliser en 2000 l’euthanasie).

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3- Le droit à la différence

La différence dont il est question ici est relative à l’orientation sexuelle. En d’autres termes,
il s’agit d’évoquer la question de l’homosexualité et de la transsexualité.

L’homosexualité est le fait d’entretenir des relations sexuelles avec une personne du même
sexe. On peut le dire sans risque de se tromper, c’est une inversion de l’instinct sexuel. Cette
situation est même considérée par certains comme une infirmité, voir une maladie puisque allant
contre tendance. Naturellement, le masculin doit s’accoupler avec le féminin. L’homosexuel est
celui ou celle qui a une affinité sexuelle pour les personnes de son sexe. Dans certains pays
occidentaux comme la France et l’Angleterre pour ne citer que ceux-là, l’homosexuel a réussi à
sortir de la clandestinité. Le législateur lui a reconnu son droit à la différence. Un homme s’il le
veut peut même épouser un homme, adopter les enfants. Une femme si elle le désire, peut convoler
en juste noce avec une autre femme, avoir même des enfants. Dure peut être la loi, bizarre peut être
la loi, mais la loi c’est la loi. Cependant, il convient de souligner qu’à ce rythme, on pourrait se
retrouver en occident, et ceci dans moins d’un siècle, dans une configuration où l’homme réclamera
son droit de s’accoupler avec les animaux (zoophilie). (Pour ne pas arriver à cette situation
dramatique, le législateur camerounais, en s’appuyant sur les particularismes africains doit
persévérer dans son refus de reconnaitre le droit des homosexuels).

Quant au transsexualisme, il se caractérise par le sentiment éprouvé par un individu


normalement constitué d’appartenir au sexe opposé, avec désir intense et obsédant de changer d’état
sexuel, anatomie comprise, pour vivre sous une apparence conforme à l’idée qu’il s’est fait de lui-
même. Pour atteindre son objectif, cette personne se soumet à des traitements médicaux et aux
interventions chirurgicales en vue de changer de sexe. Le transsexualisme soulève les questions
essentielles de l’intégrité physique, des bonnes mœurs, du respect à la vie privée et des limites
mêmes de disposer de son propre corps. Le juge français, n’ayant pas pu résister à la pression de la
Cour européenne des droits de l’homme, a été contraint à la validation des opérations médicales et
chirurgicales afférentes au changement de sexe (Cass ; Ass. Plén, 11/12/1992, Réné X, JCP 1993,
n°21991 : en l’espèce, le prénom « René » est transformé en « Renée » et la mention « sexe
masculin » est remplacée par la mention « sexe féminin » dans l’acte de naissance. En Argentine, le
problème ne se pose plus puisqu’on ne mentionne plus le sexe de l’enfant dans l’acte de naissance
et sur la carte d’identité). Le législateur camerounais quant à lui n’a pas encore validé le
transsexualisme.

4- Le droit au respect de l’intégrité physique

Le préambule de la Constitution du Cameroun dispose que : « Toute personne a droit à la vie


et à l’intégrité physique et morale. Elle doit être traitée en toute circonstance avec humanité. En
aucun cas, elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants ».

Par cette disposition, le constituant camerounais condamne fermement toute atteinte illégale
à l’intégrité physique. Dans un premier temps, il interdit absolument de soumettre un individu à la
torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il est également interdit de
mener toute expérience médicale ou scientifique sans avoir obtenu le consentement préalable de la
personne. Dans un second temps, il interdit absolument l’esclavage, la servitude et le travail forcé.
31
Mais il existe des situations d’atteintes légales à l’intégrité physique. Elles sont de deux
ordres à savoir les atteintes infligées aux individus à des fins d’ordre public et celles décidées pour
des besoins de santé publique. La plus grave atteinte infligée à l’individu à des fins d’ordre public
est la peine de mort. Si certains pays ont aboli la peine de mort, d’autres la pratiquent encore malgré
l’adoption de la résolution 36/59 de l’Assemblée générale de l’ONU. On parle de mort à froid car,
c’est une atteinte décidée par une loi. Cette atteinte ne pourra être décidée que par un tribunal
compétent, se fondant strictement sur une loi et pour des infractions bien déterminées et limitées. La
mort à chaud peut aussi être infligée dans le cas de mesures de maintien de l’ordre, c’est-à-dire la
protection des personnes et de leurs biens, la répression d’une émeute, la lutte contre le grand
banditisme (les braqueurs d’écobank seront fusillés) etc. Agissant dans ce domaine, les forces de
l’ordre doivent avoir le souci de la proportionnalité.

C- La liberté d’aller et de venir

« Tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer librement sous réserve des
prescriptions relatives à l’ordre, à la sécurité et à la tranquillité publics ». Par cette disposition du
préambule, le constituant camerounais proclame la liberté d’aller et de venir qui comprend la liberté
de mouvement (1) et la liberté de séjour (2).

1- La liberté de mouvement

La liberté dont il est question ici renvoie à la circulation à l’intérieur des États et à la liberté
de mouvement d’un État à l’autre. La circulation à l’intérieur des États, bien que libre, peut être
soumise au contrôle d’identité au niveau des barrières de police ou de gendarmerie. Ce sont là des
restrictions à la liberté d’aller et de venir qui sont fixées pour des raisons de sécurité intérieure,
d’ordre public et même de santé publique. La liberté de mouvement d’un État à l’autre se compose
en droit de quitter et de revenir dans son propre pays et en la possibilité d’entrer dans un pays
étranger. En se fondant sur la souveraineté des États, l’entrée dans un pays étranger est par
définition limitée. Il suit de là que le séjour dans pays étranger ne sera pas toujours facile.

