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Protection Sociale Et Agriculture: Briser Le Cercle Vicieux de La Pauvreté Rurale

Le rapport de 2015 sur la situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture souligne l'importance de la protection sociale pour briser le cycle de la pauvreté rurale, en particulier dans les pays en développement où l'agriculture est un secteur clé pour les ménages pauvres. Il met en évidence que malgré des progrès dans la réduction de la pauvreté, de nombreux défis subsistent, notamment en Afrique subsaharienne, où une grande partie de la population vit encore dans l'extrême pauvreté. La protection sociale, en intégrant des mesures d'aide et de développement agricole, peut améliorer la productivité et les conditions de vie des bénéficiaires, tout en ayant des effets positifs sur l'économie locale.

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Protection Sociale Et Agriculture: Briser Le Cercle Vicieux de La Pauvreté Rurale

Le rapport de 2015 sur la situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture souligne l'importance de la protection sociale pour briser le cycle de la pauvreté rurale, en particulier dans les pays en développement où l'agriculture est un secteur clé pour les ménages pauvres. Il met en évidence que malgré des progrès dans la réduction de la pauvreté, de nombreux défis subsistent, notamment en Afrique subsaharienne, où une grande partie de la population vit encore dans l'extrême pauvreté. La protection sociale, en intégrant des mesures d'aide et de développement agricole, peut améliorer la productivité et les conditions de vie des bénéficiaires, tout en ayant des effets positifs sur l'économie locale.

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2015

La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2015 Résumé

Protection sociale et agriculture: Briser


le cercle vicieux de la pauvreté rurale

De nombreux pays ont atteint les objectifs du Millé- alimentaires, des intrants agricoles et d’autres biens ©FAO/S. Gallagher
naire pour le développement (OMD) relatifs à la réduc- et services ruraux. Mais, pour que la protection sociale
tion de la pauvreté. D’autres, en revanche, en sont en- ouvre une voie de sortie durable de la pauvreté, il faut
core loin et le défi de l’après-2015 consistera à éliminer une croissance économique avec effet d’insertion.
totalement la pauvreté et la faim. Nombre de pays en Dans la plupart des pays à revenu faible ou intermé-
développement reconnaissent de manière de plus en diaire, l’agriculture est encore aujourd’hui le principal
plus affirmée que des mesures de protection sociale secteur d’emploi pour les franges pauvres et assure
sont nécessaires pour éviter que des personnes déjà une importante partie des moyens de subsistance; de
pauvres sombrent dans le dénuement total et que des nombreuses personnes vivent en effet d’un emploi
personnes mieux loties se retrouvent elles aussi en si- agricole salarié ou d’activités paysannes propres dont
tuation de pauvreté à la suite d’une crise. La protection le produit est destiné à l’autoconsommation familiale
sociale peut également aider les bénéficiaires à mieux ou à être vendu sur le marché. La pauvreté et ses corol-
gérer les risques, à se doter de biens de production et laires – la malnutrition, les maladies et le manque d’ins-
à entreprendre des activités plus rémunératrices, et truction – pèsent sur la productivité agricole. Ainsi, une
ainsi à être plus productifs. Ces avantages ne profitent approche intégrant la prestation d’une protection so-
pas seulement aux bénéficiaires immédiats, mais aussi ciale et le développement agricole serait de nature à
à leur entourage, à la société et à l’économie en gé- créer des synergies susceptibles d’améliorer l’efficacité
néral, puisque les bénéficiaires achètent des denrées dans ces deux domaines.

Photo de couverture: Le président du groupe des usagers de la forêt de Dundat-Urguu, en Mongolie, avec sa famille.
L’évolution de
la pauvreté
Si la part des personnes vivant en situation de pau- L’extrême pauvreté est concentrée de manière dispro-
vreté ou d’extrême pauvreté a diminué depuis une portionnée dans les zones rurales. Ce sont surtout les
trentaine d’années, leur nombre n’en reste pas moins ménages pauvres ruraux qui vivent de l’agriculture,
excessivement élevé, puisqu’on considère qu’il y a un notamment en Afrique subsaharienne. Si l’agriculture
milliard de personnes pauvres et presque autant de occupe une place si essentielle dans les interventions
personnes extrêmement pauvres. L’extrême pauvre- destinées à lutter contre la pauvreté et la faim, c’est
té a nettement reculé dans de nombreuses régions, parce que les pauvres en vivent et que l’alimentation
en particulier en Asie orientale et dans le Pacifique, représente une part très importante de leurs dépenses.
mais aussi en Asie du Sud. En Afrique subsaharienne,
peu de progrès ont été accomplis et près de la moitié
de la population est en situation d’extrême pauvreté.

Part de la population dans les pays à revenu faible ou


intermédiaire vivant en situation d’extrême pauvreté, par région

Pourcentage
80

60

40

20

0
1981 1984 1987 1990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011

Asie de l’Est et Pacifique Europe et Asie centrale


Amérique latine et Caraïbes Moyen-Orient et Afrique du Nord
Asie du Sud Afrique subsaharienne
Ensemble des pays à revenu faible ou intermédiaire

Note: La figure se réfère au seuil international de pauvreté (extrême)


de 1,25 dollar par jour, mesuré en dollars PPA constants de 2005.

