LA QUESTION
DE PALESTINE
Aperçu historique
Etude établie à l'intention et sous la direction du Comité
pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien
NATIONS UNIES
New York, 1981
TABLE DES MATIÈRES
Introduction ...4. 4. esos.e..s ensvernnesnns …
I. Le Palestine dans l'histoire ..,..,,,,.,,,,
IX. Les promesses divergentes concernant le
Palestine ...... eusssssssne nonmoomeseesusse 5
TITI. Le mandat de la Palestine .....,.....,...44,
IV. Le “foyer national" et le résistance
palestinienne ...,.,.,,.,..,.... sons os 12
V. Le partage de la Palestine et la fondation
d'Israël ,......... Sossssnnnnre nnssesersers 16
VI. La question de Palestine aux Nations Unies,
19h8-1967 ......,.....,.,..,.4. éossesesses PE
VII. La reconnaissance du droit des Palestiniens
à la libre détermination ,,.,.... dousueusss 29
INTROBUCTION
Le place particulière de la Palestine dans
l'histoire tient à son importance spirituelle pour les
trois grandes religions monothéistes, De ce fait, la
Palestine devrait être une terre de paix. Or, des
forces historiques, tantôt religieuses, tantôt
politiques, y ont occasionné conflits et conquêtes.
De nos jours, cette région continue à être
déchirée par les tensions et les luttes, ce qui
constitue une menace éventuelle à la paix du monde.
Les événements de notre siècie qui ont conduit à cette
dangereuse situation sont souvent obscurcis par la
controverse passionnée que suscite la “question de
Palestine". Cette brève étude retrace l'évolution
de cette question.
“ Cette étude, consacrée à une question d'une
grande complexité, est destinée à de jeunes lecteurs
et constitue une version abrégée d'ouvrages plus
complets publiés par Les Nations Unies sous les titres:
Origines et évolution du problème palestinien, première
et Feyxiène parties (1978) et La question de Palestine
(1979).
I. LA PALESTINE DANS L'HISTOTRE
de la “question de la Palestine" qui se
L'origine
remonte à une politique datant de la
pose aujourd'hui
sabilité
période où la Palestine relevait de la respon
le précur seur des
de la Société des Nations,
Nations Unies. Un rapport publié en 1930 par une
constituée avec l'approbation de la
commission#
des Nations fournit ce qui est sans doute
Société
le plus objectif de l'histoire des premiers
l'exposé
la Palestine. Le sommaire suivant est tiré
temps de
&e ce rapport.
Dans l'antiquité, la Palestine était habitée par
des peuplades sémites, la plus ancienne de celles-ci
Cananéens. Selon la tradition, Abraham,
étant les
commun des Juifs et des Arabes, avait laissé
l'ancêtre
pour s'établir dans le pays de Canaan
Ur, se patrie,
(Chanaan).
ine
Lorsque les tribus d'Israël vinrent en Palest
Egypte , elles furent réunie s en
après leur captivité en J.-C.
un e par le roi David, en L'an 1000 av.
seul royaum
son apogée sous le fils de David,
Ce royaume connut
lem sur le
Salomon, qui bâtit le premier temple de Jérusa
Après la mort de Salomo n, cepend ant,
mont Moriah. des
du peuple d'Isra ël - ou, plutôt , celle
l'histoire longue
d'Israël et de Juda - n'est qu'une
deux royaumes
civiles et de luttes contre des tribus
suite de guerres
étrangères.
J.-C., les Assyriens détruisirent le
Vers 720 av.
en capti-
royaume d'Israël et emmenèrent ses habitants
J.-C., Nabuc hodon osor, roi de
yité. Vers 600 av.
attaqua le royaume de Juda, détruisant
Babylone,
J.-C.
Jérusalem et le temple de Salomon en 5BT av.
en captivité.
La plupart des habitants furent emmenés
Perse, Cyrus,
Cinquante ans après, quand le roi de
regagner la
s'empara de Babylone, les Juifs purent
Vers 9515 av. J.-C., ils recon struisirent
Palestine.
Le temple de Salomo n.
sentants
x Cette commission était composée de repré
Pays-Bas, de la Suède et de la Suiss e.
des
En 332 av. J.-C., les Juifs tombèrent sous la domi—
nation des Macédoniens, qui les traitèrent durement.
Vers 170 av. J.-C., une révolte juive fut étouffée et
le deuxième Lemnie détruit. Une période d'indé-
pendance relative fit suite à la domination
mecédonienne et dura jusqu" à le conquête romaine par
Pompée, qui entra dans Jérusalem en 63 av. J.-C. En
l'en 70 de notre ère, Titus détruisit'la ville.
Il ne subsiste du deuxième temple que le mur
occidental qui devint le célèbre Mur des iamentations.
Au début du Ile siècle de notre ère, l'empereur
Hadrien interdit aux Juifs l'accès de Jérusalem. C'est
de cette période que date la diaspora des Juifs.
Depuis lors, et jusqu'à la fondation de l'Etat
d'Israël, en 19h48, la Palestine ne connut aucun
gouvernement juif. Bien que des Juifs aient toujours
vécu en Palestine, leur nombre a fluctué selon le degré
Ge tolérance des maîtres successifs du pays.
Après le partage de l'Empire romain en l'an 400
de notre ère, la Palestine passa sous la domination de
Byzance jusqu'à la conquête arabe de l'an 637. Sur le
site alors désert du temple de Salomon, on érigea la
mosquée Al Aqgsa et le Dôme du Rocher, ét cet ensemble
fut appelé Harem-e1 Sharif, Ne le cédant en sainteté
qu'à La Mecque et à Médine, il devint un lieu
particulièrement vénéré des Musulmans.
L'intermède des Croisades dura de 1099 à 1190,
Époque à laquelle le souverain arabe Saladin invite
les Juifs à rentrer en Palestine,
En 1517, les Tures conquirent 1e pays et le
gouvernèrent jusqu'à la fin de la première guerre
mondiale. Durant toute cette période, le Mur des
lamentations resta un lieu de dévotion pour les Juifs,
À la fin de 1917, les forces britanniques
occupèrent la Palestine,
Las
Ainsi, mis à part l'interrègne des Croisés, la
Palestine avait été gouvernée par des Arabes, puis
des Turcs pendant plus de 13 siècles, après l'ère
byzantine. Sa population était arabe, sémite-musulmane
et chrétienne. Un petit nombre de juifs sémitiques
j'habitait aussi. Les arabes et les Turcs ottomans
accordè rent aux Juifs le droit de continuer à pratiquer
culte et à maintenir des liens spirituels actifs
leur
avec la Palestine. Durant le XIXe siècle, les
Ottomans autorisèrent l'établissement de petites
coïonies d'immigrants juifs en provenance de pays
européens où la discrimination agntijuive prenait de
l'ampleur. Au moment de l'occupation britannique de
1917, les Juifs formaient moins du dixième de La
population de la Palestine. Les neuf dixièmes en
étaient des Arabes tant musulmans (80 p. 100) que
chrétiens (10 p. 100). Les traditions, les coutumes
et la langue des Arabes palestiniens constituaient
la culture prédominante du pays.
