These1 2
These1 2
Avec des températures moyennes comprises entre 21°C et 27°C, des précipitations
variant de 1 500 mm au nord-est et dans les régions de savane, à 3 300 mm au nord-ouest, et
la présence de deux saisons humides (de mars à juin et d'octobre à décembre), le Gabon a les
caractéristiques d'un pays équatorial, avec la présence d'une forêt bien marquée. La forêt
regorge d'énormes potentialités qui varient selon les sources. Depuis l'époque coloniale, cette
forêt riche et diversifiée constitue un véritable enjeu économique. En effet, dès le début la
traite coloniale s'est orientée vers une exploitation des ressources forestières. Dans ce
contexte, la fotrêt est alors devenue le lieu d'enjeux décisifs, notamment en terme de gains en
devises aussi bien pour les exploitants que pour l'Etat. Cette situation s'est poursuivie, voire
renforcée dès les premières années de l'indépendance du Gabon. En quoi ce secteur a t-il
constitué un enjeu de développement pour le Gabon ? Comment se présentent les multiples
jeux d'acteurs aux intérêts divergents ? Au préalable, serait-il possible de donner un aperçu du
potentiel forestier de ce pays ?
La superficie forestière exacte du Gabon n’est pas connue; les estimations peuvent
varier de plus de 4 millions d’hectares. Au moins trois estimations existent1, mais elles sont
différentes pour ce qui est de leur date, de leur méthodologie et de leur terminologie.
L'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) définit la
forêt comme des zones boisées dont la surface de la canopée est d’au moins de 10%. Les
estimations du projet TREES (Joint Research Center Tropical Ecosystem Environment
Observations by Satellites) sont basées sur des images à résolution d’un mètre (AVHRR),
acquises entre 1992 et 1993, et elles établissent une distinction entre les « forêts denses
1
Observatoire Mondial de la Forêt, 2000, Un premier regard sur l'exploitation forestière au Gabon, p13.
- 113 -
humides ». TREES définit les forêts comme des zones boisées dont la surface de la canopée
est d’au moins de 68%. Les chiffres du gouvernement, quant à eux, ne sont pas clairement
définis pour une date, une méthodologie ou une terminologie précise.
L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) évaluait
la surface forestière du Gabon en 1995 à environ 18 millions d’hectares (plus précisément 17
859 000), et pense que près de 31% de cette superficie serait convertie à l’agriculture et à
d’autres utilisations.
Selon le projet TREES, le couvert forestier du Gabon est d’environ 21 millions
d’hectares, ce qui laisse donc à penser que 20 % de la couverture forestière est convertie à
l’agriculture et d’autres usages.
Graphique 3 : La superficie forestière au Gabon (en milliers d’hectares)
25000
20000
15000
10000
5000
0
FAO (1995) TREES (1992-1993) GOUVERNEMENT GABONAIS
Source : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), 1997.
Les estimations de la surface forestière de la FAO pour les tropiques sont normalisées
en fonction d’une année commune en utilisant un modèle basé sur le taux de croissance de la
population. Etant donné que la déforestation est associée à divers facteurs - notamment le
droit foncier, les conditions économiques et les politiques de développement - l’exactitude de
ce modèle axé sur la population est sujette à caution. Toutefois, au-delà de toutes ces
interprétations, les données de la FAO restent la seule source permettant de mesurer le rythme
d’évolution de la surface forestière ces 15 dernières années.
- 114 -
le domaine forestier non permanent qui comprend les terres converties à l’agriculture et à
d’autres utilisations. D'une manière générale la forêt donne l'apparence d'une uniformité. Mais
derrière cette uniformité, la composition floristique majeure de la forêt dense gabonaise
révèle, dans les détails, d'importantes variations numériques, véritables gradients
phytogéographiques1. Sur la base de ces variations, des types floristiques régionaux,
regroupés en trois zones géographiques (littoral, centre et oriental) ont été définis2. Ainsi,
d'ouest en est de ce pays, on distingue trois types de forêts primaires : une forêt dense humide
sempervirente du bassin sédimentaire côtier (zone du littoral), une forêt dense humide
sempervirente des reliefs et plateaux de l'intérieur (zone centrale) et une forêt dense des
plateaux de l'intérieur (zone orientale), voir la carte suivante.
Carte 7
1
MABIKA(J.), Exploitation et gestion durable de la forêt gabonaise, analyse géographique et problèmes de gestion et
d’aménagement forestier, p 85.
2
CABALLE, 1978, & IPN, 1983.
- 115 -
I-2-1 La zone du littoral
- 116 -
fonds. Cela revêt une importance capitale pour la compréhension de l’évolution actuelle de
cette forêt qui est, dans son ensemble, assez largement remaniée.
Historiquement, cette forêt côtière est la première à avoir été exploitée du fait de
l’abondance d’okoumé et de la facilité d’extraction des bois. Elle est maintenant largement
dégradée dans bien des endroits : c’est la première zone forestière.
- 117 -
gabonaise et l’okoumé y atteint la limite continentale de son aire de répartition. Cette
disparition brutale de l’Okoumé suscite encore de nos jours des commentaires et
interprétations divers. Pour les uns, l’extension actuelle de l’espèce n’est pas stabilisée.
L’observation en bordure des pistes de la constitution rapide, après défrichements ou abandon
des cultures, de jeunes peuplements d’okoumé le prouve. Les défrichements constitueraient,
en quelque sorte, de véritables couloirs de propagation. Alors comment expliquer que la
limite actuelle de l’Okoumé apparaît, bien que sinueuse, assez régulière ? Pour les autres, le
climat déterminerait cette répartition en agissant comme un facteur limitant. En effet, au-delà
de la limite, la pluviométrie accuse une baisse générale assez sensible (moins de 1.750 mm
d’eau en moyenne par an) et le régime pluviométrique présente un changement saisonnier
fondamental : l’individualisation très nette d’une petite saison sèche en janvier-février qui
correspond à la période de fructification de l’espèce. Les graines qui perdent rapidement leur
pouvoir germinatif ne pourraient pas franchir ce cap. Cette explication pourrait valoir
d’ailleurs pour d’autres espèces. Comme c’est souvent le cas en écologie chaque thèse
contient probablement une part de vérité. Aussi nous nous garderons bien de rejeter l’une ou
l’autre et de conclure. Signalons enfin que les derniers inventaires réalisés au Cameroun et au
Congo mentionnent des Okoumés dans des zones où on n’a pas l’habitude de les rencontrer.
Conquête de nouveaux espaces ou, tout simplement, meilleures descriptions de secteurs
jusqu’à présent peu ou mal prospectés ? Seule une étude approfondie des exigences
écologiques de l’Okoumé semble en mesure de régler définitivement ce problème de
chorologie.
Dans la Nyanga et le Sud du Chaillu, l’Okoumé devient plus rare. II disparaît par
endroits. Cependant pour ne pas fractionner son aire de répartition on a conservé, mais en
dernier rang, dans l’indicatif floristique de cette forêt : Sorro (Scyphocephalium ochocoa),
IIomba (Pycnanthus angolensis), Limba (Terminalia superba) et Okoumé (Acoumea
klaineana). Par contre, le Limba, espèce caractéristique des forêts semi- caducifoliées, est
assez fréquent. Deux hypothèses peuvent être avancées. Si l’Okoumé était bien représenté
dans la forêt primitive de ce secteur, sa quasi-absence actuelle indiquerait alors qu’il a été
exploité. S'il ne s'est pas réinstallé depuis, c'est à cause du climat qui règne dans cette région.
En effet, la Nyanga, et en particulier la région de Tchibanga, présente un des climats les
moins arrosés du Gabon (même le moins), avec une grande saison sèche de quatre mois par
an. Ces conditions climatiques sont d’ailleurs très critiques pour l’existence même d’une forêt
dense sempervirente. L’Okoumé aux limites de son aire de répartition, ne surmonterait pas ce
manque d'eau. L’autre hypothèse plus simple, est que la forêt actuelle, dans sa composition
- 118 -
floristique majeure, est à peu de chose près identique à celle qui aurait existé naguère. Quelle
que soit son origine, cette forêt a donc dans sa forme sempervirente une existence assez
précaire.
Le déplacement du front d’exploitation forestière vers l’Est soumet cette forêt de
l’intérieur à une plus grande pression que par le passé, rendue possible par un certain nombre
d’infrastructures mises en place (Transgabonais en particulier). L’essentiel des grandes
concessions forestières en activité est localisé dans ce type de forêt. C’est la deuxième zone
forestière du Gabon, l'actuel front pionnier.
Deux types de forêt sont distingués : une forêt dense humide sempervirente à sorro
(Scyphocephalium ochocoa) et Ilomba (Picnanthus angolensis) du type Angona (Pentaclethra
eetveldeana), Celtis spp, M’banégué (Gilletiodendron pierreanum) et Limbali
(Gilbertiodendro dewevrei) et une forêt dense à tendance semi-caducifoliée à Ilomba
(Picnanthus angolensis), Engona (Pentaclethra eetveldeana), Limba (Terminalia superba) et
Obéché ou Ayous (Triplochiton scleroxylon).
Ces deux types de forêt se partagent le territoire de façon très disproportionnée
puisque le premier couvre environ 4,5 millions d’hectares alors que le second, rélégué dans
l’extrême Nord-Est du Woleu-Ntem et de l’Ogooué-Ivindo, s’étend à peine sur 750.000
hectares. Outre ces deux provinces, dans le Sud, le premier type traverse l’Ogooué-Lolo et le
Haut-Ogooué.
Ces forêts sont celles des plateaux du Nord-Est du Gabon dont l’altitude n’atteint
guère plus de 600 à 700 mètres. Toutefois, ça et là, quelques massifs de roches éruptives ou
ferrugineuses, ne dépassant pas 1 000 mètres, viennent rompre la monotonie de ces paysages,
en particulier dans les confins frontaliers avec le Congo et le Cameroun (exemples : massif de
Boka-Boka, mont de Bengoué et montagnes de Bélinga).
L’Okoumé disparaît de ces forêts, d’autres espèces se raréfient ou sont absentes.
D’ouest en est on peut citer : l’Odzikouna (Scytopetalum klaineanum), l’Owui (Hexalobus
crispiflorus), le M’vana (Hylodendron gabunense), l’Alep et le Sorro. A l’inverse, des
espèces apparaissent pour la première fois, voire même deviennent abondantes par endroits :
l’Obéché ou l’Ayous, le Limba, le Nka (Pteleopsis hylodendron) et le Wengé (Milletia
laurentii). Il convient aussi de mentionner le N’signa (Scorodophloeus zenkeri) et un Abeum,
le Limbali (Gilbertiodendron dewevrei), qui sont des dominantes locales dans la forêt voisine
de la cuvette congolaise.
- 119 -
Ces changements floristiques transposés au niveau des familles et sous-familles
sont encore plus frappants. Les Burséracées, Irvingiacées et Olacacées atteignent dans l’Est
leur plus faible représentation numérique, alors que, au contraire, les Mimosoïdées et les
Papilionoïdées y sont par comparaison au plus fort de leur représentation. Les familles des
Sterculiacées et des Ulmacées jusqu’alors pratiquement absentes ont désormais un assez bon
rang dans les listes des inventaires forestiers.
En conclusion, si la forêt littorale et celle de la zone centrale ont des affinités
certaines avec une forêt atlantique développée plus au nord tout autour de la baie du Biafra, la
forêt de la zone orientale s’apparente plus à celle du Congo voisin. Dans cette région du
Gabon, s’interpénètrent deux grands domaines floristiques distincts, un atlantique qui
s’achève, un autre continental qui commence. Cette flore nouvelle ne reste en place que parce
qu’elle y trouve des conditions favorables à son développement. Le climat, à ce titre, semble
jouer un rôle déterminant. II est moins chaud et moins arrosé que dans tout le reste du Gabon.
Les précipitations moyennes annuelles sont inférieures à 1 750 mm et faiblissent de plus en
plus vers l’Est. Au nord d’une ligne Minvoul-Minkébé-Mékambo le seuil fatidique des 1.500
mm est franchi, sans pour autant que la forêt disparaisse.
En même temps le caractère caducifolié de ces forêts s’accentue, mais jamais assez
suffisante pour qu’il soit possible de parler de forêts semi-caducifoliées. La caducité ne
concerne pas des stations entières dans la forêt mais seulement quelques espèces. D’ailleurs,
ces espèces perdent leurs feuilles de manière irrégulière. Outre le Limba et l’Obéché, nous
mentionnerons comme autres espèces à feuillage caduc : le Kosipo (Entandrophragma
candollei), le Niové (Staudtia gabonensis), les Celtis, le Moabi (Baillonella taxisperma), etc .
On peut rechercher, comme nous l’avons fait à propos de la forêt du Sud à Limba et
Okoumé, l’origine exacte de cette forêt. Elle peut n’avoir qu’une explication climatique. Mais
ici aussi il est bien difficile de ne pas évoquer l’action de l’homme sur la forêt. Le Woleu-
Ntem connaît depuis de longue date une forte occupation humaine, une des plus fortes
d’ailleurs du Gabon. En outre, lors des migrations anciennes, cette province a été un déversoir
et un lieu de passage. L’autre route d’entrée au Gabon par le Nord suivait un axe constitué par
l’Ivindo et l’Ogooué. Sur leur passage, les populations défrichaient. Une flore nouvelle a donc
pu être introduite à la faveur de ces défrichements et suivre leur progression vers le Sud-
Ouest. Nos connaissances actuelles ne nous permettent pas, hélas ! de préciser la part prise
par cette flore dans le paysage forestier de ces contrées. Selon toute vraisemblance, il nous
paraît peu probable qu’elle en constitue aujourd’hui l’élément essentiel ou prépondérant.
N’oublions pas que la forêt est un milieu très fermé peu favorable à l’introduction d’espèces
- 120 -
nouvelles, à moins que l’homme par son action sur de vastes étendues en bouleverse les
mécanismes intimes. Seules donc des opérations de déforestation de grande envergure sont
susceptibles de justifier dans le Woleu-Ntem la thèse d’une flore forestière d’origine
anthropique ; thèse peu soutenable dans le cadre d’une activité agricole de type autarcique
exercée par une population de tout temps concentrée le long des grands axes.
De par l’absence d’Okoumé, cette forêt orientale offre, dans les conditions actuelles
du marché, un intérêt moindre pour l’exploitation forestière. Cette zone présente de plus, des
problèmes d’accès et de desserte. II faut noter que l’essentiel de la forêt non encore exploitée
du pays est en fait constitué par cette forêt orientale. Elle fait partie de la deuxième zone
forestière du Gabon hors du front pionnier que nous dénommons la forêt-réservoir de l’Est ou
du Nord-Est. Mais comment se fait l'exploitation forestière, et par quels types d'acteurs ?
- 121 -
II-1 Les enjeux de l’exploitation forestière
Dès le départ, la traite coloniale s’était orientée vers l’exploitation des ressources
forestières. Dans ce contexte, la forêt était déjà devenue le lieu d’enjeux décisifs, notamment
en termes de gains en devises. Les exploitants forestiers considèrent la forêt comme une
source d’enrichissement rapide, stratégie à court terme à en juger par le rythme de
prélèvement c’est-à-dire les volumes de production, surtout en périodes de forte croissance.
Pour l’Etat, la forêt est aussi une source de revenus optimale à court terme. Croulant sous le
poids d’une dette extérieure souvent insoutenable, les revenus de la forêt en devises
constituent une part importante du budget de l’Etat et de son produit intérieur brut (PIB).
Créateur d’emplois, le secteur forestier permet aussi de rééquilibrer une balance commerciale
souvent désavantageuse. La prise de décision étant aux mains d’un petit groupe de personnes
ou de clans au sein d’une classe de privilégiés détenteurs de la puissance publique, considère
la forêt comme une source de revenus personnels à court terme, ce qui entraîne la conclusion
de contrats rapportant principalement des bénéfices à l’investisseur et à certains hauts
fonctionnaires. C’est une économie de rente et la tentation est grande.
1
ZIEGLE (H) ; BERGER LEVRAULT, 1952 , L’Afrique équatoriale Française .
- 122 -
Mais c’est au Gouverneur général Reste qu’on doit le réquisitoire le plus sévère à
l’encontre d’une exploitation qui ne fut pendant longtemps qu’un simple pillage indifférent à
la mise en valeur du pays. II mérite d’être entendu : « Je ne voudrais pas pousser le tableau
trop au noir, écrivait-il au ministre des colonies en 1937, mais, il est hors de doute que le
Gabon, où nous sommes depuis bientôt cent ans est incontestablement la colonie la plus
arriérée de l’Ouest africain.
Au cours de ma dernière tournée dans cette région un colon m’a dit : « Le Gabon est
resté une colonie témoin. Elle est demeurée figée dans le passé pour mieux faire ressortir les
progrès des autres parties du territoire français d’outre-mer ».
Le jugement est dur, mais il est exact. On ne constate au Gabon ni progrès matériel,
ni progrès culturel (…). Au Gabon personne ne s’est soucié d’aménager les routes. La
nécessité n’en apparaissait pas. On utilisait la voie d’eau … sur une très faible partie du
territoire (…). Le commerce du bois s’est chiffré par des centaines et des centaines de
millions de francs (…). De 1927 à 1938, près de deux milliards de francs. Qu’est-il resté de
cet argent dans le pays ? Rien. Que voit-on à Port-Gentil capitale de la forêt ? En dehors des
immeubles de l’administration des masures. Libreville (si l’on fait abstraction des immeubles
bâtis depuis deux ans) rien non plus qui se rattache à l’exploitation forestière »1.
De longs commentaires seraient superflus : le bilan des premières décennies du cycle
forestier est accablant. A la décharge du personnel politique et économique du Gabon, il
convient toutefois de rappeler que la plus grosse part des recettes fiscales produites par
l’économie forestière était transférée au profit du budget de la fédération (AEF) au détriment
de l’équipement local. Les responsabilités étaient partagées, le retard du Gabon tenait autant à
la politique générale de l’AEF qu’à une exploitation qui avait besoin pour fonctionner d’une
grande quantité de main-d’œuvre mais pouvait se dispenser d’aménager l’espace.
