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Rééquilibrage des Contrats Internationaux

Le document traite du rééquilibrage des contrats internationaux face à des circonstances imprévisibles, soulignant l'importance de la renégociation ou de la résiliation des contrats pour maintenir leur équilibre économique. Il évoque la théorie de l'imprévision, qui permet à une partie de demander une réévaluation des conditions contractuelles lorsque des événements imprévus rendent l'exécution difficile. Enfin, il examine les fondements juridiques et les systèmes nationaux concernant cette théorie, en mettant en lumière les différences entre les législations, notamment entre le droit marocain et le droit français.

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Rééquilibrage des Contrats Internationaux

Le document traite du rééquilibrage des contrats internationaux face à des circonstances imprévisibles, soulignant l'importance de la renégociation ou de la résiliation des contrats pour maintenir leur équilibre économique. Il évoque la théorie de l'imprévision, qui permet à une partie de demander une réévaluation des conditions contractuelles lorsque des événements imprévus rendent l'exécution difficile. Enfin, il examine les fondements juridiques et les systèmes nationaux concernant cette théorie, en mettant en lumière les différences entre les législations, notamment entre le droit marocain et le droit français.

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ISSN 2605-6496. Journal of the Geopolitics and Geostrategic Intelligence, Vol.

4, No°1, pp 256-267 Jan 2023

LE REEQUILIBRAGE DU CONTRAT INTERNATIONAL SUITE A DES


CIRCONSTANCES IMPREVISIBLES

Pr. Samia LOUADI


Enseignante-chercheuse à la F.S.J.E.S.
EL JADIDA

Résumé

L’environnement politique et économique en constante évolution génère des répercutions


sur l’économie et l’équilibre de plusieurs contrats internationaux. Le contrat étant à la fois un
outil de prévision ainsi qu’un véhicule de circulation de richesses, peut prévoir la possibilité de
maintenir son équilibre économique et le réadapter à toute circonstance nouvelle dite
imprévisible. Ce rééquilibrage se fait à travers la renégociation ou carrément la résiliation du
contrat international, c’est qu’on appelle la clause hardship.

De plus, en l’absence de stipulations contractuelles, le droit international à travers les


conventions internationales et la lex mercatoria ainsi que plusieurs législations nationales
admettent la révision du contrat suite à l’avènement de circonstances imprévisibles en dépassant
le principe de la force obligatoire du contrat ainsi que son intangibilité dans le cadre de la théorie
d’imprévision.

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Les relations commerciales sont frappées par les retards de livraison, de paiement ou
par une impossibilité d’exécution ou un renchérissement des différentes prestations objet
d’obligations contractuelles. Ainsi, les circonstances économiques peuvent évoluer depuis le
jour de la formation des contrats internationaux au jour de leurs exécutions à raison de quelques
aléas caractérisés par des modifications et transformations de la situation comme tout
changement de prix rendant la charge plus lourde à l’une des parties aux contrats.

Des difficultés croissantes générées par la longue durée que connaît l’exécution des
contrats internationaux au fur et à mesure que l’on s’éloigne de leur date de conclusion à raison
de l’environnement politique et économique en mutation et évolution. C’est ce que le droit des
contrats appelle la théorie de l’imprévision. Celle-ci consiste en la demande de la partie
défavorisée à une renégociation du contrat pour rétablir son équilibre économique et la
réévaluation de ses conditions gravement modifiées au détriment de l’une des parties, à la suite
d’événements raisonnablement imprévisibles lors de la conclusion de la convention.

L’analyse économique du droit développée aux Etats-Unis a conduit à admettre que le


contrat est obligatoire parce qu’il constitue un véhicule de création et circulation de richesse.
Ainsi, l’avènement d’une circonstance imprévisible nouvelle peut justifier l’inexécution du
contrat dès lors qu’il ne produit plus suffisamment de richesse grâce à une théorie dite
« violation efficace »1. La modification de l’économie et l’équilibre de plusieurs contrats tant
nationaux qu’internationaux et ce caractère d’imprévision doit être appréciée au cas par cas afin
de primer la loyauté contractuelle et la bonne foi tant dans la phase de la formation du contrat
que dans son exécution.

