Droit des Régimes Matrimoniaux 12e Éd.
Droit des Régimes Matrimoniaux 12e Éd.
RÉGIMES MATRIMONIAUX
R. Cabrillac
DROIT
Les régimes matrimoniaux, élément essentiel du droit patrimonial de la famille, constituent une matière
carrefour, aux confins du droit des biens, du droit des obligations et du droit de la famille.
Après avoir retracé dans l’introduction les relations patrimoniales entre concubins et partenaires à un
DES RÉGIMES
PACS, le présent ouvrage envisage dans une première partie les règles applicables à tous les époux,
puis dans une deuxième partie le régime légal de la communauté réduite aux acquêts, pour terminer,
dans la dernière partie, par l’étude des régimes conventionnels.
L’ouvrage est avant tout destiné aux étudiants de master 1 ou master 2, mais pourra constituer un guide
MATRIMONIAUX
précieux pour les praticiens, en particulier notaires, avocats ou magistrats, qui souhaitent se tenir à jour
des dernières évolutions législatives et jurisprudentielles de la matière.
DROIT DES
Prix : 37 €
ISBN 978-2-275-09031-3
www.lgdj-editions.fr
Le Petit Atelier
RÉMY CABRILLAC
Professeur à la Faculté de droit et de science politique de Montpellier
© 2021, LGDJ, Lextenso
1, Parvis de La Défense
92044 Paris La Défense Cedex
www.lgdj-editions.fr
ISBN 978-2-275-09031-3
BIBLIOGRAPHIE
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DROIT DES RÉGIMES MATRIMONIAUX
J. PATARIN et G. MORIN, La réforme des régimes matrimoniaux, éd. Defrénois : – t. 1, Statut fon-
damental et régime légal, 4e éd., 1977 ; – t. 2, Régimes conventionnels et formules d’applica-
tion, 2e éd., 1974, par G. et M. MORIN.
N. PETERKA et Q. GUIGUET-SCHIELÉ, Régimes matrimoniaux, Dalloz, 6e éd, 2020.
S. PIÉDELIÈVRE, Les régimes matrimoniaux, Larcier, 3e éd., 2020.
M. PLANIOL et G. RIPERT, Traité pratique de droit civil français, LGDJ, t. VIII et IX, 1957 et 1960,
par J. BOULANGER.
J. REVEL, Les régimes matrimoniaux, Cours, Dalloz, 10e éd., 2020.
A. RIEG et F. LOTZ, Technique des régimes matrimoniaux, Litec, 3e éd., 1993, par A. RIEG, F. LOTZ
et P. RIEG.
F. TERRÉ et P. SIMLER, Les régimes matrimoniaux, Dalloz, 8e éd., 2019.
F. TERRÉ et Y. LEQUETTE, Les grands arrêts de la jurisprudence civile, Dalloz, 13e éd., 2015, t. 1
(cité : Grands arrêts).
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SOMMAIRE
Introduction .......................................................................................................................... 13
§ 1. Notion de régime matrimonial .............................................................. 14
§ 2. Évolution du droit des régimes matrimoniaux ................................. 22
§ 3. Spécificité du droit des régimes matrimoniaux ............................... 25
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SOMMAIRE
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SOMMAIRE
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INTRODUCTION
1 Il faut lire, relire Chamfort. Pour le plaisir de l’esprit mais aussi celui du cœur :
« Nous avons vu des hommes réputés honnêtes, des sociétés considérables, applau-
dir au bonheur de Mlle..., jeune personne, belle, spirituelle, vertueuse, qui obtenait
l’avantage de devenir l’épouse de M..., vieillard malsain, repoussant, malhonnête,
imbécile, mais riche. Si quelque chose caractérise un siècle infâme, c’est un pareil
sujet de triomphe, c’est le ridicule d’une telle joie, c’est ce renversement de toutes
les idées morales et naturelles ».