La situation ne commença à s’améliorer qu’à la fin des années trente, non pas du fait
des agents économiques, mais par suite des orientations nouvelles de la politique coloniale de
« mise en valeur ». La philosophie sous-jacente à la législation forestière de 1938 est à cet
égard significative de la volonté de mettre un terme à une exploitation stérile pour le pays :
« La coupe et la vente de l’Okoumé ont, sans doute, rapporté beaucoup d’argent, mais il n’en
est resté peu de chose dans le pays. Bien que le système soit admis dans les colonies dites
1
G.G. AEF au ministère des Colonies, 8 juillet 1937. Brazzaville G.G. 135.
- 123 -
« d’exploitation », il n’est pas moins incompatible avec la mise en valeur de notre
possession »1.
Parallèlement aux actions entreprises afin de faire participer l’économie forestière à
cette mise en valeur, les pouvoirs publics lancèrent à la fin des années trente avec l’aide de la
métropole un programme « d’outillage » essentiellement destiné à la construction de routes.
Une main-d’œuvre abondante rendue disponible par la fermeture des chantiers pendant la
guerre fut réquisitionnée pour continuer ces travaux qui dotèrent le Gabon d’un début de
réseau routier : en 1947, on comptait 2 331 km de routes principales et 811 km de routes
secondaires2. En 1960, le réseau totalisait 3 928 km. Les deux dernières décennies de la
colonisation se sont donc caractérisées par de notables changements qui annoncent la période
post-indépendance placée sous le signe du développement.
Les données ont changé avec l’indépendance. D’une part, la République gabonaise
s’est libérée de la rançon annuelle que Brazzaville prélevait sous forme de recettes
douanières3. D’autre part la pénétration du front forestier vers l’intérieur du pays a été
associée à l’équipement du territoire en infrastructures de transport : routes et chemin de fer
traduisent ces mutations. L’exploitation forestière n’est plus donc étrangère à l’aménagement
de l’espace. Bien que sa part dans la croissance du PIB ait beaucoup diminué du fait de la
dynamique du cycle pétrolier et minier, le secteur forestier reste un atout important pour le
développement du pays, une valeur sûre, riche en perspective de développement durable et la
place qu’il occupe dans l’économie nationale est très privilégiée.
C’est le second secteur d’activité du pays (le premier étant le pétrole). II entrait dans
les années 80 pour 3 % dans la formation du Produit intérieur brut (PIB) avant d’atteindre en
1989, 11,7 %, 7 % en 1999 et près de 8 % en 2000. C’est un secteur qui procure environ 12 %
des recettes d’exportations (243,4 milliards de F CFA en 1997), occupe le deuxième rang
dans les recettes que l’Etat tire de l’exploitation de ses ressources naturelles c’est-à-dire les
recettes budgétaires. II contribue pour près de 50 milliards de francs CFA par an à la balance
des paiements du pays, offrant près de 25 000 emplois soit environ 28 % des emplois hors
secteur public, ce qui en fait le premier employeur privé avec près de 20 milliards de F FCA
distribués annuellement. Le graphique 4 tente d’illustrer le poids écrasant des effectifs du
secteur forestier au sein du secteur primaire.
1
Décret du 23 avril 1938. Note de présentation du ministère des Colonies au Président la République. Journal officiel de
l’AEF.
2
Le Gabon : Notes documentaires et études, n° 910. La Documentation française mai 1948.
3
Une des premières mesures prises par la République gabonaise a consisté à récupérer les droits et taxes jusqu’alors versés
au budget général de l’AEF.
- 124 -
Graphique 4 : Effectifs privés et parapublics du secteur primaire de 1991 à 1994
3500
3000
2500
2000
Effectifs
1500
1000
500
0
1991 1992 1993 1994
Années
Source : DGE.
En revanche, l’exploitation forestière est restée fondamentalement une activité de type
minier (la production est toujours exportée sous forme de grumes donc à l’état brut dans une
proportion de plus de 80 %) qui continue à enrichir davantage des industriels étrangers à titre
d’exemple : en 1999, les cinq premières sociétés d’exploitation forestières du Gabon filiales
des groupes européens ont réalisé globalement un chiffre d’affaires de 62 734 600 000
milliards de francs CFA dont 26 015 500 000 milliards pour la première d’entre elles c’est-à-
dire Rougier-Gabon du groupe français Rougier.
Force est cependant de reconnaître que le contexte politique de l’indépendance a
permis au Gabon de tirer un meilleur parti de ses ressources forestières. Les bénéfices de
l’exploitation forestière restant au Gabon proviennent essentiellement des salaires versés par
les entreprises surtout étrangères (près de 20 milliards de F CFA distribués par an et Rougier-
Gabon par exemple débloque par an plus de trois milliards de francs CFA pour les frais du
personnel) et du prélèvement, sous des formes diverses, d’une rente. Dans le cas du fermage1,
celle-ci (la rente) profite directement à des particuliers surtout des gabonais influents
appartenant à la classe des privilégiés détenteurs de la puissance publique. Mais l’Etat
intervient aussi, bien entendu, par le biais de la fiscalité et des taxes douanières. II intervient
1
Dans la pratique, l’exploitant, titulaire d’une Coupe Familiale ou de certains permis temporaires d’exploitation (PTE), sert
souvent de « prête-nom » à un exploitant plus important de la place disposant d’équipements, qui exploite 90 % de la valeur
- 125 -
en outre directement dans l’économie forestière depuis la création en 1975 de la Société
Nationale des Bois du Gabon (SNBG), société détentrice du monopole de la
commercialisation des bois (Okoumé et Ozigo). Après une longue traversée du désert due
aux difficultés surtout de trésorerie, la SNBG a retrouvé son dynamisme d’antan et a réalisé
en 1999 un chiffre d’affaires de 105 256 183 565 milliards de francs CFA.
La captation de la rente forestière par l’Etat reste donc importante. Mais les bénéfices
retirés de cette rente sont réinvestis à des faibles proportions dans le secteur pour dynamiser
les activités comme les inventaires forestiers, les aménagements ou encore le reboisement.
Toutefois, le secteur forestier demeure un des grands enjeux d’un développement à long
terme car la forêt est une richesse renouvelable « sinon inépuisable ».
Entre 1900 et 1913, l’exploitation forestière n'a pas été véritablement réglementée. Elle
relevait des décrets de 1899 relatifs au régime domanial qui, en vertu de la notion de « terres
vacantes et sans maître », considérait que la plus grande partie du massif forestier appartenait
de la récolte. Donc le fermage est un contrat qui lie un propriétaire de permis forestier à un exploitant forestier. Celui-ci
exploite le permis moyennant une compensation en devises.
- 126 -
au domaine de l’Etat, puisqu’elle était réputée sans propriétaire selon les critères du droit
français. L’exploitation était subordonnée à une autorisation du commissaire général ou de
son délégué qui délivrait un permis, strictement personnel et temporaire. Le texte resta une
déclaration de principe tant que la production fut le fait de coupeurs libres. Mais avec le
développement de la coupe directe, une réglementation plus précise devient nécessaire, ne
serait-ce que pour garantir les droits d’exploitants qui s’apprêtaient à investir dans des
chantiers. C’est ainsi qu’une convention fut établie avec la société J. Peyrebere et compagnie,
le 4 novembre 1913 ; elle lui attribuait un permis d’exploitation forestière de 10 000 hectares
en bordure du lac Ogouémoué, pour une durée de dix ans.
Un an plus tard, un arrêté du 30 juillet 1914 précisa les conditions juridiques de
l’exploitation forestière, mais le déclenchement de la guerre en fit porter l’application après la
fin des hostilités. Les principes théoriquement arrêtés en 1914 furent mis en application après
la guerre. La reprise de l’exploitation à des rythmes élevés nécessitait de mettre en place une
véritable réglementation, ce qui fut fait par l’arrêté du 19 septembre 1924, année où l’on
assista à « une véritable ruée sur la forêt » qui définissait trois types de permis :
-le chantier, de 100 à 500 ha, réservé aux autochtones ;
-la coupe, de 2 500 ha, accordée à toute personne pouvant apporter un
cautionnement de 2 500 F, délivrée pour un an et renouvelable dix fois ;
-la concession temporaire de coupe, de 5 000 à 10 000 ha, réservée aux Français.
L’administration délivrait les permis après paiement d’une taxe territoriale, dépôt
de la marque de l’exploitant et d’un croquis de localisation. La redéfinition des permis en
19271 rendit l’accès à la forêt plus sélectif. Les chantiers étaient désormais constitués de lots
de 1 000 ha attribuables aux indigènes qui devaient offrir des garanties telles que le nombre
de candidats possibles devenait infime et les possibilités de promotion d’une élite gabonaise
bien faibles. L’obtention d’une coupe de 2 500 ha exigeait un cautionnement de 5 000 F.
Quant aux concessions temporaires, elles étaient remplacées par des « permis industriels » de
5 000 à 40.000 ha attribués pour une durée de 25 ans. L’administration, confrontée à de
graves difficultés de recrutement de main-d’œuvre, encouragea l’industrialisation : la
délivrance de permis était en principe subordonnée à l’engagement d’équiper les chantiers de
façon à compenser les besoins en personnel : « Le développement de l’outillage mécanique
dans l’exploitation forestière constitue l’une des principales préoccupations de
l’administration locale qui, dans la réglementation issue de l’arrêté du 28 novembre 1927
1
Arrêté du 28 novembre 1927, J.O AEF.
- 127 -
exige que les entreprises justifient de l’introduction d’un matériel représentant une valeur de
20 F par hectare »1.
Ce système allait créer des abus et des situations de quasi-monopole contraires aux
intérêts de la collectivité, dénoncés par l’administration et les nouveaux colons. À la fin des
années 1930, le gouverneur général Reste entreprit de moraliser la profession et de l’organiser
de sorte qu’elle ne profite pas uniquement à un petit nombre de privilégiés. C’est le sens du
décret du 23 avril 1938, conçu pour faire « cesser l’arbitraire et la faveur » et
ouvrir « largement l’accès de la forêt à tous ceux qui veulent faire œuvre utile dans le pays »2.
II remplaçait l’ancien régime arbitraire des permis par la « vente de coupe, en adjudication
publique, aux enchères ou au rabais, sur mise à prix fixée par le Gouverneur général sur la
proposition du service des Eaux, Forêts et Chasses »3. Les textes prévoyaient des mesures
transitoires pour une période de trois ans. La guerre en fit reporter l’application, mais ces
principes furent repris par la législation de 1946 qui constitua la base du code forestier du
Gabon jusqu’à l’indépendance.
La disposition la plus importante subordonnait la délivrance des permis temporaires
d’exploitation (PTE) à l’obtention d’un droit de coupe adjugé aux enchères publiques.
L’exploitant qui avait enlevé l’adjudication (les adjudications étaient effectuées au début de
chaque année aux enchères descendantes) se voyait attribuer un droit de coupe pour une durée
de 5 à 20 ans. II était tenu de se conformer à un cahier des charges et à un plan de gestion,
rédigés par le service forestier, ce qui constituait une première approche en matière
d’aménagement.
Les droits de coupes octroyés étaient de deux types : ceux d’Okoumé, donnant lieu
à l’exploitation de tous les arbres, et ceux de bois divers, excluant la coupe de l’Okoumé, peu
prisés quoique beaucoup moins chers. En plus, l’administration avait la possibilité d’accorder
quelques « permis de pied », qui autorisaient l’abattage de quelques dizaines d’arbres pour
satisfaire les besoins des populations locales. Ajoutons que des lots inventoriés dans les
réserves forestières par l’administration pouvaient être mis en adjudication aux enchères
montantes. Leur richesse étant connue, on pouvait alors atteindre des montants très élevés (G.
Lasser, 1955, cite le cas d’un permis de 21 000 ha adjugé en 1954 pour une valeur de 120
millions de F CFA).
1
Rapport annuel 1929, Aix 4 (1) D 35.
2
G.G. Reste, Mission Devouton, 1938-1939.
3
Décret du 23 avril 1938. J.O. AEF.
- 128 -
II faut noter que dès 19321 l’administration avait défini deux zones suivant une
ligne correspondant à peu de chose près aux limites du bassin navigable côtier, et fermé la
deuxième zone « qui constitue en somme une réserve de bois de la colonie et qui ne sera
ouverte à l’exploitation que sous quelques années lorsque la production de la première zone
se sera révélée insuffisante pour les besoins du marché »2. La distinction entre les deux zones
a été confirmée et précisée en 19563, à un moment où l’expansion du marché et les progrès
techniques de l’exploitation autorisaient l’ouverture de la deuxième zone. L’indépendance
accéléra le processus de transfert : par décret de 19614, la première zone a été « gabonisée »,
l’attribution de permis et droits de coupe étant réservée aux nationaux.
Les dispositions juridiques ont été aménagées pour tenir compte de cette nouvelle
situation et des capacités des exploitants. La réglementation est devenue assez complexe au fil
des ans ; on en retiendra les principales catégories de droits de coupe :
-lots superficiels : réservés aux Gabonais, en première zone, leur superficie excède
rarement 5.000 ha ;
-coupes familiales : droits de coupe accordés aux gabonais dans la limite de 50
pieds par an ;
-permis temporaires d’exploitation (PTE) : ils représentent le type le plus répandu
du permis, peuvent être attribués à des nationaux ou à des étrangers, comprennent plusieurs
catégories en fonction de leur superficie (pour la deuxième zone : 10 000 à 20 000 ha) ;
-permis industriels (PI) : de 20 000 jusqu’à 250 000 ha, délivrés aux sociétés qui
s’engagent à transformer localement une partie de la production.
L’adjudication a fonctionné dans des conditions à peu près normales jusqu’en 1968.
Depuis lors les permis sont directement attribués par le ministère des Eaux et Forêts.
II est important de signaler que durant toute la période coloniale aucun arrêté ou
texte juridique n’a été pris pour favoriser la transformation locale du bois. Tout était orienté
principalement vers l’exploitation forestière.
1
Arrêté du 22 juin 1932. J.O. AEF.
2
Exposé d’ensemble de la situation forestière en 1932. Aix 4(1) D 38.
3
Arrêté du 28 novembre 1956. J.O. AEF.
4
Décret du 13 mars 1961. J.O. Gabon.
- 129 -
des menuiseries des missions chrétiennes et de l’administration coloniale. Elle s’est
développée surtout après la seconde guerre mondiale.
En effet, iI fallut attendre la fin de la deuxième guerre mondiale quand la
métropole, pressée par les Etats-Unis selon l’esprit du plan Marshall, entreprit une politique
de réforme et d’équipement de son empire colonial. C’était pour le Gabon l’occasion de
mettre fin à l’exploitation stérile de la forêt en s’engageant sur la voie de la mise en valeur
véritable grâce à la valorisation des ressources locales. La valeur ajoutée de la transformation
du bois resterait à la colonie. II s’agissait au fond de briser les survivances de l’antique pacte
colonial, au nom du progrès et de l’émancipation. Cette politique allait se heurter aux intérêts
conservateurs des industriels du bois qui se liguèrent pour compromettre la réussite du
premier grand projet d’industrialisation implanté au Gabon.
Le 31 décembre 1952, le capital de la CFG se situait à 355 000 000 de francs CFA
et se composait de cinq groupes. Le groupe Seligman, l’Union européenne industrielle et
financière, le Port de Rosario, la Caisse centrale de la France d’Outre-Mer. La réussite de la
CFG fut compromise par l’attitude des industriels métropolitains qui tentèrent de fermer le
marché, et la crise du bois de 1952 a failli mettre un terme à son activité en même temps qu’à
un symbole de la mise en valeur coloniale. La CFG ne dut son sauvetage qu’à l’intervention
de l’Etat français qui engagea des capitaux dans la Société de gestion de la Compagnie
française du Gabon (SGCFG) pour la remettre à flot (Pourtier, 1989).
La SGCFG ainsi créée avait un capital de 300 000 000 de francs français détenu par
l’Union Européenne Industrielle et Financière (41%), la Caisse Centrale de France d’Outre-
Mer (33,33 %), le reste revenant à un certain nombre de groupes privés. La convention de
- 130 -
location était signée pour une durée de vingt ans, à l’issue de laquelle un accord amiable
intervenait entre l’Etat français, les banquiers et la CFG pour le remboursement des dettes.
C’est dans ces conditions que la SGCFG prenait à bail les installations, le matériel et le
personnel de la CFG.
II-2-1-3 La commercialisation du bois
Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, le commerce des bois était libre, mais
en fait dominé par quelques importateurs européens. Chaque exploitant forestier vendait lui-
même ses grumes à des acheteurs locaux. Seules les grosses sociétés disposaient de services
de vente en Europe. L’administration préconisait la création d’un syndicat unique des
exploitants pour faciliter la commercialisation des bois et supprimer la lourde dîme perçue par
les intermédiaires. Elle se heurta à l’esprit individualiste des coupeurs et à certains intérêts
privés, de sorte qu’elle échoua dans son entreprise.
Afin de relancer l’économie forestière et de garantir le meilleur prix à tous les
producteurs sous le signe du dirigisme économique, le gouvernement de la France libre créa
un Office des bois de l’AEF (OBAEF) par décret du 24 février 1944. Progressivement
transformé par plusieurs textes, celui-ci est devenu un groupement de producteurs de type
coopératif en 1958 (coopérative des bois d’Afrique équatoriale française), placé sous le
contrôle du haut-commissaire de la Fédération. L’OBAEF avait pour tâche, de réorganiser le
marché de l’Okoumé en grumes et de favoriser la reprise des exploitations forestières. Les
textes organiques ont fixé l’objet de cet office : étude des problèmes relatifs à l’exploitation et
à la vente des bois, étude des marchés des bois, passation des contrats d’achat aux producteurs
et des contrats de vente aux acheteurs, conditionnement des bois, etc. L’office avait le
monopole de vente de tous les bois, monopole réduit par la suite à l’okoumé et à l’ozigo.
Seuls les industriels installés en France ou au Gabon, et qui possèdaient des permis
d’exploitation, étaient autorisés à exporter librement leurs bois : ils étaient dits dérogataires.
