INTRODUCTION
Au cours des vingt dernières années, le gouvernement du Cameroun (GoC) a mené
une série de réformes structurelles pour améliorer l'efficacité du secteur et attirer les
investissements privés dans le secteur de l'électricité. Malgré ces efforts de réforme et
l'énorme potentiel hydroélectrique, des défis importants subsistent dans le secteur de
l'énergie, tels qu'une planification inadéquate avec des taux d'accès inégaux liés à
des infrastructures de distribution et de transport insuffisantes. Le taux d'accès à
l'électricité au Cameroun s'élève à 65 pour cent (65%) avec des disparités importantes
entre les zones urbaines (94%) et rurales (25%). La Stratégie Nationale de
Développement-30 élaborée par le Ministère de la Planification Économique et
du Développement Territorial (MINEPAT) fixe un objectif d'accès de 80% d'ici
2025 dans le but de parvenir à l'électrification universelle d'ici 2030.
Faire de l’adéquation de l’approvisionnement en électricité un objectif
hautement prioritaire pour un pays nécessite une implication directe du
gouvernement dans la planification de l’expansion du secteur de l’électricité.
Cela ne veut pas dire que les entreprises publiques ont une obligation de s’impliquer
directement dans la construction et l’exploitation des installations nécessaires au
développement du secteur. Cependant, le gouvernement doit concevoir et mettre en
place des mécanismes pour garantir que les projets d'expansion optimaux identifiés
lors de l'élaboration du processus de planification soient mis en œuvre au moindre
coût pour le pays. Cela nécessite de mener des processus concurrentiels pour attribuer
des contrats d'achat d'électricité et de services de transport à long terme entre les
sociétés de distribution au service des utilisateurs finaux et les soumissionnaires
retenus dans le cadre de ces processus.
Dans ce contexte, plusieurs institutions nationales publiques ou privées, et même des
organismes internationaux tels que La Banque Mondiale se sont lancés dans le projet
de réaliser une évaluation de l'approche actuelle de planification et de mise en
œuvre de l'expansion du secteur de l’énergie au Cameroun, et à proposer des
améliorations basées sur les meilleures pratiques de l'expérience internationale des
juridictions à demande croissante. Les différents résultats de cette analyse seront
restitués dans le présent document
I-SITUATION ENERGETIQUE ACTUELLE DU CAMEROUN
I.1 Différents potentiels du pays
« À ce jour, malgré les efforts conjugués des pouvoirs publics, des sociétés privées et
des partenaires au développement, la part des énergies renouvelables reste encore en
deçà de 5% », a déclaré [Link] Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de
l’Énergie (MINEE) lors du forum mené le 3 mai 2024 sur la vulgarisation des
énergies renouvelables au Cameroun.
Cette déclaration a suscité de l’étonnement parmi les participants du forum.
Actuellement, sur une capacité installée totale de 1562,4 MW, l’hydroélectricité et le
solaire contribuent respectivement avec 959,6 MW et 30,83 MW, ce qui représente
plus de 63% du mix énergétique du Cameroun. Toutefois, il faut savoir que, selon la
loi régissant le secteur de l’électricité au Cameroun, promulguée le 14 décembre
2011, seules les installations hydroélectriques de petite taille (mini-hydro, avec une
capacité installée de 5 MW ou moins) sont considérées comme des sources d’énergie
renouvelable. Ainsi, les cinq grandes centrales hydroélectriques du pays (Songloulou,
Edéa, Lagdo, Memve’ele, Mekin), qui ont une capacité installée cumulée de 958 MW
et contribuent à plus de 61% au mix électrique, ne sont pas incluses dans ce
pourcentage. De ce fait, l’ambition du pays est d’augmenter la part des énergies
renouvelables (hydroélectrique, solaire, éolienne, biomasse, géothermique, etc.) à
25% de son mix électrique d’ici 2035. Ce pourcentage équivaut à environ 1500 MW
de capacités d’énergie renouvelable à installer, a précisé le ministre.