Argent – mariage : ce diptyque est l’un des thèmes privilégiés, universel et
intemporel, de l’inspiration artistique, celle des peintres1 et surtout celle des
écrivains2, raillant ou fustigeant les mariages d’argent, pourtant répandus jusque
dans les mentalités judiciaires3, même si la jurisprudence contemporaine véhicule
une conception moins matérialiste de l’union conjugale4. Il reste que le choix d’un
régime matrimonial participe d’une stratégie de gestion et de transmission du
■ 1. Cf. le tableau de Garnier Le contrat de mariage interrompu, Musée Carnavalet, montrant les familles
éplorées devant la rupture du contrat de mariage. Comp. : J. CARBONNIER, Flexible droit, LGDJ, 10e éd.,
2001, 283, Iconographie de la famille, qui met en parallèle Le contrat de mariage de Hogarth et L’accordée
de village de Greuze : dans le premier les pères sont au centre du tableau, alors que les époux ont conquis la
première place chez Greuze. Les deux tableaux étant presque contemporains, le doyen Carbonnier en
conclut qu’il existe plusieurs types de familles. Adde : WATTEAU, Le contrat de mariage, Musée du Prado.
■ 2. L’exemple le plus éloquent étant sans doute Le contrat de mariage de Balzac, dont toute l’intrigue est
centrée sur les stipulations du contrat de mariage entre Paul de Manerville, qui souhaiterait conserver son
patrimoine personnel, et sa fiancée, Nathalie Evangélista, et sa mère, désireuses de s’en emparer (Cf.
J. MAURY, « Le droit patrimonial de la famille dans le roman français du XIXe siècle », Mélanges
M. Cabrillac, Litec, 1999, 785).
■ 3. Cf. la décision d’un juge de paix parisien rendue en 1912 (citée par T. ZELDIN, Histoire des passions
françaises, Points-Seuil, t. 1, 336) : « Attendu que l’organisation sociale le considère (le mariage) comme
un véritable contrat financier pour tenir en respect les gredineries possibles des deux conjoints et pour
rassurer les sourdes méfiances des futurs époux, car la vraie raison du mariage moderne, c’est
l’argent... ». Adde : l’enquête d’opinion réalisée par M.-P. CHAMPENOIS-MARMIER et M. FAUCHEUX, Le
mariage et l’argent, PUF, 1981.
■ 4. Cass. 1re civ., 28 oct. 2003, RJPF 2004, no 1, 19, note A. LEBORGNE : la transmission des biens n’est
pas un objectif inhérent à l’union matrimoniale ; lorsque le mariage a eu pour seule fin d’accorder à
l’épouse des avantages matrimoniaux, il est nul.
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DROIT DES RÉGIMES MATRIMONIAUX
patrimoine5 dans laquelle le notaire joue un rôle fondamental (cf. infra nº 121 ; et
pour le choix des différents régimes : infra no 132 pour la communauté légale, infra
no 329 pour la communauté universelle, infra no 350 pour la séparation de biens,
infra no 368 pour la participation aux acquêts).
Argent – mariage : ce diptyque est au cœur des régimes matrimoniaux, puisque
l’expression est traditionnellement entendue comme recouvrant l’ensemble des
règles relatives aux rapports pécuniaires des époux6, définition qui rend nécessaire
un approfondissement de la notion de régime matrimonial (§ 1), avant que ne soit
étudiée l’évolution du droit des régimes matrimoniaux (§ 2) et sa spécificité (§ 3).
■ 5. Cf. H. LÉCUYER, « Quel régime matrimonial pour quelle situation et quel objectif ? », Dr. et patr. oct.
2004, 52.
■ 6. Cf. peu ou prou les définitions des auteurs : CHAMPENOIS, no 1 ; COLOMER, no 2 ; CORNU, no 1 ;
MALAURIE et AYNÈS, no 1 ; MARTY et RAYNAUD, no 1 ; MAZEAUD et DE JUGLART, no 12 ; TERRÉ et SIMLER,
no 1. Adde : G. WIEDERKEHR, « Propos à bâtons rompus sur la notion de régime matrimonial et son évolu-
tion », Mélanges D. Huet-Weiller, LGDJ, 1994, 533.
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INTRODUCTION
bien et du pouvoir sur ce bien : s’ils coïncident en général, l’époux qui a la pro-
priété d’un bien ayant le plus souvent le pouvoir d’en disposer, d’autres impératifs
peuvent justifier leur dissociation : par exemple, la protection du cadre de vie de la
famille impose que l’époux propriétaire du logement familial ne puisse en disposer
seul (cf. infra no 42 et s.).