Nombre de personnes et part de la population vivant en situation


de pauvreté dans les pays à revenu faible ou intermédiaire

Pourcentage Milliards
80 3

60
2

40

1
20

0 0
1981 1984 1987 1990 1993 1996 1999 2002 2005 2008 2011

Nombre de personnes vivant avec 1,25 à 2 dollars par jour (axe de droite)
Nombre de personnes vivant en situation d’extrême pauvreté (axe de droite)
©FAO/[Link]

Part de la population vivant en situation d’extrême pauvreté (axe de gauche)


Part de la population vivant dans la pauvreté (axe de gauche)

Note: La figure se réfère aux seuils internationaux de pauvreté


de 1,25 dollar (extrême pauvreté) et 2 dollars (pauvreté) par jour, mesurés Un bénéficiaire du Programme «Améliorer les moyens de subsis-
en dollars PPA constants de 2005. tance pour lutter contre la pauvreté» (LEAP), au Ghana, tresse des
fibres pour confectionner des nattes.

2 L a s i t u at i o n m o n d i a l e d e l’a l i m e n tat i o n e t d e l’a g r i c u lt u r e 2 015


Pourquoi la pauvreté
est-elle si tenace?
Les racines de la pauvreté résident souvent dans la les personnes âgées, ne sombrent dans la détresse ma-
nutrition et la santé des pauvres, en particulier dans térielle, voire dans une misère endémique.
la petite enfance: les pauvres se trouvent piégés dans
l’engrenage fatal de la faim, de l’alimentation pauvre Il est difficile de s’extraire de la pauvreté. En outre, de
au plan nutritionnel, de la maladie, de la faible pro- nombreux ménages, sans être pauvres, n’en sont pas
ductivité et de la pauvreté. La croissance économique, moins vulnérables à la pauvreté lorsqu’ils se trouvent
en particulier par le développement agricole, se révèle dans une situation d’instabilité ou de forts boulever-
essentielle pour faire reculer le taux de pauvreté. Tou- sements. À cause de telles situations de crise, il n’est
tefois, même dans des conditions de développement pas peu fréquent qu’un ménage tombe en deçà du
économique, les efforts faits pour échapper à la pau- seuil de pauvreté après avoir subi une perte impor-
vreté sont souvent peu payants, faute d’une croissance tante de revenu, faute de disposer d’économies suffi-
inclusive. Parfois, la croissance économique n’est pas santes pour en amortir le choc. Ces bouleversements
d’un grand secours ou bien elle arrive trop tard pour ont généralement des répercussions négatives à long
empêcher que certains groupes, comme les enfants et terme sur les pauvres.

Part des revenus tirés des activités menées sur l’exploitation par les ménages agricoles les plus
pauvres et les plus riches dans certains pays à revenu faible ou intermédiaire

Cambodge (2004)
Asie de l’Est
et Pacifique

Indonésie (2000)

Viet Nam (2002)

Albanie (2005)
Asie centrale
Europe et

Bulgarie (2001)

Tadjikistan (2007)
Bolivie (État
plurinational de), 2005
Amérique latine

Équateur (1998)
et Caraïbes

Guatemala (2006)

Nicaragua (2005)

Panama (2003)

Bangladesh (2005)
Asie du Sud

Népal (2003)

Pakistan (2001)

Ghana (2005)

Kenya (2005)
Afrique subsaharienne

Madagascar (2001)

Malawi (2011)

Niger (2011)

Nigéria (2010)

Ouganda (2012)
République-Unie
de Tanzanie (2009)
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Pourcentage

Ménages les plus pauvres Ménages les plus riches

Note: Par activités menées sur l’exploitation on entend la production végétale et animale, mais pas les salaires agricoles, suivant
Davis, Di Giuseppe et Zezza (2014). Un ménage agricole est un ménage qui détient une quantité positive de terrains agricoles.

P r ot e c t i o n s o c i a l e e t ag r i c u lt u r e – B r i s e r l e c e r c l e v i c i e u x d e l a pa u v r e t é r u r a l e 3
Qu’est-ce que la protection sociale?
La protection sociale consiste en un ensemble de me- ment d’une région à une autre; celles qui présentent
sures par lesquelles les pauvres bénéficient d’aides la couverture la moins favorable sont celles où l’inci-
en espèces ou en nature; les personnes vulnérables dence de la pauvreté est la plus élevée. Le présent
sont protégées des risques et les personnes margi- rapport s’intéresse particulièrement à l’aide sociale,
nalisées jouissent d’une meilleure situation sociale qui est de loin la forme la plus courante de protection
et d’une reconnaissance de leurs droits, l’objectif gé- sociale dans les pays en développement.
néral étant de réduire la pauvreté et la vulnérabilité
économique et sociale. La protection sociale com-
prend trois grands volets: l’aide sociale, l’assurance
sociale et les programmes visant le marché du tra-
vail. Les programmes d’aide sociale consistent dans
la prestation par l’État d’aides en espèces ou en na-
ture, assorties ou non de conditions, ou dans des pro-
grammes de travaux publics. Les programmes d’as-
surance sociale sont des programmes contributifs
assurant une couverture au titre de certains risques
ou situations ayant une incidence sur les conditions
de vie ou les revenus des ménages. Les programmes
en rapport avec le marché du travail prévoient le ver-
sement d’allocations de chômage, le renforcement
des compétences, l’amélioration de la productivité
des travailleurs et l’insertion professionnelle.