Contrairement, à la force majeure qui a seulement pour objet de libérer le débiteur d’une
obligation dont l’exécution est devenue impossible, l’imprévision ouvre à une renégociation du
contrat par les parties ou carrément à sa révision par le juge parce que l’exécution devient plus
onéreuse et non pas impossible. Elle s’inscrit dans une sorte de maintien de l’équilibre

1
BUFFELAN-LANORE Yvaine et LARRIBAU-TERNEYRE Virginie, Droit civil : Les obligations, 16ème éd.,
Sirey, Paris, 2018., p. 298.

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contractuelle en toute circonstance avec une efficacité technique du contrat le caractérisant


d’utilité.

L’on mettra l’accent dans ce cadre sur les relations contractuelles présentant un caractère
international (à savoir un élément d’extranéité et mettant en cause les intérêts du commerce
international) qui sont gouvernées par un ensemble de règles juridiques puisant ses sources dans
des conventions internationales, dans les usages du commerce international (lex mercatoria) ou
encore dans des droits nationaux auxquels renvoient la règle de conflit et qui sont applicables
aux contrats internationaux. Ainsi, l’objectif est d’apprécier la sécurité juridique offerte aux
parties au contrat international suite à l’avènement d’une circonstance imprévisible
bouleversant l’équilibre économique du contrat.

Il est alors nécessaire de savoir dans quelle mesure les instruments juridiques mis en
place en cas de circonstances imprévisibles permettent-ils de maintenir l’équilibre économique
du contrat international et sa réadaptation ?
Il conviendra, dans un premier temps, de mettre l’accent sur les fondements juridiques
du rééquilibrage du contrat international suite à des circonstances imprévisibles (I), avant
d’étudier l’aménagement conventionnel pour la réadaptation du contrat suite à des
circonstances imprévisibles (II).

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I- Les fondements juridiques du rééquilibrage du contrat international suite à


des circonstances imprévisibles

Le rééquilibrage du contrat international suite à des circonstances imprévisibles repose sur


plusieurs notions qui se sont développés pour lutter contre les contrats injustes et atteindre une
finalité de l’effet utile du contrat, chose que l’on étudiera dans l’admission de la théorie des
circonstances imprévisibles causant un déséquilibre économique du contrat international (A)
avant de nous focaliser sur l’atténuation du régime de la force obligatoire du contrat dans
plusieurs systèmes nationaux (B).

A- L’admission en droit international de la théorie des circonstances imprévisibles


causant un déséquilibre économique du contrat international
La théorie des circonstances imprévisibles intervient toute les fois où il y a des
circonstances économiques imprévues, postérieures à la conclusion du contrat, rendant son
exécution extrêmement difficile ou plus onéreuse. Ce déséquilibre peut être réajusté suite à la
demande de la partie défavorisée pour procéder à une renégociation du contrat et rétablir son
équilibre et la réévaluation de ses conditions gravement modifiées au détriment de l’une des
parties, à la suite d’événements raisonnablement imprévisibles lors de la conclusion de la
convention. Cette théorie semble contraire à un principe directeur du droit des contrats qui est
la force obligatoire du contrat revenant au fait que celui-ci doit être exécuté tel qu’il a été prévu
et il est donc intangible, c’est-à-dire qu’il est impossible de le réviser et donc le rééquilibrer.

Dans un contexte mondial où les sources de droit sont multiples, l’internationalité du


contrat cause des difficultés supérieures par rapport au contrat interne. Chaque contrat est régi
par la convention internationale qui lui est éventuellement applicable. A défaut d’existence
d’une convention internationale applicable ou à défaut de son application, c’est le droit national
choisi par les parties ou désigné par les règles de conflits de lois au même titre que la lex
mercatoria2 à titre exclusif qui sont applicables quand les parties le peuvent ou subsidiaire pour
combler les lacunes de la convention internationale ou du droit national applicables.
Dans ce contexte, il est important de se référer à la convention de Vienne sur la vente
internationale des marchandises3 qui dans son article 79 précise que : « une partie n'est pas

2
La lex mercatoria ou les usages commerciaux internationaux constitue un droit formé par l’ensemble des usages
commerciaux à savoir les usages professionnels comme (modèles de contrats: Contrats –types, codifiés:
incoterms…) ainsi que les Principes généraux dégagés par les sentences arbitrales et organisations
professionnelles.
3
La Convention des Nations Unies sur les contrats de vente internationale de marchandises adoptée le 11 avril
1980, dite convention de Vienne (CVIM). Cette convention n’a pas été ratifiée par le Maroc.

