L’intégrité dans le travail de recherche
Introduction
La première mission de l’université est de promouvoir la recherche
scientifique, qui est possible conformément à la charte déontologique
universitaire. Cette dernière comme nous l’avons vu dans le chapitre
précédent prônent un enseignement de qualité et une liberté
académique qui implique un exercice de transparence et de d’intégrité
scientifique. La prise en compte de ces deux valeurs éthiques par le
chercheur, qu’il soit enseignant ou étudiant, se concrétise par :
-Le respect des choix des chercheurs quant aux thématiques traitées.
-Le respect de l’indépendance du chercheur qui peut choisir la méthode
du travail qu’il juge en adéquation avec la thématique choisie.
-La publication des résultats de recherche.
Mais avant de publier les résultats de ses recherches, le chercheur se
doit de respecter certaines règles de conduite, par exemple :
-Eviter de falsifier les données récoltées, et faire en sorte que celles-ci
aboutissent aux résultats que ce dernier désire trouver (traitement
subjectif de données).
-Eviter de s’approprier le travail d’un autre chercheur, qu’il soit
collaborateur ou concurrent.
-Omettre délibérément de citer les travaux des chercheurs qui ont
apporté leurs contributions au domaine traité.
-Eviter de sortir les citations de leurs contextes et de les utiliser de
manière erronée.
-Veiller à ce que les citations utilisées dans le corps de son texte soient
attachées aux sujets traités.
-Eviter de publier les mêmes résultats dans plusieurs revues.
Se conduire de la sorte signifie que le chercheur agit en responsable.
Cette responsabilité n’engage pas uniquement ce dernier mais toutes les
parties prenantes : enseignants, étudiants et administration. Cet
ensemble doit œuvrer pour instaurer le climat propice à la recherche.
Agir contre la fraude scientifique
L’intégrité censée être une vertu inhérente au scientifique, ne se reflète
pas toujours dans la conduite de certains chercheurs. Des cas de fraude
scientifique, ou d’inconduite scientifique, sont recensés par tout dans le
monde. Ce phénomène qui menace le domaine scientifique est à
combattre, mais comment ?
Avant d’énumérer les solutions possibles pour contrecarrer la
propagation de ce phénomène, il faut d’abord expliquer ce que désigne
l’expression fraude scientifique. Par cette expression le dictionnaire en
ligne Sans agent entend « Délit professionnel, inconduite professionnelle,
manquement professionnel, mauvaise conduite professionnelle ».
Selon, cette expression désigne Selon S. Gutwirth et J. Christiaens (2015)
« des entorses délibérées, à caractère malveillant ou mensonger et, à
« l’objectivé » et/ou à la « confiance collective » qui caractérisent la
pratique scientifique ».
Elle est communément utilisée afin d’identifier plusieurs situations
parmi lesquelles Wikipédia cite :
-La falsification des résultats. Le chercheur ment délibérément en
donnant des résultats qui n’ont pas de relation avec l’objet traité. Le
traitement de données est donc subjectif et fait fi de la réalité.
-La fabrication (ou l’omission et l’exclusion sélective) de données. Les
données que le chercheur présume avoir récolté sur terrain ne sont pas
réelles.
-Le plagiat. C’est le fait de manquer de transparence, d’accaparer le
travail et les efforts d’un autre chercheur en évitant délibérément de le
citer.
D’autres comportements peuvent être le signe de cette inconduite
professionnelle à savoir « le non-respect des règles éthiques, la non-
mention de conflit d’intérêts, la non-conservation des données primaires,
le fait d’augmenter en apparence sa production en soumettant dans
plusieurs revues ou conférences des articles très semblables quant aux
résultats, etc » (Wikipédia). Par ailleurs, il est précisé que certaines
situations ne correspondent pas à la fraude mais plutôt à la faute
scientifique, on distingue alors : la violation non-intentionnelle des
standards et protocoles expérimentaux.
Mais ce qu’il faut savoir, est que la notion de fraude, est « ancrée dans
la friction avec les contraintes de la pratique scientifique, de sa
‘’déontologie’’, et non dans la moralité ou l’éthique –c’est-à-dire
‘’l’intention’’- des chercheurs en question » (S. Gutwirth et J. Christiaens
2015). En d’autres termes, dans certain cas, la fraude scientifique n’est
pas forcément une action délibérée mais le résultant d’une maladresse
ou de la négligence du chercheur, elle reste quand même interdite par
les règles déontologiques et peut être par conséquent passible de
sévères sanctions (Pouvant aller jusqu’au retrait du titre ou du diplôme
obtenu).