©FAO/I. Camblor
Les programmes de protection sociale ont connu
un essor rapide au cours des vingt dernières années.
Dans l’ensemble des pays en développement, environ
2,1 milliards de personnes, soit un tiers de la popula-
Les élèves d’une école primaire rurale du Pérou prennent un petit
tion totale, bénéficient d’une protection sociale sous déjeuner équilibré, dans le cadre d’un programme national d’ali-
une forme ou l’autre. La situation varie considérable- mentation scolaire soutenu par la FAO.

Répartition des différents programmes de protection sociale couvrant la population, par région

Tous pays confondus (104)

Asie de l’Est et Pacifique,


à l’exclusion de la Chine (12)

Europe et Asie centrale (23)

Amérique latine
et Caraïbes (20)

Moyen-Orient et
Afrique du Nord (8)

Asie du Sud (8)

Afrique subsaharienne (33)

0 20 40 60 80 100

Pourcentage

Pas de protection Aide sociale uniquement Assurance sociale uniquement

Programmes liés au marché du travail uniquement Plusieurs types de protection

Note: Le nombre de pays est indiqué entre parenthèses.

4 L a s i t u at i o n m o n d i a l e d e l’a l i m e n tat i o n e t d e l’a g r i c u lt u r e 2 015


Champ d’application de la protection sociale

Repas scolaires, Instruments axés sur le


programmes de nutrition, marché: programmes
bourses scolaires, de travaux publics,
exonérations de frais subventions aux intrants,
de scolarité assurance contre les risques

Protection sociale
Aides en espèces et en nature pour
améliorer le niveau de vie, la productivité
et l’activité économique

Développement Développement
social économique
Santé, éducation Politiques macroéconomiques,
commerce, agriculture

Programmes
humanitaires
Distribution de
nourriture, aides en
espèces, alimentation
thérapeutique

Liens entre protection sociale et consommation des ménages, activités de production et économie locale

Les ménages prennent


des décisions en matière
Les impacts de la protection
de consommation et de
sociale et des interventions
production en fonction
agricoles sont conditionnés de la quantité et de la
par les facteurs suivants: qualité des ressources Activités de
• Sexe qu’ils contrôlent et des consommation
difficultés auxquelles
• Conditions agroclimatiques
ils sont confrontés.
• Contexte économique (prix,
infrastructures, marchés)
• Contexte social Interactions avec
(communauté, culture) l’économie et la
• Services communauté au
Ressources des ménages ruraux: niveau local:
• Physiques – terres, machines, • Marchés de biens,
animaux d’élevage intrants, facteurs
• Humaines – travail, nutrition, de production,
La protection sociale et les interventions éducation, santé main-d’oeuvre,
agricoles atténuent les menaces services financiers
• Sociales – réseaux, partage
et les difficultés liées à la consommation de la main-d’oeuvre • Réseaux sociaux
et à la production
• Financières – crédit formel et • Services de
La protection sociale Les interventions informel, épargne santé et
a des incidences agricoles sont d’enseignement
• Naturelles – sols, eau, air
sur les revenus nécessaires pour
des ménages, répondre aux
ainsi que sur leurs problèmes structurels.
décisions et leurs Elles se déclinent sous
actions en matière plusieurs formes:
de consommation réforme agraire, Revenus /
et de production, vulgarisation, Production propre Activités de
de même que sur irrigation, production
• Épargne
la demande et les microfinance,
difficultés liées infrastructures, • Investissements
au marché. intrants, etc. • Consommation

P r ot e c t i o n s o c i a l e e t ag r i c u lt u r e – B r i s e r l e c e r c l e v i c i e u x d e l a pa u v r e t é r u r a l e 5
La protection sociale est-elle économiquement
à la portée des pays?

©FAO/I. Camblor
Au Pérou, une grand-mère et de jeunes membres de sa famille collectent des graines et des fibres de coton local, dans le cadre de
nombreux projets de la FAO sur les mesures de protection sociale destinées aux plus vulnérables.

La plupart des pays, même parmi les plus pauvres, maintien de ces programmes. Mais il est important en
peuvent se permettre des programmes de protection principe de consacrer dès le départ des ressources bud-
sociale susceptibles d’avoir un effet tangible en matière gétaires internes et de poser des bases politiquement
de lutte contre la pauvreté. Les dépenses au titre de tels et financièrement viables pour les programmes d’aide
programmes restent modestes en regard du produit in- sociale. Les programmes pilotes et l’attention portée
térieur brut (PIB). Le financement de programmes plus au suivi et à l’évaluation peuvent contribuer à amorcer
complets peut imposer des choix difficiles en matière de un dialogue sur les politiques, dialogue nécessaire pour
dépenses publiques. Dans certains pays, le soutien des parvenir à un consensus national sur la nature, l’ampleur
donateurs est essentiel, à court et moyen termes, au et le financement de l’aide sociale au sein d’un pays.

Proportion des populations rurales et urbaines bénéficiant Proportion des populations rurales bénéficiant
de l’aide sociale, par région de l’aide sociale, par quintile de revenu et par région

Tous pays confondus (92) Tous pays confondus (92)


Asie de l’Est et Pacifique,
à l’exclusion de la Chine (10) Asie de l’Est et Pacifique (10)

Europe et Asie centrale (18) Europe et Asie centrale (18)


Amérique latine Amérique latine
et Caraïbes (20) et Caraïbes (20)
Moyen-Orient et Moyen-Orient et
Afrique du Nord (6) Afrique du Nord (6)
Asie du Sud (8) Asie du Sud (8)

Afrique subsaharienne (30) Afrique subsaharienne (30)

0 10 20 30 40 50 60 70 0 20 40 60 80

Pourcentage Pourcentage

Quintile le plus pauvre 2e quintile 3e quintile


Zones rurales Zones urbaines
4e quintile Quintile le plus riche

Note: Le nombre de pays est indiqué entre parenthèses Note: Le nombre de pays est indiqué entre parenthèses.