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responsable de l'inexécution de l'une quelconque de ses obligations si elle prouve que cette
inexécution est due à un empêchement indépendant de sa volonté et que l'on ne pouvait
raisonnablement attendre d'elle qu'elle le prenne en considération au moment de la conclusion
du contrat, qu'elle le prévienne ou le surmonte ou qu'elle en prévienne ou surmonte les
conséquences». Cet empêchement indépendant de la volonté de l’une des parties au contrat et
que l'on ne pouvait raisonnablement pas attendre lors de sa conclusion renvoie clairement à la
théorie des circonstances imprévisibles.
Dans un autre contexte, il faut dire que la lex mercatoria nous donne des réponses
intéressantes concernant le rééquilibrage du contrat international suite à des circonstances
imprévisibles à travers les principes d’Unidroit. Ces derniers visent en la construction d’ « un
modèle contractuel à partir d’un ensemble de règles contractuelles communes et faciliter ainsi
le commerce international »4. Ils soulignent dans l’ article 6.2.2 qu’il y a imprévision ou
hardship lorsque surviennent des événements qui altèrent fondamentalement l’équilibre des
prestations, soit que le coût de l’exécution des obligations ait augmenté, soit que la valeur de la
contre-prestation ait diminué, et que ces événements sont survenus ou ont été connus de la partie
lésée après la conclusion du contrat et qu’elle n’a pas pu raisonnablement prendre de tels
événements en considération. Ainsi, ces Principes ont instauré un mécanisme permettant à la
partie lésée de demander l’ouverture de renégociations. En cas de faute d’accord entre les
parties dans un délai raisonnable, l’une ou l’autre peut saisir le tribunal qui pourra mettre fin au
contrat ou l’adapter en vue rétablir l’équilibre des prestations. Aussi, un mécanisme de révision
judiciaire du contrat est prévu en cas d’échec de la négociation aux termes de l’article 6.2.35.
Il est à noter que les arbitres « juges naturels du commerce international » ont été les
premiers à appliquer cette théorie en se référant dans leurs motivations sur le principe de bonne
foi6 ou encore le hardship en application des Principes Unidroit en l’absence d’une clause de
détermination du droit applicable7.

Après avoir mis l’accent sur l’admission en droit international de la théorie des
circonstances imprévisibles causant un déséquilibre économique du contrat international, il est
important d’étudier l’admission de cette théorie dans les systèmes nationaux. Ainsi, quand le

4
Bénédicte FAUVARQUE-COSSON, « Entre droit souple et droit dur: les « Principes» en droit des contrats
internationaux», in Le droit souple, Rapport annuel du Conseil d’Etat, 2013, La documentation française, p. 258.
5
]https://www.unidroit.org/fr/instruments/contrats-du-commerce/principes-d-unidroit-2016] (Consulté le
2/12/2022 à 22h 03).
6
Sentence C.C.I. n°1512, JDI Clunet, 1974, pp. 905-912.
7
La sentence CCI n°11265, ICC International Court of Arbitration Bulletin, vol. 20, n°2, 2009, pp. 92-93.

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jeu de la règle de conflit renvoie à une loi étatique déterminée applicable au contrat
international, il est nécessaire de connaitre la place de la théorie de l’imprévision dans la
législation de cet Etat.

B- Atténuation du régime de la force obligatoire du contrat dans plusieurs


systèmes nationaux

Quand le droit applicable au contrat international est la loi marocaine, l’avènement de