2- La liberté de séjour

En principe, le séjour à l’étranger est soumis à l’autorisation préalable de l’État d’accueil. Le


citoyen devra se munir du titre l’y autorisant lequel titre peut être de courte, de moyenne, ou de
longue durée. La Convention de Genève du 28 juillet 1951 accorde un régime particulier aux
réfugiés (« Tout État contractant accordera aux réfugiés se trouvant régulièrement sur son
territoire le droit d’y choisir leur lieu de résidence et d’y circuler librement sous les réserves
instituées par la réglementation applicable aux étrangers en général dans les mêmes
circonstances »). L’expiration de la période de séjour autorisée, met fin au séjour et l’étranger doit
quitter le territoire de l’État hôte. Il faut signaler que dans un espace communautaire, la liberté de
séjour est plus poussée pour les citoyens de la communauté. C’est ce qui devrait être le cas dans
l’espace CEMAC. Le camerounais, le centrafricain, le congolais, l’équato-guinéen, le gabonais et le
tchadien devrait séjourner dans tous les pays de la CEMAC sans trop de tracasseries. On doit donc
regretter l’attitude égoïste de certains États de la sous-région qui refusent d’appliquer les
dispositions communautaires, érigeant de ce fait des obstacles au développement harmonieux de la
communauté.

32
Paragraphe II : Les autres droits et libertés physiques

Il s’agit des droits qualifiés généralement d’économiques. On distinguera le droit de propriété (A)
de la liberté d’entreprise (B).

A- Le droit de propriété

Le droit de propriété est un droit fondamental. C’est le droit de posséder des biens, d’en
jouir à l’effet de réaliser sa destinée personnelle en s’épanouissant tant socialement
qu’économiquement. L’État ne peut en priver l’individu que dans les cas où l’intérêt général est en
cause. Dans ce cas, on parlera d’expropriation pour cause d’utilité publique. L’État qui exproprie
pour cause d’utilité publique devra indemniser. Le principe est que la propriété est un droit
imprescriptible et sacré de l’homme. Et pourtant, la réalité est différente. On constate une inégalité
flagrante en matière de propriété, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en
développement.

B- La liberté d’entreprise

On l’appelle également liberté du commerce et de l’industrie. Elle renvoie à l’idée que tout
individu est libre de défendre ses intérêts en prenant des initiatives dans le domaine économique en
vue de la production des richesses ou pour peser de manière quelconque sur la production et la
répartition des richesses. Elle est selon le Professeur Jean Gicquel, « une liberté nécessaire à
l’individu qui souhaite réussir sa vie sur le plan matériel, mais se préoccupe peu de dépasser ce
niveau soit par la spéculation intellectuelle, soit par l’action sur ses semblables ».

On pourrait aussi classer au titre des droits et libertés physiques, le respect de la vie privée
par la protection du domicile, le respect du secret de la correspondance, le respect des conversations
téléphoniques. Tous ces droits et libertés doivent être respectés par les pouvoirs publics. Ceci
contribuera à l’épanouissement de l’homme. Ce dernier se réalisera d’avantage s’il exerce ses droits
et libertés intellectuelles et relationnelles.

Section II : Les droits et libertés intellectuelles et relationnelles

Ces droits ont un lien fort soit avec l’esprit, l’idéologie, la politique, l’économie, le groupe.
On étudiera les libertés de l’esprit (Paragraphe I) avant les autres droits et libertés intellectuelles et
relationnelles (Paragraphe II).

Paragraphe I : Les libertés de l’esprit

En plus de jouir de sa liberté physique, l’individu doit également satisfaire ses envies
spirituelles et intellectuelles. Il doit s’exprimer librement (A), vivre ses croyances sans obstacles (B)
et choisir librement son régime d’enseignement (C).

A- La liberté d’opinion

Le préambule de la constitution du Cameroun prévoit la liberté d’opinion : « Nul ne peut


être inquiété en raison de ses origines, de ses opinions ou croyances en matière religieuse,
philosophique ou politique sous réserve de l’ordre public et des bonnes mœurs ». La liberté
d’opinion sera plus respectée et garantie si on se trouve dans un État libéral encore qualifié
33
d’ouvert. Tel ne sera pas le cas si on est dans un État autoritaire ou dans un État totalitaire (Dans
l’État totalitaire, l’État est au service d’une idéologie. Il existe une foi officielle. Les doctrines ou
attitudes intellectuelles non conformes sont totalement proscrites. Dans l’État autoritaire, il
n’existe pas de liberté d’opinion véritable. Mais l’État ne repose pas sur un principe religieux ou
idéologique. L’État confisque le jeu politique à son seul profit en refusant à ses adversaires le droit
et la possibilité de s’exprimer. Dans l’État autoritaire, on n’impose pas une idéologie. On impose le
silence). On comprend donc que l’État doit s’impliquer pour que les citoyens puissent jouir de leur
liberté. Il le fera bien à travers le principe de neutralité, une neutralité qui peut être positive (l’État
doit intervenir pour protéger la liberté d’opinion) ou négative (le service public ne doit faire
aucune différence entre les usagers en se fondant sur leurs croyances, leurs opinions ou leur
origine ethnique). Allant dans le même sens, on peut se poser la question de savoir si le
fonctionnaire doit faire preuve de discrétion dans l’expression de ses opinions. Il est généralement
admis que le fonctionnaire doit respecter le principe de neutralité du service public. Par ailleurs,
tout fonctionnaire est tenu à une obligation discrétion sur tout ce qu’il peut apprendre dans
l’exercice de ses fonctions. Il suit de là que si le fonctionnaire peut exprimer librement ses opinions,
il doit cependant veiller à ce que cette expression ne gêne pas le fonctionnement normal du service
public. En d’autres termes, en gardant le sens de la mesure, le fonctionnaire peut écrire librement,
adhérer à un parti politique.