4 Diversité des régimes matrimoniaux. – La multiplicité des questions que doit
trancher le régime matrimonial, comme la variété des réponses, montrent que de
nombreuses solutions sont possibles. À l’extrême, on peut concevoir de régler les
rapports pécuniaires entre époux en faisant uniquement appel au droit commun : le
droit musulman7 comme la Common Law8 ignorent le régime matrimonial conçu
comme un corps de règles spécifiques. En admettant de régler les relations
pécuniaires entre époux par un régime matrimonial, le droit peut imposer un
régime matrimonial aux époux ou leur laisser le choix, à travers la liberté des
conventions matrimoniales. Dans ce dernier cas, il n’est pas impossible de
combiner cette liberté avec certaines règles impératives et l’instauration d’un
régime qui s’impose à défaut de manifestation de volonté des époux. Tel est par
exemple le cas du droit français9, qui prévoit un régime primaire, composé de
règles impératives applicables à tous les époux, conjugué avec un régime
matrimonial librement choisi par les conjoints, le régime légal de la communauté
réduite aux acquêts s’appliquant à défaut d’un autre choix.
Sur le fond, la diversité des régimes est traditionnellement ramenée à une oppo-
sition entre deux types, le régime séparatiste, assurant une très grande indépen-
dance des époux, et le régime communautaire, associant les deux époux à la pro-
priété et à la gestion des biens. Cette opposition a le mérite de la simplicité
et souligne les deux solutions extrêmes que peuvent être l’indépendance totale ou
la pleine association des époux. Mais elle est parfois simpliste : tout régime com-
munautaire est mâtiné d’une dose de séparation10 comme tout régime séparatiste
l’est d’une dose de communauté11, rapprochement qui irait en s’accentuant et serait
■ 7. R. CHARLES, Le droit musulman, PUF, QSJ, 6e éd., 1982, 49 : « une caractéristique essentielle du
mariage musulman est qu’il n’entraîne aucun régime matrimonial entre époux ». Adde : A. COLOMER,
Vº Islam, in Le régime matrimonial légal dans les législations contemporaines, 1974, 527.
■ 8. K. J. GRAY, « Droit de la famille », in Droit anglais, Dalloz 1992, sous la dir. de J. A. JOLOWICZ,
no 392 : « Les époux sont, dans ce contexte, traités comme des étrangers, et leurs droits patrimoniaux sont
déterminés selon les règles froides et inflexibles du droit général de la propriété. En d’autres termes, le droit
anglais n’impose aux époux aucun “régime matrimonial” au sens continental du terme et ne prévoit certes
aucun système de communauté de biens ». Adde : D. POIRIER, Les régimes matrimoniaux (Common Law),
Bruylant, 2002.
■ 9. Pour l’étude des régimes matrimoniaux dans les différents pays du monde, qui dépasserait le cadre de
cet ouvrage, cf. Le régime matrimonial légal dans les législations contemporaines, Trav. de rech. de
l’Institut de droit comparé de Paris II, t. XXXIV, 2e éd., 1974, sous la dir. DE PATARIN et ZAJTAY ;
E. DE TOLEDO et J.-J. FIORA, Les régimes matrimoniaux en Europe, Defrénois 1992, art. 35246, et les
remarquables observations de CORNU, no 8. Adde : Les régimes matrimoniaux en droit comparé et en droit
international privé (dir. A. BONOMI et M. STEINER), Droz, 2006.
■ 10. Cf. C. SAUJOT, La pénétration des idées séparatistes dans les régimes communautaires, thèse, Paris,
1956.
■ 11. L. BOUSSOUGOU-BOU-MBINE, La pénétration des idées communautaires dans les régimes sépara-
tistes, LGDJ, 1999, Bibl. dr. privé, t. 324, préf. P. SIMLER.
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■ 12. Cf. J. MAURY, « Le principe participatif en régime séparatiste », Mélanges A. Colomer, Litec, 1993,
p. 243.