IT. LES PROMESSES DIVERGENTES CONCERNANT
LA PALESTINE
Durent la première guerre mondiale, la
Grande-Bretagne et ses alliés cherchaient des appuis
contre l' Allemegne et son allié, l'Empire ottoman.
Comme, à l'époque, certains chefs erabes aspiraient à
se libérer de la domination turque, une collaboration
anglo-arabe s'ensuivit naturellement. En conséquence,
des accords furent conclus en 1915 entre le chérif
de La Mecque, porte-parole des Arabes, et
sir Henry McMahon, haut commissaire britannique
en Egypte, au nom de la Grande-Bretagne. Le chérif
exigeait la reconnaissence de l'indépendance de tous
les territoires ottomans arabes, y compris la Palestine,
McMehon, par contre, essaya d'exclure la Palestine en
vertu d'une référence ambiguë à l'étendue des régions
concernées. Le chérif rejeta la tentative de McMahon.
La controverse devait 5e poursuivre jusqu en 1959, le
Gouvernement britannique aëdmit alors qu'en 1917,
“il n'était pas libre de disposer de la Palestine"
En fait, les accords Sykes-Picot, accords secrets
anglio-français de 1916, concernant la reconnaissance
de l'indépendance arabe, avaient exclu l'indépendance
de la Palestine et préconisaient à sa place une
“administration internationale"
L'avenir de la Palestine avait été aussi l'objet
d'assurances séparées données par le Gouvernement
britannique à l'Organisation sioniste mondiale,
En 1897, celle-ci avait proclamé son but de "créer pour
le peuple juif un foyer en Palestine qui soit reconnu
par le droit public", Sous la direction de
Theodor KHerzl, l'Organisation avait envisagé d'installer
le foyer national juif en Afrique orientale ou en
Argentine, mais elle opte en définitive pour la
Palestine, en vertu de l'encienneté des liens unissant
les juifs à la Terre sainte.
Les dirigeants sionistes s'efforcèrent d'obtenir
l'appui du Gouvernement britannique, faisant valoir
l'avantage stratégique d'acquérir un nouvel allié qui
aiderait à assurer le garde du canal de Suez. Cherchant
encore un soutien à leur effort de guerre, les
- 5 -
Britanniques réagirent favorablement, À la suite de
quoi, Le Secrétaire d'Etat britannique aux affaires
étrangères, lord Balfour, adressa, le 2 novembre 1917,
une lettre à l'Organisation sioniste mondiale. Cette
lettre, connue par La suite sous le nom de Déclaration
Balfour, stipulait ceci :
“Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favora-
blement L'établissement en Palestine d'un foyer
national juif et fera tous ses efforts pour
faciliter la réalisation de cet objectif, étant
bien entendu que rien ne sera fait qui puisse
porter préjudice aux droits civils et religieux
des collectivités non juives existent en
Palestine, non plus qu'aux droits et au statut
poiitiques dont jouissent les Juifs dans tout
autre pays."
Certaines communautés juives, pressentant
un conflit de loyauté avec les pays dont elles étaient
les ressortissantes, s'opposèrent aux plans sionistes.
Ils furent sévèrement critiqués par sir Edward Montagu,
le seul membre juif du Cabinet britannique.
Cheim Weizmann devait lui-même écrire, à peine
dix ans plus tard :
“La Déclaration Balfour de 1917 ne reposait sur
rien ... Chaque jour et chaque heure de ces dix
dernières années, je me suis demandé en ouvrant
le journal : d'où viendra Le prochain coup? Je
tremblais à la pensée que le Gouvernement
britannique ne me convoque pour me demander :
‘Dites donc, quelle est cette organisation
sioniste?‘ .., Le Royaume-Uni savait que la
plupart des Juifs nous étaient hostiles; nous
étions seuls sur une petite Île, quelques Juifs
avec un passé étranger."
Pour parer aux protestations arabes contre cette
nouvelle politique, une déclaration anglo-française
réitéra les promesses d'une indépendance complète pour
les Arabes : La Déclaration du Ÿ novembre 1918 assurait
ceux-ci "de l'émancipation complète et définitive des
peuples (arabes) ... et de 1'établissement d'adminis-
trations et de gouvernements nationaux dérivant leur
autorité de l'initiative et du libre choix des popu-
lations indigènes".
Malgré les assurances contenues dans la décla-
ration du 7 novembre, le suite des événements en
Palestine devait montrer que les voeux de la vaste
majorité du peuple autochtone de la Palestine ne
comptaient guère. Sa terre avait été promise à un
autre peuple par un gouvernement étranger qui, à
l'époque, n'avait aucun droit de souveraineté sur le
Palestine. En citant ces facteurs, plusieurs autorités
ont affirmé que ia Déclaration Balfour était une
déclaration d'intention d'un gouvernement donné et
n'avait pas force obligatoire.
III. LE MANDAT DE LA PALESTINE
Intégrée au mandat de la Palestine, la Déclaration
Balfour avait acquis une dimension internationale. Le
concept même du mandat était un compromis entre le
système coloniel, alors dominant, et le principe de la
libre détermination des peuples sous domination
étrangère - principe dont le président Woodrow Wilson
s'était fait le champion. A La suite de la victoire
de le Grande-Bretagne et de ses elliés dans la première
guerre mondiale, le système des mandats de la Société
des Nations devait placer bon nombre des peuples
anciennement sujets des empires ottoman, allemand et
austro-hongrois sous la tutelle de certaines des
puissances victorieuses. Le but déclaré de ces mandats
était, en dernier ressort, de mener ces peuples à
l'indépendance.
I1 y avait trois catégories de mandats qui étaient
fonction du degré apparent de développement politique
que le jugement des puissances victorieuses attribuait
aux populations. Tous les anciens territoires arabes
cttomans, y compris la Palestine, devinrent des mandats
d'assistance ou mandats "A". Ces mandats s'appliquaient
aux territoires plus développés et le Pacte de la
Société des Nations les définissait comme s'appliquant
à des communautés “dont l'existence en tant que nations
indépendantes pouvait être provisoirement reconnue"
pendant qu'elles recevaient "aide et assistance adminis-
tratives" dans leur marche vers l'indépendance. Le
Syrie et lie Liban furent placés sous mandat français,
la Palestine et la Transjordanie sous mandat britannique.