6 L a s i t u at i o n m o n d i a l e d e l’a l i m e n tat i o n e t d e l’a g r i c u lt u r e 2 015


La protection sociale, facteur de réduction
de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire
Les programmes de protection sociale sont efficaces
pour lutter contre la pauvreté et la faim. En 2013, la
protection sociale a aidé pas moins de 150 millions de
personnes à échapper à la pauvreté extrême (revenu
de moins de 1,25 dollar par jour). La protection sociale
permet aux ménages d’améliorer et de diversifier leur
consommation alimentaire, souvent par une augmen-
tation de leur propre production. Les impacts positifs
sur le bien-être de l’enfant et de la mère sont d’autant
plus sensibles que les programmes tiennent compte
d’aspects sexospécifiques ou qu’ils visent spécifique-
ment les femmes. Cet aspect revêt une importance
particulière car la malnutrition maternelle et infantile
est un facteur de perpétuation de la pauvreté de géné-
ration en génération.

L’augmentation de la consommation alimentaire et


une alimentation plus variée n’ont pas forcément pour
effet une amélioration au plan de la nutrition. Les
conditions nutritionnelles dépendent aussi d’un cer-
tain nombre d’autres facteurs, notamment l’accès à de
l’eau propre, à des installations sanitaires et aux soins
de santé, ainsi que la pertinence des choix alimentaires
chez l’enfant et l’adulte. Aussi faut-il, pour que les pro-
©FAO/F. Mattioli

grammes d’aide sociale aient une incidence positive en


matière de nutrition, qu’ils soient menés parallèlement
à des interventions complémentaires. De nombreuses
interventions agricoles, comme les jardins familiaux et
Une femme d’un village proche de Tansen, au Népal, porte sa les petits élevages, peuvent également contribuer à
bêche au retour d’un travail volontaire pour l’aménagement d’un améliorer la nutrition.
sentier piétonnier de 65 km en piste.

Proportion des personnes extrêmement pauvres dans les pays à revenu faible ou intermédiaire
couvertes par l’aide sociale, l’assurance sociale et les programmes liés au marché du travail

Aide sociale (88) Assurance sociale (45) Programmes liés au marché


du travail (45)
3% 3%
24%

76% 97% 97%

Couverts Non couverts

Note: Le nombre de pays est indiqué entre parenthèses.

P r ot e c t i o n s o c i a l e e t ag r i c u lt u r e – B r i s e r l e c e r c l e v i c i e u x d e l a pa u v r e t é r u r a l e 7
Impact potentiel de la protection sociale
sur l’investissement et la croissance
Aujourd’hui encore, la plupart des ménages ruraux factuels montre que les programmes d’aide sociale ont
pauvres dans les pays en développement vivent de l’agri- pour effet non seulement d’éviter que les ménages ne
culture, et ils pratiquent souvent une agriculture de sub- sombrent dans des conditions aggravées de pauvreté et
sistance. Ils sont nombreux à vivre dans des zones où les de famine lorsqu’ils sont exposés à un important boule-
marchés – d’intrants et de produits agricoles, du travail versement, mais aussi de leur permettre d’investir dans
et d’autres biens et services, comme le crédit et l’assu- des activités productives, de se doter de moyens et de
rance – sont absents ou défaillants. Les incertitudes liées constituer des actifs, en ceci qu’ils aident les pauvres à
aux conditions météorologiques, en particulier compte surmonter leurs problèmes de liquidité et de crédit et à
tenu de l’accélération du changement climatique et de gérer les risques plus efficacement.
l’absence d’assurances abordables, sont parmi les dé-
terminants essentiels de la vulnérabilité des ménages L’expérience montre que la protection sociale stimule les
vivant de l’agriculture. investissements dans l’éducation et la santé des enfants
et réduit le travail infantile, d’où des effets positifs sur
Les ménages agricoles vulnérables ont un horizon tempo- la productivité et l’insertion professionnelle. Si elle est
rel étroit car ils doivent se concentrer sur leur survie. C’est convenablement mise en œuvre, la protection sociale
pourquoi ils sont particulièrement enclins à adopter des peut aussi faciliter les investissements dans des activités
stratégies de limitation des risques, de faibles rendement de production agricole, notamment dans les intrants, les
et revenu, agricoles ou autres, et qu’ils cherchent parfois outils et le bétail, ainsi que dans des entreprises non agri-
à obtenir des liquidités ou à diversifier leurs sources de coles. Même des aides relativement modestes peuvent
rémunération sur le marché du travail occasionnel. Pour aider les pauvres à surmonter des problèmes de liquidité
des raisons analogues, les ménages sont parfois amenés et de crédit et les prémunir contre certains risques qui,
à investir insuffisamment dans l’éducation et la santé de à défaut, les dissuaderaient d’entreprendre des activités
leurs enfants, ainsi qu’à opter, face aux risques, pour des plus rentables. Tout indique en outre que les aides fa-
stratégies négatives telles que la vente hâtive de biens vorisent l’insertion des personnes puisqu’elles facilitent
leur appartenant, la réduction quantitative et qualitative la participation et la contribution des ménages pauvres
de leur consommation alimentaire, la mendicité, la dé- aux réseaux sociaux qui aident les ménages à parer aux
scolarisation de leurs enfants ou encore une exploitation risques et contribuent à renforcer le tissu social au sein
non viable à long terme des ressources naturelles. de la collectivité.

