INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME
1. Vecteur normal et plan tangent à un graphe d’une fonction de 2
variables
A. Surfaces et coordonnées curvilignes Soit f : D → R une fonction continue
définie sur une partie D de R2 . L’ensemble des points de R3 :
S = {(x, y, z) ∈ R3 |(x, y) ∈ D, z = f (x, y)}
est le graphe de la fonction f sur D. Il est évident que l’application :
F : D → S, F (x, y) = (x, y, f (x, y))
est une bijection. Puisque les points de S sont donnés par des paires de nombres
(x, y), l’ensemble S est une surface de dimension 2 dans R3 .
Si on a un chemin Γ : I → D, alors automatiquement on a un chemin F ◦ Γ : I → S
sur la surface S. Si
x = x(t)
y = y(t)
est une représentation paramétrique de Γ alors le chemin F ◦ Γ sur S est donné par
les trois fonctions :
x = x(t)
y = y(t)
z = f (x(t), y(t))
Soit (x0 , y0 ) ∈ D. On peut trouver un chemin :
x = x0 + t, y = y0 , z = f (x0 + t, y0 )
sur la surface S pour lequel la coordonnée y = y0 ne change pas et un autre chemin :
x = x0 , y = y0 + t, z = f (x0 , y0 + t)
pour lequel la coordonnée x = x0 ne change pas. Ces chemins partant de points
différents de la surface S tracent des lignes de coordonnées sur S. Pour cette raison
on appelle (x, y) les coordonnées curvilignes sur S.
B. Plan tangent Si la fonction z = f (x, y) est différentiable en (x0 , y0 ) ∈ D, alors,
quand (x, y) → (x0 , y0 ) on a :
p
(1) f (x, y) = f (x0 , y0 ) + α(x − x0 ) + β(y − y0 ) + o 2
(x − x0 ) + (y − y0 )2
où α et β sont des constantes égales aux dérivées partielles au point (x0 , y0 ).
Considérons un plan dans R3 donné par une équation
(2) z = z0 + α(x − x0 ) + β(y − y0 )
où z0 = f (x0 , y0 ). On voit que le graphe de la fonction
p f autour du point (x0 , y0 ) est
éloigné du plan d’une valeur négligeable devant (x − x0 )2 + (y − y0 )2 .
1
2 INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME
Définition 1. Le plan
(3) f (x, y) = f (x0 , y0 ) + α(x − x0 ) + β(y − y0 )
∂f ∂f
avec α = (x0 , y0 ), β = (x0 , y0 ) est appellé le plan tangent au graphe de la fonction
∂x ∂y
z = f (x, y) au point (x0 , y0 , f (x0 , y0 )).
[Link] normal
Soit (x, y, z) ∈ D ⊂ R3 et F (x, y, z) = 0 l’équation implicite d’une surface S
(précédemment on avait une surface: z = f (x, y) pour laquelle F (x, y, z) = f (x, y) −
z.) Soit
x = f (t)
t ∈ I ⊂ R, γ : t 7→ y = g(t)
z = h(t)
l’équation paramétrique d’une courbe de la surface passant par le point P0 (x0 , y0 , z0 ),
c’est-à-dire qu’il existe
t0 ∈ I, tel que (x0 , y0 , z0 ) = (f (t0 ), g(t0 ), h(t0 )) et (x, y, z) = (f (t), g(t), h(t))
qui satisfont l’équation F (x, y, z) = 0 pour tout t ∈ I. Soit u(t) = F (f (t), g(t), h(t))
une fonction composée de I → R, qui est identiquement nulle sur I. Donc au point
t = t0 on a
du ∂F df ∂F dg ∂F dh
(4) 0= = · + · + ·
dt ∂x dt ∂y dt ∂z dt
t df dg dh
De l’équation (4) suit que le vecteur , , est orthogonal au vecteur
dt dt dt t=t0
t ∂F ∂F ∂F −−→ t df dg dh
, , ≡ gradF (P0 ). Le vecteur , , est un vecteur quel-
∂x ∂y ∂z dt dt dt t=t0
conque dans l’espace tangent à S au point P0 . Donc le vecteur
−−→ t ∂F ∂F ∂F
gradF (P0 ) = , , (P0 )
∂x ∂y ∂z
est orthogonal à tout vecteur tangent à la surface S passant par P0 . Cela signifie
exactement que le vecteur gradient est normal à la surface S.