B- La liberté de foi ou de conscience

S’inspirant du modèle français, le Cameroun a choisi le régime de la séparation tolérante de


l’État et des religions. En d’autres termes, l’État camerounais est laïc car, il ne reconnait
particulièrement aucune religion. Il les tolère toutes.

La neutralité religieuse de l’État s’exprime essentiellement par l’obligation qui est faite à la
puissance publique de ne financer aucun culte. Il n’y a pas de religion d’État, encore moins de
religion officielle. L’État et les religions sont et demeurent distincts. Le principe est celui de la
liberté totale de culte. Mais pour des raisons d’ordre public, une police doit nécessairement
s’exercer. Si la foi élève l’homme vers ce qu’il croit lui être supérieur et absolu, la question se pose
alors de savoir si l’État doit laisser prospérer les sectes.

Débordements de la liberté religieuse, les sectes posent des difficultés particulières aux
pouvoirs publics et aux grandes religions. N’étant pas juridiquement encadrées, les sectes ont en
principe le statut de religion. En effet, les sectes réunissent généralement en elles les deux critères
qui font une religion : le critère subjectif c’est-à-dire la foi en un être ou une force supérieure ; et le
critère objectif, c’est-à-dire l’insertion de l’individu dans une communauté de croyants. Mais, dans
la pratique, leur liberté de culte connait d’importantes restrictions. Cela s’explique parce que les
sectes de temps en temps causent des troubles à l’ordre public. En plus, ces restrictions ont pour
base la distinction entre la laïcité-neutralité et la laïcité-défense des valeurs nationales. Les
restrictions dont font l’objet les sectes peuvent paraitre à certains égards critiquables. Elles les sont
effectivement par certains de leurs aspects. Mais, le fait est que l’État doit prévenir ou le cas
échéant, limiter les débordements de la liberté religieuse afin d’éviter l’éclatement de la société en
bastions d’intolérance confessionnelle. Il existe une autre confrontation à éviter : l’opposition école
publique, école privée, ceci dans le cadre du droit à l’instruction.

34
C- Le droit à l’instruction

Au Cameroun, le droit à l’instruction est un droit fondamental. Ce droit complète la liberté


d’opinion ainsi que celle de foi ou conscience. L’instruction en question est plurielle, un pluralisme
qu’on peut présenter de façon duale. En d’autres termes, si l’État assure l’enseignement (on parle
d’enseignement public ou école publique), cette mission incombe aussi au privé (on parle
d’enseignement privé ou école privée). Le citoyen a donc le choix entre s’instruire au public ou au
privé.

L’école publique camerounaise est à l’image de l’État du Cameroun. Elle est laïque. C’est ce
qui explique l’absence de l’instruction religieuse et l’enseignement de l’instruction civique. Service
public, elle doit respecter le principe de neutralité. Pour ce faire, les enseignants doivent adopter une
attitude impartiale. Mais ce principe n’interdit pas aux élèves d’appartenir ou non à une religion.
L’école publique est obligatoire pour le niveau du primaire. Elle est gratuite au niveau du primaire,
très peu couteuse pour les autres niveaux y compris le niveau supérieur. En résumé, trois principes
caractérisent l’école publique : le principe d’obligation scolaire (au primaire), le principe de gratuité
(au primaire) et le principe de laïcité.

L’école privée est soit laïque soit confessionnelle. Les particuliers peuvent donc fonder des
établissements scolaires après autorisation du ministre compétent. Il en est de même pour les
confessions. A la différence de l’école publique, l’école privée n’obéit au principe de gratuité à
aucun niveau. Quelle que soit la configuration, l’État exerce sa fonction de contrôle. Il apporte aussi
son aide technique et financière à ces établissements privés. Il encadre aussi la jouissance des autres
droits et libertés intellectuelles et relationnelles par l’individu.

Paragraphe II : Les autres droits et libertés intellectuelles et relationnelles

Ces droits et libertés visent généralement un épanouissement collectif. Ils ont une vocation
sociopolitique (A) soit socio-économique (B).

A- Les droits et libertés à vocation sociopolitique

Ces droits permettent à l’individu de pouvoir participer à la vie de la cité. On citera les droits
liés au suffrage, la liberté d’association, la liberté de communication sociale et la liberté de réunion
et de manifestation.