circonstances imprévisibles ne permet pas à la partie lésée de demander la réadaptation du
contrat à ces nouvelles circonstances en en l’absence de stipulations contractuelles. Cette
position s’appuie sur le principe de la force obligatoire des contrats qui veulent le contrat
s’impose aux parties, dans les conditions mêmes où elles l’ont voulu mais aussi au juge et aux
tiers. Ainsi, l’on parle d’une intangibilité du contrat et l’on ne saurait faire échec à la force
obligatoire du contrat formulée par l’article 230 du D.O.C8 sous prétexte que les obligations
stipulées sont devenues plus onéreuses ou leurs exécutions difficiles suite à l’avènement de
circonstances exceptionnelles.
Toutefois, il est à noter qu’après des incursions en droit comparé, l’on ressent une sorte
d’affaiblissement de la consécration de l’autonomie de la volonté des parties au contrat en lui
reprochant d’être utopique dans un sens où qui dit contractuel ne dit pas forcément juste. Ceci
nous pousse à parler d’une sorte de menaces à certains principes directeurs du droit des contrats
de certains Etats comme la liberté contractuelle ou encore la force obligatoire du contrat. Aussi,
le développement de principes tels que l’équilibre contractuel, ou encore de proportionnalité et
d’interdiction de l’excès est venu afin de lutter contre les contrats injustes. Tous ces principes
s’inscrivent dans un principe plus large appelé la justice contractuelle9. Ce déclin a été
clairement apprécié au niveau de la réforme du droit des contrats français grâce à l’ordonnance
du 10 février 201610 reconnaissant la théorie d’imprévision largement admise par la
jurisprudence11. Dans ce cadre l’article 1195 du code civil français dispose dans son premier
alinéa que : « Si un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat

8
Dahir (9 ramadan 1331) formant Code des obligations et des contrats (B.O. 12 septembre 1913).
9
BUFFELAN-LANORE Yvaine et LARRIBAU-TERNEYRE Virginie, op. cit., .p. 297.
10
Ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du régime général et de la
preuve des obligations.
11
L’adaptation du contrat en droit français aux circonstances imprévisibles a été pour la première fois consacré
dans un arrêt de la chambre commerciale de la cour de cassation française le 3 novembre 1992 (Société française
des pétroles BP c/ Michel Huard) fondée sur l’exigence de bonne foi. (Com. 3 novembre 1992, (rejet), Soc.
françaises des pétroles BP c. M. Huard, Bull. civ. IV, n° 338, p. 241, Rev. trim. dr. civ. 1993, 124, obs. J.
MESTRE).

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rend l’exécution excessivement onéreuse pour une partie qui n’avait pas accepté d’en assumer
le risque, celle-ci peut demander une renégociation du contrat à son cocontractant. Elle
continue à exécuter ses obligations durant la renégociation ». Le deuxième alinéa du même
article met l’accent sur l’intervention du juge en cas de refus ou d’échec de la renégociation
suivant la demande des parties d’un commun accord afin de procéder à l’adaptation du contrat.
Aussi, à défaut de ce commun accord, l’une partie des parties peut demander au Juge de mettre
fin au contrat à la date et aux conditions qu’il fixe.

Dans un autre cadre, il importe de souligner que le droit de l’OHADA12 a consacré au


niveau des articles 161 et 162 de l’avant-projet de l’acte uniforme portant droit général des
obligations13 la révision du contrat à l’instar de certaines législations nationales ainsi que les
Principes Unidroit.

Dans les systèmes de la common law, le droit anglais connaît une théorie similaire à
celle de l’imprévision qui est « frustration ». Celle-ci est destinée à remédier aux changements
radicaux de circonstances14 en supposant l’identité du contrat. Lorsque cette notion joue, elle
entraine la résiliation automatique du contrat et la restitution des sommes versées 15. Cette
théorie a constitué un affaiblissement de la force obligatoire du contrat (Rebus sic stantibus)
reconnue pour la première fois au niveau de l’arrêt Taylor v. Caldwell16. Ainsi, le caractère
raisonnable de la nouvelle situation du co-contractant lésé doit être apprécié par le juge et voir
s’il pouvait s’engager dans le même contexte au moment de la conclusion du contrat. L’on peut
noter que les critères d’appréciation du déséquilibre économique en droit anglais sont très
stricts. Dans ce contexte, l’exécution du contrat, même anormalement plus coûteuse, ne
constitue pas nécessairement, pour les tribunaux anglo-saxons, un cas de frustration of contract.

