Revue "Repères et Perspectives Economiques"
Vol. 3/N° 1/1er semestre 2019
Possession des ressources naturelles et Croissance
économique en zone CEMAC : cas des ressources
pétrolières
Ekodo Raymond, Université de Ngaoundéré , Cameroun
Ndam Mama, Université de Bamenda, Cameroun
Édition électronique
[Link]
ISSN : 2509-0399
Date de mise en ligne : 01 janvier 2019
Pagination : 86-105
Référence électronique
Ekodo, R. et Ndam, M. «Possession des ressources naturelles et Croissance
économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières», Revue "Repères et
Perspectives Economiques" [En ligne], Vol.3, N° 1/ 1er semestre 2019, mis en ligne le
01 janvier 2019.
[Link]
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
Résumé
L’objet de la présente étude est d’évaluer l’impact des revenus issus de l’exploitation des
ressources naturelles et plus particulièrement des ressources pétrolières sur la croissance
économique en zone CEMAC. Pour tester notre hypothèse selon laquelle les revenus issus de
l’exploitation des ressources pétrolières affectent positivement la croissance économique en
zone CEMAC, nous avons utilisé la Méthode des Moments Généralisés (MMG) en panel
dynamique de ses six pays pour la période 1996-2016. Les résultats obtenus montrent que ces
revenus affectent positivement (mais faiblement) la croissance en zone CEMAC. Des
recommandations ont été faites pour que les recettes pétrolières soient efficacement utilisées
pour booster la croissance économique en zone CEMAC.
Mots clés : Ressources naturelles, ressources pétrolières, croissance économique, CEMAC.
Classification JEL : F10, F14, F41, F43
Abstract
The objective of this study is to assess the impact of revenue obtain from the harnessing of
natural resources and more specifically from petroleum oil on the economic growth in the
CEMAC zone. To test our hypothesis stating that oil revenues positively affect economic
growth in the CEMAC zone, we used the Generalized Method of Moments (GMM) in
dynamic panel of its six countries from 1996 to 2016. The findings obtained from the analysis
of these data shows that oil revenues affect positively (but with low amplitude) economic
growth in the CEMAC zone. Some recommendations were made on how oil revenues should
be effectively used to boost economic growth in the CEMAC zone.
Keywords: Natural Resources; Petroleum Resources; Economic Growth; CEMAC
JEL Classification : F10, F14, F41, F43
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Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
1. Introduction
L’une des idées communément admises depuis de nombreuses années consiste à penser que le
fait de posséder les ressources naturelles est une chance pour une région, un pays ou une
communauté. Celles-ci constitueraient un facteur indéniable à la création des richesses et donc
à la croissance économique (Nurkse, 1953 ; Rostow, 1960 ; Watkins, 1963 ; Chalmin, 2000 ;
Paulo et Gary, 2010). C’est le cas du Chili, du Botswana, de l’Ile Maurice et surtout des pays
du Golfe1, qui connaissent de forts taux de croissance économique, grâce à l’exploitation des
ressources naturelles2.
Cependant, l’expérience d’autres pays, en l’occurrence l’Australie, le Mexique, le Venezuela,
le Pérou et surtout le Nigeria, la Zambie, la Sierra-Léone et la République Démocratique du
Congo en Afrique subsaharienne montre que la possession des ressources naturelles n’est pas
toujours favorable à la croissance économique. Elle constitue plutôt une « malédiction » pour
ces derniers.
Malgré tout ceci, l’on constate aujourd’hui que la plupart des pays en développement (PED)
fondent encore leur espoir sur l’exploitation des ressources naturelles pour impulser la
croissance économique et par conséquent réduire la pauvreté, alors que les prix de celles-ci
sont fixés de façon exogène par les acheteurs. Ceci suscite ainsi de la part des chercheurs
beaucoup d’inquiétudes et vient remettre au goût du jour le débat de l’influence des
ressources naturelles sur la croissance économique.
Mais alors, qu’entend t- on par ressources naturelles et par croissance économique ?
L’Union Internationale pour la Conservation de la nature (UICN, 2013) définit les ressources
naturelles comme étant « les ressources produites par la nature, communément subdivisées en
ressources non-renouvelables, telles que les minéraux et les combustibles fossiles, et les
ressources naturelles renouvelables qui propagent ou soutiennent la vie et se renouvellent
naturellement par elles-mêmes lorsqu’elles sont correctement gérées, ce qui inclut les plantes
et les animaux, ainsi que le sol et l’eau ». Cette définition semble redondante du fait qu’elle
reprend le mot « ressources » sans le définir. Celle qui est donnée par l’OMC (2010) semble
plus précise. En effet, elle définit les ressources naturelles comme les «stocks de matières
présentes dans le milieu naturel qui sont à la fois rares et économiquement utiles pour la
production ou la consommation, soit à l’état brut, soit après un minimum de transformation».