Le chercheur, en rédigeant sont travail scientifique, est tenu de prendre
les mesures nécessaires afin d’éviter cette situation, une bonne
connaissance des différentes formes du plagiat est les premières étapes
à prendre en considération.
Types de plagiat
Le plagiat, témoin de l’inconduite professionnelle, peut se manifester
sous plusieurs formes, qui ne sont pas toujours faciles à repérer. De la
forme la plus flagrante à la forme la plus difficile à découvrir, le plagiat
Selon Karmashien et Ribin (cité dans Bachelor Print) peut vêtir les
formes suivantes :
-Le plagiat d’un texte (appelé par d’autres « plagiat direct »). Celui qui
s’adonne à cette pratique reprend à l’identique des passages issus
d’autres travaux sans citer leur source.
-Le plagiat d’une idée. Le plagiaire s’approprie l’idée d’un autre
chercheur, il va donc paraphraser son texte (reformuler).
-Le plagiat d’une citation. C’est le fait d’utiliser une citation de la
littérature secondaire sans indiquer son origine. Autrement dit, c’est
lorsqu’un auteur trouve une citation dans une production scientifique et
la reprend sans indiquer la source d’où il l’a réellement puisée. Il nie
donc les efforts de l’auteur secondaire.
-L’appropriation de métaphores, d’idiomes sans que leur source soit
indiquée.
-Traduire des ouvrages et productions étrangers sans mentionner leur
source.
A ces formes, il est possible, selon J. Debret (2020) d’ajouter :
-L’auto-plagiat : qui consiste à reprendre dans son travail des formules,
des passages ou des idées déjà évoqués dans ses travaux antérieurs.
-L’achat du travail d’autrui : qui consiste à ce que le chercheur paie une
personne pour qu’elle rédige la production scientifique (mémoire, thèse,
article, ou autres) à sa place.
Quelles sont les mesures à prendre afin d’éviter ces situations ? C’est ce
que nous allons voir dans la partie suivante.
Combattre la fraude scientifique, comment ?
Dans plusieurs pays, des institutions chargées de lutter contre la fraude
scientifique ont étaient érigées au cours des dernières décennies. Nous
citons l’exemple de L’office of Research Intergrity, une organisation
indépendante créée aux Etats-Unis, qui agit depuis 1989 et dont le but
est d’étudier et de sanctionner les affaires de manquement à la
déontologie.
Dans les pays Européens également plusieurs institutions ont vu le jour.
A titre d’exemple, le Denemark , le premier pays qui a entrepris une
démarche pareille et à avoir créer un comité de lutte contre la
malhonnêteté scientifique. Ces exemples ne peuvent que démontrer
l’ampleur du phénomène de la fraude scientifique.
Dans le milieu universitaire les institutions responsables œuvrent sans
relâche afin de renforcer l’intégrité de la recherche. Nous citons par
exemple la Direction Générale de la Recherche et de l’Innovation en
France qui émet les recommandations suivantes :
-Mettre à la disposition des chercheurs universitaires d’un guide de
bonnes pratiques. Par bonnes pratique l’auteur de ces
recommandations, J.P Alix entend « disponibilité et accès aux données,
procédures de recherche adéquates, procédures de recherche
responsables, comportements vis-à-vis des publications, évaluation et
politique éditoriale, évaluation des demandes de financement » (P6).
-Diffuser à l’ensemble des chercheurs une Charte de l’Intégrité de la
recherche, qui doit constituer un support pour l’action universitaire.
Cette dernière doit véhiculer les valeurs éthiques qui rappellent le
nature de la science et qui définit le rôle de l’institution universitaire
comme étant la garante de le bonne conduite des chercheurs.
Les institutions sont donc appelée à développer un environnement qui
promeut la culture de l’intégrité scientifique et ce dès l’entrée à
l’université.
Le développement d’une culture d’intégrité ne suffit pas à lui seul de
contrecarrer la fraude scientifique, une offensive contre le plagiat doit
être lancée. Des logiciels qui détectent le plagiat doivent être mis à la
disposition des chercheurs (étudiants) et des enseignants-chercheurs.
Pour traiter les cas de fraudes et en même temps dissuader les
fraudeurs potentiels, J.P Alix, l’auteur de ces recommandations émises
par la Direction Générale de le Recherche et de l’Innovation, propose
que les sanctions soient conformes à la loi. Une loi qui permet de
déposer des plaintes et de les traiter en respectant certaines normes, à
savoir « Qualité de l’enquête, Homogénéité, Justesse, Confidentialité du
traitement, Protection des personnes » (P 6). Le comité qui traite ces
plaintes se doit d’agir avec responsabilité. Les décisions prises doivent
prendre en considération la clause d’intégrité qui figure dans les accords
internationaux, sans oublier de prendre en compte la gradation des
sanctions.
