FICHES DE CITATIONS
HANNAH ARENDT
Conflit entre vérité et politique :
• « Le conflit platonicien qui oppose diseurs de vérité et citoyens ne peut pas s'expliquer par l'adage latin (= Que
vérité soit faite, le monde dût-il en périr), ni par aucune des théories postérieures qui, implicitement ou
explicitement, justifient le mensonge, entre autres fautes, si la survie de la cité est en jeu », La crise de la
culture, « Vérité et politique », p.292
• « Une vérité qui ne s'oppose à aucun intérêt ni plaisir humain reçoit bon accueil de tous les hommes », La crise
de la culture, « Vérité et politique », p.292
• « Je ne doute pas que, s'il eût été chose contraire au droit d'un homme à la domination, ou à l'intérêt des
hommes qui détiennent la domination que les trois angles d'un triangle soient égaux à deux angles d'un carré,
cette doctrine eût été, sinon contestée, du moins supprimée par la mise au bûcher de tous les livres de
géométrie, pour autant que celui qu'elle concernait en avait le moyen », La crise de la culture, « Vérité et
politique », p.293
La vérité de raison et la vérité rationnelle :
• « La vérité rationnelle illumine l'entendement humain [tandis que] les vérités de fait […] ne sont pas
transparentes », La crise de la culture, « Vérité et politique », p.308-309
• « L'évidence factuelle [repose sur des éléments] sujets à caution », La crise de la culture, « Vérité et
politique », p.310
• « Bien que les vérités politiquement les plus importantes soient des vérités de fait, le conflit entre la vérité et la
politique a été pour la première fois découvert et articulé relativement à la vérité rationnelle », La crise de la
culture, « Vérité et politique », p.295
• « Le contraire d'une affirmation rationnellement vraie est soit l'erreur et l'ignorance, comme dans les sciences,
soit l'illusion et l'opinion, comme en philosophie », La crise de la culture, « Vérité et politique », p.295
La vérité de fait :
• « Puisque tout ce qui s'est effectivement produit dans le domaine des affaires humaines aurait pu tout aussi
bien être autrement, les possibilités de mentir sont illimitées », La crise de la culture, « Vérité et politique »,
p.328
• « La fausseté délibérée, le mensonge vulgaire jouent leur rôle seulement dans le domaine des énoncés de fait et
il semble significatif et plutôt bizarre que […] personne apparemment n'ait jamais cru que le mensonge
organisé, tel que nous le connaissons aujourd'hui, pourrait être une arme appropriée contre la vérité », La crise
de la culture, « Vérité et politique », p.295
• « Les hommes d'action, pour autant qu'ils estiment être maîtres de leur avenir, sont toujours tentés de se rendre
également maîtres du passé », Du mensonge en politique, p.22-23
• « L'action est évidemment la substance même dont est faite la politique », Du mensonge en politique, p.14
• « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité », Du mensonge en
politique, p.16
La vérité d'opinion :
• « Le passage de la vérité rationnelle à l'opinion implique un passage de l'homme au singulier aux hommes au
pluriel », La crise de la culture, « Vérité et politique », p.328
Les vertus politiques du mensonge :
• « La persuasion et la violence peuvent détruire la vérité, mais ils ne peuvent pas la remplacer », La crise de la
culture, « Vérité et politique »
• « Eminents parmi les modes existentiels du dire-la-vérité sont la solitude du philosophe, l'isolement du savant
et de l'artiste, l'impartialité de l'historien et du juge et l'indépendance du découvreur de fait, du témoin et du
reporter », La crise de la culture, « Vérité et politique »
Les formes du mensonge en politique :
• « Le résultat à long terme le plus sûr du lavage de cerveau est […] un refus absolu de croire en la vérité
d'aucune chose, si bien établie que puisse être cette vérité », La crise de la culture, « Vérité et politique »
Se tromper soi-même :
• « Le dupeur qui se dupe lui-même perd tout contact, non seulement avec son public, mais avec le monde
réel », Du mensonge en politique
• « Seule la duperie de soi est susceptible de créer un semblant de crédibilité », La crise de la culture, « Vérité et
politique »