L’équation du plan tangent à la surface donnée par l’équation F (x, y, z) = 0 est
facile à établir: c’est le plan passant par P0 tel que tout vecteur de ce plan est
−−→
orthogonal à gradF (P0 ). Les coordonnées d’un point M (x, y, z) du plan vérifient :
−−→ −−→
P0 M · gradF (P0 ) = 0. Ce produit scalaire donne l’équation du plan tangent :
∂F ∂F ∂F
(x − x0 , y − y0 , z − z0 ) · , , (P0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z
De façon plus explicite :
∂F ∂F ∂F
(x − x0 ) (P0 ) + (y − y0 ) (P0 ) + (z − z0 ) (P0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z
On peut comparer cette formule à la formule (3).
INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME 3
1.1. Droite tangente, plan normal à une courbe paramétrée de R3 . Une
courbe paramétré dans l’espace, appelée aussi ”courbe gauche”, est donnée par une
application vectorielle :
x(t)
γ(t) = y(t) , t ∈ I ⊂ R.
z(t)
Le vecteur directeur de la droite tangente au point de la courbe (x0 , y0 , z0 ) = (x(t0 ), y(t0 ), z(t0 ))
est donné par la dérivée de γ :
0
→
−0 x (t0 )
γ (t0 ) = y 0 (t0 ) .
z 0 (t0 )
La droite tangente T passe par (x0 , y0 , z0 ) et parallèle au vecteur γ 0 (t0 ). Cela signifie
−−→
que chaque vecteur P0 P passant du point P0 = (x0 , y0 , z0 ) au point P = (x, y, z) ∈ T
→
−
est colinéaire au vecteur γ 0 (t0 ). En coordonnées cela donne l’équation de la droite :
x − x0 = kx0 (t0 )
y − y0 = ky 0 (t0 ) , k ∈ R.
z − z0 = kz 0 (t0 )
−−→ →
−
k est ici un coefficient de proportionnalité entre les vecteurs P0 P et γ 0 (t0 ). Cette
variable k dépend de la position du point P sur la droite et quand k parcourt R, le
→
−
point P parcourt la droite tangente. Si toutes les coordonnées de γ 0 (t0 ) sont non-
nulles on peut réécrire l’équation de la droite sans k :
x − x0 y − y0 z − z0
(5) 0
= 0 = 0 .
x (t0 ) y (t0 ) z (t0 )
Le plan normal, orthogonal à la courbe au point de la courbe (x0 , y0 , z0 ), ce qui
en pratique signifie orthogonal à la tangente en ce point, est donné par la relation
suivante :
x0 (t0 ) · (x − x0 ) + y 0 (t0 ) · (y − y0 ) + z 0 (t0 ) · (z − z0 ) = 0.
−−→
Ici on utilise le produit scalaire de la tangente et du vecteur P0 Q, passant du point
P0 = (x0 , y0 , z0 ) au point Q = (x, y, z) du plan. Le plan est normal quand le produit
→
− −−→
scalaire γ 0 (t0 ) · P0 Q vaut 0.
Exemple 2. Cherchons les équations de la tangente et du plan normal à la courbe
donnée par les relations paramétriques:
x = t, y = t2 , z = t3
au point (x0 , y0 , z0 ) = (1, 1, 1), t = 1. On a x0 = 1, y 0 = 2t, z 0 = 3t2 , donc au
point (1, 1, 1), le vecteur directeur de la tangente est égal à (1, 2, 3). L’équation de la
tangente est
x − x0 y − y0 z − z0
= =
1 2 3
et celle du plan normal
1 · (x − x0 ) + 2 · (y − y0 ) + 3 · (z − z0 ) = 0.
Donc x + 2y + 3z = 6.
4 INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME
Dernière remarque ici à propos de la dimension. La droite est un objet de dimension
1, donc pour écrire une équation d’une droite dans R3 il faut deux relations linéaires
indépendantes, car 1 = 3 − 2. Quand on utilise une variable supplémentaire k pour
écrire une équation d’une droite, on a 4 variables et 3 relation linéaires : 4 − 3 = 1.
Un plan dans l’espace R3 est donné par une seule équation linéaire, du point de
vue de la dimension car la dimension du plan est 2 = 3 − 1.