En vertu des cleuses du Pacte concernant l'indépendance
des mandats, les deux mandats français devinrent indé-
pendants avant le fin de la deuxième guerre mondiale
je Liban en novembre 1943 et la Syrie en janvier 19hh.
Le Jordanie accéda à l'indépendence en 1946. La
Palestine, elle, devint un théâtre de conflit.
Le Pacte de Le Société des Nations demandait que
les souhaits des communautés intéressées soient une
considération principale dans le choix du mandataire.
Dans le cas de la Palestine, ceci, toutefois, fut
ignoré.
Sur les instances du président Wilson, durant la
Conférence de paix de Paris en 1919, on nomma une
commission chargée de déterminer les souhaits des popu-
lations indigènes. Elle recommanda un mandat américain
sur la Syrie, Palestine incluse, Dans son relevé des
souhaits de la population autochtone de la Palestine en
ce qui concernait l' immigration juive dans ce pays, la
commission préconise ‘une modification profonde du
programme sioniste extrémiste pour la Palestine d'une
immigration illimitée des Juifs". La Commission
déclara que ce programme, visant “en définitive à faire
clairement de la Palestine un Etat juif, (serait) une
grave injustice". Quant à la prétention des sionistes
qu'ils “détiennent un ‘droit' sur la Palestine en vertu
d'une occupation de 2000 ans", la commission remarque
qu'elle "ne pouvait guère être prise au sérieux"
Le Secrétaire britannique aux affaires Étranpères,
lord Curzon, avertit que le terme “foyer national"
signifisit en réalité "un Etat juif" dans lequel les
rabes seraient des citoyens de deuxième ë
“Je pense que le concept même est erroné!
déclara-t-i]l, Balfour lui-même a reconnu ee qui
était en train de se faire et nota ‘qu'à l'égard de
la Palestine, les puissances (alliées) n'ont rien
présenté comme fait avéré qui ne se soit révélé faux
et n'ont fait aucune déclaration de principe qu'elles
n'aient eu l'intention de violer"
Les plans concernant la Palestine n'en progres-
sèrent pas moins. En avril 1920, lors de la Conférence
de San Remo, la France, en échange de sa liberté
d'action en Syrie et au Liban, accepta que la Palestine
passe sous tutelle britannique au lieu d'être placée
sous le régime international originellement prévu.
De surcroît, une version plus catégorique et plus
explicite de la Déclaration Balfour devint partie
intégrante du mandat. Dans cette nouvelle version,
le mandet reconnaissait l'Organisation sioniste comme
l'Agence juive" chargée d'aider à l'établissement du
foyer national juif en organisant l'immigration
massive de Juifs venus de l'extérieur et leur
installation sur les terres que l'Agence acquérait
en Palestine,
Fait remarquable, le terme "arabe" ne figure pas
une seule fois dans le texte du mandat. Les Arabes de
Palestine constituaient à l'époque les neuf dixièmes de
la population, mais ils ne figuraient dans ce document
qu'en tant que "communautés non juives de Palestine"
Relevant cette ironie, un écrivain a comparé ce choix de
termes à la description d'une multitude par l'expression
“pas que quelques-uns", soulignant à cette occasion le
fait évident que, par multitude, il faliait entendre la
majorité arabe en Palestine. La seule protection offerte
aux droits de la majorité arabe palestinienne résidait
dans une phrase déclarant que "rien ne devait être fait
qui puisse porter préjudice (à leurs) droits civils et
religieux", Par contre, toute référence à leurs droits
nationaux ou politiques était ostensiblement absente.
Le mandat fut signé Le 2h juillet 1922 et entra
officiellement en vigueur en septembre. Bien que Ja
Transjordanie eût été incluse à l'origine dans le mandat
de la Palestine, la Société des Nations, le
16 septembre 1922, approuva pour elle une administration
séparée. En conséquence, le mandat ne s ‘appliqua qu'à
la Palestine proprement dite bien que la zone reven-
diquée au départ pour Le foyer national juif comprenait
des portions de terres avoisinantes (figure 1).
Un des objectifs du mandat avait été défini comme
étant ‘la création d'institutions autonomes". Cependant,
wie déclaration politique du Gouvernement britannique,
le ler juillet 1922, devait subordonner ce principe à
une considération secondaire. Connue sous le nom de
"Mémorandum Churchill", cette déclaration précisait
clairement que “le création d'institutions autonomes
en Palestine devait être subordonnée à l'engagement
et à l'obligation primordiaux de créer un foyer national
juif en Palestine".
Les Éléments contradictoires du mandat conduisirent
à ce que l'on appela la “double obligation" de la
Grande-Bretagne vis-à-vis de l'Organisation sioniste et
des Arabes de Palestine. La contradiction inhérente à
cette “double obligation" ne tarda pas à engendrer un
conflit entre le peuple autochtone de ia Palestine et
les immigrants juifs qui cherchaient à s'y réfugier
pour échapper à la discrimination en Europe.
— 30 -
Figure 1
LEBANON
Bray area mdicates
the Palestine" chimed
by Wosté Zionist
Drganiration
+919
MIDITÉRRANEAN SEA
SAUD+H ARABIA
TERRITOIRES CONSYIPUANT LA PALESTINE SELON
LES REVENDICATIONS DE
L'ORGANISATION SIONISTE, 1919
(Source: Puedy in Abu Eughoï : The Transformation of Palestine}
+ il-
IV. LE "FOYER NATIONAL" ET LA RESISTANCE
PALESTINIÈNNE
fut
L'édification du "foyer national juif"
peu après la fin de la premi ère guerre
entreprise
r du mandat
mondiale -— bien avant l'entrée en vigueu
L'Org anisa tion sionis te encou ragea une
de 1922.
modifi s profo ndéme nt la
immigration juive massive qui
démog raphi que de la Pales tine. De 56 000 en
structure
à 88 000
1918, le population juive en Palestine passa
n en 1922, année où La popul ation totale était
enviro
000 habit ants. En 1939,
officiellement chiffrée à 750
juive avait atteint 45 000 sur une
la population
population totale d'environ 1,5 million. Cet
accroissement spectaculaire était aû principalement
nombre de Juifs fuyant la terreur nazie.
au grand
En pourcentage, la population juive a passé
en 1929 et à
d'environ 10 p. 100 en 1919 à 17 p. 100
près de 30 p. 100 en 1939 (figure 2).
Figure 2
Population de la Palestine
Arabe Ste Arabes 7
‘abe
1919 1929 1939
90 p. 100 Arabes 83 p. 100 Arabes 10 p. 100
Arabes
10 p. 100 Juifs 17 p. 100 Juifs 30 p. 100
Juifs
L'Organisation sioniste procéde aussi à des acqui-
sitions de terres pour y installer des immigrants juifs.