■ 13. Cf. les enquêtes sociologiques réalisées avant les réformes de 1965 et 1985 (infra no 12 et s.).
■ 14. Cf. M. LE LIVEC-TOURNEUX, « Surendettement des particuliers et régimes matrimoniaux »,
JCP N 1993.I.1 ; S. CABRILLAC, Les époux en redressement judiciaire civil et professionnel, mém. DEA
Droit privé, Montpellier, 1994/1995 ; G. HENAFF. « Les difficultés d’application de la procédure de
surendettement aux personnes mariées », Defrénois 1996, art. 36313 ; V. LAFOREST TACHINI, La procédure
de surendettement à l’épreuve des régimes matrimoniaux, Imp. La Mouette, 2002, préf. G. PAISANT ;
R. CABRILLAC, « Conditions d’ouverture d’une procédure de surendettement des particuliers et couples
mariés », Mélanges Jean Calais-Auloy, Dalloz, 2003, 217 ; S. ROBINNE, « Surendettement et mariage : une
relation maudite ? », RLDC 2012, no 97, 51 ; G. HENAFF, « Les familles, oubliées des procédures de
surendettement », Mélanges J. Hauser, LexisNexis/Dalloz, 2013, 179.
■ 15. Cf. toutefois Cass. 1re civ., 10 juin 2015, no 14-14599 (deux époux mariés sous le statut civil coutu-
mier de Nouvelle-Calédonie ne sont pas soumis à un régime matrimonial au motif qu’ils n’avaient pas de
véritable indépendance au regard de leurs clans respectifs. L’acquisition en commun de ces époux est sou-
mise à l’indivision).
■ 16. Cf. F. TERRÉ, « Les célibataires », Mélanges Flattet, Lausanne, 1985, 111.
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INTRODUCTION
■ 17. Seuls seront examinés ici les effets patrimoniaux du PACS, ses aspects extrapatrimoniaux étant
traditionnellement étudiés dans les ouvrages de droit de la famille.
■ 18. P. S IMLER et P. H , « Le nouveau visage du PACS : un quasi-mariage », JCP 2006.I.161 ;
ILT
F. SAUVAGE, « Le régime des biens des partenaires d’un pacte civil de solidarité au lendemain de la loi du
23 juin 2006 », RLDC, no 34, 37 ; S. GAUDEMET, « PACS et principe participatif », in Quelle association
patrimoniale pour le couple ? (dir. I. DAURIAC et alii), Dalloz, 2010, 95 et s.) ; J.-R. BINET, « Pacs et
mariage, vingt ans de vie commune », Dr. fam. 2019, ét. 15 ; C. GOLDIE-GÉNICON, « Le financement du
logement de la famille ou les prémisses d’un droit commun du couple », D. 2021.668.
■ 19. Cass. 2e civ., 23 janv. 2014, D. 2014.968, note L. ANDREU (refus d’étendre au partenaire la pension
de réversion attribuée au conjoint). Adde : H. FULCHIRON, « Le partenariat est-il soluble dans le mariage (et
réciproquement) ? », Mélanges J. Hauser, LexisNexis/Dalloz, 2012, 125.
■ 20. D. AUTEM, « Les contrats entre partenaires au service de leur régime matrimonial », Mélanges
F. Deukeuwer-Défossez, Montchrestien, 2012.1 et s.
■ 21. C. ALLEAUME, « Solidarité contre solidarité (étude comparative des avantages respectifs du mariage
et du PACS au regard du droit du crédit) », D. 2000.450 ; SOULEAU-TRAVIER, « Solidarité légale entre époux
et entre partenaires à un PACS », Defrénois 2002, art. 37533.
■ 22. Y. DELACRAZ, « Le nouveau régime des biens dans le PACS », AJ fam. 2007, 12.
■ 23. Cf. B. BEIGNIER, « Pacte civil de solidarité et indivision : visite aux enfers », Defrénois 2000, 620.
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DROIT DES RÉGIMES MATRIMONIAUX
Dans ce cas, les biens sont alors réputés indivis par moitié, sauf recours de l’un des
partenaires contre l’autre au titre d’une contribution inégale (C. civ., art. 515-5-1).