I.2 Evaluation de l’offre et la demande énergétique
Le Cameroun entend devenir une puissance industrialisée en Afrique centrale. Avec
son taux de croissance démographique actuel et ses statistiques de population non
électrifiée, il est urgent pour le pays de développer un réseau électrique capable d'y
répondre et d'anticiper les besoins futurs. Si le taux d'accès à l'électricité estimé
est de 65,4%, il convient de souligner qu'il existe une disparité d'accès à
l'électricité entre les zones urbaines et les zones rurales/éloignées: le taux d'accès à
l'électricité dans les zones urbaines (resp. rurales/éloignées) est estimé à 94,7%
(resp. 24,8%), pour une population urbaine de 15,81 Millions et une population rurale
de 11,83 Millions. Une analyse réalisée en 2019 a estimé qu'environ 5,5 millions de
personnes n'avaient pas accès à l'électricité au Cameroun: la majorité de cette
population vit en dehors du périmètre du réseau de distribution des services publics,
comme l'illustre les Figure ci-dessous.
I.3 Stratégies politiques et institutionnelles
Lors du forum mené le 3 mai 2024 sur la vulgarisation des énergies renouvelables au
Cameroun le Ministre du MINEE a présenté la stratégie du gouvernement pour
atteindre ses objectifs en matière d’énergies renouvelables. Cette stratégie s’articule
autour de deux axes principaux : le développement de 50 mini-centrales
hydroélectriques et la promotion de l’énergie solaire photovoltaïque.
La première de ces infrastructures, d’une capacité initiale de 1,4 MW extensible à
2,8 MW, a été inaugurée en 2021 à Mbakaou Carrière, dans la région de l’Adamaoua.
Ce projet a été partiellement financé par un prêt de 1,5 milliard de FCFA de la BGFI
Bank, représentant 30% du budget total du [Link] correspondance datée du 23
Novembre 2023 donne l’accord à l’AER pour la construction de cinq mini-centrales
hydroélectriques. Ces infrastructures seront érigées dans les localités de Banyo,
Akom II, Ngambe Tikar, Yingui et Messok, situées respectivement dans les régions
de l’Adamaoua, du Sud, du Centre, du Littoral et de l’Est.
Le programme de promotion de l’énergie solaire photovoltaïque se compose de quatre
volets : la production centralisée, les solutions hors réseau, le Solar Home Metering et
le Solar Net Metering. Dans sa composante de production centralisée, le programme a
déjà abouti à la création des deux plus grandes centrales solaires du pays, situées à
Maroua et Guider, d’une capacité cumulée de 30 MW. Le directeur général de
l’électricien Eneo a révélé, en marge de l’inauguration des centrales solaires de
Maroua et Guider en septembre 2023, que de nouvelles infrastructures de production
sont en cours de développement. Objectif : porter la capacité de production d’énergie
solaire du Cameroun à 250 MW d’ici 2030.
En plus des grandes centrales solaires, le ministre de l’Eau et de l’Énergie a déclaré,
lors du forum du 3 mai 2024 à Yaoundé, que le gouvernement camerounais met
également en œuvre la composante hors réseau du programme de promotion de
l’énergie solaire photovoltaïque. Cette composante a déjà facilité la construction de
plus de 360 mini-centrales solaires photovoltaïques dans les zones rurales, où le taux
d’accès à l’électricité a atteint environ 40% en 2023, selon les données présentées lors
du forum par le ministère de l’Eau et de l’Énergie.
La troisième composante du programme a déjà permis la réalisation de près de 1
000 installations domestiques par des acteurs privés, a ajouté le ministre Eloundou
Essomba. Il a également mentionné une quatrième composante du programme qui n’a
pas encore été mise en œuvre. Il s’agit du Solar Net Metering, décrit comme un «
service innovant permettant aux consommateurs de compenser partiellement leur
consommation d’électricité facturée par la production d’énergie solaire générée
directement sur leur site de consommation. »