Tous les autres exploitants devaient obligatoirement livrer leurs grumes à l’Office. Les usines
locales furent cependant le privilège de pouvoir s’approvisionner dans la limite de 50 % de
leurs besoins par contrat direct avec les forestiers. Mais toute la production était conditionnée
par l’OBAEF, qu’il s’agisse des tonnages qu’il commercialisait lui-même, des exportations en
dérogation ou de livraisons aux usines locales. En 1953, l’Office a réceptionné et conditionné
370 000 tonnes (616 666 m3) d’Okoumé ; 290 000 tonnes (463 333 m3) ont été achetées par
l’Office aux producteurs, 66 000 tonnes (110 000 m3) appartenaient aux dérogataires et 14
000 tonnes (23 333 m3) aux usines locales. Ces chiffres indiquent clairement le rôle essentiel
de l’OBAEF dans la commercialisation des grumes d’Okoumé (G. Lassers, 1955).
- 131 -
Toutefois, il serait illusoire de parler de gestion durable ou d'exploitation forestière rationnelle
sans faire référence à la faune donc aux aires protégées car en milieu tropical, nous l'avons
dit, il existe des relations d’étroite dépendance entre la flore et la faune. Les interactions
plantes-animaux sont complexes. Au Gabon, le repeuplement de certaines espèces végétales
dépend essentiellement de certaines espèces animales. C’est sans doute dans ce contexte que
les administrations coloniale et post-coloniale ont mis également en place des stratégies
orientées vers le classement de certaines forêts en aires d’exploitation rationnelle de faune ou
aires protégées.
- 132 -
II-2-2-1 Les dispositions générales de la loi 1/82
La loi 1/82 régit l’ensemble des domaines où s’exerce l’activité du secteur forestier.
Elle a pour objectif principal de promouvoir une gestion rationnelle des ressources du
domaine forestier, de la faune sauvage, du domaine fluvial, lacustre et maritime, en vue
d’accroître la contribution du secteur des Eaux et Forêts au développement économique,
social, culturel et scientifique du pays.
Cette loi est complétée par certains décrets d'application dans le secteur de la forêt,
de la chasse et de la faune. Dans l’ensemble des décrets parus, nous pouvons citer par
exemple les décrets numéros 1205/PR du 30 août 1993, définissant les zones d’exploitation
forestière, 1206/PR du 30 août 1993 fixant les clauses générales et particulières des cahiers de
charges en matière d’exploitation forestière, 184/PR/MEF fixant les modalités de classement
et de déclassement des forêts de l’Etat, 192/PR réglementant l’exercice de la profession,
185/PR relatif à la répression des infractions en matière des eaux et forêts, faune et chasse,
1285/PR fixant le diamètre minimum d’exploitation des bois d’œuvre.
La majeure partie du territoire forestier du Gabon appartient à l’Etat. À l’instar de
plusieurs pays d’Afrique Centrale et de l’Ouest, la loi 1/82 distingue deux domaines
forestiers : les forêts domaniales protégées et les forêts domaniales classées.
Les forêts domaniales protégées sont rattachées au domaine privé de l’Etat. Elles
sont à vocation forestière non déterminée. Elles sont susceptibles d’être exploitées, via la
délivrance d’un permis, préalable obligatoire, et sont principalement le lieu d’élection des
« droits d’usage coutumiers ». Selon la loi, les villageois conservent, pour leur subsistance, le
libre exercice de leur droit coutumier sur tout le domaine forestier, à condition que ces droits
soient exercés de telle sorte que la pérennité de l’exploitation soit garantie.
Les forêts domaniales classées sont dites du domaine public. Elles sont à vocation
forestière permanente et déterminée. Elles ont été délimitées officiellement et leur classement
a fait l’objet d’un arrêté et, dans certains cas, de décrets officiels. Toute activité forestière
dans ces forêts, sans autorisation préalable de l’administration des Eaux et Forêts, est
proscrite. Les droits d’usage coutumiers et les coupes familiales y sont également sujets à
certaines restrictions, notamment pour des nécessités d’aménagement ou de protection de
certaines ressources.
- 133 -
II-2-2-2 L'exploitation forestière: les dispositions de la loi 1/82 pour les permis
forestiers
Avec la loi 1/82, l’Etat réglemente l’exploitation forestière par le biais de la
délivrance d’un nombre fixe de permis. Par leur impact sur la ressource et l’ampleur des
volumes attribués, on distingue trois types de permis : par pied d’arbre (permis spéciaux et
coupes familiales), selon la superficie (permis temporaires d’exploitation et permis
industriels) et par lot (permis de la zone d’attraction du chemin de fer).
Tableau 19 : Permis et titres d'exploitation forestière
TYPE ET CRITERE
BASE DE CARACTERISTIQUES
D'ATTRIBUTION CLASSEMENT
Permis ZACF (zone d'attraction Par lot, selon le volume Destinés aux grands exploitants
du chemin de fer) accordé à l'exploitation Aucune restriction sur la
destination
- 134 -
et la vente des bois en grumes. Ils sont valides pour une période variable pouvant aller jusqu'à
17 ans, quoiqu'on essaie de les limiter à 8 et 10 ans. Les PTE sont administrés par la Direction
de la production forestière (DPF) de la Direction générale des eaux et forêts (DGEF). En
2000, ces permis couvraient une superficie de 3.731.000 hectares pour 300 permis distribués.
Les permis industriels (PI) ont été institués pour favoriser la création d'usines de
transformation du bois et leur assurer un approvisionnement régulier. Selon l'article 18 de la
loi 1/82, 75 % des volumes de bois exploités avec ces permis devraient être transformés
localement, le reste pouvant être exporté. Les superficies octroyées doivent théoriquement
répondre à l'importance des installations industrielles et sont réparties en trois catégories : de
20 000 à 75 000 ha, de 75 001 à 150 000 ha et de 150 001 à 250 000 ha. La loi prévoyait que
tout permis pour une superficie supérieure à 15.000 hectares soit considéré comme permis
industriel, avec obligation de transformation. En fait, un certain nombre de permis ayant été
déjà attribués, la loi n'a jamais été appliquée.
Les permis industriels sont gérés par la Direction du développement des industries
et du commerce de bois (DDICB) de la Direction Générale des Eaux et Forêts (DGEF). En
2000, ces permis couvraient une superficie de 6 307 000 hectares pour 72 permis distribués.
Enfin, les permis de la zone d'attraction du chemin de fer (ZACF) sont destinés
aux grands exploitants sans aucune restriction quant à la destination de leur production. Il
ressort du dernier inventaire forestier d'importance réalisé au Gabon, achevé en 1973 par la
FAO en collaboration avec le Centre technique forestier tropical (CTFT), que 35 lots
forestiers localisés le long du tracé du chemin de fer transgabonais avaient été attribués aux
exploitants forestiers. Au total, les permis de la ZACF sont gérés par la Direction de la
production forestière (DPF) de la DGEF. Ces permis couvraient en 2000 une superficie de 2
080 000 hectares pour 32 lots distribués.
Ainsi, les permis forestiers couvraient en 2000 une superficie de 12 118 000 ha soit :
45,27 % de la superficie totale du pays, 55,08 % du territoire forestier (52,68 % si l’on
considère 23 millions d’hectares) et 60,59 % du territoire forestier productif.
Les permis par pied d'arbres ne sont pas mentionnés dans le tableau ci-dessous car leur
superficie est difficile à évaluer. Nous savons tout simplement que 451 coupes ont été
distribuées en 2000.
- 135 -
Tableau 20 : Les superficies régies par des permis forestiers en 2000
Permis ZACF
2.080.000
- 136 -
Par contre, les permis spéciaux et coupes familiales sont habituellement délivrés
par l’inspection provinciale de la région.
Dans l'éventail, des activités dont la Direction générale des eaux et forêts (DGEF)
est responsable, la gestion des permis et titres d'exploitation forestière est un élément central.
Ces titres et permis sont en effet un outil essentiel pour l'Etat, propriétaire de la ressource
forestière, lui permettant de faire régulièrement le point sur les bois prélevés dans les forêts
publiques. Ils contiennent toute une série d'informations de base comme l'identité des
exploitants, les endroits où ils opèrent, les volumes et essences extraits, la destination de ces
bois, la qualité du potentiel de la forêt ; c'est alors qu'il est possible de collecter les redevances
financières dues à l'Etat.
Depuis 1896, date de la mise sur le marché de la première grume d’Okoumé, les
activités forestières au Gabon ont toujours été orientées vers l’exportation des bois bruts. Les
fondements de l’économie forestière gabonaise sont les mêmes aujourd’hui qu’hier : ceux
d’une économie extractive, entièrement dépendante de l’exportation et qui s’inscrit dans le
droit fil de la cueillette.
La perpétuation d’une économie primaire est-elle un effet de la domination
coloniale des pays industriels ou la conséquence de faits structurels propres au Gabon ? La
question s’est posée dès la fin de la seconde guerre mondiale, nous l’avons dit, lorsque la
métropole, pressée par les Etats-Unis, entreprit une politique de réforme et d’équipement de
son empire colonial qui donna naissance en 1947 à la plus grosse usine mondiale de
fabrication de contreplaqué à l’époque : la CFG.
Vers le début des années 1950, la mise en place de quelques autres unités de
transformation du bois semblait annoncer le début d’une phase d’industrialisation importante.
On s’est vite aperçu qu’il s’agissait plutôt d’activités connexes aux opérations forestières
initiées surtout dans le but, alors inavoué, de rentabiliser l’exploitation de belles grumes
d’Okoumé en transformant sur place les grumes de qualité non acceptable par les marchés
d’exportation.
C'est dans ce contexte que l'administration forestière a créé le permis industriel (PI)
selon les dispositions de l'ordonnance 21/68 de 1968. Les détenteurs de ce type de permis
avaient obligation de s'engager à transformer localement une partie de leur production.
Cependant la loi 1/82 viendra clarifier cette disposition dans son article 18. Selon cet article,
- 137 -
75 % des volumes de bois produits par les PI devaient être transformés localement, le reste
(25 %) pouvant être exporté. En principe, les détenteurs de PI doivent avoir des usines déjà en
place ou soumettre des projets d’investissements.
Le non-respect de cette disposition obligea l'Etat à prendre de nouvelles mesures en
1996 visant à reduire les exportations de grumes et augmenter le taux de transformation sur
place des bois produits de façon à atteindre 50 % de transformation en 2000 et 70 % en 2005.
L’échéancier des quotas de transformation proposé était le suivant : 7 % en 1996, 10 % en
1997, 27 % en 1998, 35 % en 1999, 50 % en 2000 et 70 % en 2005. Le niveau de production
de grumes devrait osciller entre 2 et 3,5 millions de mètres cube, en fonction des besoins du
marché.
En outre, l’OIBT a financé un projet en 1997 ayant pour objectif principal
l’élaboration d’un plan directeur en matière d’industrialisation de la filière-bois au Gabon en
conformité avec les normes de gestion durable des forêts. En 1998, le plan directeur en
matière d’industrialisation a été élaboré et présenté sous la forme d’un programme d’action
d’ici 2025. Il s’appuie sur les expériences passées et présentes au Gabon et sur celles des pays
où l’on rencontre des conditions écologiques et socio-économiques comparables. Il propose
d’augmenter de façon progressive le volume de récolte afin de le porter au niveau de la
possibilité forestière réelle en respectant les principes de développement durable et d’assurer
l’autofinancement des actions en tenant compte de la capacité de financement de l’Etat.
Il faut rappeler qu’en 1944, le gouvernement de la France libre créa l’Office des bois
de l’Afrique équatoriale française (OBAEF) devenu Coopérative des bois d’Afrique
équatoriale française (CBAEF) en 1958.
A partir de 1958, c’est l’évolution vers l’indépendance qui conditionne la position
de la Coopérative. Après l’indépendance, la CBAEF fut réorganisée ; à la suite de la signature
en 1963 d’une convention entre le Gabon et le Congo, elle devint l’Office des Bois d’Afrique
Equatoriale (OBAE). La direction générale de l’OBAE était installée à Paris, la direction
Afrique à Libreville. Quatre délégations contrôlaient la sortie des bois : à Owendo, Port-
Gentil et Mayumba pour le Gabon, Pointe Noire pour le Congo.
En octobre 1971, la République populaire du Congo a dénoncé la Convention et
chacun des deux Etats a organisé son propre office. Au Gabon, l’OBAE est ainsi devenu
l’Office national des bois du Gabon (ONBG), sans que cela n’entraîne de modifications
notables dans son mode de fonctionnement.
- 138 -
Que ce soit sous le sigle OBAE ou ONBG, la commercialisation de l’okoumé et de
l’ozigo était dirigée depuis les bureaux parisiens, responsables de la politique générale de
l’Office, chargés en particulier de la prospection d’un marché fluctuant, marqué par la
diminution des achats de clients traditionnels tels que l’Allemagne. L’Office avait aussi pour
mission d’ajuster l’offre et la demande en établissant chaque année des « potentiels » pour
chaque société, afin d’éviter un engorgement du marché et une trop forte instabilité des prix
préjudiciable aux exploitants. Le monopole n’était cependant que partiel : les entreprises
transformant l’okoumé dans leurs propres usines, que celles-ci soient au Gabon ou en Europe,
bénéficièrent d’un régime de dérogation. L’intérêt pour les dérogataires était évident : les
sociétés, bien structurées, évitent en assurant elles-mêmes l’exportation, de payer le coût
relativement élevé des prestations de l’Office, dont elles n’ont pas besoin puisqu’elles sont
leur propre client.
Ce système a fonctionné jusqu’en 1975, date à laquelle l’ordonnance 62/75
nationalise l’office en substituant à l’ONBG la Société nationale des bois du Gabon (SNBG).
Cette nouvelle société a le monopole de la commercialisation de tous les bois, qui n’est
effectif que pour l’okoumé et l’ozigo ; les dérogations ont été supprimées définitivement en
1995.
Juridiquement, c’est une société anonyme à participation financière de l’Etat et à
gestion de type privé. Son capital est de quatre milliards de francs Cfa, détenu à 51 % par
l’Etat et les 49 % restant se répartissent dans la profession forestière (Rougier Gabon 7,47 %,
CEB 6,46 %, Lutexfo 5,27 %, Leroy Gabon 4,24 %, SBL 3,43 %, Transbois 2,03 % etc).
Son rôle est de réguler le marché en structurant l’offre (allotissements, capacité à
garantir un approvisionnement régulier…), en empêchant la surproduction par l’instauration
de quotas, en prévenant les effets d’une concurrence effrénée sur les plus petits producteurs,
notamment les nationaux, par la fixation de prix d’achat. En fonction des prix du marché, la
SNBG calcule un prix d’achat « plage » aux exploitants, fixé par décret présidentiel, c’est-à-
dire rendu dans les parcs à bois de Libreville et de Port-Gentil, qui tient compte du coût de
son service et les taxes à l’exportation qu’elle paie pour les entreprises. Ce prix diffère selon
les différentes classes d’Okoumés (loyal marchand, qualité seconde, choix industriel choix
économique et choix spécial). La ponction que la SNBG opère pour son service commercial
est de 7 % du prix FOB. Elle revend aux industriels ou à l’export au prix FOB.
La société a donc une fonction de service public et une autre commerciale. Elle sous-
traite la manutention et la mise sous-palan des grumes à la Société d’exploitation des parcs à
- 139 -
bois du Gabon (SEPBG). La mission de la SEPBG est de réduire les coûts de manutention à
un niveau acceptable pour la filière bois. Ses tarifs tiennent compte des impératifs suivants :
- réaliser les opérations physiques au moindre coût et avec meilleure qualité de service
possible ;
- dégager, au niveau global de la société, un résultat assurant, après déduction de
l’ensemble des frais de fonctionnement, la rémunération des moyens (matériel tel que
remorqueurs, barges, grues, chargeurs, etc, et apport au fonds de roulement) mis à sa
disposition par les partenaires.
La SEPBG assure la manutention de la totalité des grumes exportées du Gabon autant
pour ce qui concerne l'Okoumé que pour le groupe Ozigo et bois divers.
Graphique 5 :
Source : DGE.
Depuis la nationalisation de l’ONBG en 1975 remplacé par la SNBG, les exportations surtout
d’Okoumé ont connu une progression quasi identique à celle de la production. Elles ont
enregistré une hausse plus ou moins régulière jusqu’en 1972 avec un premier maximum de
1.788.000 de m3 avant de chuter fortement en 1973-1974. Cette chute est due à la hausse des
prix du pétrole qui a provoqué une véritable crise dans les pays européens acheteurs de bois
gabonais. On note une certaine reprise en 1975 et les exportations se stabilisent autour de 1 et
1,5 million de tonnes jusqu’en 1983.
- 140 -
En 1984, les exportations augmentent de 3,4 % en 1984. Pourtant la limitation des
exportations de grumes par les producteurs d’Asie du Sud-Est aurait dû favoriser celles du
Gabon.
Malgré une diversification de la clientèle avec l’arrivée de nouveaux partenaires
commerciaux, les exportations de grumes ont connu en 1985 une forte baisse qui s’explique,
d’une part, par la volonté des clients européens de revaloriser leurs propres essences
naturelles et, d’autre part, par le fait que ces mêmes clients privilégient les importations de
produits finis. Cette baisse s’est poursuivie jusqu’en 1986. Les exportations, quant à elles,
baissent en volume de 4,6 % en 1988 avant de renouer avec la croissance l’année suivante (16
%). Cette croissance s’est poursuivie jusqu’en 1990 (3,5 %). La progression des exportations
au cours des années 1992 et 1993 confirme le ralentissement de la crise sur les marchés
traditionnels (Europe) et une certaine percée des bois gabonais sur les marchés asiatiques.
Alors que l’objectif d’exportation pour l’année 1994 du couple Okoumé/Ozigo était
prévu à 1,5 million de m3 comme en 1993, l’estimation des réalisations affichait une valeur
de 5 % inférieure à cette prévision. Ce léger recul a pour origine les reports de commande
occasionnés par de menues défaillances au niveau des armateurs chargés d’évacuer le bois
vers les centres de consommation. Une analyse des statistiques des dix premiers mois de
l’année 1994 comparée à la même période de l’année 1993 montrent que le bois gabonais est
resté prisé par les industriels asiatiques, ce qui lui a permis d’accroître pendant deux ans sa
part sur ce marché. Après le bond de 300 % de 1993, la demande de ce marché, tournée
essentiellement vers l’Okoumé pour ses qualités de déroulage, semblait se stabiliser puisque
le taux de croissance n’a été que de 13 % en 1994. Cette même année, les grumes gabonaises
ont pu conquérir des parts supplémentaires sur le marché africain et vers d'autres destinations.