12
L'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) créée en 17 octobre
1993 à Port-Louis (Ile Maurice) et regroupe 17 Etats africains, a pour mission l’harmonisation du droit des Affaires
en Afrique.
13 Cet avant-projet a été réalisé par le Secrétariat Permanent de l'OHADA avec le concours actif de l'Organisation
Intergouvernementale UNIDROIT et abandonné pour que chaque pays conserve son droit hérité de la période
coloniale.
14
Il n’existe dans cette théorie une distinction e entre les cas d’impossibilité totale d’exécuter et ceux où l’exécution
n’implique pas une telle impossibilité.
15
EL ACHKAR Reine, Réadaptation des contrats : Hardship et amiable composition, L.G.D.J., Paris, 2016, p.
63.
16
L’affaire portée sur un contrat de location d'une salle de concert qui avait brûlé après la conclusion du contrat
mais avant les spectacles prévus. La Cour anglaise a certes affirmé le principe de la responsabilité pour les dettes
contractuelles mais a en outre réduit son champ d'application aux contrats « absolus » Cf. Taylor v. Caldwell,
1863, 2 B. & S. 826, 122 ER 309.

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Les faits doivent avoir rendu l’exécution « radicalement » et « fondamentalement » distincte de


ce qui était prévu dans le contrat17.

Dans un autre niveau, il importe de mettre l’accent sur la notion d’impracticability of


performance et frustration of purpose en droit américain née dans un arrêt dit Mineral Park
Land co v Howard18. La jurisprudence américaine n’admet pas aisément l’événement
imprévisible mais prend également pour référence le principe de l’Homme raisonnable. Ainsi,
s’il est placé dans les mêmes circonstances, aurait-il agi de la même façon ?19 Le droit américain
rejoint le droit anglais dans ce sens.

Après avoir étalé les fondements juridiques du rééquilibrage du contrat international


suite à des circonstances imprévisibles, il est question de mettre l’accent sur l’aménagement
conventionnel pour la réadaptation du contrat suite à ce genre de circonstances.

II- L’aménagement conventionnel pour la réadaptation du contrat suite à des


circonstances imprévisibles

Le maintien de l’équilibre économique contractuel du contrat international peut être assuré


à travers certaines clauses d’adaptation du contrat aux nouvelles circonstances imprévisibles
grâce à l’aménagement conventionnel de l’imprévision (A) puis la mise en œuvre de cet
instrument prévoyant l’imprévision une fois l’évènement a lieu en activant la clause hardship
prévue dans l’une des clauses contractuelles (B).

A- L’aménagement conventionnel de l’imprévision


Le rééquilibrage du contrat vise à répondre à un impératif de justice contractuelle. Ainsi,
il est clair que la théorie l’autonomie de la volonté, principe directeur gouvernant l’encadrement
des relations contractuelles est censé répondre aux besoins des parties. Toutefois, la longue
durée de l’exécution du contrat fait que ces besoins changent et il est conseillé aux parties de
prévoir l’adaptation de leurs contrats aux nouvelles circonstances. A ce titre, il existe plusieurs
types de clauses contractuelles répondant à ces préoccupations : clause d’échelle mobile,

17
EL ACHKAR Reine, op. cit., p. 63.
18
A thing is impossible in legal contemplation when it is not practicable; and a thing is impracticable when it can
only be done at an excessive and unreasonable cost. Cf. Mineral Park Land Co. v. Howard - 172 Cal. 289, 156 P.
458 (1916).
19
SEROUSSI Roland, Introduction aux droits anglais et américain, 5ème éd., Dunod, Paris, 2011, p. 127.

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d’indexation20, de force majeure, etc.,… S’agissant de l’avènement de circonstances


imprévisibles, la clause de hardship est insérée dans les contrats afin de prévoir une
réadaptation du contrat malgré la non reconnaissance de la théorie d’imprévision par le droit
applicable au contrat. Cette clause constitue pour les parties un outil d’adaptation en vue
d’assurer la survie et la pérennité de la relation contractuelle21. Mais, la clause de hardship est
un instrument connu dans la pratique moderne des contrats internationaux visant à la fois sa
survie et la préservation de son équilibre économique.

Littéralement, le terme « hardship » désigne une épreuve, une difficulté, une privation,
une rigueur. La clause de hardship permet d’appréhender un événement venant modifier
l’équilibre d’un contrat en cours permettant aux cocontractants d'exiger une renégociation de
bonne foi du contrat lors de la survenance d'un évènement imprévisible et inévitable de nature
économique ou technologique, bouleversant gravement l'équilibre des prestations. Ce
bouleversement fait que le contrat ne présente plus un grand intérêt pour l’une des parties,
notamment parce qu’elle a subi un préjudice substantiel, disproportionné, injuste ou
inéquitable. Ce type de clause se trouvent dans les contrats internationaux de longue durée,
elles permettent à l’une ou l’autre des parties de demander un réaménagement pour supprimer
l’injustice. Éventuellement, la partie lésée peut demander la résiliation du contrat international.