Cette définition, faut –il l’avouer, est assez étroite et répond à une approche purement
1
Arabie Saoudite, Qatar, Bahreïn, Koweït. Emirats Arabes Unis, Oman.
2
Les taux de croissance des pays du Golfe, et de tous les autres pays cités se situent au-delà de 10%.
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Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
commerciale. Pour le besoin de cette étude, nous considérons les ressources naturelles comme
étant simplement l’ensemble des produits extraits du sous-sol ou offerts par la nature, et
servant à la production ou à la fabrication des produits semi-finis et des produits finis.
Notons ici que la répartition de ces ressources naturelles est inégale entre les pays. En effet,
selon l’OMC (2010) dans son rapport sur le commerce mondial, de nombreuses ressources
naturelles sont concentrées dans un petit nombre de pays, tandis que d’autres pays disposent
de réserves limitées. Ainsi, près de 90% des réserves mondiales de pétrole se trouvent dans
seulement 15 pays (sur un peu plus de 200 pays dans le monde actuellement), et 99% des
réserves de pétrole se trouvent dans 40.
La croissance économique, quant à elle, a été définie dans la littérature économique par
plusieurs auteurs (Perroux, 1961 ; Kuznets, 1967) et de diverses façons. Cependant, la
définition qui nous semble avoir l’agrément de tous est celle de Perroux qui considère la
croissance économique comme étant : « l’augmentation soutenue pour une ou plusieurs
périodes longues d’un indicateur de dimension pour une nation, le produit global net en
termes réels ».
L’observation des statistiques de la Banque Mondiale et ceux de la Conférence des Nations
Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) montre que les exportations des
pays de l’Afrique subsaharienne sont constituées essentiellement des ressources naturelles, à
la différence de celles des pays industrialisés de l’hémisphère Nord qui exportent surtout les
produits finis à fortes valeurs ajoutées. Les pays de la Communauté économique et Monétaire
de l’Afrique Centrale (CEMAC) 3ne sont pas restés en marge de cette réalité. Ils exportent
surtout les ressources naturelles (pétrole, gaz, or, aluminium, manganèse, bois,
caoutchouc…). Mais seulement, parmi ces ressources naturelles, le pétrole semble jouer un
rôle prépondérant dans la croissance économique dans cette zone. Par exemple en 2016, selon
le rapport d’activité de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale, le pétrole représente près de
70% des exportations de cette communauté (BEAC, 2017). A l’exception de la RCA, le poids
du pétrole dans le PIB de ces pays est également très important4, quoiqu’en baisse depuis
quelques années, suite à la chute du prix du baril du pétrole. Les mêmes publications montrent
également que l’évolution de la croissance économique dans cette communauté coïncide avec
celle des recettes pétrolières.
3
La CEMAC comprend le Cameroun, le Tchad, la RCA, le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale.
4
Selon le rapport d’activité de la BEAC, en 2015, le pétrole représentait 85% du PIB en Guinée Equatoriale,
50% au Congo, 45% au Gabon, 18% au Tchad et 9% au Cameroun.
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Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
Peut– on alors penser que la croissance économique en zone CEMAC soit essentiellement
tirée par le pétrole ? En d’autres termes, quel est le lien qui existe entre les ressources
pétrolières et la croissance économique en zone CEMAC ?
L’objectif de cet article est d’évaluer d’une part l’impact des revenus issus de l’exploitation
des ressources pétrolières sur la croissance économique en zone CEMAC, et d’autre part de
proposer les politiques économiques susceptibles d’être utilisées par les pouvoirs publics, afin
de garantir une meilleure gestion de ceux-ci. La suite de l’article se présente de la manière
suivante : la section 2 fait une revue de la littérature existante aussi bien théorique
qu’empirique. La section 3, quant à elle, présente la démarche méthodologique. Les résultats
et leurs discussions font l’objet de la dernière section.
2. Revue de la littérature
La problématique de l’influence de la possession des ressources naturelles en général et celle
des ressources pétrolières en particulier sur la croissance économique a drainé plusieurs
chercheurs qui en ont fait un champ d’investigation privilégié. Cependant, la lecture des
travaux théoriques et empiriques abordant ce lien révèle des contradictions. En effet, deux
thèses s’opposent : la thèse orthodoxe ou optimiste (2.1) et la thèse hétérodoxe ou pessimiste
(2.2).
2.1 La thèse orthodoxe ou optimiste
Selon les défenseurs de cette thèse, la possession des ressources naturelles affecte
positivement la croissance économique. Pour justifier cette vision, ces derniers avancent à la
fois des arguments microéconomiques et macroéconomiques.
S’agissant des arguments microéconomiques, l’effet de la positivité de la possession des
ressources naturelles sur la croissance économique peut s’analyser en termes de coûts-
bénéfices. En effet, l’exploitation de ces ressources ne sera rentable, que si leurs prix sur les
marchés mondiaux sont supérieurs aux coûts marginaux de leur extraction et de transport, ce
qui pourra permettre à ces pays de se procurer des devises grâce aux exportations, lesquelles
généralement ont des répercussions positives sur la croissance économique de ces pays.