1.2. Longueur d’une courbe. Abscisse curviligne. Un arc de courbe est orienté
par le choix de l’un des deux sens de parcours possible, ce qui revient à distinguer les
→
−
vecteurs tangents opposés ± γ 0 (t). Pour calculer la longueur d’un arc de la courbe Γ
on partage la courbe en n morceaux et on cherche la somme des longueurs. Quand
n → ∞ les morceaux de la courbe deviennent petits et presque des segments donc
n n n
−−−−−→
k→
−
γ (ti+1 ) − →
− k→
−
X X X
kMi Mi+1 k = γ (ti )k ≈ γ 0 (ti ) k (ti+1 − ti ).
i=1 i=1 i=1
on peut substituer à la longueur d’un morceau Mi Mi+1 la longueur du vecteur tangent
k→−
γ 0 (ti )k au point Mi = γ(ti ). En considérant des subdivisions de plus en plus fines et
en passant à la limite en n∞ on obtient la sommation continue qui définit la longueur:
l’arc de courbe Γ donné par la parametrisation γ : [a, b] → R3 , γ(t) = (x(t), y(t), z(t))
a pour longueur
Z b
→
−
L(Γ) = k γ 0 (t)kdt.
a
Théorème 3. La longueur d’un arc d’une courbe est bien définie - elle ne dépend pas
de la paramétrisation.
Soit p : [ud , uf ] → [a, b], p(u) = t une fonction dérivable p0 (u) 6= 0, pour u ∈ [ud , uf ],
et a = p(ud ), b = p(uf ). On a le même arc de courbe Γ Ravec une nouvelle représentation
u
paramétrique µ(u) = γ(p(u)). Montrons que L(Γ) = udf |µ0 (u)|du. En effèt,
dµ dγ dt
=
du dt du
Z uf Z uf Z uf Z b
0 dγ dt dγ dt dγ
L(Γ) = kµ (u)kdu = du = du = dt.
ud ud dt du ud dt du a dt
On pose ds = |→ − p
γ 0 t| dt = x02 + y 02 + z 02 dt. On l’appelle l’abscisse curviligne car
cette forme différentielle joue le même rôle dans les intégrales sur les courbes que dx
sur les intégrales simples sur un intervalle.
Remarque 4. Dans R2 une courbe paramétrée est donnée par
0
x = x0 (t)
x = x(t)
, k→− p
0
γ(t) = , γ (t) = 0 0 γ 0 (t)k = x02 + y 02
y = y(t) y = y (t)
Si la courbe est donnée par l’équation y = f (x), alors
t
, k→
− p
γ(t) = γ 0 (t)k = 1 + f 0 (t)2 .
f (t)
INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME 5
2. Intégrale de surface
2.1. Rappel. Soient a = (x1 , y1 , z1 ) et b = (x2 , y2 , z2 ) deux vecteurs de R3 . Le produit
vecoriel de a et b est le vecteur
a ∧ b = (y1 z2 − y2 z1 , z1 x2 − x1 z2 , x1 y2 − x2 y1 ).
C’est un vecteur orthogonal aux vecteurs a et b. La norme de ce vecteur est égale à
l’aire du parallélogramme de cotés a et b. En effet , on vérifie que (a ∧ b).a = 0 =
(a ∧ b).b, et que
ka ∧ bk = ka ∧ (b − c)k = [Link] − ck,
avec c la projection de b sur la droite engendré par a et b − c est orthogonal à a. Ce
qui est exactement l’aire du parallélogramme de cotés a et b. Ce résultat sera utilisé
pour évaluer l’air d’une surface.
2.2. Intégrale de surface de fonctions réelles. L’idée de base est la même que
pour les intégrales curvilignes, mais au lieu d’intégrer sur un arc de courbe on intègre
sur une surface. C’est par une intégrale de surface qu’on calcule
• l’aire d’une surface (l’aire d’une sphère, par exemple)
• le flux d’un champ de vecteurs à travers une surface
Une surface S de R3 peut être définie de différentes façons:
• a) Forme explicite par une équation de la forme z = f (x, y) où f : D →
R, D ⊂ R2 ,
S = {(x, y, z)| (x, y) ∈ D ⊂ R2 , z = f (x, y)}.