Il est important de noter que l’évènement injuste et imprévisible rend juste l’exécution
du contrat international plus onéreuse et non pas impossible comme c’est le cas de la force
majeure. La rédaction des clauses de force majeure répond à un besoin des parties d’adapter la
notion de force majeure aux particularités du contrat en définissant d’un commun accord ses
conditions et ses effets22. Egalement, l’on peut retrouver des clauses de sauvegarde avec une
légère différence avec les clauses hardship. La clause de sauvegarde permet à l’une des parties
au contrat, victime d’un déséquilibre, de le résilier sans risquer d’engager sa responsabilité et
sans obligation de le renégocier.

Il existe un autre type de clauses connues dans les contrats internationaux


d’investissement et leur principal effet consiste de geler la loi de l’État contractant au moment

20
La clause d’indexation, de variation automatique ou d’échelle mobile constitue une stipulation contractuelle
permettant de faire varier de façon automatique le prix. La révision automatique du prix stipulé dans le contrat se
fait selon un changement opéré dans un ou plusieurs indices.
21
Racine Jean-Baptiste et Siiriainen Fabrice, Droit du commerce international, 3ème éd., Dalloz, Paris, 2018, p.
170.
22
Idem, p. 170.

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de la conclusion du contrat. Il s’agit des clauses de stabilisation dans lesquelles toute


modification de la loi postérieure au contrat est inopposable au partenaire privé23.
Dans le cadre de l’aménagement conventionnel de l’imprévision, il est important dans
la rédaction des clauses hardship d’insister sur le caractère imprévisible des circonstances ainsi
que prévoir les modalités de rééquilibrage du contrat et surtout préciser le sort du contrat
pendant la période de sa réadaptation. Egalement, il faut prévoir les solutions à adopter en cas
d’échec de l’accord entre des parties pour rééquilibrer le contrat comme carrément sa
résiliation24. Dans ce cadre, l’ensemble de ces précisions doivent être prises en compte dans la
rédaction de la clause hardship25.
Après avoir apprécié les différents aspects de l’aménagement conventionnel de
l’imprévision qui se fait principalement à travers la clause hardship, il est important de mettre
l’accent sur l’activation de cette clause afin de rééquilibrer le contrat international.

B- L’activation de la clause hardship

Comme il a été précisé, prévoir les modalités de rééquilibrage du contrat et surtout


préciser son sort pendant la période de sa réadaptation constitue un élément important à noter
au niveau de la clause hardship. Les solutions à adopter en cas d’échec de l’accord entre des
parties dans le cadre de la renégociation, allant jusqu’à sa résiliation, doivent figurer au niveau
de cette clause. Dans le cadre de l’activation de la clause harship, l’on s’attachera à mettre
l’accent sur sa mise en œuvre (1), l’exécution des contrats pendant la renégociation du contrat
international (2) et finalement le sort des contrats en cas d’échec de renégociation (3).

23
Cette clause peut concerner toute la législation ou bien être cantonnée à certains domaines (il en va ainsi des
clauses de stabilisation fiscale). Il n’est cependant pas utile de prévoir de telles clauses lorsque la loi de l’État offre
elle-même des garanties de stabilité législative. Cf. Ibid., p. 143.
24
Tagum Fombeno et Henri-Joël, N é g o c i e r e t r é d i g e r a u m i e u x s e s c o n t r a t s d a n s l ' e s p a c e
OHADA, 2ème éd., L’Harmattan-Sénégal, Dakar, 2021 , p. 124.
25
A titre d’exemple, la clause de hardship peut être rédigée comme suit : En cas d’avènement de circonstances
échappant au contrôle des parties et ne résultant pas d’une faute de la partie qui les invoque, cette dernière doit
aviser l’autre partie de la survenance de l’événement et l’étendue de la difficulté rencontrée et les moyens proposés
pour y remédier. Les parties doivent alors être remises équitablement dans l’esprit d’objectivité et de loyauté
constituant la base des relations existant entre elles. En cas d’échec de la renégociation dans un délai de 90 jours
à compter de la demande d’adaptation, chacune des parties aura la faculté de mettre fin au contrat, sans indemnité,
moyennant un préavis de 60 jours à notifier par lettre recommandée. Pendant cette période les livraisons se
poursuivront sans modifications des conditions contractuelles. Cf. MESTRE J. et RODA J-Ch, Les principales
clauses des contrats d’affaires, Lextenso, Paris, 2011, p. 480.