• « L'effort principal à la fois du groupe trompé et des trompeurs eux-mêmes visera à la conservation intacte de
l'image de propagande », La crise de la culture, « Vérité et politique »
• « Le résultat de [l'image mensongère] est que tout un groupe de gens, et même des nations entières, peuvent
s'orienter d'après un tissu de tromperie », La crise de la culture, « Vérité et politique »
La force de la vérité :
• « En temps normal, la réalité qui n'a pas d'équivalent vient confondre le menteur », Du mensonge en politique
• « Une presse libre et non corrompue [est essentielle et manifeste] le droit à une information véridique et non
manipulée, sans quoi la liberté d'opinion n'est plus qu'une cruelle mystification », Du mensonge en politique
Tension entre vérité et politique :
• « La vérité et la politique sont en assez mauvais termes », La crise de la culture, « Vérité et politique »
• « Les mensonges ont toujours été considérés comme des outils nécessaires et légitimes [en politique] », La
crise de la culture, « Vérité et politique »
LORENZACCIO
La mise en scène de la simulation et de la dissimulation :
• « CATHERINE - Son cœur n'est peut-être pas celui d'un Médicis ; mais, hélas ! C'est encore moins celui d'un
honnête homme », Lorenzaccio, p.62
• « MARIE - […] la souillure de son cœur lui est montée au visage », Lorenzaccio, p.63
• « PHILIPPE – Si je t'ai bien connu, si la hideuse comédie que tu joues m'a trouvé impassible et fidèle
spectateur, que l'homme sorte de l'histrion ! », Lorenzaccio, p.121
• « LORENZO - Suis-je un Satan ? », Lorenzaccio, p.131
• « LORENZO - Peut-être que j'ai tort de leur dire que c'est moi qui tuerai Alexandre, car tout le monde refuse
de me croire », Lorenzaccio, p.171
• « LE CARDINAL – Me faire croire est peut-être donc impossible ; je remplis mon devoir en vous
avertissant », Lorenzaccio, p.178
• « LA MARQUISE – Pour gouverner Florence en gouvernant le duc, vous vous feriez femme tout à l'heure si
vous pouviez », Lorenzaccio, p.163
• « LE CARDINAL – On peut respecter les choses saintes, et, dans un jour de folie, prendre le costume de
certains couvents, sans aucune intention hostile à la Sainte Église catholique », Lorenzaccio, p.43
• « LE CARDINAL – Je ne puis parler qu'en termes couverts, par la raison que je ne suis pas sûr de vous »,
Lorenzaccio, p.161
• « LE CARDINAL – […] je remuerai d'une main ferme la terre glissante sur laquelle il n'ose marcher »,
Lorenzaccio, p.78
Mise en scène du mensonge et de l'hypocrisie :
• « SALVATI – Parce que j'ai dit que leur sœur était amoureuse de toi, mon noble duc », Lorenzaccio, p.107
• « PIERRE – Le nom de famille est le même que le mien. Dites que Strozzi viendra, cela suffit », Lorenzaccio,
p.173
Dire le vraisemblable :
• « LORENZO – A propos, j'ai parlé de vous à ma chère tante. Tout est au mieux ; venez donc un peu ici que je
vous parle à l'oreille », Lorenzaccio, p.106
• « TEBALDEO FRECCIA – Trouver sur les lèvres d'un honnête homme ce qu'on a soi-même dans le cœur,
c'est le plus grand des bonheurs qu'on puisse désirer », Lorenzaccio
L'usage de l'ironie :
• « LE CARDINAL – Les chiens de cour peuvent être pris de la rage comme les autres chiens », Lorenzaccio
• « LE CARDINAL – Marquise, voilà des pleurs qui sont de trop. Ne dirait-on pas que mon frère part pour la
Palestine ? Il ne court pas grand danger dans ses terres, je crois », Lorenzaccio
• « LORENZO – Si vous saviez comme cela est aisé de mentir impudemment au nez d'un butor ! Cela prouve
bien que vous n'avez jamais essayé. », Lorenzaccio
• « LE DUC – Tout ce que je sais de ces damnés bannis, de tous ces républicains entêtés qui complotent autour
de moi, c'est par Lorenzo que je le sais. Il est glissant comme une anguille ; il se fourre partout et me dit tout »,
Lorenzaccio
Usage du comique :
• « LE PROVEDITEUR – Peste soit de l'ivrogne et de ses farces silencieuses ! Un gredin qui n'a pas souri trois
fois dans sa vie, et qui passe le temps à des espiègleries d'écolier en vacances ! », Lorenzaccio
• « LORENZO – Je l'ai remise où elle était. Attendez – non, je l'ai posée sur ce fauteuil – non, c'était sur le lit –
je n'en sais rien », Lorenzaccio
• « GIOMO – Quitter la compagnie pour aller cracher dans le puits, cela n'est pas naturel », Lorenzzacio