Une paraboloı̈de de révolution z = x2 + y 2 en est un exemple.
• b) Forme implicite par une équation de la forme F (x, y, z) = 0 où F : E →
R, E ⊂ R3 ,
S = {(x, y, z) ∈ E ⊂ R3 | F (x, y, z) = 0}.
La sphère de R3 de centre l’origine et de rayon R en est un exemple:
x2 + y 2 + z 2 = R 2
• c) Forme paramétrique par une représentation paramétrique
g : D ⊂ R2 → S ⊂ R3 ,
(u, v) 7→ g(u, v) = (x, y, z)
Exemple 5. S - une sphère de centre l’origine et de rayon R
g : [0, π] × [0, 2π] → S ⊂ R3
(6)
(θ, φ) 7→ g(θ, φ) = (R sin θ cos φ, R sin θ sin φ, R cos θ)
Soit m le point de S de paramètres θ et φ.
• (a) Lorsque φ est fixé et que θ varie dans [0, π] m décrit un demi-cercle. Un
vecteur-tangent à ce demi-cercle au point m est
−→
∂g
= (R cos θ cos φ, R cos θ sin φ, −R sin θ)
∂θ
• (b) Lorsque θ est fixé et que φ varie dans [0, 2π], m décrit un cercle. Un
vecteur-tangent à ce cercle au point m est
−→
∂g
= (−R sin θ sin φ, R sin θ cos φ, 0)
∂φ
6 INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME
On note −
→ −−→
→
− ∂g ∂g
N (θ, φ) = ∧ ,
∂θ ∂φ
ce vecteur s’il est non nul est normal à la sphère au point m. Le point m ∈ S est
appelé un point régulier de la surface si ce vecteur est non nul en m.
On a une situation analogue pour une surface quelconque paramétrée par
g : D ⊂ R2 → S, de classe C 1
(u, v) 7→ g(u, v) = (x, y, z)
On considère D une partie quarrable de R2 et g de classe C 1 sur un ouvert de R2
contenant D. On note −→ −→
→
− ∂g ∂g
N (u, v) = ∧ ,
∂u ∂v
ce vecteur s’il est non nul est normal à la surface S au point (u, v).
La notion d’aire de la surface paramétrée par → −g (u, v) avec (u, v) ∈ D vient de la
considération suivante. La surface peut être fractionnée en un nombre fini de parties
associées à des rectangles Rij = [ui , ui + ∆i u] × [vj , vj + ∆j v] du plan de paramètres
(u, v). L’aire de la portion de surface correspondant à Rij sera approchée par l’aire
d’un rectangle de cotés
→
− ∂→−g ∂→
−
g
g (ui , vj + ∆j v) − →
−
g (ui , vj ) ≈ ∆j v et →
−g (ui + ∆i u, vj ) − →
−
g (ui , vj ) ≈ ∆i u.
∂v ∂u
Il en résulte:
X ∂→ −
g ∂→−
g
A= k ∧ k∆i u∆j v.
i,j
∂u ∂v
Ce qui, après des fractionnements de plus en plus fins, aboutit à la définition précise
de l’aire avec une intégrale double. On note
∂→
−g ∂→−
g
dA = k ∧ k du dv
∂u ∂v
et on l’appelle l’élément d’aire.
Voici un cas particulier: quand la surface est le graphe d’une fonction d’équation
z = h(x, y), on a: v
u →
− !2 →
− !2
u ∂ h ∂ h
dA = t1 + + dx dy
∂x ∂y
Soit f : U → R, U ⊂ R3 et S ⊂ U. On a
f ◦ g : D ⊂ R2 → S ⊂ U ⊂ R3 → R,
(u, v) 7 →
− f (g(u, v)).
On peut considérer l’intégrale double
→
−
ZZ
I= f (g(u, v))k N (u, v)k du dv
D
et démontrer que I est indépendante du choix de la représentation paramétrique g.
Pour calculer l’intégrale d’une fonction sur une surface on note
ZZ
I= f dA
S
et on l’appelle intégrale de f sur la surface S.
INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME 7
En particulier, lorsqu’on prend pour f la fonction constante égale à 1 on obtient
par définition l’aire de S notée
ZZ
A(S) = dA
S
Après le choix d’une représentation paramétrique de S on calcule A(S) par
→
−
ZZ
A(S) = k N (u, v)k du dv
D
Exemple 6. Sur la sphère de rayon R, la calotte sphérique S est l’ensemble des
points de coordonnées sphériques (R, θ, φ) tels que 0 ≤ θ ≤ α. S a la représentation
paramétrique donnée par l’équation de l’exemple déjà cité. Le vecteur normal est
→ −→
−
→
− ∂g ∂g
(7) N (θ, φ) = ∧ = (R2 sin2 θ cos φ, R2 sin2 θ sin φ, R sin θ cos θ),
∂θ ∂φ
et
→
−
k N (θ, φ)k = R2 sin θ.
L’aire de la calotte vaut donc
ZZ Z α Z 2π
2 2
A(S) = R sin θ dθ dφ = R sin θ dθ dφ = 2πR2 (1 − cos α)
0≤θ≤α, 0≤φ≤2π 0 0
En particulier, pour α = π, S est la sphère et son aire est 4πR2 .
H
2.3. Théorème de Green-Riemann. Parfois on utilise la notation pour une
intégrale sur une courbe fermée pour soulignier que le circuit est fermé.
Théorème 7 (Green-Riemann). Soit D un compact de R2 limité par un bord C =
∂(D) de classe C 1 par morceaux et P, Q : D → R des fonctions de classe C 1 . On a
I ZZ
∂Q ∂P
(8) P dx + Q dy = − dx dy
C+ D ∂x ∂y
où C + designe le bord C, orienté de sorte qu’un mobile parcourant C a toujours D à
sa gauche.
Proof. D’abord on donne ici une démonstration dans le cas le plus simple. Soit D
un carré R de sommets (0, 0), (1, 0), (1, 1) et (0, 1) et supposons Q = 0. On cherche à
démontrer I ZZ
∂P
P dx = − dx dy
∂R R ∂y
R
Côté gauche de l’égalité Pour calculer l’intégrale curviligne ∂R P dx on oriente
le bord du carré ∂R contre l’aiguille du montre. On note le coté de R allant du
S S(0, 0)Svers (1, 0)Γ1 , de (1, 0) vers (1, 1) − Γ2 , etc. Le bord du carré ∂R =
sommet
Γ1 Γ2 Γ3 Γ4 . On peut paramétré les cotés Γi o de la façon suivante:
γ1 : [0, 1] → Γ1 , t 7→ (t, 0) dx = 1 · dt, dy =0· dt
γ1 : [0, 1] → Γ2 , t 7→ (1, t) dx = 0 · dt, dy =1· dt
γ1 : [0, 1] → Γ3 , t 7→ (1 − t, 1) dx = 1 · dt, dy =0· dt
γ1 : [0, 1] → Γ4 , t 7→ (0, 1 − t) dx = 0 · dt, dy =1· dt
I Z Z Z Z
P dx = P dx + P dx + P dx + P dx
∂R Γ1 Γ2 Γ3 Γ4
8 INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME
On a
R R1
P (x, y) dx = 0 P (t, 0) dt,
RΓ1 R1
P (x, y) dx = 0 P (1, t)0 · dt = 0,
RΓ2 R1 R1
P (x, y) dx = 0 P (1 − t, 1) dt = − 0 P (t, 1) dt,
RΓ3 R1
Γ4
P (x, y) dx = 0 P (0, 1 − t)0 · dt = 0
Finalement le côté gauche est égal à
Z 1 Z 1
P (t, 0) dt − P (t, 1) dt
0 0
Côté droit de l’égalité
On calcule l’intégrale double par Fubini :
ZZ Z 1 Z 1 Z 1
∂P ∂P
− dx dy = − dy dx = − (P (x, 1) − P (x, 0)) dx
R ∂y 0 0 ∂y 0
ce qui est exactement le côté gauche obtenu précédemment!
Il est clair qu’on démontre de la même façon que
I ZZ
∂Q
Q(x, y) dy = dx dy.
∂R R ∂x
La démonstration se généralise facilement sur n’importe quelle partie quarrable de
R2 .
→
− →
− →
−
Remarque 8. L’intégrale curviligne du champ V (x, y) = P (x, y) i + Q(x, y) j est
l’intégrale de la 1-forme différentielle correspondante
α = P (x, y) dx + Q(x, y) dy.