La protection sociale peut avoir une incidence positive La protection sociale n’amoindrit en rien l’effort de tra-
sur les décisions prises par les ménages pauvres en ma- vail. Mais elle donne aux bénéficiaires une plus grande
tière d’investissement. Elle aide les ménages à gérer les marge de choix et, bien souvent, elle leur permet ainsi
risques. La prestation d’une protection sociale à inter- de consacrer du temps à travailler sur leur propre exploi-
valles réguliers et prévisibles peut améliorer la prévisibili- tation agricole ou à des activités professionnelles non
té et la sécurité des ménages agricoles et se substitue en agricoles, plutôt que d’accepter, faute de mieux, un em-
partie à l’assurance, outre qu’elle représente une source ploi salarié occasionnel dans le secteur agricole. Compte
essentielle de liquidités. Un nombre croissant d’éléments tenu du développement des activités de production –
agricoles ou autres –, la protection sociale, loin d’accen-
tuer les situations de dépendance, a au contraire pour
effet de renforcer les moyens de subsistance.
Effet multiplicateur, sur le revenu local, des programmes
d’aide sociale en espèces
La protection sociale a des effets positifs sur les com-
munautés et les économies locales. Les programmes
Malawi (1)
de travaux publics peuvent servir à créer ou développer
Kenya (Nyanza) (2)
des infrastructures et des ressources communautaires
Éthiopie (Abi-Adi) (3)
importantes et, s’ils sont conçus et mis en œuvre correc-
Zimbabwe (4) tement, contribuer directement à l’économie locale. Les
Zambie (5) prestations en espèces renforcent le pouvoir d’achat des
Kenya (Garissa) (2) pauvres, qui sont demandeurs de biens et de services en
Lesotho (6) grande partie produits par l’économie locale. Ainsi, ces
Ghana (7) revenus supplémentaires contribuent aussi au cercle ver-
Éthiopie (Hintalo) (3) tueux de la croissance économique locale. Il peut être né-
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 cessaire d’appliquer des programmes complémentaires
pour en réduire les effets pervers sur l’offre, notamment
Multiplicateur dans l’économie locale
pour contenir les flambées des prix et accroître ainsi les
Multiplicateur nominal Multiplicateur réel impacts du programme sur le revenu réel et la production.

8 L a s i t u at i o n m o n d i a l e d e l’a l i m e n tat i o n e t d e l’a g r i c u lt u r e 2 015


Identifier les stratégies qui fonctionnent – incidences
sur la conception et la mise en œuvre des programmes

Les programmes n’ont pas tous la même efficacité, leurs recours à des stratégies «négatives» de survie ou à des
effets sont très inégaux, aussi bien au plan quantitatif stratégies de production excessivement prudentes,
que qualitatif. Même parmi des programmes apparem- pour, au contraire, prendre des risques en entrepre-
ment assez proches, par exemple d’aides en espèces au nant des activités plus rentables, agricoles ou autres.
profit des pauvres, les différences de conception et de La régularité et la fiabilité des versements renforcent la
mise en œuvre peuvent déboucher sur des résultats net- confiance et la solvabilité, outre qu’elles allègent le re-
tement différents. Ainsi, si on cible des ménages ayant cours à des mécanismes d’assurance non formels.
moins d’adultes en âge de travailler, l’impact de la force
de travail sur les conditions de subsistance sera différent. Les caractéristiques des ménages
et les sexospécificités déterminent
Un bon ciblage peut permettre
les résultats des programmes
d’atteindre les objectifs d’un Les critères de ciblage sont très importants au regard
programme à moindre coût des caractéristiques démographiques des ménages
Généralement, les objectifs des programmes de protec- bénéficiaires, comme l’âge des adultes et des en-
tion sociale définissent les bénéficiaires visés. Les objec- fants, et déterminent donc l’impact du programme.
tifs d’un programme seront d’autant mieux réalisés que Par exemple, les ménages disposant de davantage de
le programme en question aura atteint son groupe cible, main-d’œuvre peuvent tirer un meilleur parti des pres-
entre autres facteurs. Les programmes de protection tations en espèces reçues en les investissant dans des
sociale panachent diverses méthodes de ciblage pour activités productives à court et long termes.
fournir des allocations plus importantes et de meilleure
qualité aux personnes ou ménages visés. Le ciblage peut Les femmes et les hommes ne font pas le même usage
être un instrument efficace pour réduire la pauvreté et des aides. De nombreux programmes de protection so-
les inégalités, mais une mise en œuvre efficace du pro- ciale sont destinés aux femmes parce que, d’après les
gramme est, elle, essentielle et elle dépend en grande recherches, plus les femmes maîtrisent le budget fami-
partie des capacités institutionnelles. lial, plus les dépenses sont affectées à l’alimentation,
à la santé, à l’éducation, à l’habillement des enfants
Importance du montant, du et à la nutrition. En outre, les études montrent que les
impacts des programmes d’aides dépendent du sexe.
calendrier de versement et de la Par exemple, les femmes et les hommes peuvent ne
prévisibilité des aides pas investir dans le même type d’animaux d’élevage:
La plupart des versements effectués dans le cadre de les femmes optent généralement pour des animaux
l’aide sociale sont destinés à couvrir le coût d’un panier petits, tandis que les hommes privilégient les grandes
minimal de consommation alimentaire; ainsi, si on veut bêtes. Les aides ont par ailleurs un impact différent sur
obtenir un impact supplémentaire, il faut augmenter les hommes et les femmes, ainsi que sur les garçons
le montant de l’aide. Les données disponibles font ap- et les filles, au regard de la répartition du travail et de
paraître des écarts très importants; dans de nombreux l’utilisation du temps.
pays, le montant moyen des prestations sociales est
très largement supérieur à l’écart de pauvreté (avec Les marchés aussi sont
un seuil de 1,25 dollar par jour); en revanche, dans bon
nombre de pays parmi les plus pauvres, les aides sont
déterminants
nettement insuffisantes pour réduire cet écart. Les caractéristiques de l’économie locale ont elles aus-
si une incidence sur la nature et l’ampleur de l’impact
Le calendrier et la prévisibilité des aides peuvent être qu’on attend des programmes d’aides en espèces sur
tout aussi importants. Les ménages bénéficiaires ne la production. Dans certaines zones rurales, la faible
dépensent pas de la même manière des montants densité démographique, le manque de liquidité du
forfaitaires irréguliers et des aides consistant en verse- marché, la faiblesse des investissements publics et l’in-
ments prévisibles et réguliers. Si les aides ne sont pas frastructure publique inadaptée constituent autant
régulières ni fiables, il leur est difficile de planifier et de d’obstacles particulièrement pénalisants, d’où l’intérêt
stabiliser à terme leur consommation et, partant, de des aides en nature, plus efficaces. Dans les situations
modifier durablement leurs habitudes alimentaires aux où les marchés sont plus développés, les effets des
plans quantitatif et qualitatif. En outre, la régularité et aides en espèces sur les stratégies de subsistance sont
la fiabilité allonge l’horizon temporel des ménages bé- généralement plus marqués. L’importance des condi-
néficiaires, lesquels sont en mesure de gérer plus effica- tions du marché est fonction des facteurs de produc-
cement les risques et les crises et donc d’éviter d’avoir tion disponibles.