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1- Mise en œuvre la clause


a- Constation du hardship

L’épreuve, la difficulté ou en encore la privation que représente le hardship se constate


dès lors qu’il existe un changement de circonstances techniques, commerciales, financières ou
juridiques rendant l’exécution « excessivement onéreuse » et qui entrent dans le champ des
circonstances stipulées dans la clause de hardship. Ce changement de circonstances doit
échapper au contrôle des parties et ne résulter aucunement d’une faute de la partie qui les
invoque. Dans ce cadre, quand les conditions du hardship sont réunies pour l’une des parties
au contrat, il faut qu’elles soient admises et constatées par l’autre. D’ailleurs, la partie se
trouvant dans une situation avantageuse a toujours du mal à admettre une situation de
hardship26. Ainsi, une fois ce hardship constaté, il est important qu’il ait une notification
réciproque de l’impact de ces circonstances.

b- Notification des parties

Il est nécessaire que la partie invoquant les circonstances imprévisibles avise l’autre
partie de la survenance de l’événement et l’étendue de la rigueur subie ainsi que des moyens
proposés pour y remédier. Egalement, l’autre partie doit exprimer sa position dans les plus brefs
délais. Toutefois, cette obligation d’information de la part de la victime constitue une garantie
de préservation des intérêts de l’autre partie qui sera également lésée par l’inexécution de
l’obligation. Tout défaut d’information entraînera le retrait du droit d’invoquer l’imprévision et
donc ne pas profiter de cette clause.

2- L’exécution pendant la renégociation

La partie qui invoque la théorie de l’imprévision doit continuer à exécuter ses


obligations durant la période de renégociation généralement stipulée dans la clause, remettant
les parties équitablement dans l’esprit de l’objectivité et de loyauté constituant la base des
relations existant entre elles. Ainsi, en cas de faute d’accord à l’issue de cette renégociation, il
est important de connaitre le sort du contrat international.

3- Sort des contrats en cas d’échec de renégociation


Notons qu’à défaut d’accord des parties dans le délai stipulé dans la clause hardship à
compter de la demande d’adaptation, chacune des parties pourrait avoir la faculté de mettre fin

26
EL ACHKAR Reine, op.cit., p. 67.

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ISSN 2605-6496. Journal of the Geopolitics and Geostrategic Intelligence, Vol. 4, No°1, pp 256-267 Jan 2023

au contrat, sans indemnité, moyennant un préavis à notifier par lettre recommandée. Ainsi, la
résiliation peut être de sort des contrats en cas d’échec de renégociation sur la base des
stipulations contractuelles du contrat international initial.

Pour conclure, l’on serait plutôt enclin de dire que dans un droit commun des contrats
internationaux où les principes de bonne foi, de loyauté et de cohérence contractuelle règnent,
l’admission dans les législations nationales de la théorie de l’imprévision, constitue sans doute
un gage de sécurité juridique pour les parties aux contrats internationaux. Cette garantie
d’équité contre les bouleversements pouvant surgir pendant l’exécution du contrat, vise
principalement à maintenir l’équilibre économique initial du contrat qui touche sans doute la
cause de sa formation.

Bibliographie

Ouvrages généraux :
 BUFFELAN-LANORE Yvaine et LARRIBAU-TERNEYRE Virginie, Droit civil :
Les obligations, 16ème éd., Sirey, Paris, 2018.
 MESTRE Jacques et RODA Jean-Christophe, Les principales clauses des contrats
d’affaires, Lextenso, Paris, 2011.
 RACINE Jean-Baptiste et SIIRIAINEN Fabrice, Droit du commerce international,
3ème éd., Dalloz, Paris, 2018.
 SEROUSSI Roland, Introduction aux droits anglais et américain, 5ème éd., Dunod,
Paris, 2011.
Ouvrages spéciaux :
 EL ACHKAR Reine, Réadaptation des contrats : Hardship et amiable composition,
L.G.D.J., Paris, 2016.
 TAGUM Fombeno et Henri-Joël, N é g o c i e r e t r é d i g e r a u m i e u x s e s
contrats dans l'espace OHADA , 2ème éd., L’Harmattan -Sénégal,
Dakar, 2021
Rapport :

 Bénédicte FAUVARQUE-COSSON, Entre droit souple et droit dur : les « Principes » en droit
des contrats internationaux, in Le droit souple, Rapport annuel du Conseil d’Etat, 2013, La
documentation française, p. 256-271.