En 1929, les possessions juives en Palestine repré-
sentaient environ 2,5 p. 100 de La superficie totale
terres. En 1939, elles excédaient 5,1 p. 100.
des
Pour les Arabes de Palestine, les activités de
sioniste favorisant l'accroissement de
l'Organisetion
- 12 -
l'immigration juive et les acquisitions de terres en
Palestine constituaient une colonisation àu Peys êe
leurs ancêtres par des étrangers. Dépourvus d'organi-
sation politique, les Palestiniens manifestèrent leur
colère par la violence. Des émeutes antisionistes
éclatèrent en 1920, 1921, 1929 et 1939. Elles
cuiminèrent finalement en une rébellion générale de
1936 à 1939. Pour en venir à bout, le Gouvernement
britannique dut avoir recours à des mesures
draconiennes et à d'importantes forces militaires.
En 1937, une commission royale britannique
conduite par lord Peel avait été envoyée sur place
pour rendre compte des troubles en Palestine, Elle
déclara que les causes profondes des révoltes
antérieures et de la rébellion en cours étaient d'une
part l'aspiration des Arabes de Palestine à l'indé-
pendance nationale et, de l'autre, “leur haine et
leur crainte à l'idée d'un foyer nationnl juif" qui
serait créé dans leur pays. De plus, la commission
fit observer que "la transformetion par la force de
la Palestine en un Etat juif contre la volonté des
Arabes irait manifestement à l'encontre de l'esprit et
des buts du régime du mandat, Cela signifierait que le
principe de la libre détermination nationale n'avait
pas êté appliqué lorsque les Arabes étaient en majorité
en Palestine et qu'il l'était uniquement une fois les
Juifs en majorité"
En outre, la commission fit observer que le
conflit n'était pas “fondamentalement un conflit racial
nË d'un vieil antagonisme instinctif entre Arabes et
Juifs. I1 n'y avait que peu ou pas de friction jusqu'à
l'apparition du conflit de Palestine", La commission
note que le judaïsme et ses rites avaient des racines
historiques en Palestine et qu'il y avait toujours eu
un certain nombre des Juifs qui y vivaient. Le conflit
tirait plutôt son origine du rejet par les Arabes de
Palestine de la Déclaration Balfour et de leur Oppo—
sition aux objectifs sionistes en Palestine. Tis
n ‘acceptaient pas le création d'un foyer national juif
et "ils refusaient leur coopération à tout gouvernement
d'une structure autre que celle d'un gouvernement
national responsable devant le peupie palestinien", Et
cependant le communauté juive, en créant son foyer
national, avait constitué un “Etat dans l'État" en
Palestine.
Le commission Peel conciut que la situation en
Palestine était tombée dans une impasse où Les "doubles
obligations" étaient devenues inconciliables. Le
Gouvernement britannique ne pouvait à la fois
reconnaître l'aspiration des Arabes de Palestine à
l'indépendance nationale et assurer la constitution
du foyer national juif en Palestine. C'est pourquoi
la commission recommanda le partage de la Palestine
en deux Etats indépendants. L'un serait un Etat arabe
de Palestine et l'autre un Etat juif, Jérusalem devant
former une enclave sous mandat de la Société des
Nations.
De part et d'autre, on refusa d'accepter cette
formule. Les sionistes elléguèrent qu'elle violait
Le Déclaration Balfour et le mandat. Les Palestiniens
refusèrent d'accepter le partage de leur pays et la
création d'un Etat juif sur leur sol. Des négociations
subséquentes, à Londres, échouèrent. C'est alors qu'en
mai 1939, le Gouvernement britannique annonçe qu'au lieu
d'être partagée, la Palestine deviendrait en 1949 un
Etat indépendant et unifié dans lequel l'administration
et le gouvernement seraient partagés entre les Juifs et
les Arabes. L'Organisation sioniste rejeta cette
conception. Pour la remplacer, elle se réunit à
New York en 1942 et adopta le “Programme du Biltmore"
qui exigeait le constitution d'un Etat juif en
Palestine.
A la fin de le deuxième guerre mondiale, les Etats
arabes et Les Etats-Unis d'Amérique se trouvèrent mêlés
eux aussi à la question de Palestine.
En 19k6, une commission englo-américaine d'enquête
avait présenté une nouvelle série de recommandations;
le Gouvernement britannique les jugea inapplicabies.
Des formules divergentes furent proposées durant des
négociations stériles. Finalement, aprèe avoir exercé
son autorité pendant trois décennies, le Gouvernement
britannique décide, en février 19h7, de transférer le
problème palestinien aux Nations Unies. T1 déclara
que, "se trouvant en présence d'un conflit entre des
principes inconciliables, il était arrivé à la conclusion
que la seule voie qui restait désormais ouverte était
de soumettre le problème au jugement des
Nations Unies".
… ]h —
Après avoir passé trente ans à mettre en oeuvre la
Déclaration Balfour dans une Palestine radicalement
transformée, le mandat britannique touchait à son terme.
La population juive était passée de 56 000 en 1918 à
608 000 en 1946, La population totale avait atteint
1 850 000 (figure 3). Une partie importante de
l'immigration avait résulté de la persécution par les
Nazis des Juifs d'Europe. Les Arabes de Palestine
avaient compati avec les Juifs européens dans l'épreuve
qu'ils subissaient. Leur soudaine immigration,
cependant, causa à le population arabe de Palestine
d'injustes rigueurs. Êt, comme les Arabes n'étaient
pas responsables des atrocités commises en Europe, il
était naturel qu'iis objectent à être, à leur tour,
contraints à souffrir. Comme le notait le rapport de
la commission royale
“Un porte-parole arabe qualifié nous & dit que
tout au long de leur histoire, les Arabes ont non
seulement ignoré l'antisémitisme, mais encore fait
la preuve que l'esprit de compromis est profon-
dément enraciné dans leur mentalité. Tout homme
honorable, a-t-il ajouté, souhaiterait faire ce
qu'il est humainement possible de faire pour
soulager la détresse de ces personnes, mais à
condition de ne pas infliger une détresse égale
È un autre peuple."
- 15 —
V. LE PARTAGE DE LA PALESTINE ET LA
FONDATION D'ISRAEL
En 1947, la Palestine était un pays ravagé par la
violence.
Les Arabes de Palestine avaient réagi avec
violence aux politiques du mandat qui rendaient
possibles une immigration et des transferts de terres
massifs. Initialement, les immigrants juifs avaient
souvent pratiqué ia Havlage, c'est-à-dire la retenue.
En 1947, cependant, des organisations paramilitaires
sionistes, telles que la Haganah et l'Irgun, entrèrent
en action. Le groupe Stern se joignit à eux plus tard.