P r ot e c t i o n s o c i a l e e t ag r i c u lt u r e – B r i s e r l e c e r c l e v i c i e u x d e l a pa u v r e t é r u r a l e 9
Protection sociale et
développement agricole
Même si son efficacité est avérée, la seule protection Formules possibles
sociale ne suffit pas à extraire durablement les per-
sonnes de la pauvreté et de la faim. L’agriculture et la
combinant politiques agricoles
protection sociale sont fondamentalement liées dans et protection sociale
le contexte des moyens de subsistance ruraux. En effet, Il existe tout un éventail de possibilités pour unir et
les familles pauvres et en situation d’insécurité alimen- mieux coordonner les interventions et les politiques
taire vivent principalement de l’agriculture et repré- dans les domaines de la protection sociale et de l’agri-
sentent une part importante de l’ensemble des béné- culture. Il peut s’agir de programmes isolés sectoriels
ficiaires des programmes de protection sociale. Une portant sur la protection sociale ou l’agriculture des-
plus grande cohérence entre les interventions dans le tinés à rapprocher ces deux secteurs en produisant
domaine de l’agriculture et les mesures de protection des résultats intégrés, de programmes mixtes où des
sociale permettent de mieux protéger les populations interventions formelles des deux types sont mises au
pauvres et les petits agriculteurs en les aidant à gérer service de populations cibles particulières, ou encore
les risques plus efficacement et à accroître la produc- d’interventions sectorielles qui sont menées de front
tivité agricole, et ainsi à améliorer durablement leurs de manière à tirer le meilleur parti des complémen-
conditions de vie et à éloigner le spectre de la pauvreté tarités et à réduire les contradictions. Les différentes
et de la faim. approches peuvent être associées ou organisées de
manière séquentielle selon diverses modalités.
Toutefois, il y a relativement peu d’interventions agri-
coles qui soient coordonnées ou intégrées à des pro- Protection sociale et subventions aux
grammes de protection sociale. La création de syner- intrants agricoles
gies est une chance à saisir, mais aussi une nécessité, La subvention des intrants, en particulier des engrais,
en raison des difficiles compromis qu’implique la ré- connaît un large regain en Afrique, en Asie, en Amérique
duction des dépenses publiques. Il est utile à plus d’un latine et dans les Caraïbes, en particulier après la hausse
titre d’aider les plus pauvres à satisfaire leurs besoins brutale des prix des denrées alimentaires et des en-
de consommation essentiels, en particulier lorsqu’ils grais en 2007-2008. Dans la mesure où les programmes
sont incapables de travailler; en effet cette aide, impé- de subvention des intrants contribuent à renforcer la
rative, permet aussi de poser les premiers jalons d’une sécurité alimentaire, en ceci qu’ils contribuent à une
amélioration progressive des moyens de subsistance plus grande disponibilité et à la baisse des prix des ali-
des pauvres. L’accroissement des dépenses dans les do- ments de base, ils profitent également aux populations
maines de l’agriculture et de la protection sociale, qui pauvres et ils rejoignent les objectifs des politiques et
vise une consolidation mutuelle de ces deux secteurs, va programmes de protection sociale, auxquels ils contri-
dans le sens de cette transformation et a en outre pour buent. Mais, en général, ces programmes ne ciblent pas
effet de renforcer le développement agricole et rural. les pauvres, et ne les atteignent pas davantage.