Bulletin :

 ICC International Court of Arbitration Bulletin, vol. 20, n°2, 2009.

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Common questions

Alimenté par l’IA

The clause hardship allows for the renegotiation or revision of international contracts when unforeseen circumstances significantly alter the economic equilibrium of the contract, making its performance excessively onerous rather than impossible. This clause requires the affected party to notify the other party of the unforeseen circumstances and propose ways to address them. If renegotiation fails, either party may terminate the contract without liability, provided they comply with any notice requirements stipulated in the contract .

Specifying outcomes during activation and potential failure of renegotiation in a hardship clause ensures legal certainty and preparedness in addressing disruptions. Clear stipulations allow parties to anticipate and manage risks proactively, maintaining contract balance without contentious disputes. It also upholds mutual interests by delineating frameworks for decision-making and resolution, preventing opportunistic behaviors from exploiting ambiguities .

'Force majeure' releases a party from obligations under the contract when performance becomes impossible due to unforeseen events beyond their control. In contrast, 'imprévision' does not render performance impossible but makes it excessively onerous, allowing for renegotiation of contract terms rather than automatic release of obligations. The 'imprévision' theory focuses on maintaining contract equilibrium by adapting to changed conditions rather than terminating obligations .

Hardship clauses embody the principles of good faith and fairness by allowing contracts to be adapted to significant changes in circumstances that were not foreseeable at the time of contracting. These clauses ensure that parties are not unfairly disadvantaged by events beyond their control, maintaining a balanced and equitable relationship. This aligns with the overarching goal of contract law to protect both parties' interests reasonably and equitably .

If parties cannot reach an agreement in renegotiations prompted by hardship clauses, typical outcomes may include termination of the contract without liability to either party after complying with any notice and timing requirements laid out in the hardship clause. Alternatively, parties may resort to judicial intervention, where courts can adjust contract terms or even dissolve the contract to restore economic balance .

The 'effective breach' concept, developed through economic analysis in the U.S., argues that breaching a contract could be justified if it no longer generates sufficient economic value, contrasting with traditional views that prioritize absolute contract compliance. This theory suggests that breach is permissible when it facilitates better distribution of resources or creates overall economic gain, thereby challenging the rigid enforcement of contractual promises .

Different national legal systems vary in their approach to unforeseen circumstances. For instance, Moroccan law maintains a strict interpretation under the principle of 'force obligatoire', resisting modifications due to new and unforeseen circumstances unless contractually stipulated. On the other hand, other systems may incorporate the concept of 'imprévision', allowing courts to adjust obligations to restore equilibrium. This divergence underscores the importance of understanding applicable legal frameworks to contracts .

The Unidroit Principles offer a framework for addressing fundamental changes in economic circumstances affecting contractual equilibrium through the inclusion of hardship and renegotiation provisions. Article 6.2.2 recognizes hardship when events drastically impact contract obligations, empowering parties to seek renegotiation or judicial adaptation of terms to restore balance. These principles facilitate a systematic approach to stabilizing international contractual relationships .

Notification is essential to preserve the interests of both parties by ensuring that the party invoking the clause of imprévision provides timely information about the unforeseen circumstances and their impact. This transparency permits the counterparty to assess the situation, propose potential solutions, or agree to renegotiate contract terms. Failure to notify can nullify the right to rely on such clauses, thus reasserting the importance of communication and fairness in contractual adjustments .

Stabilization clauses in international investment contracts aim to 'freeze' the applicable law as it stands at the time of contract formation, protecting investors from any adverse legislative changes that the host country may introduce later. These clauses secure the investment by ensuring that subsequent modifications in the host country's regulations do not negatively affect the contract terms or the investor's interests .

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