• « LORENZO – Je suis des vôtres, mon oncle. Ne voyez-vous pas à ma coiffure que je suis républicain dans
l'âme ? Regardez comme ma barbe est coupée. N'en doutez pas un seul instant ; l'amour de la patrie respire
dans mes vêtements les plus cachés », Lorenzaccio
Susciter le rêve et l'imagination :
• « TEBALDEO - Leur imagination était un arbre plein de sève. […] Hélas ! Les rêves des artistes médiocres
sont des plantes difficiles à nourrir, et qu'on arrose de larmes bien amères pour les faire bien peu prospérer »,
Lorenzaccio
Utiliser la rumeur et le complot :
• « LE CARDINAL – Et le duc en religieuse ? […] On m'avait dit qu'il avait pris ce costume ; il se peut qu'on
m'ait trompé », Lorenzaccio
La vérité dans Lorenzaccio :
• « LORENZO – Sans doute ; ce que vous dites là est parfaitement vrai et parfaitement faux, comme tout au
monde », Lorenzaccio
• « LORENZO - En sorte que vous l'avez frappé à l'épaule ? - Dites-moi donc un peu... », Lorenzaccio
• « PHILIPPE – Ô notre nouveau Brutus ! Je te crois et je t'embrasse. - La liberté est donc sauvée »,
Lorenzaccio
• « LE DUC – Oui, oui, je vous connais pour un brave. Vous êtes, pardieu, le seul prêtre honnête homme que
j'aie vu de ma vie. », Lorenzaccio
• « CATHERINE – Hélas ! Je ne puis te cacher la vérité. », Lorenzaccio
LES LIAISONS DANGEREUSES
Danger des liaisons :
• « J'aime mieux croire qu ces erreurs, pour être longues, ne sont pas éternelles, et je ne puis penser que celui qui
fait du bien soit l'ennemi de la vertu. M. Valmont n'est peut-être qu'un exemple de plus du danger des
liaisons ».
• « Quand il ne serait, comme vous le dites, qu'un exemple du danger des liaisons, en serait-il moins lui-même
une liaison dangereuse ? Vous le supposez susceptible d'un retour heureux ? ».
Discours trompeurs :
• « J'[...]écrirai une [lettre] à madame de Volanges, dont sûrement elle fera lecture publique et où vous verrez
cette histoire telle qu'il faut la raconter » (lettre LXXXV, de Merteuil à Valmont)
• « Eh ! Peut-être l'action dont vous me louez aujourd'hui perdrait-elle tout son prix à vos yeux, si vous en
connaissiez le véritable motif ! (Vous voyez, ma belle amie, combien j'étais près de la vérité) » (lettre XXII, de
Valmont à Merteuil)
• « Il y a déjà quelques jours que nous sommes d'accord, madame de Tourvel et moi, sur nos sentiments ; nous
ne nous disputons plus que sur les mots. C'était toujours, à la vérité, son amitié qui répondait à mon amour :
mais ce langage de convention ne changeait pas le fond des choses » (lettre XCIX, de Valmont à Merteuil)
Emporter l'adhésion :
• « Convaincu d'ailleurs par la sincérité de mes sentiments, que pour les justifier à vos yeux il me suffit de vous
les faire bien connaître, j'ai cru pouvoir me permettre ce léger détour » (lettre XXXVI, de Valmont à Mme de
Tourvel)
• « Par hasard, espérez-vous prouver prouver à cette femme qu'elle doit se rendre ? Il me semble que ce n'est pas
être là qu'une vérité de sentiment, et non de démonstration ; et que pour la faire recevoir, il s'agit d'attendrir et
non de raisonner » (lettre XXXII, de Merteuil à Valmont)
Échouer à faire croire :
• « Vous voulez donc, Madame, que je croie à la vertu de M. de Valmont ? J'avoue que je ne puis m'y résoudre,
et que j'aurais autant de peine à le juger honnête, d'après le seul fait que vous me racontez, qu'à croire vicieux
un homme bien reconnu, dont j'apprendrais une faute » (lettre XXXII, de Mme de Volanges à Mme de Tourvel)
• « Elle sait donc que j'ai son sort entre les mains ; et quand, par impossible, ces moyens puissants ne
l'arrêteraient point, n'est-il pas évident que sa conduite dévoilée et sa punition authentique ôteraient bientôt
toute créance à ses discours ? » (lettre LXXXI, de Merteuil à Valmont)
• « Pour que rien ne manquât à son humiliation, son malheur voulut que M. de Prévan, qui ne s'était montré nulle
part depuis son aventure, entrât dans le même moment dans le petit salon. Dès qu'on l'aperçut, tout le monde,
hommes et femmes, l'entoura et l'applaudit […] » (lettre CLXXIII, de Mme de Volanges à Mme de
Rosemonde)
Puissance du mystificateur :
• « […] vous m'avez vu, disposant des événements et des opinions, faire de ces hommes si redoutables le jouet