Le marché européen quant à lui a reculé de 13 %.
De 1994 à 1997, les exportations de grumes surtout l’Okoumé, ont connu une
croissance continue avant de sombrer en 1998 suite à la crise asiatique. En 1996 les
exportations augmentent de 5,9 % tirées par les exportations de l’Okoumé. Les exportations
d’Ozigo ont chuté de 24,7 % passant de 157 809 m3 en 1995 à 118 888 m3 en 1996. Cette
baisse qui suit celle de la production (-13,3 %) s’explique par le faible prix de cette essence
par rapport à l’Okoumé. Les exportations des bois divers ont chuté également de 12,6 %. Ceci
s’explique par l’existence d’importants stocks en Asie et la faiblesse du dollar. Les
exportations de grumes en 1997 se sont accrues de 13,6 % grâce à un fort accroissement des
bois divers : 2 672 000 m3 exportés en 1997 (année record) contre 2 353 734 en 1996.
L'okoumé et l'ozigo exportés gagnent 4,3 %, les bois divers s'accroissent de 53,4 %.
- 141 -
Après la baisse de 1998, l'embellie de 1999 se poursuivit pour les exportations de
grumes grâce à la reprise de la demande et à la fermeté des cours mondiaux de grumes, avec 2
629 490 m3 en 2000 contre 2 328 024 en 1999, soit une hausse de 12,9 %.
Les exportations d’Okoumé et d’Ozigo (part SNBG) augmentent respectivement de
51 % et 40,3 % du fait du retour progressif du monopole de la commercialisation de ceux
deux essences par la SNBG, entraînant une baisse significative des ventes libres d’Okoumé et
d’Ozigo (-77,2 %), et une hausse de 19,7 % des exportations de bois divers.
Graphique 6
Source : SNBG
Traditionnellement orientées vers le marché européen (premier rang avec 70 % des
exportations en 1991), les exportations de bois gabonais ont réalisé une percée significative
sur le marché asiatique à partir de 1992, et le poids de l'Asie dans la clientèle des bois
gabonais n'a cessé de croître. Alors que 5 % seulement des exportations gabonaises d'okoumé
allaient sur ce marché en 1991, surtout au Japon, à partir de 1992 de nouveaux pays, comme
la Chine mais également les Philippines et la Thaïlande, se sont intéressés à l'okoumé,
contribuant ainsi à l'explosion de la demande. C'est en Chine que celle-ci a été la plus forte
dès 1995, elle dépassait celle du Japon, poursuivant son ascension en 1996 et 1997.
Les marchés japonais et philippins ont donné, en revanche, des signes d'essoufflement
dès 1996 avant de se contracter fortement au Japon en 1997 (5 %) et dans une moindre
mesure aux Philippines (4 %). Le repli de la demande dans ces deux pays a été plus que
- 142 -
compensé par une consommation chinoise en hausse de 35 %, mais également par l'arrivée de
nouveaux clients comme l'Inde, la Malaisie et la Corée.
L'Asie est ainsi devenue, en six ans, le principal débouché des bois gabonais, avec
60 % des exportations en 1997, dont 35 % vers la Chine. Cette dernière est de loin le premier
client du Gabon, devançant la France qui a longtemps occupé la première place. Les autres
clients sont principalement européens (28 % du marché en 1997 contre 34 % en 1995), au
premier rang desquels figure la France (18 % du marché en 1997).
Après les baisses des prix à l'exportation de l'okoumé et de l'ozigo enregistrées en
1996, on observe un revirement de tendance en 1997 avec l'augmentation conjointe des prix
moyens de ces essences et de celui des bois divers. Les prix d'achat aux producteurs passent
de 59.745 F CFA le m3 en 1996 à 64.063 F CFA en 1997 pour l'okoumé soit une hausse de
7,2 % et de 41 813 F CFA à 44 811 F. CFA soit + 7,2 % pour l'ozigo. Les recettes
d'exportations ont atteint 243,4 milliards de F CFA en 1997 contre 201,5 milliards en 1996,
soit 52 % des recettes d'exportations hors pétrole. Le marché des grumes à l'exportation a été
très porteur en 1997.
Pourtant, du boom forestier de 1997, on est passé à la crise du bois en 1998. La
répercussion de la crise asiatique sur l'économie forestière gabonaise a conduit au début de
l'année 1998 à une mévente du bois. Le pouvoir d'achat de certains pays d'Asie du Sud-Est a
été laminé fin 1997 par une crise financière qui a provoqué des dévaluations spectaculaires.
Cette crise a conduit les Asiatiques à interrompre brutalement leurs achats pour faire face à
leurs problèmes de liquidités. A moyen et long terme, c'est la compétitivité des bois gabonais
qui a été mise à mal. Certains bois asiatiques comme le méranti, quoique de qualité inférieure,
ont gagné 40 à 50 % de compétitivité et sont venus se substituer à l'okoumé. Cet effet sur les
prix a été aggravé par la reprise, à des fins de stabilisation financière, des exportations de
grumes de la part de pays qui les avaient interrompus pour développer leurs industries de
transformation, l'Indonésie notamment a recommencé à exporter. Les usines chinoises ont
accédé alors à un bois d'autant moins cher que le coût du fret dans la sous-région était
également en baisse.
Le ralentissement des achats de bois a commencé à se faire sentir dès le mois de
décembre 1997. La commercialisation des bois divers gabonais, non contrôlée par la Société
nationale des bois du Gabon (SNBG), a été presque totalement interrompue faute d'acheteurs.
De janvier à mars 1998, la chute des achats asiatiques a entraîné un doublement des stocks
d'okoumé et d'ozigo à la SNBG, passés de 100 000 à 200 000 m3. Un comité de crise de la
SNBG a imposé au 1er mars un contingentement de la production d'okoumé de 30 %, ainsi
qu'un arrêt total de la production d'ozigo. Mais cette réduction qui tient compte des quotas de
- 143 -
1997, signifie pour les producteurs une baisse réelle de 40 à 50 % de leur activité, les quotas
ayant été largement dépassés en 1997.
La chute des recettes d'exportation du bois en 1998 a été d'environ 40 %, passant de
243,4 milliards de F CFA en 1997 à 154 milliards de F CFA en 1998. Il est apparu à la mi-
1998 que pour éviter une baisse trop forte des prix du marché, un nouveau contingentement
de la production était nécessaire. Le contingentement de 30 % était insuffisant en terme
d'objectif quantitatif pour l'année 1998 mais aussi au regard de ce qui était, in fine, une
dévaluation compétitive de l'Asie dans le commerce des grumes et celui du contre-plaqué.
L'objectif annuel de production a été revu entre 1,3 et 1,5 million de m3 contre 2,8 millions en
1997, soit une baisse de 45 à 55 %.
Les exportations de grumes ont donc baissé de 34 % par rapport à 1997. La chute
des exportations d’Okoumé (44,5 %) et d’Ozigo (65,9 %) s’expliquait en partie par la
stratégie de la SNBG qui a raréfié son produit (Okoumé principalement) sur le marché afin
d’éviter de vendre à un prix moins rémunérateur. Les exportations des bois divers ont
augmenté toutefois de 1,3 %.
La baisse des exportations de 1998 est liée à une réduction de la demande des pays
asiatiques. C’était le cas notamment de la Chine (-56,4 %), du Japon (-88,4 %), des
Philippines (-92,6) et de l’Inde (-35,5 %). En revanche, les autres pays ont augmenté leurs
importations de bois de 14,7 %. Il s’agit principalement des pays du marché européen comme
le Portugal, l’Italie et l’Espagne.
Face à cette situation, l'Etat qui désirait une reprise rapide des activités a pris le 11
septembre 1998, un décret qui déléguait, à titre transitoire, aux entreprises forestières la
commercialisation des grumes d'okoumé et d'ozigo. Les entreprises forestières agréées
pouvaient exporter, dans le cadre de leurs quotas de référence attribués par l'administration
des Eaux et Forêts sur la base des commandes fermes, les grumes d'okoumé et d'ozigo dans
tous les pays où ce marché n'existe pas de manière traditionnelle. Sont réputés pays de
marchés traditionnels tous les pays européens, la Turquie, le Maroc et Israël. Les exportateurs
directs agréés devaient s'engager sur l'honneur à respecter la destination réelle des bois
vendus vers un marché non traditionnel. Les exportations réalisées par les exportateurs agréés
donnaient lieu au versement d'un droit de délégation de monopole fixé à 2500 F CFA par
mètre cube, au bénéfice de la SNBG. Les redevances habituelles indiquées dans les textes
d'attribution des permis concernant la taxe de superficie et la redevance d'attribution restaient
en vigueur pour tous les permis concernés et toutes les essences exploitées.
Nous constatons toutefois une certaine reprise depuis 1999. Les exportations de
grumes ont enregistré une hausse de 32 % par rapport à 1998, grâce ventes directes
- 144 -
d’Okoumé et d’Ozigo. Elles se chiffraient à 2 366 000 m3 dont 1 648 396 m3 d’Okoumé et
d’Ozigo. Sur ce dernier volume exporté par l’ensemble des opérateurs de la filière bois, la
SNBG en a réalisé 1 099 682 m3 contre 548 714 m3 de ventes directes par les exploitants
forestiers bénéficiant de la semi-libéralisation décidée par l’Etat en septembre 1998.
La SNBG voit ainsi ses exportations d’Okoumé et d’Ozigo augmenter
respectivement de 9,1 % et 5,7 %. Les bois divers progressent de 4 % malgré la baisse de la
production. Cette croissance s’est poursuivie jusqu’en 2000 avec l’augmentation des
exportations d’Okoumé et d’Ozigo (51 et 40,3 %). Dans le même temps, les exportations des
bois divers progressent (19,7 %).
Les exportations des grumes gabonaises destinées aux clients traditionnels (France,
Israël, Hong Kong, Japon, Philippines), non compris la Chine, ont baissé au profit des autres
pays qui absorbent 23 % des exportations en 2000 contre 17,6 % en 1999 ; ce qui confirme la
volonté des exportateurs de diversifier les débouchés, afin de prévenir d’éventuelles crises sur
certains marchés.
Les stocks moyens d’Okoumé et d’Ozigo (part SNBG) au 31 décembre 2000 sont
respectivement de 171 142 m3 et 7 546 m3, soit un total de 178 689 m3 qui représente
environ un mois d’exportation. L’augmentation du stock d’Okoumé tient aux retards accusés
par les navires affrétés pour l’embarquement des grumes aux ports d’Owendo, Port-Gentil et
Mayumba. En revanche, le stock d’Ozigo enregistre une baisse.
Le prix FOB de l’Okoumé passe de 93 400 F CFA le m3 en 1999 à 95 591 F CFA
en 2000, soit une hausse de 2,3 % ; le prix FOB de l’Ozigo passe de 64 412 F CFA le m3 à 66
656 F CFA le m3, soit une appréciation de 3,5 %. Le prix d’achat de l’Okoumé augmente en
2000 de 4 %, tandis que celui de l’Ozigo progresse de 9,9 %, du fait essentiellement du
relèvement du prix de transport des grumes par le transgabonais.
- 145 -
II-3-1 La période coloniale (1900-1960)
- 146 -
dans l’exploitation du bois. Ce fut le cas de la Compagnie commerciale de l’Afrique
Equatoriale (CCAEF), anciens établissements Brandon, qui abandonna la culture infructueuse
du cocotier pour la coupe de l’Okoumé. La prospérité du Gabon attira aussi des industriels de
la métropole désireux d’assurer l’approvisionnement de leurs usines comme la Compagnie
nantaise des bois déroulés et contreplaqués océan (CNBDCO) connue par la suite sous son
sigle BDO (Bois déroulés océan).
La crise de 1930 frappa de plein fouet l’économie forestière et se solda par une
concentration accrue des exploitations et l’apparition d’une véritable situation de monopole.
Suite à la mévente du bois (les exportations chutèrent à 225 000 tonnes en 1931),
l’administration avait pris des mesures de contingentement et cessé de délivrer des permis.
Mais comme les permis en vigueur pouvaient être renouvelés, cela favorisa quelques
privilégiés qui jouissaient ainsi d’une sorte de monopole. Les petits exploitants qui n’avaient
pas une surface suffisante pour supporter la crise furent souvent contraints de vendre leurs
droits à quelques groupes qu’appuyaient les banques de la métropole. C’est ainsi qu’en peu
d’années, la profession se referma sur elle-même. En 1939, il ne restait que vingt-sept sociétés
regroupées au sein de sept principaux groupes : la Compagnie commerciale de l’AEF
(CCAEF), la Compagnie d’exploitations forestières africaines (CEFA), l’Union coloniale
agricole et forestière (UCAF), la Compagnie forestière des bois du Gabon (CFBG), la KONG,
la Société du Haut-Ogooué (SHO) et la Reyssi qui détenaient quatre-vingt-dix permis pour
une superficie de 661 000 hectares sur les 1 050 000 hectares alors concédés.
Pour maximiser leurs profits, la plupart de ces groupes élargirent leurs activités à
l’exploitation forestière, ce fut le cas de la SHO, société concessionnaire surtout commerciale,
devenue exploitant forestier et négociant en exportations (en 1953, elle exporta 23 300 m3
d’Okoumés vers la métropole). L’histoire de ce groupe remonte à l'époque du décret du 28
mars 1899 relatif au régime de la propriété foncière au Congo français, par lequel l’Etat
français affirmait sa souveraineté sur le sol, et en usait pour attirer le capital privé en aliénant
la terre ou en concédant son usufruit en vertu de ses « droits ». L’Etat échangeait l’espace
qu’il s’était politiquement approprié contre les moyens économiques de le mettre en valeur.
Détenteur d’un immense domaine il crut pouvoir le faire fructifier en se dessaisissant d’une
partie de ses droits au profit de l’entreprise capitaliste : c’est bien là le sens de la création de
la SHO première véritable compagnie concessionnaire.
Compagnie à charte, la SHO obtenait, sur une étendue équivalente aux 2/5 du futur
Gabon, le monopole trentenaire des activités économiques, surtout commerciales. Elle s’était
donc cantonnée à une activité commerciale qui s’effrita pour des raisons de conjoncture et de
structure. La collecte de certains produits cessa d’être rentable à l’exemple du caoutchouc
- 147 -
dont la SHO arrêta la commercialisation en 1921. L’environnement humain et les contraintes
géographiques étaient d’autre part défavorables à l’économie de traite, surtout à la mise en
valeur du palmier à huile. Comme aucune production ne vint relayer le caoutchouc, l’huile de
palme ou l'ivoire de plus en plus rare, la SHO ferma ses établissements l’un après l’autre
autour de 1930, ne conservant pour un temps que quelques factoreries dans des centres
urbains qui vivotaient de la présence administrative. Conscients des limites de la cueillette, les
dirigeants de la SHO reconvertirent leurs activités et les élargirent vers d’autres horizons
géographiques, du Cameroun à l’Afrique occidentale française (AOF). La société
n’abandonna pas pour autant le Gabon. Elle resta présente dans le secteur commercial après
avoir regroupé ses établissements dans les villes côtières ; elle sut aussi négocier ses droits à
la propriété inscrits dans les conventions : les lots fonciers qui lui revinrent à ce titre sont à
l’origine de ses activités dans le secteur forestier (Pourtier, 1989).
La tendance à la concentration s'est renforcée au cours des ans car le coût du
matériel d’exploitation (bulldozers, niveleuses, débardeurs, chargeurs, grumiers, camions,
voitures et tronçonneuses etc…) se chiffrait à plusieurs centaines de millions de francs CFA
par chantier. La sélection a donc été sévère : peu de sociétés avaient des marges
d’autofinancement suffisantes ou présentaient assez de garanties pour obtenir des prêts
bancaires. Le passage en deuxième zone a par conséquent été réduit à un petit nombre
d’entreprises dont certaines d’ailleurs ne purent échapper à la faillite. L’importance des
capitaux mis en jeu fit apparaître de nouveaux acteurs et modifia les structures de
l’exploitation. Quelques négociants métropolitains investirent dans le bois tel fut le cas de
Roland Bru, connu par ailleurs pour son négoce de Cognac, représenté dans l’exploitation
forestière par la Nouvelle Société du Gabon (NSG). Mais l’évolution la plus importante résida
dans la constitution d’entreprises intégrées.
Les industriels français, Rougier, Leroy, Luterma, qui usinaient l’Okoumé du Gabon
en métropole (pour Rougier avant la seconde guerre mondiale et Leroy depuis 1923), se firent
forestiers à l’instar de BDO, contrôlant ainsi toute la chaîne du bois depuis l’abattage des
arbres jusqu’à la production de contreplaqués. De la même façon, la société espagnole Alena
a racheté des permis Louvet-Jardin en 1962, et surtout la Société d’Okoumé de la Ngounié
(SONG) au groupe Madre en 1966 pour approvisionner directement son usine de
contreplaqué de Tarragone (R. Pourtier, 1989).
Un processus identique d’intégration avait déjà accompagné la création, au lendemain
de la seconde guerre mondiale, de l’usine de contreplaqué de Port-Gentil (CFG). Durant les
années 1950, confrontée au problème d’approvisionnement en grumes, la direction de la
société éprouva la nécessité de se rendre maître d’au moins l'un de ses approvisionnements.
- 148 -
C’est ainsi qu’en 1957, la CFG prit le contrôle de deux sociétés d’exploitation forestière
installées depuis longtemps au Gabon : la Compagnie générale des plantations et palmeraies
de l’Ogooué (CGPPO) et la Compagnie d’exploitation forestière africaine (CEFA).
Quant à Rougier, bien avant la seconde guerre mondiale, cette entreprise déroulait déjà
de l’Okoumé gabonais dans son usine de Niort (proche du port de la Rochelle). Les besoins
en bois de déroulage grandissaient et les approvisionnements devenaient de plus en plus
difficiles. Les dirigeants des établissements Rougier et Fils décidèrent finalement d’investir
sur place au Gabon, afin de prendre en main eux-mêmes leurs propres approvisionnements.