Il faut ajouter que même en présence d’une stipulation d’indivision certains biens
demeurent la propriété exclusive de chacun des partenaires : deniers perçus par cha-
cun des partenaires, biens créés et leurs accessoires, biens ou portions de biens
acquis au moyen de deniers appartenant à un partenaire antérieurement à l’enregis-
trement de la convention, biens ou portions de biens acquis par donation ou suc-
cession, portion de bien acquis à titre de licitation de tout ou partie d’un bien dont
l’un des partenaires était propriétaire au sein d’une indivision successorale ou par
suite d’une donation (C. civ., art. 515-5-2).
Enfin, le partenaire à un PACS bénéficie de nombreux avantages accordés par
des lois spéciales aux époux. On peut par exemple citer, sans exhaustivité, en cas
de décès d’un partenaire la jouissance gratuite pour le survivant du logement com-
mun pendant le délai d’un an et la possibilité de bénéficier de l’attribution préfé-
rentielle de ce logement (C. civ., art. 515-6), la continuation du bail en cas de décès
ou d’abandon du domicile du locataire, au profit du partenaire dans les lieux depuis
au moins un an (cf. art. 14 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi du
15 novembre 1999), le statut du conjoint du chef d’exploitation ou d’entreprise
agricole ou du conjoint de commerçant (C. rur., art. L. 321-3, C. com., art. L. 121-8,
cf. infra no 70). Une loi du 24 mars 2014 a étendu aux partenaires la cotitularité du
droit au bail d’habitation instaurée par l’article 1751 (cf. infra no 51 et s.)
7 Absence de régime matrimonial entre concubins24. – Le concubinage, défini
depuis la loi du 15 novembre 1999 comme « une union de fait, caractérisée par une
vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux person-
nes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple » (C. civ., art. 515-8)
n’est régi par aucune des règles organisant les relations entre époux : les concubins
n’ont pas à contribuer aux charges du ménage25, les dettes contractées par l’un n’en-
gagent pas l’autre solidairement26, le concubin d’un locataire ne bénéficie pas de la
cotitularité du droit au bail27. Ces solutions ont été logiquement maintenues par la
jurisprudence après l’instauration du PACS et la consécration du concubinage par
la loi du 15 novembre 199928.
■ 24. P. SIMLER, Le « régime matrimonial » des concubins, in Des concubinages, Études offertes à
J. Rubellin-Devichi, Litec, 2002, p. 75 ; Le concubinage entre droit et non droit (dir. S. Ben Hadj Yahia
et G. Kessler), LexisNexis, 2021.
■ 25. Cass. 1re civ., 9 janv. 1979, B., no 11, D. 1981.241, note A. BRETON ; Defrénois 1980, art. 32174,
1re esp., note A. PONSARD ; Cass. 1re civ., 19 mars 1991, B., no 92 ; Defrénois 1991.942, obs. J. MASSIP.
■ 26. Cass. civ., 11 janv. 1984, B., no 12 ; Gaz. Pal. 1985.1.133, note J. M. ; Defrénois 1984.933, obs.
G. CHAMPENOIS et 1033, obs. J. MASSIP ; RTD civ. 1985.172, obs. J. MESTRE ; Paris, 21 sept. 1989,
D. 1990.500, note G. PAISANT (refus de la solidarité au profit du concubin qui veut attraire à l’instance sa
concubine).
■ 27. TI Privas, RTD civ. 1994.81, obs. J. HAUSER ; TI Paris, 20 mars 1996, Dr. fam. 1996, no 1, obs.
H. LÉCUYER. Adde : M.-C. RONDEAU-RIVIER, « Le logement des concubins », no 5, in Les concubinages,
op. cit.