Les droits liés au suffrage se subdivisent en deux blocs à savoir le droit de vote et le droit à
l’éligibilité. Trois éléments composent le droit au vote : la liberté du vote, le secret du vote et la
sincérité du vote. Au Cameroun, la majorité électorale est de 20 ans. A cet âge, tout citoyen a le
droit de voter. Le vote est pour le citoyen un pouvoir. L’État doit donc veiller à ce que le citoyen
exerce ce pouvoir, ce qui lui permet de choisir ses gouvernants. Quant au droit à l’éligibilité, c’est
celui qui permet au citoyen de participer au gouvernement de la cité. Le citoyen qui veut se
présenter au suffrage de ses concitoyens est libre de le faire à condition de jouir de ses droits civils
et politiques (capacité). L’État doit accompagner le citoyen qui se présenter au concours de la
gestion des affaires publiques par le mécanisme du financement des partis politiques. On comprend
ainsi qu’il est aussi du devoir de l’État de favoriser la vie associative.

35
Base de toute activité sociopolitique d’envergure, la liberté d’association est la faculté de
créer une association, d’y adhérer ou de ne pas y adhérer. C’est la loi n° 90/53 du 19 décembre 1990
qui régit la liberté d’association au Cameroun. Cette liberté est reconnue à toute personne physique
ou morale sur l’ensemble du territoire national. Le législateur camerounais définit l’association
comme « la convention par laquelle des personnes mettent en commun leurs connaissances ou leurs
activités dans un but autre que de partager de bénéfices ». Deux critères se dégagent de cette
définition du législateur. Dans un premier temps, l’association est un accord de volonté
(L’autonomie de la volonté en DO, en DIP). Dans un second temps, la finalité de l’association n’est
pas lucrative, ce qui la distingue fondamentalement d’une société. Le législateur camerounais a
prévu deux régimes juridiques des associations. En effet si certaines associations sont soumises à la
déclaration, d’autres par contre nécessitent une autorisation. Les associations soumises à
l’autorisation sont celles étrangères et les associations religieuses. Est considérée par le législateur
comme association religieuse, tout groupement de personnes physiques ou morales ayant pour
vocation de rendre hommage à une divinité. Est également considérée comme telle tout groupe de
personnes vivant en communauté conformément à une doctrine religieuse. Après avis motivé du
Ministère de l’Administration et de Décentralisation, l’autorisation à laquelle est soumise toute
association religieuse est prononcée par décret du président de la République.

La liberté de communication sociale est régie par la loi n°90/52 du 19 décembre 1990.
Expression englobante, la liberté de communication est en réalité ordonnée autour de la presse. La
presse est non seulement les imprimés périodiques, mais également l’ensemble des formes
d’expression de la pensée (radio, télé, internet, théâtre…). La liberté de communication de la pensée
et des opinions est l’une des libertés les plus précieuses. Tout citoyen a le droit de parler, d’écrire,
d’imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
Signalons que la liberté de communication sociale est animée par un acteur : le journaliste. Ce
dernier a l’obligation de dire la vérité. Pour atteindre la vérité, le journaliste se doit d’être objectif et
indépendant. Il ne doit pas arriver à la vérité par des méthodes déloyales. Il doit aussi préserver le
secret de ses sources d’information, sauf devant le juge. On comprend par là que la liberté de
communication sociale est limitée et même susceptible de violation.

La loi n° 90/55 du 19 décembre 1990 porte régime des réunions et manifestations publiques.
Parler de liberté de réunion, c’est évoquer la liberté qu’ont les individus de se rassembler en vue
d’un objet quelconque. Tel est le principe. En effet, la liberté de réunion s’exprime dans un lieu
public ou ouvert au public. Cette liberté concerne toutes les formes d’expression collective
nécessaires à l’organisation des phénomènes publics comme les élections. Le principe évoqué ci-
haut souffre de tempéraments. Les réunions sont soumises à la déclaration préalable. Elles ne
peuvent pas se tenir sur la voie publique, sauf en cas d’autorisation spéciale. (Sinon on serait
entrain de restreindre une autre liberté encore plus grande, celle d’aller et de venir). Quant à la
liberté de manifestation, son principe souffre aussi de tempéraments. La définition de la
manifestation publique n’est pas donnée par le législateur. Ce dernier se borne à énumérer certains
cas où l’on pourrait parler de manifestations à savoir les cortèges, les défilés, les marches et
rassemblements de personnes sur la voie publique. Toutes ces manifestations pour se tenir doivent
faire l’objet d’une déclaration préalable et autorisées. Fait d’un groupe de personnes utilisant la voie
publique pour exprimer une opinion par sa présence, ses gestes ou ses cris, la manifestation
publique est une liberté qui souffre de tempéraments. En effet, la première restriction est que toute
36
manifestation sur la voie publique doit être déclarée et surtout autorisée. La déclaration se fait au
moins 07 jours avant la date de la manifestation. Cette déclaration doit indiquer l’itinéraire choisi
par les manifestants. L’autorité administrative peut, pour des raisons d’ordre public assigner un
autre itinéraire ou un autre lieu à la manifestation. Elle peut même aller jusqu’à interdire la
manifestation. Si la manifestation n’a pas reçu l’autorisation de l’autorité administrative
compétente, elle ne peut se tenir sinon elle sera considérée comme un attroupement, un
rassemblement de personnes en rébellion délibérée contre le pouvoir. Dans ces conditions, ce
dernier dispose du pouvoir discrétionnaire pour disperser la manifestation non autorisée, au besoin
par la force.

B- Les droits et libertés à vocation socio-économique

Il s’agit d’étudier la liberté syndicale d’une part et le droit de grève d’autre part.