Dans cette lutte contre la fraude scientifique, P.P Alix, insiste sur le fait
d’impliquer les éditeurs ; un travail qui doit se concrétiser par la
formation de groupements autour d’institutions ayant une notoriété
dans le domaine scientifique.
La consécration de cette entreprise, du renforcement de l’intégrité
scientifique, doit être la création d’institutions à l’échelle nationale,
ayant pour but de veiller à l’application des codes déontologiques et
bien sûr les recommandions émises. Elle se charge également de publier
un rapport annuel qui recense les cas avérés de fraude.
Plagiat avéré, quelles sanctions ?
L’université algérienne ne déroge pas à la règle. Comme nous l’avons vu
dans le chapitre précédent une Charte d’éthique et de déontologie
universitaire est adoptée et diffuée à l’ensemble des enseignants-
chercheurs, des étudiants et des administrateurs. Et conformément à la
règlementation en vigueur le fait d’enfreindre les règles de cette charte
expose la personne à des sanctions, prises par les membres d’un Comité
de déontologie. Mais quelles sont les décisions qui peuvent être prises à
l’encontre de l’étudiant ou de l’enseignant chercheur ?
Selon l’article 35 de l’arrêté du 28 juillet 2016 « tout acte de plagiat
ayant un rapport avec les travaux scientifiques et pédagogiques requis à
l’étudiant dans les mémoires de licence, de master, de magistère et
thèse de doctorat, avant ou après soutenance, expose son auteur à
l’annulation de la soutenance ou au retrait su titre acquis » (Cité dans,
M. Boukhza, p 27, 2017) . Cette sanction reste valable même si l’acte de
plagiat est révélé après plusieurs années de l’obtention du diplôme ou
de l’acquisition du titre.
En cas d’auto-plagiat dans un travail réalisé pour l’obtention d’un
diplôme, deux sanctions peuvent être prononcées : l’annulation du
travail si l’auto-plagiat est détecté avant la soutenance, ou le retrait du
diplôme si le l’auto-plagiat est découvert après la soutenance (Ibidem).
Les conséquences du plagiat sur la carrière de l’enseignant-chercheur ne
sont pas à prendre à la légère ; le plagiat peut être destructeur. Les
décrets émis par les instances compétentes précisent, en ce qui
concerne l’inconduite liée notamment au plagiat, que cet acte est classé
« comme faute professionnelle de quatrième degré, le fait pour les
chercheurs, d’être auteurs ou complices de tout acte établi de plagiat, de
falsification de résultats ou de fraude dans les travaux scientifiques
revendiqués dans la thèse de doctorat ou dans le cadre de toutes autres
publications scientifiques ou pédagogique » (Le décret exclusif n°08-130
du 3 mai relatif au statut particulier de l’enseignant chercheur, chapitre
8, article 24, cité dans M, Boukhza 2017).
Et à l’instar de l’étudiant, l’enseignant-chercheur encourt des sanctions
très sévères en cas de plagiat avéré, que celui-ci soit découvert avant ou
après la soutenance ou la publication des ses travaux ; il est susceptible
de voir sa production, son titre ou son diplôme retirés. Ce dernier peut,
en fonction de la gravité des faits, avoir son statut dégradé ou peut être
carrément radié de ses fonctions (Ibidem).
La propriété intellectuelle, qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit de la branche du droit qui s’attèle non seulement à encourager
l’esprit créatif et l’innovation mais qui assure le transfert des
connaissances et inventions. Ces deux objectifs ne sont atteints que si le
marché est régulé par des lois précises. Selon [Link] la propriété
intellectuelle fait référence au « droit qui protège les droit
immatériels » ; le mot « immatériel » couvrant plusieurs domaines : l’art,
la musique, les inventions, …etc, cela veut dire que les lois qui doivent
être mises en application dans les marchés, nationaux ou internationaux,
prennent en considération divers types de propriété intellectuelle. Ces
derniers concernent :
-Les marques.
-Les brevets.
-Le droit d’auteur.
-Les indications géographiques.
-Variétés végétales.
Afin de mettre ces notions en exergue nous allons nous servir des
définitions émises par l’INAPI (L’Institut National de la Propriété
Industrielle -Chili)
Les marques
La marque commerciale est une expression utilisée pour désigner le
signe adopté par une entreprise donnée afin que ses produits, ses
services ou ses établissements industriels ou commerciaux soient
distingués sur le marché. Le premier objectif étant de représenter des
traits distinctifs, la marque doit être en mesure de faciliter au
consommateur (de biens ou de services) la reconnaissance d’un produit
parmi les produits semblables offerts par d’autres entreprises ou
sociétés.