En ce qui concerne les arguments macroéconomiques développés par Smith (1776), Ricardo
(1817) et d’autres économistes dans la théorie de la spécialisation internationale, le
différentiel de croissance dans les PED peut s’expliquer par la possession ou non des
ressources naturelles. Selon ces derniers, la possession ou l’abondance des ressources
naturelles dans un pays peut lui conférer des avantages comparatifs et l’amener à se
spécialiser soit dans la production de celles-ci, soit dans la production manufacturière où ces
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Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
dernières servent de consommations intermédiaires. Ainsi, cette spécialisation va booster la
production, tout en permettant de réaliser les économies d’échelle et impulser la croissance
économique. Les économistes néo - classiques tels que Hecksher (1919), Ohlin (1933) et
Samuelson (1953) utilisant le modèle d’équilibre général vont dans le même sens, mais en
mettant l’accent sur le facteur capital et aboutissent ainsi à un nouveau modèle, à savoir le
modèle HOS.
Les analyses théoriques de Posner (1961) et de Vernon (1966) vont dans le même sens, mais
en mettant beaucoup plus l’accent sur l’innovation, c'est-à-dire la découverte d’un nouveau
produit ou d’une nouvelle ressource naturelle.
La plupart des travaux empiriques récents menés dans les PED montrent qu’il existe un lien
positif entre la possession des ressources naturelles et la croissance économique, mais sous
réserve certaines conditions soient réunies. Par exemple, Carbonnier (2007) montre que la
possession des ressources naturelles affecte positivement la croissance économique,
notamment à travers une plus grande transparence et une meilleure gestion de ces ressources.
Si les revenus issus de l’exploitation pétrolière sont affectés au remboursement de la dette, ils
n’auront aucun effet sur la croissance économique. Si par contre, ils sont utilisés à la mise en
place des infrastructures publiques telles que les barrages, les routes, les ponts… (Barro,
1991) ou à la modernisation de l’appareil productif, ils pourront impulser la croissance
économique.
Leite et Weidmann (1999), Bulte et al (2004), Gylfason Thorvaldur (2010), Vittorio (2011) de
leur côté, pensent que la positivité de l’effet de la possession des ressources naturelles sur la
croissance économique dépend de la qualité des institutions. S’agissant plus particulièrement
de l’étude de Gylfason Thorvaldur (2010) portant sur un échantillon de 164 pays aussi bien
développés qu’en développement sur la période 1960-2000, l’auteur arrive à la conclusion
selon laquelle la possession des ressources naturelles exerce une influence positive sur la
croissance économique, si et seulement si les institutions sont de bonne qualité. C’est le cas de
certains pays qui ont réussi à se servir de leurs abondantes ressources naturelles pour obtenir
un progrès économique rapide, à l’instar des pays du Golfe, de la Norvège, du Chili, de l’Ile
Maurice et du Botswana. Les travaux de Mehlum et al (2006), de Brunns chweiller et Bulte
(2008a) vont également dans ce sens. Ils montrent que l’abondance des ressources naturelles
affecte positivement la croissance économique alors que l’effet de la dépendance est plutôt
négatif. Avom et Camignani (2010) aboutissent à la même conclusion sur une étude menée
dans le contexte des pays de l’Afrique centrale sur la période 1965-2005, sur l’impact de la
dépendance des produits de base sur la croissance économique.
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Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
Posant la même problématique dans le contexte chinois, Yuxiang et Chen (2011) utilisent un
panel de provinces de ce pays, sur la période 1996-2006, en appliquant la Méthode des
Moments Généralisés (GMM), et concluent que l’abondance des ressources naturelles
impulse le développement financier et donc implicitement la croissance économique. Kan Ji
et al (2013) dans le même contexte aboutissent au même résultat que Yuxiang et Chen (2011).
Cependant, la qualité des institutions est déterminante dans la nature du résultat obtenu par les
premiers auteurs.
Cette vision optimiste de l’influence de la possession des ressources naturelles sur la
croissance économique a été contestée par les économistes du courant hétérodoxe. Selon ces
derniers, la possession des ressources naturelles affecte plutôt négativement la croissance
économique.
2.2 La thèse hétérodoxe ou pessimiste
Contrairement à la thèse orthodoxe, le courant hétérodoxe montre plutôt que la possession des
ressources naturelles est une malédiction, c'est-à-dire qu’elle affecte négativement la
croissance économique. Elle est constituée des contributions de plusieurs économistes, à
l’instar de Sachs et Warner (1995, 1997, 1999), Sala-i-Martin et Subramanian (2003), Auty
(2004), de Paulo et Gary (2010).Selon ces derniers, ce lien négatif s’explique par plusieurs
conséquences socio-économiques et environnementales provoquées par l’exploitation des
matières premières, parmi lesquelles :la contraction des activités économiques des autres
secteurs ;l’appréciation du taux de change; les conflits ; la dégradation de l’écosystème, etc.