S’agissant de la liberté syndicale, cette liberté consacrée par la loi fondamentale du


Cameroun ainsi que par la loi, confère aux travailleurs le droit de s’unir face à leur employeur en
vue de défendre leurs intérêts professionnels. La liberté syndicale signifie aussi que le travailleur est
libre d’adhérer au syndicat de son choix. Le premier texte encadrant la liberté syndicale en France
est la loi du 21 mars 1884. Par la suite, une loi de 1920 limitera la liberté syndicale aux professions
libérales. Le droit syndical sera reconnu aux fonctionnaires par la Constitution de la IVe République
(27 octobre 1946). Au Cameroun par contre, il faudra attendre le mouvement de 1990 pour qu’on
puisse reconnaitre le pluralisme syndical, un pluralisme consacré et effectif. C’est ce qui explique
que de les travailleurs camerounais, puissent de temps à autre revendiquer leurs droits syndicaux,
tant dans les entreprises publiques que dans la fonction publique (Du temps du parti unique, il y
avait un syndicat unique dont le président était membre de droit du comité central du parti unique
de l’époque à savoir l’UNC. Vous comprenez donc qu’il y avait une complicité entre le pouvoir et le
mouvement syndical). La liberté syndicale contribue à l’affermissement de la démocratie (On ne
peut pas avoir de République dans la cité, avoir la monarchie dans l’usine et parler de démocratie.
Un pays ne peut être qualifié de démocratique s’il ne parvient pas à allier la liberté économique à
la liberté sociopolitique puisque les droits de l’homme sont un bloc). Cette liberté reconnue n’est
pas absolue. Selon le droit positif libéral, le syndicalisme ne peut être que professionnel. En d’autres
termes, le syndicalisme politique est prohibé. Les syndicats doivent donc s’abstenir de soutenir des
revendications politiques. Aussi, la liberté syndicale est refusée à certains fonctionnaires ou agents
publics qui occupent des fonctions très sensibles. Les fonctionnaires syndiqués ont l’obligation de
respecter leur hiérarchie. Enfin, la liberté syndicale est limitée par les nécessités du service.

Quant au droit de grève, c’est aussi un droit reconnu par la Constitution du Cameroun. Il
doit s’exercer dans les conditions fixées par la loi. Au sens large, la grève est une interruption
individuelle ou collective et concertée d’une activité donnée en vue d’appuyer une revendication,
quelle que soit sa nature. Ainsi parlera-t-on de grève de la faim, de grève des impôts, de grève
politique (villes mortes). Juridiquement, la grève est une interruption collective et concertée du
travail en vue d’appuyer une revendication professionnelle. Il suit de cette seconde définition que le
droit de grève est le droit dont disposent les travailleurs de suspendre leur travail en vue de soutenir
une revendication à caractère professionnel (On comprend donc que la seule grève légale est en
entreprise ou dans la fonction publique est celle qui porte sur une réclamation professionnelle
intéressant la défense ou l’amélioration de la situation juridique des agents, de leurs conditions de
37
travail ou de leur rémunération. La grève ainsi entendue, ne doit pas être condamnée dans son
principe. Elle ne doit pas être critiquée de façon systématique. Elle doit être non pas diabolisée,
mais considérée comme un moyen du dialogue social. La grève dans les sociétés, pour reprendre
une formule nucléaire est un accélérateur de particules. Manifestation d’un état de crise du
dialogue social, la grève peut en même temps être le déclencheur dudit dialogue). Ainsi présenté,
on a l’impression que le droit de grève a toujours existé. Et pourtant, la grève a été juridiquement
consacrée après d’âpres revendications.

En France, le refus du droit de grève se fondait sur la loi du 25 mai 1864 qui instituait le
délit de coalition. Nombreux sont les auteurs qui étaient contre ce droit (TARDIEU, DUGUIT,
HARIOU). Il faudra attendre le préambule de la constitution française du 27 octobre 1946 pour que
le droit de grève soit reconnu le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.
Le Cameroun ne pourra que suivre cette nouvelle manière de percevoir la grève : « le droit de
grève garanti dans les conditions fixées par la loi ».

Seulement, l’exercice du droit de grève doit aller de paire avec la préservation de l4interet
général. C’est qui justifie quelques restrictions. En effet, le droit de grève n’est pas reconnu à
certains catégories de personnels ( le personnel participant à l’action gouvernementale, le personnel
du commandement territoriale, ceux qui occupent les emplois supérieures de l’administration
centrale, les chefs des services déconcentrés, les délégués régionaux, le personnel de police, les
gendarmes, les militaires, les magistrats, les personnels de l’administration pénitentiaire.) Ainsi
pour la continuité du service public, un service minimum doit être organisé. Certains membres du
personnel gréviste seront réquisitionnés et devront donc continuer le travail, même contre leur
volonté. Il en sera ainsi dans les hôpitaux, les aéroports, etc…Bien que la grève soit définitivement
un droit certaines modalités en sont toutefois interdits (grève surprise, grève sauvage, grève
tournante, grèves courtes et répétitives, grève sur tas).

L’identification des droits et libertés est un excellent indicateur de leur mouvement et


conquêtes. Les droits et libertés affirment et manifestent la liberté inaliénable et imprescriptible de
l’être humain face à ses semblables et face aux organisations collectives. Les droits de l’homme te
libertés publiques constituent l’héritage que les générations se transmettent selon le cycle
biologique de la vie et le développement social, culturel, économique et politiques des sociétés
humaines. Mais c’est un héritage appauvri ou enrichi selon les circonstances et surtout le degré de
vigueur de la volontè d’être libre. Pour que le mouvement de conquête ne s’estompe pas, certaines
institutions, certaines mécanismes sont mis en place pour contribuer à la protection des droits de
l’homme et des libertés publiques. On parle de leur sauvegarde.