■ 28. Pour le refus d’appliquer l’article 214 C. civ. : Cass. 1re civ., 17 oct. 2000, JCP 2000, II, 10568, note
T. GARE ; D. 2001.497, note R. CABRILLAC ; Dr. fam. 2000, no 139, obs. B. BEIGNIER ; RTD civ. 2001.111,
obs. J. HAUSER ; Defrénois 2001.93, obs. J. MASSIP ; D. 2002, Somm. 611, obs. J.-J. LEMOULAND ;
Cass. 1re civ., 31 janv. 2006, Dr. fam. 2006.83, obs. V. LARRIBAU-TERNEYRE ; Cass. 1re civ., 28 nov. 2006,
Dr. fam. 2007, 32 ; Cass. 1re civ., 19 déc. 2018, D. 2019.910, obs. J.-J. Lemouland et D. Vigneau ; Ad. :
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INTRODUCTION
Les biens restent la propriété de l’un ou de l’autre des concubins, ceux acquis
ensemble étant soumis au droit commun de l’indivision, voire au jeu de la clause de
tontine29 : à la dissolution du concubinage, qui se produit par décès ou rupture
volontaire, il n’y a pas de masse commune à liquider.
Les concubins peuvent suppléer l’absence de régime matrimonial par les possi-
bilités que leur offre la liberté contractuelle. Des conventions de concubinage, pro-
posées par le notariat, peuvent organiser leurs relations patrimoniales30. Elles ne
semblent pas devoir heurter le principe d’indisponibilité des droits de la personne,
ni l’article 6 du Code civil. Les libéralités entre concubins, longtemps vues avec
défaveur par la jurisprudence et à la validité aujourd’hui pleinement reconnue31,
sont susceptibles de remplir le même objectif. Ces libéralités obéissent au droit
commun des libéralités entre étrangers, d’où certains inconvénients par rapport
aux libéralités entre époux (réduction en cas de dépassement de la quotité dispo-
nible ordinaire, taux fiscaux de droit commun).
Surtout de nombreux palliatifs tempèrent cette absence de régime matrimonial
entre concubins, développés par la loi ou par la jurisprudence.
8 Palliatifs légaux. – Le législateur est intervenu ponctuellement dans certaines
matières pour rapprocher la situation des concubins de celle des époux. La législa-
tion sociale accorde aux « compagnes », aux « personnes à charge », ou aux « per-
sonnes vivant maritalement » des droits équivalents à ceux des époux32.
En matière de loyers, depuis la loi du 1er septembre 1948 étendant le bénéfice
du droit au maintien dans les lieux après décès du locataire à toute personne à
charge sous réserve de six mois de vie commune, les différents textes qui se sont
succédé ont prévu la continuation du bail en cas de décès ou d’abandon du domi-
cile du locataire, au profit du concubin notoire dans les lieux depuis au moins un an
(cf. art. 14 de la loi du 6 juillet 1989, modifié par la loi du 15 novembre 1999).
9 Palliatifs jurisprudentiels. – Les principaux palliatifs à l’absence de régime
matrimonial entre concubins sont dus à la jurisprudence qui a élaboré un statut
patrimonial du concubinage en ayant recours à des mécanismes de droit commun,
A. MOLIÈRE, « Le droit peut-il être pervers : l’exemple de la contribution des concubins aux charges du
ménage », D. 2019.721.
Pour le refus d’appliquer la solidarité de l’article 220 C. civ. : Cass. 1re civ., 2 mai 2001, JCP 2002.II.10009,
note R. CABRILLAC ; D. 2002, Somm. 612, obs. J.-J. LEMOULAND ; RTD civ. 2001.565, obs. J. HAUSER. Adde
M.-C. RIVIER, « La solidarité entre concubins », Mélanges J. Rubellin-Devichi, op. cit., 97 ;
A. GOGOS-GINTRAND, « Du raisonnement par analogie à la théorie de l’apparence : les résistances à la
solidarité ménagères entre concubins », Dr. fam. 2012, ét. 10.
■ 29. Cf. Cass. 1re civ., 11 janv. 1983, D. 1983.502, note C. LARROUMET ; JCP 1984.II.20127, note
F. BOULANGER, qui a admis cette clause entre concubins. Adde : Cass. 1re civ., 26 mai 1986,
Defrénois 1987, art. 33888, note G. MORIN ; JCP N 1987.II.166, note RAFFRAY et SENECHAL.
■ 30. J. CHARLIN, « Le contrat de concubinage, formules », JCP N 1991.I.455 ; HERAIL, « Les contrats à
titre onéreux des concubins », JCP N 1988.I.165 ; M. STORCK, « Les contrats de concubinage », Journ. des
not. et des av. 1988, art. 59366, 642 ; F. CHENÉDÉ, « La convention de concubinage », AJ fam. 2020, 151.