Les programmes de subvention des engrais absorbent


une part importante des dépenses publiques consa-
crées à l’agriculture dans de nombreux pays. Le rappro-
chement entre ces programmes «isolés» de subvention
des intrants et la protection sociale pourrait consister à
faire mieux profiter les ménages les plus défavorisés des
subventions aux intrants, par exemple en améliorant
le ciblage et/ou en adaptant le volume et le type d’in-
trants aux besoins spécifiques des petits agriculteurs fa-
miliaux très pauvres. Le meilleur moyen de cibler les plus
pauvres est de concevoir des conditionnements adaptés
à leurs besoins réels. Une autre solution serait de com-
biner ces programmes avec des programmes d’aide so-
ciale en espèces fournissant aux bénéficiaires les plus
pauvres les liquidités complémentaires nécessaires pour
payer la part du coût de l’engrais que la subvention ne
©FAO/G. Bizzarri

couvre pas.

Crédit à l’agriculture
Les obstacles au crédit sont une entrave de taille à l’in-
Les paysans d’une léproserie en Inde nettoient le système d’irrigation local grâce à vestissement agricole. Les crédits alloués à l’agriculture
l’assistance d’un projet de la FAO. sont relativement modestes et nombre d’agriculteurs se

10 L a s i t u at i o n m o n d i a l e d e l’a l i m e n tat i o n e t d e l’a g r i c u lt u r e 2 015


©FAO/[Link]

Des bénéficiaires du Programme «Améliorer les moyens de subsistance pour lutter contre la pauvreté», au Ghana, font la queue à des points de paiement pour
recevoir leurs aides dans le district municipal de Ga sud.

heurtent à des difficultés à cet égard. Dans de nombreux Le Brésil est le premier pays à avoir mis en œuvre un pro-
pays, il est impératif de pallier les défaillances du mar- gramme institutionnel d’achat de denrées alimentaires
ché du crédit – moyennant des programmes spéciaux, en conjuguant avec sa stratégie de sécurité alimentaire
des banques spécialisées et des plans de garantie du un mécanisme de demande garantie de produits agri-
crédit. Presque tous les pays d’Asie, d’Amérique latine coles issus d’exploitations familiales. Cette initiative
et des Caraïbes ainsi que la majorité des pays africains est en train d’être adaptée au contexte africain: c’est le
prennent des mesures pour faciliter l’octroi de crédits programme «Acheter aux Africains pour l’Afrique». Les
dans le secteur agricole. programmes d’alimentation scolaire conçus au plan na-
tional, qui s’inspirent parfois de l’initiative «Achats au
L’expérience montre qu’il est difficile de cibler directe- service du progrès» (P4P) du Programme alimentaire
ment les plus pauvres avec le crédit (en l’occurrence le mondial (PAM), sont autant d’exemples de programmes
microcrédit). Il apparaît de plus en plus clairement que d’achats institutionnels adoptés dans de nombreux pays.
le microcrédit n’est pas en soi suffisant pour aider les
ménages pauvres à échapper à la pauvreté ou à amé- Réunir les secteurs – le ciblage,
liorer leurs conditions de vie, celles-ci étant mesurées question essentielle
à l’aune de leur consommation, de leurs conditions de L’un des grands problèmes opérationnels qui doit être
santé, de leur niveau d’instruction et du degré d’auto- traité s’agissant de réunir différents secteurs réside
nomie des femmes. dans le ciblage des interventions. L’expérience acquise
dans plusieurs pays montre que les registres uniques ou
Programmes d’achats institutionnels unifiés, ou encore les systèmes de ciblage unifiés, sont
L’absence de marchés appropriés est un obstacle im- particulièrement utiles quand plusieurs programmes
portant pesant sur la croissance agricole et le dévelop- ont des objectifs communs ou des populations cibles
pement rural. Les programmes d’achats institutionnels qui se recoupent.
servent à promouvoir le développement rural par la
création d’un marché pour les produits des petits ex- Le fait que la qualité du ciblage ait une incidence sur l’ef-
ploitants pratiquant une agriculture familiale. Dans les ficacité des programmes n’est pas forcément en contra-
interventions associant l’aide sociale à la demande insti- diction avec la prestation universelle de quelque forme
tutionnelle, on privilégie aussi généralement l’appui aux de protection sociale à toutes les personnes vulnérables
agriculteurs familiaux très pauvres qui ont difficilement dès lors qu’elles en ont besoin, et ce pour éviter que les
accès aux ressources. chocs externes ne leur nuisent durablement.