Ces groupements se tournèrent vers le terrorisme
en Palestine. En 1940, selon un rapport officiel, le
S/$ Patria, navire de réfugiés transportant des
immigrants juifs illégaux fut "sabordé sur ses
amarres à la suite d'un sabotage opéré par des
sympathisants juifs à terre; 252 personnes périrent".
En 19h2, le Ministre d'Etat britannique était assassiné
au Caire par le groupe Stern. En 19h44, déclare un
rapport officiel britannique, “la campagne menée par
les organisations terroristes atteignit un nouveau
paroxysme lorsqu'une explosion détruisit une aile de
l'hôtel King David à Jérusalem", tuant 86 fonction-
naires arabes, juifs et britanniques ainsi que
cinq habitants. La Palestine était devenue un
camp armé”.
L'Organisation des Nations Unies, successeur
de facto de La défunte Société des Nations, n'avait
que deux ans d'existence lorsqu'elle fut chargée de
résoudre la question de Le Palestine. En mai 1947,
l'Assemblée générale crée ia Commission spéciale des
Nations Unies pour la Palestine (UNSCOP}) et l'autorisa
à lier la question des Juifs européens à celle de
Palestine. La décision fut prise en dépit des
protestations de représentants palestiniens et d'autres
représentants arabes qui firent valoir que d'autres
pays devaient eux aussi donner refuge au grand nombre
de Juifs européens déplacés par la guerre. L'UNSCOP
effectua des visites en Allemagne et en Autriche en plus
de celles qu'elle avait faites en Palestine et dans
d'autres pays arabes,
- 16—
Un des buts fondementaux des Nations Unies est le
respect du principe de la libre détermination des
peuples. Ce principe avait obtenu une reconnaissance
internationale à la fin de la première guerre mondiale
et fut appliqué à d'autres territoires arabes placés
En fait, cependant, ce principe ne fut
sous mandat.
pas appliqué au mandat britannique sur la Palestine.
Dans son rapport, 1'UNSCOP consacre à cela le
commentaire suivant :
“A l'époque de la création des mandats, ‘'a!,
le principe de j'autodétermination ne fut pas
appliqué à la Palestine Car on avait sans doute
l'intention de permettre la création d'un foyer
national juif dans ce pays. En fait, il est
permis de dire que le foyer nationa l juif et
le mandat conçu spécialement pour is Palestine
vont à l'encontre de ce principe."
L'UNSCOP recommanda l'accession sans délai de la
Palestine à l'indépendance. Ses membres, toutefois,
étaient divisés au sujet de la forme d'une telle
indépendance. La minorité était en faveur d'un État
fédérel unifié où les deux communautés jouiraient
d'un considérable degré d'autonomie. La majorité
proposait un partage en deux Etats - l'un juif,
l'autre arabe — Jérusalem constituant une zone
Unies
internationale sous administration des Nations
n
{voir figures 3 et k en ce qui concerne la divisio
proposée du territo ire et de la populat ion).
Les deux propositions de 1'UNSCOP suscitèrent
un débat prolongé. Au cours des discussions, la
compétence juridique des Nations Unies à procéder au
du pays fut mise en cause. Finalement, après
partage
ä‘intenses tractations politiques, l'Assemblée
générale approuva, avec des amendements mineurs, le
majoritaire de 1'UNSCOF pour le partage de la
plan
Palestine*,
Le mendet britannique sur la Palestine devait
prendre fin et les deux nouveaux Etats (l'un arabe,
l'autre juif) devaient accéder à l'indépendance
le 15 mai 19h48.
# Résolution 181 (II) du 29 novembre 1947 commu-
nément appelée ‘résolution de partage de la Palestine".
- 17 -
Figure 3
(Note : Juifs 1,7% (Note : Juifs 56,h%
Arabes 68,51) Arabes 2,9%
Jérusalem 0,7%)
Arabes
1947 1947
Répartition de la Répartition du
population en territoire proposée
Palestine éans le plan majo-
ritaire de L'UNSCOP
Figure !
Arabes Juifs
105 000 100 C00
ï198 000 Arabes
725 000 (D)
Etat juif Etat arabe Jérusalem
Répartition des populations selon
le plan majoritaire de l'UNSCOP
- 18 -
La résolution concernant le partage comportait des
sauvegardes complexes des droits des minorités et des
“äroits existants" des diverses religions à Jérusalem,
droits qui avaient Été acquis durant la période
ottomane. Elle garantissait le libre accès des
personnes de toutes les religions aux Lieux Saints de
Jérusalem. Chaque Etat était requis de conférer è ces
sauvegardes un statut constitutionnel.
Bien que le superficie attribuée à l'Etat juif par
la résolution de pertage fût inférieure à ce que
l'Organisation sioniste avait espéré, celle-ci s'était
assurée de son objectif : un État juif en Palestine.
Elle accepta done Le plan de partage. Les Arabes de
Palestine et les autres pays arabes rejetèrent la réso-
lution parce qu'injuste et illégale.
Le violence, qui n'avait pas diminué pendant que
jes Nations Unies débattaient la question de Palestine,
connut alors une nouvelle flambée, Elle s'intensifia
du jour où les forces britanniq ues commencèr ent leurs
préperatifs de retrait et plus encore lorsqu'elles
avancèrent la date de ce retrait au 15 mai 1948, D'une
part, les forces sionistes passèrent à l'offensive en
application du “plan Dalet" lequel prévoyait l'occu-
pation des zones attribuées à l'Etat arabe au fur et à
mesure de l'affaiblissement de l'autorité britannique,
j'intention des sionistes Étant de s'assurer “un Etat
purement juif et plus vaste grâce à la Haganah".
D'autre part, les irréguliers arabes palestiniens inten-
sifièrent eux aussi leurs opérations. Le violence
s'étendit et les principales victimes étaient les civils
palestiniens.
Un incident terroriste particulièrement sanglant
fut l'attaque sioniste du village arabe de
Deir Yassin près de Jérusalem. Ce village, qui s'était
efforcé de rester en dehors de ia lutte, perdit
255 hommes, femmes et enfants à la suite de cette
attaque. Il en résulte des représailles sous forme
d'une attaque arabe contre un convoi juif, qui fit
TT morts. La terreur causée par Deir Yassin provoqua
1e fuite des habitants d'autres villages et localités
arabes de Palestine,
— 19 —
Le 1h mai 1948, alors que le conflit s'aggravait,
l'Etat d'Israël proclama son indépendance en se fondant
sur le Programme sioniste, la Déclaration Balfour, le
mandat et la résolution de partage. Le jour suivant,
alors que se déroulait la cérémonie marquant le départ
des dernières forces britanniques, des troupes des pays
arabes voisins pénétrèrent dans les zones affectées
à l'Etat arabe. La première guerre israélo-arabe
commençait.