38
Chapitre II : LA SAUVEGARDE DES DROITS DE L’HOMME ET DES LIBERTES

Les garanties et la protection des droits de l’homme et des libertés publiques ne peuvent
avoir de sens que si chaque citoyen se voit assurer le pouvoir d’exercer ses droits et ses libertés
conformément au droit en vigueur. Dans le cas contraire, les droits en question ne seraient qu’une
simple barrière de papier ou alors une sorte d’ornement juridique de façade. Et si le juge se trouvait
dans l’impossibilité de protéger les droits et libertés menacés, nous serions loin d’un Etat de droit.
Pour renforcer les chances de succès à l’action du législateur et à celle du juge, d’autres acteurs
nationaux et internationaux feront leur irruption dans la sphère des droits de l’homme et des libertés
publiques. Ils contribuent au phénomène de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
publiques. Leur action a pour objectif principal de faire à ce que les autorités chargées de la garantie
et de la protection des droits et libertés ne baissent pas la garde.

Au regard de ces considérations liminaires, il sied d’étudier la sauvegarde des droits de


l’homme et des libertés publiques dans une perspective duale en distinguant le système des Nations
Unies de sauvegarde ( Section I) du système camerounais ( Section II)

Section I : Le système des Nations Unies de sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés publiques.

Au niveau des Nations Unies, il existe deux mécanismes permettant la sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés publiques. Le premier est qualifié de système de contrôle sur
rapports. Il est institué par le pacte de 1966. Il existe en effet un comité de 18 experts chargés
d’examiner les rapports produits par les Etats parties au pacte relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels. Ces rapports sont soumis à discussion au sein du comité avec les représentants
des Etats parties. A l’issue de ces échanges, le comité formule des recommandations générales qu’il
adresse au Conseil Économique et Social des Nations Unies. On n’insistera pas sur ce mécanisme
car il n’accorde pas la possibilité à l’individu de déposer une plainte. On s’étalera plutôt sur le
système de contrôle sur plainte en évoquant d’une part le contrôle sur plainte institué par le pacte
relatif aux droits civils et politiques (paragraphe I), d’autre part des autres systèmes de contrôle sur
plaintes prévus par d’autres conventions (paragraphe II).

Paragraphe I : Le contrôle sur plaintes institué par le Pacte relatif aux droits civils et politiques.

Les plaintes en question émanent des particuliers qui prétendent être victimes d’une
violation de leurs droits par leurs États (parties au Pacte). Nous étudierons la recevabilité de la
plainte (A) ainsi que les autres questions relatives à ladite plainte (B).

A- La recevabilité de la plainte

Pour qu’une plainte (qu’on appelle communication) adressée au Comité soit recevable, elle
ne doit pas être anonyme. Aussi, elle doit émaner d’un ou de plusieurs particuliers relevant de la
juridiction d’un État partie au protocole facultatif du Pacte. Normalement, la plainte doit être
envoyée par le particulier qui prétend être victime d’une violation des droits que lui reconnait le
pacte. Toutefois, le comité peut accepter d’examiner une plainte provenant d’une autre personne.
Celle-ci doit justifier son pouvoir d’agir au nom de la victime. La plainte doit être compatible avec
les dispositions du Pacte. Il faut aussi que tous les recours internes aient été épuisés. Le comité peut

39
décider de ne pas donner suite à une plainte sans faire connaitre sa décision par écrit. C’est le cas
lorsque l’auteur retire sa plainte ou manifeste d’une façon ou d’une autre qu’il ne souhaite pas
poursuivre l’affaire. Que dire des autres questions relatives à la plainte ?

B- Les autres questions relatives à la plainte

Ces questions tournent essentiellement autour de trois points : le fond de la plainte, les
mesures urgentes et la portée des décisions du Comité.

Parlant du fond de la plainte, il faut signaler qu’après l’avoir déclaré recevable, le Comité
demande à l’État en cause de lui fournir des explications ou des éclaircissements sur le problème et
d’indiquer s’il a pris des mesures pour y remédier. L’État dispose, à cet effet, d’un délai de six mois
pour faire connaitre sa réponse. Le plaignant peut ensuite commenter cette réponse, après quoi, le
Comité formule ses conclusions, qu’il communique à l’État et à l’auteur de la plainte. Le Comité
respecte pendant toute la procédure l’égalité entre les parties. Ainsi, chacune d’elles a la possibilité
de commenter les arguments de l’autre.

Quant aux mesures urgentes, il peut arriver que la victime présumée d’une violation des ses
droits ait besoin d’être protégée avant que le Comité ne formule ses conclusions. C’est ainsi que le
Comité a dû parfois, sans préjuger du bien-fondé de la plainte, faire connaitre son opinion
provisoire à certains États mis en cause. C’est ainsi que le Comité a demandé à un État mis en cause
de ne pas procéder à une exécution capitale alors qu’une plainte y relative était en cours d’examen
devant lui. Le Comité a le devoir d’examiner toutes les informations écrites qui lui sont fournies par
les parties en litige. Pour le Comité, la charge de la preuve n’appartient pas uniquement au
plaignant. Il en a été décidé ainsi dans plusieurs affaires relatives au droit à la vie, à la torture ou
aux mauvais traitements, aux arrestations arbitraires ou à des disparitions.