S’agissant de la contraction des activités économiques des autres secteurs provoquée par la
découverte et l’exploitation d’une nouvelle ressource naturelle, elle s’explique par un
déplacement de la main d’œuvre vers le nouveau secteur plus productif et au sein duquel les
rémunérations sont plus élevées. Ce phénomène est connu sous le nom de « Dutch disease »
en anglais ou de « syndrome hollandais »5en français. En effet, la hausse des salaires de
certains agents économiques consécutive provoque une hausse de la demande et un
relèvement du niveau général des prix. Cette situation aura pour conséquence la perte de la
compétitivité des produits nationaux, ainsi que la baisse des exportations et de la croissance
économique.
5
Le syndrome hollandais (ou malédiction des matières premières) mis en évidence dans les années 1970, est un
phénomène économique qui relie l’exploitation des ressources naturelles au déclin de l’industrie manufacturière
locale. En outre, quand un pays découvre soudainement de grandes quantités de ressources naturelles et
commence à les exporter, l’on observe parfois le déclin des autres secteurs.
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Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
En ce qui concerne l’appréciation du taux de change, elle est le résultat des excédents
commerciaux provenant de l’exportation des ressources naturelles qui provoquent une entrée
massive de devises étrangères dans l’économie nationale. Si ces dernières sont utilisées dans
leur totalité pour les importations ou le remboursement de la dette extérieure, cela n’aurait
aucun effet sur la masse monétaire, ni sur la demande. Si par contre, ces devises sont
converties en monnaie locale, la masse monétaire augmenterait et les pressions de la demande
intérieure provoqueraient une hausse des prix et une appréciation du taux de change réel, qui
est nuisible à la compétitivité du reste de l’économie nationale pouvant ainsi causer sous
certaines conditions une baisse de la croissance économique.
La possession des ressources naturelles dans certains PED peut également être à la fois source
d’instabilité, de conflits sociaux et même de guerres civiles (Collier et Hoeffler, 1998, 2002,
2009 ; Bruuschweiler et Bulte 2008b et Couttenier M., 2012), parfois encouragés par certaines
firmes multinationales qui exercent dans ce domaine. Ces troubles entraînent généralement un
ralentissement des activités économiques dans les pays ou dans les zones concernés. De plus,
les fonds susceptibles d’être utilisés pour le développement des secteurs prioritaires sont
utilisés pour financer les guerres civiles, ce qui ne peut que ralentir la croissance économique.
Enfin, la dégradation de l’écosystème provoquée par l’exploitation des ressources naturelles
peut aussi affecter négativement la croissance économique. En effet, l’exploitation anarchique
de ces ressources constitue d’une part une menace pour la santé des êtres vivants, et d’autre
part une menace pour le secteur agricole suite à la destruction des surfaces cultivables et à la
pollution des eaux.
Certains travaux empiriques portant sur le lien entre la possession des ressources naturelles et
la croissance économique arrivent également à cette conclusion. Par exemple, Sachs et
Warner (1997) étudient l’influence de l’abondance des ressources naturelles sur la croissance
économique. Sur un échantillon de 95 pays aussi bien développés qu’en développement sur la
période 1970-1989, l’auteur utilise un modèle de régression multiple composé de plusieurs
variables parmi lesquelles : la protection juridique , l’inflation , l’épargne publique et la part
de la population active par rapport à la population totale. Le résultat obtenu montre que
l’abondance des ressources naturelles exerce une influence négative sur la croissance
économique.
Dans le même sillage, Omgba (2011) évalue l’impact du pétrole sur l’économie
camerounaise. Il utilise le test de causalité au sens de Granger et montre que la découverte du
pétrole et la montée de ses prix sont sources de crises économiques et politiques dans ce pays.
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Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
Il affirme par ailleurs que ces crises reposent sur la manière dont la rente pétrolière a été
gérée.
Au regard de cette littérature, il apparaît que les résultats des travaux de l’influence de
l’abondance des ressources naturelles sur la croissance économique divergent. Dans les PED,
l’abondance des ressources naturelles affecte soit positivement, soit négativement la
croissance économique. Cette même littérature montre par ailleurs que l’effet obtenu dépend
des politiques économiques et de la qualité des institutions de chaque pays. En ce qui
concerne les pays de la CEMAC qui disposent et exploitent depuis plusieurs années leurs
ressources pétrolières, et qui font d’énormes efforts pour améliorer la qualité de leur
gouvernance6, nous formulons l’hypothèse selon laquelle les revenus issus de l’exploitation
des ressources pétrolières affectent positivement la croissance économique en zone CEMAC
3. Démarche méthodologique
Dans cette section, nous spécifions d’abord le modèle économétrique utilisé, et expliquons le
choix des variables. Nous présentons ensuite la méthode d’estimation et enfin les données
utilisées dans la présente étude.