■ 31. Cass. 1re civ., 3 févr. 1999, D. 1999.267, rapp. X. SAVATIER, note LANGLADE O’SUGHRUE ; JCP 1999.
II.10083, note M. BILLIAU et G. LOISEAU. Adde : Y. LEQUETTE, « Quelques remarques à propos des libéralités
entre concubins », Mélanges J. Ghestin, LGDJ, 2001.547.
■ 32. Cf. LUSSEAU, « Vie maritale et droit de la sécurité sociale », Dr. soc. 1980, 203 ; G. VACHET,
« Concubinage et vie maritale dans le droit de la Sécurité sociale », in Les concubinages, op. cit., 185 et s.
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DROIT DES RÉGIMES MATRIMONIAUX
■ 33. A. PROTHAIS, « Le droit commun palliant l’imprévoyance des concubins dans leurs relations pécu-
niaires entre eux », JCP 1990, I, 3440 ; C. BRIDGE, « L’engagement des concubins sur les conséquences de
leur rupture à l’épreuve du droit des obligations », RLDC 2007.59.
■ 34. Ch. mixte, 27 févr. 1970, D. 1970.201, note J. COMBALDIEU ; JCP 1970.II.16305, concl. R. LINDON,
note PARLANGE ; Grands arrêts, tome 2, no 189, la jurisprudence postérieure admettant l’indemnisation du
concubin en cas de concubinage adultérin (Crim., 19 juin 1975, D. 1975.679, note A. TUNC).
■ 35. Si le principe est l’absence d’indemnisation (Cass. 1re civ., 17 juin 1953, D. 1953.596 ; JCP 1953.
II.7976, note P. ESMEIN), celle-ci est possible en cas de faute lors de l’établissement de la liaison (exemple :
Cass. 1re civ., 7 oct. 1957, D. 1958.493 : homme de 40 ans qui a laissé espérer le mariage à une femme de
18 ans) ou de la rupture (exemple : Cass. 1re civ., 15 mai 1990, Defrénois 1990, art. 34826, no 82, obs.
J. MASSIP, abandon d’une concubine au début d’une grossesse souhaitée). Adde : MULLER,
« L’indemnisation du concubin abandonné sans ressources », D. 1986.328.
■ 36. Cass. 1re civ., 19 mars 2014, RJPF 2014-9/26, obs. V. EGÉA (la propriété d’un bien acquis en indi-
vision est indépendante des modalités d’acquisition de ce bien). Adde : A. DELMAU, « L’achat d’un bien
immobilier par des concubins », JCP N 2014, no 31-35, HS, p. 24.
■ 37. Cass. 1re civ., 25 juin 2014, RJPF 2014-11, 29, obs. V. EGÉA.
■ 38. Cf. A. PROTHAIS, « Dettes ménagères des concubins : solidaires, in solidum, indivisibles ou conjoin-
tes ? », D. 1987.237, et les décisions citées.
■ 39. Cass. 1re civ., 20 mars 1989, B., no 130 ; Bourges, 16 févr. 1987, JCP N 1988.II.262.31.
■ 40. Cass. 1re civ., 4 nov. 1983, B., no 256 ; Cass. 1re civ., 20 mars 1989, Defrénois 1989, art. 34574,
no 82, obs. J. MASSIP.
■ 41. Cf. S. BEN HADJ HALIMA, Rép. Civ. Dalloz, Vº Concubinage, no 306 et s.
■ 42. Cass. com., 23 juin 2004, Defrénois 2010. 1361, note J. MASSIP ; RTD civ. 2004.487, obs. J. HAUSER,
Dr. fam. 2004, no 168, obs. V. LARRIBAU-TERNEYRE ; Cass. com., 20 janv. 2010 ; RTD civ. 2010.306, obs.
J. HAUSER, D. 2010.718, obs. F. CHENÉDÉ ; Cass. com., 3 avr. 2012, Gaz. Pal. 2012. JO 182, 11, obs.
C. ALBIGES.
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