S’agissant enfin de la portée des décisions du Comité, il faut dire que les actes du Comité
n’ont pas autorité de chose jugée, mais plutôt de chose constatée. Ils ne s’imposent pas aux parties,
parce que le Comité, après avoir établi la violation des droits consacrés par le Pacte, invite l’État en
cause à respecter ses engagements nés de la ratification du Pacte. Tant qu’une plainte est examinée
par le Comité, la procédure reste strictement confidentielle. Mais ses conclusions, qu’il s’agisse des
constatations sur les plaintes déclarées recevables et dûment examinées au fond ou des constatations
d’irrecevabilité, sont toujours rendues publiques.

Généralement, il faut prévoir 10 mois à un an pour que la décision de recevabilité d’une


plainte soit rendue et un à deux ans pour que les conclusions du Comité soient rendues publiques.
Au final, il faut compter deux à trois ans pour que l’examen arrive à son terme.

Paragraphe II : Les autres systèmes de contrôle sur plaintes

D’autres instruments juridiques de caractère spécifique reconnaissent aux particuliers la


possibilité d’adresser des plaintes. On étudiera le mécanisme de la Convention internationale sur
l’élimination de toute forme de discrimination raciale (A) et celui de la Convention contre la torture
et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (B).

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A- Le mécanisme de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination raciale.

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale


a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 21 décembre 1965. Elle est constituée
de 16 articles. Aux termes de l’article 8 de ladite Convention, il est institué un Comité pour
l’élimination de la discrimination raciale composé de 10 experts connus pour leur haute moralité et
leur impartialité, qui sont élus par les États parties parmi leurs ressortissants et qui siègent à titre
individuel, compte tenu d’une répartition géographique équitable et de la représentation des
différentes formes de civilisation ainsi que des principaux systèmes juridiques.

Le comité est compétent pour recevoir les plaintes des particuliers ou des groupes de
particuliers qui estiment que leurs droits garantis par la Convention ont été violés par un État partie
à cette convention et qui a reconnu la compétence dudit comité.

B- Le mécanisme de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels,


inhumains et dégradants.

La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et


dégradants a été élaborée à New York le 10 décembre 1984. Tout État partie à la présente
convention prend des mesures législatives, administratives, judiciaires et autres mesures efficaces
pour empêcher que des actes de tortures soient commis dans tout territoire sous sa juridiction. C’est
la substance de l’article 2 paragraphe premier de la Convention. Quant à l’article 3 paragraphe
premier, il dispose qu’aucun État partie n’expulsera, ne refoulera ni n’extradera une personne vers
un autre État où il y a de sérieux motifs de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture.

Aux termes de l’article 17 de la même Convention, il est institué un Comité contre la torture
qui a des fonctions bien définies. Le Comité est composé de 10 experts de haute moralité et
possédant une compétence reconnue dans le domaine des droits de l’homme, qui siègent à titre
personnel. Les experts sont élus par les États parties, compte tenu d’une répartition géographique
équitable et de la représentation des différentes formes de civilisation ainsi que des principaux
systèmes juridiques. Le Comité peut recevoir des plaintes des particuliers contre leur État, partie à
la Convention et qui a accepté la compétence du Comité.

En somme, le système des Nations Unies est assez bien structuré pour la sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés publiques. Sa faiblesse réside au niveau de la portée juridique de
ses décisions. Quelle est la situation qui prévaut au niveau du système camerounais de sauvegarde
des droits de l’homme et des libertés publiques ?

Section II : Le système camerounais de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques

Le système camerounais de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques est
construit autour de trois pôles à savoir la Commission Nationale des Droits de l’Homme,
l’administration active et les organisations de la société civile. La Commission Nationale des droits
de l’Homme (Paragraphe I) mérite une étude séparée des autres deux pôles (Paragraphe II).

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Paragraphe I : La Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés

Elle a été créée par la loi n°2004/016 du 22 juillet 2004. La Commission est un organisme
indépendant jouissant de la personnalité juridique et de l’autonomie administrative et financière. La
loi du 22 juillet 2004 détermine l’organisation et le fonctionnement de la Commission (A) ainsi que
ses compétences (B).

A- Organisation et fonctionnement de la Commission

La Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés est un organisme composé
de 30 membres. Elle est dirigée par un président, assisté d’un vice-président, tous deux nommés par
décret présidentiel. La Commission dispose d’un secrétariat permanent dirigé par le secrétaire
général. Ce dernier est lui aussi nommé par décret du président de la République sur proposition du
président de la Commission. Toujours en ce qui concerne son organisation, la Commission dispose
de quatre sous-commissions ayant chacune à sa tête un président.

S’agissant des ressources de la Commission, il faut dire qu’elles proviennent principalement


des dotations inscrites chaque année au budget de l’État. La Commission reçoit aussi les appuis
provenant des partenaires nationaux et internationaux. Les dons et les legs concourent aussi à
l’équilibre financier de la Commission, mais l’essentiel de ses ressources provient des deniers
publics. Quelles sont les compétences de la Commission ?