3.1 Spécification du modèle, choix et signes des variables
3.1.1 Spécification du modèle
Pour tester notre hypothèse, nous nous sommes inspirés du modèle de croissance endogène de
Mankiw et al (1992), qui lui-même s’appuie sur le modèle de Solow augmenté du capital
humain. Il est spécifié de la manière suivante :
Yit = ß Yit-1 + αXit + +ηi + ξt + µi,t (1)
Yt représente le PIB par habitant ;
Xit un ensemble de variables de contrôle y compris notre variable d’intérêt qui est la dotation
en ressources pétrolières ;
i et t représentent respectivement le pays et le temps,
6
Il s’agit de la mise en place de la Commission Nationale Anti-corruption (CONAC), du Contrôle Supérieur de
l’Etat (CONSUPE), du Tribunal Criminel Spécial, du Programme National de Gouvernance au Cameroun ; d’un
ministère chargé du contrôle de l’Etat et de la moralisation au Tchad ; de la Commission Nationale de lutte
contre l’Enrichissement illicite au Gabon, du Comité National de Lutte contre la Corruption (CNCL) en RCA,
etc.
94 Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
ηi représente l’effet spécifique pays qui permettent de capter l’effet des facteurs non observés
propres à chaque pays et qui déterminent aussi la croissance (notamment le climat, les
différences technologiques et de goûts) ;
ξt est l’effet spécifique temporel, qui permet de capter les chocs temporels qui affectent le
niveau de l’output ;
et µi,t les termes d’erreur qui prennent en compte les variables omises dans le modèle bien que
susceptible d’expliquer la croissance économique.
En ajoutant à l’équation (1), en plus de la variable d’intérêt les ressources pétrolières
(RPETRO), quelques variables de contrôle qui nous semblent aussi pertinentes pour expliquer
la croissance économique en zone CEMAC, à savoir le capital humain (KH), le capital
physique (Cphy), l’ouverture commerciale (Ouv), la stabilité politique (SP) et le contrôle de la
corruption, nous obtenons l’équation (2) :
Yit = ß Yit-1+ α1 RPETROit + α2 KHit + α3 CphyAit +α4 Ouvit + α5 SPit +α6CCIt +
ηi + ξt + µi,t (2)
Spécifier en panel7 et en exprimant certaines variables en logarithme, le modèle se présente
sous la forme suivante :
LnYit = ß LnYit-1 + α1 Ln RPETROit +α2 Ln KHit+ α3 Ln Cphyit + α4 Ln Ouvit
+α5 SPit+α6CCit + ηi + ξt + µi,t (3)
β,α1 , α2 , α3 , α4 , α5 , α6 , α7 sont les paramètres à estimer. β mesure la convergence des
économies. S’il est négatif et significatif, l’hypothèse de la convergence est vérifiée et est non
vérifiée dans les autres cas.
3.1.2 Présentation et signes des variables du modèle
Deux types de variables sont retenus par l’étude : la variable dépendante est le taux de
croissance du PIB réel par tête (LnY). Les variables explicatives sont : le logarithme du PIB
retardé (LnYt-1), la dotation en ressources pétrolières RPETRO, le logarithme du capital
humain (LnKH), le logarithme du capital physique (lnCphy), le logarithme de l’ouverture
commerciale (LnOuv), la stabilité politique (SP) et le contrôle de la corruption (CC).
7
Le choix se justifie par la taille réduite de l’échantillon et les caractéristiques des pays de la CEMAC qui ne
sont pas très différentes les unes des autres (l’accès à la mer, le climat, la production, la dotation en ressources, la
monnaie unique et la politique monétaire commune).
Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019 95
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
[Link] La variable expliquée
La variable dépendante est le logarithme du PIB par habitant à prix constant (Y), c'est-à-dire
le PIB nominal divisé par le déflateur du PIB, le tout rapporté à l’effectif total de la
population. Cet indicateur a été utilisé par plusieurs économistes comme Solow (1956) et
Lucas (1988).
[Link] Les variables explicatives :
L’Investissement en Capital Physique (Cphy) : il désigne l’ensemble des acquisitions des
éléments productifs et les infrastructures de base (routes, barrages, ponts, écoles, hôpitaux). Il
est mesuré par le rapport de la formation brute de capital fixe sur le PIB. Toutes les théories
de la croissance montrent que l’accumulation du capital physique est une source de la
croissance. L’amélioration de la qualité des infrastructures abaisse les coûts (transport,
énergie…) et par conséquent stimule la demande et l’offre, ce qui est de nature à favoriser la
compétitivité (Gannon et Liu, 1997). Il peut également favoriser le désenclavement des
régions pauvres et leur permettre d’accéder à des opportunités plus importantes (Estache,
2003). Le signe attendu est positif.