En 1952, Rougier achète la Société Louis Cinquin, petite exploitation qui opérait dans
le Remboué sous la responsabilité d’André Ronez. A partir de la petite exploitation forestière
qui sortait 2 à 3 000 m3 d’Okoumé, Rougier Gabon est devenu, par son travail et des
investissements sans relâche, le premier producteur forestier du Gabon avec plus de 250 000
m3 de bois par an. Cette croissance s’est faite au fil des ans, tant par des achats de permis
forestiers et des constructions de chantiers propres à Rougier que par des reprises de sociétés
qui, selon les aléas de leurs propres histoires (certaines prospères, d’autres à l’agonie), étaient
à vendre à l’exemple de LFL, Michel Brouillet, CAP, SF, Booué BDG, Rayer, etc.
Il en va de même pour Leroy, filiale des établissements Leroy et du groupe Isoroy, qui
usinait de l’Okoumé du Gabon en métropole depuis 1923 et qui décida de s’installer au
Gabon en 1947 pour approvisionner directement ses usines de contreplaqués de la métropole.
Il faut noter qu’un des moyens fréquemment utilisés par des particuliers, surtout
européens, pour obtenir un droit de coupe « indigène » consistait à se mettre en concubinage
avec la « femme de ménage » et à déposer la demande de permis au nom de celle-ci ou à
celui de ses parents. Nombre d’Européens trop peu fortunés pour acquérir une coupe, sont
ainsi devenus forestiers par le truchement des femmes : un petit capital suffisait pour
« acheter une ménagère ». La politique des cadeaux aux chefs de famille a toujours été bien
perçue, une forme de rente au petit pied.
Il faut rappeler que durant l’époque coloniale, les activités des entreprises étaient
concentrées sur l’exploitation forestière et l’exportation des bois bruts. Cependant, une seule
entreprise tranchait par sa finalité industrielle : le Consortium des Grands Réseaux
ferroviaires français qui fut jusqu’au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la seule
entreprise qui ne se contentât pas d’exporter du bois brut.
- 149 -
Son origine remonte à la mission Salesses, dépêchée en 1917 par les Compagnies de
chemin de fer qui envisageaient de se faire attribuer des forêts en bordure du futur « chemin
de fer du Nord » dont le principe avait été retenu en 1914 : « On joindrait la question
« chemin de fer » à la question « bois » pour faire réussir l’une par l’autre »1 La mission
n’eut pas de résultat immédiat par suite de l’abandon du projet ferroviaire gabonais.
Toutefois, la mise en chantier du Congo-Océan et la reconstruction du réseau métropolitain
créaient de gros besoins en traverses qui pouvaient justifier l’implantation d’une usine.
L’abondance de bois durs sur la rive sud de l’Estuaire du Gabon et les conditions favorables à
son exportation décidèrent de sa localisation : le Consortium se fit attribuer en 1920 deux
concessions de 75 000 ha chacune et installa sa scierie à Nfoulenzem. Avec 1 500 travailleurs
africains et une quarantaine d’européens, le Consortium a été la plus grosse entreprise
industrielle du Gabon d’avant-guerre. Comparées au Consortium et à son organisation
industrielle, les exploitations forestières conservèrent longtemps un caractère artisanal. Elles
évoluèrent toutefois vers une concentration croissante que la réglementation et la conjoncture
commerciale devaient accélérer (Pourtier, 1989).
Par ailleurs, après la seconde guerre mondiale plus précisément en 1947, à l’initiative
des pouvoirs publics et de l’américaine Plywood et Compagnie qui furent à l’origine de la
Compagnie Française du Gabon (CFG) celle-ci construisit à Port-Gentil une usine de
fabrication de contreplaqués qui fut alors la plus grosse entreprise mondiale de ce type. Vers
le début des années 1950, on assista à la création de quelques unités de transformation locale
du bois, à l’exemple de la Librevilloise de Construction (Libeco) première scierie installée à
Libreville en 1952, une entreprise familiale appartenant à Madame Grémo. Elle fut suivie par
la BTI (Bois tropicaux industriels) en 1960 créée par le Consortium forestier et maritime
(CFM) de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF). Cette usine spécialisée
dans les traverses avait, en annexe, une menuiserie qui produisait les maisons préfabriquées.
Rappelons que jusqu’à la seconde guerre mondiale, le commerce des bois était libre
mais dominé par quelques importateurs européens. Ce n'est qu'en 1944 que le gouvernement
de la France libre créa l’Office des bois de l’Afrique équatoriale française (OBAEF) pour
relancer l’économie forestière et garantir le meilleur prix à tous les producteurs. L’Office
jouissait du monopole de vente de tous les bois, monopole limité par la suite à l’Okoumé et à
l’Ozigo. Ce monopole n’était toutefois que partiel : les entreprises transformant l’Okoumé
1
MISSION SALESES, Rapport d'ensemble de la colonie du Gabon, 1917.
- 150 -
dans leurs propres usines, que celles-ci soient installées au Gabon ou en Europe, bénéficièrent
d’un régime de dérogation.
En tenant compte de la capacité des entreprises à exporter, l’ensemble des
exploitants forestiers au Gabon se répartissent en trois groupes. Le premier est constitué des
sociétés dont la plupart sont des succursales ou filiales de grands établissements européens
implantés depuis de nombreuses années sur le continent africain (Rougier-Gabon, Leroy-
Gabon…). Le deuxième comprend les entreprises à capitaux privés constituées d’expatriés
seuls ou associés aux nationaux (CFG, CEB, SHM, SBL…). Enfin, le dernier groupe est
composé d’exploitants individuels nationaux encore appelés « petits exploitants » dont les lots
d’abattage dépassent rarement les 5 000 ha, qui bénéficient en majorité de PTE et pratiquent
le fermage.
Les deux premières catégories d’opérateurs sont bien organisées et équipées. Leurs
objectifs sont cependant différents. Pour le premier groupe, il s’agit de maintenir des courants
commerciaux, basés sur la sécurité d’approvisionnement de leurs usines à des coûts
supportables. Pour le deuxième, les entreprises essaient de tirer un maximum de profit sur les
marchés local et extérieur. Elles doivent assurer par une gestion rigoureuse, leur pérennité et
la rentabilité des capitaux investis. Les derniers opérateurs ont pour ambition de satisfaire les
besoins des populations locales en bois tout en maintenant la pérennité d’une rente de
situation sous forme de fermage.
Cependant, durant toute la période coloniale, les deux premiers groupes ont dominé
l’activité du commerce du bois car leur stratégie était basée sur l’approvisionnement de leurs
usines métropolitaines et la maximisation du profit. Par contre, le dernier groupe était
constitué des coupeurs libres de bois. Jusqu’à la première guerre mondiale, l’exploitation des
bois était presque entièrement laissée aux indigènes.
Le Gabon qui n'exportait jusque-là que l'ébène, l'ozigo…, n'a vu son exploitation
dépasser le stade d'une cueillette rudimentaire qu'avec la découverte commerciale de
l'okoumé. C'est en effet au gouverneur Charles de Chavannes que l'on doit son lancement en
1889 lorsqu'il contacta un "vieux chef pahouin" du fond de l'Estuaire pour la livraison d'une
bille de bois d'okoumé. Prise en charge par le consul allemand à Libreville, cette bille aboutit
à Hambourg et, de proche en proche, déclencha, en Allemagne d'abord, puis en Angleterre,
enfin en France, une demande qui n'allait pas cesser de croître. L'okoumé, pour ses
excellentes qualités de déroulage, acquis une valeur commerciale : des débouchés lui furent
rapidement trouvés dans la fabrication des boîtes de cigares, les contre-plaqués, dans
l'industrie du meuble et dans l'aéronautique. Les exportations d'Okoumé débutèrent alors vers
l'Allemagne et l'Angleterre.
- 151 -
Graphique 7 : Exportation d'Okoumé vers Hambourg ( 1900-1914)
180
160
140
120
100
80
60
40
20
0
1900 1901 1902 1903 1904 1905 1906 1907 1908 1909 1910 1911 1912 1913 1914
1
Nom donné à l’acajou à l’époque.
- 152 -
raréfaction des Okoumés le long des rivières. Ainsi apparurent les acteurs des deux premiers
groupes avec des moyens techniques et financiers assez considérables.
Jusqu’en 1944, la commercialisation des bois est restée libre, mais dominée en fait par
ces grands groupes forestiers qui assuraient eux-mêmes l'exportation de leur production par
leurs services de distribution. A partir de 1944, l’Office des bois de l’AEF a bénéficié du
monopole de vente des bois surtout de l’Okoumé et de l’Ozigo. Toutefois, les groupes
forestiers assurant l’approvisionnement de leurs usines métropolitaines bénéficièrent d’un
régime de dérogation ; ces sociétés bien structurées continuèrent ainsi d’exporter leur
production en évitant de payer les prestations de l’Office, dont elles n’avaient pas besoin
puisqu’elles étaient leur propre client.
Graphique 8 : Exportations globales de grumes (1900-1960)
1400
1200
1000
800
600
400
200
0
1900 1904 1908 1912 1916 1920 1924 1928 1932 1936 1940 1944 1948 1952 1956 1960
Source: DGE.
Le développement en Europe de l’industrie du bâtiment et des travaux publics au XXè
siècle nécessitait de grandes quantités de bois de toutes sortes. Il a fallu procéder à des
importations de sciages résineux d’Europe Centrale et du Nord, et de grumes de bois
tropicaux. La seconde guerre mondiale eut pour conséquence la fermeture des exploitations
privées d’Europe centrale et des difficultés d’approvisionnement en bois de cette région. Les
importateurs et sociétés forestières d’exploitation, se sont tournés vers l’Afrique et ont
développé à côté du traditionnel courant d’importation de bois du Nord, celui des grumes
exotiques en grandes quantité.
De ces mutations d’après guerre a résulté l’augmentation du volume des bois
tropicaux importés, la multiplication des essences et leur transformation. Ainsi, aux bois
- 153 -
d’ébénisterie se sont ajoutés des bois servant à la fabrication de contreplaqués, de placages
comme l’Okoumé. Le succès de l’Okoumé a ainsi attiré des industriels de la métropole
désireux d’assurer l’approvisionnement direct de leurs usines. C’est alors que s’installèrent au
Gabon des sociétés comme la Compagnie nantaise de bois déroulés Océan, Leroy, Rougier,
Luterma, devenant à la fin forestiers, industriels et négociants en exportations.
Ainsi, de 1900 à l’indépendance en 1960, près de 17 000 000 m3 d’Okoumé ont été
exportés vers la métropole.
- 154 -
les conditions d’accessibilité comptent bien davantage. Ce sont elles qui rendent comptent de
la progression du front forestier.
Les résultats acquis lors des derniers inventaires ont permis à l’administration de
connaître à peu près le potentiel forestier et d’en tenir compte lors de l’attribution des permis.
La différenciation des taxes selon les régions est sans doute la résultante de ces connaissances
écologiques et géographiques des milieux.
Après l’obtention du permis de coupe, l’exploitant procède à la prospection de sa
concession pour repérer les arbres exploitables et en dresser la carte tout en tenant compte du
lieu de campement, les voies de débardage à établir, des parcs de stockage des grumes pour
leur classement et leur embarquement. La démarche devient alors inverse. Le temps n’est plus
où l’exploitant allait prospecter les lieux et venait demander à l’administration un permis de
coupe là où il était censé connaître seul le potentiel existant.
S’agissant de l’exploitation forestière proprement dite, il faut noter que le phénomène
de concentration et d’intégration d’entreprises s’est poursuivi tout en changeant parfois
d’échelle. Les exemples sont donc nombreux dont en voici quelques-uns : le Consortium
forestier et maritime (CFM) ; la Société nationale des chemins de fer français après avoir
intégré la SHO-Bois créa la SHO-BTI, en 1972, spécialisée dans la fabrication des traverses
et qui ferma ses portes définitivement en avril 1982 suite à une conjoncture économique sans
cesse dégradée.
Pour résoudre le problème d’approvisionnement de son usine de contreplaqué de Port-
Gentil en grumes d’Okoumé, la CFG prit le contrôle de la CGPPO et de la CEFA en 1957.
Jusqu’en 1973, la CFG contrôlait 88 % du capital de la CGPPO. En 1975, à la demande de
l’Etat, la CGPPO cessa toute activité, apportant fonds de commerce, stock, personnel et
matériel à la CFG, au terme d’un contrat de location. C’est ainsi que la CFG devint exploitant
forestier doublé d’un rôle industriel.
La Compagnie nantaise des bois déroulés Océan fut absorbée en 1983 par le groupe
Rougier présent aussi au Cameroun sous le nom la Société forestière et industrielle de la
Doumé. L’union BDO-Rougier donna naissance à une nouvelle société appelée Rougier-
Océan Gabon (ROG) devenue par la suite Rougier-Gabon tout court. Cette dernière fusion
augmenta la capacité de production de l’entreprise tout en confirmant sa vocation industrielle
en installant finalement au Gabon une usine de contreplaqué : en 1983, Rougier produisit au
Gabon son premier panneau de contreplaqué fini.
Leroy-Gabon, société de droit gabonais créée en 1947, était une filiale des
établissements Leroy et du groupe Iso-Roy, destinée à assurer l’approvisionnement en bois de
déroulage de ses usines métropolitaines de contreplaqués. Cependant, en avril 1997, une
- 155 -
nouvelle équipe dirigeante est arrivée au sein du groupe Iso-Roy et de sa filiale Leroy-Gabon.
Cette dernière fait désormais partie du groupe portugais Tafisa-Sonae qui a succédé à la tête
de la société au groupe allemand Glunz. Le nouveau groupe désire à présent inscrire Leroy-
Gabon dans une logique de durabilité, c’est-à-dire l’aménagement durable de ses concessions
et la certification, tout en affirmant sa vocation industrielle avec l’actuelle installation d’une
usine de déroulage de l’Okoumé au Gabon.
Tout comme Leroy-Gabon, la Compagnie équatoriale du bois (CEB) est une société
d’exploitation forestière créée en 1946 à Doussala dans le sud du Gabon. Après avoir
appartenu à un moment donné au groupe Madre, elle a été intégrée au groupe Thanry qui
comprend de nombreuses entreprises dans la filière bois en Afrique et détient aujourd’hui 90
% du capital de la société. Longtemps cantonnée dans les activités d’exploitation forestière et
du commerce du bois, la CEB a désormais élargi ses activités. Elle a été la première société
forestière au Gabon à lancer et à autofinancer, à partir de 1995, l’aménagement de ses
concessions forestières et actuellement, elle a installé à Owendo à Libreville une usine de
déroulage de l’Okoumé et une autre de même type est en projet sur sa base principale à
Bambidie à Lastrousville. Elle a aussi une scierie à Bambidie dont les produits sont destinés
principalement à l’exportation.
La Société de la Haute Mondah (SHM), présente au Gabon depuis plusieurs décennies
était d’abord une filiale des établissements Leroy. Elle fait partie désormais du pôle de
regroupement Interwood, représenté aussi au Cameroun par la société Coron et en Côte-
d’Ivoire par la société Sivobois. Tout comme Rougier-Gabon, la SHM a double statut :
exploitation forestière et industrie. L’installation de son usine de déroulage et de fabrication
de contreplaqués située à vingt-sept kilomètres de Libreville à Essassa sur la route de Kango a
plus de vingt ans. La SHM fait partie des trois seules entreprises avec Rougier et CFG qui
produisent du contreplaqué au Gabon.
Hormis les exploitants individuels nationaux et les petits exploitants affermés,
l'exploitation forestière est donc partagée entre trois types d’opérateurs : une société
gabonaise (la compagnie forestière du Gabon : CFG), six sociétés industrielles européennes
qui assurent 45 % de la production, et une trentaine de plus petites exploitations qui couvrent
50 % de la production.
- 156 -
Graphique 9 : Répartition de la production des exploitants en fonction de leurs ventes à
la SNBG
70%
Autres
58%
60%
50%
40%
30%
0%
- 157 -
Parmi les quelque 35 autres sociétés présentes figurent des sociétés italienne (dont
BITG, Basso Timber Industries Gabon qui emploie une centaine de salariés), libanaise, et
française.
Mais la bonne tenue de l’exploitation forestière depuis 1991 et surtout la
dévaluation du Franc CFA de 1994, qui a donné un coup de fouet aux exportations de bois,
ont attiré au Gabon de nombreux investisseurs de taille diverse, soucieux de réaliser des gains
rapides et importants. Cette ruée sur l’or vert, a fait émerger à partir de 1994 un nouveau type
d’acteurs au sein de la classe des exploitants forestiers notamment des Asiatiques d’origine
malaisienne, qui ont racheté au moins six sociétés françaises de bonne taille. Il s'agit de
Bordamur (rachetée par Rimbunan Hijau qui possède une concession près de Lambaréné ainsi
qu'à Mayumba), la Société forestière de Makokou (SFM, rachetée par Aki), la Société
forestière de Tchibanga (SFT, rachetée par Idriss et Macbi Group) dans le Sud du pays, Bois
et scierie du Gabon (BSG, ex-Rochette, rachetée par Timbermaster et le Hong-kongais Ta
Fu), la Société forestière de production (SFP-Regourd, rachetée par Pan Pacific) et la
Forestière des bois d'Otoumbi (FOBO, rachetée par Yayasan Sabah et KMM).
Malgré la dernière crise asiatique, la Malaisie est toujours le plus grand exportateur
mondial de grumes tropicales. Ses opérateurs investissent désormais bien au-delà de la région
Asie-Pacifique, notamment au Brésil, au Cameroun, en Guinée-Equatoriale, en Guyane et au
Gabon. Des estimations révèlent que ces fonds malais (qui concernent seulement une demi-
douzaine d’entreprises) constituent plus de 80 % des investissements Sud-Sud dans le secteur.
A l’instar de leurs concurrents européens, les opérateurs malaisiens comptent surtout sur les
grumes africaines pour approvisionner l’industrie nationale de transformation qui souffre de
surcapacité.
Certaines estimations (antérieures à la crise asiatique) chiffraient à trois millions
d'hectares les surfaces contrôlées par les Asiatiques (fin 1997) au Gabon. Trois facteurs
semblent être à la base de leur stratégie d’investissement au Gabon qui se fonde sur la
perspective de gains importants du fait de la relative liberté d'exportation des grumes
gabonaises, la politique forestière restrictive des pays asiatiques appliquée à leurs
exportations de bois brut (dans un souci de revaloriser leur potentiel ligneux) et, surtout, une
forte pression écologiste occidentale contre les coupes sauvages pratiquées en Indonésie et en
Malaisie, qui a encouragé certains exploitants à rechercher de nouvelles terres de
prélèvement. Le souci majeur est d’assurer l’approvisionnement régulier en grumes des
usines de transformation en Asie en s’octroyant des concessions forestières au Gabon
considéré comme terre nouvelle de prélèvement tout en rentabilisant leurs investissements. La
- 158 -
présence des Asiatiques, quoique minoritaires, mérite d’être prise en considération malgré les
manques d’informations sur leurs pratiques d’exploitation.