de mes caprices ou de les fantaisies ; ôter aux uns la volonté, aux autres la puissance de me nuire » (lettre
LXXXI, de Merteuil à Valmont)
• « […] n'avez-vous pas dû en conclure que, née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j'avais su me créer
des moyens inconnus jusqu'à moi ? » (lettre LXXXI, de Merteuil à Valmont)
Manipuler l'opinion :
• « […] je me montrai comme une femme sensible, mais difficile, à qui l'excès de sa délicatesses fournissait des
armes contre l'amour » (lettre LXXXI, de Merteuil à Valmont)
• « […] car il ne faut pas fâcher les vieilles femmes ; ce sont elles qui font la réputation des jeunes » (lettre LI,
de Merteuil à Valmont)
Usage du secret :
• « Descendue dans mon cœur, j'y ai étudié celui des autres. J'y ai vu qu'il n'est personne qui n'y conserve un
secret qu'il lui importe qui ne soit point dévoilé : vérité que l'antiquité paraît avoir mieux connue que nous, et
dont l'histoire de Samson pourrait n'être qu'un ingénieux emblème. » (lettre LXXXI, de Merteuil à Valmont)
• « Je sentis que le seul homme avec qui je pouvais parler sur cet objet, sans me compromettre, était mon
confesseur. Aussitôt je pris mon parti ; je surmontai ma petite honte ; et me vantant d'une faute que je n'avais
pas commise, je m'accusa d'avoir fait tout ce que font les femmes » (lettre LXXXI, de Valmont à Merteuil)
Jouer un rôle – être et paraître :
• « Cependant, au milieu des bénédictions bavardes de cette famille, je ne ressemblais pas mal au héros d'un
drame, dans la scène du dénouement » (lettre XXI, de Valmont à Merteuil)
• « Je cherchai même dans les moralistes les plus sévères ce qu'ils exigeaient de nous, et je m'assurai ainsi de ce
qu'on pouvait faire, de ce qu'on devait penser, et de ce qu'il fallait paraître. Une fois fixée sur ces trois objets, le
dernier seul présentait quelques difficultés dans son exécution ; j'espérai les vaincre, et j'en méditai les
moyens » (lettre LXXXI, de Merteuil à Valmont)
S'exercer à la feinte :
• « Ressentais-je quelque chagrin, je m'étudiais à prendre l'air de la sérénité, même celui de la joie; j'ai porté le
zèle jusqu'à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps l'expression du plaisir. Je me
suis travaillée avec le même soin et plus de peine, pour réprimer les symptômes d'une joie inattendue. » (lettre
LXXXI, de Merteuil à Valmont)
• « Je fais venir le collecteur; et, cédant à ma généreuse compassion, je paie noblement cinquante-six livres, pour
lesquelles on réduisait cinq personnes à la paille et au désespoir. » (lettre XXI, de Valmont à Merteuil)
• « Cette ruse qu'elle veut employer contre vous, il faut la combattre par une autre. Commencez donc, en lui
montrant moins de tristesse, à lui faire croire que vous songez moins à Danceny. » (lettre CV. de Merteuil à
Cécile de Volanges)
Le masque et le visage :
• « Je dis l'amour; car vous êtes amoureux. Vous parler autrement, ce serait vous trahir, ce serait vous cacher
votre mal. » (lettre X, de Merteuil à Valmont)
• « Si pour cette fois il est sincère, il peut bien dire qu'il a lui-même fait son malheur »(lettre CLIV, de Mme de
Volanges à Mme de Rosemonde)
Tromperie de soi :
• « Je ne sortis de ses bras que pour tomber à ses genoux, pour lui jurer un amour éternel; et, il faut tout avouer,
je pensais ce que je disais. » (lettre CXXV, de Valmont à Merteuil)
• « Or, est-il vrai, Vicomte, que vous vous faites illusion sur le sentiment qui vous attache à madame de
Tourvel ? C'est de l'amour, ou il n'en exista jamais : vous le niez bien de cent façons : mais vous le prouvez de
mille. » (lettre CXXXIV, de Merteuil à Valmont)
Mauvaise foi :
• « Je persiste, ma belle amie : non, je ne suis point amoureux; et ce n'est pas ma faute, si les circonstances me
forcent d'en jouer le rôle. » (lettre CXXXVIII, de Valmont à Merteuil)
• « Mais vous, vous qui n'êtes plus vous, vous vous conduisez comme si vous aviez peur de réussir. » (lettre X,
de Merteuil à Valmont)
• « Mais que diriez-vous de ce désespoir de M. de Valmont? D'abord faut-il y croire, ou veut-il seulement
tromper tout le monde, et jusqu'à la fin ? » (lettre CLIV, de Mme de Volanges à Mme de Rosemonde)