Quand le Conseil de sécurité put faire intervenir
un cessez-le-feu, les forces israéliennes avaient
acquis une supériorité décisive. Elles contrôlaient
en outre de vastes zones du territoire attribué à
l'Etat arabe ainsi que la moitié ouest de Jérusalen,
qui devait, en principe, être internationalisée.
Les lignes d'armistice tracées en 19h9 (figure 5)
leissaient à Israël le contrôle d'un total de 67 p. 100
du territoire de la Palestine. L'Egypte et la Jordanie
administraient les portions restantes du territoire que
la résolution de partage accordait à l'Etat arabe,
La bande de Gaze était administrée par l'Egypte et la
“rive occidentale" par la Jordanie qui, à l'époque,
n'était pas membre de l'Organisation des Nations Unies.
Des deux États envisagés dans la résolution de partege,
un seul, l'Etat juif d'Israël avait été fondé. L'autre,
l'Etat arabe en Palestine, n'avait pas vu le jour.
— 20—
Figure 5
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UN PARTITION PLAN —1947 ANR {
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PLAN DE PARTAGE DES N # ATIONS UNIES, 1947
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- 91 -
VI. LA QUESTION DE PALESTINE AUX
NATIONS UNIES, 1948-1967
L'epplication de la résolution de partage de la
Palestine étant condamnée d'avance, les Nations Unies
n'en avaient pas moins la responsabilité d'essayer
de régler la question de Palestine. Fondamentalement,
le problème restait de constituer un Etat arabe indé-
pendant en Palestine. Bien que c'eût été l'objectif
de la communauté internationale, défini à l'origine
par le Société des Nations, en 1919, et confirmé per
les Nations Unies en 19hk7, l'établissement de l'Etat
arebe ne s'était toujours pas concrétisé.
La première initiative des Nations Unies fut de
charger le comte Bernadotte (Suède) d'une mission de
médiation, “efin de promouvoir un ajustement pacifique
de la situation future de la Palestine". Après des
négociations prolongées avec les deux parties, 11
propose ce qu'il appela “une base possible de
discussion". Le plan ainsi présenté comportait des
aménagements territoriaux spécifiques modifiant le
tracé des frontières, le retour de tous les réfugiés
arabes de Palestine et certaines restrictions à
l'immigration juive. Bernadotte donne la priorité
absolue au problème des réfugiés, obstacle majeur à
la paix. Il fit savoir que les réfugiés arabes (plus
tard estimés à 726 000 personnes) “avaient fui le zone
sous occupation juive ou en avaient été expulsés".
Il recommande l'affirmation par Les Nations Unies du
lldroit de retour des réfugiés dans leurs foyers!" dans
les meilleurs délais, déclarant ce qui suit
“On porterait gravement atteinte aux principes
élémentaires de l'équité en n'accordant pas à ces
innocentes victimes du conflit le droit de
retourner chez elles alors que, par ailleurs, les
immigrants juifs pénétreraient en grand nombre en
Palestine et pourraient même menacer de prendre
définitivement la place des réfugiés arabes dont
les familles sont installées dans le pays depuis
des siècles."#
x Documents officiels de l'Assemblée générale,
troisième session, Supplément No II (A/6kB), Rapport
intérimaire du Médiateur de L'ONU pour la Palestine,
p. 1h,
— 22 —
Bernadotte proposa d'autres mesures. Cependant,
avant que les Nations Unies n'aient pu se prononcer sur
l'une quelconque de ses recommandations, sa mission
en Palestine connut un dénouement tragique : le
17 septembre 1948, Bernadotte fut assassiné par
le groupe Stern.
En décembre 1948, l'Assemblée générale des
Nations Unies“ affirme le droit de retour âes réfugiés.
Elle créa d'autre part une commission de conciliation
sur la Palestine chargée de résoudre trois questions
essentielles : territoire, réfugiés et statut de
Jérusalem. En mai 1949, Israël fut admis à
l'Organisation des Nations Unies. Cette admission
fut implicitement liée à l'observation par Israël des
deux résolutions fondamentales des Nations Unies : la
résolution 181 dite de partage de la Palestine et la
résolution 19h de décembre 1948.
La Commission de conciliation se saisit d'une
situation en Palestine devenue de vlus en plus
complexe. Alors que les Etats arabes se montraient
plus accommodants, Israël semblait peu enclin à
transiger sur les avantages obtenus par les armes.
Les efforts de la Commission échouërent et, avec le
passage du temps, le statu quo se solidifia. Israël
absorba graduellement les territoires occupés en 19h8
et situés au-delà de frontières qui lui avaient été
assignées, et ce au point de les annexer pratiquement.
En 1950, le Jordanie, qui n fétait encore pas membre
des Nations Unies (elle le devint en 1955) plaça la
rive occidentale sous sa juridiction, malgré la
désapprobation des autres Etats arabes. Les réfugiés
restaient des exilés.
En décembre 1949, l'Assemblée générale créa
l'Office de secours et de travaux des Nations Unies
pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient
{UNRWA) afin de venir en aide aux réfugiés palestiniens
qui avaient été déplacés et privés de leur foyer et de
moyens de subsistance. Lorsque L'UNRWA commença ses
opérations en 1950, ses programmes mettaient principe
lement l'accent sur l'alimentation, l'abri et la santé
des réfugiés, Avec le temps, l'attention et les fonds
disponibles furent de plus en plus concentrés sur
æ# Résolution 19h (III) du il décembre 1948,
— 23 —
des programmes d'enseignement et de formation destinés
aux jeunes réfugiés palestiniens. Jusqu'en 1967, le
monde considérait la question de Palestine comme un
problème de réfugiés.
Entre-temps, toutefois, les dimensions véritables
de cette question devenaient plus évidentes, Elles
s'amplifièrent au point de devenir le conflit israélo-
arabe qui, lui-même, déboucha en 1956 sur la deuxième
guerre du Moyen-Orient, dont l'enjeu était Suez. En
juin 1967, le statu quo devait être sérieusement ébranlé
par la troisième guerre israélo-arabe. Cette guerre de
1967 marqua un tournant dans les affaires du
Moyen-Orient. Le problème palestinien, cependant,
n'en restait pas moins au coeur du conflit.
VII. LA RECONNAISSANCE DU DROIT DES
PALESTINIENS A LA LIBRE
DETERMINATION
Dans le guerre de juin 1967, Israël étendit son
occupation aux territoires restants de la Palestine
sous mandat, y compris Jérusalem. 11 s'assura aussi
le contrôle du plateau de Golan appartenant à la Syrie
voisine, et du Sinei égyptien, qu'il occupa (figure 6).