Les activités forestières au Gabon ont toujours été orientées vers l’exploitation
forestière et l’exportation du bois sous forme de grumes. Toutefois, dans le souci surtout de
rentabiliser les grumes de basses qualités non exportables, les exploitants forestiers ont
installé quelques unités de transformation. On retrouve trois types d’industries, avec une
prédominance de l’industrie de première transformation : les unités de déroulage-placage et
contreplaqué, de sciage et de menuiserie-ébénisterie.
L’implantation des industries de déroulage-placage et contreplaqué remonte en
1947 avec la construction à Port-Gentil d’une usine de fabrication de contreplaqués (CFG).
L’indépendance accéléra alors le processus avec la création, en 1968, du Permis Industriel et
surtout de la mise en place en 1982 de la loi 1/82 qui exigeait la transformation locale de 75
% du volume annuel de production issu du permis industriel.
En 1966, la société Rougier-Gabon implante pour la première fois en pleine forêt à
Edenia une dérouleuse dont le placage non séché était expédié vers les usines françaises pour
une ultime transformation. Une expérience analogue a d’ailleurs été tentée en 1978 à
Solongooué sur le lac Onangué. En 1969, Rougier absorbe la Sader et ranime une usine de
déroulage à Port-Gentil qui transforma aussi bien de l’Okoumé que de l’Ozigo, l’Ilomba et
l’Agba. En 1977, la reprise de la société Rayer vient compléter son développement dans le
métier du déroulage de l’Okoumé.
A partir de 1980, Rougier-Gabon regroupe ses deux usines de déroulage près du
terminal du chemin de fer, à Owendo au quartier Akournam. Commence alors un important
travail de rationalisation, de modernisation et de développement. En 1983, la nouvelle usine
d’Owendo produit son premier panneau de contreplaqué fini. En 1994, Rougier a réalisé un
investissement de trois milliards de F CFA avec la mise en place d’une deuxième chaîne de
fabrication de contreplaqués ultramoderne portant ainsi sa capacité de production à 25.000 m3
de contreplaqués par an. Actuellement, l’usine est en plein développement industriel avec
l’acquisition de nouvelles machines plus performantes. L’objectif de l’entreprise est
d’augmenter le taux de transformation à 23 % (65.000 m3 de grumes entrés usine)
contrairement au taux actuel de 15 % (42 000 m3 de grumes entrés usine) pour ainsi être en
phase avec la nouvelle donne de l’Etat.
- 159 -
Dans le même temps, la société SHM installa son usine de déroulage-placage et
contreplaqué à vingt-sept kilomètres de Libreville sur la route de Kango.
Actuellement, seules quatre entreprises (Rougier, SHM, Lutexfo et CFG)
produisent des placages et fabriquent du contreplaqué. Cependant, quatre autres unités font du
déroulage (Lutexfo, Thebault, SEEF/SED et BTIG).
S’agissant des unités de sciage, leur implantation remonte depuis le début des
années 1950 avec la création à Libreville en 1952 de la première unité de sciage (Libeco ; la
Librevilloise de construction) suivie de la BTI (Bois tropicaux industriels) en 1960 et de la
SHO-BTI en 1972. L’installation successive des unités de sciage aussi bien à l’intérieur du
pays que dans la capitale Libreville se fit à un rythme accéléré lié à l’éveil économique du
pays dans les années 1970 lors du « boom » pétrolier qui fut à l’origine de la politique des
grands travaux dans le secteur du bâtiment et travaux publics. Plusieurs scieries de taille
importante ont vu le jour pour répondre à la demande accrue du secteur du bâtiment.
Pour ce qui est de Libreville, il faut noter que jusqu’en 1970, Libreville était une
petite ville coloniale aux aspects vétustes. Elle a profité de la tenue des assises de
l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1977 au Gabon pour connaître un
développement rapide, une modernisation certaine et bénéficier de nombre d’équipements.
C’est ainsi que pendant ces années 1970, trois scieries de taille assez grande ont été
installées : la Scierie Industrielle d’Owendo (SIO) créée en 1974, la Scierie Industrielle de la
Lowé (SIL) en 1975, Bois œuvrés du Gabon (BOG) en 1977. De ces trois scieries, aucune
n’est encore en activité. En outre, durant les années 1980 avec le lancement par le
gouvernement du programme de construction scolaire pour pallier la fablesse du patrimoine
scolaire une nouvelle vague de scieries verra le jour, c’est le cas de la Scierie du Pont Nomba
(SPN) créée en 1982, de la Menuiserie et Travaux Bâtiments (MTB) en 1988 qui existait bien
avant et était spécialisée dans les travaux bâtiments avant de se reconvertir dans le sciage en
1988 et la scierie Africa Pak dont l’existence remonte à 1985. Cette scierie s’appelait la SIK
(Scierie Industrielle du Komo) et appartenait aux européens d’origine italienne. Suite aux
difficultés économiques des années 1988-1989, elle est rachetée par le docteur Chambrier en
1989-1990 et porte le nom de Scierie Industrielle Africa Pak qui a fermé ses portes en 1996.
- 160 -
Graphique 10
700
600
500
400
Taux de transformation
300
200
100
ANNÉES
- 161 -
transformation est passé de 7 % en 1996 à 15 % en 2000 soit 450 000 m3 de grumes
transformés localement.
Graphique 11
100
80
Productions
60
Exportations
40
Ventes locales
20
Source : DGE.
Ainsi en l’espace de six ans et après une longue stagnation, la capacité nationale
annuelle de transformation aura plus que doublé. A terme, selon le Synfoga (Chéneau, 2001),
un bon équilibre sera atteint avec un taux de transformation compris entre 50 et 60 %. A
l’horizon 2004-2005, ce sont quelque 40 à 50 unités de transformation qui opèreront sur le sol
gabonais, réalisant ainsi un taux de transformation de 30 % soit le double du taux actuel. Il est
certain que les exploitants forestiers et les transformateurs étrangers ont pris au sérieux les
perspectives annoncées par l’Etat.
On dénombre à l’heure actuelle dix unités de déroulage-placage et contreplaqué :
trois font du placage et fabriquent du contreplaqué fini, une fait du déroulage-placage et six
font uniquement du déroulage. Cependant, trois unités de déroulage n’étaient pas encore en
activité en 2000. En revanche, plus d’une trentaine de scieries (33) et deux autres unités de
lamellé collé et de tranchage sont disséminées sur le territoire national.
Pour ce qui est des unités de menuiserie et d’ébénisterie, c’est-à-dire la deuxième
transformation, il faut noter que ces unités de petites dimensions et généralement de faible
capacité de production sont spécialisées dans les travaux d’ameublement et de décoration.
Leur mode de fonctionnement ne permet pas d’appréhender avec précision le niveau de leur
- 162 -
activité. Toutefois, un fait marquant est l’inégale répartition des unités de transformation sur
le territoire national.
- 163 -
la mer. Ceci permet le passage des remorqueurs tirant les radeaux flottants. De plus, le bon
tirant d’eau facilite la navigation. La faiblesse des courants de ces fleuves, liée aux
mouvements des marées dans l’Estuaire du Gabon, permet un séjour des billes de bois dans
l’eau sans crainte de perte. En outre, l’eau a un effet bienfaisant pour le bois, car elle accroît
l’humidité sans laquelle il se rétracterait.
Somme toute, la situation géographique de Libreville sur la frange côtière du
continent et son ouverture à la façade atlantique font d’elle une ville maritime.
Illustration 5 : La façade maritime de Libreville et ses résidus de grumes
- 164 -
b) Les facteurs économiques
Les facteurs économiques sont quant à eux en rapport avec les moyens de
transports. Les industries du bois à Libreville recherchent le voisinage des cours d’eau parce
que ces lieux d’implantation permettent de minorer les coûts de transports.
Il apparaît alors préférable d’implanter une industrie près du lieu
d’approvisionnement des matières premières (la plupart des bois utilisés surtout en sciage
proviennent de la première zone ; ces bois sont généralement de basse qualité car ils sont
extraits d’une zone en surexploitation et Libreville est bien située dans cette zone) et celui du
marché de vente. Ainsi on se rend compte que les facteurs essentiels de localisation des
industries sont d’une part la facilité de transport pour le ravitaillement et la distribution des
produits, et d’autre part, le voisinage des lieux de consommation, de marchés.
Par ailleurs, il est important de souligner que la stratégie de certains scieurs
étrangers répond encore à la logique de l’économie coloniale ; ceux-ci refusent d’instaler des
unités de transformation de grande capacité. Ce refus relèverait de facteurs socio-
économiques divers et complexes. Pour réduire le coût de la matière première vendue en
Europe, les sociétés européennes mères exploitent les forêts gabonaises par succursales
interposées. La production de grumes est presque en totalité exportée et transformée en
Europe selon les normes, les goûts et préférences des consommateurs européens. Ces bois
font alors concurrence aux bois industriels ou d’œuvre produits sur place. Une telle stratégie
permet aussi de préserver l’emploi dans le secteur du bois en Europe et de garder par-devers
les scieurs l’essentiel de la valeur ajoutée. Cependant, elle entraîne une diminution
substantielle de la « valeur résiduelle » c’est-à-dire la contrepartie en devises des taxes
prélevées par l’Etat et les salaires dépensés sur place. La situation semble être caractéristique
de l’état de pillage dont parlait P. Jalée1.
Les rapports entre le Gabon et les scieurs d’origine étrangère paraissent donc
inégaux. Ces derniers ne réinvestissent pas toujours leurs bénéfices dans les scieries du
Gabon ; par contre, les autorités locales consacrent tant bien que mal une partie des bénéfices
issue de la mise en valeur des forêts à la construction des infrastructures nécessaires au
transport des grumes et ses produits.
L’activité du sciage apparaît surtout comme une opération résiduelle pour certaines sociétés
étrangères ; elle ne concerne que les bois de qualité médiocre puisque les grumes de bonne
qualité sont triées et exportées à l’état brut. A cause des fortes exportations à l’état brut, les
1
JALEE (P.) ,« Le pillage du Tiers-Monde », Ed. Maspéro.
- 165 -
bois transformés localement sont souvent de mauvaise qualité en général. C’est ce qui
expliquerait leur taux de rendement matière très bas. Au Gabon ce taux atteindrait les 42 %.
- 166 -
client confronté à de telles difficultés. Le blocage de la situation, interdisant un
assainissement de la société par un redémarrage de l’activité, a conduit à restreindre le
monopole de l’exportation de l’Okoumé et de l’Ozigo aux seuls marchés dits « traditionnels »
(Europe et pourtour méditerranéen) par décret ministériel du 10 septembre 1998 qui déléguait
à titre transitoire, aux exploitants forestiers, la commercialisation des grumes d’Okoumé et
d’Ozigo.
Les entreprises forestières agréées pouvaient exporter dans le cadre de quotas de
référence attribués par l’administration des Eaux et Forêts, sur la base de commandes fermes,
les grumes d’Okoumé et d’Ozigo dans tous les pays où ce marché n’existait pas de manière
traditionnelle. Les transactions en direction de l’Asie étaient désormais libres sous réserve de
l'accord préalable de l’administration et du versement d’un droit de délégation de monopole
fixé à 2 500 F CFA par mètre cube au bénéfice de la SNBG.
De 1998 à 1999, les exploitants forestiers agréés ont exporté un volume de 574 675
m3 d’Okoumé et d’Ozigo (contre 2 109 544 m3 pour la SNBG) en direction des marchés dits
non traditionnels surtout l’Asie. Cependant, l’année 1999 a été marquée par la semi-
libéralisation des ventes directes de l’Okoumé et de l’Ozigo au profit des forestiers et le retour
du monopole de la commercialisation de ces deux essences à la SNBG qui ont eu une très
forte incidence sur le niveau d’activité de l’entreprise, en termes d’achats et de ventes de bois
ainsi que de résultats.
En revanche, les bois divers gabonais sont commercialisés librement sur le marché
mondial, en général en position FOB. Il se développe cependant une activité marginale de
négoce de grumes de bois divers achetées en position plage auprès des forestiers en difficulté
et ayant des besoins pressants en trésorerie. Cette commercialisation est assurée soit
directement par les exploitants forestiers les plus importants, soit, dans le cas des petites et
moyennes entreprises de production, par une dizaine d’entreprises commerciales (courtiers).
Les grandes sociétés forestières jouent aussi parfois ce rôle d’intermédiaire en se chargeant de
l’exportation des bois divers pour le compte des petites entreprises. Elles apportent
quelquefois du financement à ces petits exploitants.
Les bois divers ont fait l’objet d’une totale libéralisation commerciale en juillet
1994 et leurs exportations ne sont plus contrôlées. Mises en place après la seconde guerre
mondiale, les exportations de bois divers n'ont longtemps constitué qu'une part infime des
exportations de grumes gabonaises. Cependant, depuis la mise en exploitation du premier
tronçon du Transgabonais Owendo-Booué, au début des années 1980, et l’aménagement du
port à bois d'Owendo, les exportations des bois divers sont en nette progression passant de
208 000 m3 en 1980 à 858.648 m3 en 2000.
- 167 -
Graphique 12 : Exportations des bois divers (1957-2000)
900
800
700
600
500
400
300
200
100
0
1957 1961 1965 1969 1973 1977 1981 1985 1989 1993 1997
Ainsi, les bois divers qui représentaient 19,4 % du volume de grumes exporté en
1996, représentaient 25,1 % en 1997 (année record des exportations). Cette tendance reflète à
la fois une meilleure connaissance par les forestiers de ces bois (en particulier sous l’influence
d’exploitants venus de pays où la gamme d’essences utilisées était beaucoup plus large qu’au
Gabon notamment les Asiatiques) et une volonté de dépendre le moins possible du monopole
de la SNBG. Tout comme la production, la part des exportations de bois divers tend à
progresser et constitue actuellement 20 % à 25 % des exportations de grumes gabonaises alors
qu’elle n'était que de 6 % en 1957 et que de 16 % en 1980.
- 168 -
Après l’accession du pays à l’indépendance, la nouvelle administration a exprimé la
volonté de se doter d’un texte juridique avec l’ambition qu'il soit un instrument de gestion
rationnelle et de conservation du patrimoine forestier national. C’est l’objectif de la loi 1/82
du 22 juillet 1982, loi dite « loi d’orientation en matière des eaux et forêts » a ainsi remplacé
l’ancien code forestier hérité de la colonisation.
Toutefois, pour atteindre l’objectif de la loi 1/82, plusieurs politiques devraient être
mises en œuvre : de la politique d’inventaire permanent à la politique d’industrialisation en
passant par la protection, le reboisement et l’aménagement des forêts, de l’exploitation
rationnelle jusqu’à la « gabonisation » de la profession et la commercialisation du bois et ses
produits.
L'apparition d’un contexte favorable à l’aménagement des forêts et à la
transformation locale du bois oblige les exploitants forestiers à améliorer leur comportement.
Depuis quelques années, un certain nombre d’entre eux se sont lancés, timidement, dans une
politique d’aménagement et de transformation locale du bois. Le niveau d’engagement,
extrêmement variable selon les exploitants, montre bien que le poids de l’aménagement et de
la transformation, en termes de revenus financiers et de condition à l’exploitation, est encore
mal estimé. Mais ces nouvelles initiatives prises par les exploitants ne sont-elles pas
simplement de nature stratégique afin d’améliorer l’image de leur société et obtenir plus
facilement des concessions ?
- 169 -
d’augmenter la surface commercialement exploitable, étendue au secteur des reliefs et
plateaux de l’arrière-pays jusqu’alors inaccessibles et créer un facteur d’incitation à la
poursuite de la construction de la voie ferrée divisée en un second tronçon de 323 km, dirigé
vers les mines de manganèse et d’uranium du Sud-Est à Franceville et un troisième tronçon de
230 km dirigé vers les minerais de fer de Bélinga dans le Nord-Est.
Bien que la construction du Transgabonais ait été motivée au départ par la stratégie
minière du Gabon, la question forestière n'a cessé de représenter l'un des enjeux économiques.
La première étude approfondie des perspectives ferroviaires1 en soulignait l'intérêt pour le
développement forestier, estimant que la production augmenterait de trois millions de m3. Les
bois lourds cessant d'être pénalisés par rapport aux essences flottables, rien n'empêcherait plus
leur exploitation rationnelle, systématique, rompant avec la cueillette dispendieuse d'un ou
deux pieds par hectare mais à condition bien sûr que les bois divers trouvent des débouchés.
Dans la conjoncture de croissance des années 1960, l'avenir de la forêt gabonaise paraissait
prometteur. Un rapport de la SEDES en 1969 était favorable à la mise en chantier d'un
tronçon ferroviaire Owendo-Booué en posant comme hypothèse que le transport d'un volume
croissant de bois garantirait la rentabilité de l'ouvrage dans l'attente d'un éventuel
prolongement vers le gisement de fer de Bélinga.
La Banque mondiale, pressentie pour le financement de ce tronçon (Owendo-
Booué), a posé comme condition préalable à sa participation le lotissement de toute la zone
forestière qui serait ainsi rendue accessible. Un inventaire systématique apparaissait alors
nécessaire à l'établissement des taxes relatives aux différents lots. C'est dans ce contexte que
le ministère des Eaux et Forêts a été appelé à définir une zone d'attraction du chemin de fer
(ZACF) et à établir un plan de lotissement comprenant trente-sept lots pour une superficie de
2 967 000 hectares. L'optimisme était alors de mise, la plupart des lots ont été attribués au
cours de l'année 1971. Il est vrai que l'engagement des forestiers représentait un argument non
négligeable dans les négociations que la République gabonaise avait engagées auprès des
bailleurs de fonds pressentis pour le financement de la voie ferrée.
Les vicissitudes du Transgabonais, finalement achevé en 1987, et la dépression
prolongée du marché des bois depuis 1974, ont retardé la mise en exploitation de la ZACF.