Le Capital Humain (KH) : cette variable désigne le stock des capacités humaines créées ou
innées et d’investissement dans les êtres humains (les dépenses d’éducation, de santé et
d’alimentation). Il sera mesuré dans le cadre de notre travail par le taux de scolarisation au
secondaire. L’accumulation de ce dernier est une source de croissance déjà démontrée dans le
cadre des théories de croissance endogène (Lucas, 1988). Le signe attendu est positif.
Les Ressources Pétrolières (RPETRO) : cette variable désigne la quantité des ressources
pétrolières disponibles dans un pays. Pour la mesurer, Sachs et Warner (1995) utilisent le
poids des exportations pétrolières dans le total des exportations ou du PIB. La Banque
mondiale par contre, utilise le rapport de la rente pétrolière sur le PIB. Dans cette étude, nous
allons utiliser cet indicateur. Nous attendons un signe positif de son coefficient.
L’Ouverture Commerciale (Ouv) : cette variable est généralement mesurée par la somme
des exportations et des importations rapportée au PIB et exprimée en pourcentage du produit
intérieur brut. La littérature économique montre que dans les PED, son effet sur la croissance
économique est ambigu. Le signe attendu peut alors être positif ou négatif.
La stabilité politique (SP) : elle est un indicateur qui permet de calculer la probabilité selon
laquelle le gouvernement pourrait être déstabilisé, renversé soit par des moyens
inconstitutionnels, soit par la violence (violence politique ou terrorisme). La construction de
cet indicateur est faite par l’institut de la Banque Mondiale en charge des questions de
96 Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
gouvernance dans le monde. Sur la base des avis des experts, il est attribué à chaque pays un
score entre -2,5 et +2,5. Le pays qui enregistre un score de -2,5 est considéré comme le plus
instable et le plus violent et celui dont le score est de +2,5 est le plus stable et sans violence de
tout genre. Le choix de cette variable est justifié par le fait que la plupart des pays de la
CEMAC ont traversé dans leur histoire une période d’instabilité politique. Le retour à la
stabilité de certains pays comme le Tchad et la RCA et le Congo a permis à ces derniers de
stimuler les investissements aussi bien locaux qu’étrangers et de retrouver le chemin de la
croissance. Le signe attendu de cette variable est positif.
La corruption : elle est évaluée à partir d’un indicateur qui apprécie l’effort des Etats en
matière de lutte contre la corruption, c'est-à-dire le contrôle de la corruption (CC). La
construction de cet indicateur est faite par l’Institut de la Banque Mondiale en charge des
questions de gouvernance dans le monde. Sur la base des avis des experts, il est attribué à
chaque pays un score variant entre -2,5 et +2,5. Le pays qui enregistre un score de -2,5 est
considéré comme celui dont l’effort en matière de lutte contre la corruption est inexistant, et
celui dont le score est +2,5 signifie absence de corruption. La plupart des travaux théoriques
et empiriques montrent que le contrôle de la corruption affecte positivement la croissance
économique (la corruption quant à elle affecte négativement la croissance économique). Le
signe attendu du coefficient de la variable contrôle de la corruption est positif.
3.2 Méthode d’estimation et sources des données
3.2.1 Méthode d’estimation
L’estimation des modèles de croissance avec la méthode des effets fixes ou des effets
aléatoires tels que réalisés par Sala-i-Martin (1994) présente certaines limites8. Les résultats
obtenus de ces études sont donc altérés par les problèmes de corrélation des effets spécifiques
avec les termes d’erreur et de l’endogénéité de certaines variables explicatives, notamment
l’investissement en capital physique et humain.
8
- Il est impossible de prendre en compte tous les déterminants de la croissance. Certains facteurs tels que
l’efficacité initiale, ne sont pas observables. D’autres déterminants comme la qualité des institutions sont
observables, mais la manière dont ils sont mesurés comportent beaucoup d’incertitudes ;
- L’équation ne peut pas être estimée avec les méthodes telles que la méthode des effets fixes ou des effets
aléatoires, car les effets spécifiques sont corrélés avec au moins une des variables explicatives ;
- - L’estimation de l’équation soulève le problème de l’endogénéité de certaines variables explicatives. En
mesurant ces variables en début de période, le problème peut être partiellement résolu. Toutefois cette façon
de procéder n’est pas souvent désirable pour des variables de flux tels que le taux d’investissement ou
impossible s’il n’y a pas d’observations au début de la période.
- L’estimation de l’équation soulève le problème de l’endogénéité de certaines variables explicatives. En
mesurant ces variables en début de période, le problème peut être partiellement résolu. Toutefois cette façon
de procéder n’est pas souvent désirable pour des variables de flux tels que le taux d’investissement ou
impossible s’il n’y a pas d’observations au début de la période.
Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019 97
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
La méthode d’estimation qui permet de prendre en compte ces différents problèmes et que
nous proposons dans le cadre de ce travail est la méthode des moments généralisés (GMM)
développée à l’origine par Holtz-Eakin et al, (1988) et Arellano et Bond (1991). Il en existe
deux types : l’estimateur GMM en différences premières et l’estimateur GMM en système.