Cette guerre de 1967 provoqua le deuxième exode
massif de Palestine. Cinq cent mille Palestiniens se
trouvèrent déracinés et s'enfuirent. On appela ces
réfugiés de la guerre de 1967 les "nouveaux réfugiés"
pour les distinguer des “anciens réfugiés" de la guerre
de 1948, Le Conseil de sécurité des Nations Unies
commença par établir un cessez-le-feu et une paix
précaire. Il demanda alors à Israël de faciliter le
retour des réfugiés de 1967*, et d'observer la
quatrième Convention de Genève de 1949 dans les
territoires occupés"*, Israël ne se conforma À aucune
de ces demandes,
Le Conseil de sécurité adopta alors une résolution
capitale. La résolution 242 (1967) du 22 novembre 1967
déclara l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires
par la force et demande à Israël de retirer ses forces
armées des “territoires occupés" durant la guerre.
Cette résolution demandait également 1a cessation de
toutes assertions de belligérance ou de tous États de
belligérence. Elle demandait en outre aux parties de
reconnaître la souveraineté et l'indépendance de chaque
État de la région ainsi que le droit de chacun de
ceux-ci de vivre en paix à l'intérieur de frontières
sûres et reconnues. En outre, la résolution faisait
appel à "un juste règlement du problème des réfugiés".
Israël refusa de se retirer des territoires occupés en
l'absence d'un rêgiement de paix général englobant
toutes les dispositions de la résolution 242 et a
maintenu cette position en dépit d'appels réitérés de
l'Assemblée générale des Nations Unies demandant un
retrait israélien.
x Résolution 231 (1967) du 1h juin 1967.
xx Cette convention, élaborée après la deuxième
guerre mondiale, cherchait à protéger les droits des
populations sous occupation militaire.
- 25 -
Figure 6
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FERRITORIES OCCUPIED BY ISRAEL SINCE JUNE 1967 # T
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TERRITOIRES
ai Sheta
= 26 —
Depuis la guerre de 1967, cependant, la cause de
l'indépendance et de la qualité d'Etat pour la Palestine
a progressé de façon significative. L'Organisation de
libération de la Palestine, constituée en 196h, adopta
un pacte national pour la Palestine en 1968. Aux termes
de ce pacte, le peuple palestinien s'engageait à
poursuivre la lutte pour ses droits : droit à l'auto-
détermination, à l'indépendance nationale et à la
souveraineté en Palestine, le droit de retourner
dens ses foyers et de retrouver ses biens en Palestine,
ainsi que le droit d'avoir recours à la lutte armée
dans la poursuite de ces buts.
Ce pacte qualifiait Israël d'Etat illégal et
rejetait ‘toutes les solutions autres que la libération
totale de la Palestine", Ceci avait conduit Israël à
refuser de traiter avec l'OLP. Les groupements pales-
tiniens relevant de l'OLP recoururent de plus en plus
à la violence” pour attirer l'attention mondiale sur
le sort pénible des Palestiniens et sur leur volonté
de recouvrer leurs droits.
Les Palestiniens réussirent à faire reconnaître par
la communauté internationale que leur cause était juste
et revêtait une importance centrale dans le conflit du
Moyen-Orient. Cette reconnaissance s'est exprimée dans
les résolutions adoptées par l'Assemblée générale des
Nations Unies,
Bien que l'Assemblée générale représente tous les
Membres des Nations Unies, elle n'est pas dotée de
l'autorité conférée au Conseil de sécurité et ses
décisions n'ont pas force obligatoire pour les Etats
Membres. Alors que le Conseil, en 1967, considérait
encore la question palestinienne comme un "problème de
réfugiés", l'Assemblée, en 1969, reconnut la dimension
politique de la question en déclarant que le "problème
# Trouvant une justification dans l'affirmation par
l'Assemblée générale de la "légitimité de la lutte du
peuple pour se libérer de ... la domination et de le
subjugation étrangère en utilisant tous les moyens
disponibles, y compris la lutte armée (résolution
:070 (XXVIIT} du 30 novembre 1973).
— 27 -
des réfugiés arabes de Palestine provient du fait que
leurs droits inaliénebles leur sont déniés". En 1970,
1971 et 1972, l'Assemblée générale, dans ses réso-
lutions, déclara “que le respect intégral des droits
ingliénables du peuple de Palestine est un élément
indispensable à l'établissement d'une paix juste et
durable au Moyen-Orient".
En 197k, les Etats arabes reconnurent l'OLP comme
le seul représentant légitime du peuple palestinien.
La reconnaissance par la Jordanie de ce statut de 1'OLP
était particulièrement significative car, de 1948 à
1967, la Jordanie avait administré la rive occidentale.
En 197h, l'Assemblée inserivit à son ordre du jour
le question de Palestine" pour la première fois depuis
1952. Durant cette session de 197h, 1'OLP obtint le
statut d'observateur, statut que tous les autres organes
des Nations Unies lui accordèrent ensuite. La même
année, l'Assemblée reconnut formellement les droits
inallénables du peuple palestinien à l'auto-
détermination, à l'indépendance, à la souveraineté
nationale et au retour dans ses foyers. L'Assemblée
reconnut aussi l'OLP en tant que représentant du peuple
palestinien et partie principale à tout accord de paix
dans le Moyen-Orient.
Depuis 1975, les résolutions de l'Assemblée
générale ont réaffirmé cette reconnaissance chaque
année. D'autres résolutions ont aussi affirmé que
la question de Palestine est au coeur du problème du
Moyen-Orient, reconnaissant ainsi qu'il ne peut y avoir
de paix au Moyen-Orient sans une juste solution de la
question de Palestine. Divers aspects de ce problème
ont aussi Été examinés par d'autres organes des
Nations Unies préoccupés de l'occupation israélienne
illégale de la rive occidentale et de Gaza. La
Commission des droits de l'homme et le Comité spécial
sur les pratiques israéliennes institué par l'Assemblée
générale en 1968 ont régulièrement critiqué avec sévé-
rité les violations par Israël des droits humains des
Palestiniens.” Leurs rapports ont condamné Israël pour
annexion de territoire, établissement de colonies de
peuplement dans les territoires occupés, expropriation
et confiscation de biens, arrestations, mauvais
traitements et tortures de la population civile,
expulsions et déni du droit de retour, etc.
- 28 -
En 190; l'Assemblée constitua aussi un Comité
pour l'exercice des droits inaliénables du peuple
palestinien. Elle & constamment fait siennes les
recommandations de ce Comité en ce qui concerne le
retrait israélien et le rétablissement des droits
inaliénables du peuple palestinien.