Toutefois, l’aménagement d'un port à bois à Owendo et la mise en service du tronçon
Owendo-Booué à la fin de 1982 ont finalement lancé l'exploitation dans la ZACF. La
proximité de la ZACF de la forêt réservoir du Nord-Est a favorisé en même temps la percée
du front forestier dans cette direction. La gare ferroviaire de Booué servant de point principal
1
Etude économique du chemin de fer Owendo-Bélinga « consultant SEDES », 14 vol. Rép. Gabonaise, 1965.
- 170 -
de débarquement des grumes. Le transport ferroviaire assure aujourd’hui 75 % du transport
du bois au Gabon.
L’évolution des méthodes d’exploitation a engendré une mutation géographique de
l’exploitation forestière. La dynamique de l’espace forestier reste liée aux progrès techniques
des moyens d’exploitation.
- 171 -
et son infrastructure reste rudimentaire. Faute de plus de moyens financiers et techniques
pour la population locale, la forêt s’est trouvée pour ainsi dire exploitée du dehors, par des
hommes et au bénéfice de capitaux dépourvus d’attaches locales, et qui n’ont pas cherché à
s’y implanter durablement »1. Aussi, les hommes, en petit nombre, vivaient-ils une véritable
situation de résignation : faibles échanges régionaux, vie refermée, quasi-absence de relations
humaines, etc.
L’exploitation forestière, depuis les origines, s’était de fait confinée dans la partie
du Gabon d’où les grumes pouvaient être évacuées par flottage. L’ouverture de routes
semblait inutile. Du jour où il apparut que les Okoumés commençaient à se clairsemer dans la
région littorale, une prospection systématique fut entreprise dans l’intérieur plus accidenté,
jusque-là tenu en réserve de bois de la colonie. L’arrêté du 22 juin 1932 (pendant la crise
forestière) délimitait une première et une deuxième zone forestière. En 1956, un autre arrêté
délimitait avec précision la zone côtière, dite « première zone » et tout l’arrière-pays, « la
seconde zone ». Les petits permis étaient réservés à la première (500 à 2 500 ha) et les grands
à la seconde (10 000 à 25 000 ha). La petite exploitation de la première zone était donc
réservée aux autochtones.
En revanche, seules techniquement et financièrement capables d’aller chercher les
Okoumés loin des rivières flottantes ou à travers un relief accidenté, les grandes entreprises
forestières européennes fortunées ont accaparé l’autre partie de la forêt. C’était, là aussi, le
moyen le plus efficace, et le plus simple, pour libérer la plaine côtière, déjà épuisée et
essoufflée, de ces grandes entreprises forestières. Des mesures complémentaires, édictées en
19612 devraient faciliter le transfert. A ce sujet, G. Sautter ajoute : « Ainsi faisait-on d’une
pierre deux coups : en assurant, d’une part, les années à venir, la continuité de la
production ; en faisant place, d’autre part, dans les lieux propices à leur activité, à des
exploitants gabonais, petitement outillés »3.
Durant la décennie précédant l'indépendance, on assiste à une intensification de
l'exploitation dans la plaine côtière et à une amorce de pénétration à l'intérieur. L'entassement
des permis en première zone a été maximal : les forestiers européens, avisés qu'ils allaient
prochainement être contraints de s'installer en deuxième zone, prenaient des gages pour mieux
négocier le transfert. Celui-ci s'accompagna en effet d'échanges et de ventes de droits aux
termes desquels maints petits exploitants disparurent ou s'arrangèrent pour continuer leurs
activités sous le couvert de nationaux, tandis que les sociétés les mieux armées
1
Sautter (G), 1966 : « De l’Atlantique au fleuve Congo : une géographie du sous-peuplement », Paris, Mouton , p.768.
2
Décret du 13 mars 1961, J.O. Gabon.
3
Sautter (G), op. cit., p. 771.
- 172 -
financièrement franchissaient le pas décisif qui clôt l'ère du Decauville et inaugure la phase
contemporaine du cycle forestier.
Encore fallait-il que des voies d’accès fussent ouvertes au peuplement de l’arrière-
pays. Un programme fut lancé à cet effet qui prévoyait notamment, la construction de deux
routes : l’une à travers les monts de Cristal en direction de Médouneu et Oyem, l’autre en
direction des réserves du bassin supérieur de l’Ogooué. C’est le début de l’ère du grumier et
de la pénétration en deuxième zone forestière.
La mutation géographique de l’espace forestier a été possible grâce à une
révolution technique qui a profondément bouleversé l’exploitation forestière la libérant des
contraintes qui l’avaient enfermée dans la plaine côtière. Cette révolution, c’est celle du
tracteur et du grumier. Les engins de terrassement ouvrent les routes sur lesquelles vont
circuler les grumiers.
Illustration 6 : Le transport de bois par grumier
- 173 -
La forêt réservoir du Nord-Est
La forêt-réservoir du Nord-Est est à cheval entre les provinces du Woleu-Ntem et de
l’Ogooué-Ivindo. Avec une superficie de 5 500 000 ha, cette zone figure parmi les forêts
équatoriales les plus épargnées sur la planète. Elle est restée longtemps ignorée des sociétés
forestières à cause de l’absence de l’okoumé et des difficultés d’accès et d’évacuation des
grumes. C’est une région d’un grand intérêt écologique avec l’aire protégée de Minkébé.
Cependant, depuis ces dernières années cette forêt fait l’objet d’une exploitation forestière
croissante avec l’arrivée de nouveaux types d’exploitants comme les Asiatiques, de
l’ouverture de nouveaux marchés et surtout l’importante croissance des bois divers dans
l’exploitation forestière gabonaise. Cette nouvelle dynamique constitue une menace pour
l’intégrité écologique de la région et surtout de son aire protégée de Minkébé.
- 174 -
permis forestiers ont été déposés. La zone du nord-ouest était très convoitée en raison des
voies de communication qui la desservaient. Actuellement, c’est le Nord et le Nord-Est qui
sont très sollicités.
L’ouverture de nouveaux marchés, le dynamisme du marché des bois divers,
l’arrivée de nouveaux types d’exploitants forestiers et l’orientation politique donnée par l’Etat
allant dans le sens de la diversification de la production et de la transformation locale plus
poussée de la matière première ont accéléré, depuis ces dernières années, la percée du front
forestier vers la forêt-réservoir du Nord-Est rendue possible par la proximité de la ZACF.
La dynamique de l’espace forestier s’est aussi accompagnée de l’évolution des
superficies concédées et du volume des prélèvements.
- 175 -
L’obtention d’une coupe de 2 500 ha exigeait un cautionnement de 5 000 F. Quant aux
concessions temporaires, elles étaient remplacées par des « permis industriels » de 5 000 à 40
000 ha attribués pour une durée de 25 ans. Les résultats ne se firent pas attendre. Les années
1928 et 1929 virent la constitution de nombreuses sociétés et une progression spectaculaire
des surfaces attribuées en permis industriels : 108 000 ha attribués en 1928, 340 000 ha en
1929 et 640 000 ha en 1930.
Au 30 Août 1930, les superficies forestières concédées, tous types des permis
confondus, dépassaient un million et demi d’hectares (1 532 542 hectares pour 209 permis
attribués) répartis comme suit : permis de coupe industrielle (55 pour 699 042 hectares) ;
permis de 2 500 ha (130 pour 325 000 ha) ; chantiers indigènes (21 pour 10 500 ha) ; CEFA
(160 000 ha) ; Consortium (188 000 ha) ; Quillard (150 000 ha). Ces chiffres témoignent
d’une quasi-disparition des chantiers indigènes et d’une concentration des exploitations
européennes.
En 1939, suite à la crise de 1930 qui frappa de plein fouet l’économie forestière, il
ne restait que 90 détenteurs de permis, tandis que sept groupes contrôlaient 661 000 ha sur les
1 050 000 ha alors concédés.
Tableau 21 : Les principaux groupes forestiers en 1939
Nom du groupe Nombre de sociétés Superficie (ha)
Compagnie commerciale de l’AEF (CCAEF) 5 131 350
Compagnie d’exploitation forestière africaine 3 138 994
(CEFA)
Union coloniale agricole et forestière (UCAF) 8 116 684
Compagnie forestière des bois du Gabon (CFBG) 3 87 902
KONG 4 88 831
Société du Haut-Ogooué (SHO) 2 67 088
Reyssi 2 30150
Après la seconde guerre mondiale, la superficie concédée, qui s’était stabilisée autour
de un million d’hectares, enregistra une nouvelle et forte croissance pour atteindre deux
millions d’hectares en 1958 et trois millions en 1960. On assista ainsi à une intensification de
l’exploitation forestière dans la plaine côtière, et à une amorce de pénétration vers l’intérieur.
- 176 -
Carte 8
Cependant, en 1963, après le transfert de l’exploitation forestière en seconde zone par décret
de 1961, les permis ne couvraient plus que 517 000 ha en première zone contre 1 882 000 ha
en seconde zone. En 1968, la superficie concédée en première zone est descendue à 119 000
ha contre 2 756 000 ha en seconde : le processus de transfert était alors bien amorcé.
Au 1er janvier 1975, les permis forestiers couvraient une superficie de 5 566 000 ha
auxquels on ajoutera environ 500 000 ha correspondant aux lots superficiels.
- 177 -
A partir de cette date, les superficies attribuées en permis se sont encore accrues
surtout avec l’attribution des lots superficiels dans la ZACF. La mise en service du tronçon
Owendo-Booué, l’aménagement d’un port à bois à Owendo à la fin de 1982 et l’achèvement
du Transgabonais en 1987 ont favorisé la délocalisation des chantiers forestiers vers la ZACF.
A l’heure actuelle, les six premières sociétés forestières du Gabon ont chacune plus de
300 000 hectares de permis. Elles contrôlent 2 855 475 hectares en deuxième zone dont 1 602
164 hectares constituent des lots superficiels dans la ZACF. La première société forestière du
Gabon, Rougier, a concentré la quasi-totalité de ses chantiers forestiers en deuxième zone et
totalise 655 565 hectares dont 367 565 hectares sont situés dans la ZACF.
En 1987, la deuxième entreprise forestière du Gabon, la CEB, s’est déplacée de
Doussala dans le sud du Gabon (la Nyanga) où elle était implantée depuis 1946 pour
Bambidie à Lastoursville dans la ZACF. Elle totalise 600 000 hectares de permis répartis
entre les provinces de l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué toutes deux traversées par le chemin
de fer.
Enfin, la troisième société forestière, Leroy-Gabon, s’est également déplacée de
Massika en 1990 dans le sud du Gabon (la Ngounié) où elle était implantée depuis 1947 pour
la Gongué dans la région de la réserve de la Lopé. Ses permis forestiers couvrent 578 910
hectares situés dans la ZACF dont 372 164 hectares sont des lots superficiels.
En 1995, les permis totalisaient 8 967 570 ha soit : 1 782 245 ha en première zone
contre 7 185 325 ha en seconde zone (dont 2 347 070 ha dans la ZACF). En 1997, les
superficies concédées atteignaient 10 490 000 ha soit : 1 260 000 ha en première zone contre
9 230 000 ha en seconde. La même tendance se confirme en 2000, 12 118 000 ha dont 1 610
140 ha en première zone et 10 507 860 ha en seconde (dont 2 080 000 ha dans la ZACF).
Les provinces de l’Ogooué-Ivindo et de l’Ogooué-Lolo sont incluses dans la ZACF et
détiennent le record de superficies forestières attribuées : 4 689 490 hectares ont été attribués
en 2000 dans ces deux provinces uniquement, soit près de la moitié de la superficie totale
attribuée cette année-là (12 118 000 hectares) et près de 50 % de la superficie de la zone (10
507 860 hectares en 2000). Ces deux provinces détiennent 32 % (1 071 250 ha) de la
superficie totale attribuée en PTE, 29 % (1 700 020 ha) pour celle des Permis Industriels et
plus de 90 % (1 998 200 ha) de la superficie des permis de la ZACF.
En ce qui concerne la forêt du Nord-Est, il faut noter que les quelques définitions des
permis forestiers attribués que nous avons eu au niveau de la Direction générale des Eaux et
Forêts ne permettent pas d’avoir une vision générale de l’état de l’exploitation forestière dans
le Nord-est et plus précisément dans la périphérie de l’aire protégée de Minkébé. Toutefois, le
- 178 -
graphique suivant nous donne une idée des superficies attribuées par provinces et par type de
permis en 1995.
Graphique 13
Pour l'année 1995, la superficie attribuée en PTE était de 3 800 490 ha dont 1 366 586
ha pour les deux seules provinces de la Ngounié et du Moyen-Ogooué. et 1 149 417 ha pour
l’Ogooué-Ivindo et l’Ogooué-Lolo.
Quant à celle des PI, elle était de 1 159 713 ha pour la Ngounié et le Moyen-Ogooué et
762.238 ha pour les deux provinces de l’Ogooué-Ivindo et l’Ogooué-Lolo sur 2 820 010 ha
attribués. La superficie des lots de la ZACF était de plus de 90 % (2 164 970 ha sur 2 347 070
ha de PI attribués) pour les deux seules provinces de l’Ogooué-Lolo et de l’Ogooué-Ivindo.
Tous ces chiffres donnent la mesure de la mutation structurelle de l’exploitation forestière.
Les cartes de 1975 et 1997 donnent une image d’ensemble de l’emprise spatiale de
l’économie forestière. La comparaison avec les cartes de 1957 est à cet égard particulièrement
parlante et met en évidence l’ampleur de l’avancée du front forestier vers l’Est.
- 179 -
Carte 9
- 180 -
Carte 10
- 181 -
Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, l’Okoumé constitue l’essentiel du volume exploité.
Une combinaison de facteurs est à l’origine de cette sélectivité des prélèvements : une grande
facilité d’exploitation (bois tendre) et de transport (bois léger et flottable), par opposition à la
plupart des essences précieuses ; la fréquence élevée de cette essence dans une grande partie
de la forêt gabonaise permet d’assurer un approvisionnement régulier du marché, cas
exceptionnel dans des forêts équatoriales où la diversité des espèces se traduit généralement
par une grande dispersion des individus ; une situation de quasi-monopole du Gabon sur cette
essence et enfin une grande facilité d’usinage et une très bonne qualité des produits finis.
L’Okoumé représentait 94 % du volume de grumes exploitées en 1953.
Il faut rappeler que durant toute la période coloniale, la quasi-totalité de la
production constituée essentiellement de l’Okoumé était destinée à l’exportation. Les
exportations d’Okoumé vers l’Europe restèrent insignifiantes jusqu’en 1906 avec
prépondérance de la destiation anglaise. Elles étaient en 1900 de l’ordre de 8 300 m3, en
1906, d'environ 41 667 m3 et le marché se déplaça de Liverpool à Hambourg. De 1900 à
1914, 737 857 m3 d’Okoumé ont été exportés vers Hambourg. Entre 1900 et 1913, les
exportations passèrent de 8300 m3 à 225 000 m3 d’Okoumé.
Les années 1920 à 1930 furent des années d’euphorie : 667 000 m3 exportés en
1930. La crise de 1930 fit chuter la production de plus de 50 % : 375 000 m3 exportés en
1931. Après la seconde guerre mondiale, les exportations ont de nouveau atteint plus de 800
000 m3 en 1953, puis le million de m3 sur 1 001 000 de m3 produits en 1957. En 1958, sur
1076 000 de m3 extraits, 1 020 000 de m3 ont été exportés. De même pour 1959, 1 105 000
de m3 ont été exportés sur 1 159 000 de m3 produits.
Depuis lors, le déplacement de l’exploitation forestière vers l’Est a favorisé une
augmentation de la production. Les mutations de l’appareil productif se sont traduites par des
progrès considérables dans la productivité du travail : le rapport production/main-d’œuvre qui
se situait autour de 50 m3/homme par an dans les années 1950, atteint maintenant 250 à 300
m3/homme. Quelques exemples : en 1953, 450 Africains et 8 Français travaillaient sur le
chantier SHO d’Agouma dont la capacité de production était de l’ordre de 22 000 m3.
En 1972, la société Rougier a produit 250 000 m3 avec à peine 850 Africains et une
cinquantaine d’expatriés (en 2000 : 281 484 m3 avec 974 salariés) tandis que la CEB
employait 230 africains et 11 expatriés pour une production de 65 000 m3 (en 2000 : 202 514
m3 avec 389 salariés). A l’échelle du Gabon, pour cette même année (1972), moins de 9 000
salariés ont assuré la production de 2,3 millions de m3 de bois, en revanche, en 1997 et 2000
qui restent des années records plus de 10 000 salariés ont produit 2,7 millions et 2,9 millions
- 182 -
de m3. La motorisation a changé les conditions d’une exploitation devenue économe en main-
d’œuvre.
Graphique 14
3500
3000
2500
2000
1500
1000
500
ANNÉES
Source : DGE
La production des grumes gabonaises de 1960 à 2000 est passée de 1,5 à 2,9 millions
de m3. Les exercices les plus remarquables se situent entre 1969 et 1972, 1994 et 1997 et
1999 et 2000 avec certaines reprises en 1979 et 1999. Cette production est en majorité assurée
par des entreprises étrangères installées en seconde zone.
Mais tandis que la coupe dans la plaine côtière connaît de graves difficultés, la
deuxième zone, qui a connu simultanément la modernisation des chantiers, la concentration
des sociétés, la réalisation d’infrastructures dont l’utilité déborde les stricts besoins de
l’exploitation forestière, voit sa production augmenter considérablement. À titre d’exemple
pour les deux premières années de pointe 1972 et 1997, la seconde zone a fourni
respectivement 1 610 000 m3 sur 2 300 000 m3 produits et 2 469 750 m3 sur 2 775 000 m3.
Les régions les plus productives comme dans le cas des superficies attribuées sont
l’Ogooué-Ivindo et l’Ogooué-Lolo qui fournissent plus de 50 % de la production nationale et
plus de la moitié de celle de la zone. Les lots superficiels de la ZACF contribuent à hauteur de
33 % de la production nationale.