P r ot e c t i o n s o c i a l e e t ag r i c u lt u r e – B r i s e r l e c e r c l e v i c i e u x d e l a pa u v r e t é r u r a l e 11
Messages clés contenus dans le rapport
¹¹ Les programmes de protection sociale réduisent la les contraintes liées à la production afin d’empêcher l’in-
pauvreté et l’insécurité alimentaire. Le ciblage efficace flation et de maximiser les retombées du programme sur
des bénéficiaires et le caractère adapté des aides sont le revenu réel et la production.
d’importants facteurs de réussite des programmes. La pro-
tection sociale contribue à l’amélioration des revenus et de ¹¹ La protection sociale n’est pas en soi suffisante
la sécurité alimentaire non seulement parce qu’elle permet pour extraire les personnes de la pauvreté. Les mé-
une augmentation de la consommation, mais aussi parce nages pauvres se heurtent le plus souvent à de multiples
qu’elle place les ménages dans de meilleures conditions contraintes et risques. C’est pourquoi on a intérêt à miser
pour produire des aliments et accroître leurs revenus. sur des programmes conjoints, coordonnés et/ou menés
de front dans les domaines de la protection sociale et de
¹¹ Les programmes qui ciblent les femmes ont un l’agriculture pour avoir le plus de chances d’aider concrè-
impact plus fort en matière de sécurité alimentaire et tement les ménages pauvres à échapper durablement à
de nutrition. Les programmes qui tiennent compte des la pauvreté.
sexospécificités, qui allègent les contraintes temporelles
qui pèsent sur les femmes et qui renforcent la marge de ¹¹ Les programmes dans les domaines de la protection
maîtrise que celles-ci ont sur les revenus ont pour effet sociale et de l’agriculture ont des atouts évidents en
d’améliorer le bien-être des mères et des enfants. Cet as- matière de développement rural. La création de syner-
pect est particulièrement important car la malnutrition gies est une occasion à saisir et aussi une nécessité, compte
maternelle et infantile est un facteur de perpétuation de tenu de la réduction des budgets des États. Il est impé-
la pauvreté de génération en génération. ratif d’aider les plus pauvres à satisfaire leurs besoins de
consommation de base, en particulier quand ils sont dans
¹¹ La protection sociale stimule l’investissement l’incapacité de travailler. Cette aide peut servir de base à
dans des activités économiques, notamment dans la une amélioration progressive des conditions d’existence
production agricole. La protection sociale favorise des personnes pauvres. Étant donné que la majorité des
la nutrition, la santé et l’éducation, avec des consé- pauvres en milieu rural vivent en grande partie de l’agri-
quences ultérieures pour la productivité, l’emploi, les culture, il est nécessaire d’engager des interventions dans
revenus et le bien-être des personnes. Les programmes ce secteur pour élargir les goulets d’étranglement structu-
de protection sociale qui fournissent des allocations ré- raux de l’offre qui étouffent la croissance. Les dépenses pu-
gulières et prévisibles favorisent l’épargne et les inves- bliques dans des programmes d’agriculture et de protec-
tissements dans des activités – agricoles ou non – et en- tion sociale mutuellement profitables n’auront pas pour
couragent les ménages à entreprendre des activités plus seul effet d’accentuer cette transformation, mais permet-
ambitieuses et plus rentables. tront aussi de renforcer le développement agricole et rural.

¹¹ La protection sociale n’amoindrit pas l’effort de ¹¹ Il est nécessaire d’envisager avec une perspective
travail. Mais elle laisse plus de choix aux bénéficiaires, les- nationale les modalités par lesquelles l’agriculture et
quels sont nombreux à préférer consacrer à des activités la protection sociale peuvent libérer progressivement
agricoles qu’ils gèrent eux-mêmes, voire à des activités les personnes de la pauvreté et de la faim. Une vision
non agricoles, du temps auparavant absorbé par un tra- et un engagement nationaux, étayés par une mobilisation
vail salarié aux champs qu’ils exerçaient faute de mieux. permanente des ressources internes, doivent être mis au
La protection sociale, de pair avec l’essor des activités service d’une action coordonnée aux niveaux national et
productives agricoles et non agricoles, a pour effet de infranational. Les cadres d’orientation et de planification
renforcer les moyens de subsistance et non d’accentuer la pour le développement rural, la réduction de la pauvre-
dépendance. té, la sécurité alimentaire et la nutrition doivent définir le
rôle de l’agriculture et de la protection sociale dans l’éli-
¹¹ La protection sociale a des effets positifs sur les mination de la pauvreté et de la faim parallèlement à un
communautés et l’économie au niveau local. Les pro- ensemble d’interventions de portée plus générale. Dans
grammes de travaux publics peuvent créer des infrastruc- le secteur agricole, ce sont le contexte et les contraintes
tures et des ressources collectives importantes et, s’ils qui déterminent les modalités des interventions assorties
sont conçus et mis en œuvre convenablement, ils peuvent d’une aide sociale, mais il faut également tenir compte
contribuer directement à l’économie locale. Les aides en d’aspects tels que les capacités de mise en œuvre et les res-
I4953F/1/10.15

espèces renforcent le pouvoir d’achat des ménages béné- sources disponibles sur le plan local. Dans tous les cas, les
ficiaires, qui sont demandeurs de biens et de services en interventions doivent être conçues de manière à surmon-
grande partie produits ou fournis par des ménages non ter divers obstacles afin de permettre aux plus pauvres de
bénéficiaires dans l’économie locale. Des programmes transformer leurs stratégies de subsistance pour échapper
complémentaires peuvent être nécessaires pour réduire à la pauvreté, et ce, de manière définitive.

La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES: esa-publications@[Link]


principale publication annuelle de prestige de la FAO, a pour RELATIONS MÉDIAS: FAO-Newsroom@[Link]
objectif d’offrir à un public plus large des évaluations équilibrées
reposant sur des données scientifiques sur des aspects importants PUBLICATIONS FAO: [Link]/publications
de l’alimentation et de l’agriculture mondiale. SITE WEB: [Link]
[Link] © FAO, 2015

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