B- Les compétences de la Commission

La Commission reçoit toute dénonciation ayant trait à la violation des droits et libertés. Elle
diligente des enquêtes y relatives. La Commission peut saisir toute autorité en cas de violation des
droits et libertés. Elle peut entre autre auditionner ou convoquer toute partie témoin, demander aux
autorités compétentes de procéder à toute perquisition. La Commission peut saisir le ministre de la
justice pour toute infraction rentrant dans le cadre de la loi qui la crée. Toujours en se fondant sur la
loi qui la crée, la Commission peut user de la médiation et de la conciliation entre les parties. La
Commission peut intervenir dans la participation à la défense des intérêts des victimes des
violations des droits de l’homme.

Toute personne physique ou morale qui estime que ses droits ont été violés peut saisir la
Commission par voie de requête. La Commission peut aussi être saisie par dénonciation. Dans le
cadre de ses activités, la Commission délibère et dresse des rapports (la Commission adresse un
rapport annuel au PR, au Président du Sénat et au Président de l’Assemblée Nationale ; il adresse un
rapport semestriel au PM, au ministre de la justice et au ministre en charge de l’administration
territoriale). En d’autres termes, elle dresse deux types d’actes : d’une part des actes délibératifs (La
Commission délibère) d’autre part des actes de recommandation ou avis. Il faut reconnaitre que la
sauvegarde des droits et libertés par la Commission n’exclut pas l’exercice de cette activité par
d’autres pôles.

Paragraphe II : Les autres pôles du système camerounais de sauvegarde des droits de l’homme et
des libertés publiques

Naturellement et paradoxalement, il s’agit de l’administration active (A) et de la société


civile (B).
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A- L’administration active

Cela semble un paradoxe que de parler de l’administration comme pôle de sauvegarde des
droits de l’homme et des libertés publiques. En effet, l’administration a toujours été perçue comme
l’institution qui viole le plus les droits de l’homme et les libertés publiques. D’ailleurs, au
commencement, la protection des droits de l’homme s’effectuait dans plusieurs pays contre les
atteintes de l’administration. À y voir de près, l’administration active participe à l’œuvre de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques, ceci, au moins à deux niveaux.

Le premier niveau concerne les autorités administratives compétentes pour recevoir les
différents recours administratifs (recours hiérarchique et recours gracieux). En agissant de la sorte,
ces autorités contribuent à la sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques. On
constate donc que le paradoxe de l’administration pôle de sauvegarde des droits et libertés n’est
qu’apparent. Cela s’explique aisément dans la mesure où l’une des missions de l’État est celle de
préserver la primauté du droit. Il ne peut réaliser efficacement cette mission qu’en respectant le
droit et en vérifiant le respect du droit par d’autres entités.

Le second niveau concerne l’inspection du travail. Aux termes de l’article 139 de la loi
n°92/007 du 14 aout 1992 portant code du travail, en cas de différend entre un travailleur et un
employeur, l’inspection du travail est saisie pour régler ledit différend à l’amiable. En cas de
conciliation entre les deux parties, elles ne peuvent plus saisir la juridiction du travail. Un procès-
verbal est dressé à cet égard. En cas d’échec de la tentative de conciliation, l’inspection du travail
dresse un procès verbal de non-conciliation. On comprend donc qu’aucun litige relatif au travail ne
peut faire l’objet d’un règlement contentieux sans que l’une des parties n’ait saisi l’inspection du
travail. Cette affirmation montre à suffisance la place de l’inspection du travail en matière de droit
du travail et par conséquent dans la sauvegarde des droits du travailleur.

B- L’apport de la société civile

Il existe des institutions privées qui participent à la sauvegarde des droits de l’homme et des
libertés publiques. Il s’agit plus précisément des associations de défense des droits de l’homme et
des Organisations Non Gouvernementales. Ces associations ont plus un rôle de dénonciation qui
met à mal l’administration dans certains de ses choix. Leurs actions peuvent même pousser
l’administration à modifier certains de ses choix ou à intervenir alors qu’au début elle n’avait pas
l’intention de le faire. Le dernier exemple en date est celui de l’augmentation du tarif de
l’électricité.

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CONCLUSION GÉNÉRALE

Tout au long de cet enseignement, il était d’abord question d’esquisser une théorie générale
des droits de l’homme et des libertés publiques. Il était ensuite question d’identifier ces droits de
l’homme et libertés publiques. Il était enfin question d’étudier la sauvegarde desdits droits et
libertés. On se rend à l’évidence que le respect des droits de l’homme et des libertés publiques
s’avère une conquête permanente, que le mouvement a contaminé tous les coins de la planète.

Au Cameroun, on peut affirmer à partir des différents documents et situations exploités que
l’état de droit s’est construit. Encore faut-il savoir si cette construction est achevée pour qu’on
puisse évoquer sa consolidation. Le mouvement des droits de l’homme étant dynamique, se
réalisant dans un espace donné, à un moment donné, il est clair qu’au-delà de son universalisme,
chaque membre de la société doit s’impliquer dans la recherche de l’amélioration de ses conditions
de vie. Seulement, la conquête de nouveaux droits de l’homme, mieux l’étirement des droits de
l’homme ne va pas sans quelques dangers. En effet, les droits récemment consolidés en Occident
posent de sérieuses difficultés aux notions qui semblaient consolidées il y a belle lurette (à l’instar
de celle de la famille). On ne peut que prendre acte de cette situation : la vox populi s’est exprimée.
On ne saurait aussi terminer cet enseignement sans signaler qu’au rythme où vont les choses, le
risque d’une inflation des droits de l’homme est sérieux. Trop de droits de l’homme risquent de tuer
les droits de l’homme.

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