La marque offre, donc, une protection territoriale ; elle peut être
nationale ou internationale.
Les brevets
Un brevet est déposé afin d’assurer la protection d’une invention. Il
accorde au propriétaire de cette invention le droit exclusif
d’exploitation, et ce en interdisant à des tiers de l’exploiter sans
l’obtention d’une autorisation fournie par le propriétaire. Mais pour que
l’invention soit protégée, elle doit être brevetable, c'est-à-dire qu’elle
doit présenter quelques critères :
-La nouveauté
Cette nouveauté est distinguée par rapport à l’état de la technique. Par
état de la technique l’Institut National de Propriété Industrielle entend
« tout ce qui a été divulgué ou rendu accessible au public, dans le monde
entier, par le biais d’une publication tangible, de la vente ou la
commercialisation ».
-L’activité inventive
Elle concrétise les efforts réflexifs de l’inventeur, elle de découle donc
pas forcément de l’état de la technique.
-L’application dans le domaine industriel
Cela implique la reproduction de l’invention dans l’industrie, en d’autres
termes dans la manufacture, l’artisanat, l’industrie minière ou
l’agriculture.
Le droit d’auteur
Il est mis en place afin d’assurer la protection des œuvres artistiques (la
littérature, la sculpture, la musique, les logiciels, …etc). Protéger une
œuvre artistique implique indubitablement la prise en compte des
droits des artistes interprètes et exécutants, des organismes de
radiodiffusion et des producteurs phonographiques. Deux composantes
de ce droit sont à prendre en considération :
Les droits patrimoniaux, qui sont de nature économique. Ces derniers
offrent la possibilité au titulaire du brevet (ou les personnes possédant
ces droits : comme les héritiers) d’avoir une rémunération de la part des
parties qui désirent exploiter, reproduire, ou diffuser l’œuvre artistique.
Les droits moraux, il s’agit de la paternité, le respect de l’intégrité de
l’œuvre, le repentir ou le retrait, qui ne peuvent être octroyés à une
autre personne que le propriétaire de l’œuvre.
Les indications géographiques et appellations d’origine
Selon l’Institut National de la Propriété Industrielle « Une indication
géographique identifie un produit comme originaire d’une région
géographique, en lui attribuant des caractéristiques, des qualités ou une
réputation essentiellement liées à son origine géographique ».
Il est donc question dans ce contexte de protéger la réputation d’un
produit issue d’une région géographique déterminée, contre une
éventuelle utilisation déloyale du produit en question par des tiers, et en
même temps d’indiquer aux consommateurs qu’il s’agit bel et bien du
produit qu’ils désirent utiliser eu égard à son origine. Un label
d’indication est indispensable afin d’assurer cette tâche.
Par appellation d’origine on vise l’identification de l’origine
géographique d’un produit et l’attribution de caractéristiques propres à
ce produit ou une réputation attachées à son origine géographiques
tout en prenant en considération le facteur humain qui a participé à la
concrétisation de ce produit.
Variétés végétale
Il s’agit de protéger la variété végétale créée par une personne. Cette
dernière est en droit d’obtenir une protection qui lui confère la
possibilité de vendre et commercialiser les graines ou les plantes des
variétés créées de manière exclusive. Mais pour que cette protection
soit obtenu la variété végétale de remplir certains critères, à savoir : la
nouveauté, la différence, l’homogénéité et la stabilité.
Bibliographie
-J.P., Alix. (2010). Renforcer l’intégrité de la recherche en France :
Propositions de prévention et de traitement de la fraude scientifique.
Ministère de l’enseignement Supérieur et de la Recherche. En ligne sur :
[Link]/wp-content/uploads/2015/10/J-P-ALIX.-
[Link]
-S. Gutwirth et J. Christiaens (2015). Les sciences et leurs problèmes : la
fraude scientifique, un moyen de diversion ? Revue interdisciplinaire
d’études juridiques, v 74, 21-49.
[Link]
[Link]
-J. Lacker. (2020). Le droit à la propriété intellectuelle : Sept notion
essentielles. Village de la justice. En ligne sur :
[Link]
sept-notions-essentielles-par-julien-lacker,[Link]
-Bachelor Print. Qu’est-ce que le plagiat ? Définition, les conséquences,
la manière de l’éviter. En ligne sur :
[Link]
-Fraude scientifique. En ligne sur :
[Link]
-Le Parisien sans Agent. En ligne sur :
[Link]/Fraude%20scientifique
-Comment combattre la fraude scientifique ? En ligne sur :
[Link]
la-fraude-scientifique/