Si le rythme d’attribution des concessions forestières dans la région Nord-Est est en
nette croissance, celui des prélèvements ne suit pas. La majorité des permis forestiers
- 183 -
attribués ne sont pas encore en exploitation. Seuls quelques permis industriels de grandes
sociétés comme Rougier-Gabon, SHM, Bordamur et des permis temporaires d’exploitation
affermés sont exploités en périphérie du massif forestier de Minkébé. A titre d’exemple, le
permis industriel et le lot 6 de la SHM situés en périphérie sud-ouest de Minkébé et un PTE
exploité en fermage par ladite société ont produit en 2000, 58 496 m3 de bois. Si la plupart
des permis attribués ne sont pas encore exploités, ils devraient l'être dans un futur proche
grâce au dynamisme du marché des bois divers et à l’orientation politique donnée par l’Etat.
L’Okoumé reste l’essence la plus exploitée surtout dans les provinces de l’Ogooué-
Lolo et de l’Ogooué-Ivindo et représente plus de 80 % de la production. Cependant, avec
l’ouverture de l’exploitation forestière dans la région nord-est, certaines essences faisant
partie des bois divers comme le movingui, le moabi, l’agba, le bahia et l’izombé sont très
demandées dans l’Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem.
Les figures qui suivent illustrent bien la tendance générale en termes de
prélèvements dans les deux zones depuis l’époque coloniale.
Graphique 15
3500
3000
2500
2000
1500
1000
500
ANNÉES
- 184 -
favorable (marché porteur) et d’autre part du dynamisme des organismes de
commercialisation qui jouent pleinement leur rôle.
La période 1972-1976 par contre se caractérise par la hausse du prix du pétrole
provoquant une véritable crise dans les pays européens acheteurs de bois gabonais. Il s’ensuit
une baisse des commandes de ces pays. Le Gabon subit le contre-coup de cette crise qui se
traduit par la baisse de la production et la fermeture de certaines exploitations forestières.
La production a fortement chuté en 1974 à cause de la crise mondiale du bois. Puis,
cette production a été soutenue au cours des années 1976 à 1978 par une forte demande
intérieure. D’une manière générale, on note une certaine reprise de la production en 1979-
1980. De 1977 à 1980, la production de bois dépasse à nouveau le million de m3. Mais en
1980, l’activité forestière doit faire face à d’énormes difficultés dues à la crise économique
internationale et en particulier à la flambée du dollar, monnaie de paiement du matériel
d’exploitation. Des allègements fiscaux sont consentis à la corporation pour redynamiser leur
activité.
Avec l’aménagement d’un port à bois à Owendo et la mise en service du premier
tronçon Owendo-Booué du Transgabonais à la fin de 1982 et son achèvement en 1987, la
production des grumes connaît à nouveau une hausse régulière avec bien entendu des baisses
temporaires dues aux effets conjoncturels internes ou externes.
En 1983, le secteur forestier a été l’objet d’une attention particulière des pouvoirs
publics. C’est ainsi qu’en dehors des mesures globales tendant à stimuler l’investissement
privé, des mesures spécifiques, telles que la détaxation du matériel d’importation et les
subventions accordées à la SNBG, ont été prises dans les lois de finances 1983 et 1984 et ont
été reconduites en 1985 afin de relancer les activités forestières.
La bonne tenue du secteur observée en 1983 s’est confirmée en 1984 malgré une
saison sèche pluvieuse qui a entravé en partie les activités forestières. Ce regain d’activité a
été rendu possible grâce à l’amélioration de la demande internationale due à une légère reprise
des activités du bâtiment et de l’ameublement dans les pays industrialisés, traditionnels clients
des bois gabonais (pays de l’Union européenne) ; grâce aussi à l’accroissement des
commandes des nouveaux clients, notamment les pays du continent asiatique (Taiwan, Chine,
Corée et Iran) et l’amélioration de la productivité des entreprises du secteur qui ont bénéficié
d’un prix de vente rémunérateur.
La demande internationale de grumes, s’est de nouveau affaiblie à la fin de 1985
sous l’effet des facteurs suivants : les importateurs européens devenaient de plus en plus
sélectifs et préféraient les bois de qualité supérieure ; la baisse du dollar créa des disparités
- 185 -
entre producteurs et favorisa la pénétration en Europe des grumes asiatiques et la préférence
des consommateurs pour les produits semi-finis par rapport aux grumes.
L’exploitation forestière qui aurait dû se développer considérablement grâce aux
moyens matériels et humains mis en place par les opérateurs s’est heurtée à la faiblesse de la
demande internationale et à des problèmes internes de l’organisme de commercialisation
(SNBG). En 1986, l’activité forestière s’est caractérisée par une stabilité de la production ; un
contingentement des achats SNBG et un niveau anormalement élevé des stocks (185 000 m3
à la fin du mois d’octobre qui ont pu être résorbés en fin d’année).
Après une période de stabilité, on constate depuis 1987 une reprise de la demande
internationale du bois pour la consommation des grumes et du contreplaqué due surtout à un
regain des activités du bâtiment. Mais des goulots d’étranglement au niveau de la production
et de la commercialisation gabonaise n’ont pas permis de profiter pleinement de cette
situation. L’année 1988 a été dans l’ensemble une bonne année en ce qui concerne le marché
du bois. Mais dès octobre 1988, le niveau des stocks d’Okoumé a augmenté rapidement
jusqu’à atteindre 190 800 m3 au 31 mars 1989, suite à un essoufflement des ventes. La
production a dû alors être contingentée. La promotion des ventes, le regain de la demande
internationale au second semestre 1989 et le contingentement ont permis de ramener les
stocks à un niveau satisfaisant à la fin de l’année 1989.
L’année 1990 se caractérisa par un fort accroissement de la production mais aussi
une faible croissance des exportations (3,5 %). Il en a résulté dès juillet 1990, un gonflement
des stocks qui atteignaient en fin d’année 152 783 m3. Le faible niveau des exportations était
imputable d’une part à la baisse de la demande mondiale consécutive à la guerre du Golfe et
d’autre part à la baisse du dollar qui a accentué la concurrence asiatique. La production
d’Okoumé et d’Ozigo a dû être contingentée à partir de janvier 1991 ; soit 10 % en janvier et
25 % à partir de février. Le contingentement ne s’est pas appliqué aux exploitants nationaux.
Le ralentissement de la croissance dans les pays industrialisés n’a pas favorisé le
commerce des bois tropicaux en 1992. En outre, en juin 1992 s’est tenue à Rio la conférence
des Nations unies sur l’environnement et le développement. Celle-ci a fait prendre conscience
de la nécessité de préserver l’environnement et forgé le concept de développement durable.
En 1998, la production de grumes, plafonnée en début d’année à 3 millions de m3,
toutes essences confondues, est ramenée à 2,1 millions de m3 ; elle diminue de 22 % par
rapport à 1997. Ceci est la conséquence de la crise asiatique qui a entraîné la chute de la
demande. Face à cette situation, la SNBG a contingenté de 30 % les quotas de livraison et
suspendu l’achat de l’Okoumé et de l’Ozigo aux mois de juillet et août. Les forestiers se sont
tournés vers la production des bois divers malgré le niveau très moyen des prix sur le marché
- 186 -
international. L’augmentation de la production de grumes en 1999, toutes essences
confondues, de 11 % par rapport à 1998 (2,16 millions de m3 en 1998 à 2,40 millions de m3
en 1999) confirme la reprise de l’activité dans le secteur bois après les contre-performances
enregistrées en 1998 suite à la crise asiatique.
En 2000, la croissance de l’activité forestière est confortée, tirée par la forte
demande asiatique et les niveaux élevés des cours mondiaux des grumes enregistrés depuis le
début de la reprise en 1999. La production de grumes, toutes essences confondues, enregistre
une hausse de 21,1 % en 2000, soit 2 908 215 m3 (année record dépassant les années de
pointe de 1972 et 1997) contre 2 401 594 m3 en 1999. La production d’Okoumé croît de 14,3
% et celle d'Ozigo de 5,6 %. Celle des bois divers passe de 752 410 m3 en 1999 à 1 029 713
m3 en 2000, soit une hausse de 36,9 %. Cette embellie confirme davantage la reprise du
secteur bois et contribue au retour progressif du monopole d’Etat, sur la commercialisation
des essences principales que sont l’Okoumé et l’Ozigo, par le biais de la SNBG.
Graphique 16
400
350
300 ESTUAIRE
HAUT OGOOUÉ
250 MOYEN OGOOUÉ
NGOUNIÉ
200 NYANGA
OGOOUÉ IVINDO
150 OGOOUÉ LOLO
OGOOUÉ MARITIME
100 WOLEU NTEM
50
0
PTE COUPES FAM PI ZACF
Types de permis
- 187 -
Diagramme 1
11% 4%
13%
5%
2%
2%
11%
19% Estuaire
Haut-Ogooué
Moyen-Ogooué
Ngounié
Nyanga
Ogooué-Ivindo
33%
Ogooué-Lolo
Ogooué-Maritime
Woleu-Ntem
2000
1800
1600
1400
1200
Okoumé
1000
Ozigo-Bois divers
800
600
400
200
ANNÉES
- 188 -
Si cette tendance était autrefois très marquée, elle devient toutefois moins nette
aujourd’hui. Les raisons sont diverses : volonté politique de ne pas tout miser sur un seul
produit, difficultés de la SNBG, crise asiatique…En outre, l’achèvement du Transgabonais en
1987 a lancé l’exploitation des autres essences dites bois divers. Les bois lourds cessant alors
d’être pénalisés par rapport aux essences flottables dont l’okoumé.
De nos jours, la production d’Okoumé est en moyenne de 1 100 000 m3 de grumes
par année. Les volumes d’Okoumé exploités par hectare depuis une trentaine d’années sont de
l’ordre de 10 à 12 m3, dans les zones parcourues pour la première fois par l’exploitation ; ceci
correspond au prélèvement de deux arbres par hectare, un record en forêt dense tropicale. La
production annuelle de bois au Gabon oscille autour de 2,5 millions de m3, l’Okoumé
représente aujourd’hui 75 à 80 % de ladite production de bois d’œuvre.
La production en volume de l’Okoumé, après la baisse continue amorcée en 1985,
s’accroît de 14 % en 1988 rejoignant le niveau atteint en 1985. L’année suivante (1989), cette
production diminue de 4,3 % du fait du contingentement décidé par la SNBG. La production
d’Okoumé est liée à la demande exprimée par la SNBG. Cette demande après avoir connu
une hausse en 1990, diminue de 25 % en 1991 traduisant ainsi les difficultés de la SNBG à
placer son bois sur le marché international. Cette situation a conduit les autorités à décréter un
nouveau contingentement. Cependant, le déficit de l’offre asiatique amorcé à partir de 1992 a
permis au Gabon d’augmenter sa production surtout d’Okoumé. Cet état de grâce s’est
poursuivi jusqu’en 1994 avec la dévaluation du franc CFA.
En 1997, l’Okoumé a atteint son deuxième maximum avec un bond cette fois-ci de
1.836.000 m3 sur 2,775 millions de m3 produits soit 75 % de la production totale. La
production d’Okoumé a baissé de 27 % en 1998 suite à la crise asiatique qui a entraîné la
chute de la demande et contraint la SNBG à contingenter de 30 % les quotas de livraison et
suspendre l’achat de l’Okoumé et de l’Ozigo aux mois de juillet et août de la même année.
Profitant de la dérogation accordée par l’Etat sur la libre commercialisation de
l’Okoumé et de l’Ozigo, les exploitants forestiers ont accru de 18 % la production de
l’Okoumé en 1999. La croissance de la production de cette essence s’est poursuivie en 2000
en atteignant son troisième maximum après 1972 et 1997 (1 808 176 m3 soit une hausse de
14,3 % par rapport à 1999).
La production de l’Okoumé a évolué de manière irrégulière au cours des dernières
années autant en raison de la conjoncture internationale que pour des raisons de gestion
interne de la SNBG. L’Okoumé demeure toutefois l’essence la plus produite, mais
l’exploitation et la production de l’ensemble des bois divers sont devenues intenses à partir de
- 189 -
1980. Depuis lors, la production des bois divers (Ozigo et autres essences) n’a cessé de
progresser et formant actuellement 20 à 30 % de la production totale des grumes.
La production des grumes toutes essences confondues est restée quasiment stable
de 1980 à 1985 (sauf en 1981 où elle a accusé une baisse de plus de 16 %). La production des
bois divers dans le même temps a stagné autour de 300 000 m3 de grumes. De 1986 à 1990, la
tendance de la production des bois divers a été à la hausse. Cette production s’est tassée à
partir de 1991 mais a continué à représenter près du tiers de la production totale de bois. Les
bois divers ne sont pas restés en dehors de cet accroissement généralisé de la production
observée en 1994 lié à la dévaluation du franc CFA. Cette hausse a été encore plus favorable
pour les bois divers car il n’y a pas d’intermédiaire obligatoire pour la commercialisation de
ces essences.
Après avoir connu une baisse en 1996, la production des bois divers renoue avec la
croissance en 1997 et enregistre une augmentation de 54,5 % soit 30 % de la production totale
des grumes. Cette forte progression s’explique par un marché très porteur (782 000 m3
produits contre 590 000 m3 prévus), l’exploitation dans la première zone, plutôt riche en bois
divers et d’autres zones où l’évacuation des grumes par voie fluviale et terrestre échappe aux
aléas du fonctionnement ferroviaire. Cette croissance s’est plus ou moins maintenue en 1998.
En dépit des effets de la crise asiatique de cette année, les forestiers se sont plus tournés vers
la production des bois divers malgré le niveau très moyen des prix sur le marché international.
Graphique 18
1000
900
Movingui
800
700 Moabi
600 Isombé
500
400 Bahia
300 Agba
200
100
0
Provinces
- 190 -
Pendant que la production d’Okoumé augmente avec la semi-libéralisation de la
commercialisation de cette essence en 1999 et se confirme en 2000 (1 808 176 m3 soit une
hausse de 14,3 %), les bois divers chutent de 2,4 % cette année avant de renouer avec la
croissance en 2000 de 36,9 % (de 752 410 m3 en 1999 à 1 029 713 m3 en 2000). Les cinq
profils de coupe des essences forestières par provenance, du graphique 18, illustrent la
tendance générale de sollicitation de la ressource en ce qui concerne les bois divers. Ainsi on
s’aperçoit que le Movingui, le Moabi, l’Agba, le Bahia et l’Izombé sont sollicités suivant la
décroissance dans l’Ogooué-Lolo, ce qui n’est pas le cas dans le Moyen-Ogooué. Ces
essences sont aussi très exploitées dans l’Ogooué-Ivindo et cela peut s’expliquer par
l’ouverture de l’exploitation forestière vers le Nord-Est.
Quatre de ces cinq essences sont exploitées par le premier forestier du Gabon Rougier.
En 2000, la société Rougier-Gabon a produit 16 543 m3 de l’Agba, 4 009 m3 de Moabi, 2 816
m3 de Movingui et 1 770 m3 de l’Izombé.
Le marché actuel de certaines de ces essences est surtout orienté vers l’exportation,
notamment vers le Portugal pour l’Agba. En raison de la très bonne conformation générale
des billes et des qualités physiques et mécaniques du bois, l’Agba est une essence qui
convient bien à la fabrication de placages déroulés et de panneaux contreplaqués. Il est aussi
très bon pour le sciage. Les prix à l’exportation de ce bois sont actuellement très élevés
puisqu’ils peuvent atteindre 170 000 F CFA par m3.
L’Europe est actuellement le principal demandeur de bois de Movingui, 90 % des
exportations sont exclusivement destinées à la France. Son bois est surtout utilisé pour la
fabrication de menuiseries intérieures et extérieures (portes et fenêtres) ainsi que pour les
travaux de charpente. Les prix à l’exportation sont de l’ordre de 140 000 F CFA par m3 et ont
tendance à augmenter. Certaines billes prisées peuvent se vendre jusqu’à 500 000 F CFA par
m3.
L’Okoumé et l’Ozigo constituent des pics dans l’Ogooué-Ivindo, l’Estuaire mais aussi
dans l’Ogooué-Lolo pour l’Okoumé uniquement. L’Okoumé est donc très prélevé dans
l’Ogooué-Lolo, l’Ogooué-Ivindo et dans une moindre mesure dans l’Estuaire, comme en
témoigne le graphique 19.
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Graphique 19
8000
7000
6000
5000
Okoumé
4000
Ozigo
3000
2000
1000
0
Provinces
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engendré une mutation géographique de l’exploitation forestière. La situation géographique
privilégiée du littoral explique en grande partie la polarisation de l’activité d’exploitation
forestière dans cette zone durant toute la période coloniale. Cependant depuis l’indépendance,
l’activité progresse vers l’intérieur avec la mise en place de certaines infrastructures
notamment le chemin de fer et la dégradation progressive des forêts de la façade maritime.
La migration de l’exploitation forestière vers l’Est s’accompagne d’une forte
progression des superficies concédées et du niveau de prélèvements. L’augmentation des
coûts de production et de transport du bois occasionne une exploitation sélective des forêts ;
ainsi, seules les essences nobles et rémunératrices sont exploitées. Toutefois, cette sélectivité
devient de moins en moins nette depuis ces dernières années avec le développement de la
production des bois divers.
A côté de la spécialisation dans la production des essences, on assiste à une
spécialisation régionale. Les régions de la façade maritime, à cause de la rareté du bois de
qualité dans leurs forêts, vont délaisser la production de grumes pour s’occuper de la
conversion du bois. Seuls les exploitants nationaux vont donc continuer à exploiter les forêts
dégradées du littoral. La régression de la coupe de bois industriel dans les régions côtières se
confirme.
La substitution des activités de conversion aux activités d’exploitation perpétue le
schéma classique de l’économie coloniale ou de drainage ; la façade maritime qui est le centre
de tous les réseaux d’infrastructures attire ou reçoit les productions de l’intérieur. Une infime
partie de celles-ci y est transformée et la grande majorité sinon la quasi-totalité est exportée à
l’état brut via les ports à bois de Libreville et Port-Gentil.
L’évolution de cette configuration, c’est-à-dire le rapprochement du centre vers
l’intérieur ou la périphérie, va se confirmer et se préciser avec force au cours du temps.
L’effet qualité et quantité explique la ruée vers l’Est dont les réserves ligneuses sont
importantes. Cette dynamique a incontestablement des effets néfastes sur l’espace ou
l’environnement.
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