Les Présidents du Comité ont précisé que 5 ‘il était
vrai que la tôche du Comité est de chercher à réduire
les divergences de vue concernant le situation au
Moyen-Orient, le soutien qu'il apporte aux äroits des
Palestiniens ne met aucunement en question la souverai-
neté ni la sécurité d'Israël, Membre à part entière des
Netions Unies.
Ainsi, depuis 1974, il y a eu, aux Nations Unies,
reconnaissance de la justice de la cause de l'auto-
détermination et de l'indépendance palestiniennes, du
fait que le problème palestinien était le point central
du conflit du Moyen-Orient, et du caractère représen-
tatif de l'OLP. Cette reconnaissance internationale
s'est aussi manifestée en dehors des Nations Unies dans
des déclarations faites par des groupements majeurs
d'Etats, tels que les pays non alignés et l'Organisation
de l'unité africaine. Récemment, les Etats d'Europe
occidentale ont eux aussi avalisé l'autodétermination
du peuple palestinien.
Israël, cependant, a maintenu son emprise sur la
rive occidentale et sur Gaza, refusant de prendre en
considération l'idée de l'établissement d'un Etat pales-
tinien dans ces territoires, en dépit du consensus
internationel écrasant qui s'est manifesté en sa faveur.
Au lieu de cela, Israël a marqué de plus en plus
nettement son intention de conserver, sous une forme
où sous une autre, le contrôle de ces territoires. Ces
dernières années, Israël a appuyé sa revendication sur
la rive occidentale, qu'il désigne par les noms
bibliques de Judée et de Samarie. Il a expulsé ou
arrèté des Palestiniens, a exproprié ou confisqué des
terres palestiniennes pour y établir des colonies de
peuplement, tant civiles que militaires, _prétextant
des raisons de sécurité. Il s'est emparé de ressources
vitales en eau dans une région essentiellement aride.
— 29 —
Israël a poursuivi cette politique malgré les appels
réitérés de l'Assemblée générale et du Conseil de
sécurité pour que cessent ces pratiques. En 1979,
et au début de 1980, le Conseil a dénoncé la politique
israélienne d'établissement de colonies de peuplement
qui font obstacle À la paix dens le Moyen-Orient et a
créé une commission chargée d'enquêter et de faire
rapport sur ces politiques dans les territoires occupés.
En dehors du cadre des Nations Unies, la signature
par Israël d'un traité de paix avec l'Egypte a donné
lieu à des retraits graduels du territoire égyptien dans
la péninsule du Sinaï. Les accords de Camp David de
novembre 1978 entre les Etats-Unis d'Amérique, Israël
et l'Egypte contiennent une formule concernant
l'autonomie palestinienne, la rive occidentale
et Gaza mais conservant à Israël le contrôle politique
et militaire effectif. Les Palestiniens ont catégori-
quement rejeté cette formule, faisant valoir qu'elle
leur dénie leur droit inhérent et naturel de déterminer
leur propre avenir et que la formule avait Été élaborée
en l'absence du peuple de Palestine et contre son gré.
L'Assemblée générale des Nations Unies a déclaré de même
que ces accords étaient dénués de toute validité.
Jusqu'À tout récemment, le Conseil de sécurité n'a
considéré la question palestinienne que dans le cadre
de sa résolution ?h? (1967) qui remonte à treize ans.
L'Assemblfe rénérale, en revanche, reflétant la volonté
de la majorité de 1a communauté internationale, a
reconnu les droits fondamentaux du peuple palestinien.
Les efforts visant À concilier l'approche du Conseil de
sécurité avec celle de l'Assemblée générale n'ont pas
abouti. Fn janvier 1976, un projet de résolution
demandant que le peuple palestinien soit mis en mesure
d'exercer son droit national inaliénable à l'autodéter-
mination obtint l'appui de la majorité. Les Etats-Unis
d'Amérique lui opnosèrent cependant leur veto. En
août 1970, un projet de résolution analorue ne fut pas
mis aux voix. En avril 1980, une autre action fut
entrenrise en vue d'obtenir l'apnui du Conseil de sécu-
rité pour l'autodétermination palestinienne, mais elle
échoua devant un autre veto des Etats-Unis. Tous ces
projets de résolution reconnaissaient implicitement et
réaffirmaient le droit d'Israël, de même que des
autres Ftats de la résion, à la souveraineté, À la
sécurité et à l'intérrité territoriale.
— 30 —
Le peuple palestinien compte ä présent environ
quatre millions d'êmes, représentant par conséquent
une population plus importante que celle de bon nombre
d'Etats Membres des Nations Unies. Quelque
500 000 Palestiniens vivent en Israël; 1 200 000 autres
vivent dans les territoires occupés de la rive
occidentale et de Gaza. Le reste vit en exil ; un
grand nombre dans des camps de réfugiés et d'autres,
nombreux aussi, comme étrangers dans d'autres pays. La
majorité des exilés gardent l'espoir de pouvoir rentrer
dans leur propre pays.
Le fond même du problème palestinien a été décrit
per le Pr Arnold Toynbee, en 1968, dans les termes
suivants :
Tout au long de ces_30 années, la
Grande-Bretagne /a admis/ en Palestine, année
après année, un quota d'immigrants juifs qui
variait en fonction des pressions exercées respec-
tivement par les Arabes et les Juifs, Ces
immigrants n'auraient pu entrer s'ils n'avaient
été protégés par des barbelés britanniques. Si
la Palestine était restée sous la domination
turque ou si elle était devenue un État arabe
indépendant en 1918, les immigrants juifs
n'auraient jamais été admis er Palestine en nombre
suffisant pour leur permettre de submerger les
Arabes palestiniens dans leur propre pays. Si
l'Etat d'Israël existe aujourd'hui, si aujourd'hui
1 500 G00 Arabes palestiniens sont des réfugiés,
c'est parce que pendant 30 ans, la puissance
militaire britannique a imposé aux Arabes pales-
tiniens l'immigration juive jusqu'à ce que les
immigrants soient suffisamment nombreux et bien
armés pour se défendre eux-mêmes avec leurs propres
blindés et leurs propres aviations. La tragédie
palestinienne n'est pas seulement une tragédie
locale. C'est une tragédie qui concerne le monde
entier parce que c'est une injustice qui menace la
paix du monde."
Les Nations Unies ont reco’nu que, pour écarter
cette menace à la paix mondiale, un facteur essentiel est
de permettre au peuple palestinien d'exercer son droit
inaliénable à l'autodétermination, à l'indépendancé
nationale et à la souveraineté en Palestine.
Litho in United Nations, New York 80-34376-January 19814
Reprinted in United Nations, New York 83-12123-May 1983—600
85-09697—Aprit 19855M