L’estimateur GMM en différences premières (par l’écriture de l’équation à estimer en
différences premières) élimine les effets spécifiques individuels et temporels. Les valeurs en
niveau retardées de deux ou plusieurs périodes sont utilisées comme des instruments des
variables explicatives en différences premières, avec l’hypothèse que les erreurs de l’équation
en niveau ne soient pas corrélées en série. Cette procédure présente comme avantages
l’élimination des biais générés par l’omission de certaines variables explicatives. L’utilisation
des variables instrumentales permet d’estimer plus rigoureusement les paramètres et d’avoir
de meilleurs résultats, même en cas d’erreur de mesure (Bond et al, 2001). Cet estimateur
n’est cependant pas sans défaut : en effet, les valeurs retardées des variables en niveau ne sont
pas de bons instruments des variables en différences premières.
L’estimateur GMM en système (Blundell et Bond (1998)) exploite les hypothèses relatives
aux conditions initiales afin d’obtenir des conditions de moment qui demeurent valables
même pour des séries persistantes. La validité des instruments additionnels est testée à l’aide
des tests de validité des instruments de Sargan/Hansen. Ces tests permettent de déterminer si
les instruments sont dans l’ensemble exogènes ou non.
3.2.2 Sources des données et caractéristiques statistiques des variables
[Link] Sources des données
Afin d’estimer les paramètres du modèle ci-dessous, les données ont été extraites de
différentes sources selon la variable. Le tableau 1 présente les sources des données utilisées.
Tableau 1 : Sources des données
Variables Notations Sources des données
Ressources Pétrolières RPETRO Banque Mondiale (WDI, 2018)
Capital Humain KH Banque Mondiale (WDI, 2018)
Capital Physique CPHY Banque Mondiale (WDI, 2018)
Ouverture commerciale OUV Banque Mondiale (WDI, 2018)
Stabilité Politique SP Banque Mondiale (WGI, 2018)
Contrôle de la Corruption CC Banque Mondiale (WGI, 2018)
Détail des sources :
WDI, 2018 : World Development Indicators(2018)
WGI, 2018: World Government Indicators (2018)
Source : Les auteurs
L’échantillon est composé des six pays de la CEMAC, à savoir le Cameroun, le Tchad, la
RCA, le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale. A cause de l’inexistence des données pour
98 Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
tous les pays, notre étude couvre la période allant de 1996 à 2016. Ces données sont
compilées dans Excel et importées au logiciel économétrique (STATA 13.0) pour être traitées
à l’aide des outils statistiques appropriés.
[Link] Caractéristiques statistiques des variables et corrélations
Le tableau 2 présente les caractéristiques statistiques des différentes variables. Les résultats
obtenus sont présentés en termes de moyenne, d’écart – type, de valeurs minimale et
maximale pour les six pays de la CEMAC.
Tableau 2 : Statistiques descriptives
Variables Observations Moyennes Ecart-Types Min Max
Ln PIBH 114 7,274788 1,347838 5,112036 10,055825
RPETRO 84 29,96226 17,71402 2,543092 83,50863
Ln KH 114 3,339087 0,5723994 2,135857 4,069834
Ln Cphy 114 6,927627 3,770352 2,923513 15,62659
Ln Ouv 114 4,426427 0,6734761 3,441554 6,27615
SP 114 -0,7535814 0,7666896 -2,672609 -0,5010172
CC 114 -1,1702663 0,2364788 -1,772761 -0,5907407
Source : Calculs des auteurs
Le tableau 2 montre de faibles variations dans l’évolution des variables. Les écarts-types sont
faibles pour la plupart des variables et le nombre d’observations est suffisant pour faire une
étude économétrique.
Tableau 3 : Matrice de corrélation
Variables Ln PIB LnCphy Ln Ouv RPETRO SP CC Ln KH
Ln PIB 1,0000
LnCphy 0,7401 1,0000
Ln Ouv 0,5133 0,7761 1,0000
RPETRO 0,3461 0,4642 0,8105 1,0000
SP 0,8102 0,6265 0,4444 0,1227 1,0000
CC -0,0238 -0,4582 -0,3132 -0,1038 0,1518 1,0000
Ln KH 0,6992 0,3438 0,4451 0,2524 0,6674 0,3461 1,0000
Source : Calculs des auteurs
Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019 99
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
Le constat qui émerge de ce tableau est que l’indicateur de la croissance est positivement
corrélé à la plupart des variables du modèle. La mise en œuvre des estimations
économétriques nous permettra d’infirmer ou non cette présomption.