On remarque que la 2-forme
∂Q ∂P
− dx dy
∂x ∂y
est égale à dα. La formule de Green-Riemman dans cette écriture devient
I ZZ
(9) α= dα.
∂(D) D
Exemple 9. Calculer l’intégrale curviligne I le long de la boucle fermée C constituée
par les deux arcs de parabole y = x2 et x = y 2 décrite dans le sens direct avec
Z
I = (2xy − x2 )dx + (x + y 2 )dy.
C
Vérifier le résultat en utilisant la formule de Riemann.
Important! La formule de Green-Riemann marche seulement dans des domaines
fermés et bornés par une courbe fermée - on n’a pas de formule reliant les intégrales
doubles aux intégrales curvilignes sur un chemin quelconque. La formule de Green-
Riemann est vraie seulement pour des chemins fermés.
INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME 9
2.4. Applications (calcul d’aire, théorème de Poincaré). L’aire d’un domaine
de R2 grâce au théorème de Green-Riemann s’exprime par une intégrale curviligne
Z I I I
1
AireD = dx dy = −y dx + x dy = − y dx = x dy
D 2 ∂(D) ∂(D) ∂(D)
Exemple 10. Soit D le domaine défini entre la parabole y = x2 et la droite y = 4. On
cherche l’aire de D. On peut la trouver en calculant l’intégrale curviligne de champ
→
− →
− →
−
de vecteurs V = −y i + x j . Le bord est une réunion de Γ et Γ1 où Γ est la parabole
de paramétrisation (t, t2 ), t ∈ [−2, 2] et Γ1 la droite de paramétrisation (2 − t, 4). On
a I Z 2 Z 2
2
I= −y dx + x dy = (−t ) dt + t · 2t dt = (t2 ) dt = 16/3
Γ+ −2 −2
et sur la droite Γ1 on a x = 2 − t, y = 4, donc dx = − dt, dy = 0 · dt et
Z Z 2 Z 2
I= −y dx + x dy = (−4)(− dt) + (2 − t)(0 · dt) = 4 dt = 16
Γ+
1 −2 −2
Le résultat pour l’intégrale curviligne sur le chemin fermé est
Z
16 64
−y dx + x dy = + 16 = .
T
Γ Γ1 3 3
On vérifie que I ZZ
S
−y dx + x dy = 2 dx dy.
Γ Γ1 D
On a
2 4 2 2
x3
ZZ Z Z Z
2 32
dx dy = dy dx = (4 − x ) dx = 4x − =
D −2 x2 −2 3 −2 3
ce qui est exactement la moité de l’intégrale curviligne.
Soit la forme différentielle α = P dx + Q dy sur D ⊂ R2 fermée. C’est-à-dire que
∂Q ∂P
dα = − dx dy = 0.
∂x ∂y
Par la formule de Green-Riemann, on voit que cela implique que
I ZZ
∂Q ∂P
P dx + Q dy = − dx dy = 0
C+ D ∂x ∂y
et cela sur n’importe quel chemin fermé C + . La seule condition sur C + est que le
chemin C + doit être le bord d’un domaine quelconque D! La formule de Green-
Riemann éclaire un autre côté du théorème de Poincaré - une 1-forme fermée sur un
domaine D a son intégrale sur toute courbe fermée contenue dans D égale à zero. Par
conséquent elle est exacte. Par exemple, pour la forme
x dy − y dx
ω=
x2 + y 2
on arrive en changeant des variables en coordonnées polaires (x, y) → (r, t) :
x = r cos t, y = r sin t
à obtenir
dx = dr cos t − r sin t dt, dy = dr sin t + r cos t dt et par conséquent ω = dt.
10 INTEGRALES DE SURFACE ET DE VOLUME
Il apparaı̂t que ω est exacte par cette formule! Or si on calcule son intégrale sur un cir-
cuit fermé autour de l’origine, on voit que l’intégrale n’est pas nulle et par conséquent
la forme n’est pas exacte. Ce qui est correct c’est que ω est exacte localement, mais
pas globalement, partout dans R2 \ (0, 0). Le plus grand ouvert sur lequel on peut
obtenir le changement de variables continu (x, y) → (r, t) est le complémentaire dans
le plan R2 d’une demi-droite issue de l’origine, mais pas le plan entier ni le plan privé
de l’origine.