4. Résultats et discussions
Les résultats de la régression sont résumés dans le tableau ci-dessous :
Tableau 4 : Résultats de l’estimation
Variable Dépendante : Logarithme du PIB en valeur,
Méthode des Moments Généralisés en système
Variables Explicatives Coefficient Prob> |z|
Ln (Yt-1) (0,7851958)*** 0,0000
RPETRO (0,0124185)*** 0,0000
Ln (KH) (0,141166) 0,853
Ln (Cphy) (0,0860676)*** 0,0000
Ln (Ouv) (-0,5668246)*** 0,0000
SP (0,0334341) 0,498
CC (0,1647347) 0,178
Cons. (3,447972)*** 0,0000
Test de Sargan Chi 2 := 126,1949 Prob> Chi(2)= 0,002
Wald Chi (2) = 32,06
Prob> Chi(2) = 0,0000
Nombre d’observations = 80
Nombre d’instruments = 92
Source : Calculs des auteurs
Les valeurs entre parenthèses sont les p-values des coefficients.
***, ** et * représentent la significativité au seuil d’erreur de 1%, 5% et 10%.
Il ressort que le coefficient de la variable mesurant l’influence des ressources pétrolières est
positif. Le capital physique exerce sur la croissance économique une influence positive et très
significative. Le coefficient du capital humain a également un signe positif, mais non
significatif. La stabilité politique et le contrôle de la corruption ont des signes attendus
100 Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
(positifs), mais non significatifs. Par contre, l’ouverture commerciale a un signe négatif et très
significatif.
S’agissant des tests de Sargan, les résultats des p-values inférieurs à 5% valident le choix des
instruments. Les résultats des tests de Wald montrent que le modèle est globalement
significatif.
S’agissant plus particulièrement de la variable Ressources Pétrolières, les résultats ci-dessus
montrent que les ressources pétrolières affectent positivement la croissance économique en
zone CEMAC. Toute chose égale par ailleurs, une augmentation d’un pourcent de la rente
pétrolière accélère la croissance économique de 0,012%. Ce résultat est similaire à ceux
obtenus dans leurs études respectives par les auteurs suivants : Mehlum et al (2006) ;
Carbonnier (2007) ; Brunnschweiller et Bulte (2008b). Cependant, l’impact de la rente
pétrolière qui se limite à 0,012% seulement traduit encore un problème de gouvernance, c’est
à dire de gestion rationnelle de celle-ci.
Leite et Weidmann (1999), Bulte et al (2004), GylfasonThorvaldur (2010), Vittorio (2011) à
ce sujet montrent que la positivité de l’effet de la possession des ressources naturelles sur la
croissance économique dépend de la qualité des institutions. Or, en matière de lutte contre la
corruption, selon le classement de Transparency International en 2016, les pays de la CEMAC
sont classés sur 174 pays au monde comme suit : le Cameroun (145ème), le Tchad (159ème), la
RCA (159ème), le Gabon (101ème), le Congo (159ème) et la Guinée Equatoriale (142ème). L’on
peut s’aventurer à dire que, si la qualité des institutions était bonne, ce coefficient aurait pu
être plus fort en zone CEMAC, où sur six pays, cinq sont producteurs de pétrole à l’exception
de la République Centrafricaine.
Il est également fort probable que le « Dutch disease » explique en partie ce résultat. Depuis
que le pétrole est exploité dans certains pays de la CEMAC, en l’occurrence le Gabon et la
Guinée Equatoriale (qui sont les plus grands producteurs de cette zone), le secteur agricole y
est presque délaissé rendant le développement économique de ces pays fortement tributaire
des recettes pétrolières. C’est ainsi que leurs populations dépendent énormément du
Cameroun en termes de produits agricoles.
Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019 101
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
5. Conclusion
Le but de cette étude était d’évaluer d’une part l’impact des revenus issus de l’exploitation des
ressources pétrolières sur la croissance économique en zone CEMAC, et d’autre part de
proposer les politiques économiques susceptibles d’être utilisées par les pouvoirs publics, afin
de garantir une meilleure gestion de ceux-ci. Pour y parvenir, nous nous sommes inspirés du
modèle de Mankiw et al (1999). La technique d’estimation utilisée ici est la Méthode des
Moments Généralisés (MMG).
Les prédictions théoriques de la croissance selon lesquelles la possession des ressources
naturelles et donc pétrolières influence positivement la croissance économique ont été
vérifiées dans le cas des pays de la CEMAC car, comme le montrent les estimations, le
coefficient associé à la variable « ressources pétrolières » est positif et fortement significatif.
Nos résultats montrent par ailleurs que l’impact des ressources pétrolières sur la croissance
économique reste très faible. En effet, la quasi-totalité des pays de l’Afrique subsaharienne,
parmi lesquels ceux de la CEMAC, font encore face à un problème de gouvernance qui se
traduit par la présence d’un niveau de corruption endémique, systémique et omniprésente.
Globalement, il ressort de cette étude que les profits tirés par les pays de la zone CEMAC de
l’exploitation de leurs ressources naturelles et plus particulièrement du pétrole restent encore
très faibles.
102 Revue Repères et Perspectives Economiques, Vol.3, N°1, Semestre 1, 2019
Possession des ressources naturelles et croissance économique en zone CEMAC : cas des